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Régime de l’obligation – Fiches

PREMIERE PARTIE : LES MODALITES DE L’OBLIGATION


Chapitre 1 : Le terme
Section 1 : La notion de terme
Le terme s’entend d’un évènement futur et certain dont dépend l’exigibilité de l’obligation

A) Le terme : un évènement futur


Le terme est un évènement futur

B) Le terme : un évènement certain


Le terme en cause se produira nécessairement dans l’avenir
Il existe deux types de termes :
- Le terme certain
- Le terme incertain
Le critère de distinction entre le terme certain et le terme incertain réside dans la possibilité de
déterminer avec précision le jour de l’arrivée du terme

C) L’incidence du terme sur l’exigibilité de l’obligation


Pour pouvoir être qualifié de terme, l’évènement en cause doit affecter l’exigibilité de l’obligation et
non pas son existence-même :
- Si l’obligation est affectée d’un terme suspensif, son exigibilité sera repoussée au moment de la
survenance du terme
- Si l’obligation est affectée d’un terme extinctif, la survenance de l’évènement en cause
emportera l’extinction de l’obligation

Section 2 : Etablissement du terme suspensif


Le terme peut être établi de trois façons :
- Par convention
- Par la loi (moratoires légaux)
- Par le juge (délais de grâce)

A) Le terme conventionnel
Conformément au principe de la liberté contractuelle, les parties peuvent librement convenir de ce
que l’obligation qui pèse sur l’une d’elle sera affectée d’un terme et elles peuvent le faire de façon
exprès ou tacite
Les parties doivent également définir quel est le bénéficiaire du terme : le terme peut être stipulé
aussi bien au profit du débiteur qui disposera alors du temps pour s’exécuter, qu’au profit du
créancier
Article 1305-3 CC = en l’absence de d’accord de volonté sur le bénéficiaire du terme, il est présumé
stipuler en faveur du débiteur mais cette présomption n’est pas irréfragable mais il peut en aller
autrement lorsqu’il résulte « de la volonté des parties ou des circonstances qu’il a été aussi convenu
en faveur du créancier »
Si le terme est stipulé en faveur du créancier et du débiteur, il faut, pour y renoncer, un accord de ces
deux parties
Si le terme est stipulé en faveur du débiteur, le débiteur peut seul décider de s’exécuter plus tôt

B) Les moratoires légaux


Il arrive que le législateur accorde des délais à une catégorie de débiteur mais les moratoires légaux
restent rares et réservés à certaines hypothèses très spécifiques

C) Les délais de grâce judiciaire


Le législateur a toujours accordé aux juges le pouvoir d’intervenir en faveur du débiteur qui était de
bonne foi
Article 1343-5 CC = « le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des
besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes
dues », « par décision spéciale et motivée, il peut ordonner que les sommes correspondant aux
échéances reportées porteront intérêt à un taux réduit au moins égal au taux légal, ou que les
paiements s'imputeront d'abord sur le capital » et « la décision du juge suspend les procédures
d'exécution qui auraient été engagées par le créancier », alors « toute stipulation contraire est réputée
non écrite », c’est donc un dispositif d’ordre public  ce texte a été appliqué en présence d’obligation
de faire qui ne consistaient pas dans le paiement d’une somme d’argent
Les délais de grâce sont parfois exclus dans des matières un peu spécifiques

Section 3 : Les effets du terme suspensif


A) Pendant la durée du terme
1) L’obligation existe
Quand bien même, il ne serait pas encore tenu de s’exécuter, le débiteur est néanmoins d’ores et déjà
engagé de façon certaine et définitive : l’obligation est définitivement née mais c’est simplement son
exécution qui est retardée. De cela découle plusieurs conséquences :
- Celui qui a payé avant terme ne peut pas exercer une action en répétition de l’indu puisque
l’indu s’entend généralement d’une dette qui était payée alors qu’en réalité elle n’existait pas
ou plus généralement il ne fallait pas parler de dette
- Le créancier peut prendre des mesures conservatoires s’il estime que son droit est en péril

2) L’obligation n’est pas encore exigible


Le créancier ne peut pas forcer le débiteur à s’exécuter avant l’échéance du terme et ne peut donc
pratiquer de saisie qui permette le paiement entre ses mains sauf dans deux hypothèses :
- En cas de renonciation au bénéfice du terme
- En cas de déchéance du terme : il arrive que le législateur prévoie soit à titre de sanction du
débiteur négligeant, soit afin de protéger les intérêts du créancier que la dette sera exigible par
anticipation au regard de ce qui avait été contractuellement prévu

B) A l’échéance du terme
Lorsque le terme est échu, l’obligation est exigible

Chapitre 2 : La condition
Section 1 : La notion de condition
A) Définition
La condition s’entend d’un évènement futur, incertain dont dépend l’existence-même de l’obligation
Il faut bien différencier la condition modalité de l’obligation et les conditions de validité d’un acte
juridiques

1) La condition est un évènement futur


L’évènement érigé en condition ne peut dès lors être d’ores et déjà réalisé

2) La condition est un évènement incertain


La condition est incertaine dans sa réalisation et l’évènement érigé en condition peut certes survenir
mais il est également possible qu’il ne survienne pas
Il arrive que l’on soit en présence d’un évènement qui est objectivement incertain mais que les parties
ont tenu pour certain dans sa réalisation, il est alors subjectivement certain :
- Traditionnellement, la jurisprudence résolvait cette question en se plaçant du point de vue des
parties pour déterminer si la réalisation de l’évènement en cause était ou non certaine. Elle
optait donc en pratique pour la qualification de terme là où l’opinion commune aurait plutôt vu
une condition. En retenant qu’il y avait là un terme, la jurisprudence a donc un temps étendu le
domaine du terme au détriment de la condition
- Cette jurisprudence a été récemment abandonnée
Civ., 1999, CC = une partie s’était engagée à supporter les charges relatives à l’exploitation du
cinéma tant que le nombre d’entrées annuelles était inférieur à 380 000. Dans ce cas, il n’est
pas objectivement certain qu’une salle de cinéma dépasse les 380 000 entrées annuelles mais
les parties avaient visiblement tenues l’évènement pour certain. La qualification de terme a été
exclu au profit de celle de condition puisque si on retient la qualification de condition, les juges
du fond ont permis à celui qui s’était obligé sous condition de se délier de son engagement. Il
s’est avéré que les parties avaient été optimistes et le cinéma n’a jamais atteint les 380 000
entrées annuelles. Cela voulait donc dire qu’une des parties s’était engagée à supporter les
charges d’exploitation d’un cinéma dans lequel elle n’avait aucun intérêt quasiment ad vitam
aeternam. Les juges ont alors considéré qu’il y avait là une condition et ont analysé
l’engagement comme un engagement sous condition résolutoire, c’est-à-dire que la personne
s’était engagée à payer si on restait en dessous des 380 000 entrées et la condition était
défaillie. En conséquence, l’engagement a été rétroactivement validé puisqu’il était certain
qu’on atteindrait jamais les 380 000 entrées, celui qui s’était engagé ne serait jamais libéré, il
devenait donc débiteur d’un engagement sans durée. Or, lorsqu’on est engagée sans durée,
chaque débiteur dispose d’une faculté de résiliation unilatérale lorsqu’il a conclu un contrat à
durée indéterminée. Lorsque le contrat est à durée déterminée, c’est-à-dire, avec un terme, on
est tenu de l’exécuter jusqu’à ce terme. Si on avait retenu la qualification de terme extinctif,
l’engagement aurait été considéré comme à durée déterminée parce que l’obligation aurait été
affectée d’un terme. On opte donc ici pour l’acception objective de la certitude
Selon la doctrine, on devrait pouvoir laisser aux parties la possibilité de dire s’il s’agit d’un terme ou
d’une condition. En d’autres termes, les parties pourraient disqualifier une condition en terme

3) La condition affecte l’existence-même de l’obligation


En présence d’une condition suspensive, l’obligation ne naitra que si l’évènement érigé en condition
sans rétroactivité (article 1304-6) survient et en présence d’une condition résolutoire, l’obligation
disparaîtra rétroactivement (article 1304-7)

B) La distinction entre condition suspensive et condition résolutoire


La condition est suspensive lorsque l’existence ou la naissance de l’obligation est subordonnée à la
survenance d’un évènement futur et incertain
A l’inverse, la condition est résolutoire lorsque ce n’est plus la naissance mais la disparition de
l’obligation qui est subordonnée à la survenance de l’évènement futur et incertain

Section 2 : La validité de la condition


A) La condition potestative
1) Définition
Article 1304-2 CC = « est nulle l’obligation contractée sous une condition dont la réalisation dépend de
la seule volonté du débiteur. Cette nullité ne peut être invoquée lorsque l’obligation a été exécutée en
connaissance de cause »
L’obligation demeure malgré tout valide lorsque :
- Elle est contractée sous une condition dont la réalisation dépend de la seule volonté du
créancier
- La réalisation de la condition ne dépend pas de la seule volonté du débiteur mais encore d’un
élément extérieur de la volonté du débiteur
Selon la doctrine, on devrait distinguer :
- Les conditions purement potestatives définies comme celles qui supposent que le débiteur
manifeste son consentement à l’engagement. Ces conditions ne sont pas admises par l’article
1304-2CC
- Les conditions simplement potestatives définies comme celles qui font intervenir un
évènement sur lequel le débiteur peut influer
La doctrine a mis un certain nombre de restrictions à cette distinction et la distinction entre condition
purement et simplement potestative ne devrait pas être appliquée dans les hypothèses suivantes :
- En présence d’un acte à titre gratuit : dans cette condition, toute condition potestative, même
simplement, devrait être prohibée
- Seule la condition suspensive purement potestative devait emporter la nullité de la condition
- Seule la condition purement potestative stipulée dans un contrat unilatéral devrait tomber
sous le coup de la nullité
D’autres autres veulent valider toutes les conditions potestatives puisque dans un contrat, chaque
partie est réciproquement créancière et débitrice l’une de l’autre donc, chaque partie à un intérêt à
l’existence d’un contrat et donc à la réalisation de la condition (dans la condition suspensive) et à la
non-réalisation de la condition (dans la condition résolutoire)
Mais aujourd’hui, la condition potestative nulle est tout simplement définie comme celle dont la
réalisation dépend de la volonté arbitraire ou discrétionnaire du débiteur et aucune distinction
n’est fait entre purement et simplement potestatif
Civ. 3ème, 1995, CC = en l’espèce, un bien immobilier avait été vendu sous condition suspensive que
l’acquéreur vende un autre bien immobilier dont il était propriétaire et un mandat avait été donné à
un agent immobilier pour procéder à la vente préalable du bien. La Cour d’Appel va considérer que la
vente a été conclue sous condition potestative de la part des acquéreurs parce que, selon elle, les
acquéreurs peuvent faire obstacle à la réalisation de la condition, en n’accomplissant aucune
démarche pour vendre leur bien. Il leur suffit de ne rien faire, leur bien ne sera pas vendu et ils ne
seront donc pas engagés dans la 2ème vente. La Cour de Cassation a censuré l’arrêt au visa de l’article
1174 (nouveau 1304-2), c’est-à-dire l’article qui sanctionne par la nullité l’obligation sous condition
suspensive potestative et a rappelé que, en l’espèce, la condition n’était pas potestative puisqu’un
délai pour vendre le bien préalable avait été prévu et un mandat avait été donné à un agent
immobilier pour ce faire. Donc, la Cour de Cassation a jugé que cette circonstance montrait qu’il y
avait déjà un certain engagement des acquéreurs dans la vente et que finalement, il y avait déjà
quelque part un effort de leur part que l’on pouvait dès lors considérer que la condition n’était pas
potestative
Civ. 1ère, 2001, CC = il s’agissait de la conclusion de plusieurs contrats entre le directeur d’une clinique
et différents praticiens. Ces contrats contenaient tous une clause au terme de laquelle il était prévu
que si la clinique venait à fermer, les contrats conclus avec les praticiens seraient rompus sans aucune
indemnité pour ces derniers. La clinique ferme, les praticiens n’ont plus d’activité et le tout sans
indemnité. Malheureusement, le directeur de l’établissement a fait jouer la clause mais les praticiens
ont contesté la validité. Ils ont réclamé des indemnités pour rupture abusive des contrats et, en plus,
ils ont réclamé des dommages et intérêts sur le terrain de l’article 1174 (nouveau 1304-2) en
invoquant la potestativité de la condition contenue dans la clause en cause et les praticiens ont
considéré que la fermeture de la clinique, c’est-à-dire l’évènement érigé en condition, dépendait
exclusivement de la volonté du directeur de la clinique. La Cour de Cassation a affirmé qu’au moment
de sa mise en œuvre, c’est-à-dire lorsque l’on a fermé l’établissement, aucune considération
personnelle au directeur de l’établissement n’a joué, c’est-à-dire la cessation de l’activité de la clinique
a été décidée sous la pression d’évènements économiques qui étaient extérieurs au directeur
On constate donc en jurisprudence un rétrécissement constant de la notion de condition potestative
nulle et on glisse d’un contrôle au moment de l’engagement à un contrôle au moment de la réalisation
de la condition

2) Sanction
Article 1304-2 CC = la condition potestative rend nulle l’obligation qui en dépend (et non pas le
contrat hormis si l’obligation annulée est une obligation fondamentale et en l’absence de laquelle le
contrat n’a plus de sens)

B) La condition impossible, illicite ou immorale


- La condition impossible : c’est une impossibilité matérielle qui est visée et l’évènement ne peut
matériellement pas survenir. Pour que l’obligation soit nulle, il faut que la réalisation de la
condition soit impossible dès la conclusion du contrat
- La condition licite ou morale : c’est une condition qui n’est pas contraire aux bonnes mœurs ou
aux règles d’ordre public (ex : condition potestative)

Section 3 : Les effets de la condition


A) Les effets de la condition suspensive
1) Tant que la condition est pendante
La condition est pendante lorsqu’elle n’est pas encore réalisée ou défaillie
Le créancier ne peut dès lors agir en exécution forcée, ni solliciter par exemple la résolution pour
inexécution. Le paiement anticipé peut être répété au titre de l’indu.

