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Série « annales »

ANNALES 2017
DE LA BANQUE
D’ÉPREUVES
COMMUNES CCIR
SUJETS ET CORRIGÉS

HEC

ESSEC

ESCP EUROPE

EM LYON

EDHEC

ESC

IÉNA

Avec le soutien de l’ISC Paris

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Le mot
ESPACE PRÉPAS
Aucun candidat à ­l’intégration des Grandes Écoles de management ne peut
se passer ­d’un travail autour des épreuves tombées au(x) concours précé-
dent(s). Aucun préparationnaire ne doit passer à côté de cette nouvelle édition
des Annales BCE ! Le présent ouvrage propose une sélection de corrigés du
concours 2017, un must pour accompagner les derniers mois de préparation
avant les écrits du printemps prochain.
Faites-­en un compagnon de route pour vous familiariser avec les épreuves,
leurs formulations, les consignes associées. Intéressez-­vous au côté technique
du concours, aux conditions dans lesquelles il se déroule et aux attentes des
écoles. Cela vous évitera les surprises, les doutes et le hors-­piste au moment
de composer. Il est important d ­ ’anticiper ce volet dans vos révisions avec vos
professeurs également. Arrivez dans la salle ­d’examen en sachant ce que ­l’on
attend de vous.
Pour vous mettre en condition, ­l’équipe ­d’Espace Prépas et des éditions
Studyrama ont rassemblé un panel de sujets le plus représentatif de la diver-
sité et de ­l’exigence du concours : toutes les voies, toutes les matières et tous
les fournisseurs d ­ ’épreuves sont présents. Tous les corrigés sont réalisés par
des professeurs de classes préparatoires qui ne manquent pas, lorsque cela
est nécessaire, de commenter le sujet et leurs propositions de correction. Pour
une immersion maximale dans la préparation au concours, doublée ­d’une prise
de recul bienvenue.
Remercions ces professeurs, dont un certain nombre écrit également pour la
revue Espace Prépas. Avec eux, nous explorons le thème de culture générale,
nous décortiquons ­l’actualité géopolitique, nous parlons méthodologie dans
chacun des 5 numéros paraissant dans l­’année. Espace Prépas réunit également
toutes les informations importantes au sujet des business schools que vous vous
apprêtez à intégrer. ­C’est ­d’ailleurs avec le soutien de ­l’une ­d’entre elle, ­l’ISC
Paris, que nous réalisons cet ouvrage qui vous sera définitivement utile cette
année pour tout savoir sur le concours BCE. Seul point tenu secret : ­l’intitulé
des prochains sujets ! Bon courage et bonne réussite à vous.

Stéphanie Ouezman
Rédactrice en chef ­d’Espace Prépas

Pour lire Espace Prépas

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Sommaire
Le mot d’Espace Prépas 3
Coefficients et cooptation
les épreuves du concours ISC Paris 2017 7
Présentation de l’ISC Paris 9

Épreuves communes

CULTURE GÉNÉRALE
Épreuve EM LYON 14
Épreuve EDHEC-ESSEC 21
RÉSUMÉ DE TEXTE
Épreuve HEC 29
LANGUE VIVANTE 1
Anglais IENA 37
Anglais ELVi 41
Allemand IENA 47
Allemand ELVi 51
Espagnol IENA 57
Espagnol ELVi 61
Italien IENA 67
LANGUE VIVANTE 2
Anglais IENA 71
Anglais ELVi 75
Allemand IENA 79
Allemand ELVi 82
Espagnol IENA 86
Espagnol ELVi 90
Italien IENA 94

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Option scientifique

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


DU MONDE CONTEMPORAIN
Épreuve ESCP Europe 97
Épreuve ESSEC 111
MATHÉMATIQUES
Épreuve EM LYON 124
Épreuve ESSEC 150
Épreuve HEC 178
MATHÉMATIQUES II
Épreuve HEC/ESCP Europe 216

Option économique

ÉCONOMIE, SOCIOLOGIE ET HISTOIRE


DU MONDE CONTEMPORAIN
Épreuve ESSEC 233
Épreuve ESCP Europe 242
MATHÉMATIQUES
Épreuve EM LYON 251
Épreuve EDHEC 270

Option technologique

ÉCONOMIE
Épreuve ESC 292
Épreuve ESSEC 307
DROIT
Épreuve ESC 336
Épreuve ESSEC 346
MATHÉMATIQUES
Épreuve ESCP Europe 355
Épreuve ESC 372
RÉSUMÉ DE TEXTE
Épreuve ESC 387

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iscparis.com

Préparez vos écrits et retrouvez gratuitement


toutes les annales depuis 2006 sur notre site internet.

LAISSEZ-VOUS
SURPRENDRE
PAR VOTRE FUTUR

LES ÉPREUVES ISC PARIS DU CONCOURS 2018

PRÉSENTATION DE L’ISC PARIS

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ÉPREUVES ÉCRITES ET COEFFICIENTS
ISC PARIS
AUX CONCOURS 2018
OPTION SCIENTIFIQUE Concepteur Coefficient Durée
Dissertation de culture générale EM LYON 5 4h
Contraction de texte HEC 3 3h
Mathématiques EM LYON 4 4h
Langue vivante I IÉNA 8 4h
Langue vivante II IÉNA 5 3h
Histoire, géographie et géopolitique du monde
ESCP Europe 5 4h
contemporain

OPTION ÉCONOMIQUE Concepteur Coefficient Durée


Dissertation de culture générale EM LYON 4 4h
Contraction de texte HEC 3 3h

ÉPREUVES ISC PARIS DU CONCOURS 2018


Mathématiques EM LYON 3 4h
Langue vivante I IÉNA 7 4h
Langue vivante II IÉNA 5 3h
Économie, sociologie et histoire du monde
ESCP Europe 8 4h
contemporain

OPTION TECHNOLOGIQUE Concepteur Coefficient Durée


Dissertation de culture générale ESC 3 4h
Résumé de texte ESC 3 3h
Mathématiques ESC 3 4h
Langue vivante I IÉNA 4 4h
Langue vivante II IÉNA 3 3h
Économie/ Droit ESC 5 4h
Management et Gestion de l’entreprise ESC 9 4h

OPTION A/L Ulm et ENS Lyon Concepteur Coefficient Durée


Contraction de texte HEC 3 3h
Langue vivante I IÉNA 7 4h
Langue vivante II IÉNA 5 3h
Moyenne concours ENS 15

OPTION B/L Concepteur Coefficient Durée


Contraction de texte HEC 3 3h
Dissertation littéraire ESSEC 5 4h
Dissertation philosophique HEC 4 4h
Histoire ou géographie ESCP Europe 4 4h
Langue vivante I IÉNA 5 4h
Langue vivante II IÉNA 3 3h
Épreuve à options ESSEC 6 4h

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ISC PARIS
22, boulevard du Fort de Vaux
75017 Paris
Tél. : 01 40 53 99 99
Fax. : 01 40 53 98 98
Internet : www.iscparis.com
E-mail : ltheulier@iscparis.com

LAISSEZ-VOUS SURPRENDRE
PAR VOTRE FUTUR

I NTERLOCUTEURS

Président du groupe :  Yves Hinnekint


Directeur Général :  Henry Buzy-Cazaux
Directeur Général adjoint / Académie et Recherche :  Tamym Abdessemed
Directeur des Programmes : Thierry Delécolle
Directrice du Programme Grande École : Bianca Lauret
Directeur des Relations Entreprises/Relation Alumni :  Martine Verbrugghe
Directeur Entreprises Étudiantes :  Pierre Barreaud

I NFORMATIONS GÉNÉRALES

Principaux repères
Une formation académique, internationale et professionnelle sur 3 ans
• Création : 1963 (association loi 1901) ;

PRÉSENTATION DE L’ISC PARIS


• Situation  : Paris, ville privilégiée pour l’emploi, les stages, les partenariats ;
• Reconnaissance par l’État : 1969, Diplôme visé à Bac+5 par le Ministère de
l’Éducation Nationale et conférant le Grade de Master ;
• Membre de la Conférence des Grandes Écoles ;
• Membre du Chapitre des Écoles de Management ;
• Accréditée AACSB ;
• Membre de l’EFMD (European Foundation for Management Development) ;
• Membre de l’UGEI (Union des Grandes Écoles Indépendantes) ;
• Membre de la FNEGE (Fondation Nationale pour l’Enseignement et la Gestion
des Entreprises) ;
• Membre de l’EAIE (European Association for International Education) ;
• Membre de la NAFSA (Association for International Educators) ;
• Membre de Campus France ;
• Labellisée EESPIG (établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général)

Quelques chiffres
• 2 400 étudiants ;
• 55 professeurs permanents et enseignants chercheurs et 300 professionnels
d’entreprises ;
• De nombreuses spécialisations et doubles diplômes couvrant tous les domaines
(luxe, finance, management du sport, e-business, communication, …) ;
• 18 Entreprises Étudiantes (culture & arts, sports & aventures, service aux
étudiants, humanitaire) ;

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• 147 accords internationaux dans 48 pays ;
• Au minimum 12 mois de stages ;
• Plusieurs centaines d’entreprises et organismes partenaires ;
• 40 000  € de salaire annuel au 1 er emploi ;
• Plus de 17 000 anciens élèves.

Frais de scolarité : 11 300 € pour l’année scolaire 2016-2017 (frais réévalués


chaque année).
Financement des études : bourses d’État, bourses ISC Paris (de 500 à
1 600  €), prêts bancaires à taux préférentiels. Job service interne (ISC Network,
missions rémunérées 10 € de l’heure), alternance, emploi du temps aménagé
et contrat de professionnalisation possible.

L
AISSEZ-VOUS SURPRENDRE PAR VOTRE FUTUR

Dans un monde interpellé par la globalisation de l’économie, les multiples


changements du système économique et social, les évolutions technologiques
incessantes, la mission de l’ISC Paris est d’assurer aux élèves sélectionnés une
formation généraliste au management, de haut niveau académique assise sur
une activité de recherche diversifiée, réellement professionnalisante et condui-
sant à une insertion professionnelle de qualité.

Dans le cadre de cette formation, l’ISC Paris se donne aussi pour mission :

• d’accompagner les élèves à devenir acteurs responsables de leur forma-


tion et de l’acquisition de leurs connaissances, à construire leur identité
professionnelle et à développer leur capacité à donner du sens au travail.
PRÉSENTATION DE L’ISC PARIS

• de développer les capacités décisionnelles des élèves par une pédagogie de
l’action stimulant l’esprit d’entreprise, par la mise en œuvre d’enseignements
transversaux et par l’acquisition d’une bonne pratique des réseaux.
• d e conduire des activités de recherche diversifiée : recherche à visée
managériale, à visées théoriques et à visée pédagogique.
• d’encourager les élèves à la prise de risque en milieu complexe et incertain,
en leur donnant le goût de l’entrepreneuriat, et en développant leurs capacités
d’analyse et de synthèse, de créativité et d’innovation, de prise de décision.
• de construire des communautés apprenantes favorables à l’apprentissage
collaboratif, source d’intelligence collective et de création de valeur.
• de préparer les élèves à la conduite du changement par l’hybridation des
savoirs, par la capacité à l’approche globale des problématiques de l’entre-
prise, par l’ouverture d’esprit et la culture générale, par le développement du
leadership.
• de prédisposer les élèves à assurer des responsabilités professionnelles dans
un environnement international par une exposition aux réalités internationales
et une approche multiculturelle du management.
• d’amener les élèves à prendre conscience des exigences de l’éthique des
affaires, de la responsabilité sociale de l’entreprise et de créer les conditions
favorables d’une pratique de l’altérité, du respect de l’autre et de la solidarité.

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Devenir expert et trouver sa voie

Objectif : dispenser une formation académique de qualité et personnalisée.

Marketing, droit, communication, gestion… avec 44 matières à valider au cours


de vos deux premières années d’études, vous aurez la possibilité d’acquérir
les connaissances nécessaires pour mener à bien les principales missions d’un
manager : définir une stratégie marketing et commerciale, diriger une équipe,
gérer un budget…
Cette polyvalence et cette pluridisciplinarité, fortement appréciées des recru-
teurs, seront complétées par 5 pré-spécialisations au choix.
En 3e année, entre 300 à 350 heures de spécialisation, vous maîtriserez parfai-
tement l’un de nos domaines d’expertise. De la finance au marketing, du luxe
aux nouvelles technologies, des ressources humaines à l’international, chacun
pourra trouver le domaine de compétence qui conviendra le plus à sa vocation.
Ces spécialisations construites comme de véritables Masters vous ouvriront
les portes des recruteurs les plus exigeants.

Les spécialisations et doubles diplômes de 3e année

MARKETING/COMMUNICATION ET RELATIONS COMMERCIALES


- Management des relations commerciales
- Marketing digital et e-business
- Marketing stratégie
- Marketing communication
- Marketing management des industries créatives
- Marketing management des industries du luxe
- Marketing et Management du Sport
- Management des études Marketing et d’Opinions DD

PRÉSENTATION DE L’ISC PARIS


MANAGEMENT
- Entrepreneuriat
- Innovation in European Business DD
- Management des Systèmes d’Information
- Management et Marketing des Technologies de l’information
et de la communication DD
- Achats et Supply Chain Management
- International Business and Management
- Management des Ressources Humaines
- Manageur-Ingénieur (EFREI) DD
- Sustainable development and global quality Management DD
- Organisation et conduite du changement DD
- Business Intelligence DD
- Information system and cloud engineering DD

FINANCE ET AUDIT
- Expertise Juridique et Fiscale / Ingénierie du Patrimoine DD
- Finance
- Gestion des Risques Financiers DD
- Gestion des Instruments Financiers DD
- Expertise Audit et Contrôle (validation de 5 épreuves sur 7 du diplôme DSCG)

DD = Double diplôme

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Mettre le cap sur l’international pour s’ouvrir au monde

Objectif : vous ouvrir les portes de l’international.

Conscient du caractère primordial des langues sur le marché du travail, l’ISC


Paris vous offre la possibilité d’étudier jusqu’à trois langues étrangères.

C’est pour vous une triple opportunité :

• Perfectionner votre niveau en anglais, langue des affaires par excellence, et


valider une qualification officielle (TOEFL et/ou TOEIC). À l’ISC Paris, les meil-
leurs étudiants en anglais pourront suivre un cursus bilingue et International ;
• Renforcer vos compétences dans une 2e langue déjà étudiée ou en
découvrir une nouvelle ;
• S’ouvrir à des cultures plus originales, avec la possibilité de choisir une
3e langue (arabe, chinois, coréen, espagnol, italien, japonais, portugais,
russe…) afin de vous préparer à aborder les nouveaux marchés en pleine
effervescence !
Au-delà de votre niveau linguistique, ce sont vos expériences réelles à
l’international qui feront la différence aux yeux des recruteurs.
À l’ISC Paris, vous aurez la possibilité en 1re année de faire un stage de
4 mois à l’international ; en 2e ou 3e année de partir 1 ou 2 semestres
chez un de nos partenaires avec la possibilité d’un diplôme de l’univer-
sité d’accueil ; d’effectuer un stage de 6 à 8 mois à l’étranger et enfin de
suivre un MBA en 4e année !
Pour ceux dont l’objectif professionnel n’est pas orienté vers l’international,
il faudra néanmoins valider le « passeport international » en validant le
TOEIC avec un score minimum de 785 points et/ou son TOEFL à 90 points,
et vivre au moins une expérience à l’international : lors d’un stage de
PRÉSENTATION DE L’ISC PARIS

16  semaines minimum et/ou lors d’un échange dans l’une de nos
147 universités partenaires dans 48 pays.

S’immerger en entreprise et devenir professionnel

Objectif : faire de l’entreprise un lieu d’acquisition des compétences.

Lors de vos recherches de stages et d’emplois, les recruteurs seront particu-


lièrement attentifs à vos expériences professionnelles. En bref : à ce que vous
savez faire !
L’ISC Paris a donc développé sa pédagogie autour de l’acquisition d’ex-
périences, en proposant 12 à 26 mois de stage au cours des trois années.
Ces expériences de terrain vous permettront d’appréhender les missions
d’entreprises, de tester différents secteurs d’activités et d’acquérir des
compétences professionnelles. De plus, vous pourrez choisir de passer
12 mois en entreprise entre votre 2e et 3e année, c’est l’année d’expérience
professionnelle. Pour vous aider à aborder ces stages de façon efficace et
professionnelle, vous bénéficierez d’un coaching personnalisé.
Autre atout : vous profiterez à Paris, d’une situation géographique exception-
nelle, qui vous donnera accès à un important réseau d’entreprises dans des
domaines d’activités variés.

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Des moyens mis en place pour accompagner la recherche de stage

• L’Entreprise Étudiante, Partner ISC, propose à tous les étudiants de l’école


des offres de stage en France et à l’international. L’année dernière, ce sont
près de 4 000 offres de stages qui ont été proposées.
• MyISCstage permet aux recruteurs de déposer leurs offres de stage à partir de
notre site internet et à nos étudiants de les consulter en temps réel. Cet outil
permet aussi à nos étudiants d’être en contact avec les différents recruteurs
afin d’échanger avec eux sur les missions proposées.

Des outils pour trouver son 1er emploi :

• Les forums ISC Paris : permettent deux fois dans l’année à nos étudiants de
rencontrer les entreprises qui recrutent ;
• La semaine des métiers et la quinzaine des secteurs d’activité ;
• Les ateliers CV/emploi ;
• CV des jeunes diplômés en ligne, consultables par les entreprises ;
• La rédaction et la soutenance d’un projet professionnel pour chaque étudiant
de 3e année ;
• Un réseau actif de plus de 17 000 anciens ;
• Plus de 3 000 offres d’emploi déposées par an ;
• 11e au classement des meilleures universités et écoles en France pour l’employa-
bilité des diplômés (Times Higher Education – novembre 2016) ;
• Une nouvelle plateforme exclusive en partenariat avec Job Teaser.

Un pédagogie par l’action : « Entreprendre pour Apprendre »

Objectif : créer un pont entre connaissances et expérience professionnelle grâce


à l’univers des Entreprises Étudiantes.

PRÉSENTATION DE L’ISC PARIS


Dès votre première année, et pendant toute votre scolarité, vous pourrez
allier formation académique et missions réalisées au sein de votre Entreprise
Étudiante. L’intérêt premier de cette « alternance » est de vous permettre
d’appliquer l’ensemble des connaissances enseignées en cours lors de missions
d’entreprises réelles.
Point d’orgue du parcours, les Entreprises Étudiantes vous obligeront à
gérer un emploi du temps conséquent, à l’image des managers en activité. Des
expériences qui vous apprendront à vous organiser, à planifier, à déléguer,
à anticiper… des qualités attendues par les entreprises.

Depuis plus de 50 ans, l’ISC Paris accompagne


ses élèves sur le chemin de la réussite.

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S UJET

CULTURE GÉNÉRALE
Durée : 4 heures.

– La dissertation devra être précise et concise. Elle ne devrait pas


EM excéder 6 à 7 pages, les dépassements ne pouvant se justifier que par
LYON
une qualité exceptionnelle.
– La note tiendra compte de la présentation, du style, de la correction
de la langue et de ­l’orthographe. Au-­delà de 5 fautes ­d’orthographe
et de syntaxe, il y aura pénalisation automatique et progressive.
– Les candidats ne doivent faire usage d­ ’aucun document, l­ ’utilisation
de tout matériel ­n’est pas autorisée.

S
UJET

DISSERTATION

Une parole peut-­elle faire évènement ?


S

C ORRIGÉ
Par Tony Brachet, agrégé de philosophie, E.N.S. St-­Cloud, correcteur aux
concours des Grandes Écoles de commerce.

« Entre le vide et ­l’évènement pur,


­J’attends ­l’écho de ma grandeur interne
Eco. techno. Khâgne

Amère, sombre et sonore citerne,


Sonnant dans ­l’âme un creux toujours futur ».

Ces vers du Cimetière marin ouvrent commodément le beau sujet de ­l’EM


Lyon. Louons-­en, cette année encore, le « classicisme », sans en exclure la
difficulté. S
­ ’il semble, en effet, aisé de « cibler » ­l’évènement q
­ u’une parole –
CULTURE GÉNÉRALE

poétique, politique ou amoureuse – est ou constitue, il ­l’est autrement moins


de décrire celui ­qu’elle détermine, en tant que jurisprudence par exemple,
ou encore dans la philosophie, ­lorsqu’elle fait École.

Événement a en effet deux sens bien tranchés. Soit il surgit en tant que telle
parole dans un monde auquel elle ­n’appartenait pas encore, soit il advient
comme conséquence de cette parole et il convient dès lors de doter cette
dernière ­d’une sorte de « causalité ». Les complications, autrement dit notre
problématique, commencent ici.

La causalité est en général ­d’ordre matériel – rappelons ce titre de Léon


S cient.

Brunschvicg : ­L’expérience humaine et la causalité physique. On parle ainsi


­d’évènement ­lorsqu’une particule « apparaît » ou « disparaît » – un photon,
un électron – dans des processus bien connus et répétables ; mais aussi, et

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cette fois avec force paroles, l­orsqu’une nouvelle « structure physique » est
détectée, voire attendue « en théorie » dans un accélérateur.
EM
Cet évènement, dont une parole est constitutive – « ­j’ai trouvé le boson de
LYON
Higgs ! » – cesse alors ­d’être seulement un « fait » à la première ou deuxième
occurrence duquel nous venons ­d’assister. Il appartient désormais à ­l’Histoire,
cette « phrase qui reflète la réalité, mais ­qu’on ­n’avait jamais dite auparavant »
­s’il faut en croire un certain commentateur de Hegel.

C ORRIGÉ
Du fait pourtant de la finitude de ce processus – l­’Histoire, que ce philosophe
dit n ­ u’un discours : « Il se produit toujours des évènements, mais on
­ ’être q
ne peut plus rien en dire de nouveau. »
La « fin de ­l’histoire » serait donc le temps des évènements sans paroles, se
répétant à la façon ­d’un fait physique.

Cette citation, qui épouse parfaitement notre sujet, va même en constituer


la trame.

Nous définirons l­’Histoire – soit l­’ensemble des évènements qui ne constituent


pas des faits naturels – comme ­l’effet ­d’une « causalité parlante » comparable
à la « causalité finale » ­d’Aristote, ou à la « causalité psychique » de Lacan –
comme ­l’« intégrale » des évènements de parole, ou évènements communs.
Puis nous montrerons que les évènements sus-­désignés, parvenus par
la répétition, à leur propre « concept », « perdurent », en se détachant des
paroles qui ont présidé à leur émergence, en tant q ­ u’évènements banalisés,
se rapprochant tendanciellement des faits bruts.
Enfin nous nous demanderons si nous sommes bien fondés à suivre dans
leur approche métaphorique du fait de parole, dont ils déduisent l­’évènement
– que ce soit au titre du signifiant ou bien du signifié – des auteurs tels que
Derrida ou Kojève, et si certains faits culturels, ­d’ordre artistique, affectif ou
religieux, ne méritent pas au contraire le nom ­d’évènements purs, avec ou
sans paroles.
Eco. techno. Khâgne

Les évènements constituent, tous ensemble, l­’Histoire, et celle-­ci peut


être conçue comme le déploiement multiple ­d’une Parole.

Les évènements constituent ­l’Histoire. Celle-­ci ­n’est pas un ensemble de


faits « naturels ». On peut même, en toute rigueur, hésiter à parler ­d’«  Histoire
de ­l’Univers » ou ­d’« Histoire des espèces », ­c’est-­à‑dire de ce qui ne parle
CULTURE GÉNÉRALE

pas comme ­d’un évènement, plutôt que ­d’un fait physique – répétitif – ou
à ­l’inverse ­d’un fait biologique – « silencieux ».
­L’histoire humaine peut être définie à partir de tout évènement fait parole – à
condition ­qu’il y en ait au moins deux. Parole prophétique, parole de tribun
même vox populi – quand la voix reflète une voix singulière, non certes les
cris ­d’une émeute ou les applaudissements du cirque, paroles retournées
à la voix.
Les paroles, disposées ensemble, sont élevées au récit, dont Paul Ricoeur
ou Paul Veyne, après tant ­d’autres, nous ont appris combien il est malaisé
de le distinguer de l­’histoire. Un récit – tel que la Guerre des Gaules – est
parole une ou, comme dans une nouvelle littéraire, s­ ’opposent le début et la
S cient.

fin ou « chute ». Deux évènements au moins y constituent comme le précise


Hjelmslev, un seul signifiant textuel, comparable à ces paroles isolées et
singulières : Veni, vidi, vici, relatives à une autre campagne de César.

ANNALES CCIR 2017-2018 l 15

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­ ’Histoire est donc bien une « phrase » – toujours singulière puisque ­l’on se
L
trouve toujours en un moment (et un lieu) déterminé du récit ­qu’elle constitue
EM
en sa totalité. On songe à Chomsky, à ceci près que la créativité de la
LYON
phrase, ou des paroles, est attribuée par notre philosophe à la sous-­jacence
­d’un discours. Ainsi Kojève, dans le même texte, évoque le « début de la
phrase », ­qu’il situe en Grèce ancienne – en écartant la pensée orientale, au
motif ­qu’elle ne serait ­qu’une répétition radicalisée de ce même « début ».
C ORRIGÉ

Une phrase, des paroles ou même des mots ne constituent pas un discours
au sens contemporain, par exemple, de Foucault ou de Lacan. Les phrases
qui déterminent ­l’Histoire – les phrases-­évènements, pourrait-­on dire –
possèdent, en effet, un caractère discontinu, quand bien même on les
rapporterait, comme Chomsky, à la même « capacité phrastique » et au
mépris de la diversité des langues. Les paroles sont pourtant, par impos-
sible, disséminées q ­ u’elles sont dans ­l’espace et le temps, « plus multiples »
que ces dernières.
On serait ici tenté de conclure, comme Descartes, à la négation de l­’Histoire,
en reléguant les « évènements » dans un imaginaire fait ­d’identification et de
récit. Ainsi, Cournot oppose-­t‑il, à ­l’histoire comprise comme succession de
singularités évènementielles observables – le monde ­d’Ockham en quelque
sorte –, la science des faits répétables, dont on sait ­aujourd’hui ­qu’ils ne
sont, à ­l’échelle humaine, ni simultanés, ni successifs.
Les « évènements » du monde physique – ainsi, la « création » ou plutôt
­l’émergence ­d’une paire de particules telles que le couple électron-­positron,
suivie de son « annihilation » ou disparition – constituent, en dépit de leur
caractère « spectaculaire » pour l­’observateur, qui n ­ ’en perçoit d
­ ’ailleurs que
les signes, un « non-­évènement », faute de parole pour les accompagner
au-­delà du constat de leur mesure qui ­n’est ­d’ailleurs ­qu’une trace matérielle
ou un simple enregistrement.

­L’évènement physique, dé-­qualifié par la quantification, se réduit ainsi au fait.


Tous les évènements que l­’on rattache au monde humain sont a contrario
Eco. techno. Khâgne

irréversibles, q
­ u’on les considère comme faits réels ou faits de récit. Le Christ
de Tacite, Vico ou Voltaire appartient à ­l’Histoire aussi bien par toutes les
paraboles que rapportent de manière plausible les « Synoptiques » que par
les dogmes dirimants (Incarnation, Double Nature, Double Volonté) érigés
à son sujet par les religions, schismes et hérésies.
Avant que le « discours théologique » – catholique – en fasse une énigme –
CULTURE GÉNÉRALE

un évènement ininterprétable en vérité –, Jésus, « Fils de ­l’Homme », est un


évènement de parole, tant par le nom que lui confère le récit et par lequel
nous le résumons, que par chacune de ses paroles – métaphores, métony-
mies ou paraboles – que les Évangiles en rapportent, et ceci, tant pour le
croyant que pour ­l’athée.

Rares – autant que singulières – sont toutefois les paroles qui ne font
évènement que par elles-­mêmes. Il convient de distinguer deux sortes
­d’évènements, comme aussi deux sortes de paroles.

On soupçonne certes – pour ce ­qu’il en est de Jésus – que la parabole du


S cient.

fils prodigue, ou celle de l­’ouvrier de la onzième heure ont « circulé » plus


tôt encore dans les différentes communautés, et non moins que le récit de
la Résurrection, qui ne fait pourtant pas pour tous Événement au sens où il

16 l ANNALES CCIR 2017-2018

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ne reflète pas pour eux la réalité. Une croyance en effet, non moins ­qu’une
« œuvre » – peut aussi « faire évènement ». Elle n­ ’en est pas moins constituée
EM
par une parole – un dogme, ou la répétition ­d’un récit.
LYON
­L’Histoire – voire, la microhistoire que veut y voir un Carlo Ginzburg, à laquelle
­l’on pourrait faudrait ajouter une « mésohistoire » collective et « structurale » –
est faite ­d’évènements qui sont faits par des paroles. Certains, redisons-­le,
sont des paroles : ainsi, une parabole fait évènement dans la mesure où elle

C ORRIGÉ
est un récit ; ­d’autres en supposent seulement et ­n’accèdent à ­l’historicité
que par le récit, ou la répétition que ­l’on en fait.

Dans la « grande Histoire » – la macrohistoire –, ­l’Appel du 18 juin – si


fréquemment cité alors que sa force perlocutoire n ­ ’a atteint, affirment
unanimement les historiens, que peu d ­ ’auditeurs étend pourtant, sa force
illocutoire ­jusqu’à ­l’écrasante Constitution de 1958 et au discutable « Coup
­d’État permanent » dont ­l’affublera un rival historique – autre phrase –
évènement, appropriée ou futile selon l­’interprétation que l­’on donnera, par
exemple, de son article 16.
Le Général de Gaulle a fait évènement de chacune de ses paroles, des
propositions d ­ ’« armée de métier » – vainement suggérées, en tant que simple
colonel en 1934, à Paul Reynaud qui s­ ’y rallia, puis à Blum – à ­l’Appel,
parole-­évènement rétroactive (ou de performativité inverse q ­ u’Aristote ou
Kant auraient dit de « causalité finale » voire, pour le second, providentielle)
puis aux déclarations contemporaines de son exercice du pouvoir.

Nous en relèverons de trois types :

« Vive le Québec-­libre ! » constitue un évènement de parole par la person-


nalité et les fonctions du Général – sinon, ce ne serait q ­ u’une u-­chronie ;
« Il faut – en 1968 – que les étudiants étudient et que les boulangers
boulangent » relève ­d’un fin politique, conscient ­qu’un discours peut lier
conjoncturellement la société aussi sûrement que la religion le fait selon
Eco. techno. Khâgne

Durkheim. La  phrase-­évènement institue un consensus que ­l’Histoire


a matérialisé avec succès, là où la déclaration sur le Québec opérait par le
dissensus.
Edgar Faure affirmait dix ans plus tard dans une intervention télévisée :
« Il faut ajouter aux voix de la droite les voix de tous ceux qui ont voté
à gauche en espérant que la droite conserverait le pouvoir. » Tel de Gaulle
CULTURE GÉNÉRALE

encourageant dans le « subliminal » et à contre-­courant de ­l’Histoire tous


ceux des Québecois qui redouteraient d ­ ’acquérir réellement l­’indépendance
– « sabrant » ainsi les espérances des indépendantistes véritables – Faure
interpellait ainsi ­l’inconscient conservateur des majorités de gauche.
Enfin, l­’impérissable et gaullien : « Je salue Fécamp, port de mer et qui
entend le rester » – on ­n’a jamais vu un port prendre la mer – constitue
un « canular » digne du « normalien sachant écrire » que le Général affirma
vouloir recruter (rappelons que ce fut Georges Pompidou) pour diriger son
Cabinet. La déclaration de Fécamp ­n’est déterminante ni pour ses marins
– dont on ne sait si elle a pu contribuer à encourager les vélléités syndica-
listes – ni pour la France, mais elle pourrait appartenir à ­l’histoire littéraire,
S cient.

avec la plupart des boutades de cet « évènement phrastique permanent »,


si ­l’on peut dire, ­qu’a constitué, par sa propre personnalité et son talent,
le père de ­l’« armée de métier ».

ANNALES CCIR 2017-2018 l 17

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Lorsqu’un évènement se réduit ainsi à son support phrastique, il devient
un mot ­d’esprit. Il n ­ ’est plus une création libre – ce q ­ u’il était la première
EM
fois – mais un matériau pour la parole. Il se confond alors, dans le registre
LYON
dit comique, avec sa propre répétition, celle par exemple d ­ ’Henri Tisot,
célèbre imitateur du Général. Les mêmes évènements, écrit encore Marx,
se répètent deux fois dans ­l’Histoire, la seconde sur le mode comique. Il
y a alors répétition ­d’une différence et effet de parodie : ainsi, Napoléon III,
C ORRIGÉ

dit par Hugo « Le-­petit » – et dont ­l’historien n


­ ’est d
­ ’ailleurs plus certain q­ u’il
soit bien le neveu du Grand.
Nous n ­ ’imaginons guère d ­ ’ailleurs, en dépit de toutes les fascinations
­qu’exerce encore l­’Empereur, un Napoléon V – succédant par exemple
à une « Sixième République ». Ce qui reste toujours possible – parce que
non contradictoire – devient improbable avec le temps. La répétition de
­l’évènement, marque de la différance dans la parole l­’entraîne vers une
éternité de comédie. Dans « ­l’Ère du Vide » de Lipotevsky, ou mieux dans
« ­l’Ère de ­l’éphémère  » :

Il se produit toujours des évènements, mais on ne peut plus rien en


dire de nouveau, car « les mots eux-­mêmes y manquent », suppléés
par le geste et la figuration, et relayés seulement par des paroles ­d’un
« troisième type ».

Le commentateur discuté d ­ ’Hegel que nous citions, et que croise ici


Lipotevsky, ne parle pas de « non-­évènement  » comme certain « structu-
raliste » dont il se moque dans le même texte (il s­ ’agit de Foucault) mais
seulement ­d’évènements ne suscitant plus de paroles nouvelles, ou dont la
différence ne peut plus être marquée dans la parole. Dans le style derridien,
ces évènements ne font plus différance avec un a – ou ne sont plus relayés
dans ­l’Histoire passée ou future – faute, selon Kojève, de « phrases » pour
signaler ce relais.
Eco. techno. Khâgne

« Le premier qui compara une femme à une rose, ­c’est un poète, le second
fut un imbécile ». La plus simple manière, dans notre histoire personnelle,
de redire la sottise stigmatisée par Nerval, réside dans le «  je ­t’aime »
réitéré dans ­l’angoisse ou ­l’obsession, alors ­qu’il est constitutif, « la toute
première fois » – sous réserve de réciprocité – de ­l’entrée dans une « histoire
­d’amour » : ­c’est-­à‑dire une série singulière ­d’évènements « partagés », inter-
CULTURE GÉNÉRALE

férant, comme ­l’écrit Cournot de la causalité, avec une autre série.


La parole amoureuse – ce ­n’est pas encore le discours amoureux mis en
fiches par Barthes – n ­ ’est constitutive d ­ ’une histoire sous la condition de
­l’interférence. Si ma parole demeure sans écho – fût-­ce le rejet – elle ne
relève que de la « série » subjective, fantasmatique, de mon seul vécu ; elle
ne fait évènement que pour moi, non pour ­l’autre, pour qui elle demeurera
« non-­évènement » dans sa vie propre.
Même dans la mienne, cette parole ­d’amour non reçue, mais que je ­n’aurai
pu taire, constitue, plus q ­ u’un évènement, un fait psychique « réversible »,
car frappé de la modalité ­d’un « ­n’avoir-­pas-du-­avoir-lieu » – que seule la
puissance ­d’un Mallarmé pourrait décrire, et la finesse ­d’un Jankélévitch,
S cient.

penser. À moins que mon aveu n ­ ’ait déjà été un « bilan ­d’irréversibilité », un
« je ­t’aimais » comme aveu ­d’un échec, ­d’un simple désir de désirer, d ­ ’une
nostalgie qui ­n’est « déjà plus ce ­qu’elle était ».

18 l ANNALES CCIR 2017-2018

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Une parole ne fait donc évènement que moyennant un certain nombre de
conditions. Enumérons-­les, à la suite d ­ ’Alain Badiou. Un évènement – et
EM
donc aussi la parole qui l­’institue comme tel – doit être auto-­référent, et par
LYON
impossible, au sens mathématique, « auto-­appartenant », ce qui implique
­qu’il soit indexé à une théorie des ensembles « non-­standard » où ce type
­d’écriture a appartient à a ne soit pas interdite. Un évènement ­s’appartient
à lui-­même, ou bien est « singulier ».

C ORRIGÉ
Un évènement est encore la « réunion » de lui-­même et ­d’un ensemble de
conditions, dont le nombre ne saurait être précisé, et qui constituent avec
lui ­l’ensemble de ses parties. Il est donc à la fois élément et sous-­ensemble,
multiple et singulier, produit de ses conditions qui ­l’incluent et libre surgis-
sement en leur sein. Quand les conditions sont données, la chose émerge
à ­l’existence. Il en est ainsi de l­’évènement politique comme de l­’évènement
amoureux : sans cesser de ­s’appartenir, ­l’individu devient partie ­d’un couple.

Dans son célèbre travail sur La Méditerranée et Le monde méditerranéen


à ­l’époque de Philippe II, Fernand Braudel décrit longuement – intermi-
nablement aux yeux de ses détracteurs – les conditions géographiques
et humaines des grandes séquences évènementielles de l­’époque, en les
qualifiant de « brillantes et superficielles ». On lui a ainsi reproché – au sujet
de la bataille de Lépante de 1571, qui scelle le glas de l­’expansionnisme
ottoman – de ­s’attacher davantage aux conséquences ­qu’au récit.
Une conséquence est, nous l­’avons vu, une sorte de condition inverse dans
la « flèche du temps ». ­L’évènement, scellé par une phrase – serait-­ce le
dernier mot du coureur de Marathon par exemple – ­s’enracine dans deux
autres au moins dont ­l’une, ici la déclaration de guerre et l­’autre, le règle-
ment du conflit. Là où ces phrases viennent à manquer, l­’évènement est
« sans condition » ni « conséquence », et, à ­l’instar de la parole amoureuse
fantasmatique, il bascule dans le non-­évènement tel un « électron libre ».

La vision « globaliste » de ­l’École des Annales aboutit – dans la mesure où elle


Eco. techno. Khâgne

­ ’est pas « structuraliste » – à opposer à ­l’unité de ­l’Histoire une « poussière


n
­d’évènements  » disséminés, au sens de Derrida, sans différance ni média-
tion. Est-­ce là ce que Valéry nomme ­l’évènement pur ? Non sans doute : un
évènement pur ne peut être ­qu’unique. « Je fonde » « Je dissous  », ­s’exclame
Lacan dans son épopée parodiquement gaullienne ; et il meurt en déclarant :
« Je suis obstiné. Je disparais. » – la mort est un évènement pur.
CULTURE GÉNÉRALE

La création aussi, qui va, et inversement, du Néant à ­l’Être. Selon Thomas


­d’Aquin, Dieu crée à la fois le Monde et le Temps ­d’une seule Parole. Fiat Lux
– et Lux facta est : la création comme le premier miracle, et le pouvoir de faire
ainsi, par la Parole, évènement radical ne peut être délégué, souligne-­t‑il,
à aucune créature, même par miracle – ce miracle serait pourtant la Liberté,
« le pouvoir de commencer absolument une série », et nous basculerions de
Thomas vers Kant.

­ ’évènement de l­’École des Annales semble aux antipodes de l­’évènement


L
« sacral », qui requiert, comme l­’a montré Eliade, la répétition mythique. Il se
présente, pour citer, avant Badiou, Parménide, comme un Multiple-­sans-Un.
S cient.

Mais ­c’est là aussi la raison pour laquelle il est si « aisément » réductible à un
enchevêtrement ou une hiérarchie de structures – de la même manière que
la parole ­l’est à la langue chez Saussure – là où ne suffira plus ­l’altérité pure

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et simple des évènements profanes enchaînés par le « récit » de ­l’histoire
traditionnelle.
EM
­L’Évènement pur au contraire, « aux sources du Poème », est acheminement
LYON
vers la Parole « échappant » ainsi de la Multiplicité comme de l­’Histoire. Il
en devient Éternel et Verbe. Dieu chez Thomas est dit Esse ou acte ­d’Être,
dont ­l’évènementialité ­d’existant ­s’enracine dans son Essence sans pour
autant constituer avec elle une « preuve ontologique ». En regard, ­l’existence
C ORRIGÉ

sans essence des « êtres-­évènements » de notre singularité multiple ­n’est


que contingence.
Le Verbe est ­l’évènement ­d’Être par la Parole. Que cette Parole soit trans-
cendante ou « incarnée » ne change pas ce statut fondamental. ­C’est la
raison pour laquelle les paraboles – ­qu’on les nomme, selon les croyances,
divines ou prophétiques – constituent elles aussi des évènements purs, qui
ont statut ­d’énigmes, mais au-­delà de ces évènements sans parole que
constituent, selon Hegel, les Sphinx antiques, « symboles du symbolisme »,
ainsi que maintes manifestations de ­l’art contemporain.

Concluons. Une parole fait évènement : leurs domaines se recouvrent exac-


tement dans ­l’Histoire, Parole diffractée par la multiplicité de l­’espace et du
temps. Le jeu de la répétition libère toutefois graduellement ­l’évènement de
la parole, pour en faire ce ­qu’on peut nommer ­l’évènement brut, par oppo-
sition à ­l’évènement commun. Advient enfin le temps où il n ­ ’y a plus assez
de langage pour « faire évènement » – même sans mots – naufrage dont ne
surnagent que les « évènements purs » de ­l’amour, de la foi ou du poème.
Eco. techno. Khâgne
CULTURE GÉNÉRALE
S cient.

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S UJET
CULTURE GÉNÉRALE
Durée : 4 heures.

Il sera tenu compte des qualités de plan et ­d’exposition, ainsi que de


la correction de la langue. EDHEC
ESSEC
Les candidats ne doivent faire usage ­d’aucun document ; ­l’utilisation
de toute calculatrice et de tout matériel électronique n­ ’est pas
autorisée.

S UJET

DISSERTATION

Faire parler un texte

C ORRIGÉ
Par Gilbert Guislain, ancien élève E.N.S. Saint-CLoud et IEP, professeur
honoraire de culture générale en classes préparatoires économiques et
commerciales à Versailles et à Paris, correcteur aux concours.

Ce sujet du concours 2017, bien centré sur le thème, faisait intervenir deux
infinitifs, faire et parler qui méritaient attention et qui devaient faire réfléchir
à la question de ­l’écrit et de ­l’oral, par de multiples ouvertures à la fois
littéraires et philosophiques. Les autres sujets méritaient aussi intérêt : une
Eco. techno. Khâgne

parole peut-­elle faire événement ? (EM Lyon), la force de la parole (EDHEC-­


ESSEC), la parole libre (ESC). En contraction, était proposé un texte de
Frédéric Jullien sur le conflit et la stratégie (Le Détour et ­l’Accès, Seuil)
et en synthèse, un corpus sur le pouvoir et la morale (Rousseau, Second
Discours), Didier Fassin (La Raison humanitaire, une histoire morale du temps
présent) et Yves Michaud (Contre la bienveillance). Sujets et commentaires,
CULTURE GÉNÉRALE

rapports de jurys, figurent sur le site bce.com, à examiner de près par tous,
pour toutes matières et toutes épreuves.

La parole et le texte écrit

Faire parler comporte deux sens : comprendre et interpréter, et rendre


parlant, faire entendre la voix et les idées de ­l’auteur, avec la participation
du lecteur, lequel fait la moitié du livre.
Parole et écrit différent. En effet, ­l’usage ­d’un texte ne passe pas ­d’abord
par la parole, cette dernière est immédiate et précède l­’écriture comme le
montre Rousseau dans le Discours sur l­’origine de l­’inégalité. On apprend
S cient.

à parler avant ­d’apprendre à lire et, comme le remarque Lévi-­Strauss, les


hommes, dans la plupart des civilisations, ont pu échanger par la parole.
Cette dernière est une faculté naturelle, peu applicable à la lecture, qui est

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une faculté artificielle et qui n ­ ’exclut pas le regard, la posture, les gestes,
ce qui est hors texte. D ­ ’autre part, la parole reste fondatrice de ­l’écrit et ce
EDHEC
dernier peut enregistrer l­’oral : on recueille par écrit une parole. Des figures
ESSEC
philosophiques et religieuses, comme Socrate ou le Christ, ont prononcé des
paroles reprises par des disciples qui écrivent pour retrouver la dimension
que le message comportait à ­l’oral. ­C’est pour rendre l­’oral que le texte est
adapté. Ainsi, en retour, la parole est à ­l’origine de l­’écrit qui la valorise. Des
C ORRIGÉ

exemples littéraires, comme le français parlé, ­l’argot travaillé chez Céline


(Voyage au bout de la nuit) ou dans les dialogues ­d’Audiard, le registre
vulgaire étudié nous le montre. L ­ ’écriture est l­’expression d
­ ’une parole inté-
rieure comme le montre ­l’œuvre de Proust, sur lequel nous reviendrons
à propos de sa polémique contre Sainte-­Beuve : ­l’œuvre est-­elle ­l’expression
du moi ? Ou ­d’un autre moi ?
Faire parler un texte, est-­ce risquer ­d’en obscurcir le sens ou ­d’extraire
celui-­ci, de ­l’éclairer, au risque de projeter sur lui nos jugements ou nos
passions ? Cette démarche manifeste-­t‑elle une faiblesse du texte ou bien
du lecteur qui cède à ses interprétations sans pouvoir transcender sa
subjectivité ? Nous verrons comment il est difficile de faire parler un texte,
et comment, inversement, il est possible de le valoriser par ­l’éloquence.

Pourquoi et comment faire parler un texte : difficultés de la critique

Les ambitions de la critique littéraire


Le xixe siècle est le siècle par excellence de la critique littéraire même si,
antérieurement, Boileau au xviie siècle et Voltaire au xviiie siècle avaient déjà
porté des jugements sur des œuvres. La critique classique jugeait au nom
­d’un Beau absolu, du goût et des règles, comme Boileau (L’Art poétique) ou
­l’abbé Du Bos – Réflexion critique sur la poésie et la peinture. En revanche, le
rôle de ­l’histoire, dominant au xixe siècle, mène les critiques à ­s’interroger sur
les contextes pour faire parler les textes. Dans les Nouveaux lundis, Sainte-­
Beuve écrit : « ­Aujourd’hui, il faut prendre garde à chaque pas, se questionner
Eco. techno. Khâgne

sans cesse, se demander si ­c’est le bon texte, si ­l’auteur ­qu’on goûte ­n’a pas
pris cela ailleurs, ­s’il a copié la réalité ou ­s’il a inventé, ­s’il a été fidèle à sa
nature, mille autres questions qui engendrent le doute et qui vous obligent
à monter à votre bibliothèque. C ­ ’est la question de l­’établissement du texte
qui est poésie, celle des sources, des emprunts, voire des plagiats, ou des
CULTURE GÉNÉRALE

ajouts. Pour ­l’essentiel, une œuvre serait le produit de son temps, alors il
faudrait comprendre le milieu pour faire parler le texte. Ceci repose sur un
postulat scientifique, sur ­l’idée de ­l’importance des déterminismes. Taine
insiste sur « la race, le milieu, le moment ». Fustel et Zola sont aussi dans
cette démarche. Cette méthode critique et érudite implique de connaître
­l’auteur pour connaître ­l’œuvre. Dans ­l’Avenir de la science, Renan critique
­l’admiration absolue et lui préfère ­l’admiration historique, relative, ­d’où des
commentaires et des critiques nécessaires. Les textes sont pour lui des
étapes des moments de ­l’esprit humain. Critique veut dire discernement et
jugement, et pour cela, des normes sont nécessaires. Mais cette science
est en deçà de ­l’admiration. Certes, lire ­c’est juger, mais ­c’est aussi sentir,
S cient.

comme ­l’indiquait Charles Maurras, pourtant apôtre de la raison antique et


ennemi du sentiment romantique. Le plaisir importe, comme Anatole France
le soutenait contre Brunetière, professeur et critique de la fin du xixe siècle.
Proust, dans Contre Sainte-­Beuve, défendait l­’idée de la liberté de l­’auteur

22 l ANNALES CCIR 2017-2018

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et de la création littéraire. Il est difficile de faire parler définitivement un
texte, de parvenir à des jugements aboutis, ­d’imposer par exemple une
EDHEC
lecture romantique de Pascal sensible à ­l’infini ou de Don Juan homme
ESSEC
du défi. D ­ ’autre part, il n
­ ’est pas l­’expression exclusive de sa génération.
Le moi créateur ne se réduit pas au seul moi biographique : « le livre est le
produit ­d’un autre moi » écrivait Proust dans Contre Sainte-­Beuve. Toute
la fin du xixe siècle a été marquée par l­’essor de la critique littéraire, mais il

C ORRIGÉ
serait déconseillé ­d’en faire en dissertation un catalogue exhaustif, au risque
de perdre de vue les mots du sujet : faire parler un texte. Mieux vaut faire
un choix d ­ ’exemples. Alors que Brunetière dénonçait la prétention scien-
tifique du naturalisme, défendait les classiques et voulait situer les textes
dans des œuvres, Lanson, parallèlement, insistait sur le rôle de ­l’histoire
littéraire, sur la valeur des sources, de la documentation, sur les influences,
en complément d ­ ’une lecture directe des œuvres. Toutefois, la littérature
­n’était pas pour lui « objet de savoir ». En face, Jules Lemaître défendait la
critique subjective, le concept de plaisir contre le scientisme. Quant à Julien
Benda un peu plus tard, au début du xxe siècle, il soutenait une critique de
type rationnel, objectif contre Bergson et sa critique intuitive. Benda voulait
examiner les œuvres pour elles-­mêmes.

