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Année Universitaire : 2019 -

2020

LA RESPONSABILITE
PENALE DES
DIRIGEANTS
Entre théorie et jurisprudence.

Présenté par : - Kenza ILQUA

- Badreddine AKRACH

- Malak ALOUI

- Yassine MESRAOUI
PLAN :

INTRODUCTION

PARTIE 1 : L’ETENDUE DE LA RESPONSABILITE PENALE DES


DIRIGEANTS.

Chapitre 1 : La mise en œuvre de la responsabilité pénale des


dirigeants.

Chapitre 2 : L’exonération de la responsabilité pénale des dirigeants.

PARTIE 2 : L’APPROCHE JURISPRUDENTIELLE SUR LA


RESPONSABILITE PENALE DES DIRIGEANTS.

Chapitre 1 : la responsabilité pénale des dirigeants à la lumière du code


pénal.

Chapitre 2 : l’extension de la responsabilité pénale des dirigeants en


matière des difficultés des entreprises.

2
Introduction :
« Un dirigeant d’entreprise est une personne qui prend un peu plus que
sa part du blâme et un peu moins que sa part d’honneur. »

Cette citation montre qu’être un dirigeant d’une entreprise ne se limite pas à un titre,
un prestige ou une autorité, c’est surtout une responsabilité.

Le dirigeant occupe le rôle du pouvoir exécutif dans la société, et prend les décisions
importantes au nom et pour le compte de celle-ci.

C’est le représentant de la société ainsi que les associés.

Ses décisions peuvent être déterminantes : en conduisant la société vers la


prospérité ou au contraire vers une décadence.

Ce poste peut engager aussi bien une responsabilité civile qu’une responsabilité
pénale.

Le dirigeant d’entreprise est responsable de ses actes personnels, mais il est


également responsable des infractions effectuées dans son entreprise.
Il appartient au dirigeant de s’assurer que la législation soit respectée au sein de sa
société. Dans le cas contraire, il endosse toutes les responsabilités liées aux
infractions commises dans l’entreprise, car

« Ce ne sont pas les sociétés qui font des erreurs, ce sont les dirigeants »

Le législateur avait investi le gérant de pouvoirs énormes en matière de gestion et


direction de la société. Cependant ces pouvoirs exorbitants correspondent à des
obligations pouvant mettre en cause la responsabilité du gérant tant au niveau civil
que pénal.

En effet, le monde des affaires repose de plus en plus sur le principe de la bonne
gouvernance, à tel point que le vocable « corporate governance » : gouvernance
d’entreprise a émergé en tant que système de réglementation, de lois, d’institutions
destinés à encadrer la manière dont l’entreprise est dirigée, administrée, contrôlée
qui implique une responsabilisation de l’entreprise et de ses organes.

Cette équation a une importance considérable dans le monde des affaires reposant
sur l’activité des sociétés. En vue de ne pas compromettre le développement du tissu
sociétaire, le législateur a mis sur pied des dispositions pénales, un arsenal répressif
impressionnant : le droit pénal commun qui incrimine l’escroquerie, l’abus de
confiance.

Il est complété par un véritable arsenal d’infractions spéciales tel que l’abus des
biens, du crédit, du pouvoir, des voix, la présentation ou la publication de comptes
annuels ne donnant pas une image fidèle.

3
« La direction d’une société est rarement une sinécure . Un jour vient où
l’orage se déclare et le dirigeant redescendu sur terre fait l’apprentissage de la
responsabilité civile , pénale ou fiscale »

Dans le paysage historique, c’est avec les mutations de la conjoncture économique


en général et des sociétés en particulier qu’a émergé la volonté d’encadrer
pénalement les organes de la société, cette notion de responsabilité pénale des
dirigeants n’a pas toujours existé. Or, le droit pénal des sociétés et des entreprises
en difficultés est un droit jeune.

Au Maroc, des années 40 à 90, le droit des affaires et le droit des sociétés marocains
étaient caractérisés par leur « sous pénalisation ».

A partir des années 90, la modernisation du droit marocain des sociétés s’est inscrit
dans un vaste mouvement de mise à niveau du droit marocain des affaires à travers
sa pénalisation et notamment le régime de la responsabilité des dirigeants de
l'entreprise.

