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3 ASPECTS ÉCONOMIQUES DES PROJETS MINIERS ET DES MÉTHODES

D’EXPLOITATION
3.1 Principes d’analyse économique des projets miniers

Les nouveaux projets miniers d'une compagnie minière doivent s'accorder à sa politique globale
d'expansion. Leur adoption possible fait intervenir, en dernière analyse, le Conseil d'administration
de la compagnie minière. Mais, préalablement, diverses étapes plus ou moins chevauchantes doivent
être franchies, à savoir:
• Étape du pré choix, où l'intérêt pour le projet est justifié (exploration d'un site prometteur,
acquisition d'une propriété minière, etc.).
• Étape de faisabilité, ou une preuve convaincante doit être faite que :
· les réserves géologiques sont intéressantes,
· la conjoncture économique (prix des métaux, par exemple, est favorable),
· l'exploitation envisagée du gisement est techniquement et financièrement justifiable,
· la réglementation du pays sera respectée par le projet (dans le cas des empreintes de
fonds auprès des banques ou autres institutions financières, ces dernières peuvent
poser leurs propres exigences en matière d'environnement).
• Étape de négociation auprès d'instances gouvernementales ou autres, en vue d'obtenir des
permis, des assurances (d'approvisionnement, par exemple) des subventions peut-être, des
assouplissements normatifs, etc.

Les études de faisabilité constituent un outil de base sur lequel repose la décision finale d'aller en
avant ou abandonner un projet minier.
 Le critère premier de choix entre les différentes variantes étudiées d'un projet minier est la
valeur actualisée nette (VAN), c'est-à-dire la valeur actualisée des rentrées (profits) de la
variante étudiée d'un projet, diminuée du coût d'investissement.
 D'autres critères peuvent être complémentaires, par exemple, le taux de rendement interne
(TRI), le délai de récupération actualisée (DRA) ou le temps de récupération du capital
(TRC).

La préférence sera accordée, en général, aux projets à VAN positive plus élevée. S'il s'agit de
variantes concurrentes (mutuellement exclusives) dont l'une doit être acceptée, le choix selon la
VAN maximale correspondra, en général, à la valeur actualisée minimale de tous les coûts liés à un
projet : coût initial d'investissement plus coûts ultérieurs de fonctionnement.

3.2 Processus menant à la décision de mise en production d'un gisement

Le processus menant à la décision de mise en production d'un gisement comporte plusieurs


étapes. Celles-ci sont schématisées à la figure 3.1.

1. Le point de départ de ce processus est le rassemblement d'expérience et d’informations


relatives au projet. Ces renseignements constituent la base pour estimer les paramètres
futurs anticipés de l'exploitation minière.
3.1
EXPÉRIENCE ET INFORMATION

ESTIMATION DES PARAMÈTRES D’EXPLOITATION


Géologiques
Techniques
Marché
Politiques gouvernementales

TECHNIQUES D’ANALYSE ÉCONOMIQUE

INDICES ÉCONOMIQUES

TECHNIQUES DE PRISE DE DÉCISION


Risques économiques
Impondérables

DECISION

Fig. 3.1 Processus de décision pour mettre en production un gisement

2. Ces paramètres comprennent par exemple le tonnage et la teneur des réserves, des plans
alternatifs d'abattage et de traitement du minerai, les coûts d'investissement et d'opération,
les prévisions de la demande et du cours des produits, et finalement, les politiques
gouvernementales relatives aux impôts et aux droits miniers, à la protection de
l'environnement, et à l'établissement des infrastructures physique et sociale.
3. Ensuite, des techniques d'analyse économique combinent ensemble des paramètres
géologiques et techniques, les prévisions du marché et les lois fiscales, pour obtenir des
indices économiques nous permettant de juger si l'exploitation minière est rentable.
4. La décision finale de mise en valeur du gisement doit tenir compte des risques techniques,
économiques et géopolitiques (projets à l’étranger) ainsi que de certains facteurs
impondérables qui pourraient influencer notre choix.

