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Université de Lubumbashi
Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives
Département de Sociologie et Anthropologie

Anthropologie Générale
Notes de cours
Premiers Graduats Sociologie et Anthropologie

Gilbert Malemba N’Sakila


Professeur Ordinaire

Anthropologie Générale -G1 Soc & G1 Anthr


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Introduction

1. Plan du cours

I. La formation de l’anthropologie
1. Les préliminaires  
2. La configuration

II. Le statut scientifique de l’anthropologie


1. Notion
2. Objet
3. Les premiers anthropologues
4. Le Champ d’étude
5. Les tendances
6. Les Ecoles

III. L’anthropologie biologique


1. Genèse
2. Objet
3. L’évolution de l’espèce humaine
4. Les caractères biologiques de l’homme

IV. La lignée humaine


1. Les applications anthropologiques
2. Les données préhistoriques
3. Les hominidés anciens
4. Les premiers hommes
5. Les néanderthaliens
6. L’homme moderne

V. L’anthropologie culturelle
1. L’Objet
2. La méthodologie
3. Les orientations
4. La culture

VI. Les théories anthropologiques


1. L’évolutionnisme
2. Le diffusionnisme
3. Le fonctionnalisme
4. Le structuralisme
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5. Le structuro-fonctionnalisme
6. Le culturalisme
7. Le dynamisme

2. Objet du cours

Le cours d’Anthropologie Générale consiste dans l’enseignement de l’objet, de


l’histoire, de la méthodologie et des théories de la science anthropologique. Ce qui revient à
l’étude du parcours, des démarches et des applications de cette discipline scientifique.

3. Les objectifs du cours

Objectif général
L’enseignement du cours d’Anthropologie Générale vise à expliquer la substance de la
science anthropologique.

Objectifs spécifiques
A l’issue de ce cours, chaque étudiant doit être capable :
a) de présenter l’objet de l’anthropologie ;
b) d’esquisser l’histoire de cette science ;
c) d’interpréter les théories anthropologiques ;
d) d’appliquer la méthodologie, les concepts et les notions de l’anthropologie.

4.   Bibliographie

1) BALANDIER, Georges, Anthropo-Logiques, PUF, Paris, 1974.


2) BEATTIE, John, Introduction à l’anthropologie sociale, Payot, Paris, 1964.
3) COPANS, Jean, Critiques et Politiques de l’Anthropologie, Maspero, Paris, 1974.
4) COPANS, Jean, L’anthropologie : science des sociétés primitives, E. P., Paris, 1964.
5) LECLERC, Bruno & PUCELLA, Salvatore, Les conceptions de l’être humain, théories et
problématiques, Renouveau Pédagogique, Québec, 1993.
6) LEVI-STRAUSS, C., Anthropologie structurale, Tome I, Plon, Paris, 1952 ; Tome II, 1973.
7) LEVY-BRUHL, Lucien, La mentalité primitive, PUF, Paris, 1922.
8) MALINOWSKI, B., Pour une théorie scientifique de la culture, Seuil, Paris, 1944.
9) MAUSS, M., Manuel d’ethnologie, Payot, Paris 1971.
10) MAUSS, Marcel, Sociologie et Anthropologie, PUF, Paris, 1973.
11) MEAD, M., L’Anthropologie comme science humaine, Payot, Paris, 1971.
12) MERCIER, Paul, Histoire de l’Anthropologie, PUF, Paris, 1971.
13) PANOFF, M., Dictionnaire de l’Ethnologie, Payot, Paris, 1973.
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14) POIRIER, Jean (sous la direction), Ethnologie générale, Gallimard, Paris, 1968.
15) POIRIER, Jean, Histoire de l’Ethnologie, PUF, Paris, 1969.
16) SAPIR, Eduard, Anthropologie, Seuil & Minuit, Paris, 1973.

5. Stratégie pédagogique

La méthode d’exposé ex-cathedra, soutenue par la technique pédagogique participative


est celle qui est utilisée pour enseigner ce cours. Ce qui signifie que le professeur énonce
d’abord les données théoriques et soutient ensuite un débat ponctué tantôt par ses questions
et les réponses des étudiants, tantôt par les questions de ces derniers auxquelles le professeur
répond. En sus du débat, l’assimilation des matières par l’étudiant sera éprouvée par le biais des
interrogations, des travaux pratiques et des examens.

6. Volume horaire

Le volume horaire du cours d’Anthropologie Générale est de 60 heures au total, dont 45


heures de théories et 15 de travaux pratiques.

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Chapitre I
La formation de l’Anthropologie

1.1. Les préliminaires

L’anthropologie est l’aboutissement du travail intellectuel de l’homme en réponse


à des multiples questions qu’il se posait depuis la nuit des temps sur l’humanité. L’effort
réflexif de l’homme qui l’a engendrée en tant que science date de l’Antiquité. Ce qui
signifie que c’est depuis plusieurs siècles que l’homme a cherché à se connaître. Les traces
de cet effort sont contenues dans des documents écrits, même si ces derniers n’avaient
rien à voir avec l’anthropologie, telle qu’elle est connue et pratiquée à ces jours. C’est
pourquoi, ces idées sont des préliminaires à la science anthropologique : elles constituent
ce qu’on peut appeler la « Pré-anthropologie ».

Mais, la formation de la science anthropologique a été lente et progressive au fil


des temps, grâce au passage de la philosophie sociale marquée par la pensée spéculative
sur la société vers l’observation de la société utilisant la pensée scientifique. La pensée
spéculative diffère de la pensée scientifique par ce qu’elle est abstraite, alors que la
pensée scientifique opère par un corps de connaissances systématiques ou méthodiques,
observables ou perceptibles et vérifiables empiriquement sur la société.

L’éclosion de la connaissance scientifique des questions humaines a lieu à la faveur


de l’application de l’esprit normatif qui requiert l’observation scientifique, c’est-à-dire
positive et objective.

La formation de l’anthropologie se laisse mieux comprendre à travers les grandes


périodes historiques de l’humanité, à savoir: l’Antiquité, le Moyen âge, les Temps
modernes et la Période contemporaine.

A. Antiquité (de la fin de la Préhistoire au Vème siècle avant J.C.: siècles de Périclès)

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Les germes de la naissance de l’anthropologie remontent à la Grèce antique vers le


Vème et le IVème siècle avant Jésus-Christ. Ils constituent les jalons de la science
anthropologique qui se sont consolidés à la Renaissance, après le Moyen âge. A la base, il
y a eu l’émergence de la dialectique ou de la pensée discursive et du sophisme, qui rejette
le mythe et considère l’homme comme mesure de toute chose. De la Grèce, la réflexion
s’est étendue à la Rome, tel que les témoignent les écrits.

En effet, des documents écrits, il n’y a que les traces des Grecs et des Romains.
1) La Grèce antique
En Grèce, la pensé est dominée par la philosophie. Les étrangers sont considérés
comme des barbares à dompter. Ils leur menaient alors des guerres à l’issue desquels
certains d’entre eux écrivaient des souvenirs. Des écrivains grecs de l’Antiquité, nous
citons Hérodote, Thucydide et des philosophes.

a) Hérodote
Hérodote a vécu au Vème siècle avant Jésus-Christ. Il s’est distingué par sa quête de
l’information sociale dans ses écrits où il décrit les mœurs, les coutumes et les traditions
des peuples qu’ils rencontrent lors de ses voyages. C’est, par exemple, les Mèdes, les
Perses et les Egyptiens.
Mais, il est reproché à cet auteur de mêler l’ethnocentrisme à l’observation. Il
considérait notamment comme barbares tous les peuples non Grecs. Ce qui traduit des
préjugés sur les étrangers, qu’on croyait inférieurs aux Grecs.

b) Thucydide
Thucydide est contemporain à Hérodote ; il a vécu au Vème siècle av. J.C. Il est le
père de l’histoire à cause de son effort d’expliquer les phénomènes observés. Il s’est fait
remarquer en plus par son raisonnement analogique, c’est-à-dire par la comparaison.

c) Les philosophes
On entend par philosophes ici les penseurs qui, sans s’enquérir méthodiquement
des faits, ont seulement cherché à dégager les « règles de l’organisation de la société ».
C’est, entre autres, les sophistes, Platon et Aristote.
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1° Les sophistes : sont des penseurs du Vème et du IVème siècle av. J.C., qui ont
réfléchi sur la société et sur la vie politique. Ils recouraient à l’observation et à
l’expérimentation, mais qui n’étaient que rudimentaires. Ils sont parvenus à dénoncer les
survivances des valeurs contenues dans les institutions athéniennes qui étaient
inadaptées au développement commercial et intellectuel de la cité grecque.

2° Platon (429-347 av. J.C.) : il a été utopiste. Il a développé la théorie des


cataclysmes naturels (catastrophes, tremblements de terre) comme fondement de
l’organisation des hommes en société. Il trouvait, à ce propos, dans les proverbes et les
mythes la pensée primordiale. Ainsi, il recourait à l’imaginaire pour expliquer les maux qui
s’affichaient dans la cité grecque ou la vie sociale qui s’y développait.

En plus, il se servait des observations pour élaborer ses méditations et ses


spéculations philosophiques sur les conditions de la construction de la « Cité idéale » (Cf.
La République ») où vivraient des hommes justes et sages, qu’il appelait des philosophes,
devant être des « magistrats » différents des guerriers et des artisans. D’après Platon, le
gouvernement de la Cité revenait aux philosophes.

3° Aristote (384-322 av. J.C.) : Disciple de Platon, il était réaliste, soit l’opposé de
son maître. Dans son ouvrage intitulé « La politique », il introduit les méthodes inductive,
d’observation et comparative. Il avait un plus grand souci d’informations et s’efforçait à
classifier les faits sociaux et politiques observés. Il avait en plus un sens élevé du
relativisme. En effet, jadis, la société humaine et le pouvoir politique étaient conçus
comme une émanation de Dieu.

Mais, il est arrivé à Aristote de soutenir que le dogmatisme (affirmation de la vérité


absolue) ne permettait pas de répondre à toutes les interrogations de l’homme et que, par
contre, l’observation soutenue par une enquête permettait :
- l’empirisme (référence au vécu, au connu et à l’expérience),
- la systématisation (effort d’organiser les idées, de les mettre en ordre), et – la
démonstration (exposé des données).

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2) La Rome antique
Les Romains étaient plus pratiques que spéculatifs. Ils considéraient les étrangers
comme des « sauvages » à qui imposer leur « civilisation » par des guerres. Les guerres
leur fournissaient les occasions d’étudier les institutions et les mœurs de ces dernières.
Ainsi :
1) César fait des commentaires sur les Gaulois
2) Tacite : écrit sur les Germains
3) Saint Augustin : réfléchit sur la chute de l’empire romain à la lumière du christianisme
naissant professant l’amour du prochain et la paix. En plus, dans son ouvrage intitulé
« Cité de Dieu », il synthétise des données sur les valeurs humaines, sur les civilisations
et sur l’apport du christianisme.
4) Pline l’Ancien : écrit sur l’Histoire naturelle
5) Tacite : présente les mœurs des Germains
6) Strabon : écrit sur la Géographie et décrit la pratique de la couvade
7) Polybe : présente l’Histoire générale.

- B. Le Moyen âge  (Vème siècle avant J.C. - 1453 : Chute de l’Empire romain d’Orient)
La société est féodale et chrétienne. Elle est marquée par l’égocentrisme et le
théocentrisme, la théorie prime sur la pratique sociale.

Au total, le Moyen- Age excelle dans la fabulation et dans la fiction d’allure


tératologique, qui remplace l’histoire et la géographie antiques. Mais, il sombre dans le
théocentrisme. Cependant, ce dernier est vécu différemment selon que l’on est chrétien
ou musulman.

1° Le Moyen âge chrétien : la pensée est dominée par la perfectibilité de l’homme dans la
société. Cette idée a été mise à profit en dehors du clergé et « laïcisée » au point de
générer une autre idée, celle du « progrès de l’Humanité ».

Mais, les dogmes et les traditions interdisent l’éveil de l’esprit scientifique. Ils
empêchent également d’inventorier le réel. Le théocentrisme marque la pensée et le

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dogmatisme est chrétien. Parmi les écrivains de ce temps, nous citons Saint Thomas et
Thomas More.
1) Saint Thomas : il propose la construction de la cité de Dieu,
2) Thomas More : il écrit sur la cité idéale.

2° Le Moyen âge islamique : la pensée est marquée par le triomphe de la volonté d’Allah.
Deux auteurs peuvent être cités ici, il s’agit d’Ibn Khaldoum et Marco Polo.
a) Ibn Khaldoum (1332-1406) a écrit les « Prolégomènes à l’Histoire », où il rejette la
généralisation au profit du relativisme et défend la théorie des cycles en notant que :
- Le changement social dépend de la cohésion sociale ; c’est-à-dire que le degré de
variations de la cohésion sociale ou son intensité (forte ou faible) explique les
changements sociaux.
- L’esprit de corps est la source de l’intégration sociale : la solidarité ou le fait que les
individus comptent les uns sur les autres permet à ceux-ci d’assurer leur
subsistance et leur défense. Mais, par-dessus tout, le mode de vie dépend du
facteur géographique : vie dure, âpre, exigeant la solidarité et la force de caractère
dans le désert.
b) Marco Polo : il a écrit des récits de ses voyages à l’Extrême Orient. Il avait séjourné
pendant 25 ans en Asie. De ses voyages, il a non seulement acheté l’Or et les épices,
mais aussi et surtout a écrit sur la philosophie et sur la pensée chinoise en prouvant
que les chinois ne sont pas des « sauvages »
c) Al Biruni : l’Inde et ses habitants
d) Ibn Batuta : l’Afrique et les africains.