2) Après la défaillance de la condition


a) Le principe
1°) Date de la défaillance
Article 1176 CC (sans équivalence) = prévoit que « lorsqu’une obligation est contractée sous la
condition qu’un évènement arrivera dans un temps fixe, cette condition est censée défaillie lorsque le
temps est expiré sans que l’évènement soit arrivé. S’il n’y a point de temps fixé, la condition peut
toujours être accomplie et elle n’est pas censée défaillie que lorsqu’il est devenu certain que
l’évènement n’arrivera pas »
Article 1177 CC (sans équivalence) = prévoit à l’inverse que « lorsqu’une obligation est contractée
sous la condition qu’un évènement n’arrivera pas dans un temps fixe, cette condition est accomplie
lorsque ce temps est expiré sans que l’évènement soit arrivé. Elle l’est également si avant le terme, il
est certain que l’évènement n’arrivera pas. S’il n’y a point de temps déterminé, elle n’est accomplie
que lorsqu’il est certain que l’évènement n’arrivera pas »

2°) Caducité de l’obligation


Lorsque la défaillance de la condition est acquise, l’obligation sous condition est caduque et de façon
plus précise, l’obligation est rétroactivement censée n’avoir jamais existée

b) La défaillance de la condition provoquée par une partie


Article 1304-3 CC = permet au juge de contrôler la défaillance de la condition lorsqu’elle est
précisément, provoquée par une partie. Ce texte dispose que « la condition suspensive est réputée
accomplie si celui qui y avait intérêt en a empêché l'accomplissement » et « la condition résolutoire est
réputée défaillie si son accomplissement a été provoqué par la partie qui y avait intérêt »

3) Après la réalisation de la condition


Article 1304-6 = la condition accomplie n’a pas d’effet rétroactif au jour de l’engagement sauf
convention contraire des parties

4) La renonciation de la condition
Le bénéficiaire de la condition peut y renoncer et si la condition est stipulée au bénéfice des deux
parties, il faut, un accord pour que la renonciation produise effet
B) Les effets de la condition résolutoire
Avant la réalisation, l’obligation est née et exigible donc le créancier peut agir en exécution forcée
La réalisation de la condition efface rétroactivement l’obligation et toutes les conséquences qui s’en
suivent (ex : dans un contrat de vente, le transfert de propriété n’est censé n’avoir jamais eu lieu et si
la chose se trouve entre les mains de l’acheteur, il devra restituer. Le vendeur n’a pas non plus à
supporter les risques survenus avant la réalisation de la condition alors même qu’il est censé toujours
rester être propriétaire de la chose, objet du contrat)

Chapitre 3 : Les obligations plurales


Section 1 : La pluralité d’objets
Une obligation peut porter sur plusieurs objets lorsqu’elle est
- Cumulative
- Alternative
- Facultative

A) L’obligation cumulative
L’obligation est cumulative lorsqu’un débiteur doit cumulativement et en vertu d’une seule obligation,
plusieurs prestations à un même créancier
Conformément au droit commun, le débiteur d’une obligation cumulative est libéré lorsqu’il s’est
intégralement exécuté : soit lorsqu’il s’est intégralement exécuté, soit lorsqu’il a exécuté l’ensemble
des prestations qu’il s’était engagé à supporter

B) L’obligation alternative
Le débiteur n’est cette fois-ci pas tenu d’exécuter l’ensemble des prestations prévues : il ne doit, pour
se libérer valablement, exécuter qu’une seule des différentes prestations
Le débiteur choisit normalement l’obligation qu’il va exécuter mais les parties peuvent déroger cette
règle en prévoyant que le choix appartiendra au créancier et non pas au débiteur

C) L’obligation facultative
L’obligation facultative n’a normalement qu’un seul objet : la prestation que le débiteur s’est engagé à
accomplir. Mais ce dernier, peut, s’il le préfère, se libérer en exécutant une autre prestation et l’option,
cette fois, ne peut appartenir qu’au débiteur
L’obligation facultative se distingue également de l’obligation alternative en ce que, si une cause de
nullité affecte l’obligation qui était en principe due, le débiteur est libéré sans avoir à exécuter la
prestation subsidiaire

Section 2 : La pluralité de sujets


A) L’obligation conjointe
L’obligation conjointe se divise entre les débiteurs en présence d’une pluralité de débiteurs, soit entre
les crénaciers s’il y a une pluralité de créancier
En conséquence, chaque créancier-conjoint n’a le droit de réclamer qu’une partie de la créance et
chaque débiteur-conjoint n’est à l’inverse, tenu de s’acquitter que d’une fraction de la dette
Article 1320 CC = l’obligation qui est susceptible de division doit être exécutée entre le créancier et le
débiteur comme si elle était indivisible. La divisibilité n’a d’application qu’à l’égard de leurs héritiers
qui ne peuvent demander la dette ou qui ne sont tenus de la payer que pour les parts dont ils sont
saisis ou dont ils sont tenus, comme représentant le créancier ou le débiteur  donne un exemple
d’une application de ce principe
L’obligation conjointe constitue en théorie, la règle de principe et elle s’applique à défaut de
disposition contraire
Conséquences d’une obligation conjointe :
- Chaque créancier conjoint ne peut réclamer qu’une fraction de la créance et chaque débiteur
n’est tenu que d’une fraction de la dette
- La division de la créance ou de la dette s’opère par part virile
- La nullité de cette obligation ne rejaillit en principe pas sur les autres créanciers ou sur les
autres débiteurs mais il en va autrement si la cause de nullité atteint la substance-même de
l’obligation
- En présence de codébiteurs conjoints, l’insolvabilité de l’un n’a pas à être supportée par les
autres

B) L’obligation solidaire
L’obligation solidaire exclut la division
En théorie, la solidarité peut être aussi bien active, c’est-à-dire existante entre les créanciers que
passive, exister entre les codébiteurs

1) Les sources de la solidarité


La solidarité ne se présume pas : il faut donc une disposition prévue par la loi ou une disposition
prévue par le contrat qui fasse appel à la solidarité
- Pour la solidarité conventionnelle : la jurisprudence applique souplement cette exigence de
stipulation exprès, en considérant qu’il n’est pas obligatoire que le mot « solidaire » ou
« solidarité » apparaisse expressément dans l’acte. Il suffit que la volonté des parties en ce sens
soit certaine, qu’elle ne fasse aucun doute
Civ., 2012, CC = approuve une juridiction d’avoir retenu l’existence d’une obligation solidaire
pesant sur les membres d’un groupement de maître d’œuvre qui étaient désignés par le contrat
comme « le concepteur ». Le concepteur, au terme du contrat, cela recouvrait en réalité : un
architecte, un économiste de la construction et deux bureaux d’étude  la solidarité a été
déduite de l’économie de l’opération
- Traditionnellement, on constate que le législateur intervient pour créer un cas de solidarité
dans deux hypothèses :
 Lorsqu’il existe une communauté d’intérêt entre les différents débiteurs (ex : article 1887
CC)
 Une raison d’intérêt général (ex : article 1242 CC alinéa 4)
- Il arrive que la loi, au contraire, écarte l’application d’une solidarité, au cas où elle aurait été
prévue par les parties (ex : principe de la divisibilité des dettes entre cohéritiers)
En matière commerciale, la solidarité est présumée mais il s’agit d’une présomption simple  il s’agit
là de favoriser les échanges commerciaux qui sont jugés créateur de richesse

2) Les effets de la solidarité


a) Dans les rapports entre créanciers et codébiteurs
1°) Les effets principaux
i) L’unicité de la dette
Les codébiteurs solidaires doivent la même chose et le créancier peut, dès lors, réclamer la totalité de
la dette à n’importe lequel des codébiteurs. Il choisit de façon plus précise, celui à qui va s’adresser de
façon discrétionnaire.
Si le codébiteur qui est actionné par le créancier ne paye pas parce qu’il est insolvable, le créancier va
pouvoir agir contre les autres codébiteurs
Civ. 3ème, 1995, CC = en l’espèce, il était question d’un bail qui avait été conclu entre un propriétaire et
deux colocataires. Ce bail contenait une clause de solidarité. Cela signifiait que le propriétaire pouvait
demander l’intégralité du paiement des loyers à l’un quelconque des deux colocataires. L’un des
colocataires donne congé avant l’expiration du bail et l’autre reste dans les lieux. Celui qui reste dans
les lieux finit par ne plus pouvoir payer le loyer. Le bailleur se retourne alors contre le colocataire qui
a quitté les lieux. Les juges du fond vont débouter le propriétaire, au motif qu’en partant, le codébiteur
solidaire a donné congé et en donnant congé, il a mis fin aux obligations nées du bail. La Cour de
Cassation va censurer cette décision et va juger que la solidarité demeure pendant toute la durée de
l’engagement
Civ. 3ème, 2004, CC = la solidarité ne va pas jusqu’à couvrir les obligations nées d’un maintien dans les
lieux après l’expiration du délai

ii) Pluralité des liens entre les parties


Chaque codébiteur a un lien personnel avec le créancier. Tous doivent la même chose, c’est l’unicité de
la dette mais ils le doivent chacun en vertu d’un lien personnel qu’ils ont avec le créancier. Cela
emporte plusieurs conséquences :
- Si le créancier assigne tous les codébiteurs en même temps, il doit respecter la particularité de
chaque créance (ex : termes, immédiateté, etc...)
- Il existe des exceptions qui sont opposables par le codébiteur qui est assigné, au créancier :
 Les exceptions inhérentes à la dette : ce type d’exception peut être invoqué par tous les
codébiteurs
 Les exceptions personnelles :
 Les exceptions purement personnelles : ne peuvent pas être invoquées par les
autres codébiteurs, elle ne leur profit pas (ex : vice du consentement, une incapacité,
un terme ou une condition stipulée dans l’intérêt exclusif d’un codébiteur)
 Les exceptions simplement personnelles : c’est une remise de dette qui aurait été
consentie à l’un et pas à l’autre et seul le codébiteur qui est susceptible de l’opposer
au créancier peut l’invoquer. S’il ne l’invoque pas, les autres ne peuvent pas le faire à
sa place. Mais lorsqu’elle est invoquée par la bonne personne, elle opère paiement et
libère donc les autres codébiteurs à hauteur du paiement à effectuer par ce bien
 La compensation : seul le codébiteur qui est susceptible de l’opposer au créancier peut
l’invoquer

2°) Les effets secondaires de la solidarité


- La mise en demeure adressée à l’un produit des effets par rapport aux autres
- L’interruption de la prescription à l’égard de l’un vaut pour tous
- L’autorité de la chose jugée à l’égard de l’un vaut à l’égard de l’autre

b) Les rapports entre codébiteurs


Une fois qu’il a payé, le codébiteur qui a été assigné par le créancier peut naturellement se retourner
contre chacun des autres codébiteurs et leur réclamer leur part dans la dette
En principe, on répartit par part virile
L’insolvabilité d’un des codébiteurs sera supportée par tous ceux qui restent et qui sont solvables
Il existe deux fondements possibles au recours qui est exercé par celui qui a payé le créancier et qui
agit contre les autres codébiteurs :
- On considère que celui qui a payé le créancier dispose d’un recours personnel, qui lui
appartient en propre. En pratique, on va considérer par exemple qu’il a agi en vertu d’un
mandat qui sera tacite ou exprès ou alors qu’il a géré les affaires d’autrui, c’est le quasi-contrat
tiré de la gestion d’affaires
- Il peut exercer aussi un recours subrogatoire qui existe lorsqu’une personne est payée par une
autre et lui transmet à la suite de ce paiement ses droits

C) L’obligation in solidum

1) Domaine
En principe, la solidarité ne peut être créée que par la loi ou la convention mais la règle est parfois
gênante et il existe des hypothèses dans lesquelles la loi n’a rien prévu et les parties n’ont pas
davantage prévu quelque chose
L’exemple est celui où chaque fois qu’un même dommage a plusieurs causes avec plusieurs
responsables, ils sont tenus, chacun d’indemniser la victime de l’intégralité de son préjudice
Bouglos Nouroglou, 1939, CC = la jurisprudence estime que dans ce cas, les coresponsables du
dommage sont tenus in solidum
C’est par faveur pour la victime et on lui évite de diviser ses recours pour mettre une partie de son
préjudice à la charge de l’autre, on considère que les deux sont responsables du dommage et que
finalement, ce n’est pas grand-chose que de les obliger à payer l’intégralité à l’égard de la victime et
ensuite exercer un recours entre eux deux
Comm, 1991, CC = dans cette espèce, une société avait commandé un ordinateur et un logiciel de base
à une société puis elle avait commandé un logiciel d’application à une autre société. Il y avait donc
deux contrats. Insatisfait, l’acquéreur demande la résiliation des deux contrats. La Cour d’appel
considère que les engagements pris par les deux sociétés au profit du demandeur à l’action sont
indivisibles. Puis, elle en déduit qu’elles sont tenues in solidum par rapport à leur créancier commun.
La Cour de Cassation va censure au visa des articles 1147et 1218 CC. Elle va relever que, pour parler
d’obligation in solidum, encore faut-il que les débiteurs soient tenus d’effectuer la même prestation à
l’égard du créancier, ce qui n’était pas le cas en l’espèce
On rencontre des obligations in solidum en présence d’une pluralité d’obligations de sources
différentes donc c’est différent par rapport à l’obligation solidaire. Dans l’obligation solidaire,
finalement, il y a le principe de l’unicité de la dette. En matière d’obligation in solidum, il y a quand
même deux dettes distinctes qui contribuent à procurer la même satisfaction au créancier

2) Le régime
Deux remarques :
- L’obligation in solidum produit les effets principaux de la solidarité mais pas les effets
secondaires. La seule réserve concerne la compensation qui peut toujours être invoquée par un
coobligé in solidum, même si cela concerne l’autre partie
- Les recours en contribution obéissent à des règles particulières en matière de responsabilité
civile

Section 3 : L’indivisibilité
Une obligation indivisible ne peut être exécutée qu’en entier
L’indivisibilité ne présente d’intérêt qu’en présence d’une pluralité de créanciers ou de débiteurs

A) Les sources
Il existe deux sources dans l’indivisibilité :
- L’indivisibilité objective que l’on appelle aussi indivisibilité résultant de la nature des choses
- L’indivisibilité dite subjective est celle qui résulte de la volonté des parties

B) Les effets de l’indivisibilité


Article 1320 CC = neutralisation de l’indivisibilité qui imposer la divisibilité de la dette solidaire entre
les héritiers d’un des codébiteurs solidaires. Cette neutralisation est admise en présence d’une
indivisibilité
DEUXIEME PARTIE : LA CIRCULATION DE L’OBLIGATION

Chapitre 1 : La cession de créance


La cession de créance est une convention par laquelle un créancier appelé « cédant » transfert sa
créance à son cocontractant appelé « cessionnaire ». Le débiteur est alors appelé « cédé »
La cession de créance est une convention et il faut donc un échange de volonté ou encore un accord de
volonté entre les deux parties au contrat qui sont le cédant et le cessionnaire. Le cédé n’est pas partie
au contrat de cession
Le droit romain a d’abord admis la transmission de la créance à cause de mort. L’idée était la
continuation de la personne du défunt par ses héritiers
C’est Justinien qui a fini par reconnaître la cession de créance
Aujourd’hui, la cession de créance est de plus en plus concurrencé par la cession de contrat et donc a
priori, elle ne va pas se développer et va plutôt être de moins en moins utilisée
- La cession de créance peut être perçue comme une forme particulière de vente et il y a alors
transfert de propriété contre le paiement d’un prix et l’idée est qu’on va spéculer puisqu’on va
toujours acheter une créance à un montant inférieur au montant nominal de la créance car le
cessionnaire assume un risque d’insolvabilité du débiteur cédé
- La cession de créance peut être une donation avec une intention libérale
- La cession de créance peut être utilisée pour régler ses dettes. La Cour de Cassation a précisé
que la cession de créance qui était ainsi opérée n’emportait pas extinction de la dette dès sa
conclusion. C’est uniquement où le cédé paye le cessionnaire que la dette du cédant à l’égard du
cessionnaire s’éteint
- La cession de créance peut être perçue comme une sûreté, c’est-à-dire un moyen de garantir le
paiement d’une autre créance
Section 1 : Les conditions de validité de la cession de créance