Les différentes étapes de l’analyse économique de projets miniers sont illustrées à la figure 3.2 :

3.2
REVENUS ET COÛTS

FLUX MONÉTAIRES AVANT IMPÔT ET DROITS MINIERS

FICSALITÉ

INFLATION

FLUX MONÉTAIRES

INDICES ÉCONOMIQUES

- Temps de récupération de l’investissement


- Rendement :
 Valeur actualisée nette (VAN)
 Taux de rendement interne (TRI)

ANALYSE DE BASE ANALYSE DE SENSIBILITÉ ANALYSE DE RISQUE

Fig. 3.2 Principales étapes de l’analyse économique d’un projet minier gisement

1. Les bénéfices et les coûts relatifs au projet sont d'abord établis à partir des paramètres
décrits ci haut.
2. Ces deux éléments permettent le calcul du flux monétaire du projet avant impôts et droits
miniers.
3. Les lois fiscales ainsi que les effets de l'inflation doivent être ensuite considérés pour obtenir
le flux monétaire net anticipé de l'opération minière.
4. La distribution du flux monétaire ainsi obtenue est utilisée dans le calcul des indices
économiques.
5. Ceux-ci comprennent :
- le temps de récupération de l'investissement
- le rendement
• la VAN (Valeur Actualisée Nette)
• le TRI (Taux de Rendement Interne)
6. Ces indices économiques sont d'abord utilisés dans le contexte de l'analyse économique de
base, qui ne considère que des valeurs estimatives uniques des paramètres du projet.
7. L'analyse de sensibilité est ensuite utilisée pour examiner l'effet de variations de certains
paramètres sur la rentabilité du projet.
3.3
8. Finalement, l'analyse de risque établit les chances de réussite du projet en se basant sur la
nature incertaine des paramètres.
9. Appuyés de jugement relatif aux facteurs impondérables, les résultats de ces trois
techniques d'analyse aident à la décision finale (prise généralement par le Conseil
d’administration d’une Compagnie minière) de mise en valeur du gisement.

3.3 Valeur actualisée nette (VAN)

La valeur actualisée nette (VAN) du projet est définie comme suit :

n 3.1
VAN =  FM t t - I (3.3.1)
t =1 (1 + r )

où :
FMt - flux monétaire (dollars)
n - durée du projet (ans)
r - taux d'actualisation (%)
I - investissement du projet (dollars)

Inflation, dollars courants et constants


L'inflation est un accroissement constant des prix qui ne sont pas accompagnés par un accroissement
correspondant de productivité des biens produits.
La déflation est un décroissement constant du prix. Pour mesurer l'inflation on utilise des indices
sectoriels (mine souterraine, usine de traitement, etc.) des prix (Cost Index) pour le coût en capital et
pour les coûts d’opération [3.4]. Les calculs de la VAN peuvent être faits de deux manières :
• on peut utiliser des dollars courants pour les prix, les coûts et les revenus
• on peut utiliser des dollars constants pour les prix, coûts et revenus. Un dollar constant est un
dollar réel (aucune inflation)

Le plus souvent on utilise le dollar constant dans les études de faisabilité des projets miniers.

Taux d'actualisation
Dans le cas des projets miniers le taux d'actualisation est évalué, le plus souvent, selon la méthode du
taux ajusté, laquelle exige que le taux d'escompte des flux monétaires espérés soit pondéré selon le
niveau de risque des projets. Les taux les plus élevés sont appliqués aux investissements les plus
risqués. Plusieurs compagnies minières se sont dotées d'une politique générale portant sur la
sélection de projets miniers. Ainsi, par exemple pour la plupart des projets miniers au Canada, on
évalue ce risque comme étant moyen. Le tableau 3.1 donne un exemple d'évaluation du taux
d'escompte, dans le cas où le projet est évalué en dollars constants.

Le taux d'escompte ainsi calculé est appliqué dans le cas où l'étude de faisabilité se fait en
dollars constants. Si l'étude de faisabilité se fait en dollars courants, il est nécessaire de majorer
ce taux d'escompte d'un taux d'inflation. Dans le cas des projets miniers au Canada [3.2; 3.3],
3.4
par exemple, le taux d'actualisation utilisé est souvent de 12% (en dollars constants) et de19% (en
dollars courants).

Tab. 3.1 Exemple d’évaluation du taux d’actualisation

(k) (r) (a) (b)


Taux d'actualisation = Coût moyen + Prime de rendement x Niveau de risque
pondéré du par unité de risque relatif du projet
capital
Où :
k = r + (a x b)

Niveau de risque r (a x b) k
Faible : 7% 6 x 0,4 9,4%
- installations de remplacement
- agrandissement des opérations souterraines
Moyen : 7% 6 x 1,0 13%
- nouvelles zones d'exploitation
- nouveaux projets avec une bonne
délimitation des réserves géologiques
Élevé : 7% 6 x 1,6 16,6%
- faible degré de délimitation des réserves géologiques
- risques politiques, etc.

