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Ann. Kin ésithér. , 1994, t. 21, n° 8, pp.

429-433 NOTE DE TECHNIQUE


© Masson, Paris, 1994

La mobilisation passive articulaire


Évaluation des limitations et des gains d'amplitude
E.HAGRON
M C.MK., directeur, école de massa-kinésithérapie de Rennes, F 35000 Rennes.

Technique manuelle ou instrumentale consis- tions ou le mouvement de faible amplitude est


tant à mobiliser des segments ou des tissus par exécuté avec une vitesse qui empêche le patient
une force autre que celles d'unités neuromus- de s'opposer à son accomplissement.
culaires. Ces forces pouvant être la pesanteur, La mobilisation passive permet, grâce à des
les mains du thérapeute, une mobilisation déplacements de surfaces articulaires de lutter
autopassive du sujet, ou la force d'un arthro- contre les conséquences de l'immobilisation (2) :
moteur. - dégénérescence du cartilage;
Il paraît incorrect de qualifier de passives, des - ostéoporose d'immobilisation;
manœuvres qui provoquent des réactions spécifi- - manque de lubrification;
ques dans l'organisme et ne se bornent pas à un - accolements ou rétractions péri-articulaires
simple déplacement de pièces anatomiques capsulo-ligamentaires ou synoviaux;
articulées. - réduction de la vascularisation;
En effet, ce que recherche le kinésithérapeute - dystrophie neurovégétative ;
c'est la réaction vivante. Chaque mouvement - perte de la sensibilité proprioceptive
s'accompagne d'un ensemble de réflexes d'adap- (schéma corporel).
tation et de régulation qui engendrent des effets Par des contraintes dosées de compression et
excitomoteurs ou inhibiteurs. de traction, la mobilisation passive peut permet-
On retrouve cette ambiguïté dans une forme tre de modéler des structures osseuses comme
de kinésithérapie passive, la posture qui a dans les techniques orthopédiques du membre
engendré l'appellation par certains de posture inférieur (ex genu varum ou valgum, pied bot
passive pour la mise au repos d'une articulation du nourrisson).
et posture active pour l'application d'une force
extérieure maintenue et prolongée dans un but Les causes de limitation articulaire peuvent
de gain d'amplitude. Nos amis belges ont être énumérées de la superficie à la profondeur :
employé le terme de « posturation ». - brides cicatricielles de plis de flexion;
L'intérêt prédominant de la mobilisation - rétraction aponévrotique comme dans la
passive est d'ouvrir la voie aux mouvements maladie de Dupuytren;
actifs. Cette mobilisation lorsqu'elle a pour but - gonflement des tissus interstitiels comme
l'augmentation de l'amplitude articulaire doit l'œdème des mains et l'hydarthrose;
s'attacher à reproduire la cinématique arti- - raideurs musculaires de type contracture,
culaire (1). spasmes, hypertonie, etc.
Notons que les mouvements passifs doivent - fibrose tendineuse;
être exécutés de telle façon que le patient puisse - rétraction capsulo-ligamentaires, adhé-
les contrôler en permanence et s'il le désire s'y rences, accolements;
opposer, ce qui les différencient des manipula- - obstacles péri-articulaire (ostéophytose) et
in tra -articulaire (corps étranger) ;
Tirés à part: E. HAGRON, à l'adresse ci-dessus. - ankylose articulaire.
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En fonction de la localisation de la cause de éventuellement la limite extrême d'étirement.