Par ailleurs, en Asie, les civilisations sont mal connues des Européens, alors qu’elles
sont vraiment riches en idées sur les questionnements de l’homme sur les hommes.
Exemple :
1) Hiuang Tsang : moine bouddhiste chinois envoyé aux Indes, il fit rédiger son « 
mémoire sur les contés occidentaux » en 646. Il y décrit la civilisation, la religion et les
mœurs des Indiens.

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2) Yi- Tsing : il écrit deux mémoires : l’un sur le Bouddhisme et l’autre sur les
Occidentaux. Ce dernier est une relation des éminents moines qui partirent à la
découverte de la loi en Occident.
3) Yu- Yang- Tsa- Tsu : après un voyage en Somalie au 19 ème siècle, il décrit la terre
africaine pour la première fois de manière désintéressée ainsi que les habitudes
juridiques des Somaliens. A ce titre, il est considéré comme précurseur de l’ethnologie.

- C. Le 16ème siècle : la Renaissance (du 16ème siècle au 18ème siècle : Révolution française
en 1789)

a) Les caractéristiques
Si le Moyen- Age a péché par l’égocentrisme, il a son côté positif dans la
connaissance de l’Afrique. A partie du 14 ème siècle, l’égocentrisme tend à disparaître, les
premiers schismes s’opèrent et l’on pense à la diaspora. Celle- ci concerne les pays à
vocation maritime tels qu’Espagne, le Portugal, l’Angleterre et la Hollande.

Pendant cette période (1770-1870), des philosophes font un retour à l’Antiquité


gréco-romain (curiosité helléniste et hébraïsante). Mais, les civilisations sont
démocratiques.

b) Les facteurs
Les facteurs qui ont favorisé le déclenchement de la Renaissance sont les suivants :
1) La réforme : elle amène à la vulgarisation des connaissances humaines par
l’imprimerie grâce à laquelle les philosophes percent la remise en question de la
théocratie. Les textes sacrés sont divulgués et, à la limite, chaque fidèle est prêtre
de sa religion en famille.
- La technologie : elle se dote des appareils optiques. Ce qui permit à Copernic de
remettre la position de la terre en déplaçant le centre de l’univers ; à Kepler
d’élaborer les premières lois de la mécanique céleste.

Les acquis technologiques (boussole, astrolabe, caravelle, gouvernail) soutiennent


la navigation haussière pour des raisons d’ordre commercial ou religieux (évangélisation

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depuis que la chrétienté est coupée en 1453 des lieux saints). Des présupposés d’origine
mythologique ou théologique se mêlent encore aux documents concrets. Le mythe du noir
s’élabore avec des thèmes variés dont :
1) Le thème tératologique : hérité des fabulations médiévales. Il met en scène un
bestiaire humain auquel on attache une crédibilité sans nuance.
2) Le thème du bon sauvage : né en Italie et en France au début du 15 ème siècle. Il est
davantage exalté par J. J Rousseau. Il accapare la pensée de beaucoup de
missionnaires et constitue la base de la remise en question de la civilisation des
non-Occidentaux.
3) Le thème mythologique : dessine un état de nature sous des couleurs idéalisées.
C’est déjà le début de la déculturation avec délices. L’Eden perdu et la félicité de
l’âge idyllique se retrouvent exploités au bout du monde. Exemple : la fontaine de
Jouvence, El Dorado, l’Age d’or.

c) Les implications 
Les retombées des idées-forces du Moyen Age sont nombreuses, parmi elles, nous citons
les suivantes :
1) Henri Estienne : décrit pour la première fois les indigènes en 1512 à travers la
chronologie d’Eusèbe. Les indigènes en question étaient le sept hommes amenés
d’Amérique à Rouen en 1509, avec un canon des vêtements et des armes. D’autres
naturels ont été ramenés par des explorateurs en Espagne et en Angleterre
2) Déjà, à partir du 14 ème siècle, apparaissent les premières collections de Grands
voyages :
- en Italie : Ramascoi,
- en Allemagne : De Bry
- en Angleterre : Raleigh.

Les Espagnols et les Portugais particulièrement découvrent le nouveau monde.


3) Rabelais : utilise pour la première fois le terme exotisme.
4) Montaigne : mène une enquête, sceptique et comparatiste.
5) Montesquieu (1689-1755) : il opère une séparation réelle et rigoureuse entre la
démarche philosophique et la démarche d’observation scientifique. Il avance l’idée
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selon laquelle : « On dit ce qui est et non ce qui devrait être ». Il fait usage de la
description objective et de la méthode comparative notamment des mœurs et des
gouvernements. Il élabore une théorie essentielle qui constitue des prémisses de
l’ethno- psychologie. Cf. ses œuvres comme : - L’Esprit des lois, - Les lettres
persanes, - Considération sur les causes de la gradeur et de la décadence des
Romains.
6) L’Eglise projette d’évangéliser les sociétés exotiques même au prix de martyr. Bien
que l’unité fondamentale de l’humanité demeure implicite, on considère que le
sauvage converti devient l’égal de tout autre chrétien. Mais, le principe de la
diversité humaine et de la variabilité de l’homme n’est pas accepté. L’esclavage est
justifié en arguant que le noir sort du schéma de la création des fils de Dieu. Alors,
il était légitime d’avoir des nègres en toute propriété et de les traiter aussi
humainement qu’un autre domestique : sas châtiment corporel excessif.
7) La littérature de voyages : Les découvertes enregistrées lors des voyages
alimentent une abondante littérature de voyages, qui développe le relativisme et
qui soutient les études comparatives.

d. Période contemporaine (du 17ème siècle à ce jour)


Le 17ème siècle est centré sur l’exotisme qui motive les contacts avec les sociétés
lointaines. Mais, cet exotisme aboutit à l’humanisme au 18 ème siècle au moment où
apparaissent les sciences humaines et où la science se vulgarise et se dote d’une
méthodologie

Ces siècles sont caractérisés par :


1) Le changement des perspectives et de nouvelles interrogations sur les cultures
non-occidentales.
2) Les récits de voyages : ils ont un véritable contenu ethnologique.
3) La notion du temps change : le cyclique est remplacé par le linéaire.
4) La conception du monde n’est plus théologique. C’est le siècle des lumières. Les
sciences physiques récusent les aspects mythiques de la vie dont se chargeait la
mythologie de religion.
5) Une nouvelle ère intellectuelle s’ouvre : l’évolution est de mise.

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6) Le relativisme gagne l’esprit humain : on ne conçoit plus l’homme d’une façon


absolue. Les hommes deviennent objectifs et s’intéressent aux autres.

Parmi les auteurs de ce temps, nous citons :


1. Jean Moquet (1616) : il voyage en Afrique, en Asie, aux Indes orientales et
occidentales.
2. Jurieu (1704) : il écrit l’histoire antique des dogmes et des cultes de l’Eglise depuis
Adam jusqu’à Jésus-Christ.
3. Père D’Abbeville (1614) : il rédige l’histoire de la mission à l’île de Marañón. Il
avance la théorie des climats dont l’influence serait possible sur l’environnement
naturel et sur le milieu culturel.
4. Lafitau (1724) : Il compare les mœurs sauvages américaines aux mœurs des
premiers temps.
5. Turgot(1750) : Il dresse un tableau philosophique des progrès successifs de l’esprit
humain.
6. Bruanger (1766) : il écrit L’antiquité dévoilée.
7. A. Fergusson (1767) : Il écrit “ History of Civil Society” où il présente l’évolution
sociale en trois époques: sauvages, barbare et civilisé.
8. Vico (1767) : Il présente une théorie des cycles et des reflux de l’évolution et de
l’involution en trois états
- poétique : cosmogonie et mythologie,
- héroïque : histoire et légende
- de la ration : nature humaine intelligente.
9. Condorcet (1794) : Il écrit « Esquisse d’un tableau historique des progrès
humains ».
10. Voltaire : Il considère qu’un grand nombre des contemporains sont inférieurs aux
indigènes. Il écrit aussi que les peuples du Canada sont inférieurs aux autres.

Somme toute, avec Condorcet (France), Adam Fergusson (Angleterre), Herder


(Allemagne : 1784) et Vico (Italie), l’histoire est débarrassée de sa charge mythique et des
servitudes providentialistes. L’égalitarisme et le raisonnement logique surviennent.

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1.2. La configuration de l’anthropologie


Entre 1770 et 1830, naissent l’ethnologie, l’ethnographie et l’anthropologie.
Plusieurs écrivains s’y intéressent. L’approche ethnologique la plus nette est réalisée par
deux sortes de chercheur les uns de terrain et les autres de cabinet.
- les chercheurs des terrains sont des personnalités ouvertes aux autres qui voyagent
et écrivent sur ce qu’ils observent, mais sans formation spécialisée. C’est
notamment les découvertes des Archipels comme Forster, Parkinson, Bougainville,
qui sont à la base de leur activité.
- les chercheurs de cabinet sont des érudits, mais spéculateurs, abstraits, mais
faisant des synthèses.

Les efforts combiné des ces chercheur permettent :


- l’élargissement de la notion de culture humaine dans l’espace et dans le temps ;
- le début d’une définition scientifique de l’homme en le réinscrivant dans la
systématique géologique qu’Aristote avait déjà réalisée.

C’est ainsi que :


1) Blumebach (1795) : emploie le mot anthropologie dans un sens naturaliste pour
désigner l’histoire naturelle de l’homme.
2) Varney (1757- 1820) : devient précurseur de l’histoire géographique.
3) Degrande : Il écrit sur les « aspects méthodologiques de la recherche ».
4) Humboldt (1769- 1859) : Il crée la linguistique.
5) Chavannes (1785) : il écrit « Essai sur l’éducation intellectuelle ». Il emploie le
terme ethnologie dans le sens d’une classification raciologique ou l’inventaire
ethnique.
6) Cabanis (1769) : il envisage un programme de recherche sur la science de
l’homme.
7) E. Kant: philosophe et Historien, il écrit “Anthropologie in Pragmatischer Kinschitt“
où il Analyse la dualité de l’homme (corps + âme) et esquisse le concept de
structure. Il donne au mot anthropologie son sens actuel

Ces auteurs sont, finalement, des idéologues qui ont le mérite:

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- d’associer toutes les recherche pour cerner de près les diverses variables de l’homme ;
- de programmer des recherches et coordonner plusieurs disciplines.

Depuis 1839, les sciences en général connaissent une évolution. Des recherches
spécialisées deviennent de plus en plus nombreuses. Il y a notamment :
- La préhistoire avec Bouchay ;
- L’Anthropologie physique avec Broca ;
- La Linguistique avec Humboldt.
- Les premiers Traité d’Histoire naturelle et d’Ethnologie comparée apparaissent
aussi.

En 1859, BROCA fait une leçon inaugurale à l’Ecole d’Anthropologie de Paris. Au


cours de celle-ci, il conçoit l’ethnologie comme une science de synthèse de la raciologie,
de la préhistoire, de linguistique et de l’ethnologie. Cette date est considérée comme celle
de la naissance de l’anthropologie.

e. Le 20ème siècle
De 1930 à 1945, les chercheurs se multiplient. L’anthropologie se divise en
plusieurs branches dont l’Anthropologie physique (Darwin), l’Anthropologie sociale (Tylor)
et l’Anthropologie culturelle (Malinowski).

La méthodologie scientifique de l’Anthropologie se consolide. Depuis 1945 jusqu’à


ce jour, l’Anthropologie connaît une profusion des écoles tendant à expliquer des faits
humains et sociaux. Elle acquiert plusieurs orientations que nous présentons dans la suite.

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Chapitre II
Le statut scientifique l’Anthropologie

2.1. La notion de l’anthropologie

Le mot « anthropologie » peut être défini selon son origine étymologique ou selon
sa signification scientifique.

- Définition étymologique
Le terme « anthropologie » dérive de deux mots grecs suivants :
- « Anthropos », qui signifie « homme », et
- « Logos », souvent traduit par « étude, discours, traité ou
science ».
Ainsi, d’après son étymologie, anthropologie veut dire « étude de l’homme » ou
« science de l’homme ».

- Définition scientifique
Le mot anthropologie est apparu dans la littérature latine au 16 e siècle. Mais, A. C.
Haddon (History of Anthropology, London 1910) le fait remonter à des auteurs grecs et
romains de l’Antiquité. Parmi ceux-ci, Hardon cite Aristote qui l’utilisait dans le sens de
l’homme qui parle de lui-même. La référence est aussi faite à ce propos à Antropology
Astracted, un livre collectif des auteurs anonymes publié en 1915. Ce livre traite des
matières comme l’histoire de la nature humaine et de l‘idée de la  nature humaine
reflétée dans les croyances philosophiques et dans les collections anatomiques.

A proprement parler, c’est De Quatre Fages qui a fabriqué ce concept. Dès la fin
du 18ème siècle, le mot anthropologie est entré dans le vocabulaire scientifique pour désigner
l’ensemble des questions concernant l’origine, les ressemblances et les différences des
diverses société alors recensées.

