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EDITORIAL

Pr. Tarik EL MALKI


Directeur du Développement et
de la Recherche Scientifique du Groupe ISCAE

L
a mise en place d’un nou- du retournement du cycle écono-
veau modèle de développe- mique à partir de 2007-2008 (crise
ment pour le Maroc s’im- financière), ce modèle montre des
pose comme une nécessité dans la signes de faiblesse et se cherche
mesure où le modèle économique un nouveau souffle.
et social qui a prévalu jusqu’à pré- Dans ce contexte, on ne peut plus
sent est arrivé à sa limite. BIEN penser le développement écono-
qu’il ait permis, dans une certaine mique du Maroc en se reposant
mesure, les prémisses de l’émer- uniquement sur la demande inté-
gence tant attendue de notre éco- rieure dans la mesure où le mar-
nomie, surtout durant la décennie ché national est versatile et sujet
2000, en termes de croissance, à des retournements de cycle. La
d’élévation du niveau de vie de la solution passe par l’accélération
population, d’assainissement du de l’industrialisation de notre éco-
cadre macroéconomique, de mise nomie à travers la mise en place
à niveau en termes d’infrastruc- d’une politique de l’offre dont l’ob-
tures, les failles de ce modèle sont jectif serait de favoriser la compé-
claires. Tout d’abord, ce modèle titivité de notre tissu industriel es-
s’est développé en s’appuyant sur sentiellement la compétitivité hors
la demande intérieure grâce à coût. Et cela passe par le dévelop-
l’augmentation du pouvoir d’achat pement du capital immatériel, à
des ménages à la faveur de la poli- savoir le capital humain et l’inno-
tique salariale menée par l’Etat du- vation notamment. Ce sont là les
rant la décennie 2000. Mais dans éléments qui favoriseront demain
le même temps, ce modèle a engen- l’accélération substantielle du
dré des déséquilibres macroécono- rythme de croissance, du niveau
miques importants (augmentation de vie de la population, permettant
du déficit de la balance commer- ce faisant l’entrée du Maroc dans
ciale et du Trésor), n’a pas permis le concert des nations émergentes.
la création d’emplois en nombre Ces facteurs de compétitivité hors
suffisant pour juguler le chômage coût qui permettront, demain, à
et surtout n’a pas permis la ré- nos entreprises de se distinguer
duction des disparités sociales à l’international par une offre de
et territoriales. Aussi, à la faveur produits pertinente, distinctive, de

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FOCUS

qualité et innovante. Cela passe Ensuite, la nécessité de mettre


par la mise en place d’un certain en place un environnement des
nombre de politiques publiques affaires sain, transparent et qui
dans différents domaines. Tout favorise l’investissement privé
d’abord, la nécessité de mettre en en renforçant la confiance des en-
place une véritable politique de l’in- treprises vis-à-vis de l’économie
novation s’impose plus que jamais. s’impose également. L’édiction
En effet, la corrélation entre inno- de règles qui permettent la saine
vation et performance économique concurrence entre opérateurs et
est clairement établie. Il suffit de surtout leur respect par l’ensemble
se référer aux différents modèles des parties prenantes seraient
de développement qui ont marqué de nature à redonner confiance,
le succès de nombreux pays asia- qui est le principal moteur de la
tiques notamment. Or notre pays reprise économique. Cet assainis-
ne dispose pas d’une véritable sement de l’environnement des af-
politique de l’innovation qui soit faires aurait également un impact
globale, intégrée, ambitieuse et sur la gouvernance d’entreprise à
offensive et qui permettrait à nos travers la mise en place progres-
entreprises de monter en gamme sive d’une culture de l’entreprise
en matière d’offre de produits de qui favorise l’ouverture, la trans-
qualité. La mise en place de clus- parence, et la reddition de compte.
ters dans des secteurs particuliè- Tous ces éléments pris ensemble
rement innovants, la mise en place sont de nature à favoriser la mo-
et le respect de normes de qualité dernisation et la mise à niveau
avec des processus d’évaluation et de notre économie en inculquant
de contrôle rigoureux, la mise en un changement de paradigme au
place d’instruments fiscaux inci- niveau de la vision qu’ont nos opé-
tatifs (crédit d’impôt-recherche rateurs de leur responsabilités
notamment) sont des exemples de managériales sur l’ensemble des
mesures que l’Etat et le secteur dimensions économique, sociale,
privé pourraient mettre en place environnementale et territoriale n
ensemble.

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SOMMAIRE
FOCUS
Designing an e-government portal
accessible to illiterate citizens.............................................................................. 5
Imane TAWFIQ, Hind KABAILI, Driss KETTANI

DOSSIER
La position des parties prenantes dans la gouvernance
des grandes entreprises marocaines :
une étude exploratoire......................................................................................... 23
Saïd AIT DANI, Bouchra RADI

Impact de l’adoption des normes IFRS sur


la communication financière : cas des sociétés cotées
à la bourse des valeurs de Casablanca.............................................................. 36
M’Hammed EL HAMZA

La culture d’entreprise ou l’effet «revers»........................................................ 55


Brahim KERZAZI

Les compétences managériales des PME de


haute technologie au cœur de la réflexion
stratégique.............................................................................................................. 65
Salwa HANIF

La fiscalité verte au Maroc : Etat des lieux et perspectives......................... 87


Khalid FALHAOUI, Nabil BOUAYAD AMINE, Khalid ROUGGANI

Directeur de la publication : Nada BIAZ - Rédacteur en Chef : Mohamed SABAR


Comité de lecture : Karim AARAB, Mohamed ASLOUN, Abdelhaye BENABDELHADI, Fawzi BRITEL,
Hayat EL ADRAOUI, Mehdi EL ATTAR, Inas EL FARISSI, Tarik EL MALKI, Mohamed EL QASMI,
Mohamed Amine ISSAMI, Hind KABAILI, Brahim KERZAZI, Younes LAHRICHI, Fouad MACHROUH,
Siham MEKNASSI, Siham MOURAD, Saïd MOUSTAFID, Nada SOUDI, Ouafaa ZAÏM, Amine ZENJARI.
Responsable Communication : Samira ALAOUI
Secretaire de la rédaction : Leïla EL MOUALIJ
Diffusion auprès des partenaires : Lamia MAKROUM
Réalisation : Ouragan Communication
Distribution : SOCHEPRESS
Dépôt légal 2012/PE0088 - ISNN 2028/8840

GROUPE ISCAE : Km 9,500, Route de Nouasseur - B.P. 8114 Oasis- Casablanca - Maroc
Tél. : (+212) 05 22 33 54 82 - Fax : (+212) 05 22 33 54 96
Site web : www.groupeiscae.ma

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BULLETIN D’ABONNEMENT
FOCUS

Designing an E-government portal


accessible to illiterate citizens
Résumé. La bataille du numérique / la digitalisation est devenue le facteur le
plus important du développement économique et social. En fait, nul doute que la
mise en place de systèmes d’administration électronique peut améliorer la qua-
lité des services gouvernementaux et améliorer la vie des citoyens. Cependant,
les projets d’administration électronique ne peuvent réussir que lorsqu’ils sont
adaptés aux besoins culturels et sociaux spécifiques des utilisateurs finaux.
Tenant compte du taux élevé d’analphabétisme au sein de la population, nous
avons mené nos recherches afin de concevoir un portail de gouvernement élec-
tronique pour la vieille ville de Fès accessible à la majorité des citoyens, en par-
ticulier les analphabètes.
L’objectif de cette recherche est d’explorer les différentes architectures, les scé-
narii et les technologies pour la conception d’un portail de gouvernement électro-
nique qui soit utilisable et accessible par tous les citoyens de Fès, qu’ils soient
alphabètes ou analphabètes. Par conséquent, le résultat concret du projet est
une interface graphique utilisable accessible à la fois aux personnes alphabètes
et analphabètes pour qu’elles puissent interagir avec le contenu statique et uti-
Imane liser les transactions en ligne. Pour atteindre notre objectif, nous devions décou-
TAWFIQ vrir et créer des principes de conception et les tester avec de vrais utilisateurs.
Manager Meditel Pour atteindre notre objectif, nous devions accorder une attention particulière
imane.taoufik@gmail.com
aux points suivants :
• Prise en considération des deux types existants d’analphabétisme: l’analpha-
bétisme littéral et l’analphabétisme numérique.
Hind
• Conception de l’interface graphique de sorte à ce qu’elle ne soit pas dédiée
KABAILI
Professor
exclusivement aux personnes analphabètes : les personnes alphabétisées devraient
Groupe ISCAE elles aussi pouvoir utiliser le système d’e-gouvernement sans frustration.
hkabaili@groupeiscae.ma • Comme il s’agit du premier portail ciblant les utilisateurs illettrés au Maroc,
nous nous sommes également intéressés à convenir sur le type de symboles à
Driss utiliser.
KETTANI En effet, les deux principales hypothèses derrière ce projet sont :
Professor • Une e-prestation de services efficace doit permettre aux citoyens d’accéder aux
Al Akhawayn services gouvernementaux d’une manière innovatrice et plus efficace que les
University méthodes traditionnelles.
d.kettani@alakhawayn.ma
• Les services gouvernementaux doivent être présentés aux citoyens dans un
format accessible et centré sur l’humain.
De cette manière, nous pouvons exprimer les objectifs que ce projet vise à at-
teindre :
• Améliorer les connaissances sur la manière dont les citoyens analphabètes au
Maroc peuvent interagir avec les services de gouvernement électronique.
• Développer une méthodologie et une architecture pour le développement d’ap-
plications de gouvernement électronique qui répondent aux besoins des pays
arabes en développement.
• Démontrer la capacité des citoyens marocains analphabètes à interagir avec
les portails d’e-gouvernement qui utilisent les nouvelles technologies.
Cet article décrit et justifie la méthodologie, l’architecture et les outils choisis
pour développer l’interface utilisateur graphique du portail e-gouvernement de

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FOCUS

Fès. Les résultats des tests de l’interface utilisateur graphique sont présentés et
discutés afin d’évaluer le succès du projet.

Mots-clés.E-Gouvernement, interface utilisateur graphique, analphabétisme,


conception centrée sur l’utilisateur

Abstract. The digital battle has become the most important factor of economic
and social development. In fact, there is no doubt on the fact that establishing
E-government systems can improve the quality of government services and
enhance the citizens’ life. However, E-government projects cannot be successful
if they are not adapted to the specific cultural and social needs of the final users.
Taking into consideration the high illiteracy rate within the Moroccan
population, we conducted our research in order to design an E-government
portal for the old city of Fez that is accessible by the majority of the
citizens especially those who are illiterate.
The objective of this research is exploring the different architectures,
scenarios and technologies for designing an E-government portal that is
usable and accessible by all Fez citizens whether they are literate or
illiterate. Hence, the concrete output of this project is a usable graphical user
interface accessible to both literate and illiterate people in order for them to
interact with the static content and to use the online transactions. In the process
of achieving our goal, we had to discover and create design principles and to test
them with real users.
To achieve our goal we had to pay particular attention to the following points:
• Considering the two existing types of illiteracy: literal illiteracy and
digital illiteracy.
• Designing the GUI so that it is not dedicated mainly to illiterate people: literate
people too should be able to use the e-government system without frustration.
• Since it is the first portal targeting illiterate users in Morocco, we were
interested also in building conventions on the type of symbols to be used.
In fact, the main two assumptions behind this project are:
• Effective electronic service delivery has to enable citizens to access government
services in a new and more effective way than the traditional ways.
• Government services have to be presented to citizens in a usable format and in
a human centred manner.
In that way, we can express the goals that are aimed to be achieved by this
project as being:
• Improving knowledge about how illiterate citizens in Morocco can
interact with E- government services.
• Developing a methodology and architecture for e-government application
development that fulfils the needs of Arabic developing countries.
• Demonstrating the ability of Moroccan illiterate citizens to interact with
e-government portals that uses new technologies.
This paper describes and justifies the chosen methodology, architecture and
tools that were applied in order to develop Fez e-government portal’s graphical
user interface. The results of the designed graphical user interface’ s
testing are presented and discussed in order to assess the project’s success.

Key words. E-Government, Graphical User Interface, Illiteracy, User Centered


Design

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FOCUS

1. Introduction get a clear specification of the system


requirements. Especially that we are
This research has been conducted as dealing with all types of citizens and
part of a larger scope project called that the majority of those stakeholders
“Fez e-gov” that was led by the e-Tech do not have a prior experience with
laboratory research group of the using technological medium to get
School of Science and Engineering services. Hence, it is impossible to get
in Al Akhawayn University in Ifrane a clear idea on how the GUI should be
(Morocco). This project is sponsored designed before the system is built
by the Canadian IDRC and aims and put into use. Therefore, a way to
at providing Fez city citizens with overcome this problem is through
online governmental services and delivering a system that is not 100%
forms taking into consideration the complete and exposing it to user
Fez citizens’ cultural and sociological feedback and comments then refining
context. Indeed, there are many issues this through many stages until an
related to the graphical user interface adequate system has been developed.
that need to be addressed when In this way, initial design strategies
implementing portals especially in have been developed and adopted
developing countries like Morocco based on the specified requirements
where the majority of the population is and the results of the literature review,.
illiterate. It is interesting to report The output of the first evolution is a
that more that 42.7% of the total prototype that is submitted to the Fez
Moroccan population is illiterate [1]. citizens’ testing. As refinements are
The research started taking into needed, new prototypes are created.
consideration that the functional When a satisfactory prototype is
requirements of Fez e-government developed and is initially accepted
portal are as follows: by citizens, we perform formal and
rigorous testing on it.
• The portal should allow citizens
to get their official papers. As a first
stage the official paper that needs to
be delivered is the “Birth Certificate”; 3. Architectures to build an
• The portal should allow citizens to illiterate user system
get information about government
services; After a research that we conducted
• The graphical user interface should concerning the field of illiterate
be usable by both literate and system’s architectures, we have come
illiterate people without frustration. to the conclusion that there are two
main ways for developing an illiterate
user system, which are:
2. Development • Server based approach that is
mainly characterized by simplifying
methodology and approach the development --to ensure that the
standard browsers can be utilised--
In the Fez e-government portal GUI and facilitating the creation of
design, we have opted to use the audio assisted data so that users in
evolutionary model. This decision was community bases access points can
based on the fact that it is difficult to access any existing information.

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FOCUS

• Client based approach, which has the disadvantage of inaccurate


consists mainly of a custom written pronunciation. Two components
web browser to be obtained by everyone are required: Speech synthesis
who wishes to have illiterate access. It software and speech synthesis
requires a greater development effort browser plugin [2].
since browsers must run on a variety
of platforms and should keep up to 3.2. Client Based Approach
date with web technology changes. For a customizable system, the
only alternative to the server-based
3.1. Sever Based Approach approach is a custom-written web
A research was conducted by IDRC browser to be obtained and used
of Canada in order to investigate the by every person who wishes to have
presentation of Internet information illiterate access. The development
in audio format in order to make it effort for such a project is far greater
available to all members of society. than for a proxy server, since browsers
The research was concluded by must run on a variety of platforms
developing an application using a and must keep up to date with Web
server based approach. The system technology changes.
was composed by the “Literacy The research that was conducted by
Server” and “Speaking pages” [2]: the Canadian IDRC mentions that
• Literacy Server: This is the only the «speaking browser for the blind»,
physical component of the system. pwWebSpeak was probably feasible only
It is placed between the web client because it made no attempt to preserve
(browser software) and the web server normal visual browser functions. It
(the site which the user wishes to extracts the text from a page, formats
access). In other words, it acts like it for voice playback and discards
a customized proxy server. Every almost all visual information [3].
Web page requested by the user will A research that was conducted by
be processed by the literacy server Marcel Goetze and Thomas Strothotte
before being passed on. presents the design of a prototypical
• Speaking Pages: This is a software implementation of a browser which
strategy: When the user passes the provides interactive reading aids to
mouse pointer over the words on the functionally illiterate people. The
page, they will be audibly pronounced main purpose of the research was,
by the computer. This strategy indeed, to help illiterate people trying
requires the use of two technologies: to read web pages, to interpret text,
– Browser Programming which means and to remember its content [3].
use of built in scripting languages “Reading without reading aids means
(JavaScript) and code (Java applets) perceiving letters (which are itself
to add interactivity and special meaningless) and connecting them
functions like make the text sensitive to a word. This activates knowledge
to the mouse movements and pass about the word and thus helps in
information to the speech production getting the meaning of the word.
unit) and Speech production. The same knowledge can be activated
– Speech synthesis is used to produce by different media (e.g. visually with
audible output. It is more efficient pictures or text, acoustically with
than pre-recorded words. But it sound or spoken language). [4]” The

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FOCUS

German research attempted first to a Telephone-Based Service Delivery.


compare the two main methods that Developing such system was possible
are traditionally used to help illiterate due to the following assumptions:
people to learn: pictures and speech. • Verbal interface is highly appropriate
• Pictures vs. Speech: The result of from a cultural perspective in many
the research states that experience developing countries, where a strong
has shown that the key to help oral tradition exists amongst a pre-
illiterate people to read, and indeed to literate or semi-literate population.
learn to read, is to work with pictorial • Telephone-based services place a
communication. In fact it states that very direct focus on the role of Human
pictures have advantages over speech. Language Technologies (HLT) in the
developing world.
3.3. Other Methods and Technologies The research had as aims to define
for Building Websites for the specificity of the spoken interface
Illiterate People by developing a programme of
Other techniques for building carefully designed experiments
websites for illiterate people can be to study usability issues when a
explored such as augmented screen spoken (telephone-based) interface
reader vs. augmented browser and is used to deliver e-government
recordings vs. speech synthesis [2]. services. It aims also at defining the
On one hand, speech synthesis is culture influence such as language
considered as far more efficient than of choice, age group, gender, level of
recorded words, since the amount of functional literacy and mean family
data that has to be transferred over income. During this experiment
the bandwidth is a critical issue user interfaces using DTMF (key
in web system design. However, presses) and speech recognition have
speech synthesis generally generates been designed and a working version
inaccurate pronunciation. On the of the DTMF system was implemented,
other hand, recorded words may be as well a «wizard- of-oz” mock-up of a
too slow in reaching the users of speech recognition.
the system over the internet, which
will have disastrous effects on the
usability of the system [5].
5. Chosen Architecture and
Technologies
4. Architectures to buil an
From the previous research reviews
E-Gov System Accessible and the specific cultural, sociological
to Illiterate Citizens and technological Moroccan context,
we came up with the following
Developing E-government portals hybrid architectural solution: We
that are accessible to illiterate citizens adopted the idea of Speaking Pages
has been the concern of some research through using Browser Programming
that has been done in the context of and Pre-recorded words. For the task of
South Africa. However, the only Browser programming we chose to use
experiment that we have found javascript in order to add interactivity
information about was concerning by highlighting the text and providing

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the sounds. We preferred pre-recorded • Principle 3: Giving graphical


words over speech synthesis because reading aids by including the picture
we wanted to deliver the most natural within the sentence together with the
sounds to the illiterate citizens so text.
that they do not get confused by the • Principle 4: Choosing the right
unnatural pronunciation generated type of picture. In order to
by speech synthesis. we had to accomplish this task, we chose to
consider ways of efficiently storing organize meetings -- participatory
and transmitting the audible data. design sessions-- with representative
Of the possibilities reviewed, those groups of citizens so that they can
which stand out are RealAudio 3.0 give their opinions and suggestions
and Toolvox. We have opted for using about the different pictures that will
RealAudio mainly because it is free of illustrate the various online “Civil
charge, but it is also worthy to notice
State” services.
that RealAudio is the best known and
• Principle 5: The User-Interface
close to a de facto standard.
should present only the essential and
We also chose to develop a combined
necessary tools needed for interaction
solution using along with for the
and information presentation.
following reasons: the research has
proven that pictures have advantages • Principle 6: for the interaction
over speech in helping illiterate people technique to be the most intuitive and
to read, but at the same time research simple and since the findings of the
showed that verbal interfaces are profiling survey has shown that most
“highly appropriate from a cultural of the population have no difficulty
perspective in many developing in using mobile phones, we opted
countries, where a strong oral tradition to choose an interaction technique
exists amongst a pre-literate or semi- that is similar to the one used when
literate population” [6]. Moreover, interacting mobile phones, which is
providing only pictures can make based on direct manipulation. In the
the portal users more likely to get domain of computers, this kind of
frustrated due to the misinterpretation interaction is best translated through
of pictures that may occur. Concerning the use of Touch Screens.We have
the pictures we have based their based the design of the touchscreen
use on the following principles: elements such as buttons, icons and
• Principle 1: The main target group menus on the guidelines provided in
is not merely literally illiterate people. Interaction Design Guide for Touchscreen
In fact, the users of the portal range Applications [6].
from the simple literate citizen to
the functionally illiterate citizen
passing through the digitally illiterate
citizen too. 6. Interface Design
• Principle 2: Text has to be explained Approaches
not replaced since our aim is to have a
usable GUI that is accepted by all the After determining the technological
three defined types of the users and to tools, we were interested by choosing
help illiterate people to read: Text is the appropriate design approach.
very important.

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FOCUS

6.1. Existing Approaches for are created can take into account
Designing User Interfaces progressively finer levels of details.
There are two main types of Those two approaches make the
approaches that can be considered designer obliged to specify in detail
in order to drive the design of the interface at an early stage which
interfaces: experimental approaches may present some disadvantages.
and non experimental approaches. Also, they require a lot of effort
from the designer in order to specify
6.1.1. Experimental Approaches the design of small portions of
Experimental approaches can be as the interface, which may not be
follows: practical in huge projects.
• Holding focus groups with potential • Visual or Holistic design : the
users of the system, designer creates an initial mock-up,
• Observing users of the system image, or idea of how the system will
working in their current environment, appear through visual sketches and
• Organizing Wizard-of-Oz tests, brainstorming. Several alternative
• Running usability experiments to designs are constructed and
find out if an interface prototype meets compared, and the designs are made
an established usability metric [7]. available for others to examine and
The results of such experiments may critique. Through this creative process
be very interesting and beneficial and cycles of criticism, a final design
to the design process of interfaces; will emerge [7]. However, this method
however, they may be expensive and may be too general and the designer
time consuming. may jump to the implementation phase
without considering some important
6.1.2. Non-Experimental design issues.
Approaches • Hypothetical design scenarios :
Many non-experimental approaches the designer specifies a potential
are defined in the human computer user of the system with a detailed
interaction (HCI) and design literature. information/application need and
They help organizing the design tasks a particular set of environmental
such as: requirement gathering, factors. All locations, organizations,
conceptual design, functional analysis, individuals, and important issues
prototyping and implementation. that might impact how the designer
Some of the non-experimental should think about the interaction
approaches that can be considered are identified and described. Next, the
are: designer describes a situation which
• Task analytic : it is a method in would motivate the user to use the
which the designer identifies and system and constructs a script for
traces the tasks and subtasks which the interaction between this user
the user needs to accomplish in order and the interface. As the designer
to successfully interact with the crafts this interaction, he or she
interface. notes any issues which arise or open
• Structured design : the designer research questions which would
composes a grammar for the need to be solved in order to create
interaction between the user and the a high-quality interface. After the
interface. These grammars which script is completed, the designer

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FOCUS

enumerates these open issues, can run experimental approaches


discusses the approach he or she took to enhance the final interface or
to addressing them in the script, and help making critical development
then proposes a set of future research choices. From the discussion in
questions to be explored that would the previous section, we chose to
give greater clarity to the interface. design the portal’s GUI using
This scriptwriting process can be the hypothetical design scenarios
iterated to consider a diverse set of since, after carefully studying its
applications and issues for the user features we found that such approach
interface. Prior to writing the first is very interesting when developing
script, the designer investigates the interfaces for users that are from
users, technology, applications, and developing countries where not
usage environment of the system, much interfaces were developed that
and he or she performs a survey of takes into consideration the context
previous user-interface research work of the applications and users. The
relevant to his or her users [7]. Experimental approaches that we
decided to use are:
7. Chosen Appropriate • Holding focus groups with potential
users of the system,
Design Approach • Wizard of Oz tests,
• Running usability experiments.
From the previous research reviews Since we have chosen to design our
and the specific cultural, sociological GUI using the hypothetical design
and technological Moroccan context, scenarios, we have first done some
we came up with the following research in order to choose the
design approach for the E-Gov portal: best approach to follow to generate
We have decided to use a non- scenarios.
experimental approach in order We have adopted a framework for
to build the interface –since non- scenario based design that was
experimental approaches are less time suggested in The Human-Computer
consuming than the experimental Interaction Handbook [8, pp. 1032-
ones--, then, after the general 1050], which is represented as follows:
prototype of the interface is built, we

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FOCUS

Figure 1. Overview of the scenario based design framework

ANALYZE
analysis of claims about
Problem scenarios
stakeholders, current
field studies practice

DESIGN
metaphors, Activity iterative
information scenarios analysis of
technology, usability
HCI theory, claims and
guidelines Information scenarios re-design

Interaction scenarios

PROTOTYPE & EVALUATE


summative formative
evaluation Usability specifications evaluation

We have included some modifications – The cultural environment: clear


to the above framework by giving definition of the type of culture and
some more specific definition to its language that the stakeholders live in.
different components and by changing – Other starting assumptions.
the terminology of other elements so • Design Activity Scenario: it is a
that the terminology used is coherent synopsis of a hypothetical situation
with our computing background. in which the incorporation of the
The different components have been planned solution will have beneficial
defined as follows: impacts. At this stage the focus will
• Initial Problem Analysis: it is a be on the activity itself without paying
description of the context in which the great attention to the way the
planned solution will be integrated. hypothetical user will interact with
We have decided that the main issues the system. Definitions of the main
that should be addressed in order to characters of the scenario should be
clearly define the context are: given so that candidate metaphors are
– The product: clear specification of the detected.
product that would be implemented • Design Information and Interaction
taking into consideration its goals Scenario: we decided to include
and the technology underlying it. both types of scenarios in one step
– The tasks: clear specification of the since the difference between the
uses of the product two was very tiny. At this stage, we
– The stakeholders: clear understanding add the information and interaction
of the system’s users’ type. details to the previously elaborated

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FOCUS

activity scenario. The user interface 4. Making a flash-tutorial-demo


is described in more details and available as a screensaver in all the
technology options are explored. Also, touch screens in order to make the
the interaction between the system and illiterate user know about the voice
the user is more specifically described. facility/assistance and how to use
Analysis of issues raised by the the portal in general and also show
scenario and design iterations: we him/her that he can access this
have decided that the re-design and tutorial from “Help” icon that will be
analysis of usability claims would available on all web pages of the portal.
be more beneficial if it is conducted 5. This flash-tutorial-demo will be
after finishing the whole hypothetical accompanied with voice explanations
scenario so that the assessment would that should be neither in classical
be based on the final idea not on part Arabic nor in Darija (pure dialectical
of it, which may be penalizing it. arabic). The explanations should
• Usability Evaluation: We have be in a language similar to the one
conducted another literature review broadcasted on Radio (in programs
in order to determine the most providing advices to agricultors).
appropriate usability evaluation 6. For each service link, the sound
technique. Often, in the hypothetical and image icons will be on the right
design scenarios, the hypothetical side of the text. Once we click on the
user is assumed to having already sound icon, the voice will be heard and
used the system at least one type the image maximized.
before the actual scenario. Hence, it 7. Include print functions: once the
is interesting to generate a scenario section ‘pièces à fournir’ is read, the
for cases where the hypothetical user voice instructions should suggest the
is assumed to have no experience user to print it. Print button should be
using the system. Such scenarios are designed in a way to attract the user
defined as Documentation Design attention.
Scenarios. 8. Because of it is the first portal
targeting illiterate users, we will build
7.1. Design Decisions a convention on the type of symbols to
After applying the techniques of be used. The user will be introduced
hypothetical design scenarios and as to the symbols through the demo. It
a response to all the issues that were is important to develop the citizen’s
raised by the scenarios, we came up memorability by using always the same
with the following design decisions: icon to deliver the same single function.
1. Highlighting the text that is read in 9. Experiments would be conducted
bold red because illiterate people are to choose between using the keypad
more influenced with variations in option or the dropdown list option for
colours than font size and because it data entry.
is more visible and attractive. After developing a first prototype based
2. Making the text that has been read on the design decisions derived from the
bold because it is a way to facilitate discussed scenarios, we have deployed
reading: it discriminates passages that it in the bureau d’etat civil for a period
were read from the ones that were not. of informal testing and observation.
3. Hearing the sound will be enabled Based on the observations that were
once we click on the sound icon. made we could provide solutions to

14 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


FOCUS

the issues that were raised by the • Second Prototype


scenarios and that were left without After developing a second prototype
elucidations. Hence, we came with based on the design decisions derived
these additional design principles: from the discussed scenarios and
– We decided to use a numeric the first prototype testing and
keypad for data entry since we have observations, we have deployed it in
observed that using a dropdown list in the bureau d’etat civil for a period of
the touch screen is not an easy method. testing and observation which led to
Moreover, it is not an intuitive way of new design principles:
entering data for illiterate people. – We observed that the citizens after
The numeric keypad should be recognizing the needed service have
presented in the same way the numbers the tendency to click on the image to get
are presented in usual phones. to that service even if we are specifying
– More interactive vocal instructions at the beginning that clicking on
are needed since citizens are reactive the image allows only to maximize
not proactive. In fact, we discovered the image for a better visualization.
that we needed to develop like a Therefore, we had to change the
digital assistant that can assist the function triggered by clicking the
users step by step. pictures: On click the picture will lead
– We noticed that no citizen was the citizen to the page of the needed
interested by the help tutorial, they get service instead of making it bigger.
bored and they loose interest quickly. – Even if we have provided more
As a solution, we decided that short interactive vocal instructions, some
phrases should be included at each step. citizens do not hear them from the first
– The introduction to the GUI symbols time. They can always get the same
should be done gradually at each step vocal instructions by hearing on the ear
since users are not interested by the symbol but they do not do it. Therefore,
tutorial and do not want to spend time in order to help them get re-hear the
learning: We should try to make the vocal instructions and, at the same time,
learning phase gradual and quick. We build the convention that the ear symbol
should base the explanations not only should be used whenever the citizen
on the vocal instructions but also on is stuck, we have decided to vocally ask
colours and make the icons blink as the citizen to click on the ear button to
the vocal instructions mention them re-hear the instructions in case he is lost
(building the conventions). after 20 seconds of inactivity.
– After finishing the process, tell the
citizen that he has finished and that
8. Graphical User Interface
he can get their birth certificates from
the officer’s office. Evaluation Techniques
– In order for us to know what are Comparisons
the exact vocal instructions that are
needed by the citizens and how we can The software engineering community
phrase them, we adopted the wizard has done many efforts in order to
of oz testing. In fact, for the second enhance the testing phase of
version of the touch screen we have software products. In fact, generally,
provided vocal instructions that are the expense and effort involved in
auto-played at each step of the process. testing real users has been viewed