A) Le principe
Le principe est que toute créance peut être cédée :
- Peu importe l’objet de la créance (ex : créance qui porte sur une somme d’argent ou une
créance qui porte sur une prestation)
- Peu importe les modalités (ex : créance conditionnelle ou affectée d’un terme suspensif
- Peu importe la validité de la créance (ex : la validité de la créance peut être discutée)
Civ.1ère, 2001, CC = l’acquéreur de divers immeubles emprunte pour payer le prix d’achat des
immeubles. Le remboursement de l’emprunt est garanti par deux sûretés : une hypothèque
conventionnelle et l’affection au prêteur des loyers à venir relatif à l’immeuble acquis. Il est donc
question de loyers à naître des futurs beaux, les créances de loyer sont donc futures et éventuelle.
Mais il y a quand même des conditions : il faut que ces créances soient suffisamment identifiées, c’est-
à-dire qu’il faut, qu’au moment de la cession, on puisse aisément comprendre, déterminer quelles sont
les créances de loyers qui sont précisément cédées

B) Les limites
Certaines créances sont incessibles : ce sont les créances insaisissables
Les parties peuvent rendre une créance incessible par convention ou stipuler que la cession ne pourra
se faire qu’avec l’agrément du cédé

Section 2 : Les effets de la cession de créance


A) Les effets entre les parties
Seuls le cédant et le cessionnaire sont partie à la cession de créance : le cédé ou tout autre tiers n’est
pas partie à la cession de créance

1) Effet translatif
a) Le moment du transfert
Article 1320 CC = la cession de créance est un contrat solennel qui « doit être constatée par écrit, à
peine de nullité »
b) Etendue de la cession
Dans la subrogation, le subrogé n’est titulaire de la créance qu’à concurrence de ce qu’il a payé mais
dans la cession de créance, le cessionnaire est titulaire de la créance pour son montant nominal et
quel que soit le prix qu’il a payé pour cela
Article 1692 CC = la cession de créance emporte transfert des accessoires de la créance
La jurisprudence a jugé que constitue un accessoire de la créance et donc transmis ipso facto avec elle
les sûretés et les clauses d’arbitrage par exemple et les actions en responsabilité civile que le cédant
aurait pu exercer se transmettent aussi avec la créance.
La jurisprudence demeure hostile à la transmission d’une dette qui serait née du chef du cédant
Comm, 2013, CC = une banque consent un prêt à une société. Le remboursement du prêt est garanti
par le cautionnement de deux personnes physiques. La banque cède ultérieurement cette créance.
L’emprunteuse, la société cédée va cesser de rembourser le prêt et le cessionnaire de la créance va
assigner les cautions qui sont elles aussi cédées, en paiement. Les cautions se défendent en invoquant
une faute de la banque cédante : la banque aurait débloqué des fonds sans faire préalablement
inscrire un nantissement sur le fonds de commerce. La Cour censure au visa des articles 1294 alinéa 1
(nouveau 1347-6)), 1295 (nouveau 1347-5) et 1692. Selon la Cour, « le cessionnaire d’une créance ne
peut être tenu d’une dette née d’un manquement du cédant antérieur à la cession, sauf connexité ». Et
en l’espèce, l’action en responsabilité qui était une action en responsabilité des cautions, c’est-à-dire
les cédés, contre la banque cédante, ne faisait assurément pas partie de la créance cédée elle-même

c) Les limites du transfert


Le débiteur cédé peut opposer toutes les exceptions qui ont leur cause dans le contrat générateur de
la créance. L’exception doit agir directement sur le droit de créance en le faisant disparaître ou en le
réduisant
Comm., 2013, CC = l’action en responsabilité des cautions n’agit pas directement sur le droit de
créance
L’exception qui a sa cause dans le contrat générateur, la jurisprudence a jugé que relevait de cette
catégorie : l’exception tirée de la nullité de la créance cédée, celle tirée de la prescription qui affectait
la créance cédée et enfin celle née d’une exception d’inexécution dans les rapports cédant-cédé
Comm., 2010, CC = en l’espèce, une créance de loyer avait été cédée. Le propriétaire bailleur, donc le
cédant est le bailleur, le locataire est le cédé et le cessionnaire est celui qui doit recevoir à l’avenir le
paiement des loyers par le locataire. Une difficulté survient parce que le bailleur manque à son
obligation et notamment après l’accomplissement par le cessionnaire des formalités, en ne laissant
pas le locataire jouir paisiblement des lieux. Le locataire peut-il refuser de payer les loyers au
cessionnaire en se prévalant de l’inexécution du contrat imputable au cédant mais après
l’accomplissement des formalités qui vise à lui rendre la cession opposable ? La Cour de Cassation
répond pas l’affirmative au motif que l’exception d’inexécution est une exception inhérente à la
créance. Elle juge « qu’en cas de cession de créance, le débiteur peut invoquer contre le cessionnaire
les exceptions inhérentes à la dette, même si elles sont apparues postérieurement à la notification de
la cession »
Ainsi, le cédé peut opposer au cessionnaire toutes les exceptions inhérentes à la dette, peu important
le moment où elles sont nées
Il peut encore lui opposer les exceptions tirées de ses rapports avec le créancier cédant, mais à la
condition qu’elles soient apparues avant la notification ou la prise d’acte de l’article 1320
2) Garantie due par le cédant
a) La garantie légale
En vertu de la loi, le cédant doit garantir l’existence de la créance mais le cédant ne garantit pas la
solvabilité du débiteur cédé. En application de la garantie légale, le cessionnaire peut donc se
retourner contre le cédant, si le cédé fait juger que l’obligation cédée est nulle. C’est la même chose
dans l’hypothèse où le cédé paie le cédant parce qu’il ignorait l’existence de la cession et si le cédant
accepte le paiement, le cessionnaire ne pourra rien obtenir du cédé

b) Aménagement conventionnel de la garantie légale


Les parties peuvent étendre come restreindre cette garantie

1°) L’extension de la garantie légale


Le cédant peut s’engager à garantir non seulement l’existence de la créance mais également la
solvabilité du cédé ou garantir l’existence de sûretés par exemple
Mais il y a deux limites :
- Cette extension de garantie ne peut jouer qu’à concurrence du prix retiré de la cession
- On ne garantit, dans cette extension que la solvabilité actuelle du cédé, c’est-à-dire la solvabilité
au moment de la cession de créance. Cette fois-ci, en revanche, on peut stipuler une clause
contraire et garantir la solvabilité future

2°) La restriction de la garantie légale


Le principe est que le cédant peut indiquer qu’il ne garantit même pas l’existence de la créance cédée
mais la limite est que le cédant ne peut se décharger par cette clause de la garantie qu’il doit au
cessionnaire à raison de son fait personnel

3) Le retrait litigieux
La cession de créance litigieuse est parfaitement valable mais le législateur a accordé au débiteur cédé
un droit de retrait : c’est ce que l’on appelle le retrait litigieux
C’est un mécanisme au terme duquel la loi accorde au débiteur cédé la possibilité, une fois la cession
de créance conclue, de se substituer au cessionnaire en lui remboursant le prix que ce dernier a payé
pour acquérir sa créance et le cessionnaire n’a pas la possibilité de s’opposer à une telle opération
dont l’initiative et la maitrise appartiennent, en définitive, au seul cédé
Intérêts du retrait litigieux :
- Il limite la spéculation sur les créances litigieuses
- Il met fin à un procès en cours
La Cour de Cassation a régulièrement l’occasion de préciser les contours de cette institution qui est
consacrée par les articles 1699 à 1701 CC
Comm., 2013, CC = en l’espèce, un contrat d’agence commercial liait deux sociétés. L’une des deux
souhaite céder les droits et obligations qu’elle tient de ce contrat à un tiers. L’autre refuse d’agréer le
cessionnaire qui lui est présenté à cette occasion. Et le contrat prend fin. La société qui entendait
céder ce contrat assigne sa cocontractante afin d’obtenir le paiement d’une indemnité de cessation de
contrat. Au cours de la procédure, la liquidation amiable de la société qui était demanderesse à l’action
est décidée. Les associés souhaitent procéder à la liquidation dans les plus brefs délais. Aussi, pour
clôturer les opérations de liquidation le plus rapidement possible, encore une fois, ils décident de
céder la créance que la société en liquidation détiendrait sur son adversaire et sur une autre société
étrangère à l’affaire à eux-mêmes pour un prix global de 1€. Les anciens associés cessionnaires
assignent le cocontractant de la société liquidée, afin d’obtenir le paiement de l’indemnité due à la
suite de la cessation du contrat. Cette dernière leur notifie alors son intention d’exercer le droit de
retrait qu’elle tient de l’article 1699 CC. Les juges du fond rejettent la demande. A l’appui de cette
solution, ils font valoir que la société qui prétend exercer le droit de retrait n’a pas la qualité de
défenderesse à l’action, dès lors qu’elle a formé une demande reconventionnelle en paiement de
dommages et intérêts. En outre, la cession des créances litigieuses a eu lieu pour un prix global. Il y a
la créance litigieuse, plus d’autres créances dans le prix de 1€. Poursuivant, les juges du fond relèvent
encore que la cession de la créance litigieuse n’a pas été opérée dans un but spéculatif, mais à un prix
raisonnable afin de hâter la clôture d’une liquidation amiable de sociétés. Enfin, la Cour d’Appel
énonce que la cession litigieuse n’est que l’accessoire des opérations de liquidation amiable
précédemment évoqués. L’arrêt est cassé à chaque fois au visa de l’article 1699CC. La Cour de
Cassation rappelle que la cession de créance en bloc ne fait pas obstacle à l’exercice du droit de retrait
prévu par l’article 1699 CC , tout du moins, dès lors que le prix de la créance litigieuse est
déterminable. Dans le même sens, elle précise « l’exercice du droit de retrait litigieux n’est pas
subordonné à l’existence d’une intention spéculative des parties à la cession de créance »

B) Les effets à l’égard des tiers


Article 1323 al. 2 = dispose que l’opposabilité de la cession de créance aux tiers s’opère à la date de
l’acte, c’est à dire dès la rencontre des consentements du cédant et du cessionnaire formalisée par
écrit
La cession de créance est un contrat qui lie le cédant et le cessionnaire mais d’autres personnes que
cette cession intéresse ne sont pas parties au contrat. Et dès lors, elles peuvent légitimement ignorer
l’existence de la cession de créance
Le débiteur cédé n’est pas partie au contrat de cession et tant qu’il n’a pas été informé de l’existence
de la cession, le cédé peut légitimement considérer que le cédant est toujours son créancier et il peut
valablement se libérer entre les mains du cédant

1) Les modalités de l’information du cédé


Article 1324 al. 1 CC = prévoit que s’agissant de l’opposabilité de la cession de créance au débiteur
cédé, que « la cession n’est opposable au débiteur, s’il n’y a déjà consenti, que si elle lui a été notifiée
ou s’il en a pris acte »  c’est à dire s’il a su et accepté la cession
Tant que cette notification ou cette prise d’acte n’est pas intervenue, le débiteur est en droit de se
libérer entre les mains du créancier cédant

2) Portée des formalités prévues par l’article 1324 du Code Civil


Dans les rapports entre cédant et cessionnaire, l’article 1324 CC n’a pas sa place et il est donc
inapplicable au rapport entre parties au contrat
L’article 1324 CC s’applique qu’au profit des tiers que sont le cédé et les autres personnes qui
prétendent avoir des droits sur la créance cédée

a) Portée à l’égard du cédé


Le principe est que tant que les formalités de l’article 1324 CC n’ont pas été réalisée, le cessionnaire ne
peut pas poursuivre le débiteur cédé pour qu’il s’exécute à son profit
Il y a deux exceptions à ce principe :
- On assimile l’assignation à la signification à condition que le paiement ne porte pas atteinte aux
droits acquis par le tiers ou par le débiteur cédé
Civ.3ème, 1985, CC = il était question d’une vente avec faculté de substitution au profit de
l’acquéreur. Diverses conditions suspensives étaient prévues au profit de ce même acquéreur.
Les conditions suspensives sont censées se réaliser dans un certain délai. L’acquéreur fait jouer
la faculté de substitution. Le substitué, c’est-à-dire le cessionnaire, renonce aklors au bénéfice
des conditions suspensives avant l’expiration du délai prévu pour leur accomplissement. Il va
demander la réalisation de la vente, ce que le vendeur cédé va refuser. Le cessionnaire assigne
alors le vendeur en justice, et prétend que l’assignation vaut respect des formalités de l’article
1690 CC (nouveau 1324 CC). La Cour de Cassation écarte l’argumentation après avoir énoncé
que la cession de créance ne pouvait être opposable au cédé qu’à compter de
l’accomplissement des formalités de l’article 1690 CC (nouveau 1324). En conséquence, le cédé
ne peut pas être forcée à réaliser la vente par acte authentique, et il est libre. Certes, la
renonciation aux conditions suspensives est intervenue dans le délai mais la signification de la
cession n’a pas été faite dans le délai
- L’acceptation par le débiteur cédé peut être efficace, même si elle ne respecte pas les formalités
de l’article 1690 (nouveau 1324CC), sauf fraude au droit du cessionnaire
Civ.1ère, 2012, CC = dans cet arrêt, la Cour de Cassation énonce qu’à défaut d’accomplissement
des formalités exigées par l’article 1690 (nouveau 1324CC), la simple connaissance de la
cession de créance par le débiteur cédé ne suffit pas à la lui rendre opposable. Alors, en
l’espèce, deux assurés avaient confié leur véhicule à un garagiste pour réparations. Les clients
cèdent au garagiste la créance qu’ils détiennent contre l’assureur : l’idée est que le garagiste va
se faire payer directement par l’assureur. Le garagiste informe l’assureur par lettre
recommandée avec accusé de réception. Malgré tout, l’assureur va régler le coût de réparations
entre les mains des cédants, c’est-à-dire les assurés, au motif que la cession de créance ne lui a
pas été signifiée dans les formes prévues par l’article 1690 CC (nouveau 1324) et la Cour de
Cassation va lui donner raison

b) Portée à l’égard des autres cessionnaires de la créance ou des titulaires d’un droit
sur celle-ci
L’hypothèse classique est celle où le créancier cédant cède la même créance deux fois de suite à deux
cessionnaires différents
Dans ce cas-là, désormais tranché en faveur du premier en date : le premier qui se sera vu consentir
une cession de créance valide l’emportera

Chapitre 2 : La cession de dette


Section 1 : La nouvelle autorisation de la cession de dette
Article 1327 CC = autorise la cession de dette
On peut définir comme l’opération tripartite par laquelle un débiteur (qu’on appellera cédant)
transfère à une autre partie (qu’on appellera cessionnaire) le dette qu’il est tenu d’acquitter au profit
d’un créancier (qui sera le cédé)
La cession de dette prévue par le Code civil n’est toutefois pas calquée sur le modèle de la cession de
créance : outre qu’elle est un contrat consensuel, sa validité est en effet soumise au consentement de
trois personnes : le cédant et le cessionnaire, bien sûr, mais également le créancier cédé (là où le cédé
n’est pas « partie » à la cession de créance)
Article 1327 CC = « un débiteur peut, avec l’accord du créancier, céder sa dette »
Le créancier cédé peut intervenir au contrat de cession pour donner son consentement, et alors
vraisemblablement l’opération produira immédiatement effet à son égard. Il peut également donner
son accord par avance, mais dans cette hypothèse, la cession ne lui sera « opposable » que lorsqu’elle
lui aura été notifiée ou lorsqu’il en aura pris acte (article 1327-1 CC)
Article 1327-2 CC = la cession de dette n’emporte pas systématiquement un véritable transfert de
l’obligation. La libération du cédant, qui est le débiteur originel, suppose en effet que le créancier cédé
donne un consentement exprès supplémentaire :
 En ce cas, la cession de dette est parfaite : le débiteur cédant est libéré pour l’avenir, seul le
débiteur cessionnaire étant tenu à la dette. La cession substitue ici un nouveau
débiteur au débiteur d’origine
 A défaut de ce consentement exprès supplémentaire, et sauf clause contraire, la cession de
dette est imparfaite : le débiteur cédant n’est pas libéré ; il est tenu solidairement au
paiement de la dette. La cession offre alors au créancier un débiteur supplémentaire
Le cédant s’il reste tenu (hypothèse d’une cession imparfaite) – peut opposer au créancier cédé les
exceptions inhérentes à la dette, telles que la nullité, l’exception d’inexécution, la résolution ou la
compensation de dettes connexes
Article 1328 CC = chacun peut exposer les exceptions qui lui sont personnelles

