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POURQUOIDESEXPOSITIONS?

Le projet d'une Exposition universelle,

sans de vives

en 1900, n'a pas été

peu partout,

utilitaire,

accueilli

protestations. avec des raisons fortes et justes,

l'influence morale, et

rieuse, il ne semble pas que les

en a faites, fussent

On. en a, un

contesté le résultat

l'opportunité politique. Après enquête sé-

critiques, parfois violentes, qu'on

et je ne vois pas trop ce que pour-

qui ne demande

se montre, en général, forUrritéc

enthousiasme point. Ils ont raison.

ne Justine cette exposition,

ni une

de nos

offrant un

exagérées;

rait y

qu'à être renseigné. La

contre ce

projet, Au point de vue technique,

découverte importante, ni une

industries;

intérêt national; ni un mouvement d'art

esthétiques épuisées; suite de

impossible de prendre

patriotes que

M.

répondre de triomphant un esprit impartial,

province et Paris ne

s'y

rien

dans les différentes spécialités

d'un

application scientifique nouvelle,

ni la solution

qui doive régénérer nos

social, a

Il m'eçf

problème être décrété le bonheur universel.

au sérieux

quoi puisse

cette raison invoquée par les st

l'Allemagne, laquelle,

se fût empressée d'ac-

à Paris,

dans'

c'est là une victoire sur

François Deloncle

ne l'eût devancée,

corder, à Berlin, ses violons

au lieu de venir,

au son des nôtres. J'ai

tifier rien d'autre

sitions universelles doivent revenir chez

comme les grandes

l'exception

phénomènes et marchands de

d'affirmer qu'ils ne sont pas l'élite du génie français,

la plupart, étrangers,

beau chercher,

je ne trouve pour la jus-'

que cette superstition populaire, que les expo-

tous

les dix ans.

nous, il faut le dire bien haut: à

montreurs de n'est pas excessii

gelées. D'ailleurs,

catégorie de citoyens,

plaisirs, dont

il

étant, pour

chose a pécher

d'une certaine

et qui ont toujours quelque

dans ces troubles tion aussi du

de dépression nerveuse et de<zr<? ~~M/<x/ox'?'c, sont des garanties

de

personne ne la désire.

eaux que sont les foules

humaines; à l'excep-

pour qui -ces épo~~

ou presque

personnel gouvernemental,

qu'elles-mêmes

durer, autant

durent, personne

Beaucoup, au contraire,

4.

la redoutent pan~

LES. EXPOSITIONS

UNIVERSELLES.

889

qui devraient

en être les plus ardens partisans

et qui, les

l'Etat,

ceux

unssrâce à leur situation semi-officielle de fournisseurs de

les autres par

rente, sont

qu'ils

te sentiment très net, acquis par des expériences universelles sont un

les expositions

un grand

leur émulation de prouver une existence concur-

obliges d'y prendre une part efïecMve,

aujourd'hui,

ou se croient

savent à l'avance onéreuse et vaine. Tous ont,

très dures, que

grand leurre, pour ne pas dire

mensonge que l'activité des échanges commerciaux

les

qu'elles

s'y

arrête plus qu'elle ne s'y développe; que

des sciences sociologiques et de l'art ne se trouvent,

manière, liés aux retours périodiques

dont le résultat reste

tudes et, par un renchérissement odieux de tous les

sommation

déjà si difficile à porter des petits ménages parisiens. Et puis, il y a

légitime terreur, cache en lui de

des

le siècle

menaçant

progrès de l'industrie,

en aucune

de ces incohérentes foires

profondément

nos habi-

objets de con-

plus

lourde l'existence

bouleversent

nécessaires à la vie, rendent

esprits

sentimentaux qui voient, non sans une

par tout ce qu'il

prochain, si inquiétant

et mystérieux avenir, commencer sur une bacchanale.

universelles sont,

En résumé, les expositions

pour tout le un

monde, et sans profit, pour la masse qui travaille et qui paie,

surcroît

En accumulant spectacles, qui

d'impôts inutiles, par conséquent, une faute économique.

les exhibitions

grossières

et les frénétiques

de

l'homme,

ne s'adressent qu'aux

dignité urbaine

bas instincts

en étalant devant les peuples,

le décor souvent illusoire de nos richesses

attisent

l'exemple

l'envie et

un véritable

que nous

perpétuent

n'en est pas si lointain

enHn, elles sont une laideur.