Au moment où le législateur marocain « mettait à niveau » le droit des sociétés par


une transposition des mêmes infractions et sanctions de la loi française, une
réflexion a été engagée vers le milieu des années 90 pour proposer une
modernisation qui a pris la forme d'une dépénalisation d'une partie de cette loi.

Au Maroc ,à partir de 1995 , dès la promulgation, le 30 Août 1996, de la loi sur les
sociétés anonymes, des critiques se sont élevées pour souligner les limites d'une
«  modernisation » par le biais d'une transposition formelle du titre II de la loi
française 66-537 du 24 juillet 1966 sans adaptation des infractions édictées par les
lois françaises au milieu marocain en mettent l'accent précisément sur le fait qu' au
moment même où les lois marocaines ont vu le jour, la réflexion sur la dépénalisation
du droit des sociétés était très avancée et regrettant que les rédacteurs de la loi
n'aient pas mis à profit ces réflexions lors de son élaboration.

Les dirigeants sociaux exercent une fonction dangereuse, pour eux-mêmes, pour la
société et envers les tiers. Ce danger se manifeste par la gravité de certaines fautes
qu’ils peuvent commettre .C’est ainsi que la responsabilité pénale des dirigeants
sociaux est aux cœurs des débats entre partisans et détracteurs de la
dépénalisation.

Elle présente à la fois un intérêt théorique et un intérêt pratique.

La responsabilité du chef de l'entreprise prend une importance particulière dans le


contexte marocain caractérisé par la volonté des pouvoirs publics d'introduire une
plus grande transparence, sauvegarder l’éthique dans les affaires et d'assainir le
fonctionnement de l'économie afin d'améliorer l'attractivité des investissements,
notamment étrangers, à la recherche d'un environnement juridique sain et d'une
justice impartiale.

4
D’un point de vue pratique, ce sujet a fait l’objet d’une jurisprudence abondante.

Le fait de se baser sur les solutions dégagées notamment par la jurisprudence et la


doctrine marocaine en la matière, paraît donc pertinent et pourrait permettre de
préciser la portée du régime de la responsabilité pénale à appliquer au cas marocain
et contribuer ainsi à éclairer les tribunaux marocains sur les solutions à retenir aux
cas d’espèces.

Dans le but de répondre à cette problématique, nous analyserons tout d’abord


l’étendue de la responsabilité pénale des dirigeants (Partie 1) avant d’étudier la
position de la jurisprudence marocaine à travers les différentes décisions prises en la
matière (Partie 2)

5
PARTIE 1 : L’ETENDUE DE LA RESPONSABILITE PENALE
DES DIRIGEANTS
Tout dirigeant d’entreprise est responsable à la limite de la loi et par les statuts de la
société. Toute faute en dehors des pouvoirs qui lui sont attribués engage sa
responsabilité.

La législation marocaine incrimine la responsabilité pénale des dirigeants sociaux à


travers les dispositions de la loi 17-95 et la loi 5-96.

Chapitre 1 : La mise en œuvre de la responsabilité pénale


des dirigeants
Les dirigeants de droit sont les personnes qui ont été régulièrement et
officiellement investies des fonctions de direction.

Leur qualité de dirigeant résulte de la loi ou des statuts.

Ne sont, dès lors, pas dirigeants de droit, les personnes qui exercent une fonction
de direction technique ou administrative et qui sont liées à la société par un
contrat de subordination dans la mesure où elles restent des exécutantes et
n’assument pas une direction de fait1.

Ils peuvent être appréhendés comme des personnes physiques ou morales,


régulièrement désignées pour gérer la société et qui, à ce titre, assurent légalement
les fonctions de direction ou d’administration en son sein et l’engagent normalement
à l’extérieur2.

Dans les sociétés anonymes de type classique, c’est le président du conseil 


d’administration qui est considéré comme le chef d’entreprise, dans les sociétés
anonymes à directoire et conseil de surveillance, c’est le président du directoire qui
est considéré légalement comme le chef d’entreprise, dans les SARL, la
responsabilité pénale incombe au gérant, chef d’entreprise et dans les associations,
le président assume la responsabilité pénale du chef d’entreprise.