Section 2 : Les palliatifs à l’ancienne interdiction de la cession de créance


A) L’engagement d’un tiers, envers le débiteur à payer la dette
La liberté contractuelle ne s’oppose pas à ce que le débiteur convienne avec un tiers que ce dernier
s’acquittera du paiement de la dette en ses lieux et place
Un tel engagement a un sens puisque, sauf à ce que l’obligation soit intuitu personae, le créancier
n’aura d’autres choix que d’accepter le paiement
En revanche, un tel accord entre les deux débiteurs ne saurait produire effet à l’égard du créancier :
l’accord est conclu entre les deux débiteurs et le créancier n’y est donc pas partie et par conséquent,
on ne peut pas lui imposer cet accord
L’effet principal qui est attendu de la cession de dette ne se produit pas : le débiteur n’est pas libéré à
l’égard du créancier qui peut toujours agir à son encontre

B) La stipulation pour autrui


Il y a stipulation pour autrui lorsque dans un contrat, une des parties (appelée stipulant) obtient de
l’autre (appelé promettant) l’engagement qu’elle donnera ou fera quelque chose au profit d’un tiers
(que l’on appelle bénéficiaire)
Ce type d’engagement permet de créer un lien de droit direct entre le promettant et le bénéficiaire
avant même que le bénéficiaire ne déclare accepter la stipulation pour autrui
Les principes qui gouvernent la stipulation pour autrui amènent à retenir que le stipulant s’entend
alors du débiteur originaire et le créancier serait le tiers bénéficiaire et celui qui s’engage à payer la
dette, ce serait le promettant
L’opération n’a pas pour effet de libérer le stipulant de son obligation à l’égard du bénéficiaire créance
et l’objectif n’est pas de libérer le stipulant

C) La délégation imparfaite
Ce mécanisme s’entend de l’engagement pris par une personne que l’on appelle le « délégué » auprès
d’une autre (la délégataire) qui accepte cet engagement. Et tout cela intervient à la demande d’une
troisième personne que l’on appelle délégant
La délégation est imparfaite lorsque le délégant est le débiteur du délégataire et n’est pas libéré à
l’égard de ce dernier, du simple fait de l’engagement pris par le délégué. En d’autres termes, dans la
délégation imparfaite, le créancier bénéficie de deux débiteurs en vertu de deux liens d’obligations
distincts
Trois éléments font obstacle à la qualification de cession de dette :
- A la différence de la stipulation pour autrui, la délégation requiert le consentement du
créancier : le délégataire doit accepter l’engagement pris à son profit par le délégué
- La délégation créé un nouveau rapport d’obligation entre le créancier et son second débiteur
- Le débiteur originaire n’est pas libéré : il ne le sera que si le délégué s’exécute au profit du
délégataire

D) La novation par changement de débiteur et la délégation parfaite


La délégation novatoire, comme la novation par changement de débiteur, peuvent sembler plus
proche de la cession de dette en ce qu’elles emportent libération du premier débiteur. Ce
rapprochement est limité et deux obstacles subsistent :
- Le consentement du créancier est toujours requis
- Il y a un nouveau rapport d’obligation qui se créé entre le second débiteur et le créancier. Ce
n’est pas la même dette qui circule, c’est une dette nouvelle et distincte

Chapitre 3 : La cession de contrat


Articles 1216 à 1216-3 CC = définissent le régime de la cession de contrat
Elle est l’opération en vertu de laquelle un contractant (le cédant) transfère à un tiers (le
cessionnaire) sa position de partie au contrat qui l’unissait jusqu’ici à son cocontractant (le cédé), qui
doit pour cela donner son accord

Section 1 : La nature de la cession de contrat (synallagmatique ici)


A) L’addition d’une cession de créance et d’une cession de dette
La cession de contrat peut être perçue comme une cession de créance doublée d’une cession de dette
Mais des auteurs estiment que la cession de contrat ne saurait réduite à une simple cession de créance
et de dette, la cession de contrat emporterait de façon plus large, plus complexe et aussi plus
ambitieuse, la transmission de la qualité de contractant

B) La transmission de la qualité de contractant


Dans l’analyse moderne de la cession de contrat, on nous dit que céder un contrat n’est pas juste céder
une créance et une dette mais c’est aussi transmettre la qualité de contractant
Section 2 : Le régime de la cession de créance
Les conditions de la cession de contrat
- Quant à la forme, la cession doit être constatée par écrit, sous peine de nullité (article 1216
alinéa 3) : il s’agit donc d’un contrat solennel
- Quant au fond, outre le consentement du cédant et du cessionnaire, on exige l’accord du cédé
(article 1216 alinéa 1), ce qui semble aller dans le sens de la jurisprudence (Société Rougeot,
1997, CC = avait sembler exiger que le cédé donne son consentement au changement de
contractant pour que la cession puisse produire effet et elle avait précisé que le consentement
pouvait être donné au moment de la cession de contrat ou « par avance » au moment de la
conclusion du contrat cédé) . Cet accord peut être donné au moment même de la cession, ou
par avance, auquel cas la cession produit effet à l’égard du cédé lorsque le contrat conclu entre
le cédant et le cessionnaire lui est notifié ou lorsqu’il en prend acte (article 1216 alinéa 2).
Cette exigence de l’accord du cédé assure une fonction de sécurité contractuelle : on garantit à
chaque partie qu’elle ne se verra pas imposer un changement de cocontractant contre son gré
Les effets de la cession de contrat :
- La cession a pour effet principal de transférer au cessionnaire les droits et obligations résultant
du contrat : le cessionnaire devient partie au contrat. Il devient créancier et débiteur du cédé. Il
peut donc exiger du cédé l’exécution du contrat, et vice versa
- Toutefois, le cédant n’est pas nécessairement libéré : il faut pour cela que le cédé ait
expressément consenti à cette libération, en plus d’avoir donné son accord à la cession de
contrat
- A défaut, le cédant est tenu solidairement à l’exécution du contrat, ce qui permet au cédé de
demander paiement, à sa guise, au cessionnaire ou au cédant
- S’agissant de l’opposabilité des exceptions, le cessionnaire peut opposer au cédé les exceptions
inhérentes à la dette mais pas les exceptions personnelles au cédant. Quant au cédé, il peut
opposer toutes les exceptions qu’il aurait pu faire valoir à l’encontre du cédant, qu’il s’agisse
des exceptions inhérentes à la dette ou des exceptions personnelles tirées du rapport
contractuel initial

Chapitre 4 : La subrogation personnelle


La subrogation personnelle s’oppose à la subrogation réelle : dans une subrogation personnelle, on
envisage un rapport entre personnes, alors dans dune subrogation réelle, on envisage le
remplacement d’une chose par une autre
La subrogation personnelle est une modalité conventionnelle ou légale du paiement qui permet au
tiers solvens (c’est-à-dire celui paie) d’exercer à son profit, les droits du créancier payés par lui
La créancier est désintéressé, il subroge (on l’appelle aussi le subrogeant), celui qui le paye devient
donc subrogé et le subrogé va recourir contre le débiteur définitif de la dette

Section 1 : Les conditions de la subrogation personnelle


La subrogation peut être prévue par convention mais elle peut également jouer de plein droit dans
l’un des différents cas de subrogation qui sont prévus par la loi. Qu’elle soit légale ou conventionnelle,
la subrogation est opposable au débiteur ou au créancier si elle est consentie à l’initiative du débiteur

A) La subrogation conventionnelle
La subrogation peut être consentie aussi bien à l’initiative du créancier (on parle alors de subrogation
« ex parte creditoris) qu’à l’initiative du débiteur (on parle alors de subrogation « ex parte debitoris).
Cependant, en pratique, la subrogation à l’initiative du créancier est bien plus répandue
Pour être valablement consentie, la subrogation ex parte creditoris doit satisfaire à certaines
conditions :
- Il faut un accord entre le créancier et le solvens
- La subrogation doit être exprès : il faut que la volonté du créancier de subroger la personne qui
l’a payé dans ses droits soit claire et dépourvue de tout équivoque. On ne doit pas avoir un
doute sur l’existence d’une volonté en ce sens
- La subrogation doit être consentie au moment du paiement : donc ni avant le paiement, ni
après le paiement La jurisprudence a assoupli quelque peu la règle en admettant que l’on peut
prévoir la subrogation dans un acte antérieur au paiement mais à condition de prévoir que cela
ne produira effet qu’au jour de la subrogation
- Le paiement doit avoir été effectué par le subrogé
Parmi ces conditions, on n’exige pas du subrogé qu’il s’acquitte d’une dette qui ne lui incombe pas,
qu’il s’acquitte d’une dette qui incombe à autrui En d’autres termes, le subrogé peut s’acquitter d’une
dette personnelle, c’est-à-dire d’une dette qui a une cause juridique distincte de celle qu’il éteint par la
même occasion, du moment que ce n’est pas sur lui que doit peser la charge définitive de la dette
Civ.1ère, 1987, CC = en l’espèce, il était question de détournement de fonds. L’auteur dues
détournements de fonds est condamné en justice. De ce fait, le créancier de l’indemnisation, c’est-à-
dire la victime des détournements de fonds, a pratiqué une saisie sur les parts sociales qui
appartenaient à l’auteur des faits débiteur de l’indemnisation. Mais, finalement, à la suite d’une faute
professionnelle commise par son avocat, il ne parviendra pas à obtenir, dans le cadre de la vente des
parts sociales saisies, une quelconque somme. En d’autres termes, l’avocat commet une faute et en
conséquence, les parts sociales sont vendues sans que finalement le créancier saisissant ne puisse rien
obtenir, sans que la victime des détournements ne puisse rien obtenir. Le créancier se retourne alors
contre les avocats fautifs. L’avocat est assuré. C’est alors l’assureur de le l’avocat qui va indemniser la
victime du détournement qui n’a donc pu, par la faute de son assuré, par la faute de l’avocat, obtenir
un centime de la vente des parts sociales. Mais, évidemment, l’assureur, après avoir indemnisé la
victime, va se faire subroger dans les droits de la victime et va ensuite se retourner au titre de la
subrogation, contre celui qui aurait dû tout payer depuis le départ : c’est-à dire contre l’auteur des
faits, l’auteur des détournements de fonds. L’avocat a commis une faute, certes, et il doit en répondre,
certes, sauf que tout cela n’est arrivé que parce qu’à la base, il y a eu un détournement de fonds et
l’assureur va dire : « je me fais conventionnellement subroger dans les droits de la victime et je vais
agir contre l’auteur des détournements de fonds ». La Cour d’appel va refuser le jeu de la subrogation
au motif que le prétendu subrogé (c’est-à-dire l’assureur) a réglé une dette qui lui était personnelle.
Cette dette est une dette qui lui incombe en vertu du contrat d’assurance qu’il a conclu avec son
assuré. Donc, lorsque l’assureur paye la victime, il paye sa dette, il paye la dette qui découle du contrat
d’assurance. La Cour de Cassation va censurer cet arrêt et va énoncer que celui qui paye une dette
personnelle peut, malgré tout, faire jouer la subrogation conventionnelle

B) La subrogation légale
Il est des hypothèses où la loi va prévoir elle-même la subrogation qui va alors se réaliser de plein
droit, c’est-à-dire, sans que les parties n’aient à convenir d’une telle opération
La loi énumère de façon limitative les cas dans lesquels la subrogation joue de plein droit (article 1346
CC). La jurisprudence s’est un peu affranchie de ce principe et elle a eu tendance à découvrir un
principe général de la subrogation

1) Assouplissement de la règle relative à l’exigence du paiement préalable du


subrogeant par le subrogé
Comme en matière de subrogation conventionnelle, la subrogation légale nécessite qu’il y ait d’abord
un paiement puis la subrogation joue mais la Cour entend parfois souplement cette exigence
Civ.1ère, 2001, CC = en l’espèce, il s’agissait d’un assureur qui se retournait contre les responsables
d’un sinistre, avant d’avoir indemnisé la victime. Les juges du fond rejettent l’action au motif que les
conditions pour que la subrogation joue ne sont pas remplies : pas de paiement à la victime, donc pas
d’intérêt et de qualité pour agir contre les responsables. La Cour de Cassation va censurer l’arrêt et
énoncer que l’assureur peut quand même agir contre les responsables, même si au jour de
l’assignation, l’assureur n’a pas encore réglé la victime, du moment qu’au jour où les juges du fond
statuent, cette indemnité a été réglée

