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ASTRONOMIE
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- - - ENSEIGNÉE

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EN vINGT-DEUx LEçoNs. -

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OUVRAGES NOUVEAUX.

CaiMiE ENsEIGNÉE EN 26 LEçoNs, et mise à la portée des gens


du monde, traduite de l'anglais sur la 9e édition, par M. PAYEN,
l'nn des auteurs du traité des réactifs, 2e édition ; 1 vol. in-12,
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« L'ouvrage que nous annonçons , mérite l'appui de tous les
» amis de l'industrie, il le mérite par la manière dont il est
» composé ; il rendra de grands services aux nombreux étu
5 diants d'une science dont l'utilité est généralement sentie et
qu'il importe de populariser». (FRANcoEUR, Rev. Encyc).
PHxs1qgE ENsEIGNÉE EN 2o LEçoNs et mise à la portée des gens
du monde, traduite de l'anglais, de l'auteur de la chimie ; un
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ASTRONOMIE
ENSEIGNÉE EN 22 LEçoNs,
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ExPL1 QUÉEs

" sANs LE SECoURs DEs MATHÉMATIQUEs,

Ouvrage traduit de l'anglais sur la treizième édition ;


PAR M. C.
ANCIEN ÉLÈvE DE DELAMBRE.

4 Gbition,
Revue, corrigée, et augmentée d'Observations extraites des
Ouvrages allemands de Schubert, de Schrœter, de Fries, etc.
r,

Les cieux racontent la gloire de Dieu.


PsAL.

PARIS,
AUDIN, QUAI DES AUGUSTINS, No 25.
URBAIN CANEL, PLACE ST-ANDRÉ-DES-ARCS, N° 3o.
PONTHIEU , PALAIS-ROYAL.

HENRI, rue Vivienne, N° 8.


ROUX-DUFORT , QUAI DEs AUGUSTINs, N° 47.

1825
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GLOSSAIRE
-

DES NOMS ET DES TERMES ASTRONOMIQUES

DONT ON s'EsT SERVI DANS CET OUVRAGE.

A.

Aberration, mouvement apparent de tous les corps


célestes, produit par le mouvement progressif, mais
en sens contraire, de la lumière, concurremment
avec le mouvement annuel de la terre dans son or
ºº
bite, C'est au célèbre astronome anglais Bradley que
" nous en devons la connaissance.
#.
Accélération diurne des étoiles fixes, temps que les
étoiles, dans une révolution diurne , anticipent sur
la révolution diurne moyenne apparente du soleil,
qui est de 3 55" 9. Voyez l'explication de ces signes,
articles signes.
- d'une planète. On dit qu'une planète se trouve
accélérée, lorsque son mouvement diurne réel ex
cède son mouvement diurne moyen.
de la lune. Ce terme est employé pour expri
· mer l'augmentation du mouvement moyen de la
· lune dans son écart du soleil; ce mouvement est un
peu plus grand maintenant qu'il ne l'était jadis.
Acronique, se dit d'une étoile ou d'une planête, lors
qu'elle est au côté opposé du ciel par rapport au
· soleil. Une étoile se lève acroniquement, lorsqu'elle
se lève avec le soleil couchant, et se couche acronique
ment lorsqu'elle se couche avec le soleil levant.
8 GLOSSAIRE.

Aire, se dit de l'espace parcouru par le rayon vecteur,


en un temps donné; les aires sont toujours propor
, tionnelles aux temps -

Aimicantaras, nom arabe qui indique de petits cercles


de hauteur, parallèles à l'horizon.
Amplitude, arc de l'horizom compris entre les vrais
points de l'orient ou de l'occident, et le centre du
soleil ou d'une étoile, à son lever ou à son coucher.
L'amplitude est de deux sortes, ortive ou orien
tale, et occidentale ou occase; les amplitudes orien
tale et occidentale, s'appellent tantôt septentrionale,
tantôt méridionale, selon qu'elles tombent dans lessi
gnes septentrionaux ou méridionaux. Les signes sep
tentrionaux sont le Bélier, le Taureau, les Gémeaux,
l'Écrevisse, le Lion, la Vierge. Les signes méridionaux
sont la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capri
- corne, le Verseau, les Poissons.
Angle, inclinaison de deux lignes ou de deux plans qui
se rencontrent en un point ou en une ligne ; leur
mesure est donnée par l'arc du grand cercle compris,
et décrit du sommet comme centre de circonférence ;
cette mesure est toujours moindre que 18o°, car,
dans ce dernier cas, les deux lignes se joindraient en
une seule, pour former un diamètre. " -

Les lignes qui tracent l'angle se nomment côtés


de l'angle, et le point où ces lignes se rencontrent
s'appelle sommet.
On nomme angle droit, celui qui a pour mesure
9o° ou un quart de la circonférence d'un cercle
(Pl. 2, fig. 7.A.).
| L'angle aigu comprend un arc qui a moins de 9o°,
tel que l'angle B. •
L'angle obtus comprend un arc qui a plus de 9o°,
comme l'angle C. En général, on distingue des angles
dont les côtéssont des lignes droites quiappartiennent
à la trigonométrie rectiligne, et ceux dont les côtés sont
des arcs de grand cercle, qui sont du domaine de
la trigonométrie sphérique. Comme toute l'astrono
- < • GLOSSAIRE. 9
mie est bâsée sur cette dernière étude, c'est toujours
de cette dernière espèce d'angles ou de triangles que
' l'on entend parler.
Tout angle se mesure par l'arc du cercle qu'il com
prend entre ses côtés, et dont le centre est le som
met de l'angle même; ainsi l'angle a C b(fig. 8 ) est
comme l'angle ACB d'un quart de cercle; d'où il
suit que la grandeur d'un angle ne dépend pas de la
longueur de ses côtés, mais de leur ouverture. .
Angle de commutation. Il est formé au soleil par deux
lignes, dont l'une est menée de la terre, et l'autre du
| lieu de l'écliptique où la planète a été réduite, et qui
| se rencontrent toutes les deux au centre du soleil.
Angle d'élongation, angle formé par deux lignes tirées
de la terre, l'une vers le centre du soleil, et l'autre
vers une planète; c'est donc la différence entre le lieu
du soleil et le lieu géocentrique de la planète.
Angle d'évection, inégalité dans le mouvement de la
lune, par laquelle elle est, près de ses quadratures,
attirée hors de la ligne menée du centre de la terre à
celui du soleil, comme lorsqu'elle est dans les syzi
gies; la plus grande valeur de cet angle est de 1° 2o/.
C'est à Ptolémée que nous en devons la première ob
SerVatlOn. - - -

Annuel, ce qui revient ou se renouvelle au bout de


l'année. ° . - -

( argument), arc de l'écliptique compris entre


le lieu du soleil et celui de la lune apogée. |
- (épacte), excès de l'année solaire sur l'année
lunaire; sa valeur est de 1oi 2oº 1 1/, ou près de -
1 1 jours, ce qui montre que le changement de la
lune avance de cette quantité, sur l'époque de son
changement de l'année précédente, quel que soit le
mois où cela ait lieu. -

Anomalistique (année), temps qui s'écoule depuis le


départ du soleil de son apogée, jusqu'à son retour
apparent au même lieu; cette année est de 365i6"
13/58/r. ·
16) cLossAIRE.
Anomalie, distance d'une planète exprimée en degrés,
minutes et secondes, du lieu de son aphélie ou apo
gée, c'est à dire l'angle que forme avec la ligne de
l'apogée, une autre ligne à l'extrémité de laquelle la
| planète se trouve réellement.
Anses, parties proéminentes de l'anneau de Saturne,
que l'on voit des deux côtés du corps de cette pla
nète.Aujourd'hui que l'on connaît la véritable cause
de leur formation, on ne sè sert plus de cette expres
sion, on y substitue les bords oriental ou occidentat
de l'anneau. Dans l'origine de l'invention du télesco
pe, ces anses ont occupé, pendant près d'un siècle,
tous les astronomes de l'Europe pour en déterminer
, la nature.
Antarctique (cercle) petit cercle parallèle à l'équateur
et distant du pôle sud de 23° 281. Cette distance n'est
pas toujours la même : comme elle est marquée par
l'inclinaison des pôles de l'écliptique sur les pôles du
monde, elle sera nécessairement nulle , lorsque ces
deux grands cercles de la sphère se correspondront;
car alors leurs pôles ne formeront qu'un même point;
, la diminution de cette distance est donc de la même
quantité que celle de l'équateur sur l'écliptique. Voy.
écliptique.
Antarctique (pôle), le pôle sud ou l'extrémité méri
dionale de l'axe de la terre.
Antécédent, terme dont on se sert pour signifier qu'une
planète se meut d'une manière rétrograde , ou con
traire à l'ordre des signes, c'est à dire de l'est à
l'ouest. -

Antipodes, peuples qui habitent deux lieux diamétra


ment opposés; la différence de leur longitude est de
18o°, et les uns ont la même latitude vers le nord
que les autres vers le sud.
Aphélie, point de l'orbite de la terre ou d'une planète,
qui est la plus grande distance du soleil.
Apogée , point de l'orbite de la lune, où ce satellite se
-
| | # :
GLOSSAIRE. - fr

trouve à la plus grande distance angulaire de la


terre.
Apparent. On se sert de ce terme toutes les fois qu'un
objet est visible à l'œil ou évident à l'esprit.
(conjonction des planètes). Elle a lieu lors
qu'elles ont la même longitude géocentrique. La
conjonction apparente de la lune avec tout autre
corps céleste, est leur conjonction vue de la surface
-- de la terre. º

(diamètres des corps célestes), est leur diamêtre


angulaire, vu de la terre, et mesuré au moyen d'un
instrument nommé micromètre, que l'on adapte aux
lunettes.
(distance). Lorsqu'on se sert de cette expres
sion en parlant de deux corps célestes, on indique
leur distance angulaire vue de la terre
(horizon), cercle qui sert de borne à notre vue,
et dont le plan est parallèle à l'horizon vrai, passant
par le centre de la terre. -

Appulse, approche angulaire de deux corps célestes l'un


de l'aute, de manière à être vus, par exemple, dans
le champ d'une même lunette.
Apsides, deux points des orbites des planètes ou des
satellites qui sont à la plus grande et à la plus petite
distance du centre de leurs mouvemens; la ligne qui
joint ces deux points, et qui passe par conséquent
par ce centre, se nomme la ligne des apsides. On a
« donné des noms particuliers à ces points; celui qui
est le plus rapproché du centre, se nomme périhélie,
et celui qui en est le plus éloigné, aphélie. Dans les
mouvemens des comètes, le périhétie, se trouve sou
vent très rapproché du soleil, tandis que l'aphélie
est probablement aux confins du système solaire.
Arc, portion de cercle, dont les divisions sont toujours
correspondantes à celles de cette courbe : par exem
ple, la latitude et la déclinaison sont des arcs du méri
dien et du vertical, et la longitude est l'arc de l'équa
teur compris entre les deux cercles de déclinaison,
T2 GLOSSAIRE,

· Arc de direction, est celui qu'une planète paraît décrire


- lorsque son mouvement est direct ou progressif.
de rétrogradation, celui que la planète décrit
dans son mouvement contraire à l'ordre des signes,
ou de l'est à l'ouest. -

Arctique (cercle) petit cercle de la sphère qui envi- .


- ronne le pôle nord ou arctique, dont il est éloigné
de 23° 28'; il passe par le pôle de l'écliptique; ce *

cercle et celui qui lui est opposé, se nomment encore ,


cercles polaires.Voyez antarctique.
Argument, arc donné, par lequel on trouve un autre
arc qui lui est proportionnel. -

de latitude, arc de l'orbite d'une planète, com


| pris entre le nœud ascendant et le lieu de la planète
vue du soleil, suivant l'ordre des signes.
| Armillaire, nom donné à une sphère artificielle, qui re
présente les différens cercles des systèmes du monde.
Voyez la pratique de cet instrument, aux problèmes
astronomiques de l'appendice.
Ascendant, étoile, degré, ou lieu quelconque du ciel
qui s'élève au-dessus de l'horizon. -

(latitude), latitude de la lune ou d'une pla


nète, lorsqu'elle passe vers le nord.
—— (nœud), point de l'orbite d'une planète ou elle
fait intersection avec l'écliptique. Lorsque ce nœud
monte vers le nord, il est marqué ZS ; quand il passe ,
I
au sud, on le marque par le caraetère S2.
- - - •
. -

Ascension.Voyez oblique et droite. -

Ascensionnelle (différence), différence qui existe entre


' l'ascension droite et l'ascension oblique, ou la des
cension : ou bien encore, intervalle de temps qui
s'écoule entre le lever et le coucher du soleil avant ou
après six heures. .
· Astrolabe, projection sténographique de la sphère sur le
plan d'un desesgrands cercles. L'astrolabe marine est
un instrument avec lequel on mesure la hauteur du
| soleil et des autres étoiles. -
Astronomie, vient des mots grecs astron, étoile , et

-- -------- - - -
GLossAIRE. . · 13
· nomos, loi; c'est la science par laquelle on enseigne
les mouvemens, les grandeurs, les distances, etc., etc,
des corps célestes.
Atmosphére, nom de ce fluide élastique invisible qui
| environne notre globe de toutes parts, et qui cause
les réfractions de la lumière; elle est composée de
nuages qui interceptent la plus grande partie des
rayons solaires. -

Attraction. Suivant la philosophie newtonienne, c'est


ce principe inné de la matière, par lequel les corps
sont supposés tendre naturellement les uns vers les
autl'eS. · -

Aurore boréale, sorte de météore de couleur pâle, que


l'on voit souvent dans les parties boréales du ciel; on,
pense avec raison que ce phénomène est dû à l'élec
tricité. -

Austral ou méridional, nom donné aux six signes du


zódiaque qui sont au midi de la ligne équinoxiale.
Automne, troisième quartier de l'année qui commence
lorsque le soleil entre dans la balance, ce qui a lieu
vers le 21 et le 22 septembre, lorsque les jours sont
égaux aux nuits. -

Automnal (équinoxe). Cet équinoxe a lieu vers le temps


où le soleil entre dans la Balance, ou le point des
cendant de l'écliptique appelé aussi le point d'au
tomne.Les signes de la Balance, du Scorpion et du
Sagittaire, sont nommés les signes de l'automne. L'é-
quinoxe d'automne se marque par le signe ='L.
Axe du monde, ligne imaginaire qui passe par le centre
de la terre, et s'étend des deux côtés vers la sphère
des étoiles fixes, autour duquel celles-ci paraissent
décrire leurs révolutions diurnes, par suite du mou
ment de la terre sur son propre axe. -

Axes des cercles de la sphère, lignes droites que l'on


suppose menées par leurs centres, perpendiculaire
ment à leurs plans. - -

Azimut des corps célestes, est l'arc de l'horizon compris


v4 eLossAIRE.
entre le méridien et le cercle vertical passant par le
corps dont il est question. - -

Azimutal (compas), instrument qui sert à trouver


l'azimut magnétique, ou l'amplitude d'un corps cé
leste.
) B.

Baromètre. Cet instrument sert à mesurer le poids de


l'atmosphère et ordinairement à prédire les change
mens du temps; on l'emploie avec le plus grand avan
tage pour mesurer la hauteur des montagnes, et pour
corriger la variation de la réfraction, qui provient du
changement de densité dans les couches atmosphé
riques. |

Bissextile (année). Cette année est composée de 366


jours, et arrive tous les quatre ans. On ajoute un
jour tous les quatre ans, parceque l'année tropique
excède l'année civile de six heures à peu près. Pour
trouver l'année bissextile on divise le nombre qui
exprime l'année donnée par quatre, et, s'il n'y a au
cun reste, cette année sera bissextile : par exemple,
1818, divisé par 4, donne le quotient 454, le reste
2 indique que 1818 est la seconde année après l'an
née bissextile, et que cette dernière se renouvellera
en 182o. |

Boréal, nom qu'on donne aux objets qui se trouvent


au nord de la ligne équinoxiale; par exermple, aux
signes du Bélier, du Taureau, des Génneaux, du
Cancer , du Lion et de la Vierge. -

•• C.

Cadran, instrument qui sert à marquer l'heure au


moyen de l'ombre d'un style, projetée par le soleil.
Calendrier, catalogue qui indique le retour de toutes
les fêtes, tant mobiles qu'immobiles. Il y a diffé
rentes espèces de calendriers adaptés aux usages va
-
#-
-
| .
# \.
GLOSSAIREv * 15
riés de la vie, savoir : le calendrier romain , le ca
lendrier julien, le grégorien, le réformé, et le calen
# drier français ou perpétuel.
Cardinal. On nomme plus particulièrement points car
dinaux ceux du nord, de l'est, du sud et de l'ouest
de l'horizon. -


On nomme encore signes cardinaux ceux du
Bélier, du Cancer, de la Balance et du Capricorne.
• Les commencemens de ces signes se trouvent dans
les points cardinaux de l'écliptique. -

Carré d'un nombre. Nombre multiplié par lui-même ;


ainsi 1oo est le carré de 1o puisque 1o fois 1o font
l OO. -

Centrifuge, force par laquelle tous les corps qui se meu


vent autour d'un corps central, tendent à s'échapper
* par la tengente.
Centripète, force par laquelle un corps, en mouvement
- autour d'un autre, tend à y tomber et à s'unir à lui ;
cette dernière force et la force centrifuge, agissant
toutes les deux sur les planètes, obligent celles-ci
à décrire des courbes elliptiques, et non circulaires.
Ces ellipses sont, si l'on peut s'exprimer ainsi, le
moyen mécanique que la nature a enployé pour
maintenir la marche constante des mouvemens des
corps célestes.
Charles (cœur de), nom donné à une étoile de 4°
grandeur, placée sous le grand carré de la Grande
Ourse, en l'honneur du roi anglais Charles II.
Cercle, figure plane terminée par une circonférence,
dont tous les points sont également distans d'un
point intérieur qu'on nomme centre; toutes les
lignes, tirées de ce centre à la circonférence, sont
, par conséquent égales : on les appelle rayons
(Planche 2, fig. 3 et 7). ,
On divise tout cercle en 36o parties égales, que
l'on nomme degrés ; chaque degré se divise en 6o
minutes, et chaque minute se divise à son tour en
6o secondes. Voyez le mot signes,
16 #. ' GLOSSAIRE.

Cercles de la sphère. On nomme ainsi les cercles dont


les plans passent par le centre de la sphère, et dont
· les circonférences sont à la surface : dans ce cas, ce
sont de grands cercles; quand le point ne passe point
par le centre, alors ce ne sont que de petits cercles.
On en compte ordinairement dix, dont six grands
et quatre petits, savoir : l'équateur, l'écliptique,
l'horizon, le méridien, et les deux deux colures; les
petits sont les deux tropiques et les deux cercles .
polaires. - - ! •-#- ,.

de hauteur Voyez vertical. -

d'illumination, cercle imaginaire qui partage


- l'hémisphère éclairé de la terre de l'autre hémisphère
qui est dans l'obscurité. -

de latitude ou cercles secondaires de l'éclipti


que céleste, grands cercles perpendiculaires à l'éclip
tique, et qui font intersection à ses pôles. .
de longitude. Voyez ce dernier mot.
—— d'apparition perpétuelle, petits cercles paral
lèles à l'équateur, et touchant l'horizon visible à un
point donné. ·
— d'occultation perpétuelle , petits cercles égale
ment parallèles à l'équateur, mais qui touchent l'ho
rizon inférieur, et ne se montrent jamais à nos
yeux. - -
—— de position , grands cercles de la sphère, pas
sant par l'intersection commune du méridien et de
- l'horizon, et par un degré de l'écliptique au centre
de la planète ou de l'étoile. -

Ciel, étendue considérable où les étoiles, les planètes e


les comètes semblent fixées, et dans laquelle elles
accomplissent leurs révolutions immenses. Cette der
nière expression ne doit s'appliquer qu'aux planètes
et aux comètes, car on doit jusqu'à p ésent consi
- dérer les étoiles, comme des corps fixes, qui ne sont
doués d'aucune espèce de mouvement. , .
Circulaire (vélocité), rapidité d'un corps mis en mou
vement, et mesuré par un arc d'écliptique.

•*
• CrossAIRE. 17
Circompolaires (étoiles). Ce sont celles qui semblent
: tourner journellement autour du pôle nord, sans
s'abaisser au dessous de l'horizon,pour les différens
pays de l'Europe. -

Civil (jour), espace de temps accordé pour les usages


| ordinaires de la vie civile ; ce temps est différent
parmi les nations : il est le plus ordinairement divisé
· en vingt-quatre parties égales qu'on nomme heures.
, — (mois). C'est celui qui est donné par les alma
nachs ordinaires. . -

(année). On nomme ainsi l'année marquée


par le gouvernement, pour servir à l'usage général
des peuples.
Colures, nom donné à deux grands cercles de la
| sphère, qui font ensemble une intersection à angle
· droit, aux pôles du monde, et qui divisent l'éclip
tique en quatre parties égales, pour marquer les
quatre saisons; le colure qui passe par le Bélier
et la Balance, est nommé colure des équinoxes; l'au
tre qui passe par le Cancer et le Capricorne se nom
me colure des solstices.
Comète, corps céleste qui se meut dans toutes les di
rections possibles des cieux, et dans une orbite
excessivement alongée; de là la cause de sa disparition
pendant un espace de temps plus ou moins considé
rable, suivant la distance à laquelle ce corps se trou
ve, lorsqu'il parcourt l'apogée de son orbite. -

Complément d'un arc ou d'un angle, nombre de de


grés qui manquent à un arc ou un angle quelconque,
pour valoir 9oº; ainsi on dit, le complément de la
hauteur d'une étoile, qui est égale à sa distance zé
nithale ; le complément de la latitude, ou la décli
naison, qui est égale à la distance polaire.
Conyonctions de deux corps célestes; elle a lieu lorsque
ces deux corps ont le même degré de longitude.
- Pour que deux astres soient en conjonction, il •.

n'est pas nécessaire que leur latitude soit la même, il


suffit qu'ils aient la même longitude.
*,
I8 GLOSSAIRE.

·Si deux astres se trouvent dans le même degré de .


longitude et de latitude, une ligne droite tirée du
centre de la terre par l'un des astres passera par le
centre de l'autre. La conjonction alors s'appelera cen
trale ou vraie, et il y aura éclipse. Lorsqu'une ligne
droite, que l'on suppose passer par le centre de deux
astres ne passe que par le centre de la terre, mais
par l'œil de l'observateur, l'on dit que la conjonction
est apparente.
Cône, solide engendré en faisant tourner un triangle
sur un de ses côtés. (Pl. 2, fig. 21). ·
Constellation. On indique ainsi un nombre donné
d'étoiles contenues dans une même figure, comme
Ie Lion, l'Aigle, l'Ourse, etc. On ne doit point penser
· qu'un groupe d'étoiles représente la figure indiquée
par son nom ; il suffit que ces noms nous fassent
classer et distinguer les étoiles; pour l'explication des
noms mêmes, on est forcé de recourir aux mytholo
gies égyptienne et grecque.
Corde, se dit de la ligne qui se termine à deux points
de la circonférence, sans passer par le centre (Pl. 2,
fig. 4. F G.).
Cosmiques (lever et coucher. ) Ils ont lieu lorsqu'une
étoile se lève ou se couche au moment du coucher
du soleil. . -

Coucher d'une étoile, se dit de la disparition au-des


sous de l'horizon occidental.
Crépuscule et aurore. Ces expressions servent à indi
· quer la fin et le commencement du jour, que l'on
voit avant le coucher et le lever vrais du soleil, ils sont
dus à la réfraction des rayons solaires parl'atmosphère
terrestre. Voyez réfraction.
Cube d'un nombre, est un nombre multiplié deux fois
par lui-même; ainsi 1oo est le cube de Lo, puisque
1 o fois 1 o font 1oo, et que 1o fois 1oo font 1ooo.
Culmination, transit ou passage d'une étoile sur le mé
ridien.
'Cycle, certaine période de temps pendant laquelle les

- - --

- ------ . - ---
GLOSSAIRE. 19
mêmes mouvements, les mêmes révolutions recom
mencent; c'est donc un espace périodique de temps.
- Cycle d'indiction ou indiction romaine. Ce cycle n'a
aucun rapport avec les mouvemens célestes; c'est une
période de 15 jours. Pour trouver ce cycle, on ajoute
3 à l'année donnée, et on divise la somme par 15; le
reste est l'indiction.
de la lune, ou cycle lunaire,période de 19 ans
pendant laquelle les nouvelles et pleines lunes re
viennent à peu près aux mêmes jours que 19 ans au
paravant : ce cycle est appelé nombre d'or, parce
| -à.
que, lors de son invention, les Grecs assemblés aux
jeux olympiques, décidèrent que les chiffres qui l'ex
priment seraient gravés en cararactères d'or. Voyez
nombre d'or.
solaire, période de 28 ans, après laquelle les
jours des mois reviennent encore aux mêmes jours
des semaines. Voyez solaire.
ID
|

Déclinaison, distance du soleil, de la lune et des étoi


les, au point équinoxial nord ou sud.
(cercles de), grands cercles perpendiculaires à
l'équateur et passant par les pôles.
Degré, 36o° partie de la circonférence du grand cercle,
et la 3o° partie d'un signe de l'écliptique : il est mar
qué par un °.
Deneb, terme arabe qui signifie queue, c'est le nom de
plusieurs étoiles fixes.
Dépression du pôle, indique lesquantités dontil avance
vers l'équateur. -
du soleil ou d'une étoile, distance verticale
d'un de ces corps au-dessous de l'horizon.
Descendant (nœuds), point de l'orbite d'une planète
où elle coupe l'écliptique, en passant vers le sud; on
marque ce nœud par ce caractère (5.
Diamètre, ligne droite qui passe par le centre d'un
2o GLOSSAIRE.

cercle, et dont les extrémités aboutissent à la circon


férence. (Planche 2, fig. 4, C B ) On considère prin
cipalement en astronomie, les diamètres de l'orbite
terrestre ou de l'écliptique et ceux de la terre , enfin
des principales planètes et de leurs orbites.
Disque, surface visible du soleil ou de la lune.
— de la terre, différence qu'il y a entre la paral
laxe horizontale du soleil et de la lune ; on se sert de
ce terme dans les calculs des éclipses solaires.
Distance du soleil, de la lune et des planètes, distan
ces réelles de ces corps ; elles sont trouvées par les
parallaxes. - - * -

—— accourcie d'une planète à la terre ou au soleil,


distance de la terre ou du soleil, au point où une
perpendiculaire, passant par la planète , coupe l'é-
cliptique. -

Diurne, ce qui appartient ou est relatif au jour.


— (arc ), l'arc décrit par les corps célestes, depuis
leur lever jusqu'à leur coucher apparens. -

Diurne (mouvement). Ce mouvement est indiqué par


· le nombre de degrés, de minutes et de secondes,
qu'un corps céleste parcourt en 24 heures. - -

(mouvement) de la terre, se dit de sa rotation


journalière sur son axe. Ce mouvement fait donc
parcourir à peu près 375 lieues à tous les points de
l'équateur, en une heure de temps.
Doigt, douzième partie du diamètre du soleil ou de la
lune; on se sert de cette expression dans les calculs
des éclipses de ces corps, pour en marquer la gran
deur. , - - -

Dominicales (lettres). On a l'habitude, dans les alma


nachs de marquer les dimanches de toute l'amnée par
une lettre majuscule prise dans une des sept pre
mières lettres de notre alphahet; voici comment il
faut s'y prendre pour trouver la lettre dominicale
d'une année : par exemple, pour 182o, 2o + # +
2 = 27, ce nombre divisé par 7 = 3 six septièmes,
et 7 divisé par 6 = 1 : ce qui donne la lettre A ou la
GLOSSAIRE, 2f

première lettre (1) comme 182o est une année bis


sextile, cette lettre est la dominicale depuis la fin de
février jusqu'à la fin de l'année; mais depuis le com
mencement de l'année jusqu'a la fin de février, la
lettre dominicale est B; de sorte que cette année 182o
a les deux lettres dominicales A et B. -

Droite, (ascension d'unastre ). C'est la distance comptée


selon l'ordre des signes, depuis le point de l équa
teur, qui est un commencement du Bélier, jusqu'au
- point de l'équateur , qui se lève en même temps que
l'astre. L'ascension droite et l'intervalle compris en
tre le commencement du Bélier et le point de l'équa
teur, qui se lève dans la sphère droite, ou qui passe
par le méridien en même temps que le soleil ou une
étoile. Cet intervalle étant connu et converti en temps
à raison de 15 degrés par heure, si l'étoile a 3o de -
grés d'ascension droite de plus que le soleil, elle pas
sera deux heures après, c'est à dire à deux heures de
l'après-midi. #

(sphère) celle où l'équateur et ses parallèles


coupent l'horizon à angles droits.
E.

Eclipse, phénomène occasioné par l'interposition d'un

(1) Explication des signes.


Le signe -- signifie plus, c'est le signe de l'addition ; ainsi
4 -- 3 signifie 4 plus 3 ; c'est à dire qu'il fant ajouter le nom
bre 3 à 4. -

Le signe — signifie moins , c'est le signe de la soustraction ;


ainsi 7 — 4 signifie 7 moins 4 ; c'est à dire qu'il faut retrancher
le mombre 4 du nombre 7. -

Le signe x signifie multiplié par, ainsi 4 X 3 désigne qu'il


faut multiplier 4 par 3 ou 3 par 4.
Le signe = signifie est égal; ainsi cette expression 4 = 4 si
gnifie 4 égale 4 ; c'est le signe de l'égalité.
22 GLOSSAIRE.

corps opaque entre notre œil et un corps qui nous


envoie ses rayons de lumière; les différentes espèces
d'éclipses sont expliquées dans le courant de cet ou
vrage, comme on peut s'en convaincre par l'inspec
- tion de la table des matières.
Écliptique, grand cercle de la sphère, que décrit la terre
dans son mouvement annuel autour du soleil ; on le
nomme aussi orbite terrestre : le plan de l'équateur
terrestre est incliné de près de 23° 28 sur celui de
l'écliptique, dans ce siècle; si cette inclinaison dimi
nuait toujours, il arriverait nécessairement une épo
que où l'équateur et l'écliptique coïncidraient en
semble; alors il y aurait un printemps perpétuel,
puisque le soleil décrirait l'équateur; mais cet état de
choses ne pourrait durer très long-temps. Le célèbre
géomètre Laplace a même démontré que cette con
jonction de l'écliptique et de l'équateur ne peut avoir
lieu, et que le balancement d'un des cercles sur l'au
tre ne saurait excéder les limites de 2 à 3 degrés.
Élévation du pôle ou d'une étoile, hauteur exprimée en
degrés et parties de degrés, au-dessous de l'horizon.
Ellipse, cercle alongé qu'on nomme aussi ovale (Pl. 2,
fig. 9.). La ligne qui partage la figure dans sa lon
gueur se nomme grand axe, AB; celle qui est en
travers s'appelle petit axe, CD. Le point G, où les
· deux lignes se croisent est le centre de l'ellipse et les
deux points F, f, placés sur le grand axe à égale di
stance de ce centre, se nomment foyers, la distance F
f, qui se trouve entre les deux foyers est l'excentricité.
Émersion d'un corps céleste, se dit lorsqu'après avoir
été éclipsé, ce corps paraît de nouveau en se déga
geant de l'ombre ou du corps qui le cachait; c'est le
cas où se trouvent les satellites de Jupiter, de Saturne,
et d'Herschel. La lune, dans ses occultations d'étoiles,
· cause aussi leur émersion en s'éloignant d'elles, par
son mouvement propre combiné avec celui de la
terre.

Éphéméride, nom donné aux tables astronomiques,


, GLOSSAIRE, 23
qui contiennent les calculs des lieux des corps célestes,
de leurs mouvemens, etc, jour par jour. Les meil
leurcs éphémérides connues sont sans contredit la
Connaissance des Temps, que publie le bureau des
longitudes de Paris, et l'Almanach nautique, publié
à Londres. Ces deux ouvrages paraissent tous les ans.
-- Epicycle, petit cercle inventé par les anciens astronomes,
" et dont le centre est un point de la circonférence
d'un plus grand cercle : il servait à expliquer les sta
tions et les rétrogradations des planètes. Le grand
cercle dans la circonférence duquel l'épicycle a son
centre, est l'excentrique de la planète. Le système na
turel de Copernic a fait tomber entièrement celui des
. épicycles. " *
Equation du centre. Voyez annuel.
• --- du moyen mouvementde la lune. Cette équation
dépend de la situation de l'apogée lunaire et de ses
nœuds, relativement au soleil.
au temps est la différence entre le temps vrai ou
apparent et le temps moyen ou égal.
Il y a plusieurs sortes d'équation :
quation ( du temps), différence entre le temps vrai
ou apparent et le temps moyen ou uniforme, c'est à
dire la réduction du point inégal apparent; mesuré
par le mouvement inégal du soleil, à un temps qui
serait mesuré par un mouvement moyen, égal et
uniforme. L'équation du temps est d'environ une
demi-heure 16/ 18/7 en avance, et 14/ 37" en re
tard. Les variations du mouvement apparent ou
journalier du soleil, qui rendent les jours astrono
miques inégaux, proviennent de deux causes : l'iné
galité du mouvement propre du soleil dans une orbite
elliptique dont cet astre occupe un des foyers, etl'obli
quité de l'écliptique, produisent leurs différences. Le
temps vrai est donc inégal comme le mouvement du
soleil ; c'est celui marqué par une méridienne ou un
bon cadran solaire, et le temps moyen ou uniforme *
est celui marqué par une excellente pendule bien ré
-
24 . · · GLossAIRE.
glée; de sorte que le midi de la pendule sera tantôt
en avance sur celui du soleil, et tantôt en retard ;
" mais l'équation sera nulle le 15 avril, le 16 juin, le 3 1
, août et le 25 décembre. -

AEquation, en astronomie, exprime souvent la différence


entre le mouvement réel d'une planète et celui qui est
mesuré par un mouvement moyen et uniforme. On
l'appelle quelquefois équation du centre. Képler la - !
divisait en équation optique et en équation physique;
il démontra en 1619, que le mouvement des pla
nètes dans leurs orbites, ne devait pas seulement pa
raître inégal à cause de leur différente distance du
soleil, mais qu'il l'était en effet.A l'apogée la planète
va moins vite, au périgée elle va plus yite.
L'équation du centre n'est pas la seule inégalité à
laquelle le mouvement des planètes soit sujet, il est
encore d'autres inégalités qui viennent principalement
de l'action mutuelle que les planètes exercent les unes
sur les autres, ou de celles que le soleil exerce sur
les satellites. C'est principalement dans la lune que
ces équations sont sensibles.
Équatorial (cercle), instrument très utile en astrono
mie pour prendre des hauteurs, l'azimut, l'ascension
droite, etc. des corps célestes. # -

Équinoxial, nom donné au cercle céleste qui sur la


terre, répond à l'équateur; c'est un des grands cercles
de la sphère, dont les pôles sont les pôles du monde. .
Voyez écliptique. - -

— ( colures ). Voyez colures. -

— (points). Ces points sont le Bélier et la Balance:


lorsque le soleil paraît décrire ces deux signes; il est
, nommé équinoxial. · -#-
Ere ou Epoque, point fixe du temps d'où l'on part
pour compter les années suivantes ou celles qui ont ,
précédé. .
Est, nom d'un des points cardinaux ; c'est ce pbint où
, le soleil paraît se lever aux équinoxes.
Etendue. La ligne est une étendue en longueur; la sur
GLOSSAIRE. 25
face est une étendue en longueur et en largeur, et le
corps est une étendue en longueur, largeur et profon
, deur (Pl. 2, fig. 2o.).
Étoiles; corps lumineux la nuit, et fixes, qui paraissent
attachés à la voûte céleste. Elles sont divisées en
groupés qu'on appelle constellations; chaque étoile
étant marquée par une lettre ou un chiffre, sur les
cartes, on peut par ce moyen trouver de suite sa cor
respondante dans le ciel. -

- informes, non ancien des étoiles qui n'étaient


pas comprises dans les différentes constellations et qui
n'en faisaient pas partie; les astonomes modernes en
ont fait des constellations nouvelles. -

Évection.Voyez angle d'évection.


Excentrique. Voyez annuel et anomalie.
Excentriques , deux ou plusieurs circonférences, enga
* gées les unes dans les autres, et qui n'ont pas le
même centre ( Pl. 2, fig. 15).
Excentricité, distance du centre aux foyers des orbites
elliptiques des planètes.
4'
F. º

-* *.

Facules, nom donné à certaines taches plus éclairées,


que l'on voit souvent sur le disque du soleil. -

Fixes. On donne le nom de signes fixes du zodiaque au


Taureau, au Lion, au Scorpion, et au Verseau, par
ceque les saisons paraissent plus fixes lorsque le soleil
passe dans ces signes que dans tout autre temps de
l'année. . -

- (étoiles), celles qui ne paraissent pâs changer


leur position relative , ou leurs situations les unes à
l'égard des autres; le nom d'étoiles fires leur a été
donné pour les distinguer des planètes et des comètes.
Voyez étoiles.
G.

Falaxie, nom de cette grande tache blanchâtre qui

**--** -- | ---
- -- ----- - - --- -- ------- --
26 &LOSSAIRE,

paraît environner le ciel de toutes parts; on l'appelle


aussi voie lactée; on l'aperçoit très bien pendant les
nuits obscures, pendant l'abscence de la lune. Le doc
teur Herschel a trouvé que cette voie lactée consistait
en un nombre considérable de petites étoiles, et de ma
tières nébuleuses, impossible à distinguer sans le se
cours de très forts télescopes.
Géocentrique, se dit de la latitude géocentique d'une
planète, c'est à dire de sa latitude telle qu'elle paraît,
vue de la terre
Cette latitude est la distance à laquelle une planète
nous paraît de l'écliptique ; c'est l'angle que fait une
ligne qui joint la planète et la terre, avec le plan de
l'orbite terrestre, qui est la véritable écliptique : ou,
ce qui est la même chose, c'est l'angle que la ligne qui
joint la planète à la terre, forme avec une ligne qui
aboutirait à la perpendiculaire abaissée à la planète
sur le plan de l'écliptique.
-— (longitude ), ou le lieu géocentrique d'une
planète, est le lieu de l'écliptique auquel on rapporte
une planète vue de la terre; c'est la distance prise
sur l'écliptique, et suivant l'ordre des signes , entre
le lieu géocentrique et l'équinoxe ^)C.
Gibbeux ( bossu ), terme dont on se sert en parlant de
· la figure des parties éclairées de la lune, depuis le
temps du premier quartierjusqu'à la pleine lune, et de
puis celui de la pleine lune jusqu'au dernier quartier.
Gnomon, instrument fort employé par les anciens ,
pour trouver les hauteurs et les déclinaisons des
corps célestes.
Grandeur. Les étoiles fixes, suivant leurs grandeurs
apparentes ou leur éclat, sont divisées en grandeurs:
les plus brillantes sont dites étoiles de 1º grandeur,
puis celles de 2° et 3° grandeur; chacune d'elles est
marquée d'une lettre de l'alphabet grec ou romain ;
lorsque ces deux alphabets sont épuisés, on continue
de marquer les étoiles de la même constellation par
GLossAIRE. 27
des chiffres : ce qui donne aux cartes célestes les
moyens d'opérer la reconnaissance de l'étoile que
l'on voit au ciel, après s'être orienté.
Grégorien (calendrier), nom donné au calendrier ju
lien réformé, maintenant en usage dans presque
toutè l'Europe; il vient du pape Grégoire XIII, qui
ordonna ce changement.
( époque), temps où le calcul grégorien se fit
en premier lieu, c'est à dire en l'année 1582.
(télescope). L'ouverture de ce télescope.ré
flecteur se trouve dans le centre du grand miroir,
par lequel l'image est renvoyée à l'œil par le petit
réflecteur.Les objets, vus aux moyens de ce télescope,
ne peuvent pas être aussi distincts que dans les au
tres instrumens, et la cause en doit être attribuée à
l'ouverture qui est pratiquée dans le grand miroir,
qui en diminue par conséquent la force. .
—-- (année). On la nomme aussi année du nou
veau style; elle est maintenant en usage : cette
année consiste en 365 jours pendant trois ans consé
- cutifs, et en 366 jours le quatrième, de même que
dans la computation julienne ; mais comme celle-ci :
excède l'année tropique de près de 1 1' #, qui, au
temps du pape Grégoire XIII, s'élevait à 1ojours; il
ordonna de retrancher ces 1o jours de l'almanach; et,
pour prévenir une anticipation semblable pour le
futur , il fut convenu que les siècles dont le nombre
ne serait pas divisible par 4, seraient des années com
munes ; elles étaient bissextiles par le calendrier
julien.
, H.
".

Hauteur d'un corps céleste, arc du cercle vertical qui


se trouve entre ce corps et l'horizon. C'est donc l'an
gle compris entre la ligne menée parallèlement à
l'horizon et le rayon visuel qui vient de l'objet à .
l'œil de l'observateur.
Halo , nom du cercle lumineux dont le diamètre est
28 GLOSSAIRE.

quelquefois de 45°, et qui environne le soleil ou la


lune ; il est plus que probable que cette apparence
doit son origine à la réflection de la lumière occa
sionée par notre atmosphère : on voit.souvent ce
phénomène pendant les temps orageux. " º

Héliaque (lever ou coueher). On se sert de ce terme


pour indiquer lorsqu'une étoile se lève ou se couche
avec le soleil. On dit donc le lever héliaque d'une
étoile, lorsqu'on la voit immédiatement après sa con
jonction avec le soleil, et coucher héliaque, lors
qu'elle est comprise dans les rayons solaires jusqu'à
en être cachée.
Héliocentrique, est le nom que les astronomes donnent
· au lieu d'une planète vue du soleil, c'est à dire au
lieu où paraîtrait la planète si notre œil était dans
le centre du soleil; ou, ce qui revient au même, le
lieu ou la longitude héliocentrique, est le point de
l'écliptique auquel nous rapporterions une planète
si nous étions au centre du soleil. -

La latitude héliocentrique d'une planète est la dis- -


tance de la planète à l'écliptique, tel qu'on la ver
rait si l'on était dans le soleil, c'est l'angle de la ligne
menée par le centre du soleil, et le centre de la pla- -

nète avec le plan de l'écliptique.


Hémisphère, moitié d'un globe ou d'une sphère divisée
par un plan passant par son centre. L'équateur ou la
ligne équinoxiale divise la sphère en deux parties
égales, appelées suivant la dénomination des pôles
vers lesquels elles sont tournées.
Horizon, nom d'un grand cercle de la sphère qui divise
· les cieux en deux parties égales, appelées hémisphè
res supérieure et inférieure. Voyez apparent.
Horizontal, ce qui a du rapport à l'horizon , ou bien
qui lui est parallèle.
— (parallaxe ), se dit de la parallaxe d'un corps
,
lorsqu'il se trouve dans l'horizon. Voyez parallaxe.
*-.
-

- -
GLOSSAIRE, - 29
I.
º,

Immersion, commencement d'une éclipse ; on s'en


sert particulièrement en parlant des éclipses des sa- .
tellites de Jupiter. Lorsque le satellite entre dans
l'ombre de la planète, on dit qu'il est en immersion,
par opposition à l'émersion, qui est sa sortie de
l'ombre. Lorsqu'une étoile ou une planète est près
du soleil jusqu'à en être invisible, on la dit alors en
lmnl6I'S1Qn.

Inclinaison de l'orbite d'une planète; angle que forme


le plan de l'orbite de cette planète avec le plan de
l'écliptique ou l'orbite de la terre. Voyez Ecliptique.
Intersection, point où deux ou plusieurs lignes droites
ou courbes se croisent (Pl. 2, fig. 16 et 17). -

J.

Jour, partie du temps comprise entre les lever et cou


4
cher apparens du soleil. -

astronomique. Ce jour commence à midi et se


compte en 24 heures d'un midi à l'autre.
civil. Voyez ce dernier mot.
· · L.

Latitude, en géographie, est la hauteur du pôle, ou


bien c'est un arc du méridièn compris entre l'équa
teur et le zénith ; elle est nord ou sud, suivant que le
lieu se trouve au nord ou au sud de l'équateur.
— de la lune, distance perpendiculaire de ce sa
tellite du plan de l'écliptique; cette latitude est nord,
quand la lune est au nord de l'écliptique, et sud,
lorsqu'elle est au sud de ce grand cercle. La lune est
donc en ascension septentrionale depuis son nœud
ascendant jusqu'à ses limites nord, et en descension
septentrionale depuis ce dernier point jusqu'au
nœud descendant. De même, elle est en ascensione
méridionale depuis ses limites sud jusqu'au nœud
A - º ·
- -
-

3o GLOSSAIRE.
º,
-

ascendant, et en descension méridionale depuis le


nœud descendant jusqu'à ses limites sud. On peut en
dire autant de toutes les autres planètes. -

Lever d'un corps céleste, se dit de son apparition au


dessus de l'horizon oriental. Il est causé par le mou
vement de la terre sur son axe; mouvement qui se
fait en sens contraire au mouvement apparent des
corps célestes. -

Libration de la lune, s'entend des irrégularités appa


rentes et périodiques de son mouvement; cette libra
tion est cause que la même surface de la lune ne
nous est pas constamment opposée, ou tournée vers
la terre. -

Ligne, c'est la trace d'un point, glissé le long d'un


corps solide, quelle que soit d'ailleurs sa forme; on
distingue généralement deux sortes de lignes, la
droite et la courbe (Planche 2, fig. 1 et 2).
Limites d'une planète. On indique ainsi sa plus grande .
latitude héliocentrique. -

Longitudes des astres, distance au premier point du


Bélier, prise selon l'ordre des signes.Pour la mesurer,
on conçoit un grand cercle perpendiculaire à l'éclip
tique, qui passe par le centre de l'astre dont on cher
che la longitude; le point où le cercle coupe l'éclip
tique détermine la longitude de l'astre.
Lunaire (distance), terme dont on se sert en astrono
mie nautique, pour exprimer la distance de la lune -
au soleil ou à une étoile fixe; on se sert beaucoup de
|
cette distance dans le calcul des longitudes.
#
#
M. -

:
Macules, nom de taches noires que l'on voit fréquem
ment sur le disque du soleil. -

Marées, flux et reflux périodiques des eaux de la mer;


il est généralement reconnu aujourd'hui que les .
marées sont causées par l'action luni-solaire sur la
masse liquide de notre globe.
GLOSSAIRE. 31
JMéridien, nom d'un grand cercle de la sphère qui passe
par les pôles du monde. Ce cercle perpendiculaire à
l'équateur, sert à mesurer les latitudes des divers
pays en géographie ; car ces latitudes sont les arcs
de ce méridien, compris entre l'équateur et le paral
lèle qui passe par le lieu. Les pays qui ont le même
méridien , comptent tous la même heure : en avan
çant vers l'orient, on gagne sur le temps solaire ;
en procédant vers l'occident, on perd au contraire
dans la computation du temps; en faisant le tour en
tier du globe, on gagne ou on perd tout un jour,
suivant le point vers lequel on s'est dirigé. .
Micromètre, instrumentadapté aux lunettes et dont l'u-
sage est de mesurer des angles très petits, tels que les
diamètres des corps célestes.
Milieu du ciel, point ou degré de l'écliptique qui se
trouve au méridien en tout temps.
Mois, douzième partie de l'année.
lunaire, temps que la lune emploie à décrire
tout le cercle de l'écliptique; sa longueur est de
27i 7h 43'.
-- synodique, temps qui s'écoule entre deux con
jonctions du soleil et de la lune; il est de 29i 12"
44 3".
solaire, temps moyen du passage du soleil dans
un signe entier de l'écliptique, qui est de près de
3oi 1oh 29'. - - -

Mouvement angulaire, mouvement qu'ont les planètes


autour du soleil; on le dit encore du mouvement des
satellites autour des centres de leurs planètes pri
IIla ll'eS. -

Moyenne (anomalie) d'une planète, est sa distance


- angulaire de l'aphélie ou du périhélie, en supposant
que ce corps se meut dans un cercle.
-

(conjonction) du soleil et de la lune, se dit de


· la conjonction de leurs orbites.
( distance) d'une planète, est le diamètre trans
versal de son orbite.
2
· 32 GLOSSAIRE.

N. . #

Madir, point des cieux qui est opposé au zénith, direc


tement sous nos pieds. -

Nébuleuses, nom donné à ces étoiles télescopiques qui


' ont une apparence de petits nuages. -

Nocturne (arc), arc décrit par un corps céleste pendant


une nuit entière. - -

Nonagésimal (degré), le plus haut point de l'éclipti


tique au-dessus de l'horizon; il est par conséquent
égal à l'angle que forme l'écliptique avec l'horizon.
Nœuds, noms de deux points opposé où l'orbite d'une
planète fait intersection avec l'écliptique.
Nombre de direction, nombre qui n'excède pas 35; il
forme la limite du jour de Pâques, qui tombe tou
' jours entre le 2 1 mars et le 25 avril.
Nombre d'or ou cycle lunaire. Pour trouver le nombre
d'or, par exemple , pour 1 819; d'abord 1819-+ 1
= 182o ( 1819 plus 1 égalent 182o ); ce dernier
nombre divisé par 19 donne 95 et un reste 15, qui
est le nombre d'or demandé. -

Nord, nom d'un des quatre points cardinaux du monde,


opposé au sud; on détermine facilement ce point,
puisqu'à midi le soleil se trouve à peu près au sud
vrai de l'horizon. En traçant, à cette heure, une mé
ridienne, au moyen d'un fil à plomb, on aura une
ligne nord et sud parfaite.
Mutation de l'axe de la terre, espèce de mouvement de
libration , qui est cause que l'inclinaison de l'axe sur
le phan de l'écliptique est sujette à de petites varia
tions.
O
Oblique (ascension), point de la ligne équinoxiale qui
se lève avec un corps céleste, dans une sphère obli
6.
—- (descension), point de la ligne équinoxiale qui
se couche avec un corps céleste, dans une sphère
oblique. . - - -
G LC35 A IRE. 33
---- (sphère), position de la sphère, G ' l'équateur
*et ses parallèles coupent l'horizon obliquement.
--- (ligne), est celle qui est inclinée sur une autre,
avec laquelle elle forme deux angles, dont l'un est
aigu et l'autre obtus ( Pl. 2, fig. 1 1 ). -

Observatoire, nom du lieu ou de l'édifice où se font


d'ordinaire les observations célestes.
Occident, nom de la partie du monde où le soleil et les
étoiles semblent se coucher.
Occidental. On dit qu'une étoile est occidentale, lors
qu'elle se couche après le soleil. -

Occultation, éclipse momentanée d'une étoile ou d'une


planète, par l'interposition du corps de la lune, se dit
encore de l'éclipse des étoiles causée par les différentes
planètes de notre système.
Opposition, aspect des corps célestes, lorsqu'ils se trou
Vent à 18o° de distance les uns des autres.
Orbite, ligne courbe, suivant laquelle chaque planète
fait son mouvement autour du soleil. Les différentes
orbites ne sont pas toutes dans le même plan ; elles
sont inclinées plus ou moins, de manière à faire des
angles plus ou moins grands dans leurs intersections.
Comme on a l'habitude de tout rapporter à la terre,
on mesure l'inclinaison des orbites des différentes pla
nètes de notre système , sur celle de la terre, qu'on
nomme écliptique; c'est cette mesure qui est exprimée
dans tous nos livres d'astronomie. Ces angles d'obli
quité réciproque des orbites ne sont pas constamment
les mêmes. Ils varient de quelques fractions de seconde
par siècle. -

Orient, nom de la partie du monde où le soleil et les


étoiles semblent se lever.
Oriental. On dit qu'une planète est orientale, lorsqu'elle
se lève avant le soleil. -

Ortive
leste.(amplitude), amplitude orientale d'un corps
- - a · cé -

- - · ' P. - t - a -

-
| .. ,
Ponallaxe, angle formé au centre d'une étoile, par
•)

4 GTLGSSAIRE. ' #.

deux lignes, dont l'une est tirée du centre de la


terre,
surface. et l'autre, d'un point quelconque de sa
· •

Parallaxe de hauteur, différence qui existe entre la hau


teur vraie d'un corps et sa hauteur apparente : en
d'autres termes, c'est la différence qu'il y a entre sa
hauteur, vue de la surface terrestre, et cette même
hauteur, vue du centre de la terre.
—— horizontale. (Voyez ce dernier mot.) Comme
· la parallaxe affecte la hauteur d'un corps, elle affecte
· en même temps son ascension droite, sa déclinaison,
, sa latitude et sa longitude.
Parallèle (sphère). On appelle ainsi la sphère où l'équa
teur est parallèle à l'horizon.
Parallèles (lignes), deux ou plusieurs lignes qui sont
également éloignées dans tous leurs points correspon
dans ; ainsi les lignes droites et courbes et les circon
férences, peuvent être parallèles à d'autres lignes
droites et courbes et à d'autres circonférences ( Pl. 2,
ſig. 12, 13 et 14).
-
de hauteur, petits cercles parallèles à l'horizon.
— de déclinaison ou parallèles de latitude, petits
cerclesparallèles à l'équateurou à la ligne équinoxiale.
Parhélie, nom donné à ce faux soleil qui, dans les ré
gions du nord, est souvent observé se placer à quel
que distance du soleil véritable : on présume que ce
phénomène est produit par la réflexion de l'image du
soleil par les glaces du pôle. .
Passages (instrumens des), nom donné au télescope,
fixé sur un axe horizontal et monté sur un pied, au
moyen duquel l'instrument se meut exactement dans
la méridienne du lieu de l'observation : il doit être
assez fixe pour pouvoir suivre les mouvemens diur
nes des corps célestes sur le plan du méridien et pour
déterminer par là le mouvementjournalierdes pendu
les; l'usage de cet instrument est habituel aux astro
xomes observateurs, pour déterminer les ascensions
droites, les déclinaisons, le temps, etc., etc.
GLOSSAIRE. 35
Pénombre. En général, ce mot indique cette ombre fai
ble qui environne l'ombre vraie; on la distingue par
ticulièrement dans les éclipses de la lune; la pénom
bre occasionne la difficulté qu'il y a à prendre exac
tement l'ombre de l'extrémité d'un gnomon. Ce qu'il
y a de mieux à faire en pareil cas, c'est de surmonter
le gnomon d'une boule, de dessiner l'image entière
de cette boule et d'en prendre le centre, ce qui don
nera exactement l'extrémité du style. -

Périgée, point de l'orbite lunaire qui est le plus rap


proché de la terre. -

Périhélie, point de l'orbite d'une planète ou d'une co


mète qui est le plus rapproché du soleil.
Perpendiculaire ou ligne perpendiculaire , est une li
gne qui tombe à plomb sur une autre avec laquelle
elle forme nécessairement deux angles droits (Pl. 2,
fig. 1o ). 4 - -

Phases, apparences diverses que nous montrent la lune,


- Vénus et Mercure, dans leurs parties éclairées.
· Phénomène, se dit de toute apparence singulière qui a
lieu ou qui se produit dans les cieux; une éclipse un
comète, etc., etc. -

Place d'un corps céleste, est simplement sa position


dans les cieux; ce lieu est ordinairement exprimé par
sa latitude et sa longitude, ou son ascension droite
· et sa déclinaison. A

Planète, nom donné aux corps célestes dont les mou


- vemens s'exécutent autour du soleil, en un temps
-" plus ou moins considérable, et qui est en rapportavec
le carré de leurs distances. On distingue les planètes
des étoiles fixes, en ce qu'elles changent constamment
de position dans le ciel, et qu'elles n'ontpoint descin
- tillation apparente. Les planètesse distinguent en pla
nètes primaires et en planètes secondaires; ces der
nières sont les satellites qui se meuvent autour des
primaires, comme centres d'attraction. , *

Point, figure indivisible de géométrie, qui n'a ni hau


- teur, ni largeur, ni profondeur.

| -- ^ -
-

36 - GLOSSA IRE.

Pôles, ou extrémités de l'axe du monde, dont l'un est


nommée pôle nord, l'autre pôle sud.
Prºcession des équinoxcs, mouvement extrêmement lent
des points équinoxiaux, qui se fait de l'est à l'ouest,
ce mouvement n'est que de 5o" par an, à peu près.
Primaires (planètes). On distingue ainsi les corps cé
lestes qui ont le soleil pour centre de leurs mouvemens.
Printemps, troisième quartier de l'année, qui commencc
| lorsque le soleil entre dans le Bélier, ce qui a lieu du
2o au 21 mars; les jours alors sont égaux aux nuits.
L'équinoxe du printemps se marque par le zigne OC.
Q.
-
Quadrant, la 4° partie d'un cercle, ou 9o°. C'est aussi
le nom d'un instrument dont la construction est asez
variée, et qui sert à prendre la latitude et la distance
angulaire des corps célestes. -

Quadrature, position de la lune, lorsqu'elle est à 9o°


du soleil, par rapport à la terre.
Queue, nom de ce nuage blanchâtre qui suit ou précède
, presque toujours les comètes.
- R.

Rayon, se dit de la ligne droite menée du centre d'un


cercle à la circonférence.
— vecteur, ligne imaginaire qui joint la planète au
soleil, et qui décrit des aires égales en des temps
égaux, pendant le mouvement de la planète autour
du soleil. . -
-

Réduction, différence qui existe entre l'orbite d'une


planète, le lieu ou l'argument de latitude, et le lieu
_ de l'écliptique. -

IRéfraction, courbure particulière à laquelle sont assu


jettis les rayons lumineux, en passant dans notre at
mosphère; la réfraction fait paraître les corps célestes
us élevés au-dessus de l'horizon qu'ils ne le sont
réellement. -

Réticule, instrument inventé pour déterminer avec pré


·
GLOSSAIRE. · 37
eision les grandeurs des éclipses et le temps vrai du
passage d'une étoile dans le champ d'une lunette.
Révolution, période de temps qu'emploie un corps cé
leste à tourner autour d'un autre.
S.

Saison. Les saisons sont au nombre de quatre : le prin


temps, l'été, l'automne et l'hiver. La première com
mence lorsque le soleil paraît entrer dans le Bélier;
la seconde, quand il décrit le Cancer ; la troisième se
détermine par son entrée dans la Balance, et l'hiver,
lorsqu'il entre dans le Capricorne.
Saros, appelé aussi, saros chaldéen, est une période de
223 lunaisons, après laquelle la même éclipse revient
de nouveau , à une heure ou deux de différence ,
mais non point avec le même degré d'obscurcisse
ment. |

Satellites, ou planètes secondaires, corps célestes qui


tournent au our de quelques planètes primaires; la
lune est une planète secoñdaire, ainsi que les petites
étoiles qui accompagnent Jupiter, Saturne et Hers
chel. -

Seconde, soixantième partie d'une minute, soit cn


temps , soit en mouvement; elles se marquent ainsi".
Sccondaires (cercles), sont tous ces cercles qui font in- .
tersection à angle droit avec un des six grands cer
-cles de la sphère.
—(planètes). Voyez satcllites.
Sextant, sixième partie d'un cercle; c'est aussi le nom
d'un instrument d'astronomie, dont l'usage est le
même que celui du quadrant ou quart de cercle,
Sidéral (jour), temps qu'une étoile met à revenir au
même méridien ; il est nécessairement égal à celui
qu'emploie la terre à accomplir une révolution en
tière sur son axe, ou 23" 55' 41" du temps solaire
moyen.
(année), temps que la terre emploie à acèom
- plir une révolution entière dans son orbite, de Ina
nière à rcvenir à la même étoile.
-
"

38 GLOSSAIRE. -

Signe, douzième partie du zodiaque ou de l'écliptique"


chaque signe est divisé en 3o degrés. - «º

Signes , certaines marques dont on se sert en astrono


mie, pour désigner plus particulièrement les objets
dont on parle; ces signes s'expriment ainsi : le Bé
lier ^)ſ^, le Taureau Nc , les Gémeaux bard , le Cancer
6ſo, le Lion, &, la Vierge Imp, la Balance = h , le Scor
pion ml, le Sagittaire »-), le Capricorne X , le Ver
seau ,N , les Poissons , . ,-

Pour les différentes planètes , leurs caractères ou


figures sont : - -

Le soleil #, Mercure # , Vénus 9, la Terre d5,


Mars c', Vesta #, Junon 5, Cérès Ç, Pallas ?, Ju
piter %, Saturne b, Herschel #. -

| Les autres caractères principaux , sont :


Les nœuds ascendant 7S et descendant S2.
Le mouvement et le temps sont marqués par de
grés°, minutes', secondes".
Solaire (année). Elle est de deux espèces : l'année tro
pique et l'année sidérale. Voyez chacun de ces mots.
solstices, temps où le soleil paraît entrer dans les
points des tropiques du Cancer et du Capricorne. Les
jours y sont alors les plus longs ou les plus courts de
l'année. -

Solsticiaux (points), noms donnés aux deux points


dont il est question dans l'article précédent.
Sphère, on entend par sphère céleste, cette surface con
cave en apparence, où tous les objets des cieux,
comme le soleil, les étoiles, etc. , etc., paraissent
fixés : les différentes divisions imaginaires, les signes
les points et les cercles que les astronomes ont inven
tés, en font également partie, et sont comme suit :
L'axe de la sphère céleste ou de la terre, est une
ligne droite qui passe par le centre de la terre, et au-.
· tour duquel tous les corps célestes paraissent tourner
en un Jour.
Les pôles de la sphère céleste ou de la terre, sont
les points extrêmes de cet axe; l'un est vers le nord,
l'autre vers le sud.' - " -
- GLOSSAIRE. 39
La ligne équinoxiale ou l'équateur, est un grand
cercle imaginé dans la sphère céieste, également éloi
gné des deux pôles; c'est par cette raison que les pô
les du cercle équinoxial sont les mêmes que les pôles
de la sphère céleste; l'axe est par conséquent perpen
diculaire au plan du cercle équinoxial.
La ligne équinoxiale ou l'équateur divise le ciel
en deux partieségales, appelées les hémisphères nord
et sud.
Les méridiens sont des grands cercles passant par
les pôles du monde, et coupant l'équateur à angles
droits. -

L'horizon est un grand cercle qui sépare la moitié


visible des cieux de l'autre moitié qui est invisible; ses
points cardinaux sont le nord, le sud, l'est et
l'ouest. -

Le zénith est un point, dans la sphère céleste ou


dans le ciel, qui répond directement au-dessus de
nos têtes; ou bien, en d'autres termes, c'estun point
de l'hémisphère visible, également distant, ou a 9o°
de toutes les parties de l'horizon. -

Le nadir est ce point de la sphère céleste qui est


diamétralement opposé au zénith, et directement sous
nos pieds. - -

Le zénith et le nadir sont tous les deux les pôles


de l'horizon.
L'azimut. Arc de l'horizon compris entre le méri
dien et le cercle vertical. On donne la dénomination
de cercles azimutaux, à ces grands cercles qui passent
par le zénith et le nadir, et qui coupent l'horizon à
angles droits - '
Le premier vertical est un eercle azimutal, qui
passe par les points d'orient et d'occident vrais de
l'horizon. -

- L'écliptique ou le zodiaque est ce grand cercle de


la sphère, divisé en 36o°, dans lequel le soleil ac
complit sa révolution annuelle apparente ; ce cercle
2.
/ /

Ao GLUSSAIRE.

fait intersection avec la ligne équinoxiale, suivant u11


angle de 23° 28' à peu près; les points d'intersection
| sont appelés les points du Bélier et de la Balance.
L'écliptique est divisée en douze parties égales,
appelées les signes : chacun de ces signes est par con
séquent divisé en 3o°. -

| Les pôles de l'écliptique sont à 23° 28 de distance


des pôles de l'équateur.
Les cercles de longitude sont de grands cercles qui
passent par les pôles de l'écliptique; ils coupent ce
cercle à angle droit, comme les méridiens terrestres
coupent l'équateur. - - -

Leséquinoxiale.
ligne parallèles de
. déclinaison sont parallèles à la •º

" Les tropiques sont ces deux ccrcles de déclinaison


parallèles, qui touchent l'écliptique auxpoints opposés
du Cancer et du Capricorne, ce sont conséquemment
les limites de la route du soleil, au nord et au sud de
l'équateur. . ' - -

La longitude d'un objetcéleste quelconque, estl'are


d'écliptique compris entre le premier point du Bélier
et le cercle de longitude qui passe par l'objet.
La latitude d'un objet céleste, est l'arc du cercle de
longitude compris entre cet objet et l'écliptique.
La déclinaison d'un corps céleste, est l'arc du mé
ridien compris entre le centre de l'objet et la ligne
|.

équinoxiale. . -

L'ascension droite de tout objet céleste, est l'arc


de l'équateur compris entre le premier degré du
Bélier et le méridien qui passe par le centre de cet
objet. -

L'ascension oblique est le point de la ligne équi


noxiale qui se lève avec le corps dont il exprime cet
élément,
' ' La différence ascensionnelle se dit de l'arc de la
· ligne équinoxiale compris entre l'ascension droite et
l'ascension oblique du même objet.
-

- & LOSSAIRE. 4f
L'azimnt d'un objet céleste, est un arc de l'horizon
compris entre le méridien et le cercle azimutal qui
passe par le centre de cet objet. -

L'amplitude se dit de l'arc de l'horizon, compris


entre les points d'est ou d'ouest et le centre de l'astre
à son lever et à son coucher. - , •

Enfin, la hauteur d'un corps céleste est l'arc du


, cercle azimutal compris entre son centre et l'ho
1'1ZO Il . -

Spirale, ligne courbe qui fait plusieurs révolutions au


tour de son (Pl.
s'alongeant centre, soit18).
2, fig. en s'en éloignant, soit en
| • - - -

Stationnaire. On dit qu'une planète est stationnaire,


quand elle parait n'avoir aucun mouvement entre les
étoiles fixes. C'est ce qui a lieu quand elle a atteint sa
plus grande élongation , et qu'elle se rapproche du
corps du soleil. ",

Sud, un des quatre points cardinaux du monde; lorsque


le soleil paraît entrer au méridien , dans les latitudes
boréales du globe, il se trouve alors directement au
sud. • *• -

Syzygie, conjonction ou opposition d'une planète avec


le soleil.
• " , T.
• •
-

Tangente, ligne droite qui vient rencontrer une cir


conférence
DE). de cercle sans le couper ( Pl. 2, fig. 4,
- º vº

Télescope, nom d'un instrument dont on se sert géné


· ralement en astronomie pour observer les mouvemens
| . des corps célestes.
Télescopiques (étoiles), étoiles qui ne sont pas visibles
à l'œil nu, et qui ne s'aperçoivent qu'à l'aide d'un
télescope.
Temps, mesure de durée qui dépend du mouvement
' des corps célestes. * _ * - •,
· Tºrre, nom de la planète que nous habitons, son orbite
se trouve placée entre celles de Vénus et de Mars,
42 GLOSSA IRE.

qu'elle parcourt en 365j à peu près, ce qui constitue


notre année ; indépendamment de ce mouvement,
elle en a un autre qui constitue les jours et les nuits ;
: c'est son mouvement de rotation; la terre tourne donc
365 fois à peu près sur elle-même, pendant qu'elle
tourne une seule fois autour du soleil.
Thermomètrè, nom d'un instrument qui indique les
degrés de chaleur ou de froid. On en fait usage, con
jointement avec le baromètre, pour corriger les va
- riations de réfraction , provenant du changement de
, température et de gravité spécifique de l'atmosphère.
Transit, passage d'une planète devant ou sur le disque
, d'une autre étoile ou planète ; tels sont les passages
de Mercure et de Vénus sur le disque du soleil, qu'on
nomme ainsi. On s'exprime de même en parlant du
passage d'une étoile sur le méridien.
Triangle, figure géométrique formée de trois lignes
qui s'entrecoupent de manière à renfermer un espace.
Les triangles ont donc trois côtés et trois angles inté
rieurs.
On distingue particulièrement les triangles rec
tangle, équilatéral et obtusangle, rectangle, parce
qu'il contient un angle droit ; équilatéral, parceque
les trois côtés sont égaux; et obtusangle, parcequ'il
contient un angle obtus. Les trois angles intérieurs de
tout triangle sont égaux à deux angles droits ou 18o°
(Planche 2).
Tropiques, deux petits cercles de la sphère, parallèles
à la ligne équinoxiale et à 23° 28' de distance de ce
grand cercle; ils forment ainsi les limites des plus
grandes déclinaisons boréales et australes du soleil.

V.

Vertical (cercle), grand cercle perpendiculaire à l'ho


rizon, et qui passe par le zénith et le nadir de tout
lieu quelconque.
GLOSSAIRE, 43
- Z.

Zodiacale (lumière), apparence de lumière que l'on


· voit particulièrement au mois de mars, vers le cou
cher et le lever du soleil; on pense que cette lumière
doit son origine à la réfraction des rayons solaires,
produite par l'atmosphère de cet astre.
Zodiaque, nom d'une bande très large des cieux, au
milieu de laquelle se trouve l'écliptique, sa largeur
est à peu près de 18°. Son nom vient de ce que les
anciens, pour représenter les constellations qu'elle
- renferme, les ont désignées sous différentes figures
d'animaux. -

Zones. On nomme ainsi les cinq grandes divisions du


globe, qui sont : la zone torride, comprise entre les
deux tropiques; les deux zones tempérées, comprises
entre les deux tropiques et les deux cercles polaires ;
et les deux zones glaciales, qui se trouvent entre les
deux cercles polaires et les pôles.

PIN DU GLOSSAIRE,
----- - - - -- ----
-----
, •
-------- ------------- - -
L'AsTRoNoMIE .
, ENSEIGNÉE

EN VINGT-DEUx LEÇoNs.
GÜK - 4

' $eçoit premttere.


HIsToIRE DE L'AsTRoNoMIE DEs PREMIERS AGES

JUsQU'A LA MORT DE COPERNIC.

Cependant vers l'Euphrate on dit que des pasteurs,


Du grand art de Képler rustiques inventeurs,
Etudiaient les lois de ces astres paisibles
qui mesurent du temps les traces invisibles ;
Marquaient et leur déclin et leur cours passager,
· Les gravaient sur la pierre, et du globe étranger
Que l'univers tremblant revoit par intervalle
Savaient même embrasser la carrière inégale.
FoNTANEs.