3.4 Fiscalité

La fiscalité a un effet important sur les décisions financières des entreprises puisqu'elle modifie
les flux monétaires liés à leur financement et à leurs investissements. Le fisc canadien se
distingue par une imposition à double niveau (fédéral et provincial).

Le gouvernement, pour mener à bien sa politique de développement du pays, influe par


l'intermédiaire du fisc sur les décisions financières des entreprises, puisque ses fonctions,
exemptions ou crédits d'impôt modifient les flux monétaires et par conséquent la rentabilité des
investissements, ceux-ci devenant du même coup soit plus rentables, soit moins rentables.
Les principales dépenses admissibles à la déduction fiscale sont :
• amortissement fiscal,
• frais d'intérêt et les escomptes sur obligations,
• frais d'émissions de titres,
• pertes reportées.
3.5
Les plus importantes sont celles qui ont trait aux dépenses à l'amortissement et d'intérêt. En ce
qui concerne l'amortissement, les biens sont regroupés par catégories et l'amortissement est
calculé chaque année sur le solde non amorti de chaque catégorie. Un taux maximal
d'amortissement s'applique à chacune d'elles. Les méthodes de l’amortissement accéléré, du
solde dégressif et, plus rarement l'amortissement linéaire, sont permisses aux fins fiscales.

3.5 Royautés

Les royautés représentent certains montants d'argent que l'on verse, en général, annuellement au
propriétaire du terrain (celui qui a soit le permis de prospection, soit le permis d'exploitation) où
se trouve le gisement. Il est pratiqué de négocier les royautés selon un des scénarios suivants:

i) En fonction de la production du métal (Gross Production Royalty)


C'est probablement le plus risqué scénario du point de vue du producteur. Le montant
annuel à payer est calculé en multipliant la quantité de métal produit par un taux exprimé
en dollars par unité de métal, (par exemple 0,05 $ par 1 kilogramme de métal produit).
ii) En fonction de la valeur nette à la fonderie (Net Smelter Return : NSR)
En termes de risque pour le producteur, cette façon de payer représente un risque moyen.
Le montant annuel à payer est calculé en multipliant la quantité de métal produit par un
taux, exprimé en dollars par la valeur nette au smelter. Cette dernière valeur change selon
les fluctuations des prix de métaux et des coûts de fusion.
iii) En fonction de profit net (Net Profits Interest : NPI)
Cette façon de calculer la royauté est la plus risquée pour le propriétaire du terrain minier.
En effet, il est exposé aux fluctuations des prix de métaux, des coûts de capital et des
coûts d'opération. Si la compagnie minière ne réalise pas de profits, les royautés ne sont
pas payées.

3.6 Revenus, coûts, dépenses, et profits

Il faut d’abord clairement distinguer les notions de dépenses et de coûts. La notion de dépenses se
rapport à une période donnée (le plus souvent un an, alors que la notion de coût se rapport quant à
elle à une unité. Dans les mines le plus souvent cette unité est la tonne de minerai, mais également
elle peut être un gramme, une once ou un livre de métal. Pour cette raison on parle de coûts unitaires.

Les revenus unitaires et coûts unitaires d’opération relatifs au projet ou à une exploitation en cours
restent les deux composantes majeures à évaluer et ils permettent le calcul : de la teneur de coupure
afin d’évaluer les réserves minières et du profit unitaire d’opération. Les revenus et dépenses
d’opération (opératoires) annuels peuvent être par après évalués et ils permettent le calcul : du flux
monétaire du projet avant impôts et droits miniers et d’autres paramètres caractérisant les
performances techniques et économiques d’un projet minier ou d’une exploitation en cours.

3.6
Les revenus (recettes) sont réalisés suite à la vente de métal (or, argent, par exemple) ou de
concentré (cuivre, zinc, plomb, par exemple) et ils doivent êtres supérieurs aux coûts d’opération.

La différence entre les revenus et les dépenses d’opération s'appelle la marge bénéficiaire ou le
profit d’opération. Cette dernière marge doit couvrir, entre autre, l'amortissement de l'investissement
(remboursement des emprunts: capital et intérêt). La différence entre le profit d’opération et
l'amortissement s'appelle le bénéfice imposable. Le profit net (Bénéfice net) constitue la différence
entre le profit imposable et l’impôt payé.