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 15


FOCUS

by the development community as cognitive walkthroughs [9], we have


an obstacle to software development. decided to adopt it for the evaluation
Hence, different types of test methods of the e-government portal. Heuristic
have been established such as: evaluation can enable many usability
• Expert reviews : expert reviews improvements to take place before the
are conducted in the presence of release of the final product. Heuristic
human factors specialists and evaluation can also increase the value
consist of a combination of standard of usability testing since it helps
inspection methods, such as heuristic identifying obvious usability problems,
evaluation, cognitive and pluralistic which provides more focus for later
walkthroughs, and consistency and usability testing. Indeed, without prior
standards inspections [9]. heuristic evaluation, usability testing
• User reviews : target end-users participants may spend their sessions
of the application view a slide show struggling to discover obvious usability
presentation created by photographing problems [10]. However, the experts
screens from the product’s simulation. doing the heuristic evaluation remain
The users are asked first to complete surrogate users and are not the typical
paper and pencil questionnaires about users of the system to be tested. In fact,
some demographic and social data. real users can surprise us by discovering
Then, the remainder of the review unexpected problems. Moreover,
session involves a presentation of the due to the specific context of Fez
software product’s features and group e-government portal since it is designed
discussion. Next, Users view slide to be accessible by illiterate citizens too,
show demonstrations of the interfaces, we have opted for conducting usability
and are asked to make ratings on a testing after enhancing the GUI using
questionnaire of the perceived ease the heuristic evaluation.
of use and desirability of the features
demonstrated. They are also asked 8.1.1. Heuristic Evaluation
to express their views in structured Strategy
focus group discussion [9]. We have decided to conduct a heuristic
• Interactive Usability Testing : The evaluation with three experts since
tester asks participant in the usability research have found that the best
testing to perform their tasks using number of evaluators is from three to
the new software’s product. Each time five [11]. We have also opted for the
an impasse is faced by the user, he option of having an observer who will
explains how he was excepting the report all the remarks by organizing
system to respond and the remark his personal notes.
is taken into consideration in the re- We have also decided to perform the
design process [9]. evaluation taking as rules the ten
heuristics that were proposed by
8.1. Chosen Graphical User Interface Nielson which have been proved to be
Evaluation Techniques “well suited as the basis for practical
Since experimental evidence has found heuristic evaluation” [10].
that heuristic evaluations uncover
the most serious graphical user 8.1.2. Usability Testing Strategy
interface problems when compared Since other aspects of the
to usability testing, guidelines, and project needed to be evaluated, a

16 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


FOCUS

questionnaire was created by the rating for the 10 Nielson’s heuristics.


social research assistant in order The heuristic that had the smallest rate
to assess the satisfaction of citizens was the ‘Good error messages’ part. In
and their acceptability of the system. fact, they suggested providing more
We have decided to administer the convenient error messages depending
questionnaire and the testing form on the type of the data entry error.
in parallel so that the users won’t be However, all of them agreed that the
frustrated providing twice the same system is simple and speaks the users’
information (especially the personal language. The fact that the system uses
information). Hence we decided that the Moroccan dialect was extremely
the tester will fill the testing form as appreciated by the testers.
the citizen is using the kiosk and that
the tester will have the responsibility 8.1.4. Usability Testing Results
of interpreting the user’s actions in We based the analysis not on the
order to infer how these actions are distinct number of citizens who used
related to the usability issues in the the kiosk, but on the number of the
design of the interface. After this, times the kiosk was used even by the
the testing form will be stapled to the same user. The number of test cases
questionnaire filled by the citizen. In is 155. We are providing here some
order to consult the testing form. results of testing:
• Percentage of errors per task
8.1.3. Heuristic Evaluation
Results
The three experts who tested the kiosk
and filled the forms gave the same

Table 1. Percentage of errors per task

Tasks % Errors

Recognizing the needed service 29,2%


Using the ear symbol 8,4%
Inserting Birth Certificate Year 1,9%
Inserting Birth Certificate Number 3,9%
Using the print icon 0,6%
Choosing the number of copies 1,3%
Confirming printing 2,6%
Knowing what to do afterwards (going to the
officer to get the printed copies) 11%
Ability to recover from errors 11,5%

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 17


FOCUS

The above table represents the do not have the autonomy of clicking
percentage of error of each step that even after recognizing the service.
the citizen went through in order to The task of printing is having the
get the birth certificate. We notice least percentage of error. The reason
that percentages of errors are small. behind this low percentage is the
We notice that the highest percentage fact that the step involving the print
of error is the one related to the very button does not include other options.
first task: recognizing the needed In fact, the only blinking button that
service. This is due to the fact that it is is referred to by the vocal instructions
the first task. The citizen is faced with is the print button.
the new machine so he does not pay
attention to the vocal instructions and • Citizen’s Satisfaction Assessment:

Table 2. Percentage of citizen’ssatisfaction

% of Citizens who found the kiosk eacy to use 98,6%

% of Citizens who wanted to use the kiosk again


for requesting Birth Certificates 98,6%

The percentages of people who We notice that the majority of the


found the kiosk easy to use and who citizens who came during the test
wanted to use it again for requesting period to the bureau of civil state were
Birth Certificates are similar and very literate people. This is due to the fact
high. Those percentages are a good that the pilot site where the project
indicator of the project’s success and is deployed was done is located in
its acceptability by the citizens. a place known to be sophisticated.
Hence, we organized special testing
• Citizen’s illiteracy profiles: sessions with illiterate people.
It is important to have an overview In order to ensure that we are testing
of the illiteracy profile of the citizens the right population, we start by
that came by themselves to test the providing the statistics about the
kiosk. The table below shows the educational level of the tested citizens
statistics related to this issue: in the following table:

Table 3. Citezen’s illiteracy profile Table 4. Illiterate citizens’


educational profiles
Educational Level Percentage
Illiterate 7,1% Educational Level Percentage
Primary School 2,7% Illiterate 100%
Secondary School 6,8%
• Citizen’s digital illiteracy profiles:
High School 29,7%
The following table gives us statistics
University Education 53,4% about the digital illiteracy profiles of
the tested population:

18 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


FOCUS

Table 5. Illiterate citizens’ We notice that even if all the tested


digital illiteracy percentages citizens do not use PCs or Internet, the
majority (72.6%) is used to cell phones.
% of Citizens who use • Percentage of errors per task
cell phones 72,6% The following table shows the results
% of Citizens who use of the testing form.
a PC 0%
% of Citizens who use
internet 0%

Table 6. Illiterate citizens’ percentages of errors per task

Tasks % Errors

Recognizing the needed service 22,6%


Using the ear symbol 6,5%
Inserting Birth Certificate Year 12,9%
Inserting Birth Certificate Number 24,2%
Using the print icon 4,8%
Choosing the number of copies 1,6%
Confirming printing 1,6%
Knowing what to do afterwards (going to the
officer to get the printed copies) 0%
Ability to recover from errors 5%

The above table represents the statistics shows that it is the task of
percentage of error of each step that “knowing what to do afterwards”. We
the citizen went through in order to can explain this by the fact that this
get the birth certificate. We notice task involves only hearing the vocal
that percentages of errors are small. instructions. This result is different
We notice that the highest percentage from the one we got from testing the
of error is the one related to the task first group of citizens. This can be
of inserting the birth certificate due to the fact that illiterate people
number. This is due to the fact that rely a lot on hearing while literate
many citizens do not know what is the citizens do not put the same effort as
birth certificate number. Moreover, them in hearing. Nevertheless, we can
some of the illiterate people have generally notice that the percentages
difficulties recognizing the numbers. of errors per task for both types of the
Concerning the task that is having tested citizens are relatively similar.
the least percentage of error, the We can infer from those results that

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 19


FOCUS

the education level of citizens does not • Human Assistance Need and Level
impact the percentages of error per of Human Assistance:
task. One of the issues that were raised by
• Citizen’s Satisfaction Assessment: the hypothetical design scenarios and
The statistics shows that 100% of the no decisions were made about them
illiterate citizens found the kiosk easy is the issue of human assistance. In
to use and who wanted to use it again fact, we were not sure that a human
for requesting Birth Certificate. Those assistance to the kiosk is needed. The
percentages are a good indicator of the results shown in the following table
project’s success and its acceptability helped us answering this question:
by the illiterate citizens.

Table 7. Illiterates’ human assistance need and level of human assistance

Cases where the human assistance was necessary 62,9%

Inviting and provinding general overview about the kiosk 41%

Assistance in certain tasks 10,3%

Step by step assistance 48,7%

We notice that a high percentage of Culture change management


test cases needed human assistance. – The main challenge we faced du-
This percentage is smaller that the ring the testing phase was to over-
one generated from the previous re- come some citizens’ conviction that
sults due to the fact that many of the they can not make it. Indeed, some of
people who used the kiosk, used it a them had a fear from the machine to
second and sometimes a third time. the point that they were reluctant even
In fact, we can state that the human to touch the kiosk. However, they were
assistance is needed only for the first able to do it after seeing the assistant
time the person uses the kiosk. As the doing it.
number of times the person uses the – The fear that was noticed at the be-
kiosk increases as his need for human ginning was the main reason behind
assistance is less necessary. the failure of some citizens to reco-
gnize the needed civil state service.
8.1.5. Findings from Testing In fact, some people had difficulties to
Results concentrate on hearing the first vocal
We have tried to categorize the fin- instructions.
dings from the testing results into – Even if some people could perfectly
four distinct categories: culture do all the steps, they needed to check
change management, illiteracy level with the assistant before performing
definition, learning curve discussion any operation.
and literate vs. illiterate citizens’ ex- – From the above remarks we can
perience comparison. state that providing human assis-

20 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


FOCUS

tance can be seen a way to manage of the process. We have observed


change since many people coming to that even for illiterate citizens as
the bureau d’etat civil do not know the they reach the third step of the pro-
use of the kiosk and do not even know cess, they no more need to hear the
if they are allowed to touch it. vocal instructions and perform
– However, it is important to notice the task successfully while the vo-
that after the first kiosk use, citizens cal instructions are not completely
become autonomous. One interesting played. This fact can also be seen as
example can be the illiterate person an indicator of our success in building
who proposed to assist the others after the symbols’ convention.
her own success in using the kiosk. – We also noticed that some people
memorize even their birth certificate
Illiteracy Level Definition references; thing which is also similar
– One of the important outcomes to the fact of memorizing a person’s
from the testing phase was determi- phone number. Hence, even if
ning the level of illiteracy. We noticed the statistics show that some people
that some people had problems ente- find it difficult to recognize their refe-
ring the numbers and recognizing rences; this cannot be seen as a major
them. Hence, we need to state that the problem to the success of the project.
kiosk is designed to be used by lite- – Another interesting remark was the
rate people and illiterate people who fact that people do not want to invest
at least can recognize numbers from time seeing the demo. Since the vocal
0 to 9. instructions are short and gradual,
– We also noticed that there is a small people finds it easy to perform the
percentage of people who do not want tasks. Moreover, clicking on the ear
to concentrate or make any effort symbol provides instant help on the
even for hearing especially if they are instant task in question.
above 55 years old.
Literate vs. Illiterate Citizens’ Expe-
Learning Curve Discussion rience Comparison
– It is recognized that repetition of – We noticed that illiterate people
the same operation results in less rely a lot on hearing while literate
time or effort expended on that opera- citizens do not put the same effort as
tion. In the context of our project we them in hearing; hence, there were
have discovered that the learning rate some cases where Illiterates perfor-
increases as the number of kiosk use med better than literate citizens.
increases. We also noticed that some – Nevertheless, we can generally
illiterate people succeeded in the notice that the percentages of errors
tasks from the first trial because they per task for both types of the tested
saw the others performing. But what citizens are relatively similar. We can
is more interesting is the fact that the infer from those results that the edu-
learning rate is enhanced even wit- cation level of citizens does not impact
hin the first kiosk use. Indeed, from the percentages of error per task and
the test results we have noticed that that literate and illiterate citizens
the percentage of errors per task de- have relatively the same learning
creases as the task is closer to the end curve.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 21


FOCUS

9. Conclusion in an environment with high illiteracy


rates such as Morocco n
The aim of this research was to de-
sign a graphical user interface that is
References
usable by both literate and illiterate
people in order to have access to the • [1]. “Les Premiers détails du Recense-
static content of Fez e-government ment,” L’Economiste, Issue n° 2124, Octo-
portal and to benefit from the online ber 6th, 2005.
services. The findings of the testing • [2]. Powa, “Exploring a Basic Illiterate
showed that we succeeded in achie- Web Access System: Discussion and De-
ving our goal and overcoming the monstration of Technical Concepts, and
challenge we were faced with. Indeed, Pointers to Future Research,” Ottawa,
we were able to design a GUI that is IDRC, 1997.
• [3]. Goetze & Strothotte, “An approach
usable by both literate and illiterate
to help functionally illiterate people with
people in the sense that the usability graphical reading aids”. In Smart Gra-
and acceptability ratings of both phics Symposium, UK 2001.
types of users are similar. During • [4]. Driss Kettani and Driss Maghraoui,
our research, we discovered that the Practicing E-Government in Morocco, Eis-
culture management aspect of the ta’04, Florida, USA.
project is very important. We cannot • [5]. Ser Nam Lim, “A Guide for Website
expect people to come and use the Developers about how to Accommodate
touchscreen application for the first Users with Low Education, Low Motiva-
tion,” http://www.otal.umd.edu/uuprac-
time without invitation. Mediatisation
tice/low_ed/, April 18, 2001.
of the project should be done and a • [6]. “Interaction Design Guide for
resource should be provided in this Touchscreen Applications,” http://www.
first stage of the project to help people sapdesignguild.org/resources/TSDesign-
know that they can use the kiosk in GL/Index.htm, December 2000.
order get governmental services • [7]. Huenerfauth, “ Developing design
electronically. It is important to recommendations for computer interfaces
notice that the GUI dedicated to the accessible to illiterate users,” Master’s
touchscreen is different from the one thesis, University College Dublin, August
2002.
that used in the online portal. In fact,
• [8]. Jacko & Sears (Eds.), “The Human-
the online portal at this stage is only Computer Interaction Handbook: Funda-
usable by digitally literate people. mentals, Evolving Technologies
Hence, more work needs to be done in and Emerging Applications,” Lawrence
order to achieve the goal of e- services Erlbaum Associates, 2002, pp. 1032-1050.
delivery to all Moroccans. Moreover, • [9]. Savage, “User Interface Evaluation
more services have to be included in in an Iterative Design Process: A com-
the portal. However, we definitely parison of three techniques,” CHI’96
can state that a first important step Companion.,(Vancouver, BC, Canada April
13-18), 1996.
was initiated towards achieving this
• [10]. “Heuristic Evaluation,” http://www.
goal through making Moroccans teced.com/ue-he.html, 2005.
aware of both the following facts: the [11]. Nielson, “Ten Usability Heuristics,”
importance of information technology http://www.useit.com/papers/heuristic/
in enhancing the quality of life and the heuristic_list.html, 1994.
possibility of reaching this objective

22 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

La position des parties prenantes dans


la gouvernance des grandes entreprises
marocaines : une étude exploratoire

Résumé. Vu son importance dans le monde des affaires, la gouvernance


d’entreprise suscite de plus en plus des débats de fond. L’objectif de cet article
est d’étudier la position des parties prenantes autres que les actionnaires dans
la gouvernance des entreprises marocaines, plus particulièrement le respect de
l’environnement, ainsi que le partage de la valeur créée en faveur de celles-ci
(un regard d’ordre général). Pour ce faire, nous avons mené une étude sur l’état
des lieux de la gouvernance au Maroc à travers des rapports officiels puis nous
avons étudié trois sociétés cotées à la bourse de Casablanca à savoir : IAM, ATW
et Lafarge Ciments.

Mots-clés. Partie prenante, valeur, gouvernance d’entreprise, développement


durable.
Saïd AIT DANI
Doctorant
saidaitdani@gmail.com
Abstract. Given its importance in the business world, corporate governance
Bouchra RADI raises more debates bottom. The objective of this article is to study the position
Enseignant-
Chercheur, of stakeholders in the governance of Moroccan businesses, particularly respect
Laboratoire for the environment and the sharing of the value created for them. For this, we
de Recherche en
Entreprenariat, conducted a study on the situation of the governance in Morocco through official
Finance et Audit reports and then we studied three listed companies of Casablanca namely: IAM,
LAREFA
ENCG - Agadir ATW and Lafarge Ciments.
radi.bouchra@gmail.com

Key words. Stakeholder, value, corporate governance, sustainable development.

Introduction techniques de réduction frauduleuses


d’émissions polluantes (de NOx et de
Depuis les années 1990, les pro- CO2), nuisibles à l’environnement et
blèmes d’environnement représentent à la santé, lors des tests d’homologa-
des enjeux importants –voire straté- tion). Cette attention à l’égard de l’état
giques – pour nombre d’entreprises de l’environnement, s’est progressi-
(une illustration : le scandale récent vement traduite dans des exigences
de Volkswagen lié à l’utilisation de réglementaires et des demandes ex-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 23


DOSSIER

primées à l’intention des entreprises avec pour objectifs l’amélioration du


aussi bien au niveau national qu’au cadre de vie des citoyens, le renfor-
niveau international. Autrefois, essen- cement de la gestion durable des res-
tiellement tournés vers certains sec- sources naturelles et la promotion des
teurs industriels responsables des re- activités économiques respectueuses
jets de polluants, les réglementations de l’environnement. Conformément à
de protection de l’environnement, et ses engagements au niveau interna-
progressivement les demandes des tional dans le cadre des sommets de
consommateurs et du public se sont la Terre de Rio de Janeiro qui s’est
élargis pour toucher une proportion tenue au Brésil du 3 au 14 juin 1992,
de plus en plus importante des entre- réunissant 110 chefs d’États et de gou-
prises, largement au-delà des secteurs vernements et 178 pays, et le sommet
initialement concernés (Pierre Cha- mondial pour le développement du-
puy, 2004). rable qui s’est tenu à Johannesburg en
À l’occasion de la Conférence de Rio Afrique de Sud (2002) et des conven-
(1992), et sur la base du rapport des tions pertinentes (Convention des Na-
Nations Unies sur l’environnement et tions unies sur la lutte contre la déser-
le développement, l’environnement est tification, Convention sur la diversité
articulé avec le développement éco- biologique …etc.), le Maroc a mis en
nomique et le développement social, place les fondements visant à instau-
dans une vision de long terme. Il de- rer le développement durable dans le
vient alors une des trois dimensions pays à travers plusieurs réformes po-
du concept de développement durable, litiques, institutionnelles, juridiques
défini comme un développement “qui et socio-économiques. Ce processus
répond aux besoins du présent sans a été renforcé par l’adoption de la
compromettre la capacité des géné- Charte Nationale de l’Environnement
rations futures à satisfaire à leurs et du Développement Durable (Projet
propres besoins ” (Brundtland, 1987). de loi-cadre n° 99-12).
Dans cette définition, on observe Dans ce contexte, les interfaces entre
notamment une opposition entre une entreprises et environnement se sont
approche plutôt économique globale profondément transformées au cours
donnant la priorité au maintien ou à de ces trente dernières années, suivant
la croissance du revenu et du bien-être les préoccupations et les demandes de
économique, face à une approche plu- la société, le développement des entre-
tôt écologique visant à la gestion et prises et l’évolution de leur place dans
au maintien d’un stock de ressources la société (A. J. HOFFMAN, 2000). De
et de facteurs à productivité au moins ce fait, les enjeux environnementaux,
constants, dans une optique d’équité et les stratégies et les outils de mana-
entre les générations (J. P. BARDE, gement mis en œuvre par les entre-
1992). prises en réponse à ces enjeux, ont
A l’instar des pays qui se sont enga- dans le même temps fortement évolué.
gés dans la cause environnementale, Naturellement, hier comme au-
le Maroc a adopté dans sa stratégie de jourd’hui, la nature et l’importance des
développement le concept de « dévelop- enjeux environnementaux dépendent
pement durable » qui favorise l’équi- du secteur d’activité de l’entreprise.
libre entre les dimensions environne- Ces enjeux sont importants pour les
mentales, économiques et sociales, entreprises des secteurs primaires

24 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

qui reposent sur une valorisation des management environnemental, le “re-


ressources naturelles, incluant notam- porting ” environnemental, les certi-
ment le secteur de l’énergie. Ils le sont fications ISO 14000 ou SMAE (Union
aussi pour les activités productrices Européenne). Les évolutions récentes
d’importante quantités de pollution semblent conduire aujourd’hui à une
(eau, air, déchets) que sont la plupart extension des approches normali-
des secteurs de la production indus- satrices du management environ-
trielle (chimie, métallurgie, automo- nemental, notamment par un rap-
bile, …). Les transports sont égale- prochement des normes ISO 9000 et
ment touchés, notamment du fait des 14000 (B. FROMAN et al., 1998), et à
pollutions et nuisances émises par les un élargissement des dimensions de
véhicules (camions, avions, …) (OCDE, l’évaluation non financière des entre-
1991 ; E. PERSAIS, 1998). prises comme la certification sociale,
En outre, certaines entreprises élar- l’intégration de l’environnement dans
gissent leur action environnement les comptes et bilans, la notation
à d’autres dimensions et visent à ré- environnementale ou éthique à desti-
pondre aux préoccupations relatives nation des actionnaires et des “stake-
au “ développement durable ”, com- holders ” (Alternatives économiques,
portant particulièrement la prise en 2001).
compte du long terme, la prévention Notre communication s’intéresse à la
des risques, l’application du principe position stratégique des entreprises
de précaution, le soutien au dévelop- marocaines cotées vis-à-vis des par-
pement social et au développement ties prenantes et du respect de l’en-
local (P. SHRIVASTAVA et S. HART, vironnement compte tenu de leurs
1996 ; G. FÉRONE et al., 2001). activités. Notre problématique peut
De même, la mise en avant de dé- être formulée comme suit : dans quel
marches ou de chartes “ éthique ”, nou- sens évolue-t-elle la gouvernance de
veaux principes ou nouvelles normes l’entreprise marocaine  ? Prend-t-elle
de conduites volontaires concernent en compte les attentes des différentes
tout particulièrement les firmes mul- parties prenantes autres que les ac-
tinationales (B. COLLOMB, 1993 ; tionnaires ? Est-ce que l’entreprise
K. GORDON, 2001), qui cherchent marocaine considère l’environnement
ainsi à répondre aux attentes des ci- comme une dimension axe de gouver-
toyens dans les domaines sociaux ou nance management « morale » ou bien
éthiques, comme la lutte contre l’em- une contrainte réglementaire ? Quelles
ploi des enfants dans les pays du tiers- sont les outils de management mis en
monde, la lutte contre la corruption, œuvre par ces entreprises en réponse
l’égalité entre hommes et femmes, la aux enjeux environnementaux ?
protection des minorités. Elles visent Pour traiter cette problématique,
ainsi à gagner la “ respectabilité so- nous avons étudié trois grandes so-
ciale ” (R. LEBAN, 2002). ciétés, de secteurs d’activités diffé-
Pour faire face à ces exigences accrues, rents, cotées à la bourse des Valeurs
des outils de management internes de Casablanca, sélectionnées sur la
ont été progressivement développés base de deux critères : la capitalisa-
ou intégrés par les entreprises : dans tion boursière et la part du marché
les années 1980, les études d’impacts, par rapport aux sociétés relevant du
les écobilans, dans les années 1990 le même secteur d’activité.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 25


DOSSIER

Ces sociétés sont les suivantes : mobile avec 42,85% du marché suivi
p ITISSALAT AL-MAGHRIB (IAM) d’Orange avec 29,18% et de Wana Cor-
pour le secteur des télécommuni- porate avec 27,97% à fin 2013. Quant
cations : il s’agit de la seule société au parc internet, IAM détient 55,1%
cotée de ce secteur avec une capi- suivi d’Orange avec 35,13% et de
talisation boursière qui atteint  : Wana Corporate avec 9,77% au titre
115 381 263 375,00 Dhs. En termes de la même année.
de part de marché, d’après l’Agence
Nationale de Réglementation des Télé- p ATTIJARIWAFA BANK (ATW) (sec-
communications (2013), cet opérateur teur bancaire) :
détient la plus grande part du parc

Société Nombre Cours Capitalisation


de titres Boursière

ATTIJARIWAFA BANK 203 527 226 377,7 76 872 233 260,20


BCP 173 141 923 234,9 40 671 037 712,70
BMCE BANK 179 463 390 238 42 712 286 820,00
BMCI 13 279 286 689 9 149 428 054,00
CDM 10 678 994 524 5 595 792 856,00
CIH 26 608 085 343,95 9 151 850 835,75

Quant à sa part du marché, selon le Conseil de la concurrence Marocain (Août


2012), Attijariwafa Bank et la Banque populaire détiennent respectivement 25%
et 24,2% de parts de marché en termes de PNB (marge d’intermédiation et com-
missions).

p Lafarge Ciments (secteur de Bâtiment et Matériaux de Construction) :

Société Nombre Cours Capitalisation


de titres Boursière

AFRIC INDUSTRIES SA 291 500 305 88 907 500


ALUMINIUM DU MAROC 465 954 1200 559 144 800
CIMENTS DU MAROC 14 436 004 1170 16 890 124 680
COLORADO 9 066 156 88 797 821 728
HOLCIM (Maroc) 4 946 260 235 11 623 711 000
JET ALU MAROC SA 2 400 00 215 516 000 000
LAFARGE CIMENTS 17 469 113 1800 32 841 932 440
SONASID 3 900 000 1003 3 911 700 000

26 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Premier cimentier marocain, Lafarge (Enron, Worldcom…etc.), puis dans


Ciments dispose d’une capacité de l’Europe (Ahold, Parmalat, Vivendi
production de 6,8 millions de tonnes, Universal, France Télécom…etc.). Ces
et détient 43 % de parts de marché derniers ont montré que les méca-
(rapport annuel de Lafarge, 2013). La- nismes de la gouvernance tradition-
farge Ciments est aussi présent dans nelle ne sont pas efficaces et ne rem-
quatre autres activités : le plâtre, le plissent pas pleinement leurs rôles en
béton, les granulats, et la chaux indus- matière de sécurisation de l’investis-
trielle. sement des actionnaires.
Il s’agit bien des sociétés leaders dans Vu la diversité d’intérêts et d’acteurs,
leurs secteurs et qui sont connues une nouvelle conception a progressi-
pour leur performance économique vement émergée : la gouvernance par-
au Maroc. tenariale. Elle prend en considération
Notre étude vise à analyser la posi- les intérêts de l’ensemble des parties
tion des différentes parties prenantes prenantes qui englobent les acteurs
dans les préoccupations de ces entre- en relation directe ou indirecte avec
prises marocaines sur la base des in- l’entreprise. Sa finalité est de conci-
dicateurs suivants : lier leurs intérêts, qui peuvent être
• Le payout ratio pour les actionnaires parfois antagonistes, et permettre à
• Evolution de la masse salariale et la firme de répondre aux attentes de
l’évolution des effectifs pour les sala- l’ensemble de ses parties prenantes.
riés (y compris les dirigeants) Un état des lieux de la gouvernance
• Les actions engagées dans le sens d’entreprise au Maroc a été élaboré à
du respect et la protection de l’envi- travers de l’étude ROSC de la Banque
ronnement Mondiale (2001 – Mise à jour en 2003)
• Apports pour l’Etat en tant que par- et l’enquête menée par la CGEM sur
tie prenante la gouvernance d’entreprise au Maroc
• Les actions menées en faveur des (2005) avec le soutien du CIPE (Cen-
ONG ter for International Private Enter-
Ainsi, notre article est subdivisé en prise). Cette enquête a eu pour objet
deux sections. La première dresse un d’évaluer le contexte juridique et ins-
aperçu de l’évolution de gouvernance titutionnel ainsi que la pratique de
d’entreprise au Maroc. La deuxième gouvernance dans les entreprises par
section présente notre analyse des rapport aux textes en vigueur et aux
données concernant les trois sociétés normes et codes internationaux, no-
précitées. tamment par rapport aux principes de
l’OCDE, tels que révisés en 2004.
Sur le plan législatif, l’enquête a
Section 1 : L’état des lieux montré que certains textes de lois
contenant des dispositions relatives
de gouvernance à la gouvernance d’entreprise datent
d’entreprise au Maroc d’avant la réforme du marché finan-
cier de 1993, comme la loi n° 9-88
La problématique de gouvernance relative aux obligations des commer-
d’entreprise s’est imposée avec l’ap- çants et la loi n° 1-74-447 relative à
parition récurrente des scandales fi- l’arbitrage commercial. Mais tous
nanciers retentissants aux Etats-Unis les autres textes de loi qui ont un

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 27


DOSSIER

impact direct et prépondérant sur la compte du particularisme des Pe-


gouvernance d’entreprise sont venus tites et Moyennes Entreprises et des
après la grande réforme du marché entreprises familiales, des établisse-
financier, et se sont accompagnés de ments financiers et des entreprises
la création de nouveaux instruments publiques (Code marocain des bonnes
et d’organes spécialisés jouant un pratiques de gouvernance d’entre-
rôle principal dans le marché finan- prise, 2008).
cier tels que la société gestionnaire
de la bourse (SBVC), les sociétés de
bourse, le CDVM, le dépositaire cen- Section 2 : Le respect
tral (Maroclear), les OPCVM, etc. Cer-
tains d’entre eux ont même fait l’objet des principes du
d’amendements depuis lors, comme le développement durable :
texte relatif au CDVM ou celui de la une étude du rapport
bourse des valeurs.
Quant au rôle des parties prenantes annuel de développement
(surtout les salariés, créanciers et durable des sociétés cotées
ONG), il reste encore très humble.
Cette étude a recommandé les dispo- Notre étude a porté sur les trois socié-
sitions suivantes en matière de rôle tés : IAM, ATW et Lafarge Ciments
des parties prenantes (CGEM, 2005): précitées supra. Elle a pour objectif
• Respect des droits juridiques des d’étudier la position des parties pre-
parties prenantes, y compris les sala- nantes (les actionnaires, les salariés,
riés, les consommateurs et l’environ- l’Environnement, l’Etat et les ONG)
nement. dans la gouvernance de celles-ci. Nous
• Protection des parties prenantes avons utilisé les données diffusées
soulevant des questions relevant de par ces entreprises via leurs rapports
la moralité et de l’éthique contre les annuels de développement durable au
abus des principaux dirigeants. titre des années 2011, 2012 et 2013,
• Protection des droits des créanciers ainsi que les données disponibles sur
en cas de plan de sauvetage de faillite. le site officiel de la BVC.
En février 2007, une commission na-
tionale «Gouvernance d’Entreprise», Les actionnaires :
qui réunit l’ensemble des acteurs-clés Ils représentent la partie prenante la
de la gouvernance au Maroc a été plus importante, placée au cœur des
chargée d’élaborer, à l’instar de nom- préoccupations des entreprises maro-
breux pays développés et émergents, caines.
un Code Marocain de Bonnes Pra- Le Payout Ratio (ratio de distribution)
tiques de Gouvernance d’Entreprise. correspond à la proportion des gains
Ce code s’est inspiré des benchmarks versés en dividendes aux actionnaires.
internationaux en matière de gouver- C’est une mesure financière clé utili-
nance ainsi que des principes de gou- sée pour déterminer la durabilité des
vernement d’entreprise de l’OCDE. paiements de dividendes d’une entre-
Ce code a vu le jour en mars 2008 et prise en tant que facette de création
il a été complété par des dispositions de valeur en faveur des actionnaires.
et des normes spécifiques pour tenir

28 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Dividende par Bénéfice par Payout Moyenne


Société Année action action Ratio sectorielle(*)
(MAD) (I) (MAD) (2) (1/2) (%) de Payout
Ratio
2011 9,26 9,24 100,21 100,21
IAM 2012 7,40 7,63 97,02 97,02
2013 6,00 6,30 95,21 95,21
2011 8,50 23,1 36,79 56,89
ATW 2012 9,00 22,4 40,24 59,82
2013 9,50 20,3 46,69 64,52
2011 94,4 95,05 99,32 72,28
LAFARGE 2012 66 72,30 91,29 76,29
CIMENTS 2013 85 79,98 106,27 110,67
(*) Seulement les sociétés cotées.

