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REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON

Paix-Travail-Patrie Peace-Work-Fatherland
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT MINISTRY OF HIGHER
SUPERIEUR EDUCATION
UNIVERSITE DE DOUALA UNIVERSITY OF DOUALA
FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUES FACULTY OF LAW AND POLITICAL SCIENCES

L’ATTRACTIVITE FISCALE ET L’IMPLANTATION


DES INVESTISSEURS PRIVES ETRANGERS AU
CAMEROUN

Mémoire présenté et soutenu publiquement en vue de l’obtention du


diplôme de Master II Professionnel en Fiscalité Appliquée
Par :
ATONFO WOUASSE Vans Frank Kelly
Titulaire d’un Master I en Droit des Affaires

Sous la Supervision de :
Prof. Jean GATSI
Agrégé international des facultés de droit
Professeur titulaire des Universités
Chef de département de droit des affaires

et la Direction de :
Dr. BEGNI BAGAGNA
Chargé de cours

Année académique :
2012/2013
DEDICACE

A nos parents :

 M. TONFO André

 Mme TONFO née DJOUGMO Thérèse

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REMERCIEMENTS

Ce travail est l'aboutissement d’un effort qui a bénéficié du soutien de plusieurs


personnes dont nous avons le plaisir de manifester ici toute notre reconnaissance.

Qu'il nous soit permis d'exprimer notre gratitude à Monsieur le Professeur Agrégé
Jean GATSI, dont les qualités ont suscité en nous l'amour de la science et qui, malgré ses
nombreuses occupations, n’a ménager aucun effort pour superviser ce travail.

Nous sommes heureux et c'est d'ailleurs un plaisir immense de remercier notre


directeur, le Docteur BEGNI BAGAGNA qui, malgré ses multiples sollicitations a pu
investir de son temps pour diriger cette étude.

Nous exprimons notre vive reconnaissance à l'endroit du Professeur Manassé


ABOYA ENDONG, du Docteur Ibrahim MOULIOUM et de tous les autres enseignants de
la faculté des sciences juridiques et politiques de l'Université de Douala pour leurs précieux
conseils et parfaites disponibilités durant ce travail.

Une pensée particulière va à l'endroit de M. Charles Alain KOUNDI, chef de


département juridique et fiscal du GICAM, pour sa disponibilité et sa promptitude à répondre
à nos sollicitations dans le cadre de la réalisation de ce travail.

Nous ne saurons clore cette page de reconnaissances, sans avoir remercié sincèrement
tous les camarades de la promotion pour l'esprit de partage et d'échange durant toute la
formation, ainsi que toutes les âmes de bonne volonté, qui directement ou indirectement ont
contribué à la réalisation de ce mémoire.

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AVERTISSEMENT

L'Université de Douala n'entend donner aucune approbation ou improbation aux opinions


contenues dans ce mémoire. Ces opinions doivent être considérées comme étant propres à leur
auteur.

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LISTE DES ABREVIATIONS
API : Agence de Promotion des Investissements
ATS : Admission Temporaire Spéciale
BAD : Banque Africaine de Développement
BEAC : Banque des Etats de l’Afrique Centrale
BESC : Bordereau Electronique de Suivi des Cargaisons
BIC : Bénéfice Industriel et Commercial
BSTP : Bourse de la Sous-Traitance et partenariat
CAC: Centime Additionnel Communal
CARPA: Conseil d’Appui à la Réalisation de contrats de Partenariat
CBF: Cameroon Business Forum
CCIMA : Chambre de Commerce ; des Industries, des Mines et de l’Artisanat
CDI : Centre Divisionnaire des Impôts
CEMAC : Communauté Economique et Monétaire des Etats de l’Afrique Centrale
CFCE : Centre de Formalités de création d’Entreprise
CGA : Centre de Gestion Agréé
CGI : Code Général des Impôts
CIME : Centre des Impôts des Moyennes Entreprises
CNPS : Caisse Nationale de la Prévoyance Sociale
CONAC : Commission Nationale Anti-Corruption
CRI : Centre Régional des Impôts
CSI : Centre Spécialisé des Impôts
DGI : Direction Générale des Impôts
DGI : Direction Générale des Impôts
DSCE : Document Stratégique de la Croissance et de l’Emploi
DSV : Déclaration Spéciale des éléments de Valeur
ECAM : Entreprises du Cameroun
FMI : Fonds Monétaire International
GE : Grandes Entreprises
GICAM : Groupement Inter patronal du Cameroun
GIE : Groupement d’intérêt économique
GNL : Gaz Naturel Liquéfié
GPS : Global Proximity System

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GUCE : Guichet Unique des opérations du Commerce Extérieur
IDE : Investissement Direct Etranger
INS : Institut National des Statistiques
IRCM : Impôt sur le Revenu des capitaux mobiliers
IRPP : Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques
IS : Impôt sur les Sociétés
LF : Loi de Finances
ME : Moyennes Entreprises
MECAM : Mouvement des Entrepreneurs du Cameroun
MINFI : Ministère de Finances
OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques
OHADA : Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONZFI : Office Nationale de la Zone Franche Industrielle
OTVP: Occupation Temporaire de la Voie Publique
PFI : Point Franc Industriel
PIB : Produit Interne Brut
PME : Petites et Moyennes Entreprises
PPTE : Pays Pauvre Très Endetté
PVD : Pays en Voie de Développement
PVI : Programme de Vérification d’Importation
RGE : Recensement Général des Entreprises
SA : Société Anonyme
SARL : Société à responsabilité limitée
TCI : Taxe Communautaire d’Intégration
TEC : Tarif Intérieur Commun
TPE : Très Petites Entreprises
TSR : Taxe Spéciale sur le Revenu
TSR : Taxe Spéciale sur le Revenu
TVA : Taxe sur la Valeur Ajoutée
UDEAC : Union Douanière et Economique d’Afrique Centrale
UEAC : Union Economique d’Afrique Central
ZFI : Zone Franche Industrielle

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RESUME
L’une des préoccupations constantes des pouvoirs publics, est de rendre l’économie
plus performante et plus compétitive. Dans cette perspective, le Cameroun veut faire du
secteur privé la locomotive de la croissance économique ; c’est ainsi qu’il fait recours de
manière tout aussi constante à une politique fiscale très incitative vis-à-vis des investisseurs
privés. Mais, en dépit de cette ambition affichée de mettre sa fiscalité à contribution pour
dynamiser l’activité économique et relancer l’investissement, le pays reste toujours en retrait
dans la quête des Investissements Directs Etrangers (IDE).
L’étude de l’attractivité fiscale et l’implantation des investisseurs privés étrangers au
Cameroun vient résolument soulever la question de la sécurité juridique des IDE à travers les
incitations fiscales. En effet, améliorer la sécurité du droit fiscal camerounais et sa réputation
afin de renforcer l'attractivité du territoire pour les investissements étrangers est un souci
consubstantiel à l’administration fiscale.
En revanche, l’efficacité de l’attractivité de notre système fiscal se heurte aux
obstacles endogènes qui se résument en mauvaise gouvernance, tracasseries fiscales, manque
de transparence, instabilité fiscale, etc. Ainsi, afin d’améliorer le climat des affaires, les
pouvoirs publics devraient prendre des mesures fortes non seulement pour éradiquer ces
obstacles, mais aussi pour endiguer les chocs exogènes que sont la concurrence fiscale
dommageable et le phénomène de « paradis fiscal ».

ABSTRACT
One of the pre-occupations of public authorities is to make the economy more
performant and more competitive. From this perspective, Cameroon wants to make of the
private sector the locomotive of the economic growth. It is in this light that it makes constant
recourse to a fiscal policy that would really incite or attract private investment. Despite this
ambition to make its fiscality a contributing factor in re-dynamising economic activity and
relaunching investment, the country still lags behind in its quest for Direct Foreign Investment
(DFI).
The study of the fiscal attractiveness and the implantation of private foreign investors
in Cameroon resolutely raises the question of the juridical or legal security of DFIs trough
fiscal incentives. In fact, ameliorating the security on Cameroon fiscal law and its reputation
in order to highlight the country’s attractiveness for foreign investment is an important cause
for concern to the fiscal administration.
In return, the efficiency of our fiscal system bumps against inherent obstacles which
consists, in a nutshell, of bad governance, fiscal harassment, lack of accountability or
transparency, fiscal instability, etc. Therefore, in order to ameliorate the business climate,
public authorities ought to take stiff measures not only aimed at eradicating these obstacles
but also serving to stem the tide of external shock consisting notably of damaging fiscal
competition and the phenomenon of “fiscal paradise” or “tax haven”.

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SOMMAIRE

INTRODUCTION GENERALE ....................................................................................... 9


PREMIERE PARTIE : ....................................................................................................... 21
LE CADRE JURIDIQUE DES INCITATIONS EN FAVEUR DES
INVESTISSEMENTS DIRECTS ETRANGERS ..................................................... 21
CHAPITRE I : ...................................................................................................................... 22
LES MESURES FISCALES INCITATIVES DE DROIT COMMUN................. 22
SECTION I : LES MESURES FISCALES COMMUNES A L’IMPLANTATION DES
INVESTISSEURS NATIONAUX ET ETRANGERS ...................................................... 22
SECTION II : LES MESURES PROPRES AUX INVESTISSEURS ETRANGERS ET
GROUPES DE SOCIETES ................................................................................................ 31
CHAPITRE II : ..................................................................................................................... 39
LES MESURES FISCALES PARTICULIERES DE SOUTIEN A
L’INVESTISSEMENT PRIVE ....................................................................................... 39
SECTION I : LES MESURES DE LA LOI DU 18 AVRIL 2013 ET DU REGIME DES
ZONES FRANCHES INDUSTRIELLES ......................................................................... 39
SECTION II : LES MESURES INCITATIVES LIEES AUX ACTIVITES
EXTRACTIVES ET OPERATIONS SPECIFIQUES ....................................................... 47
SECONDE PARTIE : ......................................................................................................... 62
L’EVALUATION DU CADRE JURIDIQUE DE L’IMPLANTATION DES
INVESTISSEURS PRIVES ETRANGERS ................................................................. 62
CHAPITRE I: ....................................................................................................................... 64
LES OBSTACLES D’ORDRE FISCAL....................................................................... 64
SECTION I : L’INSECURITE FISCALE ......................................................................... 65
SECTION II: LES TRACASSERIES FISCALES............................................................. 74
CHAPITRE II: ..................................................................................................................... 83
LES PROPOSITIONS POUR L’AMELIORATION DE LA SECURITE
FISCALE DES INVESTISSEMENTS PRIVES ETRANGERS ........................... 83
SECTION I: LE RENFORCEMENT DE LA PROTECTION DES DROITS ET
GARANTIES DES CONTRIBUABLES........................................................................... 84
SECTION II : LE REAMENAGEMENT DE LA POLITIQUE FISCALE ...................... 91
CONCLUSION GENERALE ........................................................................................ 102

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INTRODUCTION GENERALE

L’enjeu majeur de la mondialisation est aujourd’hui, celui de la compétitivité


économique. Ainsi, dans le souci d’intégrer le Cameroun dans cette globalisation
économique, les pouvoirs publics sont amenés à repenser un système de prélèvements
obligatoires, capable d’attirer les investissements privés étrangers.

I- LE CONTEXTE HISTORIQUE ET LES CONSIDERATIONS


PARTICULIERES DE L’ATTRACTIVITE FISCALE AU CAMEROUN
Les pouvoirs publics, depuis les années d’indépendance, accordent une place de choix
à la promotion des investissements en tant que moyen de stimulation de la croissance en vue
du développement économique de la Nation. Ainsi dans le cadre de la mise en place des
déterminants de la compétitivité de l’économie nationale, le gouvernement a adopté une série
d’instruments et de dispositifs dont la vocation est d’attirer et d’assurer le développement des
investissements directs tant étrangers que nationaux. Dans cette perspective, le Cameroun
mène de manière constante une politique fiscale attractive dont il nous convient ici d’évoquer
son contexte historique (A) ainsi que ses considérations particulières (B).

A- Le contexte historique
Dans le dessein d’implémenter sa politique d’attractivité en matière d’investissements,
les pouvoirs publics camerounais ont immédiatement après l’indépendance, mis en place un
cadre légal régissant les investissements au Cameroun. Ainsi, deux lois ont été
successivement promulguées : la loi N° 60/64 du 27 juin 1960 (amendée et complétée par la
loi N° 66/LF-5 du 10 juin 1966) et la loi N° 84/3 du 4 juillet 1984 instituant le code des
investissements du Cameroun. Chacun de ces textes reflétait l’environnement économique du
moment et visait la mise en œuvre d’un plan de développement économique préconisé par le
gouvernement.
Jusqu’aux années 1980, comme dans bon nombre de pays en voie de développement
(PDV), la politique d’investissement et de développement au Cameroun est marquée par
l’interventionnisme économique1. Les entreprises à capitaux publics sont gérées par l’Etat, la

1
Extrait de « Termes de référence diner-débat du GICAM du 12 mars 2014 » voir www.legicam.org

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quasi-totalité des projets d’investissements sont publics et représentent environ 15% du
PIB. Mais cette politique d’Etat interventionniste ne va pas durer longtemps, car le Cameroun
va connaître au milieu de la décennie 1980, une crise budgétaire liée à une baisse considérable
des recettes attendues des ressources naturelles, minières et pétrolières.
Pour faire face à cette crise économique, l’Etat entreprend des mesures palliatives,
notamment le recours aux bailleurs de fonds internationaux pour le financement des déficits
publics2 cumulés. C’est ainsi que le 19 septembre 1988, le Cameroun signe son premier
accord avec les institutions de BrettonWoods3 et est alors placé sous programme d’ajustement
structurel. Ce programme consiste notamment à octroyer des prêts à long et à court termes,
qui vont permettre selon le FMI, aux Etats parties de répondre avec efficience aux difficultés
financières et monétaires qui entravent les projets de développement.
En outre, les dirigeants vont envisager des mesures internes de réduction des dépenses,
et des réformes économiques soutenues par la communauté internationale :
Sur le plan politique, l’Etat revisite profondément son rôle en matière économique. On
note ainsi le recul progressif de l’interventionnisme au profit d’une vision nouvelle axée sur le
libéralisme économique. Cette politique économique néolibérale se matérialise par la
définition du nouveau rôle de l’Etat dans l’économie. En effet l’Etat doit se réduire à la
fonction de régulation des activités économiques et de mise en place d’un cadre législatif et
réglementaire propice au développement des activités économiques. Dans le même ordre
d’idée les dirigeants procèdent à la privatisation, à la concession ou encore à l’affermage de
certaines entreprises publiques. Ainsi, l’Etat se retire et abandonne progressive sa fonction de
créateur de richesse et de pourvoyeur d’emplois. Les pouvoir publics vont donc modérer
l’investissement public et initier une nouvelle politique fiscale.
Sur plan fiscal, le Cameroun dispose d’un potentiel énorme en ressource fiscale. Afin
de garantir le financement du budget de l’Etat, les réformes économiques doivent non
seulement prendre en compte l’élargissement de l’assiette fiscale, mais également intégrer les
potentialités contributives dissimulées. C’est ainsi que l’Etat oriente sa politique économique
vers « une perspective de recherche, de collecte et de maximisation des recettes fiscales pour

2
Dépassement des dépenses budgétaires définitives sur les ressources fiscales et assimilées, voir GATSI (Jean) :
« Nouveau dictionnaire juridique », 2ème édition 2010, Presses Universitaires Libres, p.104.
3
BrettonWoods, conférence de, nom donné à la conférence monétaire et financière des Nations unies qui se tient
du 1er au 22 juillet 1944 à BrettonWoods (États-Unis). La conférence, qui réunit 44 nations, a pour objet de
poser les bases d’un nouveau système monétaire international plus stable. Afin de veiller à son bon
fonctionnement, deux organismes sont créés : le Fonds monétaire international et la Banque internationale pour
la reconstruction et le développement (la Banque mondiale), organismes chargés respectivement d’accorder des
crédits à court et à long termes pour financer la reconstruction des économies ruinées par le second conflit
mondial. Microsoft. Voir Encarta Histoire économique.

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couvrir les charges publiques. »4 Cette idée de maximisation des recettes fiscales aboutit non
seulement à la suppression ou à la limitation des exonérations et autres dispositifs d’incitation
fiscale alors en vigueur, mais aussi à la création des mécanismes de relèvement des taux
d’imposition existants.
Toutefois, ces réformes vont connaître des limites, car elles amènent l’Etat à fonder
l’objectif de sa fiscalité sur la collecte des recettes pour faire face aux dépenses publiques.
Or, au-delà de ce rôle générateur de recettes, l’impôt est un instrument des plus importants en
matière de politique économique et sociale. Vers la fin des années 1980, persuadé de la
faillite de sa nouvelle politique économique qui fait de la fiscalité un outil de financement
budgétaire, l’Etat entreprend de nouvelles initiatives à travers la mise en place des dispositifs
incitatifs à l’investissement privé. En effet, les dirigeants veulent utiliser la fiscalité comme
«un véritable levier de politique économique et non seulement comme un moyen de collecter
des recettes pour rembourser la dette»5. Dans cet élan, l’Etat va concevoir un modèle
économique particulier.

B- Les considérations particulières


Le nouveau modèle économique envisagé par les pouvoirs publics camerounais, vise à
faire du secteur privé, la locomotive de la croissance économique. C’est sous cette impulsion
que l’Etat entreprend dès le début des années 1990, une série d’aménagements législatifs
incitatifs à travers de nouveaux textes tels l'ordonnance N° 90/001 du 29 Janvier 1990 sur les
zones franches industrielles ; l'ordonnance N° 90/007 du 8 novembre 1990 portant Code des
Investissements et son décret d'application N° 91/215 du 2 Mai1991, abrogeant ainsi la loi N°
84/3 du 4 juillet 1984 ; la loi N° 2002/004 du 19 avril 2002 relative à la « Charte des
investissements en République du Cameroun », modifiée par la loi N° 2004-20 du 22 juillet
2004 et par l’ordonnance N° 2009-001 du 13 mai 2009.
De manière progressive, ce cadre législatif incitatif a connu une évolution remarquable
à travers non seulement la modification ou la révision des textes existants, mais aussi la mise
en place de certains codes spécifiques à l’instar de la loi N° 99/013 du 22 décembre 1999
portant code pétrolier ; la loi N° 2001/001 du 16 avril 2001 portant code minier et plus
récemment la loi N° 2012/006 du 19 avril 2012 portant code gazier. Les dispositifs de ces
différents codes prévoient des avantages fiscaux et douaniers accordés aux activités de ces
secteurs spécifiques.

4
DJOMENI KOLOKO (Elvice), La fiscalité des investissements et l'optimisation fiscale : cas du Cameroun,
Mémoire de Master II professionnel en fiscalité appliquée, Université de Douala 2008, p.7
5
KAMTO (Maurice), « Politique économique », Mutations n°1210 du lundi 09 août 2004, p.3.

Page 11
A côté de cette avancée significative du système fiscal camerounais, la politique
économique de façon globale, va connaître un certain affranchissement avec l’atteinte du
point d’achèvement de l’initiative dite PPTE le 28 avril 2006, marquant ainsi la fin du
programme d’ajustement structurel. Cette arrivée au bout du « tunnel » pour le Cameroun
traduit « plus de liberté d'action, plus de marge de manœuvre dans la conception et la mise en
œuvre de ses politiques publiques, notamment celle fiscale.»6 Afin de jouir des retombées de
ce point d’achèvement, le gouvernement va élaborer à partir de la loi de finances 2007, une
nouvelle politique fiscale plus ou moins souveraine.
Du point de vue théorique, cette fin de programme d’ajustement structurel concède à
l’Etat camerounais une certaine autonomie, du moins en matière de conception et de mise
œuvre d’un plan de développement économique. C’est à travers cette politique économique
« libre » que les dirigeants vont renforcer le cadre du dispositif fiscal incitatif édifiant ainsi
une réelle fiscalité d’investissement ayant pour mission d'améliorer le climat des affaires,
d'inciter et d'accompagner les investissements privés, d'élargir l'assiette fiscale, de lutter
contre le chômage, de faciliter le transfert des technologies et des capitaux, et enfin, relancer
durablement la croissance de l'économie. Pour y parvenir, l’Etat procède en permanence aux
aménagements législatifs incitatifs dont le texte phare est la Loi N° 2013 / 004 du 18 avril
2013 fixant les incitations à l’investissement privé en République du Cameroun.
A l’écoute des investisseurs, le gouvernement camerounais, au travers de ces
aménagements a élaboré des régimes fiscaux dérogatoires visant à attirer et à encourager les
investissements dans les secteurs stratégiques pour l’accélération de la croissance. Ces
objectifs sont clairement énoncés par la Loi du 18 avril en ces termes : « la présente loi
a pour objectifs de favoriser, de promouvoir et d’attirer les investissements productifs en vue
de développer les activités orientées vers la promotion d’une croissance économique forte,
durable et partagée, ainsi que de l’emploi »7.

Ce contexte historique de l’attractivité fiscale au Cameroun ainsi présenté, permet de


mieux discerner l’esprit cet exposé. Mais, ce discernement ne saurait se faire sans la définition
préalable des concepts qui permettrait sans doute d’élucider l’objet de cette étude.

6
TONGA (Dieudonné), Les politiques française et camerounaise face au défi de la mondialisation. Une analyse
comparée de la période 2007-2010, Mémoire de Master en Affaires Publiques, ENA/Paris-Dauphine 2011, p.6
7
Voir Loi N° 2013/004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissent privé en République du Cameroun
Article 1 alinéa 2

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II- LA DEFINITION DES CONCEPTS ET L’OBJET DE L’ETUDE
Une définition des concepts dégagés du sujet de notre étude permet de mieux
appréhender son objet.

A- La définition des concepts :


Attractivité fiscale : Le concept d’attractivité des régimes fiscaux indique
généralement la capacité de ceux-ci à attirer et à retenir les entreprises ou investisseurs locaux
et/ou étrangers. Trois critères fondamentaux sont déterminants pour qualifier un régime fiscal
d’attractif d’après EIGBE ODINOSEN8. Il s’agit selon cet auteur du « government take »; de
la stabilité fiscale et de l’accroissement de l’investissement. Il analyse ces critères en prenant
en compte le régime fiscal pétrolier. En revanche, une extension de ceux-ci au régime fiscale
globale permet de mieux cerner la notion d’attractivité fiscale.
Le « Government take » sous-entendu les sommes dues à l’Etat au titre de
prélèvements obligatoires, traduit ainsi le taux de pression fiscale. Ce critère est d’une
importance capitale lors de la prise de décision d’un investisseur.
La stabilité fiscale quant à elle peut être analysée comme la probabilité d’un régime
fiscal plus ou moins fixe. Les investisseurs examinent ce critère avec beaucoup d’exigence,
car les modifications instantanées de la législation fiscale sont à même de provoquer des
altérations qui pourraient conduire à des taux de productivité éphémères.
L’accroissement de l’activité concerne le régime fiscal des réinvestissements. Il peut
s’analyser comme étant la disposition d’un régime fiscal à attirer ou à encourager le
réinvestissement des opérateurs exerçant déjà une activité économique dans un territoire
donné. Les investisseurs sont attirés par un régime fiscal qui leur garantit non seulement la
minimisation des risques en matière de réinvestissement, mais également l’obtention des
bénéfices à long terme.
Christian LOPEZ quant à lui pense que « à l'attractivité fiscale, il faut opposer
l'attractivité globale du territoire qui résulte d'un environnement de qualité : système éducatif
performant formant une main d'œuvre qualifiée, système de santé reconnu, infrastructures
publiques »9
Implantation : Selon le dictionnaire français LAROUSSE c’est l’action d'implanter, le
fait d'être implanté : par exemple l'implantation d'une industrie dans une région. En économie

8
EIGBE ODIANOSEN est l’auteur d’un article intitulé «How attractive are the Fiscal Regimes of the
Deepwater Offshore West Africa to Foreign Investment? », cité par OUM Alvine Rolande dans son article
intitule: « De l’attractivité des régimes fiscaux pétroliers africains. » Voir www.afritaxes.com
9
LOPEZ (Christian) , « La fiscalité comme vecteur de l'attractivité du territoire », in Mondialisation et fiscalité,
la globalisation fiscale (sous la dir.), l’harmattan, collection financière, pub. 2006, pp 245-262

Page 13
l’implantation traduit la disposition des bâtiments et organisation de l'emplacement des
machines dans un atelier, du mobilier dans un bureau, etc., afin d'assurer la meilleure
circulation possible des flux.10
L’implantation peut être entendue comme l’installation, l’établissement, la
sédentarisation, la fixation etc. C’est à travers ces synonymes que l’usage de ce terme trouve
sa justification dans le contexte de notre étude. En effet, ici, par implantation des
investisseurs, il faut sous-entendre le placement, l’emploi des fonds, plus précisément l’action
d’engagement des capitaux dans une entreprise en vue d’un profit à court ou à long terme.11
Investisseur : c’est celui qui réalise un investiment. Il peut s’agir d’une personne
physique ou morale, de droit privé ou de droit public. Selon l’esprit de la loi du 18 avril 2013,
c’est une personne physique ou moral camerounaise ou étrangère, résidente ou non résidente,
qui acquiert un actif au titre de l’exercice de ses activités en prévision d’un rendement.
Investisseur direct étranger : C’est une personne physique, une entreprise publique ou
privée ayant ou non la personnalité morale, un gouvernement, un groupe de personnes
physiques liées entre elles ou un groupe d’entreprises ayant ou non la personnalité morale et
liées entre elles qui possède une entreprise d’investissement direct (c’est-à-dire une filiale,
une société affiliée ou une succursale) opérant dans un pays autre que le ou les pays de
résidence de l’investisseur ou des investisseurs direct(s) étranger(s).12
Investissement : Selon Petit LAROUSSE13, ce terme vient du mot
anglais « investment » qui veut dire emploi des capitaux visant à accroitre la production d’une
entreprise ou à améliorer son rendement.
Pour le législateur du 18 avril 2013, il s’agit d’un actif détenu et/ou acquis par un
investisseur (entreprise, actions, parts de capital, obligations, créances monétaires, droits de
propriété intellectuelle, droits au titre des contrats, droits conférés par la loi et les règlements,
tout autre bien corporel ou incorporel, meuble ou immeuble, tous connexes de propriété).
Le lexique financier14 quant à lui définit l’investissement comme étant une dépense
ayant pour but de modifier durablement le cycle d'exploitation de l'entreprise ; à la différence
d'une charge, il n'est pas détruit par celui-ci. Investir revient en effet pour celui qui s'y décide
à renoncer à une consommation immédiate pour accroître ses recettes futures. Bien entendu,
le surcroît de recettes occasionné par cet investissement devra être suffisant pour assurer sa

10
www.larousse.fr/dictionnaires/français/implantation/41906, consulté le 23 mai 2014
11
CORNU (Gérard), Vocabulaire juridique, PUF, 8ième édition, février 2000, p 479
12
Définition de référence de l’OCDE pour les investissements directs internationaux (troisième édition)
13
Voir Petit Larousse Grand Format, Edition Larousse, 21 Rue MONTPARNASSE 75 283 Paris CEDEX 06
2001, p.558
14
Voir www.lesechos.fr/financemarches/vernimmen/definition_investissement.html?lbD0FJ6Y9vd16e6r.99

Page 14
rentabilité prévisionnelle. L'investissement est donc un processus fondamental dans la vie de
l'entreprise, qui engage durablement celle-ci. Si dans un premier temps, il grève fréquemment
les états financiers de l'entreprise, lui seul lui permet d'assurer sa croissance à long terme.
Investissements directs étrangers : encore appelés investissements directs à l'étranger
(IDE en abrégé, traduction de l'acronyme anglais FDI pour Foreign Direct Investment),
également appelés investissements directs internationaux (IDI) par l'OCDE, sont les
mouvements internationaux de capitaux réalisés en vue de créer, développer ou maintenir une
filiale à l’étranger et/ou d’exercer le contrôle (ou une influence significative) sur la gestion
d'une entreprise étrangère.
Élément moteur de la multinationalisation des entreprises, les IDE recouvrent aussi
bien les créations de filiales à l’étranger que les fusions-acquisitions transfrontières ou les
autres relations financières (notamment les prêts et emprunts intra-groupes).
Deux motivations principales sont à l’origine des IDE :
- la réduction des coûts (exploitation de ressources naturelles coûteuses, voire impossibles à
transporter ; utilisation d’une main d’œuvre moins onéreuse, d’où la crainte que les IDE
puissent participer au mouvement de délocalisation ; optimisation fiscale etc.) ;
- la conquête de nouveaux marchés, difficiles à pénétrer par les seules exportations.
Si l’effet des IDE est généralement considéré comme positif sur la croissance des pays
d’accueil (notamment grâce aux transferts de technologie induits), il est plus discuté et
ambigu sur le commerce international, sur l’emploi dans les pays investisseurs, sur les
conditions de travail et sur l’environnement.
Mesurés par les statistiques issues de la balance des paiements, les IDE ont connu une
très forte progression depuis le milieu des années 1980 et contribuent de façon déterminante à
la mondialisation des économies.
Les IDE constituent également l’un des principaux indicateurs de l’attractivité
économique des pays.15
L’explication de ces concepts n’est pas anodine, car elle participe à l’appréhension de
l’objet de l’étude.

B- L’objet de l’étude
Une politique fiscale attractive apparaît comme un moyen de stimulation de la
croissance économique pour plusieurs gouvernements aussi bien dans les pays développés
que dans ceux en développement. C’est d’ailleurs dans ce sens que Jean Claude
15
Le dico du commerce international, voir www.glossaireinternationale.com/page/tous-les-
termes/investissement-direct-a-l-etranger-ide.html

Page 15
DISCHAMPS affirme que la fiscalité agit sur le milieu économique au moins autant qu’elle
réagit à lui.16 En raison de ce rôle indéniable de la fiscalité dans le développement de
l’économie, les pouvoirs publics camerounais recherchent en permanence diverses mesures
d’incitation fiscale dans l’espoir d’attirer les investisseurs privés et de stimuler la croissance
économique.
Au demeurant, la question se pose à savoir si ces objectifs assignés au régime fiscal
incitatif produisent les effets escomptés, à l’instar d’attirer les investisseurs privés étrangers et
de stimuler la croissance économique. Une tentative de réponse à cette question constitue
l’objet de notre recherche.
L’objet étant circonscrit, il nous reste à motiver le choix de notre sujet ou encore à
définir l’intérêt de notre recherche, avant de déterminer la problématique de cette étude.

III- L’INTERET DE L’ETUDE ET LA PROBLEMATIQUE


Il convient ici de circonscrire l’intérêt du sujet avant d’en dégager la problématique.

A- L’intérêt de l’étude
Notre travail présente un intérêt multiple :
D’abord sur le plan didactique, le traitement de ce sujet nous permet de scruter
l’univers de la fiscalité d’investissement afin d’en acquérir quelques notions.
Sur le plan théorique, notre étude vise à amener l’opinion publique à ne plus considéré
la fiscalité exclusivement comme un outil de financement du budget de l’Etat, mais également
comme un instrument qui attire et encourage les investissements privés sans lesquels il n’y
aurait pas d’emploi, ni développement, ni même de recettes pour couvrir les dépenses
publiques.
Sur le plan pratique, notre démarche participe aux actions des pouvoirs publics
engagés à soutenir la croissance et le développement durable du Cameroun à travers une
fiscalité attractive et conductrice des investissements. Aussi, le repérage des problèmes liés à
la sécurité fiscale des investissements au Cameroun pourrait permettre aux autorités de
prendre des mesures visant l’amélioration du climat des affaires, afin de rendre plus attractif
le territoire camerounais garantissant ainsi l’implantation d’un nombre important
d’investisseurs privés sur notre territoire.
Enfin, le regroupement des données empiriques relatives aux mesures fiscales
favorables à l’investissement privé, contribuerait à informer et à sensibiliser les opérateurs

16
DISCHAMPS (Jean-Claude), Comportements économiques et distorsions fiscales, Paris, Presse Universitaire de
France, 1960, 408 p.