LA vue du ciel doit, de tout temps, avoir fixé .


l'attention des hommes, plus particulièrement
dans ces pays heureux où la sérénité de l'air les
invite à observer les étoiles semées sur la voûte
azurée.
46 , " AsTRoNeMIE,
Le lever et le coucher du soleil, de la lune et
des étoiles, ainsi que les élévations différentes du
soleil à diverses périodes de l'année; les nombreu
ses étoiles qui embellissent le firmament dans leurs
saisons respectives, et qui furent adoptées comine
des signes de ces saisons; tout ce spectacle mena
bientôt à la connaissance du mouvement du soleil
dans une orbite inclinée à l'équateur ; aux mou
vemens de la lune , à ses phases et à ses éclipses;
et enfin aux mouvemens des planètes dans leurs
orbites. On a dit que l'astronomie était fille de la
paresse, comme la géométrie était celle de l'in
térêt, et la poésie celle de l'amour; cette assertion
est mal fondée, si on considère que l'astronomie
n'est pas seulement une science spéculative, mais
que son usage est aussi étendu que ses recherches
sont profondes; c'est à elle que la navigation doit
sa sûreté, le commerce son extension, et la géogra
phie sa perfection. Mais ce qui fait, sans contredit,
son plus grand éloge, c'est qu'elle est la cause de
§ des connaissances et de la civilisa
tion du genre humain. On peut donc considérer
la science de l'astronomie comme la plus sublime
de toutes, comme la plus intéressante et la plus
utile sur laquelle l'homme ait jamais employé ses
facultés ou engagé son attention. En élevant l'es
prit au-dessus des préjugés vulgaires, cette science .
favorise les développemens de l'intelligence ; elle
empreint fortement la conviction de l'existence,
. de la sagesse et de la bonté de l'Étre-Suprême.
Est-il une chose capable de rehausser davantage la
gloire de l'esprit humain, que de voir les atomes
qui habitent ce globe infiniment petit, et confondu
· au milieu de mondes innombrables , contempler
º .. • LEçoN r. 47

l'univers, comprendre cet arrangement divin, et


partager en quelque sorte, par des études auda
cieuses, le travail merveilleux qu'un Dieu tout
, puissant pouvait seul établir ?
Les Chaldéens sont considérés comme les pre
miers astronomes, par tous les historiens tant sa
crés que profanes. Mais, à dire vrai, il n'exista
jamais de nation connue , sous ce nom , ni de
royaume de Chaldée. Les Ecritures font mention
d'une nation connue sous le nom de Chasdim,
· c'est à dire homme de Chas, Scythes ou errans,
qui arrivèrent en Assyrie et en Egypte, long .
temps avant Jérémie. La Chaldée n'était qu'un
très petit territoire , au midi de Babylone, et
affecté à ces peuples. C'est là qu'ils instruisaient
les prêtres de cette dernière ville dans l'art de
prédire la révolution des corps célestes. Les calcu
lateurs du temps, les mages et autres, ont toujours
été désignés sous le nom de Chaldéens, d'après
Laërce. Les Persans les appelaient mages, au
rapport de Dion Chrysostome : ils étaient ém
ployés au service de leurs dieux, mais les Grecs,
ignorant l'acception de ce mot, l'appliquèrent en
général à tous ceux qui s'adonnaient à la magie,
science entièrement inconnue aux persans. Le nom
passa des Scythes-Mages, avec les Pélasges, aux
nations Celto-Scythiques.Mais la philosophie chal
déenne ne fut pas enseignée , d'après la manière
grecque, par des professeurs publics et indiffé
remment à toutes sortes d'auditeurs. Elle était ré
servée à certaines familles privilégiées qui s'a-
donnaient entièrementà cette étude, et qui vivaient
exemptes des affaires et des devoirs publics. C'é-
taient là les prêtres que les Babyloniensappelaient
48 · ASTRoNoMIE, • .. • .

des Chaldéens. Il y avait dans la Babylonie, dit


Strabon, des habitations particulières affectées aux
philosophes de ce pays, que l'on désignait sous le
nom de Chaldéens; ils habitaient la partie de cet
empire voisine de l'Arabie et du golfe Persique.
Il paraît que l'astronomie pratique des pre
| miers àges , se réduisait aux observations des
éclipses , au lever et au coucher des principales .
étoiles et à leurs occultations par la lune et les
planètes. La route du soleil était suivie par le
moyen des étoiles qui se trouvaient éclipsées par .
· les crépuscules et peut-être par les variations de
l'ombre méridienne du disque du soleil. Le mou
vement des planètes était déterminé par les étoiles
dont elles approchaient le plus dans leur course.
· Pour distinguer ces corps et reconnaître leurs
mouvemens divers, le ciel était divisé en constel
lations. La zone ou la bande des cieux dans la
quelle le soleil, la lune et les planètes se meuvent,
fut appellée Zodiaque. On le divisa en douze con
stellations, savoir: le Bélier, le Taureau, les Gé
meaux, le Cancer, le Lion, la Vierge, la Balance,
le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Ver
seau et ies Poissons. On les appelait les douzes si
gnes parcequ'ils servaient à désigner les saisons.
Ainsi, au temps d'Hipparque, l'entrée du soleil
dans Aries, le Bélier, marquait le commencement
du printemps ; après quoi il décrivait les autressi
gnes du Taureau, des Gémeaux, etc., etc.Mais le
mouvement rétrograde des équinoxes a changé
depuis la coïncidence des saisons; cependant les
| observateurs, accoutumés à marquer le commence
• ment du printemps dans le signe du Bélier, ont
continué de le placer de la même manière, et ont

|
• •* • -- -
- --, -------------- - •• • • • ,
| . LEçoN 1. | 49
distingué les signes du Zodiaque d'avec les con
stellations; les premiers ne sont plus que fictifs et
servent seulement à désigner la course du soleil
dans l'écliptique, tandis que les secondes, c'est
à dire les constellations, passent successivement
dans d'autres signes, en raison deleur mouvement
rétrograde. , -

Ainsi il faut concevoir l'écliptique partagée en


douze signes ou arcs de 3Q°, auxquels on a im
posé les noms de Bélier, § etc., etc., si
gnes que le soleil semble décrire successivement
chaque année. Ces noms sont ceux des constella
·tions les plus remarquables de la zone zodiacale,
qui autrefois ont servi à dénommer les arcs d'é-
cliptique qui les traversaient ; le signe du Bélier
était alors un arc de cercle ayant 3o°, et traversant
la constellation du Bélier, et ainsi des autres.Mais
depuis cette époque, qui remonte à plus de deux
mille ans, la précession des équinoxes a paru re
· porter le ciel entier de 3o° vers l'orient, ce qui
fait que les signes ne se trouvent plus dans la .
région des constellations de même nom. Le signe
du Bélier est maintenant dans la constellation des
Poissons, et le signe du Taureau dans celle du
Bélier, etc. , etc., de manière qu'à l'équinoxe du
† , le soleil semble correspondre près de
a constellation duVerseau; par la suite des temps,
il rétrograda successivement du Verseauau Capri
corne, de là au Sagittaire, etc., etc. :

- On ne doit donc pas confondre les signes avec


les groupes d'étoiles qui portent le même nom, les
signes étant maintenant plus éloignés vers l'occi
dent d'environ 3o° que la constellation correspon
dante. Au printemps, le soleil entre à la fois
5o - AsTRoNoMIE, .

dans le signe fictif du Bélier et dans la constella


tion des Poissons ; aux solstices, le même astre
entre dans les signes du Cancer, pour l'été, et du
Capricorne pour l'hiver, et décrit réellement les
Gémeaux et le Sagittaire. Quelques uns des
noms donnés aux constellations du Zodiaque pa- .
raissent avoir du rapport avec les mouvemens du
soleil. L'Ecrevisse, par exemple, semble indiquer
le mouvement rétrograde des solstices, et la Ba
lance, l'égalité des jours et des nuits. Les autres
noms se réfèrent aux climats et à l'agriculture des
nations auxquelles le Zodiaque doit son origine.
Le ciel fut partagé d'abord en trois parties prin
cipales : celle du milieu s'appelait le Zodiaque, et
contenait les plans des orbites que décrivent le so
leil et les planètes. La zone avait, des deux côtés,
pour limites, deux grandes régions, l'une au nord
et l'autre au midi. On réduisit ensuite les étoiles en
classes, et on composa des groupes qui reçurent,
sous le nom général de constellations, chacune une
, forme et une dénomination particulières. C'est ainsi
que le firmament fut peuplé d'hommes, d'animaux
et d'êtres de toute espèce. Ces signes, qui nous pa
raissent maintenant si bizarres, n'étaient cependant
pas produits par l'imagination; il signifiaient l'é-
tat de la terre dans les différentes saisons de l'an
née; ils servaient aux travaux des champs , et
à la fois de calendrier rural et d'éphémérides as
tronomiques.
La sphère artificielle, telle qu'elle nous est par
venue, n'est pas l'ouvrage des Grecs. Diodore dit
que ce fut une invention d'Atlas, nom sous le
quel nous devons comprendre les habitans de
l'Atlantique; Newton suppose que le Zodiaque
LEçoN 1. · 5E

avait du rapport avecl'expédition des Argonautes,


et croit que Chiron inventa la sphère, pour l'utilité
de ces voyageurs. Quand cette supposition serait
vraie, il n'en faudrait pas conclure que les Grecs
furent les inventeurs J# la sphère. Il est à remar
quer que la constellation du navire, et particuliè
rement Canoppus,la plus belle deses étoiles, n'était
visible dans aucune partie de l'Europe. Il faudrait
donc supposer que même l'astronome le moins
instruit pourrait, pour diriger une expédition
maritime, tracer des constellations dont les prin
cipales étoiles ne seraient vues par les marins, ni
à leur départ, ni au retour de leur voyage ? Il
n'est pas non plus probable que la sphère doive
son origine à l'Egypte; car, bien que l'on puisse
supposer que beaucoup de figures peuvent être
des signes hiéroglyphiques, cependant celles du
Zodiaque ne sont pas conformes à l'ordre dans
lequel les saisons se succèdent en Egypte. Le Ver
seau, par exemple, qui dénote les fortes pluies
de l'hiver, ne pouvait pas être le Verseau de
l'Egypte, où l'hiver est la plus belle saison de
l'année et où la pluie tombe très rarement. Il
faut donc que la sphère soit originaire d'un pays
plus conforme à l'ordre des constellations.
Les signes du Zodiaque, ainsi que les autres
parties de la sphère artificielle, sont d'une anti
quité si reculée, qu'ils ont donné lieu à différentes
explications plus ou moins extravagantes.
Suivant Bryant, le Zodiaque ne serait qu'un as
semblage de signes hiéroglyphiques : le Bélier est -

la représentation d'Ammon ; le Taureau , celle


d'Apis ; le Lion, d'Osiris; la Vierge, d'Isis ; enfin
tout le Zodiaque n'est que la grande assemblée
52 AsTRoNoMIE,

des douze dieux. Les planètes, selon lui, ne sont


que les licteurs et les suivans du dieu principal ,
le soleil : il croit que Newton , dans ses principes ,
pour n'avoir pas assez approfondi les auteurs qui
auraient pu l'instruire, est comparable à Samson ,
à qui la chute des cheveux fait perdre toutes ses
forces; toutefois cet ântiquaire, quelque fondé
qu'il se croie, ne soutient pas plus raisonnable
ment son système que ne le fait le grand astro
nome anglais. C'est le soleil qui, par rapport à
son influence, donna évidemment naissance à ces
nombreux hiéroglyphes significatifs. Cependant
le point ne se trouve pas encore décidé, à moins
que l'on n'admette que ce ne soient les représen
tations symboliques des travaux d'Hercule, comme
on a pu le conjecturer d'après le fragment de
· Sanchoniathon qui nous a été conservé par Eusèbe.
L'astronomie a été cultivée bien des siècles avant
la naissance de la mythologie, qui ne fit qu'en
consacrer les découvertes. L'établissement de ce
culte n'est certainement que d'une date récente,
et doit probablement avoir été mis en pratique
vers le temps où le Taureau passait dans l'équi
noxe du printemps , et le Lion dans le solstice
d'été, c'est à dire près de 25oo ans avant l'ère
vulgaire.A cette époque, tout avait une face nou
velle; chaque symbole de la sphère avait sa signi
fication primitive et un caractère plus auguste.
Ces symboles furent consacrés alors, et donnèrent
par la suite l'occasion de créer ces fables et ces
· aventures singulières, que la poésie finit par em
bellir de tous les charmes de l'imagination et de
la fiction. . - - · · · · ·
On ne doit pas plus attribuer l'invention des
LEçoN 1. 55
signes célestes aux Grecs, que celle des premiers ru
dimens de la sphère aux Samoiédes et aux Lapons;
il en est de même dessignes du Zodiaque, à l'égard
des représentations emblématiques des douze fils
de Jacob, qui sont d'un temps et d'un pays qu'il
n'est pas facile de déterminer;on croit qu'ils doivent
leur origine auxScythes.Ilya dans le Zodiaque des
signes qui sont, en quelque sorte, applicables à
toutes les régions du globe ; tels sont ceux qui
représentent le cours et les effets de l'astre qui
éclaire tout, et dont il est par conséquent diffi
cile de se méprendre sur la signification. Ainsi,
le Cancer et le Capricorne, qui représentent les
limites de la marche du soleil, ont toujours servi
à marquer les solstices ; la Balance qui repré
sente l'équinoxe , est une image très naturelle
de l'égalité des jours et des nuits; le Bélier et le
T'aureau sont associés aux travaux de la vie ru
rale; et la Vierge, tenant un épi de blé, s'at
tache à l'agriculture ; tandis que le Sagittaire, les
Poissons et le Verseau, démontrent clairement les
vicissitudes du climat; les Gémeaux, le Lion et le ,
Scorpion peuvent, sans beaucoup de difficulté,
s'associer à des desseins analogues.
La magnificence du soleil, et les avantagesines
timables qui dérivent de son influence, inspi
rèrent dans l'origine une sorte d'adoration dans
l'esprit de l'observateur. Mais les hommes n'ado
rèrent pas seulement l'astre lui-même , ils adorè
rent aussi le pouvoir infini qui agit sur toute la
nature, qui lui donne l'impulsion, et qui, pour
eux , soutenait les cieux , la terre et tout le sys
tème planétaire. Un savant recommandable a af
firmé que la division la plus ancienne de toutes,
*

#
54 AsTRoNoMIE,
celle du Zodiaque indien, avait été empruntée aux
Arabes et aux Grecs; mais ceci est une erreur :
nous avons au contraire raison de conclure que
les Grecs et les Indiens reçurent cette division
d'une nation plus ancienne, qui, la première ,
donna des noms aux astres, et de qui descen
daient à la fois les Grecs et les Indiens, ce
qu'une similitude de langage et de religion dé
montre évidemment. C'est ainsi que les noms des
étoiles zodiacales se trouvent dans le Védam (1),
qui, d'après toutes les considérations possibles,
doit incontestablement avoir plus de 3ooo ans
de date.
Les observations les plus anciennes qui nous
soient parvenues, sont trois éclipses de lune, ob
servées à Babylone, dans les années 719 et 72o
avant Jésus-Christ. Ptolémée, qui les cite dans
son Almageste, les emploie dans sa détermination
du mouvement de la lune. Il est certain que ni
lui, ni Hipparque, n'en purent obtenir de plus
anciennes; car l'exactitude de la comparaison est
en proportion de l'intervalle qui sépare les ob
servations extrêmes : cette considération doit
même augmenter notre regret de la perte d'ob
servations de dix-neuf cents années, observations
faites par les Chaldéens, dont ils se vantaient au
temps d'Alexandre, et qu'Aristote obtint des
mains de Callisthènes.
, L'astronomie n'était pas moins ancienne en
Egypte que dans la Chaldée. Les Egyptiens con
(1) Le Védam est un recueil de quatre livres, qui
constituent le fondement de la théologie des Brames ;
ils contiennent les opinions sur Dieu, l'âme et le monde.
· · LEçoN 1. - 55
naissaient, long-temps avant l'ère chrétier ne,
que l'excès de l'année de 365 jours était du quart
d'un jour; c'est cette connaissance qui leur fit
imaginer leur période de 146o ans, qui, suivant
eux, ramenait les mêmes saisons, les mois et les
fêtes de leurs années, dont la longueur était de
365 jours. La direction exacte des côtés de leurs
pyramides vers les quatre points cardinaux, nous
donne une idée très avantageuse de la sagesse de
leur observation. Il est probable qu'ils eurent
aussi des méthodes pour calculer les éclipses;
mais ce qui fait le plus grand honneur à leur
astronomie, est l'observation très importante et
très difficile, qu'ils firent, du mouvement de Mer
cure et de Vénus autour du soleil. La réputation
de leurs prêtres leur attira les plus grands philo
sophes de la Grèce; et, suivant toute apparence,
l'école de Pythagore leur dut les notions saines
qu'elle professait, relativement au système de
l'univers. Parmi ces peuples , l'astronomie n'était
cultivée que dans les temples'et par les prêtres ,
qui ne faisaient d'autre usage de leurs connais
sances que de consolider l'empire de la supersti
tion, dont ils étaient les ministres. Ils la dégui
sèrent soigneusement sous les emblèmes qui
représentaient, à l'ignorance crédule, des héros
et des dieux, dont les actions n'étaient que des
allégories, des phénomènes célestes, et des opé
rations de la nature. -

Pour mieux enchaîner les peuples, ils profitèrent


de leur désir naturel de pénétrer dans l'avenir,
et ils créèrent l'astrologie. L'homme étant, par
l'illusion de ses sens, porté à se considérer comme
centre de l'univers, il fut aisé de lui persuader
3
56 AsTRoNoMIE, *

que les mouvemens des étoiles se rapportaient


aux événemens de la vie, et qu'ils pouvaient pro
nostiquer sa destinée future. Cette erreur , si
chère à son amour-propre et si nécessaire à sa
· curiosité insatiable, semble avoir été contempo
raine de l'astronomie. Elle s'est maintenue pen
dant un laps de temps considérable, car ce n'est
que vers la fin du dernier"siècle que la connais
sance de nos vrais rapports avec la nature l'a fait
oublier. /

La prédiction des éclipses et le réglement de


l'almanach furent toujours considérés comme
des objets importans, et pour lesquels les Chinois
établirent un tribunal de mathématiques ; mais
l'attachement scrupuleux de ce peuple à ses
anciennes coutumes , et qui s'étendait même !
jusqu'aux règles astronomiques, a été la prin
cipale cause qui afait rester cette science dans son
état d'imperfection.
Les tables indienhes indiquent une astronomie
beaucoup mieux entendue, mais tout y montre
qu'elles ne sont pas très anciennes. Les tables ou
éphémérides ont deux époques principales; l'une
de l'année 31o2, et l'autre de l'année 1491 avant
l'ère chrétienne. Ces époques se lient avec les
mouvemens moyens du soleil, de la lune et des
planètes, de telle manière, que l'une des deux est
évidemment une fiction. Un astronome anglais a
prétendu que la première de ces époques est fon
dée sur l'observation; cependant je crois que cette
période ne fut inventée que dans le dessein de
donner uneorigine communeàtouslesmouvemens
des corps célestes du zodiaque. En effet, si on
compte suivant les tables indiennes , de l'année
LEçoN 1. 6o

1491 à 31o2, on trouve bien une conjonction


générale du soleil et de toutes les planètes, comme
ces tables l'indiquent; mais cette conjonction dif
fère trop du résultat de nos meilleures tables, pour .
avoir jamais eu lieu ; ceci montre que l'époque
à laquelle ils la rapportent n'a pas été établie par
l'observation.
Les Grecs ne cultivèrent l'astronomie que long
temps après les Egyptiens, dont ils étaient les
disciples. Il est très difficile de déterminer l'état
exact de leurs connaissancesastronomiques, con
fondue dans les fables qui remplissent la première
partie de leur histoire. Il paraît cependant qu'ils
divisaient lecielen constellations, à peu près treize
à quatorze cents ans avant l'ère chrétienne; car
c'est à cette époque qu'il faut rapporter la sphère
d'Eudoxe. Leurs écoles nombreuses de philoso
phie n'ont pas produit un seul observateur, avant
la fondation"de l'école d'Alexandrie. Ils considé
raient l'astronomie comme une science purement
spéculative, se laissant souvent entraîner aux con
jectures les plus frivoles. ' , :
Cependant on trouve dans les rêves philosophi
ques de la Grèce quelques idées saines, que ses
astronomes recueillirent dans leurs voyages, et
qu'ils perfectionnèrent par la suite. Thalès de
Milet alla en Egypte 64o ans avant notre ère,
pour étudier; il fonda l'école ionienne à son re
tour ;il y enseigna la sphéricité de la terre, l'o-
bliquité de l'écliptique etlesvraies causes des éçlip
ses du soleil et de la lune; il savait même les
prédire, en employant sans doute les périodes que
les prêtres égyptiens lui avaient fait connaître.
Thalès eut pour successeur Anaximandre, Anaxi
58 ' AsTRoNoMIE ,
mène et Anaxagore; c'est au premier que l'on at
tribue l'invention du gnomon et des cartes géogra
phiques, que les Egyptiens paraissaient déja con
naître. Anaxagore fut persécuté par les Athéniens
our avoir enseigné les vérités de l'école ionienne.
º Ils lui reprochèrent d'avoir détruit l'influence des
dieux sur la nature, en voulant réduire les phé
nomènes à des lois immuables, ce qui constitue
aujourd'hui la philosophie de Képler et deNewton.
Il fut proscrit avec ses enfans, et ne dut son salut
qu'à la protection de Périclès, son disciple et son
ami, qui réussit à faire commuer la sentence de
mort en un bannissement perpétuel. C'est ainsi que
la vérité, pour s'établir sur la terre, a toujours
dû combattre les préjugés, et a plus d'une fois
été fatale à ceux qui la découvraient. Il sortit de
cette même école le chef d'une autre école beau
coup plus célèbre. Pythagore naquit à Samos
59o ans avantJ.-C.;il fut d'abord disciple de Tha
lès, qui lui conseilla de voyager en Égypte, où il
consentit à se faire initier dans les mystères des
prêtres, pour obtenir ainsilaconnaissance de leurs
, doctrines. Les Bramines ayant attiré sa curiosité,
il alla les visiter jusqu'aux rives du Gange. A son
retour dans son pays, il fut obligé d'en sortir à
cause de la tyrannie qui y régnait , et il se retira
en Italie, où il fonda une école qui porta son nom. .
Toutes les vérités astronomiques de l'école ionien
ne y furent enseignées, mais avec les développe
mens remarquables; ce qui la distingua particuliè
rement, fut la connaissance des deux mouvemens"
de la terre, l'un sur son axe et l'autre autour du
soleil. Pythagore cacha soigneusement ces vérités
au peuple, à limitation des prêtres égyptiens, de
LEçoN 1. . 59
qui il tenait sans doute cette connaissance; mais
son système fut mieux appliqué et plus clairement
avoué par son disciple Philolaüs. Suivant les py
| thagoriciens, non seulement les planètes, mais les
· comètes se meuvent autour du soleil, et ces der
nières ne sont pas des météores passagers, mais ,
bien l'ouvrage éternel de la nature. Ces opinions ,
parfaitement d'accord avec le système de l'univers,
furent admises parSénèque,avec cet enthousiasme
qu'une grande idée, sur le sujet le plus vaste de
la contemplation humaine, excite naturellement
dans l'âme d'un philosophe. « Que l'on ne s'é-
tonne pas, dit-il, que nous ignorions encore la loi
du mouvement des comètes, dont l'apparence est
si rare, que l'on ne peut prédire ni le commence
ment ni la fin des révolutions de ces corps, et qui
descendent vers nous d'une distance immense. Il
n'y a pas encore quinze cents ans que les étoiles
ont été comptées en Grèce, et qu'on a donné des
noms aux constellations.Un jour viendra peut-être
où, par l'étude continuelle des âges futurs, les
choses qui nous restent cachées paraîtront avec
certitude, et l'on s'étonnera qu'elles aient échappé
à notrè attention.».
On enseignait, dans la même école, que les pla
· · nètes étaient habitées, et que les étoiles étaient des
soleils disséminés dans l'espace, et centres de sys
tèmes planétaires particuliers. Ces vues philoso
phiques auraient obtenu, par leurgrandeur et leur
justesse, les suffrages de † mais, ayant
été enseignées avec des opinions systématiques,
telles que l'harmonie des sphères célestes, et étant
dénuées des preuves qui ont été obtenues depuis,
par leur concordance avec de nombreuses observa
75 AsTRoNoMIE,
| tions, il n'estpas étonnant que leur vérité, oppo
sée à l'illusion des sens, n'ait pas été admise.
Le plus grand astronome qui vint après Pytha
gore fut Aristarque de Samos; il soumit à ses ob
ºº
servations judicieuses les élémens les plus délicats
de l'astronomie. Il observa le solstice d'été de l'an
née 281 avant J.-C. Il détermina le rayon ap
parent du soleil, qu'il trouva être la 7° partie
de toute la circonférence, quantité moyenne entre
les deux limites qu'Archimède assigna quelques
années après. Ce qui fit le plus grand honneur à
Aristarque, fut sa méthode pour déterminer la
distance du soleil à la terre. Il observa l'angle
compris entre le soleil et la lune, au moment où il
jugea que la moitié du disque de la lune était éclai
rée par le soleil, et l'ayant trouvé de 96° 7", il
conclut que le soleil était de 13 à 2o fois plus loin
de nous que la lune. Nonobstant l'inexactitude de
ce résultat, il étendit les bornes de l'univers beau
coup plus loin que l'on n'avait fait jusqu'alors.
C'est ce qui démontre que, de tous les astronomes
anciens, Aristarque eut les notions les plus justes
de la grandeur de l'univers.
Eratosthène, son disciple, doit principalement
sa célébrité à sa mesure de la terre et à ses observa
tions sur l'obliquité de l'écliptique.Ayant, au sol
stice d'été, à Syène dans la Haute-Egypte, remar
quéun puits donttoute la profondeur était éclairée
par le soleil, il fit la comparaison avec la latitude
du soleil observée, au même solstice, à Alexan
drie; il trouva que l'arc céleste compris entre les
zéniths de ces deux endroits était de la 5o° partie
de toute la circonférence; et comme leur distance
était de 5oo stades, il fixa la longueur totale de
-
#.
* LEçoN I. 61
toute la circonférence terrestre à 25o,ooo stades.
L'incertitude qui existe sur la valeur des stades ne
nous permet pas d'apprécier l'exactitude de cette
IIl6SUlI'e, -

De tous les astronomes de l'antiquité, Hippar


que est celui auquella science est le plus redevable
pour le grand nombre de ses observations et les
résultats importans qu'il obtint, comparativement
à ceux des astronomes qui l'avaient précédé, ainsi
que pour l'excellente méthode qu'il suivit dans ses
recherches.Il florissaità Alexandrie, 14o ans avant
notre ère. Peu satisfait de ce qui avait été fait jus
qu'alors, il se détermina à tout recommencer et à
n'admettre de résultats que ceux qui seraient fon
dés sur un nouvel examen des observations anté
rieures, ou sur des observations entièrement nou
velles, plus exactes que celles faites par ses pré
décesseurs.
Rien ne donne une preuve plus forte de l'incer
titude des observations égyptiennes et chaldéennes
sur le soleil et les étoiles, que la nécessité qui le
força de revenir sur les observations del'école d'A-
lexandrie, afin d'établir ses théories du soleil et de
la précession des équinoxes. Il détermina la lon
gueur de l'année, en comparant une de ses obser
vations du solstice d'été, avec une autre faite par
Aristarque de Samos, quarante-cinq années avant;
il la trouva de 365,24669jours. Ce calcul est en
excès de près de 4 minutes et demie; mais il re
marqua lui-même le peu de confiance que l'on doit
avoir à une détermination d'observations solsticia
les, et Favantage qu'il y a à se servir d'observa
tions équinoxiales. Hipparque reconnaît qu'il s'é-
coule 187jours de l'équinoxe du printemps à celui
•- * .
#

- - -- -- -
-

--------- ----- -- ----- _ -

62 AsTRoNoMIE, *

d'automne, et 178seulement de ce dernieréquinoxe


à celui du printemps. Il observe aussi que ces in
tervalles sontinégalement divisés près des solstices,
de manière qu'il s'écoule 94 jours et demi del'équi
noxe du printemps au solstice d'été, et 92 et demi
seulement de ce solstice à l'équinoxe d'automne.
Pour expliquer ces différences, Hipparque sup
pose que le soleil se meut uniformément dans une
orbite circulaire; mais, au lieu de placer la terre
au centre, il la croit d'un 24° de rayon plus rap
prochée , et fixe ensuite l'apogée au sixième
degré des gémeaux. C'est avec ces données qu'il
forma les premières tables solaires que l'on trouve
dans l'histoire de l'astronomie. Il est très probable
que la comparaison des éclipses, dans lesquelles
les équations du centre sont supposées trop gran
des, et augmentées par l'équation annuelle de
la lune, confirma Hipparque dans son erreur,
ou peut-être l'y conduisit. Il se trompa aussi en
enseignant que l'orbite elliptique du soleil était cir
culaire , et que la vélocité réelle de ce corps était
constamment uniforme.Le contraire est démontré
aujourd'hui par des mesures directes du diamètre
apparent du soleil; mais ces observations étaient
impossibles au temps d'Hipparque, dont les tables
solaires, malgré toutes leurs imperfections, sont
un monument éternel de génie ; Ptolémée les
respecta trois siècles après, sans tenter de les per
fectionner. -

Ce grand astronome considéra ensuite les mou


vemens de la lune; il mesura la longueur de sa ré
volution, en comparant les éclipses, et détermina
à la fois l'excentricité et l'inclinaison de son orbite;
il reconnut le mouvement de ses nœuds et de son

• - - --- - - - --
----- - ------------ • ------- -
LEçoN r. 63
apogée, et de la déterminaison de sa parallaxe, il
entreprit de conclure celle du soleil, par la largeur
du cône de l'ombre terrestre, qui le mena à peu
près au résultat obtenu par Aristarque.Il fit beau
coup d'observations de planètes; mais, trop ami
de la vérité pour entreprendre d'expliquer leurs
mouvemens par des théories incertaines, il laissa
cette difficulté à résoudre à ses successeurs. L'ap
parition d'une étoile nouvelle, qui eut lieu de son
temps, le détermina à entreprendre un catalogue
des étoiles fixes, afin que la postérité reconnût les
changemens qui pourraients'opérer dans les appa
rences du ciel. Il connaissait aussitous les avantages
qu'on pourrait tirer de ce catalogue, pour les obser
vations de la lune et des planètes. La méthode qu'il
"
employa était celle d'Aristilles et de Timocharès.
La récompense d'un travail à la fois si pénible et si
long, fut la découverte importante de la précession
des équinoxes.En comparant ses observationsavec
celles des astronomes antérieurs, il découvrit que
les étoiles avaient changé de situation à l'égard de
l'équateur, mais qu'elles avaient conservé la même
latitudeàl'égard de l'écliptique;desorte que,pour
-
expliquer ces différens changemens, il suffit de
donner un mouvement direct à la sphère céleste
autour des pôles de l'écliptique, qui produit un
mouvement rétrograde des équinoxes àl'égarddes
étoiles; mais il n'annonça sa découverte qu'avec
quelque réserve, dans le doute où il était de l'exac
titude des observations d'Aristilles et de Timocha
rès. La géographie doit à Hipparque la méthode
de déterminer les lieux de la terreparleur latitude
et leur longitude, pour lesquels il fut le premier à
employer les éclipses de la lune. On lui doit aussi
3,
64 AsTRoNoMIE ,
la trigonométrie sphérique, qu'il appliqua aux cal
culs nombreux que ces recherches requéraient.
Les principaux ouvrages d'Hipparque ne nous
ont pas été transmis; il périrent dans l'incendie de
la bibliothèque d'Alexandrie, et nous ne les con
naissons que par l'Almageste de Ptolémée.
L'intervalle, de près # 3oo ans, qui sépara ces
deux grands astronomes, produisit quelques ob
servateurs, tels qu'Agrippa, Ménélaüs et Théon.
On doit aussi placer vers cette époque la réforme
que subit le calendrier par Jules-César, et la con
naissance précise des mouvemens de la mer. Pos
sidonius observa la loi de ce phénomène, qui ap
, partient à l'astronomie, par sa relation évidente
avec le mouvement du soleil et de la lune, et doñt
Pline le naturaliste a donné une description re
marquable par son exactitude. .
Ptolémée, né à Ptolémaïs en Egypte, florissait
à Alexandrie vers l'année 13o de notre ère; Hippar
que avait conçu le projet de réformer l'astronomie
et d'établir la science sur de nouveaux fondemens.
Ptolémée continua ce travail, trop vaste pour être
accompli par un seul individu;il nous a § UlIl
traité complet de cette science, dansson grandou
vrage intitulé l'Almageste.
Sa découverte la plus importante est l'évection
de la lune. Les astronomes n'avaient considéré le
mouvementde ce corps querelativement aux éclip
ses; en suivant la lune dans toute sa course, Ptolé
mée reconnut que l'équateur du centre de l'orbite
lunaire était § syzygies que dans les
quadratures; il détermina laloide cette différence,
et établit savaleuravec beaucoup de précison.Pour
la représenter, il fit mouvoirlalune sur un épicycle
LEçoN 1. . 65
excentriqne, suivant la méthode attribuée à Apol
lonius le géomètre, et qui avait été employée au
paravant par Hipparque.
Il était généralement reçu parmi les anciens que
le mouvement circulaire uniforme , étant le plus
simple et le plus naturel, devait nécessairement
être celui descorps célestes.Cette erreur fut mainte
nue jusqu'au temps de Képler, et elle l'embarrassa
long-temps dans ses recherches. Ptolémée l'adopta ;
et, plaçant la terre dans le centre des mouvemens
célestes,il tâcha de représenter leurs inégalités dans
cette fausse hypothèse. Eudoxe avait auparavant
imaginé, pour cet objet, que chaque planète était
attachée à différentes sphères concentriques, et
jouissait de différens mouvemens; mais, cet astro
nome n'ayant pas expliqué de quelle manière ces
sphères, par leur action sur les planètes, produisent
la variété deleurs mouvemens, son hypothèse mé
rite à peine que l'on en fasse mention dans un traité -

d'astronomie. Une hypothèse beaucoup plus ingé


nieuse consiste à faire mouvoir, sur une circonfé
rence dont la terre occupe le centre, celle d'une
autre circonférence sur laquelle se meut une troi
sième, et ainsi de suite jusqu'à la dernière circon
férence, sur laquelle on suppose que le corps se
meut uniformément. Sile rayon d'un de ces cercles
surpasse la somme des autres, le mouvement ap
parent du corps autour de la terre sera composé
d'un mouvement uniforme moyen, et de plusieurs
inégalités dépendant des proportions de ces divers
rayons, des mouvemens de leurs oentres, et de ce- "
lui de l'étoile. En augmentant leur nombre et en
leur donnant des dimensions analogues, on peutre
Présenter les inégalités de ce mouvement apparent.
-
66 AsTRoNoMIE,
Telle est la manière la plus générale de considé
rer les hypothèses des cycles et des excentriques,
ue Ptolémée adopta dans ses théories du soleil, de
la lune et des planètes. Il supposa que ces corps se
mouvaient autour de la terre dans l'ordre suivant
des distances:—La Lune, Mercure, Vénus, le So
leil, Mars, Jupiter et Saturne. Les astronomes
étaient divisés dans leurs opinions sur la position
de Mercure et de Vénus. Ptolémée suivit l'opinion
la plus ancienne et les plaça sous le soleil; d'autres
les plaçaient au-dessus, et enfin les Egyptiens les
faisaient mouvoir autour du soleil.
Il est singulier que Ptolémée ne fasse pas men
tion de cette hypothèse, qûi est l'équivalent de
placer le soleil dans le centre des épicycles de ces
deux planètes, au lieu de leur faire décrire un
mouvement autour d'un centre imaginaire. Mais,
-étant persuadé que son système seulement pouvait
être adopté pour les trois planètes supérieures, il
l'appliqua aussiaux deux inférieures, etfut trompé
par une fausse application du principe de l'uni
formité des lois de la nature, qui, dans l'hypo
thèse des Egyptiens sur les mouvemens de Mercure
et de Vénus, aurait pu le mener au vrai système
du monde.Mais, quand même les épycicles pour
raient représenter les inégalités des mouvemens
des corps célestes, il serait toujours impossible
de représenter les variations de leurs distances.
Ces variations étaient presque insensibles dans les
planètes du temps de Ptolémée; car leur diamètre
apparent ne pouvait pas alors se mesurer.Ses ob
servations sur la lune auraient dû lui démontrer la
fausseté de son hypothèse ;car, suivant cette hypo
thèse, le diamètre de la lune périgée, dans les
-

•.
LEçoN 1. - | 67
quadratures, serait le double du diamètre apogée
dans les syzygies. Le mouvement en latitude de
ces planètes était une autre difficulté inexplicable
par son système, et chaque inégalité que la per
fection de l'art de l'observation découvrait, en
combrait ce système d'un nouvel épicycle. Ce sys
tème, au lieu de se confirmer par les progrès de la
science, n'a fait que se compliquer de plus en .
plus; ce qui doit suffisamment convaincre que ce
n'est pas le système de la nature. Mais, en le con
, sidérant comme une méthode propre à adapter les
mouvemens célestes au calcul, cette première ten
tative de l'intelligence humaine vers un objet si
compliqué, fait le plus grand honneur à la saga
cité de son auteur.
Ptolémée confirmalemouvement des équinoxes,
découvert par Hipparque, en comparant ses pro
pres observations à celles de ce grand astronome.
Il établit l'immobilité respective des étoiles, leur
latitude invariable dans l'écliptique et leur mou
vement en longitude, qu'il trouva être de 35" 9
par an, ainsi qu'Hipparque l'avait supposé.
Nous savons maintenant que ce mouvement est
de près de 5o" par an, qui, en considérant l'in
tervalle entre les observations de Ptolémée et
d'Hipparque, fait une erreur de plus d'un degré
dans leurs résultats. Quelle que soit d'ailleurs la
difficulté qui existe à déterminer la longitude des
étoiles, lorsque les observateurs n'ont pas de me
sure exacte de temps, on doit néanmoins être sur
pris de trouver qu'une erreur aussi grande se soit
commise, particulièrement lorsqu'on considère
l'accord parfait des observations quePtolémée cite
comme une preuve de l'exactitude deson résultat.
98 , ' AsTRoNoMIE,
L'édifice astronomique bâti par Ptolémée sub
sista près de quatorze cents ans; et maintenant qu'il
est entièrement détruit, son Almageste, considéré
comme le dépositaire des observations anciennes,
est un des plus précieux monumens de l'antiquité.
Ptolémée n'a pas rendu desservices moins grands à
la géographie, en rassemblant toutes les longitudes
et les latitudes connues des différentes places, et en
posant la fondation de la méthode des projections,
pour la construction des cartes géographiques. Il
composa un long traité d'optique, qui ne nous est - •

pas parvenu , et dans lequel il expliquait les ré


fractions astronomiques; il écrivit aussi des traités
sur différentes sciences, la chronologie, la mu
sique, la gnomonique et la mécanique.Tant de tra
vaux, sur des sujets si variés, manifestent un génie
supérieur, et lui obtiendront toujours un rang dis
tingué dans l'histoire des sciences. Lorsque l'Eu
rope sortit, pour la seconde fois, de l'état de bar
barie, son système dut céder à celui de la nature;
les hommes se vengèrent du despotisme que Pto
lémée avait si long-temps aidé à maintenir, et l'ac
cusèrent de s'être approprié les découvertes de
ses prédécesseurs; de son temps les œuvres d'Hip
parque, et des autres astronomes d'Alexandrie,
étaient suffisamment connues pour le rendre in
excusable de n'avoir pas distingué, de ses propres
découvertes, ce qui pouvait leur appartenir. On
doit attribuer la vogue dont jouirent si long-temps
ses erreurs, aux mêmes causes qui plongèrent de
nouveau l'Europe dans l'obscurité. La réputation
de Ptolémée a éprouvé le même sort que celle
d'Aristote et de Descartes.
Les progrès de l'astronomie, dans l'école d'A-
LEçoN r, 69
lexandrie, se terminèrent par les travaux de Pto
lémée. L'école exista encore pendant cinq siècles ;
mais les successeurs de Ptolémée et d'Hipparque se
contentèrent de commenter leurs ouvrages, sans
ajouter à leurs découvertes. A l'exception de deux
éclipses mentionnées par Théon, et de quelques
observations de Théon d'Athènes, les phénomè
nes du ciel n'eurent plus d'observateurs pendant
plus de six cents ans. Rome autrefois le siége de
la valeur et des sciences, ne fit rien pour l'astro
nomie. La haute considération qui fut toujours
attachée à l'éloquence et aux talents militaires ,
séduisait tous les esprits; et la science, n'offrant
aucun avantage, fut nécessairement négligée au
milieu des conquêtes entreprises par l'ambition, et
des commotions intérieures qui détruisirent la li
berté pour asservir Rome au despotisme des em
pereurs. La division de l'empire , conséquence
nécessaire de sa vaste étendue, entraîna sa chute,
et les lumières de la science, éteintes par les bar- .
bares, ne brillèrent plus que chez les Arabes.
Ce peuple exalté par le fanatisme, après avoir
porté ses armes et sa religion sur une partie con
sidérable de la terre, ne fut pas plus tôt rendu
au repos, qu'il s'adonna aux lettres et aux sciences;
ce qui eut lieu quelque temps après qu'ils eurent
brûlé leur plus bel ornement, la fameuse biblio
thèque d'Alexandrie. Ce fut en vain que le philo
sophe Philoponus mit tout en œuvre pour † Sall
ver. « Si ces livres, répondit Omar, sont confor
mes à l'Alcoran, ils sont inutiles; et s'ils y sont
contraires, ils sont détestables. » C'est ainsi que
périt ce trésor d'érudition et de génie. Le regret
suivit bientôt cette perte irréparable, car les Ara
7o ASTRoNoMIE ,
bes ne tardèrent pas long-temps à s'apercevoir
qu'ils s'étaient privés des fruits les plus précieux
de leurs conquêtes.
Vers le milieu du 8° siècle, le calife Almanzor
aceorda des encouragemens à l'astronomie ; mais
2 † les princes arabes qui se distinguèrent par
eur amour pour la science, le plus célèbre dans
l'histoire est Almamoun, de la famille des Abas
sides, et fils du fameux Aaron al Raschil, si célèbre
dans toute l'Asie. Almamoun règna à Bagdad
en 814. Après avoir défait l'empereur grec Mi
chel III, il lui imposa, parmi les conditions de la
# celle de lui remettre les meilleurs livres de
a Grèce. L'Almageste étant de ce nombre, ce ca
life le fit traduire èn arabe, et répandit de la sorte
la connaissance de l'astronomie, qui avait autre
fois fondé la célébrité de l'école d'Alexandrie.Non
content d'encourager les savans par cette libéra
lité, il observait lui-même, et détermina l'obliqui
té de l'écliptique; il fit également mesurer un de
gré du méridien, dans la vaste plaine de la Méso
potamue.
Les encouragemens que ce prince et ses succes
seurs donnèrent à l'astronomie, produisirent un
grand nombre d'astronomes, parmi lesquels Alba
tegnius mérita la première place. Nous lui devons
une observation de l'obliquité de l'écliptique, qui,
corrigée de la réfraction et de la parallaxe, donne
23° 35 46". Toutes les observations arabes of
frent à peu près le même résultat, lorsqu'on dé
duit la variation d'un siècle, qui est de 51" 5. "
Ce grand astronome perfectionna la théorie du
soleil; il réduisit l'excentricité de l'ellipse solaire
à o,o17325, le rayon de l'orbite pris pour I. Au
LEçoN r. 71
commencement de 175o, elle était de o.o16814.
Sa diminution, dans l'intervrlle de 87o ans, était
par conséquent de o.oo51 1. La théorie de la
gravité, de l'illustre Laplace, qu'on pourrait dési
. gner par le nom de loi du mouvement, en adop
tant la valeur la plus probable des masses des
planètes, donne o.oo3967.Cette différence tient
aux erreurs dont les observations d'Albategnius
étaient susceptibles à cette époque. ·

Les Perses, long-temps soumis aux mêmes sou


verains que les Arabes, après avoir professé la
même religion , secouèrent le joug des califes,
vers le milieu du 11° siècle. A la même époque,
leur calendrier reçut une forme nouvelle, par les
soins de l'astronome Omar Cheyam; il était fon
dé sur une intercallation ingénieuse , qui consis
tait à faire six années bissextiles tous les trente
trois ans. - »

· Alphonse, roi de Castille, fut un des premiers


| souverains de l'Europe qui encouragèrent le ré
· tablissement de l'astronomie : elle compte peu
de protecteurs aussi zélés ; mais il ſut mal se
condé par les astronomes qu'il avait rassemblés à
- grands frais : les tables qu'ils publièrent ne va
lurent jamais les dépenses qu'ils lui avaient occa
sionées. -
72 ASTRoNoMIE,

HIsToIRE DE L'AsTRoNoMIE, DEPUIs CoPERNIG


** JUsQU'A Nos JoURs.

Confidens du Très-Haut, substances éternelles


Qui brûlez de ses feux, qui couvrez de vos ailes
Le trône où votre maître est assis parmi vous,
Parlez, dugrand Newton n'étiez-vous pas jaloux ?
VoLTAIRE.

Nous voici arrivés à cette époque célèbre où


l'astronomie, se dégageant des limites étroites où
elle avait été renfermée, s'éleva, par des progrès
rapides et continuels, à la hauteur où on la voit
maintenant. Purbeck, Regiomontanus et Walthe
rus aplanirent le chemin, et Copernic de Thorn
accéléra les progrès de la science, par son système
heureux des phénomènes célestes, produits par
les mouvemens de la terre sur son axe et autour
du soleil. - -

Fatigué, comme Alphonse, de l'extrême com


plication du système de Ptolémée, Copernic tâcha
de découvrir, dans les philosophes anciens, un -

arrangement plus simple de l'univers. Il trouva


que plusieurs d'entre eux avaient supposé que Vé
-
-

LEçoN II. : 73
nus et Mercure accomplissaient leurs révolutions
autour du soleil; que Nicétas, suivant Cicéron, fai
sait tourner la terre surson axe, et se dégageait ainsi
de cette vélocité inconcevable que l'on attribuait
à la sphère céleste, pour † sa révolution
diurne. Il apprit d'Aristote et de Plutarque que
les Pythagoriciensavaient fait tourner laterre et les
planètes autour du soleil, qu'ils plaçaient au centre
de l'univers. Ces idées lumineuses le frappèrent ;
il les appliqua toutes avec succès aux observations
astronomiques, que le temps avait multipliées, et
il vit qu'elles convenaient à la théorie du mouve
ment de la terre. La révolution diurne des cieux .
n'était qu'une illusion, due à la rotation de la terre,
et la précession des équinoxes se trouva réduite à
un petit mouvement de l'axe terrestre. Les cercles
imaginés par Ptolémée, les mouvemens alternatifs
directs et indirects des planètes, disparurent. Co
ernic ne vit dans ces singuliers phénomènes que
† apparences produites par le mouvement de la
terre autour du soleil, et par celui des autres pla
nètes; de là il fut conduit à déterminer les dimen
sions de leurs orbites, qui étaient.inconnues jus
qu'alors. Enfin, tout dans ce système annonçait
cette belle simplicité des opérations de la nature,
qui enchante tant l'esprit, lorsqu'on est assez heu
reux pour la découvrir. Copernic publia son sys
tème dans ses Révolutions Célestes, et, pour ne pas
choquer les préjugés reçus, il le présenta en forme
d'hypothèse. « Les astronomes, dit-il dans sa
§ à Paul III, ayant la permission d'ima
giner des cercles pour expliquer le mouvement des
étoiles, je me crus également en droit d'examiner
si la supposition du mouvement de la terre ren
*

- * - •
74 · AsTRoNoMIE ,
· drait la théorie de ces apparences plus exacte et
plus simple. » Ce grand homme ne fut pas témoin
du succès de son ouvrage. Il mourut subitement,
à l'âge de soixante-onze ans, au moment où il ve
nait de recevoir la première épreuve deses œuvres.
On ne décora son tombeau d'aucune épitaphe ;
mais sa mémoire existera aussi long-temps que les
grandes vérités qu'il a introduites avec une telle
évidence, qu'elles ont enfin dissipé les illusions des
sens, et surmonté les difficultés que l'ignorance
des lois mécaniques leur opposait.
Un accident heureux donna naissance à l'instru
ment le plus merveilleux que le génie de l'homme
ait jamais inventé, et qui, tout en imprimant aux
observations astronomiques une précision et une
étendue jusqu'alors inespérées, montra de nou
velles inégalités et de nouveaux mondes dans les
cieux. Galilée connut à peine les premiers essais
du télescope, qu'il essaya de le perfeetionner; le
dirigeant vers les étoiles, il découvrit les quatre
satellites de Jupiter, qui montraient une nouvelle
analogie entre la terre et les planètes. Il observa
ensuite les phases de la lune, et dès ce moment
il ne douta plus de son mouvement autour du so
leil. La voie lactée lui montra un nombre infini
de petites étoiles, que le rayonnement confond, à
l'œil nu, en une lumière blanche et continue : les
points lumineux qu'il aperçut au delà de la ligne
qui sépare les parties brillantes et obscures de la
lune, lui donnèrent connaissance de l'existence et
de la hauteur de ses montagnes. Enfin il observa
les apparences occasionées par l'anneau de Satur
ne, les taches et la rotation du soleil. En publiant
«es découvertes, il montra qu'elles prouvaientin
º

LEçoN II. 75
eontestablement le mouvement de laterre;mais l'i-
dée de ce mouvement fut déclarée hérétique par
une congrégation de cardinaux, et Galilée fut cité
au tribunal de l'inquisition, et forcé de rétracter
sa théorie pour échapper à la prison.
Dans un homme de génie, la passion la plus
forte a toujours été l'amour de la vérité; plein de
cet enthousiasme qu'une grande découverte inspi
re, il brûle de la répandre, et les obstacles causés
par l'ignorance et la superstition, ne font qu'irriter
et accroître l'énergie de cette passion : Galilée le
prouva. Convaincu du mouvement de la terre par
ses propres observations, il médita long-temps un
nouvel ouvrage où il se proposait d'en développer
les preuves. Mais , pour se mettre à l'abri de la
persécution dont il avait failli être victime, il pré
senta son livre sous la forme de dialogues entre
trois interlocuteurs, dont un défendait le système
de Copernic, et se trouvait combattu par un péri
patéticien. Il est clair que l'avantage devait rester .
au défenseur de son système; mais comme Galilée
ne décidait pas entre eux, et donnait le plus de
oids possibleaux objections des † de Pto
† il était en droit d'espérer la tranquillité que
son âge et ses travaux méritaient. - -

Le succès de ces dialogues, et la manière triom


phante avec laquelle toutes les difficultés contre le
mouvement de la terre étaient résolues, éveillèrent
la jalousie de l'inquisition. Galilée, âgé de soixante
dix ans, fut de nouveau cité devant ce tribunal.
La protection du grand duc de Toscane ne put
l'empêcher d'être jugé. Il fut mis en prison, et là
on exigea de lui un second désaveu de ses senti
mens, en le menaçant de lui infliger la punition
*.
76 AsTRoNoMIE ,

de relaps, s'il continuait d'enseigner le système


de Copernic.
• Il fut forcé de signer cette abjuration fameuse,
que M. Laplace rapporte dans son Précis de l'his
toire de l'astronomie : « Moi, Galilée, à la
soixante-dixième année de mon âge, constitué per
sonnellement en justice, étant à genoux, et ayant
devant les yeux les saints évangiles, que je touche
de mes propres mains, d'un cœur et d'une foi sin
cères, j'abjure, je maudis et je déteste l'erreur,
l'hérésie du mouvement de la terre, etc (1).
Quel spectacle ! Un vieillard vénérable, illustré
par une longue vie entièrement consacrée à l'étude
de la nature, abjurant à genoux, contre le témoi
gnage de sa propre conscience, la vérité qu'il avait
évidemment prouvée ! Un décret de l'inquisition
le condamna à uneprison perpétuelle. Il fut mis en
liberté un an après, par suite dessollicitations du
grand duc de Toscane; mais, pour empêcher qu'il
ne se dérobât à la puissance de l'inquisition, il lui
fut défendu de quitter le territoire de Florence. .
Pendant que ces choses se passaient en Italie,
Képler dévoilait en Allemagne les lois des mouve
mens planétaires. Mais, avant de donner le détail
de ses découvertes, il est nécessaire d'indiquer
d'abord quels furent les progrès de l'astronomie
, dans le nord de l'Europe , après la mort de Co
pernic. - -

(1) On prétend qu'au momentoùil se releva, ce grand


homme, agité par le remords d'avoir fait un faux ser
ment, les yeux baissés vers la terre, dit en frappant du
pied : Cependant elle tourne ! Galilée, supérieur à son
siècle et à son pays, mourut neuf ans après, à Arretri ,
près de Florence. *
LEçoN II. 7y
L'histoire de cette science offre à cette époque
un grand nombre d'observateurs : l'un des plus
illustres fut Guillaume IV, landgrave de Hesse
Cassel. Il fit bâtir un observatoire à Cassel, et le
fournit d'instrumens soignés, avec lesquels il ob
serva long-temps. -

Ticho-Brahé,un des plusgrandsobservateurs qui


existèrent jamais, naquit à Knucksturp, en Nor
wège.Son goût pour l'astronomie se manifesta dès
l'âge de quatorzeans, à l'occasion d'une † de
soleil qui arriva en 156o. A cet âge où la réflexion
est ordinairement rare, l'exactitude du calcul
qui annonçait ce phénomène, lui inspira le désir
ardent d'en connaître les principes, et ce désir fut
encore augmenté par l'opposition de son précep
teur et de sa famille.
De retour dans son pays, où Frédéric le fixa en
lui donnant la petite île de Huena, à l'entrée de la
Baltique, Ticho y bâtit un observatoire célèbre,
qui fut appelé † C'est là que, pendant
vingt et un ans, il fit des observations imnombra
bles et des découvertes importantes. .
L'invention de nouveaux instrumens, et les per
· fectionnemens ajoutés à ceux qu'on possédait déja,
donnèrent une plus grande précision aux obser
, vations.Un catalogue d'étoiles, supérieur à ceux
d'Hipparque et de Ulugh Beigh; la découverte dê
cette inégalité de la lune qu'on appelle variation;
celle des inégalités du mouvement des nœuds et de
l'inclinaison de l'orbite lunaire; la remarque inté
ressante que les comètes sont au-delà de cette or
bite; une connaissance plusparfaite des réfractions
" astronomiques; enfin des observations très nom
breuses sur les planètes, qui ont servi de base aux
-

- - --
78» #
| AsTRoNoMIE,
* • º

découvertes de Képler; tels sont les principaux


SerVICeS "que. Ticho-Brahé rendit à l'astronomie.

- Frappé des objections que les adversaires de Co


pernic faisaient relativement au mouvement de la
terre, et peut-être cédant à la vanité de donnerson
nom à un nouveau système, il manqua celui de la
nature. Suivant Ticho, la terre est immobile au
centre de l'univers; toutes les étoiles se meuvent
chaque jour autour del'axe du monde; et le soleil,
dans sa révolution annuelle, emporte les planètes
avec lui. Dans ce système déja connu, les appa- :
rences sont les mêmes que dans celui du mouve
ment de la terre.On peut en général considérer un
point quelconque pour centre, par exemple, le
centre de la lune, comme immobile ; mais alors il
faut indiquer son propre mouvement dans une di
rection contraire à celui de toutes les étoiles.
Mais n'est-il pas physiquement absurde de croire
que la terre resteimmobile dans l'espace, tandis que
le soleil emporterait toutes les planètes dont il oc
cuperait le centre ? Comment la distance du soleil à
la terre, qui s'accorde si bien avec l'hypothèse du
mouvement de cette dernière,peut-elle laisser, dans
un esprit éclairé, encore quelques doutes sur la -
vérité de cette théorie ?Il faut avouer que Ticho,
† grand observateur, ne fut jamais heureux
ans la recherche des causes; son esprit peu philo
sophique était même imbu des préjugés de l'astro
logie, qu'il essaya de défendre, -

Dans ses dernières années,Tichoeut Képler pour


disciple. Celui-ci naquit à Viel , en 1571, dans le
duché de Wirtemberg; il fut un de ces hommes .
extraordinaires quela nature accorde rarementaux -
sciences, pour démontrer, dans tout leur jour , les
" *
LEçoN Ir. 79
grandes théories préparées par des siècles de tra
vail. -

Képler dut le premier de ces avantages à la


nature, et le second à Ticho. Etant allé trouver
Ticho-Brahé à Prague, celui-ci découvrit le gé
nie de Képler, dans ses premiers ouvrages,
malgré les analogies mystérieuses des nombres
· et des figures dont ils étaient remplis ; il l'ex
horta à consacrer son temps à l'observation, et
lui procura le titre de mathématicien impérial.
La mort de Ticho, qui arriva peu d'années
après, mit Képler en possession d'une nombreuse
collection d'observations, dont il fit le plus noble
usage, en fondant sur elles trois des découver
tes les plus importantes qui aient jamais été fai
tes dans la philosophie naturelle. -

Ce fut une opposition de Mars qui détermina


Képler à préférer les mouvemens de cette pla
nète, pour ses premières observations. Son choix
fut heureux, en ce que l'orbite de Mars épant
une des plus excentriques du système plané
taire, les inégalités de son mouvement étaient
· plus perceptibles, et par là conduisirent à la dé
couverte de leurs lois, avec plus de facilité et de
récision. Quoique la théorie du mouvement de
# terre eût fait disparaître un grand nombre des
cercles dont Ptolémée avait embarrassé l'astro
nomie, cependant Copernic en avait substitué
beaucoup d'autres pour expliquer les inégalités
réelles des corps célestes. -

Képler, trompé comme lui parl'opinionqueleur


mouvement devait être circulaire et uniforme,
chercha long-temps, pour représenter les mouve
mens de Mars par cette hypothèse. Enfin, après
4
8o AsTRoNoMIE,

beaucoup d'essais dont il donna le détail dans son


fameux ouvrage sur Mars, il surmonta l'obs
tacle qu'une erreur, soutenue par le suffrage de
toutes les périodes, lui avait opposé : il découvrit .
que l'orbite de Mars est une ellipse, dont le so
leil occupe un des foyers, et que le mouvement
de cette planète est tel, que le rayon recteur ,
tiré de son centre à celui du soleil , décrit des
aires égales dans des temps égaux. *,

La découverte de cette vérité donna probable


ment naissance aux analogies mystérieuses des
† ; elles séduisirent Képler, et il
eur dut une des plus belles découvertes. Per
suadé que les distances moyennes des planètes au
soleil doivent être réglées conformément à ces
analogies, il les compara long-temps avec les
figures géométriques régulières et avec les inter
valles des tons. Après dix-sept ans de médita
tions et de calculs , concevant l'idée de compa
rer les puissances des nombres qui les expri
maient, il trouva que les carrés des temps des
révolutions planétaires, sont en rapport avec les
cubes des grands axes de leurs orbites : loi très
importante, qu'il eut l'avantage d'observer dans
le système des satellites de Jupiter, et qui s'ap
plique à tous les systèmes de satellites.
C'est ainsi que Képler expliqua la disposition
du système solairepar les lois de l'harmonie mu
sicale. On le voit, dans ses derniers ouvrages, se
complaire à ces spéculations chimériques, et les
regarder comme la vie et l'ame de l'astronomie.
• Il en a déduit l'excentricité de l'orbite terrestre,
la densité du soleil, sa parallaxe, et d'autres
résultats dont l'inexactitude , découverte aujour
LEçoN II. 8I

d'hui, est une preuve des erreurs auxquelles


on s'expose, en déviant de la route tracée par
l'observation.
Cependant, parmi ces essais infructueux et
ces nombreuses erreurs, la liaison des faits le
conduisit à rectifier, dans un ouvrage où il pu
blia ses principales découvertes, les idées adop
tées jusqu'alors à ce sujet. « La gravité, dit-il
dans son commentaire sur Mars, n'est qu'une
affection mutuelle entre des corps semblables.
Les corps pesans ne tendent pas vers le centre
du monde , mais bien vers celui du corps rond
dont ils forment une partie, et si la terre n'était
pas sphérique, les corps pesans ne tendraient pas
à tomber vers son centre, mais vers différens
points. » Sa déduction était juste, mais il se trom
pait sur le principe; car le phénomène de la gra
vité ou de la pesanteur, provient des deux mou
vemens combinés de la terre. -

Malgré ses droits à l'admiration publique,


Képler vécut dans la misère. L'astrologie judi
ciaire était alors la seule science que l'on honorât
et récompensât magnifiquement. Les astronomes
du temps, Descartes et Galilée, qui auraient pu
obtenir les plus grands avantages de ses décou
vertes, les négligèrent ou n'en aperçurent pas
l'importance. -

· Les travaux de Huyghens suivirent bientôt ceux


de Képler et de Galilée. Peu d'hommes ont au
tant mérité des sciences, par l'importance de
leurs recherches. Vers le même temps, Hévélius se
rendit utile à l'astronomie, par des travaux im
menses. Peu d'observations aussi infatigables ont
honoré le monde; il est à regretter qu'il n'ait
|!
82 AsTRoNoMIE,
pas voulu adopter l'application des télescopes
aux quarts de cercle, invention qui donna à
l'astronomie une précision inconnue jusqu'alors.
Les libéralités de Louis XIV attirèrent à Paris
Dominique Cassini, qui enrichit, pendant qua
rante ans de travaux utiles, l'astronomie d'une
foule de découvertes, telles que la théorie des sa
tellites de Jupiter, dont il détermina le mouvement
en observant leurs éclipses ; la découverte de
quatre satellites de Saturne ; eelle de la rota
tion de Jupiter, de Mars , de la lumière zodia
cale; la connaissance très approchée de la paral
laxe du soleil, la table exacte des réfractions, et
la théorie complète de la libration de la lune.
Parmi les astronomes que cette théorie a pro
duits, il faut citer Flamstead, un des plus grands
observateurs qui aient paru. Halley s'illustra par
ses voyages entrepris pour les progrès des scien
ces ; par ses recherches relativement aux comè
tes, qui lui firent découvrir le retour de celle
de 1757, et par l'idée ingénieuse qu'il eut d'em
ployer le passage de Vénus sur le disque du so
leil, pour en déterminer la parallaxe. Il faut
également citer Bradley, qui se rendit célèbre par
deux des plus belles découvertes qui furent jamais
faites en astronomie, l'aberration des étoiles fixes,
et la nutation de l'axe de la terre.
Descartes fut le premier qui essaya de réduire
les mouvemens des corps célestes à un principe
mécanique. Il imagina des tourbillons d'une ma
tière subtile, dans le centre desquels il plaçait les
corps. Le tourbillon du soleil mettait la planète
en mouvement; celui de la planète forçait , de
la même manière , le satellite à faire ses révolu
º LEçoN II. | 83
tions; mais le mouvement des comètes, traversant
les cieux en tous sens, détruisait ces tourbillons ,
comme il avait antérieurement détruit les sphè
res solides de cristal des astronomes anciens.
Ainsi , Descartes ne fut pas plus heureux, dans sa
théorie mécanique, que Ptolémée ne l'avait été
dans sa théorie astronomique. Toutefois , leurs
travaux n'ont pas été inutiles à la science. Pto
lémée nous a transmis, après quatorze siècles
d'ignorance, le peu de vérités astronomiques que
les anciens avaient découvertes.
Descartes, venu plus tard et dans un temps où
la curiosité était dirigée vers les sciences, sut lui
donner un nouvel essor, en substituant aux er
reurs anciennes, des erreurs plus séduisantes,
fondées sur l'autorité de ses découvertes géomé
triques : il pouvait espérer de détruire l'empire
d'Aristote et de Ptolémée ; mais , en établissant
pour principe qu'il faut commencer par douter
de toute chose, il nous prémunit contre un sys
tème qui ne put résister long-temps aux vérités
nouvelles qui lui furent opposées. Il était réservé
à Newton de nous enseigner les principes géné
raux des mouvemens célestes, au moyen de la loi
générale de la gravitation.
' Ce philosophe, si justement célèbre, naquit à
Woolstrop, en Angleterre, vers la fin de 1642,
qui est l'année de la mort de Galilée. Ses premiers
succès dans les études annoncèrent sa réputation
future.Une lecture rapide des livres élémentaires
d'astronomie lui suffisait pour les comprendre; il
étudia la géométrie de Descartes, l'optique de
Képler et l'arithmétique des infinis de Wallis ;
mais bientôt, aspirant à de nouvelles inventions,
84 è,
AsTRoNoMIE ,
il imagina, avant l'âge de vingt-sept ans, sa mé
thode des fluctuations, et sa théorie de la lumière.
Désirant le repos , et par aversion pour les dis
putes littéraires, il retarda la publication de ses
découvertes. Barrow, son ami et son précepteur,
travailla en sa faveur, et lui obtint une place de
professeur de mathématiques dans l'université de
Cambrige ; c'est durant cette période que, cé
dant aux désirs de Halley, et aux sollicitations de
la société royale, il publia ses Principia. L'uni
versité, dont il était membre, le choisit pour son
représentant au parlement conventionnel de 1688.
Il fut créé chevalier, nommé directeur de la mon
naie, par la reine Anne, et élu président de la
société royale en 17o3 , dignité dont il jouit jus
qu'à sa mort. -

Newton arriva à la loi de la diminution de la


gravité, par l'analogie de la lumière et de la cha
leur , et la prouva par le rapport qui existe entre
les carrés des temps périodiques et les cubes des
grands axes de leurs orbites, en les supposant
circulaires. Il démontra que ce rapport existe
généralement dans les orbites elliptiques, et
qu'il indique une gravité égale des planètes vers
le soleil, en les supposant à une distance égale de
son centre. La même égalité de gravité vers la
planète principale existe aussi dans tous les sys
tèmes des satellites, et Newton la vérifia sur des
corps terrestres, par des expériences très soignées.
En comparant la distance et la durée des révolu
tions des satellites avec celles des planètes, il con
nut les densités respectives, les masses du soleil
-

et des planètes accompagnées de leurs satellites 2

ainsique l'intensité de leur force de gravité à leurs


- LEçoN II. | 85
surfaces; en considérant que les satellites se meu
vent autour de leurs planètes, à peu près comme
si ces planètes étaient immobiles, il découvrit que
tous ces corps obéissent à la même force de gravité
vers le soleil. L'égalité d'action et de réaction ne
lui permit pas de douter que le soleil ne gravitât
vers les planètes et celles-ci vers leurs satellites,
et même que le centre de la terre ne fût attiré
partousles corps qui sontàsa surface. Il étendit en
suite cette proposition, par analogie, àtousles corps
célestes, et il établit en principe que toutes les
molécules de matières, semblables à leurs masses,
s'attirent directement et en raison inverse des car
rés de leurs distances.
Arrivé à ce principe, Newton vit que le grand
phénomène du système du monde pourrait en être
déduit. En considérant la gravité vers la surface
· des corps célestes, comme le résultat del'attraction
de toutes les molécules, il reconnut ces vérités
remarquables, savoir : que la force attractive d'un
corps ou d'une couche sphérique, sur un point
placé au dehors, est la même que si sa masse était
comprimée dans son centre, et qu'un point placé *
dans une couche sphérique, ou généralement une
couche terminée par deux surfaces elliptiques
semblables ou situées pareillement, est également
attiré vers tous les côtés. -

Il prouva que le mouvement de rotation de la


terre devait avoir abaissé sa surface vers les pôles
et il détermina la variation des degrés et de la gra
vité, en la supposant homogène. Il vit que l'action
· du soleil et celle de la lunesurlesphéroïdeterrestre,
devait produire un mouvement dans son axe de
rotation, pour faire rétrograder les équinoxes, éle
86 - AsTRoNoMIE , -

ver les eaux de l'Océan, et produire dans cette


grande masse fluide, les oscillations connues sous -
le nom de marées. Enfin, il fut convaincu que les
irrégularités de la lune étaient produites par l'ac
tion combinée du soleil et de la terre sur ce satel
lite. Mais, à l'exception de ce qui concerne le mou
vement elliptique des planètes et des comètes, les
découvertes de l'attraction des corps sphériques,
de l'intensité de gravité à la surface du soleil, et de
l'attraction des planètes qui sont accompagnées de
satellites, ne furent qu'indiquées par Newton.
Dans ce siècle, les découvertes d'Herschel, et les
perfectionnemens des télescopes, ont augmenté
nos connaissances sur la construction de l'univers;
on les expliquera ci-après.
En France, les écrits du célèbre Laplace ont il
lustré la science et confirmé les principes mathé
matiques de Newton, qui restent intacts, quelles
que soient les vraies causes des lois engendrées par
les forces de la nature. -
Nous venons de décrire les progrès qui ont été
faits dans la connaissance du ciel , depuis les
premiers philosophes jusqu'à ce siècle. Les dé
monstrations géométriques de Newton, et les re
cherches analytiques de Laplace, ont fixé nos idées
sur les lois universelles du mouvement; les téles
copes les mieux perfectionnés ont favorisé les dé
couvertes d'Herschel, d'Olbers, de Piazzi et autres. .
Ces résultats forment une science parfaite , dont
les détails intéressans et merveilleux seront décrits
dans les leçons suivantes.
#
· LECON
5
III. 87

cçoit troisièmtc.
vUEs GÉNÉRALES DU sYsTÈME soLAIRE ET DE
L'UNIvERs.

Au milieu d'un vaste fluide,


Que la main du Dieu créateur
Versa dans l'abîme du vide,
Un astre unique est leur moteur.
Sur lui-même agité sans cesse,
Il emporte, il balance, il presse,
L'Ether et les orbes errans.
MALFILATRE.

Nous allons maintenant diriger notre attention


vers l'arrangement du système solaire et ses rap
ports avec les étoiles.
Le globe immense du soleil, centre de tous les
mouvemensplanétaires,tournesursonaxe envingt
cinq jours et demi. Sa surface est couverte d'un $
océan de matière lumineuse, dont l'effervescence
active forme des taches variables, souvent très
nombreuses, et quelquefois plus grandes que la
terre. Voyez leçons 5 et 7.
Au-dessus de cet océan solaire, il existe une
atmosphère immense, dans laquelle les planètes et
leurs satellites se meuvent dans des orbites pres
que circulaires, et dont les plans sont peu inclinés
4
A

N.

88 - AsTRoNoMIE,
sur l'écliptique. Des comètes innombrables, après
s'être approchées du soleil, s'en éloignent à des dis
tances qui démontrent que son empire s'étend au
delà des limites connues du système planétaire.
Ce globe lumineux n'agit pas seulement sur tous
ces autres globes, en les forçant à tourner autour
de lui ; mais il leur distribue encore la lumière et
la chaleur; son influence bénigne donne naissance
aux animaux et aux plantes qui couvrent la sur
face de la terre , et l'analogie nous porte à croire
qu'il produit des effets semblables sur les autres
planètes. Il n'est pas naturel de supposer que la
matière, dont nous voyons se développer la fé
condité sous des formes si diverses , reste stérile
sur une planète aussi grande que Jupiter , qui
comme la ..terre,
/ *
a ses jours, ses nuits et ses an
5 - A

nées , et sur laquelle l'observation découvre des --


changemens qui indiquent des forces très actives.
On en peut dire autant de toutes les autres pla
nètes de notre système. • °

L'homme, formé pour la température dont il


jouit 1ci, ne pourrait, suivant toute apparence ,
vivre sur une autre planète; mais n'y aurait-il pas
une diversité d'organisation faite pour les diverses
températures des globes de l'univers ? Si la diffé
rence des élémens et des climats seuls, cause ici
une si grande variété de productions, à quels
changemens ne devrait-on pas s'attendre dans les
productions des planètes et de leurs satellites ?
L'imagination la plus active ne pourrait jamais
s'en faire une idée juste. D'ailleurs, toutes choses
restant de même sur la terre, on spourrait en
core croire que les planètes sont habitées, puis
qu'il n'y aurait qu'à peupler les pôles de Mercure

· LEçoN III. 89
et de Vénus, et les régions équatoriales des pla
nètes supérieures. -

Quelque arbitraire que soit le système des pla


nètes, il existe cependant entre elles des rapports
très remarquables, qui peuvent jeter quelque lu
mière sur leur origine. En les considérant avec
· attention, on est étonné de les voir toutes tourner
- autour du soleil de l'ouest à l'est, et à peu près
dans le même plan ; tous les satellites se meuvent
autour de leurs planètes respectives, dans la même
direction et presque dans le même plan que leurs
lanètes. Enfin, le soleil, les planètes, et ses sa
tellites dans lesquels on a observé un mouvement
de rotation, tournent sur leurs propres axes, dans
la même direction et à peu près dans le même
plan que leur mouvement de projection.
Un phénomène si extraordinaire n'est pasl'effet
du hasard ; il indique une cause universelle, qui,
doit avoir déterminé ces mouvemens. Pour appro
cher un peu de l'explication probable de cette
cause, on doit observer que le système planétaire,
tel que nous le considérons aujourd'hui, est com
posé de onze planètes. On a observé la rotation
du soleil, de cinq planètes, de la lune, de l'an
neau de Saturne et de son dernier satellite, etc; ces
mouvemens et ces révolutions forment ensemble
trente-un mouvemens, tous dans la même diree
tion. - -

Que l'on considère l'extérieur du système so- .


laire; des soleils innombrables, qui peuvent être
les foyers d'autant de systèmes planétaires, se
trouvent dans toutes les parties de l'espace, et à
de telles distances de la terre, que le diamètre en
tier de l'écliptique, vu de leur centre, est insensi
- º

- * -- = --
9o AsTRoNoMIE ,
ble. Beaucoup d'étoiles éprouvent des variations
périodiques très remarquables dans leur couleur
et leur éclat; il en est quelques unes qui ont paru
tout d'un coup, et qui ont disparu après avoir
brillé pendant quelque temps. Quel changement
prodigieux doit s'être opéré sur la surface de ces
grands corps, pour être ainsi sensible à la distance
qui nous sépare d'eux, et de combien n'excèdent
ils pas ceux que nous observons sur la surface du
soleil ? - -

Tous ces corps qui sont devenus invisibles ,


resteraient-ils dans la même place où ils ont été
observés, puis qu'il n'y a eu aucun changement
pendant le temps de leur apparition ?'il existerait
" donc, dans l'espace, des corps obscurs aussi
considérables et peut-être plus nombreux que les
étoiles ?Une étoile lumineuse, de la même densité
, que la terre, et dont le diamètre serait deux cent
cinquante fois plus considérable que celui du so
#* leil, ne laisserait-elle, en raison de son attraction,
· arriver aucun de ses rayons sur notre terre?il se
rait par conséquent possible que les corps les plus
considérables et les plus lumineux de l'univers,
restassent par cette raison invisibles ? Une étoile
qui, sans être de ce volume, surpasserait néanmoins
de beaucoup le soleil, affaiblirait sensiblement la
vélocité de sa lumière, et augmenterait ainsi l'é-
tendue de son aberration. Cette différence dans
l'aberration des étoiles et leur situation, la déter
mination de toutes les étoiles changeantes et les
variations périodiques de leur lumière, enfin les
mouvemens particuliers à tous ces grands corps,
qui, influencés par leur attraction mutuelle, et
probablement par leurs impulsions primitives,
LEçoN III. 9r
démontrent qu'ils décrivent des orbites immenses,
| forment donc, relativement aux étoiles, les objets
principaux des recherches de l'astronomie future.
Il paraît que ces étoiles, loin d'être disséminées
à des distances presque égales dans l'espace, sont
réunies en plusieurs groupes , dont chacun en
contient quelques millions. Notre soleil et les
étoiles de 1" grandeur, font probablement partie
d'un de ces groupes, qui, vus du point où nous
sommes, paraissent comprendre tout le ciel et
former une autre voie lactée. Le grand nombre
d'étoiles que l'on voit à la fois dans le champ d'un
télescope, dirigé vers la voie lactée, prouve son
immense profondeur, qui surpasse mille fois la
distance de Sirius à la terre; au-delà, cette voie a
l'apparence d'une lumière blanche et continue
d'un petit diamètre; car alors l'irradiation, même
dans les plus grands télescopes, couvre entière
ment les intervalles entre les étoiles. Il est donc
probable que ces nébulosités , sans étoiles dis
tinctes, sont des groupes d'étoiles vus d'une grande
distance; elles présenteraient, en les rapprochant,
des apparences semblables à la voie lactée.
Les distances relatives des étoiles qui forment
chaque groupe, sont au moins cent mille fois plus
grandes que celle du soleil à la terre; ainsi l'on
peut juger de la prodigieuse étendue de ces grou
pes, par le nombre des étoiles que l'on aperçoit
dans la voie lactée : si l'on réfléchit après cela, à la
petite étendue et au nombre infini de nébulosités
que l'on sépare l'une de l'autre, par un intervalle
incomparablement plus grand que la distance re
lative des étoiles dont elles sont formées, l'imagi
mation, perdue dans l'immensité de l'univers , ne
92 AsTRoNoMIE,
· peut que difficilement se faire une idée de ses
· bornes visibles.C'est en comparant les choses que
l'on s'aperçoit que les objets terrestres, que nous
, nommons très vastes, s'évanouissent près de ceux
qui roulent dans l'immensité de l'espace (1).
Le globe terrestre se perd dans le système so
laire, comme ce même système se perd dans l'é-
tendue incommensurable de l'univers : et cet uni
| vers lui-même, qu'est-il en comparaison de latoute
puissance de son créateur ? « Etant sur le Mont
Blanc, dit M. de Saussure, j'admirais l'aspect du
ciel pendant de belles nuits; la lune brillait dans
toute sa splendeur, et Jupiter rayonnant comme
le soleil, s'élevait derrière les montagnes à l'est,
tandis que la blancheur éclatante de la neige for
mait un constraste aussi délicieux que singulier :
quelle belle scène ! Les étoiles, s'égarant en quel
que sorte sur les côtés éblouissans de la monta
gne, comme si le voile du ciel avait été levé, frap
paient les yeux du plus vif éclat. La voûte obscure,
dans la profondeur de laquelle on se perdait, se
montrait remplie de mondes brillans; et quoique

(1) Si le grand télescope de 4o pieds d'Herschel porte,


comme il le suppose, à une distance de 7oo billions de
mille géographiques; en comparant cette distance à la
vitesse de la lumière, on trouve qu'il s'écoulerait au
moins 5oo.ooo ans; avant qu'un rayon de ces étoiles
lointaines pût parvenir jusqu'à nous. Ce grand observa
teur croit même, grâce à ses merveilleuses lunettes,
distinguer des objets 3oo,ooo fois plus éloignés que ne
l'est l'étoile la plus proche, de manière que les rayons de
ces faibles points lumineux ne seraicnt pas moins de
deux millions d'années en route. -
LECON
J
III. 93
beaucoup fussent plusieurs millions de fois plus
près de nous que d'autres; cependant ils parais
saient tous à une même distance. Nous savons que
le soleil est plus près qu'aucune autre étoile ; que
la lune et † planètes sont plus près de
mous que le soleil, parcequ'ils se mettent quel
quefois entre cet astre et nous, et cependant ils
paraissent tous placés sur la surſace d'une sphère
dont notre œil semblait être le centre. »
Il suit de ces démonstrations , fondées sur des
observations télescopiques, que les nébulosités,
dont il paraît que les centres ne peuvent pas être
précisément déterminés, sont, relativementà nous,
les objets célestes les plus fixes et les plus propres
à y référer la situation de toutes les étoiles. Il suit
donc de là, que les mouvemens des corps de notre ,
système solaire sont très compliqués.La lune dé
crit une orbite à peu près circulaire autour de la
terre; mais vue du soleil , elle décrit une série
d'épicycles dont les centres sont sur les circonfé
rences de l'orbite terrestre. La terre décrit de la
même manière une série d'épicycles dont les cen
tres sont sur l'arc que le soleil décrit autour du
centre de notre nébulosité; enfin, le soleil décrit
lui-même une série d'épicycles, dont les centres
sont sur l'arc décrit par le centre de notre nébu
losité, autour de celui de l'univers.
L'astronomie a déja fait un grand pas, en nous
faisant connaître le mouvement de † terre et la
série des épicycles que la lune et les satellites dé
crivent sur les orbites de leurs planètes. Il reste à
déterminer l'orbite du soleil et le centre de sa né
bulosité; mais, si des siècles ont été nécessaires
pour apprendre à connaître les mouvemens du
v,
•.
94 • AsTRoNoMIE,
système planétaire, quelle prodigieuse durée de
temps nefaudra-t-il pas pour déterminerles mou
vemens du soleil et des étoiles ? L'observation les
a déja rendus sensibles ; Herschel a essayé de les
expliquer, par un changement de position dans le
soleil, indiqué par son mouvement de rotation.Un
grand nombre d'observations sont suffisamment
expliquées, en supposant que le système solaire
portait vers la constellation d'Hercule. D'autres
observations paraissent prouver que ces mouve
mens apparens des étoiles, sont une combinaison
de leur mouvement réel, avec celui du soleil. Le
temps seul pourra découvrir, sur ce sujet, des
faits curieux et importans. .
| --

Il est un dernier centre éloigné de la sphère


Sur qui tournent captifs nos cieux et notre terre ;
Non celui du soleil, fixe à nos yeux bornés,
Et qu'en un autre Ether, lieux indéterminés,
Attirent en secret tant d'étoiles pressées,
Autres soleils roulant par delà nos pensées !
Mais un vrai centre unique où tendent tous les corps,
Point où s'évanouit le jeu de leurs ressorts,
Obscur milieu du monde, et terme des distances,
Où vont des pesanteurs aboutir les distances.
- LEMERCIER.

