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COMPTES RENDUS

Institut Catholique de Paris | « Transversalités »

2009/4 N° 112 | pages 205 à 217


ISSN 1286-9449
ISBN 9782220061603
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Transversalités, octobre-décembre 2009, n° 112, p. 207-222

COMPTES RENDUS

Paul GILBERT
Violence et compassion. Essai sur l’authenticité d’être, Paris, Cerf, coll.
« La nuit surveillée », 2009, 318 p.
La métaphysique ne vaudrait pas une heure de peine si elle ne parlait
avant tout de ce monde qui est le nôtre et dans lequel la violence fait rage :
à quoi bon en effet disserter sur le don de l’être ou la merveille d’exister si
ces discours devaient nous laisser aveugles à ce qui pourtant éclate sous
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nos yeux ? Mais la métaphysique ne serait pas moins vaine, et bien peu
fidèle à son nom, si la nécessaire description de la violence en ses
multiples figures – qu’elles soient de l’être ou de l’homme – devait passer
pour un dernier mot, et nous laisser sourds à l’appel du maius qui retentit
aussi au creux de nos vies d’êtres finis et raisonnables. Ces questions ne
sont pas neuves : la philosophie depuis sa naissance mène l’affrontement
de logos et violence, même si l’exercice de sa propre raison n’est pas elle-
même indemne de toute violence – Éric Weil1 et Jacques Derrida2 auront
écrit à ce propos des pages importantes, et ce livre qui les cite peu n’aura
cessé au fond de dialoguer avec eux. Ces questions ne sont pas neuves,
mais elles trouvent ici un traitement rigoureux et actuel. Rigoureux, par
l’avancée en quatre temps de la réflexion sur le modèle des quatre sens de
l’Écriture. Actuel, par le renouvellement d’une enquête résolument
métaphysique (puisqu’elle porte sur rien moins que les rapports d’être,
liberté et mal) qu’apporte une considération de l’affectivité aussi originale
que féconde (p. 241). Que l’affectivité ait un véritable poids ontologique
(p. 236), et qu’une disposition affective fondamentale puisse révéler le

1. Éric WEIL, Logique de la philosophie, Paris, Vrin, 1996.


2. Jacques DERRIDA « Violence et métaphysique. Essai sur la pensée d’Emmanuel
Lévinas », Revue de métaphysique et de morale, vol 69, nos 3 et 4.

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sens de l’être – la leçon est forte, et heureuse. Or la compassion est cette


attitude ou cette disposition originaire. Voilà qui dessine une tâche qui
n’est pas que spéculative. Au sommet de l’exigence métaphysique, il nous
faudra penser ces mots de consentement à l’être et don de soi, de compas-
sion et de pardon (ou bien il nous faudra penser l’expérience d’une
passivité radicale qui sert de toile de fond aux réflexions contemporaines
de la phénoménologie, p. 278) comme il nous faudra apprendre aussi à
vivre de cette autre manière (et vérifier que « la métaphysique est
d’essence éthique », p. 284). Mais en toute chose il faut un commence-
ment : que ce soit pour accueillir ce livre qui cherche à nous apprendre
comment accueillir l’être.

Jérôme de GRAMONT

Jean GREISCH
Qui sommes-nous ? Chemins phénoménologiques vers l’homme,
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Louvain, Éditions Peeters, coll. « Bibliothèque philosophique de
Louvain », 2009, 538 p.
« C’est de l’homme que j’ai à parler. » Le lecteur de Rousseau – puisque
chacun aura reconnu l’incipit de son second Discours – pourra s’étonner
de cette déclaration fameuse : mais de quoi au juste la philosophie pourrait-
elle s’enquérir, sinon de l’humanité de l’homme ? Le lecteur du XXe siècle
s’étonnera de cet étonnement même : ne sait-il pas depuis Foucault3 que
l’homme est une figure récente et promise à mourir, depuis Heidegger4 que
la métaphysique en interrogeant cet animal doué de logos manque la
véritable affaire de la pensée, et qui est l’être, ou même depuis Husserl (par
exemple sa Conférence « Phénoménologie et anthropologie » de 1931) que
la radicalité de la phénoménologie oblige à mettre entre parenthèses toute
considération de l’homme en sa facticité ? Quant au lecteur de Jean
Greisch, il apprendra beaucoup de ce dernier livre, et tout d’abord qu’il y
a bien lieu de poser, mais à nouveaux frais, cette question avec laquelle
nous n’en avons décidément pas fini. À nouveaux frais disions-nous, parce
qu’au prix d’un changement de titre : l’anthropologie philosophique se
métamorphosant en « herméneutique du soi », ou d’une mutation