Le dirigeant de fait est celui qui, sans avoir été nommé dirigeant par les statuts ou
par une décision de l’organe compétent, en assume les fonctions. (Article 100, loi 5-
96)

Il est susceptible de recevoir application d’une partie du régime des dirigeants


sociaux, plus particulièrement des conséquences de la responsabilité civile et de la
responsabilité pénale des dirigeants.

1
ROZES, Jean-Baptiste, la responsabilité des dirigeants, édition AFNOR, 2012, p.3.
2
ANDRE, akam, La responsabilité civile des dirigeants sociaux en droit OHADA in Revue internationale de droit
économique 2007/2 (t. XXI, 2), p. 211-243.

6
Néanmoins, la qualité de dirigeant de fait ne pouvant être présumée, il appartient à
celui qui en soutient l’existence d’en apporter la preuve.

Sauf prescription de l’action, il est à noter que le dirigeant licencié ou démissionnaire


peut être poursuivi pour des fautes antérieures à la cessation de ses fonctions, par
conséquent, la révocation ou la démission d’un dirigeant ne le met pas à l’abri de
poursuites pénales.

Qu’il soit de droit ou de fait, le dirigeant fait face à un risque pénal très important
relatif aux différentes infractions qui peuvent lui être imputables et engager de ce fait
sa responsabilité pénale.

La faute de gestion peut être définie comme étant tout acte ou omission commis par
un dirigeant de société qui peut s’analyser comme une erreur dans la direction de
l’entreprise, une imprudence, une négligence ou une transgression des obligations
légales ou des dispositions statutaires.

Citons quelques fautes à titre d’exemple :

 La publication ou la présentation de faux états de synthèse 3


 La présentation et la publication de comptes annuels infidèles réprimées par
les mêmes textes que ceux relatifs à l’abus de biens sociaux (article 107 relatif
aux SARL, article 384 relatif aux SA).
 La distribution des dividendes fictifs (article 384 de la loi 17-95 modifié et
complété par la loi 20-05)
 La tenue d’une comptabilité incomplète ou irrégulière
 L’abus des biens sociaux (Article 384 de la loi 17-95)…

L’article 706 du Code de Commerce détermine les faits constituants une faute de
gestion grave ou lourde et justifiant la soumission du dirigeant au redressement et
liquidation judiciaire.

Ces faits concernent généralement l’atteinte aux biens de l’entreprise et de l’épargne


ainsi que l’inobservation des règles comptables.

Pour la répression pénale de ces infractions, les articles 106 à 117 de la loi 5-96
prévoient une peine d’emprisonnement de 1 à 6 mois et d’une amende pouvant aller
jusqu’à 100000dhs pour les dirigeants des SNC, SCS, SARL.

L’article 384 de la loi 17-95 prévoit l’emprisonnement d’un à six mois et d’une
amende de 100 000 à 1 000 000 dirhams pour les membres des organes
d’administration, de direction ou de gestion d’une SA.

Il existe également des sanctions patrimoniales qui peuvent être encourues par les
dirigeants principalement en matière de difficultés des entreprises.

3
LAZRAK, Rachid, Le nouveau droit pénal des sociétés au Maroc, Rabat, Ed. la Porte, 1997, p.52.

7
De ce fait, l’action en comblement de passif, réglementée par l’article 704 du Code
de Commerce prévoit que le tribunal peut, en cas de faute de gestion ayant contribué
à l’insuffisance d’actif, décider que cette dernière sera supportée, en tout ou en
partie, avec ou sans solidarité, par tous les dirigeants de droit ou de fait, rémunérés
ou non, ou par certains d’entres eux.

Il faut néanmoins que la société soit en état de cessation de paiement, qu’elle ait un
actif insuffisant pour répondre au passif et qu’une faute de gestion ait contribuée à
cette insuffisance.

Il faut savoir que le non acquittement de la dette expose le dirigeant concerné au


redressement ou liquidation judiciaire personnelle ou à la déchéance commerciale 4.