Le transformisme de Charles Darwin a davantage influencé la thématisation de


l’anthropologie avec l’idée que, comme dans les sciences de la nature, les sociétés aussi

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bien que les cultures se transforment. Cependant, c’est à partir de la deuxième moitié du
19e siècle qu’il renvoie à une discipline scientifique.

Toutefois, l'anthropologie émane de l’approche scientifique de l’homme par


l’homme qui remonte à la fin du 19 ème siècle. Elle s’est affirmée depuis le 20 ème siècle
comme une étude scientifique de l'homme : de son corps (anthropologie biologique) et de
ses productions culturelles en tant qu’être vivant dans la société (anthropologie
culturelle).

2.2. L’objet de l’anthropologie


La pensée a caractère anthropologique s’est exercée depuis que l’homme s’est
rendu compte de son état d’être humain ; c’est-à-dire depuis qu’il s’est aperçu semblable
aux autres hommes et n’être pas le seul au monde. Mais, c’est au 19 ème siècle que
l’anthropologie s’est constituée en une discipline scientifique particulière. E n tant que
telle est une expression historique marquant l’aboutissement de la découverte de l’autre
non européen et des sociétés non industrielles par l’Europe capitaliste. Bien avant, sur
base des données technologiques, l’autre a été considérée comme différent de
l’européen. Celui-ci le conçut même comme le prototype de ses ancêtres, donc le primitif.
Il s’en suit que l’anthropologie définit son définit son domaine de recherche en l’orient
vers les sociétés dites primitives.

Cependant, c’est par contingence historique simplement ; pour des raisons


expansionnistes de l’Europe, que l’objet de l’anthropologie a été défini comme tel. Au
fond, le primitif dont il s’agit est le petit être qui fonde l’humanité. Son contenu a été
cependant déformé au seul profit des peuples non Européens. Corrigeant ce glissement
tendancieux, Claude Lévi-Straus assigne à l’anthropologie la tache d’établir les propriétés
générales de toute vie sociale et culturelle ainsi que de réduire en expliquant
l’extraordinaire diversité humaine.

Les savants s’accordent, aujourd’hui, sur l’objet ainsi définie de l’anthropologie.


Depuis lors, l’anthropologie examine, grâce à des techniques propres et suivant des

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méthodes scientifique, la série des questions qui défient la curiosité humaine depuis les
propriétés de la cave paléolithique jusqu’à la merveille des grattes ciel urbain.

Ainsi, écrit par C. Lévi-Strauss, l’anthropologie  «  vise à une connaissance globale


de l’homme embrassant son sujet dans toute son extension historique et géographique ;
aspirant à une connaissance applicable à l’ensemble du développement humain, et
tendant à des conclusions positives et négatives, mais valables pour toutes les sociétés
humaines depuis la grande ville moderne jusqu’à la plus petite tribu mélanésienne ».

L’anthropologie étudie donc l’homme de partout et de toujours, examine sa vie et


ses valeurs. Elle se préoccupe de l’homme dans sa totalité : dans ses dimensions physique
et biologique ainsi que sociale et culturelle, tant dans le passé que dans le temps actuel.

Certains auteurs trouvent par là que l’anthropologie est ambitieuse et il lui


reproche son impérialisme. Ce qui est loin de la finalité de l’anthropologie.

2.3. Les premiers anthropologues


Les premiers anthropologues provenaient de diverses disciplines scientifiques. Il y a
eu, par exemple :
- des juristes, comme le suisse Johan Jacob Bachofen et l’américain Lewis Henry Morgan ;
- des médecins, comme l’allemand Adolf Bastian
- des administrateurs, comme les anglais Henry Summer-Maine et John F. Mac Lennan.

Ces anthropologues de la première génération sont des compilateurs et savants de


cabinet. Ils travaillent sur base des récits et des informations colportées par des voyageurs
au sujet des populations exotiques. Les grands informateurs sont notamment les
explorateurs, les missionnaires, les commerçant et les administrateurs coloniaux.

2.4. Le champ d’étude


A. Evolution

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Le champ d’investigation de l’anthropologie a connu beaucoup de mutations liées


au changement de la conception de l’homme. Quatre stades marquent son champ, à
savoir : l’autre, le sauvage, le primitif et l’homme de partout.

a) L’autre
L’anthropologie est une formalisation scientifique du questionnement permanent de
l’homme sur lui-même à cause de sa curiosité habituelle ; mais elle est surtout une
expression historique de la société européenne marquant le rapprochement de l’Europe
capitaliste avec les sociétés étrangères non industrielles.
De prime abord et longtemps avant, sur base des données technologiques ou
seulement matérielles, l’Européen avait considéré l’ « autre » comme différent de lui à
tous points de vue.

b) Le sauvage
L’intérêt au « sauvage » est né au 18ème siècle suite à l’exploration de l’Asie du
Nord-est et de l’intérieur de l’Afrique. L’entrée en contact avec leurs populations a
relancé la réflexion philosophique de jadis sur les peuples étrangers. Elle a mis au jour
l’idée d’une évolution de l’humanité qui se serait développé à partir d’un état de nature
originel jusqu’aux formes les plus complexes de la société industrielle. Des auteurs
célèbres ont eu à exploité ce thème mué en celui de « bon sauvage ».

c) Le primitif
La mise en application de la science anthropologique est intervenue au moment où
l’Europe voulait exploiter l’Afrique moyennant une stratégie bien réfléchie. Celle-ci a
consisté à connaître et dominer les populations à exploiter en vue d’accéder aux matières
précieuses que regorgent leurs sols et sous-sols. Ladite stratégie a pris corps dans
l’anthropologie grâce au financement des capitalistes qui s’étaient engagés dans
l’entreprise coloniale.

Au 19ème siècle et suite à la colonisation des vastes zones en Océanie et en Afrique,


le thème du sauvage laisse la place à celui du primitif. Par là, le non- européen qui était au
départ considéré presque comme animal et une sous- créature de dieu passe pour un être
humain qu’à même mais inférieur qui rappelle les ancêtres. Lucien Lévy-Bruhl en a fait un
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large traitement dans ses œuvres. Le primitif était conçu comme étant le prototype des
ancêtres des Européens.

Ce faisant, au lieu d’étudier toute société humaine, l’anthropologie coloniale s’est


plutôt occupée des populations non européennes, c’est-à-dire des sociétés étrangères à
l’Europe. Celles-ci, elles les considéraient comme étant :
- des « sociétés sans civilisation »,
- « sans écriture »,
- des « sociétés traditionnelles »,
- leurs habitants, des « sauvages », des « primitifs » ou des individus humains vivant
à l’état naturel.

L’anthropologie y est parvenue grâce à une première génération d’anthropologues


« compilateurs », qui travaillaient sur base des récits des voyageurs (explorateurs) ou des
étrangers.

d) L’homme de partout et de toujours


Au début du 20ème siècle et plus précisément après la deuxième guerre mondiale,
celui qui était considéré comme inférieur affiche des grandes facultés mentales humaines.
Il disparaît même en tant que tel grâce à l’occidentalisation. C’est ainsi qu’émerge le
thème de civilisation sans écriture qui témoigne de la logique différentielle occidentale. E.
Leach en est l’un des défenseurs. Cependant, dans la seconde moitié du 20 ème siècle,
l’écriture n’est plus valide pour sérier les sociétés. La décolonisation donne lieu à
l’appréciation du progrès social. Il naît alors le thème de société traditionnelle. Georges
Balandier en est un protagoniste

De ce fait, Claude Lévi-Strauss regrette que l’anthropologie se soit détournée de


ses objectifs. Pour lui, l’anthropologue est comme l’astronome des sciences sociales. Il
doit être, par conséquent, grandement objectif, c’est-à-dire qu’il doit s’élever de ses
propres méthodes de pensée et atteinte une formulation pour tous les observateurs
possibles. Dès lors, le champ de recherche anthropologique s’élargit ; les sociétés
traditionnelles disparaissent de ses préoccupations.

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B. Extension du champ d’étude


L’anthropologie s’est tournée par après vers l’étude de l’homme vivant autant dans
la grande ville autant que dans la petite cité, et même vers les minorités raciales et
tribales ainsi que vers l’homme œuvrant dans les entreprises. Actuellement et suite à la
pensée de Claude Lévi-Strauss, les savants conviennent que l’anthropologie étudie
l’Homme partout où il vit.
- 1ère extension : les petites communautés au sein de la population. Redfield les appelle
« Folk societies ». Elles se caractérisent par : - une dimension petite :
- l’auto- suffisance
- la division de travail peu accentuée
- la religion qui joue le rôle de cohésion.
- 2ème extension : l’étude des minorités raciales homogènes, ou bien les communautés
tribales dans u ne agglomération. Little, par exemple, étudie la population noire de la
ville britannique de Cardiff.

- 3ème extension : les sociétés urbaines et les entreprises. Chapple étudie par exemple, aux
U.S.A ; les symboles significatifs, les réseaux de relations dans une entreprise.

En somme, l’anthropologie n’a pas aujourd’hui un domaine d’investigation limité ;


elle a plutôt une approche spécifique de l’étude de l’homme.

2.5. Les tendances de l’anthropologie


L’anthropologie étudie les dimensions tant physiques et biologiques que sociales et
culturelles de l’homme dans le passé et au temps actuel. Deux branches principales se
sont constituées suivant les deux axes de la saisie de l’homme. Il s’agit de l’anthropologie
physique d’une part et de l’anthropologie sociale et culturelle de l’autre.

C’est pour cela qu’Eric Wolf définit l'anthropologie comme la plus scientifique des
sciences humaines, et la plus humaine des sciences de la nature. Par là, il montre à quel
point les contributions de l'anthropologie s'insèrent au cœur de toutes les autres sciences.

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Pour sa part, Franz Boas considère l’anthropologue comme un astronaute ; parce


que, par son travail, il se situe au sommet de la saisie objective de la réalité sociale de la
vie de l’homme.

2.6. Les écoles


De 1945 à ce jour, des écoles se créent et s’occupent de l’étude des faits humains.
Nous citerons l’école britannique, l’école française et l’école américaine.

a) L’anthropologie britannique
En Grande Bretagne ainsi que dans les autres pays anglo-saxons, l’anthropologie
est dite sociale. Elle est définie ou attendue comme étant proche de la sociologie. A ce
titre (la proximité entre anthropologie et sociologie), l’anthropologie est attendue comme
étant une réflexion sur les origines des phénomènes sociaux. Elle s’emploie à étudier les
relations sociales. Ainsi elle étudie particulièrement les religions et les croyances dites
primitives, le système de parenté, le mariage, les rituels, les institutions et les relations
sociales à travers le temps.

Bref, l’anthropologie sociale cherche à démontrer la fonction sociale des faits


(religion, croyance, parenté, mariage, etc.). Elle repose sur l’idée selon laquelle, ces faits
sociaux entretiennent des rapports directs avec la structure sociale et leur rôle consiste à
en maintenir la cohésion. Elle étudie la culture dans sa totalité ; soit dans ses dimensions
matérielle (objets matériels), et immatérielle (les croyances, les idées, la religion, etc.).

Par ailleurs, l’anthropologie britannique privilégie l’enquête sur terrain. Elle saisit
l’organisation sociale, le fonctionnement du pouvoir, la réglementation des conflits, la
réciprocité, l’échange économique et l’évolution des sociétés.

Les grands auteurs de cette école sont : Alfred Reginald Radcliffe-Brown(1881-


1955), Bronislaw Malinowski, (1881-1955), Edward Evan Evans-Pritchard (1902-1973),
Margaret Mead (1901-1978), Meyer Fortes (1904-1983), J. Summer-Maine, J. F. Mc
Lennan, Eduard Burnet Tylor.

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a) L’anthropologie française
Elle démarre en 1950 à titre de science naturelle de l’espèce humaine. Elle va vite
se déclarer conservatrice parce que naturaliste. Elle s’est crée une ethnologie qui s’est
voulu comparatiste pour étudier les différents systèmes culturels et sociaux de manière
objective. Elle est une science de terrain, qui s’intéresse à l’étude des sociétés dites
« primitives » à travers deux principales orientations : d’une part, l’orientation structurale
et d’autre part, l’orientation marxiste. Elle utilise les approches psychologique, politique et
comparative.

Les auteurs importants de l’école anthropologique française sont : Emile Durkheim


(1858-1917), Marcel Mauss (1873-1950), Roger Bastide, Claude Lévi-Strauss.

b) L’anthropologie américaine 
Elle se définit comme une anthropologie culturelle et s’affiche comme une
discipline de synthèse. Elle a une définition large du mot culture : englobant la
technologie, les objets matériels, la psychologie, la religion, la magie, les rites, etc. Pour
elle, la culture est une totalité. Son l’objet est :
- La nature des sociétés à petite taille (démographiquement), la religion, la politique,
l’économie des sociétés.
- Le projet d’étude des origines de l’homme, de la croissance et du développement des
cultures.
- Les relations entre les sciences sociales et la biologie, soit l’interaction entre les
influences biologiques et les influences socioculturelles, l’importance de la culture
dans le comportement humain, l’exploration des disciplines limitrophes comme la
psychologie, la psychanalyse et la linguistique.
- L’étude des corrélations statistiques entre les formes d’organisation sociale, le mode
de subsistance, les pratiques religieuses et le système politique.
- L’étude de l’acculturation à cause du culturalisme, qui consiste en une étude
matérialiste et comparatiste de l’histoire sociale.

