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GUIDE

des technologies de l’imagerie


médicale et de la radiothérapie
Quand la théorie éclaire la
pratique
Chez le même éditeur

Des mêmes auteurs


Atlas d'anatomie générale et radiologique, J.-P. Dillenseger, 2011, 1re édition, 304 pages.
Guide des techniques de soins en imagerie médicale, E. Moerschel, 2012, 1re édition, 128 pages.

Autres ouvrages
Lecture radiologique aux urgences : l'indispensable, P. Raby, 2016, 2e édition, 380 pages.
Imagerie de la colonne vertébrale et de la moelle épinière, F. Lecouvet, G. Consard, J.-L. Dietemann, 2016,
3e édition, 352 pages.
Traité d'imagerie vasculaire, F. Joffre, 2015, 1re édition, 648 pages.
Echo-Doppler vasculaire et viscéral, M.-F. Bellin, P. Legman, 2015, 1re édition, 400 pages.
Radioprotection en milieu médical, Y.-S. Cordoliani, 2014, 3e édition, 248 pages.
Echographie en urgence pour le radiologue, M. Bléry, 2014, 1re édition, 160 pages.
Imagerie musculosquelettique : pathologies générales, A. Cotten, 2013, 2e édition, 1064 pages.
Guide des positions et incidences en radiologie ostéoarticulaire, M. Sobczyk, 2013, 1re édition, 360 pages.
Comprendre l'IRM, B. Kastler, D. Vetter, 7e édition, 2011, 408 pages.
GUIDE
des technologies
de l’imagerie médicale
et de la radiothérapie
Quand la théorie éclaire
la pratique
Jean-Philippe Dillenseger
Elisabeth Moerschel
Claudine Zorn

Illustrations : Jean-Philippe Dillenseger


Préface à la 2e édition
Jean-Louis Dietemann
2e édition
Ce logo a pour objet d’alerter le lecteur sur la menace que représente pour l’avenir de l’écrit, tout
DANGER particulièrement dans le domaine universitaire, le développement massif du « photo-copillage ».
Cette pratique qui s’est généralisée, notamment dans les établissements d’enseignement, provoque
une baisse brutale des achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs de créer des
œuvres nouvelles et de les faire éditer correctement est aujourd’hui menacée.
Nous rappelons donc que la reproduction et la vente sans autorisation, ainsi que le recel, sont pas-
LE sibles de poursuites. Les demandes d’autorisation de photocopier doivent être adressées à l’éditeur
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ISBN : 978-2-294-75201-8
E-ISBN : 978-2-294-75258-2

Elsevier Masson SAS, 62, rue Camille-Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux cedex