Page 16
économiques sur les grands axes de la nouvelle politique fiscale camerounaise orientée vers la
promotion de l’investissement et la croissance économique.

B- La problématique
En matière d’attractivité des investissements directs étrangers, le Cameroun est classé
168ième, soit un rang moindre que celui de la Guinée équatoriale ou du Gabon, deux autres
pays de la sous-région CEMAC17. En 2013, les flux des IDE qui ont progressé au niveau
mondial de 10,9%, le Cameroun par contre n’en a reçu que 0,01%, soit environ 250 milliards
de FCFA seulement.18 Ces chiffres reflètent la mauvaise image du climat des affaires qui
règne au Cameroun. Selon la Banque Africaine de Développement (BAD), la fiscalité est
considérée comme une contrainte majeure par les opérateurs économiques, tant les entreprises
que les investisseurs19.
Dans le même sens, il ressort du rapport thématique de l’INS sur l’environnement des
affaires au Cameroun que pour 59% des chefs d’entreprises, la fiscalité demeure de loin le
premier obstacle à l’entreprenariat au Cameroun. Les chefs d’entreprises de nationalité
américaine sont ceux qui se plaignent véritablement des pratiques fiscales au Cameroun,
suivis des Français et des autres Européens20.
Face à cette situation de climat morose des affaires, discrédité par le poids des
contraintes la fiscales, l’on peut s’interroger sur la sécurité juridique des contribuables ou des
investisseurs. Il découle de cette interrogation une question principale : les incitations fiscales
à l’investissement direct étranger sont-elles de nature à garantir la sécurité juridique ?
En d’autres termes notre système fiscal incitatif peut-il faire de notre pays une
destination privilégiée pour l'implantation des investisseurs étrangers ?

Une tentative de réponse à cette interrogation constitue l’hypothèse de notre recherche,


qui obéit à une démarche méthodologique précise.

17
Rapport Banque Mondiale « Doing Business 2013»
18
Extrait de l’article de Blaise Nnang, Publié en association avec Le Quotidien de l’Economie, voir
http://cemacbusiness.com/cameroun-comment-seduire-les-etrangers-how-to-attract-foreigners/
19
GROUPE BANQUE AFRICAINE DE DEVELOPPEMENT, Département Régional de l’Afrique Centrale :
«Environnement de l’Investissement Privé au Cameroun 2013»
20
INS : Rapports thématiques, Partie I : Environnement des affaires et compétitivité des entreprises
camerounaises « Recensement Général des Entreprises (RGE 2009) »

Page 17
IV- L’HYPOTHESE ET LA DEMARCHE METHODOLOGIQUE
Afin d’élaborer une structure appropriée à notre recherche, une formulation des
hypothèses et une construction méthodique s’avèrent nécessaire. Il nous convient donc
d’énoncer l’hypothèse avant d’envisager l’approche méthodologique de notre étude.

A- L’hypothèse
Nous entendons par hypothèse, une « proposition de réponse à la question posée. »21
Notre étude est sous-tendue par une hypothèse générale qui peut être énoncée comme
suit : La fiscalité demeure de loin le premier obstacle à l’entreprenariat au Cameroun. L’on
remarque que les investisseurs privés étrangers sont ceux qui se plaignent avec insistance des
contraintes fiscales au Cameroun22. Les problèmes de l’instabilité fiscale, du manque de
transparence et de lenteur des procédures ainsi que du harcèlement sont ceux qui sont les plus
évoqués par les opérateurs économiques23. A la suite de cette affirmation, for est de constater
que la sécurité juridique des incitations à l’investissement direct étranger est loin d’être un
acquis. Certes, les pouvoirs publics s’investissent de manière remarquable pour offrir un cadre
juridique propice à la promotion de l’investissement privé, mais ces efforts se heurtent à un
certains nombre d’obstacles.
Il nous convient donc au cours de notre analyse de nous appuyer sur des méthodes
scientifiques, en vue de rechercher des preuves tangibles pour démontrer la véracité de notre
affirmation.

B- L’approche méthodologique de l’étude


Pour la réalisation de notre étude, nous nous sommes appuyés sur trois méthodes de
recherche. Il s’agit de : la méthode exégétique ; la méthode sociologique et la méthode
comparative.
La méthode exégétique : elle renvoie à une science dont le but est d’établir le sens
d’un texte. Elle est pratiquée par les interprètes des écritures saintes, notamment, la Bible24.
En droit, l’exégèse a inspiré une méthode d’interprétation (on parle de méthode exégétique ou
d’interprétation exégétique) dont le principe est de rechercher la volonté de l’auteur du texte à
partir de celui-ci, du contexte de son élaboration, des travaux préparatoires. Parce qu'ils

21
ALBARELLO (Luc), Apprendre à chercher. L’acteur social et la recherche scientifique. Bruxelles, De Boeck,
1999
22
Il ressort du rapport thématique de l’INS sur l’environnement des affaires au Cameroun que pour 59% des
chefs d’entreprises, la fiscalité demeure de loin le premier obstacle à l’entreprenariat au Cameroun. Les
investisseurs de nationalité américaine sont ceux qui se plaignent véritablement des pratiques fiscales au
Cameroun, suivis des Français et des autres Européens.
23
Rapport BAD op. cit.
24
Cours-de-droit.jimdo.com/2013/03/28/chapitre-v-la-méthode-juridique/

Page 18
affirmaient leur respect absolu pour le texte de la loi, les exégètes ont souvent été considérés
comme des partisans du positivisme légaliste. Cette méthode nous a servi de point de départ
pour notre étude, car elle nous a facilité l’analyse du cadre juridique (légal et règlementaire)
en matière d’investissement privé au Cameroun, notamment en matière de fiscalité
d’investissement.
La méthode sociologique : science des faits sociaux, elle nous a permis de recueillir
les réactions des acteurs de terrain et des institutions (contribuables, entreprises, GICAM,
API, Administrations etc.)
La méthode comparative (le droit fiscal comparé) : Science de la comparaison des
droits, le droit comparé a pour objet de rechercher et d'expliquer les différences entre les
divers ordres juridiques. Cette méthode nous a permis de dressé une étude comparée du
système fiscal camerounais avec celui des autres pays de l’Afrique Subsaharienne tel
l’Afrique du Sud et certains pays de la zone CEMAC en l’occurrence le Gabon et la Guinée
Equatoriale.
Cette étude a nécessité des techniques précises d’investigation à savoir : la recherche
documentaire et l’enquête de terrain
La recherche documentaire : elle consiste en une revue littéraire qui nous a permis non
seulement de revisiter le cadre législatif et règlementaire sur l’attractivité fiscale et son
influence sur l’économie de manière globale, mais aussi de consulter tous écrits traitant des
questions de fiscalité, d’économie et de développement à l’instar des ouvrages généraux et
spécifiques, des articles , des thèses de doctorat, des mémoires de soutenances, des textes
législatifs et règlementaires, des rapports des travaux des organismes tels le GICAM, l’INS, la
BAD, l’OCDE, le FMI, la Banque Mondiale etc.
L’enquête de terrain : elle se rapporte à la collecte des données empiriques issues des
textes, images, données statistiques, sondages, interviews, entretiens ou de l’observation
directe de la réalité à étudier. Les villes de Douala et de Yaoundé ont constitués nos
principaux terrains d’investigations.
A Douala, notre enquête a été diligentée au centre d’information de la Chambre de
Commerce ; des Industries, des Mines et de l’Artisanat (CCIMA) ; au Groupement Inter-
patronal de Cameroun (GICAM) ; l’Agence de Promotion des PME, au Guichet Unique des
opérations du Commerce Extérieur, (GUCE), etc.
A Yaoundé, notre enquête nous a conduit à l’Agence de Promotion des
investissements (API) ; au MINFI, au MINEPAT, à l’Institut National des Statistique (INS),
etc.

Page 19
La démarche consistera en fin à présenter la structure de notre travail. Celui-ci est
élaboré en deux parties :
La première partie nous permet d’explorer le cadre juridique des incitations en faveur
des investissements directs étrangers. Il s’agit de montrer ici, les mesures fiscales incitatives
de droit commun (Chapitre premier), et les mesures fiscales particulières de soutien à
l’investissement privé (Chapitre deuxième).
La deuxième partie quant à elle dresse une étude en termes d’évaluation du cadre
juridique de l’implantation des investisseurs privés étrangers. Il s’agit d’abord de faire
l’aperçu des obstacles d’ordre fiscal (Chapitre premier), avant d’envisager les propositions
pour l’amélioration de la sécurité du droit fiscal (Chapitre deuxième).

Page 20
PREMIERE PARTIE :
LE CADRE JURIDIQUE DES INCITATIONS
EN FAVEUR DES INVESTISSEMENTS
DIRECTS ETRANGERS

L’avènement de la mondialisation à favoriser l’intégration des économies, et a ainsi


réduit les distances qui jadis, paralysaient les échanges entre Etats. De nouvelles voies de
financement des économies sont nées avec l’inflation des flux financiers internationaux.
En effet, au cours des deux dernières décennies, l’essor économique spectaculaire de
la Chine et de l’Inde grâce aux flux d’IDE venus des pays industrialisés a fini par convaincre
les plus sceptiques d’Afrique qui voyaient en cela une politique néocoloniale, que l’IDE est
une voie incontournable pour asseoir le développement et sortir leurs économies du cercle
vicieux de la pauvreté.25
Eu égard à cette illustration, les nations modernes se sont aperçues que parmi les
instruments de politique économique d’un Etat, l’option basée sur le développement du
secteur privé paraît stratégique. C’est pour cette raison que les législations fiscales
contemporaines26 offrent diverses mesures d’incitation dans l’espoir d’attirer les investisseurs
et de stimuler la croissance économique.
Le Cameroun ne demeure pas en marge de ces alternatives. C’est ainsi que dès la
décennie 90, ce pays a voulu donner à la fiscalité une place importante dans sa politique de
développement. Dans cette perspective plusieurs mesures fiscales incitatives visant à attirer
les IDE et à encourager les investissements privés nationaux et étrangers, ont été adoptées.
Résolument tourné vers la promotion de la croissance forte, durable et partagée, le
Gouvernement s’évertue à mettre en place un cadre juridique ayant pour objectifs de faire du
secteur privé la locomotive de la croissance économique. Cette volonté étatique s’illustre par
un système fiscal incitatif, octroyant des allègements et des exonérations des charges fiscales
qui peuvent être synthétisés de manière suivante : les mesures fiscales incitatives de droit
commun (Chapitre I), et les mesures particulières de soutien à l’investissement privé
(Chapitre II).

25
NGOUHOUO (Ibrahim), Les investissements directs étrangers en Afrique centrale : attractivité et effets
économiques, Thèse pour le Doctorat de Sciences Économiques présentée et soutenue le 26 mars 2008, Faculté
de Sciences Économiques et de Gestion, Université du Sud Toulon-Var
26
François Walter « Note sur divers procédés d'incitation fiscale à l'investissement » In: Revue économique.
Volume 7 n°4, 1956. pp. 552-567.

Page 21
CHAPITRE I :
LES MESURES FISCALES INCITATIVES DE
DROIT COMMUN

Le cadre institutionnel des investissements au Cameroun s’inscrit dans un contexte


d’offensive en faveur de la promotion de l’investissement privé. A cet effet le législateur ne
fait pas l’économie de sa stratégie pour mettre en place des instruments juridiques destinés à
renforcer l’attractivité du territoire. En matière fiscale, les allègements et les exonérations font
partie des mesures incitatives de droit commun dont bénéficient tous investisseurs installés
sur le territoire camerounais. Ces mesures peuvent être aperçues sous deux angles : les
mesures incitatives communes à l’implantation des investisseurs nationaux et étrangers
(Section I), et les mesures incitatives propres aux investisseurs étrangers et aux groupes de
sociétés (Section II).

SECTION I : LES MESURES FISCALES COMMUNES A L’IMPLANTATION DES


INVESTISSEURS NATIONAUX ET ETRANGERS
Les mesures fiscales communes à l’implantation des investisseurs nationaux et
étrangers sont celles qui visent non seulement à attirer les investissements directs étrangers,
mais aussi à encourager les investisseurs nationaux. Ces mesures sont de façon globale les
allègements visant la réduction de la charge fiscale (paragraphe 1) et l’allègement du coût de
discipline fiscale (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les allègements visant la réduction de la charge fiscale


Les allègements ciblant la réduction de la charge fiscale sont constitués des
exonérations accordées aux investisseurs à la création des entreprises (A) ainsi que des
avantages qui leur sont accordés pendant l’exploitation desdites entreprises (B).

A- Les exonérations liées à la création d'entreprises


Pour inciter la création d'entreprises au Cameroun, le code général des impôts
disposent d’un certain nombre d’exonérations. Celles-ci portent sur la contribution des
patentes (1) et les droits d'enregistrement exigibles à la constitution des sociétés (2).

1- L'exonération à la contribution des patentes


Le code général des impôt dans son livre troisième portant fiscalité locale dispose que
toute personne physique ou morale de nationalité camerounaise ou étrangère, qui exerce dans

Page 22
une commune une activité économique, commerciale ou industrielle, ou toute autre profession
non comprise dans les exemptions déterminées par la loi partant fiscalité locale, est assujettie
à la contribution des patentes27. Le même livre dans son chapitre des exemptions et des
exonérations énonce clairement que les entreprises nouvelles bénéficient d’une exonération de la
contribution des patentes pour une période d’an28.
Ainsi, il est délivré aux entreprises nouvelles exonérées, sur leur demande, un titre de
patente portant la mention « EXONERE »29. Cette exonération temporaire à compter de la
création de l’entreprise, n’exempte pas le contribuable de la déclaration durant les deux années
requises à cet effet. En effet toutes personnes exerçant une activité soumise à la contribution des
patentes, même en cas d’exonération, sont tenues d’en faire la déclaration par écrit, au centre des
impôts compétent dans les dix (10) jours suivant le démarrage de l’activité30.

2- L'exonération des droits d'enregistrement des actes de constitution de société


En vertu de l’article 456 (A) alinéa 6 du code général des impôts, les actes de
constitution, de prorogation de société et d’augmentation de capital font l’objet d’un
enregistrement gratis. Mais il est important de relever qu’en matière de constitution de société
ce principe n’est pas absolu. Il s’applique en fonction du type d’apports. On peut enregistrer
trois types d’apports lors de la constitution du capital social :
- Les apports purs et simples : ce sont ceux pour lesquels l'apporteur reçoit en contrepartie
des titres sociaux31 représentatifs d'une quote-part du capital social. Ce type d’apports est
exonéré de tous droits d’enregistrement à la constitution des sociétés.
- Les apports à titre onéreux sont ceux non rémunérés par des titres sociaux. Ils sont
assimilés à des ventes et par conséquent, soumis aux droits de mutation ordinaire suivant
la nature des biens apportés. Sur le plan fiscal, les apports à titre onéreux s'assimilent aux
ventes. Ils sont soumis aux droits proportionnels. Les taux appliqués sont fonction de la
nature du bien et dans certains cas, de sa localisation notamment en matière d’immeubles,
bâtis ou non, ruraux ou urbains. Les règles d'assiette et de liquidation des droits sont
identiques à celles qui sont appliquées en cas de vente ordinaire des biens apportés.
- Les apports mixtes, quant à eux, combinent les deux précédents types d’apports à savoir
les apports purs et simples et les apports à titre onéreux. Un apport est dit mixte lorsqu'il
27
Article C8 du CGI
28
Article C12 alinéa 1 du CGI (avant la loi de finance 2015, cette exonération était pour une période de deux (2)
ans.
29
Article C12 alinéa 2 du CGI
30
Article C21 alinéa 1 du CGI
31
Les titres sociaux sont des actions pour les sociétés anonymes et les parts sociales pour les autres formes de
société. Voir article 51 de l'Acte uniforme OHADA sur le droit des sociétés commerciales et GIE.

Page 23
est effectué en partie pur et simple et en partie à titre onéreux. Son enregistrement est
gratis pour la partie constituée des apports purs et simples. L’autre partie subit le sort
fiscal réservé aux apports à titre onéreux.
Outre l’incitation à l’investissement à travers des allègements liés à la création
d'entreprises, les mesures fiscales communes aux investissements nationaux et étrangers ont
également pour vocation d’accompagnent les entreprises au cours de la phase d'exploitation.

B- Les avantages liés à l'exploitation de l'entreprise


Les mesures fiscales incitatives accordées aux investisseurs pendant la phase
d’exploitation visent à encourager l’accroissement des investissements. Elles portent sur les
exonérations des droits d'enregistrement des actes relatifs à l’accroissement de l’entreprise (1)
et sur l’allègement de l’impôt sur le revenu des sociétés (2).

1- Les exonérations des droits d'enregistrement des actes relatifs à l’accroissement


de l’entreprise
Les exonérations des droits d'enregistrement des actes relatifs à l’accroissement de
l’entreprise s’opèrent sur les opérations suivantes : l’augmentation du capital, les comptes
courants associés, les prêts sur nantissement et sur hypothèque passés avec les établissements
de crédit etc.
Le capital social est augmenté soit par émission d'actions nouvelles, soit par
majoration du montant nominal des actions existantes. Les actions nouvelles sont libérées soit
en espèces, soit par compensation avec des créances certaines, liquides et exigibles sur la
société, soit par incorporation des réserves, bénéfices ou primes d'émissions, soit par apport
en nature.32 En vertu du code général des impôts, les actes issus de ces opérations
d’augmentation de capital font l’objet d’un enregistrement gratis33. Exception faite aux
apports à titre onéreux et apports mixtes qui connaissent le même sort fiscal que celui qui leur
est réservé lors de la constitution de la société.
Pour financer leurs fonds de roulement34 les entreprises font parfois recours aux
emprunts auprès des associés. Ainsi, afin d'encourager l'investissement, les conventions de
comptes courants associés sont exemptées de la formalité d'enregistrement35. Toutefois,

32
Article 562 de l'Acte uniforme OHADA portant sur le droit des sociétés commerciales
33
Article 456 (A) alinéa 6 du CGI
34
Le fonds de roulement est ce qui reste des ressources durables lorsqu'elles ont financés les actifs immobilisés.
Il doit non seulement être positif, mais être capable de financer le besoin de financement de l'entreprise. Dans le
cas contraire, l'entreprise sera tenue de procéder à des emprunts pour couvrir ce besoin. Voir André NZAKOU:
Difficultés comptables et fiscales, Tome 1, pp. 58-60.
35
Article 546 (B) alinéa 5 du CGI

Page 24
qu'elles soient matérialisées par un acte ou qu'elles découlent d'un constat sur les opérations
de l'entreprise, ces conventions ne sont plus astreintes à la formalité d'enregistrement. Cette
mesure est incitative aux investissements en ce sens qu’elle permet de réduire le coût des
charges financières et fiscales. En effet, le taux d'intérêt appliqué est généralement très faible
comparé à celui appliqué par les institutions financières. Les charges d'intérêts y relatives sont
déductibles du résultat fiscal dans la limite du taux de la BEAC majoré de deux points.
Mais, la loi des Finances 2014 apporte un bémol à ce principe en précisant que :
« Toutefois, cette déduction n'est possible, en ce qui concerne les associés qui possèdent
directement ou indirectement 25% au moins du capital ou des droits de vote de la société, que
dans la mesure où :
- les sommes mises à disposition n'excèdent pas, pour l'ensemble desdits associés, une
fois et demie le montant des capitaux propres36. Dans le cas contraire, les intérêts afférents à
la fraction excédentaire ne seront pas déductibles ;
- les intérêts servis auxdits associés n'excèdent pas 25% du résultat avant impôt sur les
sociétés et avant déduction desdits intérêts et des amortissements pris en compte pour la
détermination de ce même résultat. Dans le cas contraire, la fraction excédentaire des intérêts
n'est pas déductible. »37
Généralement, pour accorder les prêts aux entreprises, les établissements de crédit
exigent une mesure de sûreté qui garantit le remboursement à l'échéance. Lorsque cette
mesure porte sur un bien immeuble, on parle d'hypothèque38. Lorsqu'elle porte sur un bien
meuble, on parle de nantissement39.
Conformément à l'article 546, alinéa A-5 du CGI, «les prêts sur nantissement et sur
hypothèque passés avec les établissements de crédits ou de micro-finance, ainsi que les mains
levées, cautionnements et garanties y relatifs » font l’objet d’un « enregistrement gratis. »
Néanmoins, les actes d’enregistrement de ces prêts sont soumis au droit de timbre gradué.40

36
D’après la circulaire d’application de la Loi de Finances 2014, sont considérés comme capitaux propres
conformément au droit comptable OHADA, la somme algébrique des apports (capital, primes liées au capital),
des écarts de réévaluation, des bénéfices autres que ceux pour lesquels une décision de distribution est
intervenue, des pertes, des subventions d'investissement et des provisions réglementées
37
Voir Loi N° 2013/011 du 1 0 décembre 2013, portant loi de finances de la République du Cameroun pour
l'exercice 2014 ou Article7(B) CGI
38
Article 117 de l'Acte uniforme OHADA portant organisation des sûretés.
39
Ibid., article 63.
40
Article 585 du CGI

Page 25
2- L’allègement de l’impôt sur le revenu des sociétés
Les contribuables assujettis à l’impôt sur les sociétés (IS) sont tenus de souscrire une
déclaration des résultats obtenus dans leur exploitation au cours de la période servant de
base à l'imposition au plus tard le 15 mars.41 Dans le cadre de ces travaux qui visent à
arrêter les comptes annuels, le législateur a prévu plusieurs mesures d'allègement des charges
fiscales. En vertu de l’article 7 du CGI, le bénéfice net imposable est établi sous déduction de
toutes charges nécessitées directement par l’exercice de l’activité imposable au Cameroun et
notamment : les frais généraux ; les charges financière ; les pertes proprement dites ; les
amortissements ; les provisions ; les créances et dettes libellées en devises. Ces mesures
d’allègement portent également sur le régime de faveur des opérations de scission, de fusion
ou d'apport partiel d'actif et les avantages fiscaux au profit d'acquéreurs d'entreprises en
difficulté.
Ce régime de faveur est visé à l’article 9 du CGI qui dispose que : Les plus-values
autres que celles réalisées sur les marchandises résultant de l'attribution gratuite d'actions, de
parts bénéficiaires, de parts sociales ou d'obligations, à la suite de la fusion des sociétés
anonymes même unipersonnelles, des sociétés à responsabilité limitée même unipersonnelles,
sont exonérées de l'impôt frappant les bénéfices réalisés par ces sociétés, à condition que la
société absorbante ou nouvelle ait son siège social au Cameroun ou dans un autre Etat de la
CEMAC.
Le même régime est applicable lorsqu'une société anonyme, ou une société à
responsabilité limitée apporte l’intégralité de son actif à deux ou plusieurs sociétés constituées
à cette fin (cas de scission) ou une partie de ses éléments d'actif à une société constituée sous
l'une de ces formes (cas d'apport partiel) à condition que :
- La ou les sociétés bénéficiaires de l'apport aient leur siège social au Cameroun ou
dans un autre Etat de la CEMAC ;
- Les apports résultant de ces conventions prennent effet à la même date pour les
différentes sociétés qui en sont bénéficiaires et entraînent dès leur réalisation (en cas de fusion
ou de scission) la dissolution immédiate de la société apporteuse.
Toutefois, l'application des dispositions de cet article 9 est subordonnée à l'obligation
(constatée dans l'acte de fusion ou d'apport) de calculer, en ce qui concerne les éléments
autres que les marchandises comprises dans l'apport, les amortissements annuels à prélever
sur les bénéfices, ainsi que les plus-values ultérieures résultant de la réalisation de ces

41
Article 18 CGI

Page 26
éléments d'après le prix de revient qu'ils comportaient pour les sociétés fusionnées ou les
sociétés apporteuses, déduction faite des amortissements déjà réalisés par elles.
Cette obligation incombe dans le cas de la fusion, à la société absorbante ou nouvelle
et, dans le cas d’apport partiel, soit respectivement aux sociétés bénéficiaires des apports
proportionnellement à la valeur des éléments d'actif qui leur sont attribués, soit à la société
bénéficiaire de l'apport.
Ces déductions faites préalablement au calcul de l’IS, constituent des mesures visant à
encourager l’investissement tout comme l’allègement du coût de discipline fiscale.

Paragraphe 2 : L’allègement du coût de discipline fiscale


Afin de jouer de l’instrument fiscal pour donner encore plus d’allant à
l’encéphalogramme de l’économie du pays, les pouvoirs publics procèdent de manières plus
ou moins constante, à l’allègement du coût de discipline fiscale à travers la réforme des
procédures (A) et les réformes structurelles (B) des services chargés d’accompagner les
contribuables et les investisseurs.

A- La réforme des procédures


La réforme de procédure est une des préoccupations majeures de l’administration
fiscale. C’est ainsi qu’elle procède de manière plus ou moins constante à la simplification des
procédures en matière de déclaration et de paiement d’impôts et taxes (1) et en matière
contentieuse (2)

1- La simplification des procédures en matière de déclaration et de paiement


d’impôts et taxes
La consécration de paiement par mobil money ou télépaiement42 et l’institution de la
déclaration pré remplie pour faciliter l’accomplissement des obligations déclaratives sont une
innovation de la loi de finances 2014. Les modalités de paiement des impôts et taxes en
vigueur au Cameroun sont : le paiement en espèce ; le paiement par chèque certifié ; le
paiement par virement bancaire et le paiement par voie électronique.
L'utilisation de l'un quelconque des quatre (04) modes de paiement des impôts et
taxes est fonction de la structure fiscale de rattachement du contribuable. Aussi, le mode de
paiement diffère selon qu'il s'agit d'un contribuable relevant d’un Centre Divisionnaire

42
Le paiement par voie électronique s'entend tout paiement effectué à l'aide d'un procédé électronique à l'instar
des paiements faisant appel à l'usage du téléphone portable (mobile money), d'internet (télépaiement) ou de tout
autre support informatique.

Page 27
des Impôts ou d’un Centre Départemental des Impôts (CDI), d'un Centre Spécialisé des
impôts (CSI) ou des unités de gestion spécialisées, notamment les Centres des Impôts des
Moyennes Entreprises (CIME) et la Direction des Grandes Entreprises (DGE).
Les entreprises ou contribuables relevant d’un Centre Divisionnaire des Impôts ou
d’un Centre Départemental des Impôts (CDI) peuvent payer leurs impôts en espèces, par
chèque certifié ou par voie électronique (mobile money) selon que le montant est inférieur ou
supérieur à cent mille (100 000) FCFA.
Pour les impôts dont le montant est inférieur à cent mille (100 000) FCA, les
contribuables relevant des structures fiscales susvisées peuvent effectuer le paiement en
espèce, par chèque certifié, ou par mobile money auprès de la recette des impôts contre
délivrance d'une quittance.
S'agissant des impôts dont le montant est égal ou supérieur à cent mille (100 000)
FCFA, les paiements sont exclusivement effectués par chèque certifié, par mobile money ou
par virement. Aussi, ledit chèque est établi au nom du receveur des impôts du centre de
rattachement.
Le paiement des impôts, droits et taxes pour les contribuables relevant des CSI, des
CIME et de la DGE est exclusivement effectué par ordre de virement ou par voie
électronique, quel que soit le montant.

2- La réforme des procédures en matière contentieuse


La rationalisation de la procédure administrative contentieuse avec la réduction des
étapes de la procédure ; réduction des délais de traitement des réclamations et la redéfinition
des seuils de compétence constituent également une innovation de la Loi des finances 2014.
En effet, la phase administrative du contentieux fiscal est ramenée de trois (03) à deux
(02) étapes. La première étape du recours concerne la saisine du Chef de Centre Régional des
Impôts (CRI), du Directeur des Grandes Entreprises (DGE) ou du Directeur Général des
Impôts (DGI) selon les seuils de compétence. La seconde étape quant à elle, c’est la saisine du
Directeur Général des Impôts.
Le contribuable relevant d’un CSI, d’un CDI ou d’un CIME qui se croit imposé à tort
ou surtaxé peut en faire la réclamation auprès du Chef de CRI lorsque les impositions
contestées portent sur un montant inférieur ou égal à cinquante (50) millions FCFA en
principal. Si ce montant est supérieur à cinquante (50) millions de FCFA, la requête s’adresse
au DGI.

Page 28
Le contribuable relevant de la DGE qui conteste les impositions mises à sa charge peut
introduire une requête auprès du Directeur des Grandes Entreprises, lorsque sa réclamation
porte sur un montant inférieur ou égal à cent (100) millions de FCFA en principal. Lorsque ce
montant est supérieur cent (100) millions de FCFA, la réclamation est adressée au DGI.
Le contribuable non satisfait de la réponse donnée par le Chef de Centre Régional des
Impôts, le Directeur des Grandes Entreprises ou le Directeur Général des Impôts suite à sa
réclamation, peut introduire un deuxième recours au MINFI dans un délai de trente (30) jours
à partir de la réception de la décision contestée.
Les délais de réclamation sont ramenés de 60 à 30 jours pour la réponse du DGI et de
90 à 60 jours pour la réponse du MINFI.

B- Les réformes structurelles


Les réformes structurelles sont visibles au niveau des services chargés de
recouvrement des impôts. Elles concernent également la dynamisation des institutions
chargées d’accompagner les investisseurs, ainsi que les services des douanes.

1- Les réformes des structures chargées de recouvrement des impôts et la


dynamisation des institutions chargées d’accompagner les investisseurs
Les réformes structurelles dans ce domaine ont conduit à la mise en place : de la
Division des Grandes Entreprises (DGE) en charge des « grands » contribuables c’est-à-dire
ceux dont le chiffre d’affaires est au moins égal à 1 milliard de F CFA ; des Centres
Spécialisés des Professions Libérales qui sont l’illustration parfaite de la gestion par type de
contribuables. Ils sont exclusivement chargés de la gestion des avocats, notaires, comptables,
pharmaciens, médecins en clientèle privée…; des Centres des Impôts des Moyennes
Entreprises qui gèrent les « moyens » contribuables c’est-à-dire ceux dont le chiffre d’affaires
est compris entre 100 millions et 1 milliard de F CFA. Déjà opérationnels à Douala et
Yaoundé, ces centres sont progressivement mis en place dans les autres Régions du pays ; des
Centres Divisionnaires des Impôts (CDI) en charge des petits contribuables qui sont en cours
de restructuration afin de les organiser par fonction fiscale et par unités spécialisées ; des
Centres de Gestion Agréés (CGA), pour accompagner et faciliter l’accomplissement par les
petits et moyens contribuables de leurs obligations fiscales et comptables.
Depuis quelques années, le Cameroun s’est doté de plusieurs institutions chargées
d’appuyer l’initiative privée nationale et étrangère. Parmi ces structures, il convient de citer
les Centres de formalités de création des entreprises (CFCE), chargés de servir d’interface

Page 29
dans les démarches de création d’entreprises ; l’Agence de promotion des investissements
(API) qui « a pour mission, en liaison avec les autres Administrations et Organismes publics
et privés concernés, de contribuer à l'élaboration et à la mise en œuvre de la politique du
Gouvernement dans le domaine de la promotion des investissements au Cameroun »43 ;
l’agence de promotion des PME et le Conseil d’appui à la réalisation de contrats de
partenariat (CARPA). Dans le cadre de la mise en œuvre du DSCE, divers textes ont été
promulgués. Ils visent à améliorer le climat des affaires, en réformant le fonctionnement des
institutions publiques directement impliquées dans l’investissement, notamment les douanes
et les impôts. Les développements qui suivent passent en revue les progrès introduits sur la
période récente.
A côté de ces institutions publiques, le Cameroun a entrepris de renforcer les cadres
d’intermédiation et de dialogue. Ainsi, le gouvernement a contribué à la dynamisation de la
Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun (CCIMA) et a
mis en place, sous l’autorité directe du premier ministre, le Cameroon Business Forum (CBF),
qui est une plateforme de dialogue avec les segments les plus dynamiques du secteur privé,
notamment le Groupement Inter-patronal de Cameroun (GICAM), le Mouvement des
entrepreneurs camerounais (MECAM), les Entreprises du Cameroun (ECAM), la Bourse de
sous-traitance et de partenariat (BSTP) etc.