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Les membres de l’école américaine d’anthropologie sont: Lewis H. Morgan, Franz


Boas, Robert Lowie, Ruth Benedict, Alfred L. Kroeber, Ralph Linton, Edward Sapir,
Margaret Mead, George P. Murdock, Robert Redfield.

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Chapitre III
L’anthropologie biologique

3.1. La genèse

L’anthropologie biologique est née, il y a un siècle à cause du fait que l’intérêt au


problème de l’origine de l’homme est récent. Dominée par les philosophies et les religions
primitives, l’antiquité ne l’a pas connu. C’est au 19 ème siècle qu’il est réellement posé et
soumis aux méthodes d’investigations scientifiques.
Bien avant, toute idée de rattacher l’homme au reste de la nature ou celle selon
laquelle l’homme aurait une histoire paléontologique était considérée comme une
dangereuse hérésie. Cuvier a eu, par exemple, du mal à convaincre que l’humanité se
partage une origine commune avec les grands animaux quaternaire. Et Darwin n’a réussi à
consacrer la thèse larmarckiènne (1809) (selon laquelle l’homme a une origine animale)
que quarante années plus tard.
C’est à partir de 1838, après quinze années de luttes épiques contre la science
officielle, que Boucher De Perthes (fondateur de la préhistoire) démontre que l’humanité
est très antérieure aux plus vieilles périodes connues de l’histoire. Les recherches qui
furent menées aboutissent au postulat selon lequel l’humanité a des liens intimes avec le
reste du monde vivant. C’est dire que l’homme ne constitue pas une incompréhensible
exception dans la nature : il se rattache plutôt par une longue série d’ancêtres, au tronc
commun générateur des différents groupes d’animaux.
Cependant, la notion de l’évolution soulève des tempêtes à cause des controverses
métaphysiques et extra- scientifiques auxquelles elle donne lieu. Même aujourd’hui,
beaucoup d’esprits excellents répugnent encore, plus moins ouvertement, à l’idée de
notre parenté animale

3.2. L’objet
L’anthropologie biologique porte sur les traits physiques et sur la biologie de
l’homme, autant que la zoologie étudie les animaux du point de leur morphologie et de

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leur mode de vie. Elle se sert des connaissances sur les hommes fossiles à travers la
paléontologie humaine ou la paléoanthropologie et la préhistoire.
Jadis, elle était dénommée « anthropologie physique ». Elle ne recouvre pas à
toutes les branches de la biologie humaine, elle n’en retient qu’une partie à savoir :
l’anatomie, la physiologie, la génétique. Elle considère moins l’individu que le groupe : elle
s’occupe tantôt du groupe humain dans sa totalité par rapport aux primates, tantôt des
groupes humains entre eux.
Cette discipline met l’accent sur les caractères différentiels plutôt que sur ce qui
est commun, sur ce qui sépare plutôt que sur ce qui unit. C’est pourquoi, elle utilise
l’anatomie comparée, la génétique anthropologique. Etant donné l’intérêt porté sur
l’étude des groupes, des collections d’individus, la notion de « moyenne » s’impose : les
savants chiffrent en pourcentage ce que, ailleurs, on observe seulement
En somme, l’anthropologie biologique est ce que Broca a appelé « l’histoire
naturelle du genre humain ». C’est la science des variations humaines ; qui décrit les
groupes humains et explique leurs différences. Son objet consiste à :
- Etudier les groupes humains
- Comparer les données recueillies sur un groupe avec celles d’un autre groupe
- Les confronter avec le milieu environnant naturel (mésologie ou écologie) et humain
- Inventorier les milieux et les groupes humains voisins ou de référence.

Le milieu naturel comprend les conditions géographiques qui sont : le climat,


l’altitude, la faune, la flore, la nature du sol et les endémies habituelles.

Le milieu humain est plus complexe que le milieu naturel ; car il inclut tous les
facteurs sociaux par lesquels l’homme agit, sans se rendre compte de leurs effets sur sa
biologie. Par exemple : malgré la domestication du feu, l’homme mange des aliments crus
qui influencent sa morphologie faciale. Les mâchoires et les dents n’ont plus besoin d’être
puissantes à cause des aliments cuits.
La confrontation de l’homme avec son milieu permet d’isoler la part des caractères
humains non influencés par le monde extérieur, c’est-à-dire innés et non adaptatifs. Delà,
on conçoit certains caractères comme apparaissant par hasard : ils sont éliminés s’ils sont

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néfastes, conservés s’ils ne gênent pas, mais ils se développent et se propagent s’ils ont
une influence bénéfique, parfois en présence de tel milieu particulier.
Si Darwin a affirmé la survivance du plus apte, la « survivance préférentielle de la
plus féconde » est l’interprétation actuelle du rôle de la sélection naturelle sur les petites
mutations qui se produisent constamment de façon imperceptible. D’où l’importance de
la démographie dans les études anthropologiques.
Ainsi, l’on sait que, par rapport aux autres Primates, tous les hommes forment un
même groupe, appartiennent à la même espèce. Pour preuve : ils se marient entre eux et
sont interféconds. Ils constituent des groupes humains naturels, c’est-à-dire ceux où les
sujets se marient entre eux, ou peuvent le faire normalement. Il s’agit des isolats.
Le plus souvent, on emploie le terme le plus général de Population. Les limites en
sont un peu conventionnelles, car il y a toujours des mariages accidentels hors du groupe.
Une population anthropologique diffère d’une population en général (population scolaire,
africaine, congolaise) par la nature des mariages, le plus souvent par la fréquence des
mariages à l’intérieur du groupe. Or les sujets qui se marient entre eux parlent
habituellement la même langue et ont les mêmes coutumes.
Une population diffère d’une nation, mais se rapproche beaucoup de l’ethnie ou
groupe socioculturel. Certes, il existe des populations des métis, cependant à l’intérieur
d’un grand groupe, on distingue des subdivisions correspondant à des cercles de mariages
plus ou moins restreints. Exemple : province, district, territoire, etc.
L’anthropologie définit les populations qu’elle étudie selon les critères
ethnologiques (anthropologie sociale et culturelle), sociologiques et linguistiques voire
même démographique (fréquence ou non de la consanguinité, fécondité et mortalité
différentielle). Bref, elle se sert de tous les indicateurs portant sur l’hérédité des
caractères anthropologiques, dont la conscience et la fluctuation font l’objet de l’étude.
L’explication et l’interprétation des variations humaines sont une tâche difficile
pour l’anthropologie. Celle-ci s’occupe mieux de l’accroissement séculaire de stature et la
brachycéphalisation. Il lui reste, par exemple, d’étudier pourquoi:
- Tel groupe sanguin prédomine-t-il dans telle population ?
- Les Pygmées sont-ils petits ?
- Les Noirs ont-ils la peau plus foncée ?

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- Les hommes du Néolithique ont-ils succédé à ceux du paléolithique et du


Mésolithique ?

Pour ce faire, l’on recourt aux phénomènes purement génétiques ou à l’action du


milieu. Il s’en suit que la base des variations peut être:
- la mutation qui peut être fortuite,
- la fécondité qui est différentielle,
- la dérive génétique dans un isolat,
- l’adaptation.
Ainsi, on étudie « l’adaptabilité humaine » :
- aux climats (très chauds ou très froids),
- à l’altitude
- aux déserts
- au mode de vie (rural et urbain, chasse, agriculture ou élevage),
- à la profession.
Dans la majorité des cas, il y influence directe du milieu sur l’homme.

3.3. L’évolution de l’espèce humaine


A. Les tâtonnements théoriques
Plusieurs arguments ont été élaborés pour expliquer le passé et le présent de
l’homme. Ils vont de la conception antique (mythologique, théologique, philosophique) au
transformisme (lamarckien et la sélection naturelle (darwinisme) en passant par les
diverses tentatives d’interprétations évolutives de la vie humaine.

B. Les évidences scientifiques


Des évidences sont élaborées pour prouver l’évolution. Elles reposent sur l’étude
des fossiles anciens et sur leur comparaison avec les formes et la distribution actuelle des
animaux et des végétaux. Soit, c’est grâce à l’archéologie, à la préhistoire, à l’anatomie
comparée, à l’embryologie ou à la paléontologie.

1) L’archéologie

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L’utilisation des propriétés radioactives de l’uranium et du thorium permet de fixer


actuellement l’âge de la Terre à 3-5 milles millions d’années. L’étude des fossiles aboutit à
construire une cartographie géologique de la succession des couches sédimentaires au
cours des âges. Elle permet également d’établir l’historique de la vie comme suit :

Eres Périodes Apparition des Age en million


groupes zoologiques d’années
Quaternaire Holocène Homme 0,8 à 1
Pléistocène
Tertiaire Pliocène Primates 50
Miocène
Oligocène
Eocène
Secondaire Crétacée Oiseaux 200
Jurassique Mammifères
Triasique
Primaire Anthracolithique Reptiles 600
Dévonienne Amphibiens
Silurienne Poissons
Cambrienne Invertébrés
Antécambrien Précambrienne Invertébrés 3000
Archéenne Traces organiques
Formation de l’écorce terrestre : plus de 3000 millions d’années

Ces différentes étapes peuvent être illustrées en gros en un timing de 24 heures


comme suit :
0 h. : Formation de la Terre
12 h. : Apparition de la Terre
16 h. : 1ers Métazoaires ou pluricellulaires
20 h. : 1ers Vertébrés
21 h. 15’ : 1ers Amphibiens
22 h. 30’ : 1ers Reptiles
23 h. 15’ : 1ers Mammifères
23 h. 59’45’’ : 1ers Hominidés
24 h. 00 : Aujourd’hui.

2) La Préhistoire

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L’étude des objets du passé permet de déterminer les modes de vie de premiers
hommes, d’une part, et de classifier leurs industries d’autre part. Ainsi, l’on a identifié :
- Le Paléolithique : l’homme apparaît sur la Terre
- Le Mésolithique : l’homme commence la chasse et la cueillette
- Le Néolithique  : l’homme se sédentarise, domestique et polit la pierre.

3) La paléontologie
L’on distingue quatre groupes de fossiles qui représentent les formes antérieures de
l’homme actuel. Il s’agit de :
a. Les Australopithèques
b. Les Pithécanthropiens
c. Les Néanderthaliens
d. L’Homo Sapiens Fossilis.

3.4. Les caractères biologiques des hommes


L’anthropologie biologique procède par la description ou par la mensuration du
sujet vivant (morphologie externe, physiologie, sérologie) ou du squelette (ou même des
parties molles à la dissection. A l’issue de cet examen, elle retient deux types des
caractères de l’être humain, à savoir : les caractères descriptifs et les caractères
mesurables.

a) Les caractères descriptifs


Les caractères descriptifs les plus usités se retrouvent sur le sujet vivant. C’est
principalement : La forme des cheveux, la couleur de la peau, la bride mongolique et les
empreintes digito-palmaires ou dermatoglyphes.
1. Les cheveux: ils peuvent être: droits et raides, souples et ondulés ou crépus.
Les cheveux sont un caractère non adaptatif, parce qu’ils ne sont pas influencés par
le milieu et ils ne procurent aucun avantage à la population. Ce caractère est héréditaire.
2. La couleur de la peau : elle est considérée comme étant un caractère majeur des
races. Elle est la base du classement traditionnel des Noirs, Blancs et Jaunes. La teinte

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du tégument est due à la présence d’un pigment nommé la mélanine. Lorsque celle-ci
est :
a. Abondante : la peau est sombre ou noire
b. Moindre : la peau est jaunâtre
c. Rare : la peau est claire ou blanche.
La mélanine varie entre les groupes et même à l’intérieur d’un même groupe. La
transmission de ce caractère est héréditaire. En plus de ce caractère, il existe un
facteur pigmentaire général qui colorie et les cheveux et les yeux. Lorsque celui-ci fait
défaut, le sujet est dit « albinos » : sa peau et ses cheveux sont blancs, ses pupilles sont
roses.
Ce caractère est adaptatif (loi de Gloger). Car les populations les plus pigmentées
sont concentrées dans les régions du globe les plus ensoleillées. Mais, il n’est pas
suffisant pour définir les races, les autochtones de l’Australie par exemple ne sont pas
dits nègres, alors qu’ils sont aussi pigmentés que les Noirs d’Afrique. Les Peules du
Sahel ont la peau relativement claire et les cheveux crépus, alors que les populations
de l’Inde méridionale ont la peau foncée et les cheveux lisses.

3. La bride mongolique : c’est le prolongement interne du repli orbito-palpébral


supérieur. Elle s’associe à l’adiposité de la paupière supérieure et à l’obliquité de la
fente palpébrale.
Ce caractère n’est pas racial au sens strict du terme. Par exemple : il n’est pas
constant chez les Jaunes. Sa transmission est liée à un petit nombre de facteurs
associés sans dominance. C’est donc une particularité sans valeur sélective pour les
individus. Il varie d’intensité avec l’âge et s’atténue chez les adultes.