3. HEIDEGGER, Lettre sur l’humanisme, 1945.


4. Michel FOUCAULT, Les mots et les choses, Paris, 1966.

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COMPTES RENDUS

intérieure à la question même, et dont on aurait tort d’imaginer qu’elle soit


chose mineure. « Qu’est-ce que l’homme ? » demandait Kant, « qui
sommes-nous ? » interroge Heidegger. L’explication de cette nuance est
aussi limpide que belle : « La différence entre ces deux questions se laisse
illustrer en référence à la situation d’Œdipe face à la Sphinge. Ce n’est pas
parce qu’il a réussi à deviner la réponse à la première question qu’il sait
répondre à la seconde, qui le touche de beaucoup plus près ! » (p. 274, voir
aussi p. 103, 453) C’est en quelque façon à ce passage de question (comme
on parle d’un passage de témoin) que sont consacrées les six méditations
composant cet ouvrage. Chacune d’entre elle est savante, mais d’une
érudition que la clarté de l’exposition et le sens de la formule savent rendre
légère. Leur réunion atteste que la phénoménologie, jusqu’en ses derniers
développements, ne chôme pas le chantier de l’anthropologie. Ce qui nous
vaut au passage de précieuses monographies – la quatrième méditation
ajoute aux travaux déjà importants que l’auteur a consacrés à Paul Ricœur
un chapitre sur le passage « de l’homme faillible à l’homme capable », la
sixième et dernière surtout fournit au lecteur de langue française une
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substantielle introduction à l’œuvre de Hans Blumenberg. Mais il faudrait
citer chaque étape du livre, et rappeler qu’il ne nous donne pas à lire sans
nous donner à penser. Cette note est trop allusive, donc injuste envers
l’ouvrage dont elle voudrait rendre compte. Qu’importe ! La réinvention
d’une question classique n’est pas un mince programme : sachons
remercier Jean Greisch pour nous l’avoir montré.

Jérôme de GRAMONT

Philippe BORDEYNE et Alain THOMASSET (dirs.)


Les communautés chrétiennes et la formation morale des sujets, Paris,
Cerf, Revue d’Éthique et de Théologie Morale, n° 251, « Hors-Série n° 5 »,
2008, 290 p.
Ce hors-série rend compte du colloque de l’A.T.E.M. (Association de
théologiens pour l’étude de la morale) organisé en septembre 2007 par
l’Institut Catholique de Paris et le Centre Sèvres. Une approche interdisci-
plinaire, philosophique, sociopolitique, éthique, et l’analyse des pratiques
éducatives et ecclésiales, précèdent un débat avec la Radical Orthodoxy
dont l’enjeu, selon Philippe Bordeyne, est de maintenir la portée univer-
selle et politique de l’éthique chrétienne.

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Les différentes contributions dévoilent les lignes de fond de l’approche


éthique et éducative contemporaine. Mijo Beccaria, pour la presse-
jeunesse, et Étienne Père, pour le scoutisme, confirment l’actualité de la
requête exposée au nom de la psychologie par Craig Steven Titus :
compléter l’approche déontologique par une approche personnalisée et
fondée sur les vertus. Annemie Dilen témoigne de l’importance des
relations familiales pour encourager les jeunes à une vie éthique, tandis
que Jean-Marie Donégani montre que l’appropriation des traditions
requiert aujourd’hui une reconnaissance mutuelle au sein de groupes
affinitaires. Jean-Marie Petitclerc fonde la cohérence éducative sur la
pratique de la médiation famille/école/cité, et Marc Maesschalck, face à
l’altération du « vouloir vivre en commun », privilégie l’apprentissage
mutuel entre partenaires sociaux. Du point de vue ecclésial, les approches
biblique (Michel Berder), liturgique (Patrick Prétot) et catéchétique (Jean-
Louis Souletie) confirment l’importance de ces médiations pour donner
accès à un ethos vertueux, initier au discernement et à la responsabilité, et
ouvrir à l’altérité. Patrick Goujon souligne l’acquisition d’une liberté
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critique au moyen de l’accompagnement personnel.
La position communautarienne est finalement refusée au nom du
rapport entre la foi et la raison historique qui assure la médiation entre la
tradition et l’universalité (Éric Gaziaux), au nom du principe eschatolo-
gique de « l’accomplissement des figures d’espérance, de justice et de
charité qui habitent notre monde » (Henri-Jérôme Gagey), enfin grâce à
l’approche esthétique de la vérité qui permet au style de vie chrétien de
s’inscrire dans la pluralité des cultures (Christoph Théobald). Il s’agit
ensuite de reconstruire l’accès à l’universel en faisant jouer l’identité
chrétienne comme un surcroît qui autorise une distance critique face aux
modèles ambiants (Jean-Daniel Causse), ou en valorisant l’initiation
communautaire à des attitudes socialement pertinentes vis-à-vis de
l’étranger (Alain Thomasset). Au total, un ouvrage stimulant qui met
l’éthique et la pédagogie ecclésiale au service du bien commun.