· Il reste encore de nombreuses découvertes à


faire dans notre propre système. Herschel et ses
satellites, dernièrement découverts, laissent sup
poser l'existence d'autres planètes qui n'ont point
- été observées. On ne peut pas encore déterminer
le mouvement de rotation ou d'aplatissement de
† planètes, et de la plus grande partie de
eurs satellites, et on ne connaît pas avecassez de
LEçoN III. 95
précision la densité de tous ces corps.La théorie
de leurs mouvemens est une série d'approxima
tions, dont la convergence dépend en même temps
· de la perfection de nos instrumens et des progrès
de l'analyse, qui doivent, par ces moyens, rece
voir journellement de nouvelles améliorations. On
déterminera, par des mesures soignées et répé
tées, les inégalités de la figure de la terre, et la
variation du poids sur sa surface. Les retours des
comètes déja observées; les nouvelles comètes qui
paraîtront; l'apparence de celles-ci, qui, en se mou
vant dans des orbites hyperboliques, peuvent pas
ser d'un système dans un autre ; la perturbation
que toutes ces étoiles éprouvent, et qui, à l'ap
proche d'une grande planète, peuvent entièrement
changer leurs orbites; comme il arriva vraisem
blablement à la comète de 177o, par l'action de
Jupiter ; les accidens que la proximité et même le
choc de ces corps peuvent occasioner, ainsi que
dans les satellites; en un mot, les changemens que
les mouvemens du système solaire éprouvent :
tels sont les principaux objets que le système pla
nétaire présente aux recherches des astronomes et
des géomètres futurs.
Considérée comme un grand tout, l'astronomie
est le plus beau monument de l'esprit humain, la
plus belle preuve de son intelligence. Séduit par
les illusions des sens et par l'amour-propre,
l'homme se considéra péndant long-temps comme
le ccntre des mouvemens des corps célestes, et son
orgueil fut justement puni par les vaines terreurs
qu'ils lui inspiraient quelquefois. Les travaux de
plusieurs siècles ont enfin éearté le voile qui cou
vrait ce système, L'homme paraît sur une petite
:
96 - ASTRONOMIE , .

planète, presque imperceptible dans lavaste éten


due du système solaire, qui n'est lui-même qu'un
point presque insensible dans l'immensité de l'es
pace. Les résultats sublimes auxquels cette dé
couverté a mené, peuvent le consoler de l'exi
guité de l'espace où il se trouve conſiné dans l'u-
IllVCI'S,
*

" -- ----
LEçoN Iv. 97

cçon quatrième.
DU sYsTÈME soLAIRE , GU DESCRIPTIoN DES PRIN
CIPAUx PHÉNoMÈNEs QUE PRÉSENTENT -

LEs PLANÈTES. -

.. .. Dans les bornes prescrites


Volent et Mercure et Vénus.
La terre suit; Mars, moins rapide,
D'ûn air sombre s'avance et guide
Les pas tardifs de Jupiter ;
| Et son père, le vieux Saturne,
Roule à peine son char nocturne
Sur les borbs glacés de l'Éther.
" MALFILATRE.

Il est démontré que les apparences des objets


sont variées et différentes, suivant les situations et
les mouvemens du spectateur. Afin que l'on ait .
une connaissance plus distincte du système solaire,
et que la beauté admirable de l'univers, ainsi que
les mouvemens harmonieux des corps qui y sont
contenus, puissent y être mieux compris, il est né
cessaire d'observer ce divin tout d'un seul point ;
mais pour avoir une notion à la fois juste et vraie
du monde, on doit le supposer observé dans des
situations et des distances différentes, afin qu'en
contemplant les différentes vues qu'il nous pré
sente, et en les comparant ensemble, on puisse
obtenir au moins une connaissance distincte de
\
-,
98 AsTRoNoMIE ,
notre propre système, ainsi que des parties de
l'univers les plus éloignées. -

Un même ordre suffit pour les globes divers ;


Un même plan, suivi dans ce grand univers ,
D'un artisan suprême atteste la puissance :
Joignant l'économie à la magnificence,
Dieu ne dédaigna point cette uniformité,
Et l'ordre se forma sur la simplicité. .

Ainsi donc, pour comprendre les corps célestes,


leurs mouvemens et leurs apparences, que l'on
appelle phénomènes, on ne doit pas se supposer
habitant la terre , et fixé à une seule demeure,
mais imaginer que l'on a le pouvoir de passer dans
les régions de l'espace, et même sur le soleil, pour
observer de là la régularité et l'harmonie des
mouvemens. Il s'ensuivra que le spectateur sera
toujours dans le centre de sa propre vue; car dans
un espace indéfini , où il n'y a pas de bornes, tous
les objets qui sont à une grande distance, quoique
très éloignés les uns des autres, et paraissent sur
la ligne droite qui passe par notre œil, seront vus
au même point de l'espace; tous les corps paraî
tront également éloignés, quand leurs distances
deviendraient si grandes que l'œil ne pourrait les
estimer. En conséquence, le spectateur les consi
dérera comme placés dans la surface d'une sphère
où ils paraîtront faire leurs mouvemens, et dont
SOIl† le centre.Ainsi, quoique la lune soit
quatre cents fois plus près de nous que le soleil,
et celui-ci beaucoup plus près que les étoiles fixes,
cependant tous paraissent placés dans la même
surface concave des cieux. En quelque place que
LEçoN Iv. 99

$
, Ie spectateur réside, sur la terre ou le soleil, dans
" Saturne ou Herschel, même dans les étoiles fixes,
ce lieu-là sera considéré par les habitans comme
point central de l'univers, puisque c'est le centre
:
de cette surface sphérique sur laquelle tous les
corps éloignés semblent être placés. Ainsi donc,
un spectateur placé dans le soleil et regardant
le ciel, observera que sa surface est concave et sphé
rique, qu'il s'y trouve des multitudes innombra
bles d'étoiles, que nous nommons fixes, disper
sées de tous côtés et servant d'ornement à la voûte
céleste. -

Au-delà du soleil et loin de cet espace


Où la matière nage et que Dieu seul embrasse,
Sont des soleils sans nombre et des mondes sans fin ;
Dans cet abîme immense il leur ouvre un chemin.
VoLTAIRE.
^,

Outre ces étoiles fixes, dont le nombre est in


calculable et qui n'appartiennent pas au système
solaire, il en est d'autres qui accomplissent leurs
révolutions autour du soleil, dans des périodes de
temps très différentes; elles doivent par consé
quent avoir des changemens très variables dans
leurs
elles àpositions, ainsi
l'égard des que dans leurs distances entre
fixes. A

Ces globes ou étoiles sont appelés planètes , ou


étoiles errantes; parmi elles se trouve la terre : le
soleil, les planètes, leurs satellites et les comètes,
sont des corps qui composent ce qu'on nomme
le système solaire ou planétaire. -

Les noms et les caractères du soleil et des pla


nètes sont comme suit: le Soleil # au centre; en
-
1oo · AsTRoNoMIE, N.

suite Mercure #, Vénus Q, la Terreà5, Mars -',


Vesta #, Junon 5, Cérès Ç, Pallas $, Jupiter 1g ,
Saturne 22, et Herschel ou Uranus #. Ce système
contient en outre dix-huit planètes secondaires :
la lune, les quatre satellites ou lunes de Jupiter ,
les sept satellites de Saturne, et les six apparte
nant à la planète Herschel; le nombre des comètes
est considérable, mais inconnu.
' Le mouvement réel des planètes, est dans la
même direction que celui du soleil sur son axe,
c'est à dire de l'ouest à l'est. Leurs orbites sont
dans des plans peu inclinés les uns à l'égard des
autres, de sorte que les plans de ces orbites, dans
les cieux, forment des angles, avec le cercle dans
lequel la terre tourne autour du soleil, d'un petit
nombre de degrés. Comme tous les plans qui ne
sont pas parallèles, se coupent en des lignes droites,
ainsi les plans des orbites dans lesquels les pla
nètes se meuvent, se coupent en des lignes qui
passent par le centre du soleil : par conséquent, le
spectateur qui y serait placé, observerait que les
planètes se meuvent dans la surface concave des
cieux, et qu'elles accomplissent leurs mouvemens
dans de grands cercles qui divisent le ciel en deux
parties égales. L'œil, se trouvant ainsi dans les
plans des orbites detoutes les planètes, ne pourrait
jamais, par ce moyen, juger de leurs différentes
distances au soleil; car, de là elles paraîtraient tou
tes également éloignées; par conséquent, pour
observer ces différentes distances aussi bien que
leurs périodes, il est nécessaire que le spectateur
se transporte au-dessus des plans de toutes les or
bites, dans une ligne perpendiculaire au plan de
* -
LEçoN rv. -1o1
l'orbite de la terre. Si l'on s'élève à une hauteur
égale à la distance de la terre au soleil, on n'ob
servera pas seulement alors les étoiles fixes dans
les mêmes positions qu'auparavant, mais on verra
aussi le soleil et les planètes dans les cieux; le so
leil, immobile comme une étoile fixe , et les pla
nètes, se mouvant autour de lui dans des cercles
moins grands, à des distances et à des périodes
très différentes. Les planètes qui achéveront leurs
révolutions plustôt, seront les plus rapprochées du
soleil, et leurs cercles seront les plus petits; celles
qui prendront plus de temps pour accomplir leurs
révolutions, décriront des cercles plus grands, et
se trouveront plus éloignées du soleil.Ainsi, l'or
dre des planètes sera tel qu'il est représenté pl. 1",
où le soleil se trouve au centre de toutes leurs or
bites, et autour duquel les planètes circulent de
l'ouest à l'est, suivant l'ordre des signes. .
Mercure , la plus rapprochée des planètes,
tourne autour du soleil en 87 23" 15/44", et sa
distance moyenne est de 13,361,ooo lieues, à peu
pres. , , -

Vénus tourne autour du soleil en 225 jours, à


- †près, à la distance
16Ul6S. -
moyenne de 24,966,ooo
-

La terre tourne autour du soleil en 365 jours


et demi, à peu près, à la distance moyenne de
34,515,ooo lieues. -

Mars fait sa révolution en près de 687 jours; sa


distance moyenne est de 52,613,ooo lieues.
Vesta, en 1,335 jours, à peu près, à la distance
moyenne de 81,9o4,1oo lieues. -
IO2 AsTRoNoMIE,
Junon en 1,591 jours, à la distance moyenne de
92,o51,5oo lieues. -

Cérès , en 1,681 jours et demi ; sa distance


moyenne est de 95,532,ooo lieues.
Pallas, en 1,682 jours; sa distance moyenne est
de 95,6ôo,ooo lieues. . -

Jupiter, en près de 4,333 jours, à la distance


moyenne de 179,575,ooo lieues. - -

Saturne, en 1o,759jours, à la distance moyenne


de 329,232,ooo lieues. -

Uranus ou la planète Herschel, en près de


3o,689jours, à la distance moyenne de 662,114,ooo
lieues.
La lune, les satellites de Jupiter, de Saturne et
d'Herschel, décrivent des orbites autour de leurs
planètes respectives, semblables à celles que ces
planètes décrivent autour du soliel.
· Les comètes décrivent des orbites très excen
triques; souvent une comète approche assez près
du soleil pour être cachée dans ses rayons ; et
d'autres fois elle s'éloigne à de telles distances de
cet astre, qu'elle en est probablement emportée
hors de notre système planétaire , et reste ainsi
des siècles sans revenir. - º -

Nous allons maintenant bonsidérer les phéno


mènes des mouvemens propres des planètes. Vé
nus est connue de tout le monde par la beauté de
son éclat , la blancheur de sa lumière, et sa belle
couleur d'un jaune clair, tirant un peu sur le vert,
qui la fait distinguer facilement. Vénus efface en
splendeur toutes les autres étoiles; et, malgré
qu'elle soit sans scintillation, elle est si brillante

' »
LEçoN rv. 1 o5s

que quelquefoison la voit en plein jour. C'est tous


les dix-neuf mois, lorsque, placée entre le soleil
et la terre, elle nous montre un peu plus du tiers
de son disque éclairé , que Vénus apparaît dans
son plus beau lustre; dans l'apogée, quoique alors
sa surface entière éclairée soit tournée vers nous,
elle montre moins d'éclat; cependant elle efface
encore à cette époque la plus grande partie des
étoiles primaires. Mais son plus bel éclat ne se
reproduit que tous les huit ans; elle présente alors
un phénomène si frappant que le commun des
hommes la prend volontiers pour un nouvel astre,
pour quelque étoile extraordinaire. Telle on l'a
vue en 1812.
Si l'on observe Vénus le matin, lorsqu'elle com
mence à se dégager des rayons du soleil, et avant le
lever de cetastre, elle a la forme d'un croissant;son
diamètre apparent est alors à son maximum, et elle
se trouve plus près de nous que le soleil, avec
lequelelle est presque en conjonction.Son croissant
augmente et son diamètre apparent diminue, en
proportion de son éloignement du soleil. Arrivée
à 45° de distance de cet astre, elle retourne vers
lui, en découvrant de plus en plus son hémisphère
éclairé. Son diamètre apparent continue de dimi
nuer jusqu'au moment où elle se cache, le matin,
dans les rayons du soleil.A ce moment, Vénus est
· pleine, pour nous, et son diamètre apparent est à
son minimum; parcequ'elle se trouve, dans cette
position, plus éloignée de nous que le soleil.Après
s'être cachée derrière lui pendant quelque temps,
cette planète reparaît le soir, et produit, dansun or
dre inverse,les phénomènes qu'ellenous a montrés
5
1 o4 AsTRoNoMIE,
avant sa disparition. Son hémisphère éclairé se dé
tourne de plus en plus de la terre; son croissant
diminue, et en même temps son diamètre apparent
augmente au fur et à mesure qu'elle s'éloigne du
soleil. Arrivée à 45°, elle retourne vers cet as
tre ; son croissant continue de diminuer et son
diamètre d'augmenter, jusqu'à ce qu'elle se plonge
de nouveau dans les rayons du soleil. Quelque
fois, pendant l'intervalle qui sépare sa disparition,
le soir, de son apparition le matin, on la voit sous
la forme d'une tache, parcourant le disque du
soleil. Il est évident, par tous ces phénomènes ,
que le soleil est à peu près dans le centre de l'or
bite de Vénus. , -

Ce résultat, obtenu par les observations des


phases et du diamètre apparent de Vénus, expli
que si naturellement ses mouvemens alternatifs,
directs et rétrogrades en longitude, ainsi que son
mouvement compliqué en latitude, qu'il est im
possible d'en conserver aucun doute.Mercure of
fre les mêmes apparences que Vénus; ainsi, le so
leil se trouve à peu près dans le centre de son or
bite. Ces deux planètes l'accompagnent dans sa ré
volution apparente autour de la terre, sans sortir
de certaines limites, qui dépendent des angles sous
lesquels on voit leurs orbites. Ces planètes, qui
laissent le soleil à la plus grande distance angulaire
possible, nous présentent d'autres phénomènes.
Leurs diamètres sont au maximum dans leurs plus
grandes digressions : ils diminuent en proportion
de leur approche du soleil; par conséquent la terre
n'est pas le centre du mouvement de ces planètes.
Aprèsleur conjonction supérieure, ce mouvement
LEçoN Iv. 1o5

de direct devient rétrograde; après la conjonction


inférieure ce mouvement devient direct, lorsque
la planète, en approchant du soleil, est à peu près
à la même distance qu'au commencement de sa
rétrogradation; et c'est au moment de la conjonc
tion que la vélocité rétrograde est la plus grande.
Ceci indique évidemment que le mouvement ob
servé de ces planètes est le résultat de deux mou
vemens, alternativement dans les directions pa
reilles et contraires, et dont l'un est gouverné par
celui du soleil. Tels sont les mouvemens de Mler
cure et de Vénus, qui, tournant autour du soleil,
sont censés être emportés avec lui autour de la
terre. Il est naturel d'appliquer la même loi aux
autres planètes, avec cette différence, que la terre,
placée en dehors des orbites de Mercure et de Vé
nus, se trouve comprise dans celle de Mars, Ju
piter, Saturne et Herschel. Le mouvement des
planètes autour du soleil se prouve aussi par les
éclipses des satellites de Jupiter, comme on le
verra ci-après.
C'est par l'observation de ces phénomènes que
I'on trouve les distances des planètes au soleil, et
ces distances varient peu dans le cours d'une
révolution, ce qui rend leurs mouvemens à peu
près uniformes. On est de la sorte conduit (par la
comparaison de ces phénomènes ) à placer le so
leil au centre des orbites des planètes, qui réel
lement tournent autour de lui, tandis qu'il paraît
se mouvoir autour de la terre dans un sens con- .
traire.

Les distances moyennes des planètes au soleil,


1o6 AsTRoNoMIE,
ainsi que leurs distances en lieues, sont comme
SLllt :

- EN RAYONS DISTANCE
| PLANETEs. ExACTEMENT.
terrestres. en lieues.

Mercure. .. 9,328 13,36r,ooo o,3871o


Vénus.. ... 17,429 24,966,ooo o,7233324
La Terre.. . 24,o96 34,515,ooo 1,16684oo
| Mars.. ... . 36,7 15 52,613,ooo 1,5236927
| Vesta..... 57, 196 81,9o4, 1oo 2,373ooo
| Junon..... 64,28 r 92,o51,5oo 2,667ooo
Cérès ... .. 66,674 95,532,ooo 2,767245
| Pallas.. ... 67,759 95,6oo,ooo 2,768ooo
Jupiter. ... 125,367 | 179,575,ooo 5,2o2792
| Saturne ... 2o9,846 | 329,232,ooo 9,53877o5
| Uranus.. ..
|
462,24 r | 662,1 14,ooo | 19,1833o5o
J.-

Que l'on considère le soleil accompagné de tou


tes les planètes et de leurs satellites , tournant au
tour de la terre, ou la terre et les autres planètes
tournant autour du soleil, les apparences des
mouvemens célestes seront à peu près les mêmes
dans les deux hypothèses, mais on doit préférer
la seconde par les considérations suivantes.
Les masses du soleil et des différentes planètes
étant considérablement plus grandes que celle de
la terre, il est beaucoup plus simple d'imaginer
que cette dernière tourne autour du soleil, que de
penser que tout le système solaire tourne autour
de la terre; ce serait supposer une complication
impossible dans les mouvemens célestes : quelle
rapidité ne faudrait-il pas, en effet, à Jupiter, ou
à Saturne, qui est dix fois plus loin du soleil que
nous, et à Herschel qui est encore plus éloigné,
-
LECON IV.
9
| 1o7
pour vouloir que ces masses considérables tour
nent autour de nous, chaque année , en même
temps qu'elles tourneraient autour du soleil ?Cette
complication et cette rapidité disparaissent, en
faisant mouvoir la terre dans son orbite, ce qui
est conforme à la loi générale, suivant laquelle les
petits corps célestes tournent autour des grands,
près desquels il sont situés.
L'analogie de la terre avec les planètes confirme
cette hypothèse; semblable à Jupiter, elle tourne
sur son axe et se trouve accompagnee par un sa
tellite. Un observateur placé à la surface de Jupi
ter, penserait que le système solaire se meut au
tour de cette planète, et son étonnant volume
rendrait cette illusion moins invraisemblable que
pour la terre. N'est-il donc pas raisonnable d'i-
maginer que le mouvement du système solaire au
tour de nous n'est également qu'une illusion ? Si
l'on se transportait sur le soleil, et qu'on se mît à
considérer # là la terre et les planètes, tous ces
corps paraîtraient se mouvoir de l'ouest à l'est ;
cette identité dans la direction indique un mouve
ment dans la terre; mais ce qui le démontre évi
demment, c'est la loi qui existe entre les temps
des révolutions des planètes et leurs distances du
soleil.Elles tournent autour de cet astre d'un mou
vement moins rapide, en proportion de la gran
deur de leurs distances, et de telle manière, que
les carrés de leurs temps périodiques sont en pro
portion avec les cubes de leurs distances moyennes.
Nous avons dit que pour avoir le carré d'un nom
bre, il fallait multiplier ce nombre par lui-même;
ainsi, par exemple, 4 fois 4 font 16; pour avoir
le cube, qu'il fallait multiplier un nombre deux

- --'-- - - - -

---- • -- * -a- -
1o8 AsTRoNoMIE ,

fois par lui-même; ainsi 4 fois 4 font 16, et 4 fois


16 font 64. La racine carrée est 4, et la racine
cubique est également 4. Ce sont donc ces nom
bres qui ont formé le carré et le cube.
Quand les géomètres disent que les carrés des
temps périodiques des planètes, sont entre eux
comme les cubes de leurs distances moyennes au
soleil, cela veut dire que si l'on multiplie par eux
mêmes les temps des révolutions de deux planètes
quelconques, et qu'on multiplie également deux
fois par elles-mêmes leurs distances, il y aura le
même rapport entre les carrés des temps des ré
volutions de ces planètes, qu'entre les cubes de
leurs distances moyennes,
· Prenons pour exemple la terre et Saturne.Nous
savons que la terre fait sa révolution en un an, et
Saturne en 3o ans (nous prenons des nombres
ronds pour abréger le calcul ). Nous dirons, le
carré § 1 est 1 , et le carré de 3o est 9oo. Si
l'on cherche la racine cubique de 1 et celle de
9oo, on trouvera que la première est I , et la
dernière 9 et près de #. En effet, Saturne est
éloigné du soleil de plus de neuf fois et demie la
distance de la terre au soleil. Tel est le rapport
qu'il y a entre les distances de la terre et de Sa
turne au soleil. -

· Connaissant la distance en lieues, de la terre au


soleil, on aura nécessairement celle de Saturne,
puisqu'il ne faudra que la multiplier 9 fois et de
mie, pour avoir celle de Saturne.
Suivant cette loi remarquable, la longueur de
la révolution de la terre, en la supposant en mou
vement autour du soleil, serait exactement d'une
| année sidérale, ce qui est une preuve incontesta
LeçoN Iv. Io9
ble que la terre semeut comme les autres planètes,
et se trouve assujettie aux mêmes lois.
Un observateur, placé sur la surface de la
terre, a une autre preuve de son mouvement dans
le phénomène de l'aberration. Vers le milieu du
dix-septième siècle, Roëmer observa que les éclip
ses des satellites de Jupiter arrivaient plus tôt vers
l'opposition de cette planète, et plus tard vers la
conjonction : ceci le conduisit à supposer que la
lumière n'était pas transmise instantanément de
ces corps à la terre, mais qu'elle employait un in
tervalle de temps très sensible pour traverser le
diamètre de l'orbite terrestre. En effet, Jupiter
étant dans sa conjonction, plus près de mous que
dans son opposition, d'une quantité égale au dia
mètre de l'orbite terrestre, les éclipses devraient
arriver plus tôt dans le premier cas que dans le
second, de tout le temps que la lumière met à
traverser cette orbite. La loi du retard, observée
dans des éclipses, répond si exactement à cette
hypothèse, qu'il est impossible de s'y refuser. Il
paraît d'après les calculs auxquels cette observa
tion a donné lieu, que la lumière met 8 5" à ve
nir du soleil à la terre. -

La considération des mouvemens célestes nous


conduit donc à déplacer la terre du centre du
monde, où on l'avait placée par l'erreur des ap
parences, et par une propension , naturelle à
l'homme de se croire l'objet pricipal de la na
ture. En regardant les deux mouvemens de la
terre comme une loi, tous les phénomènes s'ex
pliquent de la manière la plus simple, tous les
mouvemens célestes deviennent uniformes, et les
analogies se maintiennent. Comme Jupiter, Sa

-
I IO - AsTRoNoMIE,

· turne et Herschel, la terre est accompagnée d'un


satellite; elle tourne de même que ces planètes ,
et, comme elles, notre planète emprunte sa lu
mière au soleil.Enfin, l'hypothèse du mouvement
de la terre réunit en sa faveur la simplicité, l'a-
nalogie et tout ce qui caractérise le vrai système
de la nature. Nous verrons plus tard que, par ces
conséquences, les phénomènes célestes sont tous
rapportés, même dans leurs détails les plus mi
nutieux, à la loi du mouvement dont ils ne sont
que les développemens nécessaires. Cette hypo
thèse acquerra toute la certitude dont les vérités
· physiques sont susceptibles, soit par le grand
nombre et la variété des phénomènes qu'elle ex
plique, soit par la simplicité des lois sur lesquelles
elle repose.Aucune des branches des connaissan
ces naturelles ne peut unir ces avantages dans un
plus haut degré que la théorie du système du
monde, fondée sur les mouvemens de la terre.
Ces mouvemens ennoblissent nos idées sur l'uni
vers, en donnant une base immense à la mesure
des distances des corps célestes; cette base est le
diamètre de l'orbite terrestre, au moyen de la
quelle on peut déterminer avec précision les di
mensions des orbites des planètes.
Ainsi, le mouvement de la terre, après avoir .
par les illusions dont elle est la cause, retardé
pendant long-temps la connaissance du mouve
ment planétaire, nous y a eonduit d'une ma
nière peut-être † exacte que si nous eussions
été placés dans leur centre.
Néanmoins , la parallaxe annuelle des étoiles,
c'est à dire l'angle
85 que mesurerait le diamètre de
- - -

l'orbite terrestre, vu à leur distance, est insensi


LEçoN IV. I I I"

ble, et ne s'élève pas même à 1 9" pour les étoiles


qui, par leur éclat, semblent être les plus rap
prochées de nous. Elles sont par conséquent
au moins cent mille fois plus éloignées de nous
que le soleil. Leur vif éclat, à cette immense dis
tance, nous prouve qu'elles n'empruntent pas
leur lumière au soleil, comme les planètes et leurs
satellites, mais qu'elles brillent de la leur propre,
de sorte que ce sont autant de soleils dispersés
dans l'immensité de l'espace, et qui, semblables
au nôtre, peuvent être les foyers d'autant de sys
tèmes planétaires. Il serait suffisant en effet de
nous placer sur l'étoile la plus rapprochée, pour
ne voir ensuite le soleil que comme un point
brillant, dont le diamètre aurait moins d'un
dixième de seconde. Il résulte de la distance im
mense des étoiles , que leurs mouvemens en as
cension droite et en déclinaison, ne sont que des
apparences produites par le mouvement de la
terre sur son axe de rotation. Mais quelques étoi
les paraissent avoir des mouvemens qui leur sont
propres, et il est probable qu'elles ont toutes un
mouvement, ainsi que le soleil, lequel emporte
dans l'espace tout le système planétaire, de la
même manière que chaque planète emporte ses
†º satellites dans ses mouvemens autour du
SOlGl

-- -- - à ----- - - Ch.- -
I 12 AsTRoNoMIE ;

cçon cinquièmc.
DU soLEIL ET DE sEs MoUvEMENs, DEs TACHEs
QUE L'oN Y oBsERvE, ET DE soN
ATMosPHÈRE IMMENsE.
-

Dans une éclatante voûte


Il ( Dieu) a placé de ses mains,
Ce soleil qui dans sa route
Eclaire tous les humains;
Environné de lumière,
Cet astre ouvre sa carrière
Comme un époux glorieux,
Qui, dès l'aube matinale,
De sa couche nuptiale
Sort brillant et radieux.
J. B. RoUssEAU.
-

Cet astre lumineux, avec lequel notre planète


est si intimement liée, se montre à nos yeux
comme le grand foyer de lumière qui éclaire le
monde, et dont la présence fait notre jour. Dans
l'enfance de l'astronomie, on comprenait le soleil
parmi les planètes; mais on le range maintenant
parmi les étoiles fixes. Il paraît d'un volume im
mense, en comparaison des autres étoiles, parce
que nous restons toujours à une même distance,
très rapprochée de cet astre, tandis que celle qui
LEçox v. 1 13
existe entre notre terre et les étoiles est considéra
ble. Il en résulte que l'œil, placé aussi près d'une
des étoiles fixes que nous le sommes du soleil,
verrait cette étoile aussi grande que nous voyons
motre soleil, et n'apercevrait celui-ci que comme
une étoile, entièrement isolée de ses planètes, qui
resteraient invisibles ; on compterait alors le so
leil au nombre des étoiles des diverses constella
tions. -

La figure du soleil est sphérique, plus élevée


vers l'équateur que vers les pôles; on estime son
diamètre à 315,ooo lieues; son volume est vingt
quatre millions de fois plus fort que celui de la
lune, et de treize cent mille fois de plus que celui
de la terre;sa distance de la terre est de 34,515,ooo
lieues; distance si prodigieuse, qu'un boulet de
canon serait plus de six années à traverser l'es
pace qui sépare ces deux corps, en † que
sa rapidité fût toujours aussi grande que lors
qu'il sort du canon (1). Cette estimation du dia
mètre, de la grandeur et dé la distance du soleil,
est le résultat des déterminations des astronomes
les plus instruits de l'Europe, qui furent en
voyés sur différens points de la terre, pour obser
(1) En admettant qu'un spectateur, placé dans le so
leil, ne voie le rayon du disque apparent de la terre
que sous un angle de 8",63, une aussi petite parallaxe
attestera combien doit être grande la distance de ces
deux corps; le calcul donne, en effet, pour cette dis
tance 24,o96 rayons terrestres, ou environ 34,515,ooo
lieues. Un boulet de canon, parcourant 42o toises par
seconde ou 663 lieues par heure, faisant 15,9oo lieues
par jour prendrait environ six ans de temps pourarriver
au soleil.
1 14 - AsTRoNoMIE ,
ver le passage de Vénus sur le disque du soleil ,
dans les années 1761 et 1769. -

· Les illusions du mouvement apparent du soleil


n'ont été détruites que dans les derniers siècles.
C'est au mouvement annuel de la terre, dans son
orbite, qu'on doit attribuer le mouvement annuel
apparent de cet astre. Si du centre du soleil on ob
servait la terre, on reconnaîtrait à celle-ci, dans
l'espace, une rotation en vingt-quatre heures sur
son axe, et une translation qui fait parcourir à
son centre une orbite nommée écliptique, en 365
jours un quart environ, et qui occasionne le phé
nomène du renouvellement des saisons.
/ Le diamètre apparent du soleil ne conserve
point les mêmes dimensions dans les différentes
saisons : ce phénomène remarquable est occa
sioné par la translation de la terre dans une
courbe elliptique, qui le rapproche davantage de
cet astre en hiver qu'en été.
Les anciens considéraient le soleil comme un
globe de feu pur; mais, d'après le nombre de ta
ches noires et rouges que le télescope permet d'y
remarquer, cette opinion semblerait mal fondée.
Si le soleil était un corps enflammé, telles que le
sont les matières embrasées sur notre globe, son
vaste incendie répandrait la chaleur et la lumière
d'une manière analogue à nos feux terrestres et
très contraire à l'expérience. D'ailleurs, une ma
tière en combustion est dans un état passif, et se
consume si elle n'a de quoi réparer continuelle
ment les pertes qu'elle éprouve; tandis que le So
leil ne perd rien de sa force, et ne souffre, comme
l'on a de très fortes raisons de croire, aucune di
LEçoN v. · 115
minution apparente de volume par la communi
cation non interrompue de son calorique.
S'il y a quelque observation qui prouve en fa
veur de l'hypothèse, établie par Herschel, que le
soleil n'est point un brasier, mais une masse
froide, c'est l'apparence des taches. Ces taches
consistent en une partie centrale ou noyau, qui
paraît plus noir que le reste, et environné de fu
mée; elles changent souvent de position et figure,
même assez fréquemment pour varier durant le
temps de l'observation ; quelques unes des ta
ches les plus considérables , qui excèdent en
volume celui de toute la terre, se voient souvent
des mois entiers; lorsqu'elles disparaissent, on
croit qu'elles sont converties en taches lumineuses,
† paraissent alors plus brillantes que le reste
u soleil; ce sont celles qu'on nomme facules.
Lorsqu'on observe le soleil dans un télescope
dont le pouvoir amplifiant n'est même pas très
considérable, et souvent aussi à l'œil nu, on aper
çoit ces taches noires, moins brillantes que le
reste, de formes et de grandeurs différentes. Elles
s'évanouissent souvent après leur première appa
rition, ou parcourent quelquefois tout le disque
du soleil ou de sa surface visible, de l'est à l'ouest.
Après douze ou treize jours, elles se montrent
de nouveau, et de manière à être reconnues, par
leur grandeur et leur figure, pour être celles
qu'on avait observées auparavant. Ces taches so
laires ont excité l'attention des observateurs les
plus célèbres, et elles ont été différemment ex
pliquées. Quelques uns ont supposé qu'elles doi
vent leur naissance à la fumée ou à la matière
I I6 - AsTRoNoMIE ,

opaque lancée par des volcans, et que, lorsque


l'éruption tire à sa fin et que la fumée est dissi
pée, les flammes ignées se trouvent exposées à
nos regards et ont l'apparence des taches lumi
neuses nommées facules. D'autres ont imaginé
que le soleil est en un état continuel de fusion, et
que les taches qu'on y observe sont des éminen
ces de grandes masses de matière opaque, qui, par
les agitations irrégulières du fluide lumineux, sur
nagent quelquefois à la surface, et ensuite s'enfon
cent et disparaissent. D'autres ont encore sup
posé que ces taches sont occasionées par le nom
bre de planètes qui circulent autour du soleil à
une petite distance de sa surface. Le soleil a été
pris lui-même pour un globe de feu, et il a été
fait des calculs pour déterminer la perte qu'il
éprouverait par une extinction graduelle, ainsi
que de son pouvoir immense d'échauffer les corps
qui s'en approchent.
Plusieurs astronomes très instruits, depuis Ga
lilée jusqu'à nous, ont fourni des matériaux suffi
sans pour former un examen parfait de ce sujet ;
des observations plus récentes, faites avec de
meilleurs télescopes, prouvent que la plupart des
taches sont des ouvertures qui existent dans l'en
veloppe lumineuse en%ironnant le corps du soleil,
et ne sont probablement pas très profondes. Il
s'est trouvé des taches assez considérables pour
être vues à l'œil. On en remarque une de cette
espèce dans l'année 1779, qui se distinguait faci
lement toutes les fois que l'éclat du soleil se trou
vait diminué par un brouillard , ou bien en re
gardant au travers d'un verre coloré. Dans un bon
télescope, cette tache paraissait divisée en deux
LEçoN v. . 117
parties, dont la plus grande avait plus de dix à
onze mille lieues de long ; la tache entière avait
plus de seize mille lieues d'étendue.
Herschel , qui retirait tant d'avantage de ses
télescopes immenses, pour l'observation des corps
célestes , a fait les recherches les plus scrupu
leuses pour connaître la nature du soleil et de ses
taches; sa conclusion est que, dans l'examen de
la tache dont on vient de parler, il vit le corps réel
du soleil, toujours très difficile à observer à cause
de l'atmosphère trop lumineuse de l'astre. Cet
astronome, par une suite d'observations intéres
santes qu'il fit pendant plusieurs années consécu
tives, conclut que la différence que notre imagi
nation nous fait trouver entre le soleil et les au
tres planètes, doit être considérablement réduite.
Dans la circonstance de ses taches, le soleil ne
paraît que comme une planète très brillante, évi
demment la première § notre système, les au
tres n'étant que secondaires. Sa ressemblance aux
autres globes du système solaire, quant à sa soli
dité , à son atmosphère et à sa surface variée, sa
rotation sur son axe et la chute des corps graves
sur sa surface, nous conduisent à supposer qu'il
est probablement habité, comme les autres pla
nètes, par des êtres dont les organes sont adap
tés aux circonstances particulières de ce vaste
globe. On pourrait ajouter à ce système, que ,
comme sa chaleurest si considérable à la distance
de trente-quatre millions cinq cent quinze mille
lieues, la surface du soleilmême doit être d'une ari
dité au-delà de toute expression. Herschel répond
à cela par des preuves substantielles tirées de la
118 . AsTRoNoMIE,
hilosophie naturelle, qui démontrent que la cha
† n'est produite par les rayons du soleil que
lorsque ceux-ci agissent sur un milieu calorifi
que. Ils causent la production de la chaleur en
s'unissant avec la matière de feu que contiennent
les substances échauffées, comme la collision de
la pierre à fusil et de l'acier enflammerait de la
poudre en s'unissant avec son calorique latent, et
en amenant le tout en action, ce que prouvera
suffisamment l'explication suivante.
Au sommet des hautes montagnes que les nua
ges atteignentrarementpour les abriter des rayons
directs du soleil, on trouve toujours des régions
de glace et de neige : n'est-il pas évident que, si
les rayons seuls du soleil produisaient la chaleur
· que l'on éprouve sur la surface de la terre, on
sentirait la plus grande chaleur de toutes dans des
situations analogues aux sommets des montagnes,
où leur direction est la moins interrompue †
les personnes qui s'élèvent dans des ballons con
firment toutes l'abaissement de température des
régions supérieures de l'atmosphère; et puisque,
sur la terre, la chaleur d'une situation dépend de
la facilité avec laquelle les gaz continuant son at
mosphère cèdent à l'impression des rayons du
soleil, nous sommes forcés d'admettre que, sur
le soleil même , les fluides composant son atmo
sphère, et la matière même de sa surface, sont de
, nature à ne pas être capables de tirer une chaleur
excessive de ses propres rayons.
Herschel démontre que la partie brillante du
soleil, n'est ni liquide ni un fluide élastique, mais
qu'elle existe en forme de nuages lumineux, na

T -- _ - - -- - -
LEçoN v. I 19
geant dans l'atmosphère transparente du soleil; il
établit deux régions différentes de nuages solai
res , dont l'inférieure consiste en nuages moins
brillans que ceux qui composent la couche supé
I'IeUlre. - -

Vue dans un télescope d'un pouvoir amplifiant


considérable, la surface du soleil est remplie d'i-
négalités que l'on aperçoit beaucoup mieux au mi
lieu de son disque que vers la circonférence. Les
| taches du soleil, par la même raison de sphéri
cité, ont l'apparence circulaire vers le milieu du -

disque, et ovale ou alongée en approchant des


bords. Quelques parties paraissent aussi plus bril
lances que le disque général ; elles sont ordinai
rement disposées en longue bandes, et se mon
trent sous† forme de taches lumineuses ou fa
cules. Herschel, par suite du perfectionnememt de
son télescope et de son avancement dans la con
naissance de la construction du soleil , a rejeté
tous les vieux termes qui désignaient ces diffé
rentes taches; il a remplacé les anciens noms de
noyaux, pénombres ou lucule, etc., par ceux
d'ouvertures, ombres, rides, pores, etc., etc. La
définition de ces principaux termes, et un détail
abrégé des apparences les plus frappantes, diri- .
geront l'observateur dans les sujets de ses recher
ches, et donneront de l'intérêt à ses observations,
tout en le mettant à même de comprendre celles
des autres.
Les ouvertures sont des endroits où les nuages
lumineux du soleil se trouvent écartés, de manière
à laisser voir le corps opaque de l'astre. Leur
cause la plus probable est qu'un vent ou un gaz, se

- ----------- **a - ---------- • • • • • - s


I2O AsTRoNoMIE,

développant du corps du soleil au travers d'ouver


tures beaucoup plus petites, se fraie un passage
en élargissant ces ouvertures, et s'étend sur les
nuages lumineux. La direction de ce moteur ne
s'étend pas également de tous côtés, mais se dirige
quelquefois obliquement, de sorte que les nuages
lumineux paraissent chassés, et forment des ta
ches plus denses sur les côtés.
Il existe quelquefois une différence dans la cou
leur de ces ouvertures, probablement produite
· par une couche légère de nuages lumineux qui se
trouvent en corps étendus au-dessus ; lorsque les
ouvertures tirent à leur fin , elles se divisent sou
vent, et le passage lumineux qui se met de travers,
ressemble assez à un point jeté sur un abîme, mais
dont la profondeur s'aperçoit facilement ici avec
un bon télescope.
· Les bosses sont des parties déprimées sous la
surface générale du soleil ; ce sont des endroits
d'où les nuages lumineux solaires des régions su
périeures sont écartés, et laissent des nuages sem
blables, visibles dans les régions inférieures, qui
couvrent encore le corps réel du soleil. Leur pro
fondeur est également visible, et elles existent sou
vent sans aucune ouverture dans leur intérieur.
Ces apparences semblent occasionées par le vent
ou les gaz qui se dégagent par les ouvertures, qui ,
par leurs mouvemens progressifs , chassent les
nuages lumineux de l'endroit où elles rencontrent
le moins d'obstacles ; elles ont quelquefois aussi
l'apparence d'un assemblage de nuages très denses.
Les sillons sont des élévations au-dessus de la
surface générale des nuages lumineux du soleil ;
«.
LEçoN v. I2 I

on en a vu de vingt-cinq mille lieues de long; ils


environnent généralement les ouvertures, mais on
les voit aussi dans d'autres parties de la surface
du soleil ; ils se dispersent rapidement.
Les nœuds sont des endroits lumineux, très
élevés et très petits, que l'on ne voit jamais près
du milieu du disque du soleil ; on pense que ce
sont des sillons raccourcis à notre vue par rapport
à leur situation sur la surface sphérique du so
leil.
Les rides sont des aggrégations des petites élé
vations et des dépressions de la matière lumi
neuse. Leur apparence bigarrée offre des endroits
obscurs et brillans.Plusieurs de ces endroits obs
curcis ne sont pas circulaires;ils sont un peu alon
gés et paraissent être plus bas que ceux qui sont
éclairés ; dans des jours favorables, cette surface
ridée, due à la dispersion de ces sortes de nœuds,
présente ses élévations et ses dépressions aussidis
tinctement que la surface inégale de la lune, et
s'étend généralement sur toute celle du soleil. Les
formes de ces rides changent fréquemment, ainsi
que leurs situations. Les endroits obcurs qui se
trouvent aussi sur toute la surface du soleil, pa
raissent, dans le télescope, comme des taches.
Les pores sont des endroits les plus enfoncés.
Ces taches augmentent généralement et devien
nent des ouvertures; souvent elles disparaissent
tout-à-fait. On peut observer les taches et la sur
face ridée du soleil avec un télescope à réfraction
de deux ou trois pieds, ou bien avec un télescope
à réflexion de † , dix-huit ou vingt-quatre
pouces, en prenant la précaution de se servir d'un
verre coloré pour se garantir contre les rayons.

------------ - ---- -
# 22 AsTRoNoMIE,
On peut également faire arriver l'image du soleil
dans un endroit, au moyen d'une chambre obs
CllI'62.

Comme les taches sont toujours comprises dans


une zone, dont la largeur, mesurée sur le méri
dien solaire, ne s'étend guère au delà de 34° de
son équateur, on peut facilement déterminer, par
les longitudes et latitudes, leurs positions repré
sentées sur le disque apparent du soleil. En répé
tant la même opération plusieurs jours, on trouve
une suite de positions qui représentent la route
de la tache, et par conséquent la courbe qu'elle
décritsur le plan perpendiculaire au rayon visuel,
mené de la terre au centre du soleil. Cette projec
tion est en général une courbe ovale assez sem
blable à une ellipse, que toutes les taches décrivent
parallèlement. La durée de leurs révolutions est la
même; elles emploient toutes environ vingt-sept
jours, trois heures, pour revenir à la même posi
tion. Mais la forme de ces ovales, leurs courbures
et leurs inclinaisons, éprouvent des variations
très grandes, et doivent ces changemens aux mou
vemens de la terre, qui regarde, en des saisons
diverses, le soleil, sous des côtés différens. A la
fin de novembre etau commencement de décembre,
ce sont des simples lignes droites; les taches vont
de la artie §ale de l'écliptique dans sa partie
§ ;les points où elles commencent à paraître,
et que l'on pourrait appeler leur orient, sont
moins élevés que les points où elles †
ét que l'on pourrait nommer leur occident. Peu à
eu ces lignes droites se courbent et forment des
ovales, dont la convexité est tournée vers le pôle
boréal de l'écliptique ; c'est ce que l'on observe
LEçoN v. 123
pendant l'hiver et le printemps; mais, en même
temps, leur inclinaison change, et, à l'entrée de
mars, les points où les taches commençaient à se
montrer sont aussi élevés sur l'écliptique que ceux
où elles disparaissaient. Depuis cet instant, le
changement d'inclinaison continuant à se faire
dans le même sens, la courbure des ovales dimi
nue; elles se resserrent peu à peu, et, à la fin de
mai ou au commencement de juin, on les revoit
de nouveau sous la forme de lignes droites, avec
cette différence, que leur inclinaison sur l'éclip
tique est précisément le contraire de ce qu'elle était
six mois avant.Après cette époque, elles s'ouvrent
de nouveau, et leur convexité est dirigée vers la
partie australe de l'écliptique ; en même temps
leur inclinaison change. Au commencement de
septembre, les points où les taches paraissent sont
aussi élevés que ceux où elles se couchent. Parve
nus à ce terme, les ovales se resserrent, s'inclinent
de nouveau sur l'écliptique, et enfin, au mois de
décembre, on les revoit sous la forme de lignes
droites, telles qu'elles paraissaient un an aupara
Vant.

Ces phénomènes se reproduisent chaque année


dans le même ordre et suivant les mêmes périodes.
On en conclut que la cause qui les produit est
uniforme et régulière; ce qui conduit naturelle
ment à supposer que les taches sont adhérentes
à la surface du soleil, et qu'elles tournent avec cet
astre dans l'espace de quelques jours.Les inflexions
diverses et successives des lignes décrites par ces
taches, indiquent de plus que l'axe de rotation
n'est pas perpendiculaire à l'écliptique; car, dans
, ce cas, elles décriraient des cercles parallèles à ce
#
124 AsTRoNoMIE, -
plan, et ces cercles nous paraîtraient comme au
tant de lignes droites. Enfin, les changemens que
l'on observe dans la courbure apparente sont
causés par la translation de la terre dans son or
bite. Parmi ces positions, il en est deux qui doivent
offrir des lignes droites ; ce sont celles où le plan,
mené par l'axe de rotation perpendiculairement à
l'écliptique , devient aussi perpendiculaire au
rayon visuel mené de la terre au centre du soleil.
A ces positions opposées de six mois, nous aper
cevons les pôles de rotation dusoleil. Dans touteau
tre position, la route des taches doit paraître ovale,
c'est à dire que leur convexité est tournée vers la
partie australe de l'écliptique, lorsque nous dé
couvrons le pôle boréal, et la convexité tournée
vers la partie boréale, lorsque l'on découvre le
ôle austral. '
Indépendamment des taches solaires, la lumière
zodiacale est un singulier phénomène qui accom
pagne le soleil; on l'attribue ordinairement à son
atmosphère. Elle paraît un peu avant le lever du
soleil, et ressemble d'abord à une zone de lumière
blanchâtre et pâle comme la voie lactée; les bords
en sont mal terminés et se distinguent à peine de
l'aurore, que l'onvoit commencer près de l'horizon.
Cette lumière n'est alors que peu élevée, et sa fi
gure ressemble à un sphéroïde vu de profil; elle
s'élève au-dessus de l'horizon,devient plus brillante
et plus étenduejusqu'à un certain point; après quoi
l'approche du jour la rend moins apparente, jus
qu'à ce qu'elle devienne entièrement invisible :
l'époque la plus propice pour observer la lumière
zodiacale, est vers le mois de mars.
De tous les corps célestes qui paraissent avoirun
LEçoN v. 125
mouvement propre, le soleil est le plus remarqua
ble : son mouvement propre, dans une direction
contraire à son mouvement diurne, se manifeste
par l'apparence des cieux pendant la nuit, laquelle
change et se renouvelle avec les saisons. Les étoiles
situées dans la route du soleil, et qui se couchent
peu de temps après, se perdent bientôt dans salu
mière, et par la suite reparaissent avant son lever;
le soleil avance donc vers elles dans une direc
tion contraire à son mouvement diurne : c'est ainsi
que, pendant long-temps, son mouvement propre
• fut examiné; mais à présent il est déterminé avec
beaucoup de précision, en observant chaque jour
la hauteur méridienne du soleil, et l'intervalle de
† qui s'écoule entre son † et celui des
étoiles sur le méridien, On a ainsi le mouvement
du soleil dans la direction du méridien et dans la
direction des parallèles; leur combinaison donne
le mouvement vrai. C'est de cette manière qu'il a
été trouvé que le soleil se meut dans une orbite
qui, au commencement de 182 1, était incliné à
l'équateur de 23° 27 57"; cette orbite se nomme
écliptique.
C'est par la combinaison du mouvement propre
du soleil et de son mouvement diurne, que se pro
duisent les changemens des saisons. Les points
. d'intersection de l'écliptique avec l'équateur sont
appelés les équinoxes ; le soleil, dans ces deux
points, décrivant l'équateur par son mouvement
diurne, et ce cercle étant divisé en deux parties
égales par les horizons, le jour est alors égal à la
nuit dans toutes les parties de la terre. Au fur et à
mesure que le § en quittant l'équinoxe du
printemps , avance dans son orbite, les hauteurs
126 AsTRoNoMIE,
méridiennes au-dessus de notre horizon augmen
tent de plus en plus. L'arc visible des parallèles
qu'il décrit chaque jour s'alonge continuellement
et augmente la longueur des jours, jusqu'à ce que
le soleil ait atteint sa plus grande latitude bo
réale.
A cette époque, les jours sont les plus longs ;
et |† , près de ce maximum, les variations
delahauteur méridienne du soleil sont insensibles,
le soleil (en ne considérant que cette hauteur de
laquelle dépend la longueur des jours) paraît sta
tionnaire; ce qui fait nommer ce point solstice
d'été. Le parallèle que l'astre décrit alors senomme
tropique du Cancer. Il redescend dès ce moment
vers l'équateur, qu'il traverse de nouveau à l'équi
noxe d'automne, et de là arrive à son minimum de
hauteur ou au solstice d'hiver. Le parallèle décrit
alors par lesoleil se nomme letropiquedu Capricor
ne, et le jour est le plus court de l'année.Arrivéàce
terme, le soleil remonte de nouveau et retourne à
l'équinoxe du printemps. Tel est le progrès con
stant du soleil et des saisons. Le printemps est la
saison comprise entre l'équinoxe de ce nom et le
solstice d'été; l'intervalle entre ce solstice et l'équi
noxe d'automne forme l'été; l'automne est com
pris entre ce dernier équinoxe et le solstice d'hiver,
et l'hiver se trouve entre ce dernier solstice et l'é-
quinoxe du printemps.
Voici le temps que le soleil met à parcourir
maintenant les quatre saisons :
Printemps. . . . . . .. 92 j. 21 h. 16 m.
Eté.. . . . . . . . . . '. 93 13 52
Automne . . . . . . . . 89 17 8
Hiver . . . , . . . . . . 89 1 31
LEçoN v, - 127
Mais, en vertu du mouvement rétrograde de la
ligne des équinoxes, cette inégalité dans la durée
des saisons ne sera pas toujours la même.
La présence du soleil au-dessus de l'horizon
étant la cause de la chaleur, on pourrait imaginer
que la température doit être la même en été qu'au
printemps, et en automne qu'en hiver; la tempé
rature n'est pas un effet instantané de la présence
du soleil, mais le résultat de son action long
temps continuée. Le jour, il ne produit même son
maximum d'effet qu'après avoir dépassé de quel
que temps sa plus grande hauteur au-dessus de
I'horizon ; il en est ainsi de l'année où il ne pro
duit sa plus grande chaleur qu'après avoir dépassé
sa hauteur solsticiale.
Les diverses hauteurs du pôle en différens cli
mats, produisent dans les saisons ces variétés re
marquables que l'on observe de l'équateur aux
· pôles.A l'équateur, les pôles sont dans l'horizon,
qui y coupe tous les parallèles en deux parties
égales; c'est pourquoi le jour y est toujours égal
à la nuit : aux équinoxes, le soleil passe par le
zénith de cet équateur.Les hauteurs méridiennes
du soleil aux solstices sont les plus petites, et éga
les au complément de la déclinaison de l'éclipti
que à l'équateur : les ombres solaires, dans ces
deux positions du soleil, sont diamétralement op
posées, circonstance qui n'arrive jamais dans nos
climats, où, à midi, elles sont toujours dirigées
vers le nord. ·

On pourrait dire qu'à l'équateur il y a deux étés


et deux hivers chaque année. La même chose a
lieu dans tout pays où la hauteur du pôle est
moindre que l'obliquité de l'écliptique. Au-delà
- 6
I 28 AsTRoNoMIE ,
de ces limites, il n'y a plus qu'un été et qu'un
hiver, parceque le soleil n'atteint jamais le zénith.
Plus on approche des pôles, plus l'inégalité des
jours devient grande ; le plus long jour de l'été
• augmentant, et le plus court en hiver diminuant
en proportion de cette distance. Lorsque le zé
nith n'en est éloigné que d'une quantité égale à
l'obliquité de l'écliptique sur l'équateur, le soleil
ne se couche jamais alors, au jour du solstice d'été,
et ne se lève pas au jour du solstice d'hiver. Plus
près des pôles, le temps de sa présence et de son
absence au-dessus de l'horizon, croît en raison de
cette même proximité des pôles; enfin, sous le
pôle même, l'horizon se confondant avec l'équa
teur, le soleil se trouve au-dessus pendant tout le
temps qu'il décrit l'espace compris entre le tropi
que du Cancer et l'équateur, c'est à dire pendant
six mois; et il est au-dessous de l'horizon, pen
dant le temps qu'il décrit l'espace compris entre
le tropique du Capricorne et l'équateur, c'est à
dire pendant les six autres mois de l'année; de
sorte qu'il n'y a qu'un jour et qu'une nuit du
rant toute l'année, pour les pays situés sous les
deux pôles.
Les intervalles qui séparent les équinoxes du
solstice ne sont pas égaux : celui de l'équinoxe
duprintempsàl'équinoxe d'automne est plus long,
de près de sept jours, que celui compris entre
l'équinoxe d'automne et l'équinoxe du printemps;
le mouvement propre du soleil n'est donc pas uni
forme : des observations soignées et multipliées
nous ont appris que ce mouvement est plus ra
pide dans certaines parties de l'orbite, situées
près du solstice d'hiver, et plus lent aux points

-----
LEçoN v. 129
opposés, situés près du solstice d'été. Le soleil
décrit en un jour 1° 1’ 9" 9, dans le premier
point, et seulement 57 1 1" 5, dans le deuxième.
Ainsi pendant le cours d'une année, le mouve
ment journalier du soleil varie de # de son
mouvement moyen, à partir de sa plus grande .
rapidité, jusqu'à la moindre de toutes.
Pour obtenir la loi de cette variation, et en gé
néral toutes les variétés périodiques, on a eu égard
à la considération suivante : que puisque les sinus
et les cosinus des angles deviennent les mêmes à
chaque variation à laquelle ils arrivent, ils sont
propres à représenter ces inégalités. De cette ma
nière donc, toutes les inégalités des mouvemens
célestes ont été exprimées, et il ne reste qu'à sé
parer ces inégalités les unes des autres, et à dé
terminer les angles dont elles dépendent. On a
trouvé ainsi que la variation de la rapidité angu
laire du soleil, est à peu près proportionnelle au
cosinus de sa distance angulaire moyenne, du
point où cette rapidité est la plus grande.
Il est naturel de penser que la distance du so
leil à la terre varie avec sa rapidité angulaire, ce
qui a été prouvé par les mesures de son diamètre
apparent, qui augmente ou diminue du même
temps et suivant la même loi que sa rapidité, mais
seulement en raison moitié aussi grande : quand
la rapidité est la plus† le diamètre appa
rent est de 32 59" 5; quand elle est la plus
petite, il est seulement de 28 49"; de sorte que
son diamètre moyen est de 31 51". Cette quan
tité doit être diminuée de quelques secondes, à
cause de la radiation qui dilate un peu les diamè
tres apparens des corps lumineux. -*
13o AsTRoNoMIE ,
La distance du soléil à la terre étant en raison
de son diamètre apparent, son augmentation suit
la même loi que la diminution de son diamètre.
On appelle périgée le point de l'orbite où le soleil
est le plus près de la terre, et apogée le point op
posé où il en est le plus loin. C'est dans le pre
mier de ces points que le soleil a le diamètre ap
parent le plus considérable et la plus grande rapi
dité : au second point le diamètre et le mouvement
sont à leur minimum. Pour expliquer la diminu
tion du diamètre apparent du soleil, il suffit de
supposer qu'alors la terre est plus loin de cetastre;
mais si la variation de son mouvement provenait
de la même cause seulement, et si la rapidité
réelle de la terre dans son orbite était constante,
sa vélocité apparente serait diminuée dans la
même proportion que son diamètre ſapparent :
mais elle diminue en raison double; il y a par
conséquent un retard actuel dans le mouvement
apparent du soleil, à mesure qu'il s'éloigne de la
terre. Par l'effet combiné de ce retard de vélo
cité et d'augmentation de la distance, le mouve
ment angulaire diminue journellement, comme le
carré de la distance augmente, de sorte que son
mouvement angulaire, multiplié par ce carré est
4
à peu près constant. Toutes les mesures du dia
mètre apparent du soleil, comparées aux observa
tions de son mouvement journalier, confirment
ce résultat.
La ressemblance de l'orbite de la terre à une
ellipse ayant conduit à en faire la comparaison,
leur similitude a été reconnue, et on a établi que
l'orbite de la terre est une ellipse dont le centre
du soleil occupe un des foyers. L'ellipse est une
LEçoN v. 131
ligne courbe, connue des géomètres anciens et
modernes, laquelle, étant formée par la section de
la surface d'un cône, par un plan, a été nommée
section conique. On forme aisément une ellipse en
fixant les deux extrémités d'un fil sur deux poin
tes immobiles, en étendant alors le fil sur un plan
au moyen d'un point qui glisse tout du long : la
courbe tracée par ce point est l'ellipse ; elle est
évidemment alongée dans la direction d'une ligne
droite qui joint les foyers, et qui, étant prolongée
de chaque côté, rencontre la courbe et forme le
plus grand axe, dont la longueur est égale à celle
du fil. Ce grand axe divise l'ellipse en deux parties
égales et semblables. Le plus petit axe passe †
le centre et est perpendiculaire au grand. La dis
tance du centre à un des foyers est l'excentricité de
l'ellipse; quand les deux foyers s'unissent en un
seul point, l'ellipse devient un cercle; en les sé
parant, l'ellipse s'alonge graduellement, et lors
que la distance des deux foyers devient infinie, la
distance du foyer, au sommet le plus rapproché de
la courbe devient finie, etl'ellipse est une parabole.
L'ellipse de la terre ne diffère pas beaucoup du
cercle, car son excentricité est évidemment l'excès
de la plus grande à la moyenne distance dusoleil
à la terre; lequel excès est égal, comme nous l'a-
vons vu , à # de cette distance ( o. 168 ). Les
observations senmblent indiquer dans cette excen
tricité une très petite diminution, à peine sensi
ble en un siècle. -

La distance du soleil à la terre a intéressé les


astronomes de tous les temps. Ils ont essayé de
la mesurer par tous les moyens que l'astronomie
leur a successivement indiqués. Le plus simple et
132 " . ASTRONOMIE ,

le plus naturel est celui que la géométrie applique


à la mesure des objets terrestres. De deux extré
mités d'une base connue, on observe les angles
qu'elle forme avec les rayons visuels de l'objet ;
déduisant leur somme de deux angles droits, on
obtient l'angle que ces rayons produisent à leur
† d'intersection ; cet angle est appelé la paral
axe de l'objet, dont la distance aux extrémités de
la base se trouve aussi facilement déduite par la
trigonométrie. -

En appliquant cette méthode au soleil, il est


*• mécessaire de choisir une base de la plus grande
· étendue que l'on puisse prendre sur la surface de
la terre. Si l'on imagine deux observateurs placés
sous le même méridien , et observant au même
instant la latitude méridienne du centre du soleil
: et sa distance au même pôle, la différence de ces
deux distances observées, sera l'angle que mesu
rerait la ligne ou la base, vue du centre du soleil.
La position des observateurs donnant la mesure
de cette base, en parties du rayon de la terre, il
sera aisé de conclure , de ces observations, l'angle
f
que le demi-diamètre de la terre mesurerait, vu
du centre du soleil. Cet angle est appelé la paral
laxe du soleil ; mais il est trop petit pour être
déterminé par cette méthode, qui ne peut tout au
plus que nous faire juger que sa distance est au
· moins de six mille diamètres de la terre. Nous
verrons bientôt que les découvertes astronomi
ques fournissent d'autres moyens beaucoup plus
exacts, pour déterminer la parallaxe du soleil ou
l'angle sous lequel le rayon du disque apparent de
· la terre est vu du soleil, que nous savons être à
peu près de 8" 73, à la distance moyenne du so

-- ---- -

• - -
LEçoN v. 133
leil à la terre; d'où il suit que cette distance est de
24,o96 rayons de la terre. La petitesse de la pa
rallaxe du soleil prouve sa grandeur immense; on
est certain qu'à la même distance où le diamètre
de cet astre est vu sous un angle de 32' 3" 2, la
terre ne paraîtrait que sous celui de 17" 46; et les
volumes des corps sphériques étant comme les
cubes de leurs diamètres, il s'ensuit que le volume
du soleil est au moins treize cent mille fois plus
grand que celui de la terre, si la parallaxe est seu
lement de 8", comme les observations paraissent
l'indiquer.
Les taches observées à la surface du soleil ont
| été décrites : leur nombre, leur position et leur
grandeur sont très variables; leurnombre est quel
quefois considérable : on en a observé dont le dia
mètre excédait de quatre ou cinq celui de la terre;
souvent aussi le § paraît pur et sans taches
† plusieurs années de suite. Ces taches so
aires sont presque toujours accompagnées d'une
pénombre qui se trouve comprise dans un nuage
de lumière ; elle est plus brillante que le reste du
soleil, et dans son milieu on voit les taches se for
mer et disparaître. Tout ceci semble indiquer à la
surface une masse énorme de feu , qu'une èffer
vescence visible anime, dont nos volcans ne peu
vent donner qu'une très faible idée. Quelle que
soit la nature des taches solaires , elles nous ont
servi à remarquer le phénomène important de la
rotation du soleil sur son axe. -

On ne saurait mieux terminer cet article sur le


soleil , que par cette belle description qu'en fait
l'auteur de la Henriade, -

>
-- **-• • - º - º - º - -- : -x-º -
134 AsTRoNoMIE ,
Dans le centre éclatant de ces orbes immenses ,
Qui n'ont pu nous cacher leur marche et leurs distances,
Luit cet astre du jour, par Dieu même allumé,
Qui tourne autour de soi sur son axe enflammé.
l)e lui partent sans fin des torrens de lumière ;
Il donne, en se montrant, la vie à la matière ,
Et dispense les jours, les saisons et les ans ,
A des mondes divers autour de lui flottans.
Ces astres, asservis à la loi qui les presse,
S'attirent dans leur course et s'évitent sans cesse,
Et, servant l'un à l'autre et de règle et d'appui,
Se prêtent les clartés qu'ils reçoivent de lui.
Au-delà de leur cours, et loin dans cet espace,
Où la matière nage, et que Dieu seul embrasse,
Sont des soleils sans nombre et des mondes sans fin ;
Dans cet abîme immense il leur ouvre un chemin.
Par-delà tous ccs cieux le Dieu des cieux réside.
LEçoN vI. I 35
\

è$eçon sixièmte.
º
|

JDES MoUvEMENs VISIBLES DES CIEUX ET DE LA


ROTATION DE LA TERRE.

Qui est-ce qui a suspendu le globe de la terre ?


qui en a posé les fondemens ?
FÉNÉLON.

Si on suit avec attention les apparences des


cieux pendant une belle nuit et dans un lieu où :
l'horizon ne se trouve pas interrompu, on les verra
varier à chaque instant. Quelques étoiles s'élèvent
au-dessus , d'autres se couchent au-dessous de
1'horizon, commençant à paraître dans l'est ou à
disparaître à l'ouest ; beaucoup d'entre elles n'at
teignent jamais l'horizon, telles que les étoiles po
laires et les constellations des Ourses. Dans ces
divers mouvemens, leurs positions respectives res
tent les mêmes, les unes à l'égard des autres, et
elles décrivent des cercles dont la grandeur est en
proportion de la distance, à un certain pointqui
paraît comme immobile : ainsi les cieux semblent
tourner sur deux points fixes appelés les pôles du
monde, et ce mouvement comprend tout le sys
tème des étoiles. Le pôle élevé au-dessus de notre
horizon est le pôle nord; celui qui lui estopposé,
que l'on peut imaginer au-dessous de l'horizon
6.
| 136 AsTRoNOMIE ,
dans l'autre hémisphère, est le pôle sud ; ainsi ,
sans plus d'explication , on se rend compte de la
disparition des étoiles pendant le jour, du lever
de celles que l'on voit paraître à l'orient, et de
leur coucher à l'occident. La présence du soleil
· cause leur disparition, à nos yeux seulement; car
la découverte heureuse du télescope permet de les
observer, même en plein jour, pendant que leso
leil est à sa plus grande hauteur.
Si l'homme s'était toüjours contenté de recueil
lir des faits, la science ne présenterait qu'une no
menclature stérile, et il n'aurait jamais pu attein
dre à la connaissance des grandes lois de la nature.
C'est en comparant les phénomènes, en essayant
·de suivre leurs liaisons, que l'on est parvenu à
découvrir ces lois , dont on aperçoit l'existence
dans leurs effets les† compliqués. C'est ainsi
qu'en se découvrant, la nature a montré comment
elle a pu produire, par un petit nombre de causes
- § la variété infinie des phénomènes qui ont
été observés, et nous a rendus capables de déter- .
miner ceux que des circonstances successives met
·tront au jour. Assurés, comme nous le sommes,
que rien ne peut s'interposer entre ces effets, nous
tâchons d'interpréter l'avenir, tout en contemplant
la série des événemens que le temps développera :
c'est dans la seule théorie du système du monde
que l'intelligence humaine a pu parvenir à cet état
de perfection.
Lorsqu'on pense au mouvement diurne auquel
tous les corps célestes semblent être assujettis, on
est frappé de l'existence d'une cause générale, qui
paraît la faire mouvoir autour de l'axe de la terre.
Si on considère que ces corps sont isolés et placés
LEçoN vI. 137
à des distances très différentes de la terre; que le
soleil et les étoiles sont à une distance beaucoup
plus grande que la lune, et que les variations des
diamètres apparens des planètes, indiquent degran
des différences dans leurs distances, enfin, que les
comètes traversent les cieux en liberté dans toutes
les directions : il sera difficile de concevoir que ce
soit la même cause qui imprime à tous ces corps
un mouvement commun de rotation. Mais puis
que les corps célestes présentent les mêmes appa
rences; que le firmament les emporte autour de la
terre considérée comme immobile; que laterre elle
même tourne dansune direction contraire; il sem- • .
ble beaucoup plus naturel d'admettre ce dernier
mouvement, et de ne considérer celui du soleil et
des cieux que commeapparent. -

La terre est un globe dont le diamètre est de


2865lieues; le soleil, comme on avu, est beaucoup
plus grand. Si le centre de la terre coïncidait avec
celui du soleil, son volume comprendrait l'orbite
de la lune, et s'étendrait encore une fois aussi loin ;
en outre, sa distance de nous est égale à vingt
quatre mille quatre-vingt-seize rayons de laterre,,
ou son demi-diamètre. N'est-il pas beaucoup plus
simple d'attribuer au globe que nous habitons ,
un mouvement de rotation sur son axe, que de
supposer un mouvement aussi rapide que le se
rait celui qui ferait tourner , en un jour, une
· masse aussi considérable et si éloignée que le so
leil?Qu'est-ce qui pourrait contre-balancersa force
centrifuge ? Chacune des étoiles présente cette
même difficulté, multipliée par la différence de
leurs distances ; tout est expliqué par la simple
rotation de la terre sur son axe, Le tableau suivant

· · ,<« - * :
· -
-

-
- --- -
- " , - > ----
138 ASTRoNoMIE,
offre les mesures précises des dimensions de la
terre en lieues de 228o toises. •

- - lieues. toises.

Demi-diamètre de l'équateur. .. 1435. ou 3,271,864


Demi-diamètre du pôle. . . . . 143o.7 3,261, 265
Demi-diamètre du point à 45°. 1432.6 3,266,611
Aplatissement . . . . . . .. . . 4.65 1o,6oo
Quart du méridien de Paris . . 225o.o3 5,13o,74o
Longueur d'un degré du méridien 25 57,ooo
\

Le pôle de l'équateur paraît se mouvoir lente


ment autour de l'écliptique, d'où résulte la pré
cession des équinoxes. Si la terre est immobile, le
pôle de l'équateur doit l'être également, puisqu'il
correspond toujours au même point de la surface
- terrestre; par conséquent l'écliptique se meut au
tour de ces pôles, et dans ce mouvement il em
porte les corps célestes.Ainsi tout le système ,
composé de tant de corps qui diffèrent entre eux
en grandeurs en mouvements et en distances, se
rait encore assujettià un mouvement général, qui
disparaît et se trouve réduit à une simple appa
rence , si l'on suppose que l'axe terrestre se meut
| autour des pôles de l'écliptique. ·

Emportés avec une rapidité qui est commune à


toutes les choses qui nous environnent, nous som
mes dans l'état du spectateur placé à bord d'un
vaisseau qui vogue. Il peut se croire en repos ,
tandis que les côtes, les montagnes et tousles ob
jets placés en dehors, semblent en mouvement.
Mais, en comparant l'étendue de la côte, des
plaines, et la hauteur des montagnes, avec la pe
titesse du navire, il reconnaît que le mouvement
apparent de ces objets provient de son propre
LEçoN vI. 139
mouvement. Les étoiles innombrables qui rem
plissent la région céleste, sont, relativement à la
terre, ce que les côtes et les montagnes sont au
vaisseau ; les mêmes raisons qui persuadent lena
vigateur doivent prouver le mouvement de la
terre à l'astronome. -

Ces raisons sont encore confirmées par l'analo


gie.Un mouvement de rotationa été observé dans
plusieurs planètes, et toujours de l'ouest à l'est,
semblable à celui que le mouvement direct des
cieux semble indiquer à la terre.Jupiter, beaucoup
plus grand que la terre, se meut autour de son
axe en moins de douze heures. Un observateur ,
placé à sa surface, verrait les cieux tourner en cet
espace de temps ; et cependant ce mouvement ne
serait qu'apparent.
Il n'est donc pas raisonnable de penser que cet
espace de temps soit le même que celui que nous
observons sur la terre. Et ce qui confirme cette
analogie; c'est que la terre et Jupiter sont tous les
deux aplatis aux pôles. Tout nous conduit donc à
conclure que la terre a réellement un mouvement
de rotation, et que le mouvement diurne des cieux
n'est qu'une illusion produite par cette rotation ;
illusion qui représente les cieux comme une voûte
bleue immense, dans laquelle toutes les étoiles
sont fixées, et la terre, comme un plan sur lequel
cette voûte serait posée. Ainsi l'astronome a sur
monté les illusions des sens ; mais ce ne fut qu'a-
près que ces illusions eurent été dissipées par un
grand nombre d'observations et de calculs, que
l'homme admit les mouvemens du globe, la chute
des corps gravesvers le centre, et sa vraie posi
tion dans l'univers, -
14o AsTRoNoMIE,
Si, du point de vue où la comparaison des ob
servations célestes nous a placés , on vient à con
sidérer les corps célestes, on reconnaîtra l'identité
parfaite de leurs apparences avec celles que l'on
observe sur la terre : que les cieux tournent au
tour de l'axe de notre globe, ou que la terre se
meuve elle-même dans une direction contraire à
celle des cieux supposés immobiles, il est évident
que les étoiles se présenteront à nos yeux de la
même manière; il n'y aura d'autre différence ,
sinon que, dans le premier cas, les cieux se pla
ceront successivement au-dessus des divers méri
diens terrestres, lesquels, dans le second cas, se
placent au-dessous des différentes étoiles.Le mou
vement de la terre étant commun à tous les corps
situés à sa surface, ainsi qu'aux fluides qui sont
immédiatement suspendus au-dessus d'elle, leurs
mouvemens relatifs sont les mêmes que si la terre
était en repos. C'est ainsi que, dans un vaisseau
dont le mouvement est uniforme, tous les objets
qui s'y trouvent sont mis en mouvement comme si
le vaisseau était en repos. Un corps lancé directe
ment au zénith tombe au même endroit d'où il a
été rejeté, et paraît décrire une ligne verticalere
lativement aux personnes qui sont à bord duvais
seau , tandis qu'il décrit réellement une parabole,
relativement aux personnes qui sont à terre.
Pendant la révolution de la terre autourduso
leil , son centre et tous les points de son axe de
rotation étant mis en mouvement avec une vélo
cité toujours égale et parallèle, cet axe reste tou
jours parallèle à lui-même; or, si oncommuniquait
à chaque instant à toutes les parties de la terre
un mouvement égal et contraire à celui de son
LEÇoN vI. 141
centre, elle resterait immobile comme son axe de
rotation ; ce mouvement imprimé ne changerait
pas les apparences de celui du soleil ; il ne ferait
que transporter, en une direction contraireau so
leil, le mouvement vrai de la terre.Les apparences
sont conséquemment les mêmes dans l'hypothèse
du mouvement des cieux, et dans celle du mou
vement de la terre autour du soleil.
Pour suivre plus particulièrement toutes ces ap
parences, que l'onimagine un rayon tiré du centre
du soleilà celui de la terre : ce rayon sera perpen
diculaire au plan qui sépare l'hémisphère éclairé
de celui qui est dans l'obscurité. Un spectateur,
placé au point où ce plan fait intersection avec la
surface terrestre, verra le soleil perpendiculaire
ment au-dessus de lui, et tous les points du pa
rallèle terrestre dans lequel ce rayon passe succes
sivement, en raison de son mouvement diurne ,
auront à midi lesoleil au zénith.Ainsi, que le soleil
tourne autour de la terre, ou bien celle-ci autour
du soleil et sur son propre axe en même temps ,
cet axe restant constamment dans une positionpa
rallèle, il est évident que ce rayon tracera la même
courbe sur la surface de la terre ; dans les deux
cas, il coupera les mêmes † vers l'équa
teur, lorsque le soleilaura la même longitude ap
parente : cet astre sera également élevé au-dessus
de l'horizon , et rendra les jours d'une longueur
égale et uniforme.Ainsi , les saisons et les jours
restent semblables dans l'hypothèse de l'immobi
lité dusoleil, comme dans celle de son mouvement
autour de la terre. L'explication des saisons se fera
également bien dans l'une ou dans l'autre de ces
hypothèses.
142 AsTRoNoMIE,
Les planètes se meuvent toutes dans la même
direction autour du soleil, mais avec différens de
grés de rapidité; la longueur de leurs révolutions
augmente en proportion deleur distance au soleil :
· Jupiter , par exemple, emploie près de douze ans
pour accomplir sa révolution, quoiquele rayon de
son orbite ne soit que cinq fois plus grand que
celui de la terre, sa † réelle est par consé
quent moindre que celle de la terre. Cette diminu
tion de rapidité dans les planètes, à mesure qu'elles
s'éloignent dusoleil, est commune à toutes, depuis
Mercure qui est la plus rapprochée, jusqu'à Hers
chel qui est la plus éloignée. Il résulte des lois
établies par les géomètres sur les mouvemens, que
les vélocités moyennes des planètes sont en raison
directe du carré de leurs § moyennes du
soleil. - -

Si l'on considère une planète dont l'orbite est


enveloppée dans celle de la terre, et qu'on la suive
de sa conjonction supérieure à sa conjonction in
férieure, on trouve que son mouvement géocen
trique ou apparent, est le résultat de son mouve
ment réel combiné avec celui de la terre, considérée
comme se mouvant dans une direction contraire.
Dans sa conjonction supérieure, le mouvement réel
de la planète est contraire à celui de la terre; son
mouvement géocentrique est donc la somme de ces
deux mouvemens; elle a alors la même direction
que le mouvement géocentrique du soleil, qui ré
sulte du mouvement vrai de la terre transféré dans
une direction contraire au soleil ; et ainsi le mou
vement apparent de la planète se trouve être
direct.
Dans sa conjonction inférieure, le mouvement
LEçoN vI. - 143
de la planète a la même direction que celui de la
terre ; et comme il est plus grand, le mouvement
géocentrique conserve la même direction, mais ce
n'est que l'excès du mouvement réel de la planète
au-dessus de celui de la terre; elle a par consé
quent un mouvement contraire à celui du soleil ,
et se trouve donc être rétrograde.
Il est facile de concevoir que, pendant l'inter
valle qui existe entre le mouvement direct et celui
qui est rétrograde, la planète doit paraître sans
mouvement ou stationnaire, et qu'elle se trouve
ainsi entre la plus grande élongation et la conjonc
tion inférieure, lorsque le mouvement géocen
trique de la planète, résultat de son mouvement
réel et de celui de la terre appliqué dans une direc
tion contraire, est dirigé dans le rayon visuel de
la planète. Ces phénomènes sont entièrement con
formes aux mouvemens observés dans Mercure et
Vénus.
Le mouvement des planètes dont les orbites
comprennent celle de la terre, a la même direction
que le mouvement de celle-ci, dans leurs oppo
sitions; mais il est moindre, et, se trouvant com
biné avec le mouvement de la terre appliqué dans
une direction contraire, il prend un mouvement
contraire à sa direction primitive; le mouvement
géocentrique de la planète est alors rétrograde. •
Dans les conjonctions, il est direct, ainsi qu'il se
trouve dans les conjonctions supérieures de Mer
cure et de Vénus. -

En transférant aux étoiles (mais dans une di


rection contraire) le mouvement de la terre, elles
décriraient tous les ans une circonférence égale et
parallèle à l'orbite terrestre, dont le diamètre

-- -- -- • • ^ • • - * - : -
• -- - : -------
• -
--
144 - AsTRoNoMIE,
mesurerait un angle égal à celui que cette orbite
mesurerait à la distance de l'étoile Ce mouvement
apparent a la plus grande ressemblance avec celui
qui résulte de la combinaison du mouvement de la
terre et de celui de la lumière, par lequel les
étoiles paraissent décrire annuellement un cercle
parallèle à l'écliptique dont le diamètre mesure
un angle de 4o" 5, mais qui diffère néanmoins en
ce que ces étoiles ont la même position que le so
leil sur la première circonférence, tandis que, dans
la seconde, elles sont moins avancées de 9o" que
le soleil. Il en résulte que les deux mouvemens
peuvent se distinguer l'un de l'autre, et que le pre
mier paraît être insensible, la distance immense
des étoiles rendant insensible l'angle que l'orbite
terrestre mesure, vue de l'une d'elles.
L'axe du monde n'étant autre chose que la
prolongation de l'axe de rotation de la terre, on
doit référer à cet axe le mouvement des pôles de
l'équateur céleste, indiqué par les phénomènes de
laprécession et de la nutation.Ainsi, pendant que
la terre tourne sur son axe etautour du soleil, son
axe de rotation se meut très lentement autour des
pôles de l'écliptique; ces petites oscillations, aux
quelles cet axe est sujet ont la même période que
celui du mouvement des nœuds de l'orbite de la
lune, qui sera bientôt expliqué.
- º

LrçoN vII. 145

è$eçoit septième.
DES POINTS CARDINAUX ET DES DIVISIONS
EN GÉNÉRAL.