limitation de l'amplitude articulaire et du type Mais également il semble nécessaire de mémori-
d'effet recherché, il convient de distinguer des ser sur cette même fiche les causes limitantes :
techniques et des modalités d'applications douleurs, raideurs musculaires, rétractions, etc.
différentes. Les signes que l'on décèle en examinant une
Ces effets sont réalisés avec des mouvements articulation synoviale anormale sont :
mécaniques en relation avec des paramètres - la douleur au repos, en position neutre ou
temporaux et spatiaux de la manœuvre: vitesse, en position indifférente à mi-course de toute
rythme, maintien dans une position, sens, amplitude ou et au mouvement, algie soudaine
étirements musculaires avec glissement inter- et aiguë induite par certains mouvements et
aponévrotique, tractions axiales de décoaptation, disparaissant rapidement ou ne cessant qu'après
d'alternance d'appui, etc. un temps plus ou moins long;
Les modes d'application sont imposés par les - les raideurs douloureuses ou non, dues à
facteurs cliniques. des rétractions d'éléments péri-articulaires, à des
Nous nous intéresserons à ces différents spasmes musculaires de protection, à des
paramètres, sans préciser les modalités d'exé- contractures neurologiques imputables à une
cution maintenant connues de stabilisation des lésion du SNC, à une contraction volontaire du
segments, de contre-appui, de prises et de patient pour entraver un mouvement.
contreprises classiques, avec mobilisation ac- Ces différents paramètres pourraient apparaî-
compagnée de glissement selon les surfaces tre dans la transcription des observations.
concaves ou convexes des éléments en présence. Par rapport à une position articulaire de
L'évaluation lors de la première séance a un référence, dite zéro, matérialisée par une double
double but : l'interprétation de l'anamnèse, la barre de séparation sur une droite, deux vecteurs
détermination de la phase pathologique. de sens opposé figurent les secteurs angulaires
de deux fonctions se déroulant dans le même
Cette évaluation va être en rapport avec le
plan.
diagnostic initial et en rapport avec l'examen du
mouvement. Par exemple, le vecteur gauche pour la flexion,
L'évaluation en cours de traitement se fera le vecteur droit pour l'extension (fig. 1).
En course interne, moyenne ou externe d'une
en début de séance et pendant l'exécution d'une
amplitude articulaire, un cercle sera tracé en cas
technique thérapeutique de mobilisation passive.
de limitation. Dans ce cercle chaque gradiant
La rééducation se terminera par une évalua-
tion de fin de traitement. va correspondre au-dessus de la droite à des
problèmes de limitation active, en dessous de la
Les diagrammes proposés par Debrunner (3), droite à des limitations passives. Un de ces
Maigne (4) ou par Maitland (4) sont satisfaisants gradiants sera affecté à la douleur, un autre à
au niveau intellectuel, mais semblent ou in-
une limitation pour cause musculaire sans
complets ou difficiles d'emploi en clinique douleur, un gradiant à une limitation pour
quotidienne.
De nombreux groupes se réunissent pour
différentes évaluations, les uns pour la charge
de travail, les autres pour l'appréciation de
stagiaires ou de personnels techniques, il serait
souhaitable que des fiches techniques d'examen
soient généralisées.
A titre indicatif l'auteur de cette mise au point
propose une piste de réflexion.
Il est utile de connaître pour une restriction
d'amplitude d'un mouvement articulaire donné:
le début de sa course, la limite pathologique de FIG. 1. - Simulation des gênes.
la course et la limite anatomique moyenne et répertoriés dans les degrés de liberté.
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des petits mouvements de translation appli-


