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Edition d’Alger - ISSN IIII - 0074
Edition d’Alger - ISSN IIII - 0074

FLN : BELKHADEM ET GOUDJIL ABOUTISSENT À UN ACCORD

Pas de commission mixte ni de listes communes

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ACCORD Pas de commission mixte ni de listes communes PAGE 5 LE BONJOUR DU «SOIR» Ce
ACCORD Pas de commission mixte ni de listes communes PAGE 5 LE BONJOUR DU «SOIR» Ce

LE BONJOUR DU «SOIR»

Ce fantôme vous hantera longtemps !

Certains de nos lecteurs sont scandalisés par les derniers écrits impliquant Boumediène dans tout et n’importe quoi. Ils demandent des preuves authentiques et disent qu’ils en ont marre des ragots ! Pardi, par quel stratagème arrive-t-on à coller le nom de Houari Boumediène à tout ce qu’a fait Ben Bella de 1962 à 1965 : si HB était à ce point d’accord avec BB, pourquoi alors l’aurait-il renversé ? Les grands historiens qui ont étudié, analysé, passé au peigne fin le bilan de Boumediène ont tous reconnu son génie et son intégrité. Faut-il aussi citer Jean Lacouture et Paul Balta, journalistes

irréprochables, qui en disent le plus grand bien. Aux mensonges, répliquons par des faits historiques précis car la vérité ne vient jamais de la haine, ni du discours politique toujours calculateur, ni du régionalisme ravageur, ni de l’esprit revanchard qui habite encore tous ceux qui ont vu leurs ambitions personnelles et leurs plans déstabilisateurs stoppés par le vaillant homme. Ces «témoignages» du dernier quart d’heure n’apportent aucune contribution à la connaissance historique. Ils ne servent qu’à régler des comptes avec un… fantôme !

maamarfarah20@yahoo.fr

VISA POUR L’ITALIE RomeRomeassouplitassouplitlalaprocédureprocédure PAGE 3 Photo : DR
VISA POUR L’ITALIE
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Photo : DR
ÉLECTIONS LÉGISLATIVES L’AIS DÉSAVOUE LE FIS ● L’appel au boycott des élections lancé par des
ÉLECTIONS LÉGISLATIVES
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LE FIS
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Photos : Samir Sid
SELON LUI, L’ALGÉRIE EST À LA CROISÉE SELON LUI, L’ALGÉRIE EST À LA CROISÉE DES
SELON LUI, L’ALGÉRIE EST À LA CROISÉE
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«uncomplot «uncomplot
étranger» étranger»
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VEND. 16 - SAM. 17 MARS 2012 - 22-23 RABIE AL-THANI 1433 - N° 6512 - PRIX 10 DA - FAX : RÉDACTION : 021 67 06 76 - PUBLICITÉ : 021 67 06 75 - TÉL : 021 67 06 51 - 021 67 06 58

La mauvaise surprise pour Benbouzid

Le ministre de l'Education nationa- le tenait absolument à conduire la lis- te de son parti, le RND, dans la wilaya d’Oum-El-Bouaghi. Or, s’il a réussi à passer l’écueil politique au niveau central, Benbouzid a eu la mauvaise surprise de décou- vrir qu’il ne figu- rait pas sur le fichier électoral de la wilaya. Ce qui l’exclut de fait du droit à la candidature.

qu’il ne figu- rait pas sur le fichier électoral de la wilaya. Ce qui l’exclut de

Précisions de la présidente du PEP

En réponse à votre article intitulé «Un congrès bien original», publié en page 2 de votre journal, selon lequel l’époux de M me Salhi, présidente du Parti de l’équité et de la proclamation, a géré les travaux du congrès, j’ai l’honneur de vous demander d’informer vos lecteurs des faits réels que je vous décris ci-après. Auparavant, je voudrais relever le fait que votre journaliste était présente dans la salle et que Le Soir d’Algérie a été le seul journal francophone qui a parlé de notre congrès dès le lendemain de sa tenue. 1- Le procès-verbal de l’huissier de justice présent dans la salle et à la tribu- ne du début à la fin du congrès indique à la page 1 que «le bureau provisoire du congrès est composé de Mohamed Adda, Islaoui Athmane, Couaib Temmer, Mahdadi Tayeb, Faraoun Ali». 2- Je me permets de signaler que les travaux du congrès étaient animés par M. Khalouf Brahim et M. Salhi y partici- pait en sa qualité de congressiste délé- gué de la wilaya de Mila. 3- En outre, le grand nombre de parti- cipants (près de deux mille) à ce congrès constitue pour nous une élo- quente indication quant à la popularité du Parti de l’équité et de la proclama- tion. 4- Enfin, je précise que la totalité des délégations ont été reçues et admises au congrès et qu’il n’y a eu aucune dis- crimination d’aucun groupe quel qu’il soit.

La présidente du PEP Signé N. Salhi

PP

ERISCOOPERISCOOP

Soirperiscoop@yahoo.fr

Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - Page 2

Un record pour le gouvernement

- Sam. 17 mars 2012 - Page 2 Un record pour le gouvernement U ne heure

U ne heure et quart ! Voilà le temps, en tout et pour tout, qu’a duré la dernière

réunion du gouvernement, qui a eu lieu mercredi dernier. Il faut dire que l’ordre du jour était des plus rachitiques avec l’examen de deux ou trois décrets exécutifs. C’était assurément là, la réunion la plus courte du gouvernement sous Ouyahia.

Statu quo pour les abattoirs

Statu quo pour les abattoirs Les commerçants des abattoirs d’Alger désespèrent de pouvoir exercer dans une

Les commerçants des abattoirs d’Alger désespèrent de pouvoir exercer dans une structure adaptée à leur activité. Après que le ministre de l’Agriculture eut décidé de geler la décision d’expulsion par la Wilaya d’Alger, les commer- çants expriment leur impatience devant le retard qu’a accusé la réalisation des nouveaux abattoirs et marché de gros de viandes de Baba-Ali. Ils expliquent, ainsi, que la DCP d’Alger n’a même pas encore réalisé un cahier des charges permettant le lancement de l’avis d’appel d’offres pour la réalisation d’une infrastructure répondant aux normes.

Un jour, un sondage

Avez-vous l’intention de faire un tour au Salon de l’automobile pour, éventuellement, acheter un véhicule ?

OUI NON Sans opinion
OUI
NON
Sans opinion

Résultats du dernier sondage

Pensez-vous que la présence de 500 observateurs étrangers permettra de garantir la transparence des législatives du 10 mai 2012 ?

OUI : 9,29 % NON : 87,35 % S. OPINION : 3,36%

mai 2012 ? OUI : 9,29 % NON : 87,35 % S. OPINION : 3,36% Déposez

Déposez votre réponse sur le site du Soir d’Algérie www.lesoirdalgerie.com

Le Soir

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Actualité

Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE

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Actualité Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 3 VISA POUR L’ITALIE Rome assouplit

VISA POUR L’ITALIE

Rome assouplit la procédure

Souplesse. L’Italie renon- ce aux mesures contrai- gnantes qu’elle a imposées un moment pour les Algériens s’y rendant. Désormais, point de cachet de réception de visa sur le passeport et point de contrôle au retour. Auteur de cette bonne nouvelle, le ministre italien des Affaires étrangères Guilio Terzi, en visite de travail jeudi en Algérie.

Sofiane Aït Iflis - Alger (Le Soir) - Le durcissement des modali- tés de délivrance de visa par l’am- bassade d’Italie n’est pas resté, rap- pelons-le, sans faire réagir les autorités algériennes. Le secrétaire d’Etat chargé de la Communauté nationale à l’étranger, Halim Benattalah, a eu, dans un

passé récent, à demander des explications à l’ambassadeur d’Italie à Alger et de dénoncer, le lende- main, la mesure en conférence de presse. Cet effort diplomatique a été payant. Le ministre italien des Affaires étrangères est venu en Algérie porteur d’une bonne nouvel- le. «Il n’y aura pas de cachet. Il y aura seulement un contrôle informel effectué par nos bureaux d’immigra- tion à la sortie», a-t-il affirmé jeudi, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue algé- rien Mourad Medelci. Pour le chef de la diplomatie ita- lienne, «il y a nécessité d’établir des vérifications pour les citoyens étran- gers qui visitent le pays et de savoir comment sont utilisés les visas et les délais de séjour». Le dossier des visas ainsi réglé, l’Algérie et l’Italie devaient se déclarer en phase sur des questions d’intérêt commun, comme la lutte contre le terrorisme.

L’Italie opposée au paiement des rançons

Le ministre italien des Affaires étrangères a déclaré que son pays reste fermement opposé au paie- ment des rançons aux groupes ter- roristes qui retiennent des otages. «L’Italie est fermement opposée au paiement des rançons lors des prises d’otages, ce qui se traduit par un financement direct ou indirect de

groupes terroristes ou de crimes organisés», a soutenu Guilio Terzi Di Sant’Agata qui, au passage, a souligné que son pays soutient les efforts de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme. Le chef de la diplomatie italienne a indiqué, en outre, qu’il est néces- saire que s’établisse une coopéra- tion internationale efficace dans la gestion des questions relatives aux

prises d’otages par les groupes ter- roristes. Guilio Terzi a considéré que dans ce défi, le rôle de l’Algérie est fondamental et a apprécié «l’en- gagement du gouvernement algé- rien dans le domaine». «C’est un défi prioritaire pour l’ensemble des pays de la communauté internatio- nale et particulièrement de la Méditerranée», a-t-il affirmé.

S. A. I.

SYRIE

L’Italie appelle au vrai dialogue

L’Italie a fermé son ambassade à Damas. Une déci- sion que le chef de la diplomatie Italienne explique comme un message adressé au régime syrien d’engager un vrai dialogue. «En ordonnant de fermer son ambassa- de à Damas, l’Italie a voulu adresser un message politique bien précis au régime Syrien», l’appelant à entamer un vrai dialogue avec l’opposition et à ouvrir des corridors pour l’acheminement humanitaire. Guilio Terzi a souligné l’importance d’adopter une résolution onusienne pour atté- nuer les souffrances du peuple syrien. Le ministre des Affaires étrangères italien a dit soutenir le plan de la Ligue

arabe pour une sortie de crise en Syrie, mais plus immé- diatement l’acheminement des aides humanitaires. De son côté, Mourad Medelci a émis son souhait que les efforts de la communauté internationale aboutissent à «une solu- tion satisfaisante». Mourad Medelci, qui a rappelé la posi- tion de l’Algérie par rapport à la crise syrienne, a souligné qu’il y avait des chances d’acheminement et l’introduction des aides humanitaires en Syrie. «Il y a des chances que des aides humanitaires soient acheminées dans les pro- chains jours vers le peuple syrien, peut-être pas dans des conditions idéales mais acceptables.» S. A. I.

L’ASSOCIATION PRÉSENTE 50 PROPOSITIONS ÉCONOMIQUES

Le FCE trace une autre alternative

Une autre alternative à la dépendance des hydrocarbures, la gestion actuelle des affaires économiques, voire les errements de la conduite gouvernementale, est possible. Le Forum des chefs d’entreprises en est persuadé, dévoilant en ce sens une cinquantaine de propositions liées à la diversification, la réorganisation et la régulation autre de l’économie nationale.

Chérif Bennaceur - Alger (Le Soir) - Mettre en œuvre une nouvelle économie moins dépendante des hydrocarbures et por- teuse d'un nouveau pacte de croissance est une nécessité, une urgence. Le Forum des chefs d’entreprises (FCE) en est pleinement convaincu. Et c’est cette urgence qui a mar- qué les travaux du symposium que le FCE a organisé mercredi et jeudi derniers à l’hôtel El Aurassi. L’occasion pour l’association patronale, dans le contexte de la célébration du cinquan- tenaire de l’indépendance nationale, de dres- ser un état des lieux mitigé sur les politiques économiques menées jusque-là mais aussi d’avertir sur l’urgence de penser et gérer autrement, d’autant que la rente pétrolière est éphémère. En ce sens, le président du FCE, prônant «une démarche nouvelle» qui valorise l’entre- prise, se réfère à des objectifs «clairs» et per- mettant de générer des taux plus élevés de croissance de la richesse nationale et de combattre la précarité ambiante, a présenté, jeudi dernier, une cinquantaine de proposi- tions visant la diversification, la réorganisation et une régulation autre de l’économie nationa- le.

Ces propositions sont déclinées en quatre catégories : relance et soutien de l’investisse- ment, réduction progressive du champ de l’in- formel, simplification de l’environnement de l’entreprise et amélioration du climat des affaires et organisation de l’économique et d’ordre institutionnel. La première catégorie compte une vingtaine de mesures dont celle qui, attendue de la part du FCE au demeu- rant, a trait à la règle 49/51 que l’association

d’«encourager le retour des populations rurales qui ont fui leurs lieux d’habitation du fait du terrorisme, en portant l’aide accordée par les pouvoirs publics à un million de dinars par famille». En vue de réduire progressive- ment l’informel, le FCE propose cinq mesures dont «une amnistie fiscale» qui «ne concerne pas les liquidités dont l’origine est douteuse». De fait, le Forum propose de «taxer à hauteur de 10% les montants déclarés au fisc puis déposés dans les banques». Concernant la simplification de l’environ- nement de l’entreprise et l’amélioration du cli- mat des affaires, parmi les onze mesures for- mulées, l’on relève celle de «changer la valeur faciale de la monnaie : 1DA nouveau = 100 DA anciens», pour apprécier mieux la monnaie, et de «moderniser le régime des changes». Comme l’association appelle à «revoir le système appliqué à l’impôt sur les bénéfices en supprimant la double imposition en matière d’IBS et d’IRG qui frappe les béné- fices distribués ; le paiement de l’IBS doit être libératoire». Par ailleurs, il est proposé de ramener «à 5 % le taux d’imposition sur les bénéfices réinvestis». D’autre part, quatorze mesures sont pro- posées en vue de réorganiser et réguler autrement l’économie nationale. Ainsi, le FCE propose tant de «créer un ministère de

l’Economie» regroupant les Finances, le Commerce et l’Industrie, de «revenir au week- end universel» et de «dépénaliser dans les faits les actes et fautes de gestion dans les entreprises publiques». Mais aussi d’«instituer et mettre en place un médiateur national» et de «mettre en place de manière systématique, des deadlines pour les principaux documents et/ou autorisations délivrées par les administrations et les

banques». Inédites pour certaines, assez générales pour d’autres, ces 50 propositions alternatives susciteront certainement la réflexion, le débat. Et ce, dans la mesure où elles divergent des choix actuels, en appellent à la réactivité et l’appropriation par tous les acteurs concernés, tant institutionnels que ceux, fondamentale- ment, de l’establishment entrepreneurial, et nécessitent une application immédiate ou sur

le moyen et long terme.

Et d’autant que cette feuille de route que le FCE trace pourra être enrichie, affinée ou révisée, dans le contexte préélectoral actuel et dans la mesure où l’association compte questionner les partis politiques compétiteurs au scrutin du 10 mai prochain sur leurs pro- grammes économiques.