--»

| EN observant les cieux, pendant la nuit, il est


, essentiel de bien classer leurs différentes parties en
divisions distinctes. Le lever du soleil, oul'orient,
son passage au méridien à midi, ou le sud, et son
coucher, oul'occident, déterminent les principaux
points de l'horizon. Le nord, se trouvant en oppo
sition au sud, ne requiert pas une plus longue
explication. Ces quatre régions sont nommées les
points cardinaux.
Un principe qu'il faut nécessairement connaître
c'est que , au-dessus de son horizon, on voit la
moitié de tout le firmament, c'est à dire que la
moitié des corps célestes est visible, tandis que
l'autre moitié reste cachée par la terre : pour plus
de précision et de méthode , les géographes ont
divisé la terre en36o degrés, et les astronomesont
étendu ces degrés aux cieux, desorte que toutela
circonférence de l'horizon des cieux, est supposée
divisée en 36o parties proportionnelles, dont 18o
restent par conséquent exposées à notre vue, et †
sont elles-mêmes divisées en deux parties égales
par le zénith, qui répondverticalement au-dessus
de notre méridien ( ou de notre tête), à 9o° de
l'horizon. -

— ---- -- • • • • • -- - . -
146 AsTRoNoMIE,
En observant les cieux, on découvre bientôt ls
mouvement apparent en occident, surtout lors
qu'on compare une étoile quelconque à un objet
· terrestre et immobile, tel qu'un clocher : ce mou
vement apparent et général de tous les cieux, est
occasioné par la rotation de la terre sur son pro
pre axe, dans une direction contraire, c'est à dire
de l'ouest à l'est : le lever et le coucher des corps
célestes en sont la conséquence naturelle.Ce mou
vement de rotation, qui s'accomplit à peu près en
vingt-quatre heures, porte le spectateur vers les
corps qui sont en dehors de la terre; de là le lever
, et le coucher du soleil, la succession du jour à la
nuit, et tous les phénomènes qui en dépendent.
L'observation du mouvement progressifde tous
les cieux de l'orient en occident, le lever des étoi
les à l'est et leur coucherà l'ouest, sont des objets
qui, vus de cette manière, laisseront des impres
sions plus fortes que les petites représentations
des mêmes phénomènes sur un globe factice.
L'immensité de la voûte céleste; le mouvement
continuel, uniforme et solennel, l'idée des dis
tances incommensurables et le nombre infini des
étoiles, ne manquent jamais de remplir l'esprit
d'admiration et de reconnaissance envers le créa
teur de ces merveilles.
Après s'être familiarisé avec le mouvement des
étoiles de l'orient à l'occident, ou plutôt avec le
mouvement de la terre en une direction contraire,
il est nécessaire de faire attention à une autre cir
constance qui est une conséquence du mouvement
de la terre. -

Une seule observation suffira pourprouver, que


LEçoN vII. 147
les étoiles, qui sont immédiatement au-dessus de
l'axe sur lequel on suppose que la terre tourne ,
paraîtront stationnairesaux deux extrémités de cet
axe. L'expérience démontre qu'en faisant tourner
un rouage sur un axe fixe, toutes les parties de la
circonférence se présentent d'elles-mêmes aux ob
jets placés à l'extérieur, tandis que l'axereste tou
jours présenté au même objet. Si l'on suppose un
globe tournant sur un axe, l'effet sera identique ;
le point de cet axe, que l'on appelle le pôle du
globe, marquera continuellement le même en
droit, tandis que les autres parties accompliront
des circonférences plus ou moins grandes, suivant
qu'elles se trouvent plus ou moins éloignées de
ces pôles. -

Il est donc difficile de déterminer les points


des cieux opposés aux pôles de la terre ; ceux-ci
paraissent toujours en repos, tandis que les autres
étoiles semblent accomplirune circonférencejour
nalière autour d'eux.Cependant, comme on ne -
peut avoir que 9o° du ciel, à partir du zénith, il
n'est pas de lieu surla terre d'où l'on aperçoive les
deux pôles à la fois, excepté à l'équateur, et alors
ils se confondent avec l'horizon; à un seul degré
de l'équateur, vers le nord, de manière à se trou
ver à 89° du pôle nord, on verra un degré au
delà de ce pôle mord, et un degréºn deçà dupôle
sud. En France onpeuttoujours, eu égard à la la
titude, voir 4o à 5oº au-delà du pôle nord ; c'est
à dire que l'élévation moyenne du pôle nord des
cieux, ou bien des étoiles qui répondent immédia
tement au-dessus du pôle nord de la terre, est de
45° pour ce pays. -
x48 AsTRoNoMIE,
C'est vers le milieu, entre l'horizon et le zénith,
dans la partie nord des cieux, que l'on trouve le
pôle nord, ou le point qui ne † jamais se
mouvoir. Il y a une étoile si près de la verticale de
l'extrémité de l'axe de la terre, que l'on peut la
considérer, pour les usages ordinaires, comme le
pôle nord lui-même.
Ayant déterminé le pôle nord, il sera facile
d'observer que les autres étoiles se meuvent tout
autour, suivant leurs distances , tandis que celle
du pôle reste constamment au même lieu. D'autres
points remarquables sont les Pléiades ou les sept
étoiles, au sud-est; au-dessous, un peuvers l'est,
la grande constellation d'Orion, et plus bas Sirius
ou le Grand Chien, la plus brillante des étoiles fixes.
Les trois étoiles brillantes qui se trouvent en ligne,
et qu'on nomme la ceinture d'Orion ou les Trois
Rois, sont à peu près à distances égales des Pléïa
des et de Sirius, c'est à dire à près de 25° de dis
tance de chacun de ces deux points. Pour être à
même de comparer, il est nécessaire de savoir que
la plus septentrionale des trois étoiles de la cein
ture d'Orion, est exactement au-dessus de l'équa
teur, de sorte que, de cette étoile à l'étoile polaire,
il y a 9o°.
Les Pléiade$e trouvent dans le Zodiaque, du
côté austral, ainsi que l'étoile rouge d'Aldébaran,
placée à côté d'elles : les deux étoiles brillantes à
près de 4o° verslagauche, appelées Castor et Pol
lux , ou les Gémeaux, sont également dans leZo
diaque et à peu près à 5° au nord de l'endroit où
est le soleil le 12 de juillet.
LEçoN vII. 149

Mais qui m'expliquera ce cercle lumineux,


Ce chemin dont la terre attire tous les yeux ;
Qui, du lait égalant la blancheur éclatante,
En a reçu le nom ? Une masse brillante
D'astres semés au loin dans l'espace des airs
Forme, dit-on, ce cercle et ses détours divers.

La voie lactée paraît à l'occident, comme un


nuage formé de groupe, d'étoiles, découvertes par
les astronomes modernes, on croit que notre so
leil et les étoiles isolées , que l'on aperçoit de la
terre , forment une voie lactée à part, puisque
tout l'espace est rempli de pareils assemblages
d'étoiles innombrables ou de soleils, dont les dis
tances,
ment plus lesgrandes.
uns à l'égard
. ' des autres, sont infini r

· Il résulte de ce qui précède, qu'un globe céleste


rectifié pour marquer les objets, des éphémérides
qui indiquent les noms et les lieux des planètes
qui se trouvent alors au-dessus de l'horizon, et un
télescopepour découvrir ces phénomènes, forment
presque la totalité des instrumens dont on ait ri
goureusement besoin.
Les étoiles du soir et du matin sont les planètes
Vénus et Mercure, ainsinommées parcequ'elles se
couchent et se lèvent avecle soleil.Mars est rouge;
Jupiter très brillant; Saturne est de couleur de
plomb ; Herschel se trouve à une distance si con
sidérable et Mercure si près du soleil , qu'on ne
peut que rarement les § même à l'aide
d'un télescope.
Après avoir acquis la connaissance des princi
-
15o - AsTRoNoMIE,

pales divisions de la sphère, et des points les


plus remarquables , tels que ceux marqués ^ſ
, et là , le nord et le sud vrais au moyen d'un fil
à plomb et d'une étoile ou d'un compas de va
riation rectifié, ou bien encore par la méthode
des hauteurs correspondantes, il faut apprendre
les méthodes particulières, soit pour convertir
les degrés d'un grand cercle en temps marqué
par le pendule, et réciproquement , celle de
convertir le temps en degrés. Tous les jours on
observe passer des étoiles aux fils de la lunette ,
en des temps différens : cet espace de temps qui
sépare leur passage, exprime leur différence en
ascension droite; de même, sur une carte céleste
où sont marquées les ascensions droites, on pour
ra en faire la vérification au moyen del'espace de
temps qui s'écoule entre les passages successifs des
étoiles , avec une horloge bien réglée, en con
vertissant les degrés et minutes de l'ascension
droite exprimée, en heures, minutes et secondes
de temps. Une autre méthode qu'il est nécessaire
de bien connaître, est celle du calcul de l'azi
mut, pour déterminer la déclinaison de l'aiguille
aimantée, et par suite, les différens points cardi
naux. C'est ce que nous verrons ci-après, leçon 22.
On appelle ordinairement compas, compas de
2variation, boussole, etc., un instrument composé
d'une pièce principale qu'on nomme l'aiguille :
cette pièce aimantée à l'une de ses extrémités et
suspendue à son centre de gravitation, a la facul
| té de tourner constamment dans un même sens
et à peu près vers le nord, son extrémité aimantée:
je dis à peu près, parcequ'il s'en faut de quelques

º -
LEçoN vII. 151
degrés, qui constituent ce qu'on entend par décli
naison de l'aiguille; c'est cette déclinaison qu'on
détermine par le calcul d'azimut, qu'il est de la
plus grande importance de connaître, surtout en
Ill6I'. - -

Avant l'année 1666 cette déclinaison était orien


tale; en 1666, elle fut nulle, l'aiguille pointait
vers le nord vrai. Depuis cette époque, la décli
naison, devenue occidentale, s'est accrue d'année
en année, de manière à faire croire qu'un jour
l'aiguille marquerait l'ouest; mais il paraît qu'il
n'en sera pas ainsi, puisque le mouvement occi
dental s'est arrêté depuis quatre ans. L'aiguille
rétrograde maintenant et se rapproche du nord,
sa déclinaison est de 22° 23'. Pour aider à con
naître cette quantité en tout temps, la boussole
est munie de pinnules ou d'une lunette dont l'axe
est parallèle au diamètre du cercle gradué de l'in
strument. Les degrés y procèdent de o à 36o° en
faisant le tour entier, ou de o à 18o° de chaque
côté du diamètre, ou enfin en quatre quarts de
9o° chacun, en partant du nord et du sud ou mi
di. Le compas azimutal ou de route, dont se ser
vent les marins, est dans ce dernier cas.
L'azimut qu'indique la boussole est l'arc com
pris depuis le diamètre parallèle à l'axe optique,
jusqu'à l'un des bouts de l'aiguille que l'on con
vient de préférer. On a coutume de bleuir au feu
le pôle nord de l'aiguille pour le faire reconnaître.
- † azimut doit être corrigé de la déclinaison
de l'aimant, angle un peu variable avec les temps,
dans un lieu donné, mais qui change beaucoup
, avec les lieux, et qu'il importe surtout aux marins
7
152 AsTRoNoMIE ,
de vérifier souvent, parceque la boussole est le
guide ordinaire en mer. -

En faisant tomber à midi précis, l'ombre d'un


fil à plomb, suivant un diamètre de la boussole,
la variation est l'arc compris entre cette ombre et
le bout de l'aiguille. Si la méridienne du lieu est
connue, il suffira de diriger la lunette sur une
mire située dans cet alignement : l'aiguille ira se
fixer sur um point du limbe qui donnera la décli
naison. On peut encore observer une étoile à son
passage méridien, qu'on aura calculé d'avance et
qui sera déterminé par une bonne montre. En
dirigeant la lunette vers un astre, à une heure
bien connue, et calculant son azimut au même
moment, la différence entre cet arc et celui qu'in
dique l'aiguille de la boussole, est la déclinaison
cherchée. - -

Si l'onn'apas de moyens d'avoir l'heure précise,


on observera le bord du soleil lorsqu'il est à la
même hauteur le matin que le soir; le milieu entre
les deux directions étant laméridienne, la moyenne
entre les azimuts indiqués par la boussole, ou leur
demi-somme, donne la graduation sur laquelle se
porte le même bout de † quand l'axe op
tique est dans le méridien, et par suite la décli
naison de l'aimant. Il faut observer que si l'aiguille
a dépassé le zéro de la circonférence, en procé
dant de la première observation à la seconde, on
doit continuer à compter les degrés dans le même
sens, par exemple, lire 37o° au lieu de 1o°, et
38o° au lieu de 2o°..... -

On peut encore viser vers une étoile à l'instant


où elle se trouve dans la même verticale avec une
autre qui a la même ascension droite, parcequ'elles
LEçoN vII. 153
sont alors toutes deux au méridien. Les étoiles
suivantes serviront à cette opération : -

La polaire et s de la Grande Ourse, « et 3


Grande Ourse, y de la Petite Ourse, et , du Dra
gon, , d'Andromède, et le nœud « des Poissons ;
g du Lion et 6 de la Vierge, 6 du Cocher et z d'O-
rion, g du Taureau et » d'Orion, , d'Orion et 2 de
la Colombe, etc., etc. Comme l'axe optique ne
décrit pas rigoureusement un plan vertical, les
erreurs sont d'autant plus fortes que l'astre est
plus élevé. Il faut donc observer près de l'horizon
et au plus à 15° de hauteur. En mer on préfère
se diriger sur le soleil à son lever et à son cou
cher, et on a des tables qui donnent de suite l'a-
zimut de cet astre à cet instant, pour toutes les
latitudes. -

Dans tous ces procédés, la variation qu'on ob


tient est affectée de l'erreur du parallélisme du
diamètre zéro avec l'axe optique; mais en plaçant
la lunette d'abord à droite puis à gauche, et poin
tant deux fois vers un objet éloigné, l'aiguille in
diquera alors deux graduations, dont la demi
différence est l'erreur constante de l'instrument
dans toutes les observations. Il est inutile de dire
que lorsqu'on a fait plusieurs pointés à la bous
sole, il faut que la lunette soit toujours placée du
même côté, soit à gauche soit à droite de l'obser
vateur, et lire les indications du même pôle de
l'aiguille.
La rose de compas, dont la circonférence est
divisée en 36o°,
vent, comme on comprend 32 :aires ou rhombs de
voit ci-après • .

On observera facilement que, vû la déclinaison


de l'aiguille qui est de 22° 23 comme on a vu ci :
154 - AsTRoNoMIE,

dessus, il faut pour gouverner au nord, diriger


en mer son navire sur le N.-N.-O. à peu près.

CONVERSION
DES DEGRÉs EN TEMPs ET RÉCIPRoQUEMENT.

Pour convertir les degrés en temps, en raison


de 36o° pour 24 h. ou de 15° pour 1 h. on pose :
15 : 1 : : 45 (par ex.) : 3,
ce qui donnerait 3 heures pour 45°; cette règle
revient donc à diviser le nombre de degrés à con
vertir par 15. Par exemple, on demande de con
vertir 49° 14 1o'/? -

Comme 15° : 1" : : 49° 14 1oºr : (49° 14 1o"-15)


= 3h 16r 56fr 66 = 3h 16/ 56 -*
LEçoN vII. 155
En effet, 49 divisé par 15, donne au quotient
3, qui exprime le nombre d'heures, plus un reste
4 que l'on convertit en minutes de degrés; en
multipliant par 6o, pour les ajouter aux 14 minu
tes de la somme à convertir, on a une somme de
254 qu'on divise par 15.Le nouveau quotient 16
exprime des minutes de temps et le reste 14 se
convertit en secondes en le multipliant par 6o; le
produit ajouté aux 1o" de la somme à convertir
donne 85o", qui, divisés par 15, offrent au quo
tient 56, qui sont les secondes de temps et 1o de
reste qui expriment les # de seconde qu'on écrit
à la suite des secondes ou bien qu'on réduit en
dixièmes de secondes; ces , de seconde répon
dent alors à o,66. -

Pour convertir les heures et minutes de temps


en degrés, minutes de degrés et secondes, comme
24 répondent à 36o° ou 1" à 15°, on pose :
1 : 15 : : 3 (par ex.) : 45.
On demande, par exemple, de convertir un angle
de 3h I 67 5677 66 ? -

Comme 1" : 15 : : 3h 16 56". : (3º 16 56" 66


X 15) = 49° 14 1o".
| On obtient ce résultat comme le premier, avec
la différence que l'on multiplie par 15 toutes les
parties de la quantité à convertir, au lieu de les
diviser par ce nombre. On a soin d'ailleurs de ré
duire les parties principales en leurs subdivisions,
-
comme ci-dessus, mais encore avec cette diffé
rence, que, dans le premier cas, on opérait par
la multiplication, au lieu que dans le dernier, on
y parvient par la division. - -
On peut s'exercer sur ces sortes de conversions
par la solution des propositions suivantes. -
156 ASTRONOMIE ,

1° Quel est le temps qui répond à un angle de


14o° 12'? - *,

2° Combien y a-t-il d'heures, de minutes, etc.,


en 24o° 15' 31" ?
3° En 5" 19 12", combien y a-t-il de degrés,
de minutes, de secondes ?
| 4° Quelle est la distance méridienne du soleil, à
27' après 4 heures du soir ? -

5° Quelle heure est-il lorsque le soleil a dépassé


le méridien de 18° 2o ?
6° Les longitudes de deux lieux étant 2o° 12 et
39° 19 est ou ouest, quelle est la différence en
temps ?
On répond à des exemples semblables par les
tables suivantes, dont l'usage mettra les commen
çapts à même d'en résoudre de plus compliqués.
E

TABLE I, PoUR CONVERTIR LES DEGRÉS EN TEMPS.

|•º, HEUR. MIN. , DEGRÉs, |HEUR. MIN. DÉcIMALEs


SECONDES.

MINUTES, MIN, SEC. MINUTES. MIN. SE C. DE 5EC.


|

- 0 0 -

f f //

| 1 o 4 3o 2 O I . o67
| 2 o 8 4o 2 4o | º 2 . 13
3 0 12 5o 3 2o 3 • 2

4 o 16 6o 4 o 4 || . 26
5 O 2O 7o 4 4o 5 . 3
- 6 o 24 8o 5 2o 6 . 4
7 o 28 9o 6 o 7 . 46
8 o 32 IOO 6 4o 8 . 53
9 o 36 2o0 13 2o 9 . 6

| 1
| Io

2o
o
I
4o
2O ! 3oo 20 O IO . 6
, LEçoN vII. 1o7

TABLE II, PoUR CONVERTIR LE TEMPS EN DEGRÉS.

MIN cTEs, | DEG. MIN. : DÉCIMALEs


HEURES. DEGRÉs. SECONDES.
sECoNDES. | MIN. sE C. : DE SEC.

asm-r-" -

O /

/ fr
-

15
3o
45
0

15
3o
45
O

15
3o
O

3o
O
20 , 3o

, Pour l'usage de ces deux tables, prenons le pre


mier exemple posé; qu'il soit demandé de ré
duire 49° 14' 1o" en temps. .
Dans la 1º table, 4o° de la 3° colonne, º

donne . .. . .. .. .. .. . 2" 4o' o"


qui se trouvent dans la 4° colonne |
Dans la 1" col., même table, 9° don. o 36 o
id. id. 1o' o o 4o
id. id. 4 o o 16
Dans la 5° col., même table, 1o" don. o o o.6
t-rº

Conversion en temps 3h 16 56.6

On voit l'usage de la table II, par la conver


-
158 LEçoN vII.
sion de ce même temps, en degrés et minutes de
degrés,
b 2 qu'on obtient de la manière suivante :

Dans la 1º colonne, 3 h. donnent — 45° oo oo"


Dans la 3° id. I O' — 2 3o o
id. id. , 6' — 1 3o o
id. id. 5ofr — o 12 3o
id. id. . 6'r — o 1 3o
Dans la 5° colonne, o"6 — o. o 1o

Conversion en degrés — 49° 14 1o'r


-7

C'est ainsi que l'on pourra déterminer les de


grés et minutes de degrés qui séparent deux ou
plusieurs étoiles, par l'observation à une bonne
horloge par le temps écoulé et compté entre ces
passages successifs; ou bien rectifier son horloge,
par l'observation des étoiles, dont on aura pris la
distance exacte dans la connaissance des temps, la
quelle, convertie en heures, indiquera la diffé
rence que marquera l'horloge; en observant leurs
passages aux fils de la lunette méridienne; diffé
rence dont il faut tenir soigneusement compte,
quand on a l'intention de projeter la configura
tion des constellations sur un plan quelconque,
ou vérifier les élémens donnés dans les éphémé
rides. -

Dans les calculs des longitudes, ceux des éclip


ses, des occulations d'étoiles et autres, on a sans
cesse besoin de recourir à la méthode des con
versions du temps en degrés et réciproquement ;
son usage ne saurait donc être trop connu, et
c'est la persuasion de sa grande utilité, qui m'a
porté à I'ajouter ici au texte de l'auteur anglais.
LEçoN vII. 159

è$eçon juitième.
DE LA TERRE,

O toi, qui de l'espace as peuplé les déserts,


Qui de soleils sans nombre éclairas l'univers,
Ton amour paternel veille sur notre asile :
Il épanche ses dons sur ce globe fertile !
ST. LAMBERT.

La planète que nous habitons circule comme les


autres dans le système solaire. Sa situation à une
distance moyenne du centre de ce système, lui est
très favorable; elle est privilégiée sous ce rapport;
car, se trouvant à une distance moins grande du
soleil que-Saturne, Jupiter, Mars, etc., et cepen
dant plus éloignée que Mercure ou Vénus, qui
sont en quelque sorte soumis trop violemment à
l'action calorifique, la terre semble avoir été l'ob
jet de la sollicitude particulière de la Divinité.
Indépendamment de ce mouvement que la terre
a autour du soleil, dont la circonférence est dé
crite en une année, cette planète a un autre mou
vement sur son propre axe, qu'elle accomplit en
vingt-quatre heures; on a souvent comparé ce
mouvement double à celui d'une roue de voiture,
qui, tout en avançant sur une ligne, fait néan
moins tourner toutes ses parties sur elle-même.
Du premier de ses mouvemens proviennent les
7

-^-_-- -

------ -- -- -
16o AsTRoNoMIE ,
saisons et leurs vicissitudes, et du second, les
jours et les nuits : tous les deux engendrent la force
centripète, qui soutient la masse entière et fait
tomber les corps vers le centre. On peut aussi con
cevoir, qu'un corps tournant ainsi en cercles, doit
être lui-même un sphéroïde, ce qui est conforme
à la figure exacte de notre globe. Toutes les fois
que l'ombre de la terre porte, dans les éclipses de
la lune, sur ce satellite, elle paraît toujours circu
laire, dans quelque position qu'elle se trouve pro
jetée; il est également très facile de prouver qu'un
corps qui, dans chaque position, fait des ombres
circulaires, doit être sphéroïde lui-même. Deux
vaisseaux qui se rencontrent en mer, prouvent la
même vérité; car ici, tandis que l'on découvre les
parties supérieures de la mâture, le corps des na
vires se trouve caché par la convexité du globe qui
s'élève entre eux deux. Le cas est le même pour
deux hommes qui s'approchent sur une hauteur
par des côtés opposés; la tête se découvre d'abord,
et, en continuant de monter, toutes les parties du
corps se présentent successivement. Néanmoins,
quoique l'on dise que la figure de la terre soit
sphérique, il ne faut concevoir cette sphéricité
que comme apparente. On a trouvé, dans le siècle
dernier, qu'elle est un peu aplatie vers les pôles,
de sorte que sa forme n'est que celle d'un sphé
roïde ou d'une sphère aplatie. -

La terre est à 34,515,ooo lieues du soleil, et


fait sa révolution autour de cet astre en 365 j. 5 h.
48 51". Elle parcourt, dans cette orbite annuelle,
412 lieues pendant une minute; ce mouvement,
quoique cent vingt fois plus rapide que celui d'un
boulet de canon, n'est qu'un peu plus de la moitié
LEçoN vIII. 16I

de la rapidité du mouvement de Mercure dans son


orbite. Le rayon ou demi-diamètre de la terre est
de 2143 lieues à l'équateur. En tournant autour
de son axe en vingt-quatre heures, de l'ouest à
l'est, la terre occasionne un mouvement apparent
et diurne à tous les corps célestes, de l'est à l'ouest.
Par le mouvement rapide de son axe, les habitans
placés sous l'équateur se trouvent emportés de 375
lieues deux tiers par heure, puisque le périmètre
est de 9o16 lieues. -

Comme la terre reçoit la lumière et le mouve


ment du soleil, elle tire également la chaleur et la
vie de la même source. Cependant les différentes
parties du globe participent de ces avantages dans
des proportions très variées, et se montrent sous
des aspects différens. Une vue prise aux pôles,
comparée à un paysage pris sous l'équateur, pro
duit des effets aussi opposés que leur situation
est différente, -

Les extrêmes de notre globe paraissent égale


ment peu propres aux commodités de lavie : l'ima
gination peut trouver quelque plaisir à contem
pler les précipices du Groënland ou la verdure
éternelle de l'Afrique ; mais le vrai bonheur ne
peut se trouver que dans les climats plus tem
pérés, où l'on jouit sans danger des dons de la
InatUlI'e. - -

Les mouvemens de la terre, et la chaleur ou


l'action atomique du soleil, en décomposant les
parties aqueuses et volatiles de sa surface, créent
une atmosphère gazeuse qui l'environne de toutes
parts. Cette atmosphère est assez dense pour réflé
chir les rayons du soleil à la hauteur de 16 lieues;
c'est de là que provient le crépuscule que l'on ob
162 AsTRoNoMIE ,
serve même après que le soleil est descendu de 18°
sous l'horizon. Les animaux et les végétaux, en
attirant, par la respiration, les atomes mouvans
du gaz atmosphérique, tirent de ces mouvemens
leur chaleur et leur énergie vitale.
Sur la surface de notre globe, la terre se trouve
divisée, d'un pôle à l'autre, en deux bandes de
· terre solide et deux de mer. La première bande,
et la principale des deux, constitue l'ancien con
tinent, dont la plus grande longueur comprend
une ligne qui commence à la pointe orientale de
la grande Tartarie, qui passe par le golfe de Lin
chidolin, Tobolsk, la mer Caspienne, la Mecque,
l'Afrique septentrionale, le Monomotapa et le cap
de Bonne-Espérance. Cette ligne est à peu près de
3,6oo lieues de longueur, et ne se trouve inter
rompue que par la mer Caspienne; on peut aussi
la considérer comme le milieu de l'ancien conti
nent; car, sur la gauche, il y a 2,471,o93 lieues
carrées, et sur la droite 2,469,687, ce qui est une
égalité étonnante.
Le nouveau continent est l'autre bande terres
tre, dont la plus grande longueur peut être prise
depuis l'extrémité du pays des Patagons jusqu'aux
lacs du haut Canada.
Cette ligne, interrompue seulement par le golfe
du Mexique, est de près de 2,5oo lieues de lon
gueur, et divise le continent de l'Amérique en deux
parties égales; celle qui est à gauche comprend
1,o69,287 lieues carrées, et la partie de la droite
1,o7o.926; la somme totale de la mesure terrestre
des deux continens est à peu près de 7,o8o,993
lieues carrées, ce qui ne fait pas le tiers de toute
LEçoN vIII. 163
la surface du globe, qui contient 23,ooo,ooo de
lieues carrées.
Voici un relevé des mesures des différentes par
ties du monde.
Les mers et les parties inconnues de la terre
(mesurées sur les meilleures cartes) contiennent
16o.522,o26 milles carrés. — Les parties habitées,
38,99o,569; — l'Europe, 4,456,o65 ; — l'Asie,
1o,768,823 ;-l'Afrique,9,654,8o7;-l'Amérique,
14, 11o,874.— En tout, 199,512,595; nombre qui
exprime les milles carrés de la surface. Il faut ob
server que tous ces nombres sont exprimés en
mesures anglaises. Le mille anglais équivaut au
tiers d'une lieue de 228o toises. -

Lorsque l'on découpe un globe, fait dans les


plus justes proportions, les parties marines pèsent
349 grains, et celles de la terre seulement 124; ce
qui démontre que les trois quarts de la sur
face de notre globe sont couverts d'eau , et
qu'il ne reste pour la terre qu'un peu plus du
quart.
Si l'on fait attention à la surface de notre globe,
il se présente des milliers d'objets, qui, quoique
connus depuis long-temps, excitent cependant
une utile curiosité. La verdure qui le couvre de
toutes parts, est sans contredit une beauté qui ravit
les sens, par son heureux mélange d'arbres et de
plantes, dont les dimensions et les usages sont si
variés ; d'autres objets excitent l'admiration par
leur volume, leur figure et leur situation; telles
sont les montagnes qui s'élèvent au-dessus des
nuages et dont les sommets sont garnis d'une
neige éternelle; les rivières que l'inclinaison du
164 AsTRoNoMIE,
sol porte à conduire leurs eaux à la mer, après
avoir reçu celles de plusieurs autres courans; le
grand océan qui couvre les deux tiers du globe ,
et qui sert de moyen de communication entre les
nations les plus éloignées de la terre.
Si, quittant ces objets qui paraissent naturels à
laterre, on vient à considérer les volcans, les pré
cipices, les cavernes, les cataractes, on croit trou
ver de grandes irrégularités à la nature.Si, poussé
par la curiosité, on descendaux objets qui gisent
immédiatement sous la surface du globe, on y
trouve encore des objets dignes de fixerl'attention :
la terre est pour la plus grande partie, composée
de couches régulières dont l'épaisseur augmente
avec la profondeur; une quantité prodigieuse de
coquillages qui appartenaient autrefois à des ani
maux marins, et quine présentent maintenant que
des débris de la vie organique, placée à des distances
considérables des bords actuels de la mer, et dont
l'épaisseur est quelquefois de quinze à vingt pieds;
des substances aquatiques de différentes espèces ,
qui se trouvent aux sommités des montagnes, et
souvent comprises dans le marbre le plus com
pacte.
Ces recherches n'ont été faites qu'à une très
petite profondeur sous la surface de la terre, et
dans ces sortes d'études, l'homme a été conduit
plutôt par des motifs d'avarice que par le désir
de s'instruire. La mine la plus profonde est celle
de Cotterberg, en Hongrie, et cependant ellen'a
pas plus de trois mille pieds de profondeur; cette
quantité est presque nulle, quand on la compare
avec le rayon de la terre, qui est de 1435 lieues.
Tout ce qu'on a pu dire sur l'intérieur de la terre
LeçoN vIII. 165
n'est donc que conjectural, et ne se fonde que sur
suppositions.
En examinant la terre , partout où elle a été
percée à une certaine profondeur, la première re
marque porte sur les différentes couches dont
elle est composée ; elles sont toutes superposées
horizontalementl'une au-dessus del'autre, comme
le sont les feuilles d'un livre , et chacune d'elles
est composée de matériaux qui augmentent en
poids, en proportion de leur profondeur.
La première couche quel'on trouve le plussou
vent, à la surface, est cette terre noirâtre, qu'on
appelle terre végétale, dont la partie habitée du
globese trouve partout recouverte, à moins qu'elle
n'ait été enlevée par quelque accident violent.
Cette couche paraît avoir été formée de la des
truction successive des corps animaux et végétaux;
on pourrait également demander si cette couche
de terre a été formée par les êtres organisés, ou
bien si elle a engendré elle-même tout ce qui à
la surface, est doué de la vie.
Lorsque, de cette première couche, on continue
de descendre, et que l'on considère la coupe faite
dans un plan perpendiculaire à l'axe terrestre ,
soit aux bords des grands fleuves, des côtes ma
rines escarpées, ou dans les mines, on voit que
les couches conservent un ordre régulier, quoique
leur épaisseur respective et leur constitution, va
rient considérablement. Dans un puits qui fut
creusé à Amsterdam, à la profondeur de deux
cent trente pieds, on trouva successivement les
substances suivantes : sept pieds de terre végétale ,
neuf de tourbe, neuf de glaise molle, huit de sable,
quatre de terre, dix de glaise, quatre de terre, dix

* - --- -
166 AsTRoNoMIE,
de sable, deux de glaise, quatre de sable blanc,
un de terre molle, quatorze de sable, huit d'un
mélange de glaise et de sable, quatre de sable ma
rin et de † puis cent deux pieds de
glaise molle, et enfin trente-un de sable.
Buffon donne une énumération encore plus
exacte des couches de la terre, observée dans un
puits creusé, près de Paris, à une profondeur de
cents pieds; il y en avait treize d'une gravelle rou
geâtre, deux de gravelle mêlée à du sable vitrifié,
trois de vase, deux de marne, un de gravelle, un
d'églantine ( espèce de pierre qui a la dureté et le
grain du marbre ), un de marne gravelée, un de
marne pierreuse, un d'une espèce encore plus dure
que la précédente, deux de l'espèce la plus dure
de toutes, un de sable vitrifié mêlé à des coquil
lages fossiles, deux d'unegravelle fine, troisd'une
marne pierreuse , un de marne plus grossière et
en poudre, un de pierre susceptible de se calci
ner comme le marbre, trois de sable gris, deux
de sable blanc, un de sable rouge veiné de blanc,
huit de sable gris et de coquillages, trois d'un
sable très fin, trois de gravois, quatre de sable
rouge veiné de blanc, trois de sable blanc, et
quinze d'un sable rougeâtre vitrifiable. -

De cette manière, on trouve que partout la


· terre est composée de couches ou de bancs, dont
l'épaisseur est toujours égale, quelle que soit d'ail
leurs leur étendue.
Après avoir considéré la strueture intérieure de
la terre, autant qu'il convient à notre sujet, il
faut se rappeler que ce globe, si favorable à ses
habitans, n'est cependant qu'un atome infiniment
petit, sous le rapport de l'étendue immense de
LEçoN vIII. 167
l'univers ; que cet univers peut être considéré
comme l'œuvre de la Divinité qui en occuperait le
centre, animant toutes choses, et rendant le vide
plus agréable par sa présence.Ony voit des masses
considérables et sans formes, converties en mondes
par sa toute-puissance, dispersées à des intervalles
que notre imagination ne saura Jamais mesurer.
La terre, en présentant successivement toutes ses
parties au soleil, centre de notre système, et par
sa rotation sur son propre axe, obtient à la fois la
chaleur et la lumière nécessaires à sa végétation et
à sa fertilité; une atmosphère transparente, qui
couvre entièrement sa surface, tourne en même
temps par son mouvement, et interrompt ainsi
les rayons solaires, pour les convertir en une cha
leur bénigne, seule capable de couvrir la surface
terrestre de cette verdure, qui fait à la fois l'objet
de notre admiration et de nos besoins. Les eaux
proviennent de la même atmosphère; elles servent
à soutenir la vie dans les animaux et les végétaux :
tout en variant la perspective, les montagnes ai
dent évidemment à l'écoulement des eaux. Les
mers qui s'étendent d'un continent à l'autre, sont
pour l'homme un nouveau sujet de reconnaissance
envers le Créateur, par les nombreuses espèces
d'animaux qu'elles nourrissent , et par les nuages
que l'évaporation constante de leurs eaux,engendre
dans l'atmosphère. Enfin, les vents qui soutiennent
la santé et accélèrent la végétation ; la fraîcheur du
| soir , qui invite au repos, pour acquérir de nou
velles forces ; tous ces accidens, que l'homme su
perficiel ne considère souvent que sous le rapport -

de ses plaisirs, sont les grands effets de la bonté


éternelle du Créateur, qui paraîtrait n'avoir peu
168 AsTRoNoMIE ,

plé notre sphéroïde, que pour l'accabler de bien


faits. -

Indépendamment des élémens déja connus ,


ImOtre § nous montre quatre autres †
rités importantes : son antiquité; les accidens d'une
étendue et d'une force inconcevable; la certitude
de l'existence antérieure de certains pays, englou
tis depuis long-temps par les eaux, et perdus dans
la mémoire de l'homme; enfin, le renouvellement
de l'espèce humaine. On ne connaît en effet que la
surface de la terre. Le cercle seul en a été péné
tré; les plus grandes cavermes, les mines les plus
profondes, ne descendent pas à la treize millième
partie de son diamètre. Le jugement qu'on en peut
porter se trouve donc borné à la couche supérieure,
composée d'objets qui confondent les calculs hu
mains, savoir : des animaux, des végétaux , des
minéraux et des substances matérielles commu
nes, qui ne saurait nous donner d'idées précises
sur les couches intérieures de la terre.Ne pourrait
on pas comparer l'étude de cette couche supé
rieure, relativement aux principes qui composent
toute la masse du globe, comme on compare l'é-
iderme de l'homme à sa structure intérieure, dont
§ excite toujours l'admiration ?
C'est ainsi que l'on prouve que le sujet de nos
méditations sur les corps extérieurs, est bien plus
étendu qu'il ne l'est sur la structure du ménisque
que nous habitons. L'esprit peut saisir la marche
et les mouvemens des corps placés à de grandes
distances, tels que le soleil, les planètes, les étoi
les, tandis que nos efforts pour étudier la nature
de notre sol, ne nouspermettent d'arriver qu'à de
très petites profondeurs. Quelle est la matière qui
LFçoN vIII. 169
remplit cette masse, d'un pôle à l'autre ? Cene sera
assurément pas par les propriétés de la pellicule
terrestre que nous connaissons, qu'on jugera de la
forme des parties intérieures et centrales. L'ana
logie ne suffit même pas pour déterminer si ce
centre est positivement solide, fluide ou igné.Vou
loir admettre l'une de ces hypothèses, serait ab
surde, et jamais système ne parviendra à expliquer
cette difficulté, même avecle secours des éruptions
volcaniques. Toutes les apparences nous portent
bien à croire, en effet, que la surface de notre
globe n'est passeulement maintenue par desvoûtes
irrégulières immenses, mais que nos villes ont leurs
§ posées sur des ruines, s'il faut en croire
ce passage de Pline, qui assure qu'en une seule
nuit, douze villes de l'Asie furentenglouties par une
secousse de la terre. Fournier rapporte aussi qu'au
Pérou, un tremblement de terre se fit sentir sur
une étendue de trois cents lieues de côtes, et de
soixante-dix lieues dans les terres : les montagnes
furent aplanies dans sa direction; lesvilles furent
renversées; les rivières fureut chassées de leurs
lits, et toute cette immense étendue de pays fut,
en quelques heures, dans un bouleversement total..
Mais quelle idée devrait-onse faire de ces voûtes,
de ces cavernes souterraines ? quelle scène terrible
se découvrirait, si, en effet, cette supposition très
probable pouvait se montrer à nos yeux?Lorsqu'on
vient à réfléchir sur la cause des éruptions volca
niques, sur l'état où doit se trouver le foyer de ce
vaste réservoir de feu, que l'œil ne pourrait mesurer
qu'avec difficulté , on serait tenté de croire que
la terre est minée de toutes parts, et que des mas
ses presque inépuisables de combustibles, alimen
ºv.

:
17o AsTRoNoMIE,
tent ce fléau destructeur; que les eaux intérieures,
ou celles de la mer qui trouvent accès, ou venant
à y être introduites, produisent à la fois l'érup
tion de ces quantités énormes de pierres, de cen
· dres et de matières combustibles, que les volcans
vomissent par intervalles. Et cependant , malgré
ces dangers effrayans, nous vivons à la surface de
ces terrains élevés sur les ruines intérieures, dans
la plus grande sécurité.
A ne considérer la terre que d'une manière su
, perficielle, on n'aperçoit pas d'abord un ordre
bien parfait dans les dispositions locales desasur
face. Son apparence extérieure nous montre des
élévations, des profondeurs, des plaines, des mers,
des marais, des rivières, des cavernes, desgolfes,
des volcans , et un grand nombre d'autres objets
irréguliers; dans l'arrangement intérieur, les mé
taux, les minéraux, les pierres, les bitumes, les
sables, les terres, les eaux et les matières de toutes
les espèces; paraissent placées par accident.Cepen
dant, toutes ces difformitésapparentes sont abso
lument nécessaires à la végétation et à l'existence
animale; la raison seule en indique suffisamment
les causes.La surface de la terre, unie et régulière,
ne serait pas très favorableàl'écoulement des eaux;
on peut expliquer de même les autresirrégularités
apparentes, telles que les mouvemens de la mer
et les courans de l'air, qui sont réglés par des lois
fixes. Le retour des saisons est uniforme, et la ri
gueur de l'hiver fait invariablement place à la
beauté du printemps ; de sorte que l'homme, les
animaux et les plantes se succèdent de génération
en génération, et fleurissent surle sol qui les a vus
Jaa1iI'€.
LECON IX.
2
- " 171

à$eçoit neuvième.
DES PHÉNOMÈNES PARTICULIERs QUI RÉsULTENT
DEs MoUvEMENs vARIÉs DE LA TERRE.

--

Lespace que parcourt en vingt-quatre heures


chaque point de l'équateur, est d'environ 375lieues
Par heure, ou 6 lieues et demie par minute, ou
enfin 238 toises par seconde; vîtesse considérable
et à comparer à celle d'un boulet de canon. Il est
à observer que, si cette rapidité étonne assez
l'imagination pourla porter à rejeter le mouvement
de la terre, il faut, en supposant ce globe immo
bile, admettre la rotation de tout le ciel. Or, si le
soleil tourne en vingt-quatre heures autour de
nous, sans parler de la force immense, capable
d'imprimer ce mouvement rapide à une masse
aussi énorme, quelle prodigieuse vîtesse ne serait
pas celle d'un corps qui décrirait en vingt-quatre
heures, un cercle de trente-cinq millions de rayon !
Cet astre devrait en effet parcourir plus de 2,5oo
lieues par seconde : hypothèse beaucoup plus in
concevable que celle du mouvement de la terre. Si
l'on considère ensuite que les étoiles, situées à des
distances infinies, tourneraient aussi autour de
nous en vingt-quatre heures, leur vîtesse serait
immense comparée à celle du soleil; la distance
des étoiles de première grandeur étant au moins
172 AsTRoNoMIE ,
de 3,566 milliards de lieues, chacune d'elles dé
crirait donc quarante millions de lieues par se
conde ! Enfin, si l'on considère que leur grandeur
apparente n'est qu'un effet de leur distance, il fau
drait donc que ces astres eussent des vîtesses res
pectives telles, qu'étant proportionnelles à leurs
distances, elles s'accordassent à les présenter en
semble sous la même apparence que si la terre
tournait. Ce concert parfait, cette unanimité de
relations si constante, qui n'offre jamais une mi- .
· nute de différence, paraît encore plus difficile à
admettre pour les comètes, qui se meuvent dans
toutes les directions et avec toutes les vîtesses, et
qui sont cependant soumises à la loi générale de
révolution en vingt-quatre heures autour de nous.
Ces considérations paraissent plus que suffisantes
pour admettre le mouvement de la terre.
La terre éprouve sept mouvemens différens,
qui produisent chacun des effets particuliers et
des phénomènes dignes de notre attention.
1° Le mouvement de rotation autour de son pro
pre axe, lequel, à l'équateur, est évalué à 238 toises
par seconde. Ce mouvement occasionne les phé
nomènes suivans : 1° la succession du jour à la
nuit, dont l'inégalité tient à l'inclinaision de l'axe,
sur le plan de l'écliptique ou route que la terre
achève autour du soleil en 365 1/4 jours : si le
mouvement apparent du soleil se faisait toujours
dans l'équateur, les jours et les nuits seraient con
stamment d'égale longueur, comme au temps des
équinoxes; 2° le lever et le coucher apparens des
étoiles et des autres corps célestes; 3° la tendance
qu'ont tous les corps pesans de tomber vers le
CentI'e.
LEçoN Ix. 173
2° Le mouvement dans son orbite autour du so
leil, qui se fait en une année. La vîtesse de la terre
dans son orbite est de 412 lieues par minute, ou
6 lieues cinq sixièmes par seconde.Ce mouvement
prodigieux donne naissance au phénomène sui
vant : la succession périodique des saisons, due à
ce que l'axe de laterre, étant incliné de vingt-trois
degrés et demi sur la perpendiculaire du plan de
son orbite, maintient toujours le même parallèle.
Comme l'écliptique ou l'orbite de la terre n'est
pas circulaire, lorsque le soleil se trouve en hiver
au périgée son diamètre est de 32'593, et à l'apo
gée , en été, il est de 31'516. Il en résulte que les
deux distances sont inégales, et comme ces dis
tances sont en raison inverse des diamètres appa
rens, on aura la proportion : la distance de l'apo
gée est à la distance du périgée :: 32'593: 31'516;
c'est à dire que si de la plus grande distance solaire
on retranche son 3o°, on aura, pour reste, la plus
petite.

Voici la distance numérique des calculs :


Distancc du soleil à la terre.
Périgée. ... … 23,69r ray. terr. ou 33,925,512
Apogée. .. .. .. .. . 24,5o1 35,o85,432 ſ 1:
Moyenne ........ 24,o96
Grand diamètre....
34,5o5,472 # -

de l'orbite.. ... 48,192 69,oro,944

Ainsi , la plus grande distance surpasse la


moyenne de 58o,ooo. Nous donnons ici, pour le
premier jour de chaque mois, l'angle décrit par
le rayon vecteur et la distance correspondante du
1 74 AsTRoNoMIE,
- - - •, /

soleil ; la distance moyenne est prise pour unité.


MOIS . ANGLE . DIST. MOIS . ANGLE . DIST •

Janvier.. .. .. 61'. ro" o,983 | Juillet. ... 57'. 13" 1,or68


Février.. ... . 6o. 5 r o,986 | Août .. ... 57.28 I,OI 44
Mars.. ...... 6o. o5 o,992 | Septem. ... 58.1o - 1,oo82
Avril.. ... .. 59. o3 1,oo66 | Octobre ... 59.o7 I,ooo r
Mai. .. ... .. 58. o6 1,oo88 | Novem. ... 6o,1o o,99r
Juin.. .. ... . 57.26 1,1o46 | Décem. ... 6o. 56 o,986

3° Le mouvement autour du foyer ou centre des


masses de la terre et de la lune. Ce mouvement
occasionne l'élévation des eaux de la terre vers ce
foyer, tandis, que le mouvement de rotation simul
tané fait successivement passer tous les méridiens
vis-à-vis de ce foyer; il occasionne aussi la progres
sion des eaux accumulées de l'orient à l'occident ,
qu'on appelle marées. ·
4° Le mouvement des points de l'aphélie et du
périhélie autour de l'écliptique , en près de
2 I,OOO ans.
| Par suite de ce mouvement apparent, le soleil
se trouve être successivement vertical, au-dessus
des différentes latitudes tropiques, lorsque la terre
est le plus près ou le plus loin possible du soleil, et
lorsque l'action mécanique du soleil sur la terre est
la plus grande ou la plus petite, affectant par là
beaucoup plus les latitudes au-dessus desquelles
le soleil est vertical, lorsque la terre est dans son
périhélie. Le mouvement de la ligne des apsides
est direct, c'est à dire que le périgée et l'apogée
terrestres tournent dans l'ordre des signes et dé
crivent par an 11" 8. La longitude de ce point
' LEçoN Ix. 175
change donc, non seulement de ces 11"8: qu'on
doit attribuer à l'action de Jupiter et de Vénus,
sur le globe que nous habitons, mais encore de
5oº 1, en vertu de la précession, ce qui fait 61" 9
par an. C'est ainsi que l'attraction des planètes sur
la terre contribue à la précession. Il résulte, d'a-
près les calculs les plus exacts, qu'en 1248 la terre
arrivait très près du périgée P, le jour même du
solstice d'hiver, c'est à dire à l'instant où le soleil
atteignait le tropique du Capricorne, position que
présente la figure n° 1, planche 8 ; A, est le lieu où
se trouvait la terre au solstice d'été ; Y et * sont
les équinoxes; le premier du printemps, le second
de l'automne. Cet état a changé depuis, et, le pé
rigée décrivant 61" 9 par an, le soleil s'en trouve
éloigné, au solstice d'hiver, de 9° 51 46"; c'est
de là que résulte la position que l'on a attribuée
au périgée en 1821 , dont le sommet le plus rap
proché du soleil , au 31 décembre, étaità 6 h.54'
38" du soir. Commel'intervalle croît chaque année,
en 648o, la ligne des équinoxes 4 et Y se con
fondra avec celle des apsides ; x sera en P, par
son mouvement de Yº en rº, etc., etc.
Il s'ensuit que la durée des saisons est lentement
variable, et qu'elles tendent à se transformer en
une seule saison uniforme. -

5° Une diminution progressive de l'angle de


vingt-trois degrés et demi , que fait l'axe de la
terre avec la ligne perpendiculaire au plan de
l'orbite, dont la valeur est de cinquante-deux mi
nutes par siècle.
Ce mouvement rapproche les tropiques, qui
étaient autrefois probablement beaucoup plus
éloignés l'un de l'autre, Cette diminution est une
8
Y -

176 ASTRONOMIE,
conséquence nécessaire des mouvemens orbicu
laire et de rotation, qui agissent l'un contre l'autre
dans les plans différens; par la suite des temps,
la diminution de cet angle peut faire confondre
l'écliptique avec l'équateur, et faire régner ainsi;
pendant quelques siècles, un printemps conti
nuel, puisque le soleil décrirait toujours l'équa
t6Ull'. - -

L illustre géomètre Laplace dit que l'écart des


deux plans ne saurait dépasser deux ou trois de
grés d'un côté ou d'autre. Depuis que l'on observe,
comme on n'a jamais vu l'obliquité changer de na
ture, c'est à dire que l'angle diminue toujours, il
sera curieux de le voir augmenter dans quelques
temps, et l'étendue de la zone torride s'agrandir,
comme elle se resserre aujourd'hui de plus en plus.
Tant que l'on n'apercevra pas ce phénomène, on
sera toujours porté à croire que l'angle continuera
à diminuer, jusqu'à ce que l'équateur se confonde
avec l'écliptique, et à douter de la théorie émise
ci-dessus.
6° La précession des équinoxes. - . *-

On sait que l'année sidérale, ou le temps du re


tour de la terre à la même étoile, ou au même
point de son orbite, surpasse l'année tropique, ou
· le temps du retour au même équinoxe. C'est un
résultat de la rotation de la terre, combinée avec
l'attraction qu'éprouve son excès de sphéricité.Ce
mouvement de l'équinoxe est ce qu'on nomme la
précession; elle fait décrire aux étoiles autour de
nous, dans le même sens que le soleil et en vingt
six mille ans, des cercles parallèles à l'écliptique ;
on supposetoujours la terre fixe; car c'est en réa
lité un changement de position que subit son
à
LEÇoN Ix. 177
grand axe. Ainsi, la révolution complète a lieu,
pour le soleil, en un an; pour les étoiles, en vingt
six mille ans, et la rotation journalière du globe,
· en vingt-quatre heures. Les étoiles paraissent done
venir successivement occuper diverses régions du
ciel, pour se rapporter à l écliptique, à l'équateur
et aux colures; mais, en réalité, les étoiles restent
fixes, tandis que ces cercles forment un système
solide qui tourne d'un mouvement commun au
tour de l'axe terrestre, d'orient en occident, ou
contre l'ordre des signes. L'équinoxe avance donc,
en procédant vers la droite, dans les constellaticns
suivantes:Bélier,Poissons,Verseau,Capricorne,etc.
Maintenant le signe du Bélier, équinoxe du prin
temps, se trouve dans la constellation des Pois -

sons, et très près du Verseau. Les calculs et l'ob


servation s'accordent à donner pour la précession
5oº 1 par an, ou 1º tous les 71",8563. Celle d'un \
signe entier, ou de 3o", exige 2,156 ans, et le point :
| équinoxial est environ 26,ooo ans à parcourir
l'écliptique entière. On aperçoit facilement que
· les signes et les constellations changent sans cesse ;
les signes restent à leur place, par convention, et
les constellations s'en écartent : ils coïncidaient il
y a environ 2,ooo ans, au temps d'Hipparque.
Par ce mouvement, les étoiles changent de place
relativement aux mois et aux saisons; elles font
leur révolution, à raison de cinquante secondes un
quart par an, qui s'achève autour de la sphère en
tière en vingt-six mille ans. Ce mouvement ne
† d'autres effets terrestres, que de déplacer -

es étoiles et les constellations, des signes célestes


qu'elles occupaient dans l'origine de l'invention du
-

-
-

--------- -
178 AsTRoNoMIE,
zodiaque , par les Egyptiens; alors les signes coïn
cidaient avec les constellations.
7° La rotation ou la libration de l'axe de la terre,
de quelques secondes en neuf ans de temps, libra
tion qui se fait tantôt en avant, tantôt en arrière.
Ce mouvement provient de la différence qui
existe dans la direction des forces du soleil, de la
lune et de la terre, dans les plans où ces forces
sont dirigées. Il n'a pas d'effet sensible, et n'est
connu que des astronomes.
La terre est une masse énorme, susceptible
d'être mise en mouvement par les plus petites
forces, puisque toutes ses parties se trouvent en
équilibre, et qu'elles n'ont pas de disposition par
ticulière à se mouvoir d'un côté plus que d'un autre.
La rotation sur l'axe est occasionée probable
ment par la seule action des rayons solaires sur .
, .
l'atmosphère.
Le mouvement des planètes est connu avec exac
titude, et les lois de Képler en sont l'expression ;
voici ces lois :
1° Les rayons vecteurs décrivent des aires propor
tionnelles aux temps ;
2° Les orbites des planètes sont des ellipses dont
le so/eil occupe le foyer commun ;
3° Les carrés des temps des révolutions sont entre
eux, comme les cubes des grands axes des orbites.
Par la première, la mécanique permet de con
clure que lesplanètes sont soumises à l'action d'une
force qui les pousse sans cesse vers le soleil.
Par la deuxième, les orbites sont elliptiques ;
on en infère que cette force varie en raison inverse
du carré des distances. -

Par la troisième, on compare les temps des ré

,
. LEçoN Ix. 179
volutions aux grands axes des orbites, d'où on
déduit que la force qui meut les corps est propor
tionnelle à la masse.
Ainsi, les planètes, outre l'impulsion primitivé
qu'elles ont reçue, et qui tend à leur faire par
courir une ligne droite, sont encore portées vers
le soleil, à chaque instant, par une puissance cen
trale ou centripète, proportionnelle à leur masse, et
qui varie en raison du carré de la distance. Il faut
observer que les causes de ces mouvemens impor
tent peu; ce sont les lois qui nous sont seules né
cessaires; le mot attraction ne doit jamais être que
l'expression du fait dont on reconnaît l'existence.
Le mouvementorbiculaire est, sans aucun doute,
occasioné par l'action mutuelle de la terre et du
soleil. - - -

Les principes mécaniques de l'équilibre gouver


nent tous ces mouvemens; en effet, dans les leviers
terrestres, composés de matériaux fixes, la lon
gueur, multipliée par la matière, est toujours
égale d'après les principes, à l'équilibre; mais
dans la mécanique céleste, où les forces sont pro
duites par une réaction, on a reconnu que l'équi
libre est produit par la matière multipliée par le
carré de la distance. •.

Le globe que nous habitons est donc une pla


nète, qui se meut autour d'elle-même et autour du
soleil. En la considérant sous ce point de vue, tous
les phénomènes s'expliquent de la manière la plus
simple ; tous les mouvemens célestes deviennent
uniformes, et l'analogie est conservée. Comme Ju
piter,Saturne et Herschel, la terre est accompagnée
par un satellite; elle tourne sur elle-même, ainsi
que Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, et probable
:

18o •. AsTRoNoMIE ,
-
-

"-

ment les autres planètes; enfin, comme elles, ce


sphéroïde emprunte sa lumière au soleil, et se meut
autour de cet astre dans la même direction et sui
vant les mêmes lois. .
L'hypothèse du mouvement de la terre réunit
donc en sa faveur, la simplicité, l'analogie, et tout
ce qui constitue un véritable système de la nature.
Nous verrons bientôt qu'en les suivant dans les
conséquences qui en résultent, les phénomènes
célestes sont ramenés à une seule loi du mouve
, ment, même dans leurs détails les plus minutieux,
qui n'en sont que les développemens naturels. Les
mouvemens de la terre, acquérant ainsi toute la
certitude dont les vérités physiques sont suscep
tibles, peuvent résulter du grand nombre et de la
variété des phénomènes que cette loi explique, ou
bien de la simplicité des lois dont elle dépend ;au
cune des parties des connaissances naturelles ne
saurait unir en sa faveur, des avantages aussi nom
breux, que la théorie du système du monde, fon
dée sur les mouvemens de la terre. Ces mouvemens
ennoblissent en quelque sorte nos idées sur l'uni
vers, en accordant, comme principe, une étendue
immense pour base de la distance réciproque des
étoiles; base qui, jusqu'à ce jour, est restée in
commensurable. Pour les planètes, cette base est
le diamètre de chacune de leurs orbites; le dia
mètre de l'orbite de la terre, qui est de plus de 7o
millions de lieues, a servi à déterminer ceux des
autres planètes. .
Pour connaître la vîtesse de la lumière, on a
comparé l'espace qu'elle décrit, au temps employé.
La rapidité de la lumière passe toute idée, et des
expériences, répétées avec la plus grande préci
LEçoN rx. 18 r
sion sur les satellites de Jupiter, ont démontré
qu'elle n'emploie que 16 26" 4, à traverser l'é-
cliptique, ce qui donne 8 13" 2, pour le temps
qu'elle met à nous venir du soleil à la distance
moyenne de cet astre. Elle parcourt donc, par mi
nute, 2931 rayons terrestres ou 4,2oo,ooo lieues
(environ 7o,ooo lieues par seconde). Cette vîtesse
prodigieuse, qu'il n'est pas permis de révoquer en
doute, est quatre cent mille fois plus grande que
celle d'un boulet de canon, et dix mille fois plus
que celle de la terre.
On a quelquefois établi des comparaisons de
vîtesse, à la rapidité du son, mais on a pu aussi
remarquer qu'il y a une différence sensible entre
la flamme et le bruit du canon. Par exemple, on a
trouvé que le son ne parcourt que quatre lieues
et demie à peu près par minute; ainsi, dans la
supposition où quelque explosion se fît dans la
lune, et que le son pût nous arriver avec cette vî
tesse, il mettrait treize jours à se faire entendre;
comme le soleil est quatre cents fois plus éloigné,
nous n'entendrions une explosion qui aurait lieu
dans cet astre, que quatorze ans et demi après
son éruption.
Ainsi le mouvement de la terre, après avoir
retardé le développement de nos connaissances
astronomiques, par les illusions dont il est la cause,
a fini par nous conduire à l'explication des mou
vemens planétaires d'après les lois de la nature,
et d'une manière peut-être plus exacte que si nous
étions placés dans le centre de leur système.
, Néanmoins la parallaxe annuelle des étoiles, ou
# l'angle que le diamètre de l'orbite terrestre mesu
## rerait à leur distance, est insensible, et ne s'é-

-• -- ---- - * • • -- - -- -
182 AsTRoNoMIE,
lève même pas à 6" relativement à ces étoiles qui,
par leur grande clarté, paraissent les plus rappro
chées de nous; elles sont, par conséquent, au
moins cent mille fois plus éloignées que le soleil.
Cette clarté prodigieuse, à une pareille distance,
nous prouve qu'elles n'empruntent pas, comme
les planètes, leur lumière au soleil, mais qu'elles
brillent de celle qui leur est propre; de sorte
qu'elles forment autant de soleils § dans
l'immensité de l'espace, qui sont probablement,
comme notre soleil, des foyers d'autant de sys
tèmes planétaires. Il serait donc suffisant aussi
de se placer sur une de ces étoiles les plus rap
prochées, pour ne voir dans notre soleil, qu'une
étoile lumineuse, dont le diamètre serait moins
de dix secondes.
Il résulte de l'immense distance des étoiles, que
leurs mouvemens en ascension droite et en décli
naison ne sont que des apparences produites par
le mouvement de la terre sur son axe de rotation ;
mais quelques étoiles paraissent avoir un petit
mouvement qui leur est propre; et il est proba
ble aussi qu'elles sont toutes en mouvement, y
compris notre soleil, emportant dans l'espace les
systèmes planétaires dont toutes ces étoiles pa
raissent pourvues, de la même manière que les
planètes connues emportent avec elles leurs sa
tellites, dans leurs révolutions autour du soleil.
Comme les étoiles n'ont pas de parallaxe , On ne
peut apprécier ni leur distance, ni leur volume ;
cependant on est assure que la distance des plus
brillantes ne peut pas être moindre de 3,566 mil
liards de lieues, ce qui suppose la parallaxe de
Sirius de 2", et les éloigne donc cent mille fois
A

LEçoN Ix. 183


plus que le soleil. Après avoir fait 35 millions de
lieues, valeur du rayon de l'écliptique, pour at
teindre le soleil, il faudrait donc faire encore au
moins cent mille fois le même trajet pour arriver
à Sirius : pour atteindre aux étoiles de deuxième
grandeur, il faudrait parcourir peut-être un es
pace égal. Le spectateur, placé dans Sirius, ne
verrait le soleil que sous un angle de quelques
secondes au plus, l'orbe terrestre que sous un
angle d'à peine 4", et l'épaisseur d'une soie suffi
rait pour cacher le système planétaire entier, quoi
qu'il soit vingt fois plus long que l'écliptique.
Les mouvemens de la terre étant communs à
tous les corps qui sont situés à sa surface, ainsi
qu'aux fluides qui la recouvrent, il s'ensuit que
tous leurs mouvemens relatifs sont les mêmes que
si la terre était en repos. Un vaisseau, dont le
mouvement est uniforme, fait mouvoir tous les
objets qui s'y trouvent, comme s'il était lui-même
en repos. Un corps quelconque, lancé directe
ment au zénith, vient tomber à l'endroit d'où il
est parti, et paraît décrire une ligne droite pour
ceux qui se trouvent à bord; mais vu de la terre,
il décrit réellement une courbe parabolique. "
Quoique l'on admette toujours que le centre de
la terre et tous les points de son axe sont égaux et,
parallèles, il ne faut cependant pas perdre de vue
que cela n'est pas rigoureusement vrai; la diminu
tion de l'angle d'inclinaison de l'écliptique est une
des preuves du contraire. Si l'axe terrestre fait
avec l'écliptique un angle de 66° 72 à l'époque
actuelle, dans 115 ans à peu près, cet angle sera
de 66° 73'; puisque son complément, ou l'angle
de l'inclinaison de l'écliptique, aura diminué d'une
•.
184 AsTRoNoMIE ,
minute, par suite de la précession; l'axe aura done
alors une autre direction : ce qui démontre que
ces mouvemens ne sont pas parfaitement paral
lèles. - -

Pendant la révolution de la terre autour du so


leil, son centre, ainsi que tous les points de son
axe de rotation, étant mus par des mouvemens
égaux et parallèles, cet axe reste assez rigoureu
sement parallèle à lui-même. Si donc on impri
mait à chaque instant, et à toutes les parties de la
terre, un mouvement égal, mais contraire à celui
de son centre, elle resterait immobile comme son
axe de rotation; ce mouvement imprimé ne chan
gerait pas les apparences de celui du soleil; il ne
ferait que transporter, dans une direction con
traire au soleil, le mouvement réel de la terre. Les
· apparences sont conséquemment les mêmes dans
• • .
I'hypothèse du repos de la terre et dans celle de
son mouvement autour du soleil. Pour mieux
suivre encore ces apparences, que l'on imagine un
rayon tiré du centre du soleil à celui de la terre,
ce rayon sera perpendiculaire au plan qui sépare
l'hémisphère éclairé de celui qui reste dans l'obs
curité. Un spectateur placé à ce point d'intersec
tion de la surface terrestre, verra perpendiculaire
ment le soleil au-dessus de lui, et tous les points du
parallèle terrestre, dans lequel ce rayon passe suc
cessivement, auront à midi le soleil dans leur
zénith, en conséquence de son mouvement diurne.
Ainsi, que le soleil tourne autour de la terre, ou
celle-ci autour du soleil et sur son axe , cet axe
conservant une position parallèle, il est évident
que ce rayon tracera la même eourbe sur la sur
face de la terre, et coupera, dans les deux cas,
LEçoN 1x. 185
le même parallèle à l'équateur. Lorsque le soleil
a la même longitude apparente, cet astre est éga
lement élevé au-dessus de l'horizon, et les jours
sont tous de la même longueur; il en résulte donc
que les saisons et les variations de la longueur des
jours, sont les mêmes dans l'hypothèse de l'immo
bilité du soleil, et dans celle de son mouvement
autour de la terre : l'explication a de même lieu
dans les deux hypothèses.
L'axe du monde n'étant autre chose que le pro
longement de l'axe de rotation de la terre, on
devrait référer à cet axe le mouvement des pôles
de l'équateur terrestre, indiqué par les phénomè
nes de la précession et de la nutation. Pendant que
la terre tourne sur son propre axe et autour du
soleil, son axe de rotation se meut très lente
ment autour des pôles de l'écliptique, et se trouve
assujetti à de petites oscillations, dont la période
est la même que celle du mouvement des nœuds
de l'orbite lunairc. -
186 AsTRoNoMIE,

$ - % 4 «

à$eçon bixièmte.
DEs DIFFÉRENTEs PLANÈTEs Du sYsTÈME soLAIRE.
-- ee

, En regardant une planète, le spectateur voit


dans ce corps ce qu'un observateur placé dans la
planète verrait dans la terre : un sphéroïde com
pacte, capable de réfléchir la lumière solaire, et
s'avançant d'une étoile fixe vers une autre, jus
qu'à ce qu'elle ait fait le tour du ciel en une
aIlIl66,

Autant que l'homme a pu le découvrir, le but


général de la nature paraît être la création de
uombreux systèmes, doués d'une activité et d'une
force inconcevables, composés de petits corps qui
circulent autour de grands, et tous décrivant des
orbites dans un ordre inverse à leur quantité de
matière. Tel est du moins le principe du système
solaire, qui comprend un corps central d'une
grandeur immense, distribuant ses mouvemens,
sa lumière et sa chaleur, à des planètes placées à
des cent millions de lieues de distance, et qui,
participant à ses mouvemens, tournent autour de
lui, tandis qu'elles ont elles-mêmes de petites pla
nètes qui tournent autour d'elles, d'après le même
système.
La planète la plus rapprochée du soleil est Mer
cure, qui accomplit sa révolution autour de cet
astre en près de 88 jours, ce qui forme son année
LEçoN x. 187
entière. Mercure est la plus petite des sept pla
nètes primaires; placée à 13,361,ooo lieues du so
leil, on peut difficilement la voir de la terre. Ainsi
le mouvement de Mercure autour du soleil est de
plus de 39,ooo lieues par heure. Les habitans de
cette planète jouissent d'une lumière et d'une
chaleur sept fois plus fortes que celle de la terre.
La seconde planèteà partir du soleil, est Vénus,
dont la distance de cet astre est à peu près de
25,ooo,ooo de lieues. Le volume de Vénus n'est
† beaucoup plus petit que celui de la terre; les
ongueurs du jour et de la nuit sont à peu près
égales aux nôtres, et son année est près de 224 #
de nos jours; il s'ensuit que son mouvement est de
29,ooo lieues par heure. Lorsque cette belle pla
nète est à l'occident du soleil , elle se lève plus
tôt que lui et s'appelle étoile du matin; quand
· elle est à l'est, alors elle brille d'un vif éclat après
son coucher, et s'appelle étoile du soir; elle est al
ternativement dans ces deux situations tous les
neuf à dix mois.
En suivant l'ordre des distances au soleil, la
terre est la troisième planète du système solaire ;
sa révolution autour de cet astre s'achève en un
peu plus de 365jours, à une distance de près de
† lieues.Sa rapidité dans sa course au
tour du soleil, quoique un peu plus seulement de
la moitié de celle de Mercure, est néanmoins de
près de 24,ooo lieues par heure, c'est à dire cent
vingt fois plus considérable que celle d'un boulet
de canon au sortir de la pièce. Le diamètre de la
terre est de près de 2,865 lieues, et elle tourne sur
son axe en 24 heures, ce qui fait la longueur de
nos jours et de nos nuits.

| --- - _ -
I88 AsTRoN oMIE,
La rotation de la terre autour de son axe toutes
les 24heures, de l'occident à l'orient, occasionne
le mouvement apparent des corps célestes, de
l'orient en occident , dans le même espace de
temps. - |
Au-delà de l'orbite de la terre, dont le diamè
tre est de 7o,ooo,ooo de lieues , on rencontre
celle de Mars, dont la distance au soleil est de
52,613,ooolieues; son année est presque égale à
deux des nôtres; son diamètre a près de 1,592
lieues de longueur; les jours et les nuits y sont
de 39 minutes plus longs que les nôtres, et lara
pidité de son mouvement autour dusoleil, est es
timée à 19,64o lieues par heure. -

Entre les orbites de Mars et de Jupiter sont les


quatre petites planètes dernièrement découvertes,
et nommées astéroides, à cause de la petitesse de
leur volume.
Jupiter est la planète la plus considérable de
notre système ; son diamètre est de plus de 33,121
lieues de longueur , et son volume excède de
quinze cents fois celui de Vénus.
Sa distance au soleil est de 18o,ooo,ooo de
lieues, et la rapidité de son mouvement orbicu
laire est de 1o,68o lieues par heure. Les jours et
les nuits des habitans de cette planète égalent dix
de nosjours, et l'année de Jupiter comprendàpeu
près douze de nos années. Cette planète a quatre
satellites.
Saturne, qui vient après Jupiter, tourne autour
du soleil en près de trente ans, ou plus exacte
ment en 1o,759 jours à une distance du soleil de
· 329,232,ooo lieues; son diamètre est de 27,529
lieues de longueur, et sa rotation sur son propre

4
º

- LEçoN x. ,. 189
axe s'achève en dix heures environ de temps. La
' rapidité de son mouvement orbiculaire est de
7,92o lieues par heure. On avait toujours pensé,
jusqu'à l'époque des découvertes du célèbre Hers
chel, que cette planète était la dernière de notre
système ; mais la persévérance de ses observations
nous donna connaissance d'une planète qui porte
avec justice son nom, immortel dans les sciences.
La distance d'Herschel au soleil est égale à deux
fois la distance de cet astre à Saturne. Le diamètre
de cette dernière planète, qui sert probablement
de limite à notre système solaire, est de plus de
12,212 lieues de longueur; la rapidité de son mou
vement orbiculaire est de 5,58o lieues par heure,
et son année est égale à 82 des nôtres. Képler,
en observant le vide qui existait entre Mars et Ju
piter, pensa qu'il devait se trouver là une planète.
Cette hypothèse a été vérifiée par MM. Olbers ,
Harding et Piazzi, à quinous devons la découverte
des quatre planètes télescopiques dont il est parlé
ci-dessus. -

Outre les planètes primaires dont il vient d'être


question , on ne doit pas oublier leurs satellites,
que les astronomes sont convenus de nommer
planètes secondaires : celles-ci tournent autour
de chacune de leurs planètes primaires, comme
autour de leurs centres, de la même manière que
les planètes primaires tournent autour du soleil.
Des particularités de Mercure.
La distance angulaire de Mercure au soleil, vue
de la terre, n'excède jamais 28° 48'. Lorsqu'on
A

commence à voir cette planète le soir; on la dis


- º

19o AsTRoNoMIE,
tingue avec difficulté dans le crépuscule; elle se
dégage de plus en plus les jours suivans, et après
être arrivée à la distance angulaire de 22° 3o du
soleil, elle retourne de nouveau vers cet astre.
· Dans cet intervalle, le mouvement de Mercure,
relativement aux étoiles fixes, est direct; mais,
à son retour, cette planète arrivée à 18° du soleil,
paraît stationnaire; après quoi son mouvement
devient rétrograde ; elle continue cependant d'ap
procher du soleil , et se perd de nouveau, le soir,
dans ses rayons. Après être restée invisible, pen
dant quelque temps on la voit de nouveau, le
matin , se dégageant des rayons solaires et se sé
parant du soleil; son mouvement est encore rétro
grade comme avant sa disparition. Arrivée à la
distance de 18°, elle devient encore stationnaire,
puis reprend son mouvement direct ; la distance
augmente jusqu'à 22° 3o'; elle retourne de nou
veau et disparaît le matin dans la lumière de l'au
rore, pour reparaître bientôt après, le soir, et
produire les mêmes phénomènes.
º L'étendue des plus grands écarts de Mercure,
c'est à dire de sa plus grande distance du soleil,
de chaque côté, varie de 16° 12 à 28° 14'. .
La longueur de son oscillation entière, ou bien
le retour à la même position relativement au so
leil , varie également de 1o6 à 13o jours. L'arc
moyen de son mouvement rétrograde est de
13° 3o', et la durée moyenne de 23 jours; mais,
dans les différentes rétrogadations, ces quantités
varient beaucoup.
Il faut observer que la plus grande élongation
n'a lieu que dans un cercle dont le soleil est le
contre, lorsque la ligne droite, qui joint la terre
LEçoN x. 19 r
et la planète, le touche. Car, dans une obite el
liptique, il peut arriver que l'élongation du soleil
augmente même après avoir quitté la place où la
ligne, joignant la terre ou la planète, touche son
orbite; après ce moment, la vraie distance de la
planète au soleil peut augmenter, tandis que la
distance du § de la planète à la terre n'aug
mente pas ou diminue même ; c'est ainsi que ,
dans deux triangles, la plus grande base mesure
le plus grand angle ; mais, comme les orbites des
planètes sont presque circulaires, on peut négli
ger ces petites différences. -

En général ; le mouvement de Mercure est ex


trêmement compliqué : il n'a pas lieu exactement
dans le plan de l'écliptique ; quelquefois la pla
nète s'en écarte au-dela de 7°.
Il n'y a pas de doute qu'une grande série d'ob
servations ne fût nécessaire pour reconnaître l'i-
dentité des deux étoiles, que l'on voyait alterna
tivement le matin et le soir, suivant qu'elles s'écar
taient ou se rapprochaient du soleil ; mais comme
l'une ne se montrait jamais que lorsque l'autre
disparaissait , on se douta enfin que c'était la même
planète qui oscillait ainsi des deux côtés du soleil.
Le diamètre apparent de Mercure est sujet à de
grandes variations, et ces changemens tiennent
évidemment à sa position relative au soleil et à la
direction de son mouvement. Il est à son mini
mum lorsque la planète se plonge dans les rayons
solaires le matin, et lorsque le soir, elle s'en dé
gage : son maximum a dont lieu quand elle se
perd dans les rayons solaires le soir , et lors
qu'elle devient visible le matin. Son diamètre
· moyen apparent est de 7".
192 ' AsTRoNoMIE,
Le volume de Mercure est le + de celui de la
terre; le temps de sa révolution entière est de 87
jours 23 h. 15' 44", et il tourne sur son axe en
24 h. 5 3o". L'angle de son orbite avec son équa
· teur est très grand.
L'observation a fait croire que Mercure est en
vironné d'une atmosphère très dense ; Newton ,
en comparant les distances au soleil , a reconnu
que, dans Mercure, la lumière et la chaleur sont
sept fois plus considérables que sur la terre : cette
température, qui est supérieure à celle de l'eau
bouillante , est sans doute modifiée par son at
mosphère considérable. On a reconnu et calculé
la hauteur de quelques montagnes, dans cette
planète, qui doivent excéder 8,ooo toises.
Il résulte des observations précédentes, que
Mercure ne peut nous paraître que comme une
étoile de 3° ou de 4° grandeur, presque toujours
cachée dans les rayons solaires, puisqu'il ne s'é-
carte que de 28° de cet astre. -

Quelquefois, dans l'intervalle de sa disparition


le soir et de son apparition le matin, on l'observe
sur le disque solaire comme une tache noire, dont
elle décrit une corde.
· Lorsque cette planète est dans sa conjonction
inférieure, avec une latitude moindre que celle du
demi-diamètre du soleil, elle passe sur le disque
du soleil ; ces passages sont toujours célèbres.Ce
phénomène fut d'abord observé par Gassendi, en
novembre 1631; depuis ce temps, on l'a fréquem
ment observé.Le passage qui a eu lieu le 5 mars
1822 était invisible à Paris; il faut attendre jus
qu'en 1832 pour trouver un autre passage de cette
planète sur le disque du soleil.
- LEçoN x. : 193
Ces transits, ou passages de Mercure sur le so
leil, sont de véritables éclipses annulaires, qui
prouvent que la lumière de cette planète est em
pruntée au soleil.Lorsqu'on l'observe dans un bon
télescope, Mercure nous présente des phases sem
blables à celles de la lune, dirigées de la mêmema
nière vers le soleil, et dont l'étendue, variable sui
vant sa position relative et la direction de son mou
vement, nous donne la connaissance de la nature
de son orbite.
Les profonds calculs de Newton , et les judi- .
cieux raisonnemens de Kant, établissent que la
chaleur et la humière sur Mercure , doivent être
sept fois plus fortes, qu'elles ne le sont dans la
zone torride , et au fort de l'été sur notre globe.
Cette chaleur suffirait pour faire bouillir l'eau des
mers, pour fondre l'étain, et mettre en flammes
toute végétation quelconque ; pour dessécher en
peu de temps les rivières, les lacs, et même les
bassins d'océans les plus considérables.La lumière
serait tellement éblouissante , qu'en supposant le |
•º
firmament toujours couvert de nuages, et le so
leil enveloppé d'un voile continuel, la vue n'en
serait pas moins frappée d'un sigrand nombre de
rayons , qu'il faudrait en exclure une partie, pour
n'en être pas aveuglé. Aucune organisation ter
restre ne tiendrait contre les effets réunis de ces
deux forces redoutables. Les animaux, vivant au
milieu des déserts brûlans de l'Afrique, et dans
les sables arides sous l'équateur, ne tarderaient
pas à mourir de consomption, et ceux même qui
ossèdent la faculté de contracter la pupille de
† yeux, au point de la rendre inaccessibleà la
lumière, lorsquelle leur devient incommode, se
X
194 ASTRONOMIE ,
raient offusqués par la grandeur de cet éclat.

| Des particularités de Vénus.