En plus, l’article 706 du Code de Commerce prévoit également une autre action qui
tend à étendre la procédure de redressement ou de liquidation judiciaire aux
dirigeants sociaux5.

Chapitre 2 : L’exonération des dirigeants de la


responsabilité pénale
La responsabilité pénale des dirigeants connaît des limites qui permettent à ces
derniers de prévenir le risque qu’ils encourent à l’engagement de leur responsabilité.

A cet effet, n’est pas pénalement responsable la personne qui a agit sous l’empire
d’une force ou d’une contrainte à laquelle elle n’a pas pu résister, que ça soit une
contrainte physique ou morale, à condition qu’elle soit irrésistible, imprévisible et
également inévitable.

La force majeure fait donc partie des causes d’exonération de la responsabilité


pénale des dirigeants.

A celle-ci s’ajoute la délégation de pouvoir consentie par les dirigeants de droit à


leurs collaborateurs pour assurer le bon fonctionnement de l'entreprise afin de
s'assurer que les décisions prises dans le cadre de l'exercice des pouvoirs du
dirigeant produisent leurs effets aux différents échelons de l'organisation de la
société.

La jurisprudence admet que le chef d’entreprise puisse transférer sa responsabilité


pénale  par délégation de pouvoirs, établie sous certaines conditions et dans

4
Cour d’appel Commerciale de Casablanca, arrêt n°173, dossier n°2018/8321/126, date du 2018/12/27

5
Cour d’appel commerciale Casablanca, arrêt n°135, dossier n° 271/8321/2017, date du 05/11/2018

8
certaines limites, à un préposé pourvu de la compétence, de l’autorité et des moyens
nécessaires.

Ainsi, le chef d’entreprise qui n’aura pas personnellement pris part à la réalisation de
l’infraction, pourra s’exonérer de sa responsabilité pénale s’il apporte la preuve qu’il a
délégué ses pouvoirs à un préposé.

Une telle délégation, lorsqu’elle est valable, déplace la responsabilité de la tête du


dirigeant de la société sur celle du délégué, c’est souvent le cas pour les ingénieurs
à la sécurité, les chefs de garage dans les entreprises de transports, etc.

Néanmoins, pour être valable, cette délégation nécessite d’être faite de manière
permanente à un subordonné ayant la compétence et l’autorité nécessaires.

 La compétence : l’aptitude professionnelle du délégataire à exécuter sa


mission. Cette aptitude est à la fois technique et juridique puisque la
responsabilité pénale est fondée sur la violation d'une règle de droit.

 L'autorité : c'est le pouvoir de donner des ordres, des consignes et de les


faire appliquer au besoin par le recours à des sanctions.

L'autorité sous entend donc l'indépendance du délégataire pour la mise en œuvre


effective des pouvoirs délégués.

 Les moyens nécessaires : La compétence et l'autorité sont insuffisantes


pour qualifier une délégation d'acte valide. Il faut, en plus, doter le délégataire
de moyens humains, techniques et matériels pour accomplir réellement la
mission.

Il importe de rajouter que ni l’autorisation administrative, ni la tolérance administrative


ne peuvent constituer une autorisation de la loi et ne peuvent donc servir de causes
d’exonération.

Ainsi dans le cas d’un redressement judiciaire, un administrateur est assigné aux
mêmes pourvois incombant au chef d’entreprise dans le but d’entretenir la gestion de
l’entreprise. Il est ainsi soumis aux obligations légales du même titre que le chef
d’entreprises. Par conséquent les infractions commises lors de sa mission engagent
sa responsabilité pénale.

Le préposé délégataire quant à lui peut s’exonérer de toute responsabilité pénale en


prouvant que les faits qui lui sont reprochés ne relèvent pas du domaine du pouvoir
qui lui a été délégué où qu’il n’as commis aucune faute personnelle susceptible
d’engager sa responsabilité.

En principe, le bénéficiaire de la délégation doit avoir la qualité de préposé c'est-à-


dire un salarié titulaire d'un contrat de travail, quel que soit sa situation par rapport à
la hiérarchie de l'entreprise.