Le profit net peut être redistribué par une compagnie minière comme suit:

 le profit non réparti que la compagnie minière va garder pour elle afin de couvrir des dépenses
pour poursuivre les recherches et travaux d'exploration et trouver de nouveaux gisements à
exploiter. Ceci pour maintenir un certain tonnage constant des réserves minières et mieux
encore de le pouvoir d'augmenter,
 les dividendes pour procurer une juste rémunération aux actionnaires pour leur investissement
ainsi que le risque encouru. Les projets miniers sont reconnus comme un investissement à
un risque assez élevé.

3.6.1 Coûts unitaires

Les deux principaux coûts à déterminer sont :


 le coût d’opération (coût de production), et
 le coût total d’opération (production).

Ils sont exprimés, soit par tonne de minerai extrait et envoyé à l’usine de traitement (tout-venant),
soit par unité de métal produit.

Le coût total d'opération (CT1) est exprimé par l’équation (3.2):

CT1 = CP1 + CA1 (3.2)


Où :
 CP1 : coût unitaire production,
 CA1 : coût unitaire d'amortissement, c'est-à-dire le remboursement du coût
d’investissement.

3.6.1.1 Coût unitaire d’opération (de production), (CP1 en $/t),

Le coût unitaire d’opération est composé de:


- coût des travaux préparatoires:
 dans le stérile,
 dans le minerai,
3.7
 forage de définition au diamant, et
 autres coûts si requis,

- coût d'abattage:
 forage et sautage,
 déblaiement, soutirage - transport,
 support,
 remblayage si requis,

- coût de traitement du minerai et de stockage des résidus,


- autres coûts (coûts indirects):
 hissage,
 ventilation,
 pompage d'eau,
 services (géologie, ingénierie, mécanique, électrique et autres),
 administration,
 environnement.

Ces coûts sont souvent regroupés comme suit:


- coût de minage = (coût des travaux préparatoires) + (coût d'abattage),
- coût de production = (coût de minage) + (coût de traitement du minerai et de stockage
des résidus) + (autres coûts = coûts indirects).

Le coût de production dépend principalement du coût de la main d'oeuvre, des méthodes


d'exploitation utilisées (sélectives ou en vrac), et de leur degré de mécanisation, du procédé de
traitement et de coût d'énergie.

En Amérique du Nord le coût unitaire de production varie entre 15 $/t (méthodes en vrac) et 110 $/t
(méthodes sélectives surtout dans le cas des gisements filoniens de faible puissance).
Voici quelques coûts unitaires de production :

 Mine Lapa d’Agnico Eagle Inc. : 68,55 $/t (méthode par chambre vide, gisement de faible
puissance)
 Mine Goldex d’Agnico Eagle Inc. : 22 $/t (méthode hybride en vrac)
 Mine LaRonde : 74 $/t (méthode chambre vide, conditions géotechniques difficiles)

La diminution du coût d’opération reste une composante majeure de la politique envers des
investisseurs potentiels et ce pour trois raisons :

 En influençant largement l’intérêt des investisseurs vers l’entreprise minière le coût d’opération
induit un haut niveau d’intérêt; à un coût peu élevé, par unité de métal, correspond normalement
un fort intérêt de la part d’investisseurs. Le profit d’opération est la différence entre le revenu et
le coût d’opération.

3.8
 Le coût d’opération conditionne les profits unitaires et par delà la rentabilité globale de
l’entreprise.
 Le coût unitaire d’opération, par unité de métal, influence la perception de l’investisseur. À un
coût élevé sera généralement attachée une image de faible performance et de haut niveau de
risque économique de la compagnie minière.

3.6.1.2 Coût unitaire d’amortissement (CA1 en $/t)

En plus du coût de production, l’autre dépense importante de la mine est l’investissement initial. Cet
investissement (plus intérêt) devra être ensuite remboursé par les revenus de l’exploitation. Selon
Mining Engineerig Handbook [3.5] l’investissement initial est considéré comme étant la somme des
dépenses pour construire l’infrastructure souterraine de la mine ainsi que toutes les installations à la
surface (accès, usine de traitement, ateliers et autres) avant de pouvoir exploiter le gisement. En ce
qui concerne l’infrastructure souterraine de la mine, on suppose que les dépenses capitalisées sont
ceux qui sont nécessaires pour effectuer les travaux d’infrastructure générale permettant exploiter le
gisement pendant cinq ans et les travaux préparatoires dans les chantiers d’abattage permettant
l’extraction du minerai pendant six premiers mois de l’opération.

