fil des années de nombreuses donations.

Cécile
à été l’actif artisan de ces enrichissements dont
les derniers datent de 2013. Une centaine de
planches dessinées et aquarellées couvrant la to-
talité de l’œuvre de Jean Frélaut, ont donné lieu à
l’exposition « Jean Frélaut, nouvelle donation ».
La générosité de cette famille ne s’attache pas
seulement à l’œuvre de Jean, elle vient aussi de
la branche parisienne. En 2008 quand la ferme-
ture de l’atelier Lacourière-Frélaut est inéluc-
table, Denise fait don au musée de 165 planches
gravées originales de l’artiste Olivier Debré, par-
mi lesquelles les séries « Signe-personnage » L’atelier Lacourière-Frélaut (par B. Hubert Darbois ADGP).
et «  Signe-paysage » réalisées dans les années
199O. Ces œuvres majeures de la seconde moitié puisse rendre à la famille Frélaut pour son indé-
du xxème siècle seront présentées à la Cohue avec fectible générosité, est de donner à son musée
un choix de peintures de très grands formats, en toute l’importance qu’il mérite.
2010, sous le titre « Olivier Debré Signes pay-
sages – Signes gravés ». Marie-Françoise Le Saux.
Le plus bel hommage que la Ville de Vannes

sera renvoyé un mois seulement avant le fin de
OCTAVE MIRBEAU
l’année scolaire, dans des conditions jamais élu-
(1848-1917)
cidées. Mauvaises notes ? Indiscipline ? Affaire
Prophète de l’art moderne de moeurs ? (*) En 1887-1888, il revient dans la
région pour vivre au château de Kérisper, près
En cette année 2017, d’Auray, en face du petit port du Bono. Il y ac-
se commémore en cueillera Auguste Rodin, le célèbre sculpteur, qui
France et à l’étranger passera trois semaines avec lui. Sur les bords de
le centenaire de la la rive droite du Sal, il écrit l’un de ses meilleurs
disparition d’Octave romans selon ses fidèles, L’Abbé Jules.
Mirbeau, journa-
liste, pamphlétaire,
romancier, auteur
dramatique, critique
d’art, membre de
l’Académie Gon-
court dès sa création
en 1890. Après un
demi-siècle de pur-
Portrait d’Octave Mirbeau par
Félix Vallotton (1902). gatoire, on reconnaît
enfin son génie et sa
Propriété de Kérisper, près d’Auray
modernité.
Né en 1848 à Trévières (Calvados), Octave Mir- Type même de l’écrivain engagé, passé de la
beau passe son enfance à Rémalard (Orne) dans presse conservatrice, bonapartiste, monarchiste,
le Perche, où son père s’est installé avec sa fa- à la gauche libertaire, sans être jamais encarté,
mille comme officier de santé. Mirbeau a été il fut un ardent dreyfusard et l’un des grands
pensionnaire au collège des jésuites de Vannes, combattants de «L’Affaire», dont le rôle a été
Saint-François-Xavier, de 1859 à 1863, d’où il longtemps occulté ou sous-estimé. Son passage
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chez les jésuites de Vannes l’aura marqué d’une partage les idées anarchistes (Pissarro est peut-
empreinte profonde et durable et développera être à l’origine de sa conversion à l’anarchisme).
chez lui une sensibilité et une nature bouillon- « Dans ses toiles, nous avons l’idée réelle de cette
nantes, que l’on retrouve dans toute sa création immensité où l’homme n’est plus qu’une tache à
artistique. Création foisonnante, tant dans ses peine perceptible ».
romans, ses contes cruels, son théâtre, ses chro-
Edgar Degas
niques sur l’art. Nous nous limiterons ici à une
courte synthèse des seuls engagements esthé- « Ses danseuses sont, comme il le dit lui-même,
tiques de Mirbeau, voire combats, comme cri- non pas de simples tableaux ou de simples
tique d’art. études, mais des méditations sur la danse ».