9
S'agissant de la preuve, bien que la jurisprudence admette la preuve orale appuyée
sur des éléments concrets tels que les témoignages, le domaine de délégation peut
difficilement être prouvé sans un écrit car pour être valide le délégataire doit prouver
qu'il a accepté la délégation et préciser la nature et l'étendue des responsabilités
déléguées.

Il est à noter qu’aucune loi ne s’oppose à ce qu’un chef d’entreprise, qui délègue ses
pouvoirs  à une personne pleinement qualifiée, autorise cette dernière à
subdéléguer, sous sa responsabilité, tout ou partie des pouvoirs qui lui sont dévolus.
L’autorisation du délégant  n’est pas une condition  de validité de la subdélégation, la
délégation de pouvoirs inclut donc la possibilité, pour le délégataire, de subdéléguer,
ce qui implique qu’il ait la compétence et l’autorité  nécessaire pour subdéléguer à
une autre personne qui aura, elle aussi, la compétence, l’autorité et les moyens
nécessaires pour exercer sa mission.
La délégation de pouvoirs ne peut intervenir que si le préposé délégataire est soumis
à l’autorité hiérarchique du délégant.
Exemple : Un chef de groupe de sociétés peut déléguer le pouvoir au dirigeant d’une
autre société du groupe sur lequel il exerce une autorité hiérarchique. Le mandat doit
être officiel, et il est nécessaire que les salariés qui travaillent sous les ordres du
délégué  aient pleinement connaissance de cette délégation.
L’objet de la délégation doit être précis, limité, permanent et certain.

10
PARTIE 2 : L’APPROCHE JURISPRUDENTIELLE SUR LA
RESPONSABILITE PENALE DES DIRIGEANTS.
Etant donné l’importance de ce sujet dans le contexte juridique marocain, il est
nécessaire d’analyser les solutions et les interprétations apportées par la
jurisprudence marocaine en ce qui concerne la responsabilité pénale des dirigeants
tant au niveau des dispositions du code pénal que celles du code de commerce, et
plus précisément celles relatives aux difficultés des entreprises.

Chapitre 1 : la responsabilité pénale des dirigeants à la


lumière du code pénal
La responsabilité pénale des dirigeants suppose d’une part une infraction. D’autre
part, il faut que celle-ci soit commise à l’occasion du fonctionnement de l’entreprise,
par un ou plusieurs employés. Par conséquent, une infraction peut être imputable au
dirigeant, s’il est démontré qu’il a commis ou participé à une infraction ou qu’il a
manqué à son devoir de veiller personnellement, à l’application des lois. Il doit alors
assumer pénalement sa responsabilité.

A cet effet, le code pénal marocain prévoit plusieurs infractions communément dites
générales puisqu’elles peuvent mettre en jeu la responsabilité pénale de tout
dirigeant social.

Citons à titre d’exemple, l’infraction de l’émission du chèque sans provision qui est
consacrée à la fois dans l’article 543 du code pénal 6 ainsi que l’article 3167 du code
de commerce.

Nous procéderons dans cette partie à l’analyse de quelques décisions de la


jurisprudence marocaine relatives aux délits de l’émission des chèques sans
provisions et de la fraude sur les marchandises.

Le jugement du tribunal de première instance de Casablanca a prononcé dans


l’affaire n° 2019/2101/4028 un jugement condamnant la société H à une amende de
40 millions de dirhams en faveur de l’administration des douanes et des impôts
indirects étant la partie demanderesse et son dirigeant Mr H.I à 4 mois
d’emprisonnement assorti d’un sursis pour fausse déclaration de quantité et de
valeur des marchandises importées.

Dans cet arrêt, le tribunal s’est basé sur le procès verbal dressé par les agents de
l’administration des douanes étant un moyen de preuve doté d’une force probante
6
Art 543 du CP: «  Est puni des peines édictées à l'alinéa premier de l'article 540, sans que l'amende puisse être
inférieure au montant du chèque ou de l'insuffisance, quiconque de mauvaise foi : 1° A, soit émis un chèque
sans provision préalable et disponible ou avec une provision inférieure au montant du chèque, soit retiré, après
l'émission, tout ou partie de la provision, soit fait défense au tiré de payer… »
7
Art316 du CC : « Est passible d'un emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 2.000 à 10.000
dirhams sans que cette amende puisse être inférieure à vingt-cinq pour cent du montant du chèque ou de
l'insuffisance de provision »