Cette planète offre les mêmes phénomènes que
Mercure, avec la différence que ses phases sont
beaucoup plus sensibles, que ses oscillations sont
plus étendues, et que leur période est plus consi
dérable. Les plus grands écarts de Vénus varient
de 45° à 47o 42 , et la longueur moyenne de ses
oscillations est de 225 jours. Les rétrogradations
· commencent ou finissent lorsque la planète, ap
prochant du soleil le soir, ou s'en éloignant le
matin, est à une distance de 28° 48'; la moyenne
estvers les 16° 12', et sa durée moyenne de42jours.
Vénus ne se meut pas exactement dans le plan de
l'écliptique, car elle en dévie de 3° 23 33".
Quand on observe Vénus avec un bon télescope,
au moment où elle suit le soleil du côté oriental ,
et qu'elle paraît au-dessus de l'horizon après le so
leil couché, om la trouve à peu près ronde, mais
très petite; elle est alors au-delà du soleil, et nous
présente tout son hémisphère éclairé. Lorsqu'elle
commence à s'éloigner du côté de l'est, son vo
lume apparent augmente, et on observe un chan
gement dans sa † éclairée, qui prend succes
sivement tous les aspects de la lune , dans les
différentes périodes de son déclin ; à la fin, lors
qu'elle est à sa plus grande distance apparente du
soleil, elle est semblable à la lune dans son pre
mier quartier;comme elle paraît ensuite s'appro
cher de cet astre, elle semble être concave danssa
artie éclairée, ainsi que la lune, lorsqu'elle forme
e croissant; la planète continue de même jusqu'à.
- LEçoN x. 195
ce qu'elle se soit entièrement cachée dans les
rayons du soleil, où elle reste invisible.
Lorsqu'elle quitte les rayons solaires vers le côté
occidental, on la voit le matin, et on l'appelle
alors étoile du matin ou Lucifer, comme dans la
position opposée on la nomme étoile du soir ou
Wesper. C'est à cette époque qu'elle paraît la plus
belle , formant un croissant mince † coulèurar
gentine. A partir de cette période , elle devient
chaque jour de plus en plus éclairée, jusqu'à ce
qu'elle soit parvenue à sa plus grande distanceap
parente du soleil, où elle paraît encore comme
une demi-lune, c'est à dire comme la lune dans
' son premier quartier; en continuantl'observation
au télescope, on trouve qu'elle s'éclaire de plus
en plus, quoiqu'elle diminue néanmoins degran
deur : elle s'arrondit ainsi jusqu'à ce qu'elle se
cache de nouveau, ou qu'elle se perde dans la lu
mière du soleil. - - * ,

Lorsque Vénus se montre sous la forme d'un


croissant , et quelquefois à l'époque de son plus
grand éclat, elle produit l'observation télescopi
que la plus belle du ciel ; sa surface est remplie de
taches comme la lune, taches qui, parleur mou
vement , font découvrir le temps nécessaire pour
opérer sa révolution autour de son axe. Avec un
télescope d'une force considérable, on y observe
des montagnes, ainsi que dans la lune.
Vénus paraît quelquefois décrire, comme Mer
cure, un arc sur le disque du soleil. Les longueurs
de ces passages sur le soleil, observées en diffé
rens points de la terre, varient considérablement ;
la cause en est dans la parallaxe de Vénus, qui fait
référer cette planète à différens points du disque
196 AsTRoNoMIE,
solaire, suivant la situation des observateurs; ils
voient aussi qu'elle décrit différentes cordes pen
dant son passage.Ce phénomène est beaucoup plus
rare que le passage de Mercure sur le disque du
soleil ; le dernier qui eut lieu fut le 3 juin 1769, et
le premier quiaura lieu à l'avenir, sera le 8 décem
bre 1874.Ainsi, toutes circonstances considérées,
il peut s'écouler bien des générations sans que ce
phénomène intéressant se reproduise.
Lors du passage de 1769, la différence de sa du
º rée, déduite de la comparaison faite entre les obser
vations de Otaïti, dans la Mer du Sud, et de Laza
nebourg, dans la Laponie suédoise, s'élevait à
lus de 8 6". Comme cette durée se calcule avec
† plus grande précision, la différence donne très
exactement la parallaxe de Vénus, et conséquem
ment sa distance de la terre au moment de sa con
jonction ; fait remarquable qui a mis les géomètres
à même de déterminer la distance du soleil, et qui
lie cette parallaxe avec celle du soleil et des pla
nètes : il en résulte quel'observation de ces passa
ges est de la plus grande importance en astrono
mie. Après s'être succédés dans l'intervalle de huit
années, il restent ensuite plus d'un siècle sans se
renouveler, pour se succéder encore en huit ans
de temps, et continuer ainsi dans le même ordre.
Les deux derniers passages de Vénus sur le dis
que du soleil, eurentlieu en 1761 et 1769- Des as
tronomes furent envoyés dans les differents pays
où les observations pouvaient êtres faites dans des
circonstances favorables, et c'est le résultat de
leurs observations qui a fait déterminer la paral
laxe du soleil à 8 8", à sa distance moyenne de
la terre. - -
LEÇON X. 197
Les grandes variations du diamètre de Vénus ,
prouvent que sa distance change continuellement;
elle est la plus petite au moment de son passage
sur le disque du soleil; son diamètre apparent est
alors de près de 57" 3. Son diamètre moyen est
de 16", 6. -

Vénus se meut dans une orbite elliptique dont


le soleil occupe le foyer. Sa moyenne distance à cet
astre est d'environ les cinq septièmes de celle de la
terre, ou 17,439 rayons terrestres ( 24,966,ooo
lieues). La chaleur et la lumière doivent y être deux
fois plus grandes que sur notre globe, toutes cir
constancesd'atmosphère et de nature deglobe étant
égales . Cette planète oscille de part et d'autre du
soleil comme Mercure, mais dans un arc plus
étendu; elle s'éloigne de cet astre de 45° à 48° de
l'écliptique : sa digression moyenne est donc de 46°
2o'. Elle met 584 jours à passer d'une conjonction
à l'autre ; son rayon est presque égalà celui de la
terre , puisque son volume n'est moindre que
d'un 9°. ti
Le plan del'orbite de cette planète coupe l'éclip
tique suivant une ligne droite, la ligne des nœuds,
qui va maintenant du 75° degré de longitude au
255°.La révolution entière se fait en 224j. 16h. 49',
ce qui fait 1° 36 par jour. Lorsqu'on connaît l é
poque ou le lieu de la planète, à un instant donné,
il est facile d'indiquer le lieu moyen de ce corps
dans son orbite, vue du soleil : on le corrige ensuite
de l'équation du centre, et on le réduit, à l'aide
de la parallaxe annuelle, à être vu de la terre; c'est
ainsi que l'on parvient à former des tables de ses
IIlOllV6ºIIl6ºIlS.

Les mouvemens de quelques taches de la surface


198 AsTRoNoMIE,
de Vénus apprirent à Dominique Cassini, # S3l
rotation sur son axe se fait dans un intervalle de
temps moins grand que celui de notre jour. Par
l'observation de la variation du croissant et de
quelques points lumineux vers les bords des par
ties non éclairées, Schrœter a confirmé ce résul
tat, qui avait été sujetà quelques doutes; il a fixé
la durée de son mouvement de rotation à 23 h. 2 1'
7", 2, et il a trouvé, commeCassini, quel'équa
teur de Vénus fait un angle considérable avec l'é-
cliptique. Enfin, il a conclu à l'existence de mon
tagnes prodigieuses sur sa surface, par suite de
ces mêmes observations. Il pense aussi, vu la loi
par laquelle la lumière varie graduellement ducôté
éclairé à celui qui ne l'est pas, que cette planète
est environnée d'une atmosphère considérable ,
dont le pouvoir de réfraction ne diffère que peu
de celui de l'atmosphère terrestre.
Le docteur Herschel, qui a fait ungrand nombre
d'observations de cette planète, entre les années
1777 et 1793, dit † il existe des
montagnes et de grandes inégalités sur sa surface;
mais il n'a pas été capable d'en voir beaucoup ,
par rapport à la densité de son atmosphère. Quant
aux montagnes de Vénus, il dit qu'aucun obser
· vateur dont les yeux ne seront pas meilleurs que
les siens, ou bien qui n'aura pas des instrumens
plus parfaits, ne pourra jamais les remarquer.
La grande difficulté qu'on éprouve à voir ces
taches, même avec les meilleurs télescopes, rend
ces observations presque impossibles dans nos cli
mats; mais elles méritent l'attention des observa
teurs; qui, situés sur une latitude. plus méridio
nale, jouissent d'un ciel plus favorable.

--
LEçoN x. , 199
Vénus surpasse en éclat toutes les étoiles et les
autres planètes; elle est quelquefois si brillante
qu'on peut la voir en plein jour et à l'œil nu. Ce
phénomène, qui est assez fréquent, ne manque
jamais d'exciter la surprise, et l'ignorance cré
dule du vulgaire supposa long-temps que les évé
nemens remarquables de la terre s'y trouvaient
attachés. -

Cette planète a le plus d'éclat possible, lors


qu'elle se trouve à peu près à 4o degrés de dis
tance du soleil, et alors il n'y a que le quart de son
disque qui puisse être vu de la terre. Cet éclat est
très surprenant, quand on considère que la lu
mière de cette planète est empruntée au soleil ;
néanmoins il surpasse de beaucoup le brillant de
Jupiter qui est si immense, et même celui de la
lune, quand elle se trouve dans la même élonga
tion du soleil. Il est vrai que la lumière de la lune
est beaucoup plus considérable, par rapport à sa
grandeur apparente ; cependant elle est terne, et
n'a rien de cette vigueur ou de ce brillant qu'on
remarque toujours dans les rayons que réfléchit
Vénus. Pour expliquer cette difficulté, on attribue
cette lumière à l'atmosphère très dense de Vénus,
dont la lune paraît entièrement privée. Vue de
Vénus, la terre doit présenter à peu près les mê
mes phénomènes que nous observons sur Mars ;
mais elle y paraît plus grande, d'une couleur
moins rouge, et d'un éclat beaucoup plus vif, que
nous n'apercevons la planète Mars. De notre terre
on observe avec § les phases de Vénus, et
une médiocre lunette suffit pour nous faire voir
des apparences toutes semblables à celles, que
nous voyons à l'œil nu sur la lune. Elle est tantôt
9*
200 AsTRoNoMIE,
en croissant, tantôt dans les quartiers, et quel
quefois elle nous présente toute sa moitié lumi
neuse ; il est même des époques , où l'on recon
naît la partie non éclairée de Vénus, par une lu
mière tantôt rouge, tantôt grisâtre, tout comme
s'il y avait dans son voisinage quelque autre
corps , qui pût éclairer l'ombre de ses nuits. Ce
phénomène, qui n'est point encore expliqué, pa
raît avoir de l'analogie avec nos aurores boréales,
du moins pour ce qui est de la nature de son
effet; il est d'ailleurs trop rare et trop irrégulier,
pour pouvoir être attribué à la réflexion de
quelques satellites, si effectivement Vénus en
avait un. Cette question , long-temps indécise, a
été résolue négativement de nos jours. Des ob
servations suivies, faites par des personnes très
exercées, et avec de fort bons instrumens, ont
prouvé que l'existence d'un corps semblable est
plus que douteuse, et elles portent toutesà croire,
que ce qu'on avait autrefois pris pour un satellite,
n'était qu'une illusion optique produite par la pla
nète même ; cette prétendue lune n'ayant jamais
été qu'une image : présentant la même phase que
-, Vénus, et dont elle est par conséquent le reflet.
Quelquefois Vénus se voit entourée d'un cercle
lumineux, mais si pâle et si rare, qu'il y a tout
lieu de croire, qu'il n'est pareillement qu'un phé
nomène atmosphérique, ou bien l'effet de la lu
mière solaire, dans le genre de ce que nous appe
lons la lumière zodiacale.

- Des particularités de Mars.


Son corps que du soleil ralentit la distance,
Avec peine en deux ans parcourt son orbre immense :
LEçoN x. 2O f"

JDes astres de la nuit et des globes errans


Il n'a point la blancheur ou les feux éclatans;
Sa paleur que nuance une rougeur obscure,
- Sans peine à tous les yeux distingue sa figure :
Empreinte sur son front, cette sombre couleur
Du dieu dont les guerriers admirent la valeur *

Nous peint la cruauté , la fureur homicide, -

Et du sang des humains la soif toujours avide.

Avec l'aide d'un télescope, cette planète mon


tre des taches plus grandes et plus remarquables
qu'aucune autre ; elles ont été observées avec le
plus grand soin par Herschel, dans l'intention de
déterminer la figure de Mars, et la position deson
aX6. -

Les ceintures de cette planète, qui ne sont réel


lement que des apparences nébuleuses, changent
très souvent de forme et d'arrangement.On a ob
servé des taehes très brillantes vers ses pôles; on
suppose qu'elles sont produites par les parties de
sa surface qui restent couvertes de glaces et de
neiges.
· Mars paraît la moins brillante de toutes les pla
nètes ; son orbite se trouve entre celles de la terre
et de Jupiter, mais à des distances très éloignées
des deux. Sa couleur nous paraît être rougeâtre ,
ce qui a fait supposer qu'elle est environnée d'une
atmosphère considérable, comme celle de la terre.
Les deux premières planètes que l'on vient de
décrire, semblent accompagner le soleil comme ses
satellites; leur mouvement moyen autour de cet
astre est le même que celui du soleil apparent. Les
| autres planètes s'éloignent du soleil à toutes les
distances angulaires possibles; mais leurs mouve
mens sont tellement liés avec la position de ce
2O2 AsTRoNoMIE,
astre, qu'il n'y a plus aucun doute sur l'influence
qu'il exerce.
Mars paraît se mouvoir de l'ouest à l'est autour
de la terre; la longueur moyenne de sa révolution
sidérale est d'un an 321 j. 23 h. 3o 35" 6. Son
mouvement est très inégal. Lorsque cette planète
commence à se montrer le matin, son mouve
ment est direct et le plus rapide possible; il dimi
nue graduellement, et, † arrive vers les
236° 48 du soleil, elle reste stationnaire; le mou
vement devient rétrogade et augmente en rapi
dité, jusqu'à ce que la planète soit en opposition
avec le soleil; cette rapidité est alors à son maxi
· mum, et elle commence à diminuer jusqu'à ce
qu'elle soit à 136° 48'. Le mouvement devient
alors direct, † avoir été† pendant
73 jours, et, dans cet intervalle, la planète dé
crit un arc de rétrogradation de près de 16° 12';
en continuant d'approcher du § elle finit par
se perdre dans ses rayons, vers la nuit. Ces singu
liers phénomènes se renouvellent à chaque oppo
sition de Mars, mais avec des différences considé
rables, relativement à l'étendue et à la durée des
rétrogradations. -

Mars ne se meut pas exactement dans le plan de


l'écliptique, mais il s'en écarte de près de 2° : les
variations dans son diamètre apparent sont très
grandes; il est de 13" 3 à peu près, dans son état
moyen, et il augmente jusqu'à 29" 1, à mesure que
la planète approche de son opposition.Vers cette
époque, la parallaxe de Mars devient sensible; la
même loi qui existe entre les parallaxes du soleil
et de Vénus, se maintient entre le soleil et Mars ;
l'observation de cette dernière parallaxe à donné
LEçoN x. 2o3

une estimation très rapprochée de la parallaxe so


laire, avant que le passage de Vénus sur le dis
que du soleil ne l'eût déterminée avec la plus
grande précision.
Le disque de Mars change de forme et devient
sensiblement ovale, suivant la position relative du
soleil. .
L'orbite de cette planète est extérieure à celle
de la terre, et très excentrique. Son volume n'est
que six fois celui de la lune, ou le triple de celui
de Mercure. Un observateur, placé dans Mars,
verrait le diamètre du soleil beaucoup moins grand
que nous ne le voyons. La surface de cet astre n'y
semblerait que les quatre neuvièmes; la lumière et
la chaleur n'y sont non plus que les quatre neu
vièmes de celles de la terre. La distance de cette
planète au soleil est une fois et demie le rayon
moyen de l'orbite terrestre, ou cinquante trois
millions de lieues.
La lumière que cette planète réfléchit est obs
cure et rougeâtre; ce qui fait présumer qu'elle est
environnée par une atmosphère très épaisse et
nébuleuse. De grandes taches paraissent et se dé
truisent en des temps plus ou moins longs; elles
doivent être produites par des changemens consi
dérables, qui laissent un vaste champ aux conjec
tures. Les bandes de Mars, parallèles à son équa
teur, on fait remarquer que cette planète tourne
d'occident en orient, en 24 h. 311 22" : cette ro
tation s'exécute sur un axe incliné de 61° 33 sur
son orbite. Le temps de la révolution de Mars au
tour du soleil est presque le double de celui de la
terre; on a reconnu que son année est de 686 j.
23 h. 3o' 41", 4. Enfin, l'angle que forment entre
· _*
2o4 AsTRoNoMIE ,
eux les deux orbes , celui de Mars et de la terre
est de 1° 51', ce qui prouve que cette planète s'é-
carte très peu de notre écliptique.
Dans son mouvement autour du soleil , Mars
décrit un arc 51 27" par jour, ou environ 1 1° en
21 jours. Le rayon moyen de l'orbe terrestre pris
pour comparaison , la plus grande distance de
Mars à la terre est de I. 52 , et sa moindre, de
o. 52. Près de ses oppositions , cette planète est
donc très brillante, et se trouve alors près de la
moitié de la distance du soleil à la terre; ce phéno
mène revient tous les 2 ans et 5o jours. Au mois
d'août 1719, Mars était à la fois périhélie et en op
position ; aussi l'éclat en était extraordinaire; son
diamètre apparent était de 25".
Les phases de Mars ne commencent à se faire
voir que lorsque cette planète se rapproche du
soleil; mais bientôt son diamètre devient si petit,
qu'on ne peut l'apercevoir sans lunettes; car à la
, conjonction, son diamètre n'est que de 3".
, Suivant que Mars est en opposition ou en con
jonction, cette planète paraît de 1"ou 2° grandeur.
Le 1" mars 1821, elle avait 1 1 signes de longitude
et se trouvait au-dessous de a du Verseau ; elle
parcourt de droite à gauche environ 16" parmois,
ou 6° 1 1° par an ; ces données permettent d'en
assigner la place à toute époque. Il suffit de pro
céder pour chaque mois écoulé depuis le 1" mars
182 1 , de 16° de longitude vers l'est, à partir du
| lieu pris pour point d'origine ; ainsi, après un an,
on peut prendre le point opposé de l'écliptique
(6° ou 18o° de plus ), et en outre procéder de 1 1°
à l'orient. - -

L'explication la plus satisfaisante quel'onpuisse


LEçoN x. 2o5
donner de la formation des bandes de Mars , et
en général de celles des autres planètes, provient
de la disposition presque perpendiculaire deleurs
axes sur l'orbite; de là résultent peu de variations
dans les saisons, un jour partout égal à la nuit, en
tout temps, et presque point de différence de l'été
à l'hiver sur le même parallèle. Cette égalité de
température à une même latitude, est favorable à la
formation des taches ou bandes que l'on voit tant
à la surface que dans l'atmosphère de Mars; les
intensités du froid et du chaud , constamment
différentes en différens parallèles et cependant
égales entre elles, peuvent permettre aux nuages,
aux neiges, ou bien aux matières solides de la sur
face, de s'étendre en cercles parallèles à l'équateur
ou au cercle de la révolution diurne. Ce principe
donne aussi la solution du phénomène des bandes
de Jupiter.
Vesta, Junon, Cérès et Pallas.

Vesta achève sa révolution en 1335 jours à peu


près, à la distance d'environ 82 millions de lieues ;
cette planète fut découverte par M. Olbers, le 29
mars 18o7. - -

Elle est très petite, puisque l'angle de saparal


laxe n'est que d'une demi-seconde, et par consé
quent invisible à l'œil nu.
Schrœter pensait, que le diamètre de Vestapou
vait être long de 7o milles géographiques; d'après
cette donnée, le globe entier n'aurait guère que
25,ooo lieues carrées en surface , et un peu plus
de 3oo,ooo lieues cubes en capacité. La terre est,
à ce qu'on croit, 14,83o fois plus volumineuse que

---- - º - - ----- -- -
2o6 AsTRoNoMIE,

Vesta, mais elle ne la surpasse que 12,82o fois en


masse, de sorte que Vesta serait considérablement
plus dense que notre globe.
Herschel, Schubert et plusieurs autres, ont
trouvé ces dimensions encore trop grandes et le
dernier de ces deux astronomes n'estime la gros
seur de Vesta que la 25,oooº partie de la terre.
Herschel a même prétendu n'avoir trouvé le dia
mètre de Cérès que de go lieues, et celui de Junon
de 25, estimation qui paraît réellement être beau
coup trop petite. -

Junon décrit son orbite en 1591 jours, à la dis


tance moyenne de 92 millions de lieues du soleil ;
l'inclinaison de son orbite est à peu près de 13 ;
elle est invisible sans le secours d'un télescope.
Schrœter en a évalué le diamètre à 3o9 milles
éographiques, l'étendue de la surface à près de
† milles carrés, et sa capacité à 15 millions
44o,ooo milles géographiques cubes. Elle paraît
avoir environ 25o fois moins de masse que la
terre.

· Cérès tourne en 1681 jours autour du soleil, à


la distance de 95 millions 532 mille lieues; l'in
clinaison de cette planète à notre écliptique est
de p ès de 1o° et demi; son diamètre moyen, vu
de la terre, est d'une seconde.
Le diamètre de Cérès a été estimé par Schrœter
comme étant égal à 325 milles géographiques. Sa
surface aurait par conséquent une étendue de
6oo,ooo lieues carrées, et le globe entier contien
drait environ 36 millions de lieues cubes. On croit
que la terre a 132 fois plus de masse que Cérès.
Pallas fait sa révolution solaire en 1682 jours,
à une distance de 95 millions 6o2 mille lieues.
LEçoN x. 2o7
L'inclinaison de cette planète à notre écliptique est
très grande, puisqu'elle est de 34° et demi, ce qui
dépasse de beaucoup les limites de la bande zo
diacale.
Pallas est la plus grosse des nouvelles planètes,
et Schrœter jugeait que son diamètre n'était guère
que de cinq lieues plus petit que celui de la lune,
· de manière que ce globe aurait à très peu de chose
près les dimensions de notre satellite. La masse
de Pallas cependant n'est que la 355° partie de
celle de la terre, et cette petite planète serait par
conséquent 6 à 7 fois moins dense que la terre. Le
volume réuni des quatre nouvelles planètes ne for
merait donc qu'environ la 25° partie de la terre.
Il paraît que Vesta peut quelquefois être à une
distance beaucoup plus grande du soleil que Ju-'
non, Cérès ou Pallas, quoique sa distancemoyenne
soit plus petite que celle des astéroïdes; ce qui est
dû à ce que l'orbite de Vesta traverse les orbites
des trois autres, de manière à ce qu'il n'y ait pas
de raison pour † ne les rencontre quelque
jour au passage de leurs nœuds.
Des particularités de Jupiter.
Cette planète est remarquable par son éclat; son
orbite est située entre celle Mars et de Saturne ;
c'est la plus considérable de toutes les planètes du
système solaire; elle est quatorze à quinze cents
fois plus grosse que la terre; son diamètre moyen
apparent, variable avec les distances, s'élève à 42".
Comme son orbite comprend celles de Mars, de
la terre, etc., la petitesse de ces planètes les rend
presque invisibles pour l'observateur placé dans
- - 9
2o8 AsTRoNoMIE ,

Jupiter, quoique Mars en soit quelquefois assez


rapproché. Ces planètes doivent lui paraître os
ciller de part et d'autre du soleil ( si toutefois il
les aperçoit), Mars s'écartant de 17°, la terre de
12°, Vénus de 8°, et Mercure de 4º et demi.Lors
u'un de ces corps passe entre Jupiter et lesoleil,
il doit produire § d'un point noir ou
d'une tache passagère sur son disque, semblable
à celui que nous observons lors du passage de
Vénus et de Mercure sur le disque de cet astre.
Cette planète se meut de l'ouest à l'est dans une
période de temps de 11 ans 218 j. 14 h. 27'1o"7,
à une distance du soleil de 179,575,ooo lieues.Elle
est sujette à des inégalités semblables à celles de
· Mars, avant son opposition ; et, quand elle se
trouve à près de 1 15° 12' de distance, son mou
vement devient rétrograde; sa rapidité augmemte
jusqu'au moment de son opposition ; alors il dimi
nue; mais elle reprend sa direction ordinaire,lors
qu'en approchant du soleil, la planète parvient à
1 15° 12' de distance. La durée de ce mouvement
rétrograde est de 12 1 jours à peu près, et l'arc de
rétrogradation de9° 541; maisily a des différences
notables dans l'étendue et la durée des mouvemens
rétrogrades de Jupiter.Le chemin de cette †
cst borné à l'écliptique ; lorsqu'elle dévie de cette
route , ce n'est jamais que de 1° 18'47" au plus. .
Quelques bandes obscures s'observent à la sur
face de Jupiter , - évidemment parallèles à elles
mêmes et à l'équateur; la forme de ces bandes
peut être expliquée en supposant que l'atmosphère
de Jupiter réfléchît plus de lumière que les corps
de la planète, et que lesnuages qui les constituent,
se trouvant disposés en couches parallèles par la
LEçoN x. 2o9
rapidité de son mouvement diurne, et formant des
interstices réguliers, au travers desquels on dé
couvre le corps opaque de Jupiter.
Il existe aussi d'autres taches dont le mouvement
a démontré que la rotation de cette planète, de
l'ouest à l'est, sur un axe presque perpendiculaire
au plan de l'écliptique, se fait dansune période de
9 h. 56'. La variation de quelques unes de ces ta
ches, et la différence sensible dans la période de
la rotation , déduite de leurs mouvemens, font
penser qu'elles ne tiennent pas au corps de la pla
nète. Ce pourraient être des nuages que les vents
transportent, avec plus ou moins de rapidité, dans
une atmosphère extrêmement agitée.
L'inspection du Jupiter, au moyen d'un bon té
lescope, ouvre un champ très vaste aux conjec
tures. Sa surface n'est pas également brillante ,
mais se trouve bigarrée par certaines bandes dont
l'aspect est plus foncé que le reste; elles se meu
vent parallèlement, et enveloppent tout le corps
de la planète; elles ne sont ni régulières ni con
stantes dans leur apparition : on n'envoit quelque
fois qu'une seule, et souvent il y en a six ou huit
à la † leur largeur est également très variable;
on envoit qui deviennentmoins larges, tandis que
celles qui les avoisinent prennent plus d'étendue,
comme si elles finissaient par se joindre ; dans ces
cas , une bande oblique se forme souvent entreles
deux , comme pour établir la communication; il
arrive aussi souvent que plusieurs taches se for
ment entre les bandes qui vont en augmentant ,
jusqu'à ce qu'ellesconstituent une bande très large
de couleur brune.
On découvre aussi des taches brillantes à la sur
-

,.
2 IO AsTRoNoMIE,
face deJupiter;celles-ci sont plus permanentes que
les bandes, et reparaissent après des intervalles
de temps inégaux. La tache la plus remarquable
dont le mouvement a fait découvrir la rotation de
Jupiter sur son propre axe, fut d'abord bien ob
servée; elle disparut en 1694, et ne fut reconnue
ensuite qu'en 17o8, exactement à la même place ;
on l'a successivement vue depuis.La disparition et
l'apparition de ces taches ne sont cependant nul
lement capables d'exciter la curiosité de l'observa
teur, comme les changemens que l'on observe
dans les bandes. - - -

Une observation télescopique très remarquable,


dans cette planète, est produite par les quatre sa
tellites ou lunes qui tournent autour de Jupiter, à
des distances différentes; elles sont invisibles à
l'œil nu, mais elles offrent un fort joli spectacle
vues à l'aide d'un bon télescope.
Jupiter est facile à connaître. Ordinairement il
est plus beau, ou pour mieux dire, il frappe plus
nos regards qu'aucune des étoiles primaires.
Comme Vénus, il se fait remarquer par le calme
de sa lumière, privée de tremblement ou de scin
tillation. Son éclat surpasse quelquefois celui de
Vénus , mais il est beaucoup moindre, lorsque
cette dernière planète † , ou s éloigne de
son périgée. La couleur de Jupiter est plus jaune
ue celle des autres planètes, et elle ressemble à
# l'or clair bien poli.Aucun astre ne ressemble
mieux que Jupiter à un falot, ou à une bougie al
lumée, et placée à quelque distance. La place de
Jupiter dans le ciel d'ailleurs est facile à retrouver
dans une année, puisqu'il met près de douze
ans à parcourir le zodiaque, De cette manière on
LEçoN x. . 2If .

le voit à peu près chaque année dans la constella


tion suivante en allant d'Occident en Orient. L'as
pect de Jupiter, trop éloigné pournous montrer des
phases comme Vénus et Mercure,se distingueaussi
par ses longues bandes, qui couvrent sasurface en
tière dans le sens de l'équateur, et par un grand
nombre de petites taches changeantes et assez irré
gulières. On se tromperait sans doute, si l'on s'ima
ginait que ce ceinturon de nuages mobiles, en
tassés et amoncelés jusqu'à une hauteur prodi
gieuse, est formé de nuages semblables à ceux de
la terre; car quoique les vents les transportent
avec des vîtesses inégales dans une atmosphère
souvent très agitée, et que leur masse énorme
soit dans un mouvement perpétuel, ils ne sont ce
pendant pas à beaucoup près aussi rares et aussi
variables que ceux de l'atmosphère terrestre; car
pendant des années entières,quelquefois ces ban
des équatorialesse maintiennent dans le même état,
du moins quantà leur ensemble; et quoique chan
geant de place, elles n'augmentent ni ne dimi
nuent sensiblement envolume.
Le diamètre apparent de Jupiter est le plus
grand possible dans son opposition; lorsqu'il est
de 48" 2, son diamètre moyen, dans la direction
de l'équateur, est de 38" 2, mais il n'est pas égal ,
dans toutes les directions. Cette planète est évi
demment aplatie vers son axe, et on a trouvé, par
une mesure très éloignée, que le diamètre, dans la
direction des pôles, est, à celui de son équateur ,
comme 13: 14.
Comme on l'a déja observé, il y a quatre petites
étoiles autour de Jupiter, qui l'accompagnent in
cessamment, Ce sont les lunes de cette planète,
2I2 AsTRoNoMIE ,
visibles avec le télescope, et qui paraissent à peu
près dans la ligne des bandes de Jupiter.
Un observateur, placé dans Jupiter, ne pourrait
jamais voir Vénus, Mercure, la Terre, ni Mars,
par rapport à l'immense distance dont il en serait
éloigné. Ces planètes doivent toujours être plon
gées dans les rayons du soleil, se levant et se cou
chant avec lui. • •

Les seuls corps célestes qu'il pourrait remar


quer, sont les quatre lunes de cette planète, Sa
turne avec son anneau et ses satellites, et proba
blement Herschel.

Détails sur Saturne et son anneau. -

La période du mouvement sidéral de Saturne


est de 29 ans 17o j. oh. 18 31" 8. Ce mouvement,
qui se fait de l'occident à l'orient, et à 2° et demi
hors du plan de l'écliptique, est sujet à des iné
galités semblables à celles de Jupiter et de Mars.
Cette planète commence et finit son mouvement
rétrograde, lorsque après et avant son opposition,
elle se trouve à 1o8° 54 de distance du soleil. La
durée de sa rétrogradation est près de 131 jours,
et le même arc, de 6° 18'. Au moment de l'oppo
sition, son diamètre est au maximum, et sa gran
deur moyenne de 16" 6. -

La distance de Saturne au soleil est immense,


puisque le rayon de son orbite est neuf fois et
demie celui # l'orbite terrestre, c'est à dire de
plus de 329 millions de lieues. Le plan de l'orbite
de Saturne est incluné de 2° et demi sur l'éclipti
que, et la planète décrit cette courbe en 19,758
Jours, ce qui fait 1P en 3o jours, et un signe en
LEçoN x. - 2 13
9oo jours, ou deux ans et demi. Les oppositions
reviennent après un an, et chaque fois sa longitude
augmente de 1 1° à 13"; en vingt-neuf ans, les op
positions ont accompli le tour entier de l'orbe.
Quoique neuf cents fois plus gros que la terre,
Saturne, à raison de sa distance, ne nous envoie
qu'une lumière pâle, et ne paraît que comme une
étoile de deuxième grandeur, son diamètre appa
rent n'étant que de 16" à 2o".
Saturne se présente à nos regards sous l'appa
rence d'un astre, dont la lumière est terne, dé
pourvue de toute scintillation, de couleur rou
† mais pâle et plombée en même temps. A
'époque de son opposition avec le soleil, c'est à
dire dans son périgée. Saturne ressemble, pour
l'éclat, à une belle étoile secondaire, ou presque
à une primaire, à peu près à Alphard, ou à Déné
bola, sauf leur vibration, qu'il n'a pas. Lorsque le
§ singulier qui l'enceint, et dont nous allons
parler, paraît dans sa plus grande largeur, la lu
mière de Saturne surpasse alors en vivacité la plu
art des primaires. On dirait, en le considérant à
† nu, que c'est une lumière enveloppée d'un
léger brouillard coloré, ou de quelque étoffe à
demi-transparente, qui émousserait la vivacité de
ses rayons, à peu près comme l'est la lumière de
nos lanternes, recouvertes de toile. Saturne est
de toutes les planètes, celle que les personnes peu
habituées à regarder le ciel, confondent le plus fa
cilement avec les étoiles fixes. Cependant si l'on
observe qu'elle ne décrit le zodiaque qu'en 29 ans
et demi, et que par conséquent elle reste 3o mois
dans chaque constellation ou à peu près, selon
leur étendue plus ou moins grande, on n'aura au
2 14 · AsTRoNoMIE ,
cune peine à la retrouver, lorsqu'une fois on l'are
connue, quand bien même on ne serait point à
même de consulter des éphémérides.
Le célèbre Herschel a reconnu que Saturne a
un mouvement de rotation, d'occident en orient,
en dix heures et demie environ; d'où l'on conclut
un aplatissement d'un onzième sous les pôles, ce .
que § confirme. La surface de Saturne
offre aussi une série de bandes parallèlesàl'équa
teur. Vu de cette planète, le soleil doit y paraître
quatre-vingt-dix fois moindre qu'à nous, et sous
un angle d'environ 3 et demie.
Saturne présente un phénomène unique dans le
système de l'univers : on observe toujours deux
corps placés de chaque côté, qui paraissent être
adhérens, et dont la forme et la grandeur sont
extrêmement variables; quelquefois même ils dis
paraissent, et alors Saturne est rond comme les
autres planètes.
En suivant ces singulières apparences avec soin,
et en les combinant avec les positions de Saturne
relativement au soleil et à la terre, Huyghens dé
couvrit qu'ils étaient produits par un large anneau
qui environne le globe de Saturne, et qui en est
entièrement séparé. Cet anneau, étant incliné de
29 à 3o° au plan de l'écliptique, se présente tou
jours obliquement à la terre, sous la forme d'une
ellipse, dont la largeur à son maximum est de près
de la moitié de sa longueur. Dans cette position ,
le diamètre de son plus petit axe excède celui du
disque de la planète;l'ellipse devient plus étroite,
en proportion de l'inclinaison du rayon visuel, tiré
de Saturne à la terre; cette ellipse devient moins
inclinée au plan de l'anneau, dont le bord opposé
LEçoN x. 2 15
se couche à la fin derrière la planète ; mais son
ombre se projette , sur le disque et forme une
bande obscure que l'on peut voir avec un très
fort télescope; ceci démontre que la planète et
son anneau sont des corps opaques, éclairés par
le soleil. -

Aucune partie de l'anneau ne peut alors se dis


tinguer, excepté celle qui se projette de chaque
côté de Saturne ; elle diminue graduellement et
disparaît enfin, lorsque la terre, en conséquence
du mouvement de Saturne, se trouve dans le plan
de l'anneau, dont l'épaisseur, quoique de plus de
quinze cents lieues, reste en quelque sorte imper
ceptible. L'anneau disparaît donc lorsque le so
leil, dans son opposition, n'éclaire que son épais
seur. Il reste alors invisible aussi long-temps que
son plan demeure entre le soleil et la terre, et ne
se montre qu'à l'époque où ils se trouvent tous les
deux du même côté de la planète, ce qui est dû aux
mouvemens respectifs de Saturne et de la terre.
Comme le plan de l'anneau rencontre l'orbite
terrestreà chaque demi-révolution de Saturne, les
phénomènes de sa disparition et de son apparition
reviennent tous les quinze ans, mais souvent avec
des circonstances très différentes; deux dispari
tions et deux apparitions peuvent avoir lieu tous
les ans, mais jamais plus. Lorsque l'anneau dis
paraît, son épaisseur nous renvoie les rayons du
soleil , mais en quantité trop faible pour les ren
dre sensibles;néanmoins on conçoitquel'on pour
rait apercevoir cette réflexion, en augmentant le
pouvoir de nos télescopes; car le docteur Hers
chel l'observa dans la dernière disparition de l'an
neau de Saturne; il fut visible pour lui pendant

- -- - • " -
216 AsTRoNoMIE,
toute la période de temps de cette disparition,
tandis que cette tranche avait été invisible pour
tous les autres observateurs.
· Il résulte des observations de cet astronome sur
les deux anneaux concentriques qui environnent
le corps de Saturne, que le diamètre intérieur du
plus petit anneau est de 48,782 lieues, et son dia
mètre extérieur de 61,464 lieues, que le diamètre
intérieur du plus grand anneau est de 63,416
lieues, et son diamètre extérieur de 68,294. Il
araît de là que la distance la plus rapprochée de
AE intérieur à la surface de Saturne, n'est
pas de moins de 14,444 lieues, ce qui fait près
d'un septième de la distance de la lune à la terre.
La largeur de l'anneau intérieur est de 6,541
lieues, et celle de l'anneau extérieur est de 2,439,
laissant un espace vide, qui se trouve entre les
deux, de 682 lieues. Il s'ensuit que le diamètre
extérieur du plus large anneau contiendrait à peu
près 26 diamètres terrestres.
L'inclinaison de l'anneau à l'écliptique, se me
sure par la plus large ouverture que l'ellipse nous
présente. La position de ses nœuds peut être dé
terminée par la situation apparente de Saturne,
lorsque l'anmeau disparaît et reparaît, la terre se
trouvant dans son plan. Toutes ces disparitions et
ces apparitions, d'où résultent les positions sidé
rales des nœuds, ont lieu lorsque son plan ren
contre la terre; les autres, lorsque le même plan
rencontre le soleil. On peut donc connaître, par
la situation de Saturne, l§ où l'anneau sera
visible, et si le phénomène se produit par la ren
contre de son plan avec le soleil ou bien avec la
terre. Lorsque ce plan passe dans le soleil, la po
LEçoN x. 2 I7

sition de ses nœuds donne celle de Saturne, comme


si on voyait cette planète du centre du soleil; et
la distance de Saturne à la terre peut être déter
minée, comme celle de Jupiter, par les éclipses
de ses satellites. C'est ainsi que l'on a trouvé que
Saturne est à peu près neuf fois et demie plus
· éloigné que nous du soleil, lorsque son diamètre
apparent est de 17" 6. La largeur apparente de
l'anneau est presque égale à sa distance de la sur
face de Saturne, et tous deux paraissent avoir le
tiers du diamètre de cette planète; néanmoins, par
rapport à l'irradiation, sa largeur réelle doit être
moindre. Sa surface n'est pas uniforme; une bande
noire concentrique la divise en deux parties et
semble en faire deux anneaux. Des observations
de quelques points brillans de cet anneau, ont
prouvé à Herschel que son mouvement de rota
tion, de l'ouest à l'est, se fait en 19 h. 29/ 16" 8,
sur un axe perpendiculaire à son plan et passant
dans le centre de Saturne.
Enfin, comme l'anneau est incliné de 29à3o° sur
le plan de l'écliptique, il se présente toujours obli
uement à la terre et sous la forme d'une ellipse,
ont la largeur, à son maximum, està peu près de
la moitié de sa longueur.Dans cette position, le
plus petit axe de l'anneau excède toujours le dis-.
que de la planète. L'ellipse devient plus étroite à
mesure que le rayon visuel de la terre devient
moins incliné au plan de l'anneau, dont le bord
† finit par se cacher derrière la planète. C'est
alors que l'ombre se projette sur le disque et
forme une bande obscure, que l'on ne peut aper
cevoir néanmoins qu'à l'aide d'un très bon téles
cope. - -

| ----------
218 AsTRoNoMIE,
On a observé sept satellites qui se meuvent au°
tour de cette planète de l'ouest à l'est, dans des
orbites à peu près circulaires. Lessix premiers se
meuvent presque dans le plan de l'anneau. L'or
bite du septième approche davantage du plan de
notre écliptique. Lorsque ce satellite est à l'est de
Saturne, sa lumière diminue jusqu'à devenir im
perceptible, ce qui ne peut avoirlieu que par rap
port aux taches qui couvrent l'hémisphère qu'il
nous présente. Mais, pour que ce phénomène ar
· rive toujours dans la même position, il est néces
saire que ce satellite ( semblable en cela à notre
lune et aux satellites de Jupiter ) tourne sur son
propre axe, dans un espace de temps égalà celui
de sa révolution autour de Saturne.Cette égalité,
dans la période de sa rotation et de sa révolution ,
† être une loi générale du mouvement dans
es satellites. -

Les diamètres de Saturne ne sont pas égaux en


tre eux. Celui qui est perpendiculaire au plan de
l'anneau est plus petit au moins d'un onzième, que
celui situé dans le plan de l'anneau. Si on com
pare cette ellipticité à celle de Jupiter, on peut
conclure, avec beaucoup de probabilité, que Sa
turne opère son mouvement de rotation sur son
plus petit axe , et que l'anneau se meut dans le
'- plan de l'équateur. Herschel a confirmé ce résul
tat par des observations directes, ayant trouvé
que la durée de la rotation de Saturne est de 1oh.
16 79" 5.Cette rotation est semblable à tous les
mouvemens du système planétaire, d'occident en
orient. Herschel a également observé sur la sur
face de la planète, cinq bandes à peuprès parallè
les à l'équateur, -

--------- " " "


LEçoN x. 2 19
Des particularités de la planète Herschel ou
Uranus.

Cette planète avait échappé aux observations


des astronomes anciens, par rapport à son peu
d'apparence ; elle fut découverte par le docteur
Herschel, en 1781. Flamstead, vers la fin du der
nier siècle, ainsi que Mayer et.Lemonnier, l'a-
vaient regardée comme une petite étoile. Hers
chel découvrit son mouvement, et peu après, en
suivant cette étoile avec soin, il lui reconnut tou
tes les propriétés des planètes. Comme Mars, Ju
piter et Saturne, Herschel se meut de l'ouest à
l'est, vu de la terre; la durée de sa révolution si
dérale est de 84 ans 29 jours. Son mouvement ,
qui est presque dans le plan de l'écliptique, com
mence à être rétrograde, lorsque, avant son op
position, la planète se trouve à 115° de distance
du soleil.
Elle cesse d'être rétrograde, lorsque, après son
opposition et en approchant vers le soleil, elle
n'en est plus qu'à 1 15° de distance. La durée de
sa rétrogradation est de près de 151 jours, et l'arc
décrit, de 4°. Si on estimait la distance d'Hers
chel par la lenteur de son mouvement, cette
planète se trouverait aux confins du système pla
nétaire. Son diamètre apparent est très petit et
s'élève à peine à 4". Au moyen d'un télescope
considérable, Herschel découvrit six satellites qui
semeuvent autour de cette planète , dans des or
bites presque circulaires, et à peu près perpendi
culaires au plan de l'écliptique.
Le mouvement de tous cessatellites semble être
rétrograde; ce qui n'est dans tous les cas qu'une
22O · · ASTRONOMIE ,
illusion d'optique, provenant de la difficulté de
déterminer la partie de l'orbite qui est inclinée
vers la terre et celle qui lui est opposée.
Lorsque le plan dans lequel ces satellites se
meuvent, passe par le soleil, ils sont éclipsés, à
moins qu'Herschel ne soit près de son opposition.
LEçoN xr. 22 I

geçon onjtente.
DE LA LUNE ET DE SON ORBITE.

, Ainsi qu'une jeune beauté .


Silencieuse et solitaire,
Des flancs d'un nuage argenté
- La lune sort avec mystère.
Fille aimable du ciel, à pas lents et sans bruit,-
Tu glisses dans les airs où brille ta couronne,
Et ton passage s'environne
Du cortége pompeux des soleils de la nuit.
- BAoUR-LoRMIAN.

De toutes les découvertes scientifiques, il n'en


est pas de plus intéressantes que celles qui ont eu
la lune pour objet. Cet astre nous paraît d'un éclat
approchant de celui du soleil : sans cesse voisin
de la terre, et beaucoup plus près qu'aucune au
tre étoile, il a toujours été l'objet de l'attention
particulière des observateurs.
Quand on regarde la lune à l'œil nu, on y re
marque plusieurs taches noires qu'on juge facile
ment formées par les inégalités de sa surface,
qui produisent des réflexions diverses de lumière,
suivant la position du soleil. Vues au télescope,
elles augmentent prodigieusement en nombre, et
s'étendent d'elles-mêmes, d'une manière très va
222 AsTRoNoMIE,
riée, sur toute la surface de l'astre.La lune,beau
coup plus saillante vers le milieu que sur les
bords, offre plutôt la figure d'un globe que d'une
surface plane, comme on pourrait être porté à le
croire par l'inspection à l'œil nu.
Quelques unes des taches se trouvent constam
ment à l'ombre, vers le côté opposé au soleil; et
, dans la lumière, vers le côté qui lui est le plus rap
† d'autres taches sont perpétuellement il
uminées, dans la partie la plus reculée; tandis
|
qu'elles sont obscurcies vers l'endroit le plus rap
proché. Ces deux ombres se raccourcissent à me
sure que le soleil brille plus directement sur sa
surface, c'est à dire lorsque la lune devient pleine
et lorsqu'elle l'est parfaitement; alors ces ombres
i disparaissent tout-à-fait. Vers les troisième et der
nier quartiers, les ombres reviennent de nouveau;
mais toutes tombent vers le côté opposé de la
lune, quoique toujours avec la même distinction;
c'est à dire qu'une série de taches est éclairée vers
# le côté le plus éloigné du soleil, tandis que l'au
tre, qui est plus rapprochée, se trouve dans l'obs
CUlTlte.
#
Les astronomes concluent de là, que la première
série de ces taches est composée de montagnes ,
et la dernière de vallées. Si en effet on compare
ces apparences à ce qui se passe sur la terre lors
que le soleil brille sur nos montagnes et dans nos
vallées, on accordera sans difficulté que cette con
clusion est plus que probable. Comme il n'arrive
jamais de changemens dans ces apparences, il n'y
a pas de raison de croire qu'il existe de l'eau ou
des mers dans la lune, et par conséquent, point
denuages, d'atmosphère,nipeut-être de végétation.
LEçoN xI. 223 .
Lorsque la lune est dans ses quartiers, un de ses
côtés paraît exactement fixe et circulaire; l'autre
au contraire est confus est inégal. Il n'existe donc
oint de ligne régulière pour servir de borne à la
umière et à l'obscurité ; mais les extrémités de
ces parties paraissentfracturées d'une manière très
inégale. Dans l'obscurité même, près des bords
de la surface éclairée, on peut observer de petits
endroits éclairés déja par le soleil. Vers le qua
trième ou le sixième jour de la nouvelle lune, on
remarque quelques points éclairés, semblables à
· des rochers ou à de petites îles, dans le corps obs
curci même de la lune: près du bord inégal, ce
sont d'autres petits espaces qui joignent la surface
éclairée et qui se projettent dans la partie obs
curcie; ces espaces changent graduellement de
forme et de figure, jusqu'à ce qu'ils entrent enfin
dans la partie entièrement éclairée et n'aient plus
aucune obscurité autour d'eux. D'autres espaces
brillans paraissent successivement dans la partie
obscure de la lune.A l'époque de son déclin, c'est
tout le contraire; les espaces éclairés, quise trou
vaient d'abord entièrement compris dans la sur
face généralement éclairée, se perdent graduelle
ment, et, restant isolément visibles pendant quel
que temps , finissent par s'évanouir tout-à-fait,
dans l'obscurité. Ce sontautant de preuves que les
points brillans sont plus élevés que la surface gé
nérale de la lune.
Les apparences de ces points éclairés, avant et
après l'illumination du reste de la surface, pro
curent une méthode facile aux astronomes pra
ticiens, pour déterminer la hauteur de la monta
gne à laquelle ils appartiennent; on a trouvé que
IOs
224 ASTRONOMIE ,
quelques unes d'entre elles ont plus d'une lieue
d'élévation. ' -

Plusieurs astronomes, qui ont fait usage de té


lescopes dont le pouvoir grossissant était très con
sidérable, ont cru voir des éruptions volcaniques
sur différens points de la surface lunaire, sembla- .
bles en apparence et en effet, à nos montagnes vol
caniques, telles que l'Etna et le Vésuve. On peut
élever beaucoup de doutes à ce sujet; car, comme
" la combustion n'a lieu que dans un air atmosphé
rique, et que l'on n'a pas jusqu'à ce jour découvert
d'atmosphère autour de la lune, on serait tenté
de croire qu'il est impossible que de pareils volcans
existent dans ce satellite; cependant les aérolithes
ou pierres de l'atmosphère, semblent être un pro
duit de ces éruptions lunaires, dont la force de
projection ne doit pas être beaucoup plus consi
dérable que celle d'une bouche à feu, pour lancer
les projectiles dans la sphère d'attraction de la
terre. Il se peut donc que ces volcans existent réel
lement; ce qui prouverait que la lune a une atmo
sphère, ou que lemilieugazeux qui remplitl'espace
· et qui semble imprimer le mouvement des corps
planétaires les uns aux autres, peut être lui-même
la base de la combustion. Cette dernière suppo
sition paraît être une hypothèse probable et une
preuve collatérale de la vérité de la nouvelle théo
rie physique de Richard Philips, particulièrement
en raison de ce que des météores brûlent avec le
plus grand éclat, à des hauteurs qui ne sont pas
moindres de trente-cinq lieues. 4

L'intérêt que présente l'inspection de la lune,


tant à l'égard de sa proximité, que du changement
| l
fréquent de son apparence, en fit naturellement
# *
LEçoN xI. 225
l'objet d'un examen approfondi, lors de l'inven
tion du télescope : on trouve en effet que les in
venteurs de cet instrument furent les premiers qui
observèrent les inégalités de sa § Ces dé
couvertes furent suivies de tant d'études, que les
astronomes dressèrent des cartes de sa surface ;
ces cartes ont été rectifiées au fur et à mesure que
les instrumens ont été perfectionnés.
Les figures des taches sont toutes distinguées,
dans notre carte, par des noms propres : Riccioli,
Cassini et d'autres, donnèrent à ces portions de la
lune, les noms des philosophes et des astronomes
qui s'étaient distingués dans cette science. Un au
tre astronome, nommé Hévélius, divisa les diffé
rentes parties de la lune en noms géographiques,
tels que ceux des îles, des pays et des mers de no
tre terre, sans avoir égard néanmoins à la simili
tude de situation ou de figure. C'est la méthode
de Riccioli qui est généralement suivie : les noms
de Copernic, de Ticho, de Galilée, etc., paraissent
en effet beaucoup plus propres à ce sujet, que ceux
de l'Egypte, de l'Afrique ou de la mer Méditer
ranée. -

La lune étant, comme la terre, un corps opa


que, sans lumière qui lui soit propre, et ne bril
lant entièrement que par la lumière reçue du soleil
et que sa surface nous réfléchit, il suit que, tandis
que la moitié de cette surface tournée vers le soleil
se trouve éclairée, l'autre moitié doit rester dans
l'obscurité; elle disparaît donc entièrement lors
qu'elle se trouve entre le soleil et la terre, parce
que le côté non éclairé se trouve alors seul tourné
vers notre globe, • : ,:
-

, º
226 AsTRoNoMIE,
| Liée à nos destins par droit de voisinage,
La lune nous échut à titre d'apanage,
Et l'éternel contrat qui l'enchaîne à nos lois,
D'un vassal envers nous lui prescrit les emplois ;
Par elle nous goûtons les douceurs de l'empire.
Des traits brûlans dujour quand le monde respire ,
Tributaire fidèle, en reflets amoureux ,
Elle vient du soleil nous adoucir les feux;
Tantôt brille en croissant , tantôt luit tout entière,
Et commerce avec nous et d'ombre et de lumière.
4

Tandis que la lune fait sa révolution autourdes


cieux, elle subit en apparence un changement
continuel. Elle se trouvesouvent à notre méridien
à minuit , et par conséquent dans cette partie du
ciel qui est opposée au soleil. Sa surface paraît
alors parfaitement circulaire, et on l'appelle la
pleine lune Dans son mouvement vers l'est, une
ortion de son côté obscur paraît à son bord occi
§ , et en un peu plus de sept jours, elle arrive
au méridien vers les six heures du matin, ayant
l'apparence d'un demi-cercle, dont le côté con
vexe est tourné vers le soleil ; en cet état on l'ap
pelle demi-lune.
En continuant son mouvement vers l'orient, sa
erte du côté occidental augmente, et elle prend
la forme d'un croissant, dontle côté convexe reste
toujours tournévers le soleil : ce croissant diminue
raduellement jusque vers le quatorzième jour
après la pleine lune, où elle est alors si près duso
leil (si l'on peut s'exprimer ainsi), qu'elle en de
vient invisible par rapport à la confusion de son
faible croissant avec les rayons solaires. Vers le
uatrième jour après cette disparition, on peut
l'apercevoir le soir sous la forme d'un demi-cercle
LEçoN xI. 227
brillant, avec la différence que la convexité reste
toujours tournée vers le côté où se trouve le so
leil. En avançant graduellement vers l'est , le
demi-cercle de la lune augmente et prend une
forme ovale, qui à la fin, vers le vingt-neu
vième jour et demi de sa dernière opposition au
soleil, se trouve de nouveau dans cette même si
tuation, et la lune paraît pleine à minuit. Il faut
ajouter qu'il est impossible que nous puissions
jamais voir la lune parfaitement pleine : il fau
drait pour cela que le soleil, la terre et la lune se
trouvassent sur une même ligne droite, et alors
- l'ombre de la terre occasionerait une éclipse de
* lune : il s'ensuit donc, que ce que nous appelons
la nouvelle lune, observée au télescope , laisse
toujours l'un ou l'autre de ses bords dans l'obs
curité, suivant qu'elle se trouve avant ou après le
passage de notre méridien.Quoique la pleine lune
soit très belle à voir dans un bon télescope, en
offrant une grande variété de couleurs, cepen
dant les montagnes sont mieux observées lors de
son accroissement ou de son déclin.
On fait beaucoup de conjectures relativement
à la matière dont les points brillans peuvent être
formés. Quelques auteurs enchantés de leur beau
té, voulaient qu'ils fussent des rochers de dia
mant : il est cependant plus raisonnable de croire
que ce sont des sommités de rochers stériles, qui,
par rapport à leur élévation , sont plus capables
de réfléchir la lumière du soleil que les parties
inférieures. Quoique les philosophes soient d'o-
pinions très diverses, quand aux matériaux cons
titutifs des montagnes de la lune, il n'y a aucune
diversité d'opinion relativement à leur usage. Si
- Z.

228 AsTRoNoMIE,
la lune était unie comme un miroir, ou bien cou
verte d'eau, elle ne réfléchirait aucunement la lu
mière qu'elle reçoit du soleil; il y aurait absorp
tion complète de tous les rayons solaires, et, dans
certaines positions, elle nous représenterait l'i-
|
mage du soleil en un seul point dont l'éclat pour
rait fatiguer la vue; mais sa surface, rendue iné
gale par ces montagnes et ces vallées, nous ren
voie la lumière du soleil plus modérément, et de
· manière à nous laisser la possibilité de l'examiner
avec plus de facilité et de précision.
Un observateur placé dans la lume, remarque
rait bientôt que nous voyons à peu près la même
face pendant toute sa révolution, c'est à dire que
la moitié de sa surface nous reste invisible. Cette
raison provient de ses deux mouvemens, qui, re
lativement à la vue que nous avons de la lune, se
détruisent mutuellement. Sa révolution autour de
la terre se fait, vers l'est, en un peu plus de vingt- .
sept jours, tandis que son mouvement sur son
propre axe, produit une révolution dans le même
temps, mais vers l'ouest; de sorte que l'un de ces
mouvemens détourne autant de sa surface, que
l'autre mouvement en présente à nos yeux. Si on
observe attentivement la lune pendant toute une
-
lunaison, on trouvera que, d'une part, une par
tie de sa surface vers le bord oriental, est empor
tée hors de notre vue comme par suite de son
mouvement sur son axe, et une portion sembla
ble, vers le bord occidental, sera amenée à notre
vue. Dans une autre partie de sa révolution, on
pourra observer le contraire; la portion amenée à
notre vue vers le bord occidental disparaîtra, et
celle qui a été perdue vers le bord oriental repa
, -

- - - - -- -- -- • *
-
LEçoN xI. 229
raîtra de nouveau. Cette irrégularité est appelée
la libration de la lune en longitude. -

Outre ce mouvement, il y a une autre sorte de


libration, qui provient de ce que l'axe de la lune
est incliné sur le plan de son orbite; c'est pour
cette raison que l'un de ses pôles est quelquefois
incliné vers la terre, et l'autre également : en con
séquence, nous voyons plus ou moins de ses ré
gions polaires nord ou sud, dans les temps dif
férens; on appelle cette irrégularité sa libration
· en latitude.
La lune a un mouvement propre de l'occident
à l'orient. La longueur de sa révolution sidérale,
ou le temps de sa révolution autour de la même
étoile fixe, était au commencement de l'année
17oo, de 27 j.7 h.43 1 1" 5. Ce temps n'est pas
le même pour tous les siècles; car la comparaison
des observations anciennes et modernes, montre
incontestablement une accélération dans son mou
vement. Cette accélération, quoique peu sensible
depuis la plus ancienne éclipse nfentionnée, s'ac
croîtra par la suite des temps.
La lune se meut dans une orbite elliptique,
dont la terre occupe un des foyers. Son rayon
vecteur décrit autour de ce point des aires éga
les, dans des temps égaux. La distance moyenne
de la lune à la terre étant prise pour unité, l'ex
centricité de cette ellipse est de o. o549. Le péri
gée de la lune a un mouvement direct, c'est à dire
dans la même direction que le mouvement du
soleil, et la période de sa révolution sidérale est
de 9 ans 312 j. 1 1 h. 1 1 29" 5.
L'orbite lunaire est inclinée au plan de l'éclip
tique de 5° 8 49" ; ses points d'intersection, ap
23o AsTRoNoMIE,

pelés nœuds, ne sont pas fixes dans le ciel; ils ont


un mouvement contraire à celui du soleil ; ce qu'il
· est facile de reconnaître par la succession des
étoiles que la lune rencontre en traversant l'é-
cliptique.La longueur de la révolution sidérale
de ces nœuds, est de 18 ans 223 j. 7 h. 13 17"7.
Le nœud ascendant est celui dans lequel la lune
s'élève au-dessus de l'écliptique, pour s'avancer
vers le pôle nord; le nœud descendant est celui
dans lequel la lune s'avance vers le pôle sud.
· Le diamètre apparent de la lune varie d'une
manière analogue aux mouvemens lunaires; il est
- º .
de 29 22" 2, à sa plus grande distance, et de 35'
31" , à sa plus petite, ce qui le réduit à 781 lieues
pour le diamètre moyen. - -

Les mêmes procédés qui furent insuffisans pour


déterminer la parallaxe du soleil, par rapport à
sa petitesse, ont produit 57 39" pour celle de la
lune, à cette distance de laterre, qui est le moyen
arithmétique entre les deux extrêmes.Ainsi, à la
même distance'à laquelle la lune nous paraît me
surer un angle de 31' 26" 6, la terre serait vue
SOUIS § de 1° 55 18" ; leurs diamètressont
en raison proportionnelle de ces nombres, ou à
- peu près de 3 à 11 , et le volume du globe lu
naire se trouverait quarante-neuf fois moindre
que celui de la terre.
· Les phases de la lune sont comprises parmi les
phénomènes les plus frappans des cieux. En se
dégageant le soir des rayons du soleil, elle repa
raît sous la forme d'un croissanttrès brillant, qui
augmente avec sa distance et devient ensuite un
- cercle entier de lumière, quand elle se trouve en
· opposition avec le soleil, Quand elle serapproche
- LEçoN xI. 231
ensuite du soleil, le cercle se change en un crois
* sant qui diminue suivant les mêmes degrés de son .
accroissement, jusqu'à ce que le matin , elle se
plonge tout-à-fait dans les rayons du soleil. Le
croissant, toujours tourné vers le soleil, indique
évidemment que c'est de cet astre qu'elle reçoit
sa lumière , et la loi de la variation de ses phases
nous prouve qu'elle est sphérique.
Ces phases se renouvellent à chaque conjonc
tion ; leur retour dépénd de l'excès du mouve
ment synodique de la lune sur celui du soleil, le
quel excès est appelé mouvement synodique de la
lune. La longueur de la révolution synodique de
la lune, ou la période de sa conjonction moyenne,
est de 29j. 12 h.44 2". Elle est à l'année tropi
que à peu près comme 19à 235, c'est à dire que
dix-neuf années solaires forment à peu près deux
cent trente-cinq mois lunaires.
Les syzygies sont les points de l'orbite de la
lune dans lesquels ce satellite est en conjonction
ou en opposition avec le soleil ; dans le premier
point, la lune est nouvelle, et dans le second ,
leine. Les quadratures sont les points de son or
§ où elle est à 9o° de distance du soleil. Dans
ces points, qui sont appelés les premier et second
uartiers de la lune, on voit à peu près la moitié
de son hémisphère éclairée, ou un peu plus ,
pour parler plus rigoureusement ; ear, lorsque la
. moitié se trouve exactement présentée à nos yeux,
la distance angulaire de la lune au-solcil est un
peu moins de 9o° ; cet instant se reconnaît lors
que la partie éclairée de la lune se trouve séparée :
de la partie obscure, par une ligne droite qui se,
confond avec le rayon tiré de l observateur au
1o
232 AsTRoNoMIE ,
centre de la lune, perpendiculaire à celle qui
joint les centres de la lune et du soleil.
Ainsi, dans le triangle formé par les lignes
droites qui joignent ces centres et l'œil de l'ob
servateur, l'angle à la lune est droit, par consé
quent, la distance de la terre au soleil peut être
déterminée en parties de la distance de la lune à
la terre. La difficulté de fixer avec précision,
l'instant où l'on voit la moitié du disque lunaire
éclairée, rend cette méthode peu exacte; nous
lui devons cependant les premières notions jus
tes sur la grandeur immense du soleil et sa dis
tance à la terre. - -

| L'inclinaison de l'écliptique à l'équateur occa


sionne un phénomène particulier à la lune, qu'on
appelle lune des moissons. ,
a pleine lune se lève plusieurs jours de suite
après le coucher du soleil ; et comme on croit
communément que la lune se lève tous les jours
5o plus tard que les jours précédens, cette dé
viation, vers l'époque de la moisson, étant favo
rable aux cultivateurs, ils l'ont nommée la lune
, des moissons. Si la latitude de la lune se trouve
être septentrionale à la même époque, l'effet en
sera plus surprenant. Les signes auxquels la lune
doit alors être pleine dans les mois d'août, sep
tembre et octobre, sont les Poissons, le Bélier et
le 'l'aureau. - ' - A

Ce phénomène est dû à l'ascension particulière


de l'écliptique, comme on peut le découvrir en
tournant un globe. Plusieurs signes, montent ra
pidement et obliquement, d'autres lentement et
presque perpendiculairement: c'est pendant que

. . -*
-
LEçoN xI. 233
la pleinelune se trouve dans les premiers de ces
signes, que la lune des moissons a lieu.
Ce phénomène a toujours lieu en septembre; le
soleil , vu de la terre, se trouve alors au commen
cement de la Balance : la lune cependant , étant
au côté opposé de la terre, est alors dans le signe
du Bélier, mais comme on observe quelalune des
moissons se lève plusieurs soirs de suite vers la
même époque, on peut dire qu'elle est dans les
Poissons et le Bélier. -

Après avoir rectifié un globe pour la latitude


de Paris, de manière à le mettre dans son horizon
si l'on y amène le signe du Bélier, on pourra faci
lement expliquer ces différens phénomènes de la
manière suivante : om observe que la lune avance •
de 12° par jour dans son orbite; puis on place, le
long de l'écliptique et à 12° de distance, des pe
tits pains à cacheter, en mettant l'aiguille du ca
dran du globe à une heure quelconque, à la .
sixième, par exemple; si l'on fait tourner le globe
vers l'orient, les marques indiqueront la différence
actuelle en temps du lever de la lune, jour par
jour. La conséquence sera que la lune n'éprouve
pas un retard journalier de 5o pour nous, ni ,
pendant quelques jours, de plus de 2o'. Il est,
par conséquent, évident que ce que l'on appelle
la lune des moissons, dépend de l obliquité de la
route de la lune sur notre horizon : il en résulte
aussi que les horizons des lieux dont la latitude
est moindre, ne jouissent pas du même avantage:
les habitans de la zone torride n'ent ont point du
tOut. : *

Dans les latitudes méridionales, l'effet est tout


aussi régulier que dans nos climats, mais dans des
#

234 ASTRoNoMIE,
temps opposés: il est également démontré que
l'augmentation et la diminution des jours, si rapi
des à certaines saisons de l'année, sont occasio
nées par les mêmes circonstances que la lune des
moissons; ce sont deux effets des grandes causes
secondaires del'obliquité de l'écliptique et de son
• angle sans cessevariables, relativementàl'horizon.
On peut souvent remarquer, aux approches
d'une nouvelle lune, la partie du disque lunaire
qui n'est pas éclairée par le soleil; cette lumière
faible, nommée lumière cendrée, est produite par
la réflexion de la lumière de l'hémisphère éclairé
de la terre sur la lune; en effet, cette lumière
est la plus sensible à la nouvelle lune, lorsque la
plus grande partie de notre hémisphère éclairé
est dirigée vers ce satellite. Pour le spectateur
placé dans la lune, la terre présenterait une suite
de phases semblables à celles que la lune nous
montre, mais suivies d'une lumière plus intense,
provenant de l'étendue beaucoup plus considéra
ble de la surface terrestre.
Le disque lunaire eontient, comme nous l'a-
vons vu plus haut , une multitude de taches
invariables qui ont successivement été observées
avec le plus grand soin, et décrites avec une
précision remarquable. Les taches brillantes pa
raissent constituer des parties solides de hautes
· montagnes, réfléchissant fortement les rayons so
laires. Il y a d'autres endroits et des parties de la
surface de la lune, qui sont d'une couleur plus
foncée, et que l'on suppose être des mers ou des
lacs; cependant les observations télescopiques ne
justifient pas cette supposition; l'apparence des
embres des montagnes ferait croire, au contraire
- - - - -- - - - - - - - - - * • • • • · 2
LEÇoN xr. 235
que ce sont des cavernes. Ces taches noires ne
sont certainement pas des umers, mais bien quel
que matière noire, incapablé de réfléchir la lu
mière aussi fortement que des montagnes.
Dans l'intérieur de ces taches obscures , sont
des corps d'une lumière plus brillante, qui nous
montrent que la lune présente toujours à peu près
le même hémisphère , d'où l'on conclut qu elle
tourne sur elle-même dans une période de temps
égale à sa révolution autour de la terre; car si on
imagine un observateur † au centre de la lune
supposée transparente, il verra la terre et le rayon
visuel tourner autour de lui ; et puisque ce rayon
fait intersection à peu près au même point de
la surface lunaire, il est évident que ce point doit
tourner autour du spectateur dans le même temps
et dans la même direction que la terre.
Cependant des observations suivies du disque
lunaire ont découvert plusieurs irrégularités dans
ces apparences, on remarque que certaines taches
se rapprochent et s'éloignent alternativement des
bords; celles qui se trouvent très près des bords
disparaissent et reparaissent successivement par
des oscillations périodiques que l'on connaît sous
le nom de libration de la lune. -

Pour se faire une idée juste des causes princi


ales de ces phénomènes , on doit considérer que
e disque de la lune vu du centre de la terre, se
trouve terminé par un grand cercle du globe lu
naire, perpendiculaire au rayon tiré de ce centre
à celui de notre globe : c'est sur le plan de ce
grand cercle qu'est projeté l'hémisphère de la lu
· ne, qui est tourné du côté de la terre: ses appa
rences proviennent de son mouvement de rota
236 AsTRoNoMIE ,
tion , relativement à son rayon vecteur. Si c'était
sans mouvement de rotation, ce rayon vecteur
tracerait, à chaque révolution lunaire, la circon
férence d'un grand cercle sur sa surface, et tous
les points de la lune se montreraient successive
ment à nos yeux; mais en même temps que ce
rayon vecteur trace cette circonférence, le globe
lunaire , par suite de sa révolution , amène tou
jours à peu près le même point de sa surface à ce
rayon , et conséquemment le même hémisphère
vers la terre. Les inégalités de mouvement de la
lune, produisent quelques variations dans ces ap
parences ; car le mouvement de rotation , ne par
ticipant pas d'une manière sensible à ces inégali
tés , varie relativement à son rayon vecteur, qui
coupe ainsi sa surface en différens points. Le
globe lunaire fait donc , relativement à ce rayon,
des oscillations correspondantes aux inégalités de
son mouvement, qui occasionne la disparition et
l'apparition des parties de sa surface les plus rap
prochées des bords. *

Il faut observer aussi que l'axe de rotation de la


lune n'est pas exactement perpendiculaire au†
de son orbite. En le supposant à peu † Xe ,
pendant toute une révolution du globe lunaire, il
incline plus ou moins sur le rayon vecteur de la
lune, et l'angle formé par ces deux lignes est aigu
pendant la moitié de sa révolution, et obtus pen
dant l'autre moitié ; le spectateur, placé sur la
terre , voit par conséquent l'un et l'autre pôle de
rotation alternativement, ainsi que les parties de
la surface qui les avoisinent.
Fnfin, comnie l'observateur ne se trouve pas au
centre de la terre, mais bien à sa surface, c'est le
" /
2 v,

LEçoN xI. 237


rayon visuel, tiré de son œil au centre de la lune,
qui détermine le milieu de son hémisphère visible;
il en résulte que par l'effet de la parallaxe lunaire,
ce rayon coupe † surface de la lune en différens
oints, suivant la !.auteur de la lune au-dessus de
'horizon.
Toutes ces causes ne produisent qu'une libra
tion apparente du globe lunaire; ce ne sont que
des illusions d'optique , illusions qui n'affectent
nullement son mouvement réel de rotation : il est
néanmoins vrai de dire que cette rotation peut
être sujette à quelque petites irrégularités; mais
l'observation ne les a pas encore rendues sensibles.
Il n'en est pas de même de l'équateur lunaire.
En essayant de déterminer sa position par l'obser
vation des taches de la lune, Dominique Cassini
fut conduit à ce résultat remarquable, qui contient
toute la théorie astronomique de la libration vraie
de la lune : si l'on conçoit de faire passer un plan
par le centre de la lune, perpendiculaire à son
axe de rotation , lequel coïncidera avec celui de
son équateur, et que l'on imagine en même temps
un second plan parallèle à celui de l'écliptique, et
un troisième, parallèle à l'orbite lunaire, ces trois
plans auront toujours une intersection commune.
Le second plan , situé entre les deux autres, for
me , avec le premier, un angle de près de 11°
3o 1oº 8, et avec le troisième, un angle de 5° 8'
49". Ainsi, les intersections de l'orbite lunaire avec
l'écliptique, c'est à dire ses nœuds, coïncideront
toujours avec les nœuds moyens de l'orbite lu
maire, et auront comme eux un mouvement ré
trograde dont la période est de 18 ans223 j. 7.h.
17" 7". Pendant cet intervalle, les deux pôles de
-

238 ASTRoNoMIE , -

l'équateur et de l'orbite lunaire, décrivent de pe


tits cercles parallèles à l'écliptique, renfermant
entre eux les pôles de l'écliptique , de telle ma
nière que ces trois pôles sont constamment situés
sur un grand cercle de la sphère céleste.
L'observation prouve donc que des montagnes
d'une hauteur considérable s'élèvent sur la surface
de la lune ;leurs ombres projetées sur les plaines,
forment des taches qui varient avec la position du
soleil; sur les bords du disque éclairé, on voit que
ces montagnes forment une bordure dentelée,
s'étendant au-delà de la ligne de lumière, d'une
quantité qui, étant mesurée,indique que leur hau
teur est au moins de quatre mille toises. On re
connaît aussi, par la direction des ombres, que la
surface est remplie de cavités ressemblant à peu
† aux bassins des mers terrestres. La surface
unaire paraît aussi offrir des traces de volcans : le
phénomène le plus remarquable de cet espèce fut
découvert par Herschel, dans la partie nord-est
de la lune, à près de trois minutes de son bord,
vers la tache appelée hélicon; la seconde nuit après
que cet astronome l'eut observée, elle brûlait avec
la plus grande violence, et paraissait réellement
comme un volcan en éruption. La mesure lui
donna plus de trois millesanglais de diamètrepour
la matière enflammée. D'autres observateurs ont
cru voir sur la partie non éclairée, une lumière vive
qu'ils ont attribuée à une éruption volcanique.
On pourrait également attribuer à cette cause la
formation de plusieurs nouvelles taches lunaires.
Il paraît qu'il n'y a autour de la lune ni nuages,
ni vapeurs, sources générales des pluies; s'il s'en
trouvait, ils couvriraient quelquefois la face de la
LEçoN x1. - 239 .
lune, et nous en cacheraient quelques unes des
parties, circonstance qui, je crois, n'a jamais été
observée. On serait tenté de conclure de là,qu'il y
a une sérénité constante dans la lune, sans aucun
temps obscurci ; car partout où l'on observe la
lune, lorsque notre atmosphère n'est pas chargée
de nuages, on lui trouve toujours le même †
D'un autre côté, Hévélius affirme qu'il a re
marqué souvent, lorsque le ciel parfaitement
pur, laissait apercevoir les étoiles des sixième et
septième grandeurs; que la lune étant à la même
hauteur avec la même élongation et le même té
lescope, ne paraissait pas également brillante, et
que ces taches n'étaient pas toujours aussi dis
tlIlCteS . ' -

On a cherché à conclure de là que la cause de


ce phénomène ne dépend, ni de notre atmo
sphère, ni du tube, ni de la lune, ni même de l'œil
de l'observateur, mais qu'elle doit être attribuée
à quelque chose qui existerait autour de la lune,
c'est à dire à l'atmosphère lunaire. -

Voilà les principaux phénomènes de la lune.