On constate que le payout ratio de ces so- réserves et risque de mettre en cause la
ciétés varie entre une valeur minimale durabilité de paiement des dividendes
de 36,79 % enregistrée par ATW en 2011 dans le futur. Donc on peut dire que ces
et une valeur maximale de 106,27% en- sociétés veillent à créer durablement la
registrée par Lafarge Ciments en 2013. valeur en faveur de leurs actionnaires.
Aussi, l’évolution de payout ratio de ces
sociétés reprend approximativement Les salariés :
l’évolution de la moyenne sectorielle Les salariés sont considérés une res-
qui varie entre 56,89% et 110,67%. Ce source clé pour le succès de l’entreprise.
qui reflète une politique saine de dis- C’est ce que nous constatons toujours
tribution. En effet, un ratio supérieur à dans les discours des dirigeants maro-
100% indique que l’entreprise paie plus cains. En effet, le capital humain est
de dividendes que le bénéfice net réa- placé au centre des stratégies de déve-
lisé. Autrement dit, elle puise dans ses loppement des entreprises marocaines.

Salaires Effectif Evolution Evolution


Société Année distribués des salariés des charges de
(DHS) au Maroc de l’effectif
personnel
2011 2 796 000 000,00 11 005 – –
IAM 2012 2 800 000 000,00 9 601 0,14% -12,75%
2013 2 700 000 000,00 9 444 -3,57% -1,64%
2011 1 540 770 000,00 9 246 – –
ATW 2012 1 610 608 000,00 9 628 4,53% 4,13%
2013 1 683 047 000,00 – 4,50% –
2011 336 597 774,83 1 052 – –
LAFARGE 2012 329 117 088,32 1 014(**) -2,22% -3,61%
CIMENTS 2013 – 1 020(**) – 0,59%

(**) Valeur estimée sur la base de l’évolution des effectifs du groupe Lafarge pour la région Moyen-
Orient et Afrique : -3,6% entre 2011 et 2012, -3% entre 2012 et 2013.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 29


DOSSIER

Ces sociétés ont un poids important objectif de valoriser le capital humain


dans le marché d’emploi, elles re- et le motiver pour agir dans le sens de
crutent les jeunes diplômés et contri- réalisation des objectifs de ces socié-
buent dans la croissance économique tés ont été mis en place. On cite : les
à travers de la lutte contre le chômage. centres d’estivage, les fondations…
La réduction des effectifs peut s’avé- etc.
rer nécessaire selon les besoins de la
société. C’est dans ce sens que Maroc L’environnement :
Telecom a procédé en 2011 à la mise Plusieurs ONG et institutions, aussi
en œuvre d’un programme de départs bien à l’échelle nationale qu’à l’échelle
volontaires. 1404 salariés ont bénéfi- internationale, défendent la cause en-
ciés de cette mesure, ce qui explique vironnementale à l’ère d’un accroisse-
la baisse des effectifs et charges de ment remarquable des dangers envi-
personnel enregistrée en 2012 et 2013. ronnementaux qui menacent la survie
Pour ATW, on constate une évolution des espèces et la vie humaine. L’entre-
positive, alors que Lafarge Ciments a prise, ayant un rôle crucial dans l’éco-
enregistré une baisse des effectifs et nomique est appelée aujourd’hui à
charges de personnel, cette mesure veiller au respect de l’environnement.
s’explique en partie par la stagnation Diverses actions ont été menées par
du secteur de BTP et la baisse géné- les sociétés marocaines dans ce sens
rale enregistrée par celle-ci au Maroc. selon l’impact éventuel de leurs activi-
Aussi, d’autres avantages ayant pour tés.

Société Prise en compte de l’Environnement

p Vigeo, leader européen de la notation extra-financière,


a décerné à Maroc Telecom le trophée « Top performer
RSE 2011 »
p Adhésion au Pacte Mondial des Nations Unies.
IAM p En décembre 2012, Classement à la 10ème position dans
l’indice panarabe S&P/Hawkamah ESG
(Environnement, Social et Gouvernance)
p Élaboration de la politique environnementale de Maroc
Telecom
p Trophée Top Performer 2013, décerné par le cabinet de
la notation extra-financière Vigeo.

p Action en faveur de l’éducation, l’art, la culture et le


ATW sport à travers du partenariat avec des associations et
le Ministère de l’Education Nationale.
p Réduction de l’impact environnemental de ses activités
p Réduction des consommations d’énergie
p Lutte contre le gaspillage de papier
p Collecte et recyclage des déchets
p Adoption d’une politique d’achats responsables

30 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Société Prise en compte de l’Environnement

p Trois axes prioritaires au niveau du groupe : la santé


et la sécurité, le changement climatique, l’éthique des
affaires et la gouvernance.
p Mise en place en 2013 des Ambitions Développement
Lafarge Durable 2020 de groupe.
Ciments p Réduction des émissions de CO2 et utilisation davan-
tage de combustibles alternatifs
p En 2013, Lafarge a été reconnu leader en matière de
développement durable par l’agence Robeco SAM et
a intégré l’indice français Carbon Disclosure
Leadership du CDP, avec une note de 96 sur 100.

Ces différentes actions menées par analysé de différents angles, les im-
ces sociétés ont des retombées posi- pôts étant l’apport direct. Ces socié-
tives en matière de protection de tés drainent une partie importante
l’environnement. Toutefois, le respect des ressources pour l’Etat. Aussi,
de l’environnement est vu comme une différentes actions à caractère social
contrainte ou obligation par les socié- telles que l’aménagement des écoles,
tés marocaines. Cette contrainte peut sont de plus en plus engagées par ces
avoir pour origine : un client étranger sociétés en faveur des populations en-
qui exige des audits périodiques de vironnantes
la qualité qui comprennent la com-
posante environnementale, un action- Les ONG :
naire majoritaire ou un groupe qui Vu leur rôle dans la société, les ONG
exige des normes de protection de ont beaucoup d’importance dans la
l’environnement...etc. société. Certaines entreprises maro-
L’environnement reste encore margi- caines sont « citoyennes » et aident ces
nalisé par les sociétés industrielles organisations dans l’accomplissement
marocaines. Pour réaliser un dévelop- de leurs missions couvrant différents
pement durable et harmonieux, il doit aspects artistiques, culturels et so-
être au cœur de leurs priorités. En ciaux. En 2013, IAM a octroyé plus de
effet, le pari de la compétitivité au ni- 114 millions de Dhs pour financer les
veau international en dépend de plus activités de différentes ONG. Aussi,
en plus vu les exigences des consom- ATW et Lafarge Ciments ont soutenu
mateurs des pays développés en ma- des associations à but non lucratif
tière du respect de l’environnement. (l’association «injaz al maghrib » et
l’association « Al Jisr » …) et des uni-
L’Etat : versités et elles ont accordé une atten-
En tant que partie prenante, l’apport tion particulière à l’éducation, l’art, la
d’une société pour l’Etat peut être culture et le sport.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 31


DOSSIER

p Les organes de gouvernance des sociétés objet de notre étude :

L’entreprise Gouvernance d’entreprise

Maroc Telecom a adopté une structure de gouvernance


duale :
p Les fonctions de direction de l’entreprise sont confiées
au Directoire,
p Les fonctions de contrôle sont assurées par le Conseil
de Surveillance (qui présente à l’Assemblée Générale
annuelle des actionnaires ses observations sur le rap-
port du Directoire, ainsi que sur les comptes de l’exer-
IAM cice).
p En plus de cette structure duale, un Comité d’Audit a
été créé en 2003 par le Conseil de Surveillance pour
se conformer aux standards internationaux de gou-
vernement d’Entreprise et de Contrôle Interne. Il est
chargé de réaliser l’examen des comptes sociaux et
des comptes consolidés, d’examiner les états finan-
ciers, l’information financière, la politique de gestion
des risques et la pertinence du dispositif du contrôle
interne de l’entreprise.

p Un règlement intérieur définit les missions ainsi que


les modalités d’organisation et de tenue des réunions
du Conseil d’Administration, constitué de 9 membres
pour une durée de mandat de 6 ans.
p Une charte de l’administrateur regroupe les droits et
obligations liés à la fonction d’administrateur, notam-
ment sur le plan de la confidentialité des informations,
de la gestion d’intérêts et des opérations portant sur
les valeurs de la banque.
ATW p Composition du conseil d’administration :
• comité Stratégique : qui assure le pilotage et la sur-
veillance du Groupe.
• comité d’Audit et des comptes : qui analyse les
comptes du Groupe, examine le programme d’inter-
vention des commissaires aux comptes et s’assure
de l’efficacité du contrôle des risques et des services
d’audit interne et externe.
• comité des grands Risques : qui statue sur la poli-
tique globale des risques et valide les grands engage-
ments du Groupe.
• comité des nominations et des Rémunérations : qui
soumet au Conseil les propositions relatives à la
nomination et aux rémunérations des dirigeants du
Groupe.

32 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

L’entreprise Gouvernance d’entreprise

p Le code de gouvernement d’entreprise auquel se réfère


la société mère est le “code de gouvernement d’entre�-
prise des sociétés cotées” publié par l’Afep (associa�
-
tion française des entreprises privées) et le Medef
(mouvement des entreprises de France) dit “code Afep-
Lafarge Medef”.
Ciments p Organes de gouvernance :
• Conseil d’administration composé de 15 membres.
• Deux représentants du Comité d’entreprise assistent
aux réunions du Conseil d’administration comme
représentants des salariés.
• Un comité exécutif de la société

Le modèle de gouvernance de ces cette augmentation du capital, l’ac-


entreprises néglige la représentation tionnariat-salarié d’ATW représente
des autres parties prenantes autres 5% dans le capital de cette société.
que les actionnaires (via des admi- Néanmoins, cette démarche n’est pas
nistrateurs indépendants ou autres efficace et ne permet pas de défendre
mécanismes). Toutefois, ces entre- et de faire remonter les revendications
prises mènent des actions en faveur des salariés aux organes de la gouver-
des parties prenantes, notamment nance lors de la prise des décisions
avec la prise de conscience de la RSE d’ordre stratégique qui peuvent im-
(un label RSE a été mis en place par pacter le personnel.
la CGEM). En effet, la publication des Les parties prenantes d’entreprise
rapports sur le développement durable sont les vrais acteurs du développe-
n’est pas obligatoire au Maroc. Le ment durable. Toutefois, chaque partie
fait que les sociétés leaders publient, prenante a son poids économique qui
facultativement, ces rapports est un détermine l’ampleur de sa contribu-
très bon signe de la volonté de ces en- tion. Ce poids économique découle, es-
treprises d’aller en avant et suivre les sentiellement, d’une part de sa contri-
benchmarks internationaux pour une bution dans l’activité économique
bonne conduite des affaires. comme un tout, et d’autre part de sa
Ainsi, on peut dire que la gouver- contribution dans l’activité de l’entre-
nance de ces sociétés prend en compte prise elle-même de manière directe.
davantage les attentes des différentes
parties prenantes, mais la représen-
tativité de ces dernières dans les or-
ganes de gouvernance reste timide et Conclusion
quasi-inexistante. ATW, dans le cadre
de sa politique de reconnaissance des Les mécanismes de gouvernance
collaborateurs du Groupe, a lancé une ont beaucoup d’importance dans la
augmentation de capital dédiée exclu- sphère économique. En effet, les ac-
sivement à son personnel, à l’issue de tionnaires sont soucieux de sécuriser

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 33


DOSSIER

le rendement de leurs investissements différents acteurs de défendre leurs


afin qu’ils en tirent pleinement profit. intérêts et vise à concilier ces intérêts
Aussi, différentes parties prenantes antagonistes, à travers : le respect
telles que les salariés, les créanciers de l’environnement, la rationalisa-
de l’entreprise et bien d’autres ont le tion et l’optimisation de l’usage des
souci de s’approprier d’une certaine ressources naturelles (soit la prise
part de la valeur créée par l’entreprise en compte des besoins des généra-
à hauteur de leurs contributions direc- tions futures) et aussi le respect des
tement ou indirectement dans l’activi- besoins des autres partenaires. Elle
té de l’entreprise. vise à dépasser les intérêts «égoïstes»
D’après R. BELKAHIA, les carences de des actionnaires pour bénéficier aux
gouvernance d’entreprise engendrent autres parties prenantes et leurs
des coûts importants en termes de permettre de tirer profit de la valeur
croissance économique de notre pays créée par l’entreprise, une valeur qui
(le Maroc). Sur le plan économique, ne se limite pas à la seule unité finan-
la transparence et la codification des cière que procure l’activité de l’entre-
informations économiques favorisent prise et qui comprend plus largement
les bons arbitrages et orientent effi- d’autres dimensions du rôle de la
cacement les ressources financières firme dans la satisfaction des intérêts
vers les secteurs les plus contributifs des différents acteurs et partis pre-
à la croissance. nant de son environnement.
Ainsi, des réflexions profondes sont à Les entreprises marocaines doivent
mener en matière de gouvernance de être conscientes du rôle des autres
l’entreprise marocaine, en tant que parties prenantes dans leurs réus-
canal de développement durable. C’est sites. C’est le point de départ pour
à travers celle-ci qu’on peut véhiculer aller vers la prise en compte, davan-
concrètement ses principes. En effet, tage, des besoins de celles-ci afin de
le souci de la réalisation d’une crois- réaliser une performance durable.
sance économique viable qui prend en Aussi, des efforts restent à déployer
considération les générations futures pour assurer une représentation des
et leurs besoins, ne peut être concré- parties prenantes dans les organes
tisé qu’en commençant par la base de de gouvernance selon l’importance et
l’activité économique qui est l’entité selon les mécanismes les plus appro-
priés. L’objectif étant une création de
productrice, la firme. Une démarche
valeur durable n
de développement durable est initiée
par l’entreprise pour maintenir et dé-
velopper, dans la durée, le potentiel de
création de valeur à l’égard des diffé-
Bibliographie
rentes parties prenantes, en cultivant
• Adolf A. Berle et Gardiner C. Means,
les interdépendances avec l’environ- “The modern corporation and private proper-
nement (Alain Charles Martinetet Em- ty”, New York, MacMilan Company, 1932.
manuelle Reynaud, 2004). • Alain Charles Martinet et Emmanuelle
La gouvernance partenariale remplie Reynaud, « Entreprise durable, finance et stra-
un rôle très important dans la conci- tégie », Revue Française de Gestion, 2004.
liation des objectifs économiques • Bowen Howard, “Social Responsibility
d’une entreprise avec ceux du déve- of the businessman”, Harper & Row, New
York, 1953.
loppement durable, elle permet aux

34 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

• Céline Chatelin et Stéphane Trébucq, • Milton Friedman, « The social Responsa-


« Stabilité et évolution du cadre conceptuel bility of Business is to increase its profits »,
en gouvernance d’entreprise : un essai de New York Time Magazine, 1970.
synthèse », 9ièmes journées d’histoire de la • Omar Hniche et Hind Chiahou, « Créa-
comptabilité et du management, CRE- tion de valeur actionnariale : Rôle de la
FIGE-Université Paris-Dauphine,Mars politique de rémunération des dirigeants »,
2003. Revue Marocaine de Recherche en Mana-
• CGEM, « Code marocain des bonnes pra- gement et Marketing N° 4-5, 2011.
tiques de gouvernance d’entreprise », 2008. • Rachid Belkahia, « La Gouvernance d’en-
• CGEM, Mustapha El Baze et Abdelghani treprise, levier de croissance » colloque par
Bendriouch, « Rapport sur la gouvernance la faculté de Droit de Casablanca avec col-
d’entreprise au Maroc », 2005. laboration du CIPE et de la CGEM, Casa-
• Charles W.L. Hill et Thomas M. Jones, blanca-Maroc, 9 mars 2004.
“Stakeholder-agency theory”, Journal of Ma- • l’Agence Nationale de Réglementation
nagement Studies 29, Mars 1992. des Télécommunications (ANRT), « Ana-
• Colin Mayer, « Gouvernement d’entre- lyse de l’évolution du secteur des télécommu-
prise, concurrence et performance », Revue nications pour l’année 2013 ».
économique N° 27, 1996. • ATW, « Rapport annuel sur le développe-
• COM (2001), « Livre vert. Promouvoir un ment durable », 2011, 2012 et 2013.
cadre européen pour la responsabilité sociale • IAM, « Rapport annuel sur le développe-
des entreprises », Commission des Commu- ment durable », 2011, 2012 et 2013.
nautés Européennes, Bruxelles, Juillet • Lafarge Ciments, « Rapport annuel sur
2001. le développement durable », 2011, 2012 et
• Gérard Charreaux, « Le gouvernement des 2013.
entreprises : Corporate Governance, théories • La Banque Mondiale, « ROSC Maroc,
et faits », la Revue Economica, 1997. rapport préparé pour le Maroc par la Banque
• Michael C. Jensen et William H. Mec- Mondiale » - Mai 2003.
kling, “Theory of the Firm: Managerial Beha- • Le rapport Burtland sur « le développe-
vior, Agency Costs and Ownership Structure”, ment durable », 1987.
Journal of Financial Economics, October
1976.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 35


DOSSIER

Impact de l’adoption des normes IFRS


sur la communication financière :
cas des sociétés cotées à la Bourse
des Valeurs de Casablanca

Résumé. Les normes IFRS (International Financial and Reporting Standards)


sont les normes internationales d’informations financières destinées à stan-
dardiser la présentation des données comptables au niveau international. Ces
normes sont élaborées par l’IASB (International Accounting Standards Board).
L’année 2002 a marqué l’histoire de ces normes suite à leur adoption par l’Union
Européenne.
Contrairement au Code Général de Normalisation Comptable marocain (CGNC),
les normes IAS/IFRS ont pour vocation de fournir une information financière
plus détaillée et plus précise, permettant une meilleure vision de la société. Sur
l’ensemble des normes comptables internationales (Actuellement : 41 IAS et 16
IFRS), plus de 14 normes impactent directement la communication financière de
l’entreprise.
Notre recherche a pour objectif d’identifier et analyser les apports des normes
IFRS en matière de communication financière pour les entreprises marocaines,
ainsi que l’impact de l’adoption de ces normes sur les principaux agrégats comp-
tables publiés. L’impact de l’adoption de ces normes sur la gouvernance sera
évalué à travers l’existence ou non d’une « entité dédiée aux IFRS » dans l’orga-
nigramme des sociétés étudiées, et la revue de l’effort de formation en IFRS
de ces groupes. La base de ce travail est composée des rapports financiers des
sociétés qui ont utilisé ce référentiel comptable international, et qui sont cotées
M’Hammed
à la bourse des valeurs de Casablanca.
EL HAMZA
Doctorant
CEDOC Mots-clés. IFRS, Communication financière, Gouvernance, Entreprise, Adaptation
Groupe ISCAE
mhamza_3i@hotmail.com

Abstract. International Financial &Reporting Standards (IFRS) are financial


accounting standards used to standardize the presentation of financial
statements. IFRS are issued by the International Accounting Standards Board
(IASB). The year 2002 was very important in IFRS history because of their
adoption by European Union.
In opposition to Moroccan GAAP (CGNC), IFRS gives detailed and clear financial
information for users. More than 14 IFRS impact directly the financial reporting
of companies.

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DOSSIER

This study has as purpose to search the consequences of the adoption of


international financial standards “IFRS” on financial reporting of Moroccan
companies, based on financial reports of listed company in Casablanca Financial
market. The impact on companies governance will be linked to the existence
(or not) of an IFRS department in the companies, and of the training efforts to
upgrade accounting teams.

Key words. IFRS, Financial Reporting, Governance, Companies, Adaptation.

Introduction Plusieurs filiales marocaines de


groupes multinationaux appliquaient
les IFRS depuis des années. La pré-
Le Conseil National de Comptabilité
paration des états financiers en IFRS
du Maroc (CNC) a décidé en 2012 de
n’exempte pas les sociétés de se
procéder à la convergence du référen-
conformer aux lois en vigueur en ma-
tiel comptable marocain, connu sous
tière de communication financière.
le nom du Code Générale de Norma-
Elles doivent produire des états finan-
lisation Comptable (CGNC), vers les
ciers conformes au CGNC pour la
normes comptables internationales
déclaration fiscale annuelle et pour le
IAS/IFRS.
dépôt au tribunal de commerce.
Le processus de la mise à niveau de la
La présente étude, structurée en deux
norme comptable marocaine a démar-
parties, a été réalisée principalement
ré réellement en 2007, suite à l’obliga-
sur la base des rapports financiers pu-
tion faite pas la Banque Centrale Maro-
bliés auprès du CDVM (Conseil Déon-
caine (Bank Al Maghreb) aux groupes
tologique des Valeurs Mobilières) et
bancaires marocains, soumis à l’obli-
de la bourse des valeurs de Casablan-
gation d’établir des comptes consolidés
ca, par les sociétés marocaines cotées
de par la loi, de présenter des comptes
(76 société cotées à la date de la pré-
selon le référentiel IFRS pour l’exer-
sente étude) :
cice 2007 (et par conséquent 2006 pour
• La première partie développe la revue
la comparaison). Le CDVM (Conseil
de littérature effectuée pour déboucher
Déontologique des Valeurs Mobilières)
sur la problématique de recherche à
a suggéré l’application des normes
laquelle nous allons traiter à travers
IFRS pour les groupes côtés. Selon
ce travail. Ensuite nous proposons le
cet organisme « le nombre d’émetteurs
cadre théorique et la méthodologie de
assujettis à la consolidation est de 50
recherche qui sera adoptée.
en 2011 contre 42 au titre de l’exercice
• La deuxième partieest consacrée
2010 ». D’après les rapports publiés
à l’étude des impacts du passage au
par la bourse de valeurs de Casablanca,
référentiel IFRS sur les principaux
sur les 76 sociétés cotées à la bourse
agrégats comptables : l’actif immobi-
de Casablanca, 41 sociétés (54%) sont
lisée, les capitaux propres, l’endette-
des groupes avec plusieurs filiales et
ment net et le résultat net, à travers les
publient des états financiers conso-
données chiffrés des sociétés cotées
lidés. Seuls 19 groupes (46%) conso-
qui ont publié des comptes en IFRS.
lident leurs comptes en normes IFRS.

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DOSSIER

1. Cadre théorique transparence, ce qui permet d’instau-


rer une bonne gouvernance.
et méthodologie La communication financière suite
à la transition d’un référentiel local
1.1. Revue de littérature
à un autre référentiel (généralement
Plusieurs définitions ont été données
IFRS ou US GAAP) a aussi fait l’objet
à la communication financière dans
de plusieurs travaux de recherche.
la littérature spécialisée. Bompoint et
Auer (1996) a analysé l’impact du
Marios (2004) difinissent que la com-
passage du référentiel suisse au réfé-
munication financière est « un pro-
rentiel IFRS et a conclut que la tran-
gramme d’informations financières,
sition améliore le contenu informa-
de promotion de l’image financière et
tionnel des bénéfices annoncés par
de l’image de l’entreprise tout court ».
les entreprises. Bartov et al. (2005)
Teyssier (1998) stipule qu’il s’agit
d’un « exercice qui participe au dyna- démontrent, sur la base d’un échan-
misme de la relation entre l’entreprise tillon de sociétés allemandes, que les
et ses différents publics et donc, dans normes IFRS (et aussi les normes US
une certaine mesure, à sa propre pé- GAAP) sont plus pertinentes que les
rennité ». L’influence du marché finan- normes nationales. De même, Gaëlle
cier sur la communication financières Lenormand et Lionel Touchais (2009)
a été retenue par Schmutzr (2000) ont démontré que l’adoption du réfé-
qui pour lui, la communication finan- rentiel IFRS par les groupes cotés en
cières est « la mise en œuvre, dévelop- France « se traduit globalement par
pement, amélioration de techniques une augmentation du résultat et des
destinées à augmenter la marge de capitaux propres,…même si les deux
manœuvre d’une entreprises cotée référentiels sont pertinents, les IFRS
sur des marchées financiers soumis semblent apporter un complément
à une forte concurrence ». Stéphane d’information ».
O.&Rahma C. (2005) ont fait la syn- L’importance de ces définitions réside
thèse de ces définition en confirmant dans deux aspects:
que « la communication financière est • Faciliter la compréhension du phé-
un processus intégré dans la straté- nomène global étudié (la communi-
gie qui vise à mieux faire connaître cation financière) pour mieux cerner
l’entreprise et ses dirigeants, promou- une de ses composantes (impact de
voir son image et exprimer ses valeurs changement de référentiel comptable),
auprès des investisseurs et autres par- • Simplifier le cadre théorique adapté
ties prenantes, en développant des ou- pour ancrer ce travail.
tils de communication qui permettent
d’entretenir avec eux des relations à 1.2. Problèmatique
long terme ». Le rôle de la communi- Le Maroc a lancé en 2012 un grand
cation financière dans la gouvernance chantier de mise à niveau de son ré-
des entreprises n’est pas à démon- férentiel comptable par rapport aux
trer. Dans son article intitulé « Gou- normes comptables internationales
vernance d’entreprise : que cache le (IFRS). Ce projet devrait permettre
discours sur la transparence? », Bes- aux entreprises de disposer d’une in-
sire. D, (2003) a placé la communica- formation financière plus pertinente.
tion financière comme un facteur qui Les travaux de recherche qui ont été
permet de favoriser et d’accroître la publiés sur le sujet donnent des résul-

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DOSSIER

tats contradictoires. Si pour les uns la cières à travers le Web. La théorie


qualité des informations financières de l’agence a été aussi mobilisée par
dépend plus de l’environnement dans COMBES-THUELIN Elisabeth dans
lequel les entreprises évoluent que du sa recherche sur « La communication
référentiel utilisé (Ball et al. 2003), financière des établissements de cré-
d’autres chercheurs estiment que le dit au travers du prisme de la perfor-
référentiel comptable utilisé joue un manceet de la juste valeur ». Pour Sté-
rôle important dans la qualité de la phane O. & Rahma C (2005) dans leur
communication financière de l’entre- article intitulé « L’évolution de la com-
prise (Gaëlle L. &Lionel T., 2009). munication financière dans le proces-
L’étude de l’impact des normes IFRS sus de gouvernance : le cas Saint-Go-
sur la communication financières des bain », ils ont adopté les théories de
entreprises cotées marocaine trouve la gouvernance comme cadre concep-
son originalité dans le processus de tuel susceptible d’expliquer le proces-
convergence en cours qui nécessite sus de la communication financière.
un éclairage sur les éventuels im- Welker (1995) et Lang & Lundholm
pacts. Nous disposerons ainsi d’une (1993) se sont basé sur la théorie des
vision de ce qui serait l’impact lors coûts d’information pour démontrer
de la généralisation de ces normes au que la politique de communication de
Maroc. l’entreprise dépend de sa taille. Les
Notre travail s’inscrit dans la suite grands groupes ont tendance à com-
logique des recherches qui ont été muniquer plus que les entreprises de
effectuées sur l’impact des IFRS sur moindre importance. Ce choix pour
plusieurs aspects de la comptabilité, les grandes entreprises s’explique par
notamment sur la communication les économies de coût et l’augmenta-
financière. A travers cette recherche, tion de la valeur de l’entreprise auprès
nous voulons répondre à la question de ses partenaires.
suivante : Est-ce que l’adoption des IFRS A travers la revue de la littérature,
par les entreprises cotées à la bourse des nous avons essayé d’ancrer notre re-
valeurs de Casablanca a effectivement cherche dans un cadre théorique adé-
impacté l’information financière commu- quat. Nous estimons que la théorie
niquée ?. La réponse à cette question de de l’agence, la théorie du signal et la
recherche nécessite l’examen des rap- théorie des parties prenantes offrent
ports financiers publiés par les entre- un cadre conceptuel original pour ce
prises objet de l’étude, lors de la tran- travail.
sition vers le référentiel international. La théorie de l’agence (Jensen &Mec-
kling, 1976) offre un cadre théorique
1.3. Cadre théorique pour expliquer la décision de publica-
Plusieurs théories offrent un cadre tion de l’information financière par les
adapté pour les travaux de recherche entreprises. En effet, les informations
en matière decommunication finan- communiquées par l’entreprise per-
cière.  Robert PATUREL (2006) a mettent aux actionnaires (principal)
choisi de recourir à la théorie de d’exercer un contrôle et leurs offrent
l’agence, la théorie du signal et aussi une protection contre les « intérêts »
à la théorie des coûts d’information des dirigeants (agent). D’où la néces-
pour expliquer la diffusion volontaire sité d’avoir une information financière
d’informations comptables et finan- établit selon un référentiel « neutre »

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DOSSIER

et « fiable », qui réduit au maximum par conséquent, nous estimons que la


les choix comptables offerts aux diri- théorie des parties prenantes consti-
geants. Les IFRS ont été toujours pré- tue un cadre théorique complémen-
sentées comme le référentiel neutre taire à la théorie de l’agence et la théo-
par excellence. rie du signal pour notre travail.
D’après la théorie du signal(Stephen
Ross 1977), l’information financière 1.4. Méthodologie de recherche
est monopolisée par une élite de l’en- Selon HLADY RISPAL (2002), « la mé-
treprise. Cette information n’est pas thodologie est la démarche générale
partagée par tous au même moment et structurée qui permet d’étudier un
l’asymétrie d’information est la règle. phénomène de recherche ».
Le recours à une communication en La population retenue comprend
normes IFRS réduit en quelque sorte toutes les sociétés marocaines cotées
ce monopole dans la mesure où les qui consolident en IFRS, et dont l’an-
dirigeants sont obligés de respecter née d’adoptiondes IFRS ainsi que les
des règles d’établissement et de publi- rapports financiers publiés sont dis-
cation strictes. ponibles. Le nombre total de ces socié-
« Stakeholdertheory » ou la théorie des tés s’élève à 19. La société ENNAKL
parties prenantes prévoit l’obligation a été écartée car le référentiel local
pour l’entreprise de rendre compte (tunisien) est conforme aux IFRS et
(communiquer) à ses partenaires par conséquent, la comparaison n’est
contractuels et non contractuels. Ed- pas possible. Dans le souci d’éviter les
ward Freeman (1984), à l’origine de doubles emplois, les sociétés incluses
cette théorie, a donné la définition de dans le périmètre de consolidation
la notion « parties prenantes »: « Tout d’un autre groupe («sous-groupes») ont
groupe ou individu pouvant affecter été exclues (MAGHREB OXYGENE).
ou être affecté par l’atteinte des ob- Par ailleurs, à la date de réalisation
jectifs de l’organisation ». La qualité de l’étude, pour 2 autres groupes qui
et la fréquence de la communication consolident en normes IFRS, l’obten-
financière est un facteur qui influence tion de l’information était impossible.
significativement les «  parties pre- L’étude est ainsi faite sur 15 groupes
nantes » de l’entreprise. cotés, parmi lesquels 1 a adoptéles
Plusieurs auteurs estiment que la IFRS en 2004, 1 en 2005, 7 en 2006
théorie des parties prenantes ne et 7 en 2007. A noter que le nombre
se distingue pas de la théorie de de groupe soumis à la consolidation
l’agence. B. Colasse (2006) stipule que s’élève à 41, dont 19 consolident en
«si l’on s’en tient aux seules relations IFRS et les autres en normes locales de
contractuelles, la théorie des parties consolidation (Avis N°5 du CNC).
prenantes n’est qu’un élargissement Pour la réalisation de l’étude, nous
de la théorie de l’agence. Par contre, avons utilisé les états financiers de
si l’on prendégalement en considéra- l’exercice d’adoption des 15 socié-
tion les relations non contractuelles, tés. Conformément à la norme IFRS1
elle s’en écarte beaucoup et augmente « Première application des IFRS », ces
considérablement les responsabilités états financiers comprennent néces-
de l›entreprise à l›égard de son envi- sairement les données de l’exercice
ronnement». Notre recherche s’ins- précédent (exercice n-1). Nous avons
crit dans la deuxième catégorie et récupéré les états financiers de l’exer-

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DOSSIER

cice n-1 établis selon le référentiel maro- IFRS a eu réellement un impact sur
cain et nous avons établit une synthèse les données communiquées par les
des agrégats significatifs de l’actif et groupes sélectionnés.
du passif (y compris le résultat) pour
chaque société (voir Annexe 1).
Les données ainsi collectées ont été 2. Résultats
« consolidées  ». Nous avons obtenu
un tableau de synthèse qui totalise 2.1. Impacts financiers du passage
l’ensemble des données pour avoir le aux IFRS : statistiques
total des 15 sociétés (tableau 1). descriptives
Après la collecte des données, nous L’étude des impacts financiers induits
proposons deux types de résultats pas la transition aux normes IFRS a
pour cette étude : été faite sur la base de cinq agrégats
• Statistique descriptif : les données comptables  : le total des capitaux
collectées seront analysée par des propres hors résultats, le résultat
calculs statistiques basiques qui offre net part du groupe, les immobilisa-
une information riche tions corporelles, les actifs financiers
• Test statistique d’égalité de la (parce que 6 sur les 15 sociétés sont
moyenne pour savoir si le recours des des banques) et le goodwill.