Au Canada l'investissement initial est considéré comme étant la somme des dépenses pour construire
l’infrastructure souterraine de la mine ainsi que toutes les installations à la surface (accès, usine de
traitement, ateliers et autres) jusqu'à le moment que la mine atteint de 60 % de sa capacité
d'extraction planifiée [3.3].

Le coût de l’investissement, en fonction de rentabilité d'un projet minier et/ou en fonction du régime
fiscal, peut être amorti pendant quelques premières années à partir de l'entrée de la mine en
production ou il peut être réparti sur toute la durée de vie de la mine. Dans le second cas, pour un
investissement (I) emprunté au taux (i), amortissable par (N) annuités constantes (A), il existe la
relation suivante entre les différents paramètres :

i (1  i ) N
A I  = I x FRAC (3.3)
(1  i ) N  1

 pour un taux d’intérêt nul : A = I / N,


 pour une durée d’amortissement très longue A ≈ I x i
 FRAC : facteur de recouvrement annuel de capital

Ainsi avec les paramètres :


I : investissement dépensé pour construire la mine ($),
N : durée de vie de la mine (ans),
i : taux d’intérêt (ce taux est également appelé le taux d’actualisation), et
TA : taux (cadence) annuel d’extraction du minerai (t/an),

3.9
on peut estimer le coût unitaire moyen de l’investissement (coût unitaire d’amortissement : CA1 en
$/t) par tonne de minerai extrait :

I i (1 i ) N I
CA1     FRAC ($/t) (3.4)
TA (1  i )  1 TA
N

Exemple 3.1
Évaluer le coût unitaire du capital par tonne de minerai dans le cas d’exploitation d’un gisement
typique d’or au Québec.

Données :
 réserves minières : 2 385 000 tonnes,
 durée de vie de la mine : 9 ans
 taux annuel d’extraction : TA = 265 000 t/an
 investissement : I = 93 000 000 $
 taux d’actualisation : i = 15%

Solution :

93000000 0,15(10,15) 9
CA1    73,55 $ / t
265000 (10,15) 9 1

3.6.1.3 Coût unitaire total de production (CT1 en $/t)

Tel que discuté précédemment, le coût unitaire total de production est donné par l’équation :

CT1 = CP1 + CA1 (3.5)

Il faudra donc que la teneur moyenne ou NSR moyen du gisement soient supérieurs à la teneur de
coupure où au NSR de coupure (dépendant toutes les deux des coûts de production) pour que le
gisement puisse être exploité avec une rentabilité exigée par une société minière.

3.6.2 Revenu unitaire à la mine (RV1 en $/t)

La mine comprend habituellement une exploitation souterraine dans laquelle le minerai tout-venant
est extrait et une usine de traitement (moulin ou Mill) pour séparer les minéraux de valeur
économique des minéraux non économiques (gangue). Le tout-venant peut être traité à l'usine de
traitement par des procédés de séparation physiques (flottation: notamment pour métaux de base
comme cuivre, zinc, cobalt et autres) et chimiques (cyanuration: notamment pour l'or). Le produit de
3.10
la flottation est un concentré. Le concentré peut contenir un seul métal (cuivre par exemple) ou dans
le cas des gisements polymétalliques deux ou plusieurs métaux (cuivre, zinc, plomb, par exemple).
Le produit de la cyanuration est un métal (or, par exemple). Cependant il est impossible de récupérer
pendant les procédés de traitement toute la quantité de métal contenue dans le minerai.

Le revenu unitaire à la mine RV1 ($/t), provient de la vente du concentré ou du métal obtenue d’une
tonne de minerai extrait et traité.

1) Revenu dans le cas où la mine produit et vend le concentré (NSR)


Pendant la flottation on peut récupérer en général entre 60 % (Sn) et 96 % (Cu) du métal contenu
dans le minerai. En plus la mine vend le concentré à la fonderie (smelter) et non pas le métal sur le
marché. Pour que la fonderie puisse vendre le métal sur le marché (Bourse à Londres ou à New
York) il doit transformer le concentré en métal. Elle lui faut donc plusieurs étapes à franchir et
certaines dépenses à faire (transport de concentré entre la mine et la fonderie, fusion et raffinage de
métal, marketing et autres). C'est pour cette raison que le revenu réel que la mine va disposer à partir
de la vente du concentré (revenu à la mine) ne constitue qu’une fraction de sa valeur réelle. Le
revenu à la mine obtenu de la vente du concentré produit d’une tonne de minerai traité (tout venant)
est appelé le Revenu Net à la Fonderie (RNF) ou en anglais Net Smelter Return (NSR), (fig.3.3).