à la fois, surtout

si l'on songe qu'elles

ne

elles avilissent la

prompts à la jalousie, provocatrices, elles

danger national, ayons pu l'oublier; C'est

nous apportent rien, en échange de ce qu'elles nous prennent.

beaucoup,

1

Avez-vous vit arriver,

dans une ville, vers le soir, un cirque

américain? C'est un

~ncédo,

~res qui transportent

'Cessent,7 1<~

~dent, l'estrade se

spectacle curieux. L'emplacement

prairie, en quelques

de velours, si les habitans

peine arrivé dans la

valsent

choisi et

minutes, les voi-

se

se

parade ont eu le

ville que, déjà,

champ

de foire ou

le matériel se vident; les échafaudages

les toiles

et la

charpentes montent et s'engaînent,

pare de draperies

A

commence au son des cuivres.

temps d'apprendre sur la piste prête,

qu'un cirque est

les chevaux caparaçonnés

et galopent,

Tuyères en ballon de gaze pailleté

crèvent des cerceaux, et

~clowns, en toupet de niasse, balafrés derougo, se promènent-

S90

REVUE DES DEUX MONDES.

sur la tête, en gloussant

terminée, le cirque

toiles repliées,

les

clowns, leurs places lendemain,

les

un faux anglais. Puis, la .représentation

par enchantement

s'effondre comme

il ne reste plus

échafaudages, les charpentes, les chevaux, h;s

et les chiens

savans reprennent

écuyères, les éléphans

numérotées dans

dès l'aube,

disparait. Le qui a été un

de foule, des galopades et des ba-

les voitures, et tout

rien de ce

spectacle bruyant, une poussée

tailles historiques.

où s'est passée

peu plus

l'espace

On ne reconnaît

plus même

l'emplacement prairie est un

cette folie d'une heure. L'herbe de la

foulée, voila tout. Et la vie de la petite cité où

s'édifia,

d'un rire, et s'évanouit, l'espace d'une cigarette, un bâti-

ment

tâches favorites.

énorme et compliqué, reprend'son cours régulier, vers les

Il serait à désirer que les expositions

universelles, puisqu'il

faut les subir, empruntassent

cirques américains.

Nous ne

pourrions elles ne laissent au moins,

de politesse aux

pouvons pas exiger qu'elles mettent

à

disparaître, mais

ces habitudes

une pareille promptitude souhaiter

nous

de

souvenir durable et fâcheux. ainsi, et la coutume est qu'elles

pérennités mémoratives, le mauvais rêve

à s'organiser, puis

que, la fête finie et l'orgie

s'acharnent à

éteinte,

leur passage parmi nous, aucun

Malheureusement, il n'en va pas

prolonger, par

d~

douloureuses et des architectures hideusement coni-

qu'elles

ont été.

exposition,

des archi-

ans avant la date fixée pour l'ouverture d'une

Cinq

Paris est livré à la manie destructive et bouleversante

de terrassiers

équipes et les transforment en .fondrières.

tectes. Les

prennent possession des rues On abat les arbres

avec rage,

on éventre les nades. La ville

la cognée. Il y a des quartiers

squares avec fureur, on saccage jardins

saigne et pleure sous les coups

de la

bloquées

et pro!)"

et de

fermés à toute espèce de circula-

pioche

tion

par les matériaux entassés arbitrairement,

mise, en quelque

sans raison,

ces temps lamentables,

royaume. Peu à peu, des décombres, des rues rasées, desjardn'~

déboisés, on voit surgir,

toute une architecture, barbare et folle, moitié

des barricades, des maisons

sorte, aux rigueurs

et de par la seule

par la bouc et p:n'

sou-

population d'un état de siège, souveut

car. en

est son

toute une

autorité de l'architecte,

est roi, et le

gâchis

plâtre,

des

l'architecte

l'une après l'autre,

des

campaniles',

choses,

d'étranges moitié car-

portiques des en terrasses, ou

ton, des dômes, des tours,

colonnades, des

des châteaux crénelés,

tous les ordres se heurtent,

mélange d'époques

ment de. fausse

temples, des hypogées, des palais

des

jusqu'à

hangars et des granges, ailrcux

styles se confondent,

amcnccllc" de fer im~

disparates,

tous les

ennemies, de matières

pierre, de faux marbre, de faux or,

LES EXPOSITIONS

UNIVERSELLES.