4. Les caractères digito-palmaires : il s’agit des empreintes des extrémités des membres
supérieurs (les mains) et inférieurs (les pieds). Ils consistent dans des traces dont la
forme et le nombre des lignes sont spécifiques à chaque individu.
Ce caractère n’est pas adaptatif : il est inné.

b) Les caractères mesurables

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Les caractères mesurables sont très nombreux. Ils s’étudient en valeur absolue
ou en valeur relative. Dans ce dernier cas, on confectionne un indice égal à cent fois le
rapport d’une dimension à une autre. La valeur absolue est une mesure de référence,
supposée fixe. Un indice exprime les proportions d’un sujet ou de telle partie de son
corps. Ainsi, un sujet dit gros ou maigre, quand le rapport de son poids à sa taille déborde
les limites normales. Il s’agit d’une valeur relative, destinée à comparer les sujets de petite
et de grande taille.
Les dimensions les plus usuelles sont :
- La taille ou la stature
- Le poids
- Les longueurs des membres
- Les six dimensions céphalo-faciales, à savoir : La longueur et la largeur de la tête, de
la face et du nez.
Le poids et les longueurs des membres sont souvent rapportées à la taille, alors
que les six dimensions céphalo-faciales sont groupées deux à deux et fournissent les
classiques indices céphalique, facial et nasal.
L’étude ne s’effectue pas par pourcent. Les valeurs individuelles des mesures et les
indices permettent plutôt des calculs de moyennes et d’écart-type. D’où on apprécie dans
quelle mesure deux populations diffèrent l’une de l’autre pour tel ou tel caractère. On
cherche également des corrélations des mesures entre elles, ou avec les caractères
descriptifs, ou avec les éléments du milieu (profession, climat, consanguinité).

- La stature : c’est la somme des hauteurs de la tête, du cou, du tronc et des membres
inférieurs. Elle varie avec les races, les sexes et même avec les données
socioprofessionnelles. C’est un caractère anthropologique de choix à cause de sa
sensibilité aux influences extérieures et à la facilité de sa mesure.
La stature varie avec l’âge. Son maximum est atteint vers 25 ans, puis elle décroit
avec la sénescence surtout à cause de la diminution de la hauteur du tronc. En moyenne,
les citadins sont plus grands que les ruraux, les étudiants plus grands que les ouvriers. La
femme a une stature inférieure à celle de l’homme avec une différence moyenne de 10
cm.

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La consanguinité réduit la stature, alors que l’hétérosis l’augmente. Elle est


élevée également chez les émigrants et les populations mobiles (non sédentaires). Enfin,
elle varie de génération à génération suite aux modifications du genre de vie, à l’extension
des cercles de mariage, au développement de moyens de communication et à
l’urbanisation.
Ce caractère est foncièrement héréditaire. Mais, tel chez les jumeaux, les
longueurs du tronc et des membres inférieurs sont également indépendantes.
- La longueur des membres inférieurs : son étude peut être directe ou indirecte par
mesure de la « taille-assis ». elle permet de savoir si un sujet a un tronc relativement
court ou long. Les longueurs des os des membres permettent d’estimer la stature d’un
individu, car elles présentent des corrélations importantes et bien connues. C’est ce
qui permet, par exemple, de mesurer les ossements incomplets.
Dans les pays chauds et secs, les membres sont relativement plus allongés (Loi
d’Allen) et inversement, dans les régions froides, une forme ramassée permet une
moindre déperdition de la chaleur corporelle.
- L’indice céphalique : c’est le rapport entre la largeur et la longueur de la tête. Il traduit
la forme de la boîte crânienne vue par-dessus. Notons qu’il est plus difficile à mesurer
la hauteur de la tête sur un sujet vivant.

Les sujets à tête :


 Allongée sont dits dolichocéphales
 Arrondie sont dits brachycéphales
 Intermédiaire sont dits mésocéphales.
Il n’y a pas des valeurs absolues pour cet indice. Depuis la période Mésolithique,
il y a « brachycéphalisation » des personnes humaines.
- L’indice nasal : c’est la largeur relative du nez par rapport à sa hauteur. C’est l’un des
caractères distinctifs de grandes « races ».
 Les Noirs ont le nez large
 Les Jaunes ont le nez intermédiaires
 Les Blancs ont le nez plus étroit.
- D’autres caractères squelettiques sont :

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 La capacité crânienne
 Le tonus sub-orbitaire
 Le développement du menton
 Le volume et les proportions des dents.

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35

Chapitre IV

La lignée humaine

4.1. Les applications anthropologiques

L’anthropologie biologique est appliquée notamment à l’étude des races, de la


constitution du corps et de la croissance des hommes.

1) L’anthropologie raciale
Le concept de « race » est discutable. Il y a même controverse et contradiction
sur les nombreuses classifications raciales. Mais, les uns et les autres concordent à
distinguer trois races : les Noirs, les Jaunes et les Blancs. Les métis ou les groupes
intermédiaires ne sont pas pris en compte dans cette taxonomie humaine rigide.

L’étude des groupes sanguins est importante ici. Les sérologistes ont
notamment attesté que les populations non Européennes ont une proportion plus grande
des groupes sanguins A-B-O. Mais, pour distinguer la race, il convient, en plus des groupes
sanguins, de considérer la stature, la couleur de la peau et d’autres particularités
morphologiques. On notera ce qui sépare, on en fera une moyenne pour exprimer la
« distance » entre deux populations.

Cependant, l’établissement de la race sur base des restes osseux est difficile :
seuls le sexe et l’âge peuvent être déterminés.

2) L’anthropologie constitutionnelle
C’est l’étude des types, à l’intérieur d’un même groupe, basés sur les
proportions du corps et non de la tête. Ces types morphologiques sont aussi nombreux
que les types raciaux, car ils dépendent aussi des conventions des auteurs.
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Les types morphologiques se ramènent, en somme, à deux principales, à savoir :


le type robuste (bréviligne) et le type frêle (longiligne). Ces types sont distingués grâce aux
mensurations ou aux observations appropriées de la musculature et de la charpente
osseuse.

Il existe une corrélation entre type morphologique, caractère et prédisposition à


certaines maladies. Cette matière, relevant de la constitution globale du sujet, donne lieu
à ce qu’on appelle la biotypologie. Certains types ne sont pas seulement morphologiques,
mais aussi somato-psychiques.

3) L’anthropologie et croissance
Les mensurations anthropologiques sont souvent utilisées concurremment aux
techniques biométriques pour résoudre certains problèmes. Celui de la croissance en est
un banal. L’on distingue la croissance globale et la croissance des parties du corps. L’on
établit des relations entre les types de croissance.

Par exemple : à tel âge, tel segment croît plus rapidement qu’un autre. La
différence de taille entre homme et femme est due à une puberté féminine plus précoce,
avec arrêt de la croissance à un moment donné.

L’anthropométrie est utilisée à des fins pratiques dans l’anthropologie


appliquée à l’industrie. Ses techniques permettent de déterminer quelles dimensions
doivent avoir une table ou un lit, quelles sont les tailles de vêtements les plus demandées,
quelle est l’amplitude de tel mouvement du corps et à quelle distance de l’ouvrier on doit
placer tel instrument.

4.2. Les données préhistoriques


La Préhistoire considère les restes humains. La présence de ces derniers dans un
site dépend du nombre d’individus existant à l’époque donnée et des conditions de
conservation (fossilisation). Les parties « molles » de l’homme (chair, cartilage) se
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conservent difficilement : la momification naturelle est rare, même pour les périodes
récentes. La conservation des parties osseuses nécessite un enfouissement rapide dans un
sédiment, car un squelette exposé à l’air devient friable pour finalement disparaître. Mais,
le sédiment doit être suffisamment compact et son pH ne doit pas être acide pour éviter la
dissolution de l’os.

Les dents sont les parties les plus facilement conservées. Pour les restes humains
récents, on utilise dans la mesure du possible l’empreinte génétique fournie par l’ADN des
mitochondries ou celui du chromosome Y pour établir la filiation d’un groupe d’individu à
l’autre. Cependant, les restes humains sont très rares, souvent ils sont incomplets et
fragmentés. D’où il est difficile d’établir des relations d’un spécimen à l’autre. C’est
pourquoi, la chronologie classique de la Préhistoire a d’abord été établie à l’aide des
restes d’industries laissés par les hommes.

4.3. Les hominidés anciens


Depuis 5 millions d’années environ, des restes de primates ont été découverts ;
ils montrent des caractères humains. Parmi ceux-ci, il y a les australopithèques qui ont été
découverts en Afrique du Sud et dans le système de Rift africain, en Ethiopie et au Kenya.
Après comparaison, les caractères suivants ont été notés :

Dates -4,2 à 2,5 Ma -2,4 à 1,6 Ma -1,9 Ma à -350.000 à -35.000 -35. 000 ans
-300.000 ans ans
Genre et Australopithèque Homo Habilis Homo Erectus Homme de Homo
Espèce Neandertal sapiens
Crâne 300 <V<530 cm³ 550<V<750 cm³ 700<V<1300 cm³ 1200<V<1750 cm³ V= 1350 cm³

4.4. Les premiers hommes (-2,4 M.a. à -300 000 ans)


Les restes de premiers hommes sont rares. Le peu qu’il y a, a été trouvé dans les
sédiments volcaniques des grands Rifts africain (Ethiopie) et dans les grottes associés à des
objets en silex peu modifié par percussion, souvent difficile à distinguer des silex cassés
naturellement. Ce sont les « galets aménagés », bifaces rudimentaires et éclats, trouvés
en certains lieux en grande quantité parfois à proximité de restes osseux d’animaux.

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38

Les restes osseux trouvés sont incomplets : quelques dents, une mâchoire,
quelques os longs, rarement un fragment de tête osseuse, exceptionnellement une tête
complète ou un squelette presque complet. Les individus sont isolés et il n’y a pas de trace
de sépulture. C’était des chasseurs nomades de petits gibiers, peut être mêmes de
charognards, eux-mêmes proies des grands carnivores (comme les singes actuels). Leur
durée de vie ne devait pas excéder 30 ans. La structure de leur larynx déduite des restes
osseux ne semble pas compatible avec un langage articulé. Les traces de cendres de bois
associées à Homo erectus laissent penser que ces hommes savaient utiliser le feu.

A. Homo habilis (2,4 à 1,6 millions d’années)


Homo habilis a vécu en Afrique de l’Est et en Afrique du Sud. On le considère
comme le premier homme véritable en raison de la forme de son crâne et sa capacité
crânienne, 600 cm³ en moyenne. Sa taille était faible, environ 1,20 à 1,50 m, et il pesait de
30 à 40 kg. Il marchait debout mais conservait des capacités arboricoles.

L’étude de sa denture montre des canines réduites et des incisives développées. Ce


qui démontre que l’Homo habilis était carnivore. Les restes d’Homo habilis sont associés
aux plus anciens outils en pierre taillée. Ce sont généralement des galets cassés
généralement sur une seule face pour confectionner un « chopper » et obtenir des éclats
tranchants. L’espèce présentait un fort dimorphisme sexuel, les femelles étant beaucoup
plus petites que les mâles.

B. Homo rudolfensis
Les restes de l’Homo rudolfensis ont été trouvés en Afrique orientale (Lac
Rodolphe au Kenya). Ils indiquent des individus plus robustes et corpulents que les Homs
habilis. Ils possèdent de fortes mâchoires et une face solide.

C. Homo ergaster
Homo ergaster vivait en Afrique, entre 2,2 millions d’années et 1 million d’années
avant notre ère. Il descendrait directement d’Homo Habilis. Son cerveau atteint 850 cm³,

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ce qui implique une consommation régulière de viande. Les spécimens découverts


mesurent entre 1,55 m et 1,70 m, pour un poids de 50 à 65 kg.

Homo ergaster utilisait des outils en pierre taillée sur les deux faces (biface
caractéristique de l’Acheuléen). Ses membres inférieurs plus longs que ceux d’Homo
habilis en faisaient un bon marcheur. Les hanches des femelles restent par contre plus
larges que celles de l’Homo sapiens femelle. Il était capable de marcher avec endurance et
de courir le corps parfaitement redressé.

Il a occupé l’ensemble du continent africain et en est sorti pour coloniser l’Asie et


l’Europe. On a retrouvé ses restes dans le sud de la Chine (-1,8 millions d’années) et à Java
(-1,7 millions d’années). En Europe, des traces sont retrouvés dans le nord de l’Espagne et
en Italie.

D. Homo georgicus (1,8 millions d’années)


Homo georgicus a été trouvé récemment à Dmanissi, en GEORGIE ; Pour certains, il
est considéré comme un Homo ergaster européen. Ses restes ont été découverts en
association avec des ossements d’animaux, des outils de pierre et des outils de percussion
qui permettaient à cette espèce de chasser, de tuer des animaux et de les préparer. Ceci
établit selon ses découvreurs le statut de chasseur d’Homo georgicus et non de
charognard ni de simple cueilleur et consommateur d’aliments végétaux peu coriaces.

E. Homo erectus (1,9 Ma à 300 000 ans)


Homo erectus apparaît il y a 1,9 millions d’années en Afrique. Il a conquis le
monde, domestiqué le feu et construit des cabanes pendant le Paléolithique inférieur et
moyen. Il mesurait 1,60 mètre de hauteur et sa capacité crânienne était de 850 à plus de
1000 cm³. Sa tête osseuse est caractéristique : une mâchoire puissante, un prognathisme
marqué, des os épais, un front assez bas, pas de menton, un bourrelet sus-orbitaire et une
carène sagittale plus ou moins marquée.

Parti d’Afrique, Homo erectus a colonisé une grande partie de l’Eurasie et


l’Indonésie. Il a amélioré les techniques de taille en réalisant les premiers bifaces. Ses

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outils révèlent l’existence de comportements nouveaux dans la lignée humaine :


l’élaboration d’outils symétriques et une forte adaptation des outils aux conditions locales
et aux besoins humains.