Interpréter, faire parler


Au xxe siècle, ­l’écrivain italien Italo Calvino écrivait : « un classique, ­c’est
­ uelqu’un qui ­n’a jamais fini de dire ce ­qu’il a à dire ». Certes, ­l’interprétation
q
est ­l’art de faire apparaître du sens là où ce ­n’est pas clair, là où il peut
y avoir plusieurs sens. ­L’interprétation ­s’efforce de faire sortir le sens, vu
­l’insuffisance du langage, la complexité, ­l’ambiguïté ou ­l’hermétisme du
texte. Elle complète la compréhension. On peut faire parler aussi une pein-
ture, un moment de ­l’histoire, avec les mots du présent, ou enfin questionner
la science, il existe d
­ ’ailleurs une histoire des sciences. C ­ ’est surtout dans le
champ religieux – expression de la transcendance – ­qu’intervient ­l’exégèse
et l­’herméneutique, la distinction du sens propre, figuré, allégorique, littéral,
Eco. techno. Khâgne

allusif. Dans De la genèse au sens littéral, saint Augustin distingue les vérités
éternelles, les faits racontés, les événements à venir et enfin les injonctions
à ­l’humanité.
Faire parler un texte, ­c’est risquer de se substituer à ­l’auteur, ­c’est une
démarche relative, subjective et aléatoire. Le sujet invite à réfléchir plus
largement à ­l’interprétation. Loin de dégager des vérités ­d’un texte, nous
CULTURE GÉNÉRALE

plaquons des mots sur des choses que nous voyons, comme le montre
le relativisme nietzschéen. Tout est question de point de vue, les inter-
prétations religieuses dogmatiques ou l­’Idée de Progrès sont influentes et
parfois réductrices. Il ­n’y a pas une formule vraie. Il ­n’y a pas de faits, il ­n’y
a que des interprétations « Nietzsche (La Volonté de puissance) : Les vérités
prétendues ne sont que des illusions dont on a oublié ­qu’elles le sont, des
métaphores usées ». Le « vrai » comme le « faux » sont à dénoncer. On fait
parler une œuvre, on est alors en manque en faisant « déchanter » le texte
– ou en excès. La vérité de l­’interprétation résulte plutôt du fait que l­’œuvre
peut résister à ­l’interprétation. La subjectivité peut dévoyer le sens, mais
dire cela, ­c’est croire à ­l’objectivité ; or la subjectivité ­n’est pas ­l’arbitraire, il
S cient.

existe une vérité de la subjectivité comme dans la démarche poétique. Or, la


raison de celui qui fait parler le texte dépoétise le monde, la poésie est plus
musique que raison. Celui qui fait parler un texte doit posséder la prudence

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aristotélicienne – car ­l’interprétation est irréductible à une simple technique
mais aussi de sensibilité. Dans De la dissertation de philosophie, Étienne
EDHEC
Akamatsu étudie longuement et justement cette question de l­’interprétation
ESSEC
qui peut ­s’étendre à la traduction, au commentaire de texte, à ­l’exégèse
biblique, à laquelle nous ajouterons la représentation théâtrale. Traduire,
­c’est risquer des malentendus, des ambiguïtés, rencontrer des faux amis,
forcer le sens, surtout si celui-­ci est objectif mais incompris.
C ORRIGÉ

Si un texte originel est clair mais dont le sens est masqué, alors il est
nécessaire de pratiquer un décodage. Cela a été fait pour les lettres de
Marie-­Antoinette à Fersen par des cryptologues ou par les scientifiques
anglais comme Turing pour la machine électromécanique Enigma utilisée
par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale qui encodaient ainsi
leurs messages.
Il est malaisé ­d’expliquer, ­d’interpréter un texte littéraire. Interprétation peut
vouloir dire trahison : le sens est-­il donné de ­l’extérieur ou réside-­t‑il clai-
rement dans le texte ? Il faut rendre explicite celui-­ci, mais contient-­il de
­l’implicite ? Il faut formuler plusieurs discours possibles, dévoiler, définir des
intentions, lever les obscurités, mais au risque du contresens ou de ­l’oubli
de sens multiples…
Faire parler un texte, ­c’est rentrer dans la pensée de celui qui ­l’a écrit,
dialoguer avec lui, mais interviennent dans cette démarche nos valeurs et
nos structures mentales. Le commentaire peut en dire plus sur celui qui
commente que sur les intentions de ­l’auteur. ­C’est la question du porte-­
parole, que l­’on retrouve par exemple chez les orateurs romantiques, qui
par leurs discours, voulaient parler du peuple, au peuple, au nom du peuple.
Dans toute démarche dialogique, le texte est partagé entre ce q ­ u’il dit, ce
­qu’il a à dire, ce q ­ u’il sous-­entend, ce q
­ u’il ne peut dire. N
­ ’oublions pas non
plus ­qu’un texte est « parlant », éloquent parce ­qu’il ne dit pas et que ses
silences ne sont pas neutres. Un texte peut dire plus par ce ­qu’il ne dit pas
que par ce ­qu’il dit.
Eco. techno. Khâgne

Comment faire parler un tableau, une œuvre ­d’art, une pièce de théâtre ?
Le commentaire tend vite à se substituer à ­l’œuvre. Le mystère de ­l’art
dépasse les concepts comme le montre Kant dans La Critique de la faculté
de juger. ­L’intelligibilité du tableau est celle de son invention par le peintre,
et de son exécution, l­’analyse du choix des formes, des couleurs, comme
je peux le faire par exemple pour les lignes de La Liberté guidant le peuple
CULTURE GÉNÉRALE

de Delacroix ou pour la perception des choix esthétiques, dramatiques, par


exemple selon la règle classique des unités dans une tragédie du xviie siècle.
­J’éclaire ­l’œuvre à la lumière de ses codes, de ses normes, de son contexte.
Je discerne ­l’appartenance du texte à un genre, à un mouvement littéraire,
­j’y identifie des tonalités, des connotations, une intertextualité qui nous
mène vers ­d’autres textes, qui nous les rappelle, sans oublier la pratique
de ­l’imitation. ­J’y discerne des repères techniques, des figures de style, des
structures non neutres, comme l­’a fait la critique structuraliste et forma-
liste de Barthes : le langage serait un ensemble de structures dans une
démarche sémiologique que ce sociologue applique à la société contem-
poraine dans Mythologies. La critique peut également privilégier l­’angle
S cient.

sociologique comme Goldmann et Barberis ­l’ont fait du roman balzacien.


La critique essentielle se veut attachée à la perspective littéraire, comme
celle de J.P. Richard, de G. Poulet, de J. Starobinski, ou plus poétique

24 l ANNALES CCIR 2017-2018

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encore, comme celle de Bachelard (La Poétique de l­’espace). La critique
littéraire des années 1960, liée aux sciences humaines, se veut exigeante,
EDHEC
exploratrice, tournée vers la découverte de sens nouveaux, loin de la critique
ESSEC
académique, scolaire, parfois moralisatrice, érudite, spécialisée, celle qui
étudiant par exemple le classement des papiers de Pascal. Et l­’on applique
même une critique psychanalytique à Racine contre une conception idéaliste
et humaniste de ­l’homme. Il en découle une scission entre publics, les uns

C ORRIGÉ
amateurs ­d’un art populaire – qui a de la popularité – les autres plus élitistes
ou plus hermétiques.
Certes, il existe ­aujourd’hui plusieurs types de critique littéraire mais tout
texte est avant tout un espace de pensée que je ne peux faire parler en le
mécanisant et en le réduisant à des structures formelles. ­L’œuvre est-­elle le
produit d ­ ’un contexte, ou bien le créateur est-­il parfaitement libre, autonome,
dans sa démarche ? Qui parle à travers le texte ? La conscience autonome
de ­l’auteur, la classe à laquelle il appartient, la culture et les mentalités qui
sont les siennes ? Que dois-­je privilégier en faisant parler le texte, si je tiens
compte de mes valeurs ? Les années 1960, celles de la déconstruction du
sujet, avaient montré que ­c’était autre chose que ­l’auteur libre qui parlait
dans le texte. Mieux encore, je peux ­m’interroger philosophiquement sur
­l’existence même de ­l’œuvre ­d’art, sur ­l’art qui nous dit, selon Malraux, ­qu’il
est un antidestin.
Faire parler un texte mène à une série de discours, à une suite de jugements
historiques sur le texte, qui seront toujours en devenir, toujours inachevés.
Dans ­l’Œil et ­l’esprit, Merleau Ponty affirmait que nous portions divers
regards subjectifs sur le monde, qui nous révèlent nous-­mêmes. Il existe
­d’ailleurs une histoire de la critique. Un texte est toujours autre, excède mon
jugement et il est dangereux de le réduire à une seule expression sociale ou
psychologique. Néanmoins, en traduction, nous pouvons parvenir à formuler
des équivalences en surmontant ­l’incompossible.
La question de la mise en scène théâtrale est liée au sujet car le théâtre n ­ ’est
pas seulement un texte mais surtout une représentation, avec, a ­ ujourd’hui,
Eco. techno. Khâgne

le rôle du metteur en scène. En revanche, au xviie siècle, Molière était à la


fois auteur, comédien, metteur en scène, intendant de sa troupe, et réglait
les mouvements des acteurs, rôle dévolu maintenant au metteur en scène,
le texte comportant des didascalies. Le théâtre peut présenter ainsi diverses
interprétations du même texte. Tartuffe apparaîtrait plus ou moins détes-
table, Don Juan peut paraître sympathique comme homme du défi libertin,
CULTURE GÉNÉRALE

admiré par les romantiques. Chaque interprétation possède sa cohérence


mais on aboutit à une lecture de la pièce selon tel ou tel metteur en scène,
parfois inattendue ou déconcertante mais juste : il en va ainsi de Don Juan
comme pièce baroque.
Quant à ­l’exégèse, elle doit porter la parole divine vers les hommes par
le biais d ­ ’une parole humaine, d ­ ’où le rôle des prophètes à ­l’exégèse du
xixe siècle, qui avait voulu lire la Bible à la lumière de la raison comme Renan,
passé du christianisme de son enfance (Souvenirs d ­ ’enfance et de jeunesse)
au rationalisme dans la Vie de Jésus. Des textes religieux dits apocryphes
présentent une authenticité incertaine. Toute démarche herméneutique,
comme celle de Paul Ricoeur, doit être sensible au conflit des interprétations
S cient.

subjectives. Qui est alors légitime pour faire parler un texte ? ­L’homme de
foi appartenant à ­l’institution ecclésiale, le simple croyant (Sola fide, sola
scriptura), ­l’esprit humaniste, prudent, et éclairé, ­l’agnostique ouvert ?

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­L’auteur, le lecteur, le critique
EDHEC Le critique qui fait parler le texte pour le mettre à la portée du lecteur.
ESSEC Néanmoins la critique peut être malveillante et discutable, oublier tel aspect
littéraire. La Bruyère dénonçait la critique prétentieuse et mondaine dans
les Caractères (Des ouvrages de l­’esprit, 20, 26 et 28). La critique peut être
destructrice ; « le plaisir de la critique nous ôte celui ­d’être vivement touché
C ORRIGÉ

par de belles choses. » Il peut encourager ­l’auteur, le stimuler. Boileau exhor-


tait Racine à ne pas se décourager l­orsqu’il échouait. Voltaire, novateur et
libéral dans le domaine idéologique, louait les classiques dans Le Temple
du Goût. Rappelons que critiquer veut dire examiner, discerner, et non pas
nécessairement contester.
Le critique peut être lui-­même sous influence, manifester les valeurs par
lesquelles il juge, peut récupérer idéologiquement consciemment ou incon-
sciemment le texte, le tronquer, le censurer, en majorer ou en minorer tel
aspect, peut dépendre de la mode. Il peut être intéressé. Balzac avait parfai-
tement perçu le jeu des intérêts et des rapports de force dans le monde
médiatique de son temps : journaux, salons, coteries littéraires, académies,
là où se font les réputations, là où on lance ou ­l’on discrédite tel auteur,
là on ­l’on pratique les échanges de services. Faire parler un texte devient
faire parler ­d’un texte, le médiatiser. Dans Illusions perdues, Lousteau
révèle à Rubempré les rapports de force liés au journalisme : « Vous êtes
à la veille de devenir l­’une des cent personnes privilégiées qui imposent des
opinions à la France. Dans trois jours, si nous réussissons, vous pouvez,
avec trente bons mots imprimés à raison de trois par jour, faire maudire
la vie à un homme ; vous pouvez vous créer des rentes de plaisir chez
toutes les actrices de vos théâtres, vous pouvez faire tomber une bonne
pièce et faire courir tout Paris à une mauvaise. » Forestier tient un discours
semblable à Duroy dans Bel Ami de Maupassant. Le journaliste devient alors
­l’homme des intérêts plus que le littéraire « pur ». Le succès d ­ ’une œuvre, sa
réception sont donc aléatoires et dépend également de la faveur du public.
Celle-­ci fait son chemin dans ­l’histoire, comme ­l’avait montré Vigny dans
Eco. techno. Khâgne

Les Destinées (La Bouteille à la mer). ­L’œuvre peut échapper à son temps
et nous livrer de nouvelles questions. À nous de les formuler. La science
elle-­même, comme l­’Histoire se signale plus par les questions q ­ u’elle pose
que par les réponses ­qu’elle apporte. C ­ ’est même la valeur de ­l’erreur et du
détour qui nous mène vers la connaissance. La critique est une construc-
tion intellectuelle, non linéaire, intégrant les obstacles comme les erreurs et
CULTURE GÉNÉRALE

sachant revenir sur elle-­même. Tel mouvement littéraire opère une lecture
particulière ­d’une œuvre passée, comme les romantiques par exemple en
faveur de Don Juan, homme du défi. Car ­l’œuvre avait été assez peu repré-
sentée en son temps, au xviie siècle. Elle renaît au xixe siècle. ­L’intérêt peut
se réaffirmer ou bien se dissiper, le goût et la mode aidant. Ce qui rend le
sujet difficile, ­c’est la complexité entre ­l’auteur, le narrateur, le personnage,
le destinataire et le lecteur.

Éloge de ­l’éloquence
S cient.

Si la critique est ambigüe, le propre de l­’éloquence est bien de faire parler


un texte. Ce sont les usages de la parole écrite comme celle de Céline qui
révèlent l­’oralité au sein du texte. La force du verbe rabelaisien, hugolien,
célinien est éloquente. La musique verlainienne fait parler les vers. Le propre

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du poète est ­d’évoquer le monde, de soulever les émotions, d ­ ’évoquer les
passions de ­l’humanité comme dans la littérature celtique. Il existe depuis
EDHEC
­l’Antiquité toute une tradition oratoire, religieuse, pédagogique ou judicaire,
ESSEC
qui sait donner vie aux textes. On proclame des valeurs, on prophétise
­l’avenir, on procède par prosopopée, comme Rousseau qui donne la parole
à Fabricius, un romain vertueux qui déplorerait la « décadence ». La parole
possède elle-­même un caractère performatif : « parler c ­ ’est agir » (Austin,

C ORRIGÉ
Quand dire, ­c’est faire). Le texte donne à ­l’auteur la liberté ­d’enjamber le
temps. Je peux faire parler les morts, parler de l­’avenir, avec la parousie, la
prophétie, ­l’eschatologie.
­D’autre part, la force de ­l’éloquence permet de se libérer de ­l’écrit pour faire
parler le texte. Elle donne sa vigueur au texte. Il ne ­s’agit pas exactement de
« mettre le ton » ­d’une manière scolaire en lisant les Fables de la Fontaine
comme on pourrait le croire, mais de dévoiler la vie intérieure du texte.
De nombreux écrivains du xixe siècle ont dénoncé les discours officiels,
la rhétorique, la déclamation convenue, et emphatique, les orateurs étant
alors extérieurs à ce ­qu’ils disent. Brecht disait du comédien : « Que sa
diction soit exempte de tout ronron de curé et de ses cadences qui bercent
le spectateur si bien que le sens se perd (Écrits sur le théâtre). Le théâtre
est représentation significative, et la lecture d­ ’un texte écrit n
­ ’est pas une
parole compassée. Rabelais tournait en dérision les régents de collège, les
sorbonnards qui récitaient leurs gloses comme Tubal Holopherne ou Jobelin
Bridé, un « vieux tousseux ». Rimbaud, Paul Nizan, Céline surtout, et plus
récemment Michel Onfray, ont dénoncé les discours officiels, sans vérité
ni passion. Au xixe et au xxe siècle, des intellectuels engagés, des interve-
nants dans des rassemblements militants ont su faire parler leur texte, q ­ u’ils
­s’expriment avec ou sans notes, par opposition à la parole post-­moderne
normalisée et souvent technocratique qui ne nous parle guère.
On peut faire parler un objet, voire discerner la fausseté ­d’un document
– comme le montrent les exemples très différents des Protocoles des
sages de Sion, des études de graphologie, de celles des documents de
­l’affaire Dreyfus ou, plus loin de nous, des prophéties de Nostradamus.
Eco. techno. Khâgne

Nous pouvons nous demander si tel texte est un plagiat, ou si tel tableau
authentique, ou si telle pièce est recevable dans les grands procès – Outreau
ou affaire Gregory – ou dans des enquêtes criminelles comme celle de la
commission Warren sur ­l’assassinat de Kennedy pour exploiter le sujet,
à charge ou à décharge. On peut choisir des faits et des preuves, mais leur
mise en avant est souvent polémique, non neutre. Se déroulent alors des
CULTURE GÉNÉRALE

batailles ­d’experts.
On peut faire parler un texte ou un sujet comme on l­’entend, par
­d’interminables gloses et bavardages, selon les formules toutes faites
des religions monothéistes ou des idéologies, souvent religions laïcisées.
Protestants et humanistes avaient valorisé le seul texte de la Bible, dégagé
de la tradition du commentaire, et Voltaire avait montré, dans Micromegas
comment il était possible de faire parler le mot âme, de manière multiple et
en même temps dogmatique.
Toutefois il est intéressant de dire que faire parler un texte, c ­ ’est aussi lui
conférer une valeur ajoutée, celle de la parole sur ­l’écrit. Un texte dit ou
commenté ­n’est pas ­qu’un texte lu. On peut y découvrir des références
S cient.

culturelles, des sous-­entendus, des doubles sens, de l­’ironie, des struc-


tures dissimulées, mettre en valeur des bons mots, attirer ­l’attention sur des
« petites phrases ». Au-­delà de ­l’étymologie, de la philologie, nous donnons

ANNALES CCIR 2017-2018 l 27

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de la force au texte par ­l’éloquence comme par le commentaire, sans le
contraindre dans des interprétations toutes faites et en nous gardant des
EDHEC
contresens ainsi que des « clés » savantes et souvent arbitraires. Le risque
ESSEC
est de faire parler le texte dans un sens univoque. La relecture révèle celui
qui relit, mais le commentaire reste toujours ouvert, la neutralité étant impos-
sible, voire indésirable.
C ORRIGÉ

Vidéos sur le thème de la parole

Consultez les vidéos de Gilbert Guislain sur la chaîne youtube Espace Prépas

Thème 2017-2018 : le corps

Le Corps, F. Farago, E. Akamatsu, G. Guislain, Dunod


Dissertations sur le corps, Véronique Bonnet, Studyrama
Magazine Espace prépas, site grandes-­ecoles.studyrama.com/

Bibliographie de culture générale

Cent Fiches de culture générale, collectif, D. Bourdin, Bréal


Réussir son oral, 50 sujets de culture générale, Gilbert Guislain, Studyrama
25O fiches de culture générale, collectif, Studyrama
Éléments de culture générale, collectif, Ellipses
­L’Intégrale de la culture générale, collectif, Ellipses
Exercices de contraction et de synthèse de textes, G. Guislain et Y. Terrades,
Ellipses
QCM commentés de culture générale, G. Guislain, Studyrama
Eco. techno. Khâgne
CULTURE GÉNÉRALE
S cient.

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S UJET
RÉSUMÉ DE TEXTE
Durée : 3 heures

Résumez en QUATRE CENTS MOTS plus ou moins 5 % (soit


380-420 mots), le texte suivant, en vous attachant à mettre en valeur HEC
les idées essentielles et les articulations de la pensée de ­l’auteur.
Mentionnez le décompte par 50 mots et, en fin de copie, reportez le
nombre de mots utilisés.
Cet exercice doit rester impersonnel dans le fond comme dans la
forme, et respecter STRICTEMENT les limites imposées.
La copie doit être entièrement rédigée : la correction et la clarté de
la langue entrent pour une part dans ­l’appréciation du correcteur.
Il ­n’est fait usage ­d’aucun document ; ­l’utilisation de toute calcula-
trice et de tout matériel électronique est interdite.

S UJET
La stratégie a représenté, au sein de la Chine antique, beaucoup plus
­ u’une technique particulière. On voit ­s’y refléter certaines des options les
q
plus radicales de la pensée chinoise, et elle a informé, élaborée en théorie,
bien ­d’autres domaines de la réflexion. Or ­s’il est un principe de base sur
lequel insistent, en Chine, tous les anciens traités militaires, c ­ ’est bien
­d’éviter ­l’affrontement direct avec l­’armée ennemie. Un choc frontal, où les
deux armées sont engagées face à face, est toujours éminemment risqué
et destructeur. Tout ­l’art de la guerre est au contraire de déposséder ­l’autre
de sa capacité défensive, et de le miner intérieurement, avant même que
­l’engagement n ­ ’ait lieu : de sorte que, au moment de l­’affrontement, ­l’ennemi
Eco. techno. Khâgne

­s’effondre de lui-­même. « Remporter cent victoires en cent batailles, nous


dit un des plus anciens maîtres de ­l’art de la guerre, voilà qui n ­ ’est pas la
fin du fin ; tandis que soumettre ­l’armée ennemie sans avoir à engager de
combat, tel est le comble de ­l’excellence. » Le meilleur général est celui dont
on ne songe même pas à louer les mérites ­puisqu’il vainc « un ennemi déjà
défait ». Au lieu de magnifier le combat, ­l’art de la guerre apprend à triompher
en pouvant ­s’en passer.
RÉSUMÉ DE TEXTE

Aussi la stratégie consiste-­t‑elle logiquement à attaquer ­l’ennemi dans


ses « plans », à un stade idéel, plutôt que dans ses troupes, par la force
physique : le meilleur stratège est celui qui est toujours en mesure ­d’anticiper
sur l­’évolution du cours des choses, en se situant en amont de leur détermi-
nation, et réussit ainsi à déjouer les manœuvres de l­’autre à peine les a-­t‑il
conçues. En sens inverse, la pire façon de mener la guerre est d ­ ’aboutir
à une immobilisation face à face des armées, telle que sont les opérations
de siège. Car il y a alors enlisement de ­l’initiative, perte de la ductilité. On
ne peut ­s’étonner dès lors de ce que les théoriciens chinois de la stratégie
S cient.

ne conseillent pas la destruction de ­l’adversaire (car se serait se priver des


ressources de ­l’autre, ­qu’il vaudrait mieux voir basculer à son profit), mais
plutôt sa déstructuration : en l­’atteignant dans son « cerveau » plutôt q ­ u’au
niveau des forces déployées, le bon stratège se contente ­d’inhiber son

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S UJET

ennemi ; il lui suffit de le priver de sa capacité de réaction, de paralyser ses


mouvements. ­C’est pourquoi, nous dit-­on, celui qui « est habile à utiliser ses
troupes » « soumet ­l’ennemi sans combattre et prend ses places sans atta-
quer ». La désintégration intérieure à laquelle ­l’adversaire est préalablement
soumis évite ­d’avoir plus tard à ­l’affronter : cet ennemi est toujours aussitôt
vaincu, ­puisqu’il ne cesse ­d’être désemparé.
HEC Ce rejet de la stérilité du face-­à‑face se vérifie dans le jeux de deux
couples de notions qui sont chargées de structurer, au sein des écrits mili-
taires antiques, cette théorie du déjouement : ceux de « direct » et de « biais »,
de « droit » et de « détourné ». D ­ ’entre ces notions, les deux premières
possèdent une dimension stratégique essentielle, les deux autres se limitent
plutôt à la description des opérations tactiques. Mais q ­ u’il ­s’agisse de l­’un
ou ­l’autre plan, ­l’unique ressource que puisse exploiter ­l’art militaire repose
toujours sur ce seul rapport combiné du direct et de l­’indirect. En ce qui
concerne la simple manœuvre des troupes, il peut convenir aussi bien de
rendre excessivement longue et tortueuse la route de son adversaire, en
­l’attirant par de faux appâts, de façon à ­l’épuiser, que de rendre sinueuse
sa propre marche de manière à pouvoir surprendre ­l’autre en gardant ses
desseins impénétrables. De même, sous ­l’angle de la stratégie la plus
générale, « la rencontre ­s’opère de face et la victoire ­s’obtient de biais ».
« De face », ou de front, signifie nous disent la série des commentateurs en
ouvrant le plus largement le registre, « face à ­l’ennemi », mais aussi ­d’une
façon « normale », ordinaire, prévisible ; parallèlement, « de biais » ne signifie
pas seulement de flanc, mais aussi ­d’une façon extraordinaire, laquelle
­l’ennemi ne ­s’attendait pas, qui ­l’atteint là où il est démuni. ­L’attaque alors
est « détournée », elle ­s’opère « en secret ».
Mais même aussi largement ouverte, la distinction est encore trop fruste,
elle ne capte ­l’opposition que du dehors sans rendre compte de la diffé-
rence interne au processus. Un autre traité de ­l’Antiquité nous permet de
pénétrer plus avant dans la logique de cette corrélation en inscrivant déli-
bérément celle-­ci sur le plan, plus général, de ­l’avènement des choses :
« Quand [quelque chose] qui ­s’est actualisé et a pris forme répond à [quelque
Eco. techno. Khâgne

chose] qui également a pris forme, ­c’est un rapport de face ; mais quand
­c’est sans avoir pris forme que [cela] régit [ce qui] a pris forme, alors ­c’est
un rapport de biais. » Si je rends plus précisément cette phrase par référence
à ­l’art militaire et en envisageant des opérations sur le terrain : mettre en
œuvre une certaine disposition pour répondre à une disposition adverse,
­c’est un rapport de face ; mais réussir à dominer la disposition de ­l’adversaire
sans avoir pris soi-­même de disposition particulière, tel est le rapport de
RÉSUMÉ DE TEXTE

biais. Au lieu de recourir à une disposition pour faire face à la disposition de
­l’autre, ­c’est au contraire par une absence de disposition que je contrôle la
disposition de ce dernier. Dans le premier type de rapport, les deux réalités
qui « se répondent » se limitent elles-­mêmes par ce ­qu’elles possèdent de
caractéristiques concrètes et particulières ; en même temps q ­ u’elles donnent
prise à ­l’autre par ce ­qu’elles lui offrent à voir, en elles, ­d’objectif et de repé-
rable. Il est aisé de définir par contraste l­’autre type de rapport – le rapport
de biais – et ce qui fait sa supériorité : ce qui ne ­s’est pas encore actualisé
et ­n’a pas pris forme concrète bénéficie d ­ ’autant mieux des ressources du
possible et échappe à tout dévisagement extérieur qui permettrait de le
S cient.

contrecarrer. En opérant à ce stade du virtuel, le rapport de biais permet de


maintenir intacte son initiative, en même temps que de rester inattaquable. 1. Ph
2. Po
­C’est pourquoi ce rapport de biais sert de figure au déjouement.
3. Xé

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S UJET
Car, comme le constate ce même traité, dans la mesure où un adversaire
est pareil à ­l’autre, il ne peut triompher de lui ; ­c’est donc le rapport sous
lequel ­l’un diffère de ­l’autre et qui constitue, ­d’une façon figurée, la relation
« de biais » vis-­à‑vis de lui, qui permet de ­l’emporter à son égard. […] Toute
la stratégie chinoise se résumerait, en définitive, dans cette obliquité.
Aussi souhaiterais-­je, pour faire réagir ces conceptions et bousculer
­l’évidence dans laquelle elles ont tendu à ­s’enfermer, les confronter un HEC
instant à ce que des spécialistes de la stratégie antique (John Keegan,
puis Victor Davis Hanson) nous ont récemment décrit comme le « modèle
occidental » de la guerre. Celui-­ci aussi se trouverait formé, de façon quasi
définitive, dès notre Antiquité, à ­l’âge des cités grecques ; mais la concep-
tion ­qu’il met en valeur serait diamétralement inverse, elle reposerait sur
­l’affrontement direct ­d’une bataille rangée. On sait, en effet, que, aux alen-
tours du viie siècle avant notre ère, la conduite de la guerre connaît en Grèce
de profondes mutations : fini le temps du conflit fait d ­ ’escarmouches ou
­d’embuscades, des combats singuliers entre héros pris de « fureur », tels que
les célébrait Homère ; une structure nouvelle se met en place – la phalange1
– selon laquelle deux corps ­d’hoplites lourdement armés et cuirassés, rangés
en ligne les uns derrière les autres et marchant solidairement ­d’un même
pas, que rythme l­’aulète, avancent ­l’un contre l­’autre en formation serrée,
sans laisser de possibilité de fuir. Ce face-­à‑face ne peut ­qu’aboutir à un
heurt, massif et destructeur ; car ­l’effort unique de ces hommes, de part et
­d’autre, est dans la « poussée » (ôthismos), les premiers rangs qui supportent
directement la charge ennemie se trouvant soutenus par la pression accu-
mulée dans les rangs qui les suivent. Plus, en effet, la colonne est profonde
et ses rangs serrés, mieux elle peut « peser » sur ­l’ennemi, plus elle possède
de puissance de frappe et ­d’élan.
Victor Hanson a bien montré, je crois, que ce qui pourrait n ­ ’apparaître,
à travers ce choc frontal, q ­ u’un pur carnage, répondait, en fait, à un principe
­d’économie ; réduire les ravages ­d’une guerre prolongée, ­n’épargnant ni
biens ni familles, au « tout ou rien de la bataille de rangée », obtenir par un
affrontement bref et direct, entre ces corps politiques que sont les cités, une
Eco. techno. Khâgne

décision qui soit à la fois la plus rapide et la moins équivoque. C ­ ’est pourquoi
les adversaires engagent un combat dans les règles, en mettant en œuvre
­l’ordre rigide de la phalange, sur un terrain découvert et dénué ­d’embûches,
choisi par eux ­d’un commun accord. Sont dédaignées, à ­l’inverse, les opéra-
tions dilatoires où ­l’esquive et le harcèlement se relaieraient pour épuiser
­l’ennemi : ­puisqu’elles diluent, à travers leur sinuosité, ce processus de déci-
sion rapide et définitive procurable par le seul assaut ; de même, toutes les
RÉSUMÉ DE TEXTE

armes qui atteignent de loin ou par surprise, telles flèches et javelots, sont
rejetées au profit de la lance, qui est ­l’arme du face-­à‑face par excellence.
« Les Grecs estimaient, nous dit Polybe2, que seul le combat de près, au
corps à corps, pouvait décider valablement ­d’un conflit. » L ­ ’habileté dans
la manœuvre, à ce compte, perd de son intérêt, seul importe, au fond, le
courage dont on témoigne au moment crucial. Au point q ­ u’on peut même ne
pas chercher à affaiblir par avance son adversaire : « Agésilas décida, nous
rapporte Xénophon3, ­qu’il valait mieux laisser ses ennemis se réunir », quel
que soit leur nombre, « et puis, s­ ’ils voulaient combattre, leur livrer carrément
S cient.

1. Phalange : corps ­d’infanterie des hoplites ; hoplite : soldat cuirassé, armé ­d’une lance.
2. Polybe : historien grec né vers –200, mort en –118.
3. Xénophon : historien grec né en –430, mort en –335.

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S UJET

une bataille en règle. » Poussé à ce point, le tableau ne peut manquer de


faire contraste avec tout ce que nous avons noté de la stratégie chinoise : les
Grecs auraient résolument tourné le dos aux infinies ressources du rapport
de biais, attendant tout du heurt violent de la rencontre, victorieux ou fatal.
­D’un côté, la pesée en masse, de l­’autre, la stratégie du détour : la pres-
sion physique ­s’opposerait à ­l’art du déjouement. Ce « modèle » grec de la
HEC
guerre, nous dit ­d’ailleurs Hanson, ne serait pas mort avec les Grecs : les
Américains, mis dans ­l’impossibilité au Vietnam ­d’engager un affrontement
de ce type, « seraient les plus récents prisonniers de cet héritage antique ».
Ce tableau appelle ­d’abord une précision : il ne conduit pas à supposer
que les « Grecs » seraient demeurés inconscients des ressources du détour
ou ne seraient pas « rusés ». On connaît depuis toujours leur goût des strata-
gèmes, et J-­P. Vernant et M. Detienne ont brillamment montré ­l’importance
que possède aux yeux des Grecs la mètis, cette « intelligence rusée » dont
des dieux eux-­mêmes sont richement pourvus et qui combine à la fois le
« flair », la « prévision », la « feinte », des « habiletés diverses », le « sens de
­l’opportunité ». Il est important toutefois de remarquer que ce ­n’est pas de
cette façon-­là, par un recours à la mètis, que les Grecs choisissaient délibé-
rément de régler, à ­l’époque classique, leurs conflits armés. Plus important
encore : la forme ­d’intelligence qui se manifeste dans ce goût du détour,
cette agkulométés que ­n’ont pas ignorée les Grecs, « apparaît toujours plus
ou moins “en creux”, nous disent Detienne et Vernant, immergée dans une
pratique qui ne se soucie à aucun moment, alors même q ­ u’elle l­’utilise
­d’expliciter sa nature ni de justifier sa démarche ». À ­l’opposé de l­’obliquité
chinoise, la mètis demeure dans l­’ombre de la raison, elle ne se repère
­d’ailleurs clairement ­qu’au niveau des mythes. Refoulée par ­l’intelligence
spéculative, elle ne fait donc pas ­l’objet, en Grèce, ­d’une théorie. […]
Cette pratique du détour est toujours présentée, à la différence de ce que
nous avons vu en Chine, si ce ­n’est comme un pis-­aller, du moins comme
un expédient : on peut bien la conseiller, mais ce n ­ ’est pas à partir d­ ’elle
que la guerre est pensée. À ­l’inverse, les travaux de Marcel Detienne sur
Eco. techno. Khâgne

la phalange nous confirment d ­ ’autant mieux l­’importance de cette forme


grecque de ­l’affrontement ­qu’ils nous font voir quel lien étroit la phalange
entretient avec l­’organisation de la cité. Il y aurait même homologie de struc-
ture entre ­l’une et ­l’autre : par ­l’uniformité des équipements, ­l’équivalence
des positions, voire ­l’identité du comportement exigé, les fantassins de la
phalange sont réduits à la similitude ­d’« éléments interchangeables » qui
correspond exactement à ce ­qu’ils sont, en tant que citoyens, dans le cadre
égalitaire de leur vie politique. Il apparaît donc que la phalange et, avec elle,
RÉSUMÉ DE TEXTE

la logique ­d’un abord frontal pourraient bien résumer tout un « choix » de la


culture grecque. Voyons par conséquent si la comparaison engagée ne peut
pas être poursuivie et si, notamment, ce que nous a montré la phalange ne
pourrait pas nous orienter, en venant se refléter sur ­d’autres plans, vers une
opposition plus générale.
Je serais tenté, en effet, de risquer la question : ce face-­à‑face des
phalanges se confrontant sur le champ de bataille ne trouve-­t‑il pas un
équivalent dans le face-­à‑face des discours autour duquel ­s’est organisée
la cité ? Je dis bien équivalence et non seulement analogie. Car la structure
S cient.

­d’agôn que constitue cette organisation de ­l’affrontement armé se retrouve


au cœur du théâtre (tragédie ou comédie), du tribunal, de ­l’assemblée ; en
effet, ­qu’il soit théâtral, judiciaire ou politique, le débat se manifeste aussi 4. An
Ve siè

32 l ANNALES CCIR 2017-2018

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S UJET
comme une pesée ­s’exerçant pour ou contre ; et il est remporté seulement
en fonction de la force et du nombre des arguments qui sont de part et
­d’autre accumulés. Aussi, s­ ’il y a homologie entre l­’ordre de la phalange
et celui de la cité, ce n
­ ’est peut-­être pas seulement parce que les mêmes
participants se retrouvent de part et ­d’autre (en tant que citoyens-­soldats),
mais aussi parce que, ­d’un point de vue structurel, ­c’est de la même façon
HEC
que, des deux côtés, la décision se trouve acquise. On vient de voir que
­l’affrontement des phalanges visait à obtenir la décision ­d’une manière qui
soit à la fois la plus rapide et la moins équivoque : or, l­’alignement face
à face des arguments au sein de discours antithétiques, tels que les Grecs
ont conçu ceux-­ci, que ce soit au théâtre, au tribunal ou à ­l’assemblée,
vise au même effet. Les orateurs plaident ­l’un contre ­l’autre, au vu et au su
de tous, dans un temps limité, et tout témoin, dans son for intérieur, peut
aussitôt trancher : cette « poussée » antagoniste basculant dans un sens ou
dans ­l’autre se traduit, en définitive, par un vote à la majorité. Par là même,
ce face-­à‑face des discours se révèle étroitement lié à notre organisation
démocratique (il suffit, pour ­s’en convaincre, de mesurer ­l’importance que
détiennent, dans notre vie politique, les débats télévisés). Ce qui ne manque
pas de nous poser en retour la question : dans quelle mesure le privilège que
la tradition chinoise accorde à ­l’abord de biais, dans la gestion des rapports
antagonistes, ­n’enraye-­t‑il pas ­aujourd’hui encore, en Chine, le « processus »
démocratique ? (Et, de façon plus ironique : quand verrons-­nous les candidats
au pouvoir, en Chine, s­ ’affronter dans les débats organisés ?) Même si cela
vient heurter certaines de nos opinions idéologiques majeures (puisque nous
associons le plus étroitement vote et liberté), il ne me paraît guère douteux
néanmoins que, dans un fonctionnement politique dominé par l­’obliquité, un
mode de décision par simple scrutin ait logiquement du mal à ­s’implanter.
Ce face-­à‑face des discours, dont nous avons tant ­l’habitude, ­n’est
donc pas aussi « évident » ­qu’on pouvait le penser ; il révèle, de même que
le vote auquel il aboutit, ­d’une conjoncture culturelle dont nous constatons,
par comparaison avec la Chine, q ­ u’elle est, somme toute, particulière. On
Eco. techno. Khâgne

pourrait en établir ainsi le principe : si un discours isolé est en mesure de


dégager des idées, deux discours antithétiques, en les opposant, les serrent
de plus près. […]
Je crois ­qu’on peut même saisir un principe essentiel au logos, tel q ­ u’il
est né en Grèce, à partir de ce fonctionnement, devenu si courant alors,
de ­l’antilogie4 : le propre du logos est de serrer au plus près son objet. En
sens inverse, nous verrons que, à bien des égards, le propre de ­l’expression
chinoise (ce qui caractérise le wen en Chine) est, à travers le détour, de
RÉSUMÉ DE TEXTE

maintenir la parole ondoyante et lâche, de garder « détendue » la prise : de


manière à instaurer une distance allusive par rapport à ­l’objet visé.
Précisons encore cette figure de ­l’affrontement en mettant en valeur
en quoi consiste, dans ce cas, la pesée antagoniste. Nous ne manque-
rons pas de retrouver à ce propos des aspects tactiques que nous avons
relevés précédemment. Une fois que sont établies telles les deux phalanges
opposant leur colonne ­l’une à ­l’autre, les deux listes ­d’arguments énumé-
rant les avantages jouant dans un sens ou dans l­’autre, il suffit alors pour
trancher « de dire quelle liste est la plus longue ou présente les avantages
S cient.

4. Antilogie : couple de discours opposés ; forme utilisée notamment par Thucydide, historien grec du
Ve siècle, pour présenter les discours ­qu’il rapporte dans sa Guerre du Péloponnèse.

ANNALES CCIR 2017-2018 l 33

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S UJET

les plus grands ». À cet égard, la comparaison (et donc aussi la décision qui
­s’ensuit) sera d ­ ’autant plus probante et rapide que les éléments à comparer
seront plus semblables. Le principe isonomique que nous remarquions dans
la structure de la phalange apparaît donc, ici, tout aussi nécessaire : la
rigueur de ­l’antilogie est de tendre « à transformer tous les éléments de
­l’argumentation en données comparables, propres à ­l’addition et à la sous-
HEC
traction, voire interchangeables5 » ; les arguments se constituent ainsi en
unités, alignées les une en face des autres, « comme on procèderait avec
des chiffres ». Confrontation et calcul sont donc à la base de ce conflit
des paroles, et ­c’est toujours par un surplus – mais ici surplus ­d’argument
avancé et non d ­ ’obliquité secrète – q
­ u’on prétend l­’emporter. « Comptez
donc, fait dire Thucydide à ­l’un des chefs péloponnésiens, en face de leur
plus grande expérience, votre plus grande audace, et, en regard des craintes
dues à nos revers, le fait que nous nous trouvions alors mal préparés : il reste
alors à votre crédit la supériorité numérique des navires et la perspective
­d’un combat naval près ­d’un côte qui vous est amie… » « Ici, commente
Jacqueline de Romilly, les mots mêmes décrivent les deux colonnes paral-
lèles (antitaxasthe), permettant la claire vision du résultat arithmétique ; et
les comparatifs neutres correspondent bien aux avantages de ­l’un et ­l’autre
camp6. » Les arguments qui s­ ’affrontent sont ainsi évalués comme des quan-
tités pesant en sens inverse ; il est d ­ ’ailleurs révélateur à cet égard que,
comme on ­l’a souvent noté, un même terme grec, logizesthai, signifie à la
foi « réfléchir » et « décompter ». […]
­J’ai été conduit ainsi à supposer que l­’invention et la mise au point des
discours antithétiques, dans la Grèce classique, trouvaient leur contrepoint
dans ­l’affrontement des phalanges ­s’opposant face à face sur le champ
de bataille ; du même coup, ­l’occasion nous était donnée de commencer
à mettre à ­l’épreuve une métaphore : celle de stratégie du sens.
Et, de fait, la rhétorique grecque encourage, jusque dans son vocabu-
laire, à concevoir ­l’affrontement des discours en termes de combat. Le cas
est encore plus flagrant du côté chinois. […] Ainsi à ­l’obliquité recommandée
Eco. techno. Khâgne

par ­l’art de la guerre correspond une obliquité – équivalente – de la parole.


Le tableau ne demande donc ­qu’à être complété – en tirant toujours parti
de ce seul contraste : à la « poussée » de ­l’affrontement, au face-­à‑face (ou
au corps-­à‑corps) des soldats ou des arguments, sont préférées, en Chine,
la pratique du détour qui laisse plus de champ à la manœuvre, la menée
insidieuse qui déroute ­l’adversaire sans ­qu’on ait à ­s’exposer. Esquive et
harcèlement sont à nouveau de mise ; au lieu de présenter en pleine lumière
des arguments auxquels ­l’autre, du même coup, se trouver en mesure de
RÉSUMÉ DE TEXTE

rétorquer, ­l’expression sinueuse nous permet ­d’« esquiver » toute attaque


frontale nous obligeant à nous justifier, en puisant sur notre défense ; en
même temps q ­ u’elle nous rend à même de « harceler » sans cesse notre
opposant en le gardant sous la menace de l­’allusion – en le maintenant
sous la pression du sous-­entendu. Car du point de vue de ­l’affrontement
verbal aussi, la subtilité du rapport de biais ouvre la voix aux jeux infinis
de la manipulation. Le stratège, on l­’a vu, opérait en amont de l­’avènement
des choses et dominait ­d’autant mieux la disposition de ­l’adversaire ­qu’il
­n’avait pas encore actualisé, lui-­même, de disposition propre : de même, la
S cient.

5. Jacqueline de Romilly, Histoire et raison chez Thucydide, Paris, 1956, p. 225.


6. Ibid, p. 227.

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S UJET
critique gagne à se situer toujours à un stade purement suggestif – inchoa-
tique – de ­l’énoncé, car ce sens à peine esquissé, au lieu de nous soumettre
à la contrainte d ­ ’une position déterminée q ­ u’il faudrait désormais défendre,
nous permet de continuer à évoluer à notre guise, en restant maître du jeu :
de sorte que ­l’adversaire demeure suspendu à ­l’initiative de notre parole et
soit réduit à la passivité. Ce sens qui ne fait que poindre est ­d’autant plus
HEC
menaçant que les autres ne savent jamais précisément où nous voulons
en venir ; cette critique seulement ébauchée est d ­ ’autant plus dangereuse
­qu’elle ne se présente jamais à découvert et n ­ ’offre donc pas de prise pour la
réfuter. Entre l­’obiliquité du discours et celle de la stratégie, il y a donc mieux
­qu’un parallèle : ­l’une et ­l’autre renvoient à la même économie ­d’ensemble,
elles contiennent les mêmes justifications logiques.
François Julien,
Le détour et ­l’accès, strétagies du sens en Chine, en Grèce,
Édition du Seuil, collection Points, 2010.

Eco. techno. Khâgne

RÉSUMÉ DE TEXTE
S cient.

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HEC
C
ORRIGÉ
Par Françoise Détharré, professeur agrégé de lettres modernes.

Emblématique ­d’un fonctionnement intellectuel, la stratégie chinoise clas-


sique récuse/ ­l’assaut face à face pour préconiser une érosion souterraine/
C ORRIGÉ

de la puissance ennemie. Elle engage à prévoir avant l­’/adversaire lui-­même


ce que celui-­ci va tenter, à/saper les racines de toute offensive et, ainsi,
à vaincre/(50) sans exterminer pour mieux ensuite exploiter les vaincus.
Ce « déjouement »/ ­s’opère dans le refus ­d’une trop transparente linéarité :/
imposer et ­s’imposer tours et détours fatigue et déconcerte/ ­l’ennemi.
Loin ­d’opposer un formalisme à un autre,/ il faut celer ses choix tactiques
à ­l’armée qui(100) met ouvertement les siens en œuvre. La bataille spéculaire
ne/saurait, dans la Chine antique, mener à la victoire.
­L’/art militaire occidental, né dans la Grèce classique, contredit radicale-
ment/ pareille théorie. Renonçant aux duels héroïques de la guerre de/Troie,
il prône l­’avancée symétrique d ­ ’une phalange vers/(150) une autre j­usqu’à la
fulguration de leur rencontre. Moins/ meurtrière ­qu’il ­n’y paraît, cette tactique
prévient les/opérations longues et tortueuses qui n ­ ’épargnent pas les civils/
sans toujours désigner nettement un vainqueur. Selon Victor Davis Hanson,
les États-­Unis/ se sont enferrés au Viêtnam, faute ­d’avoir renoncé à/(200) la
stratégie hellène. Pourtant, les Grecs ne mésestimaient pas la/ ruse, apte
au « déjouement » mais ils lui préféraient leur raison./ Pour Marcel Détienne,
ils voulaient guerroyer comme ils vivaient leur citoyenneté,/ dans la lumière
logique de leurs lois.
Ne ­s’affrontaient/-ils pas selon les critères charpentant leur théâtre et
leur/(250) rhétorique ? En peu de temps, deux argumentations serrées
­s’exposaient/ devant un public pour emporter son adhésion. Il en va/ encore
de même pendant nos campagnes électorales et on peut/ comprendre que 5
la Chine, héritière de la stratégie du « déjouement »,/ peine à instaurer la
démocratie. Derrière la pratique ou l­’/(300)évitement du débat frontal se
Eco. techno. Khâgne

distinguent deux conceptions contraires de/ ­l’expression : la grecque visait


la rigoureuse clarté, la chinoise/ recherche ­l’évocation labile et serpentine.
Or la rigueur de/ ­l’argumentation, cultivée communément par les jouteurs, 10
conduit à une/ issue d ­ ’une simplicité arithmétique : vainc celui qui énonce
davantage/(350) ­d’arguments, vainc ­l’armée qui aligne davantage de forces./
La pensée chinoise, à ­l’inverse, se garde de ­l’/évidence mathématique. Les
orientations ­d’un discours comme celles ­d’/une stratégie se fondent dans un
RÉSUMÉ DE TEXTE

halo déstabilisateur voire inhibiteur./ Savoir se tenir en embuscade confère 15


la maîtrise du jeu.
(400 mots)

20
S cient.

25

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S UJET
LV1 – ANGLAIS
Durée : 4 heures.

(La note sur 80 sera divisée par 4 pour obtenir la note sur 20, qui
sera arrondie au dixième supérieur.) IENA
Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix, effectué
lors de ­l’inscription, de la première langue dans laquelle ils doivent
composer.
Les candidats ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire
ou lexique ; ­l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel
électronique est interdite.
Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur ­d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives ­qu’il sera amené à prendre.

S UJET

Versailles in the valley

Cupertino looks like many other small, drab cities in northern California,
with serried houses and shopping centres. Later this year, however, it will
become the only place to find ­Apple’s newest creation: the enormous ring
wich will serve as the technology ­firm’s headquarters. Several months before
5 he died in 2011, Steve Jobs, ­Apple’s founder and the mastermind of the
project, predicted that the spaceship-­like structure would become “the best
office building in the world” and that people from everywhere would travel
Eco. techno. Khâgne

to see it.
To prove Jobs right, around 13,000 construction workers have laboured
10 for years behind thick, high walls. The site spans several city blocks. Earlier
this year, everything was hidden from view except cranes and a huge sand
pile that rose a few hundred feet high, like the Great Pyramid of Giza. The
scacle of the project rivals the ancient E ­ gyptians’ monuments. Every piece
of glass on the four-­storey exterior is curved, requiring special panes to be
15 made in Germany – the largest pieces of curved glass ever manufactured.
With a price tag of around $5 billion, it may be the most expensive corporate
headquarters in history. […]
“Silicon Valley is having its Versailles moment,” says Louise Mozingo,
LV1 – ANGLAIS

a professor at the University of California, Berkeley, and the author of


20 a fine book called “Pastoral Capitalism” about corporate headquarters.
Last year Facebook opened a new, 430,000-square-­foot building in Menlo
Park designed to embody the ­company’s informal culture. Resembling
a giant warehouse, it is reputedly the largest open-­plan office in the word.
S cient.

Meanwhile, Google is working on a zany idea for a new headquarters to


25 replace its Googleplex, wich involves constructing movable glass build-
ings. Other technology companies, including Nvidia, Samsung and Uber,
will, collectively, spend well over $1 billion on new buildings that broadcast

ANNALES CCIR 2017-2018 l 37

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S UJET

their success. These ambitious projects will transform a bland architectural II. Q
landscape of generic-­looking office parks. But they also mark a cultural shift
30 for the Valley, whose ethos is to value garages (in which firms like Hewlett-­
Packard and Apple were born) over glitz. […]
­Google’s plans are the most audacious – on brand for a firm working
on imaginative projects like exploring space, extending human life and
IENA
creating a self-­driving car. As it continues to grow quickly in profits and
35 headcount, Google has decided it wants to devise new ways to make
its headquarters expandable. The company has hired two architects,
Thomas Heatherwick and Bjarke Ingels, who have come up with an idea
that feels as though it was concocted at an all-­night party at Burning Man,
the annual gathering of hippies and techies in the Nevada desert. Their plan
40 is to construct a mobile set of glass buildings that would expand and shift
like Lego blocks as different d ­ epartments’ space requirements changed.
A specially designed crane will be needed to rearrange the structures. The
proposal suggests that Google, having disrupted many industries, now
wants to rethink a central tenet of architecture: that buildings are immovable.
45 These ­firms’ visions for what they want to erect may differ, but they
share common elements. They are designing functional, open-­plan offices
to increase collaboration among employees: “activity-­based” working,
which involves people doing their jobs from different places within an office,
including outdoor benches, on-­site coffee shops, napping pods and meeting
50 rooms, is becoming the norm. They are also softening the buildings – and the
whiff of corporate might – with greenery. Apple is using renewable energy
to power its spaceship and is planting 9,000 trees. At nine acres, the roof
garden on top of ­Facebook’s Building 20 feels vast. There is a juice bar and
food carts, and sprinkled throughout it are map legends, designed to look
55 like those consulted by backpackers in a state park.
But while this wave of construction captures the optimism and wealth of III.
a cohort of companies that are imagining and packaging our digital future,
Silicon Valley could lose something in the long term.
Eco. techno. Khâgne

The Valley thrived because people met and shared ideas in office parks,
60 restaurants and cafés, and talent has historically moved around easily within
and between companies. As firms build self-­enclosed universes, that mixing
may stop. Innovative architecture may attract talent and tourists initially,
but it also risks altering an environment that has fostered world-­beating
ideas and products. Cupertino and other Silicon Valley towns may come to
65 long for the time when they had no interesting buildings to distinguish them.
Alexandra suich, 1843 Magazine (The Economist), April/May 2016.

I. VERSION (sur 20 points)


LV1 – ANGLAIS

Traduire à partir de “These ­firms’ visions…” ­jusqu’à “…Silicon Valley could


lose something in the long term.”
(De la ligne 44 à la ligne 57)
S cient.

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S UJET
II. QUESTIONS (sur 40 points)

1. Question de compréhension du texte


Explain what the following sentence means:
‘As it continues to grow quickly in profits and headcount, Google has decided IENA
it wants to devise new ways to make its headquarters expandable.’
(lignes 33-35)
(100 mots + ou – 10 %* ; sur 10 points)

2. Question de comprehension du texte


Explain what the following sentence means:
‘Innovative architecture may attract talent and tourists initially, but it also
risks altering and environment that has fostered world-­beating ideas and
products.’ (lignes 61-63)
(100 mots + ou – 10 %* ; sur 10 points)

3. Question ­d’expression personnelle


Do you think public opinion can have a significant impact on c
­ ompanies’
policies?
(300 mots + ou – 10 %* ; sur 20 points)

* Le non-­respect de ces normes sera sanctionné.