11
ainsi du fait que cette fausse déclaration a porté préjudice au Trésor public que le
code pénal réprime dans son article 3678

Ainsi concernant le chèque sans provision, un arrêt prononcé par la cour d’appel de
Oujda de l’affaire n° 2003/1063/845 condamnant un dirigeant d’une société
personnellement à payer le montant d’un chèque émis sans provision appartenant à
la société qui a été l’objet de l’action initiale fut cassé par la cour suprême. Le motif
de cassation était que le demandeur a intenté une action en justice contre le
dirigeant en sa personne et non pas en sa qualité de dirigeant de la société sachant
que le chèque émis était au nom de ladite entreprise. De cet arrêt, on constate que la
responsabilité pénale du dirigeant est toujours engagée en ce qui concerne
l’émission des chèques sans provision.

En addition des différentes infractions prévues par le code pénal, la fraude sur les
marchandises peut à son tour engager la responsabilité pénale des dirigeants des
sociétés soit pour tromperie ou falsification.

Cette infraction fut objet de la Loi n°13-83 relative à la répression des fraudes sur les
marchandises, promulguée par dahir n°1-83-108 du 9 moharrem 1405 (5 octobre
1984)

A cet effet, une brigade spéciale est crée pour mener les investigations concernant
cette fraude (La Brigade Nationale de lutte contre la fraude).

En effet, la Chambre criminelle chargée des crimes financiers près de la Cour


d'appel de Rabat a prononcé des peines allant de 8 mois à 2 ans de prison ferme à
l'encontre de quatre personnes poursuivies pour tromperie sur des marchandises
destinées à la consommation.

La Chambre criminelle a, ainsi, condamné à deux ans de prison ferme et à une


amende de 5.000 dirhams le directeur administratif et financier d'une société
spécialisée dans l'élevage et la vente des viandes de volaille et dérivés.

Il est à noter que durant l’exercice de son activité, toute société peut faire face à des
personnes de mauvaise foi contre lesquels elle peut intenter une action en justice.
C’est le cas notamment de l’arrêt n°5814 daté du 21/06/2019 sur l’affaire
n°2005/2101/2019 qui a été prononcé en faveur de la société Locassom contre
l’inculpé qui avait fourni à cette dernière un chèque sans procurer les fonds
nécessaires. L’inculpé est poursuivi pour délit d’émission d’un chèque sans provision
et a été condamné à 6 mois de sursis et une amende de 72.000 dhs ainsi que les
frais de justice.

Chapitre 2 : L’extension de la responsabilité pénale des


dirigeants en matière des difficultés des entreprises
8
Art 367 du CP : « Les faux réprimés à la présente section, lorsqu'ils ont été commis au préjudice du Trésor
public ou d'un tiers, sont punis suivant leur nature, soit comme faux en écriture publique ou authentique, soit
comme faux en écritures privées, de commerce ou de banque. »

12
Il est assez légitime de s'interroger sur l'incidence des fautes des dirigeants sur la
défaillance de l'entreprise débitrice chaque fois que celle-ci ne peut plus être
redressée, et de mettre en cause le cas échéant leur responsabilité personnelle pour
réparer le préjudice subi par les créanciers.

La jurisprudence a forgé la règle de l’extension de procédure.

Cette règle consiste à étendre une procédure collective préalablement ouverte à


l’encontre d’un débiteur à une ou plusieurs autres personnes qui ne remplissent pas
nécessairement les conditions d’éligibilité ; cette extension repose principalement sur
la confusion du patrimoine et sur la fictivité de la personne morale.

Au Maroc, la majorité des affaires concernant les entreprises en difficultés s'étendent


vers l'extension de la procédure aux dirigeants, les cas sont nombreux, on en traitera
les plus récents et les plus pertinents notamment la fameuse affaire de " la Samir" :

- L’affaire la Samir ; extension de la responsabilité : responsabilité pénale,


déchéance commerciale.