Cette explication ne pourrait être mieux terminée
qu'en faisant observer combien nos nuits seraient
tristes, sans la lumière que ce satellite réfléchit
sans cesse ; qu'il est de la plus grande utilité, lors
de ses éclipses, pour nos calculs astronomiques,
géographiques et chronologiques; il semblerait
aussi que son action sur les mers n'est qu'un bien
fait de plus, puisque cette action empêche sou
vent des maladies que la putréfaction et la décom
position pourraient produire.
24o AsTRoNoMIE ,

cçon bou3ièmc.
DEs ÉCLIPsEs DU soLEIL ET DE LA LUNE.

L'explication des phases de la lune nous con


duit à celles des éclipses, qui furent des objets de
terreur pour les peuples dans les temps d'igno
rance, et qui excitèrent la curiosité des philoso
phes de tous les siècles. ,
Quel que soit le corps opaque que l'on place,
ou que la nature vient interposer entre un corps
lumineux et un autre corps opaque, de manière
à empêcher que ce dernier ne jouisse de la lu
mière, il occasionne une éclipse. . . .. Il s'ensuit
† ce phénomène n'est autre chose que l'ombre
e la terre qui tombe sur la lune, dans les éclip
ses dites de lune, ou bien celle de la lune portant
sur la terre, dans les éclipses du soleil.
Dans l'année 431 avant l'ère chrétienne, il y
eut une éclipse totale de soleil et une apparence
de comète, cause supposée de la peste qui rava
gea Athènes à cette époque : dans l'année 1 133 de
notre ère, il y eut une éclipse totale de soleil qui
laissa distinguer les étoiles; la superstition attri
bua ce phénomène au schisme produit par la créa
tion de trois papes à la fois. On peut multiplier à

-* -- - • •
LEçoN xII. 24r
l'infini des citations semblables, de l'erreur et de
l'ignorance où l'on était naguère sur les causes
des phénomènes de la nature. -

La lune ne peut être éclipsée que par l'interpo


sition de quelque corps opaque entre elle et le
soleil d'où elle emprunte sa lumière, pour l'en
priver quelque temps. Le globe terrestre projette
derrière lui, relativement au soleil, une ombre
conique, dont l'axe est la ligne § qui passe
par les centres du soleil et de la terre, et qui se
termine en un point où les diamètres de ces deux
corps sont les mêmes.
Ce n'est que dans les jonctions du soleil et de
la lune que l'on peut observer une éclipse solaire,
lorsque la lune, interposée entre la terre et le so
leil , intercepte ses rayons.
Comme l'ombre de la terre , réfléchie sur la
lune, produit une éclipse de lune, de même l'om
bre de la lune, tombant sur la terre, cause une
éclipse sur cette partie de notre planète où tombe
l'ombre; comme la lume est beaucoup moins con
sidérable que la terre , elle ne peut comprendre
tout le disque de cette dernière dans son ombre,
mais seulement une très faible partie. Il suit de
là que toutes les éclipses du soleil sont partiel
les et non totales; que ces éclipses ne produisent
d'obscurité que sur les endroits où l'ombre est por
tée: c'est dans ces lieux seulement que les habi- .
tans voient l'entier obscurcissement du soleil,
qu'on a nommé éclipse du soleil. C'est à tort ce
pendant que l'on attribue cette éclipse au soleil,
qui a toujours les mêmes feux; il n'y a jamais que
les habitans de la terre qui se trouvent sous l'om
|
;, •\

242 AsTRoNoMIE,
bre de la lune, qui soient éclipsés et compris dans .
l'obscurité. -

Les diamètres de la terre et du soleil, vus de la


lune en opposition, et à sa distance moyenne, sont
de près de 31'58" pour le soleil, et de 1° 55 18"
pour la terre. Nous avons vu que la terre, com- .
me tous les autres corps opaques, intercepte la
lumière du soleil. Elle forme derrière elle, relati
• vement à cet astre, une ombre, qui à raison des
grosseurs respectives du soleil et de la terre, se
termine à un point éloigné de la terre d'environ
3oo,ooo lieues, et par conséquent beaucoup au
delà de la lune, qui n'est éloignée de la terre que
de 84,ooo lieues environ. Ainsi, le cône de l'om
: bre terrestre est au moins trois fois plus long que
la distance de la lune à la terre; sa largeur, aux
points où elle est occupée par la lune, est de plus
du double du diamètre lunaire; donc la lune se
rait éclipsée toutes les fois, c'est à dire tous les
mois, qu'elle se trouverait en opposition avec le
soleil, si le plan de l'orbite coïncidait avec l'éclip
tique; mais en conséquence de l'inclinaison mu
tuelle de ces plans, il arrive souvent que la lune,
lorsqu'elle est dans son opposition, se trouve au
dessous ou au-dessus du cône d'ombre formé par
la terre, dans ce cas, il y a pleine lune et point
d'éclipse. Lorsque tout le disque lunaire est plon
gé dans l'ombre, on dit que l'éclipse est totale :
elle est partielle, s'il n'y a qu'une partie du disque
dans l'ombre; on peut concevoir que le plus ou
le moins de rapprochement des nœuds, au mo
ment de l'opposition, produit toutes les variétés
que l'on observe dans ces éclipses. -

La durée moyenne d'une révolution du soleil

- -----------
LEçoN xI. 243
est, relativement aux nœuds de l'orbite lunaire,
de346j. 14" 52 16";elle est à la révolution syno
dique de la lune, à peu près dans la raison de
223 à 19 : ainsi, après une période de 223 mois
· lunaires, le soleil etlalunereviennent à lamême po
sition des nœuds de l'orbite lunaire. Comme l'é-
clipse devrait revenir dans le même ordre, cette
circonstance procure un moyen aisé de la pré
dire; mais les inégalités des mouvemens de la
terre et de la lune, produisent des différences très
sensibles, et en outre, le retour de ces deux corps
à la même position, relativement aux nœuds, en
223 mois, n'est pas rigoureusement exact : les dé
viations qui résultent à la longue, changent l'or
dre des éclipses qui ont été observées pendant
une des ses périodes; mais la grande période de
52 1 ans les ramène plus exactement.
Cette période, qui ramène les éclipses après 18
ans environ, a été trouvée par Méthon; elle pa
rut si belle aux Athéniens, qu'ils la firent graver
en lettres d'or; elle a été nommée nombre d'or
our cette raison. "
Il est probable que si les anciens astronomes
parvinrent à prédire les éclipses, comme celle de
Thalès, 6o3 ans avant notre ère, ce ne put être
que par le moyen de cette période. C'est ainsi que
Halley prédit l'éclipse de soleil du 2 juillet 1684,
par le moyen de celle qu'on avait observée le
-22 juin 1666. Ainsi, tous les 18 ans et 1o jours,
· il revient une éclipse à peu près semblable à celle
que l'on avait observée 18 ans et 1o jours aupa
·ravant. Cette méthode suffit pour annoncer les
époques où il doit y avoir des éclipse.
Ghaque planète du système, soit primaire, soit
244 AsTRoNoMIE,
secondaire, tirant sa lumière du soleil, doit jeter
une ombre vers cette partie de la sphère des étoiles
fixes qui est ôpposée au soleil, il en résulte donc
qu'une ombre n'est que la privation de la lumière
du soleil, qui reste caché par le corps opaque qui
intercepte ses rayons. Une ombre sera en consé
quence proportionnelle aux grandeurs relatives
du soleil et de la planète. Si ces deux corps étaient
du même volume, la forme de l'ombre produite
† la planète, serait dans ce cas cylindrique, de
a même grandeur que chacun des deux corps,
et continuerait sa projection dans l'espace, sans
jamais se terminer en pointe.Si le soleil était plus
petit que la planète, alors l'ombre que celle-ci
Jetterait, augmenterait en avançant sa progression :
mais comme au contraire le soleil est plus consi
dérable que les planètes les plus volumineuses,
et même que la masse de toutes les planètes réu
nies, il en résulte que l'ombre formée par une de
ces planètes, doit être† à ses dimen
sions et à sa distance du soleil, et nécessairement
se terminer en une pointe, comme toutes les for
mes eoniques. . -

Tel est le volume du soleil, que l'ombre pro


jetée par chacune des planètes primaires se ter
mine à une distance beaucoup plus petite que la
distance de chacune des autres planètes, de ma
nière à ce que jamais aucune de ces planètes pri
maires ne saurait en éclipser une autre; cette om
bre ne peut atteindre que leurs satellites ou lu
nes, ce qui n'a encore lieu que lorsque le soleil,
la planète et le satellite, se trouvent sur une
même ligne droite et à peu près dans le même
plan. . , -
· LEçoN xII. - 245
Il y aurait donc une éclipse régulière de la lune,
toutes les fois que ce satellite se trouve en opposi
· tion, sans l'inclinaision de l'orbite lunaire sur l'or
bite terrestre, qui l'élève à chaque demi-lunaison
et l'abaisse à l'autre, au-dessus ou bien au-dessous
du centre de la terre. - -

Ce n'est qu'à l'époque des nouvelle et pleine


lunes, et quand la lune traverse en même temps
le plan de l'orbite terrestre ou l'écliptique, que
les éclipses peuvent avoir lieu : comme cette si
tuation n'arrive communément que quatre fois
chaque année, il suit qu'il ne peut y avoir que
deux éclipses de lune et deux de soleil, quelque
fois il y en a trois de lune et deux de soleil, mais
très rarement davantage. -

Les points où l'orbite lunaire traverse le plan


de l'orbite terrestre s'appellent les nœuds. — Ce
lui où la lune monte vers le nord s'appelle le .
nœud ascendant, et l'autre, où elle descend vers
le sud, nœud descendant. Ces nœuds varient et
font le tour de l'écliptique (ou de l'orbite terres
tre) en dix-neuf ans et 228 j. 8", Lorsque la lune
a passé son nœud ascendant, elle a une latitude
mord, et une latitude sud lorsqu'elle a passé l'au
tre (1). - * º - -

(1) L'observation suivie du cours de la lune dans le


ciel, a fait remarquer que les deux points de l'orbite
lunaire qui répondent à l'écliptique, et qui s'appellent
nœuds, ont un mouvement rétrograde, produit par l'at
traction du soleil; par exemple, si un des nœuds est dans
le premier degré du Bélier ou dans le point équinoxial,
dix-huit mois après, c'est dans le commencement des
Poissons qu'il coupera l'écliptique, c'est à dire que le nœud
aura rétrogradé de 3o° ou d'un signe entier; de là il ré
·
246 AsTRoNoMIE,
Lorsque la pleine lune a lieu dans les 7° 3 de
ses nœuds, il doit y avoir une éclipse de lune; et
il peut y avoir § lorsqu'elle est éloignée
même à 13° et demi, toutes les circonstances étant
favorables. Quand la nouvelle lune a lieu dans les
15° de ses nœuds, il doit nécessairement y avoir
une éclipse de soleil, et il peu y avoir éclipse ce
pendant, lorsque le satellite se trouve à 21°.
On mesure les éclipses par le nombre de doigts
qu'elles marquent, c'est à dire les douzièmes par
ties des diamètres de la lune ou du soleil. L'om
bre conique de la terre étant plus grande que
celle de la lune, ce satellite, dans une éclipse to
tale, peut être plongé dans l'ombre de la terre
pendant une heure trois quarts, mais une éclipse
totale du soleil ne peut durer plus de quatre mi
nutes. L'ombre de la lune, pendant une éclipse,
· se meut au-dessus de la terre avec une vîtesse de
plus de dix lieues par minute. Les nœuds rétro
gradent de 19° 2o par année, et l'on trouve tou
jours leur position § les éphémérides.
Le soleil a à peu près 315 mille lieues de dia
-
-

sulté que les éclipses n'arrivent pas d'une année à l'autre


dans des intervalles de temps égaux et réguliers, comme
cela aurait lieu si les nœuds étaient fixes, de sorte que
les éclipses n'ont pas lieu pour tous les ans à pareil
jour, mais avancent, chaque année, de 12 jours environ.
Nous ne devons pas oublier de dire qu'en observant le
mouvement de la lune, on a trouvé que son orbite, ou
le chemin qu'elle fait autour de la terre, ne répond pas
toujours aux mêmes étoiles que le soleil, qui ne quitte
point l'écliptique, puisque cette orbite est inclinée sur
ce plan de 5 degrés environ, ce qui rend rares les éclip
ses, comme nous l'avons vu.
LEçoN xir. 247
mètre, et la lune seulement 781 lieues, d'où il ré
sulte que l'étendue plus considérable du diamètre
du soleil fait terminer cette ombre, que la lune
laisse derrière elle , vers un point très rapproché
et proportionné à sa distance du soleil. On a fait le
calcul suivant sur le volume immense du soleil:son
diamètre comprend 1 1 1 diamètres de la terre; la
distance de son centre au bord du disque, étant
de 158,ooo lieues, comprend près de deux fois
la distance de la lune à la terre, qui n'est que de
84,ooo lieues; tout le diamètre du soleil est égal à
trois fois et demie la distance du centre de la lune
au centre de la terre. La longueur de l'ombre de
la lune est de 84,ooo lieues, distance de la lune à
la terre; en conséquence, dans une éclipse totale
du soleil lorsque tout le corps est caché à nos
yeux , ce qui ne peut arriver que lorsque le cen
tre de la lune est sur la ligne des centres du so
leil et de la terre, le point extrême de l'ombre
de la lune ne fera qu'atteindre la surface de la
terre , dans la supposition où elle ne sera qu'à sa
distance moyenne, et ne restera par conséquent
qu'un seul moment au même endroit; par rapport
aux mouvemens combinés des deux planètes. Il
suit de là que , si une éclipse a lieu lorsque la
lune est à plus de sa distance moyenne de la
terre , le sommet de son ombre conique n'attein
dra pas la surface et se terminera dans l'espace en
·tre le soleil et la terre ; sa masse n'étant pas assez
considérable pour nous cacher tout le corps du
soleil ( même lorsque les centres de l'astre et de
ces deux planètes se trouvent sur une même ligne
droite), la lumière du soleil est laissée tout dll
tour de la lune en forme circulaire; c'est ce qu'on
I I•
' - - 248 AsTRoNoMIE ,
j - • - appelle une éclipse annulaire du soleil, du latin,
annulus , anneau.
Pendant une éclipse totale, lors même que la
: lune est la plus rapprochée de la terre et que le
- - soleil est à la plus grande distance de l'ombre
# - · de celle-ci, la lune ne comprend jamais un es
pace de la terre de plus de 6o lieues ; en consé
quence, l'éclipse n'est alors totale que pour les
- , -- habitans compris dans cet espaceseulement. Nous
, , avons dit qu'une éclipse totale ne pouvait jamais
| - durer plusle dediamètre de six
minutes et
quatre apparent secondes,
la lune,
l, | parceque lors
| | qu'elle est à sa plus petite distance, n'excède ce
, lui du soleil, lorsqu'il est le plus éloigné de nous,
que de 2 5" de degré, espace que la lune par
: - - court exactement en 4'6" de temps; on a déja
| | , • observé que son ombre traverse un espace de
| ſ 61o lieues par heure.
4 , On a calculé que le cône d'ombre de la terre
1 e est à peu près trois fois et demie plus long que
celui de la lune , ou d'environ 3oo,ooo lieues de
longueur ; mais comme l'atmosphère de la terre
| - en diminuel'intensité , et que le sommet du cône
' r t se trouve écarté par la propriété qu'a notre at
- - mosphère de réfracter les rayons solaires, il ré
| sulte que les bords de l'éclipse ne sont jamais
- bien tranchés ; ainsi, quoique l'ombre de la terre
- # - s'étende beaucoup au-delà de la lune , la partie
· · la plus obscure n'y arrive pas, et elle ne se trouve
' - - º pas entièrement invisible pendant une éclipse to
tale; elle a alors une couleur terne et cuivreuse.
que l'on attribue à la réfrangibilité plus grande
des rayons bleus que des rayons rouges ; les pre
miers de ces rayons sont courbés et retenus par
LEçoNxII. - 249
l'atmosphère derrière la terre, tandis que les se--
conds poursuivent leur route dans l'espace, où
la lune, venant à passer , participe de leur cou
leur. - -

Quoique la lune soit incomparablement plus


petite que le soleil, cependant par une circon
stance remarquable, relativement à sa proximité,
son diamètre apparent ne diffère que peu de celui
du soleil; il arrive même, par suite des variations
des distances, qu'ils se surpassent occasionelle
ment l'un l'autre. Que l'on imagine le soleil et la
lune dans la même ligne droite avec l'œil de l'ob
servateur , celui-ci verra le soleil éclipsé; et si le
diamètre apparent de la lune surpasse celui du so
leil, l'éclipse sera totale ; mais s'il est moindre, on
observera alors un anneau lumineux formé par
cette partie du soleil qui s'étend de toutes parts
au-delà du disque de la lune ; l'éclipse est donc
annulaire. Si la lune ne se trouve pas sur la ligne
droite qui passe de l'œil de l'observateur au cen-,
tre du soleil , la lune ne cache alors qu'une par
tie du disque solaire et ne forme qu'une éclipse
artielle. Ainsi, la différence des distances du so
leil et de la lune au centre de la terre, et la proxi
mité des nœuds, doivent produire une grande va
riété dans les circonstances de l'éclipse solaire ;
ajoutez l'élévation de la lune au-dessus de l'hori
zon, élévation qui change l'angle de son diamètre
apparent, et qui, par l'effet de la parallaxe de la
lurie , peut augmenter ou diminuer les distances
apparentes du soleil et de la lune , de telle ma
nière que de deux observateurs, l'un ne verra pas
I'éclipse tandis qu'elle sera parfaitement belle
pour l'autre; il n'en est pas ainsi des éclipses de
25o ASTRoNoMIE,

lune, qui sont les mêmes pour tousles endroits de


la terre. -

Souvent on voit l'ombre d'un nuage; rapide


ment transporté par les vents, passer sur les mon
tagnes et les vallées, cachant aux spectateurs la
lumière du soleil, visible pour d'autresspectateurs
placés en d'autres lieux ; ce phénomène est l'i-
mage exacte d'une éclipse totale de soleil. Lapro
digieuse rapidité du centre de l'ombre est égale au
mouvement de la lune, qui est à peu près detrente
minutes et demie par heure; quoique néanmoins
elle soit souvent plus ou moins grande, il en ré
sulte que l'espace parcouru par # centre de l'om
bre, en une heure de temps, est à peu près de
trenteminutes et demie de degrésde i§
Comme le demi-diamètre de cette orbite contient à
peu près soixante demi-diamètres à la terre, une
minute de l'orbite de la lune est égale, par consé
quent, à soixante sur un grand cercle § la terre,
ou égale à un degré; donc trente minutes et de
mie sont à peu près l'équivalent de 7o7 lieues que
l'ombre parcourt en une heure. -

Quoique ce soit là la rapidité de l'ombre sur le


disque, cependant, lorsque l'ombre se retire d'un
endroit donné de la surface terrestre , elle est
moins rapide; la raison en est que, tandis que
l'ombre se meut de l'occident à l'orient, tous les
lieux de la terre sont emportés dans le même sens,
par la rotation diurne ; ainsi, une nuit complète,
qui dans les circonstances heureuses , peut du
rer près de cinq minutes, accompagne d'ordinaire
ces éclipses ; la disparition subite du soleil et
l'obscurité instantanée qui succède à ce phéno
mène, remplit les animaux de terreur ; les étoi
LEçoN xII 251
les qui avaient été effacées par la lumière du
jour , se montrent dans tout leur éclat , et les
cieux ont d'ailleurs toute la ressemblance de la
nuit la plus profonde.Autour du disque dela lune,
on aperçoit une couronne d'une lumière qui est
due à l'atmosphère du soleil ; car son étendue ne
peut pas la faire attribuer à celle de la lune, qui,
d'après les observations faites sur les éclipses du
soleil et des étoiles , est presque insensible.
Bouguer a trouvé, par l'expérience, que la lu
mière, de la pleine lune est à peu près trois cent
mille fois plus faible que celle du soleil ; c'est la
raison qui fait que tous ses rayons, rassemblés au
foyer de nos plus grands miroirs, ne produisent
pas l'effet sensible sur le thermomètre.
La lune, comme il est dit ci-dessus, ne disparaît
pas entièrement dans ses éclipses, mais elle est en
core suffisamment éclairée par une lumière pâle
que lui procurent les rayons solaires déviés par
notre atmosphère; et, sans la propriété de l'atmo
• sphère terrestre d'absorber presque complètement
ces rayons , il est probable que le disque lunaire
en serait assez éclairé pour rendre l'effet de l'é-
· clipse nul à nos † Il est évident aussi que cette
lumière serait plus considérable dans l'éclipse apo
gée que périgée; les vapeurs et les nuages peuvent
l'affaiblir au point de rendre la lune invisible dans
ces éclipses , et l'histoire de l'astronomie cite plu
sieurs cas où elle était entièrement insensible à la
VllC,
252 AsTRoNoMIE,

$eçon trciiièmc.
bEs sATELLITEs oU LUNEs, ET DEs oRBITEs
ELLIPTIQUEs DEs PLANÈTEs.
–->->--

Oh ! quel sublime cantique


Que ce concert magnifique
De tous les célestes corps !
Quelle grandeur infinie !
Quelle divine harmonie
Résulte de leurs accords !
J.-B. RoUssEAU.

En dirigeant le télescope vers Jupiter, on voit


cette planète accompagnée de quatre petites étoi
les, rangées à peu près dans une ligne droite, pa
rallèle au plan de ses bandes. Ces petites étoiles
sont les lunes ou satellites de Jupiter, qui tour
nent autour de lui dans des temps différens et à
des distances inégales. - -

Cette découverte, due à Galilée, peut être con


sidérée comme la première que l'invention du té
lescope ait fait faire. Ces satellites ne sont jamais
visibles à l'œil nu, mais ils peuvent aisément se
distinguer avec un télescope d'une force moyen
ne. Leur situation relative, à l'égard de Jupiter et
entre eux-mêmes, change constamment ; quel
-
- .

LEçoN xIII. 253


quefois ils paraissent à l'un des côtés de son dis
que, quelquefois vers l'autre bord ; mais plus
communément quelques uns se trouvent d'un
côté, et les autres du côté opposé; par exemple,
le 2o décembre 1822, à huit heures du soir, la si
, tuation des satellites était ainsi :

Le 2o : 4. 3, 02 . I.

Le 2 1 : 4. 2 1. o 3.
Le 22 : 4. o 2. I. 3.
Le 23 : 4. I. O 2. 3.

Leur rang est déterminé par l'étendue de leurs


oscillations, c'est à dire par les distances dont ils
s'éloignent de Jupiter, à droite et à gauche ; le
remier est celui dont la plus grande élongation
de Jupiter est la moindre de toutes. Si on observe
un des satellites pendant une oscillation, on trou
ve que, lorsqu'il est parvenu à sa plus grande dis
tance de Jupiter, à l'est, il retourne graduellement
vers la planète et passe au-dessus ou au-dessous
d'elle ; quelquefois, traversant son disque et sem
blable alors à une tache brune, il se retire par de
grés vers la droite, et, après avoir atteint la plus
grande élongation vers le bord occidental, il s'ap
proche de nouveau; ayant passé derrière la pla
nète, il se meut vers la gauche et se trouve de
· nouveau à sa plus grande élongation orientale. Il
résulte de leurs mouvemens d'occident en orient,
que les satellites disparaissent quelquefois, lors
qu'ils arrivent à une certaine distance du disque
de la planète; on a même observé que les troi
sième et quatrième satellites reparaissaient vers
-

254 . · AsTRoNoMIE,
le même côté du disque.Cette circonstance très sin
gulière est nécessairement occasionée par le pas
sage de ces satellites dans l'ombre de Jupiter, et
se trouve en effet analogue à une éclipse de notre
lune ; la preuve en est que l'on peut remarquer
que le satellite éclipsé, disparaît toujours vers
le côté de Jupiter qui est opposé au soleil, c'est
à dire dans la ligne de son ombre.
On remarque également que le satellite est
éclipsé le p'us près du disque, lorsque la planète
est le plus près de son opposition, et que la du
rée de cette éclipse correspond exactement au
temps nécessaire pour le passage du satellite
à travers l'ombre.
L'étensiue de leurs orbites respectives se déter
mine en mesu1ant leur distance de Jupiter au mo
ment de leur plus grande élongation , et la pé
riode de leurs révolutions synodiques, en obser
vant le temps qui s'écoule entre deux immersions
consécutives dans l'ombre. La forme de leurs or
bites, spécialement celle du premier, du second
et du troisième, est à peu près circulaire, et la ra
pidité de leurs mouvemens, presque uniforme.
Le premier satellite, celui qui est le plus rap
roché, achève la révolution moyennesidérale en
1 j. 18 h. 28', 599, à la distance de 96, 155 lieues
du centre de Jupiter. ,
Le second fait la même révolution en 3 j. 13 h.
17',895, à la distance moyenne de 153,o87 lieues.
Le troisième, en 7 jours 3 h. 59', 597, à la dis
tance moyenne de 244, 1 12 lieues.
Le quatrième , en 16 j. 18 h. 5', 1 17, à la dis
tance moyenne de 429,3o7 lieues.
LEçoN xIII. 255
Les satellites paraissent êtres de grandeurs dif *

férentes, autant que l'œil peut en juger; mais


l'angle qu'ils mesurent est trop petit pour qu'on
puisse l'apprécier. On a cherché à vaincre cette
difficulté en marquant le temps que chaque sa
tellite emploie pour entrer dans l'ombre ; mais
comme dans ces sortes d'observations, presque
tout dépend de la force du télescope, de la vue de :
l'observateur, de l'état de l'atmosphère et de la
hauteur des satellites au-dessus de l'horizon , il
n'est nullement étonnant que les computations des
différens observateurs, varient considérablement
entre elles.
En conséquence de l'observation des change
mens périodiques de l'intensité de leur lumière, le
docteur Herschel conclut qu'ils tournent autour
de leurs axes, et que la période de leur rotation
est égale au temps de leur révolution autour de
Jupiter ; mouvement entièrement semblable à ce
lui de la lune autour de la terre. -

Si dans deux endroits différens de la terre, on


observe les temps du commencement de l'éclipse
d'un des satellites de Jupiter, la différence, con
vertie en degrés, minutes et secondes de l'équa
· teur, indique la différence en longitude des lieux
des observations; il en résulte, qu'avec des éphé
mérides où les mouvemens et les éclipses des sa
tellites de Jupiter sont calculés avec soin, pour un
méridien quelconque , comme on a fait dans la
Connaissance des temps, publiée tous les ans par.
le bureau des longitudes, il ne sera plus néces .
saire que d'avoir une seule observation de l'éclipse
dans quelque lieu que ce soit, et de comparer le
,*
I I•
256 ASTRONOMIE,
temps où elle a lieu à celui où l'on doit l'observer
au méridien indiqué, pour en déduire la diffé
rence, que l'on réduit ensuite en degrés, qui don
nent la longitude.
Par les éclipses des satellites de Jupiter, on ob
tient la solution du problème le plus curieux de
la philosophie naturelle, celui qui consiste à sa
· voir si la lumière est instantanée ou progressive,
Roëmer observa le premier que les éclipses de ces
satellites arrivent quelquefois plus tôt, et souvent
plus tard, que les époques trouvées par le calcul
ne l'indiquaient; que le temps observé était
avancé ou retardé suivant que la terre était plus
près ou plus éloignée de Jupiter. Roëmer et Cas
sini conclurent de là, que cette circonstance dé
endait de la distance de Jupiter à la terre; qu'a-
† , la lumière était progressive et prenait à peu
près seize minutes et demie de temps, pour traver
ser l'orbite de la terre ; on a trouvé depuis, par
des expériences nombreuses, que lorsque notre
planète est exactement entre Jupiter etle soleil, on
voit ces satellites s'éclipser huit minutes et demie
plus tôt qu'ils ne devraient suivant les tables ;
mais lorsque la terre est à peu près vers le point
opposé de son orbite, l'éclipse a lieu huit minutes
et demie plus tard que la table ne l'a marquée.
Ainsi donc, il est certain que le mouvement de
la lumière n'est pas instantané, mais qu'elle prend
près de seize minutes et demie de temps pour tra
verser un espace égal au diamètre de l'orbite de
la terre, qui est au moins de 7o,oooooolieues; ce
qui ferait près de soixante-six mille lieues trois
quarts par seconde.
LEçoN xIII. 257
Lorsque les satellites se trouvent vers le côté
- droit, ou à l'ouest de Jupiter, tandis qu'ils se rap
prochent de son cort s, et lorsqu'ils sont à l'opposé
de cette situation, à l'est en s'éloignant de lui , on
dit alors qu'ils se trouvent dans les parties supé
rieures de leurs orbites; c'est à dire les plus éloi
gnés possible de la terre.Au contraire, lorsqu'ils
sont vers la droite, à l'occident de la planète, en
s'éloignant d'elle, ou bien à la gauche (côté orien
tal ) en se rapprochant, on dit que ces satellites
sont dans les parties inférieures de leurs orbites,
c'est à dire les plus rapprochées de la terre.
En comparant les distances des quatre satellites
de Jupiter avec la durée de leurs révolutions, on
observe entre ces quantités la même loi qui existe
entre les distances moyennes des planètes au so
leil et la durée de leurs révolutions, c'est à dire ,
que les carrés des temps des révolutions sidérales
des satellites, sont en proportion avec les cubes de
leurs distances moyennes de Jupiter; ce qui s'ac
eorde avec la théorie du mouvement. -

Leurs mouvemens moyens sont tels, que celui


du premier satellite, plus deux fois celui du tro
sième, est à peu près égal à trois fois le mouve
ment moyen du second. La même proportion existe
entre les mouvemens moyens synodiques, car ce
mouvement n'est autre chose que l'excès du mou
vement sidéral d'un satellite sur celui de Jupiter;
et si on substitue le mouvement synodique au
mouvement sidéral, le mouvement moyen de Ju
piter disparaîtra, et l'égalité restera la même.
Les longitudes moyennes, synodiques ou sidé
rales des trois premiers satellites, vus du centre
*
-

258 AsTRoNoMIE ,
de Jupiter, sont telles, que le mouvement du pre
mier satellite, moins trois fois celui du second et
plus deux fois celui du troisième, est à peu près
égal à la demi-circonférence. Cette égalité est si
rapprochée, que l'on est tenté de la considérer
comme rigoureuse, et de rejeter comme une er
reur résultant de l'observation, la très petite diffé
rence qui s'y trouve. On peut au moins être assuré
que cette égalité sera la même pendant une lon
gue suite de siècles, et que peut-être jamais les
trois premiers satellites de Jupiter ne seront éclip
sés en même temps.
Le tableau suivant offre les principaux élémens
des mouvemens de ces satellites. -

,
-

E- E- E- -

| ! TEMPS DURÉE INCLIN.


DISTANCEA2Z MASSES.

des révolutions |des éclip . des orbites

1er sat. 5,69849 | 1j. 18h. 28'599|1h 15'44"| o,oooo173281


2c 9,o66548| 5. 13. 17,895|2.52. o6 | o,oooo252355

14,46895| 7. 5. 59,597|5.55.4c | o,oooo88497


25,4595oo|16. 18. 5,117|4.44. 5o | o, oooo426591

L'unité de longueur est le demi-diamètre de


Jupiter, l'unité des masses et la masse de cette
planète; les satellites de Jupiter ont un mouve
ment beaucoup plus rapide que la lune; les con
LEçoN xIIr. 25g
jonctions et les intervalles des immersions ou des
émersions sont de même durée que la révolution,
Des satellites de Saturne. .
A

Indépendamment de son anneau, Saturne se


trouve suivi de sept lunes ou satellites, qui se
meuvent autour de lui à des distances différentes,
comme celles de Jupiter.
Le plan dans lequel ils se meuvent est tellement
incliné sur celui de l'orbite de la planète, que
souvent ils nous paraissent passer à travers ou
derrière Saturne, de sorte que leurs éclipses ne
sont pas aussi fréquentes que dans les satellites de
Jupiter. Les satellites de Saturne sont si petits,
relativement à leur immense distance de la terre,
qu'on ne les voit que difficilement, même avec un
bon télescope, à moins que l'atmosphère ne soit
extrêmement pure.
Des sept satellites de Saturne, le quatrième fut
découvert par Huyghens en 1655; Cassini en dé
couvrit quatre, savoir : le premier, le second, le
troisième et le cinquième, entre les années 1671
et 1684. Les sixième et septième furent décou
verts par Herschel en 1789 : ces nombres, à l'ex
ception du quatrième, marquent l'ordre de leurs
découvertes, et non, comme pour ceux de Jupiter,
la proximité de leurs orbites du corps de leur pla
nète. Quand on les range dans l'ordre de leur dis
tance de Saturne, on commence par le sixième, le
remier, le second, le troisième, le quatrième et
# cinquième; lesquels nombres, pris dans un
ordre inverse, indiquent l'ordre de leur éclat ,

- ---- -
- - _-------- --
-

2 OO AsTRoNoMIE,

à l'exception du cinquième, qui n'est jamais aussi


brillant que le quatrième; leurs orbites sont à peu
près circulaires. Les six satellites intérieurs se
meuvent presque dansle plan de l'anneau; le cin
quième approche davantage du plan de l'éclipti
que. Ce dernier satellite a én outre quelquechose
de très particulier dans son apparence : lorsqu'il
se trouve vers la droite de Saturne, ou près de sa
plus grande élongation occidentale, il est d'un
· éclat très remarquable, qui † tous les au
tres, excepté le quatrième; mais lorsqu'il se trouve
dans une position diamétralement opposée , cet
éclat diminue et il disparaît entièrement, lors de
sa plus grande élongation orientale. Cette appa
rence n'est pas occasionelle ; elle a toujours lieu
pour le même satellite et dans la même position ;
on en conclut que, semblable à la lune, il tourne
sur un axe dans une période de temps égale à celle
de la révolution autour de Saturne.
Le premier, ou celui qui est le plus rapproché
du corps de la planète , opère sa révolution
moyenne sidérale en 22 h. 371 23", à la distance
de 39,878 lieues du centre de Saturne.
Le second, en 1 j. 8 h. 53'9", à la distance de
51, 165 lieues. -

Le troisième , en 1 j. 21 h 18'26" , à la dis


tance de 63,344 lieues.
Le quatrième, en 2 j. 17 h.44 51", à la dis
tance de 81, 14o lieues.
Le cinquième, en 4j. 12 h. 25 1 1", à la dis
tance de 1 13,335 lieues. -

Le sixième , en 15 j. 22 h. 41 14", à la dis


tance de 262,o86 lieues.

-
-- - _ - --
----
-
--
LEçoN xIII. 26 r

Le septième en 79 j. 7 h. 54'37", à la distance


de 765,513 lieues.
Des satellites d'Herschel ou Uranus.

Cette planète est suivie de six satellites, qui fu


rent tous découverts par Herschel; les second et
quatrième en janvier 1787 , et les quatre autres
en 179o et 1794. Toutes leurs orbites se trouvent
presque dans le même plan, mais leur position
nous est encore inconnue; car, au lieu de faire
leurs révolutions dans l'ordre successif des signes
comme les autres planètes et leurs satellites, c'est
à dire dans des plans inclinés seulement d'un pe
tit nombre de degrés sur l'écliptique, il se meu- .
vent dans des orbites qui lui sont à peu près per
pendiculaires. Les distances et les temps périodi
ques du second et du quatrième ont été détermi
nés avec soin ; les autres ont été calculés d'après
les lois de Képler. 4

Comme le plan dans lequel les satellites se meu


vent doit passer, deux fois l'an , par le centre du
soleil , il peut y avoir des éclipses; mais on ne
peut, dans tous les cas , les voir que lorsque Hers
chel se trouve près de son opposition. Les éclip
ses des satellites de cette planète ont été visibles
en 1799, et, suivant Herschel, elles le seront de
nouveau en 1828, lorsque les satellites paraîtront
monter à travers l'ombre de la planète, dans une
direction à peu près perpendiculaire à l'écliptique.
Le premier de ces satellites achève sa révolu
tion sidérale en 5 ' 2 1" 25r 21" , à la distance
moyenne du corps d'Herschel de 74.718 lieues,
· 262 AsTRoNoMIE,
Le second , en 8 16" 57 47", à la distance de
96,94o lieues.
Le troisième, en 1o 23" 3 59" , à la distance
de 1 13,o17 lieues.
Le quatrième , en 13 1oº 56 3oº , à la dis
, tance de 129,572 lieues.
Le cinquième , en 38' 1h 48 , à la distance de
259,162 lieues.
Le sixième, en 1o7º 16" 39 56", à la distance
de 518,254 lieues.
Des orbites elliptiques des planètes.
| Depuis que Képler a déterminé, d'après l'ana
· lyse des observations de Ticho sur Mars, que les
planètes se meuvent dans des orbites elliptiques,
et décrivent des aires égales dans des temps égaux,
les philosophes ont cherché à rendre raison d'une
irrégularité incompatible avec les lois de la méca
nique, qui, toutes conditions égales d'ailleurs,
requièrent des mouvemens circulaires.
Dans ses recherches sur les propriétés géomé
triques de l'ellipse, Newton découvrit que les es
· paces compris entre le rayon vecteur (ligne tirée
d'un des foyers à la périphérie de l'ellipse) et la
tangente de la courbe, sont égaux dans des temps
égaux ; il en résulte que les forces produisant ces
aires égales, sont représentées par le rayon vec
teur et la tangente. Il trouva que le premier cor
respondait à la raison double et inverse de ses
longueurs, dont il attribua la variation à une
force attractive supposée dans la même raison ;
il trouva que la seconde, qui ne correspond avec
aucune force dans la nature , doit être attribuée

- -

- -
- - -

-- -
LEçoN xIII. 263
à une impulsion première donnée par la Divinité,
lors de la création. - -

Ces idées poétiques réunissent aussi le sublime


de la théologie ; mais on doit considérer que, bien
que les résultats des puissances successives dans
la nature puissent être représentées par des sym
boles géométriques pour aider au calcul , cepen
dant ces symboles ne doivent , sous aucun rap
ort, être considérés comme des représentations
réelles du pouvoir de la nature. Ils sont mathé
matiques et non physiques , et Newton parlait
du cercle , lorsqu'il adopta les deux lignes géné
riques, c'est à dire la ligne droite engendrée par
un mouvement rectiligne, et la courbe qui re
connaît un centre ; il renvoyait ensuite aux diffé
rentes propriétés nécessaires de la ligne droite et
de la courbe, considérées comme les grands agens
de la nature. -

Il faut entièrement abandonner ces symboles,


ainsi que les analogiesfausses qu'on pourrait en dé
duire, et considérer le sujet comme la raison et
l'expériencenousle montrent, tout en ayant égard
à la constante simplicité de la nature et aux causes
secondaires, mais mécaniques, qui produisent les
phénomènes de la nature. |
Quelle que soit la nature de la force que le so
leil fait agir sur les différentes planètes, il est évi
dent que cette force leur est commune à toutes,
et par conséquent égale pour toutes dans tous les
temps.
Si, dans un temps donné, cette force devenait
inégale pourune planète particulière, comme dans
la supposition oùles autres planètesse trouveraient
d'un côté du soleil, et que l'on imaginât l'action
264 AsTRoNoMIE,
solaire inégale alors pour cetteplanèteisolée, cette
inégalité accidentelle ne produirait pas des orbites
elliptiques régulières, ni des progressions réguliè
res de la ligne des apsides.
- Il est encore chimérique de placer le soleil dans
les foyers de l'ellipse d'une planète particulière,
afin d'en varier les forces; car, dans ce cas, laligne
des apsides de toutes les planètes coïnciderait, ce
qui n'a nullement lieu ; il est également absurde
de vouloir que le soleil ( la force commune) soit
dans plusiers foyers à la fois, pour produire des
effets opposés.
Il est reconnu qu'une force commune , fixée
, dans une partie de l'espace ; ne saurait produire
une inégalité régulière dans les distances de plu
sieurs planètes , ni même dans une seule, ni les
directions différentes de la ligne des apsides, dans
chacune isolément. Cette supposition entièrement
fausse, ne peut donc servir † prouver que les
faits si simples de la nature l'emportent sur les
systèmes arbitraires des philosophes.
Il faut néanmoins reconnaître que les planètes
décrivent des orbites elliptiques; que le soleil se
trouve dans l'un des foyers de chacune d'elles ;
que les aires qu'elles décrivent dans des temps
égaux sont égales, et qu'il y a une balance telle
dans les forces de la nature, qu'elle est capable de
rendre la forme des orbites dépendante de ces
mêmes forces. Cette grande vérité a dû céder à la
théorie vulgaire de l'attraction solaire, de la force
† des planètes, du vide de l'espace et de
a position nécessaire du soleil dans un des foyers
de l'ellipse; théorie qui n'a de réalité que dans
l'imagination humaine.

- --- ------ --- ------- - ---


LEçoN xIII. 265
Cependant on peut avancer, comme une propo
sition universelle, que chaque irrégularité uni
forme des corps isolés, mus avec tout un système
de corps, par une force commune et centrale, ou
mus de quelque manière que ce soit, par une im
pulsion commune ou une percussion, doit prove
nir soit de sa densité différente, de sa forme, de
sa structure , ou des variations dans ses parties
· propres. C'est ainsi que la roue centrale d'une
machine peut produire des effets variés par la
manière dont ses mouvemens sont terminés; ces
variétés dépendent de la structure de la roue prin
cipale ; elle prodûit des résultats locaux différens,
en conséquence de la variation locale dans les
parties de sa construction ; et rien ne peut être
† certain, à moins que chaque variation dans
s résultats ne soit un effet de celle des parties
contiguës, quoique l'origine communede la force
dépende néanmoins de la roue centrale.
· Quel est donc l'arrangement particulier dans
chaque planète, qui la force à décrire une orbite
| elliptique régulière, et qui lui donne un mouve
ment progressif régulier dans la ligne des ap
sides ? -

Il est reconnu qu'un système d'action et de


réaction se trouve établi dans tous les corps de
l'univers. Que le pouvoir agissant soit l'attraction
ou bien que ce soit le mouvement transmis d'un
corps vers un autre ; la loi d'une action et d'une
réaction se trouve universellement, je dirai même
justement admise. Ainsi il est reconnu que les
corps s'attirent mutuellement en proportion de
leurs masses et en proportion inverse du carré de
leurs distances. -

•.

----------- =r -
266 - AsTRoNoMIE,
Il est donc évident, que, comme l'action uni
forme du soleil semble produire dans les planètes
parties varient de
· des orbites dont les différentes
distance, cette différence ou variation doit exister
dans les réactions des corps qui éprouvent ces ac
tions uniformes; car si la réaction est différente,
l'effet des mouvemens d'intensité et de direction
variera en proportion. Il s'ensuit que dans les
réactions variées des différentes planètes, on doit
trouver la vraie cause mécanique de leurs orbites
elliptiques. Les longueurs relatives des leviers,
dans les systèmes de l'équilibre, sont générale
ment en raison inverse des réactions des corps.
Dans ce cas-ci, les leviers sont les parties de l'es
pace qui sont entre les corps, et ces parties de l'es
ace varient en raison des réactions. La masse et
# vélocité du soleil sont cependant uniformes,
ainsi que la masse de la terre : la seule quantité
variable est donc dans la vélocité de cette planète,
d'où résulte la réaction variée, qui change la lon
gueur du levier gazeux de l'espace, dont la con
séquence est l'ellipticité de l'orbite terrestre.
Si, sans perdre de vue ce principe mécanique,
on suit encore la nature, on déterminera facile
ment la force variable qui convertit les orbites
circulaires en orbites elliptiques. Il n'y aurait de
difficulté que dans la supposition où, tous les
mêmes phénomènes existant, on vînt à trouver
· une planète consistant entièrement en une ma
tière fixe homogène; toutes les réactions seraient
uniformes si elles étaient mues par une force qui
le fût aussi, et il en résulterait nécessairement
une orbite circulaire. On sait que la terre n'est au
contraire ni fixe, ni homogène, et l'analogie qui
- LEçoN xIII. 267
existe entre elle et les autres planètes, nous per
met de porter le même jugement sur ces dernières.
La terre consiste pour la plus grande partie en
fluides, dont les mouvemens sont continuels. Les
eaux, relativement aux parties fixes, ont le pou
voir de céder aux forces extérieures et de s'arran
ger suivant leur volonté, en s'écoulant vers le côté
qui éprouve une action inégale, et dans ce pou
voir centrifuge varié, existe un moyen inégal et
une cause de réaction dans les planètes. On ne
doit pas non plus perdre entièrement de vue les
effets différens de fixation, provenant du froid,
sur les deux masses inégales d'eau qui se trouvent
aux deux pôles.
Mais si ces fluides mouvans étaient également
distribués sur une planète, les réactions variées
se balanceraient encore l'une l'autre; et quoique
la somme des réactions pût être plus grande que
si les planètes étaient des masses fixes, cependant
les résultats produiraient nne orbite à peu près
régulière.
La connaissance parfaite de la terre, prouve que
les fluides ne sont pas également distribués, et
u'il y a une prépondérance considérable dans
l'hémisphère austral. En examinant un globe ter
restre, on verra que vers le tropique du Cancer,
le soleil passe verticalement, dans sa révolution
diurne apparente, sur 2oo degrés de terre, et
vers le tropique du Capricorne, sur 9o degrés seu
lement. Il en résulte que la réaction de la terre est
nécessairement moindre au premier temps qu'au
dernier; aussi voit-on que, dans le premier temps,
la terre est dans son aphélie, tandis qu'elle occupe
son périhélie dans le dernier. -
268 AsTRoNoMIE ,
Lorsque le soleil est dans le Cancer, ses impul
sions mécaniques se dirigent vers les masses fixes
de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, et les
oscillations de l'océan méridional, se trouvant le
plus loin possible de la direction perpendiculaire
de l'action de cet astre, leur réaction totale con
tre l'hémisphère nord en est considérablement
diminuée, et elles emportent progressivement la
terre dans son aphélie.
Lorsque au contraire, le soleil parcourt le tro
pique du Capricorne et qu'il se trouve vertical
sur ces grandes étendues de mers, les oscillations
de celles-ci, s'opposant aux impulsions solaires,
réagissent avec une force beaucoup plus grande
contre les masses fixes de l'autre hémisphère, et,
en augmentant ainsi la vélocité terrestre, elles
raccourcissent le levier (ou diminuent la distance)
en emportant progressivement la terre dans son
périhélie.
La fixation et la fluidité alternatives des mers,
provenant du froid et du chaud successifs, doi
vent aussi être considérées pour quelque chose
dans ce sujet, par rapport à l'étendue inégale des
mers australe et boréale. • •

Ainsi donc, des orbites elliptiques semblables


peuvent être produites, dans toutes les planètes,
par des causes semblables.
L'exemple de la lune, qui est supposée n'avoir
point de fluides, ne serait pas une preuve du
contraire; car la terre les ayant, son orbite varie
rait en raison de réactions différentes de sa planète
primaire. | -

Si on objecte que cette explication n'offre qu'une


cause vague, qui ne saurait jamais être le sujet
LEçoN xIII. 269
d'une représentation symbolique ou d'une déter
mination mathématique, on peut répondre que
les résultats seuls sont les objets de nos recher
ches; qu'ils sont décidés et clairs, quoique les dé
tails de la cause de leur production soient très
multipliés. La réaction est toujours équivalente à
la force de projection, et peut être adoptée pour
elle dans chaque partie de son orbite, tandis que
la force solaire agissant au travers du medium
de l'espace qui en sépare la planète, se trouve ma
thématiquement analogue, dans ses effets, à la
force attractive. La philosophie en est différente,
mais les démonstrations et les principes mathéma
tiques restent à peu près les mêmes.
On a prétendu que la force solaire se faisant
sentir en impulsions circulaires, devait éloigner la
terre et les planètes, suivant les tangentes; ceci
est en partie faux et en partie vrai; l'argument est
faux, si on en conclut qu'une impulsion solaire,
transmise à une atmosphère planétaire, serait ca
pable d'éloigner cette planète à une distance quel- .
conque. La position de la question est en même
temps vraie dans un sens qualifié, et les phéno
mènes y correspondent.Le soleil tend à faire mou
voir les planètes suivant des tangentes, puisque la
courbe n'est autre chose qu'un composé d'un
nombre infini de petites tangentes. Si deux courbes
concentriques étaient sous-divisées par des rayons,
en un nombre égal des tangentes(ou d'impulsions,
comme dans ce cas-ci), les tangentes de chacune
seraient, à celles de l'autre, comme les rayons.
Si l'on supposait donc que le soleil se mût dans
son orbite, selon les tangentes infiniment petites
(d'un pouce par exemple), il ferait probablement
27o AsTRoNoMIE ,
mouvoir la terre, selon un million de tangentes
d'un pouce. Pour chaque corde ou tangentesuc
cessive d'un pouce que le soleil décrirait dansson
orbite, la terre en décrirait des millions, qui pro
duiraient nécessairement de la différence dans la
grandeur et la courbe de son orbite. La terre
pousse de même la lune, dans une plus grande
orbite, autour de leur centre commun, et, pour
chaque pouce de son mouvement , elle force la
lune à † 64 pouces d'une espèce de tan
gente, dont la somme des espaces compris forme
leurs orbites mutuelles ; mais ni la terre, relative
ment ausoleil, ni la lune par rapport à la terre, ne
sont éloignéesà des distances extraordinaires; car
l'impulsion communiquée est constamment répri
mée par l'attraction.
· Il y a une difficulté relativement à la progres
sion de la ligne des apsides, qui mérite une con
sidération particulière. Comment l'action locale
des eaux peut-elle produire un effet progressifsur
notre globe ? On voit qu'elles empiètent constam
ment sur les terres , et que les océans méridio
naux élargissent continuellement leurs lits du côté
du nord. Les mers, gagnant successivement au
nord et au sud , suivant le côté vers lequel les
agens agissent, deviennent elles-mêmes les causes
du dérangement de l'équilibre des forces qui les
Ont nl1SeS en IIlOLlVeIIleIlt.
La même différence entre la réaction des hémi
sphères nord et sud de la terre, est sans doute la
cause de l'inclinaison des plans del'écliptique et de
l'équateur. La force centrifuge des eaux méridio
nales, agit contre celle qui voudrait établir le même
plan entre le mouvement orbiculaire et celui de
- LEçoN xIII. " • 271 s
rotation : de là résulte que la position actuelleda
l'axe de la terre n'est due qu'au balancement des
forces qui agissent sur toute la masse. .
Si, dans la recherche de la vérité, on vient à :
lire les diagrammes de Newton, et que l'on tra
duise ses deux forces hypothétiques en impulsion
solaire et en réaction terrestre, on trouvera que,
quelque dissemblance qu'il y ait entre la nature et
la géométrie, elles coïncident néamoins parfaite
ment , lorsqu'on est capable de les comprendre.
Elles se trouvent complètement unies par ce sys
tème , et il faut espérer que l'on ne tentera pas de
les séparer. · · · ·
Voici comment Newton s'y prit pour expliquer ;
ces phénomènes ; il eut recours 1° à une force
mystérieuse, tendant vers un éentre sui generis, º
2° à une autre force, dont la direction n'est jamais .
fixe, et qui est cependant convenable pour con
tre-balancer la première ; 3° à une orbite ellip- .
tique virtuelle, projetée dans l'espace, et dont le
soleil se trouvait soigneusement placé dans un des
foyers, pour qu'elle pût toujours être décrite par
les rayons vecteurs et latangente, avec des airesº
égales dans des temps égaux; 4° il fallait que l'or
bite fût placée dans le vide et très étendue, pour º * - •

que la force projectile n'en fût pas diminuée. , ." r: ; '


• • -- A. 4º -- : - •.
' , t, , : , ii ,º , • • :

#2»
272 - AsTRoNoMIE,

PLANÈrEs

Dist. au G)

Diamètre.
T

volumes. I/2 | 9 1o | 1/5 | | 1,5 1/11 | 128o9 | 9748 813

• • | | | TT

vitesses 22 | 16 | 14 | 1/2 11 8 6 4 3

Révol. sid. | 88 |*25j | 1 an|27j /5| 2 ans | 4 ans | 12 ans |29 ans |84 ans

Révol.syn | 16jj58ij | |29j 1ra | 78oj | 48oj » |º 57oj

Les nombres de ce tableau sont dans le rapport ap


proché des grandeurs auxquelles elles sont relatives c'est
ainsi que les distances de Mars et Jupiter au soleil sont
entre elles : : 35: 12o(à peu près : e1 : 3); que le diamè
tre de Mercure à celui de Mars est : : 8 : 12, ou : : 2 : 3 ;
que la vîtesse de translation de Vénus est quatre fois celle
· de Saturne, etc., etc.Pour réduire en lieues les distances
au soleil, il faut prendre pour unité un million et demi;
ainsi, en prenant vingt-trois fois cette unité, on aura la
distance de la terreau soleil.Dans la ligne des diamètres,
l'unité est de 13o lieues; dans celle des vftesses, par mi
nute, l'unité est de 3o lieues, de 228o toises.
-- - -

· · SATELLITEs
OU
SECONDAIRES,
|DEs
PLANÉTES

TERRE.
LA
DE
SATELLITE
LUNE,
DE JUPITER.
DE
SATELLITES
DES

- - -^- -
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TERRE.
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DE JUPITER
DE JUPITER.
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| · LIEUES

| COII1II1I1I16S-
COmmunes.

85,923 49"
8'
6° 43'5"
7h.
27j. 96,155 18h28',599
1j
|153,o87 6"
4 313
17,895
lieues.
781
de
est
réel
diamètre
Le
apparent=31'444
diamètre
Le 12
244,1 68
1"
5° 7359,597
12h.44m.
3s.
29j.
en
axe
son
sur
faitsarotation
Elle 429,3o7 15
33
24 5,117
18
16
estincliné
lcetaxe
88°29'49".
de
l'éclipt.
de
plan
au #.
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-
sATELLITE
oU
sECONDAIR
DEs s ,,
PLANÈTEs, Es,
| #.
| -

| DE
sATURNE.
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DEs D'HERSCHEL.
SATELLITES
DES
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-
-
| INArsox
|ITEMPS
|ITEMIPS.
DISTANCE
LEUR
NNCLINAISON
DIsTANCE
LEUR
révol.
leurs
orbiteslde
de
révol.
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moyenne
moyenne
celle
sur
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-
-
| sATURN'HERscHEL.
E'HERsCHEL.
|DsATURNE.
|DPºººººEL
sATURNE
DE
- -

|
|| lieues.
lieues.
I!3oº
39,878
|21s
3 5j21h25n
7184,7
I37m
|
23s
oj22h
-> |
º,|II
o9|1896,94o
85|157
IId. -I3651,165
| |23
351# 11I26
2r1
| 9,o17
rId.
|I63,344 II
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, Dieu dit, et du chaos les gouffres disparurent;,


, La matière, l'espace et le temps accoururent. .
| Autour de lui flottans, les mondes et les cieux,
, N'attendaient pour marcher qu'un signe de ses yeux.
· Il sortit de lui même, et sa main sûre et libre !
Au sein des mouvemens balança l'équilibre, ' -

· Vers un centre commun fit peser tous les corps,


Des élémens rivaux assembla les accords, -

'Alluma les soleils, suspendit les planètes, , , •:,


• Et crayonna leur route aux rapides comètes. ,
· · · · · · - | LEBRUN. 1 .
» * ; • - º}: |> . # | | | : ' , , ,

L'espace univensel, autant que les meilleurs té


lescopes § pénétrer, semble rempli de
groupes d'étoiles fixes, ou n'ayant qu'un mouve
ment relatif très , petit. Leurs distances sont si
·grandes, qu'il paraît impossible qu'elles puissent
luire par la lumière de notre soleil. Leur lumière
leur est propre, ou bien ce sont autant de soleils .
qui éclairent des planètes et des satellites, comme
notre soleil en éclaire dans notre système. Hers
chel et d'autres astronomes, ont découvert que ces
· étoilesinnombrables existent en groupesimmenses,
contenant des milliers d'étoiles chacun, et qui,
malgré leur étendue, sont cependant si petits par
rapport à leur distance, qu'ils forment à peine un

• • • • » • • •- -------
276 AsTRoNoMIE,
point visible avec les meilleurs instrumens. C'est
dans ces régions élevées que l'Eternel a manifesté
une puissance qui doit frapper l'homme le plus
insensible, et remplir son esprit d'admiration et
d'étonnement. La contemplation des grandeurs et
des distances des étoiles fixes absorbe l'intelligence :
la nature sans bornes, etl'immensité des œuvres de
la création, surpassent toutes les facultés humaines,
et nous forcent de nous écrier, avec le Psalmiste :
Qu'est-ce que l'homme, pour mériter que vous
vous souveniez de lui ou le fils de l'homme, pour
être digne que vous le visitiez ?
On distingue les étoiles fixes d'avec les autres
planètes, en ce qu'elles sont pluslumineuses, plus
brillantes, et possèdent un mouvement continuel
qu'on appelle scintillation,attribuéàl'interposition
des corps étrangers qui flottent toujours en grand
nombre dans l'atmosphère, et qui nous privent de -

la vue de l'étoile pendant leur passage : comme le


corps interposé § bientôt de §.
, il laisse
l'étoile de nouveau à découvert , c'est à cette suc
cession perpétuelle que l'on attribue la scintilla
tion. Cependant on peut encore l'attribuer à de
· très courtes cessations du mouvement ondulatoire
des eouches atmosphériques , qui se répètent ra
pidement
grandes. et suivant des densités plus ou' •moins
# . • * . .
Si l'on considère qu'à l'horizon la scintillation
est la plus grande et qu'elle est presque nulle au
zénith, on sera porté à admettre cette dernière
hypothèse , qui repose sur le système des inter
férences des couches atmosphériques.
Une des propriétés les plus remarquables des
étoiles fixes, c'est qu'elles ne changent jamais de
LEçoN xIv. 277
situation respective, ainsi que font les planètes ;
car, quoique la révolution de la terre sur son axe
occasionne le mouvement diurne apparent de tout
le firmament, lorsqu'on observe deux étoiles fixes
à des intervalles de temps considérables, on les
trouve toujours dans la même position relative ,
pendant toute cette révolution.
On ne doit pas croire que les étoiles soient pla
cées dans une surface concave ; et que leur dis
tance de la terre soit uniformément la même ,
mais bien qu'elles sont dispersées dans l'espace
indéfini, de manière à ce que la distance de deux
d'entre elles soit aussi grande que celle qui existe
entre une de ces étoiles et notre soleil ; il s'ensuit
que si l'on se trouvait placé près d'une de ces
étoiles fixes, on regarderait celle-là seule comme
le vrai soleil, et les autres comme des points bril
lans placés à des distances infinies dans le firma
IIl6nt.

Les étoiles les plus grandes, celles qui sont le


plus près denous, sont appelées étoiles de 1"gran
deur; on en compte de six grandeurs différentes,
qui comprennent toutes les étoiles visibles sans le
secours du télescope. Pendant une nuit sereine de
l'hiver, lorsque la lune se trouve sous l'horizon, le
firmament paraît semé d'une quantitéinnombrable
d'étoiles; cependant le nombre qu'on en peut voir,
à la fois à l'œil nu, ne s'élève pas au-delà de mille.
Depuis l'invention du télescope, il est vrai que le
nombre des étoiles a été considéré comme im
mense : plus un instrument est parfait plus on
en découvre ; on a conclu de là avec raison, que
l'on ne saurait assigner de limites à leur nombre
ni à leur distance : quelles réflexions cette idée ne

!
- • -- " - , , --------------
278 - AsTRoNoMIE,
, doit-elle pas faire naître sur la toute-puissance
du Créateur ! Si on observe un nombre donné de
, ces étoiles fixes,, elles formeront à notre vue un
triangle ou toute autre figure régulière ou irrégu
lière, et puisque ces étoiles ont gardé la même
situation relative depuis qu'on les observe , et
· qu'elles ont paru aux astronomes dans la même
† , les unes relativement aux autres, depuis
es premières observations connues, on peut con
clure par analogie qu'elles ont conservé ces posi
·tions dès le commencement du monde et qu'elles
- les maintiendront à l'infini. Le peu de changemens
' particuliers qui se sont, effectués, doivent être re
|gardéscomme des exceptions à cette règle immua
ble. La différence des grandeurs dans les étoiles
fixes, peut provenir de la différence de leur volume
ou bien de leurs distances inégales; encore ces
deux causes peuvent se combiner pour rendre
leur apparence différente. Quelle que soit la cause
·réelle , les astronomes ont distingué les étoiles
par rapport à leur grandeur apparente, en six
classes : la première comprend celles qui ont le
volume apparent le plus considérable ;la seconde,
· celles qui en approchent le plus; et ainsi de suite
jusqu'à celles de la sixième grandeur, qui com
prend les étoiles que l'œil voit à peine sans le se
· cours des instrumens.Les étoiles que l'œil n'aper
çoit pas prennent la dénomination d'étoiles téles
· copiques. Jusqu'à ce que cette distribution des
étoiles soit généralement reçue, on ne doit pas
croire que toutes les étoiles de chaque classe
soient exactement de la même grandeur apparente ;
il existe au contraire une différence considérable
relativement à la grandeur apparente , la couleur
· LEçoN xIv. 279
et l'éclat Les étoiles paraissent susceptibles de
beaucoup de changemens, car une étoile a souvent
été comprise par les astronomes parmicelles de la
première classe, tandis que d'autres la classaient
dans la deuxième ou la troisième. Cependant on
peut considérer les divisions générales comme
universellement reçues, puisque les exceptions en
sont rares, : , ... . *, , , , , ' : • .. ! , , , " ", : • • #: . '

.2 La distance immense qui existe entre les étoiles


fixes et entre la terre à ces mêmes étoiles , est de
toutes les considérations possibles, celle qui doit
nous donner la plus grande idée de : l'œuvre de
Dieu et de l'étendue de la création. L'étoile la plus
· rapprochée de notre terre ou bien la plus grande
, en apparence, est celle connue sous le nom de Si
·rius ou le Grand Chien ; et cependant la terre,
dans son mouvement annuel , se trouve être de
-7o,ooo,ooo de lieues plus près de cette étoile dans
une partie de son orbite que dans la partie oppo
sée, sans que la grandeur apparente de l'étoile en
soiteaffectée enplus ou en moins; ce qui peut don
iner une idée de son immense distance. Le célèbre
· Huyghens croit à ce sujet, qu'il peut exister des
étoiles à des distances si considérables de la terre,
· que leur lumière , qui parcourt 4,ooo,ooo de
lieues par minute, peut n'être pas encore par
•yenue à notreterre, depuis la création du mondel,..
· Il est donc impossible que les étoiles, étant à des
distances si prodigieuses du soleil, lui emprun
tent laforte lumière qu'elles réfléchissent, ni même
un degré de lumière suffisant pour nous les faire
ºpercevoir; car les rayons en seraient tellement
dissipés, avant qu'ils n'atteignissent des objets si
eloignés, qu'ils ne sauraient jamais être transmis ;
I2v
28o ASTRONOMIE,
à nos yeux, pour en rendre ces objets visibles par
la réflexion. Les étoiles brillent donc d'elles-mê
mes, et sont tout-à-fait différentes des planètes ;
celles-ci sont opaques et sans autre lumière que
celle qu'elles reçoivent du soleil.
L'opinion des philosophes les plus instruits, est
que chacune de ces étoiles fixes est un soleil ,
ayant des mondes qui circulent autour de lui, de
même que notre terre et les planètes circulent au
tour du soleil. On ne doit pas croire que le Tout
Puissant, qui agit toujours avec une sagesse infi
nie et ne fait rien en vain, eût créé tant de soleils
et les eût placés à d'aussi grandes distances les uns
· des autres, sans former en même temps d'autres
objets placésassezprès pour jouir de leurinfluence
heureuse.Supposer que ces étoiles ne furent créeés
due pour procurer une lueur très faible aux habi
- tans de notre globe, serait avoir une opinion in
· digne de la sagesse divine; en effet, ces milliers
· d'étoiles sont non-seulement incapables de nous
être utiles, mais encore elles restent invisiblessans
le secours du télescope; et la Divinité, en formant
une seule lune additionnelle, aurait pu donner à
notre terre une lumière plus forte. Il résulte donc
que chaque étoile doit être le centre d'un système
solaire, entouré d'un nombre de mondes tels que
notre terre, échauffés par leurs rayons, accom
plissant des révolutions dans des périodes de tem
lus ou moins considérables, suivant l'activité de
† influence. C'est ainsi que la toute-puissance
de Dieu se manifeste par l'étendue de son empire.
Sa toute-puissance et sa gloire ne s'étendraient
elles en effet que sur une seule petite terre, ta1 -
dis qu'il en existe des milliers, et verrions-nous la
• •
1EçoN xrv. 28i
plus petite goutte d'eau peuplée à l'infini, sans
que ces masses ne le fussent de même ?S'il était
possible de parvenir à l'étoile la plus élevée en ap
parence, on y verrait d'autres cieux, d'autres so
leils, distribuant leurs rayons inépuisables de lu
mière; de nouvelles étoiles et d'autres systèmes
établis dans les dimensions indéfinies del'espace.
· Le domaine du souverain universel se termine-t-il
là ? Il est probable qu'arrivés à ces extrémités ap
parentes § la création, nos facultés nous laisse
raient aperçevoir le même espace, la même éten
due de cieux qui confond aujourd'hui notre ima
gination. Si toutes les parties de la création qui
nous entourent sont animées, n'est-il pas raison
nable de supposer que ces globes innombrables
servent de demeure à des êtresintelligens, suscep
tibles des facultés de se mouvoir, d'aimer et d'a-
dorer le Créateur, pourvus des objets qui peu
vent les conduire au bonheur ? Plusieurs d'entre
eux ne seraient-ils pas dans un plus grand état
· de perfection que les habitans de notre terre ?
| La distance considérable qui existe entre nous
et les étoiles fixes peut se comprendre, en consi
dérant que le diamètre de l'orbite de la terre, qui
| est de 7o,ooo,ooo de lieues, n'apporte aucun chan
gement sensible à cette distance, dans quelque
position de son orbite que la terre se trouve. On
a inventé différentes méthodes pour déterminer
cette parallaxe (1), mais aucune d'elles n'a pu en

(1) La parallaxe d'un corps est l'angle sous lequelilest


vu d'un autre corps. Dans ce cas, la parallaxe des étoiles
fixes est l'angle que le diamètre de l'orbite terrestre me
surerait à cette distanee. · - · · ·
282 AsTRoNoMIE,
core atteindre ce but à une approximation même
considérable; cependant la méthode pratiquée par
Hook, Flamstead, Molineux et Bradley , nous a
donné une idée plus exacte de la distance des étoi
les que toutes † autres pratiquées antérieure
ment. Bradley dit que si cette parallaxe avait été
d'une seule seconde, ou de deux au plus, il l'au
rait découverte, dans le grand nombre d'observa
tions qu'il fit sur les † près du zénith, par
ticulièrement sur , (gamma) du Dragon; qu'il lui
paraissait probable que la parallaxe annuelle de
cette étoile n'est pas d'une seconde, et que par
conséquent elle se trouve à peu près quatre cent
mille fois plus éloignée de nous que le soleil. .
M.Michel détermina la parallaxe probable et la
grandeur des étoiles fixés, par la quantité de lu
mière qu'elles nous envoient et les circonstances
particulières de leur situation. C'est au moyen de
cette théorie qu'il † sont, terme
| moyen, égales en grandeur et en éclat au soleil ,
' et # se demanda quelle serait la parallaxe du so
leil, s'il était placé assez loin de nous pour que la
' quantité de lumière que nous recevrions alors de
lui, ne fût† plus considérable que celle que nous
' recevons des étoiles fixes.Adoptant le principe re
| connu que l'intensité de la lumière est en raison
| du carré de la distance du point lumineux, il
· trouva que si le soleil était reculé de deux cent
| vingt mille fois sa distance actuelle, il paraîtrait
· encore aussi lumineux que Saturne, et que toute
sa parallaxe sur le diamètre de l'orbite de la terre
- serait de moins de 2"; il prit donc celle-ci pour la
· parallaxe des étoiles fixes de 1" grandeur, sur la
supposition que leur lumière n'excède pas cellede
- LEçoN xIv. - 283
Saturne. Cet astronome ingénieux imagina que la
quantité de lumière que nous recevons de Sirius
n excède pas celle que nous donne la plus petite
des étoiles fixes de la 6º grandeur, dans une plus
grande proportion que celle de 1,ooo à 1, ni moins
grande que 4oo à 1; enfin , que les plus petites
étoiles de la 2° grandeur paraissent être à peu près
la moyenne proportionnelle entre les deux autres.
Il suivrait de là que la parallaxe de la plus petite
des étoiles de la 6º grandeur, en les supposant de
la même dimension et du même éclat que le so
leil, serait à peu près de 2º à 3", et leur dis
tance de 8 à 12 millions de fois celle du soleil ;
sur la même supposition, la parallaxe des pluspe
tites étoiles de la 2º grandeur serait à peu près de
12", et leur distance de près de deux millions de
fois celle du soleil. -

| Herschel, à qui l'astronomie doit tant de dé


| couvertes, a proposé la méthode des étoiles dou
bles, qui n'est pas affectée de la plupart des er
reurs particulières aux autres méthodes, et qui
| est de telle nature, que la parallaxe annuelle,
n'excédant même pas le dixième d'une seconde,
| peut devenir † et être déterminéeavec beau
coup plus de précision † Cette mé
| thode,qui fut proposée d'abord d'une manièreim
parfaite par Galilée, et dont Emerson a fait men
tion dans son Astronomie, est capable de tous les
perfectionnemens que les télescopes ou le méca
nisme des micromètres peuvent fournir, Herschel
· élablit deux principes : i° que chaque étoile est à
peu près de la dimension du † 2" que la
- différence des grandeurs apparentes des étoiles est
- due à leurs distances; de manière que les étoiles
284 AsTRoNoMIE,
de la deuxième, troisième ou quatrième gran
deurs, sont à peu près deux, trois ou quatre fois
plus éloignées de nous, que celles de la première
grandeur. Il est probable que toutes les person
nes n'admettront pas ces principes; mais si l'on
adopte le mode de raisonnement que l'on admet
dans la doctrine des probabilités, ces principes
auront une chance considérable en leur faveur et
pourront être admis, en considérant que si le ré
sultat n'est pas parfaitement exact, ces principes
n'affecteront en aucune manière la vérité de no
tre raisonnement, qui est entièrement indépen
dant de ce calcul. Il est démontré que l'estima
tion de Bradley est exacte, et que l'on peut con
sidérer la distance de y (gamma) du Dragon , à
4oo,ooo fois celle du soleil, et la distance de l'é-
toile fixe la plus rapprochée , 8o,ooe fois cette
distance, ou 4o,ooo celle du diamètre de l'orbite
de la terre. Ces distances sont immensément
grandes, et se calculent d'ordinaire en détermi
nant le temps que mettrait un corps, mu avec une
anderapidité, pour arriver de ces étoiles à la sur
† de notre terre : la lumière arrive du soleil à
la terre en huit minutes à peu près, et cettemême
lumière mettrait plus de six ans à venir de y
(gamma) du Dragon à la terre, et près de quinze
mois à venir de l'étoile fixe la plus rapprochée de
le terre; de sorte que si quelque phénomène vi
sible arrivait dans une étoile, ce ne serait que
plusieurs années après qu'on en pourrait avoir
comnaissance. L'anéantissement de Sirius ou la
# formation d'une étoile nouvelle qui en serait pro
che, ne serait visible à nos yeux que près de trois *
· ans après.
| - -

vx º. -'
LEçoN xIv.
Les astronomes ont dans les différens temps
285 :-
émis des opinions diverses sur les dimensions des
étoiles fixes. Albategnius estimait le diamètre ap
parent des étoiles de première grandeur, de 45",
Ticho-Brahé le croyait de 1'; Galilée et Képler
étaient déja p§ que les étoiles étaient des
soleils, et que leur diamètre apparent était d'une
extrême petitesse. Galilée dit que la Lyre n'a pas
lus de 5". Képler, qui, avant la découverte des
unettes , donnait 4 de diamètre à Sirius, fut per
suadé ensuite que les étoiles n'étaient que comme
des points, d'autant plus petits que les lunettes
sont plus parfaites. Huyghens, par des expérien
ces très délicates, parvint au même résultat.
Quant aux grandeurs réelles des étoiles fixes,
il n'est pas probable que l'on arrive jamais à un
résultat exaet. Tout ce que l'on peut faire ne con
duit qu'à une approximation même très inexacte :
car, si on pouvait déterminer la parallaxe annuelle
de l'une d'entre elles avec précision, ce qui n'a
· pas encore été fait jusqu'à ce jour, de meilleurs
instrumens ne nous mettraient pas eneore à mê
me de déterminer leur diamètre avec exactitude.
On a souvent fait des conjectures de la comparai
son de leur lumière à celle du soleil, et on a été
porté à conclure que la grandeur des étoiles ne
diffère pas de beaucoup de celle du soleil; cette
supposition n'est peut-être pas éloignée de la vé
1ité; mais néanmoins on ne peut poser en prin
cipe, dans une science basée sur la démonstra
tion, ce qui n'est que le résultat des conjectures.
Quant au nombre des étoiles fixes, on peut sans
hésiter affirmer qu'il est infini. Le nombre total
qu'on en peut voir à l'œil nu n'excède pas 3,ooo ;
286 ASTRONOMIE ,
mais, depuis l'invention du télescope, on a trou
vé que plus, on perfectionne : cet instrument ,
plus le nombre d'étoiles augmente, Un bon téles
cope dirigé vers quelque, partie que ce, soit du
ciel, fait découvrir des multitudes d'étoiles entiè
rement perdues à la vue simple, Le docteur Hook,
au moyen d'un télescope de douze pieds de lon
gueur, compta soixante-dix-huit étoiles dans la
seule constellation, des Pléiades, et F. de Rheita,
avec un meilleur instrument , en découvrait cent
quatre-vingt-huit, tandis qu'on n'en voyait que
sept ou huitàl'œil nu. Galilée trouva quatre-vingts
étoiles dans le ceinturon d'Orion, et F. de Rheita
en observa plus de deux mille dans toute la con
stellation d'Orion : on n'en voit cependant que
soixante-dix à quatre-vingts sans le secours des
lunettes.La voie lactée , cette zone irrégulière
mais considérable du ciel, a été examinée avec
plus grand soin par Herschel, qui en un quart
d'heure, a vu le nombre incroyable de cent seize
mille étoiles passer dans le champ de sontélescope
· de 15 d'ouverture. Chaque perfectionnement de
SOIl † l'a conduit à la découverte d'étoiles
innombrab es, inconnues avant ces observations ;
de manière qu'il est tout-à-fait impossible d'en dé
terminer les bornes , , , ,
, , Les étoiles fixes ne paraissent pas être réguliè
rement disséminées dans le ciel;, mais le plus
· grand nombre d'entre elles sont rassemblées en
groupes, de sorte qu'il est nécessaire d'avoir un
pouvoir , amplificateur considérable , avec une
,grande quantité de lumière, pour distinguer sé
parément les étoiles qui composent ces groupes ;
sans ces deux conditions, elles ne paraissent que
1EçoN xIv. 287
comme de petites taches blanches, semblables
·à de petits nuages légers ; elles reçoivent alors
le nom de nébulosités. On croyait autrefois que le
nombre de ces nébulosités était de cent trois ;
mais dans l'année 1784, Herschel en découvrit
quatre cent soixante-neuf autres, et depuis
· cette époque, il a donné un catalogue de deux
mille nébulosités qu'il a découvertes. Les ob
servations les plus soignées et les plus exactes,
font penser que les étoiles consistent toutes en
masses ou en nébulosités, à des distances prodi
gieuses de notre système. Herschel croit que le
ciel est rempli de ces nébulosités, et que chacune
d'elles forme un système distinct et séparé du
reste. Il pense aussi que la voie lactée est cette né
bulosité particulière à laquelle appartient notre
soleil; et pour rendre raison de son apparence, il
suppose que sa figure est beaucoup plus étendue,
vers la zone apparente et éclairée, que vers au
cune autre direction; supposition qu'il croit pou
voir faire par suite de ses observations sur les fi
gures des autres nébuleuses. - º º º
· Cette idée de la réunion des étoiles en systèmes,
avait été indiquée d'abord par l'ingénieux M. Mi
chel : il observa qu'il y avait plusieurs grands es
paces dans le ciel où il n'y avait pas d'étoiles, et
d'autres où il s'en trouvait de très grandes au mi
lieu d'un nombre de petites, Il croit que ces étoi
les, ainsi réunies en groupes et environnées par
beaucoup d'autres à une petite distance, appar
tiennent probablement à d'autres systèmes et non
au nôtre. Ces étoiles environnées de nébulosités
sont certainement de grandes étoiles, qui, par
rapport à leur volume se voient seules, tandis que
4
288 AsTRoNoMIE,
les autres composent les parties restantes du mê
me système, et sont trop petites pour être obser
vées. Les nébulosités, où on ne peut pas en dé
couvir du tout, ou seulement quelques unes, a
même avec le secours des meilleurs télescopes,
sont des systèmes qui se trouvent à des distances
encore plus considérables. Le même M. Michel
établissait le raisonnement suivant : les Pléiades
sont composées de six étoiles remarquables, pla
cées au milieu d'un grand nombre d'autres; elles
sont toutes entre la troisième et la sixième gran
deurs. Comparant ce nombre six avec tout le
nombre visible dans le ciel à l'œil nu, il calcula
par la doctrine des probabilités, que parmi tout
ce nombre, si elles avaient été semées arbitraire
ment dans la voûte céleste, il y avait à peu près
cinq cent mille à parier contre un, que six d'en
tre elles ne se fussent pas placées ensemble dans
un aussi petit espace. Il y a par conséquent au
tant de chamces contre une, que cette distribution
est le résultat d'un dessein, ou bien qu'il y a une
raison ou une cause quelconque à cet assemblage,
dans un univers où chaque chose paraît gouvernée
par des lois immuables : cette probabilité est très
convaincante. Il faut donc admettre que les étoi
les ainsi groupées, sont des systèmes analogues à
notre système solaire; notre soleil, qui nous pa
raît comme le maître de l'univers, n'est vraisem
blablement qu'une étoile qui appartient à quel
ques uns de ces systèmes qui sont dispersés dans
l'espace. Cette vue est conforme aux desseins de
la nature dans toutes ses opérations. Notre sys
tème planétaire démontre qu'il unit ensemble plu
sieurs corps, afin de composer un tout; il est donc

* --- : * º * - - _ - -
LEçoN xIv. 289
probable que la nature, dans tous ses ouvrages,
a travaillé sur le même plan.
Il est à présumer que l'intelligence humaine
n'expliquera jamais les difficultés de savoir , si
tous les corps de l'univers participent de quel
que mouvement général autour d'un centre com
mun, tout en continuant de se mouvoir, par les
lois établies, autour d'un centre particulier de cha
que système; ou bien si notre système change de
place relativement à l'espace absolu, tandis que
les étoiles restent fixes ; ou enfin, si les étoiles
ont un mouvement propre, tandis que le centre
du système solaire reste en repos. Il est mainte
nant connu, par les observations de Roemer ,
Mayer , Maskelyne et Herschel, que les étoiles
fixes ont un petit mouvement apparent, outre
ceux occasionés par les révolutions diurne et an
nuelle de la terre, par la précession des équinoxes,
l'aberration de la lumière et la nutation de l'axe
de la terre.Quelques uns des mouvemens obser
vés coïncident avec le mouvement supposé du sys
tème solaire, mais d'autressont d'une nature tout
à-fait contraire à ce que devrait produire une pa
reille supposition; et cependant ces mouvemens
ne pourraient s'expliquer par aucune autre hypo
thèse. Il est presque certain que nous resterons
long-temps encore sans explication admissible sur
- cet objet compliqué et mystérieux ; nos petites
vues et nos conceptions faibles n'atteindront ja
mais peut-êtreàlahauteur de cesrecherches subli
mes; le système qui approche de si près de l'in
fini, ne peut en
gesse suprême. effet être compris que par la sa
• '

En déterminant la nature des étoiles fixes , on .