Indiquer le nombre de mots utilisés.

III. THÈME (sur 20 points)

En 1993, la mine de charbon de Shirebrook, dans le nord de ­l’Angleterre,


Eco. techno. Khâgne

a fermé, mondialisation oblige. À son emplacement, comme un symbole, se


trouve ­aujourd’hui un immense hangar de 75 000 mètres carrés.
Une armée de 3 200 travailleurs y trie, emballe et distribue les produits
importés directement ­d’Extrême-­Orient par Sports Direct, la plus grande
enseigne britannique de magasins de sport. Vingt-­quatre heures sur vingt-­
quatre, chaussures de football, survêtements et autres shorts sont envoyés
par milliers pour répondre aux commandes sur Internet et pour fournir les
400 magasins du groupe au Royaume-­Uni.
Une chose ­n’a pas changé pourtant, entre la mine et l­’entrepôt : les condi-
tions de travail. « Victoriennes », a asséné, fin juillet, un rapport parlementaire
britannique. Contrats précaires, brimades en tout genre, sanctions sur les
LV1 – ANGLAIS

salaires… Toute la panoplie des pires excès du droit du travail britannique


est utilisée. La prochaine assemblée générale de Sports Direct s­ ’annonce
houleuse.
Eric Albert, Le Monde, 5 septembre 2016.
S cient.

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IENA
C ORRIGÉ
Par Alain Goudot, professeur de chaire supérieure ­d’Anglais en classes prépa-
ratoires économiques et commerciales au lycée Bellepierre, à Saint-­Denis
de la Réunion.
C ORRIGÉ

I. VERSION

Si ces entreprises peuvent avoir des projets de construction différents,


elles partagent des éléments communs. Elles conçoivent des espaces
de travail fonctionnels sans cloisons pour stimuler la collaboration entre
employés : « ­L’environnement de travail basé sur l­’activité », qui implique que
les employés exercent leur tâche à partir de tel ou tel poste de ­l’entreprise,
y compris sur des bancs en extérieur, des cafeterias sur site, capsules
de repos et salles de réunion, devient la norme. Elles humanisent aussi
les bâtiments – et atténuent la légère impression de toute-­puissance de
­l’entreprise – avec des espaces verts. Apple utilise des énergies renouve-
lables pour alimenter son vaisseau spatial et plante 9 000 arbres. Mesurant
neuf hectares, le jardin sur toit du bâtiment de Facebook paraît vaste. Il
y a un bar à jus, des chariots nourriture et ça et là, des légendes de cartes
identiques à celles consultées par les routards dans les parcs nationaux.
Mais alors que cette vague de construction capte l­’optimisme et la richesse
­d’une cohorte ­d’entreprises qui imaginent et conditionnent notre avenir
numérique, Silicon Valley pourrait y perdre à long terme.

III. THÈME

In 1993 S ­ hirebrook’s colliery in the north of England closed down due to


Eco. techno. Khâgne

globalisation. On its former location, as a symbol, sits a huge 75,000 square-­


metre warehouse.
A 3 200-strong army of workers are sorting, packaging and delivering
commodities directly imported from the Far East by Sports Direct, ­Britain’s
largest sports retailer. Round the clock, soccer boots, tracksuits, shorts and
the like are shipped by the thousand overseas to meet online orders and to
supply the ­group’s 400 stores based in the United Kingdom.
One thing has not changed however if we compare the mine to the ware-
house, namely the working conditions. “Victorian” conditions asserted
a British Parliamentary report late July. Precarious contracts, bullying of all
kinds, pay sanctions… The wide range of the worst abuse of ­Britain’s labour
law is being practised. Sports D ­ irect’s next general assembly foreshadows
LV1 – ANGLAIS

fiery debates/is likely to be stormy.


S cient.

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S UJET
LV1 – ANGLAIS
Durée : 4 heures.

Les candidats ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire


ou lexique ; ­l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec- ELVi
tronique est interdite. Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce
qui lui semble être une erreur d­ ’énoncé, il la signalera sur sa copie
et poursuivra sa composition en expliquant les raisons des initiatives
­qu’il sera amené à prendre.

1 . TRADUCTIONS

Durée ­ ’épreuve :
de l 2 heures.

I. TRADUCTION DE FRANÇAIS EN ANGLAIS

Ma mère prenait le thé dans le jardin. Debout à ses côtés, légèrement incliné,
une main déjà posée sur le dossier de la chaise, M. Zaremba attendait une
invitation à ­s’asseoir qui ne venait pas. Comme il y avait un sujet de conver-
sation qui ne laissait jamais ma mère indifférente, il n ­ ’eut aucune difficulté
à éveiller son attention.
– Il y a une chose, Nina, dont je tenais à vous parler depuis quelque temps
déjà. Il ­s’agit de votre fils.
Elle buvait toujours son thé beaucoup trop chaud, et, après s­ ’être brûlé les
lèvres, elle avait l­’étrange habitude de souffler dans la tasse pour la refroidir.*
– Je vous écoute.
– Ce ­n’est jamais bon – je dirais même que ­c’est dangereux – ­d’être fils
Eco. techno. Khâgne

unique. […]
– Je ­n ’ai aucune intention d ­ ’adopter un autre enfant, répliqua-­t‑elle
sèchement.
– Je ne songeais à rien de ce genre, voyons ! murmura M. Zaremba, qui
­n’avait pas cessé de contempler la chaise.
– Asseyez-­vous.
Le peintre ­s’inclina pour la remercier et ­s’assit. […]
– Je voudrais seulement vous dire que cela aiderait Romain s­ ’il y avait
un autre homme à vos côtés. À condition, bien entendu, ­qu’il s­ ’agisse de
­quelqu’un de compréhensif et qui ne se montrerait pas trop exigeant.
Romain Gary, La Promesse de ­l’aube, Gallimard, 1960.
LV1 – ANGLAIS

* « après ­s’être brûlée les lèvres » ­d’après le texte original.

II. TRADUCTION DE ­L’ANGLAIS EN FRANÇAIS

IT MUST HAVE BEEN ten in the evening when her husband stumbled
S cient.

through the door. From the corridor he actually called: “Honey, I­’m home.”
In the living room, he stopped and stared, as if he were in the wrong
place. He slapped his pockets like he might find a different set of keys there.

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S UJET

“Is something wrong?” he said to Claire.


He looked as if he could have aged some and then stepped right out of
the portrait on the wall. His tie was a little askew but his shirt was buttoned
up to the neck. The bald dome shone. He carried a leather briefcase with
a silver snap, Claire introduced me. He pulled himself together and walked
across to shake my hand. […] “Pleasure to meet you,” he said, in the sort
ELVi
of way that meant he had no idea whatsoever why it might be a pleasure,
but he had to say it anyway; he was bound to by pure politeness. His band
was chubby and warm. He placed his briefcase at the foot of the table and
frowned at the ashtray.
“Girls’ night out?” he said.
Claire kissed him high, on the cheek, near his eyelid, and loosened his
tie for him.
“I had some friends over.” […]
“Come sit with us,” she said.
“I’m going to run and have a shower, hon.” […]
He was undoing the buttons on his shirt and for a moment I thought he
might take the shirt off in front of me, stand in the middle of the room like
some round white fish.
Colum McCann, Let the Great World Spin, Bloomsbury, 2009.

2 . EXPRESSION ÉCRITE

Durée ­ ’épreuve :
de l 2 heures.

Hillary Clinton won the popular vote by more than two million, and she would
probably be president-­elect if the director of the F.B.I. h­ adn’t laid such
a heavy thumb on the scales, just days before the election. But it ­shouldn’t
Eco. techno. Khâgne

even have been close; what put Donald Trump in striking distance was
overwhelming support from whites without college degrees. So what can
Democrats do to win back at least some of those voters?

Recently Bernie Sanders offered an answer: Democrats should “go beyond


identity politics.” ­What’s needed, he said, are candidates who understand
that working-­class incomes are down, who will “stand up to Wall Street, to
the insurance companies, to the drug companies, to the fossil fuel industry.”

But is there any reason to believe that this would work? Let me offer some
reasons for doubt.
LV1 – ANGLAIS

First, a general point: Any claim that changed policy positions will win elec-
tions assumes that the public will hear about those positions. How is that
supposed to happen, when most of the news media simply refuse to cover
policy substance? Remember, over the course of the 2016 compaign, the
three network news shows devoted a total of 35 minutes combined to policy
S cient.

issues – all policy issues. Meanwhile, they devoted 125 minutes to Mrs.
­Clinton’s emails.

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S UJET
Beyond this, the fact is that Democrats have already been pursuing policies
that are much better for the white working class than anything the other party
has to offer. Yet this has brought no political reward.

Consider eastern Kentucky, a very white area which has benefited enor-
mously from Obamaera initiatives. Take, in particular, the case of Clay
ELVi
County, which the Times declared a few years ago to be the hardest place
in America to live. I­t’s still very hard, but at least most of its residents now
have health insurance: Independent estimates say that the uninsured rate
fell from 27 percent in 2013 to 10 percent in 2016. ­That’s the effect of the
Affordable Care Act, which Mrs. Clinton promised to preserve and extend
but Mr. trump promised to kill.

Mr. Trump received 87 percent of Clay ­County’s vote.

Now, you might say that health insurance is one thing, but what people want
are good jobs. Eastern Kentucky used to be coal country, and Mr. Trump,
unlike Mrs. Clinton, promised to bring the coal jobs back. (So much for the
idea that Democrats need a candidate who will stand up to the fossil fuels
industry.) But ­it’s a nonsensical promise.

Where did ­Appalachia’s coal mining jobs go? They ­weren’t lost to unfair
competition from China or Mexico. What happened instead was, first,
a decades-­long erosion as U.S. coal production shifted from underground
mining to strip mining ans mountaintop removal, which require many fewer
workers: Coal employment peaked in 1979, fell rapidly during the Reagan
years, and was down more than half by 2007. A further plunge came in
recent years thanks to fracking. None of this is reversible.

In the case of former coal country exceptional? Not really. Unlike the decline
in coal, some of the long-­term decline in manufacturing employment can
Eco. techno. Khâgne

be attributed to rising trade deficits, but even there i­t’s a fairly small fraction
of the story. Nobody can credibly promise to bring the old jobs back; what
you can promise – and Mrs. Clinton did – are things like guaranteed health
care and higher minimum wages. But working-­class whites overwhelmingly
voted for politicians who promise to destroy those gains.

So what happened here? Part of the answer may be that Mr. Trump had


no problems with telling lies about what he could accomplish. If so, there
may be a backlash when the coal and manufacturing jobs d
­ on’t come back,
while health insurance disappears.

But maybe not. Maybe a Trump administration can keep its supporters on
LV1 – ANGLAIS

board, not by improving their lives, but by feeding their sense of resentment.

For ­let’s be serious here: You ­can’t explain the votes of places like Clay
County as a response to disagreements about trade policy. The only way to
make sense of what happened is to see the vote as an expression of, well,
S cient.

identity politics – some combination of white resentment at what voters see


as favoritism toward nonwhites (even though it i­sn’t) and anger on the part
of the less educated at liberal elites whom they imagine look down on them.

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S UJET

To be honest, I ­don’t fully understand this resentment. In particular, I ­don’t


know why imagined liberal disdain inspires so much more anger than the
very real disdain of conservatives who see the poverty of places like eastern
C
Kentucky as a sign of the personal and moral inadequacy of their residents.

One thing is clear, however: Democrats have to figure out why the white
ELVi
working class just voted overwhelmingly against its own economic interests,
not pretend that a bit more populism would solve the problem.
Paul Krugman, The New York Times, November 25, 2016.

Répondre en ANGLAIS aux questions suivantes :


(Environ 250 mots pour chaque réponse)

1. According to the author of the text, what interpretations may be given for
Donald ­Trump’s victory? Answer the question in your own words.

2. Do you believe an anti-­establishment parallel can be drawn between


the American election and Brexit? Illustrate your answer with relevant
examples.
Eco. techno. Khâgne
LV1 – ANGLAIS
S cient.

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C ORRIGÉ
Par Philippe Rayet, agrégé d
­ ’anglais, professeur au lycée Notre-­Dame-
ELVi

du‑Grandchamp à Versailles.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS A ­L’ANGLAIS

C ORRIGÉ
My mother was having tea in the garden. Standing beside her [by her side
/ next to her] and leaning slightly forward, one hand already resting on the
back of the chair, M. Zaremba was waiting for her to invite [ask] him to sit
down. But she ­didn’t. As there was a [one] topic of conversation that never
left my mother indifferent [that never failed to retain my m ­ other’s attention],
he had no difficulty (in) arousing her curiosity.
“There is one thing, Nina, which I’ve been eager to talk to you about for
quite a while [for some time] now. It concerns your son.”
She would always start drinking her tea [She always began to take a sip
of tea] while it was still far [much] too hot, and, after it had burnt her lips, she
would have [she had] that weird habit of blowing on the tea to cool it (down).
“Go ahead,” (she said).
“It’s never a good thing – I would [should] even say i­t’s dangerous – to
be an only son.” […]
“I have no intention of adopting another child,” she retorted curtly [she
snapped].
“I meant nothing of the sort, come now!” M. Zaremba muttered without
taking his eyes off the chair.
“Do sit down [Take a seat],” (my mother said).
The painter gave a bow by way of thanks [to thank her] and sat down. […]
“I’d just like to tell you [to say] that the presence of a man at your side
would certainly be beneficial to Romain. Provided [As long as], of course,
it [he] were [was] somebody understanding and not too hard to please.”
Eco. techno. Khâgne

Romain Gary, La promesse de ­l’aube, Gallimard, 1960.

II. TRADUCTION DE ­L’ANGLAIS AU FRANÇAIS

Son mari dut rentrer ce soir-­là sur le coup des dix heures et il trébucha en
franchissant la porte. Depuis le couloir, on ­l’entendit même crier : « Chérie !
­C’est moi [Je suis là] ! »
Arrivé dans le salon [dans la salle de séjour], il ­s’arrêta et écarquilla les
yeux : était-­il au bon endroit ? Il tâta ses poches comme ­s’il allait y trouver
un autre jeu de clefs.
– ­Y’a quelque chose qui ne va pas ? demanda-­t‑il à Claire.
LV1 – ANGLAIS

Avec quelques années de plus, c ­ ’était le portrait tout craché de l­’homme


du tableau accroché au mur, ­qu’on aurait [eût] cru descendu dans la pièce.
Il avait la cravate un peu de travers mais sa chemise était boutonnée j­usqu’à
­l’encolure. Le sommet de son crâne, complètement dégarni, luisait. Il portait
à la main une serviette [un porte-­documents] de [en] cuir au [marqué(e) ­d’un]
fermoir argenté. Claire me présenta. Il se ressaisit et traversa la pièce pour
S cient.

me serrer la main. […] « Je suis enchanté de faire votre connaissance ! »


lança-­t‑il sur un ton qui laissait entendre q ­ u’il ne voyait pas du tout pourquoi
il le serait, mais il fallait pourtant q
­ u’il le dise. Il y était obligé [tenu] par pure

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politesse. Je sentis la chaleur de sa main potelée. Il posa sa serviette au
pied de la table et fronça les sourcils à la vue du cendrier.
ELVi – (C’est) une soirée entre filles ? demanda-­t‑il.
Claire déposa un baiser sur le haut de sa joue, près de sa paupière, et
desserra sa cravate.
– ­J’ai invité quelques copines. […] Viens ­t’asseoir avec nous, dit-­elle.
– Je vais prendre une douche vite-­fait, (ma) chérie ! […]
C ORRIGÉ

Je le vis déboutonner sa chemise, et, ­l’espace ­d’un instant, je crus bien


­qu’il allait ­l’enlever devant moi et se tenir là, debout, au milieu de la pièce,
comme un gros poisson (tout) blanc.
Colum McCann, Let the Great World Spin, Bloomsbury, 2009.

5
Eco. techno. Khâgne

10

15
LV1 – ANGLAIS

20
S cient.

25

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S UJET
LV1 – ALLEMAND
Durée : 4 heures.

(La note sur 80 sera divisée par 4 pour obtenir la note sur 20, qui
sera arrondie au dixième supérieur.) IENA
Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix, effectué
lors de ­l’inscription, de la première langue dans laquelle ils doivent
composer.
Les candidats ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire
ou lexique ; ­l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel
électronique est interdite.
Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur ­d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives ­qu’il sera amené à prendre.

S UJET

Der Exzess, den München dringend braucht

Das grenzenlose Feiern auf dem „Oktoberfest“ ist für München sehr wichtig,
es bringt das nötige Chaos in die sonst so saubere, beherrschte Stadt. In
München ist der Exzess heimatlos. Nur zwei Wochen im Jahr, während des
„Oktoberfestes“, wird ihm ausnahmsweise Asyl gewährt. Doch das Asylrecht
5 wurde verschärft, für den Exzess gelten erschwerte Bedingungen: Erstens
müssen dieses Jahr mehrere Hindernisse überwunden werden, wie ein Zaun
und unzählige Sicherheitsleute, die darüber wachen, dass niemand Taschen
Eco. techno. Khâgne

auf das Festgelände bringt. Zweitens war das Wetter in den ersten Tagen
besonders ungünstig: höchstens 16 Grad, andauernder Regen.

10 Jedoch hat sich der Exzess davon nicht beeindrucken lassen. Wie jedes
Jahr hat er langsam von der Masse Besitz ergriffen. Auch wenn die
Besucherzahl diesmal etwas kleiner war als gewöhnlich, musste sich das
Bedienungspersonal abends schon um halb neun einen Weg durch die
Menge bahnen.
LV1 – ALLEMAND

15 Menschengruppen vor den Bierzelten, Menschenreihen auf Bierbänken,


Betrunkene, die unterschätzt haben, wie stark das Bier ist. Frauen in
geschmackvollen Dirndln, Frauen in billigen Dirndln, Männer in edlen
Lederhosen, Männer in schercklichen Lederhosen. Nun könnte man
leicht das Ganze als ein Fest der Trinkerei betrachten, so wie die Berliner
20 Zeintung taz, die vor fast 20 Jahren einen Artikel über dans „Oktoberfest“
mit „Massenintoxikation in München“ betitelte. Im Text ging es um „eine
S cient.

internationale Szene von sechs Millionen Drogengebrauchern“, die sich „zur


welweit größten Orgie mit Suchtmitteln“ trifft. Es stimmt ja: Das „Oktoberfest“
ohne Bier is völlig undenkbar, aber dank dem Alkohol versteht man den
25 Charakter dieses Festes besser. Das ist eigentlich ein riesiges soziologisches

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S UJET

Experiment und der Exzess, der dort zelebriert wird, hat eine fast magische I. V
Wirkung.

In einer Stadt, in der jeder Exzess schon am Anfang verhindert wird, ist es
wohltuend, dass es zwei Wochen gibt, in denen frei gefeiert werden darf.
30 Das „Oktoberfest“ geht auf eine mehr als 200-jährige Tradition zurück, die
IENA
dazu noch vom bayerischen Königshaus begründet wurde. Normalerweise
ist Münschen eine reibungslos funktionierende Stadt. Niemand streikt, alle
gehen arbeiten und nur bei Grün über die Ampel, die Isar fließt friedlich
hindurch, die U-­Bahnen fahren pünktlich, das Fahrrad ist auch noch da, wo II. Q
35 man es ursprünglich abgestellt hat, und abends um elf sind alle brav im Bett,
weil sie am nächsten Morgen wieder früh raus müssen. Das „Oktoberfest“
fügt dieser allzu strikten Choreografie ein chaotisches Element hinzu, das
der Stadt sonst fehlen würde.

Plötzlich ist der Gehsteig nicht mehr so sauber. Plötzlich ist nachts überall
40 Leben auf den Straßen. Plötzlich sind alle Menschentypen auf die halbe Stadt
verteilt. Und plötzlich hat man das Gefühl, als sei Münschen eine pulsierende
Metropole. Ob Bier trinken, Hähnchen essen oder Tabak rauchen – fast alles,
was man tun kann, ist ungesund. Der Exzess, der im Bierzelt zelebriert wird,
ist eine Ode an die Unvernunft.

45 Das „Oktoberfest“, dafür ist es seit jeher berühmt, ist ein großes Fest der
Gleichheit. So ein Biertisch ist eben keine geschlossene Gesellschaft,
sondern eine offene Bühne mit wechselnden Akteuren. Schüchternheit,
Sprachbarrieren und soziale Unterschiede verschwinden. Da sitzen Bayern,
Preußen, Deutsche und Ausländer nebeneinander und alle verstehen sich
50 irgendwie, sogar fast problemlos. Der Exzess macht schließlich die harte,
böse Realität besser erträglich. Wer sich gehen lässt, mit der Masse eins
wird, die Distanz aufgibt und vollends der herrlichen Stimmung erliegt, der
ist geschützt vor den Frustrationen des Alltags. III.
Eco. techno. Khâgne

Vielleicht sind das „Oktoberfest“ in München und der „Karneval“ in Köln in


55 mancher Hinsicht vergleichbar. In beiden Fällen wird eine ganze Stadt von
Exzess erfasst, in beiden Fällen kostümieren sich die Teilnehmer mit selt-
samen Kleidungen und in beiden Fällen ist das Feiern eine Flucht aus der
Alltäglichkeit, ein Zeichen dafür, dass alles auch ganz anders sein könnte.
Doch während in Köln alle Karnevalisten am Aschermittwoch an die eigene
60 Sterblichkeit erinnert werden, steht der Besucher des „Oktoberfestes“ dieses
Jahr, nach 17 Tagen Exzess, am 3. Oktober Punkt 22:30 Uhr, im Hacker-­Zelt,
in der einen Hand eine brennende Kerze, in der anderen den Maßkrug mit
LV1 – ALLEMAND

dem letzten Bier, und schreit auf Bayerisch: „Aus is und schad is, d ­ ass’s
wahr is.“
Nach einem Artikel von Oliver Klasen
„Süddeutsche Zeitung“, 23. September 2016.
S cient.

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S UJET
I. VERSION (sur 20 points)
Traduire le titre et les paragraphes 1 et 2, depuis : „Das grenzenlose Feiern
auf dem „Oktoberfest“ ist für München sehr wichtig… “ ­jusqu’à „…musste
sich das Bedienungspersonal abends schon um halb neun einen Weg durch
die Menge bahnen“
(de la ligne 1 à la ligne 14) IENA

II. QUESTIONS (sur 40 points)


1. Question de compréhension du texte
Was ist, nach der Meinung des Journalisten, der tiefe Sinn des
„Oktoberfestes“?
(100 mots + ou – 10 %* ; sur 10 points)

2. Question de compréhension du texte


Ist das „Oktoberfest“ wirklich so idyllisch?
(100 mots + ou – 10 %* ; sur 10 points)

3. Question ­d’expression personnelle


Vor noch 20 Jahren galt Deutschland als unattraktiv… Heute ist das
Deutschlandbild viel positiver. Wie lässt sich diese spektakuläre Veränderung
erklären?
(300 mots + ou – 10 %* ; sur 20 points)

* Le non-­respect de ces normes sera sanctionné.


(Indiquer le nombre de mots sur la copie après chaque question.)

III. THÈME (sur 20 points)


Eco. techno. Khâgne

Ce ­n’est plus un secret

La date ­n’a pas été choisie au hasard. Bien que sa candidature soit attendue
depuis plusieurs mois, Angela Merkel, la « femme la plus puissante au
monde » (Forbes), a dû attendre que la tempête se calme pour ­l’annoncer.
Sa décision de laisser entrer près d ­ ’un million de réfugiés en 2015 a en effet
irrité ses sympathisants. Mais la popularité de la Chancelière s­ ’est ­aujourd’hui
stabilisée. 87 % des membres de la CDU souhaitent q ­ u’elle les guide vers une
nouvelle victoire. De plus, jeudi dernier, ­l’ancienne physicienne, que ses conci-
LV1 – ALLEMAND

toyens surnomment affectueusement « Mutti », a reçu un soutien important.

En venant à Berlin pour son dernier voyage officiel, Barack Obama a salué
les qualités de cette « partenaire extraordinaire ». « Si ­j’étais Allemand et
si je votais, je pourrais la soutenir », a expliqué le Président des États-­
Unis. Celui-­ci ­s’est cependant demandé si ce soutien pouvait l­’aider ou au
contraire la pénaliser. Les Allemands étant de grands fans de « Barack », on
choisit plutôt la première option.
S cient.

­D’après un article de Frédéric THERIN


« Le Point », 18 novembre 2016*.

* (Ces références ne sont pas à traduire.)

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IENA
C ORRIGÉ
Par Jean-­Michel Hannequart, professeur d’Allemand au lycée François Ier,
au Havre.
C ORRIGÉ

I. VERSION

­ ’excès, dont Munich a un besoin urgent (a absolument besoin).


L
Faire la fête sans limite lors de l­’Oktoberfest (lors de la fête de la bière),
­c’est essentiel pour Munich, cela apporte le chaos indispensable dans une
ville par ailleurs si propre, si disciplinée. À Munich, ­l’excès ­n’a pas droit de
cité. Il n
­ ’y a que deux semaines par an, pendant la « fête de la bière » où
exceptionnellement on lui accorde le droit ­d’asile. Mais ce droit a été durci,
les excès sont encadrés de manière plus draconienne (plus sévèrement).
Tout ­d’abord, il faut cette année surmonter plusieurs obstacles comme par
exemple une clôture et ­d’innombrables agents de sécurité qui veillent à ce
que personne ­n’introduise de sac sur le site de la fête. Ensuite la météo a été
particulièrement défavorable pendant les deux premiers jours : tout au plus
16 °C et une pluie persistante (ininterrompue).
Cependant ­l’excès ne s­ ’est pas laissé impressionner par tout cela. Comme
chaque année, il a pris peu à peu possession de la foule. Même si les
visiteurs ont été cette année un peu moins nombreux ­qu’à ­l’habitude, le
personnel de service devait chaque soir se frayer un passage à travers la
foule (la cohue).

III. THÈME

Es ist kein Geheimnis mehr.


Eco. techno. Khâgne

Das Datum wurde nicht zufällig gewählt. Obwohl ihre Kandidatur seit
mehreren Monaten erwartet wurde, hat Angela Merkel, laut Forbes „die
mächtigste Frau der Welt“, warten müssen, bis der Sturm sich legt, um
sie anzukündigen (bekannt zu geben). Ihre Entscheidung, 2015 knapp
eine Million Flüchtlinge ins Land zu lassen (aufzunehmen), hat nämlich ihre
Sympathisanten verärgert (irritiert). Aber die Beliebtheitswerte der Kanzlerin
haben sich heute stabilisiert. 87% der CDU-­Mitglieder wünschen, dass
sie sie zu einem neuen Sieg führt. Zudem (außerdem) hat die ehemalige
Physikerin, die von ihren Mitbürgern (Landsleuten) liebevoll „Mutti“ genannt
wird, letzten Donnerstag eine bedeutende Unterstützung bekommen. Auf
LV1 – ALLEMAND

seiner letzten offiziellen Reise nach Berlin hat Barack Obama die Vorzüge
dieser „außerordentlichen Partnerin“ gewürdigt (hervorgehoben). Wenn ich
Deutscher wäre und wenn ich wählen würde, könnte ich sie unterstützen,
erklärte der Präsident der vereinigten Staaten. Dabei hat er sich aber gefragt,
ob diese Unterstützung ihr helfen oder im Gegenteil schaden könnte. Da die
Deutschen große Anhänger von Barack (Barack-­Fans) sind, spricht man sich
eher für die erste Option aus (wählt man eher die erste Option).
S cient.

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S UJET
LV1 – ALLEMAND
Durée : 4 heures.

Les candidats ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire


ou lexique ; ­l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec- ELVi
tronique est interdite. Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce
qui lui semble être une erreur d­ ’énoncé, il la signalera sur sa copie
et poursuivra sa composition en expliquant les raisons des initiatives
­qu’il sera amené à prendre.
En matière d­ ’orthographe, les graphies antérieure et postérieure à la
réforme sont acceptées.

1 . TRADUCTIONS

Durée ­ ’épreuve :
de l 2 heures.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS EN ALLEMAND

Et puis le temps a commencé à paraître long, la parfaite mécanique familiale


­s’est enrayée. Les parents de Paul, qui avaient pris l­’habitude de les aider
à la naissance de la petite, ont passé de plus en plus de temps dans leur
maison de campagne, où ils avaient entrepris d ­ ’importants travaux. Un
mois avant ­l’accouchement de Myriam, ils ont organisé un voyage de trois
semaines en Asie et ­n’ont prévenu Paul ­qu’au dernier moment. Il ­s’en est
offusqué, se plaignant à Myriam de l­’égoïsme de ses parents, de leur légè-
reté. Mais Myriam était soulagée. Elle ne supportait pas d ­ ’avoir Sylvie dans
Eco. techno. Khâgne

les pattes. Elle écoutait en souriant les conseils de sa belle-­mère, ravalait sa


salive quand elle la voyait fouiller dans le frigidaire et critiquer les aliments
qui ­s’y trouvaient. (…) Myriam et elle ­n’étaient jamais ­d’accord sur rien, et il
régnait dans l­’appartement un malaise compact, bouillonnant, qui menaçait
à chaque seconde de virer au pugilat. « Laisse tes parents vivre. Ils ont raison
­d’en profiter maintenant ­qu’ils sont libres », avait fini par dire Myriam à Paul.

Elle ne mesurait pas ­l’ampleur de ce qui ­s’annonçait. Avec deux enfants tout
est devenu plus compliqué : faire les courses, donner le bain, aller chez le
LV1 – ALLEMAND

médecin, faire le ménage. Les factures se sont accumulées. Myriam ­s’est


assombrie. Elle ­s’est mise à détester les sorties au parc. Les journées ­d’hiver
lui ont paru interminables. (…) Elle ressentait chaque jour un peu plus le
besoin de marcher seule, et avait envie d ­ ’hurler comme une folle dans la
rue. « Ils me dévorent vivante », se disait-­elle parfois.
Leïla Slimani, Chanson douce, Gallimard 2016.
S cient.

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S UJET

II. T
 RADUCTION DE ­L’ALLEMAND
AU FRANÇAIS

„Klara.“
„Ja?“
ELVi „Was ist jetzt mit nächster Woche?“
„Du willst, dass ich mitkomme?“
Das Angebot überraschte und beunruhigte sie gleichermaßen.
„Ja, vielleicht haben wir an der Nordsee mehr Glück mit dem Wetter.“
Ihre Mutter ging davon aus, dass sie nicht Nein sagen würde. Der Ton, in
dem sie fragte, ließ gar nichts anderes zu. Klara kannte ihn gut.

Sie legte das Wattestäbchen auf die Ablage unter dem Spiegel und zupfte an
ihrer rechten Augenbraue, die ein wenig aus der Form geraten war.
„Ich weiß nicht, ob ich so spontan wegkann. Wir haben am Dienstag eine
wichtige Besprechung im Verlag, und hier liegt ein Berg an Texten, den ich
bis Juli fertig haben muss.“
„Bis Juli ist ja noch ein bisschen Zeit. Nimm dir doch etwas mit zum Arbeiten.
Du kannst dich schön auf die Terrasse setzen und lesen.“
Lesen, wenn es nur das wäre. Aber das wusste ihre Mutter nicht so genau,
und es interessierte sie auch nicht wirklich.
Klara fühlte sich unter Druck gesetzt. Dass sie sie morgens anrief und
verlangte, ein paar Tage später mit ihr eine Woche im Landevejen* zu
verbringen, war typisch für ihre Mutter.
Aber vielleicht sollte sie wirklich mitfahren. Es gab vieles, über das sie gern
mit ihr sprechen würde. Sie fürchtete nur, und ihre Erfahrungen gaben ihr
da immer wieder Recht, dass es zu diesen Themen nicht kommen würde.
„Kann ich dir morgen Bescheid geben? Ich muss im Verlag Klären, ob das
irgendwie machbar wäre“.

* nicht übersetzen
Eco. techno. Khâgne

Anette Beckmann, Wann, wenn nicht morgen, dtv 2016.

2 . EXPRESSION ÉCRITE

Durée ­ ’épreuve :
de l 2 heures.
LV1 – ALLEMAND

IM BETONHIMMEL: WIE KÖNNEN STÄDTE


LEBENSWERTER WERDEN?

Die Menschheit zieht um. Dörfer entvölkern sich, Städte platzen aus allen
Nähten. Schon heute leben 54 Prozent der Weltbevölkerung in Städten –
im Jahr 2050 sollen es gar zwei Drittel sein. Mit dieser Wanderbewegung
hängen viele Krisen wie Klimawandel und Ressourcenknappheit zusammen.
S cient.

Kurzum: Die Zukunft der Menschheit wird in der Stadt entschieden.


Nun setzen die Vereinten Nationen das Thema auf die Tagesordnung.
Kommende Woche treffen sich Tausende Diplomaten, Bürgermeister und

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S UJET
Stadtplaner zum Weltsiedlungsgipfel Habitat III in Quito – 20 Jahre nach dem
Vorgängertreffen Habitat II. Bei so einem Konferenzturnus ist der politische
Nachholbedarf natürlich enorm.
In der Haupstadt Ecuadors wollen die Regierungen eine “Neue Agenda für
Städte” verabschieden. Dort drängen außerdem Städtenetzwerke darauf, in
den UN-­Prozessen zu Klimaschutz oder Nachhaltigkeitszielen endlich eine ELVi
eigene Stimme zu bekommen. Denn ihre Probleme sind groß.
Vor allem in Asien und Afrika versprechen sich viele Landbewohner vom
Stadtleben mehr Freiheit, höheren Wohlstand und bessere Gesundheit.
Doch für mehr als eine Milliarde Menschen von Mumbai bis Lagos, von
La Paz bis Baltimore endet die Hoffnung in den Hütten der Elendsviertel.
Bis 2050 könnte sich die Zahl der Slumbewohner sogar verdoppeln. Denn
es wird immer mehr Megacitys geben, chaotische Ballungsräume, in denen
sich mehr als 10 Millionen Einwohner drängen.
Heute sind Städte für drei Viertel der Co2-Emissionen verantwortlich. Allein
die Baustoffe, die notwendig wären, um jede Familie und jedes Büro nach
westlichen Ansprüchen zu beherbergen, würden künftig das gesamte
Co2-Budget der Menschheit fordern. Dann wäre noch niemand zur Arbeit
gefahren, kein Zimmer geheizt, kein Computer angeschaltet.
Doch gleichzeitig sind Städte auch Orte voll kreativer Energie. Während
nationale Regierungen oft zögern, treibt der Problemdruck die Politiker
am Ort zu mutigen Lösungen. So will etwa Santiago de Chile bis
Ende 2017 das U-­Bahn-System für 2,5 Millionen Menschen auf Wind- und
Solarstrom umstellen. Kapastadt hat sich radikale Ziele zur Erhaltung der
Wasserressourcen gesetzt. Toronto knüpft mit einem Ernährungsrat neue
Beziehungen zu den umliegenden Bauern.
Neue Technologien wie wiederverwertbare Leichtbaustoffe und energieef-
fiziente Heizungen. Elektroautos oder smarte öffentliche Verkehrssysteme
werden eine größere Rolle spielen. Wichtig – und oft vernachlässigt – sind
Eco. techno. Khâgne

zudem Hilfen für die Armen, transparente Verwaltungen, das Engagement


für die Kulturelle Eigenart.
Im Folgenden zeigen wir an [zwei] Beispielen den Ideenreichtum der Städte.
Sie beweisen, wie kluge Projekte häufig gleich mehrere Probleme auf einmal
lösen. (…)
Städte werden lebendiger, wenn sich Konsum und Produktion, Arbeit und
Leben wieder mischen. In so einer Stadt könnten Bürger einen Teil der Dinge,
die sie brauchen, künftig selber herstellen. Denn die digitalen Maschinen
LV1 – ALLEMAND

von morgen – Lasercutter, 3-D-­Drucker, CNC-­Fräsen – passen in jedes


Hinterhaus. In die “Dezentrale” im Dortmunder Unionsviertel zum Beispiel.
Dort wird diese Zukunft schon erprobt. Tüftler aus dem Quartier haben
gerade ein Lastenfahrrad zu einem solar betriebenen Elektrotransporter
umgebaut.
Maker, so nennt sich die neue, Hightech-­gestütztz Do-­it-yourself-­Bewegung.
In Dortmund werden ihre Experimente vom Fraunhofer Institut für Umwelt-,
S cient.

Sicherheits- und Energietechnik (Umsicht) unterstützt. Die Forscher wollen


mit interessierten Laien nicht nur nach Energiesparkonzepten für den
Transport suchen, sondern auch für einzelne Haushalte. Im e:Lab könnte

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S UJET

man Windturbinen fürs Mikrokraftwerk auf dem Balkon ausdrucken, erzählt


Jürgen Bertling von Umsicht. Oder eine sensible Infrarotheizung entwickeln,
die spürt, in welchem Raum sich die Bewohner gerade aufhalten und die
C
nur dort Wärme spendet.
Auch ein Senior Design lab ist geplant. Ältere menschen werden technische
ELVi Helfer basteln, die ihnen trotz Rheuma oder Rückenschmerz den Alltag
zu Hause erleichtern. Mit solchen Innovationen könnten Projekte wie die
Dezentrale zum Entstehen einer umweltverträglichen regionalen Wirtschaft
beitragen, meint der Umsicht-­F orscher Bertling. Aber nicht nur das:
Gemeinsam zu reparieren, erfinden und produzieren stifte, “anders als die
globalisierte Industrieproduktion”, sozialen Zusammenhalt im Stadtviertel.
Als Verwaltung und Rat der westfälischen Kleinstadt Hiddenhausen vor ein
paar Jahren Prognosen zur demografischen Entwicklung ihrer Gemeinde
in die Hand bekamen, da erkannten sie: Entweder wir tun jetzt was – oder
demnächst steht hier jedes zehnte Haus leer.
In vielen Industrienationen lässt nicht nur die Attraktivität der Städt die länd-
lichen Regionen verarmen, sondern auch der demografische Trend: Junge
Paare ziehen weg, weniger Kinder werden geboren, die Einwohner werden
immer älter. Das führt in einen Teufelskreis: Wo nur noch wenige Rentner
leben, lohnt sich kein Supermarkt mehr, kein Restaurant, kein Kindergarten,
keine Schule. Die Folge: Noch mehr Leute wandern ab.
Aber Hiddenhausen will keine Geisterstadt werden. Also tun die Stadtpolitiker
etwas – und verbinden Klima – und Bevölkerungspolitik. Statt junge Familien
mit Bauland zu locken und Böden zu versiegeln, schießen sie ihnen, verteilt
auf sechs Jahre, 9.000 Euro zu, damit sie in verwaiste alte Häuser ziehen.
Plus weitere 1.500 Euro für ein Gutachten über deren Zustand. 424 Familien
haben das Angebot “Jung kauft Alt” bereits angenommen, 60 Prozent dieser
Bürger kommen von außen. Die Gemeinde sparte trotz des Zuwachses
Flächen so groß wie 30 Fußballfelder ein. Und auf den Straßen spielen
Eco. techno. Khâgne

wieder Kinder.

Von Christiane Grefe, Die Zeit Nr. 43/2016.

Répondez en ALLEMAND aux questions suivantes :


(250 mots environ pour chaque réponse)

1. Wie versuchen die im Text genannten Städte auf den Klimawandel


einzugehen?
LV1 – ALLEMAND

2. Welche sind für Sie die großen aktuellen Herausforderungen der


Stadtentwicklung? Argumentieren Sie mit konkreten Beispielen aus
Deutschland und dem internationalen Kontext.
S cient.

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C ORRIGÉ
Par Jean-­Michel Hannequart, professeur d’Allemand au lycée François Ier,
ELVi

au Havre.

I. T
 RADUCTION DE ­L’ALLEMAND

C ORRIGÉ
EN FRANÇAIS

« Klara. »
« Oui ? »
« Que faisons nous maintenant la semaine prochaine (Qu’en est-­il maintenant
de la semaine prochaine) ? »
« Veux-­tu que je ­t’accompagne ? ».
Cette proposition la surprit et en même temps ­l’inquiéta.
« Oui, nous aurons peut-­être plus de chance avec le temps au bord de la
mer du nord. »
Sa mère supposait (partait du principe) ­qu’elle ne dirait pas non.
Elle posa le coton-­tige sur ­l’étagère en dessous du miroir et tira son sourcil
droit qui avait un peu perdu de sa forme.
« Je ne sais pas si je peux partir comme bon me semble (sans rien demander).
Nous avons une réunion importante à la maison d ­ ’édition mardi et j­’ai là une
montagne de textes que je dois avoir terminés pour juillet ».
« Pour juillet tu as encore un peu de temps. Emmène donc quelque chose
pour travailler sur place ! Tu pourras ­t’asseoir sur la terrasse et lire. »
Comme ­s’il ne ­s’agissait que de lire. Ma sa mère n­ ’était pas bien au courant
et ça ne ­l’intéressait pas vraiment.

Klara se sentait mise sous pression. Appeler le matin et demander à passer


une semaine avec elle à Landevejen quelques jours plus tard, c ­ ’était typique
de la façon de faire de sa mère. Mais peut-­être devrait-­elle vraiment
Eco. techno. Khâgne

­l’accompagner. Il y avait beaucoup de choses dont elle aurait aimé parler


avec elle. Elle craignait seulement, et son expérience lui avait toujours donné
raison sur ce point, que ­l’on ­n’aborde pas ces sujets.
« Puis te donner ma réponse demain ? Je dois discuter avec la maison
­d’édition pour savoir si ce serait faisable ».

II. T
 RADUCTION DE FRANÇAIS
EN ALLEMAND
LV1 – ALLEMAND

Und dann begann, die Zeit lang zu werden (dann kam ihr allmählich die Zeit
lang vor), die perfekte Mechanik des Familienlebens geriet ins Stocken.
Pauls Eltern, die es sich seit der Geburt der Kleinen angewöhnt hatten,
ihnen zu helfen, verbrachten nun immer mehr Zeit in ihrem Landhaus, in
dem sie umfangreiche Renovierungsarbeiten unternommen hatten. Einen
Monat vor Myriams Entbindung organisierten sie eine dreiwöchige Reise
nach Asien und benachrichtigten Paul erst im letzten Moment (und sagten
Paul… Bescheid). Er regte sich darüber auf und beschwerte sich (klagte) bei
S cient.

Myriam über den Egoismus und die Leichtfertigkeit seiner Eltern. Myriam
aber war erleichtert. Sie konnte es nicht ertragen, dass Sylvie ihr ständig im
Weg stand (Sylvie ständig auf der Pelle zu haben). Sie hörte sich lächelnd

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die Ratschläge ihrer Schwiegermutter an, unterdrückte ihren Ärger, wenn
sie sah, wie diese in ihrem Kühlschrank stöberte und dabei Kritik an den
ELVi Lebensmitteln übte, die sich darin befanden. (…) Myriam und sie waren
sich nie über irgend etwas einig, und in der Wohnung herrschte ein dichtes,
brodelndes Unbehagen, das jede Sekunde in eine Schlägerei hätte ausarten
können. „Lass doch deine Eltern leben, wie sie wollen. Sie haben ganz recht,
jetzt ihre Freiheit zu genießen“, hatte Myriam schließlich zu Paul gesagt.
C ORRIGÉ

Sie hatte das Ausmaß dessen nicht geahnt, was ihr bevorstand . Mit zwei
Kindern wurde alles viel komplizierter : einkaufen, die Kinder baden, zum
Arzt gehen, der Haushalt. Die Rechnungen stapelten sich. Myriams Laune
wurde immer düsterer. Sie begann es zu verabscheuen, in den Park zu
gehen. Die Wintertage kamen ihr endlos vor. (…) Mit jedem Tag wurde in
ihr das Bedürfnis stärker, alleine spazieren zu gehen, und sie hatte Lust, auf
der Straße wie eine Verrückte zu schreien. „Sie fressen mich bei lebendigem
Leib auf“, sagte sie sich manchmal.

5
Eco. techno. Khâgne

10

15
LV1 – ALLEMAND

20
S cient.

25

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S UJET
LV1 – ESPAGNOL
Durée : 4 heures.

(La note sur 80 sera divisée par 4 pour obtenir la note sur 20, qui
sera arrondie au dixième supérieur.) IENA
Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix, effectué
lors de ­l’inscription, de la première langue dans laquelle ils doivent
composer.
Les candidats ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire
ou lexique ; ­l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel
électronique est interdite.
Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur ­d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives ­qu’il sera amené à prendre.

S UJET

En 25 años, casi todo un siglo

Cuando hace veinticino años, exactamente el 18 de julio de 1991, se celebró


la primera Cumbre Iberoamericana de jefes de Estado y de Gobierno en
Guadalajara, México, era dificil imaginar el mundo que vendría un cuarto
de siglo después.
5 Aquel gran foro estuvo marcado por la ola democrática liberal en América
Latina; la reafirmación del comunismo en cuba pese a la caída del bloque
soviético; el fin de la década perdida; el programa de reddución de la deuda
Eco. techno. Khâgne

externa; la profundización de la economía de mercado y la exitosa transición


en España y Portugal.
10 Pese a las diferencias ideológicas, en Guadalajara estuvieron todos los
dirigentes iberoamericanos, incluido Fidel Castro. Hace 25 años, aquél era
el único espacio multilateral que el dirigente cubano compartía con sus
homólogos de la región.
La primera cumbre tuvo fundamentos sólidos: sus lenguas, sus culturas,
15 su historia compartida; también una situación económica marcada por la
masiva inversión española en América Latina y, después, por el surgimiento
LV1 – ESPAGNOL

de las corporaciones multilatinas.


Triunfó una iniciativa pionera de España y México – luego se sumó Brasil –
que contaría, siempre, con el apoyo de la Corona.
20 Cuando se vuelve la mirada atrás, la velocidad del cambio, la tecnología
y la globalización han hecho que parezca un siglo. China se ha consolidado
como potencia económica con gran impacto en Latinoamérica. El terrorismo
se ha convertido en un desafio planetario. Se han borrado fronteras trazadas
S cient.

a principios del siglo pasado y han aparecido nuevos flujos y presiones


25 migratorias. Las tecnologías de la información aplicadas a las redes sociales
han generado nuevas voces. La Unión Europea, sin duda la construcción

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S UJET

multilateral más importante del siglo XX junto con la ONU, sufre nuevas I. V
tensiones y desafíos, como ha evidenciado el Brexit.
La sociedad actual está confusa ante las políticas económicas que no
30 superan las que aplican los bancos centrales; enojada porque percibe
que sus hijos vivirán peor que sus padres, y violenta porque ve dasatarse
el terror, el racismo y la xenofobia, viejos conflictos de razas, religiones
IENA
o nacionalidades.
América Latina empezó bien el siglo. La fuerte demanda china disparó los
II. Q
35 precios de sus materias primas. Los recursos sirvieron para reducir la deuda
pública, alimentar las reservas y, en algún caso, ahorrar para tiempos de
escasez. La mayoría de los países aplicaron mecanismos de distribución
que han reducido la probreza (hasta 80 millones de personas han salido de
ella) y, en alguna medida, la desigualdad.
40 Con los ajustes en China dejó de soplar el viento de cola. Hay, pues, que
poner en marcha procesos de estabilización, siempre dolorosos, para
controlar la inflación, no perder los recursos ganados y, al tiempo, diversi-
ficar el aparato productivo para mejorar rendimiento y competitividad. La
calidad de la educación y de las infraestructuras sociales y económicas
45 deben ser objetivos impostergables.
Mientras España y Portugal parecen superar los peores momentos de la
crisis, América Latina está logrando absorber tensiones y conflictos. La crisis
venezolana pide una solución, cada vez más “acompañada” por la comu-
nidad internacional. Brasil se enfrenta a una crisis política y económica, pero
50 sus instituciones funcionan y su economía comienza a reactivarse. Colombia
ha cerrado el más viejo conflicto armado del continente. Y asistimos, por fin,
a la normalización de las relaciones entre Cuba y Estados Unidos.
El foro de las cumbres no reclama méritos, pero puede reivindicar el hilo
conductor que arrancó en Guadalajara hace 25 años con la presencia de
55 Fidel Castro y que continuó cuando la régión exigió, en la Cumbre de las
Américas (Cartagena, 2012), que no hubiera otro foro similar sin la partici-
pación de Cuba.
Eco. techno. Khâgne

Aquel proceso ha mostrado, frente a las tendencias centrípetas que vemos


III.
en otras partes del mundo, una gran capacidad de “convergencia en la
60 diversidad”, como dijo recientemente la presidenta Bachelet de Chile.
Las cumbres iberoamericanas han tenido la virtud de, sin competir con
otros foros multilaterales o regionales, alimentar en todos ellos el recono-
cimiento de la diversidad como parte de un destino común. En está época
de tensiones y de dispersión, no es poca cosa.
Enrique V. Iglesiais, El País, 20/07/16.
LV1 – ESPAGNOL
S cient.

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S UJET
I. VERSION (sur 20 points)

Traduire depuis “Cuando se vuelve la mirada atrás…” j­usqu’à “…religiones


o nacionalidades”.
(Lignes 20 à 33)
IENA

II. QUESTIONS (sur 40 points)

1. Question de compréhension du texte


¿En qué contexto se celebró “la primera Cumbre Iberoamericana de jefes
de Estado y de Gobierno” según Enrique V. Iglesias? (ligne 2)
(100 mots + ou – 10 %*; sur 10 points)

2. Question de compréhension du texte


¿En qué se basa el autor para afirmar que “América Latina empezó bien el
siglo”? (ligne 34)
(100 mots + ou – 10 %*; sur 10 points)

3. Question ­d’expression personnelle


¿En qué medida considera usted que las relaciones entre España
y Latinoamérica deben alimentarse del « reconocimiento de la diversidad
como parte de un destino común »? (lignes 62 à 63)
(300 mots + ou – 10 %*; sur 20 points)

* Le non-­respect de ces normes sera sanctionné.


Indiquer le nombre de mots sur la copie après chaque question. Eco. techno. Khâgne

III. THÈME (sur 20 points)

Le rêve de la maison connectée face à la réalité

Le fantasme de la maison connectée où tous nos appareils électroménagers


devanceront nos moindres désirs sans que nous ayons à bouger le petit
doigt ­n’est pas nouveau. (…)
Grâce au développement ­d’Internet et des réseaux de communication,
cette vision futuriste est ­aujourd’hui une réalité bien tangible. Le marché
de la maison intelligente connaît un véritable essor ces dernières années et
LV1 – ESPAGNOL

suscite la convoitise ­d’une multitude ­d’acteurs, des géants de ­l’Internet aux


grands groupes ­d’électronique, en passant par les opérateurs télécoms et
une pléthore de jeunes entreprises, tous désireux de se tailler une part de
cet immense gâteau.
Pour le moment, peu de particuliers ont encore succombé, même si beau-
coup plébiscitent les avantages de ces produits, notamment en matière de
gestion des dépenses ­d’énergie, de sécurité ou de diverstissement.
S cient.

Zeliha Chaffin, Le Monde, 6/11/16.