2) Assouplissement par rapport à la définition du paiement avec et/ou pour


d’autres
L’idée est que la subrogation légale bénéficie à celui qui était tenu avec ou pour d’autres (ex : cautions,
débiteurs solidaires)
Le principe est qu’on a une certaine unicité de la dette : chacun doit la même chose mais la
jurisprudence ne s’est finalement pas limitée à cette idée d’unicité de la dette et a admis que la
subrogation légale pouvait jouer en cas de pluralité de dette, au profit de celui qui avait acquitté
« même une dette personnelle »
Pour autant, même en admettant une telle extension de l’article 1346, la jurisprudence a posé
quelques limites et notamment, elle a considéré que, si on peut entendre le plus possible l’’expression
« être tenu avec ou pour d’autres » mais il y a quand même quelques limites :
- Le subrogé ne doit pas être celui qui doit supporter la charge définitive de la dette
Comm, 1990, CC = il s’agissait d’une société qui fabriquait des marchandises sur commande de
deux autres sociétés. Le fabricant, qui fabrique ses marchandises, confie le transport de celle-ci
à un tiers, le transporteur, en chargeant le transporteur de ne remettre les marchandises aux
sociétés les marchandises qu’une fois que les banques des sociétés étaient intervenues pour
dire qu’elles garantissaient le paiement. Le transporteur n’exécute pas cette obligation et livre
sans plus de formalités la marchandise au destinataire et évidemment le fabricant n’es pas
payé. Le transporteur fautif va alors l’indemniser puis se retourner contre les destinataires de
la marchandise sur le fondement de la subrogation. Les juges du fond vont rejeter l’action au
motif qu’il n’était pas tenu à proprement parler, ni « pour », ni « avec » les destinataires de la
marchandise. Pour les juges du fond, on ne peut pas considérer que le transporteur était tenu
avec les sociétés qui avaient effectué la commande. S’il a payé, c’est que parce que finalement,
il avait une dette personnelle : une dette de responsabilité à raison de sa faute alors que les
autres débiteurs (c’est-à-dire les destinataires de la marchandise) étaient tenus au paiement du
prix du contrat. La Cour de Cassation va censurer cette décision au visa de l’article 1251-3 CC
(article 1346 nouveau). Elle va énoncer dans un attendu de principe, , le rappel du contenu de
cet article et pour elle, la subrogation légale était envisageable :
 En cas d’acquittement d’une dette personnelle
 Le subrogation ne pourra pas jouer en faveur de celui qui est le débiteur définitif de la
dette mais il n’en demeure pas moins que même s’il n’avait pas commis de faute, les deux
sociétés qui avaient commandé auraient dû payer. Finalement, par saute, le transporteur
sert un peu de garant vis-à-vis du créancier. Mais ce n’est pas lui qui doit supporter la
charge définitive du paiement. Ce sont bien les sociétés qui ont commandé la marchandise.
Dès lors, en payant la victime, en payant sa dette de responsabilité, dette personnelle, la
transporteur peut se faire subroger, parce qu’il n’est pas celui sur qui doit peser la charge
définitive de la dette
- Ce type de subrogation ne peut jouer selon les termes du texte au profit de celui qui avait « un
intérêt au paiement de la dette » : l’idée est que le transporteur commet une faute, il doit
répondre de sa faute, c’est normal. Mais en même temps, en répondant de sa faute, il
désintéresse le créancier du paiement du prix. En d’autres termes, il libère les deux sociétés qui
avaient commandé la marchandise. Parce qu’il libère ainsi ces deux sociétés, il va se trouver
subrogé dans les droits de la victime et pouvoir exercer une action subrogatoire contre ceux
qui devaient finalement supporter la charge définitive de la dette. Mais dans l’hypothèse que
l’on vient d’envisager, celui qui a payé la victime avait un intérêt au paiement de la dette

C) L’opposabilité de la subrogation au débiteur


La subrogation est opposable au débiteur qui en a connaissance et cette preuve peut être rapportée
par tout moyen
Pour que la subrogation soit opposable au débiteur, il suffit simplement de l’informer par un moyen
quelconque, alors qu’en matière de cession de créance normalement, il faut avoir recours à un certain
formalisme
En matière de subrogation, cela a pour conséquence que, tant que le débiteur n’a pas été informé de
l’existence de la subrogation, il peut valablement se libérer entre les mains de son créancier
subrogeant

Section 2 : Les effets de la subrogation personnelle


La subrogation personnelle emporte transfert de la créance mais ce transfert ne vaut qu’à hauiteur du
paiement

A) Transmission de la créance
a) La transmission des qualités de la créance Le principe
Le principe est le transfert de la créance et de ses accessoires (ex : sûreté, clauses d’indexation et
d’intérêt) mais c’est seulement à hauteur du paiement qui est effectué

b) Les limites au principe


Le principe est que l’on ne transfère par les droits exclusivement attachés à la personne du
subrogeant, ces droits qui lui sont exclusivement attachés à sa personne par nature ou par convention
Civ. 2ème, 1992, CC = la suspension de prescription dont bénéficiait un mineur lui est purement
personnelle et ne se transmet donc pas par subrogation. En conséquence, jusqu’au paiement
subrogatoire, la prescription ne court pas au profit du créancier qui est alors mineur

1) Transmission des vices de la créance


La créance est transmise avec ses qualités et ses vices, c’est-à-dire avec les exceptions qui sont
inhérentes à la dette ou celles qui sont liées à la qualité de créancier qui sont nées avant la
subrogation

B) Transmission à hauteur du paiement


Le subrogé ne peut agir contre le débiteur qu’à la concurrence de ce qu’il a payé : grande différence
avec la cession de créance
La subrogation ne peut nuire au subrogeant : c’est ce que l’on exprime avec l’adage suivant : « nemo
contra subrogasse censetur ». La règle joue dans l’hypothèse d’une subrogation partielle. Le créancier
est payé en partie seulement par le solvens. Il va donc le subroger, mais partiellement, dans ses droits
et il pourra encore, lui, créancier subrogeant, recourir pour la fraction de la dette demeurant impayée
contre le débiteur. Subrogeant et subrogé peuvent alors se retrouver en concurrence, lorsqu’ils ont
exercé leurs droits contre le débiteur. On parle alors dans une telle hypothèse plus exactement, de
concours dans l’exercice des droits contre le débiteur. Le Code Civil fait, dans ce cas, primer le
subrogeant sur le subrogé mais la règle n’est pas d’ordre public et les parties peuvent y déroger par
convention
Différences avec la cession de créance :
- La cession de créance a souvent un côté spéculatif alors que la subrogation est une faveur
- Les conditions de ces deux opérations ne sont pas les mêmes : il faut l’accord du créancier pour
réaliser une cession de créance alors que la subrogation ne requiert pas son intervention
- L’article 1324 ne s’applique pas à la subrogation
- La subrogation opère à hauteur du paiement alors que la cession de créance opère pour le
montant nominal de la créance
L’affacturage est une technique qui est fréquemment utilisée dans le domaine commercial. Le
commerçant dispose de créance contre différents clients. Il va se faire payer par quelqu’un que l’on
appelle un factor à qui il va transmettre la créance par l’intermédiaire de la subrogation
conventionnelle. Le factor va agir par la suite contre les clients pour obtenir le paiement. Le souci,
c’est que c’est une technique qui est une application pratique de la subrogation mais qui met en place
un léger dévoiement du mécanisme. En effet, le factor n’agit pas dans un but désintéressé. Comme il
supporte l’avance de fonds au commerçant, il va se faire rémunérer

TROISIEME PARTIE : L’EXTINCTION DE L’OBLIGATION


TITRE 1 : Le paiement
Chapitre 1 : Le paiement volontaire
Article 1342 alinéa 1 CC = il est « l’exécution volontaire de la prestation due »

Section 1 : Les parties au paiement


Les parties au paiement sont appelés solvens (celui qui paye) et accipiens (celui qui reçoit le
paiement)

A) Le solvens
En principe, la personne du solvens est indifférente : le paiement peut être effectué par toute
personne. Le débiteur n’est pas forcément le solvens.
Il existe deux exceptions à ce principe, c’est-à-dire des cas où le créancier peut refuser de recevoir le
paiement effectué par une autre personne que le débiteur
- Les obligations qui sont souscrites intuitu personae
- Les cas où le paiement effectué par un tiers nuit à l’intérêt du créancier (ex : refuser un
paiement fait par un tiers lorsque la défaillance du débiteur lui permet de demander la
résolution du contrat)
Il y a plusieurs raisons pour justifier l’intervention d’un tiers qui va payer à la place du débiteur :
- Le tiers peut être animé d’une intention libérale
- Le solvens a un intérêt à régler la dette (ex : caution)
- le tiers solvens peut également n’avoir aucun intérêt à régler la dette d’autrui et ne pas être
animé d’une intention libérale (ex : gestion d’affaire)
Si le débiteur est libéré à l’égard du créancier, il n’est pas pour autant systématiquement libéré à
l’égard du solvens

1) Le paiement fait sciemment par autrui


Civ.1ère, 1993, CC = au terme de cet arrêt, il a été jugé que celui qui paye la dette d’autrui sciemment
sans pouvoir se prévaloir de la subrogation, doit rapporter la preuve qu’il ne payait pas par intention
libérale
On présume, de façon simple, que le paiement est effectué avec une intention libérale à charge pour le
solvens d’établir que le paiement emporte obligation de rembourser par le débiteur définitif par
exemple, devra prouver qu’il a payé au nom et pour le compte du débiteur

2) Le paiement fait par erreur


Civ.1ère, 2001, CC = il s’agissait d’un assureur qui avait versé des indemnités pour réparer des
désordres consécutifs à un phénomène de sécheresse l’assureur paie mais ultérieurement, il va
apparaitre que les désordres ne sont pas dus à la sécheresse, mais à un vice de construction.
L’assureur va alors assigner le constructeur ainsi que l’assureur du constructeur, afin d’obtenir le
remboursement des sommes versées. L’assureur a payé par erreur. Il a payé parce qu’il pensait que le
dommage était imputable à la sécheresse et il garantissait les dommages imputables à la sécheresse.
Or, après le paiement, on s’aperçoit que le dommage n’est pas imputable à la sécheresse, mais à un
vice de construction. Les juges du fond vont accueillir l’action en relevant que l’assureur était subrogé
dans les droits de son assuré. Le pourvoi va avoir beau jeu de souligner qu’il ne peut pas y avoir de
subrogation, puisque pour que la subrogation puisse jouer, il faudrait que l’assureur ait réglé une
dette à laquelle il était contractuellement ou légalement tenu. Or, comme le vice était imputable à la
construction et non pas à la sécheresse, l’assureur n’avait, contractuellement ou légalement, aucune
obligation de payer, il n’était pas tenu de payer. Ce n’était pas un vice qu’il garantissait. Il a payé par
erreur. La Cour de cassation va néanmoins rejeter le pourvoi au motif que celui qui a payé par erreur
la dette d’autrui bénéficie d’un recours contre le débiteur véritable sur le fondement de
l’enrichissement sans cause. Or, en l’espèce, il était établi que le solvens avait bien payé par erreur,
puisqu’il pensait que les désordres étaient dus à un phénomène naturel. Dans ce cas, il va pouvoir
exercer une action fondée sur l’enrichissement sans cause. Finalement, la personne qui a reçu la
somme de l’assureur a reçu une somme à laquelle elle n’avait pas le droit, en tout cas, pas venant de
l’assureur. Mais, donc normalement, si on se place de ce point de vue-là, il y a eu paiement indu et
celui qui a payé indument peut normalement exercer un recours contre celui qui a reçu le paiement de
façon indue. Mais en pratique, la jurisprudence va paralyser ce recours et va obliger le solvens qui a
payé par erreur donc, à recourir contre le seul débiteur. Finalement, elle neutralise l’indu et elle oblige
celui qui a payé par erreur à agir contre le véritable débiteur sur le fondement de l’enrichissement
sans cause

B) L’accipiens
Article 1342-2 CC = le paiement n’est libératoire que s’il est effectué entre les mains du créancier
Mais ce principe est assorti d’exceptions :
- Le créancier peut donner à un tiers, mandat pour recevoir le paiement
- Le jeu de l’apparence peut permettre de libérer le débiteur solvens. Pour que la théorie de
l’apparence joue, il faut que le débiteur ait pu croire légitimement qu’il payait la bonne
personne, c’est-à-dire son créancier

Section 2 : L’objet du paiement


A) Les règles communes à tous les paiements
1) Le principe de l’identité du paiement et de l’obligation
Normalement, le créancier doit recevoir la chose exacte qui lui a été promise ou qui lui est due en
vertu de la loi
Le créancier est en droit d’exiger le paiement de l’intégralité de ce qui lui a été promis ou de ce qui lui
est du (règle de l’indivisibilité du paiement). En d’autres termes, un créancier peut refuser un
paiement simplement partie, sauf dans quelques cas :
- Quand la compensation joue
- En présence d’une pluralité de débiteurs qui peuvent invoquer le bénéfice de division
- La convention des parties qui prévoirait que les paiements partiels sont acceptés
- L’octroi de délai de grâce par le juge

2) La dérogation au principe : la dation en paiement


La dation en paiement requiert l’accord du créancier
La dation en paiement ne doit pas être confondue avec l’obligation alternative lorsque le débiteur peut
se libérer en exécutant, à son choix, l’une ou l’autre des obligations. Ici, on change l’objet de
l’obligation finalement au stade du paiement, alors que dans l’obligation alternative, c’est convenu ab
initio
La dation en paiement est souvent décrite comme ayant une nature mixte :
- C’est une certaine forme de paiement
- Cela ressemble aussi à la vente mais ce n’est pas une vente parce que dans la dation, il faut que
l’obligation que l’on veut éteindre par ce biais existe et soit valable
La dation en paiement se rapproche d’un paiement, mais n’en est pas tout à fait un, cela se rapproche
de la vente, mais ce n’est pas toutefois une vente
La novation par changement d’objet, c’est quand vous remplacez, quelque part, l’objet de l’obligation :
vous éteignez une obligation ancienne, vous créez une obligation nouvelle. L’obligation ancienne ne
s’éteint que parce qu’elle est remplacée par une obligation nouvelle. Ce qui change entre l’obligation
ancienne et l’obligation nouvelle, c’est l’objet de l’obligation

B) Les règles particulières au paiement des sommes d’argent


1) Le principe du « nominalisme monétaire »
Le principe du nominalisme commande de conférer la même valeur, du point de vue juridique, à la
monnaie quelle que soit son époque (ex : article 1895 CC = « l’obligation qui résulte d’un prêt en
argent n’est toujours que de la somme numérique énoncée au contrat »)

2) La dérogation au principe
a) L’indexation conventionnelle
Le législateur permet aux parties de convenir d’une indexation de l’obligation monétaire. Les parties
ne sont toutefois pas libres de choisir n’importe quel indice et plusieurs limites ont été posées par la
loi :
- Une obligation monétaire ne peut pas être indexée sur le SMIC ou sur le niveau général des prix
et des salaires
- L’indice retenu doit être en relation directe avec l’objet du contrat ou l’activité d’une des
parties

b) La dette de valeur
La dette de valeur fait peser le poids de la dépréciation monétaire sur les épaules du débiteur

Section 3 : La preuve du paiement


Article 1353 CC = il appartient au débiteur qui prétend être libéré de rapporter la preuve du paiement
qu’il invoque
En ce qui concerne la preuve, on distingue les faits juridiques (qui sont soumis à un principe de
preuve libre), des actes juridiques (qui eux sont soumis aux dispositions des articles 1341 et suivants
(nouveau 1359) du Code civil)
La jurisprudence de la Cour de cassation semble mal fixée sur ce point. Vous avez des arrêts qui
affirment que le paiement est un fait juridique, quand d’autres optent pour la qualification d’acte
juridique. La doctrine est divisée sur la question :
- Pour certains auteurs, le paiement est un acte juridique (manifestation de volonté destinée à
produire des effets de droit)
- Pour certains auteurs, le paiement est un simple fait juridique (la volonté des parties
n’intervient pas)
2010, CC = la Cour a de nouveau affirmé au visa de l’article 1341 du Code civil (nouveau 1359) que je
cite « la preuve du paiement qui est un fait » peut être rapportée par tout moyen

Chapitre 2 : Le paiement forcé


Pour procéder à une mesure d’exécution forcée, un créancier doit, sauf exception, avoir mis en
demeure son débiteur
La mise en demeure est une interpellation établissant le retard du débiteur d’une part et la volonté du
créancier d’obtenir l’exécution de l’obligation d’autre part
Section 1 : Les modalités de l’exécution forcée
La mise en œuvre d’une mesure d’exécution forcée diffère selon qu’est en cause une obligation
monétaire ou une obligation autre que de payer une somme d’argent

A) Les obligations monétaires


Celui qui doit payer une somme d’argent peut aisément être contraint de s’exécuter par
l’intermédiaire d’une saisie