C. B.

suggère d’«abandonner» tout en «définissant les branches ou les filières considérées comme stratégiques où la partie algérienne est obligatoirement majoritaire comme l’éner- gie, les hydrocarbures, l’eau, les banques, les assurances, les TIC, les transports…». Egalement, le Forum propose de «rétablir la liberté totale de l’acte d’investir : l’investis- sement est libre et n’est soumis à aucune autorisation ou agrément», lancer une poli- tique de champions économiques, «ouvrir de manière effective aux investisseurs privés nationaux l’ensemble des secteurs d’activité» et «réserver aux entrepreneurs nationaux les marchés publics dont le montant n’excède pas les 30 millions de dinars pour les ser- vices, 150 millions de dinars pour les fourni- tures et 200 millions de dinars pour les tra- vaux». Par ailleurs, le FCE propose de «remplacer le soutien des prix des produits de large consommation par l’instauration d’un complément de revenus au bénéfice des couches de population à faible revenu» et

ACCIDENTS DE LA ROUTE, PORT D’ARMES PROHIBÉES, CHANTAGE SUR MINEURS

La violence est partout

l’occasion de l’inauguration de la Sûreté urbai- ne extra-muros de Bouchaoui (ensemble urbain dit Calma) relevant de la compétence territoriale de la Sûreté de wilaya déléguée de Chéraga. Vu que le comportement des auto- mobilistes est souvent mis en cause dans les pertes en vies humaines, la police intensifie le travail de prévention pour parer à ce phéno- mène de plus en plus inquiétant. C’est ainsi, fera-t-il savoir, que la police d’Alger a procédé depuis le 1 er janvier 2012 au retrait de 5 951 permis de conduire. Un nombre deux fois plus important que celui enregistré au premier tri- mestre 2011, à savoir 2 631 retraits.

Autres faits, autres violences

Le port d’armes blanches, ce mal qui affli- ge l’Algérois. Sur les 98 individus interpellés par la police durant ce premier trimestre, la majorité l’ont été pour port d’armes prohibées. Le couteau et le sabre restent les armes blanches préférées des jeunes Algérois. Mais il y a une autre forme de violence jusque-là méconnaissable dans la société algérienne.

La violence, sous toutes ses formes, reste hautement prépondé- rante dans la capitale et sa périphérie. Du comportement assassin des auto- mobilistes au chantage envers les mineurs en passant par le port d’armes blanches, la police de la wilaya d’Alger livre quelques affaires traitées durant le premier trimestre de l’année 2012.

Mehdi Mehenni - Alger (Le Soir) - Rien que depuis le début de l’année en cours, les accidents de la route ont fait dans la capitale 253 décès et 280 blessés. Pour situer les responsabilités, la police précisera que le facteur humain représente le taux le plus significatif (plus de 90%), par rap- port à l’état du véhicule ou autres raisons liées à l’état des routes ou à l’environnement immédiat. C’est ce qu’a fait savoir, ce jeudi, le commissaire Khaled Kadaoui, chargé de la communication et des relations publiques au niveau de la Sûreté de la wilaya d’Alger, à

C’est le chantage exercé envers les mineurs sur Internet. Un technicien supérieur en infor- matique a réussi à se procurer sur Internet, des photos compromettantes d’une fille de 13 ans. Ensuite, il lui a envoyé lesdites photos sur sa boîte email, la menaça de les publier partout si elle ne se soumettait pas à ses plans indécents. Fort heureusement que le père de la jeune porte a eu vent de l’affaire et

a déposé plainte au niveau de la division Est

de la police judiciaire de la wilaya d’Alger qui

a fini par mettre la main sur le technicien

supérieur qui agissait à partir d’Oran. Ce der- nier a été arrêté en possession d’un flash- disque qui contenait plusieurs photos compro- mettantes de jeunes filles. C’est à cet effet, que le cellule de communication de la Sûreté de la wilaya d’Alger appelle les parents à sur-

veiller de près les fréquentations de leurs enfants sur Internet ainsi que son usage mal- sain, car le plus souvent, la délinquance juvé- nile et la violence sont plus présentes sur le Web que dans la vie réelle.

M. M.

BÉJAÏA

Secousse tellurique de magnitude 3,5 à Tichy

La terre a tremblé jeudi à Béjaïa. Une secousse tellurique de magnitude 3,5 sur l’échelle ouverte de Richter a été ressentie avant-hier jeudi dans la cité balnéaire de Tichy à l’est du chef-lieu de la wilaya de Béjaïa, selon le Centre national de recherche en astronomie astrophysique et géophysique (CRAAG). La secousse s’est produite à 13h50 et son épicentre a été loca- lisé à 5 kilomètres au nord-ouest de Tichy, a précisé le CRAAG . A. Kersani

Le Soir

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Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE

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Actualité Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 4 FIN DU PROCÈS DE L’ATTENTAT

FIN DU PROCÈS DE L’ATTENTAT CONTRE LE PALAIS DU GOUVERNEMENT

14 peines capitales pour une affaire pas comme les autres

C’est tard dans la soirée de mercredi dernier que le tribunal criminel près la cour d’Alger a rendu son verdict dans le procès de l’affaire de l’attentat contre le Palais du gouvernement. A l’exception de deux inculpés, les autres mis en cause dans cette affaire ont été tous condam- nés à la peine de mort.

Abder Bettache - Alger (Le Soir) - A ce titre, Bouderbala Fateh, l’ex-emir du GSPC d’Alger, et six de ses acolytes ont été condamnés à la peine capitale. La même peine a été prononcée éga- lement à l’encontre de Haddouche Salim, Ouzendja Khaled, Slimane Adlane, Bechar Hacène et Maârouf Khaled. Une peine de 10 ans de réclu- sion a été prononcée contre Kritos Mourad. Boudina Noureddine, frère de Merouane, l’auteur de l’at- tentat à la voiture piégée contre le Palais du gouvernement a été, quant à lui, condamné à 3 ans de prison ferme pour «non-dénoncia- tion de crime». Au total, dans cette affaire qua- torze personnes, dont 8 en fuite, à leur tête l’ex-émir national du GSPC et actuel d’AQMI, Abdelmalek Droukdel, ont vu le tri- bunal criminel prononcer à leur encontre la peine de mort. Pour rappel, l’attentat à la voi- ture piégée perpétré contre le Palais du gouvernement, le 11 avril 2007, avait fait 20 morts et 222 blessés, tandis que celui de Bab Ezzouar avait fait 11 morts et plus de 100 blessés. Lors de l’audition, des révéla- tions fracassantes ont été dévoi- lées au grand jour par les mis en cause dans cette affaire. C’est le cas de Boudina Noureddine, frère de Merouane, qui a porté à la connaissance du tribunal criminel l’entrevue qu’il a eue avec son frère à quelques heures de l’atten- tat.

Bouderbala Fateh, «émir» de la région d’Alger, avait reconnu, lors de l’instruction judiciaire, avoir suivi par téléphone l’itinéraire de trois kamikazes qui étaient à bord des véhicules piégés jusqu’à leur arrivée sur les lieux ciblés (Palais du gouvernement, siège de la poli- ce judiciaire Est de Bab Ezzouar et de l’ambassade du Danemark) où il leur avait donné l’ordre, selon ses dires, d’actionner leurs cein- tures d’explosifs. Ainsi, si les terroristes chargés des opérations-suicide du Palais du gouvernement et du commis- sariat de Bab Ezzouar avaient pu réussir à atteindre leur but, le kamikaze qui s’était dirigé vers l’ambassade du Danemark n’a pas pu se faire exploser en raison de l’intervention opportune du poli- cier de faction devant l’ambassa- de.

A. B.

Le Soir d’Algérie

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ASSEMBLÉE POPULAIRE NATIONALE

La sixième législature s’achève par l’adoption de trois ordonnances

Les députés ont adopté, jeudi, les derniers textes de loi de cette législature. Trois ordon- nances prises par le président durant l’inter- session parlementaire.

Tarek Hafid - Alger (Le Soir) - La sixième législatu- re de l’Assemblée populaire nationale s’est achevée par l’adoption de trois ordon- nances présidentielles. Jeudi, les députés ont enté- riné les lois relatives aux cir- conscriptions électorales et au nombre de sièges à pourvoir pour l'élection du Parlement, à la prévention et à la lutte contre le blan- chiment d'argent et le finan- cement du terrorisme ainsi que la loi de finances com- plémentaire de l’année 2012. Le jour même, un groupe de députés ont dénoncé ce qu’ils considè-

rent être «un recours, pour la énième fois, de la procé- dure abusive et expéditive de l’ordonnance présiden- tielle pour faire passer des lois sans débat». Le communiqué, signé par Mahmoud Boudarène, Ali Brahimi, Djamel Ferdjallah et Mohamed Stiet, relève également «l’in- capacité du gouvernement à prévoir et à organiser sur plus de six mois la dépense publique». Notons que durant ces trois dernières années, ces mêmes élus ont été à l’ini- tiative de plusieurs proposi- tions de lois, notamment

celles relatives à la lutte contre la corruption, à l’abo- lition de la peine de mort ou encore celle destinée à l’en- seignement obligatoire de tamazight. Des propositions qui ont toutes été rejetées.

Comité frontalier avec la Libye

Par ailleurs, en marge de la séance plénière de jeudi, le ministre de l’Intérieur a annoncé la création prochaine d’un «comité frontalier» commun avec la Libye afin de lutter contre le terrorisme. «La création de comité bilatéral frontalier vise à assurer la sécurité et la surveillance des frontières communes», a assuré Daho Ould Kablia en rappelant que des struc- tures similaires mises en

Photo : NewPress
Photo : NewPress

œuvre avec le Niger et le Mali ont donné des «résul- tats positifs». Le ministre de l’Intérieur estime que dans le cas de l’Algérie, le danger terroriste

provient essentiellement de l’extérieur. D’où la nécessité de renforcer la coopération sécuritaire avec les pays voisins.

T. H.

PROTECTION ET DÉVELOPPEMENT DU LITTORAL

Cadastrage sur 50 km de profondeur

Protéger et développer la bande littorale du pays qui s’étale sur un peu plus de 1 200 km nécessite au préalable de connaître le contenu de ce vaste territoi- re ? Chose désormais faite avec une opération de cadastrage qui s’est étalée sur une profondeur de 50 km.

M. Kebci - Alger (Le Soir) - C’est ce dont a fait part le ministre de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire, ce jeudi en marge d’une séance de questions orales au Conseil de la nation. M. Cherif Rahmani a indiqué que cette opération, qui s’inscrit en droite ligne du projet de relance de la loi relative à la protection et au dévelop- pement du littoral, s’est soldée par le recensement de 22 îles, 132 forêts côtières, 34 dunes côtières, 33 sites marins et 26 zones humides. Aussi, elle a permis l’identification des diffé-

rentes sources de pollution et la clas- sification des zones «vulnérables» nécessitant «une protection particu- lière». En vue de veiller en perma- nence sur l'application de cette loi relative à la protection et au dévelop- pement du littoral et pourvoir à son financement, un commissariat natio- nal du littoral avec 14 démembre- ments locaux à travers le pays a été créé de même qu’un fonds national pour le financement des opérations de préservation du littoral, trois parcs nationaux ainsi que 14 plans d'amé- nagement des plages ont été élabo- rés. Relevant l’importance de l’inter- sectorialité et de la coordination aussi bien dans la sensibilisation sur son importance que dans l’intervention dans la protection du littoral qui a une valeur stratégique, économique, his- torique et patrimonial inestimable, le ministre a mis l’accent sur la décen- tralisation de la décision en la matière avec une implication plus significative des collectivités locales. Dans le sillage de cette stratégie de sensibili- sation du public quant à l’importance de la protection du littoral, le ministre

SELLAL RASSURE :

«Nos barrages peuvent résister à des séismes de magnitude 9»

Le ministre des Ressources en eau a tenu à tranquilliser les populations riveraines des grands ouvrages hydrauliques consécutivement aux récentes inondations dans la wilaya d’El Taref par le fait de débordement de barrages de la région. M. Sellal, qui s’exprimait ce jeudi en marge d’une séance pléniè- re de questions orales au Conseil de la nation, a indiqué que le remplissage des barrages est une chose tout ce qu’il y a de normal, précisant que ces ouvrages, pouvant résister à des séismes de magnitude 9 sur l’échelle de Richter, ont été construits en conformité avec des normes strictes et des études élaborées sur plusieurs années. Il fera part de l’impossibilité d’ériger de grands barrages de par, dira-t-il, des contraintes topographiques et géologiques du pays, ce qui oblige à explo- rer d’autres voies en vue de mobiliser les considérables quantités des eaux de surface estimées à 17 milliards m3 annuellement. Les 68 barrages en exploitation emmagasinent actuellement 7,6 milliards m 3 , soit une moyenne nationale des réserves des barrages de 75%, une capacité de mobilisation devant passer à 8,5 milliards m 3 à la mise en service des 13 nouveaux ouvrages en cours de réalisation, dira encore M.Sellal qui évoquera un déficit en eau dans certaines wilayas de l'ouest du pays, à l'instar de Mascara. Pour le ministre des Ressources en eau, les pouvoirs publics ont pris conscience de ces contraintes en explorant d’autres voies comme l’exploi- tation des nappes phréatiques ou encore l’eau de mer, annonçant la plus grande usine de dessalement de l’eau de mer d’Afrique pour bientôt à Oran. Des efforts en matière de mobilisation des potentialités hydriques salués par les participants au forum mondial de l’eau de Marseille. Selon Sellal, l’expé- rience algérienne en la matière semble intéresser bien de pays.

M. K.

de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire a évoqué les projets de trois musées (Oran, Tipasa et Annaba). M. Rahmani rejettera, par ailleurs, le contenu d’un rapport du Sénat français selon lequel «l'Algérie déver- se dans la mer quelque 10 tonnes de déchets issus des installations pétro- lières», considérant qu’il est «à connotation politique dénuée de tout esprit scientifique». Dans ce sens, le

ministre a tenu à rappeler que notre pays s’est doté d’un plan d'interven- tion rapide en cas de catastrophe. Elaboré en coordination avec plu-

sieurs secteurs, il porte notamment sur la formation de cadres en matière d'intervention rapide et pourrait, selon

M. Rahmani, «être élargi au niveau

régional à travers la collaboration

avec les pays du Bassin méditerra-

néen».

M. K.

À DÉFAUT D’EXPLOITER LEURS TERRES AGRICOLES

Les privés tenus de les louer ou de les vendre

Les propriétaires des terres agri- coles sont, désormais, tenus d’exploi- ter leurs terres. A défaut, ils sont contraints de les louer ou de les vendre pour ne pas subir les disposi- tions réglementaires. Un décret exécutif a été publié en février dernier, a annoncé, ce jeudi, le ministre de l'Agriculture et du Développement rural, lors d’une séance plénière de questions orales au Conseil de la nation. M. Rachid Benaïssa, qui répondait à un séna- teur sur la préservation par les pou- voirs publics du foncier agricole, a indiqué que ce décret vient en com- plément d’un autre décret datant de 1997 à même de rendre opération- nelles d'autres procédures portant sur l'exploitation des terres agricoles des propriétaires privés. Il précisera que la loi d'orientation agricole de 2008 stipule dans son article 12 que les outils d'encadre- ment du foncier agricole concernaient aussi bien les terres du domaine privé de l'Etat que celles relevant des propriétaires privés. Elle contraint également, dans ses articles 20 et 22, les propriétaires publics et privés à exploiter leurs terres et à ne pas les détourner de leur vocation agricole. Une procédure dictée, selon le ministre, «par le fait que le foncier agricole est un élément important pour améliorer la sécurité alimentaire du pays, voire même de la souverai- neté nationale qui interpelle aussi bien le secteur privé que public». Ceci dit, les pouvoirs publics sont loin de se contenter de cet arsenal

réglementaire qui peut paraître répressif et contraignant aux yeux des propriétaires des terres agricoles détenteurs de plus de 6 millions d'hectares sur les 8,7 millions d’hec- tares de la surface agricole utile (SAU) du pays. Il est prévu des dis- positifs incitatifs dont, notamment, des crédits bonifiés pour la valorisa- tion de ces terres.