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IENA
C ORRIGÉ
Par Nicolas Léger, professeur ­d’Espagnol en classes préparatoires ECE et
ECS à ­l’institution des Chartreux, à Lyon.
C ORRIGÉ

I. VERSION
­ orsqu’on regarde en arrière, la vitesse du changement, la technologie et la
L
globalisation donnent l­’impression q ­ u’un siècle s­ ’est écoulé. La Chine s­ ’est
renforcée en tant que puissance économique au fort impact en Amérique
Latine. Le terrorisme est devenu un défi planétaire. On a effacé1 les frontières
dessinées au début du siècle dernier et de nouveaux flux et pressions migra-
toires ont fait leur apparition. Les technologies de ­l’information appliquées
aux réseaux sociaux ont donné naissance à de nouvelles voix. L ­ ’Union
européenne, qui est sans doute, avec ­l’ONU, la construction multilatérale
la plus importante du xxe siècle, connaît2 de nouvelles tensions et est face
à des défis, comme le Brexit ­l’a bien montré.
La société actuelle est perdue3 face aux politiques économiques qui ne
vont pas au-­delà de celles que les banques centrales appliquent ; elle est
en colère car elle se rend compte que ses enfants vivront moins bien que
leurs parents, et elle est violente car elle voit ressurgir la terreur, le racisme
et la xénophobie, les vieux conflits raciaux, religieux ou nationalistes.
1. On préférera ­l’impersonnel à une traduction plus littérale (« les frontières se sont effacées »).
2. « Sufrir » sans préposition « de » est à traduire par « subir » et non « souffrir ».
3. L’emploi du verbe « estar » devant ­l’adjectif « confusa » doit guider la traduction vers le sens ­
d’un embarras, ­d’un flou. En ­d’autres termes, la société « se trouve dans le brouillard ».

III. THÈME
Eco. techno. Khâgne

El sueño de la casa conectada ante la realidad1


El fantasma de la casa conectada en la que todos nuestros electrodomés-
ticos anticipen2 nuestros más mínimos deseos sin que tengamos que mover
un solo dedo no es nuevo. (…)
Gracias al desarrollo de Internet y de las redes de comunicación, esta visión
futurista es ahora una realidad muy tangible. El mercado de la casa inte-
ligente conoce un verdadero auge desde hace unos años y despierta la
codicia de una multitud de actores, desde los gigantes de Internet hasta
los grandes grupos de electrónica, pasando por operadores de telecomu-
LV1 – ESPAGNOL

nicaciones y un sinfín3 de jóvenes empresas, deseosos todos de conseguir


un pedazo de este inmenso pastel4.
De momento, pocos particulares han cedido, aunque muchos alaban las
ventajas de estos productos, entre otros en materia de gestión de los gastos
energéticos, de seguridad o de diversión5.
1. Variante possible : « frente a lo real ».
2. Le sens futur de cette spécificité non réalisée (« devanceront ») rend logique ­l’emploi du subjonctif.
On peut aussi penser à « precedan ».
S cient.

3. Variante possible : « un sinnúmero ». « Una plétora » est désuet.


4. La traduction littérale convient. « Un trozo del pastel/de la tarta » est également attestée.
On pouvait aussi penser à ­d’autres expressions figurées telles que « hacerse un hueco en el sector ».
5. Variante possible : « el entretenimiento ».

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S UJET
LV1 – ESPAGNOL
Durée : 4 heures.

Les candidats ne doivent faire ussage ­d’aucun document, dictionnaire


ou lexique ; ­l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec- ELVi
tronique est interdite.
Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur ­d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra sa
composition en expliquant les raisons des initiatives ­qu’il sera amené
à prendre.

1 . TRADUCTIONS

Durée ­ ’épreuve :
de l 2 heures.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS EN ESPAGNOL

Je me rappelais la salle plongée dans ­l’obscurité autour de nous et cette


zone étroite de lumière, tout au fond, comme un refuge clandestin après
­l’heure de la fermeture. Et ce nom, « le 66 », ­l’un de ces noms qui circulent
à voix basse, entre initiés…
« Vous étiez seul ?
– Oui. Seul. »
Il consultait une feuille sur le bureau où il me semblait voir une liste de
noms.
­J’espérais que celui de Dannie ­n’y figurait pas.
Eco. techno. Khâgne

« Et vous ne connaissiez personne parmi les habitués du “66” ?


– Personne. »
Il fixait toujours son regard sur la feuille de papier. ­J’aurais voulu ­qu’il me
cite les noms des « habitués du 66 » et ­qu’il ­m’explique qui étaient tous ces
gens. Peut-­être Dannie en avait-­elle connu quelques-­uns. Ou Aghamouri.
Ni Gérard Marciano, ni Duwelz, ni Paul Chastagnier ne fréquentaient appa-
remment « le 66 ». Mais je ­n’étais sûr de rien.
« Ça doit être un café d ­ ’étudiants, comme tous les autres, dans le
Quartier latin, ai-­je dit.
LV1 – ESPAGNOL

– De jour, oui. Mais pas de nuit. »


Il avait pris un ton sec, presque manaçant.
« Vous savez », lui ai-­je dit, et je m
­ ’efforçais ­d’être le plus doux, le plus
conciliant possible, « je ­n’ai jamais été un “habitué de nuit du 66” ».
Il ­m’a considéré de ses gros yeux bleus, et son regard, lui, n ­ ’avait rien
de manaçant, un regard las et plutôt bienveillant.
Patrick Mondiano, ­L’Herbe des nuits, Editions Gallimard, 2012.
S cient.

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S UJET

II. T
 RADUCTION DE ­L’ESPAGNOL
EN FRANÇAIS

– Bueno, ¿qué le parece al coronel lo que se ha obtenido?


Arenas miró a su hijo y con voz bastante apagada se dirigió a Alejandro
ELVi Antonio, aplazando la respuesta que requería la pregunta de su diligente
y extraordinario abogado.
– ¿Y Ana Inocencia y Arturito ya saben la buena nueva?… Perdone usted
un momento, doctor Aybar – se excusó Arenas.
– Claro que se lo hice saber a los dos, pero preferí que se quedaran para
poder ultimar detalles que, estando ellos presentes, no prodrían acordarse
sin restarle atención a su presencia. Pronto vendrán a verte, posiblemente
esta tarde.
– Doctor, perdóneme que no le contestara de inmediato su pregunta,
pero necesitaba saber de la nena y el niño.
– Lo entiendo perfectamente; además, este caso nos ha hermanado
y los buenos hermanos no pueden perderse en formalidades.
– Se torna inefable decir los sentimientos que se agolpan en mi corazón
en estos momentos. Bien, ¿cómo se desenvolverán las cosas? –preguntó
el coronel Arenas para cortar tajantemente cualquier sentimentalismo
inoportuno.
– Papá, usted debe elegir el lugar donde va a recomenzar su vida,
y tenga presente los cien kilómetros de sepacación de La Habana.
– ¿Qué la parece Santa Clara, coronel? –le preguntó Rosado Aybar.
– Ni loco, doctor; nadie es profeta en su tierra. Si yo le dijera que he
aprendido a querer a La Habana, donde finalmente tan mal me ha ido, quizá
hasta lo ponga en duda, pero es como le digo.
Alberto Rocasolano, A pocos pasos de la felicidad, Editorial José Marti, 2015.

2
Eco. techno. Khâgne

. EXPRESSION ÉCRITE

Durée ­ ’épreuve :
de l 2 heures.

España americana

Hace dos siglos espagñoles dejamos lo mejor de nosotros en América.


Allá quedaron nuestra capacidad de reinvención, nuestro optimismo
LV1 – ESPAGNOL

y nuestra fe en el futuro. Las independencias nos desgajaron al quebrarse


la unidad emocional de la Monarquía hispánica. Con ellas fuimos privados
de aquella pulsión utópica que desde las profundidades del alma de Castilla
nos propulsó hasta tocar las costas de América un 12 de octubre de 1492.
De ahí que el proceso independentista iniciado en México con el Grito de
Dolores fuera algo más que una secesión política. Fue la pérdida de la
completitud de España. La separación forzada de nuestro ser americano
y la condena a ser europeos, sin más.
S cient.

Desde aquel Grito del 16 de septiembre de 1810, los españoles nos


empequeñecimos, por dentro y por fuera. Nos vimos obligados a habitar
dentro de nuestro particular laberinto de soledad. Trafalgar, primero, y la

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S UJET
Guerra de la Independencia, después, allanaron el camino hacia la ruptura
con el futuro que encarnaba América en el imaginario colectivo. Es cierto que
Cuba y Puerto Rico permanecieron como puertas de comunicación ameri-
cana durante casi un siglo. Pero poco a poco fueron cerrándose con el lento
declinar de nuestra presencia trasatlántica; hasta que, por fin, el mazazo
del 98 supuso la pérdida radical de los vestigios de nuestra americanidad.
Desde entonces España ha ido dando tumbos sin saber cómo definirse. ELVi
Casticistas y europeístas se enfrentaron por dirigirnos hacia las entrañas del
ser peninsular o hacia las soluciones que venían de allende los Pirineos. […]
Algún día deberíamos desenfocar el campo de visión peninsular para
entender el meollo de nuestra identidad. A lo mejor comprenderíamos que
ni España es el problema ni Europa la solución. Quizá descubriéramos que
el origen de las inseguridades patrias está en haber perdido nuestra comple-
titud trasatlántica. Pero, sobre todo, en renunciar entonces a la noción
de futuro como una constante generacional, al tiempo que perdíamos la
heterogénea faz americana para quedar atrapados dentro de los muros de
la homogénea fisonomía peninsular.
Y es que el 12 de octubre de 1492, España eligió el futuro como mito
colectivo y se comprometió con él. […] El impulso utópico del Renacimiento
nos llevó hasta los confines del planeta para dilatar allí la experiencia europea
y mediterránea y hacerla atlántica, americana y universal.
No cabe duda de que los sueños fueron una poderosa fecundadora de
oportunidades. Y que llevaron más lejos que el miedo liberado debido a la
injusta violencia que acompañaron los comienzos de nuestra americanidad
hispánica. Sin embargo, pronto quedaron reemplazados los errores y los
daños iniciales al emprender juntos un proyecto de españolidad mestiza.
Se diluyeron las divisiones excluyentes y España creció en ambición de sí
misma. En contacto con la vastedad continental americana y su comple-
jidad étnica, geográfica, lingüística y cultural, dimos lo mejor de nosotros.
Sublimamos lo que nos unía y nos sentimos orgullosos de ello. En América
se fraguó la verdadera unidad hispánica al constatar lo que éramos esen-
cialmente: una comunidad heterogénea de valores, cultura y emociones que
Eco. techno. Khâgne

no se veía amenazada al sumarse a la hipercompleja enormidad americana.


Por eso, asombramos al mundo al hacernos americanos. […]
Y es que España se americanizó a partir del siglo XVI radicalmente.
En las costas del otro lado del Atlántico se instalaron, además de nuestra
violencia y nuestros vicios, nuestras ilusiones y esperanzas de cambio. Las
mismas que llevaron a Cervantes a anhelar un empleo al servicio del Rey
en Guatemala y Cartagena de Indias. Las mismas que hacen que el Quijote
adquiera su pleno significado espiritual como espacio inagotable para la
alegría, la imaginación y la voluntad de desprenderse del dolor de la vida
LV1 – ESPAGNOL

y sus sinsabores. Lo que Cervantes veía en América no era otra cosa que
volver a tener un futuro; la oportunidad de renovarse y dejar atrás su pasado
para apostar por ese deseo de imaginarse un caballero andante dispuesto
a deshacer los entuertos de su particular biografía.
España debería afrontar en el siglo XXI un empeño colectivo de mutarse
nuevamente americana. No podemos seguir varados en una Europa que
muestra sus facciones más intransigentes al nacionalizarse a golpes de
machamartillo excluyente y fanático. Ser la esquina nordeste, europea
S cient.

y  mediterránea de Latinoamérica no sería un mal proyecto nacional.


Quizá así podríamos salir de nuestro laberinto de soledad y recuperar la
completitud perdida. Si nuestra cultura, nuestra lengua e, incluso, nuestras

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S UJET

empresas lo han hecho, ¿por qué no como país? ¿Por qué no pensar una
España americana? Sería aleccionador que entre tantos debates estériles
y tanta torpeza institucional, territorial y partidista, comprendiéramos que
C
no podremos reconocernos a nosotros mismos, enorgullecernos de lo que
somos y pensarnos juntos de forma ilusionada si no nos descubrimos en
nuestro rostro americano, ya sea criollo, indígena, negro o mestizo. No se
ELVi
me ocurre mejor futuro que volver a nuestra esperanza americana, a lo
mejor de nosotros.
José María Lassalle, El País, 11 oct 2016.

Répondre en ESPAGNOL aux questions suivantes :


(250 mots environ pour chaque réponse)

1. ¿Qué es para el autor la “España americana”?

2. ¿Piensa usted que los recientes acontecimientos políticos hispanoame-


ricanos abren nuevas posibilidades de proyecto para una España más
americana? Justifique con ejemplos.
Eco. techno. Khâgne
LV1 – ESPAGNOL
S cient.

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C ORRIGÉ
Par Frédérique Mabilais, professeur agrégée d
­ ’Espagnol au lycée Jeanne-­
ELVi

d’Arc, à Caen.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS EN ESPAGNOL

C ORRIGÉ
Recordaba yo la sala sumida en la oscuridad a nuestro alrededor y aquella
estrecha zona de luz, allá al fondo, como un refugio clandestino tras la hora
del cierre. Y aquel nombre, “el 66”, uno de esos nombres que suelen circular
en voz baja, entre iniciados…
“¿Estaba usted solo?
– Sí. Solo.”
Él estaba consultando una hoja en la mesa de despacho donde me parecía
ver una lista de nombres. Yo esperaba que el de Dannie no figurara entre
ellos.
“¿Y usted no conocía a nadie entre los clientes asiduos del 66??
– À nadie.”
Seguía mirando fijamente la hoja de papel. Yo habría querido que me
citara los nombres de los “asiduos del 66” y que me explicara quiénes eran
todas esas personas. À lo mejor Dannie había conocido a algunas de ellas.
O Aghamouri. Por lo visto ni Gérard Marciano ni Duwelz ni Paul Chastagnier
frecuentaban “el 66”. Pero yo no estaba seguro de nada.
“Debe de ser un bar para estudiantes, como todos los demás, en el Barrio
Latino, dije.
– De día, sí. Pero de noche, no. “
Había contestado con uno tono seco, casi amenazador.
“Sabe”, le dije, y me esforzaba por mostrarme lo más suave, lo más conci-
liador posible, “nunca he sido un asiduo de noche del 66”.
Me examinó con sus grandes ojos azules, y su mirada, en cambio, no tenía
nada de amenazador, una mirada cansada y más bien benévola.
Eco. techno. Khâgne

II. T
 RADUCTION DE ­L’ESPAGNOL
EN FRANÇAIS

– Bien. Que pense le colonel de ce que ­l’on a obtenu ?


Arenas regarda son fils, et d ­ ’une voix presque éteinte s­ ’adressa à Alejandro
Antonio, retardant ainsi la réponse à la question de son serviable et extraor-
dinaire avocat.
– Ana Inocencia et Arturito sont-­ils déjà au courant de la bonne nouvelle ?…
LV1 – ESPAGNOL

Excusez-­moi un instant, docteur Aybar – ­s’excusa Arenas.


– Bien-­sûr que ­j’ai demandé ­qu’on les prévienne, mais ­j’ai préféré ­qu’ils
restent là-­bas pour pouvoir finaliser et se mettre ­d’accord sur quelques
points : eux ici, la chose aurait été impossible sans négliger leur présence.
Ils viendront vite te voir, probablement cet après-­midi.
– Docteur, pardonnez-­moi de ne pas avoir répondu immédiatement à votre
question, mais j­’avais besoin d ­ ’avoir des nouvelles de la fillette et de l­’enfant.
S cient.

– Je comprends parfaitement ; de plus cette affaire nous a rapprochés


comme des frères, et les bons frères ne peuvent se perdre en formalités.

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– Il devient impossible pour moi de vous expliquer les sentiments qui se
pressent dans mon cœur en ce moment. Eh bien, comment les choses vont-­
ELVi elles se dérouler ? – demanda le colonel Arenas pour couper court à tout
sentimentalisme malvenu.
– Papa, vous devez choisir le lieu où vous allez recommencer votre vie à zéro
en ayant en tête les cent kilomètres qui vous séparent de La Havane.
– Que pensez-­vous de Santa Clara, colonel ? – lui demanda Rosado Aybar.
C ORRIGÉ

– Hors de question, docteur ; nul ­n’est prophète en son pays. Si je vous


disais que j­’ai appris à aimer La Havane, où finalement les choses se sont si
mal passées pour moi, peut-­être iriez-­vous ­jusqu’à en douter, mais je vous
assure que ­c’est vrai.
Eco. techno. Khâgne
LV1 – ESPAGNOL
S cient.

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S UJET
LV1 – ITALIEN
Durée : 4 heures.

(La note sur 80 sera divisée par 4 pour obtenir la note sur 20, les
deux chiffres après la virgule arrondis au dixième supérieur.) IENA
Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix de la première
langue dans laquelle ils doivent composer. Tout manquement à la
règle sera assimilé à une tentative de fraude.
Ils ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire ou lexique ;
sauf en latin pour lequel un dictionnaire Latin-­Français est autorisé ;
­l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel électronique
est interdite.

S UJET

Firenze, i gommoni1 ­dell’artista Ai Weiwei sulle facciate


di Palazzo Strozzi

Un braccio meccanico impegnato a fissare dei gommoni arancioni


sulle facciate di Palazzo Strozzi. È quanto si sono trovati davanti agli occhi
turisti e residenti che camminavano per le vie del centro storico di Firenze,
nella mattinata di lunedì 12 settembre. Si chiama “Reframe” ­l’installazione
preparata dal cinese Ai Weiwei, fra i più celebrati e discussi artisti contem-
poranei. I gommoni utilizzati in tutto sono 22, e sono stati collocati, come
“nuove cornici” – da qui il titolo ­dell’opera – delle bifore2 del secondo piano
della struttura, capolavoro d ­ ell’architettura rinascimentale. Il significato
Eco. techno. Khâgne

­dell’iniziativa? Richiamare l­’attenzione internazionale sulla irrisolta questione


dei migranti. “Un problema attuale, davvero legato alla contemporaneità”,
ha spiegato Ai Weiwei, che ha poi precisato: “Il mio lavoro riguarda sempre
­l’umanità di oggi”.
À poche ore d ­ all’allestimento d­ ell’installazione, sono divampate le pole-
miche. Da un lato gli scettici, che ritengono quei gommoni così ingombranti
un oltraggio ad uno dei simboli della città. D ­ all’altro, invece, chi apprezza
la novità e esalta il valore politico d ­ ell’iniziativa. I social network, anche
stavolta, fanno da cassa di risonanza del dibattito. La pagina Facebook
di Palazzo Strozzi, in particolare, è stata invasa dai commenti dei cittadini
fiorentini e non solo. “Orrore”, “vandalismo”, ma anche “una roba che non
si può vedere”: queste sono le parole ­d’ordine della fazione dei contrari e
LV1 – ITALIEN

degli indignati. I quali, però, si attirano a loro volta gli strali di chi non vede
affatto di buon occhio il rifiuto di tutto ciò che è contemporaneo. “Non si
può restare sempre fermi al “500”, scrive qualcuno. Altri, invece, liquidano
la questione con giudizi assai meno diplomatici: “Questi fiorentini lagnosi,
sempre col ditino alzato a dare lezioni sui bei tempi andati! Fate ridere
S cient.

per non dire che fate pena”. A tentare di calmare la disputa, è arrivata


anche la dichiarazione ufficiale di Palazzo Strozzi: “Lo sappiamo, si tratta
di ­un’installazione ‘forte’, difficile da ignorare, soprattutto perché si colloca

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S UJET

su un palazzo rinascimentale. Ma potrebbe rappresentare u ­ n’occasione per


la città di Firenze per portare ­l’attenzione sul tema della crisi umanitaria dei
rifugiati grazie ­all’arte”.
Ilfattoquotidiano.it ha contattato lo storico d­ ell’arte Tomaso Montanari,
che approva l­’inziativa. “Per una volta, Firenze non è costretta ad ospitare
un ‘contemporaneo di seconda ­mano’, con ’novità’ ideate dieci o ­vent’anni
IENA
prima per altri luoghi. Quella di Ai Weiwei è u­ n’opera pensata specificamente
per Palazzo Strozzi: e trovo interessante, ad esempio, ­l’analogia tra la forma
dei gommoni e quella ­dell’arco acuto che caratterizza le bifore. U ­ n’analogia
– prosegue Montanari – che rispetta le linee del palazzo e al contempo
la altera con un messaggio fortissimo. Noi siamo abituati a pensare alla
tragedia dei migranti come qualcosa di lontanissimo dal lusso ­dell’arte: Ai
Weiwei ci ricorda che non è così, ed è particolarmente significativo che lo
faccia in una città come Firenze, che si sta trasformando sempre più in una
bomboniera per turisti, seguendo lo sciagurato esempio di Venezia”. Due
i possibili rischi connessi ­all’operazione, secondo Montanari: “Il primo è di
tipo materiale, data la delicatezza ­dell’operazione necessaria per fissare i III.
gommoni alle facciate del palazzo. Ma voglio augurarmi che siano state
prese tutte le precauzioni del caso, visto che si tratta di uno degli esempi di
architettura rinascimentale di maggior valore nel nostro Paese. Il secondo
è un rischio più subdolo, e ha a che fare con l­’estetizzazione del dolore. Ma
in questo caso, mi pare proprio che valesse la pena correrlo”.
­L’installazione “Reframe” non è che una delle 60 opere che comporranno
la mostra “Ai weiwei. Libero“: una retrospettiva dedicata ai 30 anni di carriera
­dell’artista cinese, da molto tempo impegnato nella lotta per i diritti sociali
e umanitari, accanito oppositore del regime di Pechino, fino al punto di
essere arrestato nel 2011 e detenuto per 81 giorni in una località segreta per
volere del governo del suo Paese. La mostra occuperà, nel suo complesso,
vari spazi di Palazzo Strozzi, dal cortile al piano nobile, fino ai sotterranei
della Strozzina e alla facciata.
1. Il gommone: le canot pneumatique.
Eco. techno. Khâgne

2. La bifora: finestra a due archi.

Valerio Valentini, Il Fatto Quotidiano, 16 settembre 2016.

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire en français depuis “Non si può restare sempre fermi al “500”…”


­jusqu’à “…pensata specificamente per Palazzo Strozzi.”

II. QUESTIONS (sur 40 points)


LV1 – ITALIEN

1. Question de compréhension du texte


Spiegate : « Richiamare ­l’attenzione internazionale sulla irrisolta questione
dei migranti »
(100 mots + ou – 10 %* ; sur 10 points)
S cient.

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S UJET
2. Question de compréhension du texte
Spiegate : « Firenze si sta trasformando sempre più in una bomboniera per
turisti ».
(100 mots + ou – 10 %* ; sur 10 points)

3. Question ­d’expression personnelle IENA


Gli artisti possono veramente sensibilizzare ­l’opinione pubblica ai grandi
problemi contemporanei ?
(300 mots + ou – 10 %* ; sur 20 points)

* Le non-­respect de ces normes sera sanctionné.


Indiquer le nombre de mots sur la copie après chaque question.

III. THÈME (sur 20 points)

Généralement assaillie par les amoureux du monde entier venus fermer les
yeux, jeter des pièces et croiser les doigts, la mythique Fontaine de Trevi
a pris des allures de podium ultra select, sous la houlette de Karl Lagerfeld
et de Silvia Venturini Fendi. Un choix doublement logique, pour une maison
qui a vu le jour à Rome sur les bords du Tibre et qui a entrepris, en 2014,
la restauration du site touristique en déboursant 2 millions ­d’euros. Jouant
à fond la carte de ­l’Italie, la maison romaine rend hommage à ses origines.
Tout a commencé en 1925, dans un petit atelier de la Via Plebiscito, près
du Colisée et de la très commerçante Via del Corso.
Dans un décor immortalisé par Fellini (rappelez-­vous Marcello Mastroianni
et Anita Ekberg les pieds dans ­l’eau), les mannequins foulent comme par
miracle – traduisez un podium en plexiglas – de la Fontaine de Trevi.
­D’après Astrid Faguer, Huffington Post, 12 juillet 2016.
Eco. techno. Khâgne

LV1 – ITALIEN
S cient.

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IENA
C ORRIGÉ
Par Bernard-­A Chevalier, professeur ­d’Italien.

I. VERSION
C ORRIGÉ

« On ne peut pas rester bloqué sur le xvie siècle » écrit ­quelqu’un. ­D’autres,
par contre, liquident la question par des jugements beaucoup moins
mesurés : « Ces florentins pleurnichards, le petit doigt toujours en ­l’air pour
donner des leçons sur le bon vieux temps ! Vous faites rire pour ne pas dire
pitié ». Pour tenter de calmer le jeu le Palais Strozzi a fait une déclaration
officielle : « Nous savons ­qu’il ­s’agit ­d’une installation « forte », ­qu’on ne peut
ignorer, surtout parce ­qu’elle a lieu dans un palais de la Renaissance. Mais
elle pourrait représenter pour la ville de Florence une occasion, grâce à ­l’art,
­d’attirer ­l’attention sur le sujet de la crise humanitaire des réfugiés ».
Ilfattoquotidiano.it a contacté l­’historien de l­’art Tommaso Montanari, qui
approuve ­l’initiative. « Pour une fois Florence ­n’est pas obligée ­d’accueillir
un « contemporain de seconde main » avec des « nouveautés » conçues dix
ou vingt ans plus tôt pour ­d’autres lieux. ­L’oeuvre ­d’Ai Weiwei a été pensée
spécialement pour le Palazzo Strozzi ».

III. THÈME

Generalmente assalita dagli innamorati del mondo intero venuti a chiudere 5


gli occhi, a buttare le monete incrociando le dita, la Fontana di Trevi si è
transformata in passerella di alta moda sotto la guida di Karl Lagerfeld e di
Silvia Fendi. Una scelta doppiamente logica, per una casa nata a Roma sulle
sponde del Tevere, e che ha intrapreso, nel 2014, il restauro del sito turistico
Eco. techno. Khâgne

sborsando 2 milioni di euro. Giocando pienamente la carta d ­ ell’Italianità, la 10


casa romana rende omaggio alle sue origini.
Tutto è cominciato nel 1925, in una piccola sartoria di Via Plebiscito, vicina
al Colosseo e alla commercialissima Via del Corso.
In una scenografia resa immortale da Fellini (ricordate Marcello Mastroianni
ed Anita Ekberg con i piedi n­ ell’acqua), i top model calcano come per mira- 15
colo ­l’acqua – traducete : un podio di plexiglas – della Fontana di Trevi.
Da Astrid Faguer, Huffington Post, 12 luglio 2016.

20
LV1 – ITALIEN

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S cient.

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S UJET
LV2 – ANGLAIS
Durée : 3 heures.

(La note sur 80 sera divisée par 4 pour obtenir la note sur 20, les
deux chiffres après la virgule arrondis au dixième supérieur.) IENA
Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix de la deuxième
langue dans laquelle ils doivent composer. Tout manquement à la
règle sera assimilé à une tentative de fraude.
Ils ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire ou lexique ;
sauf en latin pour lequel un dictionnaire Latin-­Français est autorisé ;
­l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel électronique
est interdite.

S UJET

Streets without shops

[…] We already know the impact Uber has had on taxis, Airbnb on hotels,
and even, perhaps, dating apps for gay bars and queer culture. But apps
are also taking on long-­standing local independent businesses that may
not be standing for much longer: everything from cobblers (with the Shoe
5 Drop app) and barbers (Shortcut, “Uber for haircuts”) to launderettes and
dry cleaners (Laundrapp, ZipJet).
Should these on-­demand services really catch on, it will be a serious chal-
lenge for a whole swathe of independent businesses offering everyday
services that are already suffering. If we no longer need to walk to the local
Eco. techno. Khâgne

10 shops to get our groceries, drop off our dry cleaning and fix our shoes, just
how long will it be before the cafes charging extortionate prices for cups of
coffee swoop in to take their place?
When you assume that no one needs laundrettes anymore because you can
get your laundry picked up and delivered through an app […], ­you’re auto-
15 matically annulling a big swathe of the population who actually need them.
­What’s more, the transformation of these services from physical spaces
to simple deliveries takes away some important inclusive places for social
interaction.
In New York, it is clear that neighbourhoods like the West Village gentri-
20 fied long before smartphones, with rents being the determining factor, but
technology “might be the nail in their coffin”, suggested Peter Moskowitz
LV2 – ANGLAIS

in the New Republic. “Apps ­don’t start the process, but they do enable
neighbourhoods to retain their real estate value without having any local
value,” he argued. […]
25 As a thriving website and app, Airbnb is already putting a strain on rents –
and some say contributing to gentrification. By renting apartments out to
tourists, its users are, whether they like it or not, contributing to a lack of
S cient.

affordable housing. Cities including Berlin and Barcelona have already taken
measures like banning it altogether or heavily cracking down on illegal flats
30 on the site.

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S UJET

Like everything related to the g-­word, these processes are far from black and
white. For a lot of independent businesses, namely restaurants, getting on
the app bandwagon seems to have worked well, helping them stay put and
not rely solely on foot traffic. Apps like Deliveroo, the food delivery service
35 that has taken the high street by storm, or ­Uber’s food delivery branch, are
only a couple of years old, and are growing rapidly and employing armies
IENA of (precarious) workers.
Marta Bausells, The Guardian, Friday, October 7th 2016.

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire à partir de « Should these on-­demand services really catch on… »


­jusqu’à « …takes away some important inclusive places for social interaction. »
(de la ligne 7 à la ligne 18)

II. QUESTIONS (sur 40 points)

1. Question de compréhension du texte


Explain how new technologies have redefined urban living in some areas.
(150 mots + ou – 10 %* ; sur 20 points)

2. Question ­d’expression personnelle


Would you say that the Uberisation of the economy is creating a new
underclass?
(250 mots + ou – 10 %* ; sur 20 points)

* Le non-­respect de ces normes sera sanctionné.


Eco. techno. Khâgne

Indiquer le nombre de mots utilisés.

III. THÈME (sur 20 points)

1. Depuis combien de temps les étudiants manifestent-­ils contre


­l’augmentation des frais de scolarité ?
2. La majorité des Ecossais ­s’interroge désormais sur la place de leur nation
au sein du Royaume-­Uni.
3. Plus les électeurs craignent pour l­’avenir, plus ils ont tendance à soutenir
des candidats radicaux.
LV2 – ANGLAIS

4. Dans quatre cas de fraude sur dix, les enquêteurs n ­ ’ont pas assez de
preuves.
5. La législation des drogues douces permettra-­t‑elle ­d’accroître les
recettes fiscales ?
6. Le parlement britannique n ­ ’a jamais été aussi divisé sur la question
européenne.
S cient.

7. Malgré ­l’optimisme des cadres dirigeants, ­l’avenir de ­l’entreprise


demeure incertain.

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S UJET
8. Il pourrait y avoir une autre manière ­d’envisager les transports urbains.
9. Ces pays ne connaîtront pas la croissance sans investir davantage dans
les universités.
10. Même si beaucoup la critiquent, peut-­on vraiment dire que sa carrière
est finie ?
IENA

Eco. techno. Khâgne

LV2 – ANGLAIS
S cient.

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IENA
C ORRIGÉ
Par Alain Goudot, professeur de chaire supérieure ­d’Anglais en classes
préparatoires économiques et commerciales au lycée de Bellepierre, à Saint-­
Denis de la Réunion.
C ORRIGÉ

I. VERSION

Traduire à  partir de « Should these on-­d emand services really catch


on… » ­jusqu’à « …takes away some important inclusive places for social
interaction. »
Si ces services à la carte devaient réellement se multiplier, ce serait un
sérieux défi à relever pour une foule d­ ’entrepreneurs indépendants offrant
des services quotidiens déjà en souffrance. Si bientôt nous n ­ ’aurons plus
besoin d
­ ’aller dans les boutiques du quartier pour faire nos courses, déposer
nos vêtements au pressing et faire réparer nos chaussures, alors combien
de temps faudra-­t‑il avant que les cafés qui facturent une tasse de café
à des prix exorbitants ne ­s’imposent à leur place ?
En partant du principe que personne ­n’a plus besoin de laverie automa-
tique puisque notre linge peut être collecté et livré à domicile grâce à une
application internet, on lèse automatiquement une grande partie de la
population qui en éprouve encore le besoin. De surcroît, la transformation
de ces espaces interactifs en simple livraison fait disparaître certains lieux
accueillants importants pour le vivre ensemble.

III. THÈME

1. How long have the students been demonstrating against the rise in tuition
Eco. techno. Khâgne

fees?
2. Most Scots are now wondering about the role of their nation within the
United Kingdom.
3. The more fearful voters are about the future, the more they will tend to/
the likelier they will be to support radical candidates.
4. In four cases of fraud out of ten, investigators do not have enough
evidence.
5. Will legalising soft drugs make it possible to increase Inland Revenue?
6. The UK Parliament has never been so divided over the European issue.
7. Despite the ­executives’ optimism, the ­firm’s future remains unsure.
8. There could be another way of contemplating urban transport.
LV2 – ANGLAIS

9. These countries will not experience growth unless they invest more in
universities.
10. Even if she is criticised by many, can it really be said that her career is
over?
S cient.

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S UJET
LV2 – ANGLAIS
Durée : 3 heures.

Les candidats ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire


ou lexique ; ­l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec- ELVi
tronique est interdite. Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce
qui lui semble être une erreur d­ ’énoncé, il la signalera sur sa copie
et poursuivra sa composition en expliquant les raisons des initiatives
­qu’il sera amené à prendre.

1 . TRADUCTIONS

Durée de l­ ’épreuve : 1 heure 30.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS À ­L’ANGLAIS

Ils auraient aimé être riches. Ils croyaient q ­ u’ils auraient su l­’être. Ils auraient
su ­s’habiller, regarder sourire comme des gens riches. Ils auraient eu le tact,
la discrétion nécessaires. Ils auraient oublié leur richesse, auraient su ne pas
­l’étaler. Ils ne ­s’en seraient pas glorifiés. Ils l­’auraient respirée. Leurs plaisirs
auraient été intenses. Ils auraient aimé marcher, flâner, choisir, apprécier.
Ils auraient aimé vivre. Leur vie aurait été un art de vivre.
Ces choses-­là ne sont pas faciles, au contraire. Pour ce jeune couple, qui
­n’était pas riche, mais qui désirait l­’être, simplement parce q ­ u’il ­n’était pas
pauvre, il ­n’existait pas de situation plus inconfortable. Ils ­n’avaient que
ce ­qu’ils méritaient ­d’avoir. Ils étaient renvoyés, alors que déjà ils rêvaient
Eco. techno. Khâgne

­d’espace, de lumière, de silence, à la réalité, même pas sinistre, mais simple-
ment rétrécie – et ­c’était peut-­être pire – de leur logement exigu, de leurs
repas quotidients, de leurs vacances chétives.
Georges Perec, Les Choses, Julliards, 1965.

II. TRADUCTION DE ­L’ANGLAIS AU FRANÇAIS

Marcus looked over at the very small group dancing in the corner where the
TV usually was. There were four people, three women and a man, and only
one of them seemed to be having a good time: she was sort of punching
LV2 – ANGLAIS

the air with her fists and shaking her hair. Marcus guessed that this had
to be ­Ellie’s mum – not because she looked like her (no adult looked like
Ellie, because no adult would chop her hair up with kitchen scissors and
wear black lipstick, and that was all you saw), but because Ellie was clearly
embarassed, and this was the only dancer who would ambarass anyone.
The other dancers were embarassed themselves, which meant that they
S cient.

­weren’t actually embarrassing: they ­weren’t doing much more than tapping
their feet, and the only way you could tell they were dancing at all was that
they were facing each other but not looking at each other and not talking.

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S UJET

“I wish I could dance like that”, said Marcus.


Ellie made a face, “Anyone can dance like that. All you need is no brain and
crap music.”
“I think she looks great. ­She’s enjoying herself.”
Nick Hornby, About a boy, Riverhead Books, 1998.
ELVi

2 . EXPRESSION ÉCRITE

Durée ­ ’épreuve :
de l 1 heure 30.

The challenge of climate change is global and it demands action on an inter-
national scale, such as the Paris Agreement. But a large part of the solution
will be local, involving all of us in the way energy is produced and consumed.
The potential for citizen involvement in electricity production is consid-
erable. A recent study showed that by 2050 half of all Europeans could
produce their own electricity either at home, as part of a cooperative, or in
their small business. Counting generation from wind and solar power alone,
these small actors could meet almost half of ­Europe’s total electricity needs.
Even more people could support the energy transition, and share in the
benefits, by storing power in batteries, electric vehicles and smart boilers.
This enables the grid to draw power when ­it’s cheap and plentiful, and
temporarily lighten the load if ­there’s a peak in demand.
These projections may seem generous, but they must be considered in
the context of the unprecedented fall in wind and solar prices. Since 2009,
the price of solar panels has fallen by 80% and wind turbines by 40%. And
it ­won’t stop there. Renewable energies are becoming competitive with
fossil fuels and new nuclear, such as Hinkley Point, where EDF will try to
Eco. techno. Khâgne

build the most expensive reactors in the world and provide electricity at an
unprecedented cost.
Renewable energies and supporting technologies, like storage and demand
response, are advancing in leaps and bounds. The old energy companies
have been sluggish in catching up, so a regulatory framework that favours
the status quo will slow the necessary change to clean energy. Conversely,
the right policies can fulfil the great potential for citizen-­owned energy.
Too often the debate around renewable energy focuses just on the
technology. But the benefits of citizen-­owned renewables are manifold.
Encouraging ordinary people to invest in renewable energy taps a large
LV2 – ANGLAIS

source of reliable funding for projects. As local people profit from renewable
energy projects, and have a say in their planning and running, opposition to
developments is avoided in an equitable way.
This also builds more public support for renewable energy generally, with
a positive knock-­on effect for government policy. The returns on investment
S cient.

in these citizen-­owned projects are likely to be spent in the local economies,


supporting employment and businesses.

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S UJET
The European commission has at least paid lip-­service to the important role
ordinary people have to play in energy production, as they set out their plan
for an EU energy system “with citizens at its core” who “participate actively
in the market”. As they and our national governments develop energy policy,
we should be demanding that they allow citizens to become active partici-
pants, not just passive consumers.
ELVi
What rules do we need in order to unlock this potential? There should be
recognition that ­peoples’ active participation in the market ­doesn’t just mean
the ability to switch supplier – it means producing, consuming and selling
their own energy either individually or collectively through cooperatives.
These new entrants need to have fair access to the market, with rules
designed for small, medium and large producers alike, without discrimina-
tion. For example, the impending tax hike in the UK for owners of commercial
and public sector buildings that have installed solar panels is very prob-
lematic. We need to see fair prices for the electricity people put back into
the grid as well as fair access to the distribution networks. We also need to
see an end to punitive taxes, charges and administrative procedures that
favour the bigger established players in the energy market.
That urgent climate action needs to be taken is no longer up for debate. But
we must recognise that there are opportunities as well as challenges. Millions
of people are ready to transform our energy system, if the right environment
is created for them to do so. We are on the cusp of true energy democracy.
It is a chance we cannot miss.

Gérard Magnin, The Guardian online, 29 November 2016.

Répondre en ANGLAIS aux questions suivantes :


(environ 200 mots pour chaque réponse)

1. Identify some of the opportunities and challenges for urgent climate action
Eco. techno. Khâgne

according to the text. Answer the question in your own words.

2. In the current political context, to what extent is the idea of “energy


democracy”, a valid prospect? Support your arguments with examples
from the Anglophone world.
LV2 – ANGLAIS
S cient.

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ELVi
C
ORRIGÉ
Par Philippe Rayet, agrégé d
­ ’anglais, professeur au lycée Notre-­Dame-
du‑Grandchamp à Versailles.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS À ­L’ANGLAIS


C ORRIGÉ

They would have liked to be rich [wealthy]. They thought they would have
been able to be so. They would have been able to dress, look and smile
[they could have dressed, looked and smiled] like rich [wealthy] people. They
would have been tactful and discreet according to etiquette [as etiquette
required]. They would have forgotten they were rich and (would have) been
able to conceal it. They would not have boasted about it. They would have
exuded it. They would have taken intense pleasure in everything. They would
have enjoyed walking, wandering about, making choices and appreciating
things. They would have liked to live. Their existence would have been an
art-­de-vivre.
These things are not easy ones, on the contrary. For this young couple,
which was not wealthy, but which wanted to be so, simply because it was
[they were] not poor, no other situation was more uncomfortable. They just
had what they deserved to have. While they already began to dream of
space, light and silence, they were jolted back to the reality of their cramped
flat, their daily meals and their restricted [modest] summer holidays – a reality
that was not grim but simply reduced, which was perhaps even worse.
Georges Perec, Les Choses, Julliard, 1965.
5
II. TRADUCTION DE ­L’ANGLAIS AU FRANÇAIS

Marcus jeta un coup d ­ ’œil dans la direction du tout petit groupe qui dansait
dans le coin où se trouvait d ­ ’habitude la télé. Ils étaient quatre – trois femmes
Eco. techno. Khâgne

et un homme – et, parmi eux, il ­n’y en avait ­qu’une qui donnait ­l’impression 10
de bien ­s’amuser : ­c’est comme si elle envoyait des coups de poings en ­l’air
tout en secouant ses cheveux. Marcus se dit que c ­ ’était forcément [que
ce ne pouvait être que] la mère ­d’Ellie, non pas parce que cette femme lui
ressemblait (aucun adulte, en effet, ne ressemblait à Ellie parce ­qu’aucun
adulte ne se coupait les cheveux avec des ciseaux de cuisine ni ne mettait de 15
rouge à lèvres noir – et (il faut dire que) chez elle, on ne voyait que ça), mais
parce q­ u’Ellie (elle-­même) avait visiblement l­’air gêné, et que celle qui dansait
était la seule qui eût pu être pour quiconque source d ­ ’embarras. Quant aux
autres, ils étaient tous mal à ­l’aise – ce qui signifie ­qu’ils ­n’étaient pas vraiment
gênants : ils se contentaient de faire du sur-­place en marquant discrètement 20
LV2 – ANGLAIS

le rythme, et ­l’on ne pouvait se rendre compte ­qu’ils dansaient que parce


­qu’ils se faisaient face sans (jamais) se regarder ni ­s’adresser la parole.
– ­J’adorerais [Qu’est-­ce que ­j’aimerais] pouvoir danser comme ça ! dit
Marcus.
Ellie fit la moue. 25
– ­N’importe qui peut danser comme ça, (dit-­elle). Tu fais le vide dans ta tête,
S cient.

tu balances une musique merdique et ­c’est bon !


– Moi, je la trouve super [géniale]. Elle, au moins, elle ­s’éclate !
Nick Hornby, About a Boy, Riverhead Books, 1998.

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S UJET
LV2 – ALLEMAND
Durée : 3 heures.

(La note sur 80 sera divisée par 4 pour obtenir la note sur 20, les
deux chiffres après la virgule arrondis au dixième supérieur.) IENA
Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix de la deuxième
langue dans laquelle ils doivent composer. Tout manquement à la
règle sera assimilé à une tentative de fraude.
Ils ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire ou lexique ;
sauf en latin pour lequel un dictionnaire Latin-­Français est autorisé :
­l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel électronique
est interdite.

S UJET

VERALTETE PRINZIPIEN?

Vor ein paar Tagen habe ich das Abendessen auf dem Tisch vor dem
Sofa serviert. Einfach so, den Käse in Plastik, und die Salami habe ich auch
in der Verpackung gelassen. In meiner Familie stört das niemanden. Außer
mir. Meine Jungen jubilierten. Am liebsten würden sie immer so essen, auf
5 dem Sofa vor dem Fernsceher. Aber es fällt mir schwer, das zu akzeptieren,
weil es da doch ums Prinizip geht !
Prinzipien sind der Ausdruck einer gewissen Werteordnung. Ich habe
meinen jüngsten Sohn gefragt, ob er weiß, was ein Prinzip ist, ob er das Wort
oft hört? Denn dieses Wort ist heute altmodisch geworden. Kein moderner
Eco. techno. Khâgne

10 Mensch möchte diesen autoritären Satz sagen: „In unserer Familie haben
wir Prinzipien!“ Viele glauben, es sind eher autoritäre Menschen, die an
Prinzipien hängen, die sie meist selbst nicht befolgen.
Viele Prinzipien sind für mich sehr wichtig, das beginnt schon beim
Essen, denn Essen ist ja nicht nur Nahrungsaufnahme, sondern ein regel-
15 mäßiger sozialer Akt. Eine Gabe, für die jemand gearbeitet hat, die man
respektiert und genießt. Und eine Gelegenheit zu kommunizieren. Am
Esstisch passiert Familie.
Und dann gibt es das Prinzip der Arbeitsaufteilung von Mama und
LV2 – ALLEMAND

Papa. Die strukturiert alles. Wer macht was ? Wer übernimmt wofür die
20 Verantwortung ? Wer erledigt die Wäsche, den Einkauf, das Putzen, das
Kochen, die Finanzen, die Reparaturen ? Das eine macht fast immer and
überall die Mama und das andere fast immer der Papa. Weil die Papas un die
Mamas das so gelernt haben. Bei den Eltern meines Mannes, beispielsweise,
geht das immer noch so: Der Opa sitzt auf dem Sofa vor dem Fernseher, und
25 die Oma rennt den ganzen Tag zwischen Wohnzimmer und Küche hin und
her, um dem Mann, den Kindern und Enkeln Essen nach Wunsch zu liefern.
S cient.

Jedem zu seiner Zeit. Ich will das so auf keinen Fall bei uns zu Hause haben!
Unsere Kinder sind jetzt zehn und zwölf. In diesem Alter ist eine
Persönlichkeit in ihren Grundzügen ausgebildet. Was man bis dahin nicht

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S UJET

30 integriert hat, das lernt man nie. Ich glaube, dass unsere Kinder verstanden
haben, was ihren Eltern wichtig ist. Deswegen lass ich sie jetzt manchmal
Sachen machen, die ich im Prinzip blöd finde, lasse sie vor dem Fernseher
C
essen. Und wenn sie mal nicht mehr bei uns zu Hause sind? Dann machen
sie bestimmt alles anders. Aber dafür müssen sie das Prinzip erst mal erlebt
35 und verstanden haben.
IENA
Nach einem Artikel von Nataly BLEUEL, « Die Zeit », 31/05/2016 / 06/09/2016.
I. V

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire le titre et les paragraphes 1 et 2 depuis :“Vor ein paar Tagen habe
ich das Abendessen auf dem Tisch vor dem Sofa serviert…“ j­usqu’à :“…
es sind eher autoritäre Menschen, die an Prinzipien hängen, die sie meist
selbst nicht befolgen.“
(de la ligne 1 à 11)

II. QUESTIONS (sur 40 points)

1. Question de compréhension du texte


Welche Prinzipien hat die Autorin und warum sind ihr diese Prinzipien
wichtig ?
(150 mots + ou – 10 %* ; sur 20 points)

2. Question ­d’expression personnelle


Was halten Sie von dem Motto: „Ich mache, was ich will,
wann ich will?“ III.
(250 mots + ou – 10 %* ; sur 20 points)
Eco. techno. Khâgne

* Le non-­respect de ces normes sera sanctionné.


Indiquer le nombre de mots sur la copie après chaque question.

III. THÈME (sur 20 points)

1. Excusez-­moi, quelle heure est-­il, ­s’il vous plaît ? Il est six heures et demie.
2. Je trouve préoccupant que presque tous les enfants aient un téléphone
portable.
LV2 – ALLEMAND

3. À quoi penses-­tu ? Cela fait plusieurs minutes que tu ne dis pas un mot !
4. Son métier lui plaît tellement ­qu’il ­n’envisage pas de prendre sa retraite !
5. Quand il fait chaud, il faut que les personnes âgées boivent plus que
­d’habitude.
6. Avant de faire de la politique, elle devrait travailler quelques années en
entreprise.
7. Je ne connais pas le livre dont vous parlez mais je vais ­l’acheter.
S cient.

8. Si elle avait eu confiance en elle, elle serait maintenant dans une Grande
École.
9. ­L’article le plus intéressant sur ce sujet a été publié dans la presse.
10. Bien ­qu’il soit encore assez jeune, il a déjà beaucoup ­d’expérience.

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C ORRIGÉ
Par Jean-­Michel Hannequart, professeur d’Allemand au lycée François Ier,
IENA

au Havre.

C ORRIGÉ
I. VERSION

Des principes dépassés (vieux jeu).

Il y  a quelques jours, j­’ai servi le dîner sur la table devant le canapé.


Simplement comme ça, le fromage dans le plastique et ­j’ai également laissé
le salami dans son emballage. Dans ma famille, cela ne dérange personne.
Sauf moi. Mes garçons étaient enchantés. Ils préféreraient toujours manger
ainsi, sur le canapé (s’ils le pouvaient, ils mangeraient toujours ainsi) sur la
canapé, devant la télévision. Mais j­’ai du mal à ­l’accepter car il s­ ’agit là d
­ ’une
question de principe. Les principes sont l­’expression ­d’un certain système
de valeur (d’un certain ordre moral). J ­ ’ai demandé à mon plus jeune fils
­s’il savait ce ­qu’est un principe, ­s’il entendait souvent ce mot. Car ce mot
est de nos jours passé de mode. Aucun homme d ­ ’aujourd’hui ne voudrait
prononcer cette phrase à la tonalité autoritaire : “dans notre famille, nous
avons des principes !” Beaucoup pensent que ce sont plutôt des personnes
autoritaires qui tiennent à des principes que la plupart du temps ils ne
respectent pas eux même.

III. THÈME

1. Entschuldigung / entschuldigen Sie, wie spät ist es? / wie viel Uhr ist es
Eco. techno. Khâgne

bitte? Es ist halb sieben.


2. Ich finde es besorgniseeregend / bedenklich, dass fast alle Kinder ein
Handy haben.
3. Woran denkst du? Seit mehreren Minuten sagst du kein Wort.
4. Sein Beruf gefällt ihm so gut, dass er es gar nicht ins Auge fasst (dass
er sich gar nicht vorstellen kann), in Rente zu gehen.
5. Wenn es heiß ist, müssen alle Menschen mehr trinken als sonst.
6. Bevor sie sich mit Politik beschäftigt (in die Politik engagiert), sollte sie
ein paar Jahre in einem Unternehmen arbeiten.
LV2 – ALLEMAND

7. Ich kenne das Buch nicht, von dem (wovon) Sie sprechen, aber ich werde
es kaufen.
8. Wenn sie selbstsicherer gewesen wäre (mehr Selbstvertrauen gehabt
hätte), wäre sie jetzt an einer Elite-­Schule (Hochschule).
9. Der interessanteste Artikel zu diesem Thema ist in der Presse veröffent-
licht worden;
10. Obwohl er noch ziemlich jung ist, hat er schon viel Erfahrung.
S cient.

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S UJET

LV2 – ALLEMAND
Durée : 3 heures.

Les candidats ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire


ELVi ou lexique ; ­l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec-
tronique est interdite. Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce

2
qui lui semble être une erreur d­ ’énoncé, il la signalera sur sa copie
et poursuivra sa composition en expliquant les raisons des initiatives
­qu’il sera amené à prendre.
Dur

1. TRADUCTIONS

Durée ­ ’épreuve :
de l 1 heure 30.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS EN ALLEMAND

­ ’aimais, ­j’aime toujours Berlin et je ­n’en aurai jamais fini avec ­l’énigme
J
que ­l’ex-­capitale du Reich, capitale ­aujourd’hui de ­l’Allemagne réunifiée,
représente pour moi. Je peux passer des heures au Paris Bar ou au Café
Einstein, où inlassablement je confronte le spectacle de ces couples de
jeunes Allemands, avenants, libres, sérieux, à toutes les images de ma
mémoire ancienne. Depuis 1948, je suis revenu bien des fois à Berlin, (…)
­j’avais été saisi par l­’architecture du nouveau Berlin, légère, aérienne, inven-
tive, qui défiait le Berlin en ruine que ­j’avais connu autrefois et sa première
reconstruction dont j­’avais été le témoin, comme si l­’Histoire imposait à cette
métropole un recommencement perpétuel. Bien plus tôt, dès 1989, ­j’avais
Eco. techno. Khâgne

découvert le Bauhaus-­Archiv (…) et d ­ ’autres lieux non construits, de vastes


espaces abandonnés au cœur de Berlin (…). ­J’étais allé à maintes reprises
à Berlin-­Est pendant les interminables années de la guerre froide (…).
Claude Lanzmann, Le Lièvre de Patagonie, Folio 2009.