F. Homo heidelbergensis (entre environ 600 000 ans et 200 000 ans)


Cette espèce du genre Homo a vécu en Europe. Il serait le résultat d’une évolution
depuis Homo erectus. D’autres appellations ont été proposées par divers auteurs : Homo
antecessor, Homo erectus européen ou pré-néandertalien. Il y a environ 200 000 ans
Homo heidelbergensis a évolué pour donner naissance aux néandertaliens. Dernièrement,
une mâchoire d’Homo antecessor découverte à Atapuerca (Espagne) a été datée à -1,3
millions d’années.

4.5. Les néandertaliens du paléolithique moyen (-350 000 à -30 000 en Europe)


Les restes des néandertaliens ont été trouvé en Europe, en Asie (Proche Orient) et
en Afrique. Homo neandertaliensis apparaît morphologiquement différent de l’homme
actuel : stature plus massive, tête osseuse avec bourrelets sus-orbitraire, mâchoire et
dents puissantes. Les Hommes de Néandertal sont robustes, mesurant en moyenne 1,70
m, trapus, avec des membres relativement courts. Leur capacité crânienne est importante,
jusqu’à 1 750 cm³, soit supérieure à celle de l’homme moderne.

Leur technique de taille des silex est plus précise et caractérise le Paléolithique
moyen ; les éclats prélevés sur les galets sont retouchés en fonction d’utilisation
spécifique (racloirs, pointes).

D’abord connus en Europe (le site de Néandertal est en Allemagne), la répartition


géographique des Néandertaliens a été étendue jusqu’en Chine grâce à l’analyse de l’ADN
mitochondrial de restes osseux trouvés en Ouzbékistan et en Mongolie. Sur la base de la
structure du larynx et l’analyse de l’ADN, on considère maintenant qu’ils maîtrisaient le
langage articulé.

Vers la fin du Paléolithique moyen, Homo neandertalensis a coexisté avec l’homme


moderne (Homo sapiens) : il se pose la question d’une hybridation possible. On a pu isoler
Anthropologie Générale -G1 Soc & G1 Anthr
41

des traces d’ADN de ses os pour les comparer à ceux d’Homo sapiens, mais les empreintes
génétiques obtenues sont pour l’instant incomplètes. Certains auteurs pensent que les
deux espèces ne se sont pas rencontrées, entre autres à cause du faible effectif des
populations, du lieu de vie difficile…

La disparition des néandertaliens vers -30 000 ans a longtemps été expliquée par
sa décimation par l’homme moderne. On pense plutôt maintenant à des causes
génétiques (maladies congénitales, stérilités) ou des épidémies dont les vecteurs ont été
apportés par l’homme moderne (comme par exemple l’épidémie de variole apportée au
16ème siècle en Amérique par les premiers européens).

Les études récentes d’ADN mitochondrial semblent conformer la place à part de


l’homme de Neandertal qui représenterait bien une espèce différente de Homo sapiens.
Un séquençage plus complet de l’ADN nucléaire montre que 2 % du génome de Homo
neanderthalensis se retrouve aujourd’hui chez les populations d’origine d’Europe et
d’Asie, alors qu’aucun gène commun n’a été retrouvé avec les populations d’origine
africaine. Il y aurait donc eu hybridation durant la période de cohabitation en Europe
entre Homo neanderthalensis et Homo sapiens.

4.6. Les hommes modernes (Homo sapiens)


Les restes osseux des hommes modernes ont été trouvés en Europe, Afrique, Asie,
Océanie et finalement en Amériques.

L’arrivée en Europe de l’Homme moderne (Homo sapiens) se situe ver -40 000


-30 000 ans ; il aurait profité d’une amélioration temporaire du climat. Les comparaisons
entre différentes populations humaines actuelles des séquences de l’ADN mitochondrial
et du chromosome Y suggèrent fortement que tous les humains actuels ont une origine
commune située en Afrique.

Le plus ancien Homo sapiens connu jusqu’à présent a été découvert dans le
gisement d’Omo Kibish (Ethiopie) daté à -195 000 ans. Il aurait migré largement pour
finalement occuper tous les continents. Son représentant européen le plus connu est
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l’Homme de Cro-Magnon. En plus du travail de l’os et du bois, son industrie lithique


caractéristique du Paléolithique supérieur est basée sur la production d’éclats allongés,
lames et lamelles, qui servent de base à la réalisation d’un outillage spécialisé : grattoirs,
burins, pointes de projectiles… Par la suite, ses techniques se sont perfectionnées encore
et diversifiées : pierre polie (Néolithique), métaux…

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43

Chapitre V
L’anthropologie culturelle

5.1. L’objet

L’objet de l’anthropologie culturelle consiste à étudier les trois dimensions


fondamentales de la vie de l’homme dans la société. Il s’agit de :
a) la nature et l’origine des coutumes et des institutions
b) la signification des différences sociales entre les sociétés. Ces différences sont
multiples et grandes compte tenu de la distribution variée des sociétés dans
l’espace ;
c) les conditionnements culturels et sociaux. Cette préoccupation aboutit à une
définition synthétique de la culture humaine d’une façon générale. Chemin faisant,
selon C. Lévi-Strauss, l’anthropologie parviendra à se hisser au rand de la première
des sciences humaine. Dans la mesure où elle est à même comprendre l’homme
par excellence

En définition, l’anthropologie culturelle étudie l’homme et ses civilisations. Ce qui


revient à dire qu’elle est u ne étude de toutes les cultures quelle que soit leur localisation
mais, étant donné que la culture n’est que sécrété par la société, elle lui est intimement
liée, l’étude de la culture est ipso facto une étude de la société dont les habitudes, la
philosophie et l’art de l’homme. Cependant, en stipulant la possibilité d’une anthropologie
sociale particulière, on insinue l’étude de l’organisation de la société sans implication
directe et explicité sur la culture ; bien que les deux soient liées, interférables.
Notons ici que chez les Anglo-Saxons, l’anthropologie sociale est indissociable de
l’anthropologie culturelle. Mais, en France, elles sont fusionnées dans l’ethnologie.

4.2. La méthodologie
La méthodologie générale de l’anthropologie sociale et culturelle est référée au
mode d’observation et de description objectives. L’accent est mis sur les données
documentaires de l’expérience vécue dans un temps et dans un espace déterminé.

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Pour ce faire, les analyses sont basées sur le mode d’observation en profondeur,
communément appelé « observation participante ». Elle met le chercheur en contact
direct et prolongé avec la vie quotidienne du groupe observé (ethnique ou autre). Elle
implique le dépaysement qui permet la confrontation critique des déterminants socio-
culturels du chercheur avec ceux des groupes qu’il observe.

L’observation participante oblige l’anthropologue ou le chercheur en


anthropologie de changer ses attitudes dans la quête des renseignements dont il a
besoin ; de procéder à la description, à l’analyse et à l’interprétation des données de la
réalité socioculturelle qu’il étudie, telles qu’elles s’offrent à lui, sans interférences ni
« lunettes étrangères ». Ce changement d’attitude de l’anthropologue consiste à
descendre sur le terrain en vue d’entrer en contact direct et prolongé avec la réalité
socioculturelle, celle qui est vécue par la population sous étude. Et c’est à ce titre que la
méthode participante est une observation en profondeur, à cause du fait que le chercheur
partage la vie quotidienne avec ses enquêtés au sein de leur groupe, il s’intègre à celui-ci.

Mais, cette participation n’est pas inconditionnelle, elle requiert l’observance


d’une distance épistémologique entre le sujet et son objet d’étude. Les données du terrain
seules ne suffisent pas au chercheur, il doit les compléter avec les celles de seconde main
contenues dans des ouvrages.

Bref, la procédure pour une investigation anthropologique est la suivante :


a) le chercheur fait la collecte et la description des données (démarche ethnographique) ;
b) il classe les données selon leurs aspects (par exemple  économique, politique,
religieux,…) en vue d’une analyse comparative ; et,
c) enfin il les interprète ou dégage les propriétés générales suite à leur mise en rapport
ou à leur comparaison.

Les données sont récoltées en considérant la culture comme une structure, c’est-à-
dire comme une totalité. Après leur récolte, les données sont traitées suivant les
méthodes qu’utilise l’ensemble des sciences humaines. Leur traitement est rendu efficient

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45

par l’usage d’une approche en tant que modalité d’accès à l’objet d’étude. Celle- ci peut
être culturaliste, linguistique, comportementale, etc.
4.3. Les orientations scientifiques

L’étude du champ et la complexité de l’objet même de l’anthropologie sociale et


culturelle ont fait émerger plusieurs orientations. Celle-ci consiste dans l’étude de
l’homme et de sa culture, dans son milieu et dans son temps. C’est notamment :
1) L’anthropologie linguistique : consacrée à l’étude des expressions langagières en tant
que manifestations de la conception du monde et des particularités groupales des
locuteurs.
2) L’anthropologie juridique : qui étudie la variabilité des traditions régulatrices de la vie
groupe à travers le temps et dans l’espace.
3) L’anthropologie économique : qui étudie la production, la distribution et la
consommation des biens et des services en rapport avec la culture.
4) L’anthropologie médicale : qui s’intéresse à la pratique, à la distribution et à la
consommation des soins de santé en tant que résultante d’une détermination sociale
à la lumière d’une culture spécifique.
5) L’anthropologie politique : qui s’occupe de la variabilité, de l’évolution et des
modalités des systèmes et de l’exercice du pouvoir politique dans les sociétés
humaines.
6) L’anthropologie religieuse : qui étudie les croyances et les pratique religieuses en
rapport avec la culture.
7) L’anthropologie urbaine : qui étudie le mode et les modalités de vie dans les milieux
urbains selon modèles culturels spécifiques ou à spécifier.
8) L’anthropologie génétique : qui étudie les mutations génétiques et chromosomiques.

4.4. La culture

A. Le concept
Le terme « culture » est emprunté à l’allemand « Kultur », sitôt après la naissance
de l’anthropologie en tant que discipline scientifique à la fin du 19 ème siècle. De l’Allemand,

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il est d’abord passé en Anglais avant d’être traduit en Français à cause de l’ampleur de
l’anthropologie en Grande Bretagne.
Au début, ce terme relevait du langage courant et désignait l’exploitation agricole
d’un espace terrestre. C’est à la fin du 18 ème siècle que ce concept est appliqué en sciences
humaines. D’abord chez Voltaire, il a signifié l’idéologie d’une nation ou la philosophie de
l’histoire humaine envisagée dans son ensemble (Esprit de peuple). Dans un autre écrit
(Essai sur les mœurs et l’esprit des nations), cet auteur l’utilise pour stigmatiser la
différenciation des groupes humains.
B. Définition

Le contenu du concept de culture est variablement présenté selon les auteurs.


Kroeber et Kluckohn en ont recensé 300 définitions, différentes les unes des autres. Nous
reviendrons sur quelques-unes des plus marquantes. Après analyse de toutes les
définitions disponibles, il ressort qu’elles abordent la culture suivant trois approches qui
sont soit descriptives, historiques ou psychologiques. Ainsi pouvons-nous distinguer trois
groupes des définitions scientifiques de la culture. 

a) Définitions descriptives
La culture est entendue comme étant un ensemble des valeurs qui consistent dans
la création de l’homme en tant que membre d’une société. En définitive, cet ensemble des
valeurs finissent par être des traits remarquables de ladite société.

Nous trouvons cette conception de la culture chez les auteurs suivants :


-Tylor (1871) : la culture est tout un complexe qui inclut les connaissances, les croyances,
l’art, la morale, le droit, les coutumes et toutes les autres capacités et habitudes acquises
par l’homme en tant que membre de la société.
-Linton (1936) : C’est la somme d’idées, de réponses affectives conditionnées et des
configurations habituelles qu’ont acquises les membres d’une société par l’intermédiaire
de l’instruction ou de l’imitation.
-Malinowski (1944) : C’est l’ensemble intégral des outils, des biens de consommation, des
chartes pour les différentes formes d’organisation sociale, des idées, des techniques, des
croyances et des coutumes des hommes.

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-Herskovits : C’est cette partie de l’environnement total de l’homme qui inclut les objets
matériels de fabrication humaine, les techniques, les fabrications sociales, les points de
vue et les buts sanctionnés qui sont les facteurs immédiats de conditionnement sous-
tendant le comportement humain.

b) Définitions historiques
Selon certains auteurs, la culture consiste dans les modalités de survie d’une
population, lesquelles modalités constituent la matière que la société transmet à ses
membres à travers les temps.

Les auteurs en question sont notamment :


-E. Sapir (1921) : c’est l’ensemble socialement hérité des pratiques et des croyances qui
déterminent la texture des vies humaines.
-Margaret Mead : c’est l’ensemble complexe de comportements traditionnels développés
par la race humaine et appris successivement par chaque génération.
-A.R. Radcliffe-Brown (1949) : c’est le processus de traditions culturelles, processus par
lequel, dans un groupe social ou dans une classe sociale donnée, les croyances, la magie,
les idées, les faits esthétiques, les connaissances techniques et les usages de toutes sortes
sont passées de personne et d’une génération à une autre.

c) Définitions psychologiques
Ici, la culture est ramenée à l’ensemble des comportements qui sont acceptés au
sein du groupe social.
-Morris (1946) : Il la conçoit comme étant les moyens caractéristiques qui permettent aux
individus dans une société de satisfaire leurs besoins fondamentaux.
-Hart et Panzer (1925) : c’est toutes les formes de comportements acquises socialement et
transmises socialement.

