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Philo thème 2

L’Art, le beau et la technique


La Tour Eiffel doit-elle être simplement considérée comme un simple objet technique, au prétexte qu’elle est
un objet en fer imaginé par un ingénieur ou bien comme une authentique œuvre d’art dès lors que sa beauté a
fini par s’imposer ?

Dans l’antiquité, cette question n’aurait pas eu de sens parce que les monuments qui été alors considéré
comme les 7 merveilles du monde, été admirés autant pour les prodigieuses capacités techniques dont ils
témoignaient que pour leur beauté.

Cela pourrait aller de soit puisque la technique et l’art manifestent le même pouvoir de création, celui d’un
monde artificiel dû à l’esprit et à la main de l’Homme. La technique est l’ensemble des moyens d’atteindre un
résultat qui n’est pas donné par la nature. Tandis que l’art est l’activité humaine consistant à produire des
œuvres pour leur forme.

Tous les deux essentiels à l’existence humaine à toutes les époques. Pour preuve, dans toutes les fouilles
archéologiques, la présence de gravure et de peinture se trouvent à côté des harpons et des flèches.
Pourtant on a voulu à certains moments de l’histoire différencier l’artiste de l’artisans et on a fini même par
opposé l’esprit de la technique qui ne viserait que l’utile à celui de l’art qui serait une activité désintéressé,
consacré à un idéal : le beau.

Quelques questions se posent alors : Serait-ce alors l’inutilité qui caractérise le beau par opposition à l’utilité de
l’objet artisanal ou industriel ? Faut-il considérer que c’est le génie du créateur qui fait la différence entre
l’artiste et l’artisan ?

Depuis le début du XXème siècle, la conception de l’art en tant qu’activité inspirée par le géni est
exclusivement consacré au beau et remise en question. En effet, d’une part les musée accueillent des œuvres
qui ont été réalisées en vue de fin utile (ex : les musée de la voiture, du timbre…). D’autre part, depuis que le
recours à la technique s’impose dans nos productions, certains artistes renoncent à s’attribuer le monopole de
la création esthétique (le design). Faudrait-il ne plus distinguer l’art des autres productions telles que la mode,
la pub, le design et abolir ainsi à la frontière entre l’art et la technique ?

I. L’art est-il une activité technique comme les autres ?

« L’art » ne désigne pas tous les « arts ». C'est-à-dire toutes les activités qui requièrent du savoir faire et du
savoir. Par exemple, la médecine est un art mais elle n’appartient pas à l’art. Le mot art au sens stricte est très
réservé à la libre invention des formes c'est-à-dire « Les beaux Arts » : les arts où l’artiste invente, créer de
nouvelles formes. Est-ce une raison suffisante pour les opposer aux arts et à la technique ?

1) Pourquoi l’art est-il opposé à la technique ?

L’art et la technique semble d’abord s’opposer dans leur manière de se rapporter à la réalité. La technique
prend pour règle l’efficacité à tout prix. De son point de vue, tous les moyens d’agir sur la réalité sont bons
pour vu qu’ils soient efficaces. La volonté de maitrise qui anime la technique réduit toute chose à l’usage ou à
la consommation. Par la technique, l’homme se veut maitre et possesseur de la culture (Descartes). La culture
est utilitariste et instrumentaliste.

L’art, à l’opposé, agit sur notre sensibilité et il nous oriente vers un idéal désintéressé (le Beau) qui ajoute une
dimension spirituelle au monde de l’homme. Hannah Arendt dit : alors que les objets techniques sont
consommables et périssables les œuvres d’art « parce qu’elles sont symboliques échappent à l’usure du
temps ». Elles assurent ainsi la permanence et la consistance du monde humain (extrait de Conditions de
l’Homme moderne).

2) La beauté de l’art dépend-elle de la maitrise technique d’un matériau ?

Du fait qu’il se consacre à une activité spirituelle, l’artiste peut-il se passer d’un savoir faire technique ? Peut-on
au contraire le juger sur son habileté à travailler le matériau auquel il veut donner une forme ?