o o qués à la racine du membre perpendiculairement
o à l'axe longitudinal du segment;
o
- des étirements maintenus et simultanément
Flexion Extension
accompagnés d'oscillations de faibles amplitudes
Flo. 2. - Symbolisation des limites en fin de course. à la limite de la course du mouvement, avec une
composante de traction consistant à écarter les
surfaces articulaires ou de compression pour
obtenir le resserrement des surfaces l'une contre
o ~ l'autre.
<CD D ~ E9 - Les déplacements dans deux plans perpen-
diculaires permettent de réaliser des étirements
Flo. 3. - Système de suivi chronologique:
les dates suivent les cercles qui indiquent les jours successifs. capsulo-ligamentaires en utilisant le troisième
degré inévitable de rotation comme facteur
d'étirement.
élément articulaire et le quatrième gradiant à - Des manoeuvres de légère angulation dans
une cause osseuse. des degrés de liberté que ne possèdent pas
A l'intérieur de ces quarts de cercle, une certaines articulations (par exemple abduction-
amplitude chiffrée, des signes conventionnels : adduction du genou, du coude, des articulations
croix +, petits cercles 0, etc. objectiveront les in terphalangiennes).
origines, l'intensité des douleurs, etc. - Des manoeuvres individualisées d'éléments
Une mobilisation passive sans limitation arti- osseux dépourvus d'autonomie motrice active
culaire dans un plan de flexion-extension sera comme les os du carpe ou du tarse.
schématisée comme le montre la figure 2. - La composante de glissement à bras de
Des limitations à la fin d'une course interne levier court est la plus efficace pour entretenir
d'extension et d'une course externe de flexion ou récupérer la mobilité articulaire car elle
seront matérialisées par un cercle dans lequel fournit le maximum d'étirement possible pour
une croix dans un ou plusieurs des gradiants le minimum de contrainte sur le cartilage
précisera la cause de la limitation. articulaire et permet le recentrage avant ou au
Dans l'exemple de lafigure 3, douleur limitant cours de la mobilisation en référence aux
la flexion, raideur musculaire limitant l'exten- déplacements des centres articulaires (ex. la
SIOn. gléno-humérale).
Une date au-dessus du cercle précise la De plus ces mouvements sont souvent dits
transcription des résultats dans le temps. La annexes car ils sont de faible amplitude, mais
progression des gains d'amplitude est matériali- ce n'est pas pour autant qu'ils ne sont pas
sée par un nouveau cercle. indispensables (ex. l'abduction de l'ulnar en fin
Les mouvements exécutés dans le secteur de pronation).
articulaire fonctionnel traité sont appelés physio-
logiques, les petits mouvements exécutés dans Le mode particulier de mobilisation passive
les autres fonctions seront des mouvements face à une douleur articulaire sans
annexes. En raison de l'utilisation de ces enraidissement ni protection par un spasme
musculaire
mouvements à côté du mouvement physiologi-
que, cette terminologie paraît être préférable au Il va tenir compte de la position segmentaire
terme de mouvements accessoires. qui s'est installée.
Ces mouvements annexes que certains nom- Autour de cette position, des mouvements
ment paraphysiologiques sont : annexes doivent initialement être imprimés sans
- des mouvements oscillatoires de quelques provoquer la moindre gêne ou douleur
secondes à quelques minutes de petite ou grande articulaire.
amplitude exercés à tout endroit de la course Pour une épaule l'utilisation du mouvement
du mouvement; pendulaire dit « du balancier » dans une
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amplitude de flexion fixée par l'obliquité du modifiera ensuite la viscosité du film liquidien
tronc est préférable à une mobilisation manuelle entre les surfaces articulaires mobilisées.
guidée du thérapeute.
La progression engagera le mouvement dans Pour une levée de spasme musculaire
la partie douloureuse dans un secteur de moins L'étirement du muscle antagoniste par élonga-
de 50 % d'une amplitude antigravifique. Ce n'est tion du fuseau neuromusculaire et mise en jeu
qu'après obtention de gain d'amplitude indolore du réflexe à l'étirement peut induire une
obtenu que la progression se fera dans les 50 % inhibition dans le muscle agoniste traité.
restants.
La mobilisation alternée, selon un rythme
Pour une articulation douloureuse et enraidie pendulaire monotone provoquera une inhibition
généralisée de l'articulation.
C'est le cas le plus fréquemment rencontré et A l'approche de l'angulation articulaire du
l'examen initial revêt une importance primor- « stretch-reflex » les mouvements seront
diale. Il s'agit en effet d'établir la causalité entre exécutés à très petites amplitudes à cadence lente
la limitation articulaire et une déficience fonc- et seront suivis de manœuvres d'étirement
tionnelle et de connaître la distribution de ces continu. Cet étirement est maintenu et accentué
douleurs qui peuvent apparaître en plusieurs jusqu'à perception du relâchement du spasme.
endroits et sur plusieurs articulations comme Dans certains cas la manœuvre pourra au
aux mains ou aux pieds. Plus que l'adaptation contraire être exécutée avec rapidité pour
des techniques, c'est le dosage des manœuvres provoquer une réponse de fermeture ou d'ouver-
qui doit être précis. ture de « la porte ».
Une mobilisation de grande amplitude dans Les étirements musculaires passifs à différen-
le même sens que le mouvement physiologique cier du stretching (actif) ont pour but (6) :
avant le secteur douloureux précédera les - de mobiliser les plans superficiels de glisse-
étirements localisés. La séance est brève et douce ment;
suivie de repos. Si la douleur est faible, une - de mobiliser les espaces profonds de glisse-
répétition de trois à quatre étirements maintenus ment;
pendant une minute sera nécessaire. - de rechercher des amplitudes passives mus-
culaires maximales;
Pour une raideur articulaire non douloureuse - de redonner de l'extensibilité au muscle;
Le but est la libération d'adhérences et de - d'accélérer le flux vasculaire.
rétractions périarticulaires. Les mouvements Les travaux récents du Pr Rabischong et coll.
oscillatoires annexes seront pratiqués plus lon- à Montpellier et à Nîmes (7) ont démontré le
guement, quelques minutes, à partir de l'ampli- rôle sensoriel des capteurs d'informations pro-
tude limitée et poussés au-delà de cette limite prioceptives et extéroceptives dans l'équilibra-
pour provoquer un étirement dans une direction tion, les modifications des réactions des sujets
déterminée par rapport à un seul des degrés de chez lesquels on a pratiqué une anesthésie
liberté articulaire. Chaque mouvement est ac- plantaire. La mobilisation des segments occa-
compagné d'un temps posturant d'une vingtaine sionnent nécessairement des déplacements de
de secondes. On pratique des séries de 10 répéti- peau dont les terminaisons nerveuses sont
tions avec un balayage articulaire de 15 à 20°. sollicitées pour :
Puis on effectue un retour vers la position de - faire sentir une région mal perçue;
détente.
- éveiller le sens kinesthésique;
- augmenter la prise de conscience de régions
Pour agir sur les structures cartilagineuses
peu corticalisées;
La mobilisation passive devra être pratiquée - rétablir les circuits proprioceptifs perturbés.
en alternance de compression et décompression, Les manœuvres s'accompagnent alors de
en recherche de positions de congruence en frictions et de pétrissages superficiels, de grat-
début de séance. La mobilisation à vitesse rapide tage, de tapotements, de battades (Bobath) etc.