www.elsevier-masson.fr
Auteurs et collaborateurs
Auteurs Adrien Niemeskern – Professeur de l’Éducation nationale
Jean-Philippe Dillenseger – Professeur de l’Éducation (physique) – Lycée Jean Rostand – Académie de Strasbourg
nationale (imagerie médicale) – Lycée Jean Rostand – Christine Obrecht – MERM – Hôpitaux universitaires de
Académie de Strasbourg Strasbourg
Élisabeth Moerschel – Professeur de l’Éducation nationale Véronique Perrotez – PSRPM –  Centre hospitalier de
(imagerie médicale) – Lycée Jean Rostand – Académie de Haguenau
Strasbourg Stéphane Reibel – Radiothérapeute – Strasbourg oncologie
Claudine Zorn – Professeur de l’Éducation nationale (image- libérale
rie médicale) – Lycée Jean Rostand – Académie de Strasbourg Geneviève Reinhardt – Radiologue – Centre hospitalier de
Haguenau
Collaborateurs Angel Sanchez I Zafra – PSRPM – Strasbourg oncologie
Lydie Ait-Sidhoum – MERM – Hôpitaux universitaires de libérale
Strasbourg François Schlosser – Professeur de l’Éducation nationale
Pascale Anstett – MERM – Hôpitaux universitaires de (physique appliquée) – Lycée Jean Rostand – Académie de
Strasbourg Strasbourg
Éric Bauer – Professeur de l’Éducation nationale (imagerie Valérie Schmit – MERM – Strasbourg oncologie libérale
médicale) – Lycée Jean Rostand – Académie de Strasbourg Michel Schmitt – Radiologue – Hôpital Albert Schweitzer –
Guillaume Bierry – PU-PH en radiologie – Hôpitaux uni- Colmar
versitaires de Strasbourg Vincent Schuh – Professeur de l’Éducation nationale
Élise Bottlaender-Enderlin – PSRPM – Hôpitaux univer- ­(physique appliquée) – Télécom Physique Strasbourg
sitaires de Strasbourg Vanessa Schwartz – MERM – Strasbourg oncologie
Philippe Choquet – MCU-PH en biophysique et médecine libérale
nucléaire – Hôpitaux universitaires de Strasbourg Catherine Seidel – Professeur de l’Éducation nationale –
Nicolas Clauss – Ingénieur en radioprotection – Hôpitaux (imagerie médicale) – Lycée Jean Rostand – Académie de
universitaires de Strasbourg Strasbourg
Joël Comte – Cadre de santé – IFMEM – CHRU de Nancy Benjamin Thiriat – MERM – CHRU de Nancy
Julien Detour – PH en radiopharmacie – Hôpitaux univer- Philippe Torzini – Professeur de l’Éducation nationale
sitaires de Strasbourg (physique) – Lycée Jean Rostand – Académie de Strasbourg
Carole Dreyer – MERM – Hôpitaux universitaires de Daniel Vetter – Cadre de santé – Hôpitaux universitaires
Strasbourg de Strasbourg
Thierry Droehnle – Directeur de développement – Toshiba Jean-Philippe Wagner – Radiothérapeute Centre de radio-
medical systems thérapie Nord Littoral – Dunkerque
Hervé Faltot – MERM – Hôpital Albert Schweitzer – Colmar Alain Winter – Cadre supérieur – Hôpitaux universitaires
Julien Garnon – PH en radiologie – Hôpitaux universitaires de Strasbourg
de Strasbourg Pierre-Emmanuel Zorn – MERM – Hôpitaux universitaires
Christian Goetz – Médecin nucléaire – Hôpitaux universi- de Strasbourg
taires de Fribourg (Allemagne)
Catherine-Isabelle Gros – Médecin Faculté de chirurgie Remerciements particuliers
dentaire de Strasbourg André Constantinesco – Professeur de biophysique et de
Sophie Jousselin – Technicienne en radioprotection – médecine nucléaire (PU-PH) – Hôpitaux universitaires de
Hôpitaux universitaires de Strasbourg Strasbourg
Stéphane Kremer – PU-PH en radiologie – Hôpitaux uni- Jean-Louis Dietemann – Professeur de radiologie (PU-PH) –
versitaires de Strasbourg Hôpitaux universitaires de Strasbourg
Clémentine Lidin – MERM – Strasbourg oncologie libérale Georges Noël – Professeur de radiothérapie (PU-PH) –
Éric Lim – PSRPM – Centre hospitalier de Rodez Centre Paul Strauss – Strasbourg
Luc Mertz – PSRPM – Hôpitaux universitaires de Strasbourg Illustrations : Jean-Philippe Dillenseger
Pierre Moerschel – Cadre de santé – Hôpitaux u ­ niversitaires
de Strasbourg