891

de simili-~ï~ce.

de l'Acropole servent de

d'un Alcazar en papier peint pour

rosé. Et le gothique

les paillotes papoues y

L'assyrien y

s'y

coudoie le rococo; les

Propylées

on sort

vestibule à des chalets suisses

marie au chinois,

entrer dans un Trianon de sucre

les huttes

canaques, fraternisent avec les arcatures romanes et

très pari-

dégusta-

les frises

panoramas siens dans des palais kmers, des musées d'anatomie, des

tions de vins, dans des cabanes lacustres; et du balcon des mina-

rets,

bourgeois ravis qu'il est l'heure de danser du ventre,

mosquées Tous ces monumens

des décors et des accessoires de

ont été soufflées

quand

baroques devraient disparaître comme

de la Renaissance. On instaure des

le soir, des muezzins,

saintes.

parfaitement grimés, annoncent aux

dans les

théâtre, après que

du règlement

les chandelles et

comptes,

à

des

nettoyé à lui-même,

le sentiment inter-

Quel malheur

tiennent à

mais à l'heure

échoit le moment de rendre Paris

sa circulation normale, à son labeur habituel,

vient, qui plaide

de détruire d'aussi admirables ouvrages Ne serait-ce pas un acte

impie, une coupable imprévoyance?

la fois du liitllet du

palais babylonien, deParis. Il serait beau

qu'ils sont pour

une école féconde en eiiseigncmens de toute sorte. Ils lui

des

civilisations, les

de l'humanité vers le

nent, par l'image,

en faveur de leur conservation.

sacré et de la ont

le

Ces édifices

qui de chemin de fer, du music-

la richesse

compter

temple

gare étc la joie, l'orgueil,

qu'ils continuassent à l'orner Sans

peuple un moyen de permanente instruction,

sans cesse

appren-

à ses yeux, l'histoire

présente

la marche toujours ascendante

depuis l'homme des cavernes,

luttes sociales,

progrès,

lequel, dans les grottes de

faits des

luj les résument tous en leur

quelqu'un pour démontrer que la plupart

tiennent le

derne, architecture SK'cIe, et qui n'est

pas

l'Ariègc, de l'Aveyron, ignorait les bien- doctes

ingénieurs,

toujours

il y a

expositions universelles, jusqu'aux

personne. Et puis,

de ces monumcas con-

germe, sinon la réalisation d'une architecture mo-

le commencement du

qu'on attend depuis

venue encore, on ne

sait pourquoi, car,

'~explicable ironie les reccnsemens comptent, en ce siècle où ill

Y pas d'architecture, mille fois plus

d'architectes

qu(~ D'ailleurs, la ville

nouveaux

dans les

qui, à la

et l'État

coques où il y en avait de glorieuses.

~ont-ils

'~ut6 du

possible? Ils ne savent

les expositions de tableaux, les animaux

~s devins de M. Jousset de Bellême et le musée des Arts déco-

~t'is, ~c

pas toujours besoin de monumens

décor,

unissent l'utilité d'une affectation édilitairo

plus

loger les concours hippiques

gras

et les

chrysanthèmes,

et

L'occasion est

Il faut en

les

bicyclettes et les meubles historiques.

pour s'agrandir

et se parer

bonne

à nouveau.

892

REVUE DES' DEUX MONDES.

profiter, car si le pays

sitions universelles,

parfaitement

venait,

un beau jour, à se lasser des

expo-

où donc trouverait-on

des monumens si

conformes au goût de notre admirable démocratie?v

apr~

dignité, repos, ne nous laissaient

et l'hébétude

particuliers aux lendemains

autre chose elles

Elles nous bussent

pour les raisons que je viens ()u

valables, qu'il serait

il est

impossible de les garder les plus indiscutablement

qui

accaparèrent sur tes et nos

plus élevantes uniquement

rappeler

l'inquati-

J'écrivais plus haut que les expositions universelles,

que l'amer dégoût

nous avoir tout pris, argent,

rien

de fêtes.

nous laissent

dire, et pour d'autres encore, pareillement

oiseux d'énumérer.

toutes, on choisit

laides, les ptus encombrantes,

Je me trompais.

ces

monumcns,

Mais comme

ces bâtisses

celles

parmi

hauteurs, dans nos

promenades,

pour y que chaque exposition

tinble Palais de l'Industrie, de l'afHigeant Trocadéro, de l'iuconi-

prébensible

embran-

et ect~

suite de mornes

que sont le palais dos

parcs les plus fréquentes

une situation

merveilleuse et faite

dresser des chefs-d'œuvre. Est-il nécessaire de

nous dota successivement de

et stupélhmtetour

Eiffel, de ces garages inacces~ib!~

Champ-de-Mars.