B) Les obligations autres que de payer une somme d’argent


La distinction entre les obligations de donner, de faire, de ne pas faire, n’est pas reprise par
l’ordonnance du 10 février 2016
Article 1121 CC = « le créancier peut, après mise en demeure, poursuivre l’exécution en nature sauf si
cette exécution est impossible »
L’exécution forcée est donc étendue, dans la loi, à tous types d’obligations, dès lors qu’elle n’est pas
« impossible » : l’impossibilité sera par exemple caractérisée si l’inexécution est définitivement
consommée ou si la prestation revêt un caractère éminemment personnel, de sorte que forcer son
exécution porterait atteinte aux droits et liberté fondamentaux du débiteur
Article 1121 CC = l’exécution forcée ne peut être ordonnée « s’il existe une disproportion manifeste
entre son coût pour le débiteur et son intérêt pour le créancier »

Section 2 : L’assiette de l’exécution forcée


Lorsqu’un débiteur ne s’exécute pas, le créancier peut agir sur ses biens en vertu de ce que l’on
appelle le droit de gage général. Cependant, il n’est pas nécessairement cantonné à une action qui
porterait sur les biens dans le patrimoine de son débiteur. Il peut également, si les conditions sont
réunies, appréhender un bien sorti du patrimoine de son débiteur à la suite d’une fraude. Ce faisant, le
créancier va exercer l’action paulienne. Il peut aussi exercer les droits de son débiteur négligeant par
l’intermédiaire de l’action oblique. Il arrive que la loi accorde au créancier une action directe contre le
débiteur de son débiteur

A) Le droit de gage général


Le droit de gage général trouve sa source dans deux articles du Code civil :
- Article 2284 = « quiconque s’est obligé personnellement, est tenu de remplir son engagement
sur tous ses biens mobiliers et immobiliers, présents et à venir »
- Article 2285 = « les biens du débiteur sont le gage commun des créanciers »
Le droit de gage général est le droit qu’a chacun des créanciers de faire exécuter sur l’ensemble des
biens qui appartiennent au débiteur, qui sont dans son patrimoine au moment de l’exécution forcée
peu importent les biens qui étaient dans son patrimoine au moment de la naissance de l’obligation
Le sens technique du gage est qu’on remet objet au créancier pour lui garantir le paiement de le dette
et, si jamais le débiteur rembourse pas, souvent, le créancier va faire vendre le bien et se payer sur le
prix
Il faut différencier deux types de créanciers :
- Le créancier chirographaire : qui peut se valoir du droit de gage général
- Le créancier privilégié : qui a une sûreté réelle qui lui permet d’avoir un droit particulier sur
l’objet qui lui a été remis en gage
Le droit de gage général ne confère donc pas de droits réels. Il ne confère pas non plus de droit de
préférence : tous créanciers viennent en concours et finalement ils doivent se partager le patrimoine
La limite du droit de gage général, ce sont les biens insaisissables
B) L’action paulienne

c’est une action qui permet au créancier qui est victime d’une fraude et qui voit son débiteur
s’appauvrir de ne pas se voir opposer l’acte frauduleux
Il y a donc trois éléments importants dans l’action paulienne :
- La fraude
- L’appauvrissement du débiteur au préjudice du créancier
- L’inopposabilité de l’acte frauduleux à l’égard du créancier
Article 1341-2 : le créancier peut aussi agir en son nom personnel pour faire déclarer inopposables à
son égard les actes faits par son débiteur en fraude de ses droits, à charge d'établir, s'il s'agit d'un acte
à titre onéreux, que le tiers cocontractant avait connaissance de la fraude
1) Domaine
En principe, tous les actes juridiques du débiteur peuvent être attaqués par la voie de l’action
paulienne sauf dans quatre hypothèses :
- Les actes relatifs à des droits extrapatrimoniaux
- Le partage consécutif à une succession ou à une dissolution de régime matrimonial
- Le paiement fait dans des conditions normales et avec les moyens habituels
- Le jugement : il existe un recours spécial si le créancier estime que le jugement a été rendu en
fraude de ses droits, c’est la tierce opposition

2) Conditions d’exercice de l’action paulienne


a) Les conditions tenant au créancier

1°) Qui peut agir, quel créancier ?


L’action paulienne peut être exercée par toute personne qui n’est pas partie à l’acte frauduleux
2°) Quelle caractéristique de la créance de celui qui a agi doit présenter ?
i) Au moment de l’acte frauduleux
Le principe est que le créancier qui exerce l’action paulienne doit prouver qu’il disposait d’une
créance qui est née avant l’acte frauduleux. L’action paulienne est donc l’action qui vise à contrer la
fraude faite par le débiteur, pour ne pas payer le créancier
Les débiteurs peuvent frauder alors même qu’ils ne sont pas définitivement de façon très certaine
débiteur, mais ils savent que c’est possible et donc la jurisprudence s’est adaptée et finalement elle a
assoupli la condition et aujourd’hui, il faut uniquement que le créancier ait un principe certain de
créance au moment de la fraude
Civ.1ère, 1984, CC = dans cette affaire, un dirigeant s’était porté caution de sa société auprès d’une
banque. Apprenant que le compte-courant de la société est débiteur, il fait une donation à sa femme.
La société est finalement mise en liquidation judiciaire et le créancier, c’est-à-dire la banque qui est
demeurée impayée, va alors assigner son débiteur et sa femme en inopposabilité de la donation sur le
fondement de l’article 1167 CC (nouveau 1341-2) ,en d’autres termes il va exercer l’action paulienne.
Les juges du fond vont accueillir l’action, ils vont être approuvés par la Cour de cassation. Ils vont
accueillir l’action, alors même que la créance de la banque n’était pas certaine au moment de l’acte
argué de fraude. Le dirigeant était caution de la société et qu’il a fait la donation, alors que le compte-
courant n’était pas clôturé, mais il se rendait compte que la société allait être dans une situation
financière délicate. Pour autant, comme le compte-courant n’était pas clôturé on ne pouvait pas dire
que la société avait été défaillante et on ne pouvait pas dire comme la société n’avait pas été
défaillante, qu’il allait certainement être appelé comme caution. Pour autant, la Cour de cassation a
considéré que la banque avait malgré tout un principe certain de créance parce qu’elle avait un
cautionnement, et qu’au moment des faits, la situation financière de la société débitrice principale
était déjà quelque peu obérée, de sorte que l’on pouvait raisonnablement penser que la banque allait
devenir créancière du dirigeant
ii) Au moment de l’exercice de l’action
Au moment où il exerce l’action, les juges vont exiger qu’il prouve que sa créance cette fois-ci soit
certaine
Civ. 1ère, 2013, CC = Par cet arrêt, la Cour de cassation censure des juges du fond qui avaient admis
l’exercice de l’action paulienne par le Trésor public alors que le contribuable, prétendument auteur
d’une donation frauduleuse au profit de ses jeunes enfants, avait contesté la dette fiscale. En d’autres
termes, la créance était incertaine en raison de cette contestation au moment de l’exercice de l’action
paulienne. Dès lors, peu importe que, comme les juges du fond l’avaient relevé, le fisc ait disposé d’un
principe certain de créance au moment de l’acte argué de fraude, il est vrai que la donation litigieuse
avait été consentie après qu’un contrôle fiscal, qui allait aboutir au redressement contesté, ait été
déclenché par l’Administration. Peu importe cela. Il n’y avait point de créance certaine au moment de
l’exercice de l’action
3°) Le préjudice subi par le créancier
i) Un acte d’appauvrissement du débiteur
Pour pouvoir exercer l’action paulienne, il faut que le créancier arrive à prouver que l’acte frauduleux
a appauvri le débiteur, c’est-à-dire a fait sortir du patrimoine de celui-ci une valeur ou un bien sans
contrepartie, ou avec une contrepartie insuffisante (ex : donation, vente d’un bien immobilier à un
prix largement inférieur à sa valeur sur le marché)
Des actes à titre onéreux conclus à des conditions normales peuvent malgré tout, être jugés
préjudiciables pour le créancier lorsqu’ils ont pour effet de rendre plus difficile le recouvrement de la
créance. L’appauvrissement est donc apprécié par rapport à la personne du créancier et non pas
seulement par rapport à la situation du débiteur. L’idée est qu’on va autoriser l’exercice de l’action
paulienne chaque fois que le créancier voit ses chances d’être payé diminuées
En revanche on n’autorise pas l’exercice de l’action paulienne lorsque le débiteur a refusé un acte qui
l’aurait enrichi (ex : donation)
ii) L’appauvrissement qui a provoqué ou aggravé l’insolvabilité du débiteur
Cette condition doit être vérifiée :
- Au moment de l’acte frauduleux
- Au moment de l’exercice de l’action
On ne peut rien dire d’un débiteur qui s’appauvrit mais qui peut toujours payer le créancier
L’exception, c’est-à-dire les cas où l’insolvabilité du débiteur n’est pas requise, c’est lorsque le
débiteur a compromis un droit
Civ.1ère, 1995, CC = le débiteur avait conclu un bail de longue durée sur des biens hypothéqués. Le
créancier hypothécaire a alors agit sur le fondement de l’action paulienne parce que un bail de longue
durée ça rend l’hypothèque beaucoup plus difficile à réaliser. Donc, finalement, en consentant un bail
de longue durée, le débiteur avait compromis le droit préférentiel de son créancier en l’espèce,
l’hypothèque. Dans ce cas, l’action paulienne va être autorisée quand bien même, il ne serait pas
question d’insolvabilité
b) Les conditions tenant au débiteur : la fraude

Cela se résume à une seule condition : la fraude. L’action paulienne, c’est une action qui est là pour
sanctionner la fraude, il faut donc que le débiteur ait tenté de frauder les droits de son créancier.
Frauder, c’est l’intention de nuire, c’est vouloir nuire au créancier, c’est-à-dire vouloir lui causer un
dommage
La jurisprudence a assoupli le principe en se contentant de la connaissance ou de la conscience du
débiteur de causer un préjudice à son créancier. Donc, pour qu’il y ait fraude, il n’est pas nécessaire
que le débiteur ait agit pour nuire au créancier, il faut simplement qu’il ait agit en sachant que cela
allait nuire aux intérêts du créancier
c) Les conditions tenant au tiers défendeur, le complice dans la fraude

Ce que va faire le créancier, c’est qu’il va mettre en cause le débiteur uniquement pour que le débiteur
ne dise pas « je ne suis pas au courant » mais celui contre qui le créancier va véritablement agir c’est le
tiers complice de la fraude
Cette complicité est exigée en matière d’acte à titre onéreux. Il faut, lorsque le créancier exerce une
action paulienne pour attaquer un acte à titre onéreux, rapporte la preuve de la complicité du tiers,
c’est-à-dire de la conscience que le tiers avait de participer à un acte, qui allait causer un préjudice au
créancier
3) Les effets de l’action paulienne
L’action paulienne a pour effet de rendre l’acte frauduleux inopposable au créancier qui a agi :
- Entre les parties, l’acte frauduleux reste
- Mais il est inopposable au créancier
C’est une action qui est aussi du point de vue des créanciers, individuelle : seul celui qui exerce l’action
en bénéficie
C) L’action oblique

A la différence de l’action paulienne, l’action oblique ne vient pas sanctionner une fraude. Elle permet
au créancier du débiteur négligeant d’exercer les droits et actions de ce débiteur, qui est donc
négligeant et qui n’exerce pas ses droits
1) Le domaine de l’action oblique

a) Les droits et actions du débiteur qui peuvent être exercés par voie oblique
Actes que le créancier peut exercer en lieu et place de son débiteur : toutes les actions (ex : nullité d’un
contrat, résolution d’un contrat, action en exécution forcée d’un contrat)
Droits que le créancier peut exercer en lieu et place de son débiteur : l’action oblique ne permet au
créancier d’exercer que des droits déjà nés dans le patrimoine du débiteur
Concernant les droits d’option la jurisprudence est incertaine et la doctrine est divisée. En faveur de
l’exercice de ces droits par le créancier en lieu et place de son débiteur, on fait remarquer que le droit
d’option est finalement un droit qui est déjà né, qui est dans le patrimoine du débiteur. Mais à
l’inverse, on souligne que l’exercice de ce droit dépend beaucoup de l’appréciation personnelle de son
titulaire
b) Les droits et actions exclusivement attachés à la personne du débiteur

Ce type de droits ou d’actions, qui sont donc exclusivement attachés à la personne du débiteur, ne
peuvent pas être exercés par la voie oblique parce qu’ils ne font pas partie du patrimoine du débiteur,
comme on l’a dit, ce sont des droits extrapatrimoniaux. Or, l’action oblique vise in fine à reconstituer
le patrimoine du débiteur pour renforcer le droit de gage général des créanciers. Le créancier agit par
la voie oblique pour renforcer son droit de gage, pour enrichir finalement le débiteur et accroître ainsi
ses chances d’être payé
On ne peut pas exercer non plus par la voie oblique, les droits patrimoniaux qui ont une nature
personnelle. Il s’agit essentiellement de droits qui touchent à des considérations personnelles d’ordre
moral ou familial (ex : suppression ou révision d’une pension alimentaire, dommages et intérêts qui
tendraient à obtenir la réparation d’un préjudice exclusivement moral ou un préjudice d’affection)
A propos de l’action oblique qui tend à lever la clause d’inaliénabilité :
- Civ.1ère, 1998, CC = exclut le jeu de l’action oblique
- Civ.1ère, 2000, CC = laisse entendre que l’action oblique peut être exercée
- Civ.1ère, 2004, CC = la Cour revient sur sa position initiale

2) Les conditions de l’action oblique

a) Conditions tenant au créancier

Il faut distinguer :
- Les qualités de la créance
- L’intérêt à agir du créancier
1°) Les qualités de la créance
En principe, toute créance de toute nature, peut ouvrir la voie de l’exercice de l’action oblique. Toute
créance c’est-à-dire qu’elle soit contractuelle ou délictuelle, qu’elle soit chirographaire ou privilégiée
et qu’elle soit de somme d’argent ou pas
Civ. 3ème, 1985, CC = dans cette affaire, il a été jugé qu’un syndic de copropriété pouvait exercer une
action oblique contre le locataire d’un des propriétaires, dans le but d’obtenir la résiliation du bail. cet
arrêt illustre l’affirmation selon laquelle l’action oblique peut être exercée même en présence d’une
créance, qui n’est pas de somme d’argent
Alors, si toute créance peut en principe satisfaire les conditions pour exercer l’action oblique encore
faut-il soit certaine, liquide et exigible. Cela veut dire concrètement, que l’on exclut les créances à
terme ou les créances conditionnelles, les créances seulement certaines dans leur principe sont
également exclues. La liquidité et l’exigibilité de la créance sont appréciées au jour où le juge statue
2°) L’intérêt à agir
Le créancier ne peut exercer l’action oblique que s’il établit l’existence d’une menace concernant le
recouvrement de sa créance
Civ. 1ère, 1985, CC = affaire où le syndic de copropriété exerçait une action oblique pour obtenir la
résiliation d’un bail. Il ne s’agissait pas d’obtenir le paiement d’une somme d’argent. Il n’a pas été jugé
nécessaire que le syndic rapporte la preuve de l’insolvabilité du locataire, puisqu’il demandait
uniquement le respect du règlement de copropriété par le locataire et la résolution de contrat de bail,
l’expulsion du locataire trouble-fête qui ne respectait pas ce règlement de copropriété
En outre, le créancier peut exercer par la voie oblique, une action qui va faire réintégrer dans le
patrimoine du débiteur une créance d’une valeur très supérieure à la créance qu’il a lui-même contre
le débiteur
Le produit de l’action oblique ne revient pas directement dans le patrimoine du créancier qui agit
mais transite dans le patrimoine du débiteur et les autres créanciers de ce même débiteur peuvent
aussi se servir. Parce que le créancier qui agit risque d’être en concours avec d’autres créanciers de
son débiteur, on autorise à ce qu’il obtienne dans le patrimoine du débiteur la réintégration d’une
créance qui peut être d’une valeur bien supérieure à celle dont il va ensuite demander le paiement
b) Conditions tenant au débiteur