Tableau 1 : comparaison des données IFRS & CGNC

Agrégats comptables IFRS CGNC Var Var en %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

Goodwill/Ecart d’acquisition 4 929 3 084 1 844 60%


Immobilisations corporelles 43 665 39 077 4 588 12%
Actifs financiers 102 589 87 295 15 294 18%
Capitaux propres
(hors résultats) 63 521 58 135 5 385 9%
Résultat 13 525 15 240 1 715 -11%

Tableau 2 : Synthèse des statistiques descriptifs de l’étude réalisée


(Détail en annexe 3)

Agrégats comptables Moyenne Médiane Ecart Minimum Maximum


type

Goodwill/Ecart d’acquisition 329 22 993 — 3 890


Immobilisations corporelles 2 911 1 950 3 229 189 11 922
Actifs financiers 17 098 6 947 20 340 579 46 108
Capitaux propres
(hors résultats) 4 045 2 936 4 138 76 13 666
Résultat 902 715 1 313 43 5 171

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 41


DOSSIER


Agrégats comptables Moyenne Médiane Ecart Minimum Maximum
type

Goodwill/Ecart d’acquisition 206 22 993 — 3 890


Immobilisations corporelles 2 605 1 524 3 148 169 12 339
Actifs financiers 14 549 9 061 15 493 695 39 230
Capitaux propres
(hors résultats) 3 712 2 268 3 735 716 12 920
Résultat 1 016 676 1 372 21 5 210

Agrégats comptables Moyenne Ecart type

Goodwill/Ecart d’acquisition 123 422


Immobilisations corporelles 306 646
Actifs financiers 2 549 3 981
Capitaux propres (hors résultats) 333 1 089
Résultat 114 459

L’impact le plus attendu est celui sur dans un seul groupe. Sur le reste des
le résultat net. Sur les 15 sociétés étu- groupes étudiés, 5 n’ont pas enregis-
diées, 6 ont enregistré un impact né- tré de création de GoodWill en IFRS,
gatif sur le résultat allant de -0.75% à 8 ont enregistré une amélioration de
-70%. 3 sur les 6 sociétés précités (50%) la valeur comptable du GoodWill et
sont des groupes bancaires. L’impact un seul groupe a vu la valeur de son
négatif total s’élève à 2.5 milliards GoodWill diminuer par rapport aux
de Dhs. 9 sociétés ont enregistré un comptes locaux.
impact positif sur le résultat allant L’impact sur les immobilisations cor-
de +3% à +710%. 5 sur les 9 sociétés porelles s’est traduit par une aug-
sont des groupes industriels. L’impact mentation de la valeur globale de 4.5
positif total s’élève à 0.8 milliards de milliards de Dhs (306 millions de Dhs
Dhs. L’impact net étant négatif de -1.6 en moyenne). 4 entreprises sur les 15
millards de Dhs (-11%). étudiés ont enregistré une baisse de
Paradoxalement, les capitaux propres la valeur allant de -2% à -36%, expliqué
enregistrent une amélioration principalement par la comptabilisa-
moyenne de 333 millions de Dhs sur tion d’amortissements complémen-
l’ensemble des entreprises choisies. taires et l’application des tests de dé-
L’impact de l’adoption des IFRS était préciations des actifs conformément à
positif sur les capitaux propres de 12 la norme IAS36 (source : rapport finan-
entreprises, allant de +1% à +56%, et ciers publiés). Les 11 groupes restants
négatif sur les 3 restantes, avec un ont enregistré une augmentation de
impact allant de -0.14% à -104%. la valeur allant de +2% à +48%, suite
Le passage aux normes IFRS s’est tra- principalement à l’utilisation de l’éva-
duit par « la création » du GoodWill luation en juste valeur conformément

42 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

surtout à la norme IAS16 (source : rap- Chi-deux lorsque les échantillons sont
port financiers publiés). petits ». Ce test permet de comparer
Les actifs financiers qui caractérisent la variance de deux échantillons pour
les bilans des groupes bancaires ont s’assurer qu’ils ne sont pas significa-
enregistré d’une valeur de 15.2 mil- tivement différents.
liards de Dhs. 2 sur les 6 groupes ban- Le test t ou le test de Students’ap-
caires (33%) ont vu la valeur de ces ac- plique lorsque l’objectif est soit de
tifs augmenter de 20 milliards de Dhs, comparer deux moyennes entre elles,
alors que les 4 autres groupes (66%) soit de comparer une moyenne contre
ont enregistré une baisse de la valeur une constante (Éric Raufaste – 2013).
d’environ 4.8 milliards de Dhs. Le test t est adapté pour les petits
échantillons.
2.2. Impacts financiers du passage
aux IFRS : Résultats statistiques Dans notre cas, il s’agit de comparer
Nous avons procédé à l’analyse des les 5 variables comptables retenues
données obtenues par l’utilisation de sous IFRS et sous le CGNC.
deux tests statistiques : le test t (test L’annexe 2 donne les résultats du test
de student) et le test F (test d’égalité F et du test t pour les 5 variables rete-
de la variance). nues. Ces résultats sont synthétisés
Le test F ou le test de Fisher-Snede- dans les tableaux ci-après :
cor est «une alternative au test de

Tableau 3 : Synthèse du test F (Fisher)

Analyses F F critique Résulat

Résultat 0,91616918 0,40262094 Variances inégales avec risque


d’erreur 5%
Capitaux propres 1,22730751 2,48372574 Variances inégales avec risque
(hors résultat) d’erreur 5%
Goowill/Ecart 2,99186439 2,48372574 Variances inégales avec risque
d’acquisition d’erreur 5%
Immobilisation 1,05183036 2,48372574 Variances inégales avec risque
corporelles d’erreur 5%
Actifs financiers 1,72352745 5,05032906 Variances inégales avec risque
d’erreur 5%

Tableau 4 : Synthèse du test t (Student)

Variable observée Test t

Résultat 0,18
Capitaux propres (hors résultat) 0,13
Goowill/Ecart d’acquisition 0,14
Immobilisation corporelles 0,04
Actifs financiers 0,18

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 43


DOSSIER

Les deux tests donnent le même résul- 8 disposent d’une cellule IFRS à part,
tat pour la variable « Résultat net », créée à l’occasion du passage aux
« Goodwill ». Pour les autres variables, normes IFRS.
à savoir « Capitaux propres », « Immo- L’ensemble des groupes disposent
bilisations corporelles  » et «  Actifs d’outils informatiques spécialisés
Financiers », les résultats ne sont pas dans la consolidation en normes IFRS.
les mêmes. De plus, et en examinant les listes
En effet, la comparaison de la moyenne des participants aux cycles de for-
des données comptables retenues mations en normes IFRS de l’ISCAE,
selon les IFRS et le CGNC (le test t) l’ensemble des groupes d’entreprises
confirme que les IFRS apportent une étudiés ont inscrit des participants
modification significative au contenu à ce cycle spécialisé de formation au
informationnel des états financiers. moins une fois depuis la création de
Ce résultat a été confirmé par les ce cycle.
études citées auparavant en France
et en Allemagne. Le Résultat et les
Actifs Financiers sont les variables Conclusion
les plus touchées par le passage aux
normes IFRS. La présente étude avait pour objectif
La comparaison des variances per- de comparer les données comptables
met de conclure que le Résultat et le selon le référentiel comptables maro-
Goodwill sous les normes IFRS sont cain et le référentiel IFRS, sur la base
différents de celui déterminé selon le de 5 variables significatives tirées des
CGNC. états financiers de 15 groupes maro-
cains cotés à la bourse des valeurs de
2.3. Impacts organisationnels du Casablanca. En se basant sur les sta-
passage aux IFRS  tistiques descriptifs et sur deux tests
L’examen de l’impact du passage statistiques adaptés à la taille de la po-
aux normes IFRS sur la gouvernance pulation et la nature des variables étu-
des entreprises étudiées a été appré- diées, il semble que les normes IFRS
hendé à travers l’examen des organi- impactent le contenu informationnel
grammes officiels de ces entreprises, des états financiers lors du passage
au cours de l’année suivant celle de du CGNC aux IFRS. Le résultat net,
l’adoption des normes IFRS, ainsi que qui constitue le critère d’évaluation
la revue des données publiées qui de choix des investisseurs et des ac-
font généralement référence aux per- tionnaires, a subi une baisse lors du
sonnes responsable de la communica- passage au référentiel international.
tion. L’effort de formation en matière Toutefois, malgré le recours à la juste
de normes IFRS a été évalué à travers valeur en ce qui concerne les immo-
l’examen des listes des participants bilisations corporelles (IAS16) et les
au cycle spécialisé de formation en actifs financiers (IAS39), l’impact du
normes IFRS de l’ISACE (Maroc). passage n’a pas été significatif, ce qui
Sur les 15 sociétés étudiées, 13 contredit la majorité des études faites
groupes sur les 15 disposent d’un ser- en Europe, principalement en France.
vice de consolidation à part. Ce ser- L’impact organisationnel du passage
vice est généralement rattaché à la di- aux normes IFRS a été ressenti à tra-
rection financière. Sur les 13 groupes, vers la création de services spéciali-

44 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

sés dans les entreprises qui ont choisi Comme perspective de recherche,
ce référentiel, ainsi que l’acquisition nous envisageons de continuer la
d’outils informatiques pour réussir la même étude en élargissant la po-
transition. L’effort déployé en matière pulation étudiée aux sociétés non
de formation des cadres et des colla- cotées qui ont adopté le référentiel
borateurs montre le sérieux de ces IFRS (principalement des filiales de
groupes pour une bonne implémenta- groupes internationaux) n
tion de ces normes.

Annexes

Annexe 1

2004 IFRS 2004 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

IAM
Goodwill/Ecart d’acquisition 137 136 1 0,7%
Immobilisations corporelles 11 922 12 339 - 417 - 3,38%
Autres actifs 15 625 15 101 524 3,47%
Capitaux propres (hors résultat) - 13 030 - 12 920 - 110 0,85%
Résultat - 5 171 - 5 210 39 - 0,75%
Autres passifs - 9 483 - 9 446 - 37 0,39%

Vérification — — —

2006 IFRS 2006 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

ATTIJARI WAFABANK
Goodwill/Ecart d’acquisition 3 890 2 244 1 646 73,33%
Immobilisations corporelles 2 972 3 035 - 63 - 2,07%
Actifs financiers 39 574 26 379 13 195 50,02%
Créances clients 119 047 92 498 26 549 28,70%
Autres actifs 17 067 42 210 - 25 143 - 59,57%
Capitaux propres (hors résultat) - 13 666 - 11 052 - 2 614 23,65%
Résultat - 2 267 - 2 022 - 246 12,16%
Dettes - 164 158 - 145 261 - 18897 13,01%
Autres passifs - 2 459 - 8 022 5 573 - 69,38%

Vérification - 0,00 0,00 - 0,00

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 45


DOSSIER

2007 IFRS 2007 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

BMCE
Goodwill/Ecart d’acquisition 26 20 6 33,04%
Immobilisations corporelles 2 646 1 972 674 34,16%
Actifs financiers 10 678 14 652 - 3 974 - 27,12%
Créances clients 58 985 58 963 23 0,04%
Autres actifs 33 780 31 543 2 237 7,09%
Capitaux propres (hors résultat) - 6 307 - 7 213 907 - 12,57%
Résultat - 853 - 1 274 421 - 33,04%
Dettes - 78 705 - 91 113 12 407 - 13,62%
Autres passifs - 20 251 - 7 550 - 12 701 168,23%

Vérification — — —

2007 IFRS 2007 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

CDM
Goodwill/Ecart d’acquisition — — — —
Immobilisations corporelles 681 504 177 35,11%
Actifs financiers 2 435 2 868 - 433 - 15,11%
Créances clients 21 365 20 553 - 812 3,95%
Autres actifs 8 267 8 654 - 387 - 4,4%
Capitaux propres (hors résultat) - 1 973 - 1 952 - 21 1,08%
Résultat - 424 - 363 - 61 16,68%
Dettes - 28 391 - 28 391 — 0,00%
Autres passifs - 1 959 - 1 873 - 87 4,63%

Vérification — — 0

2006 IFRS 2006 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

COSUMAR
Goodwill/Ecart d’acquisition 402 337 65 19,12%
Immobilisations corporelles 2 564 1 807 757 41,91%
Autres actifs 2 905 2 936 - 31 - 1,05%
Capitaux propres (hors résultat) - 1 954 - 1 311 - 643 9,05%
Résultat - 165 - 116 - 49 42,06%
Autres passifs - 3 752 - 3 653 - 99 2,72%

Vérification — — -0

46 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

2006 IFRS 2006 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

LESIEUR
Goodwill/Ecart d’acquisition 22 33 - 11 - 32,01%
Immobilisations corporelles 760 545 215 39,40%
Autres actifs 1 803 1 779 24 1,38%
Capitaux propres (hors résultat) - 1 331 - 1 217 - 114 9,38%
Résultat - 64 - 53 - 11 20,68%
Autres passifs - 1 190 - 1 087 - 104 9,54%

Vérification — — —

2006 IFRS 2006 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

RISMA
Goodwill/Ecart d’acquisition 36 35 1 3,22%
Immobilisations corporelles 1 310 1 342 - 32 - 2,35%
Autres actifs 462 476 - 14 - 2,86%
Capitaux propres (hors résultat) - 923 - 853 - 70 8,23%
Résultat - 43 - 57 14 - 25,26%
Autres passifs - 843 - 943 100 - 10,58%

Vérification — — 0

2006 IFRS 2006 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

SONASID
Goodwill/Ecart d’acquisition — — — —
Immobilisations corporelles 2 002 1 524 478 31,37%
Autres actifs 3 442 3 463 - 21 - 0,60%
Capitaux propres (hors résultat) - 2 936 - 2 268 - 668 29,45%
Résultat - 794 - 676 - 118 17,39%
Autres passifs - 1 714 - 2 042 328 - 16,08%

Vérification — — —

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 47


DOSSIER

2005 IFRS 2005 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

AUTOHALL
Goodwill/Ecart d’acquisition 0 0 — 0,00%
Immobilisations corporelles 189 169 21 12,15%
Autres actifs 894 888 6 0,71%
Capitaux propres (hors résultat) - 723 - 716 - 7 1,01%
Résultat - 124 - 120 - 4 2,99%
Autres passifs - 237 - 221 - 16 7,24%

Vérification 0 — 0

2007 IFRS 2007 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

BCP
Goodwill/Ecart d’acquisition — — — —
Immobilisations corporelles 1 546 2 397 - 851 - 35,50%
Actifs financiers 46 108 39 230 6 879 17,53%
Créances clients 13 001 76 664 - 63 663 - 83,04%
Autres actifs 25 464 41 123 - 15 659 - 38,08%
Capitaux propres (hors résultat) - 4 956 - 3 169 - 1 787 56,40%
Résultat - 715 - 2 372 1 658 - 69,87%
Dettes - 77 396 - 139 270 61 873 - 44,43%
Autres passifs - 3 052 - 14 602 11 551 - 79,10%

Vérification — — -0

2007 IFRS 2007 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

BMCI
Goodwill/Ecart d’acquisition — — — —
Immobilisations corporelles 1 144 1 092 53 4,82%
Actifs financiers 3 215 3 471 - 256 - 7,37%
Créances clients 43 882 43 815 66 0,15%
Autres actifs 10 737 11 482 - 746 - 6,49%
Capitaux propres (hors résultat) - 3 641 - 3 646 5 - 0,14%
Résultat - 763 - 708 - 55 7,82%
Dettes - 47 929 - 47 949 21 - 0,04%
Autres passifs - 6 644 - 7 556 912 - 12,07%

Vérification — — -0

48 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

2007 IFRS 2007 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

CIH
Goodwill/Ecart d’acquisition 104 — 104 —
Immobilisations corporelles 806 791 14 1,82%
Actifs financiers 579 695 - 116 - 16,66%
Créances clients 19 173 18 356 818 4,46%
Autres actifs 3 414 3 169 245 7,73%
Capitaux propres (hors résultat) - 2 059 - 1 429 - 629 44,02%
Résultat - 823 - 1 142 319 - 27,93%
Dettes - 14 935 - 14 399 - 536 3,72%
Autres passifs - 6 259 - 6 040 - 219 3,63%

Vérification — — 0

2006 IFRS 2006 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

LAFARGE
Goodwill/Ecart d’acquisition 6 5 1 27,33%
Immobilisations corporelles 4 740 3 209 1 532 47,7%
Autres actifs 2 386 2 593 - 207 - 7,97%
Capitaux propres (hors résultat) - 4 321 - 3 500 - 821 23,45%
Résultat - 1 032 - 954 - 78 8,17%
Autres passifs - 1 779 - 1 351 - 428 31,65%

Vérification 0 — 0

2006 IFRS 2006 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

MANAGEM
Goodwill/Ecart d’acquisition 305 275 31 11,26%
Immobilisations corporelles 1 950 1 482 468 31,57%
Autres actifs 1 512 2 106 406 19,26%
Capitaux propres (hors résultat) 76 - 2 163 2 239 - 103,50%
Résultat - 173 - 21 - 152 709,81%
Autres passifs - 4 670 - 1 678 - 2 991 178,23%

Vérification — — —

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 49


DOSSIER

2007 IFRS 2007 Local Var %


(en MDH) (en MDH) (en MDH)

SAMIR
Goodwill/Ecart d’acquisition — — — —
Immobilisations corporelles 8 432 6 869 1 563 22,75%
Autres actifs 11 728 11 764 - 36 - 0,31%
Capitaux propres (hors résultat) - 5 776 - 4 725 - 1 051 22,25%
Résultat - 113 - 150 37 - 24,44%
Autres passifs - 14 270 - 13 758 - 512 3,72%

Vérification — — 0

Annexe 2 : Résultats de l’analyse de la variance

Immobilisations corporelles Variable 1 Variable 2

Moyenne 2911,00223 2605,13676


Variance 10425138,2 9911425,4
Observations 15 15
Degré de liberté 14 14
F 1,05183036
P(F<=f) unilatéral 0,46300746
Valeur critique pour F (unilatéral) 2,48372574

Capitaux propres (hors résultat) Variable 1 Variable 2

Moyenne 4045,33321 3711,87615


Variance 17119253,3 13948625,9
Observations 15 15
Degré de liberté 14 14
F 1,22730751
P(F<=f) unilatéral 0.35342503
Valeur critique pour F (unilatéral) 2,48372574

Actifs financiers Variable 1 Variable 2

Moyenne 17098,1637 14549,1182


Variance 413719773 240042462
Observations 6 6
Degré de liberté 5 5
F 1,72352745
P(F<=f) unilatéral 0.28237451
Valeur critique pour F (unilatéral) 5,05032906

50 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Résultat Variable 1 Variable 2

Moyenne 901,645947 1015,96871


Variance 1725158,16 1883012,65
Observations 15 15
Degré de liberté 14 14
F 0,91616918
P(F<=f) unilatéral 0,43609507
Valeur critique pour F (unilatéral) 0,40262094

Goodwill/Ecart d’acquisition Variable 1 Variable 2

Moyenne 328,574067 205,684333


Variance 985655,423 329445,22
Observations 15 15
Degré de liberté 14 14
F 2,99186439
P(F<=f) unilatéral 0,02455717
Valeur critique pour F (unilatéral) 2,48372574

Annexe 3 : Résultat des statistiques descriptifs

Immobilisations corporelles IFRS CGNC

Moyenne 2 911,00 2 605,14


Erreur-type 833,67 817,87
Médiane 1 950,20 1 523,60
Mode #N/A #N/A
Ecart-type 3 228,80 3 148,74
Variance de l’échantillon 10 425 138,17 9 911 425,40
Kurstosis (cœfficient d’aplatissement) 3,99 6,75
Cœfficient d’asymétrie 2,06 2,52
Piage 11 732,80 12 170,30
Minimum 189,20 168,70
Maximum 11 922,00 12 339,00
Somme 43 665,03 39 077,05
Nombre d’échantillon 15,00 15,00

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 51


DOSSIER

Capitaux propres (hors résultat) IFRS CGNC

Moyenne 4 045,33 3 711,88


Erreur-type 1 068,31 964,32
Médiane 2 935,70 2 267,90
Mode 2 935,70 2 267,90
Ecart-type 4 137,54 3 734,79
Variance de l’échantillon 17 119 253,33 13 948 625,00
Kurstosis (cœfficient d’aplatissement) 2,13 2,17
Cœfficient d’asymétrie 1,68 1,76
Piage 13 741,52 12 204,10
Minimum 75,80 715,90
Maximum 13 665,72 12 920,00
Somme 60 680,00 55 678,14
Nombre d’échantillon 15,00 15,00

Actifs financiers IFRS CGNC

Moyenne 17 098,16 14 549,11


Erreur-type 8 303,81 6 325,11
Médiane 6 946,56 9 061,48
Mode #N/A #N/A
Ecart-type 20 340,10 15 493,30
Variance de l’échantillon 413 719 773,29 240 042 461,92
Kurstosis (cœfficient d’aplatissement) 1,66 0,65
Cœfficient d’asymétrie 0,90 0,89
Piage 45 529,11 38 534,82
Minimum 579,11 694,86
Maximum 46 108,22 39 229,68
Somme 107 588,98 87 294,68
Nombre d’échantillon 6,00 6,00

Résultat IFRS CGNC

Moyenne 901,65 1 015,97


Erreur-type 339,13 354,31
Médiane 714,85 676,40
Mode #N/A #N/A
Ecart-type 1 313,45 1 372,23
Variance de l’échantillon 1 725 158,16 1 868 012,65
Kurstosis (cœfficient d’aplatissement) 8,72 6,10
Cœfficient d’asymétrie 2,81 2,30
Piage 5 128,40 5 188,60
Minimum 42,60 21,40
Maximum 5 171,00 5 210,00
Somme 13 524,69 15 239,53
Nombre d’échantillon 15,00 15,00

52 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Goodwill/Ecart d’acquisition IFRS CGNC

Moyenne 328,57 205,68


Erreur-type 256,34 148,20
Médiane 22,30 4,84
Mode — —
Ecart-type 99,80 573,97
Variance de l’échantillon 985 655,42 329 445,22
Kurstosis (cœfficient d’aplatissement) 14,44 13,73
Cœfficient d’asymétrie 3,78 3,66
Piage 3 889,98 2 244,21
Minimum — —
Maximum 3 889,96 2 244,21
Somme 4 928,61 8 085,27
Nombre d’échantillon 15,00 15,00

Bibliographie • Charlotte Disle et Christine Noël « La ré-


volution des normes IFRS », La Revue des
• Amadieu, P., Dumontier P. (2001). Les Sciences de Gestion 2/2007 (n°224-225),
chiffres comptables et la valeur de l’entre- p. 17-27.
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lité financière, Paris. Vuibert : 211-224. «Les normes IFRS ont-elles amélioré le
• Elena Barbu (2006), « Les entreprises contenu informationnel des immatériels ?
françaisescotées face a l’harmonisa- Le cas des entreprises françaises cotées»,
tioncomptable internationale : une analyse Comptabilité - Contrôle - Audit 1/2010
néo-institutionnelle d’un long processus (Tome 16), p. 7-32.
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• Bessire D., 2003, « Gouvernance d’entre- 2008. International Accounting Standards
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L.O.G, n°2003-03. • Comprendre, construire et interpréter
• Stéphane Onnee&Rahma Chekkar, 2005 les statistiques - Note méthodologique
« L’évolution de la communication finan- réalisée par Léo Mignot, sociologue, Uni-
cière dans le processus de gouvernance : versité Bordeaux 2 et Alexandre Bertin,
le cas Saint-Gobain », Documents de re- Responsable Etudes & Diagnostic, AEC.
cherche du L.O.G, n°2005-05. • Barth M. E., Landsman W. R. et Lang M.
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value relevance », Comptabilité - Contrôle - ting Research. 46 (3) : 467-498.
Audit 2/2009 (Tome 15), p. 145-163. • Armstrong, C., M. Barth, A. Jagolinzer,
• Ball, R., Robin, A., Wu, J.S. (2003). & E. Riedl. (2007). Market reaction to the
Incentives versus standards properties adoption of IFRS in Europe. Workingpa-
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REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 53


DOSSIER

Accounting Standards, and the Predictabi- • Guimard A. (1998), la communication


lity of Earnings. Journal of AccountingRe- financière, 2ième édition, Economica, Ges-
search, 39 (3). tion Poche.
• Colasse B. (2000). Cadres comptables • Schmutze M. (2000), « Communication
conceptuels. (coord.), par Colasse B., En- financière et efficience des marchés »
cyclopédie de comptabilité, Contrôle de • Sylvie Marchal, Mariam Boukari et Jean-
gestion et Audit, Economica. Luc Cayssials, « L’impact des normes IFRS
• Dumontier P. et Maghraoui R. (2006). Ad- sur les données comptablesdes groupes
potion volontaire des IFRS, asymétrie d’in- français cotés ». Bulletin de la Banque de
formation et fourchettes de prix : L’impact France • N° 163 • Juillet 2007
du contexte informationnel. Comptabilité, • Finharmony (2005) « IAS/IFRS : l’impact
Contrôle, Audit. 12 (2) : 27-48. du passage sur les sociétés du CAC 40 »,
• Martinez I. (2004). Le contenu informatif Rapport d’étape disponible sur www.fin-
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améliorations méthodologiques. Compta- • Ernst et Young (2005) «Passage aux
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• Bessire D. (2003), « Gouvernance d’en- ropéens», éditions CPC
trepirse : que cache le discours sur la • Tort (E.) (2005) « Étude d’impact de
transaparence ? » Document de recherche la conversion des foncières cotées aux
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vernement d’entreprise et communication • KPMG (2006) «Les premiers états finan-
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nationaux », Cahier de Recherche du FAR-
GO, 1040101, janvier.

54 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

La culture d’entreprise ou l’effet «revers»

Résumé. La culture est un concept difficile à manier de part sa polysémie d’abord


mais aussi en raison de ses ambiguïtés qui suscitent scepticisme et défiance de
la part des acteurs et collaborateurs qui y voient une variable de manipula-
tion plutôt qu’un axe de stabilité, d’intégration, et d’adaptation œuvrant pour la
pérennité de l’entreprise.
Mais pour que le concept de culture puisse être opératoire il faut aller au cœur
de l’ambigüité qui le caractérise pour en dégager les lignes de forces et les li-
mites voire les achoppements fatidiques qui peuvent ruiner sa légitimité et sa
crédibilité.
Et c’est en reconnaissant sa tendance à la limitation de la rationalité, des ac-
teurs et en particulier les managers, en tant qu’obstacle, revers de la médaille
ou point aveugle que la culture en tant que sous-système peut aider à prévenir le
risque de sclérose et de stagnation contrecoup de l’homéostasie de l’entreprise.
Car plus une culture gagne en force dans le temps de son édification et de sa
consolidation via l’histoire et les succès de l’entreprise plus elle risque de figer
son systèmes de représentations et de valeurs en des « évidences » qui réduisent
par la même son adaptation et sa pérennité.
Dit autrement, si le principe de « fit » est respecté c’est au détriment du principe
de « contingence » à moins que la culture intègre les valeurs d’apprentissage et
d’ouverture comme prioritaires par rapport à l’adhésion, l’intégration et la cohé-
sion, selon la rationalité en valeur au service de la rationalité en finalité qu’est sa
pérennité, son adaptation et sa performance.
Brahim
KERZAZI Mots-clés. Culture, Adaptation, Valeurs, Rationalité limitée, Rationalité en va-
Enseignant- leur, Rationalité en finalité, Fit, Contingence, Homéostasie.
Chercheur
Groupe ISCAE
bkerzazi@groupeiscae.ma

Abstract. Culture is a difficult concept to manipulate, first because of its


polysemy, but also because of its
ambiguities. These generate the skepticism and defiance of actors and collabora-
tors who see in them a means of manipulation, rather than a means of stability,
integration and adaptation, working towards achieving the sustainability of the
enterprise.
But for the culture concept to be part of the procedure, one has to go deep in the
ambiguity that characterizes it, in order to find its strengths and its limits or
even the fateful failures which may ruin its legitimacy and its credibility.
And it is by recognizing its tendency to limit rationality, actors and managers
in particular, as an obstacle, the other side of the medal or the blind point that
Culture, as a side system, can help to prevent the risk of sclerosis and stagnation,
backlash of the enterprise homeostasis.
Because the more a culture gains in strength while being built, and while being
consolidated via history and via the company’s successes, the more there is a
risk to freeze its system of representations and values into evidence that, at the
same time, reduces its adaptation and its sustainability.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 55


DOSSIER

In other words, if the “fit” principle is respected, it is to the disadvantage of the


“contingency” one. Unless Culture integrates openness and learning values as
priorities regarding the feeling of belonging, the durability, and cohesion, accor-
ding to the rationality of values, at the service of the rationality of purpose which
means its sustainability, its adaptation and its performance.