II. T
 RADUCTION DE ­L’ALLEMAND
EN FRANÇAIS

Marie trank ihren Tee, süß, heiß. Dann fragte sie: „Woher nimmst du eigent-
LV2 – ALLEMAND

lich den Mut, einfach in den Kaukasus zu reisen?“


Jens nahm einen Schluck aus seiner Tasse. „Ich glaube, den habe ich schon
als Kind gehabt. […] Mit fünf oder sechs Jahren bin ich einmal alleine bei
meiner Oma gewesen, ohne meine Eltern. Ich hatte mein erstes Fadrrad mit
dabei. Sie ließ mich damit tagsüber draußen herumfahren. Abends habe ich
erzählt, wo ich überall gewesen war. Sie regte sich auf: Da warst du doch
zwanzig Kilometer weit weg mit dem Fahrrad, mein Gott, Kind! Und ich
S cient.

erwiderte: Aber wenn ich beim Hinfahren genau aufpasse, kenne ich doch
den Weg. Und so finde ich immer zurück. Aber sie war so schockiert, dass
sie bei meiner Mutter anrief und bat, mich wieder abzuholen: Das kann ich
nicht verantworten, der Kleine macht, was er will.“

82 l ANNALES CCIR 2017-2018

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S UJET
Er schenkte ihr noch eine Tass nach.
„Wenn ich eine Idee habe, dann will ich sie auch realisieren. Und wenn man
es einmal geschafft hat, weiß man doch, dass man es weirder kann. Ob
du es wirklich schaffst, ist vielleicht noch offen. Damals als Kind habe ich
geglaubt, das kann ich einfach.“
Peter Wensierski, Die verbotene Reise. München 2014. ELVi

2 . EXPRESSION ÉCRITE

Durée ­ ’épreuve :
de l 1 heure 30.

Wir Kinder aus der Komfortzone

« Warum willst du in einer Zeit, in der jeder besonders sein will, eigentlich
normal sein? », wird Marcello Clerici in Bernardo Bertoluccis Kinomeisterwerk
« Il conformista» nach dem gleichnamigen Roman von Alberto Moravia
gefragt. Clerici, der sich der tonangebenden Bewegung der italienischen
Faschisten angedient hat, weiß darauf keine direkte Antwort.
Eine ähnliche Frage stellt sich heute an die Generation Y beziehungsweise Z,
grob also an Menschen zwischen 14 und 36, freilich in einem gänzlich
anderen politischen Umfeld: « Warum wollt ihr normal sein, wo doch heute
jeder besonders sein kann?» Warum nimmt man im Moment größter poten-
zieller Freiheit so wenig an Möglichkeiten wahr, sondern sammelt sich in der
kuscheligen Mitte, in der Habitus, Lebensweg und Denken weitestgehend
ähnlich sind?
In der letzten Sinus-­Jugendstudie, die auf Tiefeninterviews mit 72 Jugendlichen
zwischen 14 und 17 Jahren beruht, wird als einer der Haupttrends der
« Neo-­Konventionalismus» ausgemacht. Es gibt demnach kaum mehr
Eco. techno. Khâgne

Abgrenzungsbemühungen der Jüngeren gegenüber den Erwachsenen und


keine Subkulturen. Das Wertegerüst ist einheitlich, und zum « Mainstream» zu
gehören wird nicht mehr als Schande empfunden. Junge Menschen wollen
auffallend unauffällig sein.

Bloß keine Fehltritte

(…) Die Jugend ist also, wie immer: schlecht? Was auf den ersten Blick
klingt, wie die altbekannte Klage des Sokrates, die angeblich schon immer
LV2 – ALLEMAND

erhoben wurde, ist tatsächlich eine Kritik mit radikal veränderten Vorzeichen:
Sokrates beklagte die Ausschweifung der Jugend, den Drang nach Luxus, die
Ungehorsamkeit gegenüber Älteren. Die Neokonventionalisten sind dagegen
sparsame Gemüter, bescheiden und angepasst, sie denken in kleinen
Maßstäben, haften am Altbekannten und sind mit ihren Eltern befreundet,
sofern diese nicht ohnehin ihre größten Vorbilder sind. (…)
Neokonventionalismus ist eine Selbstverpflichtung auf kollektives
S cient.

Lebenszwergentum, auf « Thinking Small» statt « Thinking Big». Laut der


Studentenstudie 2016 von Ernst & Young finden 32 Prozent der angehenden
Akademiker eine Laufbahn im öffentlichen Dienst besonders attraktiv, bei den
Frauen sind es 42 Prozent. Das Motto « #Yolo» (« You only live once»), das

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S UJET

einmal das Jugendwort des Jahres 2013 war, lässt sich auch als Drohung
lesen: « Du lebst nur einmal, also ­versau’es nicht. Bloß keine Fehltritte!» C
(…) Der Neokonventionalist ist ein Konformist. Er will korrekt sprechen,
ähnliche Sachen essen, möglichst biologisch und korrekt konsumieren, sich
entspannt, nett und gefällig verhalten und über die gleichen smarten Kanäle
ELVi kommunizieren.

Vom Original zur Kopie

In den USA arbeiten fast die Hälfte aller Harvard-­Absolventen entweder in


den Bereichen Finanzen oder Unternehmensberatung. An anderen Elite-­
Colleges sind die Präferenzen ähnlich gelagert, trotz sehr unterschiedlicher
Fachrichtungen. Man beginnt als Original und endet als Kopie. Und das
Schöne: Die Standardisierung erfolgt quasi freiwillig. Man muss jungen
Menschen gar nicht explizit drohen, niemanden zwingen oder brechen.
Es genügt völlig, diese im allgemeinen Einheitsbrei langsam weich zu
kochen. (…) « Die erfolgreichste Tyrannei», so der amerikanische Philosoph
Allan Bloom, « ist diejenige, die es schafft, das Bewusstsein für andere
Möglichkeiten auszulöschen».
Der Uniformitätsdrang aus der Mitte der Gesellschaft ist beunruhi-
gend, wenngleich beim näheren Hinsehen wenig überraschend. Viele
Neokonventionalisten von heute sind Kinder der Babyboomer-­Generation
und daher nolens volens von deren Erfahrungswelt mitgeprägt. Der deut-
sche Publizist Stefan Willeke, selbst ein Kind des geburtenreichsten
Jahrgangs 1964, hat im « Kursbuch» einmal die Babyboomer als Generation
beschrieben, die sich an keiner Ideologie oder waghalsigen Idee versucht
hat, und die der Geschichte ihres Landes kein neues Kapitel hinzugefügt hat.
Warum sollte eine Generation von Konformisten, Profiteuren und Verwaltern
also ausgerechnet Revolutionäre hervorbringen?
(…) Tatsächlich leiden die Neokonventionalisten an der Unterentwicklung
Eco. techno. Khâgne

basaler Fähigkeiten, von Sichtfeldverengung auf digitale Geräte,


Konsumentenhaltung bis hin zur Unfähigkeit, sich demokratisch selbst
zu organisieren. Wer zu lange im Hotel Mama gelebt hat, sich inzwischen
vom Lieferdienst das Essen nach Hause schicken lässt und « Mutti Merkel»
das Regieren überlässt, leidet vielleicht an diffusen großstädterischen
Sinndefiziten, ist aber nicht primär prädestiniert für die Entdeckung neuer
Welten und einen Ausbruch aus der Komfortzone. (…)

von Milosz Matuschek, Neue Zürcher Zeitung, 14/11/2016.


LV2 – ALLEMAND

Répondre en ALLEMAND aux questions ci-­dessous :


(Environ 200 mots pour chaque réponse)

1. Wie werden im Artikel die Jugendlichen von heute beschrieben und


welche Gründe für dieses Verhalten werden genannt?
S cient.

2. Stimmen Sie mit dem Bild, das in dieser Studie gegeben wird, überein?
Erkennen Sie sich in dieser Beschreibung wieder? Führen Sie konkrete
Beispiele an.

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C ORRIGÉ
Par Jean-­Michel Hannequart, professeur d’Allemand au lycée François Ier,
ELVi

au Havre.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS EN ALLEMAND

C ORRIGÉ
Ich liebte, ja ich liebe immer noch Berlin, und die ehemalige Reichshauptstadt,
heute Hauptstadt des wiedervereinigten Deutschland, wird nie aufhören, mir
ein Rätsel zu bleiben. Ich kann Stunden in der Paris Bar, im Café Einstein
verbringen, wo ich unaufhörlich den Anblick dieser jungen, deutschen Paare
– liebenswürdig, frei, seriös – mit all den Bildern vergleiche (ohne müde zu
werden, den Anblick… mit all den Bildern zu vergleichen), die mir von früher
im Gedächtnis geblieben sind. Seit 1948 bin ich schon viele Male nach
Berlin zurückgekommen, (…) ich war eingenommen (fasziniert) gewesen
von der so leichten, luftigen, einfallsreichen (innovativen) Architektur des
neuen Berlin, die dem Berlin in Trümmern, das ich damals gekannt hatte,
und seinem ersten Wiederaufbau, dessen Zeuge ich gewesen war, heraus-
fordernd gegenüberstand, als ob die Geschichte dieser Metropole einen
ewigen Neuanfang aufzwingen würde. Schon sehr viel früher, schon 1989,
hatte ich das Bauhaus-­Archiv entdeckt (…) und andere weite nicht bebaute
(unbebaute) verlassene (brach liegende) Flächen im Herzen Berlins (…).
Ich war während der endlosen Jahre des Kalten Krieges viele Male nach
Ostberlin gereist.

II. T
 RADUCTION ­DE L’ALLEMAND
EN FRANÇAIS

Marie buvait son thé, sucré, très chaud. Puis elle demanda : « mais où trouves
tu le courage de partir comme ça dans le Caucase ? »
Eco. techno. Khâgne

Jens but une gorgée dans sa tasse. „Je crois que je l­’avais déjà enfant. (…)
À cinq ou six ans, je me suis retrouvé un jour seul chez ma grand mère, sans
mes parents. J ­ ’avais emporté mon premier vélo. Dans la journée, elle me
laissait circuler dehors. Le soir, je lui ai raconté où j­’étais allé. Elle s­ ’affola :
alors tu es allé à vingt kilomètres d ­ ’ici sur ton vélo, grand dieu, mon petit !
Et je lui ai répondu : si je fais très attention à ­l’aller, je connais bien la route.
Et ainsi ­j’arrive toujours à retrouver mon chemin. Mais elle était tellement
choquée ­qu’elle appela ma mère au téléphone et lui demanda de venir me
rechercher. Je ne peux pas prendre cette responsabilité, cet enfant n ­ ’en
LV2 – ALLEMAND

fait ­qu’à sa tête.


Il lui servit une deuxième tasse de thé.
« Lorsque ­j’ai une idée, je veux la réaliser. Et ­lorsqu’on a réussi à le faire
une première fois, on sait ­qu’on peut y parvenir à nouveau. Que ­l’on y arrive
vraiment, ­n’est peut-­être pas garanti. À cette époque là, ­l’enfant que ­j’étais
croyait tout simplement ­qu’il en était capable.
S cient.

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S UJET

LV2 – ESPAGNOL 30

Durée : 3 heures.

(La note sur 80 sera divisée par 4 pour obtenir la note sur 20, les
deux chiffres après la virgule arrondis au dixième supérieur.) 35
IENA
Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix de la deuxième
langue dans laquelle ils doivent composer. Tout manquement à la
règle sera assimilé à une tentative de fraude.
Ils ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire ou lexique ;
sauf en latin pour lequel un dictionnaire Latin-­Français est autorisé :
­l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel électronique
est interdite. I. V

S UJET

Humanidades obligatorias
II. Q
Parece fácil ponerse de acuerdo en que nadie debería graduarse, en la
disciplina que fuese, sin antes haberse educado; y en que esta función ya
no la cumple satisfactoriamente el bachillerato, bien por la complejidad
y globalización del mundo actual, bien por los bajos resultados de España en
5 los informes PISA. Como sabemos, actualmente los grados preparan para
ejercer una profesión. Es comprensible: nadie desea contratar un arquitecto
que no sepa de arquitectura. Pero eso no debería ser todo. La preparación
para ejercer una profesión debe ir acompañada de una preparación para
la ciudadanía democrática y de una formación esencial en la historia de la
Eco. techno. Khâgne

10 expresión humana y de lo que significa ser humano. La universidad debe


cumplir su verdadera función desde la Ilustración: cultivar las facultades
de pensamiento e imaginación que nos hacen humanos y que hacen que
nuestras relaciones sean relaciones humanas ricas, y no meramente de
uso y manipulación.
15 Existen modelos que entienden el valor de las humanidades y las protegen:
en Estados Unidos, por ejemplo, todos los alumnos están obligados a tomar
cursos de escritura y lectura crítica, así como de Great Books. También la
élite entiende el valor de las humanidades sin necesidad de explicaciones:
LV2 – ESPAGNOL

cuando, recientemente, Marco Rubio, senador del partido republicano esta-


III.
20 dounidense, afirmó que la sociedad necesitaba más fontaneros y menos
filósofos, no se refería con el sintagma “la sociedad” a sus hijos, que leerán
a Homero en las mejores universidades del país. Hay aquí, finalmente, una
cuestión de clase: en España se ha hecho creer a las clases media y baja
que existe una correlación entre el tipo de estudios realizados y la posibi-
25 lidad de encontrar una ocupación laboral. Sin embargo, en un país donde
S cient.

más de la mitad de los menores de 35 años no encuentra empleo a pesar de


sus múltiples titulaciones esta creencia desaparecerá si no lo ha hecho ya.
La estadística muestra que tener o no trabajo no es una cuestión primordial-
mente de tipo de estudios cursado, sino de linaje*. Como ha sido siempre.

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S UJET
30 Nos jugamos mucho. Como sociedad, debemos escoger entre educar
para la democracia o para la rentabilidad; entre una educación que cultive
y prepare futuros ciudadanos o una universidad que produzca empleados.
Para ello primero debemos saber si nos sentimos responsables de asegurar
que la educación que reciben nuestros hijos sirve a los propósitos y la
35 naturaleza de nuestra sociedad y a su formación como individuos con
IENA
criterio y capacidad expresiva, o si preferimos que nuestros hijos sirvan
para aumentar la plusvalía de alguna empresa. La prevalencia de una u otra
opción definirá la universidad del futuro.

Juan Manuel Escourido, El Pais, 28/09/16.

* linaje: conjunto de ascendientes o descendientes de una persona.

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire le titre et depuis « Parece fácil… » ­jusqu’à « …que nos hacen


humanos ».
(de la ligne 1 à la ligne 12)

II. QUESTIONS (sur 40 points)

1. Question de compréhension du texte


¿Cómo llega el autor a afirmar que « tener o no trabajo no es una cuestión
primordialmente de tipo de estudios cursado, sino de linaje”?
(150 mots + ou – 10 %* ; sur 20 points)

2. Question ­d’expression personnelle


¿Qué comentario le sugiere a usted la siguiente aseveración de Juan Manuel
Eco. techno. Khâgne

Escourido, aplicada a España: « Como sociedad, debemos escoger entre


educar para la democracia o para la rentabilidad » ?
(250 mots + ou – 10 %* ; sur 20 points)

* Le non-­respect de ces normes sera sanctionné.


Indiquer le nombre de mots utilisés.
LV2 – ESPAGNOL

III. THÈME (sur 20 points)

1. Commençons par expliquer quels sont les enjeux de cette rencontre.


2. Pour que la population ne continue pas de croître démesurément, que
proposez-­vous  ?
3. ­J’irai chercher des informations sur le site que tu ­m’as indiqué.
4. La situation du Venezuela était dans tous les esprits depuis plusieurs
mois.
S cient.

5. Ils te répondront dès que tu les contacteras. ­C’est sûr.


6. Le bilan de ces chercheurs leur avait tout ­d’abord paru encourageant.
7. Si notre filiale galicienne pouvait embaucher, elle le ferait.

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S UJET

8. ­L’accès à la culture pour tous reste un but auquel nous ne renoncerons
pas.
9. La planète se réchauffe et certains confondent encore la météo et le
C
climat.
10. Dans cette entreprise, on décida de changer les façons de travailler et
­d’augmenter les salaires.
IENA
I. V

III.
Eco. techno. Khâgne
LV2 – ESPAGNOL
S cient.

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C ORRIGÉ
Par Nicolas Léger, professeur d ­ ’Espagnol en classes préparatoires ECE et
IENA

ECS à ­l’Institution des Chartreux, à Lyon.

I. VERSION

C ORRIGÉ
Sciences humaines obligatoires
Il semble facile de se mettre ­d’accord sur un point, qui est que personne
ne devrait obtenir un diplôme, de quelque discipline que ce soit, sans avoir
auparavant reçu une éducation, et que ce ­n’est plus le lycée1 qui remplit
cette fonction de façon satisfaisante, soit à cause de la complexité et de la
globalisation du monde actuel, soit à cause des faibles résultats de l­’Espagne
dans les classements / études PISA. Comme nous le savons, les diplômes
préparent actuellement à ­l’exercice d­ ’une profession. On peut le comprendre :
personne ne souhaite embaucher un architecte qui n ­ ’ait aucune connais-
sance en architecture. Mais ça ne devrait pas s­ ’en arrêter là. La préparation
à ­l’exercice d
­ ’une profession doit s­ ’accompagner d ­ ’une préparation à la
citoyenneté en démocratie et ­d’une formation fondamentale en histoire de
­l’expression humaine et de ce que signifie être un humain. ­L’université doit
remplir ce ­qu’est sa véritable fonction depuis ­l’époque des Lumières : cultiver
les facultés de pensée et ­d’imagination qui font de nous des humains.
1. Le terme espagnol ­n’est pas à entendre ici comme ­l’échéance du baccalauréat, comme le diplôme
en tant que tel, mais le cursus du lycée, les années qui préparent à ­l’obtention de ce titre.

III. THÈME
1. Empecemos explicando qué está en juego1 en este encuentro.
2. Para que la población no siga creciendo de forma disparatada, ¿qué
propone Usted ?
Eco. techno. Khâgne

3. Iré a buscar información en la web que me has indicado2.


4. La situación de Venezuela estaba en todas las mentes desde hacía varios
meses.
5. Te contestarán en cuanto contactes con ellos3. Es seguro.
6. En primer lugar, el balance de estos investigadores les había parecido4
alentador.
7. Si nuestra sucursal gallega pudiera contratar, lo haría.
8. El acceso a la cultura para todos sigue siendo una meta a la que no
renunciaremos.
9. El planeta se recalienta y algunos siguen confundiendo5 el tiempo con
LV2 – ESPAGNOL

el clima.
10. En esta empresa, se decidió cambiar las maneras de trabajar y aumentar
los sueldos.
1. « Empezar por + infinitif » peut également convenir. Le terme « enjeu » ­n’a, en revanche,
pas de traduction propre en espagnol.
2. Le prétérit simple est tout aussi envisageable : « indicaste ».
3. Variante : « te pongas en contacto con ellos ». Dans tous les cas, le subjonctif présent est obligatoire
dans cette subordonnée de temps avec sens futur.
S cient.

4. Il faut absolument proscrire le calque syntaxique du français ici et, ainsi, ne rien placer entre
­l’auxiliaire et le participe passé ­d’un verbe composé.
5. Bien que la périphrase « seguir + gérondif » soit souhaitable, ­l’utilisation de « aún » et « todavía »
pour traduire « encore » reste recevable.
6. Variante possible : « decidieron ».

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S UJET

LV2 – ESPAGNOL
Durée : 3 heures.

Les candidats ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire


ELVi ou lexique ; ­l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec-
tronique est interdite. Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce
qui lui semble être une erreur d­ ’énoncé, il la signalera sur sa copie
et poursuivra sa composition en expliquant les raisons des initiatives
­qu’il sera amené à prendre.

1. TRADUCTIONS

Durée ­ ’épreuve :
de l 1 heure 30.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS À ESPAGNOL

Cette femme est très belle…, dit doucement François Mitterand. Daniel
suivit son regard. Le Président contemplait la brune en robe rouge. Dumas
profita de ­l’arrivée des plats pour se retourner discrètement. Le gros fit de
même. – Très belle femme, approuva-­t‑il. – Je confirme, souffla Dumas.
Daniel se sentit en communion avec le chef ­d’État. François Mitterrand avait
commandé le même vin que lui, maintenant il repérait la même femme. Avoir
les mêmes goûts que le premier des Français ­n’était pas rien. Cette convivia-
lité de demi-­mots échangés sur les femmes était le ciment de nombreuses
amitiés viriles et Daniel se prit à rêver ­qu’il était le quatrième convive de la
table du Président. Lui aussi possédait un agenda de cuir noir dont ­l’ancien
Eco. techno. Khâgne

ministre serait ravi de recopier les contacts. La cave du gros ­n’avait pas
de secret pour lui, et régulièrement il s­ ’y rendait pour une dégustation de
saucisson avant ­d’allumer les plus fins havanes du monde.
Antoine Laurain, Le Chapeau de Mitterrand, Flammarion, 2012.

II. T
 RADUCTION DE ­L’ESPAGNOL
AU FRANÇAIS
LV2 – ESPAGNOL

Una mañana me llamaron por teléfono. El que lo hacía dijo estar en gran
peligro. A mi natural pregunta : « ¿Con quién tengo el gusto de hablar? »,
respondió que nunca nos habíamos visto y que nunca nos veríamos. ¿Qué
se hace en esos casos? Pues decir al que llama que se ha equivocado de
número; enseguida, colgar. Así lo hice, pero a los pocos segundos de nuevo
sonaba el timbre. Dije a quien de tal modo insistía que por favor marcase
bien el número deseado y hasta añadí que esperaba no ser molestado otra
vez, ya que era muy temprano para empezar con bromas.
S cient.

Entonces me dijo con voz angustiada que no colgase, que no se trataba de


broma alguna; que tampoco había marcado mal su número; que era cierto
que nos conociamos, pues mi nombre lo había encontrado al azar en la

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S UJET
guía telefónica. Y como adelantándose a cualquier nueva objeción me dijo
que todo cuanto estaba ocurriendo se debía a su cara; que su cara tenía
un poder de seducción tan poderoso que las gentes, consternadas, se
apartaban de su lado como temiendo males irreparables. Confieso que la
cose me interesó; al mismo tiempo, le dije que no se afligiera demasiado,
pues todo tiene remedio en esta vida…
ELVi
Virgilio PIÑERA, « La cara », Cuentos, Alfaguara, 1983.

2 . EXPRESSION ÉCRITE

Durée ­ ’épreuve :
de l 1 heure 30.

Colombia, el precio de la paz

Los efectos del referéndum del domingo pesan como una losa en la
realidad colombiana. Parece que con las horas el estupor se hace más
denso. No es para menos, desde 1982 se han tratado de negociar siete
acuerdos de paz y los siete han fallado. Precisamente, lo único que redime
la confusión ciudadana es que el actual acuerdo no ha muerto. En la tregua
adoptada entre los contendientes del sí y del no parece existir una suerte
de consenso extremo: es nuestra última oportunidad.
La rápida reacción de las FARC anunciando su voluntad de adaptarse
a nuevos escenarios y el tesón del Gobierno de Juan Manuel Santos por
recomponer diálogos sin pérdida de tiempo ha aportado un impagable balón
de oxígeno al proceso de paz. Nadie lo afirma abiertamente pero es una
idea que subyace en el común colombiano: la paz o el caos. Porque todos
en este país regado de sangre durante 50 años saben que la única manera
de ganar el futuro es por medio de una convivencia pacífica.
Eco. techno. Khâgne

En horas, Colombia ha pasado de ser un país referente para la región


y para el mundo, a una nueva duda geopolítica. Un reflejo de cómo han
sido las campañas de los defensores de cada postura. Objetivamente nadie
cuestiona la importancia de la paz, pero las lagunas argumentales han dado
alas a los que mantienen causas pendientes con los guerrilleros.
Como apuntaba antes del plebiscito la profesora M. Fernanda Gonzáles
de la Universidad de La Sorbona, el no ha centrado su discurso en un relato
bélico donde han prevalecido las palabras terrorismo, impunidad, delitos,
criminales, lesa humanidad, tiranía. Frente a esta focalización emocional,
LV2 – ESPAGNOL

Santos no ha centrado su Gobierno en defender el sí. Ha hecho une lectura


de Estado en la que los costes de negociación eran pequeños frente a las
oportunidades asociadas a la reconciliación. Una apelación al recuerdo de
los horrores vividos contra una propuesta de futuro basada en el diálogo
y la razón. Emociones contra sentido común. Claro que esta reflexión
quedaría coja si no se pusiera sobre la mesa lo mal que le ha sentado
a muchos colombianos las condiciones asociadas al referéndum. Bajar
el umbral del plebiscito del 50% al 13%, prohibir el voto en blanco y no
S cient.

posibilitar medios públicos para quienes defendían el no, han sido deci-
siones que ganaron impopularidad a medida que se acercaba el momento
decisivo de emisión del voto.

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S UJET

Desde mi llegada el viernes a Bogotá como observador internacional del


proceso he visto crecer en mi interior una idea que siempre he procurado
tener solapada porque me cuesta expresarla (y me refiero a una dificultad
C
fisiológica para enunciarla) pero ahí va: la paz, como todo, tiene un precio.
Es horrible. Es verdad. El precio para Colombia se ha empezado a expresar
(o lo hará en breve) en términos de riesgo país, de captación de inversión
ELVi
extranjera, de desarrollo de activos sociales claves como la educación o la
sanidad (durante 50 anos afectadas directamente por el gasto militar y de
seguridad). El precio para Colombia es, en mi opinión, inaccesible. Por eso
y porque después de compartir ilusiones con tantos colombianos necesito
creerlo, admiro el esfuerzo de Santos por recomponer filas y nos ceder
ante la adversidad. Se trata de una lucha titánica porque lo vivido desde el
domingo es apenas un spin-­off de las complejas y largas conversaciones
con las FARC y los mediadores internacionales.
Ahora, Colombia espera el siguiente capítulo de una historia en la que
dos presidentes (Uribe y Santos) deben mostrar su capacidad política
para sacar al país de un atolladero en el que todos han participado y del
que nadie es responsable. Tras tantos años de desempeño profesional
me sigo tomando en serio el aserto de anteponer los intereses del Estado
a los patriculares o partidistas. Atendiendo a lo que sucede en mi entorno
(Colombia y España) resulta difícil de creer pero es un concepto, un ideal
que debemos seguir pugnando porque sea de obligado complimiento. Es
por esta visión que aplaudo la tenacidad de un gobernante cuando, derro-
tado en las urnas, persevera en la búsqueda de soluciones hasta el último
minuto de su mandato. Que así sea y que Colombia pueda pagar la paz
que tanto se merece.
Carlos Prado, Cinco Días, 04/10/2016.

Répondez en ESPAGNOL aux questions suivantes :


(200 mots environ pour chaque réponse)
Eco. techno. Khâgne

1. ¿Cuál es el precio de la paz en Colombia, según el autor?

2. ¿Piensa usted que el camino hacia la paz en Colombia es un signo de


cambio en America Latina? Justifique con ejemplos.
LV2 – ESPAGNOL
S cient.

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C ORRIGÉ
Par Frédérique Mabilais, professeur agrégée d
­ ’Espagnol au lycée Jeanne-­
ELVi

d’Arc, à Caen.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS À ­L’ESPAGNOL

C ORRIGÉ
Esta mujer es muy hermosa…, dijo suavemente François Mitterrand. Daniel
siguió su mirada. El presidente contemplaba a la morena del vestido rojo.
Dumas aprovechó la llegada de los platos para darse la vuelta discretamente.
El gordo hizo lo mismo. – Una mujer muy hermosa, asintió. – Lo confirmo,
susurró Dumas. Daniel se sintió en comunión con el jefe de estado. François
Mitterrand había pedido el mismo vino que él, ahora estaba fijándose en
la misma mujer. Tener los mismos gustos que el primero de los franceses
no era poca cosa. Esta conversación de medias palabras intercambiadas
sobre las mujeres era el cimiento de numerosas amistades viriles y Daniel
se puso a soñar que era el cuarto comensal de la mesa del presidente. Él
también poseía una agenda de piel negra de la que al ex ministro le encan-
taría copiar los contactos. La bodega del gordo no tenía ningún secreto para
él, y solía acudir allí para una degustación de salchichón antes de encender
los habanos más finos del mundo.
Antoine Laurain, Le chapeau de Mitterrand, Flammarion, 2012.

II. T
 RADUCTION DE ­L’ESPAGNOL
AU FRANÇAIS

Un matin, on me téléphona. Celui qui m ­ ’appelait me dit courir un grand


danger. À ma question logique « A qui ai-­je l­’honneur de parler ? », il répondit
que nous ne nous étions jamais vus et que nous ne nous verrions jamais.
Que fait-­on en pareilles circonstances ? Et bien, on dit à celui qui appelle
Eco. techno. Khâgne

­qu’il ­s’est trompé de numéro ; et ensuite, on raccroche. ­C’est ce que je fis,


mais quelques secondes plus tard, la sonnerie retentissait de nouveau. Je
dis à celui qui insistait de la sorte de bien vouloir composer correctement
le numéro souhaité et j­’ajoutai même que j­’espérais de pas être dérangé
à nouveau, car il était trop tôt pour commencer à faire des plaisanteries.
Alors il me dit d
­ ’une voix angoissée de ne pas raccrocher ; ­qu’il ne s­ ’agissait
nullement ­d’une plaisanterie ; ­qu’il ne ­s’était pas non plus trompé de numéro ;
­qu’en effet, nous ne nous connaissions pas car il avait trouvé mon nom au
hasard dans ­l’annuaire téléphonique. Et comme ­s’il voulait devancer une
LV2 – ESPAGNOL

quelconque objection, il me dit que tout ce qui était en train ­d’arriver était dû
à son visage, que son visage avait un pouvoir de séduction si puissant que
les gens, consternés, ­s’écartaient de lui comme ­s’ils craignaient des maux
irréparables. Je reconnais que l­’affaire ­m’intéressa, et en même temps, je
lui dis de ne pas être trop chagriné car ici-­bas, tout a une solution.
S cient.

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S UJET

LV2 – ITALIEN
Durée : 3 heures.

(La note sur 80 sera divisée par 4 pour obtenir la note sur 20, les
IENA deux chiffres après la virgule arrondis au dixième supérieur.) I. V
Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix de la deuxième
langue dans laquelle ils doivent composer. Tout manquement à la
règle sera assimilé à une tentative de fraude.
Ils ne doivent faire usage ­d’aucun document, dictionnaire ou lexique ;
sauf en latin pour lequel un dictionnaire Latin-­Français est autorisé : II. Q
­l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel électronique
est interdite.

S
UJET

De niro e Bottura insieme per una mensa degli scarti nel Bronx

Dopo il Refettorio ambrosiano ­dell’Expo e Refetto-­Rio, versione olimpica


del progetto, lo chef numero uno al mondo Massimo Bottura ha lanciato il
nuovo progetto di mensa degli avanzi con una foto sul suo profilo Instagram:
« Progettando il nuovo Refettorio nel Bronx. Con Bob nel 2017».
Che lo chef stellato avesse puntato al quartiere difficile di New York per aprire
un nuovo punto di approdo del suo progetto si sapeva. Lo stesso Bottura lo III.
aveva annunciato a giugno dicendo che avrebbe avuto il sostegno del conso-
lato italiano. La scelta di un partner come Robert De Niro sembra perfetta
per lanciare un progetto che per sua natura deve essere profondamente
Eco. techno. Khâgne

radicato al territorio. Il due volte premio Oscar (Il padrino e Toro scatenato)


ha anche una carriera di ristoratore, parallela a quella d
­ ell’interprete e regista,
e ha solo a New York, tre locali, Nobu, Tribeca Grill e Locanda Verde ed è
molto legato alla sua città dove ha fondato il Tribeca Film Festival, come
reazione alla tragica esperienza ­dell’11 settembre.
­L’idea è semplice ma geniale: trasformare il cibo scartato in pasti cucinati
da una schiera di cuochi messi a disposizione dallo stesso Bottura. Durante
Expo più di 15 tonnellate di cibo sono state così impiegate da una schiera di
sessanta chef internazionali che ogni notte hanno sfamato una novantina di
homeless a Milano. Da quella prima esperienza ne sono seguite altre, come
quella che sta per partire a Rio de Janeiro, dove star chef del calibro di Alain
Ducasse cucineranno « gli avanzi» per fornire circa 19.000 pasti durante le
LV2 – ITALIEN

Olimpiadi. Per tenere alta l­’attenzione sul tema della fame e dello spreco
di cibo, Bottura ha creato Food for Soul che, sotto lo slogan « Cucinare è
un appello ad agire» si fa una domanda e si dà una risposta: « Consapevoli
che un terzo del cibo prodotto in tutto il mondo viene buttato via, il nostro
progetto parte da una domanda: Sono lo spreco alimentare e la fame due
S cient.

espressioni dello stesso problema? Noi crediamo di sì ». La Fao stima


1,3 miliardi di tonnellate di cibo gettate ogni anno per un valore comples-
sivo di 750 miliardi, 12 miliardi solo in Italia, mentre 795 milioni di persone

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S UJET
soffrono la fame. Ridurre questo paradosso d ­ ell’abbondanza rientra anche
tra gli obiettivi di sviluppo sostenibile 2030 delle Nazioni Unite.
Da Chira UGOLINI, La Republica, 18 luglio 2016.

I. VERSION (sur 20 points) IENA

Traduire en français depuis “Durante Expo più di 15 tonnellate di cibo…”


­jusqu’à “Noi crediamo di sì”.

II. QUESTIONS (sur 40 points)

1. Question de compréhension du texte


Spiegate : « Il paradosso ­dell’abbondanza ».
(150 mots + ou – 10 %* ; sur 20 points)

2. Question ­d’expression personnelle


Impegnarsi per una grande causa è un dovere per le celebrità ?
(250 mots + ou – 10 %* ; sur 20 points)

* Le non-­respect de ces normes sera sanctionné.


Indiquer le nombre de mots utilisés.

III. THÈME (sur 20 points)

1. Madame, savez-­vous que Turin et Rome ont élu une femme à la mairie ?
2. On lit souvent des informations contradictoires.
Eco. techno. Khâgne

3. 60 % des électeurs italiens ont voté « non » au référendum de décembre.


4. Nous irons visiter Naples dans un mois avec mes parents et mon cher
frère.
5. Si la nouvelle piste cyclable était réalisée, ce serait une révolution pour
la capitale.
6. Tu ne croyais pas que la visite de l­’Emilie-­R omagne serait aussi
intéressante.
7. Cet entrepreneur a donné vingt millions d ­ ’euros pour la restauration du
Colisée.
8. Il faut du temps pour visiter le site archéologique de Pompéi (et de
bonnes chaussures !).
9. Aidons les habitants de Lampedusa qui accueillent depuis plusieurs
LV2 – ITALIEN

années les migrants !


10. Cette entreprise italienne dont on parle tant, a été rachetée par un groupe
français.
S cient.

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IENA
C ORRIGÉ
Par Bernard-­A Chevalier, professeur ­d’Italien.

I. VERSION
C ORRIGÉ

Ainsi, pendant Expo, ce sont plus de 15 tonnes de nourriture qui ont été utili-
sées par une escouade de soixante chefs de tous pays qui chaque nuit ont
nourri environ quatre vingt dix sans abri à Milan. À partir de cette première
expérience d­ ’autres ont suivi, comme celle qui va démarrer à Rio de Janeiro,
où des chefs étoilés du calibre d ­ ’Alain Ducasse cuisineront « des restes »
pour fournir environ 19.000 repas durant les Jeux Olympiques.
Pour attirer et retenir ­l’attention sur le thème de la faim et du gaspillage de
nourriture, Bottura ha créé Food for Soul, qui, à partir du slogan « Cuisiner
est un appel à agir » pose une question et donne une réponse : « Conscients
­qu’un tiers de la nourriture produite dans le monde est jetée, notre projet
part de la question suivante : Est-­ce que le gaspillage alimentaire et la faim
dans le monde sont deux expressions du même problème ? Nous croyons
que oui »

III. THÈME

1. Signora, sa che Torino e Roma hanno eletto una donna al municipio ?


2. Si leggono spesso notizie contradittorie.
3. Il 60% degli elettori italiani ha votato « no » al referendum di dicembre.
4. Andremo a visitare Napoli fra un mese, con i miei genitori e il mio caro
fratello.
5. Se la nuova pista ciclabile fosse realizzata, sarebbe una rivoluzione per
Eco. techno. Khâgne

la capitale.
6. Non credevi che la visita d ­ ell’Emilia Romagna sarebbe stata così
interessante.
7. Questo imprenditore ha dato venti milioni di euro per il restauro del
Colosseo.
8. Ci vuole tempo per visitare il sito archeologico di Pompei (e scarpe
comode !).
9. Diamo una mano agli abitanti di Lampedusa che accolgono i migranti
da parecchi anni !
10. ­Quest’impresa italiana è stata acquisita da un gruppo francese.
LV2 – ITALIEN
S cient.

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S UJET
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE
DU MONDE CONTEMPORAIN
Durée : 4 heures.

Tout verbiage doit être évité et il est expressément recommandé de


ne pas dépasser huit pages. Il sera tenu compte des qualités de plan ESCP
Europe
et ­d’exposition, ainsi que de la correction de la langue. Il est rappelé
que la carte réponse est à remplir (en collant ­l’étiquette code barre
supplémentaire). Les documents ­d’accompagnement ci-­joints sont
essentiellement là pour aider le candidat dans sa réflexion sur le sujet
posé et sa représentation cartographique. Il n­ ’est fait usage ­d’aucun
document ; ­l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec-
tronique est interdite.

S UJET

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


­L’Union européenne face aux effets déstabilisateurs
de la mondialisation

S
CARTE : En utilisant vos connaissances et si nécessaire les documents
ci-joints, construisez une carte appuyant et illustrant vos propos. La légende
ne devra pas faire plus d’une page. Il est rappelé que la carte est obliga-
toire. Elle doit également comporter un titre.

Document 1 : 31 mars 2010, annonce de la fermeture de ­l’usine de pneu-


matique du groupe Continental à Clairoix (Oise), 1120 salariés licenciés.

Document 2 : Extrait ­d’une interview du Président de la Fédération des indus-


tries mécaniques (FIM) en mars 2012. (Sources : Les Échos, 6 mars 2012,
p. 15)

Document 3 : La géographie du chômage en France métropolitaine en 2016.


(Source : Images économiques du monde 2017)

Document 4 : La pauvreté en Europe (situation en 2012). (Sources : Revue


Carto, n° 21, 2014, p. 31)

Document 5 : Le confinement des migrants en Europe et dans les pays


méditérranéens en 2011. (Source : Revue Carto n° 14, 2012, p.19)

Document 6 : ­L’évolution des rapports de forces internationaux. (Source :


S cientifique

­L’histoire de ­l’Occident, Le monde – La Vie, 2014, p. 161)

Document 7 : 20 janvier 2016, annonce du rachat de 67 % du capital de


la société du port du Pirée (Grèce) par le groupe chinois COSCO, pour un
montant de 368,5 millions ­d’euros.

Document  8 : Vote « pro-­B rexit » en faveur de la sortie de l­’UE du


Royaume-­Uni (23/06/2017). (Source : Images économiques du monde 2017)

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S UJET

D
OCUMENTS

Document 1. 31 mars 2010 : Annonce de la fermeture de ­l’usine


de pneumatiques du groupe Continental à Clairoix (Oise),
ESCP 1 120 salariés licenciés.
Europe
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

Document 2. Extrait ­d’une interview du Président de la Fédération


des industries mécaniques (FIM), mars 2012.

« ­L’objectif ­n’est pas d


­ ’imposer le fabriquons français » à coups de lois et
de réglementations, mais de donner envie de concevoir et de produire en
France. »
Jérôme Frantz*, Les Échos, 6 mars 2012, p. 15.
*Président de la Fédération des industries mécaniques (FIM)

Document 3 : La géographie du chômage en France métropolitaine en 2016.


S cientifique

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S UJET
Document 4. La pauvreté en Europe (situation en 2012).

ESCP
Europe

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


Document 5. Le confinement des migrants en Europe
et dans les pays méditérranéens en 2011.

S cientifique

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S UJET

Document 6. ­L’évolution des rapports de force internationaux.

ESCP
Europe
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

Document 7. 20 janvier 2016, annonce du rachat de 67 % du capital


de la société du port du Pirée (Grèce) par le groupe chinois COSCO
pour un montant de 368,5 millions ­d’euros.
S cientifique

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S UJET
Document 8. Vote « pro-­Brexit » en faveur de la sortie de ­l’UE
du Royaume-­Uni (23/06/2017).

ESCP
Europe

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


S cientifique

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ESCP
Europe
C
ORRIGÉ
Par Alain Nonjon, professeur de chaire supérieure.

De prime abord…
Un sujet fédérateur : le thème de ­l’UE ­n’a pas eu les faveurs des jurys
C ORRIGÉ

depuis longtemps, ­l’approche spécifique « les effets déstabilisateurs de la


mondialisation » est indiscutablement stimulante, l­’absence de chronologie
est le gage de la fin des paraphrases monocordes et monocolores dans les
devoirs, l­’actualité du sujet est évidente pour le pire (une accroche dans une
copie sur 3 était bâtie sur l­’épisode de Whir(l)pool) et une certaine lassitude
face à ­l’allusion fréquente, à ­l’entre-­deux tours des présidentielles.

Un sujet sélectif :
– qui exigeait une réflexion sur ­l’UE, processus né de et se pensant dans la
mondialisation ;
– qui ne pouvait que déboucher sur une réflexion sur la date, les années,
la décennie où ­l’Europe passe du crédo mondialiste quasi unanime à la
défiance, voire au rejet (fin des années 90, ou crise des subprimes) ;
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

– qui nécessitait de balayer tous les effets déstabilisateurs sans se cantonner


aux seuls secteurs agressés en termes d ­ ’emplois (culture normalisée, projet
édulcoré, FMN prédatrices, tropismes centrifuges, frontières dévaluées) ;
– qui imposait ­l’art de la nuance ; déstabilisateurs ne signifie pas dévasta-
teurs et le pessimisme ambiant concernant ­l’UE était mauvais conseiller ;
– qui passait par une analyse des comportements diversifiés des rythmes
­d’adaptation hétérogènes… des régions qui gagnent et des territoires qui
perdent.

Un sujet délicat à  traiter : face au désenchantement européen, face


à ­l’europessimisme ambiant en période de Brexit, de souverainismes de
replis nationaux, face au problème des migrants qui a fait irruption dans
­l’espace Schengen.
Face aux débats ouverts encore sur la désindustrialisation européenne,
­l’effet des travailleurs détachés, l­’ordolibéralisme plaqué dans l­’UE, la
bureaucratie Bruxelloise, les visions populistes ­d’une Europe technocra-
tique… bref « ­l’Europe et ses salauds » de Jean Quatremer.
Il fallait une dose ­d’engagement personnel, de prise de position non frileuse,
car de fait le jury attend des raisonnements et pas des alignements sur
des banalités, il attend une démonstration et pas que le candidat se borne
à montrer en déballant des approximations journalistiques.
Et face à ­l’importance des connaissances à mobiliser.

Problématique possible : la mondialisation fragilise sensiblement les


positions acquises, les avantages comparatifs et le modèle même de la
S cientifique

construction européenne, ajoutant à la crise économique une série de


crises et de remises en questions cruciales pour ­l’avenir de ­l’Europe. Mais la
mondialisation au cœur même du projet européen met également en valeur
les atouts considérables de l­’Union sur la scène internationale, à charge pour
les responsables politiques de les reconnaître et les mettre en œuvre. L ­ ’UE
est-­elle apte à dépasser les effets déstabilisateurs de la mondialisation voire
à se mobiliser pour se réinventer face à cette dynamique ?

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I/ ­L’UE, projet apparemment structuré par et pour la mondialisation
est au milieu des années 80 confrontée à la pression
ESCP
de la mondialisation
Europe
A. Un projet européen délibérément tourné vers la mondialisation
Jeremy Rifkin : « Le rêve européen est la première tentative pour créer une
conscience universelle dans un monde de plus en plus petit ».

C ORRIGÉ
– ­L’Europe a été associée pleinement aux battements de la mondialisa-
tion depuis les grandes découvertes, les volontés impériales nées sur ses
terres. ­L’Europe a toujours connu le prix élevé à payer aux nationalismes,
aux modèles autarciques. En ce sens, même spectatrice des ruptures
depuis 1991, elle a une carte à jouer dans la 4e mondialisation portée par
­l’émergence de nouveaux acteurs, la confirmation de l­’économie de marché
et du couple libre-­échange croissance.
– Le refus des États-­Unis ­d’Europe, et ­d’une américanisation par certains
­n’interdit pas une identification de ­l’UE aux idéaux de la mondialisation
au travers de ­l’installation ­d’un grand marché libéral, ­d’une dynamique
­d’élargissements qui convertit certaines économies socialistes à ­l’économie
de marché, d ­ ’une concentration des firmes pour les rendre plus opéra-
tionnelles, ­d’une recherche de compétitivité (programme de Lisbonne sur

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


­l’Europe première puissance mondiale par sa compétence) des coopérations
­d’excellence dont le but est de partir à la conquête des marchés mondiaux
dans des spécialisations européennes (cf. airbus industries).
– ­L ’UE introduit des déréglementations dans des secteurs pourtant
protégés : la directive travailleurs détachés fixe le cap d ­ ’une mobilité et
­d’une flexibilité de la main-­d’œuvre à ­l’échelle des 28 pays membres.
– De fait, héritière ­d’un xixe où l­’Europe a fixé le cap de la mondialisation,
­l’UE ne se vit pas comme une construction autocentrée. ­L’UE peut être
même considérée comme une « petite mondialisation ». Pour Neil Fligstein
et Frédéric Mérand (Mondialisation et Européanisation ? La preuve par
­l’économie européenne depuis 1980) : « La mondialisation ­n’est donc pas une
force mystérieuse échappant au contrôle des gouvernements et pilotée par
des entreprises prédatrices. Au contraire, le plus achevé des projets au cœur
de la mondialisation fut celui pour lequel des gouvernements ont coopéré le
plus intensément. Ils ont produit un ensemble de règles communes et des
mécanismes ­d’application qui ont dans ­l’ensemble encouragé le commerce
entre pays européens… ».

B. Un projet européen bousculé par une mondialisation 


jugée déstabilisante
Pourtant depuis les années 90 on inventorie souvent les effets déstabilisa-
teurs de la mondialisation.
– Les délocalisations sont vécues comme un événement industriel sans
penser aux transferts vers des ex PECO, aux marchés nouveaux ouverts
S cientifique

par le passage à ­l’économie de marché ­d’économies socialistes.


– La désindustrialisation est conçue comme le lourd tribut payé à la mondia-
lisation : 1,4 millions d
­ ’emplois auraient été perdus en France dans l­’industrie
en 25 ans et au niveau européen l­’industrie et la construction, la part des
actifs seraient passées de 29 % à 23 %, souvent sans prendre en compte
les transferts vers le tertiaire et les gains de productivité… La mondialisation
est seule (et à tort) convoquée pour expliquer ce déclin. Et le chômage de

ANNALES CCIR 2017-2018 l 103

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masse lié pour Jacques Sapir (La fin de ­l’eurolibéralisme) « la pression du
libre-­échange coûte à la France directement environ 2 % de la population
ESCP
active en emplois industriels perdus ou non créés. Ceci correspond proba-
Europe
blement à une perte globale (avec l­’effet multiplicateur habituel de l­’emploi
industriel sur ­l’emploi global) de 3 à 3,5 % de la population active »…
– La pauvreté endémique est ressentie comme une mondialisation qui trie, et
déclasse ceux qui sont les moins formés, ceux qui ne sont pas des « analysts
C ORRIGÉ

resolvers », ceux qui ­n’appartiennent pas à des élites financières sans penser
aux insuffisances de ­l’Europe sociale malgré la charte de Strasbourg.
– Des déclassements industriels sont identifiés à des pertes de compé-
titivité face à de nouveaux concurrents que les accusations de dumping
social ou monétaire (cf. cas chinois) ne suffisent pas à freiner. L ­ ’analyse
est parfois sommaire mais il est de bon ton de dénoncer la sinistrose du
secteur automobile par ­l’environnement mondialisé sans penser aux effets
­d’investisseurs étrangers comme Dong feng chez Peugeot et Tata chez
Jaguar.
– Les IDE sont accueillis parfois avec le sentiment d ­ ’intrusions intolérables
(cf. Chine dans la machine outil, ou le photovoltaïque allemand, ou les
vignobles bordelais ou de Bourgogne), en oubliant un peu vite les quelques
35 000 emplois préservés ou créés par les investissements étrangers.
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

– Les déséquilibres dans l­’ADT avec primat des grandes métropoles mais
le déménagement du territoire est bien antérieur à ­l’impact de la mondia-
lisation. Les scénarios évoqués dès 2010 par Fitoussi, scénario des villes
États où la croissance se concentre sur quelques pôles par le jeu des effets
­d’agglomération. Ou les analyses de Pierre Veltz et autres Paul Krugman,
sur les régions qui gagnent en sédimentant des avantages comparatifs dans
la mondialisation, que dire enfin des menaces directes sur la zone euro par
les dettes souveraines elles-­mêmes rançons de la globalisation financière
et des pesanteurs de la gouvernance monétaire européenne, il faut bien le
reconnaître. En 2016, la dette des 28 États membres se porte à 83,5 % du
PIB. Celle de la zone euro équivaut quant à elle à 89,2 % du PIB, atteignant
179 % du PIB, la dette de la Grèce est la plus élevée ­d’Europe.

C. La mondialisation vécue non comme une opportunité


mais comme une contrainte ?
Le contexte ne peut que conduire à stigmatiser la mondialisation.
– Un contexte où l­’Europe connaît une érosion systématique de son
importance globale. Edgar Morin : « ­l’Europe a rétréci. Elle ­n’est plus ­qu’un
fragment de l­’Occident alors q­ u’il y a quatre siècles l­’Occident n
­ ’était q
­ u’un
fragment ­d’Europe  ».
Le rétrécissement est d ­ ’abord démographique : ­l’Europe pesait 22 % de
la population au xixe siècle, au plus fort de son expansion coloniale. ­C’est
exactement ce que pèse la Chine actuellement, alors que les Européens ne
correspondent plus ­qu’à 7 % de la population mondiale. Cet affaiblissement
S cientifique

participe du rétrécissement général de l­’Occident dans la mondialisation :


en 2030, deux habitants de la planète sur trois seront Asiatiques.
– Un contexte de « panne technologique » qui voit ­l’Europe un peu décalée
par rapport aux NTIC (Siemens un des rares constructeurs européens de
hard) dans les réseaux (monopole rapidement installé de AGFA) dans des
projets.