Le créancier doit établir la négligence ou la carence du débiteur mais il n’est pas nécessaire que cette
carence soit fautive
3) Les effets

Quatre aspects :
- L’action oblique ne profite qu’indirectement au demandeur, puisque le produit de l’action
réintègre le patrimoine du débiteur. Encore une fois, par l’intermédiaire de l’action oblique, le
créancier n’obtient pas le paiement de sa créance, tout ce qu’il fait c’est enrichir son débiteur, à
charge pour lui ensuite, généralement dans le même temps, d’exercer une action en paiement
forcé contre son débiteur
- S’agissant du tiers qui est poursuivi, c’est comme si le créancier était son propre créancier. En
conséquence, il peut opposer toutes les exceptions qu’il aurait pu opposer à son créancier si
celui-ci avait agi lui-même
- Au regard du débiteur négligent dont les droits sont exercés par le créancier, le débiteur n’est
pas dessaisi. Cela signifie qu’il peut reprendre la main à tout moment, sauf s’il reprend la main
pour frauder les droits du créancier qui agit par l’action oblique
- Du point de vue du créancier, les autres créanciers du débiteur négligeant, c’est-à-dire les
créanciers qui n’exercent pas l’action oblique sont dans une situation très agréable, puisque
quelqu’un s’est chargé de faire le travail à leur place

D) L’action directe

Dans le cadre d’une action directe, le créancier va agir contre le débiteur de son débiteur en vertu d’un
droit propre. Par conséquent, il n’agit pas en utilisant les droits et actions de son débiteur. Cela signifie
concrètement, que le bien en cause ou l’argent ne va pas transiter par le patrimoine du débiteur (ex :
victime d’un dommage qui va agir directement contre l’assureur de responsabilité civile)
C’est un privilège parce qu’on on va permettre au bénéficiaire de l’action directe de contourner le
principe de l’effet relatif des contrats. L’action directe va lui permettre d’obtenir l’exécution à son
profit d’un contrat auquel il n’est pas partie
Il faut établir une distinction entre :
- Les actions directes parfaites : dans le cadre d’une action directe parfaite, la créance du
débiteur contre le sous-débiteur est affectée ab initio au paiement du créancier sans que celui-
ci n’ait à exercer l’action
- Les actions directes imparfaites : l’immobilisation de la créance contre le sous débiteur ne
s’opère qu’au moment de l’exercice de l’action
TITRE 2 : L’extinction par satisfaction indirecte du créancier
L’obligation peut s’éteindre sans que le créancier n’obtienne à proprement parler le paiement de ce
qui lui est dû, tout en étant néanmoins satisfait. On parle alors, d’une extinction de l’obligation par
satisfaction indirecte du créancier. Cela se produit lorsque :
- L’obligation s’éteint par confusion
- L’obligation s’éteint par compensation
- L’obligation s’éteint par novation
- L’obligation s’éteint à la suite d’une délégation
Chapitre 1 : La confusion
La confusion s’entend de la réunion des qualités de créancier et de débiteur en la même personne (ex :
débiteur qui hérite de son créancier, fusion entre sociétés)
La confusion n’éteint pas forcément l’obligation dans son ensemble. Il peut y avoir une extinction
seulement partielle (ex : un héritier qui était débiteur du défunt mais qui n’hérite pas seul du défunt,
on va inclure sa dette dans l’actif successoral et ensuite, on partagera cet actif)
Chapitre 2 : La compensation
Article 1347 CC = « la compensation est l’extinction simultanée d’obligations réciproques entre deux
personnes »
Comme il n’y a pas de véritable paiement, on peut rattacher la compensation à l’extinction de
l’obligation par satisfaction indirecte du créancier
L’avantage de la compensation, c’est qu’elle donne au créancier chirographaire finalement,
l’équivalent d’une sûreté ou d’un privilège, puisqu’il va éviter tout risque d’insolvabilité du débiteur et
va également se payer sur ce qu’on lui devait par préférence à tous les autres créanciers du débiteur
Il convient de distinguer :
- La compensation légale
- La compensation judiciaire
Section 1 : La compensation légale
A) Conditions
1) Les conditions positives

Pour que la compensation légale joue, il faut que les conditions suivantes soient réunies :
- Il faut que des dettes et des créances réciproques existent
- La compensation n’opère qu’entre des choses fongibles
- Il faut que les dettes et les créances soient certaines
- Il faut que les dettes et les créances soient liquides (déterminées dans leur montant)
- Il faut que les dettes et les créances soient exigibles (pas de termes suspensifs)

2) Les conditions négatives

Article 1293-3 (abrogé) = exclut la compensation pour les créances alimentaires et pour les créances
insaisissables
B) Les effets de la compensation légale

- Extinction de la dette et de tous ses accessoires (ex : sûretés) à concurrence de la dette la plus
faible
- La compensation légale opère rétroactivement, c’est-à-dire qu’elle opère au jour où les deux
dettes compensées ont coexisté avec les qualités requises par la loi pour qu’il y ait
compensation
- Article 1347-2 CC = la compensation légale s’opère sous réserve d’être invoquée
Section 2 : La compensation judiciaire
Les conditions de la compensation judiciaire sont :
- La réciprocité
- La fongibilité
Le juge peut pallier à l’absence de liquidité ou d’exigibilité
Article 1305-4 CC = confère au juge le pouvoir de prononcer la déchéance du terme lorsque le
débiteur a diminué par son fait les sûretés conférées au créancier
Concernant la date à laquelle la compensation judiciaire produit effet, la jurisprudence n’est pas
clairement fixée et la doctrine est divisée. Une partie des auteurs envisage une certaine rétroactivité
au jour où la première des dettes en cause a été exigible sur le modèle de ce que la jurisprudence
retient en ce qui concerne la compensation des dettes connexes. Mais d’autres auteurs s’y opposent, la
compensation interviendrait au jour où le juge la prononce
Arguments en faveur du fait que la compensation judiciaire est autonome :
- La compensation judiciaire peut être envisagée là où la compensation légale ne peut pas, parce
qu’il manque une de ces conditions
- Le juge a bien un pouvoir d’appréciation dans le cadre de la compensation judiciaire alors qu’il
n’en n’a pas dans le cadre de la compensation légale
- La compensation judiciaire ne rétroagirait pas, à la différence de la compensation légale
Argument en faveur du fait que la compensation judiciaire n’est pas autonome et ne serait donc
qu’une forme de compensation légale anticipée :
- Lorsque le juge rend une créance liquide et exigible les conditions de la compensation légale
sont alors réunies
Section 3 : La compensation des dettes connexes
La compensation des dettes connexes concernent l’hypothèse dans lesquelles il y a des dettes
certaines et fongibles. En revanche, les conditions d’exigibilité et/ou de liquidité fait ou font défaut
Comm., 2013, CC = une banque consent un prêt à une société. Le remboursement du prêt est garanti
par le cautionnement de deux personnes physiques. La banque cède ultérieurement sa créance,
l’emprunteuse cédée cesse de rembourser le prêt et la cessionnaire de la créance assigne alors les
cautions également cédées en paiement. Les cautions se défendent en invoquant une faute de la
banque cédante, qui aurait débloqué les fonds sans faire préalablement un nantissement inscrit sur le
fonds de commerce et sur le droit au bail et sans vérifier que le notaire, son mandataire, avait pris
cette inscription. Les juges du fond font droit à l’argumentation des cautions. Mais la Cour de cassation
censure au visa des articles 1294 CC (nouveau 1347-6) et 1295 CC (nouveau 1347-5). Selon la Cour de
Cassation, le cessionnaire d’une créance ne peut être tenu d’une dette d’un manquement du cédant
antérieur à la cession, sauf connexité. Il est en effet acquis, que la cession de créance emporte
transmission de la créance et de ses accessoires au profit du cédant. Or, en l’espèce, l’action en
responsabilité litigieuse, c’est une action en responsabilité civile des cautions, cédées contre la banque
cédante, ne faisait assurément pas partie de la créance cédée relative au remboursement du prêt.
L’exercice par le cédé d’une action en responsabilité contre le cédant, ne permet aucunement au
cessionnaire de disposer de la créance cédée. Bien au contraire, elle vient amoindrir la valeur de la
créance cédée. Partant, la notion d’accessoire ne saurait justifier la solution retenue par les juges du
fond, en l’espèce. D’où le visa de l’article 1692 du Code civil qui précise que, la cession d’une créance
emporte transmission de ses accessoires. En définitive, la situation est alors la suivante : le
cessionnaire est devenu créancier du cédé à la suite de la cession de créance. Et le cédé est créancier
du cédant suite à la faute commise par ce dernier. Dans ces conditions, aucune compensation ne peut
intervenir, parce que le rapport de droit est triangulaire, la réciprocité des obligations, condition
essentielle de la compensation, fait défaut. La Cour de cassation a cependant assorti la règle ainsi
posée d’une exception : celle où la dette de responsabilité est connexe à la créance cédée
A) La notion de connexité

La connexité repose sur l’idée de cause qui est le lien étroit entre des créances réciproques mais la
jurisprudence va parfois plus loin en admettant la compensation entre des créances nées de contrats
distincts mais entre lesquels il existe malgré tout, un lien économique assez étroit (ex : ensembles
contractuels)
Il existe une limite, il n’y a pas de connexité de créance de nature différentes
B) Régime de la compensation pour connexité

Quand la connexité est établie, le juge doit prononcer la compensation des dettes, mêmes si celles-ci
ne sont ni liquides, ni exigibles
Section 4 : La compensation conventionnelle
Le fondement de l’admission de la compensation conventionnelle est la liberté contractuelle
En outre, la convention est constitutive de droits, donc pas de rétroaction et la compensation opère au
jour de l’accord
Section 5 : La compensation et les autres mécanismes
A) La cession de créance

En cas d’acceptation du débiteur cédé dans un acte authentique, ou même dans un acte sous seing
privé, le cédé est censé renoncer à opposer la compensation. Il ne peut pas opposer la compensation
antérieure qui aurait eu lieu avec le cédant au cessionnaire
En revanche, il en va différemment s’il n’y a qu’une notification de la cession. Le cédé peut opposer
cette fois-ci la compensation légale au cessionnaire, si les conditions de cette compensation étaient
réunies avant la notification
B) La subrogation

La compensation légale entre la dette du débiteur et la dette du subrogeant ne peut être opposée au
subrogé que si les conditions sont réunies avant le paiement subrogatoire
Chapitre 3 : La novation
C’est l’opération aux termes de laquelle les parties conviennent de l’extinction d’une obligation
ancienne par la création d’une obligation nouvelle qui la remplace : l’obligation ancienne ne s’éteint
que parce qu’elle est remplacée par une obligation nouvelle
Il est possible que tout cela soit fait sans qu’il y ait de lien entre l’ancien accord et le nouvel accord
Section 1 : Les conditions de la novation
Pour qu’il y ait novation, il faut que trois conditions soient cumulativement réunies :
- Il existe une obligation ancienne valable
- Il faut création d’une obligation nouvelle valable
- L’intention de nover (animus novandi)

A) L’existence d’une obligation ancienne

Il ne peut y avoir de novation sans la présence d’une obligation ancienne valable que l’on va éteindre
par cette opération :
- Si l’obligation ancienne est nulle de nullité absolue, l’obligation nouvelle est également nulle,
parce qu’elle est dépourvue de cause
- Si l’obligation ancienne est nulle de nullité relative, la novation faite en connaissance de cause
de cette nullité sera perçue comme une confirmation et sera donc valable

B) Création d’une obligation nouvelle valable

Si l’obligation nouvelle n’est pas valable mais nulle, l’obligation ancienne subsiste
A supposer que l’obligation nouvelle soit valable : il faut cependant pour qu’il y ait novation, qu’elle
soit suffisamment différente de l’ancienne
On peut nover de plusieurs façons :
- Changer les parties au contrat (novation par changement de débiteur ou créancier)
- Changer l’objet de l’obligation (novation par changement d’objet). Contrairement à la dation en
paiement où c’est au moment du paiement que le créancier accepte de changer l’objet de
l’obligation, dans la novation, l’idée est que le créancier va accepter de recevoir autre chose en
paiement mais il ne le recevra pas tout de suite. S’agissant d’une novation par changement
d’objet de l’obligation, il faut un changement assez important et on considère qu’il n’y a pas de
novation si les modalités qui sont changées n’affectent pas l’existence même de l’obligation
Civ.1ère, 1959, CC = Il s’agissait dans cette affaire, d’une vente qui avait été consentie en
contrepartie d’un bail à nourriture. Il y avait une clause dans ce contrat de vente qui prévoyait
la résolution du contrat en cas d’inexécution imputable à l’acquéreur. Par la suite, le bail à
nourriture est transformé en rente viagère et la clause résolutoire n’est pas reprise.
L’acquéreur cesse de servir la rente viagère. Le bailleur va alors chercher à faire jouer la clause
résolutoire, mais évidemment, son cocontractant va arguer qu’il y a eu novation. La Cour de
cassation va juger qu’il n’y a pas eu de novation. Elle va estimer qu’il y a eu uniquement un
changement des modalités d’exécution du contrat et en conséquence, la clause résolutoire va
continuer à jouer
Civ. 1ère, 1997, CC = Il s’agissait en l’espèce, de deux personnes qui avaient obtenu un prêt à un
taux préférentiel parce que l’un des deux emprunteurs étaient salariés de l’établissement
bancaire prêteur. Le contrat de prêt stipulait que le taux du prêt sera ramené à ce qui était
normalement pratiqué pour tous les clients, si la partie qui travaillait chez elle cessait d’y
travailler. Cette hypothèse arrive et la banque modifie le taux qui grimpe de pas moins de
quatre points environ. La cour d’appel va considérer qu’il y a eu novation, parce que d’une part
la durée du contrat était en même temps réduit et qu’il y a une forte augmentation du taux du
prêt, de sorte qu’on cumulait ces deux éléments, à savoir réduction de la durée du contrat et
augmentation du taux, ont eu pour effet d’alourdir considérablement la charge de
remboursement mensuelle pesant sur les emprunteurs. Or, la charge financière du crédit et
bien finalement c’est l’élément essentiel de ce contrat. Si on touche à la charge financière, on
touche selon la cour d’appel, à l’obligation même et donc il y a eu novation. La Cour de
cassation va rejeter cette analyse, elle va censurer la cour d’appel aux visas des articles 1134
CC (nouveau 1103) et 1271 CC (nouveau 1329). Pour elle, ça n’est pas suffisant pour
caractériser une novation
- Changer la cause de l’obligation (ex : un bailleur qui accepte que le locataire qui rencontre des
difficultés ne le paye pas à l’échéance, le bailleur lui accorde des délais de paiements. On peut
penser que le locataire doit toujours les mêmes sommes qu’antérieurement, le montant des
loyers. Mais sur un fondement différent, il le devra au titre d’un prêt et non plus du bail)