• -^ -
-

29o AsTRoNoMIE ,
approche de plus près au moyen de l'analogie et
de l'expérience; mais quel degré de croyance peut
on accorder à des conclusions tirées du raisonne- .
ment? L'immensité de la distance des étoiles fixes
se manifeste d'après les tentatives nombreuses et
inutiles qui ont été faites pour déterminer leurpa
rallaxe annuelle; cette distance , qui est de plu
sieurs milliers de fois celle de la planète Herschel
(Georgium sidus), ne les § pas de briller
avec un éclat et une splendeur beaucoup plus
considérables que cette planète ; d'où on conclut
avec beaucoup de raison qu'elles, ne tirent pas
leur lumière de la même source, c'est à dire du
soleil ; si elles tiraient cette lumière. de quelque
autre corps, celui-ciserait nécessairement visible,
et même plus que les corpsqui lui emprunteraient
cette lumière. Il est donc naturel de supposer que
chaque étoile fixe brille, non au moyen d'ume lu
mière réfléchie , mais bien de celle qui lui est
propre. Pour appuyer encore cette opinion , on
doit considérer que les étoiles semblent plus pe
tites, dans des télescopes qui grossissent deux à
trois cents fois les objets, qu'à l'œil nu ; car elles
me paraissent que comme des points lumineux ,
vues avec ces instrumens ; si elles brillaient d'une
lumière empruntée, elles seraient tout aussi in
visibles, sans télescope, que les satellites de Jupi
ter ou de Saturne, quoique . ceux-ci, observés
avec un bon instrument, paraissent plus grands
que les étoiles de 1º grandeur; d'oùon conclut en
core que les étoiles fixes ont une lumière qui leur
est propre. Lorsqu'on considère leurs distances
immenses, on ne peut hésiter à admettre que leur
· grandeur réelle ne surpasse considérablement
LEçoN xrv. ' | 25r
celle des planètes. On peut donc dire que les
étoiles fixes paraissent être d'une nature sembla
ble à celle du soleil, ou plutôt que ce sont en réa
lité des soleils, d'après l'analogie établie sous
beaucoup de rapports. L'observation a fait con
naître , que semblables au soleil qui tourne sur
son axe de rotation, les étoilés ont le même mou
vement ; elles ont aussi les taches du soleil qui
changent de position, d'après les observations
d'Herschel et d'autres astronomes. Si les étoiles
sont donc d'une nature semblable à celle du so
leil sous tant de rapports, n'est-il pas probable
que chacune d'elles a été créée pour servir aux
mêmes fins , aux mêmes causes, que notre soleil ?
La raison peut donc également admettre que cha
† étoile est le centre d'un système, possédant
es planètes qui en sont éclairées et vivifiées. On
doit supposer également admis que si notre soleil,
suivi de tout son système de planètes, de lunes et
de comètes, se trouvait éloigné à la distance de
l'étoile la plus rapprochée, on ne pourrait aper
cevoir que le soleil, non comme le maître de l'u-
nivers, mais semblable à Siriusou Procyon, bril
lant infiniment petit et lumineux, sans produire
aucune chaleur. Au lieu de considérer les étoiles
fixes comme une espèce curieuse de flammes os
cillantes, suspendues au firmament dans le seul
but de servir d'ornement, ou d'ajouter aux plai
sirs de l'homme : on doit donner à l'intelligence
un champ plus vaste d'admiration ; ce n'est passe
jeter dans une aberration del'imagination, que de
dire que les étoiles fixes sont des corps sembla
bles au soleil, sous les rapports du volume et de
- l'éclat, placés à des distances çonsidérables de

| - >-
292 AsTRoNoMIE,
nous, et occupant chacun une situation propre
dans l'immensité de l'espace, où ils procurent la
chaleur et la lumière, et où ils maintiennent les
mouvemens d'un système de planètes et de satel
lites qui traversent leurs orbites respectives sous
l'influence des lois de mouvement, semblables à
celles qui règlent les mouvemens des corps de no
tre système solaire. --
LEçoN xv, 293

cçon quin3ièmc.
DES CONSTELLATIONS ET DE LA CLASSIFICATION DES
ÉTOILES FIXES. C

Comme il eût été impossible de donner des


noms à toutes les étoiles fixes (même à celles qui
sont visibles à l'œil nu ), et de retenir ces noms,
il devint nécessaire de déterminer non seulement
leurs situations respectives exactes, mais aussi
d'inventer une méthode par laquelle on pût re
connaître les principales étoiles, sans leur appli
quer à chacune un nom particulier. Les anciens
parvinrent à ce but en divisant le firmament par
parties, sous des dénominations de figures imagi
naires d'oiseaux, d'animaux, de poissons, etc.,
etc., qu'ils appelèrent astérismes ou constellations ;
ils marquaient ensuite le lieu de l'étoile, par sa .
position dans la constellation, comme l'œil du
Taureau, le cœur du Lion.
· Cette division du ciel en constellations est sans
contredit très ancienne; car Hésiode et Homère,
qui florissaient tous les deux 1ooo ans avant Jé
sus-Christ, en font mention.
Arcturus, Orion et les Pléïades, sont indiqués
deux fois dans le livre de Job, et dans la pro
phétie d'Amos, composée à peu près 8oo ans
avant l'ère chrétienne, on trouve cette belle ex

--> -- — r - _ --
294 AsTRoNoMIE,
hortation : « O vous, qui changez en absinthe
lesjugemens et qui abandonnez la justice sur la
terre, cherchez celui qui a créé les sept étoiles et
Orion; qui fait succéder aux ténèbres de la nuit
la clarté du matin, et la nuit au jour ; qui ap
pelle les eaux de la mer et les répand § SUlI'-
face de la terre : son nom est le Seigneur » **
Dans ce passage, Amos qui était un berger,
parle des Pléïades et d'Orion, comme parfaitement
connus à lui et au peuple, à qui cette prophétie
était adressée; l'invention des constellations n'é-
tait conséquemment pas nouvelle, puisque, déja
à cette époque, ce système se trouvait répandu
dans les basses classes. | | | | .
Comme la connaissance des étoiles devint plus
étendue, le nombre des constellations augmenta,
et en même temps un nombre d'autres étoiles fü
rent introduites dans chaque constellation , ce
i qui détermina plus exactement leurs positions.
Ptolémée a donné les longitudes et latitudes de
plus de mille étoiles. Les étoiles, qui à cette
époque, n'étaient pas comprises dans des constel
lations, prenaient le nom d'informes, de sporades
ou de sparsiles. . " · · • • •
' Les astronomes modernes ont non seulement
réduit ces sortes d'étoiles en constellations, mais
encore beaucoup d'autres et ††
l'on continuera encore d'inventer de nouvelles
figures de constellations. Ticho-Brahé est le pre
mier qui détermina avec exactitude les situations
des étoiles fixes. Après Ticho on doit mention
ner Bayer , comme l'auteur de l'augmentation la
plus considérable qui ait été faite au'càtalogue
des étoiles. Il ne distingua passèulement avecsoin

-- _ ==T— - ---- "-- ,


LEçoN xv. 295
le volume relatif et la situation de chaque étoile,
mais il marqua les étoiles de chaque constellation
- d'un lettre prise dans l'alphabet grec ou romain,
en commençant par la lettre grecque « pour la
† étoile de chaque constellation , É pour
a seconde ; ensuite, aprèsavoir parcouru tout cet
alphabet, il passait aux lettres a, b, e, de l'al
phabet romain, et ainsi de suite. Cette méthode
utile de noter et d'écrire les étoiles, a été adoptée
par tous les astronomes depuis le temps de Bayer,
et ils l'ônt augmentée, en ajoutant les nombres
ordinaux 1 , 2 , 3, etc., lorsque les constellations
contenaient plus d'étoiles que les deux alphabets
réunis n'ont de lettres. -

Indépendamment de ces marques littérales et


numériques, beaucoup d'étoiles ont des noms par
ticuliers, tels qu'Arcturus, Aldébaran, Procyon,
Sirius, Canopus, Régulus. - 4

On peut aussi comprendre la voie lactée parmi


les constellations ; car il est maintenant reconnu
que ce n'est qu'un assemblage d'étoiles fixes, im
nombrables, trop petites pour être observées sans
le secours des meilleurs télescopes. Cette voie a
l'apparence d'une zone blanchâtre dont la largeur
varie de 4° à 2o°; elle passe dans Cassiopée, Per
sée, les pieds des Gémeaux, la massue d'Orion, la
queue du grand Chien, le Navire, le pied du
Centaure, etc., après quoi elle se divise en deux
parties; la † orientale passe dans la queue du
Scorpion, le pied oriental du Serpentaire, l'arc du
Sagittaire,l'Ecu de Sobieski, les # d'Antinoüs -
et du Cygne; la partie occidentale , sur la partie
supérieure de la queue du Scorpion, la droite du
Serpentaire et du Cygne, et finit ses courses dans
Cassiopée. - 13. *
296 AsTRoNoMIE,
· Le tableau suivant contient les noms des con
stellations et le nombre des étoiles observées dans
chacune d'elles. ,*

| Constellations zodiacales.

Le Bélier....... 42 La Balance ... . 66


Le Taureau.. ... 2o7 Le Scorpion.... 6o

Les Gémeaux. .. 64 Le Sagittaire.... 94


L'Écrévisse...... 85 Le Capricorne...- 64
Le Lion....... . . 93 Le Verseau. .. . . 1 17

La Vierge. .. . .. 1 17 Les Poissons. • • • 116

| Constellations boréales des anciens.


La Petite Ourse..- 22 -
Le Serpent. … · 6I

La Grande-Ourse. La Flèche. .. • . . 18
87
Le Dragon... ... 85 L'Aigle ou le Vau
tour volant. . . 26
· Céphée.. ......, 58
Le Bouvier..... 7o Le Dauphin... .. . I9

La Couronne.. .. , 33 Le Petit Cheval.. I0

Hercule.... .. . .. 128 Pégase oulegrand


La Lyre ..... .. 2I Cheval. .. . . e •
91
Antinoüs. .. ... . 27
Le Cygne. ... • . . 85
Cassiopée. ...... 6o | Andromède. ... . 7 1

Persée.......... 65 LeTriangle boréal. 15


La Chevelure de
Le Cocher ..... 69
Ophiucus, ou le -
| Bérénice. .. .. ... 43
Serpentaire. .. | 85 - , • • •

-
LEçoN xv. 297
Constellations boréales des modernes. .
· Le Petit Lion. . . 55 Le Renardetl'Oie.
| Les Lévriers. . . 38 Le Lézard marin.
Le Sextant d'Hé Le Petit Triangle.
vélius. . . . , . 54 La Mouche, ou le Lis.
Le Rameau de La Réenne. . · ·
Cerbère. , . . 13 Le Messier. . . .
Le Taureau royal La Giraffe. .. .. .
de Poniatowshi. 18 Le Lynx. .. , . .
4

Constellations australes des anciens.


La Baleine. . . . IO2
L'Hydre femelle.
L'Éridan. .. : . 85 La Coupe, ou le Vase.
Orion. . . ... . . •. 9o Le Corbeau. . . .
Le Lièvre. . .. . 2O Le Centaure. . . .
Le Petit Chien. . · 17 Le Loup.. . . . .
De Grand Chien. 54 L'Autel. . . ... .
Le vaisseau, ou le La Couron. austr.
-
Navire. .. . · 117 Le Poisson austr.

Constellations australes des modernes (I).


Le Fourneau chi L'Horlorge, ou
Pendule. . . , . 23
mique. . . . , . 39
# (1)M. l'abbé de La Caille, pendant son séjour au cap de Bonne
Espérance, a formé ou imaginé plusieurs constellations, qu'il a
ajoutées aux anciennes dans l'hémisphère austral, savoir : le
Fourneau chimique, le Réticule, le Burin du graveur, le Chevalet
da peintre, le Télescope, le Compas, le Triangle, la Montagne
de la Table, l'Octant, le Microscope. ' -
298 AsTRoNoMIE,
Suite. des Constellations australes des modernes.
Le Réticule rhom • La Règle et l'É-
| boïde. .. . . . . 7 querre. * . . . . 15
Le Burin du Grav. 15 Le Compas. .. .
La Dorade.. . . . Le Triangle aus
La Colombe. . . . tral. . . . . . . "
Le Chevalet du L'Oiseau de Para
· peintre.. . . . . | dis . .. .. .
La Licorne d'Hé · La Montagne de la
vélius. . , ... . Table. . .. . .
La Boussole. . . . L'ÉcudeSobieski.
L'Indien.. . . . .
La Machine pneu
matique. . .. . 22 Le Paon.. .. . . .

Le Solitaire (oi L'Octant...... ...


* seau des Indes). 22. Le Microscope. .
La Croix australe. 6 La Grue.. . .. .
La Mouche , ou Le Toucan.... . .
l'Abeille. . . . . 4 L'Hydre mâle.. .
Le Caméléon. .. . . 7 -
L'Atelier du sculp
Le Poisson volant 6 teur. . . . . . . 28

Le Télescope. .. 8 Le Phénix. . .. . II
#

Pour reconnaître les étoiles et les constellations


du ciel, un des meilleurs moyens est de fixer un
lobe céleste bien fait, de manière à ce que le
nord, le sud et les autres points de son horizon
puissent correspondre à ces mêmes points du
monde;l'observateur peut imaginer qu'il se trouve
placé au centre du globe; alors on mène des

:
LEçoN XV. - 299

rayons (que l'on † conduits jusqu'au ciel)


de ce centre, aux différentes étoiles marquées sur
le globe, qui indiqueront leurs étoiles correspon
dantes dans le firmament. Si par exemple on vou
lait reconnaître les étoiles du Taureau, on obser
verait par une belle nuit la constellation des Pléia
des, que tout le monde connaît sous le nom des
sept étoiles. En remarquant sur la carte que, près
de cette constellation et un peu vers la gauche,
-il y a une très grande étoile, on verra, dans le fir
· mament et vers le même côté, cette même étoile,
qui est Aldébaran, ou l'œil méridional du Tau
reau. L'inspection de la carte montre ensuite cinq
étoiles à peu près placées comme la lettre V, dont
l'une est Aldébaran déja trouvé, en dirigeant la
vue vers le ciel, et considérant Aldébaran comme
une des sommités du V, on trouvera les étoiles ap
pelées les # en imaginant des lignes droi
tes, tirées de l'angle de la lettre V, le long des
deux côtés, ces lignes passeront un peu à l'exté
rieur des deux cornes du Taureau. Qu'on suppose
une ligne menée d'Aldébaran à travers les Pléia
des et à une distance double de cette constella
•*
tion, la ligne rencontrera le triangle qui se trouve
au dessus du Bélier, d'où, se référant au globe,
on finira bientôt par reconnaître les étoiles de cette
constellation; en supposant des lignes tirées des
Hyades aux cornes du Taureau, et continuées à
une distance double, elles comprendront deux
belles étoiles nommées Castor et Pollux, qui fe
ront connaître toutes les étoiles des Gémeaux.
C'est ainsi que l'on parvient à reconnaître les dif
férentes étoiles avec le moins de difficultés. -

· Une méthode de beaucoup préférable, serait


--* • *-

- -
3oo . . · AsTRoNoMIE ,
de pouvoir étudier les constellations au moyen
d un globe creux , dont les dimensions seraient
assez considérables pour permettre de se placer
† de son centre; la représentation des constel
ations et de leurs étoiles, dans la partieintérieure,
fait avec soin, et le mouvement circulaire de ce
globe qu'on pourrait tourner sur des poulies, en
J'inclinant toutefois suivant la latitude du lieu ,
donneraient une idée plus prompte et plus cor
recte des mouvemens apparens et des aspects du
ciel; les difficultés qui se rencontrent dans la con
struction d'une pareille machine, les - dépenses
qu'elle exigerait, sont causes que très peu de per
sonnes peuvent étudier le ciel avec de pareils
moyens. Des instrumens de cette espèce ont été
construits à Gottorp, sous Fréderic III, duc de
Holstein , et à Paris, par les soins du cardinal
d'Etrées; mais ces machines étaient de beaucoup
inférieures à celle qui fut construite, il y à soixante
-*
ans, à l'université de Cambridge sous la direction
du docteur Long; on a peint à l'intérieur de cette
machine toutes les constellations visibles sur l'ho
| rizon de Cambridge.
Il y a eu des changemens dans quelques unes
des étoiles fixes, à différentes époques; quelques
étoiles ont totalement disparu, comme les deux
de seconde grandeur que l'on voyait autrefois dans
le derrière du Navire et que l'on ne découvre plus
maintenant. Quelques étoiles nouvelles se sont
montrées, comme celle du Cygne : au temps
d'Hipparque, il parut une étoile fixe nouvelle; ce
qui, au rapport de Pline, détermina Hipparque à .
en compter le nombre, et à les réduire à quel
' ques règles, pour l'instruction et l'usage de la
\
- LEçoN xv. - 3o1
postérité. Il se trouve aussi quelques étoiles qui
paraissent et qui disparaissent tout-à-fait : d'au
tres semblent varier, par rapport à leur volume .
apparent et leur éclat, comme une des étoiles de
l'Hydre, une autre du Cygne, une de la tête de
-
Méduse et Algol; celle-ci en particulier opère tou
tes ses variations en 2 j. 21 h.; elle passe de la se
conde grandeur à la quatrième, en 3 h. et demie,
et revient dans le même espace de temps à la
même grandeur, pour la conserver pendant tout
le reste de la période. Ou trouve aussi, par un
examen attentif des étoiles avec de bons télesco
pes , que beaucoup d'entre elles, qui paraissent
seules à l'œil nu, consistent en deux, trois étoi
· les , et quelquefois davantage. Le docteur Hers
chel en a cité plusieurs exemples, ainsi, 2 d'Her
cule est une étoile double d'après sa déterminai
son, de même que 3 de la Lyre, « des Gémeaux ,
» d'Andromède, p du Cygne et plusieurs autres; ,
de la Lyre est une étoile triple, et, de la Lyre, 6 de.
la Lyre; à d'Orion, ; de la Balance sont quadru
ples. Nous donnerons plus tard l'opinion de ce
célèbre astronome sur ces particularités.
Lorsqu'on a déterminé avec soin les situations
respectives des étoiles, il devient nécessaire, pour
déterminer leurs situations à toute autre époque º
de l'année, d'avoir égard aux effets de leur mou
vement apparent, particulièrement à celui produit
par la précession des points équinoxiaux : par ce
dernier mouvement, les étoiles paraissent se mou
voir de l'ouest à l'est; de la valeur d'un degré en
soixante-onze ans et demi : eu conséquence de ce
mouvement, les constellations du Zodiaque, qui
sans doute répondaient aux premiers points des

| ----- -- " ^ • * • -- • • --- --:------


3o2 - AsTRoNoMIE,
signes respectifs de l'écliptique, lors de son inven
tion, ces constellations, disons-nous, ont telle
ment changé leur position, qu'il s'en faut mainte
nant de plus d'un signe ou 3o°, dont ces points
se sont écartés; ainsi on trouve la constellation du
Bélier avancée de 3º à 4° dans le signe du Ver
seau, celle du Taureau dans le signe des Pois- .
sons, et la constellation des Gémeaux dans le signe
du Bélier, de manière qu'au commencement du
printemps, l'âlmanach conventionnel maintient
toujours le soleil comme parcourant le signe du
Bélier, tandis qu'il décrit réellement les constella
tions des Poissons et du Verseau; ce mouvement
fait donc augmenter continuellement les étoiles
en longitude. Si on compte la précession à raison
de 5o" 1/4 par an, lorsqu'on connaît une fois la
longitude d'une étoile, on peut avec facilité trou
ver la période antécédente ou la coriséquente; par
exemple, en 169o, la longitude de Sirius était de
9° 49 1"; en déduisant quatre-vingt-dix fois 5o"
| 1/4, ou 1° 15 22", on aura 8° 33 3o" pour la
longitude de cette étoile en 16oo; et en ajoutant
cent dix fois 5o" 174 ou 1° 32'7", la somme don
nera 11° 21 8" pour la longitude de Sirius en
18oo. . - - -

| Quelques astronomes ont pensé que la latitude


des étoiles fixes est invariable; mais cette suppo
sition est erronée; car il faudrait d'abord que l'o-
lbliquité de l'écliptique fût toujours la même, ce
qui n'est pas; cette supposition établirait que les
étoiles ne changent jamais leurs positions relati
ves, ce qui n'est nullement certain, puisque les
observations de Herschel, et de beaucoup d'au
tres astronomes bons praticiens, nous conduisent
à adopter une opinion contraire.
LEçoN xv. 3o3
· Il est reconnu qu'une variation en longitude
doit produire un changement correspondant en
ascension droite; et quoique des changemens en
latitude, provenant de la première des causes
énoncées dans ce dernier article, ne produiront
aucune différence dans les déclinaisons, cependant
on a déja trouvé nécessaire d'intercaler des co
lonnes particulières dans les tables les plus correc
tes des étoiles fixes, pour indiquer les variations
annuelles d'ascension droite et de déclinaison.

• • • • · - 13.
3o4 AsTRoNoMIE,

cçon seijième.
DEs DÉCoUvERTEs D'HERsCHEL, PARMI LEs ÉToILEs
FIXES,

•--

Le télescope fait découvrir des milliers d'étoiles


invisibles à l'œil nu; les bons télescopes permet
tent d'en distingüer un nombre beaucoup plus
considérable encore, et montrent que les instru
mens les plus parfaits ne nous convaincraient d'au
tre chose que de notre ignorance profonde et de
notre nullité absolue. L'astronome qui perça le
plus avant dans l'immensité de l'espace, est Hers
chel, dont nous allons expliquer quelques unes
, des découvertes. - |
Le docteur Hook, avec un télescope de douze
pieds, compta soixante et dix-huit étoiles dans la
constellation des Pléïades ; avec des verres plus
grossissans, il en observa beaucoup plus, de diffé
rentes grandeurs; F. de Rheita affirme qu'il vit
plus de deux mille étoiles dans la constellation
d'Orion , et cent quatre-vingt-huit dans les Pléïa
des. - - -

L'étoile que l'on voit au milieu de l'épée d'Orion


est composée de douze étoiles très rapprochées,
ainsi qu'Huyghens l'a pu observer avec un bon in
strument.Galilée en trouva quatre-vingts dans l'é-
pée d'Orion, vingt et une dans la nébuleuse de la

• •
LEçoNxvI. 3o5

tête, et à peuprès cinq cents dans une autre partie


de la constellation, comprises dans un ou deux de
rés, enfin il en trouva plus de quarante dans la
nébuleuse Praesèpe. -- -

Aumoyen des télescopes les plus puissans, Hers


chel a considérablement surpassé les autres astro
nomes dans ses découvertes : le nombre des étoiles
qu'il a vues devant le champ de son instrument
est vraiment étonnant. Dans les parties les plus
denses de la voie lactée, il a eu souvent cinq cent
quatre-vingt-huit étoiles à la fois dans le champ
de l'instrument, ce qui cQntinuait ainsi pendant
plusieurs minutes, de sorte qu'en un quart d'heure
de temps, il n'en compta pas moins de cent seize
' mille.
· Plusieurs étoiles doubles avaient été observées
par Cassini , Hook, Long, Maskelyne, etc., etc. ;
Herschel a été le plus heureux dans les observa
tions de ce genre : il a fait usage d'instrumens dont
les forces degrossissement répondaient à 146,227,
278, 46o, 754, 932, 1,159, 1,536, 2,o1o, 3,168,
et même 6,45o. Il avait, en 181 1, formé un catalo
gue de deux cent soixante-neuf étoiles doubles,
dont deux cent vingt-sept ont déja pu être recon
nues par d'autres observateurs. Parmi ces étoiles,
il en est quelques unes qui sont triples, quadru
ples, sextuples et mûltiples. Vingt-quatre d'entre
elles demandent un télescope très supérieur et
l'atmosphère la plus claire, pour être vues ; trente
huit peuvent être estimées par l'œil et des mesures
très délieates du micromètre; quarante-six sont
séparées de cinq à quinze secondes; quarante
quatre , de 15 à 3o" ; cinquante et une de 3o à
u" , et soixante-six de 1' à 2' de séparation.

- -- ----------
----- | | --
:

3o6 AsTRoNoMIE,
- D'après une série d'observations des étoiles
doubles, Herschel a trouvé qu'un grand nombre
d'entre elles ont changé leurssituations respectives,
que l'une accomplit une révolution autour d'une
autre, et que le mouvement de quelques unes
d'entre elles est direct, tandis que d'autres ont ce
mouvement rétrograde. Il a observé qu'il existe
un changement dans plus de cinquante étoiles
doubles, soit dans la distance des deux étoiles,
soit dans l'angle fait par une ligne qui les joint et
la direction de leur mouvement journalier.
Les observations qui ont été publiées sur les six
étoiles doubles « des Gémeaux ( Castor), y du
Lion, • du Bouvier, # d'Hercule, à du Serpent et
2 de la Vierge, montrent que le docteur Hers
chel admet, relativement à Castor, que les orbites
dans lesquelles les deux étoiles se meuvent au
tour de leur centre commun, sont à peu près cir
culaires et à angle droit avec le rayon qui nous
les fait voir ; que le † de la révolution de la
petite étoile autour de tor est à peu près de
342 ans et 2 mois , dans une direction rétro
grade ; que des deux étoiles qui composent
le , du Lion, la plus petite tourne autour de la
plus grande dans une orbite qui serait elliptique
en apparence, et qu'elle accomplit une révolution
rétrograde en 12oo ans. La belle étoile : du Bou
vier se compose de deux étoiles dont l'une est
d'un rouge léger, l'autre d'une belle couleur
bleue, l'aspect entier forme l'apparence d'une pla
mète et de son satellite. Herschel assure que l'or-,
bite de la plus petite est elliptique , et qu'elle ac
complit sa révolution suivant l'ordre des signes ,
en 1681 ans. La double étoile : d'Hercule est com
posée d'une grande et d'une petite étoile; la pre

-
LEçoN xvI. - , 3o7
mière est d'une belle couleur bleuâtre, et la der
nière est cendrée. La plus petite tourne autour de
la plus grande à peu près § le plan de l'obser
vateur. Le 11 avril 18o3, elle se trouvait presque
occultée par la plus grande.
La double étoile 3 du Serpent, semblable à l'.
du Bouvier; a subi un changement considérable
dans l'angle de position , sans aucune variation
dans la distance des deux étoiles. Herschel a cal
culé et fixé la période de la révolution de la plus
petite autour de la plus grande, à 375 ans. L'é-
toile double , de la Vierge, qui est connue depuis
long-temps des astronomes, est eomposée de deux
étoiles presque égales ; la plus petite fait sa révo
lution autour de la plus grande , en 7o8 années.
- Lorsqu'on considère le très petit angle que la
| distance apparente de ces étoiles doubles mesure,
ainsi que la lenteur du mouvement de celles qui
font leur révolution autour des autres, on doit
conclure que la période de leurs révolutions res
pectives , ne peut pas être déterminée avec une
exactitude rigoureuse. - -

. Les étoiles nébuleuses sont celles qui ont une lu


mière très pâle et comme douteuse ; elles sont
moins grandes que celles de la sixième grandeur,
et par conséquent très rarement visibles à l'œil
nu ; la voie lactée peut être considérée comme une
immense nébuleuse, que le docteur Herschel a cru
composée d'un nombre considérable d'autres né
bulosités. \ *.

| La plupart des nébuleuses, vues avec un bon té


lescope, consistent en des amas d'étoiles très petites.
Mais il y a dans le ciel d'autres phénomènes que
le docteur Herschel appelle des étoiles nébuleu
- •
* -

#
3o8 AsTRoNoMIE ,
ses ; celles-ci se trouvent environnées d'une at
mosphère faible, lumineuse et très étendue.
Cette atmosphère est probablement la vraie ma
tière nébuleuse, rassemblée autour d'un point
· central d'attraction qu'Herschel n'a jamais pu ré- ^
duire en étoiles, quelle que fût la force de ses in
strumens. Ses observations sur les nébuleuses fu
rent faites avec un réflecteur newtonien de vingt
pieds de longueur focale, ayant dix-huit pouces
d'ouverture. • •. - -

, C'est avec ce puissant télescope qu'il commença


: d'abordl'inspection de la voie lactée, et qu'il trou
va que cet instrument transformait entièrement
ces apparences blanchâtres en belles étoiles , tan
dis que les télescopes précédens n'avaient pu rien
distinguer par-défaut de lumière. La partie qu'il
observa d'abord est celle de la tête et de la massue
d'Orion, dans laquelle il vit une multitude éton
nante d'étoiles, dont il tâcha d'estimer le nombre
en comptant plusieurs champs, et en détermi
nant, d'après un terme moyen, combien une por
tion donnée de la voie lactée pouvait en contenir.
- Ces premiers succès conduisirent bientôt l'as
tronome à tourner son attention vers les autres
parties nébuleuses du ciel.La plupart cédèrent au
réflecteur newtonien de vingt pieds de distance
focale et de douze pouces d'ouverture : on décou
vrit qu'elles étaient composées d'étoiles, ou du
moins qu'elles contenaient des étoiles.
Dans un catalogue de cent trois nébuleuses, fait
depuis les observations de Messier, en 1784, on
savait que dix-huit de ces nébuleuses consistaient .
en petites étoiles ; mais le docteur Herschel en a
trouvé depuis vingt-six autres qui ne sont que des
- groupes d'étoiles; dix-huit composées de petites

- 4
—- ^ - -- "
LEçoN xvI. 3o9
étoiles accompagnées de matière nébuleuse; le res
tant paraît formé entièrement de cette matièrené
buleuse dans laquelle il a été impossible de dé
couvrir des étoiles jusqu'à ce jour.
Les nébuleuses, dit Herschel, sont arrangées
en couches et s'étendent à de grandes distances,
il a pu en suivre quelques unes très bien et il en a
conjecturé la forme et la direction. Il est probable !
qu'elles enveloppent toute la sphère étoilée du
ciel, semblables à la voie lactée, qui sans contre
dit n'est autre chose qu'une couche d'étoiles fixes.
Comme cette bande étoilée n'est pas d'une lar
geur uniforme, ni d'un éclat égal dans chacune de
ses parties, et que la direction ne s'étend point en
ligne droite, mais en ligne courbe , et se divisant
même en deux bandes pendant un espace très
| considérable, on doit s'attendre à trouver la plus
grande variété dans les couches nébuleuses.
Une de ces couchesnébuleuses est si riche, que
dans une observation de trente-six minutes seule
ment, Herschela reconnu trente-une nébuleuses ;
leur situation et leur forme paraissent offrir la
plus grande variété possible. Dans une autre cou
che, ou peut-être une branche différente de la
même, le docteur a souvent vu des nébuleuses,
doubles et triples, arrangées différemment; les
grandes paraissaient suivies d'un certain nombre
de plus petites ; plusieurs étaient étroites , alon
gées et brillantes; d'autres paraissaient comme en
sillon, ou ayant la forme cométaire, avec un noyau
mobile à leur centre, ou bien comme des étoiles
nébuleuses environnées d'une atmosphère nébu
leuse ; une autre sorte contenait une nébulosité
semblable à celles de la voie lactée, comparable à
ce phénomène inexplicable et merveilleux de l'o
A
31o - AsTRoNoMIE,
d'Orion ; enfin d'autres produisaient une lumière
beaucoup plus faible. - -

La publication d'Herschel sur la construction


du ciel et l'organisation des corps célestes, insérée
dans les Transactions philosophiques de 181 1 ,
contient des observations intéressantes sur la ma
tière nébuleuse des cieux; depuis l'état le plus dif
fus jusqu'à sa condensation finale en étoile.
On pourrait aussi soupçonner que les nébuleu
ses ne sont que des amas d'étoiles, que leur dis
tance empêehe de distinguer ; mais une longue
expérience et une meilleure connaissance dela na
ture des nébuleuses, ne permettent pas d'admet
tre ce principe, quoique sans aucun doute un
amas d'étoiles peut avoir l'apparence nébuleuse,
lorsqu'il est trop éloigné de nous pour permettre .
d'en distinguer les étoiles qui le composent..
Persuadé que les nébuleuses proprement dites
étaient des amas d'étoiles, Herschel avait l'habi
tude d'appeler résolublé la nébulosité dont elles
étaient composées lorsqu'elles avaient une cer
taine narence ; mais lorsqu'il vit qu'en ajoutant
plus ue lumière, loin de résoudre ces nébuleuses
en étoiles , il semblait que leur nébulosité n'était
† différente de celle qu'il avait jusque-là appe
ée laiteuse, il fut obligé d'abandonner cette hy
pothèse ; il s'ensuivit que les nébuleuses, que l'on
soupçonnait consister en étoiles ou dans lesqueltes
' on en voyait , furent désignées sous l'appellation
de facilement résolubles; cette expression ne doit
cependant être admise qu'avec précaution, parce
qu'un objet peut non seulement contenir des étoi
les, mais aussi de lanébulosité dépourvue d'étoi
S. - * ,
LEçoN xvI. . 31 1
Pour mieux entendre la nature et la construc
tion de ces objets astronomiques, Herschel les a
divisés en différentes classes. -

La nébulosité étendue et diffuse. Ce phénomène


n'a pasété beaucoup observé, et ne peutêtre aper
çu qu'au moyen des meilleurs instrumens qui
peuvent rassemblerune lumière considérable. Son
existence est néanmoins démontrée aux astro
nomes. Dans la description d'une de ces apparen
ces, Herschel s'explique ainsi : « Nébulosité extrê
mement faible et en ramification; la blancheur en
est entièremement laiteuse,plus brillante dans cer
tains endroits que dans lereste. Les étoiles de la
voie lactée se trouvent dispersées sur cettematière
comme sur le reste du † Son étendue parallèle
est de près d'un degré et demi, et sa direction mé
§ est de 52'. » Cette nébulosité diffuse est
très grande, car Herschel trouve que 52 nébu
• - » • - r- »
-

, leuses de cette espèce, qui n'avaient jamais été


observées, occupent 152° carrés.
|!
Les nébulosités jointes aux nébuleuses. Lemême
astronome donne quatorze variétés différentes de .
· cette classe. -

- Les nébulosités détachées. Les nébulosités pré


cédentes ne sont pas restreintes à une diffusion
étendue ; on les rencontre aussi en amas déta
chés. -

Les nébuleuses laiteuses. Lorsque les nébulosi


tés détachées sont petites, il est reçu de les appe
ler des nébuleuses; et lorsque en outre elles ont
l'air de la nébulosité diffuse, on leur donne la dé
homination de laiteuses.
Les nébuleuses laiteuses avec condensation. En
regardant la belle nébuleuse d'Orion, qu'il faut
A. - -

312 - AsTRoNoMIE, - -

prendre pour modèle, parceque tout bon téles


cope la représentera assez bien pource dessein, on
s'aperçoit qu'elle n'est pas égalementbrillante dans
toutes ses parties , mais que sa lumière est plus
condensée dans certains endroits que dans d'au
tres. L'idée de la condensation nous vient natu
rellement lorsqu'on voit une augmentation gra
duelle de lumière; de sorte que l'on peut à peine
trouver un mode plus intelligible de s'exprimer,
, qu'en appliquant l'épithète de condensation. En
suivant les circonstances du volume et de la figure
de cette nébuleuse, on parvient à rendre raison
de la manière la plus simple, de l'excès de clarté
dont elle jouit vers son milieu, en supposant que
la matière nébuleuse dont elle est composéerem
plit un espace solide irrégulier, ou bien qu'elle est
un peu plus profonde dans l'espace le plus éclairé,
ou bien encore que la nébulosité y estunpeu plus
comprimee. -

Les nébuleuses qui sont plus éclairées dans plu


sieurs endroits.Cette apparence provient sans doute
· de plusieurs siéges d'attraction dus à une prépon
dérance plus grande de la matière nébuleuse dans
ces endroits, qui en occasionne une divison, et
d'où résulteront trois ou quatre nébuleuses dis
tinctes. -

Les nébuleuses doubles, avec une nébulosité con


tinue ; les nébulosités doubles qui ne se trouvent
qu'à deux minutes de distance; cel/es qui sont à
une plus grande distance; celles qui sont triples ,
quadruples et sextuples, ne sont en général que
des condensations de la matière nébuleuse , en
nébuleuses sphériques séparées.
Herschel explique ensuite les nébuleuses longues

*-•-a- - • -- * ---
LEçoN xvf. · 313
· et droites; celles qui sont étendues , d'une forme
irrégulière; celles d'une figure ronde irrégulière ;
les nébuleusees rondes; enfin celles qui sont remar
quables par quelques particularités dans la confi
guration ou l'éclat, ou bien qui sont graduelle
ment éclairées vers le milieu.
La seule remarque à faire est relative à la force
de condensation, qui, dans ces nébuleuses, paraît
n'avoir produit que très peu d'effet. On peut l'at
· tribuer à ce que la forme de la matière lumineuse
n'est pas déterminée ; il faudrait beaucoup de
temps avant qu'elle pût prendre une forme cen
trale, soit en longueur, soit en longueur et largeur,
ou enfin en ses trois dimensions de longueur, lar
geur et profondeur. On peut l'attribuer aussi aux
· petites quantités de la matière prépondérante, qui
se trouve être centrale et attractive, ou même à la
· brièveté du temps de son action ; car dans ce
cas, des millions d'années ne sont que des mo
IIl6IlS. - -

· Les nébuleuses qui sont graduellement plus bril


lantes vers le milieu. Il est probable que l'effort
du principe gravitant de ces nébuleuses, est dans
un état plus avancé que dans celles de l'article pré
cédent. - •- -

| | Les nébuleuses qui ont l'apparence de comètes.


La grande ressemblance qu'ont ces nébuleuses
avec les comètes télescopiques, fait naturellement
naître l'idée que ces sortes de comètes qui visitent
souvent notre voisinage, peuvent être composées
de matière nébuleuse, ou plutôt que ce sont de
ces nébuleuses très condensées. -

Les nébuleuses qui s'éclairent soudainement vers


le milieu,Un noyau, auquel ces nébuleuses parais
-\
314 : AsTRoNoMIE,
sent approcher, est une indication de consolida
tion; on aurait peut-être raison de conclure qu'un
corps solide peut être formé de matière nébuleuse
condensée; la qualité brillante en a seule jusqu'à
ce jour fait soupçonner la nature.
Les nébuleuses qui ont un noyau, celles qui sont
étendues et qui montrent les progrès de la conden
sation, et celles qui sont circulaires et qui montrent
le même progrès, sont toutes plus condensées que
les précédentes, et paraissent environnées de la
matière nébuleuse la plus rare, qui, n'ayant pas
encore été à même de se consolideravec le reste, se
trouve déployée ou étendue autour du noyau en
forme d'atmosphère considérable.
Les nébuleuses circulaires qui sont presque d'une
lumière uniforme, et celles qui tirent progressive
ment vers une fin de condensation. Dans le cours
d'une condensation graduelle de la matière nébu
leuse, on peut s'attendre à voir arriver un temps
où la compression sera désormais impossible; et la
seule cause probable que l'on puisse supposer à
cette fin de compression, est celle de la consolida
tion parfaite de la matière. · · · ·
· La manière dont les nébuleusesse présentent, et
leur volume apparent, ne peuvent pas faire juger
du volume original de matière nébuleuse †
contiennent; mais en admettant, d'après l'esti
mation la plus rapprochée, que la nébulosité
d'une certaine nébuleuse , lorsqu'elle était dans
l'état le plus diffus, occupait un espace de 1o dans
chaque direction cubique de son expansion, alors,
· comme nous la voyons maintenant rassemblée
en une forme globulaire de moins d'une minute,
- elle doit parconséquent êtreplus de dix-neuf cents
LEçoN xvI. , 315
fois plus dense que dans l'origine de son état.Cette
proportion de la densité est plus du double de
celle de l'eau à l'air atmosphérique.
Les nébuleuses planétaires. Ces corps ont telle
ment l'apparence planétaire, que la dénomination
est la plus exacte possible; car, indépendamment
de leur aspect, une espèce de brouillard restant
les accompagne et les environne plus ou moins,
et démontre leur origine nébuleuse. -

· Lorsqu'on réfléchit sur ces circonstances, on


conçoit que peut-être, dans là suite des temps,
ces nébuleuses, qui sont déja dans un état de
compression, peuvent être condensées, jusqu'à se
transformer en étoiles. On pourrait penser que
l'analogie de leur lumière avec celle de notre so
leil (supposée vue à la distance des étoiles)devrait
à peine être admise même par la condensation de
la matière nébuleuse; mais, si on considère l'im
mensité qu'il en faudrait pour remplir un espace
cubique qui mesurerait 1o à la distance d'une
étoile de 8° ou 9° grandeur; et si on compare
exactement le très petit angle que notre soleil me
sure à cette même distance, on trouvera que,
quelque peu dense que soit la matière nébuleuse
à laquelle on a recours ici, elle ne pourra être
une objection à la solidité nécessaire pour la con
struction d'un corps de la grandeur de notre so
leil. · " :. : -

Une circonstance qui lie ces nébuleuses très


comprimées au caractère de beaucoup de corps
célestes très bien connus, tels, par exemple, que
quelques unes de nos planètes, le soleil ou toutes
fes étoiles périodiques, c'est que très probable
ment la plupart, sinon toutes, tournent sur leurs

BIBLIOTECA SEZIONE Dl s
DELLA MEDlCINA - RCA
316 ASTRONOMIE ,
axes. De ces nébulosités planétaires, sept sur dix
ne sont pas parfaitement sphériques, mais un peu
elliptiques. Ne doit-on pas attribuer cette figure à
la même cause qui aaplati le diamètre polaire des
planètes, le mouvement de rotation ? .
De la distance de la nébuleuse dans la constella
tion d'Orion.

Le 4 mars 1774, Herschel observa l'étoile né


buleuse, dans l'épée d'Orion, qui n'est que de
quelques minutes au nord des grandes nébuleuses ;
il en remarqua en même temps deux autres sem
blables , mais beaucoup plus petites; une de cha
que côté de la grande, et à peu près à la même
• distance. En 1783, en examinant l'étoile nébu
·leuse, il trouva qu'elle était faiblement environnée
d'une couronne circulaire de nébulosité blan
châtre qui la joignait à la grande nébuleuse. -
- Vers la † de la même année, il remarqua qu'elle
n'était paségalement environnée, mais qu'elle était
plus nébuleuse vers le sud.—En 1784, cet astro
nome commença à soupçonner que l'étoile n'était
pas liée avec la nébulosité de la grande nébuleuse
d'Orion, mais qu'elle était semblable à celles qui
se trouvent dispersées dans toute l'étendue des
cieux.—En 18o1, 18o6 et 181o, cette opinion fut
confirmée par le changement graduel qui arriva
dans cette grande nébuleuse, àlaquelleappartient
la nébulosité qui environne cette étoile ; car l'in
tensité de la lumière près de l'étoile nébuleuse
, s'était, pendant ce temps , considérablement ré
duite, par suite d'atténuation ou de dispersion de
la matière nébuleuse , et il paraissait alors très

ºTe 17 R,::"x 3 Ao_"3i l3i3


AMic : . A. , ::ſi :: 1 A ! "
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-
--
· LEçoN xvI. 317 "
évident que l'étoile était loin derrière cette ma
tière nébuleuse, et que par conséquent, la lumière
la traversant se trouvait déviée et dispersée, de
manière à produire l'ap arence d'une étoile nébu
leuse. Lorsque § revit cet intéressant objet
en décembre 181o, il dirigea particulièrement son
attention vers les deux petites étoiles nébuleuses
aux côtés de la grande, et il trouva qu'elles étaient
† dégagées de toute apparence nébu
euse ; ceci ne confirma pas seulement son précé
dent soupçon sur la grande atténuation ou dis
persion de la nébulosité, mais lui prouva aussi que
leur apparence nébuleuse première avait entière
ment été produite par le passage de leur lumière
à travers la matière § qui les occulta en
quelque sorte. — Le 19 janvier 181 1, il eut un
autre bel examen du même objet dans un très
bon télescope de quarante pieds ; et malgré la .
lumière supérieure que cet instrumentproduisait,
il ne put apercevoir aucun reste de nébulosité
près des deux petites étoiles, qui étaient parfaite
ment brillantes et dans la même situation où il les
avait vues, comprises dans la nébulosité, trente
- sept ans auparavant. S'il est donc prouvé que la
lumière de ces trois étqiles a subi une modification
visible pendant son passage dans la matière lumi
neuse, il s'ensuit que la situation de celle-ci parmi
les étoiles est moins éloignée de nous que la plus
grande des trois, qu'on peut supposer être de la
8° ou 9° grandeur. La plus grande distance à la
quelle on peut par conséquent placer la partie la
- Ar 3 - A -

plus faible de la grande nébuleuse d'Orion, à la


quelle appartient la nébulosité qui environnel'étoi
le, ne saurait excéder la distance des étoiles de 7°
318 AsTRoNoMIE ,
et 8° grandeur, mais peut être aussi beaucoup
plus rapprochée. Cette grande nébuleuse d'Orion
a subi des changemens considérables depuis le
temps d'Huyghens. Sa figure alors, donnée dans
son Systema Saturnium, est très différente de
celle donnée par Herschel en 1774. D'après cela,
il est évident que la matière nébuleuse tend à se
contracter ou à se concentrer en un corps sphé
rique, pour sa destination ultérieure.
Il existe des descriptions différentes des nébu
losités étoilaires, dans lesquelles ces corps ne sont
distingués des étoiles proprement dites que par
leur figure. Dans d'autres, on remarque la diffé
rence qui existe entre le centre et le bord visible ;
plusieurs ont reçu la dénomination d'étoilaires,
parcequ'il était évident qu'elles ne constituaient
pas des étoiles parfaites.
La grande différence qui existe entre l'aspect
diffus de la matière nébuleuse et une étoile est si
frappante, que l'idée de la conversion de l'une à
l'autre peut à peine s'admettre, sans un examen
critique du système des nébulosités.
Dans l'ordre où les observations d'Herschel ont
été placées, on a pris soin de faire aperçevoir que
les extrêmes peuvent se lier par des gradations
successives, qui rendent extrêmement probable
la conclusion où l'on est naturellement conduit,
que chaque état de la matière nébuleuse résulte
de l'action de la gravitation, qui aura successive
ment mené la condensation jusqu'à l'état du sys
tème planétaire; de cette dernière à la forme étoi
laire, il ne manque peut-être qu'une compression
additionnelle de la matière nébuleuse, et il a été
- \
-
LEçoN xvI. 319
donné plus haut différens exemples qui lient l'as
pect planétaire à celui des étoiles. º

Les étoiles nébuleuses faibles ont aussi été bien


liées avec toutes sortes de nébulosités faibles,
d'une plus grande dimension ; et, dans un grand
nombre de la plus petite sorte, leur avancement
vers l'apparance étoilaire est si manifeste , que
l'on serait porté à douter si ce n'étaient pas déja .
des étoiles toutes formées. - .

La construction des cieux, dans lesquels le 'ieu


réel de chaque objet céleste doit être déterminé,
ne peut être démontrée avec précision que lors
qu'on a fixé chacun de ces corps par les trois di
Inensions qui, dans les cas apparens de l'univers,
sont nommées longueur, largeur et profondeur.
Les positions angulaires des étoiles et des au
tres corps célestes, données dans les éphémérides
ou catalogues astronomiques, et représentées sur
nos globes ou dans nos cartes, peuvent nous ai
der, pendant la nuit, à les trouver avec facilité,
soit à l'œil nu, soit à l'aide d'une lunette. Car,
pour diriger l'instrument vers ces corps, il ne faut
d'attention rigoureuse qu'au mouvement de la ro
tation de la terre, qui fait passer les objets à des
temps différens, dans le champ de la lunette : ce
endant, quoique la ligne droite suivant laquelle
'objet est vu soit facilement déterminée, leur dis
tance du lieu de l'observateur reste inconnue, et,
à moins de recourir à des méthodes différentes
pour mesurer cette profondeur, leur longitude
et leur latitude ne nous permettront jamais d'as
signer leur véritable place dans la profondeur de
1'espace. - -

uand aux objets très rapprochés, la méthode


14.
32o AsTRoNoMIE,
des parallaxes a complétement réussi; les dimen
sions des orbites planétaires et celle de leurs
satellites , les diamètres du soleil, de la lune et
des autres corps qui appartiennent au système so
laire, ainsi que les distances des comètes ont été
suffisamment déterminées. -

La parallaxe des étoiles fixes a aussi été l'objet


des soins particuliers des astronomes; et quoique
le résultat n'ait pas été aussisatisfaisant qu'on avait
droit de l'espérer, les méthodes employées ont
du moins fait réussir à tel point , qu'on a été à
même de donner la plus belle idée de la vaste
étendue du ciel étoilé , en montrant que tout le
diamètre de l'orbite de laterre, et même celui de
tout notre système solaire, vu à la distance d'une
étoile de 1" grandeur, ne mesurerait pas un an
gle d'une seconde de degré, en sorte qu'il se
trouverait caché par le fil de soie le plusfin.Quant
aux objets plus éloignés, tels que les plus petites
étoiles et les amas supérieurs, soit d'étoiles ou de
nébulosités, la méthode des parallaxes est entiè
rement insuffisante. -

La situation superficielle des étoiles ayant été


soigneusement déterminée par les astronomes,
telle qu'on la trouve dans les catalogues, il est
nécessaire d'examiner jusqu'à quel point l'arran
| gement des étoiles en un certain ordre de gran
deurs, peut aider à déterminer leur situation lo
cale. -

Lorsqu'on observe la différence de clarté dans


les étoiles, on est tenté de l'attribuer à des diffé
rences de dimension; si notre estimation est bor-.
née àl'apparence seule, on sera porté à juger Arc
turusplus considérable qu'Aldébaran; le principe
LEçoN xvI. 32 1 .
sur lequel repose le classement des étoiles est
donc entièrement fondé sur leur grandeur appa
rente. Comme il est reçu que l'on † toutes les
étoiles visibles en sept classes différentes, les plus
brillantes furent nommées étoiles de 1º grandeur,
et les autres suivant la gradation de diminution
de leur lumière. Mais il est évident que l'on ne sau
rait affirmer que celles de 5°, 6° et 7° grandeurs,
sont réellement plus petites que les étoiles de pre
mière, deuxième ou de troisième grandeurs; on
doit donc attribuer la cause de cette différence
dans les grandeurs apparentes, à leurs distances
relatives; par conséquent , ces distances sont en
raison inverse de leurs dimensions apparentes.
On peut établir en principe que, puisque dans
nos catalogues les grandeurs sont déterminées
avec les deux dimensions qui fixent le lieu super
ficiel des étoiles, on a aussi une valeur approchée
de la troisième dimension, la profondeur; mais,
en admettant qu'à l'œil nu on ne peut voir que les
étoiles de la septième grandeur, cette valeur ap
proximative, qui nedétermine d'ailleurs que leurs
situations relatives, ne nous instruira nullement
des distances réelles où elles sont placées,
^
322 AsTRoNoMIE,

à$eçon ôix-septième.
DES APPARENCEs TÉLESCoPIQUEs DEs CoRPs CÉ
LESTES. -

- -*
- .

•-•

De toutes les découvertes que les astronomes


ont faites au moyen des lunettes, il en est peu
d'aussi intéressantes que celles de la surface de la
lune; sans aucune connaissance préalable de l'as
tronomie, sans être initié dans les lois des mouve
mens célestes, le spectacle que la lune offre excite
toujours la plus grande curiosité.Cette planète
secondaire est la première qui s'offre à nos re
gards, et la plus heureusement située pour les
premiers examens de l'astronomie.
L'œil nu y découvre un nombre assez considé
rable de taches irrégulières, qui, observées plus
attentivement , et à l'aide d'une bonne lunette, se
convertissent en cavités et en montagnes d'une éten
due considérable, ayant toutes une forme particu
lière, qu'on chercherait en vain sur notre globe.
Lorsque l'idée de l'observateur passe de cette con
templation de la lune, comme objet de grandeur
et de beauté, à la considération des matières qui
peuvent constituer ce corps céleste, on arrive na
turellement au calcul des principales hauteurs, ou
montagnes de la surface lunaire, déterminés avec
beaucoup d'exactitude à une lieue commune d'é
LEçoN xvII. 323
lévation perpendiculaire. Les cavités circulaires et
immenses que l'on voit de toutes parts sur le dis
que, sont de formes infinies, tant dans leurs di
mensions que dans leurs dispositions; on a estimé
que quelques unes pouvaient avoir une lieue de
profondeur, et près de vingt lieues de diamètre.
Les cavités sont généralement environnées de crè
tes élevées, dont les figures affectent encore les
formes les plus bizarres.Souvent on voitdesmon
tagnes isolées, qui s'élèvent du milieu d'une cavité
immense; enfin, les grandes cavités sont elles
mêmes parsemées (si l'on peut s'exprimer ainsi )
de petites cavités, dont les couleurs diffèrent en
tre elles. -

On doit ici observer que ces cavités sont plus


mombreuses dans la partie sud-ouest du disquelu
naire. Les crètes des montagnes qui environnent
les profondeurs, réfléchissent une plus grande
quantité de lumière vers l'observateur que les ca
vités elles-mêmes; de là résulte l'apparence que
le même côté de sud-ouest de la lune est plus bril
lant que tout autre.
| | Les apparences diverses que prend la surface
de la lune, pendant la période de sa course en
tière, depuis la conjonction vers l'opposition, et
de là, pendant son déclin, vers sa conjonction,
sont également intéressantes; ces phénomènes
paient au-delà les veilles que l'astronome leur sa
crifie pour son instruction.
Les taches principales de la surface de la lune
ont été désignées, d'un accord unanime, entre
les philosophes qui ont le plus puissamment con
tribué au développement de l'intelligence humai
me: le plus grand nombre des noms appliqués à

- - 324 AsTRoNoMIE, .
ces taches ont été portés par les astronomes et les
) savans les plus illustres de l'antiquité. On compte
- ordinairement trente et une taches principales,
| SaVOlI' : -

Dans la partie nord-est de la surface :


{ Platon. Copernie,
Héraclite. Eratosthènes.
- · Aristarque. Archimède.
- - · Aratus. · Eudoxe et Aristote;
· · · Képler. plus, un volcan.
Dans le nord-ouest :

Dionise. Ménélas.
Manilius. Cléomède.
Pline. Messala et Hermès.

Dans le sud-est du disque lunaire :


| . ' Schikard. Grimaldi.
- - · Ticho Brahé, Laënsberg,
Gassendi. Ptolémée et Galilée.

· Dans la partie sud-ouest :


| - Snellius. Cyrillus
· • Frascator. Albategnius et Lan
- . : ' Pétaud. • grenus.

Ces taches sont représentées dans la vue géné


rale de la surface lunaire jointe à cet ouvrage ;
· elles y sont assujetties aux moyennes librations de
la lune. -

La différence considérable qui existe dans l'ap

-- -- ^ - - - -- ---- --
LEçoN xvII. 325
parence de ces taches, suivant qu'on les observe
dans l'opposition ou aux quadratures, s'explique
en admettant une surface très inégale; les rayons
solaires, tombant perpendiculairement sur ce dis
que, nous représentent des taches sans aucune pro
jection d'ombre, tandis que la lune se trouvant en
quadratures relativement à la terre, les rayons
solaires réfléchissent obliquement sur les mon
tagnes lunaires, et remplissent toute la surface de
confusion, par rapport aux ombres que ces mon
tagnes † derrière elles. Les changemens
de couleur et de forme que la planète prend à
cette époque, et que l'on observe toujours dans
une position semblable, s'expliquent encore par
l'inégalité desa surface.Lorsque les rayons solaires
tombent directement sur la lune, les parties les
plus élevées projettent des ombres triangulaires
dans une direction opposée au soleil. Les cavités,
au contraire, restent constamment obscures, vers
le bord le plus rapproché du soleil, tandis qu'elles
sont plus éclairées vers le côté opposé; les ombres
de la partie convexe se raccourcissent à mesure
que la lumière solaire devient †
directe sur la
surface, tandis que les teintes des cavités devien
nent graduellement moins obscures, en raison du
même changement dans la direction des rayons
solaires. On trouve donc toujours que lorsqu'une
partie donnée de la surface s'éloigne des rayons
directs solaires, les ombres augmentent progessi
vement, et que les teintes diminuées des cavités
qui s'éloignent, deviennent plus fortes à mesure
que l'obliquité de la lumière augmente.
Ces changemens dans l'aspect, qui se succèdent
continuellement, et que l'on peut observer à cha

- « ° , • --- -- "" " •

- - - , · -- --
326 AsTRoNoMIE ,
que lunaison, sont suffisamment démontrés en se
servant d'une lunette, dont le pouvoir amplifiant
est de 4o à 7o fois la valeur de l'angle sous lequel
l'objet est vu.
Vénus présente des phases comme la lune; la
forme de son croissant, en tout point semblable
à celui de notre satellite, ne saurait cependant
s'observer à l'œil nu.
Mars , outre les phases que l'on observe dans
certaines circonstances, se fait encore remarquer
par sa couleur rouge, sa figure irrégulière, et l'iné
galité de configuration de ses taches.
Jupiter montre un spectacle beaucoup plus eu
rieux ; ses bandes qui varient sans cesse , et qui
sont rarement observées pendant un espace de
temps considérable, excitent toujours l'attention
des astronomes. Les quatre satellites qui accom
pagnent cette planète produisent le spectacle le
plus agréable, puisque leurs mouvemens dans des
orbes diverses doivent quelquefois les présenter
tous les quatre à l'horizon, se levant ensemble, et
se couchant à des heures différentes , marquer en
quelque sorte le temps, par la différence de leurs
passages méridiens.Lorsque ces satellites se trou
vent ensemble au méridien, quel spectacle pour
l'observateur astronome placé dans cette planète !
Quelle lumière cette réunion ne doit-elle pas pro
duire! Quels grands moyens pour calculer les lon
-
gitudes maritimes; qui nous manquent entière
ment, et qu'on déduit certainement de la différence
qui existe dans l'obliquité de leurs orbes, ou par
le calcul de leurs mouvemens moyens ! Cette pla
nète est la plus considérable de toutes ; sa masse
est 3o8 fois plus grande que la terre,et sonvolume

------- . - _ - --- ----,


-
- - --- - --- -------- -- : - "
-
- - —- -
LEçoN xvII. 327
128o fois plus grand que celui de cette dernière
planète. Dans son mouvement de rotation , son
équateur parcourt 178 de nos lieues communes
en une minute , ou 6772 toises par seconde. Sare
volution sidérale s'exécute en 4332 jours et demi,
et sa révolution synodique en 398 jours et demi.
Saturne, dont l'anneau excite tant d'admira
tion, par sa forme, sa position, et les inclinaisons
diverses qu'il prend dans les différentes phases de
sa révolution sidérale, est remarquable par les sept
satelites qui environnent le corps de la planète et
de l'anneau. Il ne faut pas oublier l'aplatissement
visible de cette planète vers les pôles, conforme
· aux calculs du mouvement de rotation des corps,
les bandes nébuleuses de sa surface qui sont plus
constantes, dans leurs figures et dans leurarrange
ment, que celles de Jupiter, l'ombre que projette
au loin le corps de la planète sur les anneaux, et
celle que projette la partie antérieure de ces an
neaux sur le côté visible de Saturne. Les change
mens auxquels cette planète est assujettie dans les
différentes parties de son orbite, les anneaux qui
l'environnent dans une position inclinée au §
de l'orbite de 3oº à peu près, méritent également
l'attention spéciale des astronomes : on observe
que pendant sa révolution sidérale entière, cetan
neau reste constamment parallèleà sa positionpre
mière; de sorte que, dans les différens points de
son cours, les habitans de notre planète en ont
des vues différentes : les changemens d'aspect que
l anneau nous montre augmentent avec la diffé
rence dont la lumière solaireyparvient par rapport
à nous.Ainsi, l'on voit quelquefois la planète sans
anneau apparent, et quelquefois avec un anneau
328 AsTRoNoMIE,
quil'environne presque parfaitement; du moins on
le voit de manière à ce que le plus grand diamètre
de l'ellipse qu'il présente soit plus grand que le
diamètre polaire du corps de la planète. Dans quel
ques situations , c'est la surface nord de l'anneau
éclairé que l'on aperçoit; dans d'autres, c'est la
surface opposée, suivant que les rayons solaires
éclairentl'uneoul'autre, et suivant que la situation
de la terre, relativement au soleil et à la planète,
nous permet de les apercevoir.
Les satellites de Saturne (on en a observé sept)
sont très difficiles à voir, et demandent le plus
grand soin. Il est indispensable d'avoirune lunette
dont le grossissement aille jusqu'à trois cents fois
l'objet, pour pouvoir examiner Saturne et les phé
nomènes intéressans qui l'accompagnent.
La planète Herschel, qui paraît être située aux
confins de notre système planétaire, est accompa
gnée de six satellites et d'un anneau (au rapport
de l'astronome dont cette planète porte le nom )
entièrement semblables et offrant les mêmes ap
parences que ceux de Saturne. -

Le soleil n'offre de particulier que des taches


nombreuses en certaines saisons. La vue de ces
taches fait naître l'idée qu'elles sont composées de
deux couches ; la première, qui est d'une teinte
moins foncée, peut être formée par des nuages de
º matière lumineuse, moins denses que ce qu'on ob
serve sur le reste du disque; et la deuxième, qui
est beaucoup plus obscure, est attribuée au corps
même du soleil, opaque, et exposé à nos yeux par
un écart accidentel d'une partie des couches supé
rieures.Les formes diverses qu'affectent les taches;
· depuis l'apparence circulaire jusqu'à celle de ligne

--- ---
LECON
5
XVII. 329
droite et leur disparition, ne sont dues qu'au pas
sage de la même tache du milieu du disque solaire
au bord , occasioné par la rotation du soleil sur
son propre axe.

Des nébuleuses. - ^ .. , --

, "
-

Avant la découverte du télescope , les étoiles


qu'on appelait fixes étaient généralement suppo
sées à des distances égales de la terre, quoiqu'il
fût facile de déterminer que leurs grandeurs appa
rentes étaient différentes. Les anciens ne connais
saient donc pas d'autres étoiles que celles que l'on
distingue à la vue simple, qui n'excèdent pas 3,ooo,
dans les deux hémisphères. Elles sont, pour la
plupart, à des distances très inégales les unes des
autres ; mais elles sont, dans plusieurs endroits ,
disposées en groupesou ennébuleuses:cesgroupes
sont dispersés dans les cieux sans aucune régula
rité dans leur distribution.
Les astronomes entendent par nébuleuses, ces
sortes d'étoiles fixes qui montrent une lumière
pâle, et dont la grandeur est au-dessous de la
· sixième , à peu près invisibles à l'œil nu, ou qui
n'offrent que l'image d'une apparence laiteuse.
Par rapport à leur immense distance, les nébu
leuses ne peuvent se voirqu'avec de fortes lunettes:
elles se réduisent alors en groupes d'étoiles, tels
que ceux que l'on rencontre si souvent dans la
voie lactée. Ces rassemblemens de groupes d'é-
toiles peuvent être facilement supposés assez éloi
·gnés pour prendre l'apparence d'une nébuleuse,
lorsque, semblable à l'objet réel dont elle offre
l'image en petit, elle paraîtra plus brillante vers
33o - AsTRoNoMIE,
son centre. Ce n'est pas que des groupes d'étoiles
me puissent, en raison de leur distance, prendre
l'apparence de traînées nébuleuses; mais on doit
observer que ces groupes peuvent paraître comme
devéritablesnébuleuses arrondies, surtout lorsque
leur distance ne permet pas de les décomposer
- avec les meilleures lunettes : ils sont aussigraduel
lement plus brillans vers leur eentre. Les instru
mens semblables à celui dont se servit Herschel,
peuvent assez facilement réduire ces rassemble
mens d'étoiles : on en a trouvé qui en contenaient
jusqu'à 5o,ooo. .
Les figures de ces sortes de nébuleuses sont
souvent aussi variées que bizarres : on en recon
naît qui ont l'apparence d'un grand anneau de
matière lumineuse, dont le plan est perpendicu
laire au rayon visuel, -

D'autres nébuleuses sont triples, et leur centre


est souvent occupé par des étoiles simples ou dou
bles très distinctes. La clarté vers le centre est
alors assez uniforme. On en a observé qui avaient
des rayons s'étendant à des distances considérables
de chaque côté. L'aspect de ces figures confond
l'imagination, qui ne peut que se fatiguer dans
les calculs probables de ces sortes de phéno
mènes.
Les nébulosités laiteuses sont des phénomènes
très intéressans par leur nature : on croit généra
lement qu'elles ne sont point placées à des distan
ces très considérables. La plus brillante et la plus
remarquable de ces dernières nébuleuses s'observe
dans la constellation d'Orion. -

| Il n'est pas probable que cette nébulosité pro


vienne d'une région d'étoiles visibles, même en
LEçoN xvrr. 33 r
accordant que la distance d'un pareil rassemble
ment soit immense. Les changemens continuels
qu'on remarque dans sa configuration donnent
évidemment lieu à cette hypothèse. Huyghens, qui
découvrit ce beau phenomène, resté jusqu'à ce
jour sans explication raisonnable, disait qu'en
l'observant, l'organe de la vue se trouvait affecté,
comme lorsque, d'un endroit obscur, on regarde
une région de lumière à travers une ouverture.
| Des étoiles doubles et triples.

L'étoile gamma d'Andromède ( ) est double :


ees deux étoiles sont très différentes dans leur
grandeur apparente : la plus considérable est rou
geâtre, et la plus petite est d'un léger bleu de ciel,
tl I'ant aUl VeI't.

Alpha d'Hercule (2) est dans le même cas ; les


deux étoiles sont encore de grandeurs différentes;
la grande est d'une eouleur rouge; la petite, d'un
bleu verdâtre. Cette étoile double est une des plus
curieuses de notre ciel.
Epsilon du Bouvier ( ) est également une très
· belle étoile double : la plus grande des deux est
rouge; et la plus petite, bleue tirant sur le lilas.
L'apparence la plus extraordinaire, et qui est
encore unique, est celle qu'offre l'étoile triple que
l'on voit dans le pied gauche de devant de la Li
eorne. Cette étoile paraît d'abord double; mais,
observée avec un peu d'attention , on découvre
que l'une d'elles estégalement double. La première
des trois est la plus considérable. Leur couleur est
en général blanche.
332 AsTRoNoMIE,

cçon bix-fjuitième.
DEs coNsTELLATIoNs DU zoDIAQUE, DE LEUR coNFI
GURATIoN, DU NoMBRE D'ÉToILEs QU'ELLEs CoN
TIENNENT , DE LEURs GRANDEURs APPARENTES.
• -

•---

Les anciens eurent de bonne heure l'idée de


diviser le firmament en constellations, en grou
pant un nombre d'étoiles sous laforme de certaines
figures, pour aider l'imagination et la mémoire
à concevoir et retenir leur nombre, leur ordre,
et leurs dispositions particulières. -

La divisionprimitive des cieux en constellations


est donc très ancienne; on voit qu'elle était connue
des premiers auteurs sacrés et profanes de l'anti
quité. Le livre de Job contient le nom de quel
ques unes de ces constellations. -

Il estévident que, dans cette première division,


ils n'ont pu comprendre que les étoiles visibles à
l'œil nu. La première de ces divisions est contenue
dans le catalogue de Ptolémée, compris dans le
livre septième de son Almageste; elle était pré
parée, à ce qu'il assure lui-même, d'après ses
propres observations comparées à celles d'Hip
parque, et à celles des autres grands astronomes
de l'antiquité.
C'est sur ce catalogue que Ptolémée a formé
LEçoN xvIII. 333
ses 48 constellations, savoir : 12 qui sont dans
l'écliptique, et qu'on nomme communément les
douze signes; 2 1 constellations qui se trouvent au
nord de ce grand cercle, et 15 au midi. Les con
stellations boréales sont : la Petite Ourse, la Grande
Ourse, le Dragon,Céphée, le Bouvier, la Couronne
boréale, Hercule, la Lyre, le Cygne, Cassiopée,
Persée, le Cocher, Ophiucus ou le Serpentaire ,
le Serpent, la Flèche, l'Aigle, le Dauphin, Pégase,
Andromède, et le Triangle.
Les constellations de l'écliptique sont : le Bélier,
le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion, la
· Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le
Capricorne, le Verseau, et les Poissons, compris
dans les deux vers latins suivans :
_t - -

Sunt Aries, Taurus, Gemini, Cancer, Leo, Virgo,


Libraque,Scorpius,Arcitenens, Caper, Amphora, Pisces

Les constellations méridionales sont : la Baleine,


Orion, l'Eridan , le Lièvre, le Grand Chien , le
Petit Chien, le Navire, la Coupe, le Corbeau, le
Centaure , le Loup, l'Autel, la Couronne australe,
et le Poisson austral. , - 4 -
Les autres étoiles qui ne sont pas comprises dans
ces constellations, quoique très visibles à l'œil ,
étaient désignées sous la dénomination de sporades,
ou étoilesinformes; quelquesunes de ces dernières
ont été classées en constellations par les astro
nomes modernes : on observe cependant que, sur
les globes célestes, les figures des constellations
ont été dessinées de manière à les comprendre
tOllteS. | - • , * -

Les poètes grecs et romains de l'ancienne théo


334 · AsTRoNoMIE,
logie imaginèrent des fables sur l'origine des eon
stellations ; ces fables donnèrent probablement
naissance aux hiéroglyphes égyptiens, et ensuite
furent transmises à l'Europe par le canal des Grecs,
avec les changemens ou altérations qui conve
naient le mieux à ees peuples, qui les arrangèrent
d'ailleurs sur les sujets de leurs propres fables. Il
est probable quel'invention des signes du zodiaque
ainsi que ceux du plus grand nombre des autres
constellations de la sphère , doit être attribuée à
un peuple antique, vivant dans quelque climat
au nord de la zone torride, peut-être dans eette
partie que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de
Tartarie , ou dans les climats qui se trouvent vers
· le nord de la Perse et de la Chine. De là ces idées
ont pu être transmises à la Chine, l'Inde, Baby
lone, l'Arabie, l'Egypte, et la Grèce. -

Du Zodiaque.
Ce mot est formé du grec #º°v (zôon), animal,
en raison des constellations qui le composent ;
d'autres font dériver ce nom de garn ( Zoè) vie,
par suite de l'opinion assez généralement reçue, à
certaines époques, que les planètes avaient une
grande influence sur la vie animale et physique.
Le soleil ne s'écarte jamais du milieu du zo
diaque, c'est à diré de l'écliptique, les planètes
au contraire s'en écartent toutes plus ou moins ;
leur plus grande déviation, appelée leur latitude,
est mesurée par la largeur du zodiaque, qui par.
conséquent est tantôt plus, tantôt moins large ,
suivant que les latitudes des planètes sont plus ou
moins grandes; il en résulte que plusieurs astro
-

LEçoN xvIII. 335


nomes fontce cercle de 16°, de 18°, et d'autres de
2o° de largeur.
Le zodiaque se trouve divisé en douze parties
qu'on nomme signes; ces divisions ou signes
prennent les noms de constellations qui autrefois
occupaient chacun d'eux : mais comme le zodia
que reste immobile et que les étoiles ont un mou
vement apparent de l'ouest à l'est, ces constella
tions ne répondent plus à leurs signes correspon
dans; cette rétrogradation se nomme la précession
des équinoxes. -

Il résulte de ce qui précède, que lorsqu'on dit


qu'une étoile se trouve dans tel signe du zodia
que, on ne doit pas entendre par-là que ce soit la
constellation dont il s'agit , mais seulement cette
douzième partie du zodiaque qui comprend l'é-
toile. -

Il est très probable que les figures des signes du


· zodiaque sont relatives aux saisons de l'année, ou
aux mois de la marche solaire ; ainsi, le premier
signe (le Bélier Y) indique que, vers le temps où
le soleil entrait dans l'équinoxe, les agneaux com
mençent à suivre leurs mères. La relation fabu
leuse de cette constellation, telle qu'elle nous est
venue des Grecs, a du rapport avec cette opinion :
l'histoire du bélier d'or de Phryxus, offert en-sa
crifice à Jupiter, et qui fut enlevé, dit-on, parce
dieu , pour être placé au ciel. -

D'après Flamstead, cette constellation contient


66 étoiles, dont une de la deuxième grandeur,
deux de la troisième et les autres beaucoup plus ,
petites, -

Le Taureau o a sans doute été placé par les


Égyptiens et les Babyloniens dans cette partie du
336. | AsTRoNoMIE,
zodiaque que le soleil semble parcourir, vers le
temps où les vaches mettent bas leurs veaux. On
a cru cependant y reconnaître le temps où com
mençaient les travaux du labourage.
· Les fables des Grecs nous apprennent que ce
taureau était celui qui transporta Europe vers
l'île de Crète, à travers les mers; et que Jupiter,
pour récompenser ce service signalé, placa l'ani
mal, dont il avait lui-même pris la forme, parmi
les étoiles.
Le catalogue de Flamstead indique que le Tau
reau contient 141 étoiles, une de la première gran
deur, une de la deuxième, quatre § la troisième,
| et les autres beaucoup # petites.La plus con
sidérable, placée à l'œil gauche, porte aussi le
nom d'Aldébaran.
Le troisièmesigne, ou les Gémeauxbd, était au
trefois représenté par deux chevreaux; il indiquait
la saison où les chèvres mettent bas leurs petits,
qui sont toujours au nombre de deux. -

Le nombre des étoiles de cette constellation est


de 85, une de la première grandeur, deux de la
deuxième, cinq de la troisième, et les autres plus
petites. Castor et Pollux sont les plus remarqua
bles.
Le Cancer65 est représenté par une écrevisse; le
soleil, en arrivant dans ce signe, semble avoir
donné lieu à cette représentation, par sa marche
rétrograde vers l'équateur : on pourrait également
croire que la disposition particulière des petites
étoiles de la constellation correspondante, a fait
imaginer cette figure. Les Grecs prétendent que,
lorsque Hercule combattait l'hydre de Lerne, une
écrevisse, qui rampait à terre, mordit le pied de
LECON
5
XVIII . 337
cé héros; elle fut cependant écrasée sous le talon
de ce demi-dieu; mais Junon, en reconnaissance
de ce service, quoique peu considérable, plaça
cet animal au ciel.
D'après le catalogue de Flamstead, le nombre
des étoiles de cette constellation est de 83; elles
sont toutes petites, une seule étant de troisième
grandeur. - -

Le Lion º est le cinquième signe du zodiaque.