2- La réforme des services douaniers


Selon le rapport de la banque africaine de développement sur l’environnement des
investissements privés au Cameroun en 2013, les services douaniers ont entrepris depuis
quelques années, des efforts remarquables pour améliorer leur performance et introduire une
plus grande transparence dans toute la chaîne, depuis l’embarquement des marchandises
importées jusqu’à leur sortie du port ou leur acheminement aux frontières pour les produits en
transit.
D’après ce rapport, la simplification des procédures et la meilleure gouvernance des
activités douanières se fondent sur trois démarches complémentaires, dont la première porte
sur l’amélioration des technologies en usage, la deuxième sur la concertation avec les
opérateurs économiques impliqués, et la troisième sur le contrôle et le suivi interne par le
personnel.

43
Article 4 (nouveau) (1) du Décret n° 2013/296 du 09 septembre 2013, modifiant et complétant certaines
dispositions du Décret n° 2005 /310 du 1er Septembre 2005, portant organisation et fonctionnement de l’Agence
de Promotion des investissements.

Page 30
En matière d’amélioration technologique, deux faits sont à souligner : l’introduction
du Sydonia et le recours au système Nexus pour suivre les marchandises en transit. La
nouvelle version du Sydonia permet l’accélération du processus de dédouanement, en même
temps qu’une mise en réseau des bureaux de douanes à travers le territoire national. Elle
introduit davantage de transparence et permet le contrôle et le suivi de la gestion automatique
de toutes les étapes de la chaîne de dédouanement. Le recours au système Nexus consiste à
équiper les véhicules de transport de marchandises de GPS, ce qui permet leur géolocalisation
et le suivi des marchandises. L’intérêt de tels développements est évident, dans la mesure où
il devient possible de suivre en temps réel les opérations d’importation.
Des rencontres d’information et de concertation sont organisées régulièrement, et des
contrats de performance sont établis au profit des opérateurs performants. Cela permet une
meilleure mise en œuvre du système défini dans le traitement douanier
Le troisième volet a trait au contrôle interne et à la formation du personnel des
douanes. Des efforts sont menés dans ce sens, avec la mise en place de contrats de
performance fondés notamment sur la réactivité et le temps de traitement des dossiers. Ils sont
assortis de la sensibilisation du personnel sur les questions de transparence et de gouvernance.
Un comité de promotion de l’éthique et de la gouvernance, chargé du suivi des progrès
réalisés sur le terrain, a été mis en place. Deux tiers de ses membres sont des personnes
extérieures aux services de douanes.
Les premiers résultats obtenus et ceux escomptés portent à croire qu’à terme, le
système douanier pourra constituer un atout supplémentaire dans les efforts pour améliorer
l’attrait des investisseurs étrangers, afin de faciliter l’implantation des groupes de sociétés qui
bénéficient des mesures incitatives particulières sur le sol camerounais.

SECTION II : LES MESURES PROPRES AUX INVESTISSEURS ETRANGERS ET


GROUPES DE SOCIETES
L’Acte Uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales et des
groupements d’intérêt économique définit le groupe de sociétés comme étant l'ensemble des
sociétés unies entre elles par des liens divers qui permettent à l'une de contrôler les autres. Il
s’agit notamment du cas d’une société mère et ses filiales ou d’un siège et ses établissements
stables. Mais, contrairement aux établissements stables qui n’ont pas de personnalité morale
distincte de celle de leur siège, les filiales sont dotées d’une personnalité juridique
indépendante de celle de la société mère.

Page 31
En revanche, sur le plan du contrôle fiscal, l’établissement stable tout comme la filiale
dispose d’une personnalité fiscale. Par conséquent, ils sont traités pareillement par
l’administration fiscale qui dispose du pouvoir de redresser les transactions effectuées entre le
siège et l’entité étrangère. Toutefois, la détermination du résultat fiscal est plus complexe
dans l’établissement stable que dans la filiale, compte tenu de l’unicité de la personnalité
morale qui exige la ventilation des charges et des produits entre le siège et l’établissement
stable.
Afin de garantir l’attrait et la compétitivité des entreprises à vocation internationale, le
Cameroun répond à la question de la territorialité de l’impôt, en instituant les méthodes
d’imposition des IDE sous forme d’établissement stable (paragraphe 1) et le régime
d’imposition des sociétés mères et filiales (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : L'imposition des investissements directs étrangers sous forme


d'établissement stable
En vue de promouvoir l’implantation et l’accompagnement des IDE sous forme
d'établissement stable, l’administration fiscale adopte des méthodes visant la limitation des
doubles impositions des revenus des entreprises internationales. Ces méthodes portent sur
l’élimination des doubles impositions (A) et sur les incitations fiscales conventionnelles (B).

A- L'élimination des doubles impositions


La double imposition peut être définie comme l’assujettissement à l’impôt d’un même
contribuable dans deux Etats au titre d’un même revenu. La conséquence qui résulte de cette
double taxation, c’est la répétition de prélèvements qui accroît la charge fiscale de
l’investisseur. Ce type de pratique fiscale contribue à dissuader les investisseurs étrangers.
Ainsi, dans le souci de sécuriser les entreprises à vocation internationale, le Cameroun
s’inscrit dans la logique de concurrence fiscale en prenant des mesures destinées à prévenir
les risques de double imposition. Ces mesures se rapportent à l’imputation (1) et à
l’exonération (2).

1- La méthode d’imputation
L’imputation est une méthode utilisée par l’Etat de résidence pour procéder à la
régularisation de l'impôt retenu par l'Etat de source du revenu. La méthode d’imputation
requiert deux techniques : la déduction et le crédit d’impôt. Elle consiste pour l’Etat de
résidence du contribuable à accorder à celui-ci, une déduction ou une réduction fiscale au titre
de l’impôt payé dans l’Etat de source. L’imputation peut être totale ou partielle.

Page 32
L’imputation est dite totale ou intégrale, lorsque le crédit d’impôt dont bénéficie le
contribuable dans l’Etat de résidence correspond à l’impôt prélever par l’Etat de source quel
qu’en soit le montant. L’Etat de résidence impute cette somme dans l’impôt qu’il doit
percevoir et accepte de perdre un gain au profit du contribuable.
Dans l’imputation partielle ou limitée, le crédit d’impôt accordé par l’Etat de résidence
ne peut excéder la fraction de son propre impôt correspondant au revenu imposable trouvant
source dans l’autre Etat.
L’imputation s’accompagne de la réintégration d’une quote-part des dépenses de
direction et des frais de siège. Cette méthode n'est applicable que dans le cadre d'une
convention fiscale visant l’élimination la de double imposition44 entre l'Etat de source du
revenu et l'Etat de résidence du contribuable.
Aujourd’hui, le Cameroun compte très peu de conventions fiscales ratifiées, mais
plusieurs autres sont en cours de négociation, notamment avec l’Afrique du Sud et le Maroc.
Au nombre des conventions fiscales ratifiées figurent celles avec le Canada, le France, la
Tunisie et la CEMAC, tendant à empêcher la double-imposition et à réduire la charge fiscale
entre les Etats membres, sauf en matière de transfert de dividendes45.

2- La méthode d’exonération
Le principe de l’exonération consiste pour l’Etat de résidence à renoncer l’imposition
du revenu d’origine étrangère déjà imposé dans l’Etat de source. L’exonération trouve son
fondement dans le principe de territorialité qui a été d’ailleurs consacré par le code général
des impôts en son article 5, lorsqu’il dispose que : « Les bénéfices passibles de l'impôt sur les
sociétés sont déterminés en tenant compte uniquement des bénéfices obtenus dans les
entreprises exploitées ou sur les opérations réalisées au Cameroun, sous réserve des
dispositions des conventions internationales. »
La convention Cameroun-France privilégie l’exonération en son article 26 qui énonce
dans le cas de la France, que les revenus qui proviennent du Cameroun et qui sont imposables
ou ne sont imposables que dans cet Etat sont pris en compte pour le calcul de l’impôt français
lorsque leur bénéficiaire est domicilié en France et qu’ils ne sont pas exemptés de l’IS en
application de la législation française. Dans ce cas l’impôt Camerounais n’est pas déductible
de ces revenus, mais le bénéficiaire a droit au crédit d’impôt français.

44
Il s’agit d’un ensemble d'accords qui régit deux Etats dans le souci d'éliminer la double imposition des
revenus, de protéger les contribuables qui effectuent des opérations à l`international et de coopérer dans le cadre
de l'exercice de leur pourvoir de contrôle.
45
Acte CEMAC n°5/66 du 13 décembre 1966

Page 33
En vertu de cet article, dans le cas du Cameroun les revenus perçus par les personnes
domiciliées au Cameroun sont exonérées des impôts camerounais lorsque ces revenus sont
exclusivement imposables en France.
De même, l’acte n°5/66-UDEAC-49 du 13 décembre 1966 portant adoption d’une
convention tendant à éliminer les doubles impositions et lutter contre la fraude et l’évasion
fiscale prévoit l’exonération comme méthode d’élimination et d’atténuation de la double
imposition.
Outre l’élimination de la double imposition qui est une mesure visant à supprimer les
obstacles de nature fiscale susceptibles de de freiner le mouvement des investisseurs, ces
derniers bénéficient également des incitations prévues dans un cadre conventionnel visant à
leur garantir une sécurité juridique dans leurs états de résidence.

B- Les incitations fiscales conventionnelles


Les incitations fiscales conventionnelles sont des mesures prévues par des conventions
visant à garantir aux contribuables une certaine sécurité juridique. Ces mesures constituent
des moyens de soutien au développement des échanges et des activités.
Les incitations fiscales conventionnelles portent sur le principe de non-discrimination
(1) et les avantages liés à la réduction du taux d’imposition (2).

1- Le principe de non-discrimination
Le principe de non-discrimination ou clause d'égalité de traitement trouve son
fondement en droit communautaire.
En zone CEMAC, l’article 27 (a) de la convention UEAC interdit les discriminations
fondées sur la nationalité ( libre circulation des travailleurs ou chercheurs d’emploi), tandis
que l’article 5 de l’Acte n°5/66-UDEAC-49 du 13 décembre 1966 portant convention fiscale
de la CEMAC inspiré de l’article 24 de la convention modèle OCDE interdit les
discriminations fiscales fondées sur l’égalité des contribuables. L'avenant du 31 mars 1994 à
la Convention Fiscale Cameroun-France a consacré également le principe de non-
discrimination fondée sur la nationalité d'une personne physique ou morale.
Toutefois, l’esprit de ce principe voudrait que sous condition de réciprocité, les
nationaux d'un Etat contractant soient traités dans les mêmes conditions que les nationaux de
l’autre Etat contractant. Ainsi, sous condition de réciprocité, une filiale française exerçant au
Cameroun sera traitée dans les mêmes conditions que les entreprises de droit camerounais.

Page 34
2- La réduction du taux d’imposition
La réduction du taux d’imposition concerne particulièrement la Taxe Spéciale sur le
Revenu (TSR). En vertu de l’article 225 du CGI il s’agit est d’un impôt retenu sur les revenus
servis aux personnes morales ou physiques domiciliées hors du Cameroun, par des entreprises
ou établissements situés au Cameroun, l’Etat ou les collectivités territoriales décentralisées au
titre :
- des droits d’auteurs concernant toutes les œuvres du domaine littéraire ou artistique quels
qu’en soient le mode, la valeur, le genre ou la destination de l’expression,
- des rémunérations versées pour l’usage ou la concession de l’usage des logiciels, entendus
comme applications et programmes informatiques relatifs à l’exploitation ou au
fonctionnement de l’entreprise.
- de la vente ou de la location de licence d’exploitation de brevets, marques de fabrique,
procédés et formules secrets ;
- de la location ou du droit d’utilisation des films cinématographiques, des émissions ou des
films de télévision ;
- des rémunérations pour fournitures d’informations concernant les expériences d’ordre
industriel commercial ou scientifique ainsi que pour la location d’équipements industriels,
commerciaux ou scientifiques ;
- des rémunérations pour études, consultations, assistance technique, financière ou
comptable;
- des rémunérations versées aux entreprises effectuant des travaux de forage, de recherche
ou d’assistance pour le compte des compagnies pétrolières, et de manière générale les
prestations ponctuelles de toutes natures lorsque ces entreprises renoncent à l’imposition
d’après la déclaration
- des prestations audiovisuelles à contenu numérique ;
- d’une manière générale, des sommes versées à l’étranger, en rémunération des prestations
de toute nature fournies ou utilisées au Cameroun.
Le taux global de la TSR est de 15% et son versement doit s’effectuer dans les 15 jours
qui suivent le fait générateur à la caisse du comptable du Trésor du lieu du siège social.
La réduction du taux de cet impôt comme moyen d’incitation fiscale reste jusqu’ici
conventionnelle et n’est retenu que dans le cadre de la Convention fiscale Cameroun-France.
Cette réduction est visée à l'article 20 (4) de ladite convention qui ramène ce taux à 7.5% dans
le cadre des rémunérations pour études, assistances techniques, financières ou comptables.

Page 35
L’ensemble de ces mesures incitatives s’appliquent aussi bien aux établissements
stables qu’aux filiales. Mais compte tenu de la personnalité dont jouissent ces dernières vis-à-
vis de la société mère, la double imposition qui subsiste lors de la distribution des dividendes
est palliée grâce aux mesures incitatives liées au régime des sociétés mères et filiales.

Paragraphe 2 : L'imposition des sociétés mères et filiales


Lors de sa création, la filiale contrairement à l’établissement stable et la succursale est
dotée d’une personnalité juridique indépendante de celle de la société mère. Cette situation
d’entité morale lui confère également une personnalité fiscale distincte de celle de la société
mère. Par conséquent, ses bénéfices sont imposés à l'étranger où elle est installée et non à
l’Etat de la société mère. Le contact avec la société mère ne s'établit qu'au moment de la
distribution des bénéfices, car les dividendes versés à cette société mère constituent des
revenus taxables46. Afin d’éviter la réimposition de ces dividendes, le législateur a prévu un
traitement fiscal particulier des sociétés mères et filiales. Il porte sur la déduction des
dividendes perçus des filiales (A) et l'imputation de l'IRCM en cas de redistribution (B)

A- La déduction des dividendes perçus des filiales


Cette mesure est prévue par le code général des impôts en son article 13 qui consacre
un régime particulier de traitement de l’impôt sur le revenu des sociétés mères et filiales. Pour
bénéficier de l’opération de déduction des dividendes (2), les sociétés mères et filiales doivent
remplir les conditions (1) prévues à l’article 13 du CGI

1- Les conditions requises pour la déduction des dividendes


Pour que l’opération de déduction des dividendes soit applicable, les conditions
suivantes doivent être remplies :
- les sociétés doivent avoir la forme de SA ou SARL définie par l'Acte uniforme OHADA
sur le droit des sociétés commerciales et des GIE.
- les actions ou parts d'intérêts possédées par la société-mère représentent au moins 25% du
capital de la société filiale ;
- les sociétés-mères et leurs filiales ont leur siège social dans un Etat de la CEMAC ;
- les actions ou parts d'intérêts attribuées à l'émission sont toujours restées inscrites au nom
de la société participante ou, s'il ne s'agit pas de titres souscrits lors de leur émission, que
celle-ci prenne l'engagement de les conserver pendant deux années consécutives au moins
sous la forme nominative.

46
COZIAN (Maurice), Précis de fiscalité des entreprises, 38ième édition LexisNexis, Septembre 2014, 960 p.

Page 36
La rupture de cet engagement est sanctionnée par l'imposition des revenus indûment
exonérés sans préjudice des pénalités applicables pour insuffisance de déclaration.

2- L’opération de déduction des dividendes


En vertu de l’article 13 du CGI, sous réserve des conditions énoncées ci-dessus,
lorsqu'une société par actions ou à responsabilité limitée possède soit des actions nominatives
d'une société par actions, soit des parts d'intérêts d'une société à responsabilité limitée, les
produits nets des actions ou des parts d'intérêts de la seconde société touchés par la première
au cours de l'exercice, sont retranchés du bénéfice net total de celle-ci, défalcation faite d'une
quote-part de frais et charges. Cette quote-part est fixée à 10 % du montant desdits produits.
Ainsi cette disposition exonère le bénéfice imposable des produits nets reçus des
filiales par les sociétés mères. Cette mesure vise à neutraliser la double imposition des
revenus provenant des filiales au même titre que le régime de droit commun visé à l'article 17
du CGI. Sont exclus de la déduction prévue ci-dessus, en ce qui concerne les établissements
de banque ou de crédit ainsi que les entreprises de placement ou de gestion des valeurs
mobilières, tous arrérages, intérêts ou autres produits exonérés de l'IRCM.

B- L'imputation de l'IRCM en cas de redistribution


En vertu de l’article 39 du CGI, l’IRCM redistribué par la société mère n’est imputable
qu’à certaines conditions (1) qui méritent d’être évoquées avant l’opération de l’imputation de
l’IRCM (2).

1- Les conditions liées à l’imputation de l’IRCM


Tout comme dans le cadre de la déduction des dividendes, pour que l'IRCM supporté
lors de la distribution au niveau des filiales soit imputable à celui dû en cas de redistribution
par la société mère, il faut que:
- les sociétés aient la forme de SA ou SARL définie par l'Acte uniforme OHADA sur le
droit des sociétés commerciales et des GIE.
- les actions ou parts d'intérêts possédées par la société mère représentent au moins 25% du
capital de la société filiale ;
- les sociétés-mères et leurs filiales aient leur siège social au Cameroun ou dans un Etat de
la CEMAC ;
- le montant de l’impôt supporté par la société filiale soit égal à celui qu'elle aurait supporté
dans l’Etat d’imposition de la société mère ;

Page 37
- les actions ou parts d’intérêts attribuées à l’émission soient toujours restées inscrites au
nom de la société participante, ou s'il ne s'agit pas de titres souscrits lors de leur émission,
que celle-ci prenne l’engagement de les conserver pendant deux années consécutives au
moins sous la forme nominative.
La rupture de cet engagement est sanctionnée par l’imposition des revenus indûment
exonérés sans préjudice des pénalités applicables pour insuffisance de déclaration.

2- L’opération d’imputation de l’IRCM


Lorsqu'une SA ou une SARL possède soit des actions nominatives d'une SA, soit des
parts d'intérêts d'une SARL, l'Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques est liquidé sur
l'intégralité des dividendes et autres produits distribués ; mais, dans la mesure où les sommes
distribuées au titre d'un exercice correspondent aux produits desdites participations encaissés
au cours d'un même exercice, l'impôt que ces produits ont supporté est imputé sur le montant
de l'impôt dont la société susvisée est redevable.
Le montant de l'impôt à imputer en cas de redistribution des dividendes reçus des
filiales doit être égal à celui qui aurait été supporté si la filiale était située au Cameroun. Cette
imputation est limitée à 15% du montant brut des dividendes, majoré des centimes
additionnels.47 La société mère camerounaise qui reçoit des dividendes d'une ou plusieurs
filiales situées en zone CEMAC au cours d'un exercice doit redistribuer ces produits au cours
du même exercice. La double imposition de l'IRCM n'interviendra qu'en cas du non-respect
de ce délai.
En vertu du régime des sociétés mère-filiales, les dividendes perçus par une société
mère camerounaise en provenance d’une filiale établie au sein de la CEMAC sont exonérés
d’impôt sur les sociétés sous réserve de l’imposition d’une quote-part de frais et charges fixée
à 10% du montant des dividendes perçus. Par ailleurs, les redistributions de dividendes par la
société mère peuvent être exonérées d’impôt sur le revenu des capitaux mobiliers (économie
d’impôt potentielle de 16,5%).
Outres ces mesures d’allègement de la charge fiscale qui sont considérées comme des
mesures de droit commun, le cadre juridique camerounais en matière d’investissement, s’est
enrichit davantage de nombreux textes législatifs et règlementaires, qui visent
particulièrement le soutien à l’investissement privé aussi bien de la part des nationaux que de
celle des étrangers.

47
Voir article 70 du CGI.

Page 38
CHAPITRE II :
LES MESURES FISCALES PARTICULIERES DE
SOUTIEN A L’INVESTISSEMENT PRIVE

Les mesures fiscales particulières incitatives aux investissements sont des dispositions
spéciales prévues par la réglementation pour susciter et encourager les investissements privés.
La particularité de ces mesures vient du fait qu’elles sont disposées dans des textes ou codes
spéciaux, et qu’elles ciblent des activités, des opérations ou des secteurs spécifiques. Très
souvent, le recours à ces mesures est conditionné par la détention d'un titre d'agrément obtenu
auprès des autorités compétentes. Le législateur camerounais a depuis la décennie 90 mis sur
pied un dispositif assez important des incitations fiscales. Ces mesures fiscales incitatives sont
contenues dans des textes telles la loi du N° 2013/004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à
l’investissement privé et l’ordonnance N°90/001 du 29 janvier 1990 créant le régime des
zones franches (section I). En dehors de ces deux régimes, le cadre incitatif camerounais
regorge plusieurs autres mesures spécifiques de promotion des investissements (section II).

SECTION I : LES MESURES DE LA LOI DU 18 AVRIL 2013 ET DU REGIME DES


ZONES FRANCHES INDUSTRIELLES
Le cadre institutionnel de l'investissement au Cameroun s'est enrichi récemment d'un
nouvel outil, la Loi N°2013/004 fixant les incitations à l'investissement privé en République
du Cameroun, promulguée le 18 avril 2013. En vue de booster l’initiative privée tant nationale
qu’étrangère, cette loi offre une panoplie d’incitations fiscales et douanières (paragraphe 1).
Quant aux zones franches, il s’agit des zones et points francs industriels régis par
l’ordonnance n° 90/001 créant le régime des zones franches industrielles. Ce régime accorde
des avantages fiscaux et douaniers aux investisseurs qui s’implantent dans ces zones et points
francs industriels (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les incitations fiscales et douanières de la Loi N° 2013/004 du 18 avril


2013 fixant les incitations à l’investissement privé en République du Cameroun
Selon l’esprit des rédacteurs de cette loi, celle-ci a pour objet, « de favoriser, de
promouvoir et d’attirer les investissements productifs en vue de développer les activités
orientées vers la promotion d’une croissance économique forte, durable et partagée, ainsi

Page 39
que de l’emploi »48. Ce texte prévoit de multiples incitations fiscales et douanières dont
peuvent bénéficier les investisseurs qui font l’implantation d’entreprises nouvelles (A). Les
secteurs prioritaires et les entreprises existantes bénéficient quant à eux des incitations
spécifiques prévues par cette loi (B).

A- Les mesures incitatives relatives à l’implantation des entreprises nouvelles


Les avantages fiscaux et douaniers liés à l’implantation des entreprises nouvelles sont
accordés selon que les investisseurs se trouvent en phase d’installation (1) ou en phase
d’exploitation (2).

1- Les incitations liées à la phase d’installation


La phase d’installation c’est la période pendant laquelle l’investisseur se consacre à la
construction et à l’aménagement des infrastructures et des équipements nécessaires à la mise
en place d’une unité de production.49 Pendant cette phase et à compter de la date de délivrance
de l’agrément, l’investisseur peut bénéficier pendant une période n’excédant pas cinq (5) ans
de divers avantages aussi bien sur le plan de la fiscalité interne que sur le plan douanier :
Sur le plan de la fiscalité interne les mesures incitatives sont les suivantes :
- L’exonération des droits d’enregistrement relatifs aux contrats de concession et aux actes
de création ou d’augmentation du capital ; aux baux d’immeubles, terrains et bâtiments
indispensables à la réalisation du programme d’investissement, ainsi qu’aux contrats de
fourniture des équipements et de construction des immeubles et installations nécessaires à
la réalisation du projet ;
- L’exonération porte également sur la patente ; les taxes et droits de douane sur les
équipements et matériels liés au programme d’investissement ; la TVA due à
l’importation de ces équipements et matériels, et sur les prestations de services liées à la
mise en place du projet et provenant de l’étranger ;
- La déduction intégrale des frais d’assistance technique au prorata du montant de
l’investissement réalisé, déterminé en fonction du montant global de l’investissement.
Sur le plan douanier les investissements jouissent des avantages ci-après :
- L’exonération des taxes et droits de douane sur tous les équipements et matériels liés au
programme d’investissement ;
- L’exonération de la TVA due à l’importation de ces équipements et matériels ;

48
Article 1(2) de la Loi N° 2013/004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé en
République du Cameroun
49
Article 3 de la Loi N° 2013/004 du 18 avril 2013, Op. cit.

Page 40
- L’enlèvement direct des équipements et matériels liés au programme d’investissement lors
des opérations de dédouanement.

2- Les incitations en phase d’exploitation


Aux termes de l’article 3 de cette loi, la phase d’exploitation est une période de
réalisation effective des activités de production, qui débute :
- pour les nouveaux investisseurs, d’office dès la fin de la phase d’installation ou avant la
fin de celle-ci, dès la commercialisation ou la vente des produits, tel que constaté par un
arrêté conjoint des ministres en charge des investissements privés, des finances et du
commerce.
- pour les entreprises déjà installées au Cameroun et réalisant de nouveaux investissements,
dès la mise en service desdits investissements tel que constaté par un arrêté conjoint des
ministres en charge des investissements privés, des finances et du commerce.
Pendant cette phase qui ne peut excéder dix (10) ans et en considérant la taille des
investissements et des retombées économiques attendues de ceux-ci, l’investisseur peut selon
le cas, bénéficier des exemptions ou des réductions au paiement des taxes, impôts, droits et
autres charges suivantes :
- Le minimum de perception
- L’impôt sur les sociétés et sur les bénéfices;
- Les droits d’enregistrement relatifs aux prêts, emprunts, avances en compte courant,
cautionnement, augmentation, réduction, remboursement et liquidation du capital social,
ou à un quelconque transfert d’activités, de droits de propriété ou de jouissance
immobilière, de baux ou d’actions ;
- Les impôts sur le revenu des capitaux mobiliers (IRCM) à l’occasion de la distribution des
revenus sous forme de dividendes ou sous d’autres à préciser dans la convention ;
- La taxe spéciale sur les revenus (TSR) en phase de développement de projet et de
construction, sur les paiements effectués à des sociétés étrangères en rémunération des
prestations fournies ou utilisées au Cameroun, à condition que celles-ci soient facturées à
prix coûtant ;
- impôts, taxes, droits d’enregistrement et de timbre en relation avec le transport de produits
issus de la transformation ;
- tout impôt, redevance, taxe ou frais, de quelque nature que ce soit calculés sur le chiffre
d’affaires réalisé par la société de transformation ;
- tout impôt, redevance, taxe ou frais, de quelque nature que ce soit calculés sur le

Page 41
- chiffre d’affaires réalisé par la société de transformation ;
- toute taxe sur le transfert, l’achat ou la vente de devises, et toute taxe indirecte à la
consommation dont la taxe spéciale sur les produits pétroliers.
L’investisseur peut aussi bénéficier des avantages ci-après :
- le report des déficits jusqu’au cinquième exercice suivant celui de leur survenance;
- l’exemption au paiement de droits, taxes, et redevances de douane, sur les importations de
biens d’équipement destinés à être affectés et utilisés pour son programme
d’investissement.
- La réduction ou l’exemption des droits de douane applicables à l’exportation
d’équipements de construction et d’équipements des usines de transformation ;
Au terme de la période de dix ans visée ci-dessus, l’investisseur est reversé d’office au
droit commun. En revanche tout investisseur peut bénéficier d’un crédit d’impôt à condition
de remplir l’un des critères ci-après :
- embaucher au moins cinq (5) jeunes diplômés de l’Enseignement supérieur par an;
- lutter contre la pollution ;
- développer des activités sportives, culturelles ou sociales ;
- développer des activités d’intérêt public dans les zones rurales.
Les mesures fiscales incitatives de la loi du 18 avril 2013 ne se limitent pas seulement
aux entreprises nouvelles. Elles s’étendent également aux investissements dans les secteurs
spécifiques et dans les entreprises existantes.

B- Les mesures incitatives spécifiques aux secteurs prioritaires et aux entreprises


existantes
Sa vocation étant de promouvoir une croissance économique forte, durable et partagée,
la loi du 18 avril 2013 innove en disposant en son titre III, des mesures incitatives qui visent
les secteurs prioritaires (1), véritables moteurs de croissance et d’emploi. Cette promotion
s’étend au développement des entreprises existantes, c’est ainsi que cette loi prévoit des
incitations fiscales qui leur sont propres (2).

1- Les incitations propres aux secteurs prioritaires


En vertu de l’article 14 de la loi de 18 avril 2013, les incitations spécifiques sont
accordées aux entreprises qui réalisent des investissements permettant d’atteindre des
objectifs prioritaires. Il s’agit : du développement de l’agriculture, de la pêche, de l’élevage,
des activités d’emballage et de stockage des produits d’origine végétale, animale ou

Page 42
halieutique; du développement de l’offre touristique et des loisirs, de l’écotourisme social et
de l’artisanat ; du développement de l’habitat et du logement social ; de la promotion de
l’agro-industrie, des industries manufacturières, de l’industrie lourde, des matériaux de
construction, de la sidérurgie, de la construction métallique, des activités maritimes et de
navigation; du développement de l’offre de l’énergie et de l’eau ; de l’encouragement du
développement des régions et de la décentralisation ; de la lutte contre la pollution et la
protection de l’environnement ; de la promotion et du transfert des technologies innovantes et
de la recherche-développement ; de la promotion des exportations et de la promotion de
l’emploi et formation professionnel.
Sur le plan fiscal, toute entreprise qui envisage de réaliser les investissements
permettant d’atteindre les objectifs prioritaires susvisés peut prétendre, selon le cas au
bénéfice des incitations communes ci-après :
- L’exonération de TVA sur les crédits relatifs au programme d’investissement ;
- L’exonération de la taxe foncière sur les immeubles bâtis ou non, faisant partie du site
dédié à l’unité de transformation et de tous prolongements immobiliers par destination ;
- L’enregistrement au droit fixe;
Au niveau de la douane les avantages accordés sont les suivants :
- L’admission temporaire spéciale des équipements et matériels industriels susceptibles de
réexportation ;
- L’exonération du droit de sortie sur les produits manufacturés localement ;
- Le régime du perfectionnement actif prévu par le code des douanes.
Les deux dernières incitations ci-dessus citées sont spécialement accordées aux
entreprises qui réalisent des opérations d’exportation50.

2- Les incitations propres aux entreprises existantes


La loi permet également à toute entreprise en fonctionnement et engagée dans un
programme d’investissement visant l’extension de ses capacités de production, le
renouvellement de ses actifs ou l’accroissement de ses performances, de bénéficier pendant
une période n’excédant pas cinq (5) ans, des exemptions ou des réductions au paiement des
taxes, impôts, droits et autres charges. Il s’agit entre autres : de la taxe spéciale sur les revenus
en phase de développement et de construction ; des impôts, taxes et droits d’enregistrement de
timbre en relation avec le transport des produits issus de la transformation ; des droits de

50
Article 16 de la Loi N° 2013/004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé en République
du Cameroun

Page 43
douanes applicables à l’exportation des équipements de construction et des équipements des
usines de transformation, tout impôt, redevance, taxes sur le chiffre d’affaire réalisé par la
société de transformation…
Ces incitations sont celles dont bénéficient les entreprises nouvelles en phase
d’exploitation. Une entreprise existante ne peut en bénéficier que lorsque son programme
d’investissement assure une augmentation de la production des biens ou des services ou du
personnel camerounais à concurrence de 20% au moins51.
Ces incitations de la loi du 18 avril 2013 viennent s’ajouter aux autres instruments
ayant pour vocation la promotion des investissements et des exportations à l’instar du régime
des zones et points francs industriels.