« Les fautes de gestion par les administrateurs ayant encouru à des


pertes de fonds»

Jugement numéro : 135, Cour d’appel commerciale de Casablanca

Date : 2018/11/05

Dossier numéro : 271/8321/2017

Fondements juridique de l’extension


Fautes de gestion de la responsabilité des dirigeants

13
- Mauvaise tenue de la comptabilité - Articles 704 et suivants du code de
commerce marocain
- L’investissement excessif et
inadapté

- Poursuite d’une activité déficitaire

Les fautes de gestion constatées par le syndic :

- Distribution des dividendes malgré les difficultés financières.


« le fait que la Samir ait continué à faire remonter des dividendes alors qu’elle se
trouvait déjà en difficultés. « Malgré les difficultés financières dues à son
endettement, le conseil d’administration décide de distribuer un peu plus de 82
millions de dirhams au titre des profits de 2012, » note ainsi le rapport.

Les banques créancières de la Samir, et principalement la BCP vont d’ailleurs


s’opposer à cette décision du conseil d’administration, en vertu de la convention de
crédit qui interdit toute distribution de dividendes avant le remboursement des
dettes »

- Cession douteuse de la filiale hôtelière de la Samir


Le liquidateur judiciaire s’est également penché sur la cession en 2006 de la Société
hôtelière Samir.

Cette société, qui détenait l’Amphitrite Beach Hotel Mohammedia, a été vendue à
Corral Hotel Resort Compagnie, une entreprise appartenant à Mohamed Hussein El
Amoudi, lui-même propriétaire de la Samir. Le montant de la vente, 66 millions de
dirhams n’a jamais été réglé selon le rapport.

- La non-souscription d’une assurance 


En 2008, le défaut de couverture face à la chute du prix du baril a occasionné une
perte de l’ordre de 1,2 milliard de dirhams. Six ans plus tard, l’entreprise ne capitalise
pas sur ses erreurs et accuse de nouveau 3,4 milliards de dirhams de pertes en
2014. « Le recours à une assurance à hauteur de 25% a été pris tardivement, »
d’après le rapport du raffineur cité par L’Économiste. La décision a en effet été prise
le 4 décembre 2014, « soit 27 jours à peine avant la clôture de l’exercice »,

Fondement juridique :

-Les articles 704 et suivants du Code de commerce prévoient des sanctions


patrimoniales contre des administrateurs fautifs

Toujours en matière d'extension en matière de procédure collective une autre


décision plus récente datant du 27/12/2018 :

14
Jugement n°173, dossier numéro 2018/8321/126 : la cour d'appel commerciale
s'est prononcé une déchéance commerciale à l'encontre du dirigeant de la société
suite au rapport du commissaire judiciaire qui a demandé l'extension de la procédure
concernant la liquidation judiciaire sur le dirigeant de la société.

Selon l'étude des résultats d'exploitation et numéros de transactions, du cahier de


charge et aussi de la situation des capitaux, il s'est avéré que la société y
n'établissait pas la comptabilité selon les dispositions législatives.

La même décision est prononcée par la tribunal de commerce le 15/01/2018 dossier


n° 161/8321/2017, au sujet d’une affaire qui évoque le cas d’un dirigeant qui a
participé à l'extinction du fond de commerce tout en changeant le siège social de la
société sans avis préalable au syndic. Ce dernier a aussi dissimulé les actifs de la
société en cachant ses meubles en un local privé.

Toutefois, le dirigeant refusait aussi de remettre au syndic les documents concernant


la comptabilité, les actifs et passifs de l'entreprise.

De ce fait, le tribunal a prononcé l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire


à l'encontre du dirigeant et sa déchéance commerciale pour une durée de 5ans.
Cette décision s'est basée sur les articles 711 et suivants du code de commerce.

Le 15/01/2018 : dossier numéro °161/8321/2017 la cour d'appel commerciale était


devant une affaire qui constituait le prolongement d'une décision qui date du 1 er
décembre 2014 dossier n° 145/8319/2013 qui a prononcé de mettre fin au plan de
continuation et l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire à l'encontre de
l'entreprise en difficulté et afin d'exécuter la décision du tribunal on s'est rendu au
siège social de la société plusieurs fois afin d'établir des inventaires nonobstant le
dirigeant refusait toujours de remettre n'importe quel document concernant la
société.