Régulation prochaine de la mercuriale

Par ailleurs, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural a tenu à rassurer les chefs de ménage quant à la régulation pro- chaine de la mercuriale, notamment en ce qui concerne la pomme de terre. Ceci par, dira-t-il, la disponibilité imminente de quantités importantes de ce produit du fait que les agricul- teurs ont pu accéder à leurs terres après la dernière vague de neige et de pluies torrentielle mais aussi suite au déstockage entamé ces derniers jours. M. Bénaïssa évoquera égale- ment prochaine récolte du produit, d’où son optimisme quant à une bais- se sensible des prix de la pomme de terre et des fruits et légumes. Aussi,

M. Bénaïssa a rassuré les agricul-

teurs qui ont pâti des dernières intem- péries puisque, dira-t-il, l’Etat ne les abandonnera pas et des dédomma- gements leur seront concédés. «Il fal- lait d’abord sauver la saison, c’est chose faite, et tous les agriculteurs,

qu’ils soient assurés ou pas, seront

soutenus.»

M. K.

Le Soir

d’Algérie

Actualité

Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 5

Actualité Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 5 ÉLECTIONS LÉGISLATIVES L’AIS désavoue le

ÉLECTIONS LÉGISLATIVES

L’AIS désavoue le FIS

L’appétence des formations islamistes qui ne jurent que par la victoire au rendez-vous électoral du 10 mai pro- chain continue de faire des émules, y compris parmi les «déclassés» de la nébuleuse terroriste des années 1990.

L’appel au boycott des élections lancé par des dirigeants de l’ex-FIS n’a pas tardé à faire réagir d’anciens res- ponsables de son bras armé, l’AIS en l’occurrence, qui annoncent la tenue prochaine d’une réunion «au sommet» de cette organisation, élargie à «cer- tains» dirigeants du parti dissous, afin d’adopter une position définitive vis-à- vis des législatives. A s’y méprendre, c’est le journal étatique Annasr paraissant à l’est du pays qui consacre les pages centrales de son édition de jeudi dernier à un long entretien avec, simultanément, l’ancien «émir» régional de l’AIS, Mohamed Boujenana et le respon- sable de l’information de cette même organisation, Hamdane Saâda Khelkhal. Sur fond de surenchères, les deux ex-responsables de l’organisation ter-

roriste, qui ne considèrent plus la démocratie comme une impiété, abor- dent la question des prochaines légis- latives par un discours bicéphale qui met en avant, notamment, «les inter- dits qui frappent encore les anciens membres de la Jamaâ», l’organisation terroriste de l’AIS s’entend. Un contex- te qui ne favoriserait donc pas leur réémergence dans le giron de l’activis- me islamiste. «Pour la Jamaâ, la crise est dépas- sée en vertu d’un accord qui n’est pas respecté dans son intégralité au profit des éléments de l’AIS qui ne jouissent pas tous de leurs droits civiques et politiques bien qu’ils ne soient pas concernés par les dispositions d’inter- dictions contenues dans la loi portant réconciliation nationale, d’où, poursuit Boujenana, la légitimité de ces élec- tions est remise en cause dès lors

qu’elle ne concernent pas une frange du peuple algérien et tant que des mili- tants de l’ex-FIS n’ont pas le droit d’y participer ou de se porter candidats». L’ex-«émir» régional de l’AIS pense, cependant, que «l’engagement du président de la République pour la tenue d’élections qui ne ressemble- raient pas aux précédentes joutes, l’accréditation de nouveaux partis poli- tiques, à l’instar du FJD de Abdallah Djaballah, sous la pression de la rue, et l’influence des révolutions arabes sont autant d’aspects positifs pour cette échéance». Volte-face. Ce clin d’œil au parti de Djaballah, qui a ouvertement tendu la main à l’ex-FIS et promis de réparer «le préjudice qui affecte ses militants» est rapidement rattrapé par de lourds soupçons que l’ex-émir ne s’embarrasse pas de por- ter à l’endroit du cheikh. «Plusieurs partis en lice ont été créés par le pou- voir pour une mission précise, celle de réussir ces élections et nous craignons qu’il existe parmi les nouvelles forma- tions accréditées, un parti habillé de

barbe et de kamis qui serait chargé de rééditer le même rôle joué par le RND lors de sa création en 1997. Aussi, nous n’écartons pas le fait que ce rôle soit dévolu au parti de Djaballah.» Surenchère. Plus qu’une quête de garanties, l’allusion de l’ex-chef terro- riste s’apparente plutôt à une offre de service à qui mieux-mieux, s’agissant du «soutien» qui se dégagera du conclave annoncé des «figures de proue» de son organisation d’autant plus qu’il n’omettra pas de citer dans son entretien un autre «leader» isla- miste, Abdelmadjid Menasra, «auquel on a refusé l’agrément dans un pre- mier temps en raison de la présence d’éléments de l’ex-FIS parmi les membres fondateurs de son parti». Les deux responsables de l’ex-AIS, qui se disent étonnés de l’appel au boycott des élections lancé par des dirigeants de l’ex-FIS, réfutent à qui- conque le droit de préconiser de manière unilatérale, une position vis-à- vis des élections législatives au nom de leurs organisation et parti, tous les

deux dissous. «Notre position et notre soutien seront tranchés lors d’une ren- contre de tous nos responsables élar- gie à quelques dirigeants de l’ex-FIS. Ce qui est certain, cependant, notre soutien ne sera en aucun cas accordé à un parti non-islamiste.» Une rencontre à laquelle prendra probablement part l’ancien porte-paro- le de l’instance exécutive de l’ex-FIS à l’étranger, Rabah Kébir, connu surtout pour ses accointances avec la branche armée du parti dissous — il avait été condamné à plusieurs reprises pour activités terroristes par les cours spéciales instaurées au début des années 1990 —, de ses divergences et désaccords avec les dirigeants de la nébuleuse intégriste. L’arrivée de Rabah Kébir, en Algérie dans les prochains jours, est sournoisement annoncée par les deux «interviewés» du journal Annasr dans ce qui s’apparente à un début de redé- ploiement des sinistres acteurs de la décennie noire.

K. G.

SELON LUI, L’ALGÉRIE EST À LA CROISÉE DES CHEMINS

Ouyahia évoque«un complot étranger»

Ahmed Ouyahia ne mâche pas ses mots. Il parle ouvertement de «desseins qui se trament contre le pays» pour en faire un autre terrain de prétendues «révolutions», à la mode depuis début 2011 dans le monde arabe. Le patron de l’exécutif désigne même les parties concernées : «Une superpuissance» et «ceux qui se la coulent douce à Doha, Londres et Genève», c'est-à-dire les islamistes.

Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Dans une intervention fleuve, prononcée jeudi à l’oc- casion de la clôture de la conférence nationale pour la jeunesse organisée par son parti, le Rassemblement natio- nal démocratique, le Premier ministre dira clairement «qu’une superpuissance mon- diale accorde, aujourd’hui, un intérêt accru à la jeunesse algérienne et annonce ouver- tement son intention de former les jeunes sur les moyens de se mobiliser pour faire entendre leur voix auprès de

leur régime et pour qu’ils puis- sent contribuer à l’instauration de la démocratie». Ceci, «alors même qu’elle rejette toutes les demandes de visas touristiques à des cen- taines de milliers d’autres jeunes algériens. Mais d’où vient donc cet amour subit pour la jeunesse algérien- ne ?». Pour Ouyahia, il ne fait aucun doute : «Tout ce qui intéresse ces gens-là, c’est de former nos jeunes à des prin- temps de révolutions colorées par certains ateliers euro-

péens» ! Et pour éviter un scé- nario à la libyenne, à la tuni- sienne ou à l’égyptienne, Ouyahia appelle les jeunes Algériens à la vigilance. Le patron du RND insiste particulièrement sur le retour inquiétant du «discours popu- liste et nihiliste depuis deux ans dans le pays. C’est ce même discours qui prévalait dans les années 1990 1991. C’était ce même climat qui régnait à l’époque. Une situa- tion chaotique qui nous a menés aux années du terroris- me». Des années durant les- quelles l’Algérie a perdu «y compris de jeunes égarés, entraînés vers la mort sans savoir pourquoi ils devaient mourir. Mais nous, nous savons qui les a entraînés dans les rangs du terrorisme. C’est bien entendu le groupe qui s’égosille aujourd’hui dans

FLN : BELKHADEM ET GOUDJIL ABOUTISSENT À UN ACCORD

Pas de commission mixte ni de listes communes

Fin de crise au Front de libération nationale. Du moins, la hache de guerre est enterrée entre la direction légale du parti et le «mouvement des redres- seurs» à propos des listes de candida- tures, suite à l’accord conclu entre Abdelaziz Belkhadem et Salah Goudjil, à l’issue d’une longue réunion tenue jeudi dernier à l’hôtel Mouflon d’Or à Alger.

«Il n’y aura pas de listes communes à pro- prement parler ni même de constitution d’une commission mixte pour la confection des listes de candidatures, comme initialement convenu entre les deux parties.» C’est ce que nous confie une source proche du parti. Les deux hommes, qui s’étaient en effet rencontrés pour la quatriè- me fois au milieu de la semaine dernière, ont opté pour «la souplesse». A savoir, selon notre source, «tout régler en tête à tête et non pas en commission. Jeudi donc, Goudjil revoit Belkhadem avec quelques propositions de noms à injecter sur les listes de candidatures du FLN. Ceci dit, les listes que les redresseurs ont déjà finalisées au niveau de plusieurs wilayas sous le label “indépendant” demeureront. Les élus, parmi ces mêmes listes lors des législatives du 10 mai prochain, pourront alors naturellement rejoindre les rangs du parti». Une sorte de réconciliation en aval, pour ainsi dire, conclue sous la contrainte du temps mais aussi du nombre pléthorique des postulants à la candida-

ture, dans les deux camps. «Des listes communes ou unifiées auraient occasionné plus de dégats qu’elles n’auraient réglé de problèmes car les mécontents se seraient ligués, dans un tel cas de figure, et contre la direction légale et contre les redres- seurs», explique notre source. Et c’est justement ce scénario catastrophe que redoute au plus haut point le pouvoir ! Car un FLN affaibli, ce sera, à coup sûr, la porte grande ouverte de l’Assemblée mais aussi du Palais du gouverne- ment aux islamistes. «L’équation est toute simple : les partis isla- mistes sont accrédités d’un taux se situant entre 30% et 40% d’intention de vote. Dans ce cas, seul un FLN fort allié à un RND assez stable est en mesure d’éviter l’arrivée en tête des isla- mistes ou apparentés et, partant, une issue de l’élection analogue à celles de la Tunisie, de l’É- gypte ou du Maroc», détaille encore notre sour- ce.

Faut-il rappeler d’ailleurs que la relance du dialogue entre la direction du FLN et les redres- seurs n’avait eu lieu que sur instruction pressan- te et insistante de Abdelaziz Bouteflika. Ceci étant, l’accord entre les deux chefs de file com- porte un autre volet : celui consistant à revoir la composante du bureau politique et du comité central. L’on se dirige, autrement dit, tout droit vers un congrès extraordinaire de l’ex-parti unique au lendemain des législatives.

K. A.

les tribunes de Doha, Londres ou Genève et appelle au retour de la révolution». Pour Ouyahia, le monde arabe vit, aujourd’hui, une situation de confusion et de désordre semblable à celle de mai 1968 en Europe. Et «ana- lyser ce qui se passe aujour- d’hui dans le monde arabe demande du temps». Mais il reste confiant quant à la capa- cité «du peuple algérien de protéger son pays comme il a eu à le faire contre Sant’Egidio en temps de crise lorsque le pays vivait sous embargo. Oui, le peuple algérien avait vaincu Sant’Egidio les pieds nus et le ventre creux. Il n’avait utilisé pour cela ni blindés, ni argent». Pour le premier respon- sable du gouvernement, il est hors de question de céder à la tentation du discours démago-

gique et nihiliste, celui là même qui avait occasionné des dégâts au sein de l’électo- rat dont la forte abstention avait permis la victoire du FIS avec toutes les conséquences que l’on connaît. Aussi, appel- le-t-il les membres de son parti, le RND, à mener cam- pagne pour les prochaines législatives «la tête haute ! Il faut être fier de notre bilan, du bilan du gouvernement auquel nous avons participé». Ouyahia dit tout assumer «contrairement à certains», entendre le MSP de Bouguerra Soltani. «Je rappel- le à certains qui nous parlent de la corruption aujourd’hui, que les mesures les plus sévères contre ce phénomène ont été prises sous ce gouver- nement. Je leur rappelle aussi qu’ils avaient voté contre tous les textes de loi portant lutte

contre la corruption au niveau de l’Assemblée.» Ouyahia, qui prend le plus grand soin depuis quelque temps d’épar- gner le FLN de Abdelaziz Belkhadem, est ainsi le deuxième haut responsable du pays, après Bouteflika en per- sonne, à parler ouvertement du danger réel d’une ingéren- ce étrangère qui guette le pays. «Appelons les choses par leur nom : le monde arabe vit une véritable tempête ! Dites aux jeunes Algériens, interpellera-t-il solennellement son auditoire, que l’Algérie est à la croisée des chemins.» Il faut dire que le Premier ministre dispose de tous les rapports faisant état, en l’oc- currence, de fréquentes visites de leaders islamistes chez des ambassades bien précises à Alger.

K. A.

L’EX-ANIMATEUR DU MOUVEMENT DE REDRESSEMENT DÉNONCE L’ACCORD AVEC BELKHADEM:

«Je me présente sur une liste du Front El Moustakbel»

Le désormais ex-animateur du Mouvement de redressement du Front de libération nationale rejette l’option d’une alliance avec l’actuelle direction du FLN à l’occasion de l’élection législative. Saïd Naïli a déci- dé de claquer la porte du FLN et de rallier le Front El Moustakbel, la formation dirigée par Abdelaziz Belaïd.

Entretien réalisé par Tarek Hafid

Le Soir d’Algérie : Quelle est la situation du Mouvement de redresse- ment en France ? Saïd Naïli : La situation est très critique. Les discussions entre Salah Goudjil et Abdelaziz Belkhadem n’ont toujours pas abouti. Mais je reste convaincu qu’il sera diffi- cile d’aboutir à des listes com- munes. En tout cas, dans le cas de la circonscription de France-Nord, c’est une situa- tion qui est très floue puisque la direction du parti continue de faire cavalier seul. C’est pourquoi j’ai décidé de quitter le Front de libération nationale, parti dans lequel je milite depuis de nombreuses

années, pour rallier le Front El Moustakbel.

Pourquoi avoir pris une décision aussi extrême ? Sincèrement, je commence à être fatigué de militer dans ce parti après les crises de ces dernières années. Aujourd’hui, je me lance un nouveau défi. J’ai été invité à titre personnel au congrès constitutif du Front El Moustakbel, et je dois dire que j’ai trouvé la démarche de Abdelaziz Belaïd très intéres- sante. Nous partageons et défendons les mêmes idées. En rejoignant cette formation, je mets à son service mon tissu relationnel dans les 2 zones de France ainsi que dans les willayas de Sétif, Bordj Bou Arréridj, Béjaïa et Oran.