Socrate s’avoue parfois inspiré par une puissance quasi divine et donc qu’il n’a plus qu’à la laisser parler à
travers lui. Il estime donc qu’il en va de même pour les artistes. Par exemple pour certains poètes. Il ajoute que
la poésie relève souvent d’une pure inspiration qui n’exige aucun savoir faire. Il dit : « le plus beau chant lyrique
connu en Grèce a été composé par un poète qui ne savait ni lire ni écrire ». Il n’y a en ces beaux poèmes rien
qui soit humain. Les poètes ne sont que les interprètes de ces puissances quasi divines. Ils sont possédés par
leur géni. Dans ce cas là, le terme de création évoque une sorte de pouvoir divin tandis que celui de production
suppose l’application stricte de règles, c'est-à-dire une technique appliquée à un matériau.

Le terme de création renvoie à cette idée de puissance quasi divine.

Poiésis= production

La production suppose l’application stricte de règle. Ainsi, des artiste auxquels on reconnait du géni comme
Léonard de Vinci on refusé de s’enfermé dans ce choix et n’ont pas hésité à rédigé des procédés qu’ils tirent
souvent des données scientifiques et techniques de leur époque. Ils avaient pour but de transmettre ces
conseils pratiques. Donc Léonard de Vinci dit que certes il a du génie, mais sans le savoir faire il ne sert à rien.
L’ensemble des deux font l’artiste.

Si on parle des instruments de musique et de l’atelier des peintres c’est que l’artiste doit tenir compte des
propriétés de la matière sur laquelle il travaille.

Le sociologue René Passeron écrivait ceci : « Il est plus difficile d’aller au monumentale avec du bambou et
plâtre qu’avec de la pierre et du fer ; La musique populaire provinciale ne convient qu’assez mal à l’expression
tragique du funèbre » (Recherche politique).

3) En quoi l’artiste est-il plus qu’un artisan ?

L’artiste comme l’artisan met en œuvre une technique qui lui permet d’obtenir le résultat formel qu’il
recherche. La différence entre l’artiste et l’artisan n’a d’ailleurs pas toujours existé. Elle ne s’est imposée en
Europe que progressivement entre le 16° et le 20° siècle.

A partir du 16°siècle, deux caractéristiques les distinguent :


- l’artisan ne vise pas la beauté pour elle-même, mais il a un but utile/pratique.
- l’artisan applique des conventions et des règles déjà établies. Il n’a pas à innover et à modifier le langage des
formes.

Mais la distinction entre les deux n’est pas toujours apparente car l’artiste travaille aussi à l’intérieur des
conventions qu’il partage avec son époque et l’artisan peut faire preuve d’innovation.
Exemple : œuvre de KAROUMAMA (représente une déesse vénérée par les anciens égyptiens, avec une tête de
chat, une robe avec des ailes de vautour. Le problème c’est qu’on ne sait pas si elle est fabriquée par un artisan
ou un artiste car il y a Champollion qui dit que cette œuvre représente un chef d’œuvre artistique. Sur le socle
il y a une phrase, qui invite à la prière, donc selon d’autres personnes c’est un artisan qui l’a fait car la sculpture
est destiné à quelque chose).
Ce débat fini avec l’idée que l’artiste doit produire des œuvres originales et uniques dignes d’être contemplées
pour elles-mêmes. Reste à savoir si elle n’a pas de but utilitaire ? Autrement dit, susciter le sentiment du beau
serait-il le but propre de toute œuvre d’art ? (anartiste)

« L’art n’est pas la représentation d’un bel objet. L’art est la belle représentation d’un objet » (KANT)

II. Le beau se définit-il par opposition à l’utile ?

Le spectacle d’un objet peut nous donner du plaisir pour toutes sortes de raisons étrangères à l’art et surtout
parce que nous éprouvons le désir de le consommer, d’en faire usage ou encore parce qu’il nous émeut pour
des motifs affectifs. Mais c’est un plaisir de tout ordre que nous donne la beauté.
Le plaisir que procure la beauté est appelée un plaisir esthétique entendu comme quelque chose qui est
ressenti par notre sensibilité et qui relève d’une perception de l’esprit qui nous rend apte à ressentir le sens et
la valeur de ce que nous percevons.
Le beau est-il une propriété objective des choses indépendant de nous ? Et dans ce cas là, peut-on savoir où se
situe la beauté d’un objet ou d’une œuvre ? Est-elle ce qui correspond à la forme universelle du goût ? Est-elle
ce que l’art nous fait aimer ?
Quelque soit la conception que nous adoptons il reste que le sentiment où le beau est suscité par la forme de
ce que nous contemplons et non pas par son utilité. Mais de là à dire que le propre du beau sois d’être inutile
et même de s’opposer à l’utilité c’est une question qui s’oppose au partisans de la conception de « l’art pour
l’art », par exemple à Théophile Gauthier et Poussin.

