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2009-2010

UE 111 – INTRODUCTION AU DROIT


Examen d’Essai : Semaine du Lundi 11 Janvier au Samedi 16 Janvier 2010

Durée de l’épreuve : 3 heures

Le corrigé comporte : 4 pages

CORRIGE
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I – ETUDE DE SITUATIONS PRATIQUES (8 points)

Cas 1

Stéphane et Franck NOËL décident de créer une SARL dont le capital sera de 5 000 euros, qui sera
dénommée « Fiesta » et qui sera immatriculée au RCS. Stéphane sera le gérant de cette société qui sera
installée 4 rue des Cotillons à Lyon.

Comment est identifiée une personne morale sociétaire ?

En droit, il existe deux sortes de personnes : les personnes physiques (personnes humaines) et les personnes
morales. Ces dernières sont certains groupements auxquels la personnalité juridique est accordée à diverses
conditions de fond et de forme.

Il existe plusieurs sortes de personnes morales, dont les sociétés qui se définissent comme des groupements
à but lucratif constitués par des associés qui espèrent en partager les bénéfices ou profiter de l’économie qui
en résulterait ; les associés devant effectuer des apports et s’engager à contribuer aux pertes sociétaires.

Qu’elles soient civiles ou commerciales (par exemple, la SARL, c’est-à-dire la société à responsabilité
limitée, est une forme de société commerciale), les sociétés ne sont des personnes morales que si elles sont
immatriculées au RCS (Registre du commerce et des sociétés).

Toute personne morale a une existence distincte de celle des personnes qui la composent et possède une
identité propre caractérisée par une dénomination sociale (appellation officielle sous laquelle fonctionne la
personne morale), un siège social (lieu où est officiellement installée la personne morale) et une nationalité
(lien juridique de rattachement à un Etat qui est en principe déterminé par le lieu du siège social).

En l’espèce, la SARL projetée par Stéphane et Franck NOËL sera une société commerciale qui, une fois
immatriculée au RCS sera une personne morale. Ses éléments d’identification seront sa dénomination
sociale (« Fiesta »), son siège social (4 rue des Cotillons à Lyon) et sa nationalité (nationalité française
compte tenu du lieu du siège social).

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Cas 2

Lors d’un diner privé dans un restaurant parisien, Céline, une célèbre actrice de cinéma, se retrouve le nez
brisé suite aux coups assénés au cours d’une bagarre avec un photographe par qui elle refusait d’être
photographiée. Céline se demande quelles sont ses chances de voir prospérer l’action en justice qu’elle
envisage de mener contre ce photographe.

Quelles sont les conditions de recevabilité d’une action en justice ?

Selon la formule « pas d’intérêt, pas d’action », une action en justice n’est recevable que si le demandeur a
un intérêt à agir. Cet intérêt à agir doit revêtir certaines qualités.

Ainsi, l’intérêt doit en principe être réel, né et actuel ; à savoir : déjà apparu et pas seulement hypothétique
ou futur, mais également pas trop ancien au risque de la prescription du délai pour agir (hors dispositions
spéciales, le délai pour agir en justice est de cinq ans). Par exception, il peut y avoir imprescriptibilité (par
exemple, pour assigner pour crime contre l’humanité) ou un préjudice futur peut fonder une action si ce
préjudice est certain.

L’intérêt à agir doit aussi en principe être personnel ; ce qui signifie que seul le titulaire du droit allégué peut
prendre l’initiative du procès et que l’on ne peut ester en justice pour le compte de quelqu’un d’autre.
Toutefois, les représentants légaux des victimes sont habilités à agir à leur place (représentant légal d’une
personne physique juridiquement incapable, représentant légal d’une personne morale,…).

L’intérêt à agir doit également en principe être direct : seule la victime directe du dommage invoqué est
autorisée à agir et elle doit le faire contre l’auteur du dommage le plus directement impliqué dans sa
réalisation. Cependant, le droit en vigueur admet les recours exercés par les « victimes par ricochet »
(personnes qui souffrent en raison du dommage subi par un proche).

Enfin, l’intérêt à agir doit être juridique : il est impensable de demander raison en justice pour un fait ou un
acte illégal !

Outre ces caractères de l’intérêt à agir, le plaideur ne verra son action en justice recevable que s’il saisit la
juridiction compétente (en attribution et en territorialité).

En l’espèce, Céline a le nez cassé suite à une bagarre avec un photographe et cet évènement vient
manifestement de se produire. Céline subit donc un dommage réel, né et actuel. Ce dommage lui est
personnel et elle en est la victime directe. Tout dommage causé au plan civil méritant réparation au regard
du droit positif français, la situation de Céline est juridiquement protégée. À condition d’agir dans les temps,
de saisir la juridiction compétente et de prouver ses prétentions (notamment que le photographe est l’auteur
du coup ayant entraîné la blessure), Céline a donc un intérêt à agir et remplit les conditions pour exercer une
action en justice.

II – COMMENTAIRE DE DOCUMENTS (6 points)

Il s’agissait de répondre à trois questions posées à la suite de deux documents.

Question n° 1 : De quelle source du droit émanent les règles posées par les documents étudiés ?

Les deux documents étudiés sont d’une part, un extrait d’un article d’une loi (extrait de l’article 21 de la
« loi n° 95-125 du 8 février 1995 relative à l’organisation des juridictions et à la procédure civile, pénale et
administrative ») et, d’autre part, un article du Code civil français (« Art. 2061 C. civ. »). Cet article est
également un article de loi.