Le nombre de sièges à l’Assemblée populaire nationale a récemment été revu à la hausse. Pourquoi les circonscriptions situées à l’étranger n’ont pas été concernées par cette révi- sion ? Alors selon certaines infor- mations, des citoyens auraient écrit à la présidence de la République pour dire que les députés de l’émigration ne servent à rien. Mais si on part du principe qu’ils ne servent à rien, autant retirer ces sièges définitivement et trouver une autre formule de représentati- vité législative. Cela permettra au Trésor public de faire des économies. Par contre, si cette présence à l’Assemblée est utile, autant qu’elle soit réelle. A titre indi- catif, la Tunisie a 11 députés pour la France. Mais il est vrai que nos députés ne se sont jamais battus pour élargir la représentativité de la commu- nauté à l’étranger.

T. H.

Le Soir

d’Algérie

Contribution

Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 6

Contribution Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 6 Guéguerres Ma dernière contribution, à

Guéguerres

Ma dernière contribution, à travers la presse, consistait en un message adressé à Monsieur Saïd Sadi, lui témoignant mon soutien et mes encouragements à continuer d’écrire et de s’ex- primer à propos de l’histoire de la guerre de Libération nationale tout en lui signifiant que cette attitude n’équivalait pas à une adhésion totale et inconditionnée au contenu de ses écrits.

Je lui apportais mon soutien au milieu d’une cam- pagne frôlant sinon l’hystérie, du moins l’indé- cence. Je lui apportais mon soutien, qui demeure établi, malgré la différence de nos parcours, de nos perceptions, de nos positions, de nos posi- tionnements, car je jugeais — et je le maintiens encore — que cette différence est source d'enri- chissements. Si je devais lui contester une prise

de position, le rapport de faits historiques ou bien encore l’interprétation ou la qualification de ces faits, cela ne pouvait se faire que par une réplique argumentée, raisonnée, voire rationnelle et sur- tout sereine, franche et sincère, loin de toute invective, de tout sensationnalisme, de toute ins- trumentalisation postérieure de l’objet, de tout «marketing engluant».

Mon adresse envers Monsieur Saïd Sadi procédait d’abord d’une position principiel- le ensuite d’un constat à la suite de la lecture de son ouvrage dont la force et l’honnêteté intel- lectuelle résident dans l’identifi- cation des sources, condition première d’une démarche scien- tifique nous avait-on appris lorsque nous étions étudiants. Monsieur Sadi a construit à par- tir et autour de témoignages émanant d’acteurs privilégiés ayant vécu directement les faits et aux «premières loges» en me permettant l’expression. Ces témoignages sont le fait d’acteurs responsables assu- mant leurs positionnements et assurant la crédibilité de leurs témoignages. C’est là un véri- table cadrage référentiel qui fait la force du livre de Monsieur Sadi et s’il faille lui contester quoi que ce soit ou lui dénier toute crédibilité ou une part de celle-ci, c’est envers ces sources identifiées et identifiables qu’il faut s’adresser. Certains témoins qu’il cite sont encore en vie et jouissent de tout leur potentiel mémoriel et intellectuel pour asseoir la crédibilité de leurs pro- pos. Cette longue introduction à ma présente contribution ne vise pas uniquement à rappeler ou à justifier ma position à l’égard du livre de Monsieur Sadi mais s’inscrit surtout comme un rap- pel de la trame qui sous-tend tous mes écrits — articles ou ouvrages — publiés pour appor- ter ma part de témoignage comme rudiments, «matières premières» à l’écriture de l’his- toire de la guerre de Libération nationale. Je n’ai de compte à régler avec personne ni une quelconque parcelle de mon âme à soulager ou à absoudre de quelque péché. Dans cet ordre d’idées, je voudrais rappe- ler deux autres contributions parues dans les colonnes de ce même quotidien : la première date du 08 juin 2005 relative à la loi n°2005-158 du 23 février 2005 adoptée par le Parlement français (*) . La seconde contribu- tion était adressée à Monsieur Ahmed Benbella, publiée le 20 mai 2009. A propos de la contribution relative à la loi française susci- tée, je veux dire toute ma fierté d’avoir été le premier à avoir réagi et je regrette le silence observé pendant longtemps à son égard car les autres réac- tions ont été bien tardives. Cela étant dit, je soumets aux lecteurs la teneur de ma réaction. J’ai commencé ma contribution par certaines remarques prélimi- naires dont la plus importante

est, je cite : «Il n’est guère dans mon intention de porter un quel- conque jugement sur la pertinen- ce de cette loi française qui reste exclusivement de la compétence et de la souveraineté françaises d’autant plus que je suis profon- dément et farouchement jaloux du respect intangible de la sou- veraineté nationale et de la non- ingérence, même à l’ère de la mondialisation.» Une autre remarque préliminaire consistait à justifier ma contribution par ma position d’acteur d’une époque et témoin d’événements ayant fait l’objet d’une partie de cette loi. En ce sens, bien que n’étant pas historien, je me devais de porter contradiction à son conte- nu malgré la formulation de la première remarque citée précé- demment. Ainsi tout le contenu de ma contribution consistait à établir l’ineptie, la falsification des faits contenus dans cette loi par la formulation principielle ou le détail factoriel. Je n’ai à aucun moment usé d’un style revan- chard, insultant ou de qualifica- tifs propres aux slogans. J’ai tou- jours opté et milité pour l’affirma- tion ou la réplique argumentée et sereine. A propos de la lettre adressée à Monsieur Ahmed Benbella, premier président de l’Algérie indépendante, j’avais tenu à mettre en exergue de l’article deux citations, la première est une sorte de testament de Mourad Didouche («Si nous venions à tomber au champs d’honneur, racontez-nous et dites ce que nous fûmes»). La seconde est de Monsieur Benbella, au début des années 1980 : «Si j’avais fauté, alors j’ai suffisamment payé et si j’étais innocent, alors je leur pardon- ne.» L’objet de ma lettre à Monsieur Ahmed Benbella était relatif à «l’affaire Chaâbani». J’écrivais : «Monsieur le prési- dent, la présente adresse vous est particulièrement et person- nellement destinée, par ce que vous fûtes et ce que vous êtes. En conséquence, elle ne peut absolument pas être l’expres- sion d’un comportement politi- cien ou même politique de ma part (…). Mon adresse à vous concerne le martyr Mohamed Chaâbani, ce jeune colonel de la glorieuse ALN puis de l’ANP et membre du Bureau politique du FLN, au lendemain de l’Indépendance. Je tiens tout de suite à préciser que mon propos ne s’inscrit nullement comme une tentative de demander la révision du procès qui lui fut intenté et encore moins le pro- cès de son procès (…). Il n’est nullement dans mon intention d’en faire le Dreyfus algérien et

pour moi, de m’inspirer d’Emile Zola. Non je n’accuse point qui que ce soit ni quoi que ce soit…» Les lecteurs auront apprécié d’eux- mêmes ma démarche et le feront d’autant plus lorsqu’ils sauront que j’étais l’un des protagonistes de cette affaire et que je fus condamné et emprisonné et les miens réprimés par le pouvoir de Monsieur Benbella. Devrais-je pour autant aujourd’hui rouvrir les plaies et déverser tout le fiel pour ces faits ? J’y reviendrais plus loin. Ces trois exemples (le livre de Monsieur Saïd Sadi, la réplique à la loi française et la lettre à Monsieur Benbella) expriment toute ma démarche et constituent la trame de ma présente contribution. Dans tous mes écrits relatifs à la guerre de Libération natio- nale, je me faisais une religion de souligner trois fondamentaux préalables : primo, tout en étant un acteur — modeste parmi tant d’autres — de ce formidable mouvement historique que fut la guerre de Libération nationale, je ne prétendais nullement faire valoir d’œuvre historique mon témoignage. Le métier d’histo- rien est toute une autre affaire obéissant à ces critères que je ne peux nullement faire valoir ou prétendre atteindre «autodi- dactiquement». C’est dans cet esprit que j’écrivais dans l’adresse à Monsieur Ahmed Benbella, à propos de Mohamed Chaâbani :

«Monsieur le président , vous conviendrez aisément et indubi- tablement avec moi que les jeunes historiens d’aujourd’hui et que les futurs historiens éprouveront d’immenses diffi- cultés à appréhender l’histoire de Mohamed Chaâbani (…) Ils se demanderont fatale- ment (le) comment et (le) pour- quoi (de cette histoire) et orien- teront leurs préoccupations à déterminer les auteurs et les cir- constances de ce cas (…) Ils verseront alors dans le «dryfu- sionnisme» (…).» Secundo, mon (mes) témoi- gnage (s) se rapportent naturel- lement à une période et un espace bien déterminés et très limités ne peut (ne peuvent) donner lieu à une quelconque généralisation ou une hypothé- tique extrapolation, fatalement non crédibles. En apportant mon témoignage, je le circons- crivais à ma vérité ou ce que je croyais être ma vérité de l’époque, en fonction de mes connaissances de l’époque tout en m’appliquant à ne pas les polluer, les travestir par des connaissances ultérieures aux

faits. Certes la démarche n’étant guère aisée, donc je ne peux attester et garantir ce témoignage que par la probité intellectuelle, sa sincérité. En d’autres termes, ce n’est qu’un témoignage. En tant que juriste de formation, je n’ai jamais été partisan de la formu- le : «dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité» et je lui préfère celle qui consiste à dire : «Ma vérité (ou ce que je crois sincèrement en être ainsi), toute ma vérité et rien que ma vérité», étant entendu que la formule possessive n’équivaut point le déterminatif définitif, pour plagier les grammairiens. Tertio, la guerre de Libération nationale étant un formidable mouvement historique, né de la volonté conjuguée des hommes et des événements, transcende dans un rapport intéractif cette même volonté voire cette conju- gaison. C’est pourquoi, toute œuvre, toute contribution visant à décrire, rapporter, transcrire, narrer, raconter cet impétueux mouvement de l’histoire érige une vigilance extrême de la part de tout prétendant à pareil ouvrage. C’est le seuil du monde de l’histoire et du métier d’histo- rien qu’on ne peut franchir aisé- ment et surtout impunément et je ne le franchirai pas pour ma part. Néanmoins, en tant qu’acteur modeste de ce vaste mouve- ment, mais surtout en tant que témoin ayant rédigé et publié ses mémoires, je me devrais de préciser, et cela revenait à chaque fois comme un refrain («témoignez ! témoignez ! témoi- gnez !»), comme un leitmotiv, qu’en tant qu’acteurs, «nous n’étions ni anges ni démons». C’est aussi dans cet esprit que j’avais intitulé mes mémoires

Monologue, dialogue, un homme face à l’histoire, chaque vocable

ayant sa charge sémantique. Ce sont ces fondamentaux qui moti- vent ma présente contribution et en ce moment précis où nous célébrons le cinquantième anni- versaire de la victoire (19 Mars 1962) et dans quelques semaines le cinquantième anni- versaire du recouvrement de la souveraineté nationale. A cette occasion, on nous annonce de part et d’autre une profusion de livres, de films, de documen- taires, de reportages audio- visuels et écrits. Ce sera, j’imagi- ne, un réveil torrentiel des mémoires. Tant mieux et je m’en félicite même si je regrette que ce «débit» sera plus fort de l’autre côté que chez nous. Il y aura fatalement et assurément dans cette «profusion mémorielle» du très bon et du très mauvais, des

Par Mohamed Djeraba

témoignages avisés, profanes, intéressés, désintéressés, probes, orientés à des fins avouées ou inavouées, en somme du mielleux et du fiel- leux. Bref, les «guéguerres» mémorielles sont déjà enta- mées, et l’on nous «conseille» déjà la sécurité et la mesure dans la célébration. Paradoxalement, et au fond de moi-même, j’adopte et j’adhè- re à ce «conseil» mais pour des raisons tout à fait autres. Tout ce torrent mémoriel, avec tout ce qu’il charrie, n’exprime en fait que la grandeur de notre guerre de Libération nationale qui fut un moment privilégié du siècle passé. Chez nous, ce mouve- ment mémoriel a déjà commen- cé même timidement. Des témoignages sont régulièrement publiés par la presse nationale. Ils émanent d’acteurs directs de ce mouvement de libération qu’un célèbre chroniqueur quali- fiait récemment de «Has been» et quoi de plus normal car ne peuvent témoigner que les «Ras been». C’est la loi de la nature. La véritable et pertinente ques- tion est celle du contenu du témoignage et des postures de son auteur. C’est à propos de ce mouvement que j’interviens tout en répétant à l’envi ma totale adhésion et ma profonde convic- tion de la nécessité d’une telle démarche. Point de place à la censure ni

à l’auto-censure. Néanmoins,

une telle liberté requiert une vigi- lance à toute épreuve et une pédagogie constructive. On a pendant trop longtemps critiqué à tort ou à raison et beaucoup à raison la politique officielle à cet égard. Cette critique fort fondée ne doit nullement le «droit» à une démarche, apparemment antino- mique, qui aboutit au même résultat. Si la politique officielle en matière d’histoire s’est, en permanence, fondée une vision, une présentation idyllique, angé- lique, épique de la guerre de Libération nationale, le réveil et la libération de la parole et des mémoires doivent éviter l’autre écueil, celui de la vision, de la présentation «démoniaque». La réalité historique n’appar- tient ni à la vision officielle ni à celle qui lui est opposée. Les témoignages publiés der- nièrement peuvent donner lieu à des interprétations et à des lec- tures très dangereuses de cer- taines étapes de la guerre de Libération nationale et de là ouvrent la voie à la généralisa- tion et l’extrapolation.

Le Soir

d’Algérie

Contribution

Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 7

Contribution Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 7 mémorielles P our la clarté

mémorielles

Pour la clarté de l’exposé, je me permets de résumer la thé- matique de ces témoignages sans juger leur valeur ou la véra- cité des faits qui y sont rappor- tés.