V
Préface à la deuxième édition
C’est avec un grand plaisir et un grand honneur que l’université de Strasbourg (UDS) voit naître la nouvelle édition du
­« best-seller » conçu initialement avec enthousiasme par Jean-Philippe Dillenseger et Élisabeth Moerschel, consacré aux bases
­physiques des techniques d’imagerie médicale (radiologie, médecine nucléaire) et de radiothérapie qui a comblé un vide
éditorial de plusieurs décennies et qui a permis d’emblée de situer le haut niveau de connaissance requis pour la validation
du diplôme et l’exercice de cette profession « d’adjoint paramédical » dont la dénomination officielle, manipulateur en élec-
troradiologie médicale (MERM), souvenir des temps anciens où l’imagerie se limitait à la radiographie standard, n’est plus
qu’un pâle reflet de la réalité quotidienne du métier. Les connaissances mises à la disposition des étudiants dans cet ouvrage
correspondent parfaitement aux exigences de la réforme de l’enseignement du diplôme récemment mise en œuvre conjoin-
tement par les ministères des Affaires sociales et de la Santé et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche qui permettent
l’obtention simultanée du diplôme de MERM et du grade de licence. Du fait de l’universitarisation de la formation, les respon-
sables de l’enseignement du diplôme de MERM se doivent d’une part de répondre aux exigences universitaires et être titu-
laires de masters et de doctorats dans les domaines de la physique, de l’imagerie médicale, de la radioprotection ou encore
de la radiothérapie et d’autre part de guider les étudiants vers la recherche.
Les connaissances fondamentales exigées pour l’obtention du diplôme de MERM sont proches de celles enseignées dans le
cadre du DES de radiologie et d’imagerie médicale comme le confirme le grade de licence. La multiplication des techniques
d’imagerie, basées sur des principes physiques souvent très différents (radiations ionisantes, résonance magnétique nucléaire,
ultrasonographie), rend l’enseignement et l’acquisition des connaissances plus complexes. La généralisation de l’image numé-
rique avec ses possibilités de post-traitement, d’archivage et de transmission d’images ajoute de nouvelles fonctions au métier
de MERM ; une bonne connaissance de l’anglais est indispensable pour une utilisation optimale des équipements. La protec-
tion du patient et du personnel soignant est basée sur une connaissance actualisée des effets délétères des radiations ioni-
santes mais aussi des ondes électromagnétiques (IRM) et ultrasonores (échographie), des principes de la radioprotection
ainsi que des textes réglementaires. Les règles d’utilisation des produits de contraste, leurs complications potentielles et la
participation à la gestion urgente de certains effets secondaires font partie intégrante de la mission du MERM. La radiothéra-
pie répond certes à des contraintes spécifiques mais elle intègre de plus en plus les données de l’imagerie diagnostique mul-
timodale à la programmation des traitements par les radiations ionisantes.
La rédaction de cette deuxième édition de l’ouvrage associe Claudine Zorn à Élisabeth Moerschel et Jean-Philippe ­Dillenseger ;
les auteurs ont bénéficié de l’apport de l’expertise d’un certain nombre de collaborateurs spécialisés, ce qui reflète l’évolution
nécessaire de cette profession vers une sur-spécialisation indispensable au développement et à la mise en œuvre des tech-
niques les plus performantes. Le contenu de cet ouvrage offre aux étudiants en formation initiale mais également à tous ceux
qui exercent la profession depuis un certain nombre d’années, les bases de cette spécialisation, mais a également été adapté
aux exigences des besoins d’étudiants ingénieurs, de radiophysiciens et de médecins spécialisés en imagerie médicale dia-
gnostique et thérapeutique (radiologie, médecine nucléaire et radiothérapie).
Le fruit de ce travail d’équipe, qui couvre toutes les techniques d’imagerie diagnostique et interventionnelle et la radiothéra-
pie confirme la mutation définitive vers la numérisation et sera pour les prochaines années un document de référence pour
un enseignement de qualité des futures générations de MERM et de diplômées de l’université, qu’elles suivent la formation
au sein des écoles de manipulateurs (DE) ou par la voie du DTS (diplôme de technicien supérieur).
Cette nouvelle édition, enrichie de plus de 100 pages et de plus de 100 figures, est disponible en version électronique pour
tablettes, avec des références bibliographiques actualisées en fin de chapitre et une liste alphabétique de 200  termes ou
acronymes techniques traduits en anglais. En imagerie diagnostique, les principes physiques de plusieurs innovations techno-
logiques sont introduits ou modifiés (post-traitements, EOS, tomosynthèse, reconstructions itératives, acquisition biénergie,
cone beam, échographie et Doppler, techniques de suppression du signal de la graisse en IRM, artéfacts…). En radiobiologie
et en radioprotection, l’ouvrage actualise les connaissances théoriques et les textes juridiques réglementaires.
Cette mise à jour d’un ouvrage de base indispensable pour la formation des nouvelles générations de MERM ouvre également
la porte à la formation initiale des médecins qui se destinent à l’imagerie médicale et à la radiothérapie et offre de nouvelles
perspectives universitaires aux professions paramédicales.
Professeur Jean-Louis DIETEMANN
PU-PH – chef de service, hôpitaux universitaires de Strasbourg