1) Le beau est-il un plaisir désintéressant ?

Nous jugeons belles les œuvres humaines quand elles suscitent en nous du plaisir par leur seule forme. Ce qui
est beau n’est pas ce qui nous est agréable sur le seul plan de nos sensations.
Pour cette raison, le vin, dit Kant, ne peut être beau.
Le peintre Poussin écrit que la fin de la peinture est la délectation. Ce terme exclu tout autre motif que
l’impression produite par le jeu des formes et des couleurs. Il évoque un plaisir raffiné, accessible seulement à
un amateur cultivé et éclairé. La délectation s’oppose à la satisfaction immédiate et gloutonne. Etant
indépendant de ce qui est agréable à chacun par son contenu sensible, le beau aspire à son être universel. Le
beau n’est pas ce qui plait à tous mais ce qui mérite de plaire. (Toujours selon Kant).

Etant indépendant de ce qui est agréable, le beau aspire à l’universalité. Cela ne veut pas dire que le beau est
ce qui plait à tous, mais c’est ce qui mérite de plaire à tous les hommes.
De là, on a pu conclure que le beau ne devais surtout rien évoquer : ne le bien moral, ne le vrai, ni le sentiment
de l’homme, ni la réalité extérieur. Bref cette théorie répond à la formule de Théophile Gauthier « l’art pour
l’art ». Ce dernier ajoute « qu’il n’y a de vraiment …. Que ce qui ne peut servir à rien. Tout ce qui est utile est
laid car c’est l’expression de quelques besoins et ceux de l’homme sont ignobles et dégoutants. L’endroit le
plus utile de la maison ceux sont les latrines ». Il y a une idéalisation de l’art pour Théophile G. Le beau est une
idée suprasensible (au-delà du sensible), une réalité. C’est une réalité existant indépendamment de nous et de
tout support matériel. C’est un idéal dont on s’approche à mesure qu’on s’éloigne de la réalité sensible.

2) Y a-t-il une beauté propre à l’objet technique ?

Quand le paysage naturel a commencé à faire place à un environnement peuplé de réalisations techniques, une
partie des artistes a exalté la beauté de ses objets comme preuve du génie humain. Par exemple Monet avait
peint la Gare de St Lazare, Zola a fait d’une locomotive un personnage de son roman (Germinal, l’Assommoir).
Par ailleurs, un mouvement en faveur d’un art fonctionnel a vu le jour en 1919 à Weimar. Ce mouvement fut
lancé par Gropius, fondateur d’une école d’architecture : Le Bauhaus. Tout ce mouvement participe à la mise
en place d’une entreprise en faveur de ce qu’on appelle le DADAISME c'est-à-dire à la création d’objet qui sont
à la fois utile et beau.
Le design : concevoir et fabriquer en grande série des objets d’utilité courante qui soient à la fois élégant et
utile par leur pureté fonctionnelle. L’art s’accommode donc de remplacer l’œuvre unique et originale par une
fabrication en série.

Le problème qui se pose c’est que le chemin faisant l’art ne risque-t-il pas de perdre son identité ?
Parce qu’on va fabriquer des objets en série pour satisfaire le besoin de la masse et donc on perd de vu le but
premier de l’art : créer une œuvre originale et unique.

III. L’art a-t-il abdiqué face à la technique triomphale ?

Aujourd’hui par leur mode de production et de diffusion, certains arts sont devenus si dépendant de la
technique que l’on parle couramment d’industrie (ex : industrie de la mode, ciné, disque…)
Est-ce une raison pour que l’art renonce à une création originale exclusivement réservé à la beauté et la
contemplation esthétique ?