Key words. Culture, Adaptation, Values, Limited Rationality, Rationality for Va-
lue, Rationality for Purpose, Fit, Contingency, Homeostasis.

Introduction du concept de « culture d’entreprise »


pour optimiser l’appréhension du fonc-
Le recours à la notion ou concept de tionnement de l’entreprise et outiller
culture est–il toujours pertinent et le management d’une grille d’analyse
utile pour les sciences de l’organisa- objective à défaut d’outils pertinents
tion et du management ? pour améliorer et performer.
En quoi le concept de culture peut-il Ce que nous allons chercher c’est de sa-
être un analyseur de l’organisation ou voir comment manier ce concept pour
un axe d’intelligibilité du fonctionne- en faire un analyseur d’appréhension
ment de l’organisation à part entière ? et de régulation pour l’intérêt de l’en-
Comment le management et les mana- treprise et de ses acteurs au-delà de sa
gers peuvent intégrer ce concept dans polysémie, de ses ambiguïtés de diffé-
leur arsenal théorique ou boite à ou- rentes natures qui sont associées à la
tils pour plus d’efficacité et de perfor- notion de culture et donc de la défiance
mance de l’organisation ? ou suspicion qu’il peut susciter.
Nous n’allons reprendre ici ni le débat Et si le recours à la notion de culture
s’il y a culture d’entreprise (Corporate est de nature ambiguë et paradoxale,
culture) propre et spécifique à chaque sa déclinaison mérite une sorte de
entreprise ni le rapport nécessaire et déconstruction conceptuelle et his-
dynamique entre culture nationale et torique via courants et auteurs pour
culture d’entreprise mais nous esti- le cerner dans sa portée conceptuelle
mons qu’aucune organisation n’est avec pertinence et objectivité sans
dépourvue de culture, même à mini- parti pris aucun.
ma, et encore moins imperméable à C’est ce que nous allons faire en com-
la culture nationale. mençant par quelques définitions d’au-
Le concept culture n’est –il pas un teurs les plus cités comme SCHEIN
four tout et donc sans pertinence suf- en particulier avant d’évoquer l’effet
fisante pour lui procurer légitimité et limitatif de la culture d’entreprise
crédibilité dans l’analyse de l’organi- qu’est son « revers de la médaille ».
sation, le jeu de ses acteurs et l’adap- Enfin nous allons montrer comment
tation à l’environnement. on peut prévenir le piège du point
Voici quelques définitions qui peuvent aveugle qui peut couter sa pérennité
nous montrer à la fois la polysémie, à l’entreprise, finalité primordiale et
la complexité mais aussi la richesse prioritaire de la culture d’entreprise.

56 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

En somme, ce n’est qu’en montant les Mais nous allons ici nous appuyer
limites opératoires d’un concept, ici la sur l’une des définitions les plus com-
culture, qu’on peut lui rendre toute sa plètes proposée par d’Edgar Schein
crédibilité et légitimité. dans son ouvrage Organizational
Pour ce, nous nous sommes appuyés Culture and Leadership. La culture
ici sur plusieurs références et plus organisationnelle y est définie comme:
particulièrement celles de E. Delaval- « la structure (pattern) des valeurs de
lée(5)  et de O.Devillard et D. Rey(6).  base partagées par un groupe, qui les
a inventées, découvertes ou dévelop-
pées, en apprenant à surmonter ses
Définitions problèmes d’adaptation externe ou
d’intégration interne, valeurs qui ont
Les définitions sont en général impor- suffisamment bien fonctionné pour
tées de l’anthropologie avant que des être considérées comme opération-
auteurs comme SCHEIN proposent nelles et, à ce titre, être enseignées
des définitions propres au champ des aux nouveaux membres du groupe
sciences de gestion et du management comme étant la bonne façon de per-
des entreprises. cevoir, réfléchir et ressentir les pro-
Pour GEERTZ par exemple, la culture blèmes similaires à résoudre ».(12)
est «Un modèle transmis historique- En plus des fonctions d’adaptation et
ment, de significations personni- d’intégration, il y a la dimension struc-
fiées par les symboles, un système turante que sont les valeurs qui dicte-
de conceptions héritées s’exprimant ront les « bonnes manières » de « per-
dans des formes symboliques au cevoir et de réfléchir ». Les valeurs
moyen duquel les hommes commu- sont plus que normatives et peuvent
niquent et développent leurs connais- à ce titre être appropriées par les ac-
sances à propos des attitudes face à la teurs et se transformer en évidences.
vie» [GEERTZ 1973] Ici la culture s’avère être l’ensemble des
Dans une de ses définitions, SCHEIN valeurs communes ou partagées d’une
dégage la question de l’adaptation et communauté comme premier niveau
de l’intégration comme fonctions ou en devenant dans un second temps des
finalités. La culture serait selon lui valeurs opérantes, l’équivalent d’évi-
« Un modèle de présupposés que le dences au sens de perceptions et de
groupe a inventé, découvert ou déve- modes de pensées éprouvés et validés.
loppé en apprenant à faire face à ses Car la culture d’entreprise se décline
problèmes d’adaptation externe ou de manière non consciente en évi-
d’intégration interne» [SCHEIN 1981]. dences (Schein, 12) donnant lieu à des
Pour E. Jaques (1972), «la culture de perceptions préstructurées et à des
l’entreprise, c’est son mode de pen- conduites prédisposées sorte d’habi-
sée et d’action habituel et tradition- tus selon Bourdieu(1) qui finissent par
nel, plus ou moins partagé par tous des manières d’agir et de réagir récur-
ses membres, qui doit être appris et rentes collectives, conformes avec tou-
accepté, au moins en partie, par les tefois un risque de rigidité.
nouveaux membres».

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 57


DOSSIER

La culture d’entreprise être « ramenée à un simple attribut


technique d’un groupe permettant à
quelles fonctions aux ce dernier de s’organiser en interne
mains du management ? et dans ses relations avec d’autres
groupes ou communautés » (7). Elle
Mais comment la culture est devenue va ainsi de facto camoufler les aspects
soit un sous-système de l’organisa- de la conflictualité et des rapports de
tion, soit une variable d’analyse du force qui ne peuvent manquer dans
fonctionnement de l’organisation. Pour une organisation.
E. Godelier la culture a commencé à Il y a comme une volonté d’harmoniser
s’imposer à un moment où il fallait et de gagner en cohérences à travers
chercher pour l’occident « des pistes cette notion de communauté pour que la
pour sortir de la crise qu’il affronte culture d’entreprise soit portée et trans-
depuis les années 1970 ». (7) férée permettant d’assurer à l’entre-
La notion de culture va ainsi devenir prise sa stabilité et sa pérennité. Mais
un thème ou concept incontournable surtout appropriée via des valeurs et
dans le débat qui a suivi la remise des conduites pour atteindre les objec-
en cause du taylorisme et son modèle tifs et performer de manière évidente,
scientifique et rationnel : « Au cours automatique et donc économique.
des années 1980, un vaste mouvement Si la nature des valeurs n’est pas pré-
de remise en cause de certains élé- cisée par SCHEIN selon E. GODE-
ments du modèle scientifique du mana- LIER, il va nous proposer celle de M.
gement se met en œuvre. Taylorisme et GODELIER qui désigne par valeurs
rationalité sont mis en débat sur leurs « les normes positives ou négatives,
capacités à répondre aux nouveaux qui s’attachent dans une société à
impératifs imposés par les clients et des manières d’agir, de vivre, ou de
l’accélération de l’innovation technolo- penser; les unes étant proscrites,
gique. D’autant plus qu’au même mo- les autres prescrites. On voit qu’une
ment, le Japon et ses grands groupes telle définition forte de la culture met
industriels semblent mieux résister au premier plan la part idéelle de la
aux chocs économiques et sociaux. vie sociale, puisque les principes, les
Rapidement, de nombreux praticiens représentations, les valeurs, parta-
ou chercheurs en attribuent l’origine gées ou contestées, […] servent de ré-
aux spécificités culturelles du pays férent pour les actions des individus
et à la cohésion de la culture de ses et des groupes qui constituent une
entreprises : consensus, mélange de société ». (8)
modernité et de traditions respect de Par ces valeurs, le management se
la hiérarchie, capacités d’innovation. donne un levier de mobilisation des
Rapidement ces réflexions inscrivent acteurs et de régulation de leurs com-
l’approche de la culture dans une di- portements et choix des plus efficaces.
mension essentialiste ». (7) En s’appuyant sur l’effet normatif des
Plus loin, E. Godelier soulève la no- valeurs, le management va entretenir
tion de communauté, en rappelant son les valeurs communes pour bénéficier
origine précapitaliste et montre com- de leur opérationnalité effective.
ment elle est devenue une thématique En effet, les conduites et les comporte-
de choix dans le débat autour de la ments des acteurs sont d’une manière
question de culture d’entreprise pour ou d’une autre orientées par des va-

58 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

leurs, mais aussi par des normes, qui culture d’entreprise au sein de l’orga-
régulent l’engagement, l’implication, nisation et de manière générale par
et les rapports entre acteurs. rapport à la culture sociétale.
Certes les représentations ou sys- Qu’on la repère dans la conduite et
tème de représentation et mode de l’action, ou dans les représentations
pensée participent, à priori et/ou à des acteurs ou membres de l’organi-
postériori à l’élaboration de la culture sation, la culture s’actualise via des
mais ce sont les comportements et les rites, des mythes en tant que « partie
conduites qui déterminent réellement émergée de l’iceberg» qu’est l’identité
la culture du moins la partie visible de l’entreprise.(5)
de l’iceberg. La culture est pour certains un sous-
Sauf que les valeurs plus que les système à part entière à l’image des
normes sont bon gré malgré hiérar- autres systèmes que sont la structure
chisées et c’est dans cette échelle des formelle et informelle, les objectifs or-
valeurs telle qu’elle est déclinée de ganisationnels et enfin les techniques
manière récurrente et collective que de production et de gestion
la culture s’instaure à un moment Facteur d’adaptation, facteur de stabi-
donné comme spécifique à telle ou lité (5), filtre et référentiel d’évidences
telle organisation. et de solutions éprouvées voici en bref
L’organisation comme un champ ce que constitue la culture et en quoi
d’action et de rapports sécrète et dif- elle peut être utile comme sous-sys-
fuse par les processus, l’action et tème de l’organisation.
le jeu de pouvoir et d’alliances, une La culture en tant que sous système
certaine culture aux valeurs impli- sert aussi comme grille d’appréhen-
cites pour l’essentiel véhiculées par sion de l’environnement incertain, ins-
les conduites et les comportements et table et imprévisible. Elle joue ainsi
signifiées in fine par les choix et les un rôle de sous-système stabilisateur
décisions. qui renforce la tolérance devant l’in-
Selon, sa profondeur historique, sa certitude (Hofstede) de l’entreprise
taille et la masse de la communauté face à un environnement complexe (5),
qui la compose ainsi que les enjeux et changeant.
qui la traversent, l’organisation peut La culture en veillant à la cohérence
même connaître des sous cultures par le partage et l’entretien des va-
pour ajouter à la complexité de la no- leurs communes notamment, répond
tion et de son appréhension et intelli- au principe du « fit » et participe de ce
gibilité. fait à l’efficacité du système en favori-
Autonome, partie intégrante ou su- sant son adaptation conformément au
bordonnée au système socio-orga- principe de « contingence ».
nisationnel, la culture s’avère au- Mais la culture exige un long proces-
delà des écoles et courants, un axe sus d’apprentissage ( Schein 12) d’in-
incontournable pour analyser l’orga- tégration des solutions et manières
nisation, son fonctionnement, son dé- d’agir validées et confirmées durant
veloppement, ses défaillances, sa per- l’adaptation de l’entreprise à son en-
formance, etc. vironnement. Solutions et manières
Structure sociétale, division du tra- d’agir face aux défis, exigences et pro-
vail et niveau de développement dé- blèmes, seront valorisées en tant que
terminent le degré d’autonomie de la telles et prescrites plus ou moins dans

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 59


DOSSIER

les processus et les discours jusqu’à L’effet limitatif


ce qu’elles s’imposent comme des évi-
dences indiscutables.
de la culture d’entreprise
La culture qui se constitue avec le
Cette tendance de la culture atteint
temps comme système de représenta-
une sorte de « limite » désignée chez
tions spécifique à l’organisation limi-
H.A SIMON   par la notion de « fron-
tera nécessairement l’appréhension
tière à la rationalité ». En effet, pour
des acteurs et membres de l’organi-
illustrer son concept de « rationalité
sation en faisant valoir son cadre de
limitée » d’un point de vue situation-
référence ou référentiel spécifique tel
nel et culturel, H.A. SIMON propose
qu’il a été façonné tout au long de son
la notion de « frontières à la rationa-
histoire.
lité », auquel on préfère quant à nous
Voilà comment de facteur de stabilité,
l’expression d’ « obstacles à la rationa-
la culture se mue en frein voire en fac- lité » pour signifier l’effet revers de la
teur de résistance face à la nouveauté médaille ou le « point aveugle » de la
et au changement. culture.
A l’appui de cette revue succincte et En effet, dans le sillage de la « ratio-
des éléments dégagés on peut d’après nalité limitée » H.A .SIMON identifie
E. Delavallée (5)  réitérer les trois des limitations de différentes natures
principales fonctions de la culture et origines qui réduisent les possibi-
d’entreprise : lités et choix de l’acteur. En plus des
• Favoriser l’adaptation de l’entre- contraintes : temps, capacités cogni-
prise par des solutions efficaces par- tives de l‘acteur, il y a la « limite cultu-
tagées et portées par des valeurs com- relle » qui vient restreindre l’horizon
munes (adapter) de l’appréhension de la situation en
• Transformer les solutions en évi- vue du choix optimal.
dences (adopter) En résonnance avec l’effet limitatif de
• Orienter les conduites et les compor- la rationalité de l’acteur, P. Bourdieu
tements de manière systématique et va à sa manière proposer le fameux
économique (adouber) concept d’habitus pour montrer le
Voilà un ensemble de modes de pensées, poids du conditionnement social sur
de valeurs, de rites qui se transforment les représentations et pratiques des
en évidences avec le temps, faisant le lit «acteurs»  ou plutôt agents en l’oc-
dans une première phase de l’ « unité » currence ici : «les conditionnements
et de l’identité de l’entreprise assurant associés à une classe particulière de
par là sa stabilité et sa solidité voire sa conditions d’existence produisent des
fierté, vont, revers de la médaille, don- habitus, systèmes de dispositions
ner lieu à un système figé et sclérosé durables et transposables, structures
dans une deuxième phase. structurées prédisposées à fonction-
C’est en somme une tendance natu- ner comme des structures structu-
relle pour tout système qui veille à son rantes, c’est à dire en tant que prin-
homéostasie au risque, pour la culture cipes générateurs et organisateurs
comme système de représentations, de de pratiques et de représentations
valeurs et de rites, de perdre son adap- qui peuvent être objectivement adap-
tabilité, fonction primordiale qu’elle tées à leur but sans supposer la vi-
s’assigne pour favoriser la pérennité sée consciente de fins et la maîtrise
et la performance de l’entreprise. expresse des opérations nécessaires

60 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

pour les atteindre, objectivement «ré- Ce référentiel ou cadre de référence


glées» et «régulières» sans être en peut jouer son rôle de facteur d’adap-
rien le produit de l’obéissance à des tation ou de facilitation jusqu’à ce que
règles, et, étant tout cela, collective- les évidences et les solutions ayant fait
ment orchestrées sans être le produit leurs preuves ne soient plus à même
de l’action organisatrice d’un chef de reproduire l’efficacité et la perfor-
d’orchestre». (1) mance jadis promises et escomptées.
C’est réellement la finalité de la notion Elles peuvent même couter à l’entre-
de culture telle qu’elle est mobilisée prise sa pérennité et sa survie si le
par le management depuis les années « point aveugle » comme « revers de la
80 à savoir façonner des attitudes, médaille » de la réussite ou de la noto-
comportement et représentations au riété de l’entreprise n’est pas reconnu
sein de « dispositions durables » qui par le top management comme le point
fondent l’ « obéissance » aux règles d’achoppement ou point de bascule.
sans l’intervention du manager. C’est Cela nécessite de la part du top mana-
le rêve en somme d’avoir des membres gement, clairvoyance, sens du recul,
et des acteurs de l’organisation qui humilité, sens critique, ouverture à la
sont à la fois adhérents, coopérants, nouveauté et hauteur de vue pour ne
porteurs et ambassadeurs de la pas sacrifier flexibilité et adaptabilité
culture et des valeurs de l’entreprise. quand les solutions et les évidences
En privilégiant des modes de pensée, sont confirmées et corroborées par les
des conduites et des manières d’agir bons résultats de l’entreprise.
et de réagir particulières voire dis- Pour J.G. March et H.A. Simon, c’est
tinctives propres à l’organisation, l’apprentissage qui renforce l’adapta-
la culture préfigure les choix et les bilité de l’entreprise à long terme en
options comme étant les meilleurs et consolidant les capacités cognitives
parfois les seuls. des acteurs dans le choix de l’option
Depuis la perception jusqu’à la prise optimale et la prise de décision adé-
de décision, la limitation d’ordre quate
culturelle est omniprésente et peut Si les évidences et les solutions éprou-
sans gardes fous s’avérer contrepro- vées fondent une culture favorisant
ductive voire ruineuse. l’adaptation à court terme, l’appren-
La limitation d’ordre culturelle en rai- tissage de nouvelles connaissances et
son des évidences récurrentes et par- compétences est indiquée comme le
tagées entretenues et légitimées via vecteur de l’adaptation à long terme :
des représentations, des perceptions, « L’adaptation à courte échéance cor-
des modes de pensée et des manières respond à ce que nous appelons ordi-
d’agir des acteurs, se traduit nécessai- nairement la résolution de problèmes,
rement, tôt ou tard par une rationalité et l’adaptation à longue échéance cor-
limitée dans les choix et prise de déci- respond à l’apprentissage ».(12)
sion. Comment un sous-système sensé favo-
En effet, la culture en prenant la riser l’adaptation et la pérennité se
forme d’un référentiel ou d’une sorte transformerait en force d’inertie et
de cadre de référence amenuise le facteur de blocage et de résistances ?
nombre de possibilités, choix et op- Pour O.DEVILLARD et D.REY (6), en
tions susceptibles de faciliter le chan- s’appuyant sur des cas d’entreprise et
gement, le renouveau et l’innovation. de groupes, la culture est à « double

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 61


DOSSIER

tranchant » pouvant à la fois consti- temps imparti et l’information plétho-


tuer un levier de développement et de rique ou insuffisante. 
performance mais aussi s’avérer un Le point aveugle ou « l’envers de la
« frein d’autant plus puissant qu’invi- culture » (6), est l’équivalent chez A.H
sible » (6) SIMON des « frontières à la rationa-
Sans prise de conscience par le diri- lité » puisqu’il limite ou en constitue
geant du point aveugle, sorte de «  mode le « côté limitant » (6). Ainsi ce que la
opératoire culturel », l’on ne peut com- culture fait gagner à l’entreprise et
prendre comment les habitudes et au management en termes de stabi-
les valeurs, ou comme on l’a précisé lité, d’adaptation et de pérennité avec
plus haut les évidences et les solu- ce qui endécoule comme adhésion,
tions éprouvées jusqu’alors, peuvent partage et coopération, elle le paye
atténuer le niveau de performance de en rationalité et en fin de compte en
l’entreprise installée dans la « zone de adaptation.
confort » de ses bons résultats. En faisant appel à la typologie célèbre
En effet, nous disent O.DEVILLARD de Weber, nous pensons quant à nous
et D.REY la culture est un système que la rationalité en valeur est quelque
qui « naturellement » ne peut échap- part et surtout à un moment ou à une
per au phénomène d’homéostasie. autre en opposition avec la rationalité
Comme point « d’ancrage au phéno- en finalité même quand elle est nuan-
mène d’homéostasie » (6), la culture cée par A.H SIMON comme une ratio-
d’entreprise devient le dernier bloc nalité limitée.
et facteur de blocage et de résistance Cette double rationalité pour ne pas
aux changements que peut connaître se précipiter et parler de paradoxalité
l’entreprise. Ainsi, « L’entreprise bute ou de dichotomie, rappelle l’équilibre
de ce fait sur un point d’elle-même tacite mais fragile qui dissimule la
qu’elle ne voit pas, faute de connaître conflictualité latente ou potentielle
assez bien sa culture : c’est son point entre les différents groupes ou catégo-
aveugle ».(6) ries composant les communautés des
En somme, la culture d’entreprise membres ou des acteurs de l’organisa-
est un atout de prime abord puisqu’il tion.
remplit plusieurs fonctions à la fois Mais au-delà de l’effet de la conflictua-
comme le partage de valeurs, l’adap- lité sur les blocages et les résistances
tation à l’environnement, l’adhésion et d’ordre « social » et « syndical » la
la mobilisation des acteurs, le recours dimension limitative de la culture se
à des solutions, manières d’agir et de traduit par des résistances au chan-
conduites répondant aux exigences gement de type cognitif et attitudinal
d’efficience, jusqu’à ce que la mécon- des acteurs « formatés » qu’ils sont par
naissance de ses limites incarnées des schèmes mentaux et des modes
par des évidences qui vont restreindre de pensée et de décision transmis et
les possibilités et les options d’action hérités du passé à fortiori glorieux de
et de décision. l’entreprise.
En effet, le point aveugle que peut « Une culture produit des effets dyna-
induire la culture c’est quand elle miques (vitalité du business model,
génère des évidences qui limitent ambiance, cohésion, cohérence des
une rationalité déjà limitée de par les lignées d’objectifs, rythme, sens de
capacités cognitives mobilisées, le la focalisation) et des modes com-

62 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

portementaux habituels (modes de Conclusion


décision, type de stratégie) qui, mis
bout à bout, secrètent à leur tour des Pour conclure, nous dirons que la no-
logiques et des normes propres à tion de culture qu’elle soit empreinte
l’entreprise. Mais ces logiques, dont d’ambiguïté et de paradoxalité, qu’elle
les effets sont positifs dans certaines soit variable de manipulation susci-
situations, peuvent devenir sources tant défiance et suspicion, elle peut
d’obstacles ».(6) être maniée avec le scepticisme requis
Les solutions éprouvées et les évi- du chercheur sans à priori aucun pour
dences confortées et corroborées cerner son effet opératoire
au cours de l’histoire de l’entre- On peut du coup la manier en tant que
prise jalonnée de succès peut faire concept en montrant d’abord d’un côté
« franchir le bien connu seuil d’arro- son effet stabilisateur et d’adaptation
gance »(6) et voire ainsi pointer le à l’environnement mais son effet limi-
point aveugle comme horizon d’auto- tatif sur la rationalité des acteurs et in
suffisance obstruant toute perspec- fine sur la performance et le dévelop-
tive ou alternative de changement ou pement de l’entreprise.
de nouveauté. Car les entreprises ou groupes comme
Multinationales de notoriété, leaders Xerox, IBM ou Kodak ont sacrifié
indiscutables jusqu›à l’aveuglement d’une certaine manière cette rationa-
car « qu’ils dominaient tellement le lité, déjà limitée à la base du moins
marché qu’ils se sont pensés incon- selon A.H SIMON, qui permet le meil-
tournables »(6) pour avoir besoin d’an- leur ajustement selon les principes de
ticiper ou de prendre le train d’une « fit » et de « contingence ».
A condition d’approfondir la connais-
innovation majeure ou au moins com-
sance de sa culture au-delà des dis-
prendre la rupture technologique qui
cours et des valeurs déclarées pour
s’opère devant leurs yeux. C’est le cas
interroger les valeurs opératoires et
de Xerox, D’IBM ou de Kodak qui se
leur véracité pour s’adapter et assurer
sont « aveuglés » par le point aveugle,
sa pérennité.
revers de leur culture faites de
Pour ce, il faut un management vigi-
croyances et d’évidences de groupes lant qui met en place une organi-
performants et indétrônables. sation et des processus orientées
Pour parer à ce retournement de si- apprentissage ouvert sur son envi-
tuation fatal alors qu’on est au som- ronnement externe et autant interne
met de sa gloire et de sa notoriété pour intégrer et prendre en charge
et que rien ne semble remettre en toute information ou signes de vul-
cause sa position et sa domination nérabilité quel que soit leur nature,
du secteur, les auteurs préconisent origine ou amplitude.
une « analyse de vulnérabilité » ou le Dit d’une autre manière, il s’agit
regard externe d’un expert pour iden- de savoir comment les valeurs com-
tifier le point aveugle mais aussi de munes qui orientent comme on l’a
prendre en charge toute information montré, les pensées, les conduites et
quelle que soit son origine ou son les choix des acteurs et prescrivent
importance ainsi que les « signaux les bonnes manières d’agir peuvent
faibles » ou « incidents à faibles pro- se mettre au service de la valeur en
babilité » (6). finalité d’après la typologie de WE-

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 63


DOSSIER

BER sans se transformer en force de • 5. E. Delavallée : Culture d’entreprise : la


blocage et de résistance. contribution de Herbet Simon, les papiers
S’il y a contradiction ou opposition de recherche du GREGOR, 16-01-1995.
originelle entre rationalité en valeur • 6. O.Devillard et D. Rey : Culture d’En-
trepris, Dunod, Paris, 2008
et rationalité en finalité, elles peuvent
• 7. E. Godelier , La culture d’entreprise,
grâce à un management éclairé ayant Source de pérennité ou source d’inertie ?,
une grande tolérance devant l’ambi- Revue Française de Gestion, N° 192/2009.
güité pour perçevoir les possibilités • 8. M. Godelier, La culture est-elle natu-
d’intégrer dans une même vision sta- relle?, A. Ducros, J. Ducros et F. Joulian
bilité et adaptabilité, coopération et (dir.), Paris, éditions Errance, 1998, p. 217-
compétition, transmission et appren- 222
tissage, court terme et long terme n • 9. P. d’Iribarne, La logique de l’honneur :
gestion des entreprises et traditions natio-
nales, Seuil, Paris,1989.
• 10. P. d’Iribarne, «Vers une gestion
Bibliographie culturelle des entreprises», Gérer et Com-
prendre, Septembre 1986.
• 1. P. Bourdieu, Le sens pratique, Les Edi- • 11. M. Ruffat, «La culture d’entreprise :
tions de Minuit, Paris, 1980. fortune d’un concept» in A. Beltran et M.
• 2. F. Caron, «L’approche culturelle, une Ruffat, Culture d’entreprise et histoire, Les
tradition de la recherche historique» in Editions d’Organisation, Paris, 1991.
A. Beltranet M. Ruffat, Culture • d’entre- • 12. E. Schein, Organizational Culture
prise et histoire, Les Editions d’Organisa- And Leadership, 3e éd., Jossey-Bass, 2004.
tion, Paris, 1991. • 13. M. Thévenet, La culture d’entreprise,
• 3. M. Crozier, «Ce que nous a apporté PUF, Paris, 1993.
Herbert Simon», Revue Française de Ges- • 14. M. Thévenet, Audit de la culture
tion, Juin Juillet-Août 1993. d’entreprise, Les Editions d’Organisation,
• 4. M. Crozier et E.Friedberg, L’acteur et Paris, 1986. [75]
le système, Seuil, Paris, 1977.

64 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Les compétences managériales des PME


de haute technologie au cœur de
la réflexion stratégique

Résumé. Les pays en voie de développement, le Maroc y compris, multiplient


les initiatives en matière de politique publique pour favoriser la création d’un
tissu de start-up. Ils fondent ainsi, leur espoir sur les clusters pour favoriser la
création de PME innovantes. Malheureusement ce type d’entreprises manque
de ressources managériales qui leur permettrait de bénéficier de la dynamique
de coopération qui a lieu au sein des clusters. L’étude des compétences managé-
riales et organisationnelles des PME de hautes technologies serait un enjeu pour
les sciences de gestion en vue d’aider ces pays à relever le défi du développement.
Par conséquent, nous plaidons pour le développement de la recherche en mana-
gement inspirée de l’approche basée sur les compétences (Competence Based Vue)
mais spécifique au contexte organisationnelle de la PME. Nous considérons que
les chercheurs ont besoin de désapprendre les pratiques du management des
grandes entreprises dans le but de saisir les éléments spécifiques du contexte
organisationnel de la PME (théorie de la spécificité de la PME). L’objectif étant de
favoriser la production de connaissances et de concepts théoriques pertinents
pour les enjeux managériaux propres à ces entreprises.

Mots-clés. PME de hautes technologies, capacité d’alliance, compétences orga-


Salwa nisationnelles, spécificité de la PME.
HANIF
Doctorante à l’ISEM
Université
Montpellier I
Abstract.Underdeveloped countries try to strengthen their knowledge sectors
in order to enhance their value added in export. They concentrate their efforts
in creating and supporting NTBF (New Technology Based Firms) activities.
The creation of innovation networks as clusters is one of the main instruments
implemented by underdeveloped countries. Innovation management research
suggests that managerial competences of the firm are necessary to benefit from
such innovation networks. The current state is that NTBF suffer from newness
and smallness liabilities and thus lack managerial and financial resources.
Consequently, studying NTBF managerial competences as a research framework
is a core challenge for management science in order to improve the conditions in
these countries. We suggest that using the competence-based view, coupled with
a SMEs’ specificity approach is relevant to develop such a research framework.
Our research aims to give insights for the study of organizational competencies
in the specific context of SMEs. We also present some suitable qualitative
methods in such specific organizational context.