Selon les articles 706, 7139, 718 du code commercer, le tribunal a décidé l'ouverture
d'une procédure de liquidation judiciaire à l'encontre du dirigeant de la société, sa
déchéance commerciale pour une durée de 5 ans, tout en ordonnant au greffier de
publier la décision dans un journal d'annonces légales.

BIBLIOGRAPHIE :

Ouvrages :

9
Article 713 : « A tout moment de la procédure, le tribunal doit se saisir en vue de prononcer, s’il y a lieu, la
déchéance commerciale de tout dirigeant d’une société commerciale qui a commis l’un des actes mentionnés à
l’article 706 du Code de commerce

15
- ANDRE, akam, La responsabilité civile des dirigeants sociaux en droit OHADA
in Revue internationale de droit économique 2007/2 (t. XXI, 2), p. 211-243.
- LAZRAK, Rachid, Le nouveau droit pénal des sociétés au Maroc, Rabat, Ed. la
Porte, 1997, p.52.
- ROZES, Jean-Baptiste, la responsabilité des dirigeants, édition AFNOR, 2012,
p.3.

Textes et lois :

- Dahir n°1-96-83 du 15 rabii I 1417 (1er août 1996) portant promulgation de la


loi 15-95 formant code de commerce.
- Dahir n° 1-18-26 du 2 shaaban 1439 (19 avril 2018) portant promulgation de la
loi n° 73-17 modifiant et remplaçant le livre V de la loi n° 15.95 formant code
de commerce relatif aux difficultés de l’entreprise
- Dahir n° 1-59-413 du 28 joumada ii 1382 (26novembre 1962) portant
approbation du texte du code pénal
- Dahir n° 1-96-124 (14 rabii ii 1417) portant promulgation de la loi n° 17-95
relative aux sociétés anonymes
- Dahir n° 1-97-49 (5 chaoual 1417) portant promulgation de la loi n° 5-96 sur la
société en nom collectif, la société en commandite simple, la société en
commandite par actions, la société à responsabilité limitée et la société en
participation (B.O. 1er mai 1997).
- Dahir nº 1-08-18 du 17 joumada I 1429 (23 mai 2008) portant promulgation de
la loi n° 20-05 modifiant et complétant la loi n° 17-95 relative aux sociétés
anonymes.
- Dahir n°1-83-108 du 9 moharrem 1405 (5 octobre 1984) portant promulgation
de la Loi n°13-83 relative à la répression des fraudes sur les marchandises.

Jurisprudence :

- Cour d’appel Commerciale de Casablanca, arrêt n°173, dossier


n°2018/8321/126, date du 2018/12/27.
- Cour d’appel Commerciale de Casablanca, arrêt n°141, dossier n°109/8303.
- Cour d’appel Commerciale de Casablanca, arrêt n°2, dossier
n°2017/8321/161, date du 15/01/2018.
- Cour d’appel Commerciale de Casablanca, arrêt n°88, dossier
n°63/8321/2018.
- Cour d’appel commerciale Casablanca, arrêt n°135, dossier n° 271/8321/2017,
date du 05/11/2018
- Tribunal de première instance de Casablanca, jugement n° 5267, dossier n°
2019/2101/4028, date du 28/05/2019
- Tribunal de première instance de Casablanca, jugement n° 5814, dossier n°
2019/2101/2005, date du 21/06/2019
- Cour d’appel d’Oujda, Arrêt n°620, dossier n° 2003/1063/845, date du
01/04/2004.

16
Webographie :

- http://judgment-call-med.e-monsite.com/pages/la-responsabilite-des-
dirigeants-d-entreprises.html consulté le 3-11-2019

- https://aafir.ma/responsabilite-dirigeants-maroc/consulté le 3-11-2019

- http://socialmaroc.net/de-la-responsabilite-penale-de-lemployeur-2/consulté le
3-11-2019

- https://www.libe.ma/Prison-ferme-a-l-encontre-de-quatre-personnes-
poursuivies-pour-tromperie-sur-des-marchandises_a75413.html

ANNEXES :

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