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L'incipit et l'excipit sont deux moments intéressants dans un roman.

Ils nous permettent de


comprendre les choix narratifs du romancier. Leur comparaison nous renseigne sur la construction
du roman et sa signification. Ici, le passage constitue l'ouverture du roman de Maupassant, Bel-Ami,
publié en1885, roman le plus important après Une Vie et qui s’inscrit dans le mouvement réaliste. Ce
mouvement a pour ambition d’être le plus fidèle possible à la réalité afin d’en dénoncer les abus.Le
titre Bel-Ami est aussi le surnom donné au personnage Georges DUROY, sur lequel s'ouvre et
s'achève le roman, c'est un surnom doux à connotation valorisante pour celui qui le porte. Ce
passage va nous permettre d'apporter une réponse aux questions que se pose tout lecteur de
roman : Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? En nous demandant quelles sont les fonctions de l’incipit ?

Nous verrons dans un premier temps que c’est un incipit réaliste puis dans un second temps, un
incipit prémonitoire.

L’incipit d’un roman réaliste

a-les indices spatio-temporels

Le début in medias res fait entrer le lecteur dans un cadre réaliste, celui du Paris de la deuxième
moitié du XIXe siècle : « 28 juin », « Rue Notre-Dame-de-Lorette», « boulevards ». Un Paris nocturne
décrit à travers ses figures de rencontres, caissière, femmes dans le restaurant, foule, concierge,
passants...

b-le portrait de Georges Duroy

Le récit suit la déambulation d’un personnage, de sa sortie d’un restaurant à sa marche solitaire dans
les rues, et offre un premier portrait physique et moral : Duroy est un bel homme. Son portrait
physique est mélioratif. Il suggère cependant son statut social : « élégance tapageuse, un peu
commune, réelle cependant » (l. 27-28), « mauvais sujet des romans populaires » (l. 32), un homme
fier et soucieux de son image (description physique dans les 2e et 5e paragraphes). Le 4e paragraphe
éclaire sa situation financière précaire, dans un enchaînement de longues phrases , on peut relever
notamment des énumérations « déjeuners, dîners, collations », ainsi que le chiasme à la ligne 13 
« deux dîners sans déjeuners ou deux déjeuners sans dîners »décrivant avec précision en focalisation
interne ses soucis pour manger. C’est donc un portrait en demi-teinte qui ouvre le roman : un
personnage en devenir, saisi au moment initial par le regard faussement distancié du narrateur.

L’incipit remplit ici ses fonctions traditionnelles d’information : il répond aux questions du lecteur sur
le cadre spatio-temporel, il présente le personnage principal dans sa situation initiale et dans ses
aspirations.

2.Un incipit programmatique

a-le pacte de lecture

L’incipit n’a pas qu’une fonction informative, il en dit déjà beaucoup sur l’intrigue à venir. La
première phrase contient en germe les thématiques du roman (rencontre avec une femme, motif de
l’argent, mouvement constant du personnage en marche vers sa réussite). La mention suggestive de
la « moustache » (l. 4, 29), récurrente dans le roman, des images de chasseur comme « des coups
d’épervier » (l. 6), suggèrent l’ambition de Duroy. Le champ lexical de la marche, du mouvement, fait
de lui une figure désireuse d’avancer, image de son ascension sociale à
venir « sortit,marchait,avançait brutalement,battait le pavé… ».
b-l’ambition de Duroy, un personnage en devenir.

Plus loin, on note la description des femmes qui le regardent, révélant déjà le pouvoir de séduction
de Duroy : « Les femmes avaient levé la tête […] prix fixe » (3e paragraphe). On notera la gradation
dans l’échelle sociale de ces figures féminines, qui sont comme des projections des personnages à
venir « ouvrières,maîtresse de musique,deux bourgeoises »(l.6-8). La description même de Paris, et
surtout l’opposition entre deux lieux, annonce l’excipit et le chemin que parcourra le personnage :
l’atmosphère lourde et nauséabonde des boulevards : « chaude comme une étuve »
comparaison ;les égouts…haleines empestées » personnification (sensations olfactives et tactiles,
description péjorative) porte son désir vers « Les Champs- Élysées et l’avenue du Bois-de-Boulogne »
(« air frais », l. 42-43).