Catherine FINO

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COMPTES RENDUS

Emmanuel DURAND
Le Père Alpha et Oméga de la vie trinitaire, Paris, Cerf, coll. « Cogitatio
Fidei », 2008, 304 p.
En un temps où la figure paternelle, dans la société occidentale, est
profondément bouleversée, où l’art chrétien lui-même semble avoir
délaissé les représentations trinitaires de Dieu pour ne donner place qu’au
visage du Crucifié, il convient d’honorer tout approfondissement de l’intel-
ligence de la foi en la personne du Père. Le livre d’Emmanuel Durand s’y
attelle avec rigueur et talent, prenant à son compte, pour en développer les
implications trinitaires, la dynamique que prônait déjà, en 1962, le père
Congar, entre un « christocentrisme » manifeste de la Révélation et une
« théo-finalité » de tout le dessein divin. L’originalité de l’itinéraire
proposé par E. Durand est l’insistance sur le fait que, dans la Révélation,
le Père n’apparaît pas seulement comme la source inépuisable de toutes les
initiatives divines, mais également comme son terme surabondant.
« L’eschatologie constitue sans doute la dimension de la Révélation qui
laisse le mieux transparaître l’éternité et l’immanence de la vie trinitaire,
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dans la mesure où elle offre in via la meilleure ouverture possible au
mystère du Père. »5 Après un chapitre préliminaire méthodologique,
l’ouvrage comporte deux parties. La première, intitulée « La Révélation du
Père et la tension eschatologique vers lui », développe ce thème à partir de
l’économie du salut, en particulier dans les écrits johanniques, et dans
l’interprétation patristique qu’offrent notamment Irénée et Grégoire de
Nysse. La deuxième partie, « Le Père en son mystère Alpha et Oméga de
la Trinité immanente », se fonde sur les résultats acquis précédemment,
afin d’élaborer une théologie de la personne du Père, nourrie des débats
médiévaux (à travers les relectures d’Hilaire et d’Augustin) entre
Bonaventure et Thomas d’Aquin, autour des deux désignations du Père :
son innascibilité et sa paternité. L’innascibilité revêt-elle une dimension
positive, une primauté qui, en tant que telle est féconde (fontalis
plenitudo), et qui s’accomplit pleinement par la paternité (Bonaventure) ?
Désigne-t-elle seulement une négation (nul n’est le principe du Père) et
renvoie-t-elle donc aux relations de paternité comme seules constitutives
de l’hypostase du Père (Thomas d’Aquin) ? Soucieux, si la vérité le
permet, d’intégration plus que d’oppositions forcées, l’auteur opte résolu-
ment pour la doctrine thomiste de la notion de personne divine, centrée sur

5. E. DURAND, Le Père Alpha et Oméga de la vie trinitaire, op. cit., p. 151.

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le concept de relation. La plénitude de source qu’est le Père ne s’épuise


cependant pas dans le seul engendrement d’un Fils et s’accomplit dans la
procession de l’Esprit, tout à la fois connexe et irréductible à la génération,
et dans la communion trinitaire qui en découle. L’auteur accorde enfin une
grande importance à la notion de finalité qu’il applique à la personne du
Père, au sein de la Trinité immanente, et qu’il maintient aussi dans la
vision béatifique. Cette notion nécessiterait certainement une discussion
approfondie : la théo-finalité in via, souhaitée par Congar pour équilibrer
un christocentrisme, doit-elle être maintenue, in patria, sous la forme
d’une théo-finalité paternelle ?