Key words. NTBF, CBV, SMEs specificity,alliance capability, organizational


capabilities.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 65


DOSSIER

Introduction tion entre ses membres. L’étude de cas


du pôle de compétitivité casablancais
Notre présente communication a Technopark faite par Assens et Abit-
pour objectif de plaider en faveur du tan (2010) montre que ce cluster maro-
développement de recherche en ma- cain ne déroge pas à la règle étant le
nagement stratégique des PME de lieu d’une activité intense de « réseau-
hautes technologies et notamment le tage ». En général, grâce au cluster
management de leurs alliances R&D. une PME de hautes technologies a ac-
Cette problématique est directement cès aux ressources qui lui font défaut
liée aux enjeux du développement de auprès de différents acteurs : investis-
l’économie de la connaissance dans seurs, agences d›accompagnement à
les pays en voie de développement, le la création d›entreprise, laboratoires
Maroc et les pays du Maghreb y com- de recherche publics en tant que
pris. Ces pays fondent leur espoir de fournisseurs de technologies, grands
développement économique sur le dé- industriels en tant que clients, etc.
veloppement d’un tissu de start-up et Néanmoins, elle ne peut bénéficier de
de PME de hautes technologies. Ces la dynamique coopérative au sein du
dernières produisent et exportent des cluster que si elle dispose de compé-
produits et/ou services à haute valeur tences managériales pour définir et
ajoutée en mesure de diminuer le défi- détecter les opportunités de coopéra-
cit de la balance commerciale de ces tion. Par conséquent, nous plaidons
pays. Egalement, ces PME de hautes pour que le développement des com-
technologies constituent un inves- pétences managériales des PME de
tissement attractif pour les capitaux hautes technologies, notamment en
étrangers. matière de stratégie de coopération
Compte tenu de ces enjeux, les pays en soit considéré comme un réel enjeu
voie de développement multiplient les pour les sciences en gestion en vue de
politiques publiques en vue de favori- contribuer au développement écono-
ser la création de PME de hautes tech- mique des pays du Sud.
nologies. Ainsi, des fonds publics ont Nous commençons d’abord par expli-
été investis dans la création de clusters quer comment l’encastrement d›une
au Maroc, en Algérie et en Tunisie. PME de hautes technologies dans
Malheureusement, ces initiatives sont un réseau d’innovation met la straté-
insuffisantes pour atteindre l’objectif gie de coopération au cœur de la ré-
de développement de l’économie de la flexion stratégique de ces entreprises.
connaissance. L’enjeu est d’aller au- Ensuite, nous présentons le concept
delà de la création d’entreprises inno- de capacité d›alliance qui a l’intérêt
vantes en assurant leur survie à long de déplacer les facteurs de perfor-
terme. Effectivement, les PME des sec- mance des alliances R&D du montant
teurs de hautes technologies affichent des dépenses et profil technologique
des taux de survie à 5 ans de 30% des partenaires vers les compétences
contre 50% pour les PME des autres organisationnelles des alliés, notam-
secteurs. L’appartenance à un cluster ment leur savoir-faire managérial
constitue un facteur de performance en matière de gestion des alliances
pour les PME de hautes technologies stratégiques. Ainsi, le développe-
dans la mesure où il favorise l’émer- ment d’une capacité d’alliance par la
gence d’une dynamique de coopéra- PME de hautes technologies lui per-

66 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

mettrait un meilleur accès aux res- 1. Les enjeux de


sources disponibles dans son réseau
d’innovation. Cependant, ce concept
développement
n’a été étudié qu’auprès des grandes économique des pays
firmes qui disposent d’expériences du Maghreb
d’alliances conséquentes et même
d’un département alliance dédié au L’innovation est le nouvel enjeu de
management de la stratégie de coo- compétitivité au niveau micro et
pération. Or, les PME en général, et macro économique. Ainsi, l’écono-
les PME de hautes technologie en mie de la connaissance comprenant
particulier, ne disposent pas d’autant des secteurs dont les produits sont à
de ressources financières et mana- haute valeur ajoutée constitue l’éco-
gériales ni d’autant d’expérience. nomie de demain. L’économie de la
Par conséquent, il y a un grand inté- connaissance consiste en « l’ensemble
rêt à développer ce concept chez les des activités qui sont directement fon-
PME tout en respectant leurs réa- dées sur la production, la distribution
lités organisationnelles. A ce titre, et l’utilisation de la connaissance et
nous proposons comme perspective de l’information » (OCDE 1996).
de recherche pour les sciences de A cause de la disparité au niveau
gestion de tenir compte de l’hypo- des infrastructures et dotations en
thèse principale de la théorie de la connaissance, le monde économique
PME qui est la spécificité de la PME va vers une polarisation de la distri-
comme contexte organisationnel dif- bution de la connaissance (Casadella
férent de la grande firme. L’étude du et Belahcen-Telemcani, 2006). Il existe
management stratégique des PME d’un côté les pays du Nord riches en
connaissances et en technologies et
de hautes technologies a besoin de
les pays du Sud consommateurs de
désapprendre les pratiques de mana-
celles-ci. Seuls des pays émergents,
gement des grandes firmes en vue de
comme la Chine, l’Inde, ou le Brésil
saisir les pratiques des PME. L’étude
ont réussi à prendre part à cette éco-
d’une capacité d’alliance propre aux
nomie de la connaissance. Ils ont réus-
PME serait donc pertinente.
si à devenir des plateformes de sous-
La capacité d’alliance est un exemple traitance de l’activité R&D des pays
de compétences organisationnelles, développés en jouant sur un argument
nous considérons donc que le déve- économique majeur : la disponibilité
loppement de travaux s’inspirant de d’une main d’œuvre très qualifiée et
l’approche basée sur les compétences à bas coûts. C’est grâce à des inves-
dans le contexte spécifique des PME tissements massifs dans leur système
est une piste intéressante. Toutefois, d’éducation nationale pour former la
cette approche souffre d’un handicap main d’œuvre et dans leur système
majeur qui est l’opérationnalisation productif privé pour augmenter les
de son concept clé qu’est «la compé- dépenses R&D de leurs entreprises
tence». Nous proposons de dépasser qu’ils ont réussi ce pari.
ce problème grâce à l’adoption du Les pays du Maghreb cherchent à
modèle conceptuel de l’alchimie de la prendre part à la dynamique de l’éco-
compétence organisationnelle de Du- nomie de la connaissance. Après avoir
rand (2006). été les usines de l’Europe, certains

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 67


DOSSIER

pays asiatiques les ont détrônés grâce la mécanique et mécatronique, les


à des coûts de production défiant toute Clusters TIC et microélectronique à
concurrence. Néanmoins, il y a lieu de Rabat, le cluster Hâlipole pour les pro-
faire valoir l’argument de proximité duits de la mer à Agadir. Ces clusters
géographique et culturelle par rapport sont créés à partir de contrats cadre
à l’Europe en devenant sous-traitant public-privés visant à promouvoir et
de la R&D européenne dans des do- financer les entreprises innovantes.
maines spécifiques. D’après l’Agence Ils ont pour principale mission de pro-
Française de Développement, les trois duire en trois ans au moins 81 projets
pays du Maghreb (Algérie, Maroc et de recherche et développement (R&D),
Tunisie) sont entrain de développer ainsi que 28 brevets, en vu de créer 24
des clusters afin d’augmenter la visi- start-up et 266 emplois dans le secteur
bilité du savoir-faire de leurs PME. R&D3.
Ainsi, le site Algazala à Tunis spécia- Toutes ces initiatives constituent une
lisé dans les TIC a vu le jour en 1999 condition nécessaire mais malheureu-
(Haddad, 2010). Egalement, le site de sement non suffisantes pour doter le
Sidi-Abdallah en Algérie a été créé pays d’entreprises innovantes et pro-
dans le domaine de la biotechnologie1. ductrices de richesse à long terme.
Le Maroc n’est pas en reste. Ce pays Par exemple dans le secteur des TIC,
multiplie les initiatives pour créer le taux de survie des start-up à 5 ans
les conditions d’émergence d’une éco- n’est que de 38,7%, alors qu’il est de
nomie de la connaissance. L’objectif 46,3% dans les secteurs peu innova-
étant de se doter d’un tissu de start- teurs et de 51,0% dans les secteurs
ups qui produisent et exportent des à technologie moyennement élevée
produits à haute valeur ajoutée. L’Etat (Lasch, 2003). La création de PME de
marocain vient de relever le défi de hautes technologies est certes un en-
former 10.000 ingénieurs en 2010 en jeu de politique économique publique,
visant les 15.000 à l’horizon 20152 afin mais en favoriser la performance et
de fournir une main d’œuvre qualifiée la survie au-delà de quelques années
aux start-ups marocaines. De plus, est un autre challenge. Le problème,
des mesures fiscales et administra- au-delà de l’inventivité, est la viabilité
tives ont été adoptées pour favoriser économique de l’entreprise. Ces entre-
la création de ce type d’entreprises et prises ont un besoin de conditions
soutenir leur activité. Le Maroc mise régionales favorables en matière d’ac-
surtout sur la stratégie « Maroc Inno- compagnement, de conseil et d’inves-
vation » qui prévoit la mise en place tissement pour se développer (Littu-
de 15 clusters pour promouvoir l’acti- nen et al., 1998). Ainsi, l’enjeu des PME
vité des PME de hautes technologies. innovantes serait au cœur des enjeux
En plus du Technopole de Casablanca, de développement de secteurs inno-
ont été effectivement créés, le clus- vants à travers le monde et dans les
ter Mohamedia dans le domaine de pays du Maghreb au regard des objec-

1. Source : Journal algérien « Liberté » du 12/12/2011.


2. Source : Journal marocain « la vie eco » du 13/07/2012
3. Source : Journal marocain « Au fait » du 07/09/2011, disponible sur : http://www.aufaitmaroc.com/actualites/
economie/2011/9/5/les-meilleurs-clusters-industriels-et-technologiques-endosses-par-letat#.Ut6Gt9JKFH0

68 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

tifs qu’ils se sont fixés. D’autant plus tivité relève des secteurs de hautes
que la recherche en management stra- technologies (TIC, biotechnologie,
tégique a démontré qu’une entreprise sciences de l’ingénierie, etc). Ces en-
ne peut profiter des externalités d’un treprises ont la particularité de pra-
cluster que si elle a les compétences tiquer l’activité R&D de manière in-
managériales suffisantes pour saisir tensive. D’ailleurs, certaines peuvent
les opportunités de coopération pour baser leur business model sur la four-
des projets technologiques avec les niture d’activité R&D à leurs clients
membres de ce cluster (Lee et al., 2010). (Mangematin, 2001). Ce terme com-
En effet, les clusters rassemblent sur prend les très petites entreprises dont
un même site des unités de recherche les spin-offs universitaires et indus-
publiques (universités et instituts trielles et les start-up ; les petites en-
locaux de recherche publique) ainsi treprises (moins de 50 salariés); les
que des unités industrielles privées moyennes entreprises (entre 50 et 249
de type PME ou grandes entreprises. salariés) dont l’activité est tournée
Pour Torre et Rallet (2005), cette loca- vers l’innovation4.
lisation dans le même site a pour avan- D’ailleurs, l’innovation suppose un
tage de créer la proximité géogra- partage des investissements de re-
phique et cognitive entre les acteurs cherche et développement (R&D) entre
en vue du lancement de projets R&D un ensemble de partenaires (Frechet,
collaboratifs. Ces projets peuvent en-
2004). En effet, le volume des res-
gager des acteurs étrangers tels que
sources financières, technologiques
les centres de recherche internatio-
et humaines requis pour un projet
naux ou de grandes firmes. Le cluster
dont le risque de réussite est très éle-
est donc, par excellence, le lieu pour
vé contribue à expliquer l’engouement
pratiquer la stratégie de coopération.
pour les alliances stratégiques dans
Or, mener une telle stratégie néces-
les secteurs innovants. Egalement, la
site des ressources managériales et
haute spécialisation des acteurs dans
financières qui font défaut aux PME
en générale et aux PME de haute tech- ce secteur fait qu’une entreprise à elle
nologie (PME-HT) en particulier. Par seule ne peut détenir les ressources
conséquent, les compétences managé- et surtout les compétences scienti-
riales des PME-HT constituent un réel fiques nécessaires à l’aboutissement
enjeu pour la réflexion en sciences de de sa recherche. En somme, le proces-
gestion en vue de contribuer au déve- sus d’innovation est reconnu comme
loppement des pays du Sud. étant de plus en plus collectif (Loil-
lier et Tellier, 2002 ; Fréchet, 2004 ;
Puthod et Thévenard-Puthod, 2006).
La gestion de l’innovation consisterait
2. Enjeux du management donc à gérer un réseau d’innovation
des PME-HT où la technologie et la connaissance
sont diffusées systématiquement
2.1 PME-HT et réseau d’innovation entre les membres (Cohen et al., 2002).
Notre recherche se focalise sur les Nous adoptons la définition du réseau
PME-HT. Il s’agit des PME dont l’ac- d’innovation proposée par Pyka et

4. Critères de classement des PME adopté par l’observatoire des PME en France.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 69


DOSSIER

Küppers (2003) : « le processus d’inte- leur moyen privilégié pour accéder
raction entre un ensemble d’acteurs aux ressources qui leur manquent
hétérogènes qui visent à produire de en interne (Freeman et al., 2006 ; In-
l’innovation et ce à différents niveaux gham, 1991). Elles adoptent une dé-
régional, national et supranational. marche volontaire de recours aux al-
Ainsi, un réseau d’innovation est liances dites de « complémentarité ».
une structure sociale auto-organisée Elles s’engagent également dans des
qui a été créée pour répondre à une alliances additives mais uniquement
situation d’instabilité ressentie par quand elles leur sont imposées par
les acteurs (entreprises, universités un donneur d’ordre (Puthod, 1996).
et agences gouvernementales, etc) et Toutefois, cette configuration des al-
pour laquelle ils ne parvenaient pas à liances des PME est loin d’être figée.
résoudre en interne »5. Elle est plutôt fluctuante et dépend
Les PME de hautes technologies de l’âge et du secteur d’activité. Se-
(PME-HT) sont réputées pour leur lon Bouzid et Boughzala (2010) « une
ouverture scientifique et leur capa- PME réalise au démarrage de son
cité d’innovation (Powell et al., 1996). activité principalement des alliances
Elles jouent souvent le rôle de fournis- complémentaires avec le monde aca-
seurs d’innovation pour ces dernières démique. Ensuite, au cours du déve-
(Chesbrough, 2003). Par contre, elles loppement de son activité, elle noue
manquent drastiquement de res- au contraire des alliances additives
sources financières pour financer leur avec les entreprises de mêmes ou dif-
activité R&D et de ressources mana- férents secteurs d’activités »6. En défi-
gériales de production et marketing nitive, les alliances R&D sont au cœur
pour écouler leurs produits (Hache, du management stratégique des PME-
2005). De plus, avec leur stratégie HT. Nous entendons par alliances
d’hyperspécialisation elles ont éga- R&D « La coopération entre firmes qui
lement besoin de ressources techno- porte, entre autres ou exclusivement,
logiques issues de domaines scienti- sur projet d’innovation commune
fiques complémentaires ou adjacents ou sur le transfert de technologie » 
(Hache, 2005). Ainsi, leur réseau (Hagedoorn, 1993).
d’innovation constitue la source prin-
cipale d’accès aux ressources qui leur • Relations U/I : Les relations aca-
font défaut, notamment les ressources démiques que peut nouer une PME
technologiques chez les laboratoires relèvent d’une large palette de rela-
de recherche publics et les finance- tions interorganisationnelles connues
ments et ressources managériales dans la littérature comme la relation
chez les grands groupes privés. Les Université/Industrie (U/I). L’existence
alliances stratégiques, définies par de cette relation et l’accroissement de
Gulati (1998) comme tout accord vo- son intensité sont le reflet même de
lontaire entre deux entités juridique- l’ouverture du processus d’innovation
ment indépendantes afin d’atteindre des entreprises (Perkman et Walsh,
un objectif en commun, constituent 2007 ; Owen Smith et Powell, 2004 ;

5. Définition traduite par l’auteur dePyka et Küppers (2003), P7.


6. Bouzid et Bouzagha, 2010, P 13.

70 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Hegedoorn, 2000). Il est de plus en plus PME-HT avec les industriels (grands
admis de parler de chaîne de valeur de ou petits) rentrent dans le cadre de sa
l’innovation dans laquelle l’université stratégie de commercialisation de sa
et les laboratoires publics tiennent le technologie et/ou expertise. Toutefois,
rôle de fournisseurs. Ensuite les PME- les spin-offs universitaires dérogent
HT, sous forme de spin-off ou de start- à cette règle. Elles ont pour raison
ups prennent le relai pour assurer le d’être de commercialiser les innova-
passage de la recherche fondamen- tions issues des paillasses des univer-
tale à la recherche appliquée pouvant sités, par conséquent, leurs accords
être valorisée économiquement sur de partenariats constituent des outils
un marché, par la PME elle-même ou d’outsourcing d’innovation pour leurs
via un partenariat en aval. D’après, partenaires. Elles ont donc un double
Perkman et Walsh (2007), il existe 4 statut : rentrer dans le cadre des rela-
formes de transferts de technologies tions Université-Industrie et consti-
possibles dans les relations U/I : l’en- tuer des partenariats de commercia-
trepreneuriat académique donnant lisation. Reste que l’enjeu majeur lié
lieu à la création de spin-offs univer- à ces alliances R&D des entreprises
sitaire, les relations de conseil, les des secteurs de haute technologie en
accords de cessions de licence et en- général est l’accès à la connaissance
fin les programme R&D collaboratifs. et à l’apprentissage (Powell et al. 1996,
Ainsi, pour Weil et Durieux (2000) Rothaermel and Deeds, 2004). les al-
l’avantage compétitif de la PME-HT liances de R&D sont au cœur de cet
va de sa compétence interne en R&D enjeu d’apprentissage (Freeman et
à sa capacité d’absorption (Zahra et al., 2006). Et l’avantage compétitif est
George, 2002). lié à des capacités organisationnelles
capables de donner accès au savoir de
•Alliances de commercialisation  : façon efficace et rapide (Oliver, 2001).
Nous venons de voir que les PME-HT
mobilisent des partenariats avec le 2.2 Handicaps d’une PME-HT pour
monde académique afin « d’outsour- le management de son réseau
cer » l’innovation à moindre inves- d’innovation
tissement financier, entre autres L’effet positif de la relation entre une
motivations. De plus, les PME-HT se PME et le monde académique est
positionnent sur « la chaîne de valeur conditionné par la réussite du mana-
de l’innovation » comme lieu de tran- gement de leurs partenariats. (Meyer,
sition de l’innovation entre le monde 2003; Shrader et Siegel, 2007). D’au-
académique et le monde de l’indus- tant plus que certaines recherches
trie. D’ailleurs, lors de ce passage, ont pointé du doigt le manque de res-
elles gagnent en valeur ajoutée en sources managériales et financières
termes d’application possible dans un dont souffrent les petites entreprises,
domaine précis, en adaptation à une dont les spin-offs particulièrement,
cible de clients, en avancement vers la comme frein à la réussite de leurs re-
phase de prototype industriel (Olson lations avec l’université (Ahweiler et
et al., 2001). Par conséquent, la ma- al., 2011).
jeure partie des relations de transfert Le manque de ressources managé-
de technologie, puisqu’il s’agit des riales se ressent au niveau de son
partenariats de R&D, que noue une activité de coopération en R&D,

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 71


DOSSIER

s’agissant spécialement de manque le fondateur-manager d’une PME-HT


de ressources pour les activités de est un chercheur, avec plus ou moins
recherche, de profilage et de veille une expérience en entreprise privée.
au sein de leurs réseaux d’innovation Par conséquent, la PME-HT bénéficie
(Fontana et al., 2006). De plus, ces ac- de la confusion entre le réseau du chef
tivités de recherche et sélection des d’entreprise et celui de l’entreprise
partenaires ainsi que de gestion et de (Geraudel et Chollet, 2009).
contrôle de l’alliance ont un coût en
termes de temps de travail et un coût
financier en termes de recherche d’in- 3. La capacité d’alliance :
formations qui handicapent les PME
(Lee et al., 2010). réponse possible
Par ailleurs, le rôle prépondérant du aux enjeux managériaux
chef d’entreprise dans la prise de dé- des PME-HT
cision stratégique, y compris lorsqu’il
s’agit de stratégie d’alliances, consti- Nous remarquerons que les précé-
tuerait en soi un goulot d’étrangle- dents travaux sur les alliances R&D
ment pour l’extension de l’activité menées par les PME ont pour point
de coopération de la PME-HT (Lee et commun l’analyse stratégique du mar-
al., 2010). En effet, le temps et l’atten- ché de la PME ou encore la recherche
tion du fondateur-manager sont des de la meilleure configuration d’une al-
ressources précieuses pour la PME liance stratégique, en l’occurrence le
et non indéfiniment extensibles. Par choix du partenaire selon les critères
conséquent, le nombre de coopéra- de complémentarité des ressources ou
tion R&D ou autres, avec l’Université encore de proximité géographique ou
ou avec des entreprises privées est cognitive. L’analyse des facteurs de
limité. D’autant plus, qu’à ce stade de réussite des alliances porte ainsi sur
maturité de l’activité de la PME-HT, le les attributs de la relation d’alliance
chef d’entreprise est encore au centre plutôt que sur les attributs des alliés
du système d’information et de ges- eux-mêmes (Draulans et al., 2003).
tion en absence de toute organisation. D’après Draulans et al. (2003), il existe
Paradoxalement, le chef d’entreprise une deuxième voie de recherche sur
constitue en même temps une res- les déterminants de la performance
source importante pour la réussite de d’une alliance stratégique qu’est
la stratégie d’alliance de la PME-HT. l’analyse des compétences de chaque
C’est grâce au réseau personnel du entreprise en matière de management
fondateur-manager que la l’entreprise des alliances stratégiques. Ils préco-
réalise des économies de coûts en nisent ainsi de diriger la recherche
matière de recherche de partenaires vers le concept de capacité d’alliance.
et de négociation (Lee et al., 2010). En
effet, ses dernières ont la spécificité 3.1. Définition de la «capacité
d’ancrer leurs activités dans le tissu d’alliance»
économique et social local. Les PME- Quand la littérature du management
HT se distinguent par une grande des alliances stratégiques annonce
proximité, physique parfois même, un taux de réussite au mieux de 50%
avec le monde de la recherche scienti- (Harrigan, 1996), Certaines firmes
fique (Porter, 2000). Sans oublier, que comme P&G ou Elli Lilly affichent un

72 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

taux de réussite de 90%. Ces études riences (Lorenzoni et Lipparini, 1999 ;


de cas rentrent dans la branche de Draulans et al., 2003 ; Kale et Singh,
cette littérature qui considère que la 2009). Pour Rothaermel et Deeds,
capacité propre à une firme à gérer (2006), le nombre d’années d’expé-
les alliances est source de sa perfor- rience en management d’alliances est
mance en matière de stratégie d’al- la mesure idéale de la capacité d’al-
liance. Ces firmes auraient dévelop- liance d’une firme. Tandis que pour
pés une capacité organisationnelle à Simonin (1997), la capacité d’alliance
travailler efficacement avec les autres est liée à l’apprentissage organisa-
qui permettrait de générer les rentes tionnel qui permet de capitaliser sur
relationnelles, dite capacité d’alliance le cumul d’expérience. Cet appren-
(Dyer and Singh, 1998). Draulans et al. tissage a lieu au sein d’une fonction
(2003) la définissent comme « la com- dédiée au management des alliances
pétence spécifique d’une firme à réus- et sous condition de disposer de l’ap-
sir le management de ses alliances pui de l’équipe de direction et des
stratégiques ». ressources financières suffisantes
(Heimeriks et Duysters, 2007). Ainsi,
3.2. Etat de l’art sur le concept de l’existence d’un département ou fonc-
capacité d’alliance tion qui centralise le management
La capacité d’alliance est une com- des alliances deviendra une seconde
pétence organisationnelle qui serait mesure de la capacité d’alliance d’une
source de performance des alliances firme (Kale et al., 2002).
stratégiques (Dyer et Singh, 1998) et Pour, Hemeriks et al. (2007) la fonction
même source d’avantage compétitif alliance est plutôt un antécédent à la
dans certains secteurs à haute inten- capacité d’alliance et que ce sont les
sité technologique (Kale et Singh, processus managériaux de création et
2009). Elle est « issue du processus transfert de la connaissance managé-
organisationnel d’accumulation, par- riale qui expliqueraient l’hétérogénéi-
tage et génération du savoir mana- té entre les firmes étudiées en matière
gérial encastré dans ses expériences de performance d’alliances. De même
précédentes et en cours7 » ; Ainsi, que pour Anand et Khanna (2000),
l’expérience d’alliance serait le point une firme qui développe une capaci-
de départ de développement de cette té d’alliance est nécessairement une
compétence spécifique (Zollo, Reuer organisation apprenante qui a pour
et Singh, 2002 ; Rothaermel et Deeds, mission de créer et gérer à travers les
2006). quatre phases de l’apprentissage or-
L’accent sera mis d’un côté sur les ganisationnel (i.e. articulation, codifi-
outils de gestion permettant l’exploi- cation, diffusion et internalisation) la
tation d’une telle capacité d’alliance connaissance managériale en matière
dans la gestion de chaque relation de management des alliances (Kale et
d’alliance et le cumul de ces expé- Singh, 2007).

7. Kale et singh, 1998, Traduit par nos soins de la définition anglaise de l’auteur P 1 «AC is an organizational ability
to manage alliances, that rests upon the organizational process to accumulate, share and leverage alliance management
knowledge embedded in prior and ongoing experiences. ».

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 73


DOSSIER

Kale et Singh (2007) vont explorer ce De même, du point de vue empi-


processus d’apprentissage spécifique rique, l’étude des compétences orga-
à la capacité d’alliance, en identifiant nisationnelles s’est focalisée sur les
deux niveaux de compétences : grandes firmes plutôt que les petites
• Capacités de partenariats de pre- entreprises. Sur 38 articles traitant
mier ordre qui consistent en les rou- de la capacité d’alliance comme objet
tines et processus managériaux de principal de recherche, seuls quatre
gestion des différentes phases d’un recherches sont consacrées exclusi-
partenariat. vement à l’étude de la capacité d’al-
• Capacité d’alliance d’ordre supé- liance des PME, dont trois des PME
rieur qui permet de modifier constam- de hautes technologies. Les résultats
ment la base des ressources que pos- de ces quatre études (Rotahermel et
sède la firme et de favoriser son accès Deeds, 2006 ; Mc Garth, 2008 ; Ngugi
à celle de ses partenaires. et al., 2010) convergent tous vers une
La capacité d’alliance d’ordre supé- différence des pratiques de la capa-
rieur n’émerge que si la firme met en cité d’alliance entre les petites et les
place et gère le processus d’appren- grandes structures, principalement
tissage des capacités de partenariat au niveau des acteurs impliqués et du
de premier ordre. D’ailleurs, dans le degré de formalisation des processus
modèle de développement de la capa- de gestion.
cité d’alliance proposé par les auteurs Cette rareté des études est due au fait
ce processus joue la médiation directe que les PME sont considérées comme
entre la fonction d’alliance où l’expé- des terrains de recherche difficiles à
rience d’alliance est cumulée et la appréhender pour l’étude des routines
performance de la firme en matière de et processus managériaux. Ensuite,
stratégie de coopération. la culture du secret chez les dirigeants
de PME n’encourage pas la recherche
3.3. La capacité d’alliance chez dans ce domaine, d’autant plus qu’il
les PME-HT : le constat d’un gap s’agit d’un acteur incontournable
théorique et empirique dans le management des alliances
Nous avons vu précédemment que le stratégiques (Jaouen, 2004). Pourtant,
nombre d’alliances stratégiques et les PME, notamment dans les secteurs
l’existence d’une fonction alliance ont de hautes technologies, sont particu-
été considérés par la littérature comme lièrement actives en matière de stra-
deux mesures intéressantes de la capa- tégie d’alliance (Powell et al., 1996)
cité d’alliance. Or, vu leur jeune âge les alors qu’elles souffrent d’un manque
PME ne sont pas sensées avoir cumulé drastique de ressources managériales
une grande expérience en la matière. (Pillania, 2008). D’ailleurs, nous avons
De même, pour la fonction alliance précédemment détaillé comment ce
comme proxy de la capacité d’alliance manque de ressources managériales
d’une firme, les PME ne possèdent pas constitue un handicap pour la réus-
un tel département dédié aux alliances site des alliances R&D pour les entre-
vu qu’elles n’ont pas de ressources fi- prises innovantes.
nancières et managériales à y allouer. Devant le constat de l’existence d’un
Par conséquent, il existe un réel gap gap théorique et empirique à propos
théorique sur la capacité d’alliance de l’étude de la capacité d’alliance
des PME en général. chez les PME, nous plaidons en fa-

74 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

veur du développement des alliances entreprise en miniature. Ce courant


R&D par les PME comme objet de re- dit « PMEiste » a cherché à définir la
cherche. Pour cela nous favoriserons PME comme objet de recherche. Il a
la mobilisation de l’approche basée été question, dans un premier temps,
sur les compétences en vue de décrire de définir la ligne de démarcation
et analyser la capacité d’alliance de entre Grande Entreprise (GE) et PME
ces PME-HT comme source de perfor- (Brooksbank, 1991). Cette question a
mance de la gestion de leurs réseaux fait l’objet de longs débats et argumen-
d’innovations. Il y aurait un intérêt tations entre PMEistes pour parvenir
à développer une conceptualisation à un consensus autour du seuil de 250
de la capacité d’alliance en tant que salariés pour estimer que l’on bascule
compétence organisationnelle propre dans l’une ou l’autre partie de la litté-
aux PME et donc en concordance rature de gestion. Dans un deuxième
avec leur réalité organisationnelle. temps, il a fallu définir les spécificités
Nous sommes également en faveur de de la PME en tant que contexte orga-
l’étude de la PME comme contexte or- nisationnel différent de la GE et donc
ganisationnel spécifique de recherche nécessitant une réflexion stratégique
en sciences de gestion. On gagnerait propre (Marchesnay, 1993  ; 2002  ;
donc à concevoir la réflexion en mana- Torres, 1998 ; Julien, 1994). D’après
gement à partir de la réalité organisa- Torres (1997) il s’agit bien de s’interro-
tionnelle des PME et non chercher à ger sur l’identité de la PME, non par rap-
leur adapter des énoncés théoriques port à une classification selon la taille
issus de la recherche sur les grandes mais par rapport à ses caractéristiques
firmes. propres. Ces caractéristiques propres
se résumeraient selon Marchesnay
(1993) aux cinq éléments suivants :
4. Perspectives de • L’importance du rôle de l’entrepre-
recherche en sciences neur, de ses aspirations (qui ne sau-
raient se ramener au simple mobile
de gestion à propos économique de maximisation de la
des enjeux de richesse)
management • Le rôle de l’environnement : la petite
entreprise doit s’adapter à son envi-
des PME-HT ronnement. Cette attitude n’est pas né-
cessairement passive mais peut être
4.1. La spécificité de PME au cœur réactive ; la firme peut tenter d’amé-
de la réflexion en sciences de nager son environnement, et/ou de se
gestion constituer un réseau.
• La nature de l’organisation : en fait
4.1.1. De la théorie la petite entreprise fonctionne comme
de la Spécificité de la PME un espace de « transactions » ouvert
A partir des années 80 s’est déve-
sur l’environnement. Les configura-
loppé un courant en management
tions possibles sont très diverses, de-
qui a longuement bataillé pour faire
puis l’artisanat jusqu’aux structures
reconnaître un statut propre pour la
adhocratiques les plus sophistiquées.
recherche en PME, allant à l’encontre
• La nature des activités : la petite
du cliché que la PME est une grande
entreprise choisit naturellement une

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 75


DOSSIER

stratégie de spécialisation et s’appuie Au regard de ses ressources finan-


sur des compétences distinctives (mé- cières, matérielles et humaines limi-
tiers et missions) très spécifiques. tées, la PME est souvent présente
dans un marché de petite taille, soit
4.1.2. Spécificité du Management une niche non satisfaite par la GE ou
stratégique encore une zone géographique igno-
La PME est certes spécifique et son rées par celle-ci. Se basant sur sa
management stratégique l’est égale- proximité du client et de ses besoins,
ment, toutefois, l’observation du ter- elle adopte à fortiori une stratégie de
rain démontre qu’il n’existe pas un différentiation (Porter, 1986). D’après
seul type de PME, mais plusieurs et ces mêmes auteurs, la PME dispose
que les PME font preuve d’une grande d’une deuxième source d’avantage
hétérogénéité selon l’âge et l’histo- compétitif, à savoir la capacité d’inno-
rique de chacune, entre autres. Par vation. La combinaison de cette capa-
conséquent, les auteurs affirment cité d’innovation avec la stratégie de
qu’il existe plusieurs pratiques et différentiation confère à la PME qui
conceptions de la stratégie en PME. la réussit un positionnement d’offre
Le dispositif stratégique évolue ainsi « unique » sur le marché (Smallbone
selon l’âge et la complexité du mana- et al., 1993). 
gement de la PME, allant de la simple Quant à la description du processus de
budgétisation financière à la création management stratégique et à l’identi-
et à la planification stratégique quand fication de ses acteurs, c’est principa-
l’entreprise devient plus mature (Fos- lement la littérature PMEiste qui s’est
ter, 1993 et Beal, 2000). intéressée à cette question. C’est ainsi
La PME a une structure hiérarchique que le rôle et statut du dirigeant de
peu développée et une organisation l’entreprise a été profondément ana-
plate, ce qui lui permet d’être flexible lysé. En effet, si en grande entreprise
dans la réponse aux changements la décision stratégique se décline en
qui peuvent avoir lieu dans son envi- trois niveaux, à savoir : stratégique,
ronnement. Ainsi son avantage com- managérial et enfin opérationnelle
pétitif repose sur sa flexibilité, sa (Johnson et Scholes 1993). D’après
proximité et sa connaissance de son Torres (1998), la PME a la particula-
marché (Pratten, 1991). A ce propos, rité de concentrer les pouvoirs de déci-
Smallbone et al. (1993) affirment que sion entre les mains du dirigeant qui
c’est la proximité du client, comme touche à toutes les facettes du mana-
composante particulière du marché gement autant stratégiques qu’opéra-
qui est la source de l’avantage com- tionnelles. Julien (1994) confirme ce
pétitif de la PME, dans le sens où constat lors de sa description de la
elle arrive à créer et maintenir une culture organisationnelle de la PME,
relation privilégiée avec sa clientèle. tel que les deux sous-systèmes straté-
De plus, la PME a tendance à avoir gique et opérationnel sont confondus
un nombre limité de clients (par rap- vu que la prise de décision se fait par
port à la GE) ce qui explique qu’elle le dirigeant. Cette configuration per-
peut se permettre de s’investir dans met selon l’auteur un « va et vient »
des relations clients basées essen- permanent entre les deux niveaux de
tiellement sur l’équité et la confiance prise de décision ce qui est à l’origine
(Pratten, 1991). de la flexibilité de la PME.