104 l ANNALES CCIR 2017-2018

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– Un contexte où l­’Europe semble victime de l­’onde de choc de la crise
des « subprimes » ­q u’elle subit au niveau des produits toxiques, de
ESCP
­l’instrumentalisation des dettes souveraines (cf. en Grèce rôle de Goldman
Europe
Sachs – banque la plus puissante du monde, a spéculé sur le dos de la
Grèce tout en se faisant rémunérer par Athènes pour ­l’aider à gérer la
crise…).
– Un contexte où l­’Europe ne parle pas d ­ ’une même voix : très tôt cavalier

C ORRIGÉ
seul britannique depuis 1974 (Pac ciblée), ou après 1979 le « I want my money
back » de Thatcher, Allemagne de plus en plus tentée par ­l’extension de son
hinterland au monde et à un contrôle de ­l’Europe à la veille de la faillite de
Lehman brothers, ou après les incartades de certains pays comme l­’Autriche
ou certains pays de ­l’Est qui ont du mal à déléguer leur souveraineté surtout
pour les fondamentaux des valeurs européennes. La Pologne par exemple
encore a ­ ujourd’hui, ou République Tchèque eurosceptique avant l­’heure, ou
simplement pays méditerranéens brutalisés par la crise et donc contraints
à porter un regard critique sur une Europe passive à leur égard.
– Un contexte où le problème de l­’intangibilité des frontières du vieux conti-
nent émerge étrange préface à une mondialisation assumée après Kosovo,
Crimée, et remise en cause de la notion même de frontière au contact du
problème des migrations de Syrie, d ­ ’Afghanistan… crise de ­l’Europe puis-

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


sance ­d’accueil.

De plus en plus ­d’opposants sortent de ­l’anonymat de combat clandestins


ou confidentiels pour porter un message anti européen et anti mondialisation
(pour certains ­l’un ne se conçoit pas sans ­l’autre) comme les indignés nés
sur la puerta del sol.
Anti et altermondialistes : le berceau de Attac en France : combat pour un
autre monde possible, les populistes et les souverainistes qui réinterprètent
avec plus ou moins ­d’honnêteté statistique la formule de Jean Jaurès « Un
peu ­d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup ­d’internationalisme
y ramène » ­l’armée nouvelle 1910, et plus généralement tous ceux qui
derrière ­l’Europe des nations cachent une volonté de repli frileux et font du
protectionnisme la réponse aux excès de la mondialisation.

II/ ­L’UE est tout à la fois confrontée depuis les années 90
à la concomitance ­d’une « polycrise » et à une radicalisation
des contestations de la mondialisation

A. Les fragilités structurelles de ­l’UE


– Des choix de mondialisation à des rythmes différents : engagement de la
Grande Bretagne qui ne va pas au rythme du social colbertisme gaulois.
– La désaffection vis-­à‑vis du projet européen or la mondialisation exige un
sursaut et une mobilisation collectifs.
S cientifique

– Les divisions intestines sur les solidarités nécessaires face à la mondia-
lisation rendent celles-­ci plus inacceptables : migrations incontrôlées,
problèmes des dettes souveraines (derrière la crise grecque les responsa-
bilités de Goldman Sachs).
– La fragilité de certaines politiques structurelles et surtout industrielles
qui interdisent des réactions collectives, majorent les problèmes : pas
­d’industries d­ ’armements, pas de logique de coopération malgré des para-
vents (sidérurgie, automobiles).

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– Le vieillissement de ­l’Europe obscurcit son horizon : En 2015, le nombre
des décès sera supérieur au nombre de naissances dans l­’Union ce qui
ESCP
­s’accompagne de perspectives inquiétantes en termes ­d’innovation, de
Europe
tensions sur le marché du travail ou de financement des retraites.

B. ­L’UE mal préparée pour résister aux effets déstabilisateurs


– Elle ­n’a aucune voix, en tant ­qu’Union, dans les grandes institutions inter-
C ORRIGÉ

nationales, économiques ou politiques, à ­l’exception de ­l’OMC. Or les États


membres qui participent à ces instances, ­qu’il ­s’agisse de ­l’ONU, du FMI
ou du G20, ne pèsent que leur petit poids relatif par rapport aux États-­Unis
ou à la Chine. Au G20, l­’Union ­n’envoie pas moins de 8 représentants, mais
cette surreprésentation quantitative se paie ­d’une sous-­influence politique
notoire.
– La crise est une crise de confiance dans le modèle européen : difficile de
se projeter dans la mondialisation avec de tels handicaps. La construc-
tion européenne ­n’est plus évaluée comme une réussite exemplaire.
­L’appauvrissement et la récession plombent les visions d ­ ’avenir, une nouvelle
fracture Nord-­Sud peut à tout moment déboucher sur ­l’implosion de la zone
euro (Grèce), la régression de pays stigmatisés autour de ­l’acronyme Piigs
(Italie Portugal Irlande Espagne), le club méditerranée européen est cloué au
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

piloris, ­l’Allemagne est ciblée pour son manque de solidarité envers les pays
en crise, et le retrait de la Grande Bretagne est une destinée que ­d’autres
envisagent dans un contexte où des régions réclament leur indépendance de
la Catalogne à ­l’Écosse ou la Padanie région imaginaire du Nord de ­l’Italie ;
– Le « soft power » autre parade contre une mondialisation prédatrice est
­d’autant plus en veilleuse que le « vouloir vivre ensemble » ciment de l­’Europe
se délite. Le repli derrière leurs frontières des pays de ­l’Est (provocation de
la Hongrie pour faire financer son mur) et la crise ­d’identité à ­l’Ouest hésitant
entre rôle ­d’acteur ou de subdélégué des EU, discrédite ­l’UE.
– ­L’UE est même considérée comme l­’amplificateur des déséquilibres
nés de la mondialisation : chômage avec près de 20 millions de personnes
sans emploi, le taux de chômage dans l­’Union européenne atteint 7,8 % en
mai 2017, et 8,7 % dans la zone euro désindustrialisation, régions sinistrées
trouvent leur bouc émissaire : la mondialisation libérale acceptée par ­l’UE sans
fixer en quelque domaine que ce soit les règles du jeu. Pire, ­l’UE est souvent
perçue comme un acteur ultralibéral dont les choix sont tenus responsables
de la dégradation économique et sociale des classes moyennes.
– ­L’UE est victime ­d’une crise de projet enfin, dans la mesure où aucun
accord ­n’existe plus entre Européens sur le rôle et la finalité de ­l’Union dans la
mondialisation. Marcel Gauchet, la Condition politique, ­L’Europe cette mixture
de bureaucratie et de bons sentiments « Doit-­elle se concevoir comme une
protection collective contre les dérèglements de la mondialisation ? ­S’agit-­il
à ­l’inverse ­d’un tremplin et d­ ’un échelon nécessaires pour réussir au sein de
­l’économie mondiale ? ­L’Union doit-­elle subir les règles du jeu mondialisé, au
S cientifique

mieux en ­s’en protégeant, au pire en les contournant ? Doit-­elle au contraire


avoir pour objectif de participer, aux côtés ­d’autres puissances, à ­l’écriture
des nouvelles règles de la mondialisation à venir ? Le projet politique de la
construction européenne semblait clair à ­l’origine des Traités de Rome : la
réconciliation franco-­allemande et le retour de la prospérité en Europe de
­l’Ouest. Il était également lisible lors de la chute du communisme : la récon-
ciliation entre les deux parties de ­l’Europe et ­l’aide à la démocratisation des

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nouveaux pays ex-­communistes. Mais le projet du xxie siècle manque encore
­d’un grand récit mobilisateur », fondation Schuman.
ESCP
C. Des mobilisations où populismes et europhobies se conjuguent Europe

– Face à  ces carences, il est aisé pour les opposants d ­ ’accuser la


Mondialisation d ­ ’être un libéralisme exacerbé, une américanisation subie,
et la dure loi ­d’un darwinisme industriel.

C ORRIGÉ
– Les régions perdantes témoins des agressions de la mondialisation se
mobilisent contre (Lorraine contre Mittal, Combats des métallos de Hayange
Hagondange).
– La Mondialisation est vite cataloguée de destructrice car ­l’Europe paraît
plus offerte q ­ u’ouverte (Tafta, Ceta). Les nationalismes se crispent au service
­d’une Europe citadelle. Des peurs sont instrumentalisées par des partis
(Front National, Ukip Bepe Grillo et le mouvement des 5 Étoiles).
– Des réquisitoires sont formatés : mondialisation – financiarisation ­c’est la
toute puissance des marchés financiers : où est ­l’Europe Beveridgienne ?
­C’est l­’américanisation à outrance : où est l­’Europe qui se fait par elle-­même
entre deux blocs ? ­C’est la régression sociale : où est ­l’Europe du « bien-­être
et de tous » ? ­C’est le nivellement par le bas : où est l­’Europe des transferts
sociaux, des avancées sociales de la seconde chance ? ­C’est ­l’acculturation :

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


où est l­’Europe qui donnait par sa technique, ses idéaux, sa civilisation des
leçons au monde non sans quelque arrogance au xixe siècle (P. Lévi Strauss).
Ce sont les retours des tribalismes : où est le bien vivre ensemble ?
Tous ces réquisitoires se retrouvent dans une nébuleuse de contestations
où la mondialisation coalise contre elle nationalistes, souverainistes, anti
et alter mondialistes… opportunistes de tout poil pour dresser le portrait
­d’une Europe projet inspiré par l­’étranger qui s­ ’est fait sans les peuples
(J. Quatremer rappelle la formule maladroite du belge P.-H. Spaak « ­l’œuvre
accomplie fut celle ­d’une minorité sachant ce ­qu’elle voulait »).

III/ ­L’europessimisme face à la mondialisation fait le constat


de ­l’impuissance collective mais fait fi des potentiels de ­l’Europe

A. Les capacités de riposte de ­l’UE sont souvent à tort minimisées


­ ’UE ­n’est pas désarmée.
L
– Le FEM, Fonds européen d ­ ’ajustement à la mondialisation créé en 2006 et
doté ­d’un budget est un amortisseur des conséquences de la mondialisation
« pour les plus vulnérables » : ­C’est dire ­qu’avec un budget certes restreint
(150 millions d­ ’euros pour la période 2014-2020) il tente de faire face
aux restructurations dans des entreprises de plus de 500 salariés à ­l’aval
­d’une mondialisation agressive (Aide à la recherche d ­ ’emploi, formation,
reconversion)…
– ­L’UE peut opérer des rééquilibrages régionaux par le Feder depuis 1975
S cientifique

qui même accusé de compléter les programmes nationaux de ne pas assez


promouvoir ­d’initiatives intraeuropéennes est un élément modérateur des
excès de la mondialisation. Complété par le fonds de cohésion articulé sur
les fonds structurels, tous ces mécanismes de rééquilibrage ne laissent pas
les régions sinistrées sans moyens. (cf. dans les RETI régions à tradition
industrielles du Nord, Pas de Calais au Limbourg luxembourgeois).
– ­L’UE est un réducteur d ­ ’incertitudes dans les grandes négociations
commerciales au cœur de la mondialisation ; ­L’Europe a une masse critique

ANNALES CCIR 2017-2018 l 107

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qui peut en imposer. Même pour le traité avec le Canada, la Ceta, des
garde fous sont installés et à ­l’OMC, l­’UE se fait forte d ­ ’obtenir quelques
ESCP
concessions réparatrices (comme dans la renégociation de Blair house au
Europe
moment du Reagan round agricole). De toute façon la riposte est plus simple
et plus efficace à 28 que séparément. ­L’Europe est représentée soit à titre
­d’observatrice soit d­ ’actrice directe des grandes institutions de la mondia-
lisation et peut fixer des cadres à ­l’OMC comme aux conférences sur le
C ORRIGÉ

climat (à la COP 21 la ratification a été globale pour ­l’Europe avant que les
pays ne ratifient séparément ­l’accord final).
– ­L’Europe peut peindre la mondialisation à ses couleurs pour P. Lamy. La
construction européenne est un dépassement du vieux système international
vers un système de gouvernement démocratique alter-­national avancé : elle
a le sens du compromis final au terme de marathons dantesques (agricul-
ture, dettes), elle sait conclure des accords pondérés, in extremis au terme
de négociations laborieuses et en ce sens elle est un laboratoire utile de la
mondialisation et de prise de décision collective.
– ­L’UE ne reste pas sans réaction face aux FMN américaines. ­L’échec du
NTM (new transatlantical market) à ­l’initiative de la France, la négociation
âpre du TIPP bousculé désormais par l­’administration Trump, la lutte contre
­l’optimisation fiscale dans le prolongement ­d’amendes contre Microsoft
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

ou IBM montrent que ­l’UE ­n’est pas passive ; loin de là, elle anime une
réflexion sur les paradis fiscaux et le retrait de la Grande Bretagne (le mea
culpa du Luxembourg J.-C. Juncker) annoncent certainement des positions
plus affirmées.

B. ­L’UE a de toute façon peu de moyens ­d’échapper


à la mondialisation quels que soient les effets induits
et les moyens de ­s’y préparer
– ­L’UE puissance commerçante avant tout, donc impactée positivement et
négativement.
– Le protectionnisme européen serait contre productif pour ­l’UE cham-
pion mondial à ­l’exportation, même si certains plébiscitent une préférence
communautaire et que ­l’Europe soit ouverte sans être offerte. La riposte
de partenaires pourrait être pire que la solution initiée, et ­l’UE devrait
tirer les leçons des embargos ou des sanctions dans le passé (cf. encore
­aujourd’hui les effets des sanctions contre la Russie sur ­l’agroalimentaire
français). ­L’interdépendance est féconde : même dans des secteurs comme
­l’aéronautique Airbus et General Électrique marchent main dans la main,
le même General Électrique venu à la rescousse de Alstom. Cas ­d’école
le secteur de l­’automobile : Jaguar doit beaucoup à des acteurs étrangers.
Nationalisé en 1966 – avant l­’entrée du Royaume-­Uni dans la Communauté
économique européenne en 1973 – puis privatisé en 1984 par Margaret
Thatcher, Jaguar est repris par Ford en 1990 à ­l’occasion d
­ ’un vaste mouve-
ment de concentration dans l­’industrie mondiale automobile. La marque,
S cientifique

qui ne faisait pas partie des priorités de ­l’américain, a perdu son côté so
british et a décliné. Aussi, lorsque Ford acculé par la crise des subprimes
­s’est séparée de ses activités les moins stratégiques Jaguar – et Land Rover
ont été cédés – au conglomérat indien Tata. Résultat immédiat : un « revival
industriel ». Le groupe Jaguar Land Rover, a quadruplé son CA en 6 ans, et
est devenu le premier constructeur automobile dans une Grande-­Bretagne
intégrée à ­l’UE. Toutefois, le marché britannique ne représente plus que 20 %

108 l ANNALES CCIR 2017-2018

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des ventes des deux marques, soit moins que pour le reste de l­’Europe et la
Chine à plus de 20 % chacun. Jaguar a connu une croissance vertigineuse
ESCP
avec, par exemple, une progression de 80 % des ventes mensuelles en
Europe
février 2017 par rapport à 2016. Deux enseignements : ni ­l’UE ni la mondia-
lisation ne sont des obstacles industriels !
– ­L’UE ne peut raisonnablement emboiter le pas du make america greater
de Donald Trump et au contraire doit saisir l­’opportunité d ­ ’être aux

C ORRIGÉ
avant-postes du libre échange désormais. La fébrilité des accords commer-
ciaux asiatiques montre que le balancier penche du côté d ­ ’un libéralisme
organisé des échanges plus ­qu’une quelconque idéologie du repli.
– Si l­’UE a  quelque chose à  reprocher à  la mondialisation c ­ ’est peut
être avant tout de ses responsabilités ou des États ou des entreprises
elles-mêmes : chez STX, l­’accord de « compétitivité » conclu en 2014, par
lequel les salariés avaient renoncé à des RTT, signé par les syndicats
réformateurs, a peut-être permis de booster les commandes. Depuis, des
commandes colossales sur neuf ans ont été signées avec la livraison de
14 paquebots prévues ­d’ici à 2026 et donner les moyens de résister à la
pression de Fincantieri (acquéreur potentiel de 50 % des actions).

C. ­L’UE rempart paradoxal face à la mondialisation ?

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


– La force du nombre est un atout : un marché de 508 millions de consom-
mateurs globalement homogénéisés par des normes et des goûts.
– La force d­ ’un marché qualitativement évolué au regard d ­ ’un PIB par habi-
tant élevé (34 000 dollars par hab.) est intacte.
– La force ­d’une créativité qui donne de la plus value mais aussi des gages
de qualité et donc de moindre porosité face à la pénétration produits
étrangers.
– La force des politiques structurelles pour Pascal Lamy l­orsqu’il était
Commissaire européen au commerce : « ces politiques communes – poli-
tique commerciale, politique agricole, politique de la concurrence, politique
structurelle – sont donc ­l’un des fondements de la solidarité européenne.
Face à des réalités qui ­s’expriment en termes globaux, elles sont autant
­d’instruments disponibles pour permettre à ­l’Europe de répondre aux défis
de la mondialisation »… Et, il ajoutait : « pour que la mondialisation se fasse
au bénéfice de tous ». Politiques de cohésion (développement régional)
peuvent être perçues comme des outils pour mieux se protéger contre les
effets négatifs de la mondialisation (pour les territoires). Rappelons que ces
politiques furent mises en place dans les années 1980 pour accompagner
à la fois les élargissements et atténuer les effets négatifs du Grand Marché
Unique (pour ces mêmes pays).
– La modernité des principes d ­ ’action de l­’Union européenne, principal atout
­d’abord sur le plan économique et financier : une adhésion plus mesurée
à ­l’idée d
­ ’une toute puissance des marchés, la nécessité d ­ ’une certaine
régulation politique des échanges mondiaux et d ­ ’un contrôle minimal des
S cientifique

opérateurs financiers assortie ­d’un rôle de ­l’État en faveur ­d’une dose de


protection et de cohésion sociales, tels sont les éléments d ­ ’un modèle
européen de développement économique et social, devenu avec la crise
plus pertinent que le modèle ultralibéral des Anglo-­saxons.
– La modernité sur le plan stratégique : la vision européenne de la sécurité
internationale, proclamée dès 2003 dans la stratégie européenne de sécurité
ne cesse, partout dans le monde, d ­ ’être validée par les faits : que la démo-
cratie ne s­ ’impose pas par la force, que la puissance militaire n ­ ’est ni le

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seul ni le premier instrument de gestion de crises, que le dialogue avec tous
et la négociation multilatérale sont indispensables pour la prévention des
ESCP
conflits, que la pauvreté du monde est aussi déstabilisante que la violence du
Europe
terrorisme, ce catalogue de bon sens figure en effet au cœur de ­l’approche
stratégique de ­l’Union et il est chaque jour rappelé par certains comme
Emmanuel Macron qui veut retrouver « ­l’odeur, la couleur, la lecture, tout ce
qui fait le sel de ­l’Europe » et pour ce qui dénonce « le FMI et ses hommes
C ORRIGÉ

en noir » sur ­l’échafaud de la Grèce.


– Et qui peut oublier La génération Erasmus porteuse des espoirs européens
face à un american dream un peu palot sinon en berne après ses années
de lustre (concept né en 1931 et son apogée dans les années 60 et 80. Le
« rêve européen » serait mieux armé pour nous conduire dans le nouvel âge
global parce q ­ u’ils se fonde sur les relations entre communautés plutôt que
­l’autonomie individuelle, sur la diversité culturelle plutôt que ­l’assimilation,
la qualité de vie plutôt que l­’accumulation de la richesse, le développement
soutenable plutôt que la croissance matérielle illimitée, les droits de l­’homme
universels et les droits de la nature plutôt que le droit de propriété, la coopé-
ration globale plutôt que l­’exercice unilatéral du pouvoir. Le rêve européen
­n’est pas la fin de l­’histoire mais la fin d
­ ’une histoire et le début d
­ ’une autre
écrite à travers de normes nouvelles que ­l’Europe saura imposer.
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

– Encore faut-­il que ­l’Europe soit capable de rebondir, de se refonder, de


faire un nouveau pari une décennie après ce credo européen de Nicole
Gnesotto, Notre Europe.
« Les Européens sont pétris de la culture du partage du pouvoir, ils ont su
incarner dans la construction européenne via notamment les fonds struc-
turels une forme particulièrement généreuse de solidarité entre pays riches
et pauvres de la communauté. Or ce modèle européen parce ­qu’il est une
incarnation d­ ’un partage des pouvoirs et des solidarités est exemplaire pour
­l’établissement ­d’une structure nouvelle de gouvernance au niveau mondial.
Inspirer la structure du monde de demain, fonder le système international
de la mondialisation sur le partage du pouvoir politique et la solidarité entre
riches et pauvres, y a-­t‑il puissance plus politique que celle-­là ?

Conclusion

Sans nier les effets déstabilisateurs que la mondialisation fait peser sur
­l’Europe, il faut voir en eux une invite à « un wake up » surtout quand
­l’Amérique de Donald Trump se replie, à un sursaut car « le plus grand péril
qui menace ­l’Europe ­c’est la lassitude » disait déjà en 1935 Husserl. Les
Européens ne doivent pas considérer l­’Europe comme trop ouverte, ni mal
armée face à la mondialisation mais ils doivent simplement cesser de cher-
cher des boucs émissaires et poursuivre dans la voie ­d’une mondialisation
maîtrisée. « À la peur de ­l’avenir ne répondent que les formules creuses des
démagogues. Ce qui ­s’entend, ce ­n’est pas le refrain du déclin, ni celui de la
S cientifique

décadence finale. C ­ ’est ­l’appel du vide ». P. André Taguieff… est-­il encore


temps ? ­C’est ce que pense le président de la commission européenne
Juncker qui exhorte les Européens à un sursaut fédéraliste (plus de majorité
qualifiée pour décider) pour mieux protéger ­l’Europe de la concurrence,
pour contrôler les IDE.

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S UJET
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE
DU MONDE CONTEMPORAIN
Durée : 4 heures.

Les candidats ne doivent faire usage ­d’aucun document en dehors


de ceux fournis au verso ; ­l’utilisation de toute calculatrice et de ESSEC
tout matériel électronique est interdite. Si au cours de l­’épreuve,
un candidat repère ce qui lui semble être une erreur ­d’énoncé, il la
signalera sur sa copie et poursuivra sa composition en expliquant
les raisons des initiatives ­qu’il sera amené à prendre.

S UJET

Le développement de ­l’Afrique à ­l’épreuve de la guerre


(des années 1960 à nos jours)

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


D OCUMENTS
Remarque importante : les documents et la carte sont destinés à aider à la
réflexion dans le cadre de la dissertation. Ils ­n’ont pas à faire ­l’objet ­d’un
commentaire spécifique.

Document 1. Chronologie sommaire

1960-1965 : sécession et guerre civile au Congo (ex « Congo belge »).


Intervention militaire de ­l’ONU.
1962 : accords ­d’Évian et indépendance de ­l’Algérie.
1967 : guerre du Biafra (guerre civile du Nigéria) – Guerre des Six jours.
1975-1976 : partition du « Sahara espagnol » et affrontements entre le Marco
et ­l’Algérie.
1975-2002 : succédant à la guerre pour ­l’indépendance, guerre civile en
Angola et ses prolongements internationaux.
1989-2003 : guerre civile au Libéria et son extension à la Sierra Leone.
1991 : début de la guerre civile algérienne.
1994-2003 : génocide rwandais de 1994 et extension du conflit dans toute
la région des Grands Lacs et du Zaïre.
2002 : création de ­l’Union Africaine.
2003 : début de la guerre civile du Darfour.
S cientifique

2012 : conflit armé au Nord du Mali entraînant une intervention militaire


française et internationale.
2013 : nouvelle guerre civile en République centrafricaine.

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S UJET

Document 2. Dessin de presse (Les Échos, 9.11.2012).

ESSEC
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

Document 3. La longue guerre froide du Maghreb


(Le Monde du 21.04.2013).

Le conflit autour du Sahara occidental, une ancienne colonie espagnole


annexée par le Maroc en 1975, paralyse le développement d ­ ’une union
politique et économique dans la région. (…) Une étude du ministère maro-
cain de ­l’économie publiée en 2008 avait évalué le commerce entre États
­d’Afrique du Nord à 1,3 % de leurs échanges extérieurs, le taux régional le
plus bas du monde. Une autre étude, européenne cette fois, avait calculé, la
même année, que l­’Algérie importait 0,6 % de ses produits agroalimentaires
du Maroc, alors que 40 % provenaient de France et ­d’Espagne… Depuis,
bien peu de choses a changé.

Document 4 . Yves Lacoste, La question postcolonie


(Hérodote n° 120, 1er tr. 2006, p. 26).

« Le grand problème géopolitique de l­’Algérie depuis 1990 est l­’offensive


islamiste qui peut être relancée, celle-­ci combinant les contradictions
­d’ensemble du monde musulman avec les multiples conséquences de la
colonisation, celles de la guerre ­d’indépendance, celles de vingt-­cinq ans
de socialisme et de dix ans de guerre civile. »
S cientifique

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S UJET
Document 5. « Un continent dévasté par les conflits ».

ESSEC

Source : Questions internationales, n° 5, janvier-­février 2004. HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


Document 6. Sylvie Brunel, ­L’Afrique, Bréal, 2004, p. 84.

« La multiplication des conflits a, dans l­’intervalle, ouvert de larges balafres


dans un continent où la porosité des frontières et ­l’affaiblissement des
États ont favorisé la multiplication des entrepreneurs de guerre »… 35 pays
africains en guerre sur 53, le drame du génocide rwandais en 1994 (…) :
­l’effondrement des États a pour conséquence ­d’embraser le continent. Parce
que la guerre est désormais plus rentable que la paix pour certains groupes
politiques, comme pour les enfants soldats qui recrutent – qui puisent dans
leurs épopées meurtrières une reconnaissance, un revenu, une famille –
­l’Afrique présente dans la décennie 1991-2001 à peu près toute la panoplie
S cientifique

des conflits.

Document 7. L’Afrique et la croissance en 2016


(source : Les Échos 27.09.2016).

Cette année, « seulement » dix des vingt économies les plus dynamiques de
la planète sont africaines. Sur la période 2005-2015, ­c’étaient même douze

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S UJET

des pays à plus fort taux de croissance, avec 8 % en moyenne, qui étaient
situés sur ce continent ayant longtemps désespéré les économistes. (…)
Certes, les participants de cette séquence africaine [les Rencontres écono-
C
miques africaines] à Paris se sont appliqués à rappeler que ces croissances
échevelées peuvent ­s’expliquer par un effet de rattrapage (…).
ESSEC
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE
S cientifique

114 l ANNALES CCIR 2017-2018

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C ORRIGÉ
Par Alain Nonjon, professeur de chaire supérieure.
ESSEC

­ ’Afrique est le continent de la conflictualité : depuis 1991, ­l’Afrique


L
a  concentré 40 % des conflits mondiaux contre 30 % de la fin des

C ORRIGÉ
années 1960 à 1989. Le nombre de victimes dépasse celui de toutes les
autres guerres réunies. En témoignent les bilans des guerres (RDC plus de
4 millions de morts en 40 ans de conflits, Rwanda en juillet 1994 plus de
800 000 morts) et surtout leurs cortèges de réfugiés (l’Afrique est le continent
qui compte le plus de réfugiés et le camp de Dadaab, qui porte la marque
de cette histoire troublée avec ses 500 000 réfugiés surtout des Somaliens).
­L’Afrique même engagée sur la voie d ­ ’une renaissance après l­’impasse du
sous-­développement depuis les années 90 en est encore à se poser la ques-
tion de son essor : est-­elle encore mal partie (1960 : PIB par tête de ­l’Afrique
subsaharienne était égal à 5 % de celui des États-­Unis… il était de 3 % en
2015) ou si elle est repartie, est-­elle bien partie ? Les hésitations viennent
de la masse des PMA figés dans leur retard, de ­l’isolement et de la vulné-
rabilité de quelques success stories souvent liées à des matières premières

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


plus q­ u’à une véritable stratégie. Tous les échecs posent directement la
question du lien entre guerre et développement. L ­ ’émergence n ­ ’est-­elle
pas condamnée à ­n’être ­qu’une utopie devant la réalité au quotidien de la
guerre ? ­L’Afrique a-­t‑elle les moyens par elle-­même de créer le cadre d ­ ’une
paix qui serait la matrice ­d’un nouveau développement ?

I/ Dès les indépendances, le développement de ­l’Afrique


est borné par des guerres spoliatrices

A. Les guerres ­d’indépendance, véhicules de modèles


de développement plaqués
Certes ces guerres expriment des rejets d ­ ’une emprise coloniale mais elles
vont peser sur la nature du développement.
– Économie de traite et mono-­exportation rendant vulnérable aux cours erra-
tiques des matières premières minérales et agricoles (Ouganda ou Rwanda
dont les génocides sont concomitants ­d’une crise du café et de ­l’étain).
– Un clientélisme qui va être un principe de gouvernement, une corrup-
tion pas éradiquée (Sassou Nguesso au Congo), le népotisme qui prépare
­l’avènement de la fille de E. Santos déjà milliardaire ou la femme de Mugabe.
– Une Kleptocratie installée souvent au travers de dirigeants choisis comme
gage de stabilité plus que de probité : les pays arabes avant les printemps en
ont été les meilleurs exemples comme les plus anciens dirigeants africains
(Sur le continent, sept chefs ­d’État sont au pouvoir depuis plus de 30 ans
dont le président Teodoro Obiang Nguema de la Guinée Équatoriale ou
S cientifique

Edouardo Santos en poste depuis 1979 et à 92 ans Robert Mugabe est au


Zimbawe au pouvoir depuis ­l’indépendance en 1980. (Frontières de papier
plaquées car confirmées.)
– Un bilatéralisme qui a du mal à être remplacé par un multilatéralisme fécond :
cas ­d’école la Françafrique ou la dépendance dans ­l’interdépendance de
pays comme la Côte ­d’Ivoire.

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– ­L’exode des cerveaux : formation dans les métropoles avec peu de retour
ou si retour des schémas pas adaptés aux besoins locaux : drainage des
ESSEC médecins nigérians en Grande Bretagne.
Le post colonialisme est au total plus vecteur de recettes artificiellement
plaquées que ­d’un véritable développement.

B. La guerre froide et ses prolongements :


C ORRIGÉ

un développement pris en otage


– La Rente minière a expliqué le jeu des grandes puissances sur le continent
africain.
– Les affrontements entre maquis s­ ’inscrivent souvent dans le cadre de
conflits secondaires dits de substitution où des acteurs locaux agissent
pour le compte des États-­Unis ou de ­l’URSS. Entre 1960 et 1965, ­l’URSS
espérait le basculement de ­l’ex-­Congo belge dans le camp socialiste et la
« congolisation » de toute ­l’Afrique centrale par la multiplication des foyers
de guérillas. À partir de 1975, Moscou et Washington se sont affrontés
en Angola sur la ligne de front des États hostiles à la RSA (Apartheid),
­l’URSS sous-­traitant ­l’intervention en Angola à ses auxiliaires cubains
(50 000 hommes) alors que les États-­Unis soutenaient ­l’UNITA. En 1977-
1978 Brejnev l­’Africain, à la faveur de la guerre de l­’Ogaden a renversé ses
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

alliances dans la Corne de l­’Afrique ; les conseillers cubains et soviétiques


ont quitté Mogadiscio pour Addis-­Abeba. Parfois l­’Afrique a été victime par
mouvements de libération nationale interposés des affrontements idéolo-
giques entre Moscou et Pékin comme au Mozambique.
– Des conflits internationalisés et longs se nourrissent de la guerre froide et
de ses effets de traîne comme en Angola ou en Érythrée. Les seuls conflits
en Angola de 1961 à 2002 ont fait un demi million de morts, 500 000 exilés,
4 millions de déplacés pour une population de 12 millions ­d’habitants dont
les 2/3 de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté, liens qui
sont plus ­qu’une corrélation, des liens de causalité directe. ­L’Angola qui
émerge en 2017, accueille des multimillionnaires en dollars et anime une
immigration en provenance du Portugal mais reste 149e au niveau de l’IDH.
– Des jeux de chaise musicale perturbent le développement (cf. Égypte de
­l’allié russe à ­l’allié américain ou la Somalie de l­’allié américain à la proximité
russe).
– Le loyer géopolitique ­d’hier demeure souvent sous forme de réseaux et de
prébendes avec des évolutions qui propulsent la Chine désormais comme
partenaire de choix, (conférence de Pékin réunissant en Novembre 2006,
48 chefs d ­ ’État africains) dans un théorique win win où la Chine ménage ses
intérêts : accaparement de terres, boom des échanges avec des pays pétro-
liers (plus de 75 % ­d’importations chinoises d ­ ’Afrique sont des ressources
naturelles).

C. Les guerres larvées et latentes héritées :


S cientifique

un développement siphonné par le coût des guerres


– Le conflit du Sahara occidental est des plus représentatifs : une partie du
capital de légitimité du Maroc a été gaspillé ; le pays a quitté l­’UA, ­jusqu’en
2017, ­l’UMA a été condamné à ­l’impasse au regard des conflits intestins sur
­l’aide aux sahraouis entre Alger et Rabat après une « guerre des sables ».
– Les conflits interethniques du Biafra (1967) traduisent les heurts et
malheurs de la captation de la rente pétrolière entre les Ibos chrétiens du

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Sud et les peuples musulman Nord et ­l’insécurité du delta du Niger ­n’y est
pas étrangère derrière les coups de main du Mouvement pour l­’émancipation
du delta. 30 ans de coups ­d’État et de dictatures militaires… ­jusqu’à la ESSEC
démocratie retrouvée de 1999 que veut dire alors la 1re place en terme de
PIB du Nigéria en Afrique en 2014 quand près des 2/3 de la population sont
en dessous du seuil de pauvreté ? La première guerre mondiale africaine
des grands lacs et du Congo et le génocide du Rwanda sont des factures

C ORRIGÉ
très lourdes acquittées au nom du passé et de la gestion des légitimités des
ethnies (Tutsis et Hutus). Les colons privilégient les Tutsis, décrits comme
des « Européens noirs » et jugés ­d’intelligence supérieure, au détriment des
Hutus qualifiés de « Nègres bantous », réduits à leur condition d ­ ’agriculteurs.
Les Tutsis étaient prioritaires dans ­l’accès aux écoles missionnaires et dans
le recrutement pour les emplois administratifs. Inutile de dire que les Hutus
vivaient leur relégation comme une injustice. De là les enchaînements du
génocide de 1994 qui met à genoux l­’économie rwandaise (armée portée à
40 000 hommes, infrastructures plus opérationnelles, climat ­d’insécurité).
– Des conflits potentiels émergent : guerre de l­’eau sur le Nil malgré l­’accord
de 1959, pas de possibilité de pleinement utiliser le pactole du Nil à la fois
en termes d­ ’irrigation et d
­ ’électricité hydraulique. Tensions depuis le barrage
de la renaissance éthiopien inauguré en 2016.

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


– Des conflits interétatiques territoriaux sont rares mais il existe certains
prédateurs de la Libye et le rêve de grande Libye au détriment du Tchad
en passant par les guerres expansionnistes en Ogaden ou dans le triangle
Éthiopie, Érythrée, Somalie.

II/ Les guerres récentes des deux dernières décennies plombent


le développement

A. Des guerres dont le terreau est le mal développement structurel


et qui ­l’aggravent
– Les conflits fonciers : l­’accès à la terre dans un contexte de désertification
est la base même des conflits ente tribus arabes nomades et populations
sédentaires africaines. Le conflit du Darfour est en partie dû à ­l’exaspération
des tensions entre cultivateurs et éleveurs pour l­’accès à la terre et aux
ressources naturelles.
– Les conflits interethniques. Guerres tribales qui mettent en échec des
processus électoraux ; ­c’est le cas du Kenya dont le dynamisme (leader
mondial du paiement mobile) est remis en cause par la vulnérabilité face
au terrorisme et des affrontements entre les membres de l­’ethnie kikuyu du
président Uhuru Kenyatta et des partisans luo de l­’opposant Raila Odinga,
en août 2017.
– Les conflits à ­l’aval ­d’un délitement des États : ainsi peut-­on parler du Sud
Soudan, le 54e État africain ­d’État mort né avec la guerre civile qui oppose le
S cientifique

chef rebelle Riek Machar et le president Salva Kir, nuits écarlates de terreur
depuis 2013 entre Dinkas et Nuer, un État sinistré alors que le jeune État
était doté de 75 % de la production pétrolière du Soudan et de la bienveil-
lance des chinois. Les États sont souvent exsangues pour honorer leurs
pouvoirs régaliens. Ces États simples garde-­barrières ne sont pas aptes
à payer les soldats ; la police, et souvent face à cette incurie s­ ’organisent
des insurrections (Centrafrique, Kivu).

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– La guerre récente contre le terrorisme mobilise des troupes, création de
fonds des solidarités fragiles (G5 africain face à Boko Haram et autre Aqmi
ESSEC ou Mujao), détournement des fonds (Muhari au Nigeria est contraint de
changer de priorité pour contenir la menace terroriste). Après la Guerre civile
algérienne (1991-2002), les 4 élections de Bouteflika sont un gage d ­ ’inertie
plus que de développement.
– Les conflits sur les matières premières demeurent : la richesse du sous sol
C ORRIGÉ

est un facteur de conflictualité élevée et la malédiction du pétrole ­n’est pas


­qu’une vision pessimiste de ­l’Afrique : Sao Tomé, comme le Sud Soudan
confirment le mot de Jean Giraudoux dans la folle de Chaillot. « Ce ­qu’on
fait avec du pétrole ? De la misère, de la guerre, de la laideur. Un monde
misérable. »
– Les Guerres climatiques ­s’amplifient avec leur cortège de réfugiés et
de migrants subsahariens qui à ­l’image des malinkés préfèrent travailler
à ­l’extérieur de leur pays plutôt que mourir chez eux.

B. Des guerres aux modalités particulières qui hypothèquent


le développement
– La privatisation des guerres et le mercenariat se généralisent : difficile de
croire que la convention de 1977 sur la suppression du mercenariat a suffi
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

à éliminer ces « chiens de guerre » ces « affreux » qui étaient intervenus dès


les années 1960 au Congo (devenu Zaïre, puis République démocratique
du Congo) ; dans les années 1970 et 1980, aux Comores, aux Seychelles,
au Bénin, en Guinée, en Rhodésie (devenue le Zimbabwe) et en Angola.
Le Royaume-­Uni, la France, ­l’Afrique du Sud et Israël ont été parmi les
grands pourvoyeurs de ces « soldats perdus ». Durant ces années dominées
par les luttes anticoloniales et la guerre froide, le roi Hassan II du Maroc,
le président gabonais Omar Bongo, le régime blanc de M. Ian Smith en
Rhodésie (Zimbabwe), ou des dirigeants français comme Jacques Foccart
– secrétaire général aux affaires africaines de l­’Élysée – et l­’ancien premier
ministre Michel Debré, député de l­’île française de La Réunion, leur avaient
apporté un soutien plus ou moins discret… Un des plus emblématiques
de ces mercenaires fut M. Robert « Bob » Denard du Katanga (1961) aux
Comores (1975) avec le soutien des services secrets français… La Libye
de Kadhafi a poursuivi leur recrutement et ils jouent encore un rôle dans
les milices de ­l’après dictature ou dans les raids dans ­l’arc sahéliens. Prêts
à ­s’enrôler auprès du plus offrant ils contribuent à ­l’instabilité des territoires,
ils sont un déni de démocratie, et ils placent le développement des pays
africains sous la dictature du hasard. La bonne intention ­d’observer les
élections en Afrique – pour attester de leur sincérité – a fait naître une espèce
­d’observateurs, lesquels sont prêts à apporter, contre espèces sonnantes et
trébuchantes, leur onction à des scrutins calamiteux : ce sont les nouveaux
mercenaires.
– Les Enfants soldats. À la Conférence de Paris en février 2007, 105 États
S cientifique

membres de ­l’ONU ­s’engagent à « libérer de la guerre » les enfants asso-


ciés aux forces et groupes armés. 10 ans plus tard, sur les 20 pays ou
zones concernés figurent des pays africains : République centrafricaine,
République Démocratique du Congo, Libye, Mali, Somalie, Soudan du Sud,
Soudan. Selon le rapport 2016 de l­’Unicef, des filles et des garçons de
moins de 18 ans sont recrutés et exploités par des groupes armés dans
20 conflits répartis sur quatre régions du monde : Afrique, Asie, Moyen-­Orient

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et Amérique latine. ­L’image du garçonnet africain à la kalachnikov est
loin ­d’être ­l’unique réalité : la prolifération ­d’armes légères qui ­s’adaptent
aux petites mains, ­l’endoctrinement de jeunes enfants intellectuellement ESSEC
malléables, la discrétion des enfants espions, sont des incitations à les
recruter… (Soudan ­jusqu’en 2016).
– Les guerres véhiculent une acculturation sournoise, la culture du kalach-
nikov, la culture du 4X4 et des pick up des janjawids, la culture des supermen

C ORRIGÉ
en Somalie (cf. film la chute du faucon noir) sont autant de schémas culturels
plaqués et régressifs.
– Le Commerce des armes se nourrit ­d’une mondialisation sans règle. Plus
de 100 millions ­d’armes circuleraient en Afrique. ­L’Algérie, ­l’Égypte et le
Maroc forment un trio de tête, qui a dépensé à lui seul plus de 11 milliards
de dollars entre 2012 et 2016, ce qui place l­’armée algérienne entre ses
homologues chinoise et turque en termes de dépenses. Derrière, ­l’Afrique
subsaharienne est un peu à la traîne mais le Nigeria et, dans une moindre
mesure, le Cameroun, s­ ’illustrent, notamment sous l­’effet du conflit engagé
contre Boko Haram. On ne peut que ­s’interroger sur le retour sur investis-
sement de tels choix.
– Des richesses naturelles sont détournées pour acquérir des armes comme
les diamants du sang au Libéria ou en Sierra Leone, les minerais stratégiques

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


circulent dans des circuits parallèles comme le coltan (RDC et Rwanda), la
déforestation finance la guerre et les contrats miniers signés par la RDC avec
la Chine sur le cobalt avaient certes pour but de financer des infrastructures
(barrages de l­’Inga) mais dévoyés. Ils expliquent l­’insurrection du mouvement
M23 dès 2012. Au Tchad les royalties pétrolières destinées aux générations
futures… sont très vite devenues des liquidités pour protéger Idriss Déby
et contrer les maquis venus du Darfour.
Richesses humaines et matérielles font donc cruellement défaut à ­l’heure
des stratégies de développement.

C. Les stigmates des guerres constituent autant de handicaps


parfois irréversibles pour un développement futur
– Les réfugiés : ­L’Afrique subsaharienne est à elle seule la terre ­d’asile de
4,41 millions de réfugiés (sur un total de 21,3 millions dans le monde) et
occupe donc la première place. Leur gestion est souvent chaotique au point
que ­l’horizon ­d’une vie au-­delà des camps ­n’est plus vraiment envisagé chez
les habitants de ces camps comme Dollo Ado (plus de 200 000 habitants) en
Éthiopie ou ­M’bera en Mauritanie (plus de 40 000 habitants). Ces camps se
caractérisent par leur longévité : au Kenya, le camp de Dadaab, ­aujourd’hui
le plus grand complexe de camps de réfugiés dans le monde (avec près
de 350 000 habitants en 2016), existe depuis plus de vingt-­cinq ans. Ses
habitants, sont pour la plupart des Somaliens, dont une partie n ­ ’a jamais
connu ­d’autre toit que celui de leur tente estampée UNHCR.
– Les victimes des guerres : les femmes. Le viol des femmes et des filles est
S cientifique

conçu comme arme de guerre pour terroriser les populations pour les inciter
à se déplacer, et ce en toute impunité. Quelques cas de violences sexuelles
ont même été enregistrées dans les forces ­d’interposition de ­l’ONU ou de
­l’UA, ce qui accroît incompréhensions et tensions. Enfants soldats les forces
vives du développement.
– Les guerres conduisent à des destructions de capital (infrastructures) et
de capital humain. Leur coût est élevé et les taux de pauvreté sont estimés

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à 20 % supérieurs pour les pays touchés par la violence. Les comparaisons
internationales montrent que les guerres (7 ans en moyenne) font chuter les
ESSEC revenus per capita de 15 % et amputent de 2 points le taux de croissance.
80 % des PMA ont connu un conflit au cours des 15 dernières années.
Insécurité et pauvreté conduisent à des trappes à conflits accroissant les
risques de récurrence : 90 % des conflits se déroulent dans des pays ayant
déjà connu des conflits. 200 millions ­d’Africains répartis dans 17 pays sont
C ORRIGÉ

touchés par des conflits ou ­l’instabilité politique (Pierre Jacquemot, ­L’Afrique


des possibles. Les défis de ­l’émergence, 2016).
– Dépenses miliaires surdimensionnées : Égypte de Sissi au prix d ­ ’une mise
en sommeil des réformes (rafales et mistral) prés de 2 % du PIB. Nigéria un
des premiers importateurs ­d’Afrique subsaharienne.
– Les retards des infrastructures ne sont rien aux côtés des effets de déstruc-
turation des sociétés africaines par la guerre. La manipulation des famines
au service de causes politiques fait partie des coûts des guerres de plus en
plus nombreuses en Afrique. Les guerres en Afrique font désormais parties
de ce que les géopoliticiens appellent les nouveaux conflits : conflits de
portée limitée ne remettant pas en cause les équilibres internationaux ; des
conflits de basse intensité (low intensity conflicts) mais surtout des conflits
interminables ; parfois médiatisés à ­l’instar du génocide au Rwanda en 1994
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

alors que cet épisode avait été précédé par la « Toussaint rwandaise » de
1959 où les Tutsis avaient été chassés par ­l’installation ­d’un pouvoir Hutu
à Kigali. Un « système de conflits » ­s’érige donc en Afrique, antagonique au
système économique matrice du développement.

III/ ­L’Afrique est elle condamnée à la guerre


et donc au sous-­développement ?

Éviter la guerre est-­ce nécessairement se développer pour le continent


africain ?

A. ­L’extérieur, garant de la paix ? Un développement sous surveillance


– On ne compte plus les interventions bilatérales extérieures qui ont des
relents ­d’ingérences postcoloniales… dans la logique post guerre froide.
Les interventions françaises sont… légion, depuis la répression au
Cameroun de l­’UPC (union des populations camerounaises, à la guerre
­d’Algérie achevée sur des traumatismes encore vivaces en 1964, la parti-
cipation à la lutte contre les rebelles du Tibesti en 1968, et en 1972 avec
la pénible affaire Claustre) ou la prise de relais des américains à Kolwezi
pour sécuriser le Shaba au Zaïre, ­l’intervention pour contrer le Polisario
en 1977, le soutien à des régimes typiques de la Françafrique comme
en 1983 aux côtés de Eyadéma ou en 1990 au Gabon, sans oublier les
interventions aux Comores (1989 et 1995) contre les tentatives putschistes
de Bob Denard ­aujourd’hui jugé, et ­l’opération Licorne en Côte ­d’Ivoire et
S cientifique

un contingent de maintien de la paix avec ­l’opération Artémis en Ituri en


république démocratique du Congo.
– ­L’ONU (« ce meilleur espoir et ce meilleur investissement » pour Madeleine
Albright s­ ’active aussi avec des effectifs (indiens notamment) considérables
du Rwanda, au Soudan, en Côte ­d’Ivoire, comme hier au Congo (première
intervention de casques bleus en 1965) – missions Monuc en RDC j­usqu’en
2010 la plus importante devenue la Monusco) ­l’ONUCI en Côte ­d’Ivoire

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depuis 2004, la Minurcat en RCA et au Tchad la Minuad au Darfour dissoute
en juillet 2011, la MINUL depuis 2003 au Libéria, la Manurss au Soudan du
sud depuis 2011. Parfois réduite au rôle de spectateur comme au Rwanda ESSEC
ou en Somalie elle ­n’échappe pas aux critiques même si les 16 programmes
DDR sur 22 dans le monde (désarmement, démobilisation), réinsertion sous
patronage onusien se multiplient. Pour ­l’ONU le message est clair : « il ­n’y
a pas de paix sans développement et pas de développement sans démo-

C ORRIGÉ
cratie ». De là la multiplication des commissions de sanctions (6) en Afrique
Subsaharienne pour restaurer paix et sécurité.
– La piraterie devient un thème majeur de mobilisation avec le soutien de
­l’OTAN.
– Les ONG tentent tant bien que mal de se mobiliser sans être récupérées
comme Médecins sans frontières née de la guerre du Biafra (1967-1970)
certaines bavures (Arche de Zoé) facilitent leurs critiques : instrumentali-
sation, et rôle dans la victimisation des populations africaines les ONG
sont de plus en plus victimes de la brutalité croissante des conflits (morts,
kidnappings (3/100 000 /an en RDC)).
– Le CPI essaie de mettre en accusation tous les anciens dictateurs
seigneurs de guerre de Taylor à Hissene Habré (pas encore abandonné
par le Sénégal où il a trouvé refuge).

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


– ­L’Europe dans sa vocation de puissance normative essaie de prévenir
les conflits avec des initiatives originales comme tout sauf les armes (2001)
accord commercial par lequel elle s­ ’engage à importer en franchise de
douane tous les produits des PMA excepté les armes.
– Beaucoup de dirigeants ont travaillé dans des organisations internatio-
nales et font valoir leur expérience de travail en commun au service de la
paix (Ellen Johnson, Sirleaf au Libéria prix nobel de la paix 2011, Amadou
Toumani Traoré au Mali et Olusegun Obasanjo au Nigeria).
­L’impuissance de la diplomatie spectacle, et des grandes puissances
apparaît dans des règlements différés comme au Darfour où les grandes
puissances sont chacune prise en tenailles dans leurs contradictions.
­L’ingérence extérieure ­n’est pas la panacée : suivisme, immaturité, clienté-
lisme, dérapages, télescopage culturel, incompréhensions et inadéquation
des méthodes, sont autant de risques pour le développement si les pays
africains se limitent à cela. ­C’est un peu comme la « politique du cargo » et
de ­l’aide qui a des aspects mercantilo philanthropiques aliénants.

B. La paix par ­l’Afrique elle-­même ?


Un espoir de développement assez lointain
Des solutions africaines pour des crises africaines existent-­elles ?
– Le panafricanisme renaît au travers de l­’Union africaine (UA) qui tente de
redorer depuis 2002 le blason de ­l’ex OUA sur un modèle calqué sur ­l’Union
européenne (désormais l­’ONU se prononce clairement pour un financement
des interventions qui laisse le terrain à ­l’UA).
– Les organisations régionales semblent jouer un rôle plus important comme
S cientifique

la CEDEAO (communauté économique des États d ­ ’Afrique de l­’ouest) impli-


quée dans les conflits du Libéria, de la Sierra Leone, de la Côte ­d’Ivoire.
Le commerce peut être doux (Montesquieu) dès lors que 10 000 produits
circulent en franchise au sein de l­’Union économique et monétaire ouest
africaine.
– Le Nepad peut être aussi un laboratoire d ­ ’expérimentation de la bonne
gouvernance de son triptyque transparence, gouvernance, et maintenance

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peut contribuer à pacifier des zones de conflits notamment avec ­l’autorité
morale de ces leaders (Algérie de Boutéflika, Nigéria de Obasango, Sénégal
ESSEC de Wade, Afrique du sud de Thabo Mbeki).
– ­L’Afrique du Sud pilote beaucoup d ­ ’interventions de pacification comme le
traité de Sun city et de Prétoria décisif pour permettre au Congo de vivre ses
premières élections libres depuis 40 ans mais le rôle de grande puissance
de ­l’Afrique du Sud est source de méfiances internes (Sénégal) et externes
C ORRIGÉ

(Brésil).
Les crises maliennes et centrafricaines sont des tournants dans le débat sur
la sécurité en Afrique car elles ont montré les limites de la gestion africaine
des crises, ce sont les crash test de ­l’UA ! La CEDEAO a été prise de vitesse
par les islamistes de même que la CEEAC et la Micopax mission de conso-
lidation de la paix en RCA présente depuis 2008 a été prise de cours. ­D’où
­l’appel à la France, la Force africaine en attente de l­’UA était toujours en…
attente. De là une gestion métisse des crises. Les transferts des missions
de paix à ­l’ONU comme la Misca en septembre 2014 montrent ­l’échec de
­l’UA absente alors que Paris avait alerté dès ­l’été 2013 pour la RCA. Les
grandes puissances africaines ont du mal à assurer leur présence continue,
­l’Afrique du Sud n
­ ’a pas donné suite en Centrafrique, le Nigeria s­ ’est retiré
de Misma prétextant le combat contre Boko Haram.
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

Mais la crise du Sud Soudan est un bon contre exemple car elle a été gérée
essentiellement par l­’Afrique avec la vive réaction de l­’IGAD (autorité inter-
gouvernementale pour le développement). ­L’Igad a déployé des troupes
aux côtés des 12 000 casques bleus présents, ­l’ONU ne joue ­qu’un rôle
secondaire. Succès de « peacemaking » ? Les récents foyers de reprise de
la guerre civile paraissent le démentir.