François-Marie HUMANN

François-Marie HUMANN et Jacques-Noël PÉRÈS (dirs.)


Les Apocryphes chrétiens des premiers siècles. Mémoire et Traditions,
Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Théologie à l’Université », 2009.
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Issu d’un colloque sur les apocryphes chrétiens organisé à l’Institut
Catholique de Paris en septembre 2007, ce livre rassemble plusieurs
contributions portant sur des textes de genre littéraire et d’ancrage culturel
extrêmement variés, témoins de l’immense littérature qui a accompagné
les premiers siècles du christianisme dans la diversité des lieux et des
communautés. Pour n’avoir pas été retenus dans le canon des Écritures, ces
textes, très improprement appelés apocryphes, n’en reflètent pas moins des
modes de vie et de penser chrétiens, présents jusque dans la liturgie et dans
l’art. La perspective du colloque évitait deux pièges symétriques : d’un
côté le rejet des apocryphes comme une littérature de deuxième zone,
populaire ou trop savante (parfois ésotérique dans certains textes
gnostiques) : ils témoigneraient de développements imaginaires empreints
de superstitions, quand ils n’ont pas été simplement considérés comme
hérétiques. De l’autre, la fascination récemment développée dans le monde
médiatique, pour des textes faussement considérés comme « cachés par
l’Église » parce qu’ils révèleraient des vérités accessibles aux seuls initiés !
La visée est aujourd’hui de lire les apocryphes comme des
« monuments » des communautés chrétiennes des premiers siècles, traces
multiples et diverses laissées dans l’histoire de façons concrètes

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COMPTES RENDUS

d’exprimer la foi et l’espérance, de manières de vivre et de célébrer cette


foi, en fonction des réalités sociales, politiques et culturelles des lieux et
des époques. Plusieurs études illustrent ce qui n’a cessé de tourmenter la
conscience chrétienne, le désir de posséder un écrit qui soit de Jésus lui-
même, ou un objet qu’il ait touché : ainsi « la lettre de Jésus à Abgar
d’Edesse » et les légendes syriaques de « l’Invention (la découverte) de la
Croix ». Dans cette quête de certitudes tangibles, plusieurs apocryphes
anciens tentent de combler les manques narratifs des évangiles canoniques,
pour répondre aux interrogations récurrentes sur l’histoire et la vie de Jésus
dans son enfance, et nourrir ainsi la piété populaire, notamment mariale.
On aperçoit aussi la volonté des communautés de s’inscrire de façon
directe dans la tradition apostolique : la légende dorée a « inventé » des
apôtres, offrant aux églises locales une étonnante légitimité apostolique !
Autrement encore, la littérature abondante autour de l’apôtre Thomas
montre que la figure exemplaire retenue par les communautés n’est pas
celle de l’apôtre qui doute, mais celle du jumeau, reflet de Jésus…
Au terme d’un parcours aussi passionnant que divers, un exégète et un
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théologien font le point sur la richesse nouvelle que l’étude des apocryphes
apporte à la théologie. D’abord elle éclaire l’émergence progressive du canon
des Écritures, que toutes ces œuvres écrites « à la marge » mettent en relief
jusque dans sa diversité structurante mais aussi dans ses délimitations qui
deviennent des lieux de passage vers d’autres expressions de la foi. Ensuite
elle rappelle l’importance à donner aux expressions de la religion et de la
piété qui illustrent la dimension la plus incarnée de la foi chrétienne: sa
capacité d’ouverture au réel et de prise en charge de l’homme et du monde.

Roselyne DUPONT-ROC

1907-2007. Centenaire de la Revue des Sciences philosophiques et


théologiques : Frères prêcheurs, une vocation universitaire ?, Actes du
colloque des 20, 21 et 22 novembre 2007 à l’Institut Catholique de Paris,
RSPT- Revue des Sciences philosophiques et théologiques, Tome 92, n° 3,
juillet-septembre 2008, Paris, Vrin.
Le projet du colloque du Centenaire de la Revue des Sciences philoso-
phiques et théologiques (RSPT) se découvre en quatre parties : (I) les
inspirateurs, (II) l’héritage médiéval revisité, (III) des initiateurs et des