76 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

La prédominance du dirigeant dans misses de la théorisation de la straté-


la stratégie de son entreprise a ouvert gie de coopération dans ce courant.
la voie à des études sur la personna- Accéder aux ressources et/ou compé-
lité du dirigeant de la PME. C’est en tences du manager serait l’essence
s’intéressant aux traits de sa person- de la stratégie d’alliance dans le
nalité, qu’on va tenter de prédire ses cadre de l’approche basée sur les res-
compétences entrepreneuriales et ses sources (Gorman et al., 1996). Quant
choix stratégiques. Plusieurs études à l’argument soutenant l’existence
ont essayé de dresser des typologies d’une telle capacité à gérer les rela-
de dirigeants de PME sur la base de tions interorganisationnelles de la
leurs visions de la firme, leur niveau firme, il a été très tôt développé par
d’optimisme, les capacités entrepre- Sanchez et Heene (1997) qui ont in-
neuriales dont ils disposent ou encore sisté sur la nécessité de gérer et les
de leur profil psychologique (Jaouen, ressources propres et les ressources
2010). externes de l’entreprise. Sauf que la
prédominance des recherches sur le
4.2. Les compétences management des ressources et des
organisationnelles au cœur de compétences en interne a ralenti le dé-
l’étude du management veloppement de cet objet de recherche.
stratégique des PME Sanchez (1994) considère que l’avan-
tage compétitif de la firme réside dans
4.2.1. Capacité d’alliance sa capacité, supérieure à ses concur-
un exemple de compétence rents, à gérer les flux des actifs intel-
organisationnelle lectuels et des autres actifs au sein
Dès 1994, les travaux fondateurs de de la firme d’un côté et entre cette
la Competence Based View (CBV) ont dernière et les autres organisations
répertorié deux types de ressources d’un autre côté9. La CBV reconnaît
sur lesquels la firme a une capacité l’existence d’une «  interdépendance
d’action en vue de mettre son offre de systémique  » entre les ressources
produits sur un marché, à savoir ses propres de la firme et celles détenues
ressources propres et les ressources par les autres acteurs de son système
externes dites « adressable resources ». (concurrents et autres) (Sanchez et
Il s’agit des ressources qu’elle ne pos- Heene, 1997) d’où la nécessité de
sède pas en propre et sur lesquelles développer une compétence « supé-
elle n’a pas un contrôle direct, mais rieure » à celle de ses concurrents en
auxquelles elle peut avoir accès de ce qui concerne la gestion de ces in-
temps en temps8. Nous voyons en cette terdépendances. Ces mêmes auteurs
classification des ressources pouvant proposent le terme « compétence d’al-
être mobilisées par la firme les pré- liance » pour désigner cette capacité

8. Traduction par nos soins de Sanchez, Heene and Thomas (1996), p 7 : “those which a firm does not own or tightly
control, but which it can arrange to access and use from time to time”.
9. Traduit par nos soins de sanchez et Heene, 1997, p302: « The competence perspective, on the other hand, has begun
to offer insights into such phenomena by identifying ways in which competitive advantage may be obtained through a
superior ability to coordinate flows of intellectual assets and other resources within and between firms that function like
open systems ».

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 77


DOSSIER

spécifique : «Les firmes pourraient pour les PME-HT, est certain, la fai-
développer une compétence d’alliance sabilité de ces études l’est moins.
afin de relier l’une de ses ressources En effet, la perspective basée sur les
ou compétences à celles des autres compétences tout comme toutes les
firmes, le but étant d’avoir accès à une approches s’inspirant de la théorie
large palette de compétences, d’acqué- des ressources de la firme, souffrent
rir  ces compétences tant recherchées d’une lacune qu’est l’opérationnalisa-
rapidement ou enfin d’étendre leurs tion de ses concepts clés. Il n’est donc
déploiements à de nouveaux domaines pas étonnant de voir que l’Association
d’activités ».10 De plus, ils proposent Internationale de Management Stra-
de tenir compte de cette capacité, tégique (AIMS) a décidé de consa-
propre à chaque firme, de nouer rapi- crer une table ronde spéciale dans sa
dement des liens avec les autres dans conférence annuelle de 2014 au mana-
un environnement turbulent comme gement des ressources, compétences
nouveau critère d’évaluation des rela- organisationnelles et capacités dyna-
tions interorganisationnelles. Enfin, miques. Ainsi, la question est posée
ils en donnent la définition suivante : sur la nature des compétences orga-
« La capacité qu’ont certaines firmes nisationnelles et leur expression dans
de créer des avantages compétitifs à le management de l’entreprise. Elles
partir d’une «  capacité 
» supérieur sont certes source d’avantage compé-
à viser et coordonner les ressources titif, mais comment prouver ce lien
externes auxquelles elle a accès au dans la réalité de l’organisation et en
même titre que ses concurrents »11. dehors d’un schéma conceptuel. Notre
Ainsi, la CBV inscrit la recherche sur tentative de réponse à cette question
le processus interne de management va partir des pratiques des entre-
et les interactions compétitives de la prises pour définir les composantes
firme dans l’agenda de ses recherches de la capacité d’alliance, en tant que
en développant le concept de « relatio- compétence organisationnelle.
nal competence » ou d’« alliance capabi- L’apprentissage organisationnel est
lity ».(Quellin, 2000). systématiquement lié au développe-
ment de la capacité d’alliance, dans
4.2.2. Modèle de l’alchimie de le sens où seule une entreprise appre-
la compétence nante peut développer une capacité
Si l’intérêt pour l’étude du concept de d’alliance (Kale et Singh, 2007) et
compétence organisationnel pour le qu’en tant que compétence organisa-
management stratégique des PME, tionnelle, elle comporte une compo-
en l’occurrence en matière de mana- sante de gestion de la connaissance
gement des alliances stratégiques (Kale et Singh, 2007 ; Simonin, 1997).

10. Traduit par nos soins de sanchez et Heene, 1997, p 305 : «  Firms may also form competence alliances that link one
firm’s competences or resources to those of other firms in order to draw on a broader range of competences, to acquire
desired competences more quickly, or to extend the reach of current competences into new competitive domains”
11. Traduit par nos soins de sanchez et Heene, 1997, p302: « The competence perspective, on the other hand, has begun
to offer insights into such phenomena by identifying ways in which competitive advantage may be obtained through a
superior ability to coordinate flows of intellectual assets and other resources within and between firms that function like
open systems »

78 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

Il s’agit de l’acquisition et de la dis- et savoir-être renvoient au modèle de


sémination de la connaissance scien- l’alchimie de la compétence organisa-
tifique issue de l’alliance R&D, mais tionnelle proposé par Durand (2006).
surtout de connaissances managé- L’auteur, défend l’idée que la compé-
riales relatives au management des tence organisationnelle est un concept
alliances R&D. Hanif et Gurau (2014) tridimensionnel (voire Schéma N°1).
ont identifié les différentes compé- Pour l’auteur, les actions des individus
tences requises chez un manager n’ont un sens que dans l’interaction,
d’alliances R&D chez les PME du voilà pourquoi dans l’étude de la com-
secteur des biotechnologies. En plus pétence organisationnelle d’une firme
de la compétence scientifique ce der- on doit s’attarder autant sur les pra-
nier doit détenir des compétences de tiques managériales et attitudes indi-
types managériales. Celles-ci relèvent viduelles que sur les processus mana-
des connaissances en matière de tech- gériaux et la culture de l’entreprise.
niques de management, comme la Ses travaux ont également de l’intérêt
gestion de projets, le calcul des coûts vu qu’il a relié chaque dimension de
ou encore les techniques de négocia- la compétence organisationnelle à un
tions. Egalement, elles comprennent le type d’apprentissage particulier :
savoir-faire managérial du manager • Connaissances avec « l’apprentis-
d’alliance en matière de gestion de l’in- sage par l’apprendre » : Le savoir s’ac-
terface entre son entreprise et l’allié, quiert suite à un cumul d’information
de reporting sur l’avancement de l’al- et à l’assimilation de cette dernière.
liance, d’évaluation de la relation d’al- • Savoir-faire avec « Apprentissage par
liance, etc. Enfin, elles comprennent en le faire » : Le savoir-faire consiste en
plus, les attitudes personnelles du ma- un « tour de main » technique qui s’ac-
nager d’alliance qui lui permettent de quiert par la pratique et dans l’action.
gérer les conflits au sein de son équipe • Savoir être avec « apprentissage
et avec l’équipe de l’allié, son attitude par interaction » : Les échanges entre
d’ouverture sur les autres pour com- individus influent sur leurs identités
muniquer et collaborer, etc. et volontés les poussant à adopter des
Ces trois composantes de la capacité attitudes conformes à la culture de
d’alliance qui sont savoir, savoir-faire l’entreprise.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 79


DOSSIER

Schéma N°1 : Explication des trois dimensions de la compétence

Connaissance
(savoir)

Savoir qui Savoir quoi

Savoir pourquoi

Volonté
Technologie

Pratiques Tour de main Attitudes


(savoir-faire) Comportement (savoir-être)

Techniques Identité

Source : Durand (2006), P 96.

En somme, nous considérons ce mo- nel est enfoui (Durand, 2006, P37). Il
dèle comme pertinent pour l’étude faut veiller à collecter autant les infor-
des compétences organisationnelles mations relatives aux règles formelles
des entreprises, notamment des PME- ou informelles de fonctionnement que
HT. Il pourrait servir de « template » celles relatives au comportement des
(Dumez 2013), c’est-à-dire comme une individus et qui sont contenues dans
matrice préconçue pour le recueil des leurs interactions (Becker, 2004).
données qualitatives. Selon Heen, Maintenant que nous avons répondu
Sanchez et Thomas (1997) la compé- à la question quoi collecter comme in-
tence s’apparente essentiellement aux formation lorsqu’on souhaite analyser
processus de management et aux élé- les compétences organisationnelles
ments organisationnels intangibles d’une entreprise. Il est temps de s’in-
construits autour de la connaissance terroger, sur les méthodes pertinentes
et des savoir-faire individuels et col- pour collecter ce type d’information,
lectifs. Il s’agit donc des différents notamment dans le contexte spéci-
processus formels et informels dans fique des PME-HT.
lesquels l’apprentissage organisation-

80 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

4.2.3. Les méthodes qualitatives cerner les spécificités du terrain. L’au-


de recherche pour saisir teur insiste sur l’aspect d’inventivité
la richesse du contexte en matière de conception du protocole
organisationnel de la PME de recherche en études qualitatives et
Nous plaidons en faveur du développe- le qualifie de « Bricolage ». D’ailleurs,
ment d’études en sciences de gestion c’est justement ce bricolage qui confère
qui contribueraient à augmenter notre aux méthodes qualitatives cette capa-
connaissance du contexte organisa- cité à saisir la richesse du terrain qui
tionnel de la PME. Ainsi, l’objectif pre- nous intéresse le cas échéant. Elles
mier serait de générer de la connais- procurent de la souplesse au moment
sance spécifique à la PME comme objet de la collecte des données ce qui est
de recherche. Nous avons ainsi besoin pertinent au regard du caractère tacite
de désapprendre le management des et interpersonnel d’une partie des in-
entreprises avec ses concepts et sché- formations à collecter.
mas conçus dans le cadre de la grande
entreprise afin de pouvoir jeter un re- Conclusion
gard neuf sur la gestion telle qu’elle est
pratiquée dans les petites entreprises. En guise de conclusion de notre propo-
Le but est de générer de nouveaux sition de recherche, nous avons décidé
concepts et de nouvelles théories. Ce de passer en revue deux méthodes de
qui, d’après Usiner, Esarteby-Smith et collecte de données qui pourraient
Thorpe (2000), est possible grâce aux être pertinentes à mobiliser pour
méthodes de recherche qualitatives. l’étude des compétences organisation-
De plus, en mettant les compétences nelles spécifiques des PME, à savoir
organisationnelles et individuelles au l’observation (voire l’immersion dans
cœur de la recherche en management le terrain) et l’entretien semi-directif.
des PME, on sera amené à s’intéresser
aux pratiques des acteurs et des pro- • L’observation :
cessus de gestion contenus dans leurs D’après Groleau (2003), la méthode de
pratiques. Or, comprendre les pra- l’observation se justifie dans l’étude
tiques des acteurs est ce à quoi les mé- des phénomènes peu connus et des
thodes qualitatives se prêtent parfaite- aspects peu explorés dans la vie des
ment d’après Savall et Zardet (2004). organisations. Elle « permet de four-
Une méthode de recherche est un outil nir des données empiriques riches
à disposition du chercheur pour ser- pour examiner un phénomène qui est
vir son objectif de recherche. Ainsi, la demeuré peu connu » (P214). De plus,
mobilisation d’une méthodologie de re- dans un contexte de PME, il existe
cherche qualitative dans un objectif de une faible spécialisation des tâches,
« compréhension » doit être en concor- donc un manager touche à plusieurs
dance avec la posture épistémologique aspects du management au-delà de
du chercheur. Par rapport à nos propo- la définition de son poste et parfois
sitions de recherche, il faut que le cher- même au-delà de sa propre définition
cheur ait, au préalable, adopté une pos- de ses missions dans l’entreprise. A
ture épistémologique interprétativiste titre d’exemple Hanif et Gurau (2014)
(voire constructiviste). ont conclu à l’existence d’un poste
D’après Giordano (2003), les méthodes « informel » de chef de projet d’al-
qualitatives ont l’avantage de mieux liances R&D chez les PME du secteur

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 81


DOSSIER

de biotechnologies. Ce dernier est en • Les entretiens semi-directif :


charge du management des alliances En comparaison avec l’observation,
R&D sans qu’il existe un poste équi- l’entretien a la particularité de prendre
valent à cette mission dans l’organi- une forme « orale ». A travers, l’entre-
gramme des entreprises étudiées. tien, le chercheur a pour objectif de
De plus, les individus ont tendance à recueillir l’expérience de la personne
avoir du mal à verbaliser leur expé- interviewée par rapport à un stimuli
rience du terrain, surtout si le cher- ou phénomène en particulier (Grawitz,
cheur fait le choix de ne pas les gui- 2001, P. 647). Pour la recherche en
der (voir Junker (1960)12 pour les gestion, « la méthode de l’entretien est
différentes postures du chercheur en adaptée aux chercheurs qui cherchent
tant qu’observateur). L’observation surtout à comprendre la réalité organi-
permet au chercheur d’être assez sationnelle du point de vue des acteurs
proche des acteurs du terrain afin qui la vivent » (Demers, 2003, P174).
de créer des occasions d’interactions Ainsi, elle est particulièrement mobi-
avec ceux qui lui permettent de saisir lisée dans le cadre d’une perspective
leurs expériences dans leur sponta- interprétativiste comme méthode de
néité et profondeur. D’ailleurs, nous recueil des données, ce qui correspond
irons jusqu’à préconiser une immer- parfaitement aux études que nous pré-
sion dans le terrain lorsqu’il s’agit conisons et dont l’objectif est la compré-
des PME comme champ de recherche. hension des pratiques des managers.
En effet, le management au sein des La méthode de l’entretien semi-direc-
petites structures est plus informel tif garantit au chercheur une certaine
et relève davantage d’échanges inter- souplesse dans le recueil des données
personnels. De plus, s’il est question afin de s’adapter aux spécificités de
d’informations confidentielles, notam- la situation. Ainsi, nous considérons
ment relatives aux alliances straté- qu’elle est pertinente pour respecter
giques, les petites entreprises sont l’idiosyncrasie de chaque organisa-
très méfiantes, notamment dans les tion lorsqu’il s’agit d’en étudier plu-
secteurs de hautes technologies. Par sieurs à la fois. De plus, la méthode
conséquent, l’immersion permet au permet une étude rétrospective de ce
chercheur de côtoyer les profession- qui s’est passé dans l’organisation
nels d’un secteur et à force d’interac- par rapport à l’observation qui offre
tions d’être reconnu comme personne l’image de l’organisation à l’instant t.
de confiance. Egalement, la spécificité S’agissant de phénomène d’apprentis-
des PME de hautes technologies est sage organisationnel contenu dans les
que le dirigeant est rarement un ma- compétences organisationnelles des
nager à l’origine (c’est-à-dire formé PME, il est important d’utiliser l’en-
dans une école de commerce), l’ap- tretien semi-directif afin de retracer
prentissage du management est gé- le développement dans le temps d’une
néralement fait à travers la pratique telle compétence. D’ailleurs nous pré-
(learning by doing). Par conséquent, il conisons de combiner plusieurs types
est pertinent d’observer son compor- d’entretiens semi-directifs en vue
tement que de l’amener à s’exprimer de saisir la richesse des pratiques
sur sa connaissance managériale. des PME. Il est possible d’utiliser

12. Dans Groleau (2003), P 215.

82 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

des entretiens très peu structurés of open innovation in other industries,


dits « créatifs » au sens de (Holstein R&D Management, 36:3, 229-236.
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86 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

La fiscalité verte au Maroc :


Etat des lieux et perspectives

Résumé. Au cours des dernières années, nous avons constaté au niveau interna-
tional et dans notre pays l’apparition d’une nouvelle forme fiscale appelée «fisca-
lité verte» étroitement liée à l’économie verte, au développement durable et à la
problématique de la protection de l’environnement.
Notre article soulève la problématique de la fiscalité verte dans le contexte maro-
cain, son état des lieux, les particularités de son adaptation aux spécificités ma-
rocaines, etc. Sur le plan approche méthodologique, nous étudierons les aspects
couvrant l’augmentation de la fiscalité des polluants et la réduction du poids des
prélèvements fiscaux en faveur de l’environnement dans le cas marocain. Éga-
lement, nous essayerons de vérifier s’il s’agit d’une fiscalité sanction ou d’une
fiscalité incitative permettant de modifier les comportements des entreprises ?
Notre article fixe plusieurs objectifs et résultats dont les plus importants consistent
à effectuer un éclairage sur la fiscalité verte au Maroc et étudier les principaux
axes de la réforme fiscale en cours au Maroc par rapport à la fiscalité verte.
Khalid
FALHAOUI
Sur le plan résultat, l’analyse du système fiscal marocain a permis de relever
Expert comptable l’existence de plusieurs impôts et taxes ayant un soubassement environnemen-
DPLE, Doctorant tal et des exonérations et des réductions fiscales encourageant la protection de
en gestion l’environnement. Ces impôts, taxes, exonérations et réductions couvrent plu-
k.falhaoui@ckf.ma
sieurs domaines d’activités et différents volets de l’environnement. Nous avons
Nabil pu constater que la réflexion en cours pour la réforme de la fiscalité marocaine
BOUAYAD n’a aucunement pris en compte la fiscalité verte.
AMINE
Professeur de Mots-clés. Fiscalité verte – Environnement - Impôt - Taxes - Maroc.
l’Enseignement
Supérieur Habilité
Université
Hassan I Abstract. In recent years, we have noticed at the international level and in our
Settat, Faculté country the emergence of a new fiscal form called «green taxation» closely linked
Polydisciplinaire
de Khouribga
to the green economy, sustainable development and the problem of protecting
nabil_bouayad@ the environment.
hotmail.com
The article raises the question of green taxation in the Moroccan context, its
inventory, the particularities of its adaptation to the specificities of Morocco,
Khalid etc. On the methodological approach, we will study the aspects relating to the
ROUGGANI increase of the taxation of the pollutants and the reduction of the tax levies in
Professeur de favor of the environment in the Moroccan case. We will also try to check if it
l’Enseignement is about a sanctioning taxation or an incentive taxation allowing to modify the
Supérieur Habilité
Université
companies behaviors ?
Hassan I Our article presents several results and objectives of which the most important
Settat, Faculté consist to shed light on the green taxation in Morocco and to study the main
Polydisciplinaire axes of the current tax reform in Morocco in relation to green taxation.
de Khouribga
rougganikhalid@gmail. In terms of results, the analysis of the Moroccan tax system revealed the existence
com of several taxes with environmental basis and tax exemptions and reductions

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 87


DOSSIER

encouraging the protection of the environment. These taxes, exemptions and


reductions cover several areas of activity and different aspects of the environment.
We have seen that the current reflection for the Moroccan tax reform has not
taken into account the green taxation.

Key words. Green taxation - Environment - Taxes - Morocco

Introduction scientifiques, des organisations envi-


ronnementales et des gouvernements
Les dernières décennies ont été mar- est unanime, la problématique de la
quées par la mondialisation accrue de protection de l’environnement est plus
l’économie entraînant la libéralisation que jamais une préoccupation majeur.
des échanges commerciaux, l’exten- Certains chercheurs évoquent même
sion du champ des marchés, l’inten- une question existentielle.
sification de la concurrence, la stabi- Pour faire face à ces problèmes liés à
lisation des coûts de la main d’œuvre l’environnement, les outils et les poli-
à très bas niveau,... Suite à ces évo- tiques de sa protection se sont dévelop-
lutions, les entités économiques se pés à travers le temps et ont pris plu-
sont retrouvées dans un environne- sieurs formes, notamment économique,
ment très compétitif, qui les a poussé légale, financière, ou encore fiscale.
à s’adapter à ce nouveau contexte, à La fiscalité est sans doute l’un des
mettre en œuvre de nouveaux axes outils de la politique budgétaire. Les
de performances et compétitivité, à objectifs recherchés à travers un sys-
utiliser au maximum leurs outils de tème fiscal ou plutôt une politique fis-
production et à consommer plus de cale d’un pays sont très diversifiés :
ressources naturelles. social, économique, protectionniste,
L’explosion démographique, l’aug- encourageant,… Les dernières années
mentation des consommations, l’ac- nous avons constaté au niveau inter-
croissement des niveaux des pro- national l’apparition d’une nouvelle
ductions de biens et services et la forme fiscale appelée «fiscalité verte»,
multiplication des unités industrielles «fiscalité écologique» ou encore «fisca-
ne sont pas sans impact sur le ré- lité environnementale».
chauffement de la planète et les chan- Cette notion de fiscalité verte est étroi-
gements climatiques. tement liée à celle de l’économie verte,
L’un des points noirs de ce changement du développement durable et à la pro-
climatique, ces dernières années, est blématique de la protection de l’envi-
celui de l’effet de serre qui a causé des ronnement.
dégâts climatiques sans précédent. Notre pays à l’instar des pays prédé-
Il a eu pour effet la fonte des glaces, cesseurs dans le domaine environne-
l’élévation du niveau des mers et de la mental tels que la France, le Royaume
température terrestre. Uni et les Etats Unis, a depuis quelques
L’interdépendance entre les compor- années institué un certain nombre
tements économiques et plus précisé- de mesures qui s’inscrivent dans le
ment industriels et l’environnement cadre du développement durable et la
n’est plus contestée. Le constat des protection de l’environnement.

88 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

I. La problèmatique posée II. Le Maroc et


la problématique
Le présent article s’interroge sur la
nature de la fiscalité environnemen-
de l’environnement
tale, son état et ses perspectives dans
un contexte marocain. Il soulève la La problématique de l’environne-
problématique de la fiscalité verte au ment au Maroc a pris, au cours des
Maroc. Il fera un éclairage sur les dif- dernières années, une dimension rai-
férents impôts et taxe formant la fisca- sonnable pour ne pas dire plus impor-
lité environnementale au Maroc et ap- tante. Elle n’est plus la préoccupation
portera certains éclaircissements sur des seuls économistes et environne-
la question de la fiscalité écologique mentaux, elle se positionne au niveau
au Maroc. Ce qui nous permettra de de la haute instance politique du pays.
tracer un état des lieux du système fis- En effet, notre constitution adoptée en
cal environnemental marocain. juillet 2011 a ancré à travers son ar-
Nous nous penchons également sur la ticle 31 le principe du développement
question de savoir si la fiscalité envi- durable et la protection des ressources
ronnementale s’inscrit dans le cadre de naturelles. L’accès à l’eau, à un envi-
la réforme fiscale en cours au Maroc. ronnement sain et au développement
Nous nous intéresserons à la commu- durable est désormais un droit recon-
nication autour de la fiscalité verte au nu dans la nouvelle constitution.
Maroc. Existe-t-il des campagnes de Egalement, la société civile via les
sensibilisation et de promotion dans organisations non gouvernementales
les médias. ONG a vu son champ d’action élargi et
Dans le cadre de notre travail, nous renforcé dans la nouvelle constitution
soulevons et tentons d’apporter des pour la protection de l’environnement.
éléments de réflexion aux questions La protection de l’environnement se
suivantes : trouve au centre du développement
1) Existe-t-il au Maroc différents im- durable, qui a été défini comme suit :
pôts et taxes qui s’inscrivent dans la «un développement qui répond aux be-
fiscalité environnementale ? soins du présent sans compromettre
2) Quelles sont les différentes formes la capacité des générations futures
de la fiscalité verte au Maroc ? de répondre aux leurs» (définition
3) Comment peut-on qualifier la fisca- de base a été donnée par le rapport
lité environnementale Au Maroc ? Bruntland en 1987). Le développe-
4) Dispose-t-on d’une véritable poli- ment durable couvre trois principaux
tique fiscale orientée vers la protec- volets qui sont la protection de l’envi-
tion de l’environnement ? ronnement, la croissance économique
5) Dispose-t-on d’une communication et l’équité sociale.
autour de la fiscalité verte au Maroc ? La problématique de la protection de
6) La fiscalité environnementale fait- l’environnement et du développement
elle partie de la réforme fiscale en durable est devenue au Maroc une thé-
cours au Maroc ? matique incontournable et particulière-
7) Les assises nationales de la fiscalité ment au niveau des politiques de l’Etat.
tenues récemment dans notre pays se Au Maroc, deux décrets relatifs à la
sont-elles intéressées à la fiscalité éco- lutte contre la pollution atmosphé-
logique ? rique ont été adoptés par le parlement

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 89


DOSSIER

en 2002 et la chambre des Conseillers • Le Plan National de lutte contre le


en 2003. Changement Climatique (PNCC) ;
La protection de l’environnement né- • La Charte de l’Aménagement du Ter-
cessite une vision globale, au service ritoire (CNAT) ;
de laquelle on mobilise les ressources • Le Plan National de gestion des Dé-
financières et humaines nécessaires, chets Ménagers (PNDM) ;
l’expertise technique, la participation • Le Plan National d’Assainissement
individuelle et collective des popula- Liquide (PNAL) et d’épuration des
tions en obtenant leur adhésion par eaux usées.
des campagnes de sensibilisation et La compréhension de la dimension en-
d’information. Elle nécessite aussi un vironnementale au Maroc ne peut être
cadre institutionnel et juridique, de réalisée sans l’étude de la structure
manière à sévir contre les pollueurs et gouvernementale de notre pays, dont
des mesures incitatives positives pour cinq périodes peuvent être mises en
les industries qui acceptent de s’ins- relief.
crire dans une optique de développe- Dans un 1er temps la structure envi-
ment durable propre. ronnementale sera présentée avant de
L’intérêt croissant accordé par notre détailler les cinq principales périodes
pays à la protection d’environnement ayant marqué l’évolution de la prise
ne se limite pas au seul cadre légis- de conscience de la dimension envi-
latif. Notre pays a organisé à Tanger ronnement au Maroc.
les 12 et 13 mai 2012 la conférence Les principales structures à souligner
internationale sur «L’Environnement sont :
et changement climatique au Maroc – • Le Conseil National Supérieur de
Diagnostic et perspectives». l’Eau et du Climat (CNSEC) ;
Cette conférence a été initiée par par • Les ONG (organisations non gouver-
la Fondation Konrad Adenauer et le nementales) deviennent une des struc-
Club de l’Environnement de l’Associa- tures du Conseil National de l’Envi-
tion Ribat Al Fath pour le développe- ronnement ;
ment durable.
• L’Observatoire National de l’Envi-
ronnement du Maroc ;
• La Commission Nationale des
III. La dimension Etudes d’Impact sur l’Environnement.
environnementale Les principales périodes ayant mar-
quée l’évolution de la question d’en-
au Maroc vironnement du Maroc  sont les sui-
vantes :
La dimension environnementale revêt • Avant 1995 : Période sans impact
au Maroc une grande importance. important.
Elle fait partie des centres d’intérêt de • 1995 à 1997 : Période marquée par
l’Etat marocain à travers un certain l’institution d’un Ministère pour le
nombre d’actions et de mesures dont secteur de l’environnement et l’adop-
on peut souligner les suivantes : tion Stratégie Nationale pour la Pro-
• La Stratégie Nationale pour la Pro- tection de l’Environnement et le Déve-
tection de l’Environnement et le Déve- loppement Durable ;
loppement Durable (SNPEDD) ; • Août 1997 à mars 1998 : Période ou
• Le Plan d’Action National pour l’En- l’environnement a été confié au Secré-
vironnement (PANE) ; taire d’Etat sous la tutelle du Minis-

90 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

tère de l’Agriculture, l’Equipement et taxes appelées «écotaxes». D’autres


l’Environnement. impôts et taxes, existaient avant
• Mars 1998 à septembre 2007 : Pé- même que l’on prenne conscience de
riode ou le même Ministre a supervi- la problématique environnementale
sé le Département de l’Environnement et avant même d’utiliser la fiscalité
durant toute cette période sans avoir comme outil de protection de l’envi-
parfois de titulaire attitré. ronnement.
• Septembre 2007 à nos jours : Période Sur le plan terminologique, nous
ou le secteur de l’Environnement a été avons rencontré plusieurs définitions
rattaché au Ministère de l’Energie, de la notion de la fiscalité verte et nous
des Mines et de l’Eau (MEMEE). citons celles de l’OCDE qui définit les
Sur le plan légal, le Maroc a adopté «taxes liées à l’environnement» (envi-
un dispositif légal dont les principaux ronmentally-related taxes) par les
textes de loi sont : paiements obligatoires, faits aux ad-
• La loi relative à la mise en valeur de ministrations publiques, sans contre-
l’environnement (mai 2003) partie directe, qui sont établis sur des
• La loi relative aux études d’impact bases qui sont considérées comme
sur l’environnement (mai 2003) étant d’une importance particulière
• La loi relative à la lutte contre la pol- du point de vue environnemental.
lution de l’air (mai 2003) Par fiscalité environnementale, l’OCDE
• La loi relative à la gestion des déchets entend «impôts, taxes et redevances dont
et à leur élimination (novembre 2006). l’assiette est constituée par un polluant,
Cependant la plupart des textes d’ap- ou plus généralement par un produit ou
plication de ces lois n’ont été promul- un service qui détériore l’environnement
gués qu’entre 2008 et 2010. ou qui se traduit par un prélèvement sur
des ressources naturelles renouvelables
ou non renouvelables».