Le NSR représente le revenu unitaire, que la mine va disposer, à partir d’une tonne de minerai extrait
du gisement et traité à l’usine de traitement et il ne constitue donc qu'une fraction « a » de la valeur
initiale du métal, ou des métaux, contenue dans ce minerai. Le NSR est exprimé en dollars par tonne
de minerai extrait et traité ($/t).

Fig. 3.3 Illustration du NSR à la mine – cas du cuivre

Sans entrer en détail, dans les formules de vente des concentrés, on peut exprimer le NSR de la façon
suivante:
RV1 = NSR = a x Vi (3.6.)
3.11
où :
Vi = tm x RU x P (3.7)
Vi : valeur initiale du métal récupéré par la mine à partir d’une tonne de minerai extrait
et traité ($/t),
tm : teneur de métal (%),
RU : récupération de métal à l’usine de traitement (en fraction ou en %),
P : prix du métal à la bourse ($/once, $/lb, $/kg ou $/t),
a : fraction de la valeur initiale du métal payé par la fonderie à la mine.

En fonction du type de minerai, du procédé de traitement et de fusion, du prix d'un métal et d'autres
paramètres cette fraction "a", laquelle revient à la mine peut varier de 0,45 à 0,75.

Exemple 3.2
Calculer la valeur initiale d'une tonne de minerai de cuivre.

Données:
- minerai de cuivre: 4% Cu,
- prix de cuivre: 8 000 $/tonne = 8 $/kg ou environ de 3,6 $/livre
- récupération à l’usine de traitement : RU = 95%.

Solution:
- quantité récupérée de Cu = 1 tonne x 4% Cu x 0,95 = (1000 kg x 4/100) x
x 0,95 = 38 kg Cu/tonne
- valeur initiale (Vi) = 38 kg/tonne x 8 $/kg = 304 $/tonne

Exemple 3.3
Calculer le NSR à partir des données de l’exemple 3.2, dans le cas où la mine obtient 60% (a = 0,6)
de la valeur de cuivre contenu dans le minerai.

NSR = a x Vi = 0,6 x 304 $/t = 182,4 $/t

La mine obtient donc un revenu unitaire de 182,4 $ par tonne de minerai extrait et traité.

2) Revenu dans le cas où la mine produit et vend le métal


C’est, le plus souvent, le cas de l’exploitation de minerai d’or. Dans ce cas la mine produit (avec le
procédé par cyanuration, par exemple) et vend de l’or.
Le revenu unitaire, que va disposer la mine, par tonne de minerai extrait et traité se calcul comme
suit :

RV1 = tm x RU x P (3.8)
où :
tm : teneur de minerai (g/t ou once/t),
3.12
RU : récupération de l’or pendant les procédés de traitement (en fraction),
P :prix de l’or ($/g ou $/once)

En fonction du type de minerai, du procédé de traitement et de et d'autres paramètres la récupération


de l’or varie entre 90% et 98%.

Exemple 3.4
Une mine prévoit d’exploiter le minerai d’or dont la teneur moyenne est de 5 g Au/t. Le prix de l’or
est de 1 400 $US/once et la récupération à l’usine de traitement est de 97%. Dans ces conditions
calculer le revenu unitaire (RV1).

Solution :
1 once : 31,1035 g
RV1 = tm x RU x P = (5/31,1035) x 0,97 x 1 400 = 218,3 $US/t

La mine obtient donc un revenu unitaire de 218,3 $US par tonne de minerai extrait et traité

3.6.3 Profit unitaire d’opération, teneur de coupure et NSR de coupure

Pour réaliser le profit d’opération le revenu d'opération provenant de la vente de métaux ou de


concentrés doit être supérieur du coût unitaire d’opération.