C. Une prise de conscience salutaire ­d’une paix vitale : ­


l’ultime chance du développement
– Il n
­ ’y a pas de fatalité : le Rwanda renoue avec la croissance et même dans
les TIC fait figure de pionnier, mais il faut se garder de toute exagération :
avec la stabilité retrouvée depuis le génocide de 1994 le PIB par habitant du
Rwanda a certes été multiplié par trois en vingt ans. Mais avec 700 dollars,
il reste parmi les plus bas au monde.
– Il ­n’y a pas de certitude : le Kenya longtemps considéré comme un des
symboles du tourisme spectacle revient dans une période ­d’instabilité
à ­l’occasion des présidentielles de 2017.
– Il ­n’y a rien d
­ ’impossible : ainsi le président Idriss Déby en faisant la guerre
contre Boko Haram et pour maintenir la paix au Sahel, vient d ­ ’obtenir en
septembre 2017 les dividendes de sa lutte contre le terrorisme : un plan de
développement sur 5 ans (2017-2021) avec objectif émergence en 2030,
financement qui lui aurait été refusé si on avait pris en compte que ses capa-
cités de réforme, il occupe encore le 3e rang des pays les plus pauvres du
monde. Soumis à des attaques de ­l’extérieur, à la présence de 400 000 réfu-
S cientifique

giés, à des migrations climatiques le Tchad verrou du Sahel, et poste de


commandement de ­l’opération barkhane tire paradoxalement une manne
de la guerre.
– Il ­n’y a q
­ u’une conviction profonde : le développement a besoin du terreau
de la paix si l­’Afrique veut pouvoir rebondir sur des résultats flatteurs : 10 des
20 économies les plus dynamiques de la planète sont africaines en 2016, en
2015 de parent pauvre des IDE ­l’Afrique est devenu eldorado. Même illusoire

122 l ANNALES CCIR 2017-2018

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dans certaines données chiffrées la « moyennisation » des classes sociales
en Afrique est en cours. On pense bien sûr aux « petits prospères » du Niger
commerçants fonctionnaires, taximan avec activité connexe à ­l’emploi prin- ESSEC
cipal (ventes de sacs bijoux, mécanique) qui se disent ni riches ni pauvres
qui échappent à la survie au jour le jour. Certes on peut suspecter la middle
class d
­ ’être une muddle class (classe confuse) ? On ne peut oublier que pour
la Banque africaine de développement la classe moyenne commence à partir

C ORRIGÉ
­d’un pouvoir d ­ ’achat de deux dollars par personne et par jour (en parité des
pouvoirs d ­ ’achat). Mais iI y a dans l­’émergence des classes moyennes et
­l’accès à la consommation peut-­être un potentiel de baisse des conflits liés
à la pauvreté et aux inégalités. Cécile Nallet, Afrique contemporaine, 2012.
– Dans ­l’hypothétique Chindiafrique, ­l’Afrique par sa jeunesse rejoint le camp
des émergents asiatiques au-­delà de ­l’Afrique du Sud déjà présente dans
le G3 IBSA (avec Inde et Brésil). La gouvernance est à bonne école avec
la fondation Mo Ibrahim qui chaque année publie un indice évaluant les
avancées ou les reculs en matière de bonne gouvernance en Afrique, et
récompense depuis 2007 les dirigeants africains qui incarnent un « leadership
­d’excellence » ­l’ancien président mozambicain Joaquim Chissano, ou encore
à ­l’ancien président sud-­africain Nelson Mandela ont été honorés et taisons
le fait que certaines années le prix ­n’a pu en être accordé.

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


Le chemin est encore long vers une paix salvatrice. ­L’Afrique reste mitée
de maillons faibles : le « Djihadistan » au Sahel péniblement endigué par les
opérations Serval-­Barkhane, la Somalie dans la Corne de l­’Afrique, les Kivus
en Afrique centrale, le Zimbabwe en Afrique australe. Dans de nombreux
États, dits les « démocratures » le désordre est un art de gouverner et de
faire ­l’impasse sur ­l’essentiel comme en RDC et la province du Kasai. De ce
fait nombreux sont les États africains qui enregistrent, selon l­’expression de
­l’économiste ghanéen Georges Ayittey, une « croissance sans développe-
ment », qui bénéficie à une poignée de riches sans toucher une majorité de
pauvres, voire de très pauvres. Cette croissance inégale condamne ­l’Afrique
à rester « un continent riche peuplé de pauvres » : la moitié de la popula-
tion y vit encore avec moins de 1,25 dollar par jour et Sylvie Brunel peut
encore légitimement poser la question « ­l’Afrique est-­elle si bien partie ? »
(ed. sciences humaines : 2014). « On ne peut raisonnablement parler de
développement sans sécurité », diagnostic de François Hollande au moment
de bâtir un partenariat France-­Afrique (déc 2013).
S cientifique

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S UJET

MATHÉMATIQUES
Durée : 4 heures. Code sujet : 295

La présentation, la lisibilité, l­ ’orthographe, la qualité de la rédaction,


EM la clarté et la précision des raisonnements entreront pour une part
LYON
importante dans ­l’appréciation des copies.
Les candidats sont invités à encadrer dans la mesure du possible les
résultats de leurs calculs.
Ils ne doivent faire usage d­ ’aucun document : ­l’utilisation de toute
calculatrice et de tout matériel électronique est interdite. Seule
­l’utilisation ­d’une règle graduée est autorisée.
Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur ­d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra sa
composition en expliquant les raisons des initiatives ­qu’il sera amené
à prendre.

S
UJET
MATHÉMATIQUES

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Tournez la page S.V.P.
S cientifique

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S UJET
EM
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S UJET

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MATHÉMATIQUES

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S UJET
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MATHÉMATIQUES

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EM
LYON
C ORRIGÉ
Par Jean-­L ouis Roque, external lecturer à  ESSEC Business School
(jlroque@me.com).

Problème 1
C ORRIGÉ

Partie 1

1. Elle n’est pas inversible car sa première colonne est nulle. En revanche sa deuxième
et sa troisième colonne forment ouvertement une famille libre — profondeurs différentes
for example — et nul ne peut alors ignorer que

rg A = 2.

2. C’est tout à fait trigonalement que nos yeux assénent

Spec A = {0, 2, 6},

et notre matrice est suffisamment(*) diagonalisable car elle possède trois valeurs propres
différentes alors que 3 est précisément son ordre.
 Lorsque n est un entier naturel non nul, nous avons pris l’habitude de qualifier de stars
les matrices d’ordre n qui possèdent justement n valeurs propres distinctes. Ce qualificatif
n’est pas du tout usurpé quand on a compris que ces matrices constituent le nec plus ultra
de la gente des matrices diagonalisables d’ordre n. Il est d’ailleurs officiellement exigé
de savoir que les sous-espaces propres des stars sont des droites vectorielles, c’est-à-dire
des espaces vectoriels de dimension 1.
3. Le lecteur habile en résolution de systèmes trouvera aisément et sans aucun produit
illicite que
2 3 2 3 2 3
1 1 1
E0 (A) = Vect 4 0 5 ; E2 (A) = Vect 4 −2 5 ; E6 (A) = Vect 4 −6 5 ,
0 0 6

en ayant bien entendu tenu compte de la consigne selon laquelle certaines entries doivent
impérativement être égales à 1. Cela étant, et parce que nous maîtrisons la grande histoire
de la diagonalisation et que nous respectons toutes les consignes, nous proposons
2 3 2 3
1 1 1 0 0 0
P = 4 0 −2 −6 5 et D = 4 0 2 0 5 ,
0 0 6 0 0 6

et tout le monde devrait y trouver son compte.


MATHÉMATIQUES

Partie 2 (*
(**
4. Nous devons y aller en deux temps.
B Soit P un élément de E. Vu les innombrables et officielles stabilités de l’environne-
S cientifique

ment polynomial, nous pouvons tout d’abord affirmer que

X(X − 1)P 0

(*) C’est une gentille allusion à une très importante condition suffisante de diagonalisation.

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est à coup sûr un polynôme réel et nous pouvons même ajouter que son degré ne devrait
pas excéder n + 1. Nous savons ensuite que la dérivation le ramenera docilement dans EM
l’espace Rn [X] et nous avons ainsi prouvé que T applique bien E dans E. LYON
B Quant à la linéarité de T , nous nous autoriserons à dire tout bêtement qu’elle repose,
essentiellement, sur celle de la dérivation.
� Nous sommes souvent étonnés de voir que, dans ce genre de sitations, d’aucuns traitent

C ORRIGÉ
la linéarité, avant d’avoir prouvé le côté « application ». C’est quand même quelque part
a world upside down… Pas vraiment sérieux tout cela !
5. Soit k appartenant à [[0, n]]. La polynomiale attitude(*) impose une articulation en deux
temps.
B Si k = 0, on a (X k )0 = 0 et il en résulte dans la foulée que T (X k ) = 0.
B Si k > 1, nous avons cette fois (X k )0 = kX k−1 , et un calcul enfantin amène alors à
T (X k ) = k(k + 1)X k − k2 X k−1 .
Grâce à l’important protocole de « matricialisation » on parvient alors gentiment à
2 3
0 −1
6 2 −4 7
6 7
6 .. 7
6 6 . 7
6 .. 7
6
M =6 . −k2
7
7.
6 .. 7
6
6 k(k+1) . 7
7
6 .. 7
4 . −n2 5
n(n+1)

les éléments « oubliés » étant assurément nuls.


� Le texte a supposé n > 2, ce qui nous a permis de faire figurer au moins les trois
premières colonnes de M . Si l’on avait autorisé les valeurs n = 0 ou n = 1, notre matrice
eut été sérieusement rétrécie et l’on aurait trouvé M = [ 0 ] dans le premier cas et
 �
0 −1
M=
0 2
dans le second.
6. La première colonne de M est nulle. La matrice M n’est donc pas inversible. Quant
aux autres colonnes de M , elles sont de visu de profondeurs différentes et elles forment
donc une famille libre. Nous devons alors impérativement clamer que
rg M = n.
Il reste maintenant à ressortir le Gaffiot(**) du linéariste pour affirmer que T n’est pas
bijectif et que
rg T = n.
MATHÉMATIQUES

(*) C’est un comportement exemplaire qui consiste, par exemple, à ne pas écrire X k−1 , lorsque k=0…
(**) En hommage à un très célèbre latiniste, nous appelons ainsi le dictionnaire officiel qui permet de passer de la langue vectorielle
à la langue matricielle et Lycée de Versailles.
S cientifique

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Observons pour finir que le théorème de monsieur durang stipulant que B
EM
LYON dim Ker T = dim E − rg T,

le noyau de T est une droite vectorielle qui, depuis une fort belle lurette, contient le
polynôme 1. Autant dire alors que et c
l’in
C ORRIGÉ

Ker T = Vect (1) = R0 [X].


B

7. La matrice M est trigonale supérieure et nos mirettes murmurent à l’oreille que



Spec M = k(k + 1) | k 2 [[0, n]] .
et n
Un petit coup de Gaffiot plus loin, nous avons bien sûr également

Spec T = k(k + 1) | k 2 [[0, n]] .
con
Il suffit alors de se persuader que, lorsque l’entier k déambule dans [[0, n]], les nombres Nou
k(k + 1)

sont deux à deux distincts, et la très fameuse condition suffisante utilisée quelues lignes
et c
plus haut conduit à la diagonalisabilité de T .
raci
 Avec notre langage très personnel et comme nous l’avons évoqué supra, l’endo-
morphisme T est une authentique star et tous ses sous-espaces propres sont donc des
droites vectorielles. On retrouve ainsi, via une autre route, que
et n
dim Ker T = 1,
 Il
Cel
puisque tout le monde sait que Ker T = E0 (T ).
Aut
Partie 3 de l
On
8. On rappelle que pour gérer une problématique de produit scalaire on peut s’y prendre
en quatre points ou en cinq points. Il va être commode ici de le faire en cinq. Here we go ! 9. S
B Soit P et Q deux éléments de E. Les polynômes étant continus sur R, le produit P Q
est en particulier continu sur le segment [0, 1] et son intégrale a alors tout à fait droit de
cité. Ainsi, ' applique bien E ⇥ E dans R.
B La symétrie de ' ne mérite rien de plus que no comment puisque la multiplication et v
dans R est commutative. inté
On fixe Q 2 E. La linéarité de l’application
MATHÉMATIQUES

Z 1
P 7! P (x)Q(x)dx Elle
clas
0
S cientifique

repose avant tout sur celle de l’intégration, même si quelques arguments de distributivité
doivent venir émailler l’affaire.

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B Soit P 2 E. Nous avons
EM
Z 1
LYON
'(P, P ) = P (x)dx,
2
0

et cette quantité est ouvertement positive ou nulle car c’est carrément le cas de P 2 et que
l’intégration est croissante quand les bornes le veulent bien.

C ORRIGÉ
B Soit pour finir P appartenant à E vérifiant '(P, P ) = 0. Cela s’écrit
Z 1
P 2 (x)dx = 0,
0

et nous mettons alors en avant les réalités suivantes :


B les bornes d’intégration sont différentes ;
B la fonction intérieure — la fameuse intégrande — est continue et de signe
constant sur [0, 1].
Nous sommes alors supposés savoir en déduire que

8x 2 [0, 1], P 2 (x) = 0 i.e. P (x) = 0,

et comme le segment [0, 1] est un ensemble infini, le polynôme P possède une infinité de
racines, ce qui ne lui présage pas un très grand avenir ! Bref,

P = 0,

et nous pouvons envisager la suite.


 Il y a de nombreux produits scalaires archi renommés sur les espaces de polynômes.
Celui qui nous concerne est celui d’Adrien-Marie Legendre sur le segment [0, 1].
Autre chose, le texte garde dans toute la suite la notation ' pour le produit scalaire, au lieu
de lui substituer une notation genre < , >, comme cela se pratique pourtant très souvent.
On peut sûrement regretter ce choix.
9. Soit P et Q deux éléments de E. Nous avons
Z 1
� �
' T (P ), Q = T (P )(x)Q(x)dx
0

et vu les origines dérivatives de T (P ) nous sommes quasiment contraints de nous


intérésser aux deux applications
MATHÉMATIQUES

u : x 7! Q(x) et v : x 7! x(x − 1)P 0 (x).

Elles sont, très polynomialement, de magnifique classe sur R et tout particulièrement de


classe C 1 sur le segment [0, 1] et l’on a
S cientifique

8x 2 [0, 1], u0 (x) = Q0 (x) et v 0 (x) = T (P )(x).

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Au vu et au su du faciès de v, il est totalement indéniable que et a
EM
⇥ ⇤1 Seu
LYON uv 0
= 0, et c

et le théorème d’intégration por partes apporte alors sur un plateau l’égalité espérée qui
peut plus élégamment s’écrire
C ORRIGÉ

� �
Z 1 Com
' T (P ), Q = x(1 − x)P 0 (x)Q0 (x)dx. con
0
B

10. Soit à nouveau P et Q appartenant à E. D’après la précédente question nous avons élém
déjà
Z 1
� �
' T (P ), Q = x(1 − x)P 0 (x)Q0 (x)dx,
0

et grâce à un gentil swap(P, Q) et la symétrie du produit scalaire, nous revendiquons Bre


également élém
Z 1
� �
' P, T (Q) = x(1 − x)Q0 (x)P 0 (x)dx. Par
0

Il s’ensuit alors commutativement que 12.


� � � �
' T (P ), Q = ' P, T (Q) ,

chronique d’une symétrie attendue. On retrouve ainsi, mais via le théorème spectral, la

diagonalisabilité de T . En revanche, cela ne permet pas de redémontrer son immense côté
star… D
11.a. Soit P appartenant à E. Grâce à l’élégante égalité mise en place à la question 9, sym
nous avons on
sim
Z 1
� � � �2
' T (P ), P = x(1 − x) P 0 (x) dx, tou
0

et il suffit d’utiliser la même argumentation que celle développée au quatrième point de 13.
la question 8, après avoir carrément observé que pro
� �2
8x 2 [0, 1], x(1 − x) P 0 (x) > 0.

b. Nous nous y prenons en deux temps.


B Soit P appartenant à E vérifiant
� �
' T (P ), P = 0. et g
MATHÉMATIQUES

Cela s’écrit Z 1 � �2
x(1 − x) P 0 (x) dx = 0,
0
E
et en utilisant la même rhétorique qu’au cinquième point de la 8, nous parvenons cette
S cientifique

fois à � �2 le s
8x 2 [0, 1], x(1 − x) P 0 (x) ,
Les
sym

132 l ANNALES CCIR 2017-2018

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et autant dire alors que, pour tous les réels x de l’ouvert ]0, 1[, nous avons P 0 (x) = 0.
Seulement voilà, l’ouvert ]0, 1[ est un ensemble tout aussi infini que son cousin segment EM
et c’est exactement comme supra que nous assénons que LYON

P 0 = 0.

C ORRIGÉ
Comme R est un intervalle, il doit naturellement s’ensuivre que P est un polynôme
constant.
B Supposons, réciproquement, que P soit un polynôme constant, c’est-à-dire un
élément de R0 [X]. La kernly question 6 oblige T (P ) = 0 et l’on a a fortiori
� �
' T (P ), P = 0.

Bref, les polynômes recherchés sont exactement les polynômes constants, c’est-à-dire les
éléments de R0 [X].

Partie 4

12. C’est à la surprise générale que l’on découvre que

MatB (T ) = A,

où A a été apercue lors de la première partie.


D’aucuns pourraient être complètement défaits de trouver, pour l’endomorphisme
symétrique T , une matrice qui n’est absolument pas symétrique ! Cependant et quand
on domine son cours, il n’y a aucun péril en la demeure. Cet état de chose démontre
simplement que la base B n’est pas orthonormale pour le produit scalaire ', et puis c’est
tout !
13. La question 3 de la première partie s’est chargée de mettre en avant les éléments
propres de la matrice A, en l’occurrence

Spec A = {0, 2, 6},


2 3 32 2 3
1 1 1
E0 (A) = Vect 4 0 5 ; E2 (A) = Vect 4 −2 5 ; E6 (A) = Vect 4 −6 5 ,
0 0 6
et grâce à un petit coup de Gaffiot, nous en déduisons ceux de l’endomorphisme T à savoir
MATHÉMATIQUES

Spec T = {0, 2, 6},

E0 (T ) = Vect (1) ; E2 (T ) = Vect (1 − 2X) ; E6 (T ) = Vect (1 − 6X + 6X 2 ),


S cientifique

le spectre ayant été également et par ailleurs obtenu lors de la question 7.


Les pros de la fabrication de bases orthonormales propres pour les endomorphismes
symétriques connaissent farpaitement la musique. Il faut uniquement

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B obtenir des bases orthonormales de chacun des sous-espaces propres par le biais, la Soit
EM plupart du temps, du fameux procédé de Jorgen Gram et Ehrard Schmidt ;
LYON
B concaténer tout cela en tenant compte des consignes, si consignes il y a.
Here we go !
B Les sous-espaces propres étant ici de dimension 1, les Gram Schmidt process
la li
C ORRIGÉ

permettant d’obtenir des bases orthonormales sont réduits à peau de chagrin ! Il suffit
form
en effet de procéder à de toutes bêtes divisions par la norme correspondante. As usual,
base
nous noterons || || la norme euclidienne attachée au produits scalaire ' et nous avons donc
Z 1
||1||2 = dx,
0

et Mai
de C
Z Z
1 1
orth
||1 − 2X||2 = (1 − 2x)2 dx ; ||1 − 6X + 6X 2 ||2 = (1 − 6x + 6x2 )2 dx.
0 0

Des calculs genre « amie de la poésie bonsoir ! » conduisent alors à


est e
1 1 dire
||1|| = 1
2
; ||1 − 2X|| =
2
; ||1 − 6X + 6X || = ,
2 2
3 5
et nous avons pour bases orthonormales respectives de nos espaces propres les familles
�p � �p �
(1) ; 3(1 − 2X) ; 5(1 − 6X + 6X 2 ) .
don
rem
B la concaténation qui respecte la consigne de croissance, produit alors la base
orthonormale U
� p p �
C = 1, 3(1 − 2X), 5(1 − 6X + 6X 2 ) ,
qui devrait satisfaire everybody.
est
14. Nous ne sommes évidemment pas surpris par l’égalité
qua
2 3
0 0 0
MatC (T ) = 4 0 2 0 5 ,
0 0 6 l’en
et comme nous maîtrisons habilement la diagonalitude, nous sommes pratiquement Si E
contraints de définir matriciellement notre endomorphisme V par app
2 3
MATHÉMATIQUES

0 p0 0
MatC (V ) = 4 0 2 p0 5 .
0 0 6
On
lequ
Il est en effet tout à fait évident que V = T et nous ajoutons que C étant orthonormale,
2
S cientifique

notre nouveau venu V est un endomorphisme symétrique de E puisque les matrices


diagonales réelles sont évidemment symétriques réelles et qu’il existe sur le marché une ce q
fondamentale caractérisation matricielle de la symétrie. uniq

134 l ANNALES CCIR 2017-2018

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 134 13/10/2017 11:34


Soit alors pour finir un élément P de E et notons
EM
2 3
a LYON
4b5 (1)
c

la liste de ses coordonnées dans notre base orthonormale. Ce n’est qu’une matricielle

C ORRIGÉ
formalité que de déduire que la liste des coordonnées de V (P ), toujours dans la même
base, est 2 3
0
6 p 7
4 2b5. (2)
p
6c
Maintenant, et au risque de fortement radoter, nous insistons adonf sur l’orthonormalité
de C qui permet de mettre en exergue l’awesome propriété « produit scalaire en base
orthonormale ». Cette dernière affirme que le produit scalaire
� �
' V (P ), P

est exactement le produit scalaire canonique des deux colonnes (1) et (2) supra, c’est-à-
dire 2 3
0
6 p 7 p p
[ a b c ] · 4 2 b 5 = 2 b2 + 6 c2 ,
p
6c
dont la positivité n’aura échappé à personne. Il semble alors bien que notre contrat soit
rempli.
Un endomorphisme symétrique u d’un espace euclidien (E, < , >) vérifiant

8x 2 E, < u(x) , x > > 0,

est appelé endomorphisme symétrique positif et c’est d’ailleurs une notion importante
quasiment à la limite du programme officiel. On note parfois

s (E)
L+

l’ensemble des endomorphismes symétriques positifs de E.


Si E est maintenant un espace vectoriel quelconque et si u est un endomorphisme de E, on
appelle assez naturellement « racine carrée » de u, tout endomorphisme r de E, vérifiant
MATHÉMATIQUES

r2 = u.

On démontre alors — c’est un exercice très classique — the square root theorem selon
lequel
S cientifique

8u 2 L+ s (E), 9 ! r 2 L+
s (E), r2 = u,
ce qui, en français, signifie que tout endomorphisme symétrique positif u possède une
unique racine carrée symétrique positive r.

ANNALES CCIR 2017-2018 l 135

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Mettons-nous bien d’accord, l’endomorphisme u peut posséder une palanquée de racines son
EM carrées, mais, parmi les endomorphismes symétriques positifs, il en possède une et une
LYON seule et elle est internationalement notée
�D
qu’
u1/2 . exi
dém
Forts de toutes ces informations, il semble que le texte nous ait fait découvrir un don
C ORRIGÉ

endomorphisme V qui n’est autre que �C


l’in
V = T 1/2 . n’e
La partie « existence » de V a été parfaitement couverte, mais on peut sûrement regretter
que la partie « unicité » ait été complètement occultée. Une autre fois peut-être…

Problème 2 2. S
Partie 1

1. Soit x un élément de I. Comme nous maîtrisons toutes les finesses(*) concernant les
fameuses fonctions « puissance », et comme
les
8t 2 [0, +1[, 1 + t2 > 0,

nous clamons la continuité sur [0, +1[ de la fonction

t 7!
1 , et l
(1 + t2 )x

à telle enseigne que l’intégrale définissant H(x) n’est impropre qu’en plus l’infini. Mais
il est indéniable que pui
1 1 1 3.a
⇠ et 8t > 1, > 0.
(1 + t2 )x t!+1 t2x t2x

Comme x appartient à I, nous avons 2x > 1, ce qui assure une paisible existence à la
référence riemannienne Z +1
dt ,
1 t2x b
et, par équivalence en signe positif, il devrait en être de même de la cousine l’in
Z +1
dt .
1 (1 + t2 )x

L’intégrande de cette dernière étant, depuis longtemps, continue sur [0, +1[, un important No
théorème de Michel Chasles — cf. la première remarque infra — assure que les deux
intégrales
MATHÉMATIQUES

Z +1 Z +1
dt dt
et
(1 + t2 )x (1 + t2 )x
son
1 0

(*) Et Dieu sait s’il y en a !


S cientifique

136 l ANNALES CCIR 2017-2018

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sont de même nature et nous pouvons donc envisager la suite.
EM
� D’aucuns invoquent à cet endroit la relation de Chasles ! Il est totalement impossible LYON
qu’elle fasse le job puisque c’est une simple égalité qui n’a jamais eu vocation à prouver des
existences d’intégrales. En revanche le théorème de Chasles auquel nous faisons allusion,
démontre que, sous certaines conditions, quelques intégrales sont de même nature, et est
donc profondément au cœur du débat.

C ORRIGÉ
� Conformément à la requette du texte, nous avons établi que H est au moins définie sur
l’intervalle I. Le lecteur malin pourra vérifier que la preuve que nous venons de donner
n’est pas loin de révéler qu’en réalité

def H = I.

2. Soit x et y deux éléments de I vérifiant x < y, et t un élément de [0, +1[. Comme

1
6 1,
1 + t2
les pros de l’exponentiation doivent savoir en déduire que

1 1 ,
6
(1 + t2 )y (1 + t2 )x

et l’on en déduit immédiatement que

H(y) 6 H(x),

puisque l’intégration est croissante lorsque les bornes le veulent bien.


3.a. Vu la position géographique de 1 par rapport à sa montié, on a sans autre explication
Z +1 h i+1 ⇡
= .
dt
H(1) = = Arctan t
0 1+t 2 0 2

b. Comme n et n + 1 appartiennent à I la situation est sous contrôle et la linéarité de


l’intégration amène tout d’abord en douceur à
Z +1
� � t2
2n H(n) − H(n + 1) = 2n dt.
0 (1 + t2 )n+1

Nous observons alors que les deux fonctions

1
MATHÉMATIQUES

u : t 7! t et v : t 7! −
(1 + t2 )n

sont assurément et rationnellement de classe C 1 sur [0, +1[ et que


S cientifique

2n t .
8t 2 [0, +1[, u0 (t) = 1 et v 0 (t) =
(1 + t2 )n+1

ANNALES CCIR 2017-2018 l 137

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 137 13/10/2017 11:34


En outre et parce que n n’est pas nul, le produit uv a la limite finie 0 en plus l’infini. elle
EM Comme l’on a également uv(0) = u(0)v(0) = 0, le théorème d’intégration impropre by théo
LYON parts stipule que
� �
Z +1 Com
2n H(n) − H(n + 1) =
dt ,
0 (1 + t2 )n
ce qui n’est pas du tout pour nous déplaire.
il su
C ORRIGÉ

 Contre toute attente, nous sommes depuis un certain temps au XXIe siècle, mais le
théorème d’intégration impropre par parties n’est toujours pas au programme de nos
classes. Le lecteur obéissant devra donc rédiger cette intégration
B en annonçant first un réel A > 0 ;
 Il
B en procédant à une intégration par parties propre sur le segment [0, A] via les mêmes
fonctions u et v que celles que nous avons sélectionné supra ; Dan
logo
B en légitimant pour finir la possibilité de passer à la limite lorsque A tend vers plus
logo
l’infini.
un c
Il reste alors à redire pour la 6174ième fois que n n’est pas nul et que par conséquent et ce n
tout à fait mentalement
2n − 1
H(n + 1) = H(n).
2n
c. Voilà notre proposition. b.
que
n = input (’ Entrer une valeur de n : ’)
H = %pi/2
for i = 1 : n − 1 réal
H = (2 ⇤ i − 1) ⇤ H/(2 ⇤ i) ; de c
end
disp (’And the winner is ’) ; disp (H)

d. Une récurrence de Cotonou et un nanochouia d’habileté calculatoire viennent à bout


de l’affaire. Nous laissons au lecteur méfiant, le soin d’en rédiger les détails. Nou
Partie 2

4.a. La fonction ' est à n’en pas douter de classe(*) C 1 sur R et nous avons immédiatement
et i
8u 2 R, '0 (u) = eu + e−u ,
hyp
et il en résulte de visu que
8u 2 R, '0 (u) > 0.
Comme R est un intervalle, notre application ' est désormais strictement croissante qui
sur R et c’est déjà une excellente nouvelle. Comme elle y est continue et que, sans
aucune indétermination, nous avons
MATHÉMATIQUES

'(u) −−−−! −1 et '(u) −−−−! +1,


u!−1 u!+1
Que
(*) Nous n’avons pas lésiné sur la classe de ' car, comme le signale la maxime de Duracell, qui peut le plus, peut le moins. Nous résu
n’utiliserons cependant que sa dérivabilité en question a et sa classe C 1 en question b.
S cientifique

138 l ANNALES CCIR 2017-2018

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 138 13/10/2017 11:34


elle réalise effectivement une bijection de R sur R, car il existe sur le marché un important
théorème de la bijection strictement monotone. EM
LYON
Comme
'(0) = 0 et lim (u) = +1,
u!+1
'

il suffit de se mettre la tête à l’envers pour asséner tranquillement que

C ORRIGÉ
'−1 (0) = 0 et lim '−1 (t) = +1,
t!+1

 Il y a ici un gros parfum de trigonométrie hyperbolique.


Dans la littérature, la fonction ' est appelée « sinus hyperbolique » et son international
logo est « sinh » et sa dérivée '0 est son compère « cosinus hyperbolique » ayant pour
logo « cosh ». Il est à noter que le formulaire de trigonométrie hyperbolique est presque
un copier-coller de celui de trigonométrie classique — dite trigonométrie circulaire — et
ce n’est pas vraiment étonnant car, si l’on en croit les formules de Leonhard, nous avons

8u 2 R, cosh(iu) = cos u et sinh(iu) = i sin u.

b. Soit x appartenant à I. Vu ce qui vient d’être narré à l’instant, on déduit aisément


que la fonction
u 7! '(u)
réalise une bijection croissante de [0, +1[ sur lui-même et selon l’important théorème
de changement de variable, nous déduisons que
Z +1
'0 (u)
H(x) = � �x du.
0 1 + '2 (u)

Nous avons déjà observé que

eu + e−u ,
8u 2 R, '0 (u) =
2
et il est très facile de parvenir — c’est la formule fondamentale de la trigonométrie
hyperbolique — à l’égalité

8u 2 R, cosh2 u − sinh2 u = 1,

qui se décline ainsi en


⇣ eu + e−u ⌘2
.
MATHÉMATIQUES

8u 2 R, 1 + '2 (u) =
2
Quelques simplifications tranquilles et un nanochouia de linéarité conduisent alors au
résultat souhaité, que nous préférons écrire
S cientifique

Z +1
H(x) = 22x−1 (eu + e−u )1−2x du.
0

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5.a. Soit u un réel positif ou nul. Après avoir mis en avant la désopilante banalité 7.a
EM un
LYON 0 6 e−u 6 eu , pui

nous pouvons passer à la question suivante.


b. Soit x appartenant à I et u appartenant à R+ . Comme 1 − 2x est négatif, il résulte
C ORRIGÉ

aisément de la précédente que ye


d’a
21−2x e−(2x−1)u 6 (eu + e−u )1−2x 6 e−(2x−1)u , la fi

qui se transforme positivement et opérationnellement en

e−(2x−1)u 6 22x−1 (eu + e−u )1−2x 6 22x−1 e−(2x−1)u . et c

Vu qu’en réalité 2x − 1 est strictement positif, il est bien connu que la référence
exponentielle nou
Z +1
pro
e−(2x−1)u du
0 b
mène une paisible existence et vérifie l’égalité l’in
Z +1
1 .
e−(2x−1)u du =
2x − 1
exis
0

L’encadrement mis en place quelques lignes plus haut, la croissance de l’intégration —


les bornes n’y sont pas opposées ! — et un picochouia de linéarité permettent alors de
conclure tranquillement l’affaire.
6. Il est tout d’abord évident que exis
1
−−−−! +1,
2x − 1 x!1/2
x>1/2
Soi
et vu la partie gauche de l’encadrement de la toute récente question b, c’est by squeeze à
l’infini que nous assénons que

H(x) −−−−! +1. sem


x!1/2
x>1/2

Notons ensuite que


22x−1 −−−−! 1,
ains
x!1/2
x>1/2
MATHÉMATIQUES

de sorte que, quasi mentalement

1 .
H(x) ⇠ c
x!1/2 2x − 1
x>1/2
de t
S cientifique

Partie 3

140 l ANNALES CCIR 2017-2018

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 140 13/10/2017 11:34


7.a. Il y a sûrement bien des manières d’aborder une telle question. Nous optons pour
un argument de concavité. La fonction u 7! ln(1 + u) est concave sur l’intervalle [0, 1] EM
puisqu’elle y est ouvertement de classe C 1 et que sa dérivée, en l’occurrence, LYON

1
u 7! ,
1+u

C ORRIGÉ
y est assurément décroissante. Comme l’équation de la corde tendue entre les points
d’abscisses 0 et 1 a une équation qui devrait rappeler de bons souvenirs aux potaches de
la fin du collège, nous nous permettons d’en déduire que

8u 2 [0, 1], ln(1 + u) > ln 2 u,

et comme nul ne peut ignorer que


1,
ln 2 >
2
nous pouvons savourer notre plaisir en signalant, cependant, que la positivité de certains
protagonistes a été fortement appréciée.
b. Il est normalement recommandé de savoir que, tout réel strictement positif σ,
l’intégrale
Z +1
2 2
e−t /2σ dt
−1
p
existe et vaut σ 2⇡. Un joli argument de parité fait alors que sa moitié de copine
Z +1
2
/2σ 2
e−t dt
0

existe également et que r


Z +1
2
/2σ 2 ⇡.
e−t dt = σ
0 2
Soit alors x 2 I. Ce dernier étant strictement positif, le choix
1
σ=p
x

semble parfaitement judicieux et nous revendiquons ainsi l’existence de l’intégrale


Z +1
2
e−xt /2
dt,
0

ainsi que la valeur r


Z +1
MATHÉMATIQUES

2 ⇡.
e−xt /2
dt =
0 2x

c. Soit x appartenant à I et t appartenant au segment [0, 1]. Comme c’est aussi le cas
de t2 , il résulte du récent a légèrement exponentié que
S cientifique

2
1 + t2 > et /2
,

ANNALES CCIR 2017-2018 l 141

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 141 13/10/2017 11:34


et l’élévation à la puissance négative −x devrait nous déposer en douceur sur et c
EM
2
LYON 0 6 (1 + t2 )−x 6 e−xt /2
,

la positivité ajoutée sur le côté gauche, ne pouvant troubler que certains neurasthéniques
8. S
chroniques. La croissance de l’intégration — encore elle ! — assure alors que
suffi
C ORRIGÉ

Z 1 Z 1
2
loga
06 (1 + t2 )−x dx 6 e−xt /2
dt,
0 0 a
term
puisque les bornes l’ont bien voulu, et il reste à évoquer la positivité d’une certaine
intégrande stipulant que
Z 1 Z +1
et le
2 2
e−xt /2
dt 6 e−xt /2
dt,
0 0

pour que le récent b se charge de conclure l’affaire.


d. Soit à nouveau x appartenant à I. Étant très bien entendu que
perm
1 1
8t > 1, 06 6 2,
1 + t2 t
et que 2x − 1 est positif, nous revendiquons Seu
1 1
8t > 1, 06 6 2x ,
(1 + t2 )x t

et comme la référence riemannienne b.


Z +1
dt , de R
1 t2x

a déjà eu l’occasion de faire parler de son existence, c’est par le sempiternel argument de
croissance déjà utilisé mille fois que Tou
Z Z test
ges
+1 +1
dt dt .
06 6
1 (1 + t2 )x 1 t2x c.
Le lecteur rompu aux références intégrales et à leurs valeurs — quand elles existent la s
s’entend ! — n’oserons pas contredire l’égalité
Z +1
dt 1 , son
=
t2x 2x − 1 nou
MATHÉMATIQUES

1
dan
et nous pouvons donc passer à la question suivante.
e. Soit x 2 I. Il résulte des deux dernières question et de la relation de Chasles que
r ce q
S cientifique

⇡ 1 ,
0 6 H(x) 6 +
2x 2x − 1

142 l ANNALES CCIR 2017-2018

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et c’est grâce à un très gentil squeezing process que l’on parvient à
EM
H(x) −−−−! 0. LYON
x!+1

8. Soit n 2 N⇤ . Notons avant de commencer que la question 3.d de la première partie


suffit à mettre en lumière l’indispensable stricte positivité de H(n), sans laquelle son

C ORRIGÉ
logarithme… Tout est donc sous contrôle.
a. Soit derechef n 2 N⇤ . Grâce à la question 3.b et à notre passage sur les bancs de la
terminale scientifique, nous avons
⇣ 1 ⌘ 1 ⇣ 1 ⌘,
un+1 − un = ln 1 − + ln 1 +
2n 2 n
et le développement limité officiel au voisinage de 0

u2
ln(1 + u) = u − + o(u2 ),
2
permet d’en déduire en un tournemain que
3 ⇣1⌘
un+1 − un = − + o .
8n2 n2
Seulement voilà, cette dernière assertion est exactement la définition de l’équivalence
3 .
un+1 − un ⇠ −
n!+1 8n2

b. Nous mettons en avant l’équivalence obtenue à l’instant, la convergence de la série


de Riemann de paramètre 2 ainsi que le crucial argument de signe
3
8n > 1, − 6 0.
8n2
Tout cela devrait satisfaire tout le monde, puisqu’il existe sur le marché un important
test d’équivalence en signe (localement) négatif, un argument de picolinearity — pour la
gestion de la constante −3/8 — ayant cependant participé aux rouages de la machine.
c. Nul ne peut officiellement ignorer la géniale « passerelle suite-série » selon laquelle
la suite (un ) et la série X
(un+1 − un ),
n>1

sont de même nature. Il ressort alors du récent b que la suite (un ) est convergente et nous
nous empressons de noter ` sa limite. La légendaire continuité de l’exponentielle stipule
MATHÉMATIQUES

dans la foulée que


eun −−−−! e` ,
n!+1

ce qui, après notre passage sur les bancs de la fin du lycée, se métamorphose en


S cientifique

p
H(n) n −−−−! e` .
n!+1

ANNALES CCIR 2017-2018 l 143

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 143 13/10/2017 11:34


Comme le réel e` n’est pas nul, cette dernière « flèche » de limite se transforme en ont
EM l’équivalence p san
LYON H(n) n ⇠ e` ,
n!+1

et il reste à proposer
K = e` ,
C ORRIGÉ

en insistant fortement sur sa criante positivité stricte. �L


défi
9. Il s’agit d’une de ses parfois délicates problématiques de passages de propriétés
concernant des integers à des propriétés analogues portant sur des reals dans lesquelles
le concept de « partie entière » est souvent fortement sollicité.
Soit donc x un réel, que nous supposons confortablement supérieur ou égal à 1 et profitons-
en pour noter et q
nx = bxc.
Soi
Étant donné que, nous avons entièrement var

1 6 nx 6 x 6 nx + 1,

et que H est décroissante sur I, nous avançons tranquillement que le r


les
H(nx + 1) 6 H(x) 6 H(nx ), pre
se t
et comme à l’évidence
nx −−−−! +1,
x!+1

la précédente question, profitant du caractère integer de nx , ne laisse aucune place au


doute. Nous devons avoir tout d’abord Avi

H(nx ) ⇠ p
K
et H(nx + 1) ⇠ p
K . (eq) Par
x!+1 nx x!+1 nx + 1
10.
Seulement voilà, comme nul ne s’opposera à l’équivalence ou
que
nx + 1 ⇠ nx ,
x!+1

et qu’il est officiellement indéniable que


Qu
buc ⇠ u, 11.
caï
u!+1

nous pouvons très largement améliorer les deux équivalences (eq) en les transformant en
MATHÉMATIQUES

p ,
K K
H(nx ) ⇠ p et H(nx + 1) ⇠
x!+1 x x!+1 x

puisque l’équivalence est, entre autres, légendairement compatible avec les légales
élévations à la puissance 1/2. Les deux extrêmes de l’encadrement supra b
S cientifique

H(nx + 1) 6 H(x) 6 H(nx ),

144 l ANNALES CCIR 2017-2018

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ont donc le même équivalent et c’est par un squeeze d’équivalence, que le lecteur justifiera
sans peine, que nous assénons EM
LYON

p .
K
H(x) ⇠
x!+1 x

C ORRIGÉ
� La fonction H a des liens très étroits avec la célèbre fonction W de John Wallis facilement
définie sur ]−1, +1[ par
Z ⇡/2
8x > −1, W (x) = cosx u du,
0

et qui avait déjà fait parler d’elle dans le sujet de la même école de l’année 1996.
Soit en effet x appartenant à I. Le lecteur pugnace constatera que, via le changement de
variable t = tan u, effectué sur l’intégrale H(x), il s’avère que

H(x) = W(2x − 2),

le réel 2x − 2 étant, fort heureusement, strictement supérieur à −1. Dans ces conditions,
les habitués de la sphère wallisienne ne doivent pas être surpris par les résultats de la
première partie et pire, ils se doivent de connaître la vraie valeur de la constante K, qui
se trouve, en réalité, être la magnifique
p
⇡.
K=
2
Avis aux amateurs !

Partie 4

10. La fonction f est parfaitement définie sur R, elle y est ouvertement à valeurs positives
ou nulles, elle n’a manifestement qu’une seule discontinuité et nous avons déjà signalé
que H(1) existe et que
H(1) = .

2

Quod quaeris !
11.a. Soit x un nombre réel. Une gentille gestion des facettes de l’application f conduit
caïman mentalement à
8
<0 si x 6 0,
MATHÉMATIQUES

FX (x) = 2
: Arctan x si x > 0.

b. Étant donné que


S cientifique

t 1,

1 + t2 t!+1 t

ANNALES CCIR 2017-2018 l 145

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 145 13/10/2017 11:34


le lecteur maîtrisant ses classiques — signe ambiant, références riemanniennes, test des
EM équivalents — concluera que X ne possède pas d’espérance et qu’en conséquence elle a
LYON encore moins de variance.
12. Soit n 2 N⇤ . On ne le répétera jamais assez, Mn n’est absolument pas le maximum des
variables aléatoires X1 , . . . , Xn , pour la simple et bonne raison qu’elles n’en possèdent
pas, mais en revanche et même si cela dérange, nous avons plutôt
C ORRIGÉ

Mn = sup(X1 , . . . , Xn ).

a. Soit x un nombre réel. La sempiternelle lapalissade du « sup » se traduit as usual


par
n
⇥ ⇤ \ ⇥ ⇤
Mn 6 x = Xi 6 x ,
i=1

ce qui a déjà le privilège, comme nous allons bientôt le constater, de démontrer que Mn
est une variable aléatoire sur l’espace probabilisé sur lequel sont définies les variables Xi
et que nous nous permettrons de baptiser (⌦, A, p), puisque le texte n’a pas jugé bon de
le faire.
Pour chaque entier i 2 N⇤ , puisqu’il est précisé que Xi est une variable aléatoire réelle
sur notre espace, nous sommes tenus de savoir que
⇥ ⇤
Xi 6 x 2 A,

et comme les tribus sont, entre autres, stables par intersection finie, nous avons également
⇥ ⇤
Mn 6 x 2 A,

ce qui termine ce petit épisode tribal. Cela étant, et compte tenu de la mutuelle
indépendance et de l’isonomie — la même loi — des variables Xi , nous assénons très
nautiquement que � �n
FMn (x) = FX (x) .

� En vue d’argumentation future, nous allons quelque peu approfondir l’affaire. Les
origines densitaires de la variable X font que la fonction FX est ouvertement continue
sur R et de classe C 1 sur R⇤ et ces deux propriétés sont généreusement transmises à la
fonction
FMn = FXn .
Bref, la variable aléatoire Mn est également à densité et nous saurons nous en souvenir.
b. Notons momentanément µ — comme Machin ! — la fonction parfaitement définie
sur ]0, +1[ par
MATHÉMATIQUES

1
8u 2 ]0, +1[, µ(u) = Arctan u + Arctan .
u
(*)
Elle est très pertinemment dérivable sur R⇤+ et l’on a presque mentalement
S cientifique

8u 2 ]0, +1[, µ0 (u) = 0.

146 l ANNALES CCIR 2017-2018

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 146 13/10/2017 11:34


Seulement voilà, il se trouve que ]0, +1[ est un authentique intervalle de R ce qui permet
à la fonction µ d’y réclamer sa constance, et comme EM
LYON
⇡...
µ(1) = 2 Arctan 1 =
2

 Voici une vieille anecdote qui devrait éveiller les méfiances de nos lecteurs dévoués.

C ORRIGÉ
Notre gentille fonction µ est en réalité farpaitement définie et dérivable sur R⇤ et un jour
d’un certain mois de mai des années 80 un texte de concours, que nous ne nommerons
pas, demandait le calcul de µ(u) pour tout u réel non nul. On a évidemment comme supra

8u 2 R⇤ , µ0 (u) = 0,

et, à l’époque, pas loin de 98% des candidats ont dramatiquement répondu que µ était
constamment égale à ⇡/2 sur R⇤ alors que la réalité est bien différente puisque
8⇡
> si u > 0,
1 <2
8u 2 R⇤ , µ(u) = Arctan u + Arctan =
u :> ⇡
− si u < 0,
2
ce qui constitue d’ailleurs l’un des aspects des fameuses formules de John Machin.
Au risque de radoter, cette anecdote mérite que l’on clame dans les chaumières qu’une
dérivée nulle n’a pratiquement jamais entraîné une constance vu que les intervalles de R
sont rares(*), voire très très rares !
Il nous reste maintenant à justifier une gentille équivalence. Nous le faisons, par exemple,
en notant que
Arctan 0 = 0 et Arctan0 0 = 1,
et en s’appuyant sur la définition et sur quelques conséquences de la dérivabilité ponctuelle
que nous résumons dans le résultat suivant.
dérivabilité et équivalence
Soit f une application numérique de variable réelle définie sur un voisinage V de 0. On
suppose que f est dérivable en zéro. Alors,
i. on a, au voisinage de 0, et quoi qu’il arrive

f (u) − f (0) = uf 0 (0) + o(u) ;

ii. en outre, si f 0 (0) 6= 0, on a l’équivalence

f (u) − f (0) ⇠ uf 0 (0).


u!0
MATHÉMATIQUES

Bien entendu, tout le monde aura bien reconnu ici les premiers pas vers l’exquis théorème
de Brook Taylor, William Henry Young et l’acolyte Colin Maclaurin !

(*) Si l’on choisit au hasard une partie de R, la probabilité qu’il s’agisse d’un intervalle est nulle ! So…
S cientifique

ANNALES CCIR 2017-2018 l 147

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c. Soit x un réel quelconque pour l’instant et organisons-nous un poquitı́n. B
EM
B Si x est strictement positif, étant donné les strictes positivités des uns et des autres(*)
LYON
nous avons sans ambage
⇥ ⇤ h n i,
Zn 6 x = Mn >
x qui
et cela démontre que
C ORRIGÉ

⇥ ⇤
Zn 6 x 2 A,
puisque Mn a récemment gagné ses galons de variable aléatoire réelle sur (⌦, A, p). Vu
B Si x est maintenant négatif ou nul, il est positivement acquis que
⇥ ⇤
Zn 6 x = ?, l’éq

et il est bien connu que l’ensemble vide appartient à toutes les tribus du monde ! Nous
avons ainsi établi que Zn est également un authentique alea numérique sur notre espace nou
probabilisé.
� Le texte semble faire fi des problématiques tribales que nous avons cru bon de mettre
en avant par deux fois. Nous nous sommes donc sentis obligés de combler ces manques
que
car n’est pas variable aléatoire qui veut, même si…
Revenons maintenant à nos moutons en annonçant x > 0. D’après ce que nous venons
de constater, nous avons déjà
⇣ Com
n⌘ ⇣n⌘
,
p(Zn 6 x) = p Mn > = 1 − FMn
x x

la dernière égalité reposant fermement sur la providentielle avancée densitaire que nous
avons faite à l’issue de la question 12.a ainsi que sur l’adage bien connu selon lequel et p
les variables à densité ne chargent rien sur leur passage. La stricte positivité de n/x, les
questions 11.a, 12.a et la formule de Machin de la 12.b font alors in fine que tour à tour
⇣2 n ⌘n ⇣ x ⌘n ,
p(Zn 6 x) = 1 − Arctan
2
= 1 − 1 − Arctan Aut
⇡ x ⇡ n

ce qui ne peut que nous satisfaire.


d. Soit n un entier naturel non nul, x un nombre réel et reprenons notre indispensable Le
organisation.
B Si x est négatif ou nul, il est quasiment dit un peu plus haut que

FZn (x) = 0,
et l
et il en ressort évidemment que
MATHÉMATIQUES

FZn (x) −−−−! 0.



n!+1

auto
(*) Celle de Mn repose sur l’excellente idée du texte d’imposer des Xi à valeurs strictement positives !
S cientifique

148 l ANNALES CCIR 2017-2018

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B Si x > 0, le lecteur futé vérifiera aisément la stricte positivité du réel
EM
2
Arctan ,
x LYON
1−
⇡ n
qui autorise la neperienne action grâce à laquelle
⇣ 2 x ⌘n ⇣ 2 x ⌘.

C ORRIGÉ
ln 1 − Arctan = n ln 1 − Arctan
⇡ n ⇡ n
Vu qu’il est indéniable que
2 x
Arctan −−−−! 0,
⇡ n n!+1
l’équivalence standard
ln(1 + u) ⇠ u
u!0

nous amène gentiment vers


⇣ 2 x ⌘n 2n
Arctan ,
x
ln 1 − Arctan ⇠ −
⇡ n n!+1 ⇡ n
que la fin de la récente question b métamorphose transitivement en
⇣ 2 x ⌘n 2x
ln 1 − Arctan ⇠ − .
⇡ n n!+1 ⇡
Comme le right hand side ne dépend pas de n, il s’ensuit inexorablement que
⇣ 2 x ⌘n 2x
ln 1 − Arctan −−−−! − ,
⇡ n n!+1 ⇡
et puisque la fonction exponentielle est continue, nous avons également
⇣ 2 x ⌘n
1 − Arctan −−−−! e−2x/⇡ .
⇡ n n!+1

Autant dire alors que finalement

FZn (x) −−−−! 1 − e−2x/⇡ .


n!+1

Le résultat de toutes ces courses est donc


8
<0 si x 6 0,
8x 2 R, FZn (x) −−−−!
:
si x > 0,
n!+1
1 − e−2x/⇡
et l’impétrant expoaffuté concluera haut et fort que
MATHÉMATIQUES

L
Zn −−−−! Z,
n!+1

où Z est une variable aléatoire suivant la loi exponentielle de paramètre 2/⇡, ce qu’il est
autorisé de résumer en ⇣2⌘
.
L
S cientifique

Zn −−−−! E
n!+1 ⇡

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S UJET

MATHÉMATIQUES
Code sujet : 281
Durée : 4 heures.