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LIBRI

maîtres, (IV) engagements et débats. En montrant comment, au moyen de


cette revue, les frères prêcheurs décidèrent à partir de 1907 de rendre
compte de leur service de l’enseignement universitaire, c’est l’aventure
moderne de la passion qui fait vivre les dominicains qui se déroule dans ce
numéro. Cette œuvre collective vit se succéder des équipes soudées par un
idéal commun, mais non sans tensions, paradoxes, voire mêmes déchirures
(G. Berceville), héritières de Lacordaire (J.-P. Jossua) et disciples
d’Ambroise Gardeil (C. de Belloy). La contribution dominicaine aux
renouveaux de la pensée médiévale est exposée à partir de plusieurs figures
(A. de Libera), mais aussi à partir de l’examen de nombreux articles qui
conduisirent « à réviser des conceptions d’ordre proprement spéculatif et
doctrinal », sans parler des bulletins de la RSPT de philosophie et de
doctrines médiévales (R. Imbach, A. Oliva). Dans cette ligne, Thomas
d’Aquin est relu pour découvrir comment la « limite » en théologie rejoint
la « finitude » en phénoménologie (E. Falque) ou pour réfléchir sur le mode
d’utilisation de sa pensée par la philosophie analytique (F. Kerr).
Les initiateurs et des maîtres sont évoqués au travers des intuitions de
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M.-D. Chenu et des visées de ses héritiers (M. Quisinsky), de la personnalité
de A.-J. Festugière (H.-D. Saffrey), de la contribution de Y. Congar comme
rédacteur de différents bulletins (J.-M. Vezin), de la géométrie projective de
D. Dubarle (J. Courcier). Enfin, l’idée d’Université et la théologie chez
Newman (K. Beaumont), Péguy et l’Université (J.-P. Rioux), le mouvement
liturgique avant la seconde guerre mondiale et la RSPT (P. Prétot) et le concile
Vatican II dans la RSPT (E. Fouilloux), sont étudiés avant de laisser Hervé
Legrand conclure sur un théologien dominicain « au contact » de l’Université.
L’ensemble de ce numéro montre comment, entre travail des sources
médiévales et proximité avec les aspirations du monde moderne, entre
ancrage de la tradition dans l’histoire et les cultures et esprit d’ouverture,
entre contemplation et service de l’intelligence de la foi par un ensei-
gnement de niveau universitaire, les frères prêcheurs ont pu répondre aux
projets de la fondation de la RSPT : traiter non seulement de la philosophie
et de la théologie comme telles, mais aussi de toutes les sciences annexes
qui pouvaient les intéresser et les éclairer ; et inciter les professeurs du
Saulchoir à confronter leurs méthodes et à communiquer leurs résultats.
Une aventure qui se poursuit avec de nouveaux acteurs.

Thierry-Marie COURAU

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COMPTES RENDUS

Paul COULON et Alberto MELLONI (dirs.)


Actes de la XXVIIIe session du CREDIC du 29 août au 1er septembre
2007 à Bologne, Christianisme, mission et cultures. L’arc-en-ciel des défis
et des réponses XVIe-XXIe siècles, Paris, Karthala, coll. « Mémoire
d’Églises », 2008.
Le CREDIC (Centre de Recherches et d’Échanges sur la Diffusion et
l’Inculturation du Christianisme), s’est interrogé, pour sa vingt-huitième
session, sur l’abandon par les Églises de l’héritage méditerranéen, ce qui
semble être devenu une condition pour évangéliser les cultures du monde
sans les occidentaliser. Après avoir retracé brièvement les questions posées
par l’annonce de l’Évangile quand elle rencontre les diverses civilisations
(J. Comby), l’ouvrage nous fait découvrir la pensée du fondateur (1953) de
ce qui deviendra l’Istituto per le Scienze Religiose (1964) de Bologne,
Giuseppe Dossetti (1913-1996) (G. Ruggieri), et celle de son successeur
Giuseppe Alberigo (1926-juin 2007) (M. Faggioli).
C’est la période du XVIe au XXIe siècle et trois continents – Amériques,
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Afrique subsaharienne et Océanie –, qui font l’objet de communications. Le
couvent dominicain de Bogota aux XVIe-XVIIe siècles (W. E. Platta Quezada),
les indiens Objiwas des Grands Lacs (O. Servais), et au Congo, le Viaggio
nel Regno del Congo, relation par deux capucins bolognais du XVIIIe siècle
de leur mission (M.-C. Bénassy), l’exploitation d’une base documentaire des
baptistes (1880-1920) (J.-L. Vellut) et l’analyse d’un mouvement religieux
anti-sorcier, le Lukoshi ou secte du serpent parlant (1924-1934) (F. Nkay-
Malu), sont autant de sujets d’étude des activités missionnaires. Les cultures
sont prises au sérieux dans leur diversité à travers la personnalité de Léopold
Sédar Senghor (P. Laburthe-Tolra) et, en Nouvelle-Guinée, à partir d’une
évangélisation de moins de cinquante ans chez les Asmat (A. de Hontheim).
Puis, on cherche à montrer comment les principes de la mission ont été
repensés par M.-D. Chenu (G. Zamagni), dans le protestantisme des
années 50-60 (J.-F. Zorn) et par la contribution des observateurs non-
catholiques à la rédaction du décret « Ad gentes » (M. Valati). Cette
approche est complétée par une réflexion sur des pratiques pastorales
revisitées, au Vietnam (A. Tran Van Toan), en Amérique latine (C. Sappia),
en Caraïbe (P. Chanson) et en Afrique subsaharienne (M. Cheza).
L’ouvrage, qui accumule des essais sans les relier et les mettre en
perspective, se termine par un texte (1988) de Giuseppe Alberigo sur la