Chez Octave Mirbeau la peinture est une véri- Paul Cézanne
table passion. Elle lui permet de se racheter des
« Pauvre inconnu de génie ». En 1905, Mirbeau
ses compromissions journalistiques, en promou-
se livre à une attaque en règle contre la politique
vant par ses écrits les artistes novateurs qu’il
culturelle de l’état. Il prend l’exemple de Cé-
aime. Pour avoir parcouru les grands musées
zanne, qui vient d’être refusé d’exposition par les
européens, il connaît les grands maîtres du pas-
membres de l’Institut. « Un tableau de Cézanne,
sé, Rembrandt, la ferveur de sa vie, Van Eyck,
le peintre des peintres, refusé par ces infimes et
Rubens, Vermeer, Goya, Titien, Véronèse, Vélas-
insolents barbouilleurs… » Cézanne, prodigieux
quez, Chardin... Plus près de lui ses références
renouveleur d’idéal, inventeur logique d’harmo-
sont Delacroix, Ingres, Millet, Corot, Manet. Dès
nies... ».
1874 il se lance dans une vaste lutte pour dé-
boulonner les gloires de l’académisme – Caba- Paul Gauguin.
nel, Bonnat, Gérôme, Boulanger, Bouguereau Mirbeau s’est battu pour imposer Gauguin, « un
– et dénoncer l’Etat, qui contrôle l’Académie, être en quête d’absolu  ». Dans ses articles de
l’Ecole des Beaux-Arts, les Salons annuels et, par 1891, il célèbre en lui une «  sorte de Rimbaud
jurys interposés, accorde des breloques aux ar- de l’art graphique ». Gauguin incarne pour Mir-
tistes pompiers et exclut les novateurs. beau « l’Artiste », dont l’œuvre témoigne de la
à partir de 1884, Mirbeau évolue vers l’anar- vie. Son Christ jaune inspire au critique l’un de
chisme et sa carrière de critique d’art – nom qu’il ses plus beaux commen-
déteste – redouté et sollicité devient une véri- taires. «  Le Christ, telle
table mission : éduquer, participer à la grande une divinité papoue,
révolution du regard, apprendre au public, sommairement taillé
conditionné et borné, à dépasser son attendris- dans un tronc d’arbre
sement stupide devant les toiles lénifiantes. Doté par un artiste local, le
d’un flair quasiment infaillible – Gustave Geffroy
Christ piteux et bar-
parle de «  prescience  » – il apparaît comme le
bare, est peinturluré de
prophète de l’art moderne.
jaune... Et la mélancolie
Claude Monet de ce Christ est indicible.
Pour Mirbeau, Monet est le premier à avoir su Sa tête a d’affreuses tris-
peindre la lumière, fixer l’instant et donner vie à tesses; sa chair maigre a comme des regrets de
la peinture. « Il y a du génie en M. Claude Mo- la torture ancienne et il semble se dire, en voyant
net. Jamais je n’ai vu la nature interprétée avec à ses pieds cette humanité misérable et qui ne
une pareille éloquence ». « On peut dire de lui comprend pas : «  Et pourtant, si mon martyre
qu’il a véritablement inventé la mer, car il est le avait été inutile ? ».
seul qui l’ait comprise et rendue avec ses chan- Vincent Van Gogh.