1) La reproductibilité de l’œuvre d’art la transforme-t-elle en objet de consommation ? (analyse de


Walter Benjamin, 1936)

Il dit que la technique de l’imprimerie a depuis longtemps supprimé le rapport direct entre le produit original
de l’auteur (manuscrit) et son public.
Désormais il en va de même pour la musique transmise par la radio, disque, TV et ordi.

Les arts plastiques témoignent de la même évolution (reproduction). Walter Benjamin prend l’exemple de la
photographie et estime que ces procédures de reproduction en série font perdre à l’art son « aura », c'est-à-
dire son rayonnement presque sacré dont bénéficie l’œuvre d’art.

Il ajoute, à la place de l’art se développe des formes de consommation culturelles de masse. L’art est alors
affecté jusque dans sa conception par les moyens de sa diffusion. En effet, la diffusion de masse qui est associé
aux médias (TV, ciné) oblige l’auteur de film, musique à tenir compte de la demande de divertissement du
grand public et d’impératifs commerciaux. Or, il convient d’opposer nettement le divertissement à l’art. D’un
côté la consommation fait baisser la qualité de la création, plus elle fait perdre à l’art sa fonction première à
savoir offrir du plaisir esthétique.

2) L’objet technique prend-il la place de l’œuvre d’art ?

L’art s’est mis au service de la production de masse et de la technique qui fait une part sans cesse plus grande
au souci de la forme. Tout cela nous permet-il de dire si l’art conserve encore une place à part ? Est-ce qu’il a
toujours le monopole dans la création de la beauté ?

Marcel Duchamp, avec lui commence un mouvement de refus à l’égard de la conception traditionnelle de l’art,
il n’est pas contre les artiste mais se place à l’égard, il est un ANARTISTE.
Duchamp ne se contente pas d’incorporer des matériaux ordinaires à des œuvres plastiques comme l’a fait
Picasso en 1913 avec son œuvre « La roue de Bicyclette ». Il invente le Ready made. Le choix d’un urinoir (La
fontaine) est une provocation à l’égard d’une conception de l’art qui mettait l’art au service d’un beau idéal,
c’est comme un affront à une tradition héritée de Poussin. Duchamp écrit « il faut arriver à choisir un objet
avec l’idée de ne pas être impressionné par cet objet selon une délectation d’aucun ordre, il faut que cet objet
n’ai aucune chance de devenir beau, joli, agréable à regarder ou même laid ». Si l’on peut dire, l’artiste consiste
à choisir l’objet, son lieu et son moment d’expression, ainsi quand il est dans un musée et qu’on lui donne un
autre nom, l’objet prend sa signification utilitaire.

Duchamp donne à celui qui regarde l’objet autant d’importance qu’à celui qui l’a fait. Il dit « c’est moins
l’artiste que le spectateur qui fait l’œuvre d’art ».
De nombreux artistes contemporains (comme Warhol) se sont inspirés de lui (reproduction d’objet technique).
Rien ne distingue l’objet banal qu’elles reproduisent.
Arthur Danto (critique d’art) est conduit à parler de la fin de l’art, il a estimé que chez ces « artistes », ceux ne
sont pas les propriétés internes d’un objet qui en font une œuvre mais le regard que la société porte sur lui. De
même, un autre théoricien de l’art, Nelson Goodman propose de se demander : « quand y a-t-il de l’art » au
lieu de « qu’est-ce que l’art » ? En effet, le même objet peut alternativement être regardé et constitué en tant
qu’objet artistique à valeur symbolique, puis redevenir un simple objet technique dans la vie courante.

IV. Conclusion

Le rôle et la nature de l’art ne sont pas fixés une fois pour toute. Ils varient selon ce que les civilisations
demandent à l’art. Dans un monde soumis au développement des techniques, l’art doit-il s’associer à elles au
point de s’en rendre dépendant ?

Doit-il s’exercer sous forme de divertissement de masse ou bien être le témoin critique et même l’antidote ?
Doit-il viser le beau ou se détourner de cette recherche au profit d’autres ambitions ?

Le plus important est peut-être de n’avoir pas d’idée préconçue sur ce que l’art devrait être puisque l’une des
caractéristiques de l’art est de modifier notre façon de voir et de percevoir le monde que nous produisons et
dans lequel nous vivons.