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Les règles du droit français en vigueur proviennent de différentes sources liées entre elles suivant un
principe hiérarchique ; chaque source de niveau inférieur ne devant pas être contraire à une source de niveau
supérieur. La hiérarchie des sources du droit, en partant de la plus élevée, s’établit dans cet ordre : la
Constitution française du 4 octobre 1958, les traités internationaux signés par la France, les sources
européennes (directives,…), la loi nationale, les ordonnances du gouvernement, les règlements de droit
interne, la coutume, la jurisprudence, la doctrine.

Les deux documents étudiés proviennent donc de la même sorte de source du droit : la loi nationale.

Question n° 2 : Quelles sont les modalités dont traitent les documents étudiés ?

Les deux documents étudiés traitent de certains modes alternatifs de règlement des conflits (MARC) ; soit
qu’il s’agisse de procédures judiciaires particulières, soit qu’il s’agisse de modes privés de résolution des
litiges.

Ainsi, le premier document renseigne sur la conciliation et la médiation judiciaires, qui sont des procédures
judiciaires particulières (L. n° 95-125 du 8 février 1995, art. 21 : « Le juge peut, après avoir obtenu l’accord
des parties, désigner une tierce personne remplissant les conditions fixées par décret en Conseil d’Etat pour
procéder : 1° soit aux tentatives préalables de conciliation prescrites par la loi, sauf en matière de divorce
et de séparation de corps, 2° soit à une médiation, en tout état de la procédure et y compris en référé, pour
tenter de parvenir à un accord entre les parties … »). Le conciliateur désigné par le juge essaye d’amener
les parties à un accord amiable, tandis que le médiateur désigné par le juge est chargé de formuler des
recommandations pour conduire les parties à une solution au conflit. Il est à noter que ce texte fait allusion à
une autre procédure particulière : le référé (procédure qui tend à obtenir, en raison d’une situation d’urgence,
du président de la juridiction normalement compétente, une décision appelée ordonnance et ayant un
caractère provisoire).

Le second document (art. 2061 C. civ.) est une disposition à propos d’un mode privé de résolution des
litiges, l’arbitrage, qui peut être contractuellement choisi par les parties au moyen d’une clause
compromissoire (avant toute contestation), mais seulement entre professionnels (« sous réserve des
dispositions législatives particulières, la clause compromissoire est valable dans les contrats conclus à
raison d’une activité professionnelle »). L’arbitrage consiste à faire trancher un litige par des tiers, personnes
privées, en dehors des juridictions étatiques.

Question n° 3 : Peut-on mettre en œuvre ces modalités autrement que par les voies décrites par les
documents étudiés ?

En ce qui concerne, tout d’abord, les modalités dont traite l’article 21 de la loi n° 95-125 du 8 février 1995,
il est également possible de les mettre en œuvre de manière conventionnelle et non judiciaire. Ainsi, la
médiation peut être conventionnelle : ce sont alors les parties qui recourent elles-mêmes au service d’une
tierce personne qui tente de les amener à régler leur litige en les guidant vers des solutions. En ce cas, le
médiateur n’est pas désigné judiciairement. Judiciaire ou non, le médiateur n’est pas habilité à rendre une
décision de justice.

En ce qui concerne, ensuite, l’arbitrage dont traite l’article 2061 du Code civil, il est également possible d’y
recourir contractuellement au moyen d’un compromis d’arbitrage ; mais cette fois-ci, une fois que le litige
est né et en toutes matières.

Les documents étudiés ne traitent pas de tous les MARC puisqu’il en existe d’autres (procédure de
distribution des deniers en dehors de toute procédure d’exécution, clause pénale,…).

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III – QUESTIONS DE COURS (6 points)

A – Quelle est la définition et quelle est la nature juridique du droit de propriété ? (3 points)

Selon l’article 544 du Code civil : « La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la
manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les
règlements ».

Le droit de propriété est le droit subjectif (prérogative juridique reconnue aux sujets de droits dans le
cadre du droit positif), patrimonial (droit ayant une valeur pécuniaire et susceptible de transactions)
réel (portant sur des choses) principal en ce sens qu’il est théoriquement le droit le plus complet qu’une
personne puisse avoir sur une chose. En effet, il confère à son titulaire, le propriétaire, trois attributs :
l’usus (droit de se servir de la chose appropriée), le fructus (droit de percevoir les revenus de la chose
appropriée) et l’abusus (droit de disposer de la chose appropriée ; c’est-à-dire le droit d’effectuer
dessus tous actes de dispositions : actes susceptibles de compromettre de manière significative la
composition du patrimoine comme la vente, la donation,…).

Pour autant, l’étendue du droit de propriété n’est pas sans limite car l’exercice de ce droit ne saurait
nuire à autrui.

B – QCM (0,5 point par réponse exacte)

1° a et b
Un fait juridique est un événement voulu (coups et blessures volontaires,…) ou non voulu
(accident,…) auquel le droit attache des effets (obligations à réparation) non voulus par son auteur.

2° a
La charge de la preuve incombe au demandeur (celui qui prétend quelque chose) : « actori probatio
incumbit ».

3° a
Un acte authentique est un écrit ayant force de preuve parfaite et qui est instrumenté par un officier
public (notaire,…). Un expert-comptable n’est pas un officier public.

4° a
Les juridictions judiciaires, auxquelles appartiennent notamment les juridictions pénales, constituent
l’ordre juridictionnel judiciaire. L’autre ordre juridictionnel est l’ordre administratif.

5° a
Le TGI (Tribunal de grande instance) est la juridiction dite de droit commun en ce sens que, outre ses
compétences spéciales, cette juridiction a compétence toutes les fois qu’aucune autre juridiction ne
peut l’être.

6° a et b
La Cour de cassation, juridiction suprême de l’ordre judiciaire français, rend soit des arrêts de rejet
(elle rejette le pourvoi formé devant elle) soit des arrêts de cassation (elle casse la décision attaquée
devant elle).