Paragraphe 2 : Les avantages fiscaux des zones et points francs industriels


Le régime de la Zone Franche vise à promouvoir de nouveaux investissements, à
faciliter le développement des exportations et la création de nouveaux emplois au
Cameroun52. La Zone Franche Industrielle (ZFI) désigne une aire géographique délimitée et
clôturée, comprenant un accès contrôlé, au sein de laquelle le régime de la Zone Franche est
applicable aussi bien sur ladite Zone comme entité que sur les entreprises qui s'y implantent.
La ZFI peut être réduite à une aire géographique qui se confond avec l'aire d'implantation
d'une entreprise. Celle-ci prend alors la dénomination de Point Franc Industriel (PFI) dont la
configuration est soumise aux mêmes obligations de délimitation, de clôture et d'accès
contrôlé.53 Le statut de ZFI ou PFI octroyé par le Ministre chargé du Développement
Industriel, le permis de promoteur, le permis d'opérateur, et le certificat de conformité délivrés
par l'ONZFI donnent droit d'office à leurs titulaires au bénéfice du régime de la Zone Franche
institué par cette ordonnance. Les incitations et facilités prévues par ce régime sont de divers
ordres, notamment sur le plan de la fiscalité interne (A) et au niveau de la douane (B).

A- Les avantages liés à la fiscalité interne


Les entreprises installées dans les Zones Franches Industrielles bénéficient d’un
certain nombre d’exonérations pendant les dix premières années de leur exploitation (1). Ces
exonérations s’atténuent à partir de la onzième année d'exploitation (2)

51
Ibid. article 17
52
Article 1 (a) de l’Ordonnance N° 90/001 du 29 janvier 1990 créant le régime de la Zone Franche au Cameroun.
53
Ibid. Article 2 (a) et (a)

Page 44
1- Les exonérations pendant les dix premières années d’exploitation
Pendant leurs dix premières années d’exploitation, les entreprises installées dans les
ZFI bénéficient de l'exonération totale des impôts et taxes directes et/ou indirectes en vigueur
ou à créer ainsi que des droits d'enregistrement et de timbre de quelque nature que ce soit.54
Ces entreprises sont donc exonérées de l'impôt sur le revenu, de la taxe foncière, des droits
d'enregistrement et des timbres, de la contribution de patente et de la licence etc.
En revanche, les opérations réalisées par les entreprises agréées au régime de la zone
franche demeurent assujetties à la TVA, en vertu de l’article 127 (8) et l’article 263 (3) du
CGI.

2- Les exonérations à partir de la onzième année d’exploitation


L’article 16 (a) de l’ordonnance n° 90/001 du 29 janvier 1990 dispose qu’à partir de la
onzième année de leur exploitation, les entreprises agréées au régime des ZFI continuent à
bénéficier des avantages suscités, sauf en ce qui concerne l'impôt sur les bénéfices industriels
et commerciaux auquel elles sont soumises au taux global de 15 %.55
Le bénéfice fiscal déterminé en application des dispositions visées aux articles 52 et
65 du C.G.I. s'obtient après déduction :
- d'une somme égale à 25 % de la masse salariale versée aux salariés camerounais au cours
de l'exercice ;
- d'une somme égale à 25% des dépenses d'investissement de l'exercice ;
En outre, les déficits subis au cours des dix premières années d'exonération sont
considérés comme charges des exercices suivants et déduits des bénéfices réalisés pendant
lesdits exercices sans limitation du délai de report. Les entreprises de la Zone Franche
Industrielle sont également exemptées de l'obligation de réinvestir la réserve spéciale de
réévaluation des immobilisations prescrites par les lois et règlements en vigueur.
D’autres exonérations portent sur tout droit de mutation relative à la vente de propriété
immobilière au sein d'une ZFI. Aussi, tout achat ou vente de devises par une entreprise de la
ZFI est exonéré de toute taxe sur le transfert de devises.

B- Les avantages au plan douanier


Les entreprises des zones et points francs industriels bénéficient des avantages
douaniers lorsqu’elles réalisent les opérations d’importation et d’exportation (1). Aussi, des
allègements leurs sont accordés en matière de procédures de dédouanement (2)
54
Ibid. Article 15
55
Article 163 (1) du CGI

Page 45
1- Les exonérations liées aux importations et aux exportations
En vertu de l’article 18 de l’Ordonnance n° 90/001 du 29 janvier 1990, les entreprises
de la ZFI sont exonérées de tous droits et taxes de douane actuels et futurs. Toutes les
importations d'une entreprise de la ZFI, y compris les biens d'équipement, le mobilier de
bureau, le matériel de bureau, les matériaux de construction, les outils, les pièces détachées,
les matières premières, les produits intermédiaires, les fournitures, les biens de
consommation, sont exonérées de tous droits et taxes de douane et de tous autres impôts,
droits et taxes directs et/ou indirects, actuels et futurs. Toutefois, les voitures de tourisme et le
carburant entrant dans la Zone ne bénéficient pas de cette exemption.
En outre, toutes les exportations d'une entreprise de la ZFI sont exonérées de
tous droits et taxes de douane et de tous autres impôts, droits et taxes directs et/ou indirects,
actuels et futurs. En revanche, les redevances pour services rendus en matière d'importation et
d'exportation sont dues et payées par les entreprises de la ZFI bénéficiaires de ces services.
Les Entreprises des zones et points francs industriels sont exemptées du Programme de
Vérification des Importations (PVI).
L’article 19 quant à lui prévoit que les ventes locales de matières premières, de
produits intermédiaires, semi-finis ou finis par des parties locales résidant sur le territoire
douanier national à une ZFI s'effectue en exonération de l'impôt sur le chiffre d'affaires
intérieur, de la taxe unique, de la taxe intérieure à la production, et de tous autres impôts,
droits et taxes de même nature, actuels et futurs. Toutefois, l'acheteur en ZFI paie tous ses
articles, matières premières, matériels ou autres produits précisés ci-dessus dans la monnaie
qui a cours légal au Cameroun ou dans toute autre monnaie d'échange convertible, arrêtée
d'accord parties entre l'acheteur et le vendeur.

2- Les Allègements en matière de procédures de dédouanement


Ces allègements sont prévus par l’article 20 de l’Ordonnance, qui dispose que les
services douaniers suspendent l'inspection de toutes les importations en direction de la ZFI
jusqu'à ce que ces importations atteignent la Zone Franche Industrielle de destination. Ces
importations bénéficient d'un enlèvement direct et sont transférées sous scellés et sous
escorte douanière.
A l'entrée de la Zone de destination, l'Administration des Douanes inspecte les
importations afin d'établir qu'elles ne contiennent pas des articles produits ou matériels
interdits, et qu'elles sont conformes aux documents y relatifs. L'évaluation des marchandises
n'est pas exigée. La même procédure douanière est observée lorsqu'il s'agit de transférer des

Page 46
marchandises entre deux ou plusieurs ZFI, entre une Zone Franche Industrielle et un Point
Franc Industriel, ou entre deux Points Francs Industriels.
Ce même article prévoit que les services des douanes inspectent les exportations d'une
entreprise de la Zone Franche Industrielle sur son site afin d'établir qu'elles ne contiennent pas
d'articles, produits ou matériels interdits, et sont conformes aux documents y relatifs. A l'issue
de cette inspection, les exportations sont transférées sous scellées et sous escorte douanière
jusqu'au point d'embarquement sans autre inspection ou intervention douanière.
L’article 20 prévoit enfin que les services des douanes disposent d'un bureau dans
chaque Zone Franche Industrielle ainsi que dans les Points Francs Industriels, pour accomplir
leurs tâches conformément à la présente ordonnance, bureau dont les coûts de fonctionnement
sont supportés par chaque promoteur ou opérateur de ZFI ou de Point Franc Industriel.
Les pouvoirs publics ont institué ces allègements pour que les promoteurs nationaux et
étrangers se mobilisent pour créer de nouvelles entreprises orientées vers l'exportation et la
création d’emplois. C’est dans cette optique que l’Etat étend son cadre incitatif aux activités
extractives et aux opérations spécifiques.

SECTION II : LES MESURES INCITATIVES LIEES AUX ACTIVITES


EXTRACTIVES ET OPERATIONS SPECIFIQUES
Les activités extractives ici, concernent les activités d’exploration et d’exploitation
pétrolières, minières et gazières. Ces secteurs sont régis par des codes spécifiques qui
octroient des avantages fiscaux (paragraphe 1) visant à attirer, à encourager et à accompagner
toute personne qui investit dans ces différents domaines. Quant aux opérations spécifiques, il
s’agit des marchés publics, des secteurs boursiers, des opérations de réinvestissement et des
centres de gestion agréés qui, en vertu du CGI, font partie des mesures relatives à la
promotion des investissements (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les avantages fiscaux des codes minier, gazier et pétrolier


Les codes minier, gazier et pétrolier disposent de plusieurs mesures incitatives, visant
à encourager les investissements dans ces secteurs. Les incitations prévues par ces codes sont
constituées des exonérations fiscales et douanières liées aux activités minières et gazières (A)
ainsi des avantages fiscaux liés aux activités pétrolières (B).

Page 47
A- Les exonérations liées aux activités minières et gazières
Les exonérations liées aux activités minières et gazières sont disposées dans la loi n°
2001/001 du 16 avril 2001 portant code minier (1) et dans la loi n° 2012/006 du 19 avril 2012
portant code gazier (2).

1- Les exonérations du code minier


Les investisseurs du secteur minier bénéficient des exonérations selon qu’ils se
retrouvent en phase de recherche ou en phase d’exploitation.
Pendant la phase de recherche, les opérations minières bénéficient des exonérations
aussi bien au niveau de la fiscalité interne qu’au niveau de la douane.
Au niveau de la fiscalité interne, les titulaires de permis de recherche bénéficient des
exonérations des droits, impôts et taxes suivants : les droits d’enregistrement relatifs aux
opérations minières à l’exception de ceux afférents aux baux et locations à usage
d’habitation ; l’impôt sur les sociétés (IS) ; l’impôt sur les bénéfices industriels et
commerciaux (BIC) ; l’impôt sur les revenus des capitaux mobiliers (IRCM) ; la taxe spéciale
sur les revenus versés à l’étranger (TSR) et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA)56
Au plan douanier, il ressort de l’article 93 du code minier que, sous réserve de
l’application des dispositions de droit commun en la matière, les avantages ci-après sont
accordés à toute entreprise ou société de recherche ou d’exploitation minière qui exerce ses
activités en conformité avec les dispositions du code minier :
- Est accordé à tout titulaire de permis de recherche, le bénéfice du régime de l’admission
temporaire pour les matériels utilisés pour la recherche ainsi que pour l’équipement
professionnel, machines, appareils, véhicules de chantier, pièces détachées et de rechange.
En cas de cession ou vente en l’état de ce matériel ou de cet équipement, les taxes et
impôts seront perçus selon la règlementation en vigueur.
- Les matériaux et pièces de rechange nécessaires au fonctionnement des matériels
d’équipements professionnels bénéficient de l’exonération totale des droits de douane
- Les lubrifiants spécifiques nécessaires au fonctionnement des matériels et équipements de
recherche bénéficient de l’exonération total des taxes et droits de douane.
- Les avantages ci-dessus sont également accordés aux sous-traitants et fournisseurs du
titulaire de permis de recherche.57

56
Article 95 de la loi n° 2001/001 du 16 avril 2001 portant code minier
57
Article 94 Ibid.

Page 48
Pendant la phase d’exploration, sous réserve des avantages spécifiques accordés ci-
après, le titulaire de permis d’exploitation est soumis au régime fiscal de droit commun 58.
Toutefois, jusqu’à la date de la première production, il est exonéré de la TVA à l’importation
sur les matériels et équipements dans des conditions prévues à l’article 96 (1).59 Les
entreprises et sociétés minières demeurent également exonérées de la contribution à la patente
et des droits d’enregistrement relatifs aux opérations minières, à l’exclusion de ceux afférents
aux baux et locations à usages d’habitation.
Elles bénéficient également de l’étalement sur un an, du paiement des droits
d’enregistrement sur les actes de création de société, de prorogation et d’augmentation de
capital. Leurs produits destinés à l’exportation sont soumis au taux zéro de la TVA lorsque
lesdits produits sont assujettis à cette taxe. Toutefois, les produits mis à la consommation sur
le marché local sont soumis à cette taxe.
Pendant la durée de validité d’un permis d’exploitation, les taux et règles d’assiette des
impôts, droits et taxes seront stabilisés au niveau où ils se trouvaient à la date d’attribution du
permis d’exploitation.60
En revanche, toute disposition favorable d’un nouveau régime fiscal et douanier de
droit commun sera étendue aux titulaires de permis d’exploitation.
Au plan douanier, les titulaires d’un permis d’exploitation bénéficient pendant la
phase de construction de la mine telle que spécifiée dans la convention minière, de
l’exonération des taxes et des droits de douane sur les matériels, matériaux, intrants et biens
d’équipement nécessaire à la production ainsi que sur le premier lot des pièces de rechange
qui devrait accompagner l’équipement de démarrage ; à l’exception des véhicules de
tourisme, des matériels et fournitures de bureau.
Ils bénéficient également de l’exonération des droits et taxes suivants :
- des taxes et droits de douane sur l’équipement de remplacement en cas d’incident
technique et sur l’équipement devant servir à une extension de l’exploitation ;
- des taxes et droits de douane sur l’importation des intrants. Cette exonération est totale
jusqu’à la date de la première production commerciale constatés conjoints du ministre
chargé des mines et du ministre chargé des finances.

58
Article 97 Code minier
59
Extrait de l’art. 96 du code minier : « …les matériels, matériaux, intrants et biens d’équipement nécessaire à la
production ainsi que sur le premier lot des pièces de rechange qui devrait accompagner l’équipement de
démarrage ; à l’exception des véhicule de tourisme, des matériels et fournitures de bureau. »
60
Article 99 Code minier

Page 49
- des droits et taxes de douane sur l’importation des matériaux et matériels nécessaires à la
construction des bâtiments, jusqu’à la date de la première production commerciale
constatée par arrêtés conjoints du ministre chargé des mines et du ministre chargé des
finances ;
- des taxes et droits de douane sur les lubrifiants spécifiques.

2- Les exonérations du code gazier


Les exonérations sont accordées aux opérations du secteur gazier selon que les
investisseurs sont en phase d’installation ou en phase d’exploitation.
En phase d’installation les avantages sont accordés aussi bien en fiscalité interne qu’en
fiscalité douanière.
Les opérations gazières sont assujetties aux impôts, taxes et redevances prévus par le
CGI et la législation douanière sous réserve d’un certain nombre de modérations prévues par
le code.61 En effet, pendant la phase d’installation qui ne peut excéder cinq (5) ans à compter
de la notification, de publication des actes d’attribution ou de signature des contrats selon les
cas, les sociétés gazières peuvent bénéficier des exonérations des droits suivants :
- droits d’enregistrement des actes de création ou d’augmentation du capital ;
- droits d’enregistrement des baux d’immeubles à usage exclusivement professionnel
faisant partie intégrante du programme d’investissement.
- droits de mutation sur l’acquisition des immeubles, terrains et bâtiments indispensables à
la réalisation du programme d’investissement ;
- droits d’enregistrement des contrats de fourniture d’équipements et de construction des
immeubles et installations nécessaires à la réalisation du programme d’investissement ;
- droits d’enregistrement des contrats de concession.
Au niveau de la douane, il est appliqué le taux réduit des droits de douane à 5% ainsi
que l’exonération de la TVA à l’importation des biens d’équipements et matériels destinés
aux opérations gazières.
Pendant les dix (10) premières années d’exploitation, les sociétés gazières bénéficient
de la déduction des amortissements normalement comptabilisés pendant les trois (3) premiers
exercices sur le revenu imposable des cinq (5) exercices suivants.
Au cours de la même période, elles peuvent bénéficier des exemptions au paiement
des impôts, droits, taxes et charges suivants : IS ; IRCM ; TVA ; TSR (en phase du
développement du projet de construction) ; taxe foncière sur les propriétés bâties ou non ;

61
Article 56 (1) Code gazier.

Page 50
droits d’enregistrement et timbres ; droits de douane ; tout impôt, redevance, taxe ou frais de
quelque nature que ce soit calculés sur le chiffre d’affaire réalisé par la société de
transformation ou sur les volumes unitaires de GNL à la production, la vente ou l’exportation;
toute taxe sur le transfert, l’achat ou la vente des devises, et toute taxe indirect à la
consommation dont la taxe spéciale sur les produits pétroliers.
Au-delà de la période d’exemption ci-dessus visée, sociétés de transformation de gaz
naturel seront passibles d’un IS à un taux réduit compris entre 15 et 30%, CAC inclus dont les
modalités de l’assiette seront définies par la convention gazière.
Toutefois, l’Etat pourra accorder, selon des modalités et conditions à définir dans la
convention gazière, le bénéfice de certaines exonérations fiscales aux actionnaires, bailleurs
de fonds, porteurs et autres co-contractants des opérateurs gaziers par voie contractuelle62.
Pendant les cinq (5) premières années de leur exploitation, les sociétés gazières
peuvent bénéficier des avantages douaniers suivants :
A l’importation :
- taux global réduit des droits de douane, sur les équipements, machines, matériaux et
outillage ainsi que les produits chimiques, les parties et pièces détachées destinées aux
machines et équipements nécessaires aux opérations gazières ;
- admission temporaire normale ou spéciale selon le cas, sur les équipements, machines, et
outillage, directement nécessaires aux opérations gazières, lorsque lesdits matériels sont
destinés à être réexportés après utilisation ;
- dispenses d’inspection avant embarquement, sous réserve de la levée obligatoire de la
déclaration d’importation.
A l’exportation :
- exonération des droits de sortie sur les hydrocarbures issus de la transformation du gaz
naturel.
Toutefois, au-delà de la période susvisée, les importations des équipements et
matériels relatifs aux opérations gazières sont soumises au régime commun63.

B- Les avantages fiscaux du code pétrolier


Afin de dynamiser les activités pétrolières, les pouvoirs publics à travers la loi
n°99/013 du 22 décembre 1999 portant code pétrolier offrent de nombres avantages fiscaux.

62
Article 56(3) du Code gazier
63
Article 56(4) Ibid.

Page 51
Ce code pétrolier accorde aux opérations pétrolières des incitations tant au plan de la fiscalité
interne qu’au niveau de la fiscalité de porte.

1- Les incitations liées à la fiscalité interne


A l’exception de l’impôt sur les sociétés visé à l’article 93 du Code pétrolier64, et le
cas échéant, de la redevance à la production, du prélèvement pétrolier additionnel et des
autres mentionnées aux articles 90,91,92,97 et 98 du même code, le titulaire du contrat
pétrolier est exonéré de :
- tout impôt ou taxe après impôt sur le bénéfice et les dividendes versés aux actionnaires du
titulaire ;
- tout impôt direct frappant les résultats de ses opérations pétrolières au profit de l’Etat, des
collectivités territoriales décentralisées et de toute personne morale de droit public à
raison de ses activités ;
- tous droits et taxe à l’exportation à raison de ses activités ;
- taxe sur le chiffre d’affaire, TVA et taxes assimilés, sur les fournitures de biens et les
prestations de services de toutes espèces, y compris les études, qui se rapportent
directement à l’exécution des opérations pétroliers.
Toutefois, une liste de biens et prestations de services pouvant bénéficier de ces
exonérations est établie par le ministre chargé des finances, après avis du ministre chargé des
hydrocarbures. Cette liste fait l’objet d’une révision périodique pour tenir compte de
l’évolution technologique.
En outre, pour la conduite des opérations pétrolières de recherche et de
développement, les titulaires et leurs sous-traitants sont exonérés du paiement de la TSR.
Cette exonération porte sur l’assistance, la location d’équipement, du matériel et sur toutes
prestations de services rendus au titulaire pars ses sous-traitants au titre de des opérations
pétrolières, à condition que ces derniers ne disposent pas d’un établissement stable au
Cameroun.
Pour toute autorisation d’exploitation, les titulaires perdent les exonérations ci-dessus
mentionnées, à compter de la fin de la phase de développement. A cette étape, le titulaire est
redevable dans les conditions de droit commun, des droits d’enregistrement, de timbre, de
péage, de publicité foncière et de la taxe sur les véhicules à moteur, à l’exception des

64
Selon l’article 93 du Code Pétrolier, les titulaires de contrats pétroliers ou les entreprises qui leur sont
associées dans le cadre des protocoles ou accords, sont assujettis à l’IS à raison de des bénéfices nets qu’ils
retirent de l’ensemble de leurs activités de recherche et d’exploitation sur le territoire camerounais qu’ils s’y
livrent seuls ou en association avec d’autre entreprises.

Page 52
d’enregistrement relatifs aux prêts, cautionnements et contrat liées directement aux opérations
pétrolières.
Le titulaire demeure également soumis à toutes les obligations d’assiette et de
paiement relatifs aux impôts et taxes prélevés à la source pour le compte du trésor public,
notamment en matière d’impôts sur les salaires, les bénéfices, les revenus, d’impôts fonciers,
à l’exception de tous impôt et taxe sur les intérêts payés à des prêteurs non-résidents pour les
fonds concernant les investissements de développement.
En revanche, le titulaire demeure assujetti aux taxes ou redevances perçues en
contrepartie de services rendues, et d’une manière générale, à tous les prélèvements autres que
ceux à caractère fiscal.

2- Les incitations liées à la fiscalité douanière


Sous réserve des dispositions des exemptions ci-dessous applicables aux opérations
pétrolières, les titulaires et leurs sous-traitants sont soumis aux dispositions du Code des
Douanes65.
Toutefois, ces opérateurs peuvent importer en République du Cameroun, sous réserve
des dispositions de l’article 76 du code des douanes,66 les matériels, matériaux, machines et
équipements nécessaires à la réalisation des opérations pétrolières, sont admis en franchise de
tous droits et taxes d’entrée, y compris tout impôt sur le chiffre d’affaire et la redevance
informatique, les produits matériels destinés :
- aux opérations pétrolières de prospection et de recherche mentionnées en annexe de l’Acte
2/92-UDEAC-556-CD-SEI du 30 avril 1992 et ses textes modificatifs subséquents,
notamment l’Acte 2/98-UDEAC-1508-CD-61 du 21 juillet 1998 ;
- aux opérations pétrolières qui interviennent dans des zones d’opération pétrolière
particulières, notamment pour l’exploitation du gaz naturel.67
Les produits et matériels directement liés aux opérations pétrolières autres que celles
visées ci-dessus bénéficient d’un taux réduit égal à 5% pendant les cinq (5) premières années
qui suivent l’octroi d’une autorisation d’exploitation ou le renouvellement de celle-ci. Ce
régime qui s’étend aux parties et pièces détachées destinées aux machines et équipements
nécessaires aux opérations pétrolières s’applique également pendant les deux (2) années que
dure l’autorisation provisoire.
65
Article 104 du code pétrolier
66
L’article 76 du Code des Douanes dispose que: « Le Titulaire et ses sous-traitants accordent la préférence aux
entreprises camerounaises pour les contrats de construction, de fourniture et de prestations de services, à
conditions équivalentes de qualité, prix, quantités, délais de livraison, conditions de service après-vente.
67
Article 105 du Code pétrolier

Page 53
Au-delà de la période de cinq (5) ans visée ci-dessus, les produits et matériels relatifs
aux opérations pétrolières sont soumis au régime du droit commun. Pour l’application de cette
disposition, une liste de matériels, matériaux, machines et équipement pouvant bénéficier du
régime préférentiel est établi par le ministre chargé des finances après avis du ministre chargé
des hydrocarbures. Cette liste fait l’objet d’une révision périodique, compte tenu de
l’évolution technologique.68
Les importations et exportations assujetties à toutes les formalités requises par
l’Administration des Douanes. Toutefois, le ministre chargé des finances peut en tant que de
besoin et après consultation des intéressés prendre certaines mesures particulières tendant à
accélérer les procédures de leur dédouanement.
Les titulaires des contrats pétroliers sont soumis au paiement de redevance
informatique lors de leurs importations, au taux réduit de 0,5%, sous réserve des exceptions
prévues par le Code pétrolier. Les sous-traitants bénéficient des mêmes avantages, sous
réserve du visa de leurs importations par le titulaire.
Les titulaires peuvent exporter en exonération de tous droits et taxes de sortie, la
fraction des hydrocarbures leur revenant au titre de leurs contrats pétroliers.69
En plus de la promotion des activités spécifiques que sont les opérations minières,
gazières et pétrolières, l’Etat dans sa politique incitative à prévu également des régimes
fiscaux particuliers pour des opérations spécifiques tels les marchés publics, le secteur
boursier etc.

Paragraphe 2 : Les régimes des marchés publics, des contrats de partenariat, du


réinvestissement, du secteur boursier et des Centre de Gestion Agréé (CGA)
Il est question pour nous ici d’explorer d’abord les avantages fiscaux qu’offrent les
régimes des marchés publics et des contrats de partenariat public-privé (A), avant d’envisager
les avantages fiscaux des autres régimes à l’instar du réinvestissement, du secteur boursier et
des CGA (B).

A- Les avantages fiscaux liés aux régimes des marchés publics et des contrats de
partenariat public-privé
Les avantages fiscaux liés au régime des marchés publics sont contenus dans le CGI
aux articles 113 à 116 ter. Les avantages fiscaux du régime des contrats de partenariat public-

68
Article 106 du code pétrolier
69
Article 107 du Code pétrolier

Page 54
privé quant à eux, sont prévus par la loi n°2008/009 du 16 juillet 2008 fixant le régime fiscal,
financier et comptable applicable aux contrats de partenariat.

1- Les avantages fiscaux liés au régime des marchés publics (113 à 116 ter du CGI)
Le régime des marchés publics est une innovation de la loi N° 2013/017 du 16
décembre 2013 portant loi de Finances pour l’exercice 2014. Ce régime vient remplacer celui
des projets structurants institué par la loi de finances 2008. A travers le régime des marchés
publics, le gouvernement voudrait inciter davantage les investisseurs privés à prendre part à la
réalisation des grands projets de l’Etat.
Les marchés publics sont conclus toutes taxes comprises. Ils sont soumis aux impôts,
droits et taxes prévus par la législation en vigueur à la date de leur conclusion, notamment la
taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et les droits d’enregistrement. En aucun cas, les marchés
entièrement financés sur ressources propres de l’Etat ne feront l’objet d’une exonération de
droits et taxes ou d’une prise en charge desdits droits et taxes par l’Etat.
Par conséquent, le maître d’ouvrage est tenu de prévoir dans son budget les crédits
destinés à couvrir les droits et taxes qu’il est appelé à supporter dans le cadre des marchés
publics.
Pour les marchés publics à financement extérieur ou conjoint, les droits et taxes liés
sont à la charge de l’adjudicataire. Toutefois, lorsque pour ce type, la convention de
financement ne prévoit pas la prise en charge de la TVA, celle-ci est prise en charge par les
fonds de contrepartie prévus dans le budget du maître d’ouvrage ou du ministère bénéficiaire.
La TVA, objet de la prise en charge, est celle afférente aux acquisitions de biens et
services directement liés à la mise en place du projet, à l’exclusion des dépenses indirectes,
notamment celles liées à l’acquisition de véhicules de tourisme, à l’hébergement, à la
restauration, aux honoraires et autres dépenses d’études et de conseils, aux charges
administratives et managériales. La prise en charge est matérialisée par une attestation
délivrée par l’Administration fiscale sur la base des factures pro forma ou des déclarations
d’importation fournies par l’adjudicataire.
La somme des prises en charge sollicitées ne peut être supérieure à celle qui résulterait
de l’application du taux légal de la TVA au montant du marché.
Ne sont pas concernés par la prise en charge : les droits et taxes normalement dus par
l’attributaire du marché ou de la lettre-commande ; les impôts et taxes résultant d’un marché
ou d’une lettre-commande financés par la contrepartie camerounaise en dépenses réelles.

Page 55
Les « droits et taxes normalement dus par l’attributaire » s’entendent : des droits
d’enregistrement ; de l’impôt sur le revenu ; de la TVA applicable aux carburants et aux
dépenses indirectes visées à l’article 115 ; de la taxe spéciale sur les rémunérations versées à
l’étranger ; de la taxe spéciale sur les produits pétroliers et toutes les autres taxes du secteur
pétrolier ; de la taxe à l’extraction, la redevance superficiaire et toutes les autres taxes du
secteur minier ; de tous autres impôts et taxes mis à la charge de l’attributaire par la
législation fiscale en vigueur.
Ne sont pas considérés comme ressources extérieures pour l’exécution de la prise en
charge, les fonds issus de la remise ou de l’annulation de la dette de l’État du Cameroun

2- Les avantages fiscaux liés au régime des contrats de partenariat public-privé


La loi n°2008/009 du 16 juillet 2008 fixant le régime fiscal, financier et comptable
applicable aux contrats de partenariat organise la fiscalité y relative autour de la fiscalité
interne et de la fiscalité de porte.
Sur le plan de la fiscalité interne, le contenu des mesures fiscales incitatives relatives
aux contrats de partenariat varie selon que l’on se situe en phase de conception et de de
réalisation ou en phase d’exploitation.
En phase de conception et de réalisation, les avantages fiscaux sont :
- la prise en charge par le budget de la personne publique contractante de la taxe sur la
valeur ajoutée (TVA) relative aux importations et aux achats locaux de matériels ;
- l’enregistrement gratis des conventions et actes passées par le cocontractant de la
personne publique dans la phase de la réalisation du projet d’investissement.
Par ailleurs, l’entreprise co-contractante de la personne publique ne réalisant a priori
pas de bénéfice durant la phase de construction et d’installation, seul l’impôt de
consommation (la TVA) et l’impôt de patrimoine (les droits d’enregistrement) représentent
pour elle un risque fiscal.70
En phase d’exploitation, les avantages fiscaux sont les suivants :
- le cocontractant de la personne publique bénéficie d’une décote de cinq (5) points en
principal sur le taux d’impôt sur les sociétés durant les cinq premières années
d’exploitation;

70
Article 4 de La loi n°2008/009 du 16 juillet 2008 fixant le régime fiscal, financier et comptable applicable aux
contrats de partenariat

Page 56
- les conventions et actes passés par le cocontractant sont enregistrés gratis durant les
cinq premières années d’exploitation.71
- le déficit fiscal au terme d’un exercice peut être reporté successivement jusqu’au
cinquième exercice qui suit celui de sa réalisation.
En ce qui concerne les avantages douaniers, ils sont accordés uniquement en phase de
construction et d’installation.
Les matériels et équipements importés, destinés aux projets d’investissement
réalisés en contrats de partenariat, bénéficient de la mise à la consommation avec prise
en charge des droits et taxes de douane par le budget de la personne publique contractante.72
Ces droits et taxes comprennent, outre le tarif extérieur commun (TEC) applicable aux
projets concernés, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) devant être supportée à l’importation,
les centimes additionnels communaux (CAC), la taxe communautaire d’intégration (TCI), la
contribution communautaire d’intégration (CCI), la taxe sur l’Organisation pour
l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (TAXE OHADA), à l’exception des
redevances pour services rendus.
Les matériels et équipements visés ci-dessus doivent être accompagnés
obligatoirement des documents ci-après: connaissements ou lettres de transport aérien,
factures, notes de fret et déclaration d’importation libellés au nom du titulaire du contrat et
reprenant le numéro du contrat.
Les matériels et équipements provisoirement importés, destinés à la réalisation des
projets d’investissement réalisés en contrats de partenariat, bénéficient du régime de
l’Admission Temporaire Spéciale (ATS) avec prise en charge par le budget de l’Etat ou de la
personne publique contractante, des droits et taxes correspondant au séjour du matériel
sur le territoire national. Ces matériels et équipements peuvent bénéficier, lors des opérations
de dédouanement, de la procédure d’enlèvement direct telle que prévue par les textes en
vigueur.
Les demandes d’enlèvement direct comprennent, outre les documents d’importation
énoncés ci-dessus, la déclaration spécifique des éléments de la valeur (DSV) et le bordereau
électronique de suivi des cargaisons (BESC)73.
Les importations de matériels et d’équipements, destinés aux projets d’investissement
réalisés en contrats de partenariat peuvent être dispensés d’inspection avant embarquement, à

71
Article 10 de La loi n°2008/009 du 16 juillet 2008, Op. cit.
72
Article 5 Ibid.
73
Article 7 (2) de La loi n°2008/009 du 16 juillet 2008, Op. cit.