La quasi-totalité de ces témoignages s’articule de ce qu’on appelle communément les «affaires». Je cite pêle-mêle les «affaires» Abane Ramdane, Amirouche, El Haoues, Chaabani, Lamouri, Chihani, Adjel Adjoul, Si Zoubir, Si Salah, ou encore celles des «com- plots», celle des «3B» (Boussouf, Krim Belkacem, Bentobal), de l’EMG, du GPRA, du CNRA, etc. Pour mieux cer- ner cette thématique, posons quelques préalables, en premier lieu, je précise que je ne remets nullement en cause les aspects factuels. «Nous n'étions ni anges ni démons» est une affirmation que j'utilise pour dire que la révolution ou la guerre de Libération nationale fut l’aboutis- sement d’un long processus où les hommes furent à la fois sujets et objets de l’histoire. Ils influencent le cours de l’histoire et en subissent le contre-coup. Leurs actions furent à la fois pesées, réfléchies, justes, spon- tanées, réactives, erronées, fausses, braisées. Enormément de facteurs entrent en jeu, certains parfois à la fois farfelus et décisifs, sans compter les effets du hasard, heureux ou malheureux. En tant que moudjahidine, nous avions certes mené des actions héroïques dignes des épopées légendaires, mais nous avions eu aussi à avoir peur, à flancher par moment, à avoir le spleen, à languir sur nos proches, nos villages et villes. Nous avions battu et vaincu l’en- nemi comme nous avions subi de lourdes pertes. Nous avions réussi, failli et défaillé. Nous avions pleuré, eh oui, pleuré de peine comme de joie. Nous avions ri ensemble, les uns des autres, des situations tragico- miques. Nous nous chamail- lions, parfois pour si peu et même nous nous jalousions pour des broutilles. Nous avions nos noms de guerre mais aussi des sobriquets. Nous n’étions ni anges ni démons. Aurions-nous été meilleurs que les prophètes ? Aurions- nous été plus infaillibles ? La réponse coule de source. Pour revenir à certaines «affaires» évoquées épisodiquement, je ne veux en retenir que deux :

Amirouche et Chaabani, deux colonels légendaires. On reproche au premier — et a pos- teriori — ses méthodes mar- tiales de commandement, sa discipline d’airain. De là, certains franchiront impudemment le Rubicond, en le qualifiant de sanguinaire. En fait, Amirouche fut foncièrement un révolutionnaire au plan men- tal et disciplinaire, menant et

subissant une guerre impi- toyable. S’était-il trompé ? Aurait-il commis des erreurs, des fautes ? Assurément oui et cette réponse est d’ordre princi- piel et postérieur. N’aurais-je pas moi-même ou tout autre homme commis les mêmes erreurs et fautes dans les mêmes conditions et circons- tances ? Etait-il sanguinaire, dic- tateur, injuste ? Assurément non ! Non et non ! Il était simplement un homme, un immense militant ; et un révolutionnaire accompli avec ses propres limites et les limites imposées par le cours de l’histoire. Avait-il massacré des centaines d’étudiants ayant rejoint le maquis ? Au-delà de cette comptabilité macabre (dizaines ou centaines, un seul aurait été de trop), il y a lieu d’analyser objectivement la situation de l’époque. Avancer péremptoirement de tels faits, c’est travestir, ou mieux, mécon- naître l’histoire. La «bleuite» n’est pas un simple détail de l’histoire comme dirait l’autre. Elle a été menée par un gigan- tesque arsenal déployé par les autorités coloniales (hommes, finances, plans et un art consommé de la guerre psycho- logique). Amirouche a dû lutter sur plusieurs fronts et combattre plusieurs ennemis (armée colo- niale et forces supplétives, grou- puscules messalistes, collabora- teurs connus et clandestins). Par ailleurs, pourquoi cer- taines mémoires, certains témoi- gnages seraient-ils si sélectifs en occultant le fait que ce même Amirouche avait orienté des dizaines, sinon des centaines de jeunes ayant rejoint le maquis vers les universités des pays solidaires de notre révolution? Certains sont encore en vie et peuvent en témoigner loin de toute surenchère et instrumenta- lisation (cf les témoignages dans les écrits de Saïd Sadi, Rachid Adjaoud ou Djoudi Toumi). Toujours à propos d’Amirouche, et dans un autre registre, on voudrait attribuer le martyr d’Amirouche en compagnie du Colonel Si El-Haouès à une tra- hison émanant de certains cercles de la révolutions. Je ne voudrais pas polémiquer à ce propos car n’ayant pas de connaissances précises, véri- fiées et verifiables à cet égard mais j’ai eu à vivre, en tant que moudjahid dans la région où sont tombés les deux valeureux colonels. C’est une région de tous les dangers où séjournent ou transitent de plusieurs forces hétéroclites (harkis, groupus- cules messalites, partisans et débris de Bellounis) ; ceci sans parler de la structure socio-cul- turelle de la région. C’est une région de transhumance pasto- rale où l’organisation tribale et la pensée tribaliste prévalaient. Lors de ma présence dans cette région (1955-1956), j’avais appris à me méfier tout le temps et de tout. Un simple jeune ber-

ger pouvait, consciemment ou inconsciemment, volontairement ou pas, vous sauver la vie ou courir à votre perte. Une tente de nomades pouvait être aussi un refuge réconfortant ou un piège mortel. Dans ces condi- tions, avancer la thèse d’un complot envers les deux colo- nels me paraît hasardeux, faute de preuves palpables, véri- fiables et vérifiées. Au total et concernant le colonel Amirouche dont le nom, la stature et la célé- brité me semblent outrageuse- ment instrumentalisés selon les circonstances, toute démarche probe, tout témoignage honnête et sincère doivent s’inscrire dans un cadre historique, bien maîtri- sé, précisément analysé et loin de toute considération politicien- ne. Amirouche avait une profon- de foi dans le combat qu’il menait. «L’affaire Chaabani». Venons-en ! Je l’évoque pour la première fois en ces termes bien qu’étant un des protagonistes. Auparavant, je voudrais m’inter- roger sur une certaine tendance à vouloir insinuer qu’elle eut lieu durant la guerre de Libération en la collant à d’autres «affaires». «L’affaire Chaabani» est un moment de l’Algérie indépen- dante. Ainsi, je ne veux pas l’évoquer dans ses multiples péripéties — et je suis dans une posture favorable pour le faire — mais dans sa logique, dans sa dynamique. Mohamed Chaabani, je l’ai connu lorsqu’il avait rejoint le maquis dans une zone de la Wilaya I, qui deviendra plus tard la Wilaya VI. C’était un jeune étudiant de l’institut badissien. Sage, instruit, pondéré, voire très doux. On l’avait surnommé Taleb (au double sans du terme arabe en usage, à savoir étu- diant et sage). Tout le monde recherchait sa compagnie et il faisait l'unanimité. Il n’était lié à aucune tendance, sinon à ses propres convictions culturelles et civilisationnelles. Malheureusement, notre compagnonnage ne dura pas longtemps puisque j’étais appe- lé à me diriger vers le sud puis vers l’ouest, sur ordre de Si El Haoues. Je ne l’ai plus revu jus- qu’à l’indépendance. Ses seules qualités intrinsèques lui permi- rent jusqu’au commandement d’une wilaya. On oublie souvent de souligner un fait important :

on dit qu’il fut le plus jeune colo- nel de l’ALN puis de l’ANP mais on oublie qu’il fut aussi le seul colonel sans passé politique militant, ni MTLD-PPA, ni UDMA, ni PCA, ni Oulémas. Il n’avait que ses convictions patriotiques scellées, intangibles et non négociables. C’est là le secret de l’origine de son action et de sa perte — au lende- main de l’indépendance. Il n’était mû par aucune soif de pouvoir, ni par un quelconque esprit partitionniste, claniste. Il ne voulais simplement pas mar- chander ses convictions et ses

principes. Aurait-il voulu une responsabilité civile, militaire ou diplomatique qu’il l’aurait obte- nue sur le champ. C’est uniquement sur une base d’affinité personnelle que je l’avais rejoint, affinité provo- quée par la pureté de ses convictions. La suite des événe- ments a conforté la justesse et la noblesse de ses convictions, même à titre post-mortem. Le colonel Tahar Zbiri empruntera vainement la même démarche. Etant un acteur direct de ce moment de l’histoire, serais-je tenté ou m’appartient-il aujour- d’hui d’exciper cette qualité pour «régler certains comptes» ? Assurément non ! Je refuse une telle posture pour de multiples raisons historiques objectives et intellectuelles, je n’ai aucun inté- rêt à défendre, aucun sentiment de revanchard. En interpellant le président Ben Bella, comme souligné pré- cédemment, je lui signifiais mon intention de défendre unique- ment une mémoire et non pas d’intenter un quelconque procès envers qui que ce soit ou quoi que ce soit. J’avais adopté la même démarche concernant un autre monument de l’histoire : le colo- nel Lotfi. Bien de choses se disent sur son martyr, sur son commandement. A bien des égards, il me rappellait Chaabani par son instruction, sa sagesse, son engagement inébranlable. Aujourd’hui, je défends sa mémoire. Somme toute, pourquoi témoignons- nous ? Sommes-nous condam- nés à ne rapporter que des «his- toires» ? Je ne le crois pas et je ne suis pas de cette école. Le seul vrai témoignage digne d’être étalé, c’est celui de l’histoire de l’Algérie, de la guer- re d’indépendance d’Algérie. Pour qui témoignons-nous ? Certes pour l’histoire, pour les jeunes générations. Si tel est le cas, alors soyons très vigilants et pédagogiques dans la pré- sentation de nos témoignages, nobles dans nos desseins et ne pas commettre de confusion de genres et d’époques. Ne réagis- sons pas à une négation par une négation, à une falsification par une autre falsification. Les résultats pourront être plus catastrophiques. Une excu- se peut être plus vile pour expli- quer un impair, un délit, dit le proverbe arabe. Que dirait un jeune de 20 ou 30 ans en prenant connaissan- ce de certains témoignages autour des «affaires de X ou Y»? N’y a-t-il pas risque de faire assi- miler la guerre de Libération à une lutte mafieuse, à une lutte de mafiosi pour l’accaparement des postes de responsabilité et de pouvoir? N’est-il pas en droit de conclure et penser que ces légendaires dirigeants (Amirouche, et autres), long- temps ensencés, ne sont en fait que des assoiffés de pouvoir,

prêts à tout pour le «koursi»? N’est-il pas loisible pour lui de voir en Amirouche ce grand révolutionnaire, obsession de

tous les stratèges colonialistes,

un simple tueur d’étudiants alors

qu’en réalité il fut un grand pro- moteur de la formation des cadres pour l’Algérie indépen- dante ? Lorsqu’on présente au jeune Algérien la décision de décréter la grève des 8 jours comme une erreur catastrophique pour la Révolution, que peut-il penser

alors de son auteur Larbi Ben M’hidi dont la grandeur fut

reconnue en premier par l’enne-

mi

? Que peut penser ce jeune

de

Zighoud Youcef lorsqu’on lui

dit que le 20 Août 1955 était aussi une action catastro- phique ? Il faut lui présenter les

faits avec leurs tenants et leurs aboutissants. Il n’est guère dans mon inten- tion de prôner la censure, de tra- vestir la réalité ou de taire quoi que ce soit mais seulement de prôner une pédagogie du témoi- gnage, expurgée de tout sensa- tionnalisme, de narcissisme, de règlements de comptes. Malheureusement, certains témoignages, volontairement ou involontairement, ne sont qu’un chapelet d’objectifs les uns plus insultants, de jugements de valeur postérieurs où le fait cède

le pas à l’appréciation. Je ne

joue pas au moralisateur mais je veux simplement attirer l’atten- tion sur les désastres incom- mensurables que provoque ce type de témoignage parmi les nouvelles générations. Faisons honneur à l’appel du 1 er

Novembre dont l’entame fut : «A vous qui êtes appelés à nous juger.» Nous n’étions ni anges

ni démons. Alors aux généra-

tions actuelles et futures de

n’être ni les uns ni les autres. Ayons ensemble de la hauteur

de vue, digne de cette glorieuse

guerre de Libération et évitons

les «gueguerres mémorielles». Elles nous viennent d’ailleurs et cela nous suffit amplement.

M. D.

Rappels : (écrits de l’auteur)

- Monologue, dialogue, un homme face à l’histoire. 3 vol.

- Lettre à Monsieur Ben Bella, Le Soir d’Algérie, 20/05/2009.

- Lettre à Monsieur Saïd Sadi.

- Proclamation du 1 er Novembre, un appel aux armes, un hymne à la paix. - Nul ne pourrait y songer,

ensemble d’articles publiés entre 1985 et 2000.

PS. Monsieur Saïd Sadi a déci- dé de ne plus briguer un nou- veau mandat à la tête de son parti. Je tiens à saluer l’homme pour l’œuvre qu’il a accomplie, à plusieurs titres et j’ose espérer

maintenant qu’il est plus libre qu’il continuera à écrire et à sus- citer des débats constructifs.

M. D.

Le Soir

d’Algérie

Actualité

Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 8

Actualité Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 8 L’État français cède aux ultras

L’État français cède aux ultras et décide de ne pas commémorer le 19 Mars

De notre bureau de Paris, Khadidja Baba-Ahmed

La décision est tombée dans l’après-midi de vendredi. Un communiqué du ministère de la Défense informe que l’Etat n’organisera aucune commémoration nationale du 19 Mars – Accords d’Evian du cessez-le feu — et explique que la décision a été prise «dans le souci de ne pas ravi- ver les plaies d’une page dou- loureuse» de l’histoire de France. Jusque-là, rien de bien particulier, sauf peut-être que l’on oublie que la page a été

bien plus douloureuse pour ceux qui ont subi 130 ans de domination coloniale. La suite du communiqué est révélatrice des pressions qui ont amené à cette déci- sion. «Si le 19 Mars évoque la joie du retour des militaires français dans leurs familles, il marque également l’amorce d’un drame pour les rapatriés, contraints au déracinement et le début d’une tragédie pour les harkis, massacrés dans les semaines qui suivirent, au mépris des accords d’Evian». C’est dit et en cette pério- de de ratissage des voix — celles des nostalgiques de

l’Algérie française n’étant pas des moindres —, il semble qu’il vaut mieux laisser les choses en l’état et dans le même temps faire oublier que le plus grand crime commis sur les harkis est celui de leur abandon dans des camps de la honte par l’Etat français qu’ils ont servi. Le communiqué ne dit mot d’ailleurs sur les très nom- breuses commémorations du 19 Mars organisées par les anciens OAS et maintenues sans que l’Etat s’en émeuve, ni les interdise, ce qui serait parfaitement son droit. K. B.-A.

Photo : DR
Photo : DR

Sur le parvis de l’hôtel du Parc où ont été signés les Accords d’Évian, les membres des délégations algérienne et française emmenées respectivement par Krim Belkacem et Louis Joxe.

SALON DE L’AUTOMOBILE D’ALGER

Les stands des concessionnaires assiégés

Les allées du 15 e Salon de l’automobile d’Alger ont été littéralement submergées par une marée humaine com- pacte dès les premières heures de la matinée de jeudi dernier, bien avant l’ouverture officielle. Des images qui rappellent à certains, les scènes de cohues mémorables dans les Souks El Fellah de jadis.

Des milliers de personnes ont fini par avoir raison du programme protocolaire prévu par les respon- sables de l’organisation et ont pris d’assaut les services commer- ciaux de plusieurs concession- naires pour, visiblement, s’empa- rer des disponibilités réservées pour l’événement, et cela sans avoir pris la peine au préalable de faire un tour des stands et appré- cier les nouveautés. Une attitude qui a surpris les plus avertis et qui renseigne, en tout état de cause, sur l’évolution des besoins des Algériens. Hier, c’était une plaquette d’œufs et un bidon d’huile qu’on arborait fièrement au sortir de ces hangars de la honte, aujourd’hui, c’est un bon de commande confir- mé après un versement cash qu’on dissimule jalousement en attendant de prendre possession du véhicule de tous les fantasmes. On aurait même signalé quelques scènes d’incivilité entre clients pressés et des revendeurs qui tentaient, comme à leur habitude, de s’imposer en intermédiaires sans scrupules. La 15 e édition du salon d’Alger, c’est une participation plus impor- tante des constructeurs. Au total, on relève 53 exposants contre 41

enregistrés l’année dernière, sur une superficie totale de plus de 29 000 m 2 . Des constructeurs automobiles venus de toutes les régions du monde, des compagnies d’assu- rances, des banques et des médias spécialisés sont au ren- dez-vous de cette manifestation qui a détrôné en audience la Foire internationale d’Alger.

Des nouveautés

en série

Le Salon de l’auto présente, cette année plusieurs nouveautés dont quelques-unes nous viennent fraîchement du salon de Genève où elles ont été dévoilées en pre- mière mondiale. C’est le cas notamment des Peugeot 208 et 4008 qui ont été présentées exceptionnellement par le directeur général des Automobiles Peugeot, Vincent Rimbaud, venu de France spécia- lement pour dire toute sa satisfac- tion devant les performances de la filiale et exprimer ses «remercie- ments» aux Algériens d’avoir depuis toujours adopté la marque au lion. Entouré de David Rio, direc- teur de zone, et Pierre Foret, DG de Peugeot Algérie, il a également

CARTON ROUGE

La professionnalisation, selon la Safex

Un carton rouge est, d’emblée, notifié à la Safex pour son discours ambivalent et non moins ambigu sur la professionnalisation souhaitée du salon d’Alger. En effet, à la veille de l’ouverture de cette manifestation, les responsables de la Safex avaient suggéré aux participants de surseoir à l’activité commerciale durant le salon et d’en faire exclusivement une vitri- ne des innovations technologiques de l’automobile. Une initiative louable si paradoxalement cet organisme n’affichait peu d’intérêt à l’exercice du métier de journaliste durant le salon, absence de journées presse et d’espaces respectables pour les titres exposants. Une attitude qui laisse comprendre, en définitive, que le chemin vers la profes- sionnalisation est encore long.