Les fables grecques disent que c'était le lion de
Némée, qui tomba de la lune; mais ayant été tué
par Hercule, il fut placé au ciel par Jupiter, en
commémoration de ce terrible combat, en hon
neur du héros. Il est probable que les Egyptiens
n'entendaient rien autre chose que la grande cha
leur produite lors du passage du § dans ce
signe; comme, vers le solstice d'été, les lions sont
très nombreux et très dangereux en Ethiopie,
, cette circonstance donne la raison pour laquelle
les Egyptiens placèrent ce signe dans une partie
de leur zodiaque. On doit observer aussi que l'em
blème du lion servait d'enseigne à la tribu de
Juda.
Le nombre des étoiles de la constellation du
Lion, d'après le catalogue de Flamstead, est de 95;
une est de première grandeur, appelée Régulus;
trois sont de deuxième grandeur, quatre de troi
sième et les autres plus petites.
La Vierge mP est représentée comme une fille
moitié nue, tenant un épi de blé; ce qui marque
évidemment la saison des récoltes, parmi les
peuples qui inventèrent ce signe. Les Grecs nous
racontent que cette vierge était autrefois fille
d'Astrée et d'Ancora; elle vivait dans l'âge d'or

- ------ - - -- , --------- - - ,
•s º,

338 - AsTRoNoMIE,
et enseignait aux hommes leurs devoirs; mais,
leurs crimes augmentant toujours; elle fut obligée
de les abandonner, et aIla prendre sa place dans
les cieux. Il n'y a point de doute que les Egyp
tiens ne représentassent leur déesse Isis par cet
emblême.
Flamstead compte 11o étoiles dans cette con
stellation; une de première grandeur, l'Epi; il n'y
en a pas de deuxième grandeur, mais il s'en trouve
six de troisième; les autres sont beaucoup plus
petites.
LaBalance-A- est marquée ainsi, parceque, lors
que le soleil arrive à ce point, vers l'équinoxe
d'automne, les jours sont égaux aux nuits, et
semblent être pesés à la balance.
Cette constellation n'a aucune étoile de pre
mière grandeur, deux sont de deuxième gran
deur seulement; elle ne contient que 51 étoiles.
Le Scorpion ml. Les Egyptiens plaeèrent proba
blement cet insecte venimeux dans cette partie du
ciel, pour marquer que, lorsque le soleil à arrive,
il hâte le développement de beaucoup de mala
dies : ce fléau ne pouvait en effet être mieux re
présenté que par un animal dont la piqûre en oc
casionne plusieurs. Le nombre des étoiles conte
nues dans cette constellation est de 44; la plus
remarquable est Antarès, le Cœur, de première
grandeur; cinq sont de troisième grandeur, et
les autres beaucoup plus petites.
Le Sagittaire ,- est représenté sous la forme
d'un centaure, au moment où il tire. Il est pro
bable que le Sagittaire a eu rapport avec la chasse;
car c'est en effet dans la saison de cet exercice
que le soleil parcourt ce signe.
LEçoN xvIII. 339
Le catalogue britannique donne '79 étoiles au
Sagittaire, qui toutes sont au-dessous de la 2°
grandeur.
Le Capricorne X est représenté par un bouc
à queue de Poisson ; c'est une des quarante-huit
constellations dont les noms passèrent de l'Egypte
en Grèce. Les Grecs prétendent que Pan, pour
se soustraire au géant Typhon, se jeta dans le Nil
et fut changé en cet animal ; ce fut en commémo
ration de cet exploit que Jupiter l'éleva au ciel.
Hl est cependant plus probable, d'après l'observa
tion de Macrobe, que les Egyptiens marquèrent
ainsi cette partie du zodiaque, parcequ'alors le
soleil commence à monter vers le nord, le bouc
se complaît en effet à grimper sur les côtés des
montagnes. Le signe du Capricorne amène le sol
stice d'hiver, relativement à notre hémisphère ;
mais, les étoiles ayant avancé de tout ce signe vers
l'est, le signe du Capricorne correspond mainte
nant à la onzième constellation, et c'est aujour
d'hui lorsque le soleil paraît décrire le signe du
Sagittaire, qu'arrive le solstice d'hiver.
Suivant le catalogue britannique, la constella
tion contient 51 étoiles, toutes petites; deux seu
lement sont de deuxième grandeur.
Le Verseau à est représenté par un courant
d'eau sortant d'un vase. Le coucher héliaque du
Verseau a lieu vers la fin de juillet, et les anciens
prétendaient que les débordemens du Nil prove
naient de la position penchée qu'avait alors le vase
de la §ſ§
Cette constellation contient 1o8 étoiles, toutes
petites, et au-dessous de la troisième grandeur.-
- Le signe des Poissonss estreprésenté par deux
34o AsTRoNoMIE,
poissons liés ensemble par la queue; l'approche
du printemps avertissait alors l'homme que la sai
r
son de la pêche allait commencer,
Les anciens † que ce signe avait
toujours une influence funeste. Les Syriens et les
Egyptiens se sont long-temps abstenus de man
ger du poisson; et, lorsqu'ils avaient à représen
ter quelque chose d'odieux, ils lui donnaient l'em -
blème du poisson. A -

Suivant le catalogue de Flamstead, cette con


stellation contient 1 13 étoiles; toutes très petites,
et ne dépassant pas la quatrième grandeur,
N, LEçoN xIx. 341

(7) % s«
$ #eçon ôix-neuvièmte.
IDESCoMÈTEs, DE LEURs QUEUEs, ET DEs APPARENCEs
DIvERsEs D'UN GRAND NoMBRE D'ENTRE ELLEs.

Comètes que l'on craint à l'égal du tonnerre,


Cessez d'épouvanter les peuples de la terre;
Dans une ellipse immense achevez votre cours;
Remontez, descendez près de l'astre des jours;
Lancez vos feux, volez, et revenant sans cesse,
Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.
VoLTAIRE.

Indépendamment des planètes proprement di


tes, qui sont toujours visibles, ou du moins que
l'on peut apercevoir à l'aide de lunettes, il est une
autre sorte de planètes dans les cieux, qui, après
s'être montrées pendant toute une saison, s'éloi
gnent à des distances prodigieuses et nous privent -

de leur vue. Ces corps, qu'on nomme comètes, se


distinguent généralement par la queue qui les suit
ou les précède, toujours dirigée dans le sens op
posé au soleil, d'une lueur plus pâles que le noyau,
et assez forte pour laisser apercevoir les étoiles
qu'elle paraît occulter.
Les comètes tirent leur nom du grec « gn (ko
mé), cheveux. Les vapeurs brillantes qui accom
pagnent généralement ces corps, et qui forment
• ' .
342 AsTRoNoMrE,
même le plus grand nombre d'entre elles, ont, par
leur apparence assez semblable à celle des che
veux, donné lieu à cette appellation.
On classe ordinairement les comètes en deux es
pèces; celles qui sont chevelues, et celles qui sont
suivies de longues queues; mais, en général, cette
division se rapporte plutôt aux différentes circon
stances d'un météore, qu'aux phénomènes que
pourrait produire la vue de plusieurs d'entre eux.
, Ainsi, lorsque la comète se trouve à l'est du soleil
et s'éloigne de cet astre, elle doit être chevelue,
parceque la lumière semble la précéder, quand
elle se trouve à l'ouest, et qu'elle se couche après
le soleil, alors elle offre l'aspect d'une queue,
† traînée de lumière la suit. Lorsque
a comète et le soleil sont diamétralement oppo
sés, et la terre sur la ligne qu'on suppose menée
d'un astre à l'autre, toute la traînée de lumière,
excepté aux extrémités, reste cachée derrière la
comète, c'est alors qu'elle offre un aspect chevelu
remarquable; le nom latin de coma, qui lui est
appliqué dans cette circonstance, paraît être l'o-
rigine du nom même de la comète. -
Les grandeurs de ces corps célestes semblent
différer prodigieusement. Plusieurs comètes, ob
servées §velure , n'avaient que la grandeur
apparente des étoiles de première grandeur : il en
est qui ont paru infiniment plus grandes, comme
celle qui se montra au temps de Néron, et qui, au
rapport de Sénèque, n'était pas inférieure en gran
deur apparente au soleil. La comète observée par
Hévélius, en 1652 ne parut pas moins grande que
la lune, quoique moins éclairée; sa lumière était
pâle, et paraissait d'une faiblesse extrême. La plu
LEçoN xrx. 343
part des comètes ont des atmosphères très denses
qui les environnent, ce qui affaiblit la réflexion
des rayons solaires; mais à l'intérieur, on voit ce
pendant paraître le noyau ou corps solide de la
comète, lequel, quand le ciel est pur , réfléchit
une lumière beaucoup plus vive. - -

Les philosophes anciens plaçaient les comètes


parmi les corps célestes, et les rangeaient par sta
tions, beaucoup au-dessus de la lune; car Aris
tote; dans son premier livre des Météores ; Plu
tarque, dans son troisième livre des Opinions phi
losophiques, et Sénèque, dans son septième livre
des Questions naturelles, affirment que les Pytha
riciens et toute la secte italique maintenaient que
† comètes étaient des espèces de planètes ou d'é-
toiles errantes qui ne paraissaient pas constam
ment dans les cieux, mais seulement à des temps .
marqués, après avoir accompli certaines révo
lutions. Hippocrate et Démocrite, furent de la
même opinion , d'après ce que nous apprennent
Aristote et Sénèque; ce dernier assure aussi qu'au
rapport d'Apollonius Myndius, un des hommes les
plus habiles dans la recherche des causes natu
relles, les Chaldéens rangeaient les comètes par
mi les autres étoiles errantes et qu'ils connais- .
saient leurs révolutions. Apollonius lui-même pen
sait qu'une comète était une étoile d'une espèce
particulière , comme le soleil et la lune, mais
dont la coursen'étant pas encore connue; que par
son mouvemnt elle s'élève beaucoup dans les
cieux, et ne commence à paraître # lorsqu'elle
· descend dans la partie inférieure de son orbite.
Sénèque est de la même opinion : « Je ne puis
croire, dit-il , qu'une comète soit un feu allumé
15
• - - -

344 AsTRoNoMIE,
soudainement; elle doit être rangée parmi les œu
qreséternelles de la nature. Elle a son lieupropre,
et n'en peut point sortir; elle achève sa course,
et ne s'éteint pas, mais seulement elle s'éloigne
jusqu'à se perdre à notre vue. On prétend que si
elle constituait une étoile errante, elle serait ren
fermée dans le zodiaque ; mais qui pourrait met
tre des bornes aux courses de toutes les étoiles ?
qui pourrait resserrer les œuvres du Tout-Puis
sant dans des limites étroites ? »
Cependant toute la secte des Péripatéticiens, qui
craignait que les comètes n'amenassent quelques
désordres dans les cieux, soutenait que ce n'était
qu'une espèce de météore, compris dans les limi
tes de notre atmosphère; quelques savans ont
même voulu soutenir cette opinion beaucoup plus
tard. Mais il est trop manifeste que les comètes se
trouvent hors de notre atmosphère; car, lorsqu'on
: les observe de lieux différens, elles paraissent à la
même distance des étoiles fixes qui sont près
d'elles ; ce qui n'aurait pas lieu si leur parallaxe
n'était pas très petite, et par conséquent leurdis
tance considérable. -

• On détermine facilement aujourd'hui si les co


mètes ont une parallaxe sensible; car, avant l'ap
parition de l'astre, sa marche est si lente , que
pendant plusieurs jours, il paraît n'être doué
, d'aucun mouvement par rapport aux étoiles fixes,
, ce qui offre la circonstance la plus heureuse pour
l'observer une première fois, et comparer cette
observation à une autre que l'on fait lorsque la
comète approche de plus près de l'horizon.Toutes
: ces observations ont prouvé que ces corps n'ont
aucune parallaxesensible, et que par conséquent
LEçoN xIx. 345
leur distance doit être très grande. Il résulte de
cette distance que les comètes, semblables aux
autres étoiles, paraissent avoir un mouvement
de l'orient vers l'occident autour de la terre, appa
rence que nous avons vue précédemment pro
duite par la rotation de la terre sur son propre
axe. Mais, outre ce mouvement apparent, elles
en ont un autre qui leur est propre, qui leur fait
changer de place dans les cieux, et qui détermine
leur course particulière dans les régions célestes.
La détermination de leurs orbites est une opéra
tion remplie de difficultés, résultant principale
ment de ce qu'aucune d'elles n'est visible pen
dant toute sa révolution. Une comète se voit ra
rement soit en conjonction, soit en opposition avec
le soleil et rarement à son nœud dans le plan de
l'écliptique.Comme il n'ya qu'une très petitepartie
de son orbite qui soit visible, on ne peut pas lui
- appliquer les méthodes qui servent à calculer les
mouvemens des planètes; néanmoins elle leur est
sous plusieurs rapports semblable. On mesure
aussi souvent que possible le diamètre apparent
de la comète, ce qui conduit à juger de ses dis
" tances relatives à des époques différentes.On con
· sidère aussi la rapidité de ses mouvemens, et
' sa clarté; car, lorsqu'elle se meut avec la plus
grande rapidité possible, ou lorsqu'elle paraît la
plus brillante, on peut en conclure son approche
vers le périhélie. Quand on parvient à observer
une comète à zéro de latitude, le lieu et le temps
de son passage par le nœud seront exaçtement
| connus; mais comme ces observations sont rare
| ment possibles, ces élémensnesontsouvent qu'ap
prochés, et donnés par d'autres observations.
º .

346 AsTRoNoMIE ; -

La route d'une comète peut se trouver en obser


vant chaque nuit sa distance à deux étoiles fixes,
dont les longitudes et les latitudcs soient connues,
ou en cherchant sa hauteur lorsqu'elle se trouve
avoir le même azimut que deux étoiles fixes con
nues. Chacun de ces moyens donne facilement le
lieu de la comète pour chaque nuit, et par suite
son orbite. Lorsqu'on marque les lieux ainsi ob
servés sur un globe céleste , en les joignant par
un trait continu, on représentera la route de la
comète parmi les étoiles: un grand cercle, mené
par trois lieux très éloignés, montrera à peu près
la route qu'elle doit suivre; l intersection de cette
ligne avec l'écliptique, lieu de son nœud, et l'in
clinaison de son orbite à l'écliptique, à peu près,
Ces deux élémens ainsi déterminés, on peut, en
répétant la méthode, prendre un terme moyen ,
dont le résultat est considéré comme passable
Illent eXaCt. | - -

D'après les observations faites avec le plus grand


soin, il paraît que les comètes décrivent des
courbes autour du soleil; elles doivent donc être
attirées par le soleil dans ses propres révolutions
autour § centre du système. Puisque cette force
de mouvement transmis à toutes les planètes pro-.
vient du soleil, comme étant le corps le plus con
sidérable du système, on doit conclure, par la
même raison, que cette loi existe aussi dans les
comètes. Comme elles décrivent des courbes très
excentriques, dont le soleil occupe un des foyers,
on explique facilement leurs disparitions, et la
· lenteur de leurs mouvemens ou retours périodi
ques; car si le grand axe de l'orbite d'une comète
était quatre fois plus long que celui de l'orbite
LEçoN xIx. | 347
d'Herschel, le temps nécessaire pour accomplir
sa révolution entière serait, à celui de la pla
- nète, comme 8: 1, et prendrait nécessairement
près de 666 ans. .
On a formé des conjectures diverses quant à la
nature des comètes et à l'origine de leurs queues ;
mais ce sujet reste encore plongé dans une grande
obscurité. Lorsqu'on observe une comète à l'aide
d'un téleseope, on a l'aspect d'un rassemblage de
vapeurs qui enveloppent un noyau obscur et mal
défini. Ce noyau est très-différent dans les co
mètes; les couleurs en sont plus ou moins bru
nes. Mais, en général, le noyau devient de plus
en plus brillant, en approchant de son périhélie,
quelques astronomes ont voulu affirmer que ce
noyau est transparent, et qu'on peut y voir des
étoiles à travers; la chose est impossible; des ob
servations incorrectes, des effets de réfraction, ont
seuls pu produire cette illusion.
Le noyau des comètes, étant opaque, doit né
cessairement, comme ceux des planètes, montrer
différentes phases; c'est ce qui a été observé en
effet par Hévélius et Lahire, dans la comète de
1682. - -

Les vapeurs lumineuses qui enveloppent la co


mète, à son apparition , forment graduellement
une longue traînée, à mesure qu'elle approche du
| soleil. Cette traînée est toujours transparente; car
onl'observe à travers les étoiles les plus petites.Les
opinions des astronomes, sur la cause de ce phé
nomène curieux, sont aussi différentes que nom
breuses. Quelques uns l'attribuent à une appa
rence électrique, d'autres à la réfraction.On croit
encore que ce pourait être la transmission des

• - - º - -
- -
-

348 AsTRoNoMIE,
rayons solaires à travers le noyau de la comète
considérée alors comme transparente; on suppose
aussi que cette queue peut être produite par le
dégagement de l'atmosphère de la comète, causé
par les rayons solaires; enfin d'autres considèrent
cet effet comme prôduit par l'évaporation de tou
tes les parties liquidés, occasionée par la chaleur
solaire. - - -

· Cette dernière opinion est de Newton et paraît


très fondée. Elle explique, d'une manière assez sa
tisfaisante, la projection de la queue et son aug
mentation ou sa diminutioh, suivant que la comète
, . s'approche ou s'éloigne du soleil, † conséquent
son maximum au point du périhélie. Cette hypo
- thèse correspond aussi avec les effets connus de la
chaleur sur les corps qui arrivent trop près de son
influence; elle explique même la légère courbure
observée dans la queue, due à la rapidité de la
marche de la planète : néanmoins on ne saurait
considérer cette hypothèse que comme une con
jecture heureuse.
On peut en général remarquer à ce sujet, que
cette apparence bizarre des comètes peut encore ,
| -° - être occasionée par l'inflexion et la condensation
• #
-


de comète,
la la lumière
et solaire
que, siau
lestravers del'atmosphère
planètes de
se trouvaient en
' veloppées d'une atmosphère aussi dense que les
- comètes, il est plus que probable qu'elles montre
- - raient le même"phénomène dans leurs révolutions
- . autour du soleil. -

· Lorsqu'on connaît la distance d'une planète et


· l'espace qu'elle parcourt en un jour, on peut faci
lement trouver l'axe de son orbite et le temps de sa
· révolution; mais, pour une comète , il faut avouer

- - - - _ - • - -- -- ---
-

' , LEçoN xIx. . 349


que dans des orbites très excentriques, une er- .
reur , quelque légère qu'elle soit, faite dans une
des observations, peut avoir un effet considérable
sur le résultat du calcul ; puisque, par l'irrégula
rité de l'apparition d'une comète, il est presque
impossible de déterminer avec rigueur la position
apparente, soit du bord, soit du centre, il doit
nécessairement s'ensuivre des erreurs. Comme on
ne saurait se fier beaucoup aux résultats de ces
sortes de calculs, plusieurs astronomes ont pensé
que le moyen le plus sûr de déterminer les pé
riodes des révolutions des comètes, était de com
parer les élémens de toutes celles qui ont été cal
culées, et (étant peu probable que les orbites de
deux comètes différentes aient la même inclinai
son , la même distance périhélie, les mêmes
nœuds, etc.), lorsque les élémens de deuxd'entre
elles paraissent s'accorder, on en conclut qu'ils
appartiennent en effet à la même comète dont la
période se détermine alors par l'intervalle de temps
écoulé
là entre
on tire les deuxl'axe
également passages du périhélie
de l'orbite. ; de· •
Cette méthode a cependant induit en erreur ,
particulièrement pour la comète dont on espérait
le retour en 1789 ou 179o, peut-être la comète
était-elle sur notre horizon en même temps que
· le soleil.
Quoiqu'il en soit de cette non-apparition , elle
a fait reproduire la question de savoir si une co
mète, passant à son périhélie, n'y acquiert pas.une
rapidité assez considérable pour que sa foree cen
tripète soit détruite par sa force centrifuge, ce qui
mènerait alors la comète à s'échapper, par la tan
gente, et à décrire une parabole ou une hyper

| ---- | | -
35o · AsTRoNoMIE,
bole, jusqu'à ce qu'elle arrive dans l'attraction
d'une étoile fixe; cette nouvelle attraction pouvant
lui donner une direction nouvelle et augmenter la
rapidité de sa marche, jusqu'à ce qu'elle arrive à
l'apside au-dessous de l'étoile, d'où elle partirait
encore, suivant la tangente et décrivant une para
bole ou une hyperbole et continuer de tomber
ainsi dans l'attraction d'une autre étoile, pour
visiter ainsi plusieurs systèmes différens. -
- Le nombre de comètes qui ont paru en diffé
rens temps, dans les limites de notre système, est
porté de 35o à 5oo. Les orbites de 98 de celles-ci,
jusqu'a l'année 18o8, ont été calculées d'après les
| observations des temps auxquelsellesapprochaient
le plus près du soleil, d'après leur distance de cet
astre de la terre à ces temps, et la direction de
leurs mouvemens, soit de l'est à l'ouest, soit dans
un sens contraire, d'après les lieux vers lesquels
leurs orbites traversaient celle de la terre , enfin
d'après leurs inclinaisons diversés. Le résultat
montre que, de ces 98 comètes, 24 ont passé
entre le soleil et Mercure, 33 entre Mereure et
Vénus, 2 1 entre Vénus et la Terre, 16 entre la
Terre et Mars, 3 entre Mars et Cérès, et 1 entre
· Cérès et Jupiter; que 5o de ces comètesse meuvent
de l'est à l'ouest; que leurs orbites étaient incli
nées, suivant toutes les positions possibles, sur
celle de la terre. -

Lorsqu'une comète se trouve le plus près possi


b'e du soleil, la rapidité de sa course est alors pro
digieuse. Celle de la comète de 168o, calculée par
Newton, était de près de 293ooo, lieues par
heure; elle fut remarquable par sa proximité du
soleil, puisque, en cette position , elle n'en était
LEçoN xIx. 35 I
pas à 193,ooo lieues; ce qui fait seulement un
peu plus de la moitié du diamètre du soleil. Cette
comète descendait des régions supérieures de
l'espace, en faisant un angle droit avec l'orbite
terrestre, et en passant entre la terre et Vénus;
elle remonta de nouveau après son passage péri
hélie. On la vit pendant quatre mois de suite; sa
queue était énorme, puisqu'elle embrassait un
cinquième de la circonférence entière des cieux.
Bridone observa une comèteà Palerme, en 177o,
qui parcourut 5o° d'un grand cercle en 24 heures;
en supposant que sa distance fût égale à celle du
soleil, son mouvement doit avoir été de 22,ooo,ooo,
de lieues par jour. Mais comme quelques comètes
se sont approchées de la terre de près de 8o,ooo
lieues seulement, à peu près la distance de la
lune, il faut remarquer que cette rapidité doit
alors paraître beaucoup plus grande que si elles
étaient à de plus grandes distances. -

Il est reconnu que les comètes empruntent leur


lumière au soleil, non seulement d'après la direc
tion des rayons lumineux, mais aussi parceque,
dans quelques unes, on a remarqué la croissance
et la décroissance de la lumière, comme dans la
lune, lors de ses différentes positions relative
ment au soleil et à la terre. Mais, quoique peu de
comètes aient pu offrir cette apparence, d'ou l'on
conclut la solidité du noyau intérieur, cependant
un grand nombre d'entre elles paraissent n'êtreen
tièrement constituées que de nuages avec un
noyau à peine sensible. On dit qu'en 1454 la lune
fut éclipsée par une comète, qui doit par consé
quent s'être très rapprochée de la terre ; cepen
dant elle ne produisit aucun effet sensible sur la
15. -
352 · · AsTRoNoMIE,
terre. ni sur son satellite , car elle n'occasiona
aucun changement appréciable dans leurs mouve
mens autour du soleil.Ainsi, quoique les comètes
soient dérangées de leurs courses par les mouve
mens des planètes, transmis dans l'espace de
l'une à l'autre, cependant il ne paraît pas que les
planètes soient affectées par les comètes , ce qui
supposerait leur noyau d'une densité peu consi
dérable. Celle de 177o s'approcha très près de la
terre, au point que le temps périodique de la ré
· volution fut augmenté , par les mouvemens de la
terre qui lui étaient contraires , de la valeur de
º
deux jours et une fraction, suivant le calcul de
l'illustre Laplace : si cette comète avait été égale en
masse à la terre, le calcul a prouvé que son mou
vement aurait retardé celui de la terre dans son
orbite, et aurait par conséquent augmenté la lon
gueur de l'année d'une quantité assez censidéra
ble. Il est certain qu'aucune augmentation n'eut.
lieu, et que la force avec laquelle limpulsion de
la comète affectait le mouvement de la terre, était
insensible : on a conclu de là que la masse de la,
comète étant, à celle de la terre, de moins 1 à,
o, o5. La même comète passa au milieu des satel
· lites de Jupiter, sans occasioner le moindre dé
rangement.. - .
La comète de 1744 fut très brillante et très dis
tincte pendant son passage au périhélie; le dia
mètre de son noyau était presque égal à celui de
, Jupiter, et sa queue s'étendait à plus de 4o° du
corps de l'astre. Les nœuds de cette comète et de
Mercure étaient à moins d'un demi-degré de dis--
tance. Elle est la plus considérable qui ait paru,
depuis 168o. Sa queue était encore yisible long--
LEçoN xIx. 353.
temps après son abaissement au-dessous del'hori |
zon, et s'étendait de 2o à 3oº au-dessus de l'ho
rizon deux heures avant le lever du soleil.
| Les comètes de 1744 et de 1759 sont très célè
bres dans les annales de l'astronomie, mais celle
de 168o est la plus remarquable de toutes : elle
approchait tant du soleil, lors de son passage au
périhélie, que sa distance à cet astre n'était plus
que de 4o,ooo lieues. Suivant Newton, la rapi
dité de sa marche à cette époque était de 29o,oooº
lieues par heure, en supposant que sa distance
périhélie était de o,oo6o3, d'après le calcul de
Pingré ; distance calculée d'après la parallaxe
moyenne du soleil, déduite du passage de Vénus,
en 1769. ' - - - -

La rapidité d'une comète dans son périhélie est.


beaucoup plus grande que celle qui serait néces
saire à un † décrire un cercle parfait au
tour du soleil, à la même distance de son centre;
car, dans le cas de cette dernière comète, la révo
lution entière serait achevée en 4 h. 6 m. Si cette
. rapidité avait continué, elle aurait fait décrire 124°
par heure à ce corps; mais quelques temps après
ee passage , son mouvement n'était plus que de
, 81° 46 52" par heure. D'après le calcul des élé
mens de cette comète, fait par Halley, sa distance
au soleil, lors de son passage dans l'aphélie, ne
† pas être moindre de cinq mille millions de
1CUI (2S. - -

-
Lorsque les terreurs excitées par la superstition .
. et l'astrologie furent dissipées par la philosophie
des derniers siècles, lorsque Newton, dévoilant
le système de l'univers, eut décrit les lois suivant
lesquelles les mouvemens de comètes s'opèrent
`354 AsTRoNoMIE.,
et que Halley eut porté la théorie de son prédé
cesseur à un grand degré de certitude et de perfec
tion, leurs découvertes donnèrent lieu à une nou
velle espèce d'inquiétude et de crainte. On pensa
que quelques unes des comètes, qui se meuvent
dans toutes les directions au travers des régions
différentes de notre système planétaire , pour- .
· raient quelque jour rencontrer notre terre dans
leurs courses : on supposa que cette rencontre
pouvait déja avoir eu lieu, et aurait produit les ré
volutions dont les vestiges se trouvent en tant de
arties différentes de notre terre. C'est ainsi que
V§ considéra le déluge universel comme une
inondation produite par # queue d'une comète,
et supposa que la conflagration universelle sera
produite par la rencontre de la terre avec un de
ces corps, après son passage périhélie. Maupertuis
· imagina que, les queues des comètes, confondant
leurs exhalaisons avec notre atmosphère, il pour
rait en résulter une influence pernicieuse à la santé
des animaux et à la croissance des plantes.Il crai
gnait encore que leur attraction ne forçât notre
globe, tôt ou tard, à changer son orbite, et à cir
culer autour de l'une d'elles, comme un satellite ;
ou du moins ne l'exposât à des vicissitudes plus
violentes de chaleur ou de froid qu'il n'en éprouve
à présent. Mais ces terreurs sont entièrment ima
ginaires, et ont été réfutées par un grand nombre
d'écrivains. -

, Que l'on suppose que la position de l'orbite .


d'une comète soit si constante , que lorsque ce .
corps passesur l'écliptique,ilsera exactement dans
le même plan et sur cette partie de ce grand cer
cle qu'occupe la terre, il restera encore à exami
LEçoN xrx. - 355
mer, en suivant les lois des probabilités, qu'elles
seraient les chances possibles pour que la terre se
trouve en un point suffisamment rapproché de la
comète, pour pouvoir la toucher, ou la heurter
par son contact immédiat.
Lorsqu'une comète arrive dans l'écliptique, il y
a pour la terre autant de positions différentes dans
ce grand cercle, que celui-cicontient de diamètres
terrestres. Dans la chance d'un contract, on doit
eneore considérer qu'il n'y a que trois positions
absolument critiques; celle où le choc deviendrait
· central, et les deux autres, à la distance d'un
diamètre avant et après le lieu de la comète , qui
ne donneraient que des choes superficiels. Il est
prouvé que la circonférence de l'orbite terrestre
contient 72,45o diamètres de la terre, et, en
divisant ce nombre par trois, le quotient don
nera 24,15o. Il résulte de là , qu'en supposant
ue la comète se trouve sur la route de la terre,
il y a 24, 15o contre 1 à croire que la dernière
ne sera exposée à attcune espèce de contact,
A » • (- « / • A. -

même superficiel. Du Séjour a trouvé que si une


comète, aussi considérable que la terre, la dé
passait à la distance de près de 14,ooo lieues,elle
pourrait changer sa révolution périodique; cette
révolution, au lieu de se faire en 365j, deviendrait
' de 367 jours et une fraction. Mais il n'en résul- .
terait aucun mal physique pour la terre; les astro
momes auraient à calculer de nouvelles tables
puisque les anciennes seraient entièrement dé
· truites, les chronologistes serait nécessairement
obligés d'altérer leurs méthodes de compter le
temps; enfin, les calendriers aussi subiraient une
réforme complète; mais tous ces travaux ne
356 AsTRoNoMIE,
raient suivis d'aucune chance fâcheuse ; il donne
raient seulement un peu plus d'occupation aux
SaV3 IlS. » •" -

Il est donc reconnu que les mouvenems d'une


comète pourraient troubler ceux de la terre , et
† mais le contact est impossible,
ear leur action mutuelle les tiendra toujours à une
certaine distance. Ce principe a conduit à penser
† tous les satellites des planètes ont été autre
ois des comètes qui, en approchant de ces pre
miers corps, se sont assujetties à leurs-réactions ,
et même ont été comprises dans leurs mouve- .
mens , de manière à circuler dans des orbites
locales, comme la lune. On observe que les pla
nètes les plus éloignées de leur centre de mouve
ment (le soleil), sont celles qui ont le plus grand
nombre de satellites, tandis que Mercure, Vénus
et Mars (sans doute par rapport à leur petitesse)
en sont dépourvus, ce qui vient à l'appui de cette
théorie; car la rapidité du mouvement des comè
tes, lors de leur passage périhélie, beaucoup plus
considérable que celle § planètes inférieures,
ne leur permettrait pas de se laisser entraîner par
ees planètes, tandis que, vers leur aphélie, où le

mouvement est extrêmement lent, elles peuvent
avoir été comprises et entraînées par les mouve
mens beaucoup plus considérables d'Herschel, de
Saturne et de Jupiter. " .

Les queues des comètes , suivant les obser


vations de Newton et d'autres , ont souvent
mesuré. des angles de plus de 9o°, ce qui
mettrait leur longueur à 15, 2o et 3o millions
de lieues.
Lors de l'apparition d'une comète, sa queue
LEçoN xIx. - 357
est toujours très courte; elle augmente en appro
ehant du soleil : immédiatement après le passage
périhélie, elle est la plus longue et la plus
brillante : on l'observe alors généralement cour
bée, la convexité tournée vers la partie du ciel .
où la comète se retire; le côté convexe est aussi
plus brillant et mieux fini que le côté concave.
Quand la queue atteint son maximum de lon
gueur , elle diminue rapidement et se dissipe
entièrement à nos yeux, à peu près vers le temps
où la comète disparaît elle-même. La matière qui
forme ces queues est extrêmement rare, puisque .
la lumière des plus petites étoiles n'éprouve
aucune diminution en passant au travers, suivant
la remarque de Newton. Ce philosophe astro
nome cite trois opinions diverses qui avaient
cours de son temps : « On pense , dit-il, que la .
queue d'une comète n'est produite que par les .
rayons solaires transmis au travers du corps de la .
comète, supposé transparent ;d'autres croient que
ce phénomène est produit par la réfraction qu'é-.
prouve la lumière, en passant du corps de la
comète vers la terre; enfin, la troisième opinion
admet que c'est une sorte de nuages ou de vapeurs
qui s'élèvent continuellement du corps de la
comète, et qui tendent toujours à se diriger.vers
le côté opposé du soleil. » Cette troisième opinion .
a été admise par Newton comme la plus pro
bable. -

Euler pense qu'il y a une grande affinité entre


les queues des comètes, la lumière zodiacale ,
et les aurores boréales, et que la cause commune
de ces phénomènes se trouve dans l'action de la
lumière solaire sur les atmosphères des comètes,.
358 AsTRoNoMIE, • .
du soleil et de la terre. Il suppose'quel'impulsion
des rayons de la lumière sur l'atmosphère des
comètes peut chasser les molécules les moins
denses beaucoup au-delà de ses limites; que cette
force impulsive, combinée avec celle de la gravité
qui tend vers la comète, peut produire la queue
toujours en opposition du soleil comme si la
terre était fixe. Mais le mouvement de la comète,
dans son orbite et autour de son axe, doit varier
la position et la figure de la queue, en lui
donnant une courbure, et en la faisant dévier
de la ligne que l'on suppose menée du centre du
soleil à celui de la comète; cette déviation sera
en raison de la courbure et de la rapidité du
mouvement : il peut arriver , en suivant cette
lrypothèse, que le mouvement dans le périhélie
Aoit si considérable , que la force des rayons
-- solaires produise une nouvelle queue, avant que
' l'ancienne ait eu le temps de suivre le corps de
la comète ;. dans ce cas , on pourra observer
deux queues semblables à ce qu'offrait , la,
· comète de 1744 , lorsqu'elle était dans son
périhélie. - - -

Halley, en parlant des grandes traînées de


lumière de l'aurore boréale de 17 16, dit qu'elles
ressemblaient tellement aux longues queues des
comètes, qu'à la première vue, on pouvait s'y
méprendre, et que cette lumière paraissait avoir la
plus grande affinité avec celle de l'électricité vue
dans l'obscurité; de là on a été porté à penserque
ces trois corps étaient de même nature. · @
Les grandeurs réelles des comètes varient de
puis celle de la lune jusqu'à trois fois celle de la
terre; on n'en a pas observé de plus considera
LEÇON XIX. - 359
bles. Herschel en a vu plusieurs qui n'avaient
pas de noyau solide apparent; ce sont des collec
tions de vapeurs condensées autour d'un centre.
Cette observation fait naître l'idée que leur des
tination est encore un mystère; que l'on doit
considérer ces objets célestes comme des instru
mens désignés probabiement à quelque fin salu
taire, dont la production serait effectuée parleur
intermédiaire, et dirigée vers quelque partie des
Cl6UlX. - -

Cet astre vagabond, qu'exagère la peur,


Qui , les cheveux épars et la queue enflammée,
S'offre comme un fantôme à la terre alarmée ,

ne sert aujourd'hui que comme un spectacle


agréable, semblable, par son intérêt, à celui que
nous offrit la comète de 181 1 , qui occupa tous
les yeux, par la longueur de son apparition et son
étendue.
36o . - AsTRoNoMIE,

è$ cçon vingtième.
N.
DEs MARÉEs, DE L'INFLUENCE DE LA LUNE sUR LA
MAssE LIQUIDE DE NoTRE GLoBE, ET DE LEURs
MoUVEMENS sIMULTANÉs. -

•--s-

.... Dans leur flux rapide et leur bruyant reflux,


Se balancent des mers les flots irrésolus ;
Tantôt sur les rochers, que son écume inonde,
L'Océan courroucé, précipitant son onde,
Couvre en grondant ses bords; tantôt, dans son bassin -
Reportant les cailloux qu'avait vomis son sein,
Il ramène sur lui ses ondes fugitives.
- DELILLE (Énéide). ·

Si là recherche des lois de l'équilibre des flui


des qui couvrent les planètes présente de grandes
difficultés, celle du mouvement de ces fluides,
agités par les attractions supposées des corps cé
lestes, n'en présente pas de moins considérables.
, C'est ainsi que Newton, qui s'occupait d'abord
de ce problème important, fut satisfait de pou
voir déterminer la figure que l'Océan prendrait,
dans la supposition où il resterait en équilibre
pendant les actions combinées de la lune et du
soleil. Il supposait que la mer prenait à chaque
instant cette figure, et cette hypothèse, qui faci
lite extrêmement les calculs , lui fit obtenir des
LEçoN xx. - 36r
résultats conformes aux observations. En effet ,
ce grand géomètre eut recours à l'action de la
rotation terrestre, pour expliquer le retard des
marées sur le passage méridien du soleil et de la
lune; mais son raisonnement est peu satisfaisant,
et de plus il paraît contraire au résultat d'une
analyse rigoureuse. - -

Il est évident que la rapidité du mouvement de


la terre empêche les eaux de la couvrir, par
suite de la figure que celles-ci prennent à chaque
instant pour se mettre en équilibre; mais la re
cherche de la combinaison de ce mouvement avec
celui de l'action luni-solaire était trop difficile à
faire, dans un temps où l'esprit d'analyse n'avait
pas encore fait assez dè progrès, et où la con- .
naissance des mouvemens des eaux n'était pas
encore assez parfaite.
« La seule hypothèse que l'on puisse se per
mettre sur ce sujet, dit le célèbre Laplace, est
que l'Océan inonde toute la terre, et qu'il ne
rencontre que peu de difficultés dans ses mou
vemens; le reste de ma théorie est rigoureuse
ment exact, et fondé sur les principes du mouve
ment des fluides. En se conformant ainsi à la na
ture des choses, on a la satisfaetion de voir que
les résultats sont conformes aux observations,
particulièrement lorsqu'on considère la petite dif
férence qui existe entre deux marées d'un même
jour, laquelle, suivant la théorie de Newton, de
vrait être considérable. Cette différence disparaît
entièrement lorsqu'on suppose que l'Océan a par
tout la même profondenr. Daniel Bernouilli, dans. à
son Essai sur les marées, qui partagea le prix
décerné par l'Académie des sciences de Paris en

--
| --- ------- -- , -
*) ,2 -

362 · AsTRoNoMIE ,
174o, explique ce phénomène en supposant que
e mouvement de la terre était trep rapide pour
| permettre aux marées de se soumettre à cette
théorie. Mais on peut montrer, par l'analyse, que
cette rapidité ne pouvait pas empêcher les marées
d'être très inégales, si la profondeur de l'Océan
n'était pas uniforme. On voit, par cet exemple et
par celui de Newton, combien on doit se méfier
même des hypothèses les plus vraisemblables,
lorsqu'elles ne sont pas appuyées par un ealcul
rigoureux. »
Les résultats précédens, quoique très étendus,
sont néanmoins restreints par la supposition qu'un
fluide, couvrant régulièrement la terre, et assu
· jetti à de très petites résistances dans ses mouve
mens. L'irrégularité de la profondeur de l'Océan,
la position et l'inclinaison des côtes, leur situation
relativement aux côtes voisines, le frottement des
eaux au fond de la mer et de la résistance qu'elles
rencontrent, tous ces cas, qu'ils est impossible de
soumettre au calcul, peuvent modifier les oscilla
tions de cette grande masse de fluide. Tout ce
qu'il est § de faire, c'est d'analyser des
phénomènes généraux des marées, qui résulte
raient des forces d'attraction du soleil et de la lune,
et de tirer de l'observation telles conséquences
qui seraient indispensablement nécessaires pour
compléter la théorie des marées, pour chaque
port en particulier. Ces conséquences seraient
comme autant de quantités arbitraires, dépen
dantes de l'étendue de la mer, de sa §
et des circonstances locales du port. C'est sous ce
· point de vue que nous allons considérer les oscil
LEçoNxx. 363
lations de l'Océan, et leur correspondance avec
| les observations. -

En réfléchissant à l'action seule du so'eil sur


· l'Océan, et à son mouvement uniforme dans le
plan de l'équateur, il est évident que si le soleil
agissait sur le centre de gravité de la terre, en
exerçant des forces égales et paralleles, tout le
système du sphéroïde terrest: e obéirait à ses for
'>
ces par un mouvemcnt commun, et l'équilibre des
eaux ne serait nullement altéré. Cet équilibre
n'est donc dérangé que par la différence de ces
forces et par l'inégalité de leurs directions. Une
molécule de l'Océan, placée directement sous le
soleil, doit en être plus attirée que le centre de la
terre; elle tend par conséquent à s'en séparer,
mais elle est retenue par sa gravité, que cette ten
dance diminue. Douze heures après, cette môlé
cule est dans l'hémisphère opposé au soleil, qui
l'attire alors moins fortement qu'il n'attire le cen
tre de la terre; la surface du globe terrestre tend
par conséquent à se séparer, mais la gravité de
ses molécules la retient : cette force se trouve donc
aussi diminuée, dans ce cas, par l'attraction so- .
laire. Mais puisque la distance du soleil est très
considérable, comparativement au rayon de notre
globe, il est aisé de voir, dit M. Laplace, que la
diminution de gravité dans les deux cas est à peu
près la même. Une simple,décomposition de l'ac
tion du soleil sur les molécules de l'Océan, suffit
pour montrer que, dans toutes les positions de ce
corps relativement à ces molécules, son action à
détruire leur équilibre devient la même après
douze heures, On peut établir, comme principe
364 AsTRoNOMIE ,
général de la mécanique, que l'état d'un système
de corps, où les conditions premières du mouve
ment ont disparu par la résistance qu'il éprouve,
eSt périodique comme les forces qui le produisent.

'état de l'Océan devra par conséquent être le


même à chaque intervalle de 12 heures, de ma
nière à permettre que le jusant et le flot puissent
se produire exactement dans cet intervalle.
La loi suivant laquelle les eaux s'élèvent et s'a-
baissent alternativement, peut être déterminée de
la manière suivante : que † conçoive un cercle
vertical dont la circonférence représente un demi
iour,5 et dont le diamètre soit égal
5 à toute une
marée, ou à la différence qui existe entre la haute .
et la basse mer; que les arcs de cette circonférence,
à partir du point le plus bas, expriment le temps
écoulé depuis la basse mer, les sinus-verse de
ces arcs exprimeront les hauteurs de l'eau, cor
respondantes à ces temps.Ainsi l'Océan, en mon
tant, couvre en des temps égaux des aros égaux
de cette circonférence. Cette loi est très exacte au
milieu de l'Océan, qui est dégagé de tous côtés ;
mais dans nos ports, des circonstances locales y
produisent des déviations , la mer emploie un
temps plus long pour baisser que pour s'élever: la
différence dans le port de Brest est de près de
14 27".
Plus une surface d'eau a d'étendue, plus les
phénomènes des marées sont apparens. Dans une
masse fluide, les impressions données à une de
ses molécules se communiquent à toute la masse.
C'est ainsi que l'action du soleil, insensible sur
une molécule isolée, produit sur l'Océan des ef
fets remarquables. De là aussi la raison pourquoi,
LEçoN xx. . 365
dans des petites mers, les marées sont insensi
bles, comme dans les mers Noire et Caspienne. |
La force des marées dépend également de beau
coup de circonstances locales. Les oscillations de
l'Océan lorsqu'elles sont renfermées dans un ca
nal étroit, peuvent devenir considérables , et cel º

· les-ci être encore augmentées par la répulsion


des eaux de la côte opposée; c'est ainsi que les
marées, très petites dans les îles de la mer du
Sud, sont très fortes dans nos ports.
Si l'Océan couvrait un sphéroïde de révolution
et n'éprouvait aucune résistance dans ses mouve
mens, l'instant de la haute mer serait aussi celui
du passage méridien du soleil , soit supérieur ,
soit inférieur; mais il n'en est pas ainsi dans la
nature; les circonstances locales produisent de
grandes variations dans les temps de la haute mer,
même pour des ports très rapprochés l'un de
l'autre. Pour se faire une idée juste de ces varia
tions, on peut supposer un large canal qui com
munique à la mer et qui s'étend beaucoup dans
l'intérieur des terres : il est évident que les on
dulations qui auraient lieu vers l'embouchure se
propageraient successivement dans toute la lon
$ ueur,2 de sorte q
que la figure
8 de sa surface serait -

formée par les ondulations de grandes vagues en


mouvement, incessamment renouvelées, et qui
décriraient toute la longueur dans l'intervalle
d'un demi-jour. Ces vagues produiraient, à cha
que point du canal, un flux et reflux soumis aux
lois précédentes, mais les heures des mouvemens
seraient retardées en proportion de la distance de
chacun de ces points, de § du canal.
Ce qui se dit ici pour ce canalpeut s'appliqueraux
A
366 AsTRoNoMIE,
rivières, dont les surfaces s'élèvent et s'abaissent
par les flots, nonobstant le mouvement contraire
de leur propre courant. On observe ces vagues
dans toutes les rivières près de leur embouchure;
elles sont conduites à de très grandes distances
dans les grandes rivières, comme dans la rivière
des Amazones, où on les voit à deux cents lieues
· dans l'intérieur des terres. -

Considérons maintenant l'action de la lune,


que l'on suppose en mouvement uniforme dans
le plan de l'équateur. Il est évident que cette ac
tion doit exciter dans l'Océan des marées sembla
bles à celles qui résultent de l'action du soleil , et
dont la période est la moitié d'un jour lunaire.
Comme il a été démontré que le mouvement entier
d'un système , agité par de petites forces , est
égal à la somme des mouvemens partiels que cha
cune de ces forces aurait pu imprimer séparément,
il en résulte que les deux espèces de marées ,
produites par les aetions du soleil et de la lune,
se combinent sans se déranger, et que de cette
combinaison proviennent les marées que l'on ob
serve dans nos ports. -

Les phénomones les plus remarquables des ma


rées sont donc le résultat de cette combinaison de
forces. L'instant de la marée lunaire n'est pas le
même que celui de la marée solaire, puisque
leurs périodes sont différentes. Si ces deux marées
coïncident aujourd'hui, la marée lunaire suivante
retardera sur la marée solaire de tout l'excès d'un
demi-jour lunaire sur un demi-jour solaire, c'est
à dire de 9' 27" 8. Ces retards étant accumulés de
jour en jour, la marée lunaire entière finira par
coïncider avec la marée solaire inférieure, et réci
LEçoN xx. 367
proquement. Lorsque les marées lunaire et solaire
coïncident, la marée combinée est la plus grande,
ce qui arrive vers les syzygies. Elle est la moin
dre lorsque la pleine mer, relativement à un de
ces deux corps, coïncide avec la basse mer de
l'autre, ce qui a lieu vers les quadratures. Si la
marée solaire excédait la marée lunaire, il est
évident que les heures de marées combinées les
plus grandes et les plus petites, coïncideraient
avec lcs temps auxquels arriverait la marée solai
re, si elle existait seule. Mais si la marée lunaire
excède la marée solaire, alors la plus petite marée
combinée coincide avec la moindre marée solaire;
conséquemment son temps est d'un quart de jour
- d'intervalle, de l'heure de la marée combinée la
plus grande. On tire de là une méthode aisée,
pour décider si la marée lunaire est plus grande
ou moindre que la marée solaire.Toutes les obser
vations concourent à faire différer l'heure des plus
petites marées d'un quart de jour, de celle des
plus† ce qui prouve que la marée lunaire
excède la solaire. · -

La lune exerce donc, sur les parties fluides de


IlOtTe † une action semblable et plus forte :
ue celle produite par le soleil. Par suite de la
uidité qui permet aux molécules un mouvement
isolé, la pesanteur de ce fluide qui est situé du
côté de la lune est un peu diminuée, parcequ'il
en est plus attiré que le centre de la terre; les par -
ties liquides obéissent à cette attraction, qui les
élève un peu au-dessus de la surface du niveau
du globe. ll en faut dire autant de la masse fluide
qui est diamétralement opposée, parcequ'elle est
moins attirée que le centre de la terre; d'un côté,
- 16

-
368 . AsTRoNoMIE, -

c'est le fluide qui s'élève, et de l'autre, c'est la sur


faceterrestre qui, s'abaissant au-dessous du niveau,
laisse le fluide plus élevé.
Pour compenser cette diminution de poids, de
part et d'autre du sphéroïde terrestre, § IIlaS
ses d'eau s'accumulent sous la forme de monta
gnes liquides opposées; elles suivent la lune dans
sa marche, parcourant la surface des mers dans
la rotation diurne du globe. Si elles rencontrent
des rivages , elle s'y précipitent en les couvrant;
elles refoulent l'eau des fleuves et leur donnent un
courant opposé; c'est le flux ou le flot.Les points
de la mer éloignés de 9o° en longitude, et qui
sont pour ainsi dire en quadrature, éprouyent un
effet contraire; les eaux s'y affaissent autant par
l'effet de l'accroissement de poids, que par la
communication avec les eaux du flux, dont elles
doivent combler le vide en s'écoulant vers elles ;
les rivages qui en étaient couverts sont abandon
nés; c'est le reflux ou le jusant. Tel est le phéno
mène des marées. -

Dans les temps les plus calmes, on voit la mer


se soulever pendant environ six heures, et se pré
' cipiter sur les rivages, qu'elle envahit peu à peu
jusqu'à une hauteur plus ou moins grande; ensui
te elle reste quelques instans stationnaire; on dit
alors qu'elle est haute, pleine ou étale. Bientôt
elle redescend pendant six heures et s'abaissed'au
tant plus qu'elle s'est élevée davantage; la même
suite de phénomènespériodiques se produit éter
nellement. -

La durée qui sépare deux hautes mers succes


sives n'est pas constamment la même : sa valeur
moyenne est de 12",42o6= 12" 25 14" 15, par
LEçoN xx. 369 -

ticipant ainsi aux retards des passagés méridiens


de la lune. L'étendue de deux marées consécutives
se trouve toujours à peu près renfermée dans
les limites du jour lunaire correspondant; elle est
de 24", 8412 = 24" 5o 28", 3, et excède le jour
solaire de près de 1". Il y a donc des jours où on
ne peut observer deux marées complètes. La basse
mer divise en deux parties égales la durée d'une
marée; cependant on a reconnu qu'à Brest la
mer met
qu'à meuf à dix minutes de moins à monter
descendre. - " •

L'attraction solaire fait sentir son action dans


ce grand phénomène; car cet astre tend à élever
les mers à midi et à minuit, heures de son passa
ge au méridien ; les eaux s'abaissent au contrai
re à six heures du matin et du soir. Il y a donc
quatre marées parjour; deux produites par la lune
et deux par le soleil : dans les syzygies, ces marées
se réduiront à deux , dont l'intensité est la
somme des deux effets. Dans les quadratures ,
les directions des forces sont perpendiculaires
et ne peuvent se nuire, en sorte que les marées
solaire et lunaire ont lieu comme si chacune
s'opérait séparément : mais lorsque la haute mer
lunaire a lieu sous le méridien de la lune , la .
basse mer.solaire se fait sentir au même endroit,
qui se trouve être à 9o° du méridien solaire. La
marée totale est alors la différence de deux ma
rées partielles : on conçoit comment les quatre
marées se réduisentà deux par leurs combinaisons
entre elles. La plus forte est dans les syzygies, la
plus faible dans les quadratures.
L'intènsité d'une marée † de la -

distance
· de la terre à la lune et au soleil.Ainsi, plus la lune
A -
· 37o AsTRoNoMIE,
sera proche de nous (plus son diamètre apparent
sera grand), et plus la marée aura de force: la
vîtesse de l'astre, qui est alors la plus grande,
ajoute encore à l'effet. On voit donc que lorsque
la lune sera au périgée, la marée aura plus de
force, et qu'elle en aura moins à l'apogée. De
même, au 1" janvier, le soleil est périgée et son
action a plus de puissance; elle en a moins à l'a-
pogée, vers le 1" juillet; mais le peu d'excentri
cité de l'écliptique rend cette dernière variation
presque nulle. Lorsque les positions des deux
astres se combinent entre elles, les effets accrois
sent ou diminuent l'étendue de la marée.
· Il est inutile de dire que la puissance des vents
et leur direction, doit considérablementajouter au
phénomène des marées. -

On a déja observé que l'instant de la marée ,


dans les syzygies, n'a pas lieu à midi ou à minuit,
heures du passage méridien. Il y a des retards qui
tiennent à la configuration des côtes. Lorsque la
lune est entre les syzygies et les quadratures, l'ac
tion de cet astre se compose avec celle du soleil ,
et la résultante, dirigée entre ces deux corps, dé
termine le point le plus élevé de la protubérance
, aqueuse. Cette résultante est plus rapprochée de
la lune, qui exerce une action triple; et selon que
" cet astre ira à l'apogée ou au périgée, cette force
rendra diverses situations à l'égard de ce satel
† On voit donc que l'heure de la marée avance
des syzygies aux quadratures, parceque la résul
tante passe à l'ouest de la lune; il y a retard des
quadratures aux syzygies, attendu que cette force
· tombe à l'est.
' Ainsi les quatre marées journalières, dont il

-,
LEçoN xx. " . 371
vient d'être question , se réduisent à deux , et
elles sont surtout réglées par la lune, parceque
cet astre exerce un effet triple sur celui du soleil,
la petitesse de sa masse étant compensée par la
grande proximité. Dans les syzygies, l'action du
soleil conspire avec celle de la lune; ces forces se
contrarient dans les quadratures. Enfin, le soleil
ne peut jamais qu'accroître ou diminuer , avancer
ou retarder l'effet produit par la lune. Les plus
grandes marées ont lieu aux équinoxes , quand
elles se réunissent avec la lune périgée. Toutes
choses égales d'ailleurs, la plus grande marée est .
à peu près double de la moindre.
Quant au retard qu'éprouvent les marées par
suite de la configuration des côtes, on doit obser
ver que, comme ces causes de retard sont con
stantes , leur effet l'est aussi. Le retard éprouvé
dans chaque lieu sur le passage méridien de la
lune, est toujours le même dans un même lieu ;
il est de 3º 3o à Brest, de 6º à Saint-Malo , de
· 1o" et demie à Dieppe; c'est ce que l'on nomme
l'établissement du port.
·372 · 'AsTRoNoMIE,

(7)
$sºn vingt-ultiènte.
5 - 4 v -

DE L'EsPACE UNIvERsEL, DEs coRPs QUI Y CIR


CULENT, DE LEURs RELATIoNs MÉCANIQUEs, ET
DEs THÉoRIEs DE NEwToN , ET DE KÉPLER.

En portant les yeux vers le ciel, pendant une


belle nuit, l'imagination se confond dans la pro
fondeur de l'espace; on s'étonne à l'aspect de l'é-
tendue et de la beauté de l'ordre qui y règne :
mille questions se présentent relativement à la
distance des étoiles, à leur grandeur, au but de
leur création, à leur nombre, leur arrangement.
L'espace est-il partout rempli de gaz semblable à
notre atmosphère ? Quelles sont les bornes de cet
espace immense, et où sont-elles ?
L'homme, comparé à l'immensité, doit se ren
dre justice : le maître de la terre, l'orgueilleux
atôme qui ose se croire quelque chose, qu'est-il
dans la création ? moins que la mouche éphémère
- dont l'existence se termine en quelques heures ,
. comparé au créateur de toutes choses ; l'homme
entre dans la masse des autres produits de la cré
ation.
La distance qui nous sépare des étoiles à été
traitée dans une leçon précédente ; celle que l'on
suppose la plus rapprochée, est au moins à trois
LEçoN xxI. 373
millards de lieues de distance; distance si consi
dérable, qu'il faudrait à un boulet de canon des
milliers d'années pour franchir l'espace qui nous
sépare de ces corps. La distance réciproque et an
gulaire de ces étoiles, les unes relativement aux
autres, est peut-être de mille et de millions de
fois cette première distance. Il a été dit qu'il ne
fallait pas croire que les étoiles fussent placées sur
une surface concave, mais bien qu'elles se trou
vent toutes à des distances différentes.
Les volumes et les fonetions des étoiles sont,
sans aucun doute, semblables à ceux du ciel ;
elles brillent de la lumière qui leur est propre.
et servent à éclairer, à échauffer, à mouvoir et à
animer des millions de mondes, dont l'arrange
ment général est probablement analogue à celui
de notre système solaire.
Il a été dit précédemment comment on avait
groupé les principales étoiles du ciel ; combien'il
était difficile d'en fixer le nombre, puisque le per
fectionnement de nos instrumens en fait toujours
découvrir de nouvelles : on en connaît des mil
liers, avec de bonnes lunettes, dans tous les en
droits du ciel où l'œil n'en aperçoit aucune, et on
en reconnaît encore des milliers, rassemblées
comme par groupes, là où l'œil ne croit voir
qu'une seule étoile. L'arrangement de ces corps
dans l'espace paraît affeeter la forme distincte
d'assemblages ou de rassemblemens, dont chacun
est composé de plusieurs milliers d'étoiles, et si
éloignées les unes des autres, qu'il faudrait plu
sieurs millions d'années pour qu'un boulet de
canon pût traverser l'espace qui les sépare.Com
ment concevoir, d'après cela, l'immensité d'é-
-

374 - AsTRoNoMIE ,
rendue de ces groupes et l'immensité bien plus
grande de l'espace qui contient plusieurs milliers
de ces groupes ? L'esprit se perd en étonnement
et en conjectures. - .
L'espace ne saurait avoir de bornes; car on peut
constamment ajouter des distances à des distan
ces, une quantité à une autre quantité, en quel
que direction que ce soit; mais ce sera long
temps une question de savoir si cet espace est ou
non rempli des groupes de soleils. · A

Le télescope ferait èroire à l'affirmative, car il


nous montre des groupes d'étoiles infiniment va
riés. Dans une leçon précédente, on a fait voir
combien ces groupes pouvaient varier de formes ;
cependant il est probable qu'il y a dans la pro
fondeur de l'espace telle variété d'existence et de
phénomèmes que l'homme ne pourra jamais con
cevoir.Chaque groupe peut contenir des gaz plus
denses et plus actifs que les gaz qui se trouvent
dans l'espace qui les sépare les uns des autres ;
quelques uns de ces groupes semblent indiquer
que le gaz y est assez dense pour réfléchir la lu
mière des soleils environnans; ce qui produirait
le phénomène merveilleux d'un espace lumineux
et entièrement éclairé, il est probable , encore
que le gaz renfermé dans les groupes est assez
dense pour transmettre le mouvement d'une de
, leurs parties à une autre, de leur faire effectuer
par ce moyen toutes les circulations et les révo
l§ qui sont essentielles à l'existence de leurs
différentes parties.
| Tout ce qui est commensurable sous le rapport
de la longueur, de la largeur et de la profondeur,
tout ce qui possède les dimensions des masses,
-

LEçoN xxI. - 375


constitue l'espace : il importe peu que ces corps
soient remplis de matières fixes ou solides, de
matières fluides ou gazeuses. Comme dans l'es
pace universel, il est impossible de déterminer
les dimensions, mais que l'on peut en ajouter
continuellement dans toutes les directions, on
doit concevoir cet espace comme ayant une éten
due infinie et sans bornes.
Depuis le siècle de Copernic, tous les hommes
sont à peu près d'accord sur l'histoire des phé
nomènes célestes. On a en général admis les vé
rités suivantes : que la terre tourne autour du so
leil dans une orbite à peu près circulaire, et qu'elle
donne ainsi naissance à la période connue sous le
nom d'année, et aux saisons diverses; que cette
même planète tourne sur son axe en 24 heures
, à peu près, et occasionne le phénomène des jours
et des nuits, dont le développement a été donné
précédemment. Mais il était réservé à l'esprit in
génieux et persévérant de Képler, de déterminer
la loi générale par laquelle ces mouvemens étaient
produits; ce génie trouva : . .
, 1° Que les rayons vecteurs décrivent des aires
proportionnelles aux temps;
2°Que les orbites des planètes sont des ellipses
dont le soleil occupe le foyer commun ;
:
: 3 Que les carrés des temps des révolutions sont
entre eux comme les cubes des grands axes des
orbites.
Ces trois faits, connus sous le nom de lois de
#épler, causent toujours un étonnement nouveau
par leur justesse et leur exactitude. Ce fut une
inspiration de génie qui porta cet illustre astro
nome à comparer les dimensions des orbites et
16.
376 - | AsTRoNoMrE,
les temps des révolutions, et à admettre surtout
dans ces calculs des carrés et des cubes.
Dans le siècle suivant, Newton démontra géo
métriquement que ces lois s'accordaient avec tous
les phénomènes observés.

· Dieu parle , et le ehaos se dissipe à sa voix ;


Vers un centre commun tout gravite à la fois.
Ce ressort si puissant , l'âme de la nature,
Etait enseveli dans une nuit obscure :
Le compas de Newton, mesurant l'univers,
Lève enfin ce grand voile, et les cieux sont ouverts.
"VoLTAIRE.

Après l'explication des phénomes et la dé


termination des lois qui les gouvernent, il s'élève
une autre question purement philosophique, re
lative à la cause par laquelle les forces de mouve
ment sont propagées de corps à corps, dans tout
le système solaire , et suivant les lois ci-dessus
»nentionnées. Il - a été démontré que les corps
gravitent vers le centre de la terre, parceque
chaque corps est soumis à ses mouvemens,
et que c'est par suite de ses deux mouvemens que
- les corps sont précipités vers le centre, en raison
de leur densité. Il est également démontré que la
loi naturelle qui opère † · mouvemens planétai
res, est la même qui sert à propager la lumière,
la chaleur, les odeurs, etc., c'est à dire que l'in
tensité est en raison inverse du carré de la dis
tance, parceque la force se trouve propagée dans
un milieu fluide et divergent, et que cette loi de
divergence est celle par laquelle tout dans la na
ture paraît diffus et affaibli. On en infère que,
· • , - -
- . - - •r - º -

LEçoN xxI. · 377


comme les forces solaire et planétaire sont sujet
tes à cette loi, elles sont propagées dans un fluide
ou milieu gazeux, et qu'aucune autre condition
n'est nécessaire pour lier tout dans la nature d'a-
près cette loi, sinon que l'espace dans lequel les
corps planétaires circulent soit rempli d'un mé
dium gazeux, qui agit comme un grand levier ou
propagateur des forces, et d'après les lois de
Képler; c'est l'idée de l'anglais Philips.
Ces vérités n'ont cependant été bien reconnues
que dans ce siècle; car, du temps de Képler,
cet astronome lui-même croyait que les étoiles
avaient des influences morales et personnelles sur
le genre humain. Képler adoptait la notion que
tous les atômes et masses de matières possédaient
· un principe inné d'attraction, dans certaines cir
constances, et de repulsion dans d'autres ; don
nant par là des qualités intellectuelles et morales
à la matière. Cette hypothèse fut en quelque sorte
adoptée par Newton, qui, considérant la chute
· d'une pomme comme une évidence du pouvoir de
l'attraction possédé par la terre, voulut prouver
que la même force d'attraction s'étendait jusqu'à
la lune, et de même entre le soleil et les planètes.
Il s'aperçut aussi que cette puissance attractive
universelle ferait tomber toutes les planètes sur le
| soleil; mais, pour prévenir cette chute, il conçut
et démontra que chaque corps céleste possédait
une force de projection , ou une tendance à se
mouvoir suivant la tangente de son orbite et que
les deux forces, agissant de concert, produisaient
les orbites curvilignes. · · · : · · , , -

Il n'existait en effet pas de meilleure raison


pour admettre la force attractive plutôt quela for
O
378 AsTRoNoMIE ,
ce répulsive: rien ne paraît plus impossible qu'une
force qui agit d'une manière égale contre une au
tre force, qui varie à chaque instant sa ligne de
direction, soit dans les différentes planètes, soit
dans chaque planète et ses satellites, qui se trou
vent sur des plans ou lignes différentes dans cha
·que partie de l'espace. Il croyait donc que cette
force tangentionnelle leur était imprimée dès la
création, lorsque ces corps furent lancés dans
l'espace par la main de Dieu; et par crainte de la
voir diminuer, il dut nécessairement supposer le
vide absolu de l'espace. -

| Combien n'est-il pas plus simple d'attribuer la


force centrale du système solaire au mouvement
du soleil, propagé par le milieu de l'espace, et
celle qui agit sur les satellites, au mouvement de
leurs planètes respectives ? L'homme se trouve
sans cesse surpris par les préjugés du siècle où il
vit, et quoiqu'il eût été beaucoup plus facile et
plus naturel d'attribuer tous les phénomènes ma
tériels, ou les mouvemens de la matière, à d'autres
mouvemens, cependant on a généralement admis
le principe de l'attration et de la répulsion, ainsi
ue le miracle de la force projectile, parcequ'ils
§ expliqués par un homme doué du plus
grand génie. Il est même quelquefois dangereux,
aujourd'hui, d'exprimer des doutes sur les chi
mères des siècles passés. Beaucoup d'astronomes
rejetèrent l'hypothèse de la liaison intime et méca
nique qui existé entre les corps qui agissent les
- uns sur les autres. Chaque branche de la philoso
phie paraît entachée de ses attractions et de ses
répulsions comme propriétés innées : les termes
sont admis comme exprimant des puissances, dont
G)
- - LEçoN xxI. 37g
il est inutile d'examiner et de déterminer l'origine
mécanique. -

Pour satisfaire à cette philosophie, enseignée


encore aujourd'hui dans les principales universités
de l'Europe, les idées suivantes, extraites de leurs
auteurs les plus illustres, serviront à guider l'ima
gination dans le jugement qu'on doit former à ce
sujet. -

Suivant M. Laplace, c'est dans les régions cé


lestes qu'on observe avec la plus grande précision
les lois de la mécanique; sur la terre, tant de cau
ses tendent à compliquer leur résultat, qu'il est
très difficile de les démêler, et plus difficile en
core de les soumettre au calcul. Mais les corps du
système solaire, séparés par des distances immen
ses et assujettis à l'action d'une force principale,
dont l'effet se soumet facilement au calcul, ne
sont pas dérangés, dans leurs mouvemens respec
tifs, par des forces assez considérables pour nous
empêcher de comprendre, par des formules gé
nérales, tous les changemens qu'une succession
de temps a déja produits et peut encore produire
dans le système. Il n'est pas question ici de cau
ses vagues, qui ne peuvent être soumises à l'a- .
nalyse, et quel'imagination modifie à volonté pour
les faire concorder avec les phénomènes obser
vés. La loi de la gravitation universelle a cette avan
tage, qu'elle peut être réduite an calcul. Par la
comparaison de ses résultats avec les observa
tions, elle présente la méthode la plus certaine
de vérifier son existence. On trouve de la sorte
que cette grande loi de la nature représente tous
les phénomènes célestes, même dans leurs détails
les plus minutieux; qu'il n'y a pas une seule iné
| 38o · AsTRoNoMIE,
galité dans leurs : mouvemens qui n'en découle
avec la plus grande précision ; qu'elle explique la
· cause de plusieurs mouvemens singuliers aperçus
par les astronomes, et qui étaient ou trop com
· pliqués ou trop lents pour être reconnus sans son
secours.Ainsi, loin d'avoir à craindre que de nou
velles observations viennent détruire cette théorie,
on peut être assuré d'avance qu'elles ne feront que
la confirmer de plus en plus; on peut dire que les
conséquences sont également aussi certaines que
si elles avaient déja été observées. . -
De tous les phénomènes du système solaire, le
, mouvement elliptique des planètes et des comètes
paraît le plus propre à nous conduire à la loi gé
nérale des forces qui l'animent. Que le mouvement
apparent du soleil soit produit par une force cen
trale ou par un principe d'attraction , les déduc
tions géométriques sont les mêmes.Vouloir donc
limiter la démonstration à ce principe seulement,
semble peut correct. . -

L'observation nous montre que les aires décri


tes par les rayons vecteurs des planètes et des co
mnètes autour du soleil, sont proportionnelles aux
temps de leurs révolutions. Mais la force qui fait
dévier ces corps de la ligne droite doit être con
stamment dirigée vers l'origine de ces rayons vec
teurs. La tendance qu'ont les planètes et les comè
tes à tomber sur le soleil, est une conséquence
nécessaire de la proportion qui existe entre les
aires décrites et les temps employés.
· Lorsque Newton adopta ses forces de gravita
tion et de projection, il admit donc les deux
distinctions abstraites qui existent entre la courbe
relativement à son centre, et la ligne droite rela

| - _ - _ - - - --
- LrçoN xx1. 38 r
tivement à la force d'impulsion, ce qui le condui
sit à toutes les erreurs de sa physique : ses vues
ont perfectionné le calcul; des quantités peuvent
être représentées par des diagrammes, mais non
des quantités et des propriétés. Le système de Phi
lips n'est pas contraire aux symboles géométriques
de Newton; mais tandis qu'il admet une force de
rotation centrale et très étendue, il n'admet d'an
tre force de projection que celle qui est le résultat
des réactions variées des planètes les unes sur les
' autres; dans la terre cette variation est évidem
ment créée par l'accumulation de ses fluides dans .
un hémisphère, et par l'inclinaison du plan de
son orbite sur le plan de la rotation solaire.Cette
· variation peut être appelée une force de projec
tion, et par conséquent elle s'unira dans un sens
mathématique aux deux systèmes; mais on se rap
pellera toujours que l'une repose sur des hypothè
ses incompréhensibles, et l'autre sur les mouve
mens reconnus de la nature et leurs loisimmuables.
Supposons, pour déterminer la loi de cette
tèndance, que les planètes se meuvent dans des
orbites circulaires, supposition qui ne diffère pas
beaucoup de la vérité; les carrés de leurs rapidités
réelles seront alors proportionnels aux carrés des
rayons de ces orbites divisés par les carrés des
temps de leurs révolutions. Mais, d'après les lois
de Képler, les carrés de ces temps sont en pro
portion avec les cubes de leurs rayons, Les carrés
des vîtesses sont donc proportionnels avec ces
rayons. Il a déja été démontré que les forces cen
trales de plusieurs corps qui se meuvent dans des
orbites circulaires, sont comme les carrés des vî
tesses divisés par les rayons des circonférences
*
382 AsTRoNoMIE, -

décrites; il résulte de là nécessairement que la ten


dance des planètes vers le soleil, est réciproque
ment, comme les rayons des rayons de leurs orbites
supposées circulaires. Il est certain que cette
hypothèse n'est pas rigoureusement exacte; mais
la relation constante des carrés des temps aux
cubes des grands axes des orbites étant indépen
· dante de leurs excentricités , il est naturel de
penser qu'elle existerait aussi dans le cas où les
orbites seraient circulaires. Ainsi, la loi de la gra
vité vers le soleil, variant réciproquement au carré
de la distance, se trouve clairement indiquée par
, cette relation ; l'analogie porte à supposer que
cette loi, qui s'étend d'une planète à une autre,
subsiste également pour la même planète à ses
différentes distances du soleil , c'est ce que son
mouvement elliptique confirme au-delà de toute
espèce de doute. . - - -

Pour comprendre ceci, suivons le mouvement


à partir du périhélie de la planète; sa rapidité est
alors à son maximum, et sa tendance à s'éloigner
du soleil surpassant la gravité qui tend à la faire
· tomber sur cet astre, son rayon vecteur augmente
et forme un angle obtus avec la direction de son
mouvement. La force de gravité vers le soleil ,
décomposée d'après cette direction, diminue con
tinuellement la rapidité jusqu'à l'aphelie ; à ce
† , le rayon vecteur devient perpendiculaire à
a courbe, sa rapidité est à son minimum , et la
tendance à s'éloigner du soleil étant moins grande
que sa gravité vers ce corps, la planète s'en rap
proche en décrivant la seconde partie de son
ellipse. Dans cette partie, la gravité vers le soleil
augmente la rapidité dans la même proportion

- ·
LEçoN xxI. 383
qu'elle la diminuait vers le côté opposé; la planète
arrivera à son périhélie avec sa vélocité première ,
et recommencera une nouvelle révolution sem
blable à la précédente. Cette explication est beau
coup plus intelligible par la loi de la variation du
mouvement ou de la force centrale constante ;
variation qui se produit sur les planètes par la
position des fluides dans leurs masses; c'est à dire
cet excès dans l'un ou dans l'autre hémisphère,
semblable à ce que nous voyons sur la terre.
La courbure de l'ellipse étant la même àl'aphé
lie ou au périhélie, les rayons seront aussi les
mêmes, et conséquemment les forces centrifuges
de ces deux points sont en raison des carrés des
vélocités. Les secteurs décrits dans le même temps
, étant égaux, les vélocités anhélie et ppérihélie sont
,

réciproquement en raison des distances récipro


ques de la planète au soleil; les carrés de ces vélo
cités sont donc proportionnels aux carrés des mê
mes distances; mais, aux distan