Page 57
la demande du cocontractant de la personne publique. La demande de dispense d’inspection
est adressée à l’Administration en charge des douanes. Cette dernière dispose d’un délai de
cinq (5) jours pour y donner suite, faute de quoi la demande est réputée acceptée74.
Les matériels et équipements ayant bénéficié des avantages ci-dessus font l’objet
d’un contrôle non intrusif par l’Administration.75

B- Les avantages fiscaux liés aux régimes du réinvestissement, du secteur


boursier, et des Centres de Gestion Agréés (CGA)
Ces différents régimes sont mis en place dans la perspective du soutien fiscal à
l'investissement privé. Le régime boursier en particulier traduit la volonté des pouvoirs
publics de promouvoir le financement long de l'économie et la transparence des entreprises.
Le régime des marchés publics quant à lui est une innovation de la loi de finances 2014 qui a
pour objet d’organise la fiscalité des marchés publics et d’inciter les investisseurs privés à
s’intéresser davantage à ce secteur pour des besoins de célérité dans l’exécution de ces
marchés. Pour le régime des CGA, il a été innové par la loi de finances 2010 dans l’optique
d’encadrer et d’accompagner investisseurs adhérents de ces centres dans l’accomplissement
de leurs obligations fiscales.

1- Les avantages fiscaux du régime de réinvestissements (art. 105 à 107 du CGI)


Le régime du réinvestissement disposé dans les articles 105 à 107 du CGI a été
restauré par la loi de finances pour l'exercice 2007. En application de ce régime, les personnes
physiques ou morales qui réinvestissent leurs bénéfices au Cameroun peuvent bénéficier d'une
réduction de l'impôt sur les sociétés ou de l'impôt sur le revenu des personnes physiques. Le
montant du réinvestissement ne peut être inférieur à vingt-cinq (25) millions de francs CFA.
L'avantage octroyé consiste en une réduction du bénéfice imposable sur la base de
50% des dépenses de réinvestissements admises. La réduction ainsi accordée ne peut
cependant dépasser la moitié du bénéfice déclaré au cours de l'année considérée. Les
insuffisances d'imputation éventuelles peuvent être reportées sur les exercices suivants, dans
la limite de trois exercices clos76.
Pour le cas particulier les entreprises du secteur des nouvelles technologies de
l'information et de la communication, cette réduction est accordée sur la base de 25 % des

74
Article 8 (2) Ibid.
75
Article 9 Ibid.
76
Article 107 du CGI

Page 58
réinvestissements admis, dans la limite du quart du bénéfice déclaré au cours de l'année
fiscale considérée.
Les réinvestissements éligibles concernent :
- la construction ou extension d’immeubles bâtis en matériaux définitifs à usage industriel,
agricole, forestier, touristique ou minier, bureaux techniques compris ainsi que celles
destinées au logement gratuit du personnel salarié ;
- l’acquisition de matériel industriel, agricole, minier ou touristique scellé au fonds à
perpétuelle demeure ;
- l’acquisition de matériel spécialisé d’exploitation non susceptible d’un autre emploi pour
les entreprises relevant du secteur des nouvelles technologies de l’information et de la
communication ;
- l’acquisition de tracteurs ou matériel mécanique lourd spécialisé à un usage agricole,
forestier ou minier ;
- l’acquisition, renouvellement ou installation des équipements de production,
transformation, conditionnement et conservation dans les activités agro-alimentaires ;
l’acquisition d’engins lourds de transport industriel, forestier, maritime ou aérien ;
- les dépenses de préparation du sol, d’ensemencement de plantations industrielles, à
l’exclusion des dépenses d’entretien ou tout réinvestissement à caractère social.

2- Les avantages fiscaux des régimes du secteur boursier et des centres de gestion
agréés (CGA)
Les avantages fiscaux du régime du secteur boursier sont disposés dans les articles 108
à 112 du CGI.
Les sociétés qui procèdent à l’admission de leurs actions ordinaires à la cote de la
bourse du Cameroun bénéficient de l’application des taux réduits d’Impôt sur les Sociétés
suivants :
- 20 % pendant trois (3) ans, pour les augmentations de capital représentant au moins 20 %
du capital social ;
- 25 % pendant trois (3) ans, pour les cessions d’actions représentant au moins 20 % du
capital social ;
- 28 % pendant trois (3) ans à partir de la date d’admission pour les augmentations ou
cessions en deçà du seuil de 20 % du capital social ;
Toutefois, dans le cas où le taux d’augmentation ou de cession de 20 % de titres cotés
n’est pas atteint lors de la première introduction en bourse, mais au cours de la période de trois

Page 59
(3) ans, les deux premières réductions visées ci-dessus s’appliquent pour la durée résiduelle de
ladite période. Cette réduction est accordée aux sociétés dont l’admission à la côte de la
bourse intervient dans un délai de trois (3) ans à compter du 1er janvier 2012.
Pour les sociétés qui émettent des titres sur le marché obligataire de la bourse du
Cameroun, il leur est appliqué un taux réduit d’Impôt sur les Sociétés de 30 % pendant trois
(3) ans, à compter de l’année d’émission. Cette réduction est accordée aux sociétés dont
l’émission à la cote de la bourse intervient dans un délai de trois (3) ans à compter du 1er
janvier 2008.
Les sociétés qui sont réputées faire appel public à l’épargne conformément aux
dispositions de l’Acte Uniforme de l’OHADA relatif aux sociétés commerciales et les
Groupements d’intérêt économique et qui consentent à admettre et échanger tout ou partie de
leurs titres de capital et leurs titres de créance à la cote de la bourse des valeurs mobilières du
Cameroun, bénéficient de l’application d’un taux réduit d’impôt sur les sociétés de 30 %
pendant trois ans, à compter de la date d’admission des titres.
Par dérogation aux dispositions de l’article 70 du code général des impôts77, le taux
d’imposition des dividendes et intérêts des obligations à moins de cinq (5) ans de maturité
ainsi que les autres rémunérations provenant des valeurs mobilières des personnes physiques
ou morales, admises à la cote de la bourse du Cameroun est fixé à 10 %.78
Ce taux est fixé à 5 % pour les rémunérations des obligations des sociétés privées ou
publiques à échéance de cinq (5) ans ou plus.
Toutefois, sont exonérés de l’impôt sur les sociétés, de l’impôt sur les revenus de
capitaux mobiliers, ou de tout autre prélèvement de même nature les produits suivant : les
intérêts des obligations de l’Etat ; les intérêts des obligations des collectivités territoriales
décentralisées ; les plus-values nettes réalisées par des personnes physiques ou morales sur le
marché des valeurs mobilières du Cameroun.79
Les conventions et actes portant cession des titres cotés sur le marché de valeurs
mobilières sont exonérés des droits d’enregistrement.

77
Article 70 du CGI : « Pour le cas spécifique des revenus des capitaux mobiliers, il est appliqué un taux de 15
% sur le revenu imposable. »
78
D’après l’article 70 du CGI, pour le cas spécifique des revenus des capitaux mobiliers, il est appliqué un taux
de 15 % sur le revenu imposable. Ce taux est réduit à 10% en cas d’imposition des dividendes et intérêts des
obligations à moins de cinq (5) ans de maturité ainsi que les autres rémunérations provenant des valeurs
mobilières des personnes physiques ou morales, admises à la cote de la bourse du Cameroun
79
Pour l’application de cette disposition, la plus-value s’entend du prix de cession diminué du prix d’acquisition
et des frais de gestion des titres cédés.

Page 60
En ce qui concerne les Centres de Gestion Agréés, ils apportent une assistance en
matière de gestion et encadrent les adhérents dans l’accomplissement de leurs obligations
fiscales. Les avantages fiscaux accordés à ces centres sont disposés aux articles 118 et 119 du
CGI.
Suivant les dispositions de l'article 118 (2) du CGI, peuvent être adhérents aux Centres
de Gestion Agréés, les personnes physiques ou morales réalisant un chiffre d’affaires annuel
hors taxes inférieur ou égal à cent (100) millions de francs CFA.
Les adhérents aux CGA bénéficient d’un abattement de 50% du bénéfice fiscal
déclaré. L’adhérent perd le droit aux avantages prévus ci-dessus lorsque sa déclaration des
résultats ou des revenus n’est pas souscrite dans les délais.
Après avoir exploré le cadre légale des incitations fiscales à l’investissement privé, le
constat est sans appel, le Cameroun dispose d’un arsenal assez fourni des mesures visant à
garantir l’implantation des capitaux étrangers sur son territoire. Mais, malgré ce dispositif
séduisant, le Cameroun reçoit peu d'investissements directs étrangers (de l'ordre de 500
millions d'USD en 2013) avec des flux nets d'IDE ne représentant qu'un modeste pourcentage
du PIB80. En effet, l'économie camerounaise qui a les potentiels pour être l'une des plus
prospères et des plus disposées à recevoir des investissements directs étrangers du continent
africain, est actuellement situé dans le bas du tableau en termes d'attractivité des IDE à causes
de nombreux obstacles.

80
www.planet-expert.com/fr/pays/cameroun/investissement-direct-etranger-ide, consulté le 29 octobre 2014

Page 61
SECONDE PARTIE :
L’EVALUATION DU CADRE JURIDIQUE DE
L’IMPLANTATION DES INVESTISSEURS PRIVES
ETRANGERS

Malgré la pléthore des mesures incitatives instituées par les pouvoirs publics en vue
d’encourager l’initiative privée et d’attirer les investissements directs étrangers (IDE),
l’évaluation du climat des affaires laisse entrevoir que le Cameroun est jugé médiocre en
matière d’attractivité des investissements. La contre-performance du pays dans le classement
Doing Business 2013 de la Banque mondiale, intitulé : « Comprendre les réglementations
pour les petites et moyennes entreprises » en atteste. En effet, comparé au rapport 2012, le
Cameroun passe de la 162ième place (sur 185 pays classés) au 168ième rang, cette fois, sur 189
pays et affiche zéro au chapitre des réformes81. En 2013, les flux des IDE qui ont progressé au
niveau mondial de 10,9%, le Cameroun par contre n’en a reçu que 0,01%, soit environ 250
milliards de FCFA seulement82.
A l’écoute des investisseurs, les heurts les plus cités concourant à la dégradation du
climat des affaires au Cameroun sont par ordre d’importance la fiscalité ; la corruption ;
l’accès au crédit ; les formalités administratives ; les infrastructures ; le coût de financement
de crédit etc. En outre, il ressort du rapport thématique de l’INS sur l’environnement des
affaires au Cameroun que pour 59% des chefs d’entreprises, la fiscalité demeure de loin le
premier obstacle à l’entreprenariat au Cameroun. Les chefs d’entreprises de nationalité
américaine sont ceux qui se plaignent véritablement des pratiques fiscales au Cameroun,
suivis des Français et des autres Européens83.
Cette hypothèse est reprise par le rapport de la Banque africaine de développement84
selon lequel la fiscalité est considérée comme une contrainte majeure par les opérateurs

81
Extrait de « Cameroun: Encore du travail pour améliorer le Climat des affaires », article publié par Cameroon
tribune. Voir www.cameroon-tribune.cm
82
Selon la directrice générale (Dg) de l'Agence de promotion des investissements du Cameroun (Api), Marthe
Angeline Mindja, le Cameroun capte seulement 0,01% des investissements directs étrangers (Ide) dans le monde,
dont la majorité est orienté vers le secteur extractif, notamment l'exploitation pétrolière. La Dg de l'Api a fait
cette révélation lors de la toute première réunion du comité interministériel chargé de la mise en place d'une
politique nationale des investissements au Cameroun. Voir http://cemacbusiness.com/cameroun-comment-
seduire-les-etrangers-how-to-attract-foreigners/
83
INS/Rapports thématiques/Recensement Général des Entreprises (RGE 2009)/Partie I : Environnement des
affaires et compétitivité des entreprises camerounaises
84
GROUPE BANQUE AFRICAINE DE DEVELOPPEMENT, Département Régional de l’Afrique
Centrale : « Environnement de l’Investissement Privé au Cameroun »

Page 62
économiques, tant les entreprises que les investisseurs. Indépendamment du poids de la
fiscalité, jugé trop lourd, les problèmes de l’insécurité fiscale, du manque de transparence et
des lenteurs des procédures ainsi que du harcèlement sont ceux qui sont les plus évoqués par
les opérateurs économiques. Ainsi l’aperçu des obstacles liés à la pratique fiscale fera l’objet
du chapitre I de cette partie de l’étude. Le chapitre II quant à lui sera consacré aux
propositions pour l’amélioration de la sécurité du droit fiscal.

Page 63
CHAPITRE I:

LES OBSTACLES D’ORDRE FISCAL

Le constat est clair que la contrainte fiscale demeure le premier obstacle à l’attrait des
Investissements Directs Etrangers dont le Cameroun a besoin pour booster sa croissance.
Dans une publication récente du GICAM85, les impôts et taxes absorbent 49,1 % des
bénéfices des entreprises. Celles-ci effectuent en moyenne 44 paiements par an, en y
consacrant 654 heures. Les problèmes liés à la pratique fiscale portent sur l’insécurité fiscale
(Section I) et les tracasseries fiscales (section II).

Source : INS/RGE 2009

85
Le Bulletin du GICAM n°52 de juin 2012

Page 64
SECTION I : L’INSECURITE FISCALE
En réalité, c’est un concept pluriel qui recouvre des aspects très divers et dont le
champ varie selon l’interlocuteur. Notons, à cet égard, qu’il concerne à la fois les
contribuables et l’administration. Cette notion se définit peut-être plus aisément par réaction à
un sentiment d’insécurité qui recouvre des ressorts très différents, certains renvoyant à des
éléments tangibles, concrets et réels, d’autres à des impressions, des perceptions, voire des
projections plus irrationnelles. Au Cameroun, l’insécurité fiscale revêt plusieurs formes. Elle
est en premier lieu légale, par l’instabilité de la loi fiscale liée aux changements intervenant
dans la loi de finances d’un exercice à l’autre (paragraphe 1). Elle résulte également de la
multiplicité et la complexité des textes non concordants et parfois contradictoires prêtant ainsi
à diverses interprétations souvent à l’origine d’une injustice ou encore d’une iniquité fiscale
(paragraphe 2).

Paragraphe 1 : L’instabilité de la loi fiscale


L’instabilité fiscale est inhérente aux changements de la législation fiscale à travers la
loi des finances d’un exercice à l’autre. Cette instabilité de la législation fiscale renferme de
nombreuses vicissitudes (A). Aussi, le manque de transparence lié à la multiplicité et la
complexité des textes de référence (B), n’est pas de nature à garantir la sécurité fiscale des
investisseurs.

A- Les vicissitudes liées aux multiples changements de la loi fiscale


La révision de la législation fiscale intervient chaque fois qu’une nouvelle loi de
finances est promulguée. En matière d’incitation fiscale, les changements sont tributaires aux
projets de politique gouvernementale. Les vicissitudes qu’implique cette instabilité de la
législation fiscale sont de plusieurs ordres, notamment l’imbroglio entre les nouvelles et les
anciennes dispositions légales et réglementaires (1). Cette espèce de machination est en partie
à l’origine de la déviation des investisseurs (2).

1- L’imbroglio entre les nouvelles et anciennes dispositions légales et


réglementaires
Il convient de garder à l’esprit que l’imagination du législateur ou la volonté
gouvernementale n’en sont pas les seules causes de l’instabilité fiscale, l’évolution parfois
surprenante au premier sens du terme de la jurisprudence étant une autre source de
bouleversement. En effet, dans le souci d'accroître les recettes fiscales pour assurer ses
missions régaliennes et « améliorer » l’efficacité de sa politique fiscale, les pouvoirs publics

Page 65
procèdent régulièrement à la révision du dispositif du code général des impôts par la loi de
finances.
Pour les régimes fiscaux incitatifs, depuis l'élaboration des ordonnances de 1990
relatives au Code des investissements et à la ZFI, les investisseurs n'ont jamais cessé de
dénoncer les incohérences dans l'application concrète des textes sur le terrain. C'est le constat
qui ressort des résultats d'enquête. Des investisseurs interrogés, 51,2% estiment que cette
fiscalité est instable au Cameroun. Ils dénoncent que ces avantages fiscaux sont constamment
modifiés par l'Administration fiscale86. A titre d’exemple, on peut noter :
- le régime des projets structurants institué par la loi des finances 2007 a été remplacé dans
le code général des impôts au travers de la loi de finances 2014 par le régime des marché
publics.
- la loi de finances de 2011 est venue suspendre l’ensemble des mesures incitatives et les
avantages accordés aux investisseurs par la loi de finances de 2010. Celle de 2010 a
rapporté une grande partie des mesures favorables, contenues dans le code des
investissements, que la loi de finances de 2009 avait maintenues ;
- la suppression du régime de réinvestissement du Code des investissements dans la Loi de
Finances 2003 et sa réintroduction dans la Loi de Finances 2007.
La fiscalité incitative connait quelques turbulences au cours de ces dernières années au
Cameroun. En effet, la charte des investissements instituée par la loi n°2002-004 du 19 avril
2002, modifiée par la loi n°2004-20 du 22 juillet 2004 et par l’ordonnance n°2009-001 du 13
mai 2009 ainsi que la loi du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé au
Cameroun font l’objet d’un embrassement de la part des investisseurs, car aucune disposition
légale ou règlementaire ne fait la précision sur le remplacement ou l’abrogation de ladite
charte par la loi du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé.
L’instabilité fiscale s’étend également au changement du dispositif règlementaire à
l’instar de la doctrine administrative en matière fiscale. En effet, les contribuables décrient
l'absence de protection législative contre le changement de la doctrine administrative. Or,
outre le fait que celle-ci peut être préjudiciable au contribuable avec ses interprétations qui
débordent parfois les textes originaux, elle l'est encore plus quand le contribuable se trouve
astreint à subir les changements éventuels de cette dernière. Dans ce contexte, il est choquant
de voir un contribuable qui a organisé sa situation financière et fiscale en fonction d'une

86
DJOMENI KOLOKO (Elvice) Op. cit.

Page 66
interprétation donnée d'un texte par l'administration, imposé plus sévèrement selon une
nouvelle interprétation émanant de la même administration.
L’autre conséquence funeste de l’instabilité fiscale, c’est la rétroactivité des lois
fiscales. En effet, pour ce qui est de la loi de finances, elle entre en vigueur à compter du
premier janvier de l'année qui suit son adoption. En matière d'IS par exemple, la loi considère
que la date d'entrée en vigueur vise les déclarations à déposer au plus tard le quinze janvier et
non les revenus réalisés à partir du premier janvier. Ce qui équivaut à une application
rétroactive de la loi de finances à l'exercice précédente.
Ces turbulences que connait la législation fiscale, notamment la fiscalité
d’investissement, déroutent et laissent l’investisseur en porte-à-faux et à la merci des agents
de l’administration fiscale.

2- La déviation des investisseurs


Pour courir le risque de s’implanter sur un territoire donné, les investisseurs ont
absolument besoin de connaître les règles de jeu à long terme. « Si les informations sur le
pays sont difficiles à obtenir, les investisseurs iront tout simplement ailleurs », déclare Cécile
SAGER, une Directrice du service conseil du climat d'investissement au sein du groupe de la
Banque mondiale.
Les informations dont il est question ici, concernent le climat ou l’environnement des
affaires. Elles portent par exemple sur la stabilité politique du pays, mais également et surtout
sur ses potentialités à accueillir les investissements, notamment sur le plan des ressources
naturelles, des infrastructures, de la main d’œuvre, de compétitivité ou du système juridique
en matière d’investissement.
En effet, pour s’installer sur un territoire, les investisseurs examinent avec beaucoup
d’exigence les critères de stabilité et d’intelligibilité sur le plan juridique. Ainsi, le
changement fréquent de la législation fiscale et le manque de transparence de la
règlementation fiscale constituent des causes de découragement ou d’éloignement des
potentiels investisseurs.
En matière fiscale, les modifications instantanées de la législation sont à même de
créer des altérations qui pourraient conduire à des taux de productivité éphémères. Toutefois
que le système juridique d’un pays laisse présager cet état d’insécurité, il est difficile qu’il
constitue une destination privilégiée des investisseurs.

Page 67
De ce constat, l’on peut avouer sans risque de se tromper que l’éloignement des
investisseurs se justifie en partie par cet état d’insécurité liée à la fluctuation et à l’absence de
transparence de notre système fiscale, incommodant ainsi l’intelligibilité de la norme fiscale.

B- Le manque de transparence lié à la multiplicité et la complexité des textes de


référence
La complexité inhérente au changement de finalité de la règle fiscale, demeure la
conséquence la plus redoutable. Cette complexité se manifeste par une inflation des textes
fiscaux (1) qui rend la fiscalité de plus en plus obscure et escarpé occasionnant ainsi le jeu
d’interprétations dans toute sa diversité (2).

1- L’inflation des textes fiscaux


Selon Robbez Masson, la complexité fiscale résulte d'une inflation continue des textes.
Celle-ci est due à leur adaptation nécessaire au progrès technique et économique.87 Cette
inflation se traduit par la multitude de textes qui régissent la matière fiscale.
En effet, le productivisme juridique en matière fiscale fait du droit fiscal, un corpus
volumineux, complexe et obscur. En fait, le nombre même de textes ne fait pas problème, ce
sont des multiples modifications qui interviennent de manière fréquente qui créent
l’inquiétude. Ainsi, le contribuable se trouve fragilisée dans une situation d’insécurité.
Toutefois, conscients de cet état de fait, les pouvoirs publics tentent de codifier le droit
fiscal, en mettant en place les différents codes, notamment le code général des impôts, le code
des douanes, le code d’investissement, et certains codes sectoriels. Mais étant donné que la
fiscalité est l'outil le plus utilisé par l'Etat pour intervenir constamment dans la vie socio-
économique, il est inévitable, quoique inadmissible que cette matière connaisse une révision
constante.
Au Cameroun, le code général des impôts renferme l’essentiel des dispositions
fiscales, à côté de cela, il existe un code douanier CEMAC. Malgré, que l’application de
celui-ci soit d’envergure sous-régionale, son dispositif tout comme celui du code général des
impôts, connait fréquemment des révisions à travers la loi de finances d’un exercice à l’autre.
Plusieurs autres mesures fiscales sont contenues dans des textes spécifiques régissant certains
secteurs d’activités ou certaines opérations, aussi bien que les mesures visant l’incitation des
investissements. Ces mesures, compte tenu de l’évolution économique et technologique
connaissent de manière tout aussi constante des modifications.

87
ROBBEZ-MASSON (Charles) : La notion d'évasion fiscale en droit interne français, Paris, economica 1991,
(encyclopédie de finance publique tome1) page 854

Page 68
Parfois, les textes d’application référents à ces mesures sont non concordants ou
contradictoires avec les textes de base. Dans certains cas, ces textes d’application n’existent
même pas, et l’interprétation demeure du ressort de l’agent ou du service qui est en charge du
dossier, ce qui peut ouvrir la brèche à toutes sortes de pratiques plus ou moins délictueuses.
C’est le cas avec la Charte des investissements, qui date de 2002 et dont les textes
d’application n’ont toujours pas été finalisés, tout comme la loi du 18 avril 2013 fixant les
incitations à l’investissement privé qui attend encore la publication de ses textes
d’application, car l’Arrêté n°00000366/MINFI/SG/DGI/DGD du 19 novembre 2013 précisant
les modalités des avantages fiscaux et douaniers de cette loi a été contesté par les
investisseurs.
C’est d’ailleurs dans ce contexte que Frédéric Portalis pense que « lorsque les progrès
ont accru les besoins, diversifié les transactions et multiplié les intérêts, il arrive toujours un
moment chez une nation, où le grand nombre de lois rendues pour y satisfaire ne présente plus
qu'un inextricable labyrinthe, où l'esprit du juge s'égare au milieu d'un nombre infini de
dispositions en désordre, souvent opposées entre elles. »88 Ce foisonnement de textes ouvre
ainsi la brèche à diverses interprétations.

2- La complexité des textes et la diversité des interprétations


L’insécurité résulte souvent de l’existence de multiples textes de référence caractérisés
par une grande complexité. Ce qui engendre une difficulté d'appréhension de plus en plus
accrue, ouvrant la voie à diverses interprétations. La complexité voire l’absence de lisibilité
ou de compréhension des textes affecte l’intelligibilité de la norme fiscale.
En effet, au moment de leur mise en œuvre, tous textes comportent une
interprétation.89 Ainsi en raison de la complexité de la norme fiscale, son interprétation est
l'une des fonctions les plus délicates qu'assure l'administration fiscale à travers sa doctrine.
Cette fonction interprétative peut être également assurée par le juge de l’impôt, ou par
législateur, auteur de la norme juridique.
La doctrine administrative en matière fiscale est constituée des circulaires
interprétatives et bulletins officiels de la direction des impôts, des réponses ministérielles et
des prises de position. Ces différents documents administratifs ont pour objet d'expliquer et
commenter les dispositions fiscales ambigües. Toutefois, la doctrine a tendance à dépasser

88
Portalis (Frédéric), "essais sur l'utilité de la codification, et comparaison des différents projets de code civil",
Paris, librairie de la cours de cassation, 1844
89
ESMEIN, Note relative à des décisions données par la cour de cassation en matière fiscale, Paris, 1927,
1932,1934.

Page 69
son rôle simplement interprétatif pour légiférer en matière fiscale, devenant ainsi une source
indépendante du droit fiscal. C’est le cas avec le recueil de doctrine fiscale qui est une
référence incontournable dans la pratique fiscale au Cameroun.
L'interprétation administrative peut parfois aller au-delà de l’esprit du texte interprété,
en déformant son contenu et imposant une vision distincte de celle du législateur. Cette
pratique, bafoue la légalité.90 D’où l’intervention du juge fiscal.
En effet, le juge fiscal est compétent pour contrôler la légalité de l'interprétation
administrative en matière fiscale, et en proposer une interprétation plus neutre et surtout plus
stricte91. Mais l’intervention du juge est conditionnée par sa saisine. En d’autres termes, le
juge de l’impôt ne pourrait se prononcer qu’au cas où il aurait été saisi pour connaître d’un
litige dont l’objet porte sur l’application de la législation fiscale. Toutefois, sa décision n’est
opposable qu’aux parties au procès. Néanmoins, lorsque cette décision fait l’objet d’une
jurisprudence, son application peut s’avérer « erga omnes ». Pour ce dernier cas,
l’interprétation du juge a la même portée que celle du législateur.
L’interprétation du législateur a lieu lorsque ce dernier constate qu’une disposition
légale prête à équivoque. Dans ce cas, il intervient pour apporter des clarifications à travers
une nouvelle loi dite " loi interprétative " qui fait corps avec l’ancienne loi.
Cette diversité d’interprétations relative à la multiplicité des textes fiscaux à caractère
complexe n’est pas de nature à garantir l’équité fiscale.

Paragraphe 2 : L’iniquité fiscale


Certaines mesures, notamment les incitations fiscales affectent le principe d'équité
fiscale, dans la mesure où elles favorisent les contribuables qui se trouvent dans leur champ
d'application au détriment des autres. Cette iniquité est relevée dans de l’application de la loi
du 18 avril 2013 (A). L’iniquité fiscale tire aussi sa source dans l’absence de fiscalisation du
secteur informel et la forte pression fiscale sur les entreprises du secteur formel (B).

A- Le caractère discriminatoire de l’Arrêté précisant les modalités de la mise en


œuvre des avantages fiscaux et douaniers de la loi du 18 avril 2013
En ce qui concerne l’application de la loi du 18 avril 2013 fixant les incitations à
l’investissement privé au Cameroun, les investisseurs dénoncent les disparités en matière des
avantages accordés aux investissements des entreprises nouvelles et aux nouveaux

90
MARCHESSOU (Philippe) : L'interprétation des textes fiscaux, Paris, édition: économica 1980.
91
DOUET (Frédéric) : Contribution à l'étude de la sécurité juridique en droit fiscal interne français, édition
LGDJ, paris 1997, page 160

Page 70
investissements des entreprises existantes (1) et les avantages accordés en raison de certains
objectifs spécifiques (2).

1- Les disparités des avantages accordés aux investissements des entreprises


nouvelles et aux nouveaux investissements des entreprises existantes
Lors du « Dîner débat du 12 avril 2014 au GICAM » Guy Honoré TCHENTE92
relevait plusieurs discriminations relatives à l’application de la loi fixant les incitations à
l’investissement privé au Cameroun. En effet, l’Arrêté N° 366/MINFI/SG/DGI du 19
novembre 2013 précisant les modalités de la mise en œuvre des avantages fiscaux et
douaniers de la loi N° 2013/004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé
en République du Cameroun, crée des disparités en matière des avantages fiscaux et
douaniers, accordés aux entreprises qui s’implantent nouvellement et aux entreprises
existantes qui procèdent aux nouveaux investissements.
En revanche, « la clause de l’investisseur le plus avantagé et la clause de non-
discrimination obligent à traiter pareillement deux entreprises du même secteur qui réalisent
la même activité »93.
Mais selon l’Arrêté cité ci-dessus, en phase d’exploitation, les nouveaux
investissements réalisés par les entreprises existantes ne bénéficient pas des mêmes avantages
que ceux réalisés par les entreprises nouvelles. Or le principe de la comptabilité séparée déjà
prévu par cet Arrêté permet d’entrevoir une solution pour isoler le résultat des investissements
nouveaux, seuls éligibles aux avantages.
La révision de l’article 17 de la loi serait donc nécessaire pour intégrer une phase
d’installation des nouveaux investissements réalisés par une entreprise existante, afin de
permettre à celle-ci de bénéficier des mêmes avantages qu’une entreprise nouvelle en phase
d’installation.
Sur le plan de l’équité, « un investisseur ne saurait être pénalisé parce qu’il a cru au
Cameroun avant ses concurrents. Bien au contraire, il doit être encouragé à s’arrimer aux
nouvelles technologies pour faire face à la concurrence. »94 Il y a donc urgence que les
pouvoirs publics mettent fin à ce type de discrimination, en procédant à la révision de ce
fameux Arrêté, dans l’optique d’octroyer de manière équitables les avantages fiscaux et

92
Guy Honoré TCHENTE intervenait en qualité de président de la commission des affaires juridiques et fiscales
de cette institution. Il est par ailleurs le Président de l’Ordre National des Conseil Fiscaux.
93
Extrait des propos de Guy Honoré TCHENTE lors du « Dîner débat du GICAM » le 12 mars 2014.
94
Ibid.

Page 71
douaniers aux investissements, qu’ils émanent des entreprises nouvelles ou des entreprises
existantes.

2- Les discriminations des avantages accordés en raison de certains objectifs


spécifiques
Avant de présenter l’aspect discriminatoire des avantages accordés au titre des
incitations spécifiques, il importe d’inventorier de façon succinctement ces avantages en
matière fiscale et douanière. Il s’agit du crédit d’impôt correspondant à 25% du montant des
investissements réalisés, pour le financement d’infrastructures sportives, culturelles ou
sociales et d’activités d’intérêt public en zone rurale ou de lutte contre la pollution. Ce crédit
est équivalant au montant des charges patronales versées par l’entreprise au cours de
l’exercice, pour les diplômés de l’enseignement supérieur embauchés.
En sus des avantages accordés aux entreprises nouvelles ou existantes, les entreprises
des secteurs spécifiques bénéficient de :
- l’exonération de TVA sur les intérêts sur emprunts;
- l’exonération de la taxe foncière sur les immeubles bâtis ou non;
- l’enlèvement direct des équipements et matériels ;
- l’admission temporaire spéciale des équipements et matériels ;
- etc.
Le caractère discriminatoire des incitations spécifiques est focalisé sur le crédit
d’impôt. En effet, le crédit d’impôt consacré par la loi pour tout investisseur, a été limité à
certaines entreprises seulement notamment celle exerçant des activités spécifiques, par
l’Arrêté N° 366/MINFI/SG/DGI du 19 novembre 2013 précisant les modalités de la mise en
œuvre des avantages fiscaux et douaniers de la loi N° 2013/004 du 18 avril 2013 les
incitations à l’investissement privé en République du Cameroun.95
S’il est vrai qu’une telle pratique discriminatoire tant à encourager les investisseurs à
se ruer vers des secteurs spécifiques qui sont également stratégique pour booster la croissance
économique, il n’en demeure pas moins que cette disposition notamment en matière de crédit
d’impôt est contraire à l’esprit de la loi du 18 avril 2013 fixant les incitations à
l’investissement privé au Cameroun.