B. B.

Photo : NewPress
Photo : NewPress

Les stands pris d’assaut par des milliers de personnes.

relevé « avec beaucoup de plai- sir» l’attribution récente du tro- phée de la voiture de l’année à la 508 par le Club des journalistes automobiles algériens. Le stand de Renault Algérie «assiégé» par les clients et visi- teurs, propose une gamme diver- sifiée et enrichie par la présence honorifique de Twizi, le véhicule 100% électrique qui préfigure des véhicules de demain, le concept Captur qui offre une image des potentialités technologiques et sty- listiques des ingénieurs de la marque au losange, de Twingo qui foule pour la première fois le parquet reluisant des concessions de Renault Algérie ainsi que du reste de la gamme connue et appréciée pour sa fiabilité et son adaptation aux attentes des clients locaux. De son côté, le japonais Nissan expose sur son stand habituel, la nouvelle Sunny avec son design adouci et en conformi- té avec la nouvelle charte identi- taire du constructeur, le Murano diesel et Juke, ce petit SUV mini- compact qui affiche une aptitude aussi bien pour les randonnées champêtres que pour les virées citadines. On retrouve naturellement le reste des modèles commerciali-

sés par Nissan Algérie, véhicules particuliers et utilitaires.

Des styles en évolution

Chez Citroën, le DG de Saida, Pierre Coutelier, a dévoilé, en compagnie de responsables de Citroën France, le tout nouveau SUV Aircross, plus moderne et aux lignes plus raffinées, la nou- velle star de la ligne DS, la DS5 qui est lancée en Algérie quelques semaines seulement après les marchés européen et français. Elle trône sur son piédestal au beau milieu du corner spéciale- ment dédié à la ligne DS. Selon David Rio, représentant de Citroën France, «la ligne DS syn- thétise le génie créateur» de la marque aux chevrons et qui a de tout temps, du reste, fait la réputa- tion et surtout la spécificité de ses modèles et des innovations tech- nologiques qui ont marqué l’indus- trie automobile mondiale. La société Sovac, avec la bro- chette de labels du groupe alle- mand Volkswagen qu’elle repré- sente, draine, comme à ses habitudes, un flot ininterrompu de visiteurs qui s’agglutinent autour des vedettes exposés et portent les noms de Audi Q3, qui vient compléter la composante de la famille aux anneaux, la nouvelle

VW CC qui se sépare désormais de la dénomination Passat, la quatrième génération de Seat Ibiza qui promet de perpétuer la succes story d’un modèle à fort potentiel de vente en Algérie. Les modèles de la marque Skoda brillent de mille éclats sous les lampions et attirent les foules à longueur de journée Pour sa part, l’américain Chevrolet met en avant un véhicu- le de légende, Camaro, que les visiteurs tentent d’approcher et d’immortaliser dans les objectifs de leurs appareils photo et autres téléphones portables. C’est aussi le Colorado qui daigne enfin venir en Algérie dans deux versions, simple et double cabine, 4X2 et 4X4 ainsi que Sonic ou la nouvelle Aveo aux lignes plus actuelles, une meilleure qualité de finition, plus d’équipements et naturelle- ment des prix en nette progres- sion. Chez le groupe Cevital, les marques Hyundai et Fiat présen- tent également leurs nouveautés, à savoir la i40, Veloster, nouvelle Fiat Punto, Alfa Romeo Giuletta et Mito. Dans nos prochaines édi- tions, nous reviendrons sur la par- ticipation des autres constructeurs présents à cette édition.

B. Bellil

Le Soir

d’Algérie

Culture

Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 9

d’Algérie Culture Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 9 CINQUANTENAIRE DE LA DISPARITION

CINQUANTENAIRE DE LA DISPARITION DE MOULOUD FERAOUN

Quelquesrepèresautourd’unmythe

LLeess ffoorrmmeess ddee llééggiittiimmaattiioonn ppaarr llaa ssoocciiééttéé ddeess aacctteeuurrss dduu cchhaammpp ccuullttuurreell nnee ssoonntt jjaammaaiiss nnii

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Du pupitre du maître à l’écriture littéraire et aux centres sociaux éducatifs, ultime engagement, le nom de Feraoun reste aujourd’hui indissociablement attaché à ces scènes si cloisonnées d’une vie, aux significations diverses, qui

marquent et densifient une trajec- toire. Voilà quelques repères pour

le réinsérer dans ce qui a été une

poignante quotidienneté, à la mesure d’une chronique coloniale

inquiète.

1- Feraoun avant Feraoun La singularité du terroir kabyle accompagne la formation de l’hom- me et de l’écrivain Mouloud Feraoun, né le 8 mars 1913 à Tizi- Hibel (Grande-Kabylie). Amar Saïd Boulifa (1925) a éloquemment

décrit une Kabylie éternelle, sor- tant d’âges repus, pour vivre dans

un infini dénuement : «Ce sol, que

les érosions ont aujourd’hui dégra- au point de le rendre inculte,

pauvre et rocailleux, devait sûre- ment avoir un autre aspect : des cultures de toutes sortes devaient couvrir cette terre alors plus fertile ; celle des arbres fruitiers semble particulièrement être des plus développées. L’olivier, entre autres, croissait en abondance ; les moulins à huile, les emplace- ments de pressoirs, taillés à même sur le roc que l’on rencontre dans

la forêt de Mizrana ou dans les

bois ou maquis des massifs de Tamghout, sont des vestiges qui

témoignent de la prospérité et de la fertilité de cette région que nous voyons actuellement si pauvre et si triste. Malgré les siècles et malgré cette désolation des sols, la Kabylie maritime porte sur ses flancs les marques d’une époque

où l’habitant jouissait d’une civilisa-

tion avancée». L’histoire des Kabyles et de la Kabylie, transmise dans les tribus, répète cette aridité des terres et des mœurs. Feraoun le constate en une formule : «Nous sommes des montagnards, de rudes monta- gnards, on nous le dit souvent. C’est peut-être une question d’hé- rédité. C’est sûrement une ques- tion de sélection… naturelle. S’il naît un individu chétif, il ne peut supporter le régime. Il est vite… éli- miné. S’il naît un individu robuste, il vit, il résiste. Il sera peut-être chétif part la suite. Il s’adapte. C’est l’es- sentiel» (Le Fils du pauvre, Paris, Seuil, 1954, p. 58). Cet écosystème montagnard implacable n’est cependant en

marge ni de l’histoire ni de ses mutations socioéconomiques et culturelles. Comme le père de Fouroulou, beaucoup d’hommes valides, lorsqu’ils n’ont plus leur lopin de terre à exploiter, s’em- ploient chez les riches voisins ou dans de rares travaux d’ouvrier. Et

il advient aussi, depuis le début du

XX e siècle, qu’ils traversent la mer

pour de pénibles besognes en France, dans les pays miniers du Nord. Dès les années 1880, une émancipation par l’école française

devenait possible. La Kabylie fut- elle la région d’Algérie la plus sen- sible à ce pari que défendait opi- niâtrement un des tout premiers indigènes naturalisés, l’officier Mohamed Abdallah (Cf. L’Avenir, 1880) ? Dans la feuille gouverne- mentale Akhbar du 29 octobre 1880, Abdallah écrivait à propos de

ses coreligionnaires : «Il faut les instruire à tout prix ; maintenir un peuple dans l’ignorance de peur d’user envers lui de violence appa- rente est un grossier et dangereux sophisme» (cité par Charles- Robert Ageron, 1968, p. 335). Des écoles communales laïques sont créées, à l’initiative d’édiles locaux, soutenues par les djemaâ. Leur œuvre de promotion sociale transmue-t-elle l’histoire coloniale pour raviver l’imaginaire de nombreuses générations ? Le jeune Feraoun est au lendemain de la Grande Guerre au croise- ment de ces tiraillements entre une terre qui ne nourrit plus et une école perçue comme une issue quasi rédemptrice et libératrice. Dans l’excipit du Fils du pauvre, le père parle au fils qui s’en va affron- ter, à Alger, le redoutable concours d’entrée à l’École normale de Bouzaréa. Il lui dit les mots qui gui- dent le passage à l’âge adulte. Fouroulou sait qu’il est venu au monde pour donner sens dans la

karouba des Aït Mezouz et dans la maisonnée parentale à cette ascension sociale par l’école. Il rassure le père avec ses propres mots : «Oui, tu diras là-haut que je n’ai pas peur» (p. 126).

2- Le dernier des «Humbles» Les formations et carrière pro- posées à la jeunesse indigène entre l’avènement du gouverne- ment civil colonial et la veille de la Seconde Guerre mondiale (1871- 1939) indiquent deux voies : le cours normal de Bouzaréa, à recrutement essentiellement kaby- le, rural et paupérisé, et la méder- sa (Tlemcen, Alger, Constantine), à recrutement citadin, ouverte aux classes moyennes. La discrimina- tion linguistique – critère de sélec- tion fondamental — n’aura pas été dans ces deux structures de forma- tion la moins opérante : les arabo- phones se tournant généralement vers les médersas et leurs maigres débouchés et les berbérophones – principalement kabyles — vers le cours normal de Bouzaréa et l’en- seignement des indigènes. Dans sa thèse sur les instituteurs indi- gènes formés par l’école normale de Bouzaréa, Fanny Colonna (1975) dresse le tableau sociolo- gique d’une pauvreté, presque dis- tinctive pour les élèves-maîtres kabyles. Cette pauvreté, toute pro- verbiale, n’est-elle pas si accusée chez les acteurs de l’époque et dans ses «traces» scrupuleuse- ment disséminées ? «Mémoire» de Saïd Faci dans les années 1900 (1931), plus loin au XIX e siècle l’iti- néraire édifiant de Amar Saïd Boulifa, et, plus proche, dans les

Photo : DR
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Mouloud Feraoun.

années 1920-1940, ceux de Rabah Zenati et de cette laborieuse pha- lange d’instituteurs typifiés dans le registre de l’Algérie coloniale dont Mouloud Feraoun figure le dernier maillon. Ils ont animé, à Bouzaréa, un bulletin d’élèves au titre évoca- teur, Le Profane, et avaient fait le vœu, presque conjuratoire, d’humi- lité. Pour mieux identifier le statut asserté de «pauvreté» de Mouloud Feraoun et de son Fouroulou Menrad, il est utile de revenir à l’extraordinaire parcours de Saïd Faci (né en 1880), qui reste à découvrir. Il s’agit d’un des plus grands hommes qu’ait comptés l’Algérie indigène d’avant-1950, aussi important par son message et par son action que ses contem- porains Messali Hadj et Abdelhamid Ben Badis. Enfant de montagnards pauvres du Djurdjura, berger jusqu’à l’âge de quinze ans, Saïd Faci, à force d’ef- forts soutenus et d’abnégation, entre à l’École normale de Bouzaréa à 19 ans, brûlant avec une foi et un courage salutaires toutes les étapes pour s’engager dans une carrière d’adjoint-institu- teur, statut alors réservé aux seuls éléments indigènes de l’enseigne- ment colonial. Maître laïc de la III e République, Faci introduit, dès 1911, l’Algérie dans la modernité, avec le lancement à Oran de la première association d’instituteurs algériens d’origine indigène, la création au lendemain de la Grande Guerre de la Ligue des droits de l’homme, la fondation de syndicats algériens de fonction- naires et surtout l’usage politique de l’écriture. Cette modernité retentit dans un discours revendi- catif qui prendra souvent la forme d’une lutte continue à l’intérieur même des institutions coloniales. Feraoun ne pouvait ignorer, comme tous les instituteurs d’Algérie, la présence hautement symbolique de cet autre «fils du pauvre», ce Kabyle capital, fonda- teur de La Voix des humbles, long- temps pourchassé par les polices coloniales et exilé en France par l’administration du gouvernement

général (Cf. Abdellali Merdaci, 2007). Il y a Feraoun dans Fouroulou Menrad, mais aussi Faci, l’irrécusable modèle d’une pauvreté constitutive transcendée. Feraoun n’affirme-t-il pas dans Le Fils du pauvre son appartenance à la famille des humbles et à leur combat à l’enseigne d’une dignité humiliée ?

3- Une éthique de la littérature Très peu d’écrivains dévoilent les motivations de leur venue à l’écriture. L’argument de la voca- tion, le plus souvent exposé, est suffisamment admis pour être dis- cuté. Or, Feraoun ne s’est jamais caché derrière le prétexte falla- cieux de la «vocation de l’écriture», comme principe d’une carrière litté- raire. Enseignant, proche de la lit- térature par la lecture et par l’en- seignement de la lecture, il a pu être longtemps détaché de l’écritu- re. Dans Images algériennes d’Emmanuel Roblès (1959), il rap- porte comment il a cherché à convaincre son ancien condisciple à l’École normale de Bouzaréa d’écrire un «roman kabyle». C’était vers la fin des années 1930. Des romans à thème kabyles avaient été publiés par des Français d’Algérie et dans la corporation des instituteurs algériens d’origine indi- gène et dans les colonnes de leur organe La Voix des humbles n’a-t- on pas vivement morigéné Ferdinand Duchêne et ses chefs- d’œuvre Le Berger d’Akfadou (1928) et Mouna, cachir et cous- couss (1930), édités à Paris par Albin Michel ? L’instituteur Feraoun pensait que son ami, qui venait de donner un roman d’un ton nouveau sur l’Algérie (L’Action, Alger, Charlot, 1938), était bien armé pour venger la Kabylie et les Kabyles et les restituer dans leur vérité aux lecteurs de cette période de l’après-centenaire. Le projet était fourbi : «Je nour- rissais le secret espoir de faire écri- re à Emmanuel Roblès un roman kabyle, un de ces livres solides et têtus où nous apparaîtrions sous notre vrai jour, et cela lui eût été

Par Abdellali Merdaci

possible tant il s’intégrait si naturel- lement au pays, tant il s’y sentait incorporé.» Roblès qui «avait déjà l’habitude de voir partout des hommes» l’avait convaincu que les Kabyles étaient leurs semblables et que seule sa plume leur rendrait justice. Discret parrainage ? À par- tir de ce moment, Feraoun allait délibérer d’une entrée en littérature qui serait une sorte de mission morale. Sa venue à l’écriture, qui se place sous le sceau de la nécessité, n’aura donc pas la spontanéité du poète inspiré ; elle répond d’une forte éthique qu’il résume en ces mots : «Si donc on assume cette tâche délicate d’écri- re, ce ne peut être que par devoir, ce ne doit être qu’avec respect et crainte ; respect pour son sem- blable, crainte de lui nuire en le défigurant ; espoir surtout ; espoir de le comprendre, de le faire connaître et aimer, de servir la commune vérité, de plaider pour la commune condition ; espoir, en un mot, de faire œuvre de justice, de mesure et d’amour.» Ce lourd cahier des charges, ce charroi de sentiments, emprisonnent-ils le futur écrivain dans de rigides codes qui ne font pas la bonne lit- térature ? Ils interpellent l’auteur dans un dire vrai, un réalisme si doctrinal, pour relever de l’inépui- sable vérité des êtres, précisément des Kabyles, ses frères si proches, dont l’histoire mérite d’être connue. Ce programme doctrinal sature-t-il les pages du Fils du pauvre avant d’en être élagué dans les œuvres suivantes lorsque Feraoun atté- nuera le poids du dogme dans sa vision du monde kabyle et recen- trera le métier de l’écrivain ?