VII
Préface : partie radiothérapie
(2009)
Encore un livre « médical » diront certains ! Oui, peut-être, mais quel livre ! Didactique, clair, raisonné et raisonnable.
Les chapitres de radiothérapie ont focalisé mon intérêt. Ce livre apporte des données historiques, contemporaines de l’infras-
tructure technique, de l’environnement humain et du contexte administratif de la radiothérapie. Malgré des thèmes peu aisés
à développer d’une spécialité considérée comme lourde et un peu officieuse, les auteurs abordent chacun des sujets avec une
maîtrise qui allie leur grande connaissance, leur expérience et des années d’enseignement.
Manipulateur en électroradiologie, si la terminologie paraît ancienne, elle cache l’une des professions qui a connu le plus
d’évolution depuis sa création. Cette évolution est décrite dans le texte et transparaît dans la modernité des illustrations
précises et compréhensibles qui s’associent à des photographies anciennes que l’on imagine jaunies. Les références des sites
Internet seront d’une grande utilité aux curieux et prouvent la volonté des auteurs à ouvrir les étudiants dans ce monde
complexe de la radiothérapie en décloisonnant les murs de l’école. Construire le présent avec le passé comme fondation et
imaginer l’avenir avec le présent comme soutien semblent les objectifs de ces chapitres. Une bien belle vision de
l’enseignement !
Un livre pour les manipulateurs fait par les manipulateurs et leurs enseignants. D’aucuns pourraient y voir la simplification
voire des données simplistes, loin de là, très loin de là ! Les descriptions sont soignées, les explications très poussées si bien
que les encadrés « pour aller plus loin » paraissent couler de source, comme une évidence.
Soyons honnête, ce livre se lit aisément, comme un roman ; la suite des chapitres raconte la radiothérapie, le parcours du
malade, l’évolution des choix qui conduisent au traitement optimal. Chaque point abordé est nécessaire à l’équilibre du livre
et à la compréhension des données du chapitre qui suit. Quels plaisirs aussi de lire des chapitres qui peuvent paraître parfois
si rébarbatifs aux étudiants et élèves : la radiobiologie et la radioprotection. Tout est finalement si simple.
Il ne faut pas en douter, les auteurs aiment leurs élèves et ont de l’enthousiasme à exercer leur métier, cela se lit ! Alors les
élèves aimeront ce livre et auront du bonheur à apprendre. Ce livre a un avenir et pas seulement chez les élèves manipula-
teurs, gageons que les étudiants en radiothérapie s’y plongeront comme dans une nécessaire connaissance, base d’un savoir
à cultiver.
Toujours les manipulateurs viendront de différentes écoles, points de reconnaissance, mais ils diront « j’ai appris dans le
Moerschel et Dillenseger » signe de ralliement au même objectif : donner le meilleur pour le patient.
Professeur Georges NOËL
PU-PH, Centre Paul Strauss – Strasbourg