95
Cf. Articles 9 et 10 de l’Arrêté N° 366/MINFI/SG/DGI du 19 novembre 2013 précisant les modalités précisant
la mise en œuvre des avantages fiscaux et douaniers de la loi N° 2013/004 du 18 avril 2013 les incitations à
l’investissement privé en République du Cameroun

Page 72
Cette discrimination viole non seulement le principe de légalité, mais décourager
plusieurs entreprises et investisseurs, les poussant ainsi à se réfugier dans le secteur informel,
caractérisé par l’absence de fiscalisation.

B- L’absence de fiscalisation du secteur informel et la forte pression fiscale sur


les entreprises du secteur formel
S’il est vrai que les incitations fiscales induisent une érosion de l’assiette fiscale, une
iniquité fiscale en favorisant certains contribuables au détriment d’autres et encourageant de
facto l’évasion fiscale, l’iniquité fiscale est aussi due à l’absence de fiscalisation dans le
secteur informel (1), occasionnant ainsi la forte pression fiscale des entreprises formelles. Ces
différences de taxation sont à l’origine de plusieurs distorsions (2).

1- L’absence de fiscalisation dans le secteur informel


La forte « informalisation » de l’économie camerounaise va de pair avec un très faible
taux de fiscalisation du secteur informel.
Les entreprises du secteur informel ne pouvant répondre aux exigences d'une fiscalité
« moderne », principalement parce qu'il n'existe pas de comptabilité régulière des
établissements,96 ont tendance à se réfugier dans le « maquis fiscale. » Ainsi, la non maîtrise
de la fiscalisation du secteur informel par l’administration fiscale, pousse celle-ci à optimiser
ses recettes fiscales en procédant par une forte taxation des entreprises du secteur formel.
En effet, le tissu économique camerounais est caractérisé par la prépondérance du
secteur informel et de l'économie souterraine. Ce secteur emploie 75% de la main-d'œuvre
urbaine et assure la subsistance d'au moins 6 ménages sur 10.97 Certaines activités
génératrices de revenus importants y sont logées et échappent à toute imposition.
Eu égard, à cette injustice fiscale, la réparation de l’iniquité s'impose à la fois au
législateur, à l’administration fiscale et aux acteurs du secteur informel. Ceux-ci sont
d’ailleurs appelés à faire preuve de civisme fiscale, à commencer par la mise en place au sein
de leurs activités, d’une comptabilité régulière selon les normes OHADA.
Dans tous les cas, les acteurs du secteur informel devront s’associer au processus de
fiscalisation optimale de leurs activités, parce que c’est bien là un passage forcé pour l’équité
et la justice fiscale. En effet, nulle part dans les différentes stratégies, il ne devrait être

96
GAUTIER (Jean-François), RAKOTOMANANA (Faly), ROUBAUD (François) « La fiscalisation du secteur
informel : recherche impôt désespérément. » In: Tiers-Monde. 2001, tome 42 n°168. pp. 795-815.
97
http://cameroon-info.net/stories/0,31417,@,fiscalite-la-tva-suspendue-pour-les-petites-entreprises.html

Page 73
question de l’absence de fiscalisation de ce secteur, ou même d’un niveau de fiscalisation
manifestement inférieur à la normale.

2- Les distorsions nées des différences de taxation entre secteurs formels et


informels
Selon de nombreuses entreprises et les organisations patronales, le poids jugé excessif
de notre fiscalité s’expliquerait, par l’étroitesse de l’assiette fiscale directement liée à
l’évasion fiscale des opérateurs du secteur informel. Ainsi, le secteur formel serait plus aisé à
assujettir et fonctionnerait comme une source de compensation98.
Ces différences de taxation entre secteurs formels et informels introduisent des
distorsions qui auront pour conséquence de réduire l’efficience et la productivité. En effet,
une pression fiscale rigoureuse du secteur formel peut avoir plusieurs heurts sur l’économie
nationale.
A titre d’exemple, une forte taxation des secteurs de recherche et développement peut
décourager l’investissement dans ces secteurs, indispensables pour l’amélioration de la
productivité du capital et de la main-d’œuvre.
En outre, une forte pression fiscale peut réduire la productivité en transférant
l’investissement des secteurs productifs mais lourdement taxés vers des secteurs moins
productifs mais plus profitables parce que faiblement taxés.
De manière générale, des taux élevés de taxation découragent l’investissement,
l’accumulation du capital et l’offre de travail, source primordiale de la croissance
économique.
Quoi qu’il en soit, le problème de l’iniquité fiscale est réel et suscite de nombreuses
interrogations quant à la capacité du pays d’attirer les investisseurs. Ainsi, Il s’impose la
nécessité d’accroitre l’équité fiscale mais également la responsabilité au sein de
l’administration fiscale qui est sans doute entachée de plusieurs fléaux à l’instar des
tracasseries fiscales.

SECTION II: LES TRACASSERIES FISCALES


Au chapitre des contraintes qui minent le climat des affaires au Cameroun, les
tracasseries fiscales figurent en bonne place. Elles sont évoquées par les investisseurs comme
étant un des problèmes majeurs dont souffre notre fiscalité. Les tracasseries fiscales sont
relatives à la lourdeur des procédures (paragraphe 1) en matière de déclaration et de paiement

98
Voir Rapport BAD op. cit.

Page 74
aussi bien au niveau des impôts et de la parafiscalité qu’au niveau des douanes. Cette lourdeur
est caractérisée par une lenteur spectaculaire des administrations fiscales et douanières. Ces
tracasseries se manifestent également par la multiplicité des contrôles fiscaux inopinés qui
sont parfois à l’origine des pratiques de la corruption et de l’arnaque (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : La lourdeur des procédures


La lourdeur des procédures est considérée par les investisseurs comme une des
contraintes majeures en matière fiscale. Cette lourdeur de procédures est à noter pendant la
période d’implantation et pendant la période d’exploitation des investissements. Elle est
monnaie courante tant au niveau de l’administration fiscale (A) qu’au niveau de
l’administration douanière (B).

A- La lourdeur des procédures au niveau des services d’impôts


Comme l’indique le rapport Doing Business 2013, les entreprises consacrent en
moyenne 654 heures par an à l’exécution des formalités99. Le poids des procédures de
paiement des impôts et des taxes100 incite l’adoption des pratiques informelles101, réduisant de
ce fait les recettes publiques et poussant l’Etat à taxer davantage les entreprises formelles.
L’enquête EESE102 2012 indique que 73% des entreprises dénoncent la fiscalité directe et
indirecte comme pesant de manière importante sur leurs activités. Ceci concerne plus de 70%
des TPE et des PE ainsi que plus de 65 % des ME et GE. La TVA et l’impôt sur le revenu des
sociétés apparaissent comme particulièrement contraignants103.

Les tableaux ci-après dressent une comparaison des contraintes liées aux procédures
de paiement des impôts et taxes entre le Cameroun, le Gabon, la Guinée Equatoriale et
l’Afrique du Sud.

99
Rapport Banque Mondiale, Doing Business 2013
100
Parmi ces impôts, l’on recense l’impôt sur le revenu, la TVA, les taxes douanières, les droits d’accises, les
taxes des services (SGS, ONPC, CNCC, CENADI), l’impôt sur les revenus des capitaux mobiliers (LRCM), la
taxe spéciale sur les revenus (TSR), les droits d’enregistrements, les droits de contributions (CNPS). La fiscalité
locale recouvre l'ensemble des droits et taxes dont les recettes sont affectées aux collectivités territoriales
décentralisées : contribution des patentes, licence, impôt libératoire, taxe sur le bétail, centimes additionnels
communaux, et taxes communales directes et indirectes.
101
Les pratiques informelles dont il est question, ici sont entre autres le trafic d’influence, la corruption et
l’octroi des faveurs de toute nature prohibées par la règlementation en vigueur.
102
Enabling Environment for Sustainable Enterprises
103
Rapport BIT, Evaluation de l’environnement des affaires au Cameroun 2013

Page 75
1- Tableau comparatif des nombres de procédures

Source : Banque mondiale, Doing Business 2013

2- Tableau comparatif des nombres d’heures

Source : Banque mondiale, Doing Business 2013

Page 76
B- La lourdeur des procédures au niveau des services de douanes
Malgré les efforts remarquables entrepris par les services de douanes pour améliorer
leur performance, la simplification des procédures et la meilleure gouvernance des activités
douanières restent préoccupantes. En effet, l’inefficacité du fonctionnement de
l’administration douanière (1) et l’utilisation des méthodes peu modernes au niveau du GUCE
(2) sont mises en cause par les investisseurs.

1- L’inefficacité du fonctionnement de l’administration douanière


L’administration douanière camerounaise se caractérise par la lourdeur et l’inefficacité
de son fonctionnement dans un contexte de problèmes de gouvernance. Ainsi, 26% des
entreprises affirment que les services douaniers sont inefficaces lors des procédures d’import-
export, et 42% les jugent peu efficaces. Alors que les grandes entreprises sont les plus
actives dans l’import-export, elles ne sont qu’un tiers à se déclarer satisfaites des services
douaniers.
Selon le rapport Doing Business de 2013, l’on ne dénombre pas moins d’une dizaine
de procédures douanières à suivre pour exporter ou importer des marchandises. Cette
complexification des démarches entraîne un allongement des délais d’importation (25 jours en
2012) et d’exportation (23 jours en 2012). Le temps nécessaire pour récupérer les
marchandises dans les ports du Cameroun se trouve ainsi considérablement allongé.104
La durée moyenne de passage sur les terminaux de conteneurs y est
approximativement de 20 jours, comparée à seulement 4 jours dans le port de Durban
(Afrique du Sud), 11 jours à Mombassa (Kenya), 14 jours dans le port de Dar es Salem
(Tanzanie) et 3 à 4 jours dans la plupart des ports internationaux. Pourtant considéré comme
le principal port de l’Afrique Centrale, le port de Douala devrait accuser une performance plus
forte concernant sa compétitivité et son attractivité.105
Les coûts indirects liés aux procédures douanières complexes représentent une charge
supplémentaire pour les entreprises camerounaises, réduisant la rentabilité des échanges
commerciaux et les marges bénéficiaires. Selon le classement Doing Business 2013, les coûts
d’importation et d’exportation au Cameroun sont parmi les plus élevés au monde ; le
Cameroun figure au 157ième rang pour ce qui est de l’indice sur le commerce transfrontalier.106

104
Rapport Bureau International du Travail : « Évaluation de l’environnement des affaires au Cameroun 2013 »
105
Ibid.
106
Ibid.

Page 77
2- L’utilisation des méthodes peu modernes au sein du GUCE
Le Guichet Unique des Opérations du Commerce Extérieur (GUCE)107 à Douala a
pour rôle de collecter les rentrées financières issues des procédures douanières et de réduire
les délais et formalités pour le passage des marchandises au port. Or, l’organisation, de ce
guichet est encore basée sur des modalités peu modernes qui utilisent encore beaucoup de
formulaires en papier. Ceci s’ajoute à la longueur du passage des marchandises au port de
Douala. Pour résoudre ce problème, la Banque mondiale travaille sur la mise en place d’un
système d’opération électronique visant à faciliter les procédures. Le projet de
dématérialisation des procédures a pour but de mettre en place un guichet unique doté d’une
administration sans interruption.
Concrètement, il s’agit de donner aux usagers l’accès à un certificat électronique
basé sur six systèmes d’information comprenant la gestion de la traçabilité des produits à
l’export, du fret terrestre, des affaires maritimes et des voies navigables, du certificat
d’origine, du commerce extérieur pour le cacao et le café, et du suivi financier du commerce à
l’import et à l’export. Pour les entreprises, l’essentiel serait de connaître la prédictibilité des
procédures, des délais et des coûts.
Moderniser le commerce du Cameroun requiert une utilisation croissante d’un système
électronique de procédures douanières pour permettre à court terme non seulement l’abandon
des procédures en papier108, mais aussi d’éviter la multiplicité de contrôles inopinés et les
pratiques d’arnaque et de corruption.

Paragraphe 2 : La multiplicité de contrôles inopinés et les pratiques d’arnaque et de


corruption
La multiplicité des contrôles facilite les pratiques de harcèlement, ouvrant ainsi la voie
à l’exercice d’autres formes de pression quasiment quotidiennes sur les entreprises. Ces
pratiques sont largement établies et reconnues. Elles se traduisent par des niveaux d’arnaque
et de corruption élevés. La pratique de l’arnaque est liée à la complexité de la parafiscalité (A)
qui échappe parfois à la maitrise des contribuables. Selon l’enquête sur la perception du
climat des affaires 2011, 75 % des entreprises interrogées considèrent que la corruption (B)
affecte fortement leurs activités109.

107
Le guichet regroupe plusieurs services : surveillance, phytosanitaire, douane, trésor, services de changes,
banques.
108
Rapport Bureau International du Travail, Op. cit.
109
Voir Rapport de la BAD sur « L’environnement de l’investissement privé au Cameroun en 2013 »

Page 78
A- La complexité de la parafiscalité et la pratique de l’arnaque
Il convient ici de faire une analyse de la complexité de la parafiscalité (1) avant
d’observer la pratique de l’arnaque à l’occasion des recouvrements des droits, taxes et
redevances constitutifs de cette obligation fiscale (2).

1- La complexité de la parafiscalité
La parafiscalité est constituée notamment des taxes communales, de la contribution au
Fonds national de l’emploi (FNE), de la contribution au Crédit foncier, de la redevance
audiovisuelle, des cotisations à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS).
En effet, Selon les statistiques des impôts, une entreprise camerounaise paie en
moyenne 44 taxes par an, et la parafiscalité qui ne représente que 0,70 % des impôts collectés
hors hydrocarbures, inclut plus de 35 catégories110.
Par ailleurs, la réglementation de la parafiscalité au Cameroun est éparse, compte tenu
non seulement de multiplicité et complexité des textes régissant les différentes taxes et
redevances, mais également à cause du nombre sans cesse croissant de ces dernières. Ainsi, il
devient difficile pour le chef d’entreprise de maitriser les contours en matière de déclaration et
de paiement de ces taxes et redevances.
Dans ce cas, l’investisseur se trouve en porte-à-faux et à la merci des agents de l’État,
qui se servent de la situation pour justifier toutes sortes de contrôles et de harcèlement dont
sont victimes les opérateurs économiques. C’est ainsi que régulièrement ces derniers subissent
la visite de plusieurs structures en charge de la collecte des taxes et peuvent voir à tout
moment leurs entreprises mises sous scellée pour défaut de paiement de telle ou telle autre
taxe.

2- La pratique de l’arnaque liée à la complexité de la parafiscalité


La pratique de l’arnaque est due à la diffusion insuffisante de l'information sur la
règlementation de la parafiscalité. Plus de 50% des contribuables interrogés notamment ceux
du secteur des PME déclarent qu’ils sont régulièrement victime de l’arnaque dans le cadre des
recouvrements de certains droits et taxes faisant partie de la parafiscalité.
En fait, les agents chargés de ces recouvrements ne sont pas facilement indentifiables,
car bien que travaillant souvent pour le compte des collectivités territoriales décentralisées,
ces derniers sont engagés par plusieurs organismes qui se passent régulièrement pour des
sous-traitants. N’étant pas suffisamment sensibilisés, les contribuables s’acquittent très

110
Voir rapport BAD op. cit.

Page 79
souvent de leurs droits auprès des faux agents. Et se trouvent ainsi en train de payer plusieurs
fois les mêmes droits et taxes.
A titre d’illustration, nous avons au cours de notre enquête rencontré des responsables
des PME qui sont régulièrement victimes de l’arnaque en matière des droits relatifs à
l’occupation temporaire de la voie publique (OTVP). En effet la loi de 2009, portant fiscalité
locale énonce clairement que pour être assujetti à l’OTVP, l’occupation de la voie publique ou
de ses emprises doit être effective111. Par ailleurs, ne sont pas assujettis aux droits
d’occupation temporaire de la voie publique : les stations-services, les véhicules et les
supports publicitaires.
Néanmoins, dans la pratique les agents chargés du recouvrement de ces droits, ont
tendance à les collecter même aux entreprises qui ne font pas objet d’occupation de la voie
publique, ni même de ses emprises. Cet aspect d’insécurité est dû au mutisme administratif en
matière de parafiscalité, ouvrant ainsi la voie toutes sortes pratiques délictueuses à l’instar de
la corruption.

B- La pratique de la corruption
La pratique de la corruption est un des facteurs favorisant l’insécurité des
contribuables. Avant de poser le diagnostic de la corruption dans les rapports contribuable-
administration (2), il s’avère nécessaire de tenter une définition de ce terme « corruption » (1).

1- Définition du terme corruption :


Transparency International112 définit la corruption comme l’abus du pouvoir public ou
privé pour satisfaire des intérêts particuliers. Il est question, à ce niveau, de corruption passive
ou active entre un fonctionnaire et un particulier. La corruption concerne aussi des
transactions entre particuliers : « Est corrompu, le comportement de personnes investies de
tâches publiques ou privées qui manquent à leurs devoirs dans le but d’en retirer des
avantages injustifiés de nature quelconque ». Elle possède plusieurs noms dans le vocable
populaire camerounais : Gombo, bière, taxi, carburant, tchoko, motivation, etc.113
Selon le président de l'observatoire de lutte contre la corruption au Cameroun, 40%
des recettes enregistrées chaque année ne servent pas au développement pour cause de

111
Article C 91 (2) du CGI
112
Transparency International est une Organisation Non Gouvernementale de lutte contre la corruption. En 1998
et 1999, elle a hissé le Cameroun à la première place du panthéon mondial des pays ayant le plus grand indice
de perception de la corruption dans le monde.
113
Rapports thématiques de l’INS, OP. cit.

Page 80
corruption. Le président de l'ONG camerounaise « SOS corruption » déclare quant à lui que
l’État du Cameroun perd en moyenne 400 milliards de francs CFA par an à cause de la
corruption. Selon une enquête menée par Greenpeace, Forest Monitor et le Centre pour
l’Environnement et le Développement (CED), l’État perdrait en moyenne 100 milliards de
francs CFA chaque année dans le secteur forestier, du fait de l’exploitation illégale (60
milliards pour Global Witness). Toutefois, ce montant ne fait pas la part entre le coût dû à la
corruption et celui dû à la fraude classique114.

2- La corruption dans les rapports contribuable-administration


Selon le rapport thématique de l’INS, la corruption occupe le deuxième rang parmi les
principaux obstacles à l’entreprenariat au Cameroun. Un peu plus de 50% des chefs
d’entreprises interrogés ont affirmé que la corruption constitue un obstacle au développement
de leurs activités. Le haut niveau de corruption au Cameroun reste une spécificité du pays.
Malgré les pressions internationales et de nombreux plans ou lois de lutte contre la corruption,
la pratique reste une constante de la vie de tous les jours au Cameroun115. En termes de
diagnostic de la corruption, la Commission Nationale Anti-corruption (CONAC) en octobre
2009 souligne que la corruption a des causes passives dont les origines se situent autour des
éléments suivants :
- l’expansion généralisée de l’impunité dans la société camerounaise ;
- l’ignorance de la législation et des procédures administratives par les contribuables
et les usagers ;
- le manque de rigueur, d’objectivité dans les nominations, les affectations et le
recrutement;
- la non application des textes existants à cause de l’absence des décrets d’application ;
- la faible rémunération de ceux qui doivent appliquer les textes ;
- le principe de pot de vin qui perdure ;
- l’impunité des agents véreux à cause de la complicité et de la connivence entre les agents
et leur hiérarchie ;
- des distinctions au niveau des classes sociales, le népotisme est ancré dans nos mentalités
(je ne peux servir que celui qui est de ma région, de ma culture, de ma religion, etc.)116.
Selon l’enquête sur la perception du climat des affaires, 75 % des entreprises
interrogées considèrent que la corruption affecte fortement leurs activités. Les coûts induits
114
Rapports thématiques de l’INS, OP. cit.
115
Ibid.
116
Ibid.

Page 81
par la corruption affectent négativement les charges supportées par les entreprises, ce qui
accroît le coût unitaire de production et nuit ainsi à la compétitivité.
En dépit des réforme engagées par les pouvoirs publics pour améliorer
l’environnement des affaires au Cameroun, en vue de promouvoir les investissements et
d’attirer le grand nombre possible des IDE nécessaires à la croissance économique, la
perception du climat des affaires présente encore beaucoup de failles, notamment sur le plan
de la pratique fiscale. Le gouvernement gagnerait à réaménager son système fiscale à fin de
faire de la fiscalité un moyen efficace à l’attrait des IDE. C’est ainsi que la suite de notre
exposé sera consacré aux propositions pour l’amélioration de la sécurité fiscale des
investissements privés de manière générale et des investissements privés étrangers en
particulier.

Page 82
CHAPITRE II:

LES PROPOSITIONS POUR L’AMELIORATION DE


LA SECURITE FISCALE DES INVESTISSEMENTS
PRIVES ETRANGERS

Un régime fiscal stable, transparent et équitable est ressenti par les investisseurs
comme un signe d’une primauté du droit bien établie117. Mais l'examen de l'état actuel de
notre système fiscal est révélateur de plusieurs atteintes au principe de sécurité juridique. Pour
autant, comment définir la notion de sécurité juridique ? Olivier Fouquet rappelle la définition
donnée par la Cour de justice des Communautés européennes dans les termes suivants : « le
principe de sécurité juridique impose la clarté et la précision des règles de droit et des actes
individuels qui constituent à un certain moment le cadre juridique dans lequel les autorités
exercent leurs compétences et les particuliers leurs activités ».118
Le problème de sécurité juridique notamment en matière fiscale est d’autant plus
préoccupant que le GICAM souligne la nécessité pour l’État camerounais de « restaurer sa
crédibilité » en respectant les engagements pris, à commencer par ceux visant à mettre un
terme à l’insécurité fiscale.119 En outre, s’il faut s’exprimer sur la question de sécurité fiscale
comme Brigitte Néel, « le constat effectué n'est guère rassurant : l'insécurité juridique nous
menace bien plus que la sécurité juridique du droit fiscal pourrait nous rassurer… »120
En effet, pour qu’un système fiscal soit utilisé comme un instrument d’attrait aux
investisseurs, il faut qu'il soit internationalement compétitif. D’où la nécessité pour le pays
d’améliorer la sécurité du droit fiscal, afin de renforcer l’attractivité du territoire. Pour ce faire
plusieurs mesures peuvent être proposées tant en ce qui concerne le renforcement de la
protection des droits et garanties des contribuables (section 1), que pour le réaménagement de
la politique fiscale (section 2) de manière globale.

117
Stone (Andrew) « De l’efficacité des incitations fiscales », Le Programme MENA – OCDE pour
l’Investissement et le Ministère du Développement et de la Coopération Internationale, Tunisie Hôtel El Mourdi
Gammarth -Tunis 10-11 Avril 2008
118
Voir Conclusions de l’avocat général Fintan-Duff, 15 février 1996. En ce sens, CJCE, 16 juin 1993, aff. C-
325/91, France c/Commission, §26, Rec.1993, p.I-3283 cité par Jean-Pierre LIEB « La sécurité juridique à
travers les prises de position et la documentation de l’administration » Gestion & Finances Publiques / N° 12 -
Décembre 2011
119
Le Bulletin du GICAM n°52 de juin 2012. Op. cit
120
Néel (Brigitte), préface de l'ouvrage: "Contribution à l'étude de la sécurité juridique en droit fiscal interne
français" de Frédéric Douet

Page 83
SECTION I: LE RENFORCEMENT DE LA PROTECTION DES DROITS ET
GARANTIES DES CONTRIBUABLES
La sécurité juridique, concept complexe dont les contours ont évolué au cours des
années, est aujourd’hui clairement au cœur des préoccupations consubstantielles de
l’administration fiscale et des contribuables.121 Elle consiste d’ailleurs à garantir à ces
derniers une protection effective de leurs droits. Dès lors, la sécurité fiscale des contribuables
dépend du degré d'application des principes fondamentaux du droit fiscal. En effet si la mise
en œuvre de l'impôt comporte des actes de puissance publique, créant des obligations
unilatérales à la charge des contribuables, des garanties doivent être accordées à ceux-ci pour
les protéger de l'arbitraire. Ces garanties découlent des différents principes de droit et en
premier lieu de la notion de légalité qui domine certes les rapports entre l'Etat et les citoyens
dans les nations modernes. La sécurité juridique des contribuables suppose à la fois
l’institution d’une protection législative des contribuables (paragraphe 1) et la simplification
de la norme fiscale (paragraphe 2).

Paragraphe 1: L’institution d’une protection législative des contribuables


La protection des droits des contribuables fait partie des mesures ayant pour objectif,
la sécurité fiscale. La sécurité du contribuable n’est effective que lorsqu’elle trouve sa
protection dans la législation. En effet le contrôle de constitutionnalité des lois constitue la
garantie essentielle de la sécurité juridique dans un pays. La sécurité juridique du contribuable
ne saurait être une réalité sans le renforcement du contrôle constitutionnel des lois fiscales (A)
et la protection législative du contribuable contre l’arbitraire de l’administration fiscale (B).

A- Le renforcement du contrôle constitutionnel des lois fiscales


Bien qu’elle soit d’une importance stratégique, les lois fiscales restent des lois
ordinaires soumises au contrôle du Conseil constitutionnel, comme n’importe quelle autre loi.
Examiner le contrôle de constitutionnalité des lois fiscales suppose, alors, de se pencher sur
deux problèmes : le respect du principe de légalité fiscale (1) et la conformité de la norme
fiscale à la constitution (2).

1- Le respect du principe de légalité fiscale


Le respect du principe de légalité fiscale nécessite la mise en œuvre d'un mécanisme
de contrôle approprié. L'effectivité du principe de légalité dépend de l'existence d'un contrôle

121
LIEB (Jean-Pierre) « La sécurité juridique à travers les prises de position et la documentation de
l’administration » Gestion & Finances Publiques / N° 12 - Décembre 2011

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effectif de la constitutionnalité des lois. Au Cameroun, l'effectivité de ce contrôle est du
ressort du Conseil Constitutionnel. Cette instance est instituée par la loi constitutionnelle du
18 janvier 1996. Cependant, ce Conseil Constitutionnel n’est pas encore mis place par les
pouvoirs publics. Ainsi le contrôle de constitutionnalité des lois est conféré à la Cour
Suprême qui siège en lieu et place du Conseil Constitutionnel.
L’on est en droit de s’interroger sur l’efficacité de la Cour Suprême en matière de
contrôle constitutionnel des lois. D’où l’urgence pour les pouvoirs publics, de mettre en place
les organes compétents de ce Conseil, afin de garantir aux contribuables une sécurité juridique
certaine.
Cette démarche favorise le renforcement de l'Etat de droit et des institutions, la
garantie de la primauté de la Constitution, le respect du principe de légalité et donc la
souveraineté de la loi. Ce serait un pas important vers la consécration du principe de sécurité
juridique. Mieux encore, il importe d'instituer un véritable droit des contribuables. Ainsi, il
faudrait donc constitutionnaliser le principe de sécurité fiscale, à l'instar de l’Espagne,
notamment à travers l'article 9-3 du titre préliminaire de sa constitution du 27 décembre 1978.
Cet article dispose que l'un des objets de la constitution est de garantir la sécurité juridique.122

2- La conformité de la norme fiscale à la constitution


Le contrôle de constitutionnalité des lois constitue la garantie essentielle de la sécurité
juridique dans un pays. Ainsi, le juge constitutionnel apprécie la conformité de la loi fiscale à
des normes, tant substantielles que procédurales, qui découlent de la Constitution.
Par ailleurs, c’est dans le texte même de la Constitution que le Conseil Constitutionnel
puise les règles qu’il utilise. Mais, il a aussi recours aux différents textes fondateurs auxquels
fait référence le préambule de la constitution. En matière budgétaire par exemple, c’est de la
Déclaration de 1789 que viennent les principes les plus intéressants, qu’il s’agisse du principe
d’égalité des citoyens devant l’impôt posé par son article 13, ou de celui de légalité de l’impôt
prévu par l’article 14 du même texte. Dès lors, une disposition d’une loi de finances ou de tout
autre texte fiscal qui ne serait pas conforme à la constitution, serait censurée par le juge
constitutionnel.
La portée du contrôle opéré par le juge constitutionnel peut s’apprécier tant au regard
des degrés de son contrôle, que de la sanction encourue par la loi fiscale en cas de grief avéré
d’inconstitutionnalité. Pour le cas particulier des lois de finances, le contrôle du juge

122
COLAS (Dominique), Textes constitutionnels français et étrangers, textes essentiels", Paris, Larousse, 1994,
page 335.

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constitutionnel varie en fonction de la catégorie de loi de finances concernée. Concrètement, il
est plus étendu sur les lois de finances initiales et rectificatives que sur les lois de règlement.
Mais pour que la sécurité juridique des contribuables soit bien une réalité, il faut
encore que cette dernière ne soit plus menacée par les abus de l’administration fiscale.

B- La protection du contribuable contre l’arbitraire de l’administration fiscale


Lors des contrôles et des recouvrements, les contribuables sont généralement victimes
des abus dus à l’excès de pouvoir de l’administration fiscale ou douanière. Afin d’encadrer la
puissance de cette dernière, le législateur gagnerait à instituer des sanctions contre l’arbitraire
administratif (1) ou encore à encadrer le pouvoir discrétionnaire de l’administration en
matière de contrôle fiscale (2).

1- L’institution législative des sanctions contre l’arbitraire administratif


A travers le livre de procédure fiscale, l’administration fiscale s’arroge tous les droits,
en rappelant juste les obligations des contribuables et les sanctions en cas de manquement à
ces obligations. Cette pratique affecte la sécurité du contribuable, qui ne trouve pas sa
protection dans la législation camerounaise contre l'arbitraire administratif. Nous n’avons
qu’à nous référer au cas français, où le législateur s'est aperçu qu'il convenait de protéger le
contribuable contre le changement de la doctrine administrative. À cet égard, il a considéré
que si l'administration procède à un changement de sa doctrine, elle ne peut pas nuire par ce
changement au contribuable.123
En France, cette garantie est en effet instituée par des textes spéciaux à l’instar de
l'article L80 A et L80 B du livre des procédures fiscales. Aux termes de l'article L80 A, le
contribuable ayant appliqué un texte fiscal « selon l'interprétation que l'administration avait
fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapporté à la
date des opérations en cause » ne peut faire l'objet d'aucun rehaussement à raison des
opérations concernées. L'article L80 B quant à lui prévoit que ces garanties valent également
« lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de
fait au regard d'un texte fiscal ».124
Ce pendant au Cameroun, la législation relative à la protection du contribuable contre
les abus de l’administration est très insuffisante. Le livre de procédure fiscale, texte de
référence, limite les réclamations des contribuables simplement en matière soit de la

123
Conseil-des-impôts de France, dixième rapport au président de la république 2001, "relations
contribuable/administration" publié.
124
Conseil-des-impôts de France, Op.cit

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réparation d’erreurs commises dans l’assiette ou le calcul des impositions, soit du bénéfice
d’un droit résultant d’une disposition législative ou réglementaire.125 Or, au regard des abus
auxquels font face les contribuables aujourd’hui, le législateur aurait pu garantir leur sécurité
en mettant en place des textes ayant pour objectif d’étendre la protection des droits et
garanties des contribuables, notamment en prévoyant des sanctions spécifiques contre les abus
de l’administration fiscale. Ces mesures législatives permettraient également d’encadrer le
pouvoir discrétionnaire de l’Administration en matière de contrôle fiscal.