4- Une communauté franco- algérienne Ce cri du cœur de Feraoun est célèbre : «La communauté franco- arabe, nous l’avons formée, il y a un quart de siècle, nous autres, à Bouzaréa !» (Cf. Images algé- riennes d’Emmanuel Roblès). Comment ne pas ressentir la vigueur de cette affirmation, en 1959, dans l’Algérie en guerre ? Cet idéal «franco-arabe» —maturé depuis un quart de siècle — est la matrice intellectuelle qui forge le cheminement social et politique de l’homme et de l’écrivain. Feraoun ne saura rejeter ni la France ni l’Algérie, sans être acculé au dilemme de Jean Amrouche, au tragique tropisme de deux nations tutélaires. S’il juge ce qui sépare les Français et les indigènes, Feraoun croit à une union des communautés qui gardent les mêmes droits sur l’Algérie, leur pays. En 1961, au moment où l’Algérie indépendante n’était plus une fumeuse hypothèse, il rappel- lera, devant des étudiants chré- tiens du mouvement «Travailleurs de la paix», sa conception d’un pays qui rassemble. Suite en page 10

Le Soir

d’Algérie

Culture

Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 10

d’Algérie Culture Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 10 Suite de la page

Suite de la page 9 Il l’écrit, à la date du 28 août 1961, dans son journal (1962) :

«Nous comprenons l’angoisse des Français d’Algérie : ils sont responsables de tout le mal qu’on nous a fait. Et si jamais les choses finissent par s’arranger on les tiendra soigneusement à l’écart comme pour leur interdire tout espoir de vivre dans l’Algérie de demain qu’ils auront tout de même contribué à construire.» Rejoint-il ainsi, cette même année, l’appel de Ferhat Abbas, président du GPRA, aux minorités d’Algérie, pour en faire la pédago- gie auprès d’étudiants chrétiens ? Cette confluence entre Français et Algériens, davantage que les idéologues du FLN qui n’en feront jamais une position affirmée, Feraoun la regardait comme nécessaire pour l’Algérie future.

S’il refusait la longue injustice qui

a été la règle dans les rapports entre les communautés de

l’Algérie coloniale, s’il dénonçait la prévalence d’une race sur une autre, autorisée et défendue par la France, Feraoun n’écartait pas une égalité entre les différents peuplements d’Algérie, une égali-

té sans faille. Son intégration aux

Centres sociaux éducatifs, créés par le gouvernement général de l’Algérie (Cf. Serge Jouin et alii, 2001), à l’initiative de la résistante et anthropologue Germaine Tillion, prolonge-t-elle ce désir de rapprocher Français et indigènes ? L’institution, projetée par ses initiateurs comme outil de la politique d’intégration, a été considérée par les ultras de

l’Algérie française comme une

«école du FLN». Et le FLN la ran- geait – sans examen — dans le repoussoir des politiques du «der- nier quart d’heure». Être divisé dans ce qu’il écrivait, dans ce qu’il pensait, mais aussi dans son acti- vité professionnelle d’inspecteur des Centres sociaux éducatifs, Feraoun restait dans le compro- mis. Le cercle des témoins d’une Algérie plurielle, ceux qu’il esti- mait être ses proches, les tenants de cette égalité des communautés d’Algérie, se limitait à une élite intellectuelle, le plus souvent sans aucun ressort auprès de ceux qui s’affrontaient en un combat impi- toyable. Et qui restait sous la menace des balles des deux camps. Apprenant l’assassinat par l’OAS d’un ami français, il écrit, le 10 janvier 1962 à Jean Pelegri : «Dites à Honorat ma sympathie, ma profonde tristesse parce que, en tuant C. c’est un peu vous tous qu’on a tués et si un jour la chose m’arrivait, vous pourriez pleurer aussi en son- geant que c’étaient tous vos frères

– ceux qui vous ressemblaient –

musulmans qui étaient tués.» (1962, p. 342). Paroles prémoni- toires, surchargeant une destinée franco-algérienne impraticable.

5- Un positionnement atypique dans la guerre Élu municipal de Fort-National, Feraoun se dessaisira, certes, de son mandat en 1956, mais il l’a fait, comme bien d’autres, à la demande express du FLN, qui aura été intraitable sur ce chapitre de la collaboration des indigènes aux assemblées coloniales. Défendant une coexistence sans heurts entre les communautés, surmontant les inégalités fondées en droit par le colonialisme, Feraoun comprenait le combat du FLN, mais il ne le rejoindra pas. Tout comme il doutait d’une Algérie française qui n’admettait que la loi du plus fort. Cette posi-

tion politique marginale lui valut la vindicte de nationalistes et des censeurs repliés à l’arrière. Eut-il à subir plus souvent que les écrivains de la période stigma- tisations et rancœurs ? De la part d’intellectuels de gauche, sa famille politique, lui qui émargea longtemps dans les rangs de la SFIO, le parti des ins- tituteurs. Dans les colonnes de l’hebdomadaire marocain Démocratie, Maurice Maschino (1957), rendant compte des Chemins qui montent (Seuil, 1957), le traite de «faux-mon- nayeur». Il lui répond dans les mêmes colonnes le 1 er avril 1957 :

«M. Maschino, vous êtes un salaud.» C’est probablement l’unique irritation publique que Feraoun fait entendre pendant la guerre. Cette tiédeur, plus suppo- sée que réelle, face aux «événe- ments» qu’on lui reprochait, et

qu’on croira reconnaître jusque dans ses romans, effaçant l’histoi- re présente de l’Algérie, n’était qu’une mise à distance entre les deux parties en conflit. Feraoun disparu, bien des années après l’indépendance, rien ne lui sera pardonné, précisé-

ment dans l’intelligentsia commu- niste : ni ses idées ni même sa mort. Monique Gadant incrimine- ra-t-elle «un Algérien ambigu» ? Homme de l’«entre-deux», Feraoun se vouait à une Algérie consensuelle, qui ne laisserait aucune de ses communautés sur le bas de la route. Dans le débat politique des années 1950, c’était une position nette, sans aucune tergiversation. Il est difficile de soutenir que Feraoun ait manqué de courage et de clarté dans sa vision de ce qu’a été l’Algérie fran- çaise (qu’il avait appris à refuser) et de ce que sera l’Algérie algé- rienne (dont il pouvait se méfier). De tous les auteurs de la période coloniale, ceux de sa génération principalement, il est le seul à être resté au pays, entré dans un cycle de sanglante violence, pour vivre et défendre ses convictions. Il en mourra, le 15 mars 1962. Sur le terrain des opérations militaires, cet «entre-deux» ne satisfaisait pas les belligérants. Pourtant, à Fort-National ou à Alger, à aucun moment l’armée française et les chefs de la Wilaya III de l’ALN n’ont envisagé de tuer l’écrivain Feraoun, alors qu’il provoquait le semblable embarras dans les deux camps. Ce positionnement atypique dans la guerre déran- geait, car l’écrivain ne pouvait se résoudre à l’abandon d’une Algérie «franco-arabe» dont il gar- dait l’espoir qu’elle reviendrait à tous. Dans Le Dernier Message (1960), Feraoun reprend les mots

de Camus : «Je me suis pris à espérer dans un avenir plus vrai, je veux dire un avenir où nous ne serons séparés ni par l’injustice ni par la justice.»

6- Une épreuve de «canonisa- tion» républicaine À l’indépendance, la postérité de l’écrivain Mouloud Feraoun tient moins aux circuits de l’État- FLN qu’à la puissante corporation des instituteurs qui impose, dans les années 1960, son nom et ses œuvres dans les programmes de langue française, tous paliers confondus, de l’Éducation natio- nale. Cette consécration – typi- quement républicaine — a pu longtemps préjuger de ce que pouvaient être les qualifications du littéraire dans la jeune école algérienne où le texte feraounien écrasait par le nombre ceux des auteurs de sa génération. Mais

cette célébration de l’auteur ne se cantonnera pas, dans la première décennie de l’indépendance, à une citation pléthorique dans les manuels scolaires de langue fran- çaise : le nom de l’auteur montera au fronton de dizaines d’écoles, notamment dans l’Algérie profon- de, symbole indécidable où il sera difficile de faire la part d’une reconnaissance posthume du maître d’école, de l’écrivain ou du martyr de l’ultime guerre de l’OAS. Alors même que l’hommage public aux écrivains Malek Haddad et Kateb Yacine a suscité, à Constantine, une farouche levée de boucliers de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) et des caciques du FLN, dans les années 1980-1990, et qu’à Béjaïa celui rendu à Marie- Louise Amrouche a été âprement discuté, Feraoun a échappé aux censures des vieux guerriers de l’ALN, chevillés à d’insondables querelles de mémoires. Contrairement à Malek Haddad, longtemps encarté au parti com- muniste, dont on ne peut ignorer, même s’il fut tardif, l’alignement sur les thèses du FLN qu’il repré- sentera dans de vagues missions culturelles dans les pays de l’Europe de l’Est, et à l’iconoclaste compagnon de route du PCA Kateb, Feraoun offrait tous les motifs d’une défiance politique et son adoubement national par les instances de l’ONM et du FLN reste inexplicable. Incarnant une «troisième voie», entre nationa- listes algériens et extrémistes français, alors même que la vio- lence de la guerre tranchait les positions des communautés de l’Algérie coloniale, Feraoun fait partie, en 1961, d’une délégation de notables algérois introduite par une porte dérobée de l’Élysée, auprès du général de Gaulle, pour une consultation sur l’avenir de la colonie. Les membres de cette délégation furent-ils aussitôt désavoués et condamnés à mort par le FLN ? Ce désaveu, l’un d’entre eux, le brillant historien Mahfoud Kaddache, le portera indéfiniment, comme un calvaire, dans l’Algérie indépendante : mar- ginalisé dans l’institution universi- taire, coupé de toute activité poli- tique, il ne recevra pas à son décès d’hommage officiel de l’État que méritait son immense œuvre d’historien. La fortune littéraire (et poli- tique) de Feraoun, longtemps élevé à la dimension d’«écrivain national», peut paraître paradoxa- le dans le pays nouveau qu’il a lui aussi souhaité et qui tournera résolument le dos à ses idées. Comme Camus et Jean Amrouche, Feraoun est mort d’une Algérie multiraciale qui s’éloignait, longtemps injuriée par le colonialisme, puis brisée par la guerre.

7- Une maturité littéraire tardive Longtemps, Feraoun a été cadenassé par la critique et l’his- toire littéraires dans une seule œuvre Fils du pauvre. Cette entre- prise – féroce — d’opacification du travail de l’écrivain ne sera jamais discernée comme caricatu- rale par ceux-là mêmes qui l’en- tretenaient. Lorsqu’on a cadré «l’écrivain scolaire», tout a été irrémédiablement dit, pensait-on. A-t-on alors érigé d’abusives hié- rarchisations dans ce qu’Henri Kréa désigna comme la «généra- tion de 1954» (1960), saluant la modernité de Kateb et de Dib, absolvant l’académisme de Mammeri et repoussant la tradi- tion «scolaire» de Feraoun ? Ceux

qui fabriquaient cette gnose injus- te et injustifiée méconnaissaient le roman de Feraoun et, plus simple- ment, son travail sur le roman. Si Kateb interroge plus qu’il n’écrit le roman dans Nedjma (Seuil, 1956), si après la trilogie Algérie (Seuil, 1952-1957) et Un Été africain (Seuil, 1959), la mutation de l’écri- ture du roman est toute radicale chez Dib, la rupture de ton, sans être révolutionnaire, est bien lisible dans l’œuvre de Feraoun dès La Terre et le sang (Seuil, 1953). Il est tout à fait inaccoutu- mé de noter que la première mou- ture du Fils du pauvre (Le Puy, Cahiers du Nouvel Humanisme, 1950), celle-là même qui sera consacrée par le Grand prix litté- raire de la Ville d’Alger, en 1951, était mal écrite, troublée par une langue extrêmement parasitaire. Le texte remanié, en 1954, contient près de cent cinquante rectifications de syntaxe, de mor- phologie et de style. Feraoun emmêlait volontiers la cohérence syntaxique de la phrase et se montrait peu vertueux sur le plan du style. L’étude génétique du texte feraounien, du Fils du pauvre (1950) aux quatre cha- pitres de L’Anniversaire (Seuil, 1972), roman inachevé, relève la remarquable fécondité de l’auteur et son sérieux dans l’engagement dans une écriture littéraire apurée. Entre ces deux textes, Feraoun passe de la position de raconter une histoire à celle de l’écrire. L’écrivain se transmue dans cet effort et la langue du roman gagne en épaisseur et en sensibilité. Cet effort n’a jamais été reconnu. C’est Sainte-Beuve (1804- 1869), parangon de l’ancienne cri- tique, qui posait – non sans raison — la question de la légitimité de l’écrivain, du moment et de l’œuvre par lesquels elle survient. Feraoun, arrivé à une maturité lit- téraire tardive, a certainement souffert de la consécration exces- sive du seul ouvrage qu’il a litté- rairement composé dans l’encre d’un rabouilleur, Fils du pauvre (1950-1954). Toutes les œuvres qui viendront après, qui lui sont supérieures par leur exceptionnel- le maîtrise, n’entameront pas ce malentendu dans la carrière de l’écrivain.

8- Une postérité feraounienne Deux remarques s’imposent dans la lecture de la postérité feraounienne :

1- Sur le plan politique. Observe-t-on souvent – comme l’établit une riche bibliographie (plus de cent articles de presse recensés sur ce thème depuis 1962) – la surenchère politicienne autour du personnage de Feraoun ? N’en a-t-on pas fait, manifeste- ment contre les convictions qu’il a défendues, un «nationaliste», un «révolutionnaire» ? Et même, en 2006, dans un dithyrambe enflammé d’un émi- nent universitaire d’Alger, un «fel- laga» ? Ni ses correspondances, ni son journal, ni ses contributions données aux journaux et aux revues, seules sources fiables pour l’historien sur ce qu’ont pu être ses choix politiques, ne l’éta- blissent. Feraoun fut un personna- ge officiel de la colonie jusqu’au début 1956. Après avoir quitté la politique municipale en Kabylie, il ne mettra pas son renom d’écri- vain le plus primé d’Algérie au service de l’Algérie française ou au service du FLN-ALN qui la combattait. L’exode massif des Français d’Algérie, commencé au lendemain de la signature des Accords d’Évian, achevait le rêve

d’une Algérie intercommunautaire qu’il avait nourri dans ses actions publiques et dans ses écrits. L’histoire – toujours imprévi- sible — des intellectuels et des artistes algériens dans la guerre d’indépendance devrait être écri- te. Les espérances de Feraoun n’étaient pas celles du FLN-ALN. Voilà, toutefois, bien des années que M me Khalida Toumi, ministre de la Culture, a inscrit dans le calendrier du gouvernement l’hommage solennel à l’auteur du Fils du pauvre. La confusion autour de ce qu’a été l’homme public et l’écrivain ne semble pas s’épuiser. 2- Sur le plan littéraire. A-t-on jamais autant publié, en Algérie, les textes de Feraoun qu’en ces années 2000-2010 ? Et surtout le lit-on, avec empressement, non plus dans la catégorie des pères qui l’ont connu dans leurs années d’école mais dans celle de la jeu- nesse ? Si Feraoun revient ces dernières années dans la recherche universitaire, il n’est pas certain, comme le confirment des travaux récents, qu’en soit renouvelée la critique. Que ce soit dans ces engagements politiques ou littéraires, Feraoun, l’éternel «fils du pauvre», semble condam- né à d’inaccessibles mises à jour. Tous ceux qui, hier et aujourd’hui encore, en 2012, ont entrepris, au gré d’imprudentes édulcorations de l’histoire, d’en ériger la statue sur les plaines encombrées de l’histoire nationale ont détourné cette inaltérable passion d’une cité «franco-arabe» née dans les rudes travées de la vieille dame de Bouzaréa et engloutie dans les fureurs de la guerre. Mouloud Feraoun était tout entier dans ce drame.