Bcaux-Aris, au

constructions qui l'accompagnent et s'y

qui

désole toute cette par où s'ouvre la

chent le Pa!:ns do l'Industrie;,

au milieu desquels il apparaît,

un

ce clair et vivifiant

des Champs-Elysées, escaliers en

scandalise les arbres, les fieur~. dans la grâce d'un bceuf fuut;u)t

ambiante, ~ut

parterre

de rosés, qui

gaîté triomphale nvcm" l' av~ s~

espace,

unique au monde;

faux

le Trocadéro,

reliefs de toile de fond,

trompe-l'o'il, protils secs de portans

de théâtre, l'inconsistance de ses tours. <?t

de b'

de quelqm

J'en laisse'

t

plus s'avance sur Paris. le con[;nn""

le Palais del I"-

<~

proposa

quoi )'

J¡.,

ses deux ailes qui évoquent l'idée d'un établissement

mal

chose

une invasion

et le

famé' la tour Eiffel, inexplicable échafaudage

qu'on ignore et qu'on ne verra jaunis.

qui

de

pins en

au cœur même de sa beauté.

ronge Je sais bien qu'on nous promet de démolir

qu'est-ce que

ce

pauvre

dustric. Mais

substituer quelque chose de plus informe encore? Et par

rcmplaccra-t-on,

~-an~c L désaffectée, avait au moins ce mérite ou cette excuse c)"~

cela nous fait si l'on se

bazar

qui, malgré son apparent

T

nous fussions habitués à sa laideur? Le plan de M. Piem'd.

je ne veux pas discuter ici, est là

Palais de l'Industrie,

pour nous l'e dire. l! dém"

deux unh'

mais il en reconstruit

place. Le long de cette avenue des

pour point sur le

ment choisie

si ot'

Champs-Elysées,

de

départ de la

néfaste activité (h-

chitectes,

qui font partie intégrante de notre incomparable promenaJ'

quai

de la Conférence, sur le Cour5-Ia-b'

LES EXPOSITIONS

UNIVERSELLES.

893

accumule les palais; grandiose, le gracieux

f'r~position–

il borde de palais la Seine. écrit un

lyrique député,

« A côté du zélateur de

bordés, pendant toute la en audacieux encorbel-

à

avec les quais de la Seine

constructions

traversée, par de légères Icmens sur le fleuve.

imaginer que soirées d'été,

ceUctuent de millions de lumières se reflétant

partout

il marque des embel.lissemens

tend rit le poétique

bouche de certaines gens, nous n'ignorons d'cmbcHIssemens signifie.

Quoi de plus gai et de plus délicieux

de la foule

je me plais a citer.

~900 sera un

cette promenade du

avec l'animation

député que

point,

bord de l'eau, par les tièdes

Et dans la

cosmopolite et l'étin- dans l'eau? » Bref,

analogues à ceux où s'at-

pas ce que ce mot

sur 4889. Les

le double de ce

Car, n'en doutons

progrès

cent millions

ou'avait coûté la

quente

que, l'on demande, c'est-à-dire

précédente exposition,

le

nous en sont une élo-

affirmation. On empilera

gracieux sur le grandiose,

on

l'encorbellement sur le lacustre,

fera

Eiffel

le formidable sur l'énorme;

une Galerie des machines

haute.

pivoter

plus Et Paris sera déshonore

vaste, sur une tour

un peu plus,

sera

la seule

pitié, qui

formes,

et des nobles

plus dévoré un peu rmi caractérise

ne connaît plus le langage des belles lignes

et

Tous les dix ans, Pnris voit son unité

et se rompre à son

passé,

éphémère, d'une cité provisoire, sent et ne reviennent plus; et

ôtrc, où les prodigieux

la

de

Louvre, devront disparaître,

toujours plus profonde,

sur notre sol

versel le:

plus par cette architecture d'exposition,

ce siècle sans à) ne, sans pudeur

et sans

reste sourd à l'immense

son harmonie.