2- L’encadrement du pouvoir discrétionnaire de l’administration en matière de


contrôle fiscal
La perception d’un pouvoir discrétionnaire de l’administration dont certaines décisions
peu ou mal expliquées n’emportent pas une conviction immédiate, est à l’origine d’une sorte
de sentiment d’insécurité de la part du contribuable.126 Encadrer cette mesure à travers la loi,
permettrait de contrôler les pouvoirs de l'administration et surtout de réduire l'arbitraire fiscal.
En effet, 87,6% des investisseurs interrogés127, sont généralement confrontés aux
pouvoirs discrétionnaires des services compétents dans l'examen et l'approbation des dossiers
relatifs à l’agrément de tel ou de tel autre régime incitatif. Selon un avis que partagent tous
ces investisseurs interrogés, cette discrétion est à l'origine de la corruption qui règne souvent
au sein de ces services administratifs.
A ce sujet, Eloi DIARRA suggère que pour remédier au pouvoir discrétionnaire des
services compétents, l'Etat devrait instaurer l'automaticité des régimes fiscaux incitatifs ; ce
qui revient à dire que lorsque les conditions posées par le législateur sont remplies, on
bénéficie automatiquement des avantages du régime, bien entendu si l'on en formule la
demande.128
L’institution législative du contrôle du pouvoir discrétionnaire de l’Administration
limiterait le flou volontaire ou inévitable de certains dispositifs, notamment le dispositif de
répression des abus de droit qui est critiqué par certains comme organisant à dessein
l’insécurité juridique.129
Ainsi, l’Administration fiscale ne sera plus perçue par le contribuable comme un
bourreau et le contribuable ne sera non plus perçu par l’administration comme un potentiel

125
Article L 115 du CGI
126
Jean-Pierre LIEB Op. Cit.
127
DJOMENI KOLOKO (Elvice), Op. Cit. Cf résultats d’enquête (ANNEXE I)
128
DIARRA (Eloi) : « Le Code des investissements du Sénégal d'août 1987 : un bref aperçu », revue juridique
africaine N°2, 1990, p.10. cité par DJOMENI KOLOKO (Elvice), Op. Cit.
129
LIEB (Jean-Pierre) Op. Cit.

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fraudeur. Par ailleurs, les contribuables conscients de leurs devoirs fiscaux, se trouveraient
face à une forme de solidarité citoyenne et ne se plaindraient plus de l’oppression de leurs
droits. Cela contribuerait au développement d'un certain civisme fiscal.
Mais la protection des contribuables serait encore mieux aperçue si les pouvoirs
publics procédaient de manière constante à la simplification de la norme fiscale.

Paragraphe 2 : La simplification de la norme fiscale


La simplification de la norme fiscale suppose à la fois la clarté et l’accessibilité de
l’information fiscale, tant sur le plan législatif que réglementaire. La simplification traduit
également une certaine fluidité dans les relations entre l’Administration et les contribuables.
L’intelligibilité de la norme fiscale nécessite non seulement la simplification des procédures
facilitant ainsi l’accès à l’information fiscale (A), mais également la clarification de la
réglementation fiscale (B).

A- La simplification des procédures et la facilitation de l’accès à l’information


fiscale
Compte tenu des critiques décriant des contraintes relatives à la lourdeur des
procédures, l’administration gagnerait à intensifier la simplification en matière de déclaration
et de paiement des impôts (1). Une telle mesure serait plus opérante si elle est accompagnée
de la facilitation de l’accès à l’information fiscale (2).

1- La simplification des procédures de déclaration et de paiement des impôts


En matière de déclaration et de paiement des impôts, il est nécessaire de proposer un
certain nombre de mesures dont certaines connaissent déjà un début de mise en œuvre
effective. Il s’agit de :
- Consacrer le Code Général des Impôts comme seul référentiel en matière fiscale ;
- Transférer dans le livre des procédures fiscales toutes les dispositions relatives aux
procédures en matière de droits d’enregistrement pour une meilleure lisibilité et un accès
facile à l’information fiscale au Cameroun ;
- Supprimer les pénalités de bonne foi pour favoriser le civisme fiscal ;
- Intensifier la mise en œuvre du système de télé déclaration et télépaiement;
- Agréger toutes les taxes parafiscales en un prélèvement unique dont l’affectation aux
différents bénéficiaires serait effectuée au niveau du Trésor Public (cela a un double
avantage : pour le Gouvernement, cela va sans doute réduire les déperditions fiscales, et

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pour les entreprises, cela va réduire le nombre d’heures nécessaires pour régler les impôts
et améliorer ainsi leur compétitivité);
- Pratiquer l’amortissement accéléré afin de permettre aux investisseurs de récupérer
rapidement leurs investissements et l’exonération des droits d’enregistrement ;
- Instituer un régime de réévaluation légale des immobilisations sur une certaine périodicité
afin d’améliorer les capacités d’emprunt ;
- Mettre en place auprès des instances communautaires de la CEMAC, un taux réduit de
TVA pour les opérations financières, la restauration, l’hébergement et les opérations
immobilières ;
- Etc.

2- La facilitation de l’accès à l’information fiscale


La mise en place des régimes fiscaux incitatifs ne suffit pas pour attirer les
investisseurs dans un pays. Les pouvoirs publics devraient s’évertuer à faire connaître
l'existence de ces régimes et veiller à ce que les investisseurs potentiels soient pleinement
informés des avantages de chacun des régimes.
Ainsi, afin de rendre l’information fiscale plus accessible aux contribuables ou aux
potentiels investisseurs, l’administration fiscale et l’API devraient travailler conjointement
pour définir une stratégie de médiatisation, permettant d’intensifier la communication autour
de la politique fiscale incitative et du système fiscale de manière globale. A cet effet, la DGI
et l’API (organe chargé de promouvoir l'image de marque du Cameroun à l'étranger)
devraient utiliser toutes les techniques de l’information et de la communication pour étaler
non seulement les potentialités fiscales en matière d’investissement, mais également les
procédures qui encadrent la pratique fiscale au Cameroun.
Une étude réalisée par le groupe de la Banque mondiale montre que 70 % des agences
de promotion des investissements manquent des investissements parce qu'elles ne fournissent
pas l'information pertinente et ponctuelle demandée par les investisseurs potentiels.130 A ce
sujet, l’Administration fiscale et l’API, doivent s’adapter pour faire un « marketing fiscal ».
Elles doivent diffuser, expliquer la règle fiscale notamment à travers leurs sites internet et les
journées portes ouvertes. C’est en cela que l’impôt jouera son double rôle de sécurité
budgétaire et d’interventionnisme économique.
L’information fiscale serait encore plus accessible si les pouvoirs publics procédaient
de façon progressive à la clarification de la règlementation fiscale.

130
Journal de la Chambre de commerce du Cameroun des mois d'Avril - Mai - Juin 2009, p.36.

Page 89
B- La clarification de la réglementation fiscale
Dans un souci de compréhensibilité et de clarté de nos textes fiscaux, il serait
important de procéder régulièrement à la publication des exposés de motifs des lois fiscales
(1), au même titre que ces dernières, ou encore à la réécriture de lois fiscales complexes (2).

1- La publication des exposés de motifs des projets de lois fiscales


Notre système fiscal est caractérisé par la complexité de ses textes, engendrant ainsi
des difficultés de compréhension et de transparence. De telles entorses ne sont pas sans
solutions. Le premier recours du contribuable pour surmonter ces difficultés devrait être la
lecture de l'exposé des motifs de la loi, texte introductif dont l'une des fonctions est de
souligner l'intention du législateur131.
Mais, bien que leur contenu semble être assez explicatif, ces exposés de motifs des
projets de lois, ne sont pas facilement accessibles. Une publication plus étendue de ces
exposés serait donc souhaitable, afin d'améliorer la compréhension des lois fiscales, à travers
la connaissance des véritables intentions du législateur. Cela pourrait alors contribuer à
réduire la complexité des normes fiscales, en favoriser une meilleure application et garantir un
certain degré de sécurité pour les contribuables.
La complexité de nos textes fiscaux est également liée à leur faible lisibilité. Il est
donc temps de revisiter ces textes afin de tenter une simplification de fond de la norme
fiscale. Certes, une telle proposition n’est pas facile à exécuter, mais il n’est tout de même pas
impossible de l’appliquer. L’on pourrait par exemple procéder par la réécriture de la loi
fiscale.

2- La réécriture des lois fiscales complexes


L’on pourrait s’inspirer de l’expérience britannique de réécriture des lois. En effet le
British Institut for Fiscal Studies a fait ses preuves en matière d’amélioration de la qualité de
la norme fiscale, en mettant sur pied un organe (Tax Law Review Commitee, crée en 1994)
ayant pour vocation la réécriture de la loi fiscale. Cette structure a travaillé de manière
fulgurante dans la démarche de réécriture progressive de la loi fiscale en 1996. L’illustration
ci-après présente la procédure britannique de réécriture de la loi fiscale (Tax Law Rewrite)132 :
La procédure présente les caractéristiques suivantes :
- une démarche par étape, par type d'impôt, planifiée sur plusieurs années ;

131
) Cf. Conseil-des -impôts de France, dixième rapport au président de la république 2001, "relations-
contribuable/administration" publié.
132
Conseil-des -impôts de France ; op. cit.

Page 90
- une réécriture à droit constant ;
- une structure des textes plus clairs et logiques ;
Les principales préconisations sont :
- la proposition des méthodes de simplification de la norme fiscale, notamment avec des
exemples concrets,
- l’utilisation d'une langue accessible, avec des phrases plus courtes et/ou des méthodes
d'écriture plus modernes,
- le meilleur usage des définitions,
- etc.
Cette démarche a fait l’unanimité d’une large communauté fiscale britannique.
Plusieurs organes se sont mis en place. Ils ont travaillé conjointement et la première loi de
simplification, suivant cette procédure, a été déposée à la chambre des communes en janvier
2001, et a été adoptée en mars 2001.
Une telle démarche dans notre contexte nous permettrait non seulement de rehausser
l’intelligibilité et la clarté de notre norme fiscale, mais également d’enclencher le processus
de codification totale du droit fiscal, limitant ainsi le champ à toutes sortes d’atteintes aux
droits des contribuables. Pour y arriver, l’Etat devrait procéder au réaménagement de la
politique fiscale.

SECTION II : LE REAMENAGEMENT DE LA POLITIQUE FISCALE


Le réaménagement de la politique fiscale concerne l’intensification des reformes du
système fiscal. Il s’agit pour les pouvoirs publics de mettre en place un système fiscal capable
d’attirer les investisseurs étrangers et d’encourager l’initiative privée nationale. En effet, dans
un environnement mondial caractérisé par une mobilité croissante du capital international et
des talents et par une concurrence renforcée entre les économies, le Gouvernement devrait
placer ainsi l’attractivité de notre territoire et de notre économie au cœur de la politique de
reconquête. Pour atteindre ces objectifs qui pourraient faire du Cameroun une destination de
premier ordre pour les investissements directs étrangers, le Gouvernement assurera d’abord la
mise en œuvre des mesures clés, visant notamment la gouvernance des incitations fiscales et
l’amélioration de la qualité des débats publics (paragraphe 1) ou encore l’adoption des
mesures de résistance aux chocs exogènes (paragraphe 2).

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Paragraphe 1 : La gouvernance des incitations fiscales et l’amélioration de la qualité des
débats publics
L’importance du problème de la gouvernance des incitations fiscales a été soulevée en
2011 par le FMI, l’OCDE, les Nations unies et la Banque mondiale dans un rapport conjoint
destiné au G-20 et consacré à l’appui et la mise en place de systèmes fiscaux plus efficaces
dans les pays en développement.133 Afin de relever ce défi d’efficacité, le gouvernement
camerounais se doit de procéder davantage à l’administration et au contrôle des incitations
fiscales (A) et à l’amélioration de la qualité des débats publics (B).

A- L’administration et le contrôle des incitations fiscales


Afin d’assurer la bonne gouvernance et la transparence des incitations fiscales, il est
nécessaire d’envisager la rationalisation et l’intensification de la vulgarisation des régimes
fiscaux incitatifs en faveur de la promotion du secteur privé (1). Ensuite, une évaluation de
l’efficacité des incitations fiscales (2) selon une périodicité bien déterminée permettrait à
l’Etat de procéder régulièrement à l’amélioration de sa politique fiscale incitative pour
l’adapter aux nouvelles exigences de l’économie.

1- La rationalisation et l’intensification de la vulgarisation des régimes fiscaux


incitatifs
Le gouvernement camerounais doit tout faire pour doter notre pays d’un corpus fiscal
incitatif plus clair et plus stable. Il nous faut un instrument qui laisse peu de place à
l’arbitraire et à la négociation entre le contribuable et les autorités fiscales; un socle dans
lequel les investisseurs locaux et étrangers trouveront un gage de la primauté du droit dans
notre pays. C’est dans ce sens qu’il est indispensable que les incitations fiscales à
l’investissement soient instituées par la législation fiscale (loi sur l’impôt par exemple), mais
dans de nombreux cas, elles le sont par une législation régissant l’investissement, les zones
économiques spéciales, etc., et dans d’autres cas encore, elles font l’objet de décrets,
d’accords et de réglementations. C’est pour cette raison que leur véritable portée n’apparaît
pas toujours.
Il convient donc de veiller à ce que toutes les incitations fiscales prévues, ainsi que les
critères à satisfaire pour pouvoir en bénéficier, soient regroupées et inscrites dans la
législation fiscale proprement dite. Le fait d’inscrire les incitations fiscales dans la législation

133
L’importance du problème de la gouvernance des incitations fiscales a été soulevée en 2011 par le FMI,
l’OCDE, les Nations unies et la Banque mondiale dans un rapport conjoint destiné au G-20 et consacré à l’appui
à la mise en place de systèmes fiscaux plus efficaces dans les pays en développement

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fiscale (ou d’en faire état dans la législation fiscale) favorise la transparence et revient à
investir l’administration fiscale du pouvoir de les gérer. Les incitations fiscales devraient être
aussi simples que possible à appliquer tant pour les candidats demandant à en bénéficier que
pour les services chargés de les gérer134.
Le principe voudrait également que les pouvoirs publics s’efforcent de publier une
liste de toutes les incitations fiscales à l'investissement mentionnant les objectifs auxquels
elles obéissent à l’intérieur du cadre, en régissant le fonctionnement. Ainsi ils devraient avoir
à justifier leur adoption et à indiquer les coûts et les bénéfices à en attendre. Ces données
devraient être communiquées dans un rapport régulièrement mis à jour, pouvant servir de
référence pour évaluer les résultats obtenus, mettre en évidence les situations où les mesures
d’incitation se recoupent ou font double emploi, et permettre aux pouvoirs publics de rendre
compte de leurs décisions en matière d’incitations fiscales.135

2- L’évaluation de l’efficacité des incitations fiscales


IL est question ici de chercher à comprendre les facteurs qui décident de la réussite ou
de l’échec des régimes fiscaux incitatifs et de concevoir des incitations fiscales capables
d’accroître les effets positifs et d’atténuer les effets négatifs. En effet, Les facteurs non
fiscaux jouent un rôle beaucoup plus important que les mesures fiscales dans la détermination
du niveau et de la qualité des flux d’investissement.
Il est donc indispensable pour les pouvoir publics de procéder régulièrement à des
évaluations des incitations fiscales, évaluations qui pourront être effectuées tous les 3 (trois)
ou 4 (quatre) ans, et porter sur les coûts et bénéfices imputables aux incitations fiscales, et
auront pour but de permettre de déterminer si les objectifs fixés ont été atteints. Les résultats
de ces évaluations périodiques éclaireront les décisions des pouvoirs publics concernant le
maintien ou la suppression des incitations considérées. Les critères d’évaluation et les
résultats des évaluations devront être publiés. Dans la mesure du possible, les réactions
suscitées par les incitations, qu’elles soient positives (investissements supplémentaires) ou
négatives (planification fiscale agressive), devront être observées et communiquées.
Les analyses montrent que les effets des incitations fiscales sur la productivité et
l’efficience sont au moins aussi importants que l’incidence de ces mesures sur le montant des

134
OCDE, FISCALITE DE DEVELOPPEMENT « Projet de principes pour améliorer la transparence et la
gouvernance des incitations fiscales à l’investissement dans les pays en développement ». Voir
http://www.oecd.org
135
Masters (Andrew) « Étude de cas sur les incitations fiscales », Présenté au séminaire de haut niveau sur la
réalisation du potentiel d’investissement rentable en Afrique, Organisé par l'Institut du FMI en coopération avec
l'Institut multilatéral d'Afrique, Tunis, Tunisie, 28 février – 1er mars 2006

Page 93
investissements. Les mesures fiscales en faveur de l’investissement donnent de bons résultats
dans certains pays, mais pas dans d’autres (en la matière, les décisions doivent être prises en
fonction des conditions propres à chaque pays). Les gouvernements africains tendent à
exagérer les avantages des mesures en faveur de l’investissement et à en sous-estimer le coût.
Il convient en premier lieu de renforcer les capacités d’analyse de la politique fiscale
(préalablement à la mise en œuvre et au suivi de la mise en œuvre des mesures).
Par ailleurs, il est important d’éviter un taux d'imposition nul : le succès de la plupart
des projets d'investissement ne dépend pas des exonérations d’impôt. En effet les congés
fiscaux sont moins rentables que les autres mesures. Car, les conséquences qui en découlent
ne sont pas moins négligeables. Il s’agit entre autres : des pertes de recettes élevées ; des
investissements temporaires favorisés au détriment des investissements durables ; du risque
d’évasion fiscale de grande ampleur ; etc.
Selon Andrew Masters136, les incitations fiscales les plus efficaces sont le crédit
d’impôt pour investissement et les déductions initiales pour investissement. Ces mesures ont
pour corolaire une forte réduction des taux marginaux d'imposition effectifs 137 par rapport aux
pertes de recettes fiscales. Aussi, ces mesures favorisent la réduction au minimum de la
complexité administrative. Les investissements qui dépendent de leur emplacement et qui sont
fondamentalement viables (surtout les projets portant sur les ressources naturelles) ne
devraient pas bénéficier d’avantages fiscaux particuliers. Au contraire, les gouvernements
doivent s’efforcer de négocier une part équitable des rentes tirées des ressources naturelles.138
La réussite d’une telle négociation est conditionnée par l’amélioration de la qualité du
débat public en matière fiscale.

B- L’amélioration de la qualité du débat public en matière fiscale


Le débat public en matière fiscale est très limité dans notre pays. Or le domaine fiscal
est de nature, conflictuel, puisqu'il oppose deux intérêts antagonistes, l'intérêt du contribuable
à ne payer que le strict impôt, voire à ne rien payer du tout et l'intérêt de l'administration à
collecter le maximum possible de recettes pour le trésor public. D’où la nécessité d’améliorer
des relations entre l’administration et les contribuables (1), impliquant ainsi la société civile à
l’éducation des contribuables et leur volonté à payer l’impôt (2)

136
Masters (Andrew) op. cit.
137
Les taux d’imposition marginaux effectifs se définissent généralement comme une différence entre les taux de
rendement interne des investissements avant et après l’impôt. Voir Nguenda Anya Saturnin Bertrand « Taux
Marginal d’Imposition Effectif au Cameroun », Rapport de Recherche du FR-CIEA N0. 10/12, Fonds de
Recherche sur le Climat d’Investissement et l’Environnement des Affaires (FR-CIEA) www.trustafrica.org/icbe
138
Masters (Andrew), ibid.

Page 94
1- L’amélioration des relations entre l’administration fiscale et les contribuables

Afin d’améliorer les relations entre l’administration fiscale et les entrepreneurs, une
Commission paritaire a été créée en 2007. Elle est composée de responsables de
l’administration et de chefs d’entreprises. Sa mission consiste à proposer les voies et moyens
d’améliorer le système fiscal camerounais, afin de mettre en place une fiscalité simple,
efficace, équitable, susceptible d’impulser le développement, en mesure de concilier
l’optimisation des ressources fiscales et l’incitation à l’investissement privé.
Malgré l’existence de cette commission paritaire, l’on a pu remarquer que le débat
public sur les sujets fiscaux est très limité. La modernisation des procédures d'élaboration des
normes fiscales, peut se faire à l'instar des Etats-Unis ou du Royaume-Uni par la création
d'organismes indépendants chargés de produire des analyses sur les questions fiscales.
Pour la Grande Bretagne cet organisme est le British Institute for Fiscal Studies, crée à
la fin des années 60. Il est composé par une équipe permanente d'une trentaine de personnes,
majoritairement économistes. Il utilise les possibilités de communication les plus développées
par Internet et joue depuis sa création un rôle prépondérant en matière de qualité de la norme
fiscale dans ce pays.
Aux Etats-Unis, l'organisme est encore plus ancien, le National Tax Association crée
en 1907. Il assure la continuité d'une réflexion indépendante sur les questions fiscales. Ses
moyens de communications sont très développés et donnent lieu à une publication d'une revue
très connue (National Tax Journal), l'organisation de colloques annuels et un site Web
développé (www.ntanet.org).
Notre pays gagnerait aussi à mettre sur pied de tels organismes de débat public en
matière fiscale, afin de renforcer nos moyens d'étude et de réflexion dans le domaine fiscal.
En effet, comme le souligne Albert DIKOUME, Il serait souhaitable d’arriver à une véritable
commission technique de politique fiscale et douanière, où l’intérêt de la politique publique
prévaudrait, où serait bannît la discrimination entre fonctionnaire et civil, administration
fiscale et groupement.
Cette Commission technique regrouperait les représentants de tous ces corps, et serait
le véritable architecte de la politique fiscale. Les administrations fiscales ne devraient
intervenir que pour la mise en œuvre de la politique définie. Pour cela, elles devraient faire
passer toutes leurs idées novatrices par ladite commission technique, qui les reprendraient à

Page 95
son compte. Une commission technique forte et bien structurée pourrait amener à parler
véritablement de politique fiscale au Cameroun.139
Une politique fiscale qui serait encore mieux efficace si la commission technique
intégrait également dans les mesures de réforme fiscale, l’implication de la société civile à
l’éducation des contribuables et leur volonté à payer l’impôt.

2- L’implication de la société civile à l’éducation des contribuables et leur volonté à


payer l’impôt
La société civile a son rôle à jouer dans l’amélioration de la qualité des débats publics
en matière fiscale. Par société civile ici, l’on sous-entend les regroupements patronaux, les
syndicats des entreprises, l’Ordre National des Conseils Fiscaux, les organes tels le Centre
Régional Africain pour le Développement Endogène et Communautaire (CRADEC), la Tax
Justice Network (TJN), la Dynamique Citoyenne (DC) et les autres représentants des
contribuables. Ces différents acteurs de la société civile devraient davantage s’impliquer à une
plus grande promotion de l’éducation des contribuables, afin d’amener ces derniers à
comprendre qu’ils doivent remplir leurs obligations fiscales, pour limiter les assauts de
l’administration.
Si les grandes entreprises peuvent s’offrir des conseils fiscaux qui sont en principe des
professionnels de la fiscalité, ce n’est pas le cas pour les PME, qui ont besoin d’une certaine
sensibilisation sur leurs droits et devoirs fiscaux. Ainsi la mise en place d’une plate-forme
ayant pour objectif l’éducation et la sensibilisation des contribuables, s’impose non seulement
à la société civile mais aussi à l’administration fiscale qui, en ce sens devrait être le partenaire
privilégié des investisseurs.
En effet, les investisseurs devraient comprendre qu’en tant que contribuables, ils
peuvent faire entendre leur voix en prenant part de manière active aux politiques publiques et
aux processus de décisions sur la façon dont les impôts sont perçus et dépensés et ainsi donc
améliorer la reddition des comptes.
Ces mesures sont bénéfiques aussi bien aux contribuables qu’à l’Etat, car elles
contribuent à la limiter les fraudes fiscales et la fuite des recettes fiscales. Une telle initiative
permet également de renforcer les méthodes de lutte contre le déroutement des investisseurs,
qui trouve souvent son origine à travers des chocs exogènes qui se matérialisent par la
concurrence fiscale dommageable et le phénomène de paradis fiscal.

139
DIKOUME (Albert Léonard) « CAMEROUN, QUELLE POLITIQUE FISCALE »
http://www.afritaxes.com/lettresdocs/74.pdf

Page 96
Paragraphe 2 : L’adoption des mesures de résistance aux chocs exogènes
Par chocs exogènes, il faut sous-entendre des éléments externes qui viendraient à
altérer l’efficacité de l’attractivité de notre système fiscal. La concurrence fiscale
dommageable et le phénomène « paradis fiscale » en sont quelques illustrations. L’Etat
gagnerait donc à intensifier la coopération régionale afin de prévenir la concurrence fiscale
dommageable (A) et à mettre en œuvre les mesures visant à lutter contre le phénomène
« Paradis fiscale » (B).

A- L’intensification de la coopération régionale afin de prévenir la concurrence


fiscale dommageable

Afin prévenir la concurrence fiscale dommageable ou encore le phénomène de


surenchère fiscale, le Cameroun devrait intensifier la coopération avec les autres Etats aussi
bien à l’échelle sous régionale que sur le plan régional, voire même international. Il convient
ici de définir la notion de concurrence fiscale dommageable (1) avant d’envisager
l’harmonisation dans la lutte contre une telle pratique (2)

1- Définition de la notion de concurrence fiscale dommageable


La concurrence fiscale désigne à la fois, de manière statique, la situation dans laquelle
certains acteurs mettent en compétition les systèmes fiscaux de différents États et, de manière
dynamique, les réactions des États pour améliorer leur position dans cette compétition.140
Pour autant, comment définir la notion de concurrence fiscale dommageable ? Le
rapport de l'OCDE sur la concurrence fiscale définit les dommages qu'elle peut causer : elle
fausse les flux financiers ; elle décourage le respect des dispositions fiscales par tous les
contribuables ; elle transfère indûment une partie de la charge fiscale vers des bases
d'imposition moins mobiles, notamment la main-d’œuvre, les biens immobiliers et la
consommation ; elle alourdit les coûts administratifs et la charge de la mise en œuvre des
dispositions fiscales par les autorités fiscales et les contribuables ; etc.141
La concurrence entre les systèmes fiscaux des différents pays peut être saine, quand
elle aboutit par exemple à la réduction des dépenses publiques excessives ou à l’allégement de
la pression fiscale. Chaque pays évalue en permanence ses régimes fiscaux et ses dépenses
publiques en vue de procéder, si nécessaire, à des ajustements pour améliorer
l’investissement. Mais elle est déloyale quand elle incite l’épargne à se localiser, non en
fonction des besoins économiques locaux, mais de la fiscalité des Etats. Il s’agit de détourner

140
Définition du conseil des impôts - rapport du CAE - page 30. file:///G:/Concurrence fiscale Wikipédia.htm
141
OCDE

Page 97
l’épargne des autres pays et diminuer ainsi leurs recettes fiscales. Certains pays vont modifier
leur système fiscal afin d’attirer l’épargne venue d’ailleurs pour élargir leur part de base
imposable mondiale et exporter ainsi leur fardeau fiscal vers d’autres pays142
Selon l’OCDE et l'Union Européenne, la concurrence fiscale dommageable est un
concept qui désigne les pratiques fiscales non transparentes, qui diffèrent fortement des
pratiques fiscales habituellement acceptées, qui sont offertes à certaines entreprises seulement
et/ou qui ne sont pas en rapport avec une activité réelle.
Afin de faire face à ces pratiques fiscales non transparentes, nos pouvoirs publics
devraient contribuer à l’harmonisation fiscale dans la lutte contre la concurrence fiscale
dommageable.

2- L’harmonisation fiscale dans la lutte contre la concurrence fiscale


dommageable
L'OCDE constate que des mesures prises isolément peuvent conduire à une situation
pire. Certaines mesures prises par un pays pour éliminer des avantages fiscaux, considérés
comme dommageables, peuvent entraîner un déplacement de l'activité qui en bénéficiait, vers
un autre pays, qui n'a pas pris de telles mesures.
Dans de nombreux cas, des incitations sont mises en place en réaction aux mesures
que les pays voisins ou concurrents ont eux-mêmes instituées ou qu’ils sont censés avoir
instituées. La question des incitations fiscales ne saurait être abordée par un pays agissant
isolément.
Ainsi, les États peuvent œuvrer de concert, à l’échelle régionale, au renforcement de la
coopération en matière fiscale afin d’éviter un phénomène de surenchère, notamment en
adoptant des mesures fiscaux incitatives collectives ou similaires, mais qui peuvent être
d’application spécifique, eu égard des réalités de chaque pays en matière de politique de
développement. Car, les mesures fiscales en faveur de l’investissement donnent de bons
résultats dans certains pays, mais pas dans d’autres. En la matière, les décisions doivent être
prises en fonction des conditions propres à chaque pays.143
Les efforts engagés pour consolider la coopération régionale doivent également porter
sur des instruments non fiscaux, prenant notamment la forme de subventions proprement dites
et de garanties de prêts, qui constituent aussi des aides à l’investissement. En effet ces facteurs

142
ASSIMACOPOULOU (Elli), L’harmonisation de la fiscalité de l’épargne dans les pays de la Communauté,
Bibliothèque de science financière, tome 37, Paris, LGDJ, 2000, p.10
143
Andrew Masters op. cit

Page 98
non fiscaux jouent un rôle beaucoup plus important que les mesures fiscales dans la
détermination du niveau et de la qualité des flux d’investissement.
La coopération régionale ne mérite pas se limiter simplement à la prévention de la
concurrence fiscale dommageable. Elle devrait également étendre ses mesures préventives au
phénomène de paradis fiscal, qui est plus qu’un phénomène de surenchère fiscale, un fléau
mondial, source d’une injustice fiscale internationale et d’autres problèmes tels l’évasion
fiscale et le blanchiment d’argent.

B- La mise en œuvre des mesures de lutte contre le phénomène « Paradis fiscal »


S’il est vrai que nos pouvoirs publics doivent s’évertuer à assouplir notre système
fiscal afin de séduire davantage les investisseurs privés étrangers, il n’en demeure moins
important d’éviter la baisse drastique du taux d’imposition, car avec un taux d’imposition trop
faible ou nul le pays risque d’être considéré comme un paradis fiscal. Il importe de définir ce
terme (1) avant d’examiner les mesures de lutte contre ce phénomène (2).

1- Définition de paradis fiscal :


Le terme de paradis fiscal, au sens strict de fiscalité faible, ne prend son sens qu'en
comparaison avec d'autres pays (ou d'autres régions du même pays) à fiscalité plus élevée au
moins dans certains domaines ou pour certaines activités. Ainsi un rapport de l’OCDE de
1987 relatif à la fiscalité internationale précisait, dès son introduction, qu’« il n’existe pas de
critère unique, clair et objectif permettant d’identifier un pays comme étant un paradis
fiscal ». S'il y a des paradis fiscaux, alors il existe des enfers fiscaux. La dénomination « pays
à fiscalité réduite ou nulle » est plus précise, moins connotée et plus proche de la réalité144.
Paradis fiscal correspond en anglais à l'expression « tax haven » qui veut dire « refuge
fiscal ». En allemand on emploie les termes de « Steueroase » ou de « Steuerparadies »
correspondant à « oasis fiscale » ou « paradis fiscal.»145 En fait, l'OCDE a retenu quatre
critères pour définir un paradis fiscal : des impôts insignifiants ou inexistants ; l'absence de
transparence sur le régime fiscal ; l'absence d'échanges de renseignements fiscaux avec
d'autres États et l'absence d'activités substantielles (ce critère n'est plus pris en compte par
l'OCDE depuis 2001).146 En effet par les conditions favorables qu'il offre, un paradis fiscal
attire les entreprises pour qu'elles y installent leur siège social. Ces entreprises réduisent ainsi

144
fr.wikipédia.org/wiki/paradis-fiscal, consulté le 5 novembre 2014
145
Réseau pour la justice fiscale, Introducing the Financial Secrecy Index [archive] [archive], 2009. Cité par
wikipédia.
146
http://www.lemonde.fr/organisations-internationales/article/2009/04/02/paradis-fiscaux-la-liste-noire-de-l-
ocde-comprend-le-costa-rice-et-l-uruguay_1176043_3220.html [archive] [archive], consulté le 9 novembre 2014

Page 99
le montant de leurs impôts sur les bénéfices par rapport à leur pays d'origine, échappant de
cette manière à une fiscalité qu'elles jugent excessive.
Un pays peut être considéré comme un refuge fiscal au regard de certaines situations
ou opérations particulières ; certaines dispositions législatives (zones franches) peuvent
également créer une sorte de paradis fiscal à l'intérieur d'un pays à forte fiscalité.
Les critères de définition d'un paradis fiscal restent relatifs : la Suisse est un paradis
bancaire, mais n'est en général pas considérée comme un paradis fiscal; le Royaume-Uni ou
les États-Unis ne sont pas non plus considérés comme un paradis fiscal bien que, en pratique,
ils puissent offrir les mêmes avantages aux particuliers (statut de résident non domicilié au
Royaume-Uni) comme aux entreprises (sociétés non résidentes aux États-Unis). La France
n'est pas considérée comme un paradis fiscal mais, dans certains secteurs géographiques, les
zones franches permettent aux entreprises de réduire de façon drastique leur charge fiscale.
Ces exemples, qui ne sont pas exhaustifs, nous indiquent que les régimes dérogatoires existent
en tous lieux et que les États qui dénoncent les paradis fiscaux ne sont pas en la matière d'une
pureté immaculée147.