geants aspects, ses rythmes énormes, son mou-
Comment ce fou de peinture aurait laissé Mir-
vement... »
beau indifférent ? Mirbeau admire son style si
Camille Pissarro personnel, son dessin forcené, la valeur symbo-
Mirbeau admire le peintre sans réserve et il aime lique de ses couleurs, sa lumière chaude, sa ca-
l’homme. Il voit en lui un guide spirituel, dont il pacité à faire « déborder sa personnalité en illu-
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minations ardentes sur tout ce qu’il voyait, tout rigides et étriqués. Mais il ne se contente pas de
ce qu’il touchait, tout ce qu’il sentait ». L’expres- promouvoir les génies méconnus de la création
sionnisme avant la lettre. Mirbeau est le premier artistique. Il encourage aussi les artistes plus se-
à acheter Les Iris et Les Tournesols, les tableaux condaires. Qu’il nous soit permis d’évoquer en
parmi les plus chers du monde actuellement ! conclusion l’excellent peintre Maxime Maufra,
Les sculpteurs ne sont pas en reste : ami de Gauguin (ils étaient rares), bien représen-
té dans la collection permanente des musées de
Auguste Rodin Pont-Aven et de Quimper. Il a vécu et est inhu-
Pour Mirbeau, Rodin a été avec Monet « l’un des mé à Saint-Pierre-Quiberon. Son petit-fils nous
grands dieux de son coeur ». à partir de 1885, confiait que les parents du peintre voulaient le
il lui consacre une dizaine voir prendre la suite de l’entreprise familiale à
d’articles enthousiastes et Nantes et surtout ne pas faire carrière dans la
participe à toutes ses grandes peinture. Un article élogieux de Mirbeau en
batailles. Il voit en lui le suc- 1886 révéla Maufra et leva toutes les réticences
cesseur de Michel-Ange, qui familiales... Le rôle d’Octave Mirbeau dans l’his-
a su exprimer la vie par le toire des beaux-arts aura été considérable. Nous
mouvement et synthétiser les n’avons fait que l’esquisser.
sentiments humains les plus Jean-Paul Kervadec.
Buste de Mirbeau poignants et le tragique de
par Rodin (1889). * Sur cette période cruciale de sa vie d’adolescent, Mir-
la condition humaine. Rodin,
beau a écrit un roman vengeur Sébastien Roch, publié
reconnaissant, écrit à Mirbeau en 1910 : « Vous
en 1890, en partie autobiographique. La description des
avez tout fait dans ma vie, et vous en avez fait le lieux est encore reconnaissable aujourd’hui : bâtiments,
succès ». cloître, cours de récréation, Golfe du Morbihan, lieu
Camille Claudel de promenade à Pen Boc’h, pèlerinage à Sainte-Anne
Mirbeau a très tôt, dès 1893, commenté La Valse d’Auray. Le service du Patrimoine de la Ville de Vannes,
et proclamé le « génie » de Camille Claudel, qui qui depuis l’an 2000 veut faire du port une vitrine de la
ville, s’est même servi de sa description par Mirbeau sur
ne sera reconnu qu’un siècle plus tard. Il plai-
une fiche documentaire ! Et l’auteur de cet article recon-
dera auprès de l’Etat pour qu’elle puisse obtenir
naît dans la chapelle des internes du roman, « sombre,
des commandes et vivre de son art. Sans grand basse, étouffante », son ancienne salle d’étude, traver-
succès. sée parfois par des rats qui n’étaient pas tous de biblio-
Aristide Maillol thèque.
Aux antipodes de Rodin par sa sérénité et son
statisme, c’est encore Mirbeau qui a su le dis- Bibliographie : Octave Mirbeau. Combats
tinguer contre les critiques incompréhensifs, esthétiques, édition établie, présentée et anno-
prouvant l’éclectisme de ses jugements et son tée par Pierre Michel et Jean-François Nivet, Sé-
refus des étiquettes réductrices. Avec le recul, guier, 1993; Dictionnaire Octave Mirbeau, sous
force est de constater que Mirbeau fut un for- la direction de Yannick Lemarié et Pierre Michel,
midable visionnaire, en affirmant les droits de L’âge d’Homme, 2011, entièrement en ligne sur
la subjectivité contre les critères dogmatiques Internet.

Les expositions en Bretagne...
Rétrospective des sorties en 2016
L’année 2016 aura été à nouveau fort riche en groupes. L’organisation des covoiturages ne
visites d’expositions. C’est une activité qui plaît s’est pas faite sans mal, mais avec la bonne vo-
beaucoup aux Amis du Musée de Vannes, à un lonté des uns et des autres, les voyages se sont
point tel que nous avons dû à trois doubler les déroulés de manière optimale.
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