IX
Préface : partie médecine
nucléaire (2009)
L’écrit de Carole Dreyer et Claudine Zorn est destiné non seulement aux étudiants manipulateurs mais sera aussi utile à
toutes celles et ceux qui, étant plus avancés dans la carrière, souhaitent rafraîchir leurs connaissances en imagerie fonction-
nelle nucléaire avec la mise en place récente dans les services de médecine nucléaire d’appareils d’imagerie médicale hybrides
TEP-TDM et TEMP-TDM combinant deux modalités (radiologique et scintigraphique).
Les objectifs que se sont donnés Carole Dreyer et Claudine Zorn sont de deux ordres : didactique et pratique.
La lecture de l’ouvrage montrera au lecteur attentif que ces objectifs ont été atteints avec succès. Le mérite des auteurs est
d’avoir su exposer de façon simple et succincte les concepts de base de physique nucléaire, de radiopharmacie, de technolo-
gie, de reconstruction d’image, de contrôle de qualité et enfin de radioprotection qui occupent aujourd’hui le cœur du
métier de manipulateur en médecine nucléaire compte tenu des évolutions technologiques mais aussi parallèlement de la
réglementation.
Le patient reste évidemment au centre des préoccupations car les auteurs ont su insister sur l’importance de l’attention
nécessaire à sa préparation et à son installation en vue de garantir la meilleure qualité d’acquisition des images pour obtenir
la meilleure performance diagnostique possible.
Cet ouvrage d’enseignement, fruit de l’exercice quotidien de leur métier au sein de mon service aux hôpitaux universitaires
de Strasbourg, témoigne de l’enthousiasme de Carole Dreyer et Claudine Zorn à partager et transmettre les connaissances
acquises dans l’exercice pratique de leur métier.
Professeur André CONSTANTINESCO
PU-PH, hôpitaux universitaires de Strasbourg

XI
Avant-propos
à la deuxième édition
Sept années déjà nous séparent de la première édition et, rattrapés par les évolutions techniques, il a fallu penser aux ajuste-
ments à y apporter. Nous avons essayé de tirer tout le bénéfice de ce laps de temps pour prendre la mesure des retours,
souvent positifs, des lecteurs, mais également pour réaliser progressivement une analyse critique et constructive du premier
travail.
Pour cette nouvelle édition, nous avons conservé l’esprit de la forme, appréciée en général des étudiants (illustrations nom-
breuses, niveaux de lecture différents, paragraphes courts) et, pour le contenu, nous nous sommes appuyés sur les avis de
professionnels du terrain. Les nouveautés technologiques apparues depuis la première édition (ex. : tomosynthèse, scano-
graphie spectrale, TEP-IRM, RCMI rotationnelle) ont naturellement été intégrées dans ce nouveau volume qui s’est ainsi
enrichi de plus de 100 nouvelles illustrations. L’objectif pédagogique est resté le même : rendre accessible des principes phy-
siques et des technologies complexes en limitant l’utilisation de représentations mathématiques afin de répondre à un lecto-
rat cible : les étudiants manipulateurs d’électroradiologie médicale (MERM).
L’actualité académique, de par le processus d’universitarisation des filières paramédicales, a guidé notre travail ; en effet,
l’autonomie et la réflexivité sont des objectifs à atteindre, il est donc nécessaire de mener les étudiants à l’acquisition de
bases théoriques solides mais également de les sensibiliser aux aspects réglementaires et sécuritaires. Une confiance aveugle
envers des automatismes proposés par les constructeurs ou des protocoles peut être la cause d’examens ratés, voire d’acci-
dents graves. Le MERM se doit ainsi de mener chaque acte avec réflexion en posant un regard critique sur certains automa-
tismes organisationnels ou techniques afin d’être capable d’en déceler toute déviation ou erreur et ainsi de se positionner
comme garant à la fois de qualité de l’examen mais aussi et surtout de la sécurité du patient. Cette position demande certes
une expérience pratique significative mais exige au préalable une maîtrise a minima des éléments contenus dans ce guide.
Depuis la publication du précédent ouvrage, les MERM rencontrent de nouveaux challenges. De nouvelles formes de coopé-
ration interprofessionnelle sont encouragées, les frontières entre les spécialités s’estompent, des modalités différentes se
retrouvent dans une même organisation ; par exemple les professionnels de radiothérapie et de médecine nucléaire ont vu
apparaître, voire croître, en quelques années, le nombre de scanners X dans leurs services. Il est fort probable que l’extension
des modalités d’imagerie en dehors de la radiologie se poursuivra dans ces secteurs mais également dans les blocs opératoires
avec l’extension de capteurs plans sur bras robotisés ou de scanners dédiés. Les compétences multimodales et plurisecto-
rielles des manipulateurs s’étendront encore davantage dans un avenir proche. En quelques années, nous avons assisté à une
extension des possibilités d’acquisition et de traitement offerts par les nouveaux appareils (ex. : choix plus important de
séquences et d’options accessibles en IRM, diversifications des possibilités de traitements en radiothérapie, augmentation du
nombre de traceurs disponibles en médecine nucléaire…). Dans ce contexte, la bonne maîtrise des techniques libérera le
MERM pour plus de disponibilité envers le patient. Cet ouvrage contient les éléments théoriques qui, couplés à une expé-
rience pratique conséquente, permettront d’engager le lecteur dans un processus de spécialisation disciplinaire pouvant
aboutir à des travaux de recherche spécifiques aux champs d’action de la profession.
Un lectorat nouveau s’est révélé depuis la parution de la première édition. Celui-ci regroupe plus largement toute personne
souhaitant bénéficier d’une approche générale et abordable des technologies de l’imagerie médicale et de la radiothérapie.
Les étudiants en médecine et ceux d’autres parcours paramédicaux en font partie mais également d’autres profils côtoyant le
domaine de la santé tels que les étudiants et les professionnels en ingénierie biomédicale.
Nous espérons que cette deuxième édition saura remplir les objectifs annoncés au niveau du lectorat cible, et permettra aux
autres lecteurs de trouver un contenu accessible.
Nous tenons à remercier chaleureusement les collègues de l’équipe, l’ensemble des collaborateurs ayant participé à cet
ouvrage ainsi que Mesdames Sonia KOSZUL et Stéphanie HONORÉ des éditions Elsevier Masson pour leur confiance et leur
écoute tout au long du processus éditorial. Nous remercions aussi et surtout, le professeur Jean-Louis DIETEMANN pour sa
confiance et son soutien indéfectible.
Strasbourg, février 2016
Jean-Philippe Dillenseger, Élisabeth Moerschel, Claudine Zorn