2- Les mesures de lutte contre le phénomène « paradis fiscal »


Le problème de paradis fiscale est tellement préoccupant qu’un collectif d'ONG et
d'associations, dont Attac, a lancé dans les années 2000 au niveau international une campagne
destinée à lutter pour la mise en place d'un dispositif de contrôle du secret bancaire et de
sanction des concurrences fiscales déloyales de certains pays aboutissant à priver d’autres de
ressources qui auraient pu être affectées à des projets sociaux.
La plate-forme « Paradis fiscaux et judiciaires » a ainsi rédigé une plaquette grand
public montrant comment l’opacité des transferts de capitaux provenant de la corruption et les
détournements de fonds publics privent les États du Sud de recettes qui auraient pu être
affectées à leur développement.
Selon une enquête du quotidien économique français La Tribune, les paradis fiscaux
recevraient, selon les estimations, un tiers des investissements directs étrangers des
multinationales.148 Afin de sensibiliser les investisseurs contre ce phénomène, l'OCDE établit
chaque année une liste des paradis fiscaux non coopératifs.

147
fr.wikipédia.org/wiki/paradis-fiscal, consulté le 5 novembre 2014
148
La Tribune, 16 octobre 2008, page 32

Page 100
En effet cette organisation applique des critères149 assez restrictifs pour déterminer le
caractère de paradis fiscal d'un pays. Au premier plan, le fait que le pays concerné applique
des impôts inexistants ou insignifiants, mais ce critère n'est pas suffisant car l'OCDE
reconnaît que tout Etat souverain a le droit de décider d'appliquer ou non des impôts directs
et, dans l'affirmative, de déterminer le taux d'imposition approprié.
Les autres facteurs nécessaires pour qu'un territoire soit considéré comme un paradis
fiscal par l'OCDE sont une absence de transparence dans l'application de la loi fiscale,
l'absence d'échange de renseignements à des fins fiscales avec les autres administrations, et le
fait que l'absence d'activités substantielles soit admise.150 Nos pouvoirs publics gagneraient à
prendre en compte ces critères afin d’arrimer notre système fiscal aux standards
internationaux.

149
Voir le site de l'OCDE , www.ocde.org [archive], consulté le 20 mars 2014
150
fr.wikipédia.org/wiki/paradis-fiscal, consulté le 5 novembre 2014

Page 101
CONCLUSION GENERALE

Depuis deux décennies, le Cameroun tout comme la majorité des gouvernements des
pays en développement (PVD), est entré dans une concurrence accrue en vue d’attirer les flux
d’IDE sur son territoire. Cet engouement des PVD envers l’IDE tient à diverses raisons : la
création d’emplois, l’accumulation du capital, la promotion des exportations, la possibilité de
diffusion technologique dans le tissu industriel local, etc.151
Toutefois, les IDE représentent un enjeu majeur pour les pays qui ont jusque-là
bénéficiés davantage de l'implantation des investisseurs étrangers, l'entrée des capitaux y est
une condition pas de moindre importance à un financement stable de la balance courante. De
façon plus spécifique, les IDE jouent dans ces pays, un rôle déterminant dans le processus de
réforme structurelle, en termes de mondialisation des économies et de stimulation de la
croissance.152
Le constat ne laisse aucun doute sur la volonté du Cameroun d'instrumentaliser la
fiscalité pour un meilleur ancrage dans la mondialisation. Mais, au regard de la position
inquiétante qu’occupe ce pays ces dernières années dans la quête des IDE, il s’est avérer
nécessaire que cette étude se penche sur la question de sécurité juridique des investissements
privés étrangers au Cameroun, précisément sur le plan des incitations fiscales. En effet la
sécurité juridique des investissements suppose à la fois, la souplesse et la clarté des textes
régissant la matière fiscale. Or le constat tiré de cette étude, n'est guère rassurant.
En examinant le cadre juridique des incitations en faveur des IDE, il importe de
signaler l'existence d'un arsenal volumineux de textes fiscaux favorables à l’implantation des
investisseurs étrangers au Cameroun. Le législateur en élaborant des mesures d'allègement et
d'exonération des charges fiscales a prévu les mesures fiscales incitatives de droit commun et
les mesures particulières de soutien à l’investissement privé tant national qu’étranger. Ces
mesures sont contenues dans une multitude des textes dont les plus récents sont la Loi N°

151
NGOUHOUO (Ibrahim), Les investissements directs étrangers en Afrique centrale : attractivité et effets
économiques. Thèse de Doctorat de Sciences Économiques, présentée et soutenue le 26 mars 2008, Université
du Sud Toulon-Var, OP. Cit.
152
NJOUM NGUENIN (Martial), L'analyse des déterminants de l'investissement direct étranger au Cameroun.
Mémoire de D.E.A en Economie Industrielle. Présenté et soutenu en avril 2009. Faculté des Sciences
Economiques et de Gestion Appliquée, Université de Douala.

Page 102
2013 / 004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé en République du
Cameroun et la loi sur les zones économiques.
A la lecture de nos analyses, il n'est plus question de contester que les facilités fiscales
consenties par le Cameroun pour promouvoir les investissements constituent réellement une
garantie pour l’attrait des investisseurs étrangers. Mais il s’y dégage un bilan mitigé. Il est
toutefois urgent de reconnaitre que la pratique fiscale dans ce pays présente encore beaucoup
de failles. L’attractivité du territoire camerounais vis-à-vis des IDE fait face à de multiples
obstacles dont l’insécurité fiscale.
L’insécurité fiscale prend plusieurs formes : l’instabilité de la loi fiscale ; le manque
de transparence ; la lourdeur des procédures ; la complexité et la multiplicité des textes ; etc.
En effet, le productivisme juridique153 engendre une matière fiscale complexe dont les normes
sont difficilement compréhensibles aux usagers, rendant ainsi la pratique fiscale obscure et
surtout instable. Or la transparence et la stabilité juridique sont constitutives des déterminants
fondamentaux de la décision d’investissement.
Toutefois, cette situation de complexité fiscale embrasse les contribuables et facilite
les pratiques délictueuses et l’exercice d’autres formes de pression quasiment quotidiennes
sur les entreprises154, par des agents véreux de l’administration fiscale. Ces pratiques sont
largement établies et reconnues comme tracasseries fiscales. Elles se traduisent par des
niveaux de corruption élevés155. A ce niveau, la question de la gouvernance interne des
structures concernées de l’État et de leur performance gagnerait à être abordée. Les efforts
engagés au niveau des douanes et dans une certaine mesure par la Direction générale des
impôts méritent d’être approfondis et renforcés.
Ainsi, l'amélioration de la norme fiscale interpelle tant les pouvoirs publics que les
investisseurs. En effet, les réformes entreprises par l’Etat depuis l’année 2013 commencent à
porter des fruits. Le rang qu’occupe le Cameroun dans la dernière publication du classement
Doing Business de la banque mondiale l’atteste. De la 168ième place en 2013, le pays passe au
158ième rang sur 189 pays classés en 2014. Afin de rendre davantage crédible notre
environnement des affaires, l’Etat gagnerait à intensifiées les réformes pour écarter les chocs
endogènes que sont l’instabilité juridique, la complexité de la norme fiscale, la mauvaise
gouvernance etc. Pour ce qui concerne les chocs exogènes tels la concurrence fiscale ou le

153
Par productivisme juridique, il faut entendre ici l’inflation ou la multiplicité des textes juridiques.
154
Rapport de la BAD op. cit.
155
Ibid.

Page 103
phénomène de « paradis fiscale », afin de mieux les endiguer, l’intensification des
coopérations régionales ou internationales s’impose à l’Etat du Cameroun.
Quant aux investisseurs, ils devraient accompagner le gouvernement dans cette
politique en évitant de développer des attitudes telles la fraude et l'évasion fiscale qui tendent
plutôt à ralentir les ambitions de l’Etat qui voudrait passer d’une fiscalité répressive à une
fiscalité incitative.

Page 104
ANNEXES
- Comparaison internationale de la protection des investisseurs en 2014

- Loi n° 2002/004 du 19 avril 2002 relative à la Charte sur les investissements en


République du Cameroun

- Décret n° 2013/296 du 09 Septembre 2013 modifiant et complétant certaines dispositions


du décret n° 2005/310 du 1er Septembre 2005 portant organisation et fonctionnement de
l’Agence de Promotion des Investissements

- Décret n° 2013/297 du 09 septembre 2013 modifiant et complétant certaines dispositions


du décret n° 2013 du 03 avril portant organisation et fonctionnement de l’Agence de
Promotion des Petites et Moyennes Entreprises

- Décret n° 2013/298 du 09 septembre 2013 portant création, organisation et


fonctionnement du Comité de contrôle de l’effectivité des investissements

- Décret n° 2013/299 du 09 Septembre 2013 portant création, organisation et


fonctionnement du Comité paritaire de suivi de la stabilité des incitations à
l’investissement privé au Cameroun

- Arrêté n° 00000366 /MINFI/SG/DGI/DGD du 16 novembre 2013 précisant les modalités


de mise en œuvre des avantages fiscaux et douaniers de la loi n° 2013/004 du 18 avril
2013 fixant les incitations à l’investissement privé en République du Cameroun.

Page 105
BIBLIOGRAPHIE :

I- OUVRAGES :

A- OUVRAGES GENERAUX
1. ALBARELLO (Luc), Apprendre à chercher. L’acteur social et la recherche
scientifique. Bruxelles, De Boeck, 1999, 193 p.
2. ASSIMACOPOULOU (Elli), L’harmonisation de la fiscalité de l’épargne dans les
pays de la Communauté, Bibliothèque de science financière, tome 37, Paris,
LGDJ, 2000, 265 p.
3. BOUVIER (Michel), Introduction au droit fiscal général et à la théorie de l'impôt,
Lextenso-LGDJ, 2012, 11ème édition, 316 p.

4. COLAS (Dominique), Textes constitutionnels français et étrangers, textes


essentiels, Paris, Larousse, 1994, 814 p.
5. MARCHESSOU (Philippe), L'interprétation des textes fiscaux, Paris, édition:
economica 1980, 258 p.
6. NZAKOU (André), Système comptable OHADA par l’exemple. Difficultés
comptables et fiscales, Tome 1, 4ième Edition, Imprimerie Saint Paul, Yaoundé,
mai 2001, 222 p.
7.

B- OUVRAGES SPECIALISES :
1. CHAMBAS (Gérard), Fiscalité et développement en Afrique Subsaharienne,
Ministère de la coopération, Economica, 1994, 152 p.
2. COZIAN (Maurice), Précis de fiscalité des entreprises, 38ième Edition, LexisNexis,
Septembre 2014, 960 p.
3. DISCHAMPS (Jean-Claude), Comportements économiques et distorsions fiscales,
Paris, Presse Universitaire de France, 1960, 408 p.
4. DOUET (Frédéric), Contribution à l'étude de la sécurité juridique en droit fiscal
interne français, édition LGDJ, paris 1997, 416 p.
5. ROBBEZ-MASSON (Charles), La notion d'évasion fiscale en droit interne
français, Bibliothèque de science financière, édition LGDJ, Paris, 1990, Tome 29,
504 p.

Page 106
II- DICTIONNAIRES ET AUTRES LEXIQUES :
1. CORNU (Gérard): Vocabulaire juridique, PUF, 8ième édition, février 2000, p 479
2. GATSI (Jean) : Nouveau dictionnaire juridique, Presses Universitaires Libres, 2ième
édition, 2010
3. Petit Larousse Grand Format, Edition Larousse, 21 Rue MONTPARNASSE 75
283 Paris CEDEX 06 2001, p.558

III- THESE ET MEMOIRES :


1. DJOMENI KOLOKO (Elvice), La fiscalité des investissements et l'optimisation
fiscale : cas du Cameroun, mémoire de Master II professionnel en fiscalité
appliquée, Université de Douala 2008
2. NGOUHOUO (Ibrahim), Les investissements directs étrangers en Afrique
centrale : attractivité et effets économiques. Thèse de Doctorat de Sciences
Économiques, présentée et soutenue le 26 mars 2008, Université du Sud Toulon-
Var, Faculté de Sciences Économiques et de Gestion
3. NJOUM NGUENIN (Martial), L'analyse des déterminants de l'investissement
direct étranger au Cameroun. Mémoire de D.E.A en Economie Industrielle.
Présenté et soutenu le 03 avril 2009. Université de Douala, Faculté des Sciences
Economiques et de Gestion Appliquée.
4. TONGA (Dieudonné), Les politiques française et camerounaise face au défi de la
mondialisation. Une analyse comparée de la période 2007-2010, mémoire de
Master en Affaires Publiques, ENA/Paris-Dauphine 2011

IV- ARTICLES :
1. GAUTIER (Jean-François), RAKOTOMANANA (Faly), ROUBAUD (François) :
« La fiscalisation du secteur informel : recherche impôt désespérément. » in Tiers-
Monde. 2001, tome 42 n°168. pp. 795-815.
2. GUTMANN (Daniel) : « Droit fiscal et efficacité économique », in BOLLEE (S.),
Yves-Marie LAITHIER, Cécile PERES, L'efficacité économique en droit,
Economica, 2010, pp 111-120
3. KAMTO (Maurice) : « Politique économique », Mutations n°1210 du lundi 09
août 2004 ;

Page 107
4. LOPEZ (Christian) : « La fiscalité comme vecteur de l'attractivité du territoire », in
Mondialisation et fiscalité, la globalisation fiscale (sous la dir.), l’Harmattan,
collection finance publique, pub. 2006, pp 245-262
5. Masters (Andrew) « Étude de cas sur les incitations fiscales », Présenté au
séminaire de haut niveau sur la réalisation du potentiel d’investissement rentable
en Afrique, Organisé par l'Institut du FMI en coopération avec l'Institut
multilatéral d'Afrique, Tunis, Tunisie, 28 février – 1er mars 2006
6. MIGNOT (Gabriel) : « La fiscalité dérogatoire : pour un réexamen des dépenses
fiscales », synthèse du 21ème Rapport du Conseil des impôts, in RFFP n°84,
décembre 2003, p 205- 218
7. PERES (Cécile): « Rapport introductif », in BOLLEE (S.), Yves-Marie
LAITHIER, Cécile PERES, L'efficacité économique en droit, Economica, 2010,
pp 1-22
8. WALTER (François): « Note sur divers procédés d'incitation fiscale à
l'investissement » in Revue économique. Volume 7 n°4, 1956. pp. 552-567.

V- LOIS, DECRETS ET AUTRES TEXTES :


1. Acte CEMAC n°5/66 du 13 décembre 1966
2. Arrêté N° 366/MINFI/SG/DGI du 19 novembre 2013 précisant les modalités
précisant la mise en œuvre des avantages fiscaux et douaniers de la loi N°
2013/004 du 18 avril 2013 les incitations à l’investissement privé en République
du Cameroun
3. Code des Douanes CEMAC
4. Code Général des Impôts du Cameroun
5. Décret n° 2013/296 du 09 septembre 2013, modifiant et complétant certaines
dispositions du Décret n° 2005 /310 du 1er Septembre 2005, portant organisation
et fonctionnement de l’Agence de Promotion des investissements.
6. Loi n° 2001/001 du 16 avril 2001 portant code minier
7. Loi n° 2002/004 du 19 avril 2002 relative à la Charte sur les investissements en
République du Cameroun
8. Loi n° 2012/006 du 19 avril 2012 portant code gazier
9. Loi N° 2013 / 004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé
en République du Cameroun

Page 108
10. Loi N° 2013/011 du 1 0 décembre 2013, portant loi de finances de la République
du Cameroun pour l'exercice 2014
11. Loi n°2008/009 du 16 juillet 2008 fixant le régime fiscal, financier et comptable
applicable aux contrats de partenariat
12. Loi n°99/013 du 22 décembre 1999 portant code pétrolier
13. Ordonnance N° 90/001 du 29 janvier 1990 créant le régime de la Zone Franche au

VI- RAPPORTS
- Rapport BAD : Environnement de l’Investissement Privé au Cameroun 2013
- Rapport BIT : Évaluation de l’environnement des affaires au Cameroun 2013
- Rapport GTZ, GICAM, SNV : Perception des Entreprises sur le Climat des
Investissements et des Affaires au Cameroun 2007
- Rapport INS : Rapports thématiques/Recensement Général des Entreprises (RGE
2009)/Partie I : Environnement des affaires et compétitivité des entreprises
camerounaises
- Rapport MINEPAT : Etude sur le climat des affaires au Cameroun en 2013 : impact
des reformes de création d’entreprises
- Rapports Banque Mondiale : Doing Business 2012 ; 2013 et 2014.

VII- WEBOGRAPHIE :
- Cours-de-droit.jimdo.com/2013/03/28/chapitre-v-la-méthode-juridique/
- file:///G:/Concurrence fiscale - Wikipédia.htm
- fr.wikipédia.org/wiki/paradis-fiscal,
- http//www.francais. rwpcontentuploadsdownloads201110politique_eco.pdfcci-paris-
idf.f
- http://aed.fede-ulg.org/cours/Droit fiscal(04-05)2.pdf [archive]
- http://aed.fede-ulg.org/cours/Droit%20fiscal(04-05)2.pdf [archive]
- http://cameroon-info.net/stories/0,31417,@,fiscalite-la-tva-suspendue-pour-les-petites-
entreprises.html
- http://cemacbusiness.com/cameroun-comment-seduire-les-etrangers-how-to-attract-
foreigners/
- http://www.afritaxes.com/lettresdocs/74.pdf
- http://www.oecd.org
- www.afritaxes.com

Page 109
- www.cameroon-tribune.cm
- www.glossaire internationale.com/page/tous-les-termes/investissement-direct-a-l-
etranger-ide.html
- www.investiraucameroun.com/conditions-d-investissement/2701-2920-une-fiscalite-
attractive
- www.larousse.fr/dictionnaires/français/implantation/41906,
- www.legicam.org
- www.lesechos.fr/financemarches/vernimmen/definition_investissement.html?lbD0FJ6
Y9vd16e6r.99
- www.planet-expert.com/fr/pays/cameroun/investissement-direct-etranger-ide
- www.questions-economiques.com

Page 110
TABLE DES MATIERES
REMERCIEMENTS ............................................................................................................................ 3
LISTE DES ABREVIATIONS .......................................................................................................... 5
RESUME ............................................................................................................................................... 7
ABSTRACT .......................................................................................................................................... 7
SOMMAIRE ......................................................................................................................................... 8
INTRODUCTION GENERALE ........................................................................................................ 9
I- CONTEXTE HISTORIQUE ET CONSIDERATIONS PARTICULIERES DE
L’ATTRACTIVITE FISCALE AU CAMEROUN ................................................................... 9
A- Le contexte historique ................................................................................................................. 9
B- Les considérations particulières ................................................................................................ 11
II- DEFINITION DES CONCEPTS ET OBJET DE L’ETUDE ............................................... 13
A- Définition des concepts : ........................................................................................................... 13
B- Objet de l’étude ......................................................................................................................... 15
III- INTERET DE L’ETUDE ET PROBLEMATIQUE .......................................................... 16
A- Intérêt de l’étude........................................................................................................................ 16
B- Problématique............................................................................................................................ 17
IV- L’HYPOTHESES ET LA DEMARCHE METHODOLOGIQUE .................................. 18
A- L’hypothèse ............................................................................................................................... 18
B- L’approche méthodologique de l’étude ..................................................................................... 18
PREMIERE PARTIE : ....................................................................................................................... 21
LE CADRE JURIDIQUE DES INCITATIONS EN FAVEUR DES INVESTISSEMENTS
DIRECTS ETRANGERS ................................................................................................................. 21
CHAPITRE I : ..................................................................................................................................... 22
LES MESURES FISCALES INCITATIVES DE DROIT COMMUN ...................................... 22
SECTION I : LES MESURES FISCALES COMMUNES A L’IMPLANTATION DES
INVESTISSEURS NATIONAUX ET ETRANGERS ................................................................... 22
Paragraphe 1 : Les allègements visant la réduction de la charge fiscale ....................................... 22
A- Les exonérations liées à la création d'entreprises .............................................................. 22

1- L'exonération à la contribution des patentes ................................................................. 22

2- L'exonération des droits d'enregistrement des actes de constitution de société ........... 23

B- Les avantages liés à l'exploitation de l'entreprise .............................................................. 24

1- Les exonérations des droits d'enregistrement des actes relatifs à l’accroissement de


l’entreprise ............................................................................................................................. 24

Page 111
2- L’allègement de l’impôt sur le revenu des sociétés ....................................................... 26

Paragraphe 2 : L’allègement du coût de discipline fiscale ............................................................ 27


A- La réforme des procédures ................................................................................................ 27

1- La simplification des procédures en matière de déclaration et de paiement d’impôts et


taxes ....................................................................................................................................... 27

2- La réforme des procédures en matière contentieuse ...................................................... 28

B- Les réformes structurelles.................................................................................................. 29

1- Les réformes des structures chargées de recouvrement des impôts et la dynamisation


des institutions chargées d’accompagner les investisseurs.................................................... 29

2- La réforme des services douaniers ................................................................................ 30

SECTION II : LES MESURES PROPRES AUX INVESTISSEURS ETRANGERS ET


GROUPES DE SOCIETES ................................. …………………………………………………31
Paragraphe 1 : L'imposition des investissements directs étrangers sous forme d'établissement
stable.............................................................................................................................................. 32
A- L'élimination des doubles impositions .............................................................................. 32

1- La méthode d’imputation .............................................................................................. 32

2- La méthode d’exonération ............................................................................................. 33

B- Les incitations fiscales conventionnelles........................................................................... 34

1- Le principe de non-discrimination................................................................................. 34

2- La réduction du taux d’imposition ................................................................................ 35

Paragraphe 2 : L'imposition des sociétés mères et filiales............................................................. 36


A- La déduction des dividendes perçus des filiales ................................................................ 36

1- Les conditions requises pour la déduction des dividendes ............................................ 36

2- L’opération de déduction des dividendes ...................................................................... 37

B- L'imputation de l'IRCM en cas de redistribution ............................................................... 37

1- Les conditions liées à l’imputation de l’IRCM ............................................................. 37

2- L’opération d’imputation de l’IRCM ............................................................................ 38

CHAPITRE II : ................................................................................................................................... 39
LES MESURES FISCALES PARTICULIERES DE SOUTIEN A L’INVESTISSEMENT
PRIVE .................................................................................................................................................. 39
SECTION I : LES MESURES DE LA LOI DU 18 AVRIL 2013 ET DU REGIME DES ZONES
FRANCHES INDUSTRIELLES .................................................................................................... 39

Page 112
Paragraphe 1 : Les incitations fiscales et douanières de la Loi N° 2013/004 du 18 avril 2013
fixant les incitations à l’investissement privé en République du Cameroun ................................. 39
A- Les mesures incitatives relatives à l’implantation des entreprises nouvelles .................... 40

1- Les incitations liées à la phase d’installation................................................................. 40

2- Les incitations en phase d’exploitation ......................................................................... 41

B- Les mesures incitatives spécifiques aux secteurs prioritaires et aux entreprises existantes
…………………………………………………………………………………………..42

1- Les incitations propres aux secteurs prioritaires............................................................ 42

2- Les incitations propres aux entreprises existantes ......................................................... 43

Paragraphe 2 : Les avantages fiscaux des zones et points francs industriels................................. 44


A- Les avantages liés à la fiscalité interne.............................................................................. 44

1- Les exonérations pendant les dix premières années d’exploitation ............................... 45

2- Les exonérations à partir de la onzième année d’exploitation ....................................... 45

B- Les avantages au plan douanier ......................................................................................... 45

1- Les exonérations liées aux importations et aux exportations ........................................ 46

2- Les Allègements en matière de procédures de dédouanement ...................................... 46

SECTION II : LES MESURES INCITATIVES LIEES AUX ACTIVITES EXTRACTIVES ET


OPERATIONS SPECIFIQUES ...................................................................................................... 47
Paragraphe 1 : Les avantages fiscaux des codes minier, gazier et pétrolier .................................. 47
A- Les exonérations liées aux activités minières et gazières .................................................. 48

1- Les exonérations du code minier ................................................................................... 48

2- Les exonérations du code gazier.................................................................................... 50

B- Les avantages fiscaux du code pétrolier ............................................................................ 51

1- Les incitations liées à la fiscalité interne ....................................................................... 52

2- Les incitations liées à la fiscalité douanière .................................................................. 53

Paragraphe 2 : Les régimes des marchés publics, des contrats de partenariat, du réinvestissement,
du secteur boursier et des Centre de Gestion Agréé (CGA) .......................................................... 54
A- Les avantages fiscaux liés aux régimes des marchés publics et des contrats de partenariat
public-privé ............................................................................................................................... 54

1- Les avantages fiscaux liés au régime des marchés publics (113 à 116 ter du CGI) ...... 55

2- Les avantages fiscaux liés au régime des contrats de partenariat public-privé ............. 56

Page 113
B- Les avantages fiscaux liés aux régimes du réinvestissement, du secteur boursier, et des
Centres de Gestion Agréés (CGA) ............................................................................................ 58

1- Les avantages fiscaux du régime de réinvestissements (art. 105 à 107 du CGI) ........... 58

2- Les avantages fiscaux des régimes du secteur boursier et des centres de gestion agréés
(CGA) .................................................................................................................................... 59

SECONDE PARTIE : ........................................................................................................................ 62


L’EVALUATION DU CADRE JURIDIQUE DE L’IMPLANTATION DES
INVESTISSEURS PRIVES ETRANGERS ................................................................................... 62
CHAPITRE I: ...................................................................................................................................... 64
LES OBSTACLES D’ORDRE FISCAL ......................................................................................... 64
SECTION I : L’INSECURITE FISCALE ...................................................................................... 65
Paragraphe 1 : L’instabilité de la loi fiscale .................................................................................. 65
A- Les vicissitudes liées aux multiples changements de la loi fiscale .................................... 65

1- L’imbroglio entre les nouvelles et anciennes dispositions légales et réglementaires .... 65

2- La déviation des investisseurs ....................................................................................... 67

B- Le manque de transparence lié à la multiplicité et la complexité des textes de référence . 68

1- L’inflation des textes fiscaux......................................................................................... 68

2- La complexité des textes et la diversité des interprétations ........................................... 69

Paragraphe 2 : L’iniquité fiscale.................................................................................................... 70


A- Le caractère discriminatoire de l’Arrêté précisant les modalités de la mise en œuvre des
avantages fiscaux et douaniers de la loi du 18 avril 2013 ......................................................... 70

1- Les disparités des avantages accordés aux investissements des entreprises nouvelles et
aux nouveaux investissements des entreprises existantes ..................................................... 71

2- Les discriminations des avantages accordés en raison de certains objectifs spécifiques


………………………………………………………………………………………..72

B- L’absence de fiscalisation du secteur informel et la forte pression fiscale sur les


entreprises du secteur formel ..................................................................................................... 73

1- L’absence de fiscalisation dans le secteur informel ...................................................... 73

2- Les distorsions nées des différences de taxation entre secteurs formels et informels ... 74

SECTION II: LES TRACASSERIES FISCALES ......................................................................... 74


Paragraphe 1 : La lourdeur des procédures ................................................................................... 75
A- La lourdeur des procédures au niveau des services d’impôts ............................................ 75

1- Tableau comparatif des nombres de procédures............................................................ 76

Page 114
2- Tableau comparatif des nombres d’heures .................................................................... 76

B- La lourdeur des procédures au niveau des services de douanes ........................................ 77

1- L’inefficacité du fonctionnement de l’administration douanière .................................. 77

2- L’utilisation des méthodes peu modernes au sein du GUCE ....................................... 78

Paragraphe 2 : La multiplicité de contrôles inopinés et les pratiques d’arnaque et de corruption 78


A- La complexité de la parafiscalité et la pratique de l’arnaque ............................................ 79

1- La complexité de la parafiscalité ................................................................................... 79

2- La pratique de l’arnaque liée à la complexité de la parafiscalité ................................... 79

B- La pratique de la corruption .............................................................................................. 80

1- Définition du terme corruption : .................................................................................... 80

2- La corruption dans les rapports contribuable-administration ........................................ 81

CHAPITRE II: .................................................................................................................................... 83


LES PROPOSITIONS POUR L’AMELIORATION DE LA SECURITE FISCALE DES
INVESTISSEMENTS PRIVES ETRANGERS ............................................................................. 83
SECTION I: LE RENFORCEMENT DE LA PROTECTION DES DROITS ET GARANTIES
DES CONTRIBUABLES ............................................................................................................... 84
Paragraphe 1: L’institution d’une protection législative des contribuables................................... 84
A- Le renforcement du contrôle constitutionnel des lois fiscales ........................................... 84

1- Le respect du principe de légalité fiscale ...................................................................... 84

2- La conformité de la norme fiscale à la constitution....................................................... 85

B- La protection du contribuable contre l’arbitraire de l’administration fiscale .................... 86

1- L’institution législative des sanctions contre l’arbitraire administratif ......................... 86

2- L’encadrement du pouvoir discrétionnaire de l’administration en matière de contrôle


fiscal ...................................................................................................................................... 87

Paragraphe 2 : La simplification de la norme fiscale .................................................................... 88


A- La simplification des procédures et la facilitation de l’accès à l’information fiscale........ 88

1- La simplification des procédures de déclaration et de paiement des impôts ................. 88

2- La facilitation de l’accès à l’information fiscale ........................................................... 89

B- La clarification de la réglementation fiscale...................................................................... 90

1- La publication des exposés de motifs des projets de lois fiscales ................................. 90

2- La réécriture des lois fiscales complexes ...................................................................... 90

Page 115
SECTION II : LE REAMENAGEMENT DE LA POLITIQUE FISCALE ................................... 91
Paragraphe 1 : La gouvernance des incitations fiscales et l’amélioration de la qualité des débats
publics ........................................................................................................................................... 92
A- L’administration et le contrôle des incitations fiscales ..................................................... 92

1- La rationalisation et l’intensification de la vulgarisation des régimes fiscaux incitatifs


………………………………………………………………………………………..92

2- L’évaluation de l’efficacité des incitations fiscales ....................................................... 93

B- L’amélioration de la qualité du débat public en matière fiscale ........................................... 94

1- L’amélioration des relations entre l’administration fiscale et les contribuables ........... 95

2- L’implication de la société civile à l’éducation des contribuables et leur volonté à payer


l’impôt ................................................................................................................................... 96

Paragraphe 2 : L’adoption des mesures de résistance aux chocs exogènes ................................... 97


A- L’intensification de la coopération régionale afin de prévenir la concurrence fiscale
dommageable............................................................................................................................. 97

1- Définition de la notion de concurrence fiscale dommageable ....................................... 97

2- L’harmonisation fiscale dans la lutte contre la concurrence fiscale dommageable ....... 98

B- La mise en œuvre des mesures de lutte contre le phénomène « Paradis fiscal » ............... 99

1- Définition de paradis fiscal :.......................................................................................... 99

2- Les mesures de lutte contre le phénomène « paradis fiscal » ...................................... 100

CONCLUSION GENERALE ......................................................................................................... 102


ANNEXES......................................................................................................................................... 105
BIBLIOGRAPHIE : ......................................................................................................................... 106
TABLE DES MATIERES ............................................................................................................... 111

Page 116