Somme toute, l’idée générale qui se dégage de toutes ces définitions est que la
culture est l’ensemble des stratégies adoptées par l’homme et le groupe en vue d’assurer
la pérennité et l’identité de celui-ci à travers les générations. Elle est la totalité des
résultats positifs et constructifs des expériences collectives d’une société. Ces résultats

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sont accumulés et socialement transmis de génération à génération par des contacts à


l’intérieur de la société.

La culture porte alors l’ensemble des comportements acquis par apprentissage


social. Elle procède de ce qui reste en l’homme quand il a tout oublié à l’issue de
l'éducation. L’apprentissage peut être temporaire ou définitif. Il s’opère grâce à la
pédagogie formelle et informelle. C’est dire que la culture n’est pas un ensemble de
mimétisme apparent et passager. Elle comprend plutôt des faits qui contribuent à
façonner, à soutenir et à justifier un comportement.

La culture contient par conséquent la manière de vivre son quotidien, en lui


donnant un sens, au sein de la société avec toutes ses contraintes. Elle concerne la vie
professionnelle, les biens matériels, la maison et le quartier, l’emploi du temps, les
relations avec autrui. Bref, elle constitue une grille de lecture de la cohérence de la vie
sociale.

C. Les aspects de la culture


La culture revêt trois aspects : matériel, immatériel et social.
1°) L’aspect matériel: La culture consiste dans la technologie mise sur pied pour la
maîtriser de l’environnement physique et la mise en valeur de la nature aux fins de
satisfaire les besoins fondamentaux de l’homme dans la société. A ce niveau, il y a
production de l’outil ou de l’industrie qui peut être :
- Primaire : la pierre sous forme naturelle
- Secondaire produit de la métallurgie
- Tertiaire : combinaison des outils secondaires pour maximiser le rendement.
- Electronique : industrialisation avancée.

2°) L’aspect immatériel: La culture consiste dans les institutions qui visent la prise en
charge par le groupe de la manière de vivre et de concevoir, le monde. Par exemple :
- La famille plus particulièrement les parents ont le devoir d’assurer la santé et
d’éducation des enfants ;
- L’Etat a entre autres, le devoir d’assurer la vie et la sécurité des individus vivant sous
son contrôle ;
Anthropologie Générale -G1 Soc & G1 Anthr
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- L’Eglise a pour objectif fondamental de promouvoir le bien-être tant spirituel que


matériel de l’homme. Aussi a-t-elle le devoir de créer des conditions y afférentes ;
- L’Ecole a pour dessus tout, l’obligation de veiller à la moralité des professeurs et des
élèves ; etc.
- Il en est de même des entreprises qui véhiculent une certaine culture morale
décelable dans une certaine mesure à travers leurs statuts respectifs, etc.

3°) L’aspect social: La culture consiste dans tout ce que l’homme élabore et produit en
transformant les simples éléments de la nature. Par là, la culture tient à la négation de la
nature et vise au regroupement humain et à l’élaboration des réseaux des relations
interhumaines. Par exemple : la communication sociale, le dialogue, la visite (le contact),
la consolation, l’ouverture d’esprit, la collaboration, la sollicitude, le jeu, le loisir, la
courtoisie, la créativité, la responsabilité, l’alliance, le mariage, l’association, etc.

D. Les caractéristiques
La culture est inconsciente, idéale, totalisante et permanente.
1) Inconsciente : à l’issue d’un certain apprentissage, la culture s’installe dans la zone
inconsciente et en épouse la nature. La conscience, elle, n’y puise que ce qui est
nécessaire comme réponse à un stimulus précis ou à une situation donnée.
Par exemple: Répondant à votre demande, l’individu X vous explique le
cérémonial de la prestation de serment. Pourtant, quelques instants avant cela, le
savoir ainsi exprimé était dans les oubliettes, dans les « profondeurs » de la
personne.
2) Idéale : la culture est réelle, parce qu’elle se traduit par ce qui est palpable, concret et
matérialisation tel que la quotidienneté sociale. Par exemple, la manière de vivre en
famille, à l’école, à l’église, dans l’entreprise, au sein de son état ; bref, dans une
quelconque institution ou organisation sociale. Mais, la culture est idéale dans la
mesure où elle constitue un modèle théorique, une grille de référence, un guide, de
l’institution, de la société.

Lorsqu’une marge surgit entre la culture réelle (modale) et la culture idéale ou


attendue, il y a déviance. Celle-ci, pour des raisons de contrôle et régulation sociaux,
appelle la sanction et la réparation adéquates. Le cas de l’inceste chez les Luba du Kasaï
Anthropologie Générale -G1 Soc & G1 Anthr
50

comme celui du détournement des fonds dans une entreprise, ou encore de l’indiscipline
à l’école, etc. sont éloquents.
3) Totalisante: la culture est « super-organique », parce qu’elle confère une identité à la
société, en assure la vie ou le fonctionnement. Elle n’est pas l’affaire d’un individu ou
d’un groupe quelconque d’individus.
4) Permanente : la culture n’est pas éphémère, elle est toujours présente et jamais en
vacance. Comme institution, elle subsiste au-delà du passage des hommes y compris
ceux qui l’ont fondée ou amendée. Pour cela, elle est trans-générationnelle. Ainsi dit-
on avec raison : « les hommes passent et les institutions restent ». Mais, la
permanence de la culture ne signifie pas un statu quo, immuabilité, c’est simplement
une négation du vide, de la rupture.

E. Les fonctions de la culture


La culture remplit ou assume deux fonctions principales sur le plan social et sur le
plan psychique.  
- La fonction sociale : La culture collectivise, favorise la communication, formalise l’idéal
et symbolise l’univers des relations.
- La fonction psychique : elle fonde la personnalité de base et de l’individu, le mode de
vie, l’univers des idées et la dédramatisation de l’existence humaine.

f. Les relations entre culture et société


1. La société 
Une société humaine est une population organisée de façon permanente et
fonctionnant suivant un modèle culturel précis. Elle est, en d’autres termes une
communauté humaine, localisable, organisée autour des institutions, visant à assurer la
vie collective de ses membres, transmissibles d’une génération à une autre et pourvues
d’une identité culturelle.

2. Société et Culture
Il ne convient pas de confondre la société à la culture. Ces deux concepts ne sont ni
identiques ni non plus opposés. Ils sont plutôt interdépendants. Société est certes un
concept de base de la sociologie; alors que les anthropologues, eux, ont tendance à
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utiliser le terme « groupe culturel» ou « groupe ethnique» dans le sens d’une population
culturellement distincte ou ethnologiquement plus ou moins unique.
Mais chez les analystes anthropologues anglo-saxons, le terme société est
considéré comme aussi principal que celui de culture, cependant ce dernier est beaucoup
plus vieux que le premier. La société se distingue par ce qu’elle désigne davantage le
peuple qui pratique des mêmes coutumes. C’est pour cela que Linton spécifie que la
société est une collection permanente des hommes vivants, tandis que la culture est
l’ensemble des institutions grâce auxquelles les hommes vivent.
Geerts conclut que la culture est la structure, le tissu ou la charpente de la
signification en termes de ce dont les hommes vivants se servent pour interpréter leurs
expériences et pour orienter leurs actions. Il s’en suit que la structure sociale est la forme
que prend l’action humaine.
En somme, la culture et la structure sociale sont des abstractions différentes d’un
même phénomène. La relation essentielle entre les deux débouche sur l’usage d’une
expression linguistique complexe qu’est le socioculturel. En effet, tout fait social est
culturel et inversement : il est bidimensionnel. Il repose d’une part sur les relations aux
modèles d’action ou à la culture et, d’autre part, sur les relations entre les individus
membres d’un groupe donné.
Il n’existe donc pas de société sans culture. Aussi une culture ne peut exister sans
qu’il y ait une société qui l’a sécrétée ou transpirée. L’implication de cette situation est ce
qu’on appelle la réalité socioculturelle. Hogpin la conçoit mathématiquement dans
l’équation suivante : Société Humaine = Culture + Population. C’est dire que la culture et
la société sont comme les deux faces d’un papier carbone.
En somme, la réalité socioculturelle est l’articulation effective des valeurs de la
société sous forme de culture matérielle, d’organisation économique, d’organisation
sociale, d’organisation politique, du contrôle social, des conceptions du monde, de l’art et
des loisirs ainsi que de la langue.
1° la culture matérielle : les aliments et les habitudes alimentaires, les vêtements et les
parures, le logement et le milieu de vie, les moyens de transport, les instruments et les
armes, l’artisanat et les usines (poterie, textile, métallurgique).
2° L’organisation économique : le comportement économique ou la relation entre
l’homme et le matériel, les systèmes de production (division de travail, direction et usages
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de travail, les systèmes d’échange (circulation des biens entre hommes et entre groupes),
l’adaptation aux exigences du moment, la distribution du produit et du surplus (la faille
engendre la guerre).
3° Le contrôle social : la définition de la morale, de l’éthique et du droit, les forces de la
conformité sociale (facteurs normatifs, régulateurs et juridiques), les prédispositions
institutionnelles et définitions culturelles du crime et du criminel, la codification de la
punition.
4° La conception du monde : incluant : la connaissance, les croyances, les origines et les
fonctions de la religion, les systèmes religieux (caractéristiques des mythes et ses autres
croyances religieuses, types d’organisations et rite),la conception de la magie et de ses
relations avec la religion. 
5° L’art et les loisirs : la conception de la recréation, les caractéristiques de la sublimation,
les perspectives esthétiques, l’orientation de l’art.
6° La langue : origine et développement du système de communication, structure et
fonctionnement de la langue, distribution et dynamique de la langue, la métalinguistique
(relations entre langues et les conceptions du monde), formes et histoire de l’écriture.

3. Société et individu
Les rapports entre l’individu et la société impliquent:
- La survie collective : morale, matérielle et culturelle.
- L’éducation : transmission culturelle  assurée aux cadets par les aînés, de génération
en génération
- Le mariage : conçu de manières diverses et diversifiées (patrilinéat/matrilinéat ;
monogamie/polygamie). Du mariage naissent nécessairement de nouveaux rapports.
(cf. les systèmes de parenté africains).
En somme, il en découle que les rapports entre l’individu et les membres de la
société constituent une évidence. En effet, les individus jouent des rôles au sein de la
société. Ils sont hiérarchisés et classés en fonction de leurs rôles respectifs, de leurs âges
(biologique, social), ainsi que leurs classes sociales (niveau de vie). Ces rapports se
confondent parfois avec la parenté. Dans ce cas, la survie est assurée par des systèmes de
parenté.

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4. Société - culture - individu


La mise en relation entre la société, la culture et l’individu donne lieu à un triangle
isocèle qui figure la vie sociale de l’homme. Celle-ci se manifeste à travers la personnalité,
la civilisation et l’éducation.

1° La personnalité
Selon Beaglehole, la personnalité est une organisation dynamique des besoins et
des émotions que les membres d’un groupe culturel particulier vivent en commun et qui
permettent à chaque personne de répondre adéquatement aux principales valeurs ou aux
attentes sociales du groupe. Dès lors, elle implique la continuité des forces fonctionnelles
et des formes qui sont manifestées à travers les moments capitaux de l’existence,
notamment lors de la naissance, de la mort, du passage des statuts etc. (cf. Kluckohn et
Murray).
C’est en somme les actions, les pensées et les sentiments caractéristiques d’un
individu (Honigmann). En étudiant la personnalité l’anthropologie soulève deux
problèmes :
-la manière dont les contextes socioculturels modèlent des types différents de la
personnalité.
-l’importance et la signification des variations, des écarts par rapports aux types de
comportements normaux.
Ce faisant, R. Linton, trouve que les membres d’un groupe fondent leurs
comportements sur la personnalité de base. Celle-ci est le type de personnalité dominant
considéré comme normal. La normalité est à considérer au regard :
- de la position sociale (miliaire, pasteur, prêtre, professeur, chef politique)
- de la gamme des variations ou dynamique de la personnalité suivant l’âge et le sexe
- des déterminations biologiques : la race, par exemple.
- des déterminations sociales : le niveau de vie et de culture
- du rôle : Responsabilité et action.