La présentation, la lisibilité, l­ ’orthographe, la qualité de la rédaction,


ESSEC la clarté et la précision des raisonnements entreront pour une part
importante dans ­l’appréciation des copies.
Les candidats sont invités à encadrer dans la mesure du possible les
résultats de leurs calculs.
Ils ne doivent faire usage d­ ’aucun document. L ­ ’utilisation de toute
calculatrice et de tout matériel électronique est interdite. Seule
­l’utilisation ­d’une règle graduée est autorisée.
Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur ­d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra sa
composition en expliquant les raisons des initiatives ­qu’il sera amené
à prendre.

S
UJET
MATHÉMATIQUES

Tournez la page S.V.P.


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S UJET
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MATHÉMATIQUES
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S UJET

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MATHÉMATIQUES
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ESSEC
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S UJET
ESSEC

MATHÉMATIQUES
S cientifique

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ESSEC
C ORRIGÉ
Par Jean-­L ouis Roque, external lecturer à  ESSEC Business School
(jlroque@me.com).

Nous signalons que la définition de l’extrémalité d’un point a peut être simplifiée en
C ORRIGÉ

x+y
8(x, y) 2 A2 , = a ) x = y,
2
et nous ne l’oublirons pas. Une autre chose, comme nous allons le rencontrer maintes
fois, nous noterons J le segment [0, 1].

Partie 0

1. Soit a un élément de l’ouvert ]0, 1[. Le plus simple est de faire un dessin et de distinguer
deux cas.
B Si 0 < a 6 1/2, les réels

et y = a + ,
a a
x=a−
2 2

appartiennent ouvertement à ]0, 1[, vérifient

x+y
=a
2
parce que l’on a tout fait pour, et sont manifestement très différents. Le point a n’est donc
pas extremal.
B Si 1/2 < a < 1, on procède mutatis mutandis mais avec cette fois

1−a 1 − a.
x=a− et y = a +
2 2

� Il eut été possible d’éviter les deux cas en considérant le réel

⌘ = min(a, 1 − a) > 0,

et en proposant
et y = a + ,
⌘ ⌘
x=a−
2 2
mais comme nous savons que les min, les max et autres inf et sup, donnent parfois des
MATHÉMATIQUES

migraines ophtalmiques à nos lecteurs…


2. Soit a appartenant cette fois au fermé J et organisons-nous naturellement.
B Si a appartient à l’ouvert ]0, 1[, grâce aux mêmes acolytes (*)
S cientifique

; y =a+ ,
⌘ ⌘
⌘ ; x=a−
2 2
qui ont permis au migraineux de réussir la question 1, le point a n’est pas extremal.
B Si a = 0, et si x et y sont deux éléments de J vérifiant

x+y
= 0, i.e. x + y = 0,
2

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le fieffé argument des sommes nulles de réels positifs ou nuls oblige x = y = 0 et 0 est
bel et bien extremal.
ESSEC
B Si a = 1, et si x et y sont deux éléments de [0, 1] vérifiant

x+y
= 1, i.e. (1 − x) + (1 − y) = 0,
2

C ORRIGÉ
le même fieffé impose x = y = 1, et nous pouvons envisager la suite.

Partie 1

Il suffit de bien ouvrir les mirettes pour constater que les matrices appartenant à A2 sont
exactement les matrices (2, 2) réelles, dont les entrées sont positives ou nulles et telles que
la somme des éléments de chaque ligne et de chaque colonne est égal à 1. Ces matrices
sont appelées matrices bitochasiques d’ordre 2 et elles seront généralisées à l’ordre n un
petit peu plus loin.
Les matrices bistochastiques jouent un grand rôle en mathématique et tout particulièrement
en calcul des probabilités.
3.a. No comment !
 Cette dernière et triviale égalité a cependant le privilège de mettre en lumière que A2
est l’ensemble des combinaisons convexes(*) des vecteurs I2 et J
⇥ ⇤
A2 = I2 , J ,

qui s’appelle « segment » d’extrémités I2 et J dans l’espace vectoriel réel M2 (R). La


notion de segment d’un espace vectoriel réel figurait dans l’ancien programme mais comme
il y a toujours de l’érosion…
b. Simple formalité, puisque lorsque ↵ et β appartiennent à I, on a mentalement

↵+β
2 I,
2
et il en résulte aussi facilement que

M↵ + Mβ
= M ↵+β , (mp)
2 2

jolie précision que nous appellerons « middle property » lorsque nous en aurons l’utilité.
 Nous insistons sur une chose importante. Le texte a décidé, manu militari, de n’autoriser
la notation Myo qu’à la condition sine qua non que « yo » soit un élément de I. Nous
saurons ne pas le perdre de vue.
c. Soit ↵ appartenant au segment [0, 1]. Nous avons aisément
MATHÉMATIQUES

det M↵ = 2↵ − 1,

(*) On appelle ainsi les importantes combinaisons linéaires à coefficients positifs de somme 1.
S cientifique

ANNALES CCIR 2017-2018 l 157

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et par conséquent La
1.
ESSEC M↵ inversible , ↵ 6=
2
Supposons désormais que la matrice M↵ soit inversible. D’après l’incontournable formule
des cofacteurs nous revendiquons
et d
 �
C ORRIGÉ

1 ↵ ↵−1 ↵ ↵−1
M↵−1 = = I2 + J,
2↵ − 1 ↵ − 1 ↵ 2↵ − 1 2↵ − 1

et il faut alors s’organiser un peu. chr


B Si ↵ vérifie B
1
0<↵< ,
2
on a
↵ ↵−1
< 0 et > 0.
2↵ − 1 2↵ − 1 la s
Ces signes contraires nous font oublier la combinaison convexe et M↵−1 n’a aucune chance
d’appartenir à A2 .
B Si ↵ est maintenant tel que
1 et l
< ↵ < 1,
2 b
c’est mutatis mutandis que nous affirmons que M↵ n’appartient pas à A2 . est
pro
B Si ↵ = 0, on a alors
M↵−1 = J 2 A2 .

B Si ↵ = 1, on a cette fois
M↵−1 = I2 2 A2 . Sig
En résumé, lorsque M↵ est inversible, on a l’équivalence tou
c
M↵−1 2 A2 , ↵ = 0 ou ↵ = 1. soig

4. Nous commençons par deux utiles observations. Lorsque ↵ est un élément de I, nous
avons les anodines équivalences logiques No
N
M↵ = I2 , ↵ = 1 et M↵ = J , ↵ = 0.
peu
app
a. Nous les prenons l’un après l’autre.
son
B Soit ↵ et β deux éléments du segment I tels que
5.a
MATHÉMATIQUES

M↵ + Mβ
= I2 ,
2
ce qui, depuis quelques lignes, s’écrit également et i
S cientifique

M ↵+β = I2 .
2

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La première des anodines conduit alors à

↵+β ESSEC
= 1,
2

et d’après l’extrémale question 2, il advient que ↵ = β, c’est-à-dire

C ORRIGÉ
M↵ = Mβ ,

chronique d’une extrémalitude annoncée !


B Si maintenant nos deux compères vérifient

M↵ + Mβ
=J i.e. M ↵+β = J,
2 2

la seconde anodine amène cette fois et facilement à

↵+β
= 0,
2

et l’extrémale…
b. Vu l’idyllique position de ↵, les réels ↵ et 2↵ appartiennent docilement à I — tout
est donc sous contrôle — et comme depuis la nuit des temps J = M0 , la géniale middle
property garantit qu’effectivement

M2↵ + J .
M↵ =
2

Signalons maintenant que, because ↵ 6= 0, on sait que M2↵ 6= J et, compte tenu de notre
toute première mise au point, M↵ n’est extrémal.
c. On procède bien sûr mutatis mutandis en ayant pris cette fois la peine de justifier
soigneusement l’égalité
M2↵−1 + I2 .
M↵ =
2
Nous laissons au lecteur le soin de se charger de l’intendance.
 Nous prenons le temps de revenir sur le résultat de la récente question 3.c qui mérite un
peu de considération. Comte tenu des résultats de cette quatrième question, nous y avons
appris que les matrices M↵ qui sont inversibles et dont l’inverse appartient encore à A2
sont précisément les éléments extrémaux du segment A2 .
5.a. Soit λ un nombre réel. Nous avons
MATHÉMATIQUES

det (J − λI2 ) = λ2 − 1,

et il en ressort très tranquillement que déjà


S cientifique

Spec J = {−1, 1}.

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C’est ensuite dans la même sérénité que notre dévoué lecteur trouvera est
 �  � app
ESSEC 1 1
E−1 (J) = Vect et E1 (J) = Vect .
−1 1

et n
 Nous laissons au lecteur malin le soin de découvrir au moins deux raisons menant à la
le f
diagonalisabilité de J.
C ORRIGÉ

7. L
b. C’est à la surprise générale que nous proposons
car
 �
1 1
P = ,
−1 1
pui
puisque les pros de la diagonalisation savent depuis peu qu’elle est inversible et que ma
 � a
−1 0
P −1 JP = , tou
0 1

Si maintenant ↵ est un élément de notre vénéré I, nous avons tour à tour


� �
 � la d
2↵ − 1 0
P −1 M↵ P = P −1 ↵I2 + (1 − ↵)J P = ↵I2 + (1 − ↵)P −1 JP = , déc
0 1
enc
les différents calculs ne posant aucune espèce de difficulté. Nous proposons alors
 �
2↵ − 1 0
D↵ = , et q
0 1
�P
ce qui devrait satisfaire tout le monde. sim
 Il y a ici un petit miracle dont nous devons causer. Notre géniale matrice P ne dépend la m
aucunement de ↵ et elle diagonalise pourtant toutes les matrices M↵ . On dit que ces
dernières sont codiagonalisables ou encore qu’elles sont simultanément diagonalisables.
c. Attention, il nous semble qu’il y ait une légère faute de frappe à cet endroit, mais On
cela n’engage que nous ! Nous préférons annoncer ↵ dans le semi-ouvert [0, 1[. D’après
la question précédente les matrices M↵ et D↵ sont semblables et par conséquent
et d
u↵ projecteur , D↵2 = D↵ ,

ce qui, très diagonalement, sur résume à


L’h
(2↵ − 1)2 = 2↵ − 1 i.e. 2(2↵ − 1)(↵ − 1) = 0.
Par
comme nous avons manu militari exclu 1 de l’affaire, il ne reste qu’un projecteur
Pou
MATHÉMATIQUES

convenable en l’occurrence u1/2 .


les
Partie 2 B

6. Comme il est dit que A est non vide il existe au moins un élément z 2 A et
S cientifique

0 = ||z − z||

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est un figurant de l’ensemble en question qui n’est donc pas vide. Soit maintenant v et w
appartenant à A. Selon l’inégalité du triangle, nous avons
ESSEC
||v − w|| 6 ||v|| + ||w|| 6 2R,

et notre ensemble est donc majoré par 2R. L’existence de sa borne supérieure repose sur
le fantastique — mais délicat, admis même ! — théorème de la borne supérieure.

C ORRIGÉ
7. L’hypothèse (H) fait que pour une fois — nous en verrons d’autres infra — l’on a
carrément
δ(A) = max 2 ||u − v||,
(u,v)2A

puisque l’on doit — on l’on devrait ! — savoir qu’un supremum atteint s’appelle un
maximum.
a. Selon l’inégalité du triangle et notre récente supposition nous avons simplement et
tour à tour

2δ(A) = 2||a − b|| = ||c − b + d − b|| 6 ||c − b|| + ||d − b|| 6 2δ(A),

la dernière inégalité procédant de ce qu’un supremum est avant tout un majorant et notre
découverte est grosso modo la première chose qui nous est demandée. On déduit de cet
encadrement pour le moins serré que
� � � �
δ(A) − ||c − b|| + δ(A) − ||d − b|| = 0,

et quand une somme de nombres manifestement positifs est nulle…


� Pardonnez-nous si nous oublions les futures questions b, c, d, e parce que, s’il s’agit
simplement de conclure, nous préférons passer par la formule du parallélogramme ou de
la médiane qui, pour chaque triplet (u, v, z) 2 E 3 , peut efficacement s’écrire
�u + v �2
� �
4� − z � + ||u − v||2 = 2||u − z||2 + 2||v − z||2 .
2
On y choisit alors
u=c ; v=d ; z = b,
et d’après ce qui précède, on récupère ainsi
� �2 � �2
4 δ(A) + ||c − d||2 = 4 δ(A) .

L’histoire se termine en bref sur c = d, and Bob’ your uncle !

Partie 3

Pour une matrice rectangulaire R quelconque de format (m, p), il est pratique d’adopter
MATHÉMATIQUES

les dispositions suivantes :


B pour chaque entier i 2 [[1, m]], on note
p
X
S cientifique

`i (R) = Rij ,
j=1

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qui n’est autre que la somme des éléments de la ligne i ; b
ESSEC B pour chaque entier j 2 [[1, p]], on note
m
X
cj (R) = Rij ,
i=1
C ORRIGÉ

qui n’est autre que la somme des éléments de la colonne j.


Il est absolument évident que les différentes applications `i et cj sont des formes linéaires l’ég
sur l’espace vectoriel Mm,p (K) et nous utiliserons librement cet état de choses. pré

L’ensemble An des matrices bistochastiques d’ordre n est ainsi exactement l’ensemble


des matrices M appartenant à E, dont les entrées sont toutes positives ou nulles et pour
lesquelles
c
`1 (M ) = `2 (M ) = · · · = `n (M ) = c1 (M ) = c2 (M ) = · · · = cn (M ) = 1.

Nous pouvons alors attaquer l’affaire.


8.a. Nous y allons en deux temps et trois mouvements !
B En ce qui concerne
M + M0 ,
et n
2
nous observons que d
B ses entrées sont évidemment positives ou nulles ; B

B pour chaque i 2 [[1, n]], la linéarité de `i oblige


⇣ M + M 0 ⌘ ` (M ) + ` (M 0 ) 1+1
i i
`i = = =1;
2 2 2
et la
B pour chaque j 2 [[1, n]], la linéarité de cj oblige B

⇣ M + M 0 ⌘ c (M ) + c (M 0 ) 1+1
j j
cj = = = 1.
2 2 2

B En ce qui concerne M T nos divagations sont les suivantes :


on r
B ses entrées sont manifestement positives ou nulles ;
B pour chaque entier i 2 [[1, n]], tout transposeur sait bien que

`i (M T ) = cj (M ) = 1 ;
MATHÉMATIQUES

la d
B pour chaque entier j 2 [[1, n]], on a également Le
cj (M T ) = `j (M ) = 1,
S cientifique

et tout le monde est ravi.

162 l ANNALES CCIR 2017-2018

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b. Les adeptes du produit matriciel d’Arthur Cayley ne pouvant s’opposer à
2 ` (M ) 3 ESSEC
1
6 `2 (M ) 7
6 7
M X0 = 6 . 7 ,
4 .. 5
`n (M )

C ORRIGÉ
l’égalité souhaitée est lumineuse. Nous nous permettons d’ajouter que, compte tenu de la
précédente, nous avons à l’avenant

M T X0 = X0 .

c. Nous nous appuyons à nouveau sur l’opération du roi Arthur selon laquelle
2 ` (M ) 3 2 c (M ) 3
1 1
6 `2 (M ) 7 6 c2 (M ) 7
6 7 6 7
M X0 = 6 . 7 et M T X0 = 6 . 7 ,
4 .. 5 4 .. 5
`n (M ) cn (M )

et nos mirettes font le reste.


d. C’est encore une valse !
B Soit i et j appartenant à [[1, n]]. Au gré de la formule du King, nous avons
n
X
(M M 0 )ij = 0
Mik Mkj ,
k=1

et la positivité des entrées de M M 0 pointe son nez au milieu de la figure.


B Soit i 2 [[1, n]]. Il ne fait aucun doute que
n
X n X
X n
`i (M M 0 ) = (M M 0 )ij = 0
Mik Mkj ,
j=1 j=1 k=1

on réverse à la papa et voilà que tour à tour

X n
n X n
X n
X
`i (M M 0 ) = 0
Mik Mkj = Mik 0
Mkj ,
k=1 j=1 k=1 j=1
MATHÉMATIQUES

la dernière égalité procédant, du bout de la lorgnette, de la non dépendance de j des Mik .


Le physio est alors mis à contribution. Il trahit que pour chaque entier k 2 [[1, n]] on a
n
X
S cientifique

0
Mkj = `k (M 0 ) = 1,
j=1

ANNALES CCIR 2017-2018 l 163

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et il poursuit dans la foulée avec et il
ESSEC n
X
Mik = `i (M ) = 1.
La
k=1

Voilà donc en bref que Soi


C ORRIGÉ

`i (M M 0 ) = 1,
et c’est une excellente chose.
B Soit pour finir j 2 [[1, n]]. On démontre mutatis mutandis que et p

cj (M M 0 ) = 1,

et nous pouvons changer de question. vu q


9.a. Après avoir ingurgité une énorme dose d’antalgique, nous sommes parvenus à

fσ = IdRn et Mσ = In . Nou
c
mat
b. À très bien y regarder, la définition de l’endomorphisme fσ et le protocole de
« matricialisation » font que
La
8i 2 [[1, n]], 8j 2 [[1, n]], (Mσ )ij = δiσ(j) ,

où nous utilisons, très librement, le génial symbole de Leopold Kronecker. En conséquence


B les entrées de Mσ sont bien positives ou nulles, car il ne s’agit que de 0 ou de 1 ; et u
ains
B pour chaque i 2 [[1, n]], nous avons
n
X
`i (Mσ ) = δiσ(j) , d
j=1

et nous appuyons sur la bijectivité de σ pour affirmer que


8 et c
< 1 si j = σ −1 (i),
8j 2 [[1, n]], δiσ(j) =
:
0 sinon,
chr
et après la gestion toujours si délicieuse de nos « δ », il ne reste que
e
`i (Mσ ) = δii = 1.
MATHÉMATIQUES

B
cha
B Soit maintenant j 2 [[1, n]], nous avons cette fois B
cett
« la
n
X
S cientifique

cj (Mσ ) = δiσ(j) ,
colo
i=1

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et il ne reste délicieusement que
ESSEC
cj (Mσ ) = δσ(j)σ(j) = 1.

La matrice Mσ est donc bien bistochastique. Poursuivons.


Soit i et j appartenant à [[1, n]]. Nous savons par définition que

C ORRIGÉ
(MσT )ij = (Mσ )ji = δjσ(i) ,

et par une simple pirouette bijective, il est très facile de relever que

δjσ(i) = δiσ−1 (j) ,

vu que
j = σ(i) , i = σ −1 (j).
Nous proposons donc ⌧ = σ −1 , et tout le monde est aux anges.
c. La première partie de la question n’est qu’une formalité qui se traduit d’ailleurs
matriciellement par
Mσ Mσ0 = Mσ◦σ0 .
La puissante et récente question a permet alors d’en déduire que

Mσ Mσ−1 = In ,

et une officielle nouveauté assure que cela suffit à prouver l’inversibilité de la matrice Mσ
ainsi que l’égalité
(Mσ )−1 = Mσ−1 .

d. Soit σ 2 Sn . Nous avons appris à la récente b que

MσT = Mσ−1 ,

et compte tenu de ce qui précède cela devient

MσT = (Mσ )−1 ,

chronique d’une orthogonalité annoncée.


e. Le « exactement » impose une gestion de la chose en deux temps.
Soit à nouveau σ 2 Sn . Symbole de Konecker oblige, nous avons déjà aperçu que
MATHÉMATIQUES

B
chaque ligne et chaque colonne de Mσ contiennent une fois le réel 1 et n − 1 fois le réel 0.
B Considérons maintenant et réciproquement une matrice M de Mn (R) possédant
cette propriété. Soit j appartenant à [[1, n]]. Nous définissons alors σ(j) comme étant la
« latitude » de l’unique 1 de la j ième colonne de M . Nous insistons sur le fait que chaque
S cientifique

colonne de M ayant un et un seul 1, σ est une genuine application de [[1, n]] dans lui-même.

ANNALES CCIR 2017-2018 l 165

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Nous allons maintenant montrer que σ est injective. Si par l’absurde elle ne l’est pas, il Nul
existe, dans [[1, n]] deux entiers différents i et j tels que
ESSEC La
σ(i) = σ(j)

et grâce à la définition « latitudinale » de σ cela signifie que la ligne de numéro σ(i)


contient au moins deux « 1 » dont un est situé en longitude i et l’autre en longitude j. Cela
C ORRIGÉ

fait évidemment désordre et σ est bel et bien injective. On rappelle alors un important la to
résultat de la théorie des ensembles finis.
finitude et bijectivité
Soit E un ensemble fini et f une application de E dans lui-même. On a alors les et l
équivalences logiques

f injective , f surjective , f bijective.

Notre application σ est donc dorénavant une permutation de [[1, n]] et sa définition à te
latitudinale fait précisément que

8i 2 [[1, n]], 8j 2 [[1, n]], Mij = δiσ(j) . b


Autant dire alors que
M = Mσ ,
ce qui nous permet de changer de question.
ce q
10. Supposons que A et B soient deux éléments de An tels que

A + B,
Mσ =
2
ce qui se détaille en le te
d
Aij + Bij .
8i 2 [[1, n]], 8j 2 [[1, n]], (Mσ )ij = B
2
Soit maintenant i et j appartenant à [[1, n]]. Il y a une évidente chose qui ne nous a pas
servie jusqu’à présent et qui va avoir ici une effet fulgurant. En effet, pour des raisons
d’éléments positifs et se sommes égales à 1, les entrées de toutes les matrices de An sont la d
situées dans l’inénarrable I. Comme (Mσ )ij ne peut valoir que 0 ou 1, selon l’éternelle
question 1, il est extrémal dans I, et comme Aij et Bij appartiennent à ce dernier, il
advient que
Aij = Bij . ce q
B
Autant dire alors que A = B chronique d’une nouvelle extrémalité annoncée.
ann
MATHÉMATIQUES

11.a. Un composée de deux permutations de Sn est bien sûr encore un élément de Sn et de s


il s’ensuit déjà que '⌧ est donc une application de Sn dans lui-même. Considérons alors nou
manu militari : σ 7! ⌧ −1 ◦ σ. C’est pour la même raison une application de Sn dans
lui-même et c’est très mentalement qu’elle vérifie
et to
S cientifique

'⌧ ◦ = ◦ '⌧ = IdSn . d

166 l ANNALES CCIR 2017-2018

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 166 13/10/2017 11:34


Nul ne peut alors ignorer que cela entraîne la bijectivité de '⌧ .
La composition ayant de grandes vertus distributives nous avons maintenant ESSEC
1 X 1 X
f⌧ ◦ p = f⌧ ◦ fσ = f⌧ ◦σ ,
n! n!
σ2Sn σ2Sn

C ORRIGÉ
la toute dernière égalité reposant la récente 9.c. Le changement d’« indice »

σ0 = ⌧ ◦ σ

et la toute récente bijectivité font alors et très lumineusement que

1 X 1 X
f⌧ ◦σ = fσ0 = p,
n! n! 0
σ2Sn σ 2Sn

à telle enseigne qu’effectivement


f⌧ ◦ p = p.

b. Toujours pour de distributives raisons, il ne fait aucun doute que

1 X
p2 = fσ ◦ p,
n!
σ2Sn

ce qui d’après la précédente, se transforme tour à tour en

1 X 1
p2 = p = ⇥n! p = p,
n! n!
σ2Sn

le texte ayant aimablement rappelé que le cardinal de Sn est n!.


d. L’égalité ensembliste va passer par une double inclusion.
B Supposons que x soit tel que

8σ 2 Sn , fσ (x) = x,

la définition de p et l’amabilité du cardinal font sans crier gare que

p(x) = x,

ce qui, vague histoire de faciès, montre que x appartient à Im p.


B Supposons maintenant et réciproquement que x appartienne à l’image de p et
annonçons σ 2 Sn . Les liens indestructibles entre l’image d’un projecteur et l’ensemble
MATHÉMATIQUES

de ses points fixes font que p fixe x et la récente égalité du a, en l’occurrence fσ ◦ p = p,


nous amène au point x à
fσ (x) = x
et tout le monde est charmé.
S cientifique

d. Nous procédons à nouveau en deux temps.

ANNALES CCIR 2017-2018 l 167

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 167 13/10/2017 11:34


B Soit σ 2 Sn , grâce à la linéarité et à la définition de fσ , nous avons lect
orth
ESSEC n
X n
X
fσ (x0 ) = fσ (ei ) = eσ(i) , Qua
i=1 i=1 que
nou
et comme σ n’est qu’une permutation des entiers de [[1, n]], nous avons également bas
C ORRIGÉ

de c
fσ (x0 ) = x0 .
B

Ainsi et depuis quelques secondes, x0 appartient à Im p et par conséquent

Vect x0 ⇢ Im p.
B
B Supposons, réciproquement, que x soit un élément de Im p. Comme il est a fortiori
élément de Rn et qu’une certaine base canonique traîne dans le passage, il existe des
scalaires a1 , . . . , an tels que

x = a1 e1 + · · · + an en . la c
B
Soit alors j appartenant à [[2, n]] et considérons la transposition σ = swap(1, j), c’est-à-
dire la permutation qui échange 1 et j et qui ne touche à rien d’autre. Nous avons alors
sans conteste
fσ (x) = a1 ej + · · · + aj e1 + · · · + an en , et l’
les termes sa cachant derrière les « pointillés » ayant été épargnés par l’affaire. Comme
il est écrit quelque part que fσ (x) = x et quand on sait à quoi servent les bases on
revendique avec force où J
aj = a1 , f
et voilà donc in fine que sera
12.
x = a1 (e1 + · · · + en ) = a1 x0 , lui

ce qui n’est pas pour nous défriser.


e. La transposition étant linéaire, nous avons déjà

1 X 1 X la d
PT = MσT = Mσ−1 ,
n! n!
σ2Sn σ2Sn b
et n
la transposition des matrices de permutations ayant été gérée quelques lignes plus haut.
Seulement voilà, la correspondance σ 7! σ −1 est aussi une bijection de Sn sur lui-même et B

par le même argument de changement d’indice que celui développé supra nous avançons dan
MATHÉMATIQUES

que B
P T = P.
B
La matrice P est donc désormais symétrique réelle et c’est assurément la matrice de p dans
notre base canonique qui est officiellement orthonormale. L’importante caractérisation
S cientifique

matricielle de la symétrie fait alors que p est un endomorphisme symétrique de Rn et le

168 l ANNALES CCIR 2017-2018

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lecteur aware siat bien que les projecteurs symétriques sont exactement les projecteurs
orthogonaux. On avance, on avance !
ESSEC
Quand on sait ce sur quoi les projecteurs projettent, on doit deviner, depuis le récent d,
que p est le projecteur orthogonal sur Vect x0 , et c’est ici que nous allons apprécier une
nouveauté officielle que l’on pourrait appeler « matrices de projecteurs orthogonaux et
bases orthonormales ». Dans ce qui suit, nous appliquons tout simplement un protocole

C ORRIGÉ
de cours auquel le lecteur dubitatif est chargé de se reporter. Nous le déroulons par étapes.
B Une base orthonormale de Vect x0 est bien évidemment constituée du seul vecteur

u= p .
x0
n

B Le vecteur colonne associé à ce dernier dans la base canonique est tranquillement

X0
U=p
n

la colonne X0 ayant été croisée lors de la huitième question.


B Il faut alors officiellement savoir que

P = U · U T,

et l’on en déduit de memoria que


Jn ,
P =
n
où Jn est la retentissante matrice (n, n) dont les entrées sont toutes égales à 1.
f. Mis à part, pour ceux — ou celles ! — qui souffrent de diplopie aiguë, notre réponse
sera à jamais no comment !
12.a. Le produit M T ·N manifestement carré (n, n) est assuré de laisser une trace derrière
lui et, via l’éternelle formule du produit matriciel, il ne nous échappe pas que :
n
X n X
X n n X
X n
tr(M T · N ) = (M T · N )ii = T
Mij Nji = Mji Nji (1)
i=1 i=1 j=1 i=1 j=1

la dernière égalité procédant d’une adorable gestion de transpositition.


b. En prenant juste un tout petit peu d’avance, nous notons ( | ) l’application en question
et nous allons nous y prendre en quatre points.
B La précédente question montre déjà que ( | ) est une genuine application de E ⇥ E
dans R.
MATHÉMATIQUES

B Vu la toute proche égalité (1), la symétrie de ( | ) ne pose aucun problème.


B Soit M un élément de E fixé. La linéarité de
n X
X n
S cientifique

N 7! Mji Nji
i=1 j=1

ANNALES CCIR 2017-2018 l 169

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découle très naturellement de celle de la sommation.
B Soit M une matrice non nulle de E. Toujours grâce à la très pratique formule (1),
ESSEC
nous avons :
Xn X n
(M | M ) = Mji2

i=1 j=1

Il s’agit d’une somme de réels positifs non tous nuls et nous ne craignons donc pas
C ORRIGÉ

d’affirmer que :
(M | M ) > 0

 This scalar product s’appelle produit scalaire de Schur-Hilbert-Schmidt. D’aucuns le


qualifient également de produit scalaire canonique sur Mn (R). La raison en est que si
nous rangeons dans une seule et même colonne les n2 éléments d’une matrice carrée
réelle d’ordre n, la formule (1) stipule que ( | ) n’est rien d’autre que le produit scalaire
canonique sur Rn et cela aurait d’ailleurs pu constituer une preuve pour le moins solide
2

de la présente question…
 Précisons, juste pour enfoncer le clou que nous avons le choix entre
n X
X n
( M | N ) = tr(M T · N ) et (M | N ) = Mji Nji ,
i=1 j=1

ainsi qu’entre
n X
X n
||M ||22 = tr(M T · M ) et ||M ||22 = 2
Mji ,
i=1 j=1

la dernière version exhibant la somme des carrés des entrés de la matrice M .


c. C’est par exemple orthogonalement(*) que nous avons alternately
� � � �
||Mσ ||22 = tr MσT · Mσ = tr Mσ−1 · Mσ = tr In = n,

et nous en déduisons que


p
||Mσ ||22 = n.

d. On trouve assez facilement que


 �
↵−β β−↵
M↵ − Mβ = ,
β−↵ ↵−β

et nous optons ici pour la somme des carrés des entrées, à telle enseigne que
MATHÉMATIQUES

||M↵ − Mβ ||22 = 4(↵ − β)2 .


(*)
(*) On aurait pu, tout aussi bien, passer également par la somme des carrés des entrées conformément à la remarque précédente.
S cientifique

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Après avoir échappé au piège le plus sournois de la fin du collège(*), nous terminons
notre calcul en beauté sur
||M↵ − Mβ ||2 = 2|↵ − β|. ESSEC

Comme il ne fait aucun doute que

−1 6 ↵ − β 6 1,

C ORRIGÉ
il s’avère que |↵ − β| 6 1, et 1 majore déjà l’ensemble

|↵ − β| | (↵, β) 2 I2 ,

et à simplement regarder la situation ↵ = 1 et β = 0, ce majorant est atteint et tout le


monde sait qu’un majorant atteint est un maximum. Bref

max ||M↵ − Mβ ||2 = 2,


(↵,β)2I2

ce qui devrait s’écrire


δ(A2 ) = 2.

� Le sup du diamètre qui généralement n’est qu’une borne supérieure, est ici un maximum
et cela vaut bien la peine d’être souligné.
e. Nous avons déjà signalé que les entrées des matrices de An appartiennent à
l’omniprésent I et par conséquent, pour chaque couple (i, j), l’on a Mij
2
6 Mij de
sorte que
n X
X n Xn Xn
||M ||22 = 2
Mji 6 Mji .
i=1 j=1 i=1 j=1

Seulement voilà, le physio rétorque que


n X
X n n
X n
X
Mji = cj (M ) = 1 = n,
i=1 j=1 i=1 i=1

et nous passons à la suivante.


f. Soit M et N deux matrice appartenant à An . D’après la formule d’Al Kashi, il
apparaît déjà que

||M − N ||22 = ||M ||22 − 2 ( M | N ) +||N ||22 .

La positivité de nos fameuses entrées révélant que


n X
X n
(M | N ) = Mji Nji > 0,
MATHÉMATIQUES

i=1 j=1

(*) Le piège le plus redoutable — et redouté — de la classe de troisième. Combien de potaches ont foiré leur brevet des collèges
p p
pour avoir naïvement cru que, pour x réel, x2 = x alors qu’en réalité x2 = |x| ?
S cientifique

ANNALES CCIR 2017-2018 l 171

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nous déduisons que 13.
||M − N ||22 6 ||M ||22 + ||N ||22 ,
ESSEC
et c’est ainsi grâce à la précédente que

||M − N ||22 6 2n.


et d
Il reste alors à prendre les carrés par la racine…
C ORRIGÉ

b
g. Soit ⌧ un élément de Sn quelconque pour l’instant. Nous avons déjà été informés de mat
n X
n lign
X
( Mσ | M⌧ ) = δjσ(i) δj⌧ (i) ,
i=1 j=1

et il suffit de mettre en place une permutation ⌧ telle que

8i 2 [[1, n]], ⌧ (i) 6= σ(i),


app
pour exiger la victoire ! Le lecteur assidu vérifiera aisément que la shifted ⌧ définie par
8 8
< σ(i + 1) si 1 6 i 6 n − 1,
8i 2 [[1, n]], ⌧ (i) =
:
σ(1) si i = n,
en p
fait farpaitement l’affaire. trop
p a de
h. La récente question f est là pour nous persuader que le réel 2n est un majorant de
l’ensemble �
||M − N ||2 | (M, N ) 2 A2n .
Soit alors σ appartenant à Sn et choisissons ⌧ comme il est dit dans la question précédente.
Selon le théorème de Pythagore, nous avons et q
de n
||Mσ − M⌧ ||22 = ||Mσ ||22 + ||M⌧ ||22 = 2n,

la dernière égalité reposant sur la toute proche question c. Notre majorant supra est donc
atteint sur le couple (Mσ , M⌧ ) qui appartient bien à A2n depuis une certaine question 9.b.
Nous avons donc établi que
p La
max 2 ||M − N ||2 = 2n,
(M,N )2An Il y
c’est-à-dire p B
δ(An ) = 2n, qu’
sca
la remarque concernant les acolytes sup et max étant encore une fois d’actualité. Notons
MATHÉMATIQUES

pour finir qu’il est écrit que B

δ(An ) = ||Mσ − M⌧ ||2 ,

et qu’une très vieille question, en l’occurrence la 7, stipule alors que Mσ est extrémal. Nous Nou
S cientifique

retrouvons ainsi, par une bien jolie méthode, l’extrémalité des matrices de permutation. mér

172 l ANNALES CCIR 2017-2018

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13.a. Il suffit d’observer visuellement que

⇣\
n ⌘ ⇣\
n ⌘ ESSEC
Fn = Ker `i \ Ker cj ,
i=1 j=1

et de ne pas avoir égaré qu’une intersection de sous-espaces vectoriel…

C ORRIGÉ
b. Nous mettons en place ici une notion qui va nous être utile par la suite. Soit A une
matrice carrée d’ordre n − 1. On souhaite la border par une colonne de hauteur n et une
ligne de largeur n pour obtenir une matrice (n, n) « genre »
2 ⇤3
..
B=4 A . 5,
⇤ ··· ⇤

appartenant au fameux Fn . La solution est simple puisqu’il suffit de visu de définir

n−1
X n−1
X
8i 2 [[1, n − 1]], Bi,n = − Aij et 8j 2 [[1, n − 1]], Bn,j = − Aij ,
j=1 i=1

en priant, cependant pour que le gugus en bas à droite, en l’occurrence Bnn , ne soit pas
trop dans le mood ! On peut avoir en effet et de façon louable une légère angoisse car Bnn
a deux contraintes à repecter qui sont

n−1
X n−1
X
Bnn = − Bin et Bnn = − Bnj ,
i=1 j=1

et qui n’ont pas intérêt à être antinomiques ! Seulement voilà, la chance est décidément
de notre côté puisque, inversion des sommations oblige, on a

n−1
X n−1
X n−1
X n−1
X
− Bin = − Bnj = Aij .
i=1 j=1 i=1 j=1

La matrice B sera notée bord(A) et nous pouvons maintenant reprendre notre activité.
Il y a plusieurs points à mettre en avant et nous y allons sagement.
B À bien y regarder Φ applique ouvertement Fn dans Mn−1 (R), et sa linéarité n’est
qu’une mince affaire de définition des opérations — addition et multiplication par un
scalaire — sur les matrices.
MATHÉMATIQUES

B Définissons alors sur Mn−1 (R) par

8A 2 Mn−1 (R), (A) = bord(A).

Nous nous sommes décarcassés pour que applique Mn−1 (R) dan Fn et sa linéarité ne
S cientifique

mérite pas beaucoup plus d’égards que celle de sa cousine Φ.

ANNALES CCIR 2017-2018 l 173

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B Ensuite et parce que nous avons tout fait pour — on borde, on déborde ! — il est B
manifeste que que
ESSEC Φ ◦ Φ = IdFn et ◦ Φ = IdMn−1 (R) ,
chronique d’une bijectivité — et donc d’une isomorphie — totalement annoncées.
Lorsque deux espaces vectoriels sont isomorphes ils ont la même dimension et quand l’on pui
connaît parfaitement ses classiques on doit asséner ad
C ORRIGÉ

pos
dim Fn = (n − 1)2 . B
sca
14.a. À très bien y regarder, la première partie a révélé que les points extrémaux de A2
sont exactement  �  �
1 0 0 1
I2 = et J = ,
0 1 1 0
qui sont d’authentiques matrices de permutation. et p
b. Nous nous permettons une remarque liminaire à propos de ces matrices élémentaires ouv
appelées aussi « unités matricielles » du format (n, n). Il est bien connu qu’elles forment
une base de Mn (R) appelée d’ailleurs base canonique et que à te
n X
X n
8M 2 Mn (R), M= Mij Eij .
i=1 j=1

Il e
En outre, parce que les couples (ik , jk ) sont deux à deux distincts, la famille uni
(Eik jk )k2[[1,2n]]
que
est une sous-famille de la base canonique et hérite ainsi d’une réelle liberté. Enfin et parce
que nous savons compter, nous en déduisons que don

dim H = 2n.

Nous pouvons maintenant retourner à nos moutons.


Supposons par l’absurde que en
H \ Fn = {0}.
Les deux sous-espaces vectoriels H et Fn seraient donc en somme directe et l’on aurait
Voi
dim H + dim Fn = dim(H ⊕ Fn ) 6 dim Mn (R), un
Soi
l’inégalité procédant de l’incontournable théorème du sous-espace. Seulement voilà, étant
l’im
donné notre liminaire remarque
MATHÉMATIQUES

dim H + dim Fn = 2n + (n − 1)2 = n2 + 1


Po
ce qui dépasse un peu trop la dimension n2 de notre cher Mn (R)…
S cientifique

c. La question est un peu sévère !

174 l ANNALES CCIR 2017-2018

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 174 13/10/2017 11:34


B On commence par noter que, vu la linéarité des `i et autres cj , on a pour n’importe
quelle valeur de t et n’importe quelle valeur de i et j,
ESSEC
`i (Qt ) = 1 et cj (Qt ) = 1,

puisque M appartient à An et que N se pavane dans Fn . Ce ne sont donc pas les sommes
ad hoc égales à 1 qui posent problème pour l’appartenance de Qt à An et c’est donc la

C ORRIGÉ
positivité des (Qt )ij qui est au cœur du débat que nous allons animer sur-le-champ.
B Les origines de la matrice N font aussi qu’elle est non nulle et qu’il existe des
scalaires ↵1 , . . . , ↵2n tels que
2n
X
N= ↵k Eik jk ,
k=1

et pour virer les « 0 » inutiles et indésirables nous pouvons à loisir considérer l’ensemble
ouvertement non vide �
K = k 2 [[1, 2n]] | ↵k 6= 0 ,
à telle enseigne que, pour n’importe quelle valeur de t
X
Qt = M + t ↵k Eik jk .
k2K

Il est alors temps de s’organiser un peu en n’oubliant pas le fonctionnement de ces fameuses
unités matricielles. Soit (i, j) un couple d’éléments de [[1, n]].
B Si (i, j) n’est pas l’un des couples (ik , jk ) où k 2 K, il est absolument lumineux
que
(Qt )ij = Mij
dont la positivité large est à l’ordre du jour depuis la genèse !
B En revanche, si le couple (i, j) est l’un des (ik , jk ) en question, on a

(Qt )ik jk = Mik jk + t↵k ,

en ayant rappelé, malgré l’heure tardive et parce qu’il faut toujours s’accrocher, que

Mik jk > 0 et ↵k 6= 0.

Voici alors un gentil résultat annexe et anodin.


un lemme taquin
Soit a un réel strictement positif, b un réel non nul et t un réel quelconque. On a
l’implication
MATHÉMATIQUES

a
|t| < ) a + tb > 0.
|b|
Pour gérer parfaitement les nombreux k en question, nous proposons
S cientifique

Mik jk ,
✏ = min
k2K |↵k |

ANNALES CCIR 2017-2018 l 175

978-2-7590-3637-0_Annales-HEC-2017_BAT.indd 175 13/10/2017 11:34


qui est un authentique réel strictement positif et, minimum oblige, si |t| < ✏, le lemme On
taquin nous garantit toutes les positivités espérées !
ESSEC
 Nous vous avions prévenu…
d. Choisissons, parce qu’il y a la place, un réel t non nul dans l’ouvert ]−✏, ✏[. Son
compère −t appartient également à cet ouvert et les matrices Qt et Q−t sont donc déjà H
dans An . Nous avons en outre et trivialement
C ORRIGÉ

Qt + Q−t ,
M=
2
alors que les matrices Qt et Q−t sont différentes puisque t et N sont non nuls.
qui
Pour une extrémale, cela est une énaurme contradiction ! aisé
e. Supposons par l’absurde que toutes les colonnes aient au moins deux termes non
nuls. À bien y compter, cela en ferait au moins 2n dans le carré, ce qui est définitivement
exclu. Il existe donc au moins une colonne ayant au plus un élément non nul et comme la Co
somme des éléments de cette colonne doit valoir 1… que

f. La somme des éléments de la rième ligne de M vaut aussi 1 et comme Mrs = 1 prend
toute la place, les autres n’ont plus que Lisieux pour pleurer ! h
g. La matrice M a donc dorénavant le look la q
2 3 aut
0 via
..
6
6
A1 . A2 7
7
6 0 7
6 7
6 7
M = 60 ··· 0 1 0 ··· 07 r
6 7
6 0 7
6
4 .. 7
5
A3 . A4
0
s
fon
et la compagne M est donc
0
 � une
A1 A2
M0 =
A3 A4 N
les
C’est alors en gardant un œil sur M et l’autre sur M qu’il apparaît, intelligiblement, que
0
Bir
la matrice M 0 appartient à An−1 , quelques entrées nulles idéalement placées ayant eu,
quelque part, leur pesant d’arachide. Il reste maintenant à parler d’extrémalité.
Soit donc H 0 et K 0 deux matrices appartenant à An−1 vérifiant
H0 + K0 .
M0 =
MATHÉMATIQUES

2
On découpe H 0 et K 0 en blocs de quatre suivant le patron de la découpe de la matrice M 0
et leurs nouvelles écritures ont alors le genre
 �  �
S cientifique

H1 H2 K1 K2
H0 = et K 0 = .
H3 H4 K3 K4

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On leur fait naturellement correspondre les matrices
2 0 3 2 0 3 ESSEC
.. ..
6
6
H1 . H2 7
7
6
6
K1 . K2 7
7
6 0 7 6 0 7
6 7 6 7
6 7 6 7
H = 60 ··· 0 1 0 ··· 07 et K = 6 0 · · · 0 1 0 ··· 07,

C ORRIGÉ
6 7 6 7
6 0 7 6 0 7
6
4 .. 7
5
6
4 .. 7
5
H3 . H4 K3 . K4
0 0

qui, à la surprise générale, et les yeux dans les clous, appartiennent à An et vérifient
aisément
H +K.
M=
2
Comme M est par essence extrémale, on déduit que H = K, et il en résulte dans la foulée
que
H 0 = K 0.

h. L’hypothèse de récurrence stipule que M 0 est une matrice de permutation, et depuis


la question 9.e elle ne présente ainsi sur chaque ligne et chaque colonne qu’un seul 1 les
autres éléments étant nuls. Les liens étroits entre M et M 0 que nous remettons en lumière
via 2 3
0
..
6
6
A1 . A2 7
7
6 0 7  �
6 7 A1 A2
6 7
M = 6 0 · · · 0 1 0 · · · 0 7 et M 0 = ,
6 7 A3 A4
6 0 7
6
4 .. 7
5
A3 . A4
0
font alors et de visu, qu’il en est de même de la matrice M et la question 9.e est sollicitée
une dernière fois.
 Nous avons ainsi magistralement établi que les points extrémaux de An sont, exactement,
les matrices de permutation. Ce célèbre résultat est dû au mathématicien américain Garrett
Birkhoff et date de 1946.
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S UJET

MATHÉMATIQUES
Durée : 4 heures.
Code sujet : 280
La présentation, la lisibilité, l­ ’orthographe, la qualité de la rédaction,
HEC la clarté et la précision des raisonnements entreront pour une part
importante dans ­l’appréciation des copies.
Les candidats sont invités à encadrer dans la mesure du possible les
résultats de leurs calculs.
Ils ne doivent faire usage d­ ’aucun document : ­l’utilisation de toute
calculatrice et de tout matériel électronique est interdite. Seule
­l’utilisation ­d’une règle graduée est autorisée.
Si au cours de ­l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur ­d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra sa
composition en expliquant les raisons des initiatives ­qu’il sera amené
à prendre.

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Par

Soi

En

est
En
très
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Cel
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C ORRIGÉ
Par Jean-­L ouis Roque, external lecturer à  ESSEC Business School
HEC

(jlroque@me.com).

Partie 1

C ORRIGÉ
Soit n 2 N⇤ . Nous observons avant toute chose que

8k 2 [[0, n]], deg Bn,k = n.

En conséquence, la famille
(Bn,0 , Bn,1 , . . . , Bn,n )
est définitivement formée de polynômes appartenant à Rn [X].
En outre, au vu et au su ce que nous venons de narrer, il apparaît que Tn applique
très tranquillement Rn [X] dans lui même et sa linéarité n’est qu’une mince affaire de
distributivité, de définition des opérations fonctionnelles et de summation linearity. En
bref, Tn est un authentique endomorphisme de Rn [X].
Enfin, pour chaque entier naturel k, le monôme X k est ainsi noté depuis au moins l’année
de naissance de l’arrière-grand-mère de Matusalem et nous ne voyons pas l’intérêt de le
noter autrement.
Toutes ces choses, nous ne les redirons plus !
1.a. Nous avons très naturellement

B2,0 = 1 − 2X + X 2 ; B2,1 = 2X − 2X 2 ; B2,2 = X 2 ,

et quand on maîtrise la notion de matrices des familles, on doit revendiquer


2 3
1 0 0
K2 = 4 −2 2 0 5 .
1 −2 1

b. La matrice K2 est trigonalement inversible, vu que ses diagonales entries sont


différentes de 0. On doit facilement en déduire que ses colonnes forment une famille
libre, liberté qui se transmet automatiquement à

(B2,0 , B2,1 , B2,2 ).


MATHÉMATIQUES

Celle-ci est désormais une famille dans R2 [X], libre et de longueur 3. Comme cette
dernière est précisément la dimension de notre espace polynomial, la famille

(B2,0 , B2,1 , B2,2 )


S cientifique

est effectivement une base de R2 [X], comme en atteste la caractérisation des bases en
dimension finie.
c. Notre valeureux lecteur trouvera sans stress

X + X2 ,
T2 (1) = 1 ; T2 (X) = X ; T2 =
2

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et grâce au protocole de matricialisation, nous parviendrons ensemble à
HEC
2 3
1 0 0
6 7
H2 = 4 0 1 1/2 5 .
0 0 1/2
C ORRIGÉ

C’est assez trigonalement que nous assénons

Spec H2 = {1, 1/2}

et après quelques résolutions de systèmes, il n’est pas vraiment difficile de parvenir à


2 3 2 3 2 3
⇣ 1 0 ⌘ ⇣ 0 ⌘
E1 (H2 ) = Vect 4 5
0 , 14 5 et E1/2 (H2 ) = Vect −1 5
4
0 0 1

Nous avons ici les éléments propres de la matrice H2 et ceux de l’endomorphisme T2 s’en
déduisent, mot à mot, par traduction canonique. Here you are !

Spec H2 = {1, 1/2}

E1 (T2 ) = Vect(1, X) et E1/2 (T2 ) = Vect(X 2 − X)

2.a. Afin de nous simplifier la vie, nous considérons les cousins βk où

8k 2 [[0, n]] βk = X k (1 − X)n−k

et nous commençons par traiter la question pour la famille allégée

(β0 , . . . , βn )

également située dans notre cher Rn [X]. Nous attaquons par la liberté en proposant trois
méthodes.
la méthode matrice des familles
C’est la généralisation de ce que nous avons développé à la récente question 1.a. Pour
chaque entier k 2 [[0, n]], Isaac Newton nous apprend que

n−k
X ✓ ◆ n
X ✓ ◆
n−k n−k
βk = (−1)i X k+i = (−1)i−k X i,
i=0
i i−k
i=k

et nous en déduisons que la matrice de notre nouvelle famille dans la base Cn est trigonale
MATHÉMATIQUES

inférieure ses diagonales entries étant tout bêtement égales à 1. Il s’agit donc d’une matrice
inversible et notre liberté s’en déduit par l’argumentation affichée lors de la question 1.a.
la méthode de valuation (*)
Elle permet de réparer une très injuste discrimination de notre bible officielle. Pour un
S cientifique

polynôme non nul P , il y a certes son terme non nul de plus grande puissance, mais il y a

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également son terme non nul de plus petite puissance. La plus grande puissance en question
est officielle, elle s’appelle « degré » de P et se note deg P . Curieusement, la plus petite
puissance en question est sauvagement ignorée, elle s’appelle pourtant « valuation » du HEC
polynôme P et se note val(P ).
Par exemple le polynôme
6174
X
P = Xi

C ORRIGÉ
i=13

est de degré 6174 et de valuation 13.


Cela étant, nul ne peut ignorer que toute famille de polynômes non nuls ayant des degrés
deux à deux distincts est une famille libre, et l’on démontre, mutatis mutandis, que c’est
également le cas des familles de polynômes non nuls ayant des valuations deux à deux
distinctes. Comme c’est ouvertement le cas de la famille (β0 , . . . , βn ), nous pouvons nous
tourner vers la troisième méthode.
la méthode de l’opérateur
Elle va sembler copieusement parachutée, mais elle fortement inspirée de la propriété que
le texte nous demande docilement d’admettre quelques lignes plus bas.
On considère l’opérateur U qui à tout polynôme P 2 R[X] associe

1
U (P ) = X(1 − X)P 0 + XP.
n
Comme la dérivation envoie linéairement R[X] dans lui-même, il est sereinement acquis
que U est un endomorphisme de R[X] et il est très facile de constater que

k k n − k k+1
8k 2 [[0, n]], U (X k ) = X + X ,
n n
la polynomiale attitude ayant exigé de traiter à part la position k = 0. Grâce à un énorme
coup de chance lorsque k = n, nous en déduisons que

8k 2 [[0, n]], U (X k ) 2 Rn [X],

et il n’en faut pas plus pour asséner que U stabilise Rn [X]. Nous avons alors le droit et
le devoir de considé