C) L’intention de nover

C’est la volonté d’éteindre l’obligation ancienne par la création de l’obligation nouvelle


L’intention de nover ne se présume pas, mais pour autant, aucun formalisme n’est requis
Section 2 : Les effets
La novation entraîne la disparition de l’obligation ancienne avec la naissance d’une obligation
nouvelle. Cela emporte deux conséquences :
- La règle l’inopposabilité des exceptions : normalement, on ne peut pas invoquer dans le cadre
de l’obligation nouvelle des exceptions tirées du rapport d’obligation ancien éteint
- Les sûretés attachées à l’obligation ancienne disparaissent avec elle mais le Code Civil a prévu
que le créancier pouvait stipuler le transfert des sûretés
Chapitre 4 : La délégation
C’est une opération par laquelle une personne, que l’on appelle le délégant, donne l’ordre à une autre,
que l’on appelle le délégué, de s’engager envers une troisième, un délégataire, qui l’accepte
Section 1 : Présentation des différents types de délégation
Il faut opérer deux distinctions :
- Entre délégation parfaite et imparfaite
- Entre délégation certaine et incertaine

A) La distinction entre délégation parfaite et délégation imparfaite

La délégation imparfaite, cela signifie que le délégant n’est pas libéré du seul fait que le délégué s’est
engagé auprès du délégataire : , l’engagement du délégué vient s’ajouter à celui du délégant, le
délégataire a maintenant deux débiteurs : il a le délégant qui était son premier débiteur, il a le délégué
qui vient s’ajouter et qui s’engage sur ordre du déléguant à son profit. L’obligation du délégant envers
le délégataire s’éteint lorsque le délégué s’exécute
La délégation peut être aussi parfaite (ou novatoire) : le délégant est déchargé de ses obligations
envers le délégataire du seul fait de l’engagement du délégué
B) La distinction entre la délégation certaine et la délégation incertaine

La délégation est certaine lorsque l’objet de l’obligation qui pèse sur le délégué est déterminé sans
aucune référence à une obligation qui préexisterait dans les rapports entre les parties
La délégation est incertaine lorsque l’objet de l’obligation qui pèse sur le délégué est calquée sur
l’obligation entre le délégant et le délégataire
Section 2 : La règle de l’inopposabilité des exceptions
Article 1136 CC alinéa 2 = « le délégué ne peut, sauf stipulation contraire, opposer au délégataire
aucune exception tirée de ses rapports avec le déléguant ou des rapports entre ce dernier et le
délégataire »
A) S’agissant des exceptions nées des rapports délégué (celui qui s’engage) et déléguant (celui qui
ordonne l’ordre de s’engager)
Dans ce domaine le principe c’est l’inopposabilité des exceptions parce que le délégué a contracté un
engagement distinct auprès du délégataire, qui est étranger au rapport qu’il peut avoir avec le
délégant
B) S’agissant des exceptions tirées des rapports délégant/délégataire

Le principe qui vient en premier, c’est celui de l’inopposabilité des exceptions. Le délégué ne peut pas
dire au délégataire : « je ne m’exécuterai, parce que le délégant ne vous doit rien »
S’agissant des exceptions nées des rapports entre le délégant et le délégataire, il y avait divergence
(mais le nouvel article 1136 CC alinéa 2 semble avoir réglé le problème) :
- La Chambre commerciale semblait estimer que ces exceptions étaient inopposables, quel que soit le
cas de figure envisagé (Com, 2004, CC)
- La première Chambre civile autorisait au contraire l’opposabilité de ces exceptions en présence
d’une délégation incertaine, à savoir lorsque l’engagement du délégué envers le délégataire était
calqué sur l’obligation du délégant envers le délégataire (Civ.1ère, 1999, CC)
Section 3 : Le rapprochement de la délégation et des mécanismes voisins
A) La délégation et la cession de créance

Les différences sont les suivantes :


- Dans la cession de créance, le débiteur cédé a un rôle passif alors que dans la délégation, il doit
consentir pour être tenu à l’égard du délégataire
- Dans le cadre de la cession de créance, le cédé peut sans nul doute opposer au cessionnaire les
exceptions tirées de ses rapports avec le cédant, tant que ces exceptions sont antérieures à la
notification ou alors éventuellement sous réserve qu’elles soient inhérentes à la dette alors que
dans la délégation, le principe est l’inopposabilité des exceptions

B) Délégation parfaite et novation

Généralement on assimile les deux mais certains auteurs vont critiquer cette assimilation. Ils vont
relever pour ce faire que dans la novation, on crée une obligation nouvelle pour éteindre une
obligation ancienne. Alors que dans la délégation, le délégué ne s’engage pas forcément pour éteindre
la dette du délégant à l’égard du délégataire qui peut ne pas exister. Il s’engage souvent pour éteindre
sa propre dette à l’égard du délégant ou pour lui faire une donation
- En ce qui concerne le consentement du créancier : dans la novation, on admet que l’intention
de nover peut être tacite, même si elle doit être certaine. Au contraire, dans la délégation la
volonté de libérer le délégant doit être expresse (article 1338 CC)
- En ce qui concerne l’opposabilité des exceptions : dans la novation, la nullité de l’obligation
ancienne emporte nullité de l’obligation nouvelle qui n’a plus de cause alors que dans la
délégation, on part du principe que les exceptions sont normalement inopposables, lorsqu’elles
ne proviennent pas du rapport existant entre le délégué et le délégataire
TITRE 3 : L’extinction sans satisfaction du créancier
Il arrive que l’obligation s’éteigne sans que le créancier n’ait reçu aucune espèce de satisfaction, pas
même indirecte dans le cadre :
- De la remise de dette
- De la prescription
Chapitre 1 : La remise de dette
Par la remise de dette, le créancier renonce en tout ou partie à ce qui lui était dû
Cette opération requiert en effet l’accord du débiteur pour produire effet, même si c’est le créancier
qui renonce à sa créance
Conformément au droit commun, et plus particulièrement à l’article 1341 CC (nouveau 1359) ,la
remise de dette doit être prouvée par un écrit lorsqu’elle porte sur une somme supérieure à 1500
euros mais l’article 1342-9 CC établit une présomption simple du débiteur lorsque le créance lui a
volontairement remis le titre constatant la créance
Chapitre 2 : La prescription extinctive
La prescription est la perte d'un droit ou la perte du droit d'agir en justice par l’écoulement du temps
- Cela sanctionne l'inertie du créancier qui laisse s'écouler le temps sans agir au préjudice
évident du débiteur qui peut par exemple, laisser des moyens de preuve disparaître
- L'écoulement du temps donne légitimement à penser au débiteur que le créancier ne réclamera
jamais son dû
Une réforme du 17 Juin 2008 a eu lieu en la matière
Section 1 : Le délai de prescription
La détermination précise de la durée de la prescription nécessite de s’intéresser au délai de
prescription en général et à la fixation du point de départ du délai applicable
A) Les délais

1) Le droit commun

Article 2224 CC = le délai est de 5 ans. Cette prescription quinquennale s’applique « aux actions
personnelles et mobilières »
Les actions réelles et immobilières sont exclues du domaine de la prescription de cinq ans
La réforme de 2008 met fin à la différence entre la prescription pour l’action en nullité relative et
absolue qui est désormais de 5 ans pour les deux et entre la responsabilité délictuelle ou contractuelle
qui sont soumises à un délai de prescription de 10 ans
2) Les délais spéciaux

- Il y a prescription de deux ans pour l'action des professionnels pour les biens et services qu'ils
fournissent aux consommateurs mais cela ne vise que l’action qui est exercée par le
professionnel. En revanche, le consommateur qui agit contre le professionnel lui, il est soumis à
la prescription de droit commun, soit prescription quinquennale, sauf texte spécial
- 30 ans pour la réparation des dommages causés à l’environnement
- 10 ans pour la prescription d’une action en responsabilité tendant à la réparation d’un
dommage corporel
- 20 ans lorsque le préjudice a été causé par des actes de torture ou de barbarie, ou par des
violences

B) Le pouvoir des parties sur la durée de la prescription

1) La renonciation à la prescription

On ne peut pas renoncer d'avance au bénéfice de la prescription. Une partie ne peut donc pas
s'engager par convention à ne pas soulever l'éventuelle prescription de l'obligation profitant à
quelqu'un d'autre mais il est possible de renoncer, même tacitement, à invoquer la prescription
acquise
2) Les aménagements conventionnels

a) Raccourcissement
Les parties peuvent conventionnellement abréger les délais de prescription si aucune disposition
contraire de la loi ne l’exclut et à condition que ce raccourcissement du délai ne soit pas tellement bref
qu’il revient pratiquement à interdire au créancier d’agir
Comm, 2004, CC = la faute lourde du débiteur de l’obligation, ne fait pas obstacle au jeu de la
prescription conventionnellement abrégée
La limite est qu’on ne peut pas descendre en dessous d’un an
b) Allongement du délai de prescription

L’allongement du délai de prescription est possible mais on ne peut allonger la prescription que
jusqu’à 10 ans maximum
c) La neutralisation de tout aménagement conventionnel de la prescription

Il y a des hypothèses où les parties ne peuvent pas toucher à la prescription (ex : rentes viagères,
salaires, etc…)
C) Point de départ de la prescription

La prescription se compte par jour


A la suite de la réforme, le point de départ de la prescription est glissant, c'est-à-dire un point de
départ qui peut être retardé en fonction de la connaissance qu’a une partie de ses droits pour agir
1) Le principe du point de départ glissant

Article 2224 CC = « le point de départ est le jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître
les faits lui permettant de l'exercer »
2) La limite du délai butoir

Article 2223 CC = le délai butoir est de 20 ans à compter du jour de la naissance du droit (c’est-à-dire
de la naissance du contrat)
Section 2 : Fonctionnement de la prescription
Il faut distinguer :
- L’interruption de la prescription, qui est le fait d’arrêter le cours pour repartir à zéro
- La suspension de la prescription, qui est le fait d’arrêter de compter et de reprendre là où on
s’était arrêté

A) L’interruption

1) Les conditions

Il peut y avoir tout d'abord, interruption de la prescription à raison d'actes du créancier qui doivent
montrer clairement que le créancier n'entend pas abandonner son droit (ex : citation en justice)
Civ.1ère, 2013, CC = le créancier qui dispose d'un titre exécutoire, ne peut agir en justice dans le seul
but de faire liquider sa créance et ainsi interrompre la prescription  l'idée, c'est que finalement la
Cour de Cassation a voulu éviter que les tribunaux ne soient encombrés par des demandes
dépourvues de véritable intérêt et ayant pour seul objectif d'interrompre la prescription
Comm., 2005, CC = C'est une société de transport qui assigne en payement le débiteur du prix du
transport, pour des transports qui ont été effectués entre octobre 1999 et juin 2000. Le débiteur du
prix du transport répond dans des conclusions en date du 26 avril 2001 que cette dette se compense
avec sa propre créance sur le transporteur pour des transports effectués entre août 1999 et juin 2000.
Réponse de l'auteur de l'assignation, c'est-à-dire le premier transporteur : la prescription annale du
Code de commerce doit jouer pour sa dette. La Cour de Cassation va approuver les juges du fond
d'avoir fait jouer la compensation à hauteur de la dette la plus faible et d'avoir condamné le
demandeur à la procédure, c'est-à-dire le transporteur, a réglé le surplus. Selon la Cour de Cassation,
la seule chose qui compte pour que la compensation produise un effet extinctif, c'est qu'au moment où
on envisage de situer la compensation, aucune des créances ne soit prescrite. Ensuite, la Cour de
Cassation énonce également que la compensation opère interruption de la prescription pour le
reliquat de la dette qui reste. Comme en l'espèce, les juges du fond ont considéré que la compensation
avait eu lieu le 15 juin 2000, le reliquat de la dette était prescrit le 15 juin 2001. Or, les conclusions
dans lesquelles le créancier demande le règlement du reliquat date d'avant, date du 26 avril 2001
donc il n’y a pas de prescription pour le reliquat
2) Les effets

L'interruption, c’est la remise à zéro du compteur temps et une nouvelle prescription recommence
étant précisé qu’elle aura la même durée que l’ancienne
Ce principe comporte toutefois une exception. Cette hypothèse concerne plus précisément le cas où
une décision de justice vient consacrer l'existence d'une dette. En effet, l'action tendant à l'exécution
d'une décision de justice qui a force exécutoire est soumise à une prescription décennale, donc de 10
ans. Donc, si la nature de la créance commande normalement d'appliquer une prescription plus courte
cette prescription plus courte sera écartée au profit de l'application de la prescription décennale
prévue par l'article L. 111-1 du Code des procédures civiles d'exécution
B) La suspension de la prescription

Il faudra envisager les causes spécifiques et l’adage contra non valentem


1) Les causes spécifiques

La loi prévoit des cas de suspension de la prescription :


- L’incapacité
- Les actions entre époux

2) L’adage contra non valentem

C'est une règle qui s'applique quand le créancier n'a pu interrompre la prescription par suite d'un
événement de force majeure
Article 2234 CC = « la prescription ne court pas ou est suspendue contre celui qui est dans
l'impossibilité d'agir par suite d'un empêchement résultant de la loi, de la convention ou de la force
majeure »
Comm., 1994, CC = tant que le créancier dispose encore d'un temps suffisant pour pouvoir agir contre
son débiteur, c'est-à-dire tant que la prescription n'est pas acquise, l'adage ne joue pas. En d'autres
termes, cet adage, ça n'est pas vraiment une cause de suspension de la prescription : on n'allonge pas
le délai de prescription pendant la durée où le créancier n'a pas pu agir
Section 3 : Les effets de la prescription
Traditionnellement, on considère que la prescription éteint l'obligation mais toute une partie de la
doctrine conteste cette analyse en plaçant la prescription dans le domaine procédural et dans une telle
optique, la prescription n'atteindrait pas l'existence même de l'obligation, mais elle paralyserait
seulement l'exercice de l'action en justice qui est prévue pour en obtenir l'exécution. À l'appui de leur
analyse, ces auteurs font valoir qu'une obligation prescrite peut tout de même être exécutée et faire
l'objet d'une promesse d'exécution
Civ.2ème, 2009, CC = la Cour de cassation a semblé consacré l'analyse dite processualiste de la
prescription. En conséquence, le droit de créance n'est pas éteint, ce qui autorise la compensation
avec une dette exigible, même si l'action en recouvrement est quant à elle prescrite. Alors en l'espèce,
il s'agissait d'une femme qui demandait le paiement d'une pension alimentaire à un homme qui avait
été condamné à payer cette décision alimentaire par une décision de justice. Monsieur a opposé à
Madame qu'elle avait été antérieurement elle-même condamnée à lui payer une pension alimentaire
sans jamais s'exécuter. Point acquis : l'action en paiement de Monsieur était prescrite. Pour autant, la
Cour de Cassation a jugé que cette prescription de l'action ne faisait pas disparaître le droit de
Monsieur qui subsistait, ce qui lui autorisait à déduire des sommes qu'il aurait dû verser à Madame,
celle que Madame aurait due préalablement dû lui verser. Ce qu'elle n'avait pas fait.