histoire,

poésie qui chante dans la pierre.

se

désagréger davantage,

qui

Cela qui ment à son

de son art

à son

génie, d'une ville

hordes qui pas-

lui donne, peu à peu, l'aspect

bâtie

le temps

pour

n'est

des

chefs-d'œuvre

pas éloigné, peut-

qui

attestèrent

idéal

puissance de

la race et ses ûers élans vers un constant

foi, de beauté et d'amour, Notre-Dame,

la Sainte-Chapelle, le

sous la poussée toujours plus forte,

un jour,

uni-

des barbares qui implanteront,

définitivement

asservi, le règne de la laideur

Ust-cc donc cela, que nous voulons? Est-ce donc

à des aventuriers

sang', notre or?

cela

pour qui les gas-

que nous donnons, chaque jour,

J'ifjent, nos énergies, notre

II

Autrefois,

les expositions

plutôt

universelles

avaient

presque une

raison d'être ou,

ou des motifs politiques qui déterminèrent

une sorte d'excuse, dans le choix des dates

leur organisation;

894

REVUE DES DEUX MONDES.

dates discutables d'ailleurs, motifs

Je ne puis nier que celle de 1878, par exemple, n'ait été vraiment

populaire

politiques fâcheux, parfois.

et

ingénieusement opportune.

1870,

la tourmente de

la France avait à cœur de prouver

encore, qu'elle avait relève

solen-

Après

au monde qu'elle était bien vivante

ses ruines,

reconstitué ses forces. Le jour de l'ouverture

nelle, il y eut dans Paris

table explosion

sages de l'immense foule qui

une joie d'orgueil retrouvé,

sans

un enthousiasme

spontané, On ne

voyait les rues que

une véri- sur les vi-

de la

joie,

du sentiment national.

emplissait

une joie exaltée sans délire, puissante

dans tous les regards, comme

provocation. L'espoir brillait

pavoisées

à toutes les fenêtres

La minute que dura ce drame d'un

se voit revivre,

croyait

une beauté. Et pourtant,

claquaient les drapeaux réhabilités.

peuple

vaincu

qui, soudain,

qui, soudain, sent recouler en ses veines, qu'on

fut

pensée généreuse qui 187~ échoua, et dégénéra

l'avait in- en mauvaise

perverses, et l'on retient

qu'une exposition, négli-

de « ribotcs

les variétés

», par la foule. Aussi la foule, vite dé-

partit.

plus complexes à cet échec, causes qui

taries, le sang chaud de sa race; oui, cette minute-là

en dépit

de

les attractions

de la

spirée, l'Exposition

affaire. C'est qu'elle avait voulu n'être

geant

quoi l'on capte

grisée de cette pa&sagère

de foule,

nait rien, s'ennuya

Ivresse, retournant à ses vrais instincts

regarda un instant ce spectacle auquel elle ne compre- et

Il y eut des causes

se

changement nations entre elles.

dans le

sont singulioiremcnt aggravées depuis.

des conditions

Il faut les chercher

les rapports des

Jadis, la France était le plus grand marché du inonde, le pays

Elle avait sur

qui règlent

oh>-J~ autres peuples venaient

l'Allemagne, sur l'Italie, sur les autres Etats, une prépondérance

industrielle

terre. Elle les dominait par sa fécondité

la qualité de ses productions,

lage. Le temps de cette hégémonie économique est passé. Chaque

peuple

soi-même, de son sol, approprier

tion intérieure, mais à sa pénétration

limitent, les

s'approvisionner.

reconnue et vivace qu'elle partageait avec l'Angle-

inventive,

la beauté et

la puissance créatrice de son outil-

s'y soustraire,

et à la

Il veut vivre de

remplacer. non seulement à son améliora-

hors des frontières

qui le

longtemps sommeillantes et (lui

force, qu'elles

sur nos marches.

tend à

énergies de sa race,

se réveillent avec d'autant plus de

comprimées. L'Allemagne

au contraire,

furent davantage

ne vient plus rien chercher chez nous;

c'est elle qui écoule ses produits

L'Italie, et jusqu'à la Suisse, nous battront

bientôt sur le terrain

de l'industrie métallurgique. La Russie, anciennement tributaire

LES EXPOSITIONS

UNIVERSELLES.