IV. Concept de la fiscalité 2. La fiscalité en tant qu’instrument


verte environnemental
Dans les politiques publiques, la fis-
1. Qu’est qu’une fiscalité calité peut revêtir plusieurs formes
environnementale ? et notamment en tant qu’outil bud-
La notion de la fiscalité de l’environ- gétaire, facteur de croissance écono-
nement est récente et peut être appré- mique, moyen d’encouragement de
hender sur plusieurs plans et notam- l’investissement et au cours des der-
ment par rapport à son objectif, son nières années on parle de plus en plus
rôle, son fondement… d’instrument environnemental.
Dans la littérature fiscale, nous pou- Les pouvoirs publics s’intéressent
vons relevé l’existence de plusieurs davantage à des industries causant
termes qui revoient à cette notion moins de dégâts à l’environnement et
tels que la fiscalité verte, la fiscalité encouragent des investissements de
de l’environnement, la fiscalité écolo- plus en plus non polluants.
gique, l’écotaxes,… Les autorités publiques disposent de
Les problèmes posés par la protection plusieurs instruments de protection
de l’environnement étaient pour une de l’environnement à l’instar des en-
grande partie derrière la création de couragements par des fonds spéciaux
certains impôts et taxes. Il s’agit des à travers les subventions. La fiscalité

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 91


DOSSIER

peut également être utilisée comme • Fonds qui subventionnent la protec-


outil de protection de l’environnement. tion de l’environnement.
La fiscalité verte joue un rôle à la
fois budgétaire en tant que ressource 1. Impôts et taxes en faveur de
budgétaire et en tant qu’outil de pro- l’environnement :
tection de l’environnement. Le système fiscal marocain prévoit un
La mise en place de la fiscalité verte certain nombre d’impôts et taxes en
comme instrument budgétaire s’ap- relation avec l’environnement. Nous
puyant sur les activités et les indus- pouvons relever à titre d’exemple :
tries polluantes doit en principe • La taxe sur l’extraction des produits
permettre aux pouvoirs publics de dis- de carrière ;
poser d’un potentiel de recettes bud- • La redevance sur l’exploitation des
gétaires et particulièrement de favo- phosphates ;
riser le développement des industries • La redevance d’utilisation des ser-
moins productrices de la pollution. vices publics (l’approvisionnement en
La fiscalité verte efficace devrait, en
eau, l’assainissement, la collection et
principe, disparaître car son efficacité
traitement des déchets);
amènerait les industries polluantes à
• La redevance d’atterrissage et
disparaître ou réduire leurs volumes,
autres redevances relatives aux aéro-
et par conséquent, les recettes fiscales
dromes ;
environnementales baisseront.
• La taxe pour le développement du
réseau autoroutier;
• Le droit de stationnement ;
V. Contexte marocain • La taxe sur les permis de conduire ;
de la fiscalité verte • La taxe sur les licences de taxis et
de cars ;
Face aux enjeux environnementaux • La taxe de vérification des véhicules
actuels, la fiscalité peut être présentée de plus de 5 ans ;
comme un instrument pour encoura- • La taxe sur les motocyclettes dont
ger la protection de l’environnement. la cylindrée est égale ou supérieure à
Notre législateur a d’ores et déjà uti- 125 cm3 ;
lisé cet outil comme un incitant à un • Les taxes intérieures sur les pro-
développement durable. duits énergétiques ;
À l’instar de plusieurs pays, le Maroc • La redevance d’assainissement des
a adopté deux systèmes en faveur de eaux usées ;
l’environnement, le 1er d’ordre fiscal • La redevance de déversement ;
qui peux prendre la forme d’une taxa- • La taxe spéciale sur le ciment ;
tion plus ou moins importante et le • La taxe écologique sur la plasturgie ;
second subventionnel. • La taxe Spéciale sur le Fer à Béton ;
L’analyse du système fiscal et finan- • La taxe Spéciale sur le Sable.
cier marocain a permis de relever
l’existence de : 2. Présentation succinte de certaines
• Impôts et taxes ayant un soubasse- taxes en faveur de l’environnement
ment environnemental ; Les dernières lois de finances ont inté-
• Exonérations et réductions fiscales gré des dispositions fiscales LF rela-
encourageant la protection de l’envi-
tives aux taxes suivantes :
ronnement ;

92 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

a) Institution d’une Taxe écolo- • Taux de la taxe :


gique sur la plasturgie TEP (intro- - 0,10 dirham par kg de fer à béton.
duite par la LF 2013) : • Déductibilité fiscale :
• Référence légale : - Taxe non déductible du résultat fis-
- Article 12 de la LF 2013. cal.
• Date d’application : • Recouvrement de la TSFB :
- Taxe applicable à partir du 1er jan- - Modalités de recouvrement Doua-
vier 2014. nière :
• Consistance de la taxe : Cas des opérations d’importation ;
- La TEP s’applique sur la vente, la - Spontanément par les unités de pro-
sortie de l’usine et l’importation des
duction du fer à béton : Cas des opéra-
matières plastiques et les ouvrages en
tions de production locale.
ces matières.
• Délai de versement :
• Exclusion de la Taxe :
- Ouvrages obtenus localement à par- - Versement dans le mois suivant celui
tir des matières et ouvrages ayant de la facturation des ventes de fer à
déjà acquitté la taxe. béton ;
• Taux de la taxe : - Versement accompagné d’une décla-
- 1.5% ad valorem. ration précisant les quantités de fer à
• Délai de versement & déclaration : béton vendues.
- Versement dans le mois suivant celui • Recouvrement pour défaut de verse-
de la facturation ; ment spontané :
- Déclaration comportant la quantité - Recouvrement de la TSFB par
et la valeur des matières et ouvrages titre de recette émis par le ministre
vendus (déclaration accompagnée du charge de l’habitat ou la personne
versement). déléguée par lui, avec les amendes y
• Recouvrement de la TEP : afférentes.
- Modalités de recouvrement Doua- • Sanction & taux de l’amende : La
nière : Cas des opérations d’importa- sanction s’élève à 25% du montant de
tion ; la TSFB éludée en cas de :
- Spontanément par les unités de pro- - Défaut de déclaration des quantités
duction : Cas des opérations des ma- de fer à béton vendues ;
tières et des ouvrages fabriqués loca- - Retard dans le dépôt de déclaration ;
lement. - Retard dans le paiement de la TSFB ;
• Déductibilité fiscale :
- Omission, insuffisance ou minora-
TEP non déductible du résultat fiscal.
tion dans la déclaration.
b) Institution d’une Taxe Spéciale
sur le Fer à Béton TSFB (introduite c) Institution d’une Taxe Spéciale
par la LF 2013) : sur le Sable TSS (introduite par la
• Référence légale : LF 2013) :
- Article 13 de la LF 2013. • Référence légale :
• Date d’application : - Article 13 de la LF 2013.
- Taxe applicable à partir du 1er jan- • Date d’application :
vier 2013. - Taxe applicable à partir du 1er jan-
• Consistance de la taxe : vier 2013.
- La TSFB s’applique sur la vente, la • Consistance de la taxe :
sortie de l’usine et l’importation du fer - La TSS s’applique sur la vente du
à béton. sable.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 93


DOSSIER

• Taux de la taxe : - Article 8 bis de la LF 2015.


- 50 dhs/m3 appliqué aux sables des • Date d’application :
dunes littorales, aux sables de dra- - Taxe applicable à partir du 1er janvier
gage et aux sables des cours d’eau ; 2012 ;
- 20 dhs/m3 appliqué aux sables de - Modification applicable à partir du
concassage. 1er janvier 2015.
• Déductibilité fiscale : • Taxation de la consommation :
- TSS non déductible du résultat fiscal. - A compter du 01/01/2015, la taxe
• Recouvrement de la TSS : spéciale sur le ciment sera désormais
- Paiement spontané, auprès du comp- appliquée sur le ciment produit loca-
table du Trésor de leur siège, par les dé- lement qu’elle soit vendue ou consom-
tenteurs d’autorisation d’exploitation mée en interne comme matières inter-
des carrières et de production de sable. médiaires par les unités de production
• Délai de versement & déclaration : du ciment ;
- Versement dans le mois qui suit celui - Précision : La revente du ciment
de la facturation de la vente du sable ; n’est pas taxée (seule la 1ère vente est
- Déclaration comportant la quantité taxée, Pas de double taxation).
vendue des sables (déclaration accom- • Le taux de la taxe :
pagnée du versement). - 0,15 dirham par kilogramme du ci-
• Recouvrement pour défaut de verse- ment (0,05 dh/kg en 2002, 0,1 dh/kg en
2004 et 0,15 dh/kg en 2012)
ment spontané :
• Versement de la taxe sur le ciment
- Recouvrement de la TSS par titre de
produit localement :
recette émis par le ministre charge de
- La taxe est versée spontanément au
l’équipement ou la personne déléguée
Trésor au plus tard à la fin du mois
par lui, avec les amendes y afférentes.
suivant celui de :
• Sanction & taux de l’amende : La
- La facturation des ventes de ciment
sanction s’élève à 25% du montant de
(maintenu)
la TSS éludée en cas de : - Ou son utilisation pour la consomma-
- Défaut de déclaration des quantités tion interne comme matières intermé-
de sable vendues ; diaires par les unités de production du
- Retard dans le dépôt de déclaration ; ciment (changement introduit).
- Retard dans le paiement de la TSS ; • Déclaration de la consommation in-
- Omission, insuffisance ou minora- terne :
tion dans la déclaration. - Déclaration des quantités de ciment
utilisées pour la consommation interne.
d) Taxe spéciale sur le ciment : • Versement de la taxe :
Taxation de la consommation in- - Taxe à verser à la fin du mois suivant
terne du ciment (introduite par la celui de la consommation avec la décla-
LF 2002 et modifiée par LF 2015) ration de la consommation du ciment.
Cette taxe instituée en 2002 sur le • Sanction des infractions au titre la
ciment pour renforcer les recettes du taxe sur le ciment :
«Fonds de Solidarité Habitat» dans le - Infraction Sanctionnée : Tout défaut
but de contribuer au financement du de déclaration des quantités de ciment
plan de lutte contre l’habitat insalubre. consommé en interne, tout retard de
• Référence légale : dépôt de déclaration ou de paiement
- Dahir n° 1-01-346 du 31/12/2001 - LF de la taxe, toute omission, insuffisance
44-01 pour l’année 2002 ; ou minoration dans la déclaration ;

94 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

- Taux de la sanction : Amende de 25% pui financier notamment à la mise


du montant de la taxe éludée. en oeuvre du Programme National
des Déchets Ménagers et Assimilés
3. Exonérations et réductions PNDM.
fiscales encourageant
la protection de l’environnement  b. Le Fonds de dépollution
Les principales exonérations et réduc- industrielle (FODEP) :
tions fiscales favorables à l’environne- Le FODEP a pour objectif d’assurer le
ment qui ont été adoptées au Maroc respect de l’environnement et la mise
sont : à niveau des industries nationales en
• La réduction de la TVA sur la loca- prévision de la globalisation du mar-
tion des compteurs d’eau et d’électri- ché international, par l’incitation des
cité. industries nationales à investir dans
• La réduction de la TVA sur la voiture le domaine de la protection de l’envi-
économique. ronnement.
• La suspension de la TVA à l’importa- Ce fonds qui a été mis en place en par-
tion sur le gaz butane. tenariat avec l’Agence allemande de
• La réduction de la TVA sur les coopération financière (Kfw), vise :
chauffe-eaux solaires. - L’incitation au respect de l’environ-
• L’exonération totale et perma- nement ;
nente des revenus des plantations
- La mise à niveau des industries ma-
sylvestres, non fruitières destinées à
rocaines de manière à les rendre plus
préserver les sols de l’érosion due aux
compétitives dans la perspective des
vents et aux pluies.
nouvelles règles de la mondialisation ;
- La contribution à la réglementation
4. Fonds qui subventionnent
nationale en faveur de la protection de
la protection de l’environnement.
Sur le plan financier, le Maroc a mis l’environnement.
en place plusieurs subventions, dites
subventions vertes, pour encourager c. Le Mécanisme pour
la préservation de l’environnement. un Développement Propre
Ces subventions considérés comme (MDP)
aides financières à la réduction de la Ce mécanisme de flexibilité a été mis
pollution et à la protection de l’envi- en place par le protocole de Kyoto per-
ronnement sont financées par des mettant aux pays développés d’obtenir
fonds dont les plus importants créés des crédits de réduction des émissions
par notre pays sont le Fonds National en finançant des projets de réduction
pour la protection et la mise en valeur des émissions dans les pays en déve-
de l’Environnement (FNE), le Fonds loppement.
de dépollution industrielle (FODEP), Le MDP permet :
le Mécanisme pour un développement • D’aider les pays développés à satis-
propre (MDP). faire leurs obligations de limitation et
de réduction de leurs émissions de gaz
a. Le Fonds National pour à effet de serre (GES).
la protection et la mise en • D’aider les pays en développement à
valeur de l’environnement (FNE) parvenir à un développement durable
Le FNE a été mis en place par la loi et à contribuer à la réduction de ces
de l’environnement et prévoit l’ap- gaz.

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 95


DOSSIER

Le Maroc a créé une entité qui le - Proposition 4: Réforme de l’impôt sur


représente vis-à vis des organismes le revenu ;
opérateurs nationaux intéressés par - Proposition 5 :L’impôt sur la Fortune.
le MDP et des organismes internatio- • Deuxième panel : la lutte contre la
naux chargés du MDP appelée l’Au- fraude et appréhension de l’informel
torité Nationale Désignée (AND) du - Proposition 1 : Mise en place d’une
MDP au niveau du Département de politique globale et concertée pour
l’Environnement. appréhender le secteur informel ;
Une des questions qui mérite d’être - Proposition 2 : Mise en place d’un
posée est de connaître le coût de la
dispositif fiscal incitatif et approprié
dégradation de l’environnement dans
aux petites et moyennes entreprises ;
notre pays. Le coût des dommages à
Proposition 3 : Lutte contre la fraude
l’environnement peut être appréhendé
sur différents domaines environne- et renforcement des moyens d’action
mentaux tel que l’eau, l’air, le sol et les de l’administration fiscale ;
forêts, le littoral,… - Proposition 4 : Amélioration des tra-
Peut-on évaluer ces dommages par vaux des commissions fiscales ;
rapport au produit intérieur brut PIB • Troisième Panel : Système fiscal et
marocain ? compétitivité du tissu économique
- Proposition 1 : La mise en place d’un
cadre fiscal stable ;
- Proposition 2 : Baisse de la pression
VI. Fiscalité verte et
fiscale et rationalisation des règles
Réforme fiscale d’assiette ;
- Proposition 3 : Mise en place d’une
Le Maroc est actuellement est en fiscalité en adéquation avec les capa-
phase de préparer sa réforme fiscale. cités contributives des entreprises ;
Parmi les étapes fortes de la prépa- - Proposition 4 : Réforme globale de la
ration de cette réforme fiscale, notre TVA ;
pays a organisé ses assises nationales
- Proposition 5 : Minimisation de
sur la fiscalité tenues les 29 et 30 Avril
l’impact fiscal sur les opérations de
2013 à Skhirate. Les travaux de ces
restructuration du tissu économique.
assises ont été conclus par plusieurs
• Quatrième Panel : Vers une relation
propositions de réforme du système
de confiance et de partenariat avec le
fiscal de notre pays.
Ces assises ont retenu cinq panels avec contribuable
des axes de propositions de réformes - Proposition 1 : Amélioration de la
qui n’ont pas couvert la problématique qualité de services aux citoyens ;
de la protection de l’environnement. - Proposition 2 : Encadrement du pou-
Les panels ainsi que les propositions voir d’appréciation de l’administra-
retenues sont les suivants : tion et clarification des textes ;
• Premier Panel : Législation Fiscale - Proposition 3 : Amélioration des
et Equité conditions du contrôle fiscal et de la
- Proposition 1 : Structure des recettes gestion du contentieux ;
fiscales ; - Proposition 4 : Amélioration de la
- Proposition 2 : Rationalisation du communication de l’administration
système des incitations fiscales ; fiscale ;
- Proposition 3 : La fiscalité du secteur - Proposition 5 : Adaptation du régime
agricole ; des sanctions ;

96 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

- Proposition 6 : Promotion de La difficulté rencontrée se situe au ni-


l’Ethique et des Principes de la Bonne veau de la diversité du mode de classi-
Gouvernance. fication des taxes environnementales
• Cinquième Panel : Régionalisation par les administrations marocaine. A
avancée, développement local et fisca- titre d’exemple, la taxe sur les sacs en
lité. plastique (TSP) est classée parmi les
Nous pensons qu’il est toujours temps taxes fiscales et parafiscales par l’ad-
de régulariser cette situation en inté- ministration de la douane, alors qu’au
grant la fiscalité verte dans la réforme niveau des recettes de la trésorerie
fiscale du moment que cette réforme générale du royaume publiées pério-
n’est pas encore mise en œuvre. diquement, cette notion de taxes para-
fiscales ne figure nulle part parmi les
rubriques des recettes publiées.
VII. Recettes fiscales Egalement le département de l’Envi-
ronnement qui relève du Ministère
au Maroc délégué chargé l’environnement,
n’assure le suivi que de la taxe sur les
Les différentes composantes de la sacs en plastique et non de toutes les
fiscalité verte au Maroc ne relèves taxes environnementales.
pas de la même administration et les Quelques statistiques fiscales et non
informations sur les statistiques offi- fiscales dont les taxes environnemen-
cielles de la fiscalité environnemen- tales. Etant précisé que la rubrique
tale au Maroc ne sont pas centralisées «les autres impôts indirects» n’est pas
dans une seule base de données. ventilée par impôt et taxe :

En millions de dirhams
Décembre Prévisions Décembre Taux de Variation
2012 2013 2013 réalisation en %

Recettes fiscales 24 366 24 696 27 257 110% 11,9%

Impôts directs 6 233 6 837 7 782 114% 24,9%

Impôts indirects 18 133 17 859 19 475 109% 7,4%

Dont la taxe sur 174 164 175 107% 0,6%


l’extraction
des produits
de carrières

Dont les autres 684 698 929 133% 35,8%


impôts indirects

Recettes non 4 376 4 197 4 539 108% 3,7%


fiscales

Total des recettes 28 742 28 893 31 796 110% 10,6%

Source : Trésorerie Générale du Royaume – Bulletin mensuel de statistiques des finances locales – Décembre
2013

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 97


DOSSIER

Conclusion principes qui gouvernent une fiscalité


verte ne sont pas clairement énoncés
dans notre référentiel fiscal maro-
En conclusion, nous insistons sur le
cain, nous amènent à se poser la ques-
fait que quelque soit la qualité d’un
tion de savoir si le Maroc dispose une
texte de loi fiscale, son attraction, ses
véritable politique fiscale verte.
avantages et ses effets restent cer-
Nous pensons que le système fiscal
tainement limités s’il n’est pas suivi
marocain doit intégrer de manière
sur le terrain d’actions concrètes de
très claire et forte la fiscalité environ-
communication et d’accompagnement
nementale dans la réforme fiscale en
pour inciter les entreprises à protéger
cours. Un bilan d’étape pour évaluer
l’environnement.
Il va falloir donc mener un travail l’impact des mesures fiscales rete-
important de communication externe nues pour la protection de l’environ-
sur la fiscalité verte sur terrain à tra- nement. L’étude de l’impact fiscal sur
vers des campagnes médiatiques. Les la protection de l’environnement doit
sorties médias, les spots télé et radio être réalisée dans les plus brefs délais
restent très insuffisants pour ne pas en mesurant, d’une part, les résultats
dire inexistants. De même, plusieurs obtenus par rapport aux objectifs
opérateurs ignorent les mesures fis- fixés, et d’autre part, par rapport aux
cales incitatives à la protection de moyens mis en place n
l’environnement.
L’environnement a une dimension
structurelle, de ce fait, les solutions Bibliographie
et les propositions permettant sa pro-
tection ne peuvent être de très courte • Védrine Claire, Thèse pour obtenir le
durée. La fiscalité environnementale grade de docteur de l’université Monpel-
doit s’inscrire sur le long terme dans lier I en cotutelle avec l’université d’Ot-
le cadre d’une réforme fiscale bien tawa, «Fiscalité et environnement», Mai
réfléchie. Egalement, elle est pluridi- 2011
• Nabil Bouayad Amine, «Fiscalité verte :
mensionnelle, une approche fiscale ne
Quel outil pour la protection de l’environ-
peut seule atteindre cet objectif. La
nement au Maroc ?»
solution à la problématique environ- • Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau et
nementale nécessite une vision natio- de l’Environnement - Département de
nale globale et cohérente. l’Environnement du Royaume du Maroc
Un travail de benchmarking avec les et le Comité Interministériel RFE et GIZ
expériences étrangères de pays à Deutsche Gesellschaft für Internationale
économie et fiscalité similaires peut Zusammenarbeit GmbH, «Rapport d’ate-
donner des ouvertures et apporter des lier : Atelier de formation au profit des
nouvelles solutions fiscales au pro- membres du Comité interministériel sur
blème de la protection de l’environne- la Réforme Fiscale Environnementale
(RFE)» Mai 2011
ment.
• Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau et de
L’absence d’une dimension protec-
l’Environnement - Département de l‘Envi-
trice de l’environnement dans le cadre ronnement du Royaume du Maroc et GIZ
de la réforme fiscale en cours au Ma- Deutsche Gesellschaft für Internationale
roc, l’absence d’une gestion centra- Zusammenarbeit, «Rapport au profit des
lisée des recettes fiscales dans une Membres du Comité Interministériel sur
même base de données ainsi que les la Réforme Fiscale Environnementale

98 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


DOSSIER

(RFE) - Introduction des taxes sur produits ganisation et de déroulement de l’enquête


et opérationnalisation du FNE», Juin 2011 publique relative aux projets soumis aux
• Guillaume Sainteny, Maître de conférence études d’impact sur l’environnement, No-
à l’Institut d’études politiques de Paris, vembre 2008
«quelle fiscalité de l’environnement ?», An- • Décret n° 2-04-563 du 5 kaada 1429 (4 no-
nales des mines, Juillet 1998 vembre 2008), relatif aux attributions et au
• Pauline de Wouters et Anne De Vla- fonctionnement du comité national et des
minck, Dossier d’Inter-Environnement comités régionaux des études d’impact
Wallonie, «Les aspects sociaux de la fisca- sur l’environnement, Novembre 2008
lité environnementale, Points de vue de la • Arrêté conjoint du secrétaire d’Etat au-
société belge francophone», 2006 près du ministre de l’énergie, des mines,
• Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau et de de l’eau et de l’environnement, chargé de
l’Environnement - Département de l‘Envi- l’eau et de l’environnement et du ministre
ronnement du Royaume du Maroc et GIZ de l’économie et des finances n°636-10 du
Deutsche Gesellschaft für Internationale 7 rabii I 1431 (22 février 2010) fixant les ta-
Zusammenarbeit - Juerg Klarer, «Rappel rifs de rémunération des services rendus
des missions du CI RFE et plan d’action», par l’administration afférents à l’enquête
Juin 2011 publique relative aux projets soumis aux
• Commissariat général au développe- études d’impact sur l’environnement, Fé-
ment durable, Centre de ressources docu- vrier 2010
mentaires, «La fiscalité environnementale • Code général des impôts, institué par
- 2008-2012», Septembre 2012 l’article 5 de la loi de finances n° 43-06 pour
• Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau et de l’année budgétaire 2007, promulguée par
l’Environnement - Département de l‘Envi- le dahir n° 1-06-232 du 10 Hija 1427 (31
ronnement du Royaume du Maroc et GIZ Décembre 2006), Version 2014
Deutsche Gesellschaft für Internationale • Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau et de
Zusammenarbeit, «Note : Introduction des l’Environnement - Département de l‘Envi-
taxes sur produits au Maroc (emballages, ronnement du Royaume du Maroc, «les
déchets électroniques et électriques)», Fé- instruments économiques au service de la
vrier 2012 protection de l’environnement», 2009
• Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau et de • Conseil Economique et Social du
l’Environnement - Département de l‘Envi- Royaume du Maroc, «Résumé Exécutif du
ronnement du Royaume du Maroc et GIZ projet de Rapport sur l’Economie Verte -
Deutsche Gesellschaft für Internationale Opportunités de création de richesses et
Zusammenarbeit, « Les instruments envi- d’emplois», Mars 2012
ronnementaux au Maroc comme leviers • Agence européenne pour l’environne-
à la croissance verte : cas de la Réforme ment (2000), Récents développements
fiscale Environnementale (RFE), des Ins- dans l’utilisation des écotaxes au sein
truments d’Incitation à l’Investissement et de l’Union européenne, Série sur les pro-
de l’Evaluation Environnementale Straté- blèmes environnementaux.
gique (EES)», Avril 2012 • Boiteux M. (4ème trimestre 2004), profes-
• Ministère français de l’Écologie, de seur agrégé de l’Université, membre de
l’Énergie, du Développement durable et de l’Institut, Eloge des écotaxes, revue Socié-
la Mer en charge des Technologies vertes et tal, n° 46.
des Négociations sur le climat, «La fiscalité • Centre international de recherche sur
environnementale prend son essor», 2010 l’environnement et le développement, FOR-
• Loi n°11-03 promulguée par le dahir n°1- TIN E. (1998), Effets redistributifs d’une
03-59 du 12 mai 2003, «Loi relative à la pro- écotaxe : présentation et analyse des ré-
tection et à la mise en valeur de l’environ- sultats du modèle IMACLIM.
nement», Mai 2003 • Chambre de commerce et d’industrie
• Décret n° 2-04-564 du 5 kaada 1429 (4 de Paris, Commission de l’aménagement
novembre 2008) fixant les modalités d’or- régional, de l’environnement, du tourisme

REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT >>> 99


DOSSIER

et des transports, BRUNET M. (Septembre • OCDE (2003), La performance environ-


1999), Fiscalité environnementale : se limi- nementale des marchés publics, OCDE,
ter à encourager l’écologie et l’innovation. Paris.
• Godard O. et Le Cacheux J. (20 Mai • PNUD-FEM (1998),”Changements Clima-
2009): « La fiscalité écologique ». tiques et Ressources en Eau dans les pays
• Monpion Anne, (2007), “Le Principe Pol- du Maghreb, Algérie - Maroc - Tunisie, en-
lueur et L’Activité Agricole dans l’union jeux et perspectives”, Projet RAB/94/G31.
Européenne”, Thèse du doctorat, Univer- • Trésorerie Générale du Royaume – Bul-
sité de Limoges, France. letin mensuel de statistiques des finances
• OCDE (2011), Les politiques de soutien à locales – Décembre 2013
l’éco-innovation, OCDE, Paris. • www.developpement-durable.gouv.fr
• OCDE (2001), Les taxes liées à l’envi- • www.tax.gov.ma
ronnement dans les pays de l’OCDE : Pro- • www.environnement.gov.ma
blèmes et stratégies, OCDE, Paris.

100 <<< REVUE MAROCAINE DES SCIENCES DE MANAGEMENT


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