V 1)
(R
on
CP1, RV1 ($/t)

ti
ra
’o pé
d
nu
ve
Re

Fig. 3.4 Interprétation de la teneur de coupure (tc) et de NSRc

Dans le cas, où le profit unitaire d’opération (PO1) est égal à zéro (fig. 3.4) :
3.13
PO1 = RV1 - CP1 = 0 (3.9)

on aura:
CP1 = RV1 (3.9a)
où:
PO1: profit unitaire d’opération ($/t),
CP1: coût unitaire d’opération ($/t),
RV1: revenu unitaire d’opération ($/t),

C'est à partir de l'équation (3.9a) qu'on calcule la teneur de coupure (tc) (Cut-off grade) ou le Net
Smelter Return de coupure (NSRc). Ces deux paramètres permettent de distinguer le minerai du
stérile et de passer des ressources minérales aux réserves minières. En effet, si:

- la teneur du minerai tm ≥ tc ou NSRm ≥ NSRc; on va parler du minerai lequel peut être exploité
de façon économique (avec profit) par la mine (dans les conditions techniques et du marché
données). Si, par contre le coût de production augmenterait ou le prix de métal diminuerait, le
minerai peut devenir le stérile,
- la teneur du minerai tm < tc ou NSRm < NSRc; on va parler du stérile lequel ne peut pas être
exploité avec profit (dans les conditions techniques et du marché données). Si, par contre le
coût de production diminuerait ou le prix de métal augmenterait, le stérile peut devenir le
minerai.

Exemple 3.5
Calculer la teneur de coupure pour un gisement d’or lequel sera exploité par la méthode chambre
vide (Open Stope) avec longs trous de gros diamètre. Utiliser les données suivantes :
prix de l’or : P = 1 400 $US/once,
coût unitaire de production : CP1 = 65 $ Can/t
récupération : RU = 95%
taux de change : TCH = 1,00 $US = 0,96 $ Can

Solution :
Revenu unitaire :
RV1 = tm x RU x P x TCH (3.10)

En remplaçant RV1 dans l’équation (3.9a) par l’équation (3.10) on a :

CP1 = tm x RU x P x TCH (3.11)

En soutirant tm de l’équation (3.11) on a :

tm = tc = CP1 / RU x P x TCH (3.12)

Après avoir introduire les données on a :


3.14
tc = (65 $ Can/t) / (0,95 x 1 400 $ US/once x 0,96) = 0,0509 once/t = 1,5834 g Au/t

Cette teneur de coupure sera une teneur marginale qui équilibre le revenu et coût de production d’une
tonne de minerai.

Exemple 3.6
Calculer la teneur de coupure pur un gisement de cuivre lequel sera exploité par la méthode
d’abattage par chambre vide.

Données :
 prix de cuivre : 3,63 $US/lb = 7,99 $US/kg (1 kg = 2,2 lb)
 coût de production : 45 $ Can/t
 récupération de cuivre a l’usine de traitement : 92%
 taux de change : 1,00 $US = 0,96 $ Can
 a = 0,65: fraction de la valeur initiale du métal payé à la mine par la fonderie.

Solution :
CP1 = RV1 = NSR

NSR = tm x (0,92 x 3,63 x 2,2 x 0,96 x 0,65) x (1000/100) = tm x 45,85 $Can /t


tm = tc = (45 $Can /t ) / (45,85 $Can / t) = 0,98 % Cu

Cette teneur de coupure sera une teneur marginale qui équilibre le revenu et coût de production d’une
tonne de minerai.

3.6.4 Teneur de rentabilité économique et NSR de rentabilité économique

Pour qu’un gisement puisse être exploité avec une rentabilité exigée par une société minière la
teneur moyenne ou le NSR moyen du gisement doivent être supérieurs de la teneur ou du NSR de
rentabilité économique. Ceci pour permettre à l'entreprise de rembourser, le coût de capital (intérêts
y inclus), dépensé pour la construction de la mine.

Le coût total de production peut être exprimé comme le coût unitaire (en $/t: coût à la tonne de
minerai extrait et traité) ou le coût annuel ($/an).
Ce coût doit être couvert par les revenus d'exploitation provenant de la vente de métaux ou de
concentrés de la même période:

- pour une tonne de minerai tout-venant on aura:

CT1 ≤ RV1 (3.13)


où:
CT1: coût unitaire total de production ($/t),
3.15
RV1: revenu unitaire (valeur de métal dans la tonne de minerai tout-venant pour la mine en $/t)

C'est à partir de l'équation (3.13) qu'on calcule la teneur de rentabilité économique (tre) ou le Net
Smelter Return de rentabilité économique (NSRce). L’un où l’autre de ces deux paramètres permet
de juger si un projet d’exploitation minière et rentable ou non du point de vie des critères de
rentabilité fixés par une société minière et donc si les ressources minérales peuvent devenir les
réserves minières.