A. M.

Bibliographie Ageron Charles-Robert (1968), Les Algériens musulmans et la France, 1871-1919, Paris, PUF, vol. 1. Boulifa Amar Saïd (1925), Le Djurdjura à travers l’histoire, Alger, Bringau. Colonna Fanny (1975), Instituteurs algériens, 1883-1939, Alger, OPU. Gadant, Monique (1978), Mouloud Feraoun, un Algérien ambigu…, Peuples méditerranéens (Paris), n°4, juillet-septembre. Faci Saïd (1931), Mémoire d’un instituteur algérien d’origine indi- gène, Supplément de La Voix des Humbles, n°98, octobre. Feraoun Mouloud (1962), Journal, 1955-1962, Paris, Seuil, 1962.

- (1960), Le dernier message, Preuves [Paris], n°110, avril

(repris dans L’Anniversaire, Seuil,

1972).

- (1959), Images algériennes

d’Emmanuel Roblès, Simoun [Oran], décembre (repris dans

L’Anniversaire). Jouin Serge, Lesne Marcel, Rigaud Louis, Simon, Jacques

(2001), L’École en Algérie : 1830- 1962. De la régence aux Centre sociaux éducatifs, Paris, Publisud. Kréa Henri (1960), Préface au panorama de la nouvelle littératu-

re maghrébine, Présence africai- ne [Paris], octobre 1960. Maschino Maurice (1957). Ce cri- tique donne, en 1957, plusieurs articles dans Démocratie à propos des Chemins qui montent , notam- ment le 1 er avril, les 6 et 13 mai et le 8 juillet. Merdaci, Abdellali (2007), Un groupe d’acteurs culturels de l’entre-deux-guerres. Instituteurs algériens d’origine indigène, Constantine, Médersa.

Le Soir

d’Algérie

Enquête-Témoignages

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ENTRETIEN

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M me Djamila Hamouttou, écrivaine et conteuse, dans un entretien qu’elle a bien voulu nous accorder, nous explique comment inciter et apprendre à l’enfant à aimer la lecture.

Lire en page 12

C’EST MA VIE

HHoouuaarrii,, llee YYooggii rr vvee dd uunn mmoonnddee eenn ppaaiixx ssppiirriittuueellllee,, ddaannss uunn ccoorrppss ssaaiinn

Houari est un adepte de l’harmonie entre le corps, le mental et l’esprit. Une philosophie qu’il a trouvée dans la pratique quotidienne du yoga.

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VOYAGE CULINAIRE

LLee mm cchhoouuii llaa bbrraaiissee,, ppoouurr hhoonnoorreerr lleess iinnvviitt ss ddee mmaarrqquuee

Notre voyage nous mène cette fois au Sahara, Plus exactement au monde des Ksours à Naâma. Nous découvrirons le Méchoui ou lamçaware, comme aiment l’appeler les gens de cette région agropastorale. Il est souvent préparé en plein air, pour être offert aux invités de marque.

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«Nos enfants connaissent-ils la lecture plaisir ?»

En dehors du manuel scolaire, rares sont les enfants qui lisent pour le plaisir. Certes, à l’école, on apprend aux enfants à lire, mais leur inculque-t-on l’amour de la lecture ? Est-ce uniquement à l’école de cultiver ce goût de lire ? Les parents lisent-ils ? Autant de questions qui nous ont amenés à entrer «dans les foyers» pour savoir si le plaisir de la lecture existe chez les enfants.

Par Amel Bentolba

Selon plusieurs spécialistes de par le monde qui se sont penchés sur la notion de lecture plaisir chez l’enfant, beaucoup s’accordent à dire qu’il est important pour l’enfant d’avoir des livres et d’être en contact avec eux le plus souvent pos- sible. Un avis que partage Rolande Causse, une auteure de littérature de jeu- nesse, fondatrice de l'association La Scribure. Dans son livre L’enfant lecteur, elle dira que «ne pas avoir de livre, c’est ne pas pouvoir s’y attacher, s’en imprégner». Mais qu’en est-il réelle- ment dans notre société ? L’enfant lit-il des livres en dehors du manuel scolaire? Parvient-il à atteindre la lecture plaisir ? Pour cela nous avons donné d’abord la parole à des parents.

«La lecture je l’évite autant que je peux, c’est déjà pas mal ce que l’on nous oblige à lire à l’école, pas besoin d’en rajouter.»

Issam, journaliste, père de deux enfants «Mes enfants n'ont que 6 ans (des jumeaux). Ils sont en plein apprentissage de la lecture. Au stade actuel, ils lisent les lettres, des mots et de petites phrases en langue arabe. En langue française, ils connaissent quelques lettres de l'alpha- bet. Ils savent aussi lire et écrire leurs noms et prénoms. Je dois dire que je me suis attelé dès leurs quatre ans à les familiariser avec les lettres et les chiffres pour les préparer à la scolarisation. Il m'a également semblé plus qu'important de leur faire découvrir l'univers du livre. D'ailleurs, l'un des cadeaux qu'ils appré- cient le plus, c'est le livre d'histoires bien illustré, même si, pour le moment, c'est moi qui doit leur faire la lecture et l'expli- cation. Eux, ils essaient de suivre avec les images, et il leur arrive même d'avoir des interprétations surprenantes. Pour ma part, je dois admettre que je ne lis pas beaucoup depuis quelques années déjà. Si on excepte les journaux, le Saint Coran que je lis assez régulière- ment, mes autres lectures se limitent à pas plus de deux, voire trois livres par an. Je n'ai pas acheté de livres depuis plusieurs années. Mais je compte y remédier.»

Mahmoud, enseignant d’art dramatique à l’université «A vrai dire, c'est une question qui perturbe beaucoup de gens. Ahlem qui est en 2 e année primaire s'intéresse sur- tout aux histoires telles que les contes et quelques fois, elle parcourt les maga- zines que je ramène à la maison. Elle aime lire et elle me questionne souvent sur l'art dramatique. Ali, son jeune frère,

en dehors de ses devoirs, il joue mais quelques fois par jalousie, il lit des his- toires. Lui est plutôt fasciné par l'espace, les avions et les dinosaures mais il ne lit pas assez. Souvent aussi il regarde les dessins animés à la télé. Pour ma part, mes lectures se résument à des manuels sur le théâtre et la presse, surtout la page culturelle des magazines ; mais avec l’arri- vée d'Internet mes lectures ont diminué.»

Fatma, cadre dans une entreprise étatique, mère de quatre enfants

«Lire des livres ? Même si je le vou- lais je n’ai pas le temps. Avant, oui, étant plus jeune je lisais des romans d’Agatha Christie. Aujourd’hui, à part quelques journaux, ou bien des magazines pour femme, je ne lis pas vraiment pour le plai- sir de lire. Mes enfants c’est le rôle de l’école de les pousser à lire, mon rôle à moi c’est de leur acheter les livres demandés. Je vois mes aînés (12 ans, 9 ans et 7 ans), ils lisent des bandes dessi- nées et les histoires de Jouha mais pas vraiment de littérature pour jeunes enfants.»

Badredine, informaticien, père de deux enfants «Pour moi, la lecture est plus qu'un plaisir, c’est une nécessité. Je carbure à la lecture, je ne peux pas m'en passer,

Photos : DR
Photos : DR

avec grand plaisir.» Ce qui semble attirer l’enfant vers la lecture, c’est bien son pou- voir sur l’imaginaire, Qu’en pensent les concernés ?

Ali, 12 ans

A part les jeux vidéo, les salles de jeux,

rêver de jolies filles en écoutant Justin Biber, «la lecture je l’évite autant que je

peux, c’est déjà pas mal ce qu’on nous oblige à lire à l’école, pas besoin d’en rajouter, ça ne m’intéresse pas et mes parents s’en moquent aussi et ne m’ont jamais acheté de livre autre que le manuel scolaire. Mon plaisir à moi ce sont les jeux vidéo.»

Imad et Akram (11 et 13 ans)

Ce sont les bandes dessinées qui les inté- ressent. «Batman est indétrônable, Superman, Ben 10, mais aussi Jouha de temps à autre, il peut être marrant et éducatif», diront les deux jeunes lecteurs.

Salim, 11 ans

Lui ne s’intéresse qu’aux histoires sur les prophètes, «mon père m’en achète souvent et j’aime beaucoup les lire et après les raconter à mes camarades de classe».

sœurs qui chahutent.» Un enfant nous dira : «Lorsque je ne parviens pas à trouver du calme je m’assois sur les escaliers devant notre maison et je lis, car dans ma chambre mes jeunes frères ne me laissent pas lire tranquillement.» Et la bibliothèque

? Salim, Amira, Akram et tous ceux à qui nous avons parlé disent ne pas la fréquen- ter. Un libraire au niveau du quartier de Maraval à Oran, qui connaît une grande affluence des enfants, nous précisera qu’en première position les enfants vien- nent acheter les bandes dessinées, en seconde position, les histoires sur les pro- phètes, et pour les fillettes la bande dessi- née des Fatayates ajibates (filles fantas- tiques) ou encore Foula et pour les plus jeunes le coloriage. Et ce sont souvent les parents qui viennent les acheter. Pour les autres choix, les enfants ont un certain plaisir à venir eux-mêmes ache- ter leurs bandes dessinées et autres his- toires fantastiques. Notre interlocuteur nous expliquera que «le conte attire de moins en moins, laissant place aux héros tels que Superman, Speederman, Batman ou encore ce nouveau héros Ben 10, le jeu vidéo dont la bande dessinée est très pri-

«Dès leur jeune âge, j’ai exposé mes deux filles à la littérature pour enfants,, mais sans jamais les forcer».

sée par les enfants». De toute évidence, le manque d’aires de lecture fait défaut, un lieu qui peut procurer du calme et de la concentration afin que l’enfant puisse lire paisiblement. Aussi, l’école à elle seule ne peut en aucun cas donner à l’enfant l’envie

de lire par plaisir en dehors du manuel scolaire. Les parents ont également un rôle à jouer dans l’apprentissage de la lec- ture, de même que la multiplication des bibliothèques pour petits peuvent contri- buer à nourrir le goût de la lecture plaisir chez l’enfant et lui offrir un plus large choix de livres. Il est recommandé aussi et selon les spécialistes, que dès l’âge de la marche et les débuts du langage, de mettre le tout-petit en relation avec les livres pour en tirer plaisir et profit.

avec les livres pour en tirer plaisir et profit. ■ quand je sors de chez moi,

quand je sors de chez moi, il faut que j’ai un livre sous la main. Généralement, je lis deux livres à la fois, un roman et un recueil de poèmes. La lecture c’est une façon de voyager à zéro frais ! Mes auteurs préférés Dostoïevski, Gabriel Garcia Marquez, Steinbeck… Pour les poètes : Rimbaud, Verlaine, Baudelaire… Pour mes enfants, dès le jeune âge (vers 4 ans), je les ai exposés à la littérature pour enfants et ce, sans les forcer. Ainsi ma fille Amel, 12 ans, adore lire Alice au pays des merveilles, ainsi que d’autres contes connus. Mon autre fille Manel, 9 ans, s’intéresse à la poésie en arabe et en français. Souvent, lorsque je les vois regarder trop la télévision, je leur suggère de sortir acheter un livre pour chacune selon leur choix et elles prennent cela

Amira, 11 ans

Elle s’intéresse également aux his- toires sur les prophètes et l’islam, mais

elle est également une fane des histoires de Foula, «la Barbie voilée musulmane». «Au début, je suivais le dessin animé sur

la chaîne «Touyour el jenna» puis mon

père m’a acheté la jolie poupée Foula et lorsqu’il y a eu des livres sur les aventures de Foula que ma camarade a ramenés à l’école j’ai demandé à ma mère et elle me

les a achetés. J’adore les lire, et parfois aussi d’autres histoires de contes sur les princesses, ça me fait rêver. Peut- être qu’un jour je serai princesse ?» Où lisent ces enfants ? Tous donne- ront une seule réponse : «A la maison au milieu du brouhaha. Parmi les frères et

ATTITUDES

Par Naïma Yachir

naiyach@yahoo.fr

instant de son «petit manège». Tout à coup, et dans un branle-bas de combat, les femmes d’un seul bond, se lèvent, se bousculent, jouent des coudes et bouchent les portières du bus laissant leur compagnon de quelques instants seul. Stoïque, notre homme à la canne blanche se lève à son tour, ajuste son veston et va tout droit retrouver ses compagnes. Il est pris en sandwich entre celles-ci qui gesticulent, hurlent pour que le chauffeur ouvre les por- tières. Lui, le visage rubicond, les mains tremblantes, semble planer sur un nuage, loin de ce brouhaha. Il est heureux, là où il est. Soudain, un homme d’un certain âge s’avance vers lui, lui prend la main et,

croyant bien faire, l’extirpe de cette foule en

furie. L’homme à la canne blanche, comme pris par une folie furieuse, jette son venin sur son bon Samaritain.

- Mais qu’est-ce qui vous prend ? Je ne

vous ai rien demandé, laissez-moi tranquille !

- Mais vous êtes prioritaire, je vais vous

conduire à l’avant, loin de cette marrée humaine qui risque de vous écraser ! Excédé, et d’un geste brusque, il retire sa main de son bienfaiteur, quitte l’arrêt du bus et se dirige vers un autre, tenter sa chance ailleurs, laissant derrière lui des hommes et des femmes éberlués, sans voix, oubliant que le quidam à la canne blanche n’était pas au-dessus de tout soupçon.

AAuu--ddeessssuuss ddee ttoouutt ssoouuppççoonn

Le visage blanc, les yeux à peine entrou- verts, la main accrochée à sa canne blanche, le jeune homme, la trentaine bien entamée, se dirige vers l’arrêt de bus où des femmes pala- brent. Sans mot dire et le voyant avancer, ces dames, dans un élan de solidarité et de com- passion, se serrent, lui laissent une petite place sur le banc, et avec des yeux pitoyables se lamentent sur le sort de ce non-voyant. «Pauvre de lui, si jeune, si beau !» Lui, assis

confortablement, callé entre deux ravis- santes jeunes femmes, sourit, l’air heureux et pas du tout pressé que le bus arrive. Les femmes, quant à elles, impatientes de voir la grosse chenille, continuent à raconter leurs déboires oubliant leur indu occupant. Lui, prie Dieu qu’il n’y ait pas de bus afin qu’il puisse jouir de ces moments de plaisirs, son corps effleurant ceux de la gent féminine. Cette dernière, bien sûr, ne se doute pas un

Le Soir

d’Algérie

Lentretien de la semaine

Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE 12

s e m a i n e Vend. 16 - Sam. 17 mars 2012 - PAGE

S

oirmagazine
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AAffiinn ddaavvooiirr uunn aavviiss aavviisséé eett ssuurrttoouutt aauu ccœœuurr mmêêmmee dduu ssuujjeett qquuii nnoouuss iinnttéérreessssee eett qquueesstt llaa

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