895

se couvre d'usines, elle

tout ce qui est néces- bientôt à dé-

prête

Je l'Europe,

saire aux

oor~er sur le monde, avec le trop-plein de ses greniers, le surcroît

fabrique

besoins de son existence nationale,

de son activité industrielle. Il n'est

ingénieux et mathématique Japon, qui ne s'annonce comme une rivalité redoutable, et ne menace de nous débusquer à bref délai de

nos débouchés de l'Extrême-Orient,

que, par une loi

pas jusqu'au Japon, au tenace,

en attendant

fatale d'évolution, il envahisse nos marchés continentaux.

Ce qui est vrai, c'est que l'étranger

vient chez nous, non plus

Il demande

à Paris

de

pour

n'être

ses

affaires, mais pour ses plaisirs.

lui,

des

qu'une joie Il se

volupté.

yeux, un délice du ventre, promène, regarde, compare,

plus, ou, du moins, et c'est

plus, pour

un assouvissement de.

prend

il achète

tout. Les énormes

que il les possède chez lui, aussi bien ouvrés que les

nôtres. Dans certaines industries considérables, comme celles des

papiers peints,

et invente, alors que nous nous obstinons à copier

vieilles formes, à restituer les vieux dessins.

rien à apprendre

tout à

ces,

à Paris tous les

objets

des notes quelquefois,

peu

quelques

mais il n'acheté

robes encore,

quelques chapeaux,

machines, les outillages compliqués, tous les

et de haut luxe

nous

nécessaires à sa vie commerciale

iui fournissions,

des étoffes ornementales, des meubles, il cherche

servilement les

L'étranger n'a plus

en revanche

il a

des finan-

de l'Europe,

de

nos rivaux, et

tous

de nous, dans nos

expositions,

et je suis de l'avis d'un ancien ministre

il dit

« Convoquer de France,

temps

français dans des con-

nous-

y gagner,

M. Allain-Targé, quand

dix ans, non seulement

i'Asie et de l'Amérique,

ouvrir à ceux-ci, à

ditions de

moncs des

de l'exotique

nos cliens

mais en même

Paris même, le marché

faveur pour eux exceptionnelles; leur préparer

magasins,

des

étalages

et de la nouveauté,

ou ils

avec l'attrait

pourront, rassembler leurs échantillons

t''s mieux

prix,

choisis, user de nos journaux, de l'éclat de notre hospi- à leurs hôtes la concurrence des réductions

en un mot, pour dé- m'a tou-

talité, pour proposer

'te

de la réclame et du bon marché;

» Et

veux livrer à la méditation

tourner nos acheteurs ordinaires, c'est

jours paru parfaitement

absurde.

une opération qui parfaitement dangereuse des

organisateurs quand

le seul succès de

aussi, car je

même le fait que voici. En 18G7, le plus grand,

cette exposition fut, on se le rappelle, la galerie des objets

pés, qu'on dénomme articles-Paris.

trie, très prospère, constituait

A

cette époque,

pour la capitale

richesse. La foule stationna longtemps dans

fabriquer

estam-

cette indus-

une véritable

cette galerie, et prit

laiton, qui

plaisir à voir

ces riens de fer-blanc,

encombrent les petites boutiques au jour de l'an, et que vendent

sous ses yeux ces menus objets populaires,

de bois colorié, de cuir et de

896

REVUE DES DEUX MONDES.

sur nos boulevards ment. Ils n'étaient

les camelots. En 1878, on les chercha vaine-

là. Ils avaient

la frontière

passé

de

l'I~st,

d'une exposition à une autre, l'Alle-

provinces, mais toute

pauvres gens.

plus eux aussi. Dans l'intervalle

magne

nous avait pris non seulement deux

ne sont-elles

une industrie

Alors n'est-on pas en droit de se

Si, d'une part,

industrie,

litent à l'industrie étrangère,

qui faisait vivre, jadis une foule de

les

expositions

poser cette double question? `?

profitent pas

à notre

part, elles pro-

universelles ne

pas inutiles?. Si, d'autre

ne sont-elles

pas coupables?