XIII
Abréviations
ACR American College of Radiology
ACTA automatic computerized transverse axial
ADC analogic digital converter
ADN acide désoxyribonucléique
ADP apparent diffusion coefficient
AFGSU attestation de formation aux gestes et soins d’urgence
Afssaps Agence française de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé
AL amplificateur de luminance
ALARA as low as reasonably achievable
AMM autorisation de mise sur le marché
ANAP Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médicaux sociaux
ANSM Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé
ARM angiographie par résonance magnétique
ARM articulations temporo-mandibulaires
ARS agence régionale de santé
ART algebric reconstruction technique
ASN Autorité de sûreté nucléaire
ASP abdomen sans préparation
ATP adénosine triphosphate
BOLD blood oxigenation level dependent
BP bande passante
C/B contraste sur bruit
CA correction d’atténuation
CAD computer assisted detection
CAN convertisseur analogique numérique
CAT computed axial tomography
CBCT cone-beam computed tomography
CCD charge-coupled device
CCM chromatographie sur couche mince
CDA coefficient de diffusion apparent
CDA couche de demi-atténuation
CEF couple écran-film
CEPS Comité économique des produits de santé
CHU centre hospitalo-universitaire
CIPR Commission internationale de protection radiologique
CIRTACI Comité interdisciplinaire de recherche et de travail sur les agents de contraste en imagerie
CLCC centre de lutte contre le cancer
CMOS complementary metal oxide semiconductor
CR compte rendu
CR computed radiography
CTDI computedtomography dose index
CTV clinical target volume
CZT cadmium–zinc–tellure
DASRI déchets d’activités de soins à risques infectieux
ddp différence de potentiel
De dose à l’entrée
DECT dual energy computed tomography
DFD ou dfpd distance foyer–détecteur
DFO ou dfo distance foyer optique
DFP distance foyer–peau
DICOM digital imaging communication in medicine
DGOS Direction générale de l’offre de soins
DLP dose length product
DMP dossier médical personnel
DP densité protonique
DR digital radiography
DR direct radiography