L
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La mobilisation passive manuelle qui permet Références


le contrôle permanent du kinésithérapeute est
1. DaTTE P. Rencontre en rééducation, Technologie de l'épaule,
habituellement bien exécutée. Les paramètres Paris: Masson, 1978; 52-6.
temporospatiaux ne sont pas toujours pensés et 2. SOHIER R. Justifications fondamentales de la réharmonisation
utilisés à bon escient. Cette technique est biomécanique des lésions « dites ostéopathiques » des
articulations La Louvière Kiné-sciences 1982.
toujours complémentaire de la mobilisation
3. DEBRUNNER HU. La cotation de la mobilité articulaire par
active. la méthode de la référence O. Berne " Organe officiel de
l'association suisse pour l'étude de l'ostéosynthèse 1976.
L'objectif de cet article de synthèse est 4. MAIGNE R. Douleurs d'origine vertébrale et traitement par
manipulations Paris: Expansion scientifique française 1968.
d'attirer l'attention sur la nécessité d'adaptation 5. MAITLAND GD. Articulations périphériques Paris: Doin 1988.
d'une manœuvre efficace souvent exécutée par 6. ENJALBERT M et al. Rôle de la sensibilité plantaire dans l'équi-
automatisme dans une séance de rééducation libration in ; Herisson C., Simon L. « Actualités en Mé-decine
et Chirurgie du pied >, 7e série. Paris; Masson, 1992; 1-13.
visant à instaurer une bonne cinématique arti- 7. ESNAULT M. Effets recherchés du stretching (étirements
culaire permettant une récupération fonction- musculaires actifs) en thérapie et en milieu sportif. Ann
nelle optimale. kinésithér 1988; 15 : 63-6.

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Comme toute discipline scientifique, la somatothérapie a évolué en prenant peu à peu en


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ouvrage présente la conception de trois modèles d'inspiration voisine: le modèle struc- 1993,240 pages,
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