Au point de vue

complète

industriel,

je conclus surtout

dans le' sens de

leur

base sérieuse, le là « que pour la

respectabilité », suivant l'expression d'un ingénieur anglais, très

gros morceau de résistance, si j'ose

non seulement à

inutilité. La grande industrie

y concourir,

mais

appelée à y concourir,

à en être la dire, ne vient

compétent, sir Henry Trucmau Wood, qui,

la section

pas avoir une très haute idée des expositions

utilité

pratique, de l'industrie

n'est au fond que pour essayer

chines, le bruit de l'orgie qui

bien que directeur de

expose, ne semble universelles, de leur

britannique, partout où l'Angleterre

de gigantesques

et de leur moralité. Si l'on construit en l'honneur

galeries et de ruineux

de

hurle au dehors.

palais,

ce

couvrir, par le bruit de ses ma-

En réalité, elle ne

de paravent. L'amuse-

joue là que le rôle décent, mais inférieur,

ment, sous ses multiples excitations, le spectacle, sous ses formes

les plus

tale ou hardiment

osées, la mise en scène de l'anecdote bêtement sentimen-

obscène,

qui rapporte. ni avec les

telle est la

grande affaire, la seule

le

public

Il passe

On ne prend pas de ces machines.

produits

et ne s'y arrête pas. Même le spécia-

le curieux intelligent, avide de savoir

une exposition industrielle devrait

de

prendre

qui

en marcha

attire et la seule

qui avec des machines,

devant elles, indifférent, liste, l'homme de métier,

et de comprendre,

être un vaste champ d'études, a bien vite fait de s'en désintéresser.

Et dans l'impossibilité

pour qui

où il est de se reconnaître,

conscience de soi-même, au milieu de tous les mécanismes

les mille et mille

sollicitent, à la fois, son observation,

tournent à vide, tissent des fumées et laminent le néant, assourdi

par le vacarme, découragé par

qui

la fête, comme les autres, avec les autres.

expositions

ser, » écrit, le

personne, pour

sait à quel piteux échec vont désormais

contenteraient d'être

succès.

objets il s'en va et se mêle a « On ne vient plus an~

pour se procurer des vivres, on y vient pour s'amu-

17

juin

1895, M. Edouard Lockroy qui, mieux q~'

organisé une qui

fut un

bruyant

les expositions

qui se

et

instructives et honnêtes,

en avoir

des expositions

plaisirs,

des vomitoires de débauche. J~

« La foire s'est

non des rendez-vous de

il ajoutait en manière d'équivoque avertissement

LES EXPOSITIONS

UNIVERSELLES.

897

changée en fête. Si la fête n'est

ganisateurs; ils perdent leur temps

pas belle, tant pis pour

et nous font perdre

les or-

notre

à l'im-

argent. » Aveu

portance Je m'entretenais

sidérables métallurgistes de France, et voici ce

qui emprunte une exceptionnelle gravité

qui le laissa échapper.

officielle de celui

un jour de ces choses avec un des plus con-

qu'il

me déclara

Chaque exposition me coûte en moyenne ciR~qcent mille

je n'y fais pas

qui

une affaire nouvelle,

la

précèdent

et les six

dans le mou-

comme vous

voulant

francs, et non seulement

mais encore, durant les deux années

mois qui la

vement

allez voir. Je suppose

des affaires courantes.

suivent, je constate un ralentissement

Et c'est très

simple, un client à moi, un industriel

juge insuffisant,

agrandir son outillage qu'il

parce qu'il est démodé.

allons avoir dans deux ans une exposition, je n'y ai

mais enfin, sait-on ce

les sections anglaise, italienne

ou le renouveler

« Nous

pas confiance,

peut-être dans

Eh bien, voici ce qu'il se dit

Il y

aura

qui peut arriver?

merveil-

à bon compte. Je vais donc marcher

ou suisse des modèles

leux et que je me procurerai jusque-là comme je pourrai.

je brouille et ne se décide

me déciderai

sur

Et puis, je verrai,

je comparerai,

s'em-

do

professionnel le

place.

pas. machines, dans ce tohu-bohu

» II voit, en effet, compare, Et comment se décider à l'achat

où le

pareilles

plus avisé perd la tôte?Mon client rentre chez lui, hésitant encore,

furieux d'avoir

perdu son temps,

et ce n'est

que six mois après que, sans l'exposi- perte pour lui, et

qu'il tion, il eût traitée

perte pour

se résout à traiter avec moi une affaire

trois ans

plus

tôt. Donc

moi. Telle est la vérité. Pensez en outre que je n'at-

ce soit au bon qu'elle m'ho- ayant toutes

tends pas d'une exposition qu'elle ajoute quoi que

connue du monde

renom de ma maison,

nore par des récompenses dont je n'ai pas besoin, les depuis longtemps.

entier, ni

Alors,

Mais je suis fournisseur de l'État.

pourquoi exposez-vous? demandai-je.