Exemple 3.7
Calculer la teneur de rentabilité économique d’un gisement d’or de des exemples 3.1 et 3.5, lequel
sera exploité par la méthode chambre vide avec longs trous de gros diamètre. Comparer cette teneur
avec la teneur de coupure et discuter les résultats obtenus.

Données :
prix de l’or : P = 1 400 $US/once,
coût unitaire de production : CP1 = 65 $ Can/t
coût unitaire de capital : CA1 = 73,55 $ Can/t (i = 15 %), voir exemple 3.1
récupération : RU = 95%
taux de change : TCH = 1,00 $US = 0,96 $ Can

Solution :
Revenu unitaire :
RV1 = tmoy x RU x P x TCH

Coût unitaire total de l’extraction :


CT1 = CP1 + CA1

Pour que l’exploitation soit rentable il faut que:

CT1 ≤ RV1

CP1 + CA1 ≤ tmoy x RU x P x TCH

En soutirant de la dernière équation tmoy on a :

tmoy ≥ tre = (CP1 + CA1) / RU x P x TCH

Après avoir introduire les données on a :

tre ≥ (65 + 73,55) $ Can/t / (0,95 x 1 400 $ US/once x 0,96) = 0,1085 once/t = 3,375 g Au/t

Cette teneur moyenne du gisement devrait être supérieure ou égale à la teneur de rentabilité
économique pour que ce dernier puisse être exploité de façon rentable, selon le critère de rentabilité
(i = 15%). Dans ce cas la teneur de coupure est de 1,5834 g Au/t et la teneur moyenne du gisement
3.16
doit être égale ou supérieure à 3,375 g Au/t.

Exercice 3.1

Une société minière prévoit d’exploiter le minerai d’or dont les informations, compilées par des
géologues, sur des ressources géologiques sont données au tableau 1.

Tableau 1 Tonnage des réserves géologiques


Dimensions (m) Pendage du Masse Teneur
gisement volumique
largeur hauteur puissance degrés (t/m3) g Au/t
250 200 3 90 2,8 1,4
300 300 3,5 90 2,9 2,0
400 400 5,0 90 2,8 6,0

Les résultats préliminaires de l’étude de faisabilité ont démontré que la qualité des épontes et de
minerai est bonne. On suggère donc la méthode d’exploitation par chambre vide avec l’ouverture
(largeur) minimale exigée de chantiers d’abattage de 4,0 m. La masse volumique du stérile des
épontes est de 2,7 t/m3. Le facteur de recouvrement des réserves minières est de 90 %. Le coût
d'opération est de 60 $ Can. /t. Le prix de l’or est de 1 500,00 $US/once, le taux de change est
de 1 $US = 0,96 $ Can et la récupération de l’or à l’usine de traitement est de 96 %. Le coût
d’investissement est estimé à 180 000 000 $ et son rendement minimum désiré (taux
d'actualisation) est de 12 %.

Note :
1 t = 1,1023 tonnes courtes (tc),
1 once = 31,1035 g.

Dans ces conditions faire les calculs, trouvées les valeurs :


 la teneur de coupure
 le facteur de dilution planifiée
 tonnage des réserves minières exploitables
 teneur moyenne des réserves minières exploitables
 teneur de rentabilité économique
Discuter également les résultats obtenus.
Réponses :
Teneur de coupure (1,35 g Au/t), facteur de dilution planifiée (1,039), tonnage des réserves
minières exploitables (2 947 500 t), teneur moyenne des réserves minières exploitables (4,6617 g
Au/t), teneur de rentabilité économique (3, 6382 g Au/t).

3.17
BIBLIOGRAPHIE

[3.1] Mining Association of Canada (1999): "Mining in Canada: Facts & Figures).
[3.2] Tolgyesi, D. (1995): "Bilan économique de la mine Lac Shortt", Mémoire de maîtrise,
Faculté des études supérieures, Université Laval.
[3.3] Price Waterhouse Coopers (2009): "Canadian Mining Taxation-2009", pp.68.
[3.4] Mining Cost Service Indexes: Surface & Underground Mining & Milling Operations,
http://costs.infomine.com/costdatacenter/mcsi.aspx?c=canada&m=2
[3.5] Society for Mining, Metallurgy, and Exploration (1992): “SME Mining Engineerig
Handbook”, Vol. 1, pp.1269.

3.18