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vocation d’ouverture de l’Église à l’égard de chaque tradition humaine :


« Le dépassement du monolithisme du christianisme occidental est donc le
problème central de la foi au seuil du IIIe millénaire […]. Un problème
essentiel qui défie la créativité même de la foi. » Une posture intéressante
qui mériterait d’être questionnée.

Thierry-Marie COURAU

François BOUSQUET et Henri de LA HOUGUE (dirs.)


Le dialogue interreligieux. Le christianisme face aux autres traditions,
Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Théologie à l’Université », 2009, 224 p.
27 octobre 1986: Rencontre d’Assise. Cet événement fait date dans l’histoire
du dialogue entre les religions. Il a ouvert une ère nouvelle. Plus de vingt ans
après, l’ISTR (Institut de Science et de Théologie des Religions) du
Theologicum a voulu faire le point sur les relations et les rencontres qui se sont
établies depuis entre les chrétiens et les membres des autres religions: juifs (G.
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Comeau), musulmans (H. de La Hougue), bouddhistes (D. Gira), hindous (F.
Machado), religions traditionnelles africaines (R. Tabard). Mais, c’est aussi
l’occasion de questionner la présence des religions en Chine (M. Masson), de
réfléchir à une théologie interreligieuse (C. Geffré) et de mesurer, à partir des
contributions précédentes, l’importance de fonder une théologie du dialogue
(F. Bousquet).
En 200 pages, l’ouvrage offre une vision passionnante et synthétique de
la façon avec laquelle se pose la question de la rencontre des chrétiens avec
les religions, sur le plan très concret de la pratique et de ce qui la fonde en
théologie. Se lisant de façon aisée, c’est l’occasion pour le lecteur peu
familier de ces problématiques de vivre de nombreux déplacements. Il est
invité à sortir des clichés rapides de confusion ou de relativisme qui sont
appliqués sur celui qui s’intéresse à l’autre dans sa différence et qui
l’estime. Il se découvre obligé de renoncer à un comparatisme sur des
notions apparemment similaires, inadéquat et sans réel résultat. Au cours
des chapitres, le dialogue se découvre comme une question et non comme
une solution, surtout quand il se trouve mis en jeu avec des pratiques de
conversion ou face au refus de l’autre d’entrer en relation avec soi. Est-il un
outil de prosélytisme ? Est-il un renoncement au témoignage de la foi ? Est-
il possible de dialoguer avec celui qui ne cherche pas à vous comprendre ou
qui agit avec violence à votre égard ? Comment apprendre à tenir compte de

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COMPTES RENDUS

la place du politique et de l’économique, qui déstabilisent les situations


autrefois établies des traditions religieuses locales et les incitent à se mette
sur la défensive face à un christianisme assimilé à l’Occident dominant ?
Par la diversité des situations ici exposées, et par la réflexion magistrale de
Claude Geffré, qui enseigna à l’ISTR, s’élabore un questionnement
nouveau sur la nécessité et l’urgence de poursuivre la mise en œuvre d’une
réflexion courageuse et ambitieuse en théologie des religions, qui prenne en
compte de nouveaux paradigmes et sorte de certains schémas simplistes.

Thierry-Marie COURAU
© Institut Catholique de Paris | Téléchargé le 05/08/2021 sur www.cairn.info (IP: 196.65.32.248)

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