2° La civilisation
Selon son sens étymologique, civilisation, qui provient du latin Civitas, désigne la
vie dans la cité. En Anthropologie, ce terme est utilisé en référence aux valeurs

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traditionnelles particulières associées au développement de la vie urbaine. Initialement,


c’était les valeurs du Proche-Orient, ensuite celles des Indes, de l’Amérique centrale, enfin
d’Europe qui étaient considérées comme relevant de la civilisation. Cette conception est
ethnocentrique et oppose civilisation à ce qui attribué aux « primitifs » ; à des sociétés à
pré-écriture ou de l’oralité.
En réalité, la civilisation renvoie à l’ensemble des valeurs qui émanent de la
culture. Elle est transculturelle. (Jacques J. Maquet)

3° L’éducation
Tout groupe humain se fixe comme principale préoccupation de préparer l’individu
à assumer adéquatement des rôles dans la société, c’est-à-dire à fournir des réponses
culturellement prescrites et attendues de la société. Il le soumet pour ce faire à une
enculturation, c’est-à-dire à un processus d’intégration à la culture du groupe.
L’éducation est assurée à travers :
- le système de parenté représenté à la base par la Famille : A ce niveau l’éducation vise
l’ensemble des activités de la vie sociale que l’individu apprend par l’observation et
l’imitation de ses initiateurs ou éducateurs. Il s’agit ici d’une éducation informelle et
définitive, qui se transmet de générations en générations ;
- l’école : dont l’éducation se caractérise par des aspects formels (durée), des faits de
spécialisation (orientation de la formation) et des mécanismes de sélection des
candidats (Pibbington).
- les confessions religieuses : dont les prédications sont fondées sur une certaine
doctrine et qui influencent la personnalité ou la culture du croyant,
- l’Etat : en tant qu’institution ayant en sa charge l’impérieuse mission de la gestion des
citoyens. En Afrique généralement, il est l’élévation à assumer la tâche de la formation
de la nation par l’élévation du niveau de vie et de culture de ses citoyens. Cependant
quelle que soit sa gestion, il a de l’impact sur la personnalité du citoyen ;
- la communication sociale : qui se réalise par les mass médias, les conférences, les
animations des groupes culturels et tant d’autres mécanismes ;
- l’individu lui-même qui doit, en dernière instance, s’assurer et se tracer une ligne de
conduite en tant que membre du groupe, de la communauté ou de la société et non
isolement ou socialement.
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3. La dynamique culturelle
A l’instar des autres formes de réalités, la culture est soumise à la condition du
mouvement. Ses mouvements se manifestent par sa dynamique constante, qui lui assure
la continuité et les changements.
La dynamique culturelle est interne et externe. D’une part, elle peut se manifester
par des raisons propres à la culture concernée ; et, d’autre part, elle peut résulter d’un
contact avec une ou plusieurs autres cultures. L’ensemble de la dynamique de la culture
constitue des processus culturels généraux au sein desquels on distingue des mécanismes
culturels propres à chaque dynamique. A chaque mécanisme culturel correspond des
formes différentes à travers lesquels les manifestations ont lieu.

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Chapitre V

Les théories anthropologiques

Tout au long de son histoire, l'anthropologie a été marquée par quelques grandes
tendances, dont les chercheurs aujourd'hui se réclament  à savoir: l'évolutionnisme, le
matérialisme, le diffusionnisme, le fonctionnalisme, le structuralisme, le culturalisme et le
dynamisme.
Nous entendons par théorie anthropologique un corps de pensée travers lequel
des anthropologues saisissent et étudient de manière particulière l’objet de leur pratique.
Ce faisant, il existe plusieurs courants en anthropologie. Nous les présentons suivant dans
l’ordre de leur apparition ; sans pour autant insinuer que la sortie d’une nouvelle théorie
disparaître totalement la précédente. Il arrive plutôt que les deux coexistent sur le marché
de l’opinion scientifique.

1. L’évolutionnisme
1° Postulats
L’évolutionnisme est né de suite de l’influence de la théorie de « Sélection
naturelle » du naturaliste anglais Charles Darwin sur la théorie de l’évolution des espèces,
grâce aux résultats de l’archéologie préhistorique. Il s’entend comme une réponse
corrective de l’anthropologie à la théorie du racisme qui fait valoir la supériorité des
« blancs » sur les autres. Il exploite la variable temps pour expliquer la nature des sociétés
et des cultures humaines.
1. L’espèce humaine est une : la race ne l’influence aucunement.
2. L’humanité évolue de façon unilinéaire : de la société primitive on tend vers la
civilisation.
3. Toutes les civilisations convergent vers un même point
4. Les différences entre les cultures sont dues aux conditionnements.
5. L’évolution s’opère en trois stades depuis que le cerveau de l’homme a atteint la
capacité de 600 cm3. Les trois stades sont: la sauvagerie, la barbarie et la civilisation.
Chaque stade s’étend en trois périodes : une ancienne, une moyenne et une récente.

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Par exemple : selon les études de L. Morgan, 


 La Sauvagerie : se caractérise par la non-différence entre l’homme et la bête,
l’acquisition du langage articulé par l’homme, l’alimentation de l’homme à base
des poissons et l’invention de la flèche et l’arc.
 La Barbarie : se caractérise par la poterie, l’agriculture et l’élevage, la fonte des
minerais et l’usage des outils en fer.
 La Civilisation : se caractérise par l’invention de l’écriture alphabétique, de la
poudre à canon, de la boussole, de la machine à vapeur et de l’électricité.

C’est ce que résume le schéma suivant:

Primitifs Nègres Chinois Arabes Indiens Europe Est Europe Occ USA

2° Représentants: Lewis Henry Morgan (1818-1881), Edward Tylor (1832-1917), James


George Frazer (1854-1941). A ceux-ci s’ajoutent A. Bastian, H. Summer-Maine, Ratzel,
Klemm, Waitz, J. Bachofen.

2. Le diffusionnisme
Elle est une réaction ou une opposition à l’évolutionnisme : elle considère la
variable espace et rejette celle du « temps » pour interpréter les sociétés et les cultures.
Elle prend comte l’expansion et l’état de la civilisation à cause de l’emprunt, la diffusion
et le contact des éléments culturels. L’on distingue deux écoles diffusionnistes: une
germano-autrichienne et une autre américaine.
a. L’école germano-autrichienne
1° Postulats :
1° L’homme invente rarement mais les inventions circulent rapidement.
2° La distance géographique n’est pas un obstacle à la diffusion.
3° Le développement culturel résulte principalement de la diffusion à partir de l’Asie.
4° Le développement est multiple et non unilinéaire.
5° Les divers éléments culturels forment une constellation et voyagent toujours ensemble.
6° L’emprunt n’est pas automatique, mais immédiat.

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2°. Représentants : B. Ankermann, F. Graebner, W. Schmidt, K. Koppers, L. Frobenius, H.


Baumann Et D. Westermann.
b. L’Ecole américaine
1° Postulats :
1) Toute culture dispose des Patterns ou des complexes organisés des traits distinctifs
caractéristiques
2) L’invention peut être autonome ou intentionnelle
3) La diffusion ou la distribution des patterns culturels s’opère par aire culturelle
4) Le foyer culturel du monde se trouve dans la vallée du Nil en Egypte : il est géré par la
famille Pharaonique dont les membres sont dénommés « Children of Sun » c’est-à-dire
Enfants du soleil.
2° Représentants : F. Boas (1858-1942), J.H. Rivers (1864-1922), G. Helliot Smith, W.J.
Perry, C. Wissler, A. L. Kroeber, M. J. Herskovits, R.H. Lowie.
Le diffusionnisme américain débouche sur une méta-anthropologie qui lui fait
coller l’étiquette d’hyperdiffusionnisme. Il postule :
1) Le comportement est individuel et le pattern collectif.
2) Le pattern est tridimensionnel : universel, systématique et de la culture totale.
3) Le pattern est une valeur tournée vers le passé, le présent ou le futur. Par exemple:
Chine Passé Allemagne Présent USA Futur
4) La valeur prédominante d’une société est perceptible dans les relations sociales de
l’individu.

3. Le fonctionnalisme
Le fonctionnalisme conteste la référence au passé (évolutionnisme) et au voisinage
(diffusionnisme) pour expliquer la nature des cultures et des sociétés actuelles. Il prône de
considérer la culture ou la société par rapport à elle-même. Elle estime que la société et la
culture sont comme des organismes vivants.
1° Postulats :
1) Chaque culture a son explication logique en elle-même : elle est une totalité organique
et ne peut pas être comparée à une autre.
2) Tout élément culturel joue un rôle déterminé par rapport à l’ensemble: rien n’est
gratuit dans la société.
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3) Il y a relation et interrelations entre les éléments du tout et le tout : la spécificité d’un


groupe dépend de la nature de ses connexions.
4) Le fonctionnement de la culture repose sur des besoins : ceux-ci peuvent être primaire
(biologiques), secondaires (conditionnés par l’éducation) ou tertiaires (idéaux, religion,
esthétique).
Critique : Son biologisme pèche par un dogmatisme soutenu par une vision trop statique à
cause d’une lecture synchronique du réel qui ne tient pas compte de la dynamique.
2° Représentants: Bronislaw Malinowski (1884-1942), A.R. Radcliffe-Brown, E. Durkheim,
M. Mauss, M. Turner, E. Leach.

4. Le structuralisme
Cette école analyse les sociétés dans leur globalité en s’inspirant des méthodes de
la linguistique (sémiologie) et de la géologie (les couches). Il s’en suit le traitement des
faits culturels comme des messages, des modes de communication et d’échange à travers
des réseaux sociaux.
1° Postulats :
1) Il y a unité fondamentale de l’esprit humain.
2) L’homme naturel n’existe pas : l’homme est porteur de culture.
3) Les modèles culturels sont des schémas organisateurs de la société : ils sont en
nombre limité et peuvent être inventoriés.
4) Le modèle peut être conscient ou inconscient : entre le conscient et l’inconscient, c’est
l’inconscient qui est le plus significatif.
5) La culture repose sur un code (sa signification) et un codage (message symbolique,
illisible à déchiffrer).
2° Représentant : Claude Lévi-Strauss (1908-2008).

5. Le structuro-fonctionnalisme
Le structuro-fonctionnalisme est la tendance selon laquelle les actions sont
comprises au regard de leur fonction dans la structure sociale.
1° Postulats
1) L’action suppose un agent, « un acteur ».

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2) L’action doit avoir une « fin » : elle est tournée vers un état futur des choses qui
oriente son processus de déroulement.
3) L’action doit avoir lieu dans un cadre qui diffère, en tout ou en partie, de l’état des
choses vers lequel est tendue la réalisation de cet acte. Deux types d’éléments
portent cette situation, à savoir : les conditions de l’action ou les éléments que
l’acteur ne modifie pas ou ne peut empêcher leur modification ; et les moyens ou les
éléments sur lesquels l’acteur a un contrôle.
4) L’action suppose des relations entre tous ses éléments.
5) Le système de l’action sociale se décompose en quatre sous-systèmes,
interdépendants, classés selon un degré de complexité décroissant  évaluée en
termes d’information et non d’énergie : le sous-système culturel, social, de la
personnalité (psychique) et de l’organisme (biologique ou adaptatif).
6) Chaque sous-système prend place au travers des valeurs, des normes, des collectivités
et des rôles.
7) Chaque sous-système remplit une fonction particulière, appelée « impératif
fonctionnel ».

Le tableau suivant représente l’action selon le structuro-fonctionnalisme.


Impératifs fonctionnels Sous-système de Fondements structurels Sous-systèmes du Hiérarchie cybernétique
d’un système d’action l’action du sous-système de système social
l’action sociale
L.-Maintien des Culturel (culture Valeurs Socialisation Riche en information
modèles (psychologie
sociale)
I.-Intégration Social (société) Normes Communauté
sociétale
(sociologie
G.-Réalisation des Psychique Collectivités Politique Riche en énergie
fins (personnalité) (science
politique)
A.-Adaptation Biologique Rôles Economie
(organisme (science
biologique économique)

2° Représentants : Talcott Parsons, G. Rocher.


3° Critiques
Trois critiques majeurs sont adressés au structuro-fonctionnalisme :
1. Le statisme : réduction du changement à un phénomène d’adaptation endogène
et l’élimination du conflit ;
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2. Le néo-évolutionnisme : teinté d’ethnocentrisme pro-américain ;


3. L’abstraction excessive et hermétisme du vocabulaire : au lieu d’être une théorie
explicative, c’est plutôt un échafaudage des catégories agencées les unes aux
autres.

6. Le culturalisme
Cette école est en rapport avec le fonctionnalisme et en continuité avec le
diffusionnisme aménagé et approfondi par la psychologie, la psychiatrie et la
psychanalyse dans un esprit interdisciplinaire qui se développe aux Etats-Unis. Elle est
appelée groupe de culture et personnalité dont l’objet est double :
-Cerner les différences entre les cultures
-Cerner le rapport entre telle culture et telle type de personnalité.
Cette école a le mérite de démontrer que la thèse de « Complexe d’Œdipe »
développée par S. Freud dans Totem et Tabou n’est pas suffisante. Cette thèse n’a fait que
poser en des termes nouveaux les traumatismes sociaux, les frustrations et la question de
l’origine de la culture. D’ailleurs, ce complexe est relatif et non universel (Malinowski).

1° Postulats.
1) La culture se spécifie par la structuration de ses institutions.
Par ex. : Selon les études de R. Benedict : -La culture Apollinienne est marquée par
le conformisme, le ritualisme et les manifestations émotionnelle excessives. –La
dionysiaque est caractérisée par l’individualisme, l’exubérance, la guerre, le passage
de la dépressivité à l’excessivité.
2) La culture est sous-tendue par l’éducation et c’est elle qui forme la personnalité : on
ne naît pas femme, femme on le devient.
3) La personnalité de base ne fonde qu’une partie des comportements culturels, car il y a
aussi la personnalité  de statut qui intervient.
2° Représentants: Edward Sapir, M. Mead, R Benedict, K. Linton, C. Dubois, A. Kardiner, B.
Malinowski.

7. Le dynamisme
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Le dynamisme correspond à la préoccupation particulière de certains chercheurs à


l'étude du changement dans les sociétés notamment suite à l'influence du colonialisme.
1° Postulats:
1. Les sociétés dites primitives ne sont ni simples ni statiques ni même
harmonieuses.
2. La culture d’une société n’est pas observable dans sa totalité.
3. Le modèle de comportement est un émiettement artificiel de la réalité.
2° Représentants : G. Balandier, G. Bouthoul, W. Morez, G. Rocher.

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