Et

plus

bref, je joue

qui

où!

l'Etat m'y oblige, lui suis un

que je

parce que je sers d'excuse à son exposition,

</<?c<9/m, rien de

colonels dans les maisons de jeux.

nous entendre. En reconnaissance

le rôle ingrat des vieux

pourtant par me suis

Nous finissons

des sacrifices

que je

imposés, l'État m'assure une commande de choses d'ailleurs par-

faitement inutiles, et

vont dormir dans ses arsenaux, dans ses Tous les industriels n'ont pas cette

beaucoup, qui,

forcée

exhibe le même matériel

Elle a dans ses

greniers, le diable sait

ressource, mais ils en ont d'autres. Je connais une maison excel-

d'exposer pour

lente, et que j'apprécie

prouver

existe à côté de nous,

qu'elle

depuis 1867 sans que personne

s'en soit aperçu.

TOME CXXXII.

1895.

~7

898

REVUE DES DEUX MONDES.

vitrines une série de cadres où, sur des fonds

fixées de menues pièces de mécanique,

bien, les pièces ne changent jamais;

rajeuni, chaque

troisième fois elles auront des médailles d'or.

de velours noir, sont

fort jolies du reste. Eh

il n'y a que le cadre qui est

les voir en 1900.

fois.

Vous

Pour )<L

pourrez

Et il conclut ainsi

Tout cela, c'est de la folie. tout cela, c'est du mensonge' donc nous délivrera une bonne fois des expositions

partout que

ce cri de lassitude,

chez les

grands.

ils

quand

Ah

Je n'ai entendu tits comme chez les

ment consolés,

un des plus

« Il faut obtenir d'eux une participation aussi considérable que

possible et qui to~t d'abord se traduira,

Aussi doit-on les traiter comme des col-

laborateurs

d'une exposition

qui

pe-

Et les industriels seront médiocre-

auront lu ce qu'écrit, pour les rassurer,

de

l'Exposition de 1900

pour eux, par d'impor-

dont le budget

enthousiastes défenseurs

tans frais d'installation.

et non comme des mines à exploiter

dont on ne

qu'ils puissent

et d'ouvrir cette nécessaire

d'un trop chaleureux

doit tirer le meilleur parti possible, ce sont des

peut exiger trop

de

avoir la

désintéressement,

perspective

de

collaborateurs

et il est indispensable

quelques avantages Matheureusement, il

avances. »

indispensables

paroles

seul mot

commerciaux devant les rémunérer de leurs

néglige

d'énumérer les avantages

Et ces

en ce

perspective. ami se résument

rassurantes

payer, encore payer, toujours payer.

III

Ce n'est pas

d'aujourd'hui

Il

que le mal causé

que

fut

par les exposi-

tions est signalé.

noncée, avec

solue inanité de leur

ainsi faits

écoutons

y a longtemps

dé-

l'ab-

mais nous sommes nous ne les

publiquement

l'insu~isance de leurs résultats économiques,

signification industrielle;

les

les avertissemcns

plus précieux

que

jamais. Nous fermons nos oreilles a toutes les

à ce fou

paroles

qui ne sont pas des paroles de vanité et de flatterie, et nous nous

seulement ou nous

l'on

réveille en criant

maison brûle? » et qui

qui dormir encore. » Dans une brochure sation d'où est sorti le

grande manifestation nationale de 1900 )),

caractéristiques qui prouvent que les averMssemens ne nous ont

apercevons qu'un gouffre s'est ouvert le jour sommes tombés au fond. Nous ressemblons

'C'est 1'aube

que pas que ht

Laissez-moi

« Au feu! au feu! Tu n~ vois donc

le soleil qui se lève.

éditée par la

premier

Ligue

répond « Mais non! vous vous trompez.