XV
Abréviations

DRR digital reconstructed radiography


DSA digital substraction angiography
DSA distance source–axe
DSC DICOM standard commitee
DSCT dual source computed tomography
DSP distance source–peau
DSR dynamic spacial reconstructor
DTF double transformée de Fourier
DWI diffusion weighted imaging
EBCT electron beam computed tomography
ECG électrocardiogramme
ED efficacité de détection
EDQ efficacité de détection quantique
EG écho de gradient
EGD efficacité géométrique de détection
EGR écho de gradient rapide
EGUR écho de gradient ultrarapide
EMA European Medicines Agency
EPC équipements de protection collective
EPI echo-planar imaging
EPI équipements de protection individuelle
ERLM écrans radioluminescents à mémoire
ES écho de spin
ESF edge spread function
ESR écho de spin rapide
ESUR écho de spin ultra-rapide
EVP effet de volume partiel
FDCT flat panel computed tomography
FDG fluoro-désoxy-glucose
FDK Feldkamp-Davis-Kress
FID free induction decay
FLAIR fluid attenuation by inversion recovery
FNS fibrose néphrogénique systémique
FO foyer optique
FOV field of view
FSE fast spin echo
FT foyer thermique
FTM fonction transfert de modulation
FWHM full width et half maximum
Gado ou Gd gadolinium
GC gradient conjugué
Gsc ou Gss gradient de sélection de coupe
GTV gross tumor volume
HAS Haute Autorité de santé
HASTE half-Fourier acquisition single-shot turbo spin-echo
HDV histogrammes dose-volume
HL7 health level 7
HMDP hydroxyméthylène diphosphonate
HPST Hôpital, Patient, Santé, Territoire
IADE infirmier(ère) anesthésiste diplômé d’État
IBODE Infirmier(ère) de bloc opératoire diplômé d’État
ICRU International Commission on radiation units and measurements
IDS indice de dose scanographique
IDSP indice de dose scanographique pondéré
IDSV indice de dose scanographique volumique
IGCT inverse geometry computed tomography
IGRT image-guided radiation therapy
IMAR iterative metal artifact reduction
IMAT intensity modulated arc therapy
INCa Institut national du cancer
INRS Institut national de recherche et de sécurité
InVS Institut de veille sanitaire
IOD information object definition

XVI
Abréviations

IR iterative reconstruction
IR inversion–récupération
IRM imagerie par résonance magnétique
IRMf imagerie par résonance magnétique fonctionnelle
IRSN Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire
jpeg joint photographic experts group
kerma kinetic energy released in material
LB lavement baryté
LCS liquide cérébro-spinal
Linac linear accelerator
LMNH lymphome malin non hodgkinien
LOR line of response
LSF line spred function
LSO lutetium oxyorthosilicate
LUT look up table
LYSO lutetium–yttrium oxyorthosilicate
MAR metal artifact reduction
MBIR model-based iterative reconstruction
MDT metal deletion technique
MEAH mission nationale d’expertise et d’audit hospitalier
MERM manipulateur(trice) en électroradiologie médicale
MIBG méta-iodo-benzyl-guanidine
MinIP minimal intensity projection
MIP maximal intensity projection
ML-EM maximum likelihood-expectation maximization
MLC multileaf collimator
MN médecine nucléaire
MOTSA multiple overlapping thin slab acquisition
MPR multiplanar reconstruction
MRF magnetic fingerprinting
MSCT multislice computed tomography
MTF modulation transfert function
NEMA National Electrical Manufactures Association
Nex nombre d’excitations
NFS numération formule sanguine
NIPC néphropathie induite par les produits de contraste
NRD niveaux de référence diagnostique
o.e.m. ondes électromagnétiques
OPT orthopantomographie
OPTC objet piquant tranchant coupant
OS ordered subsets
OSL optically stimulated luminescence
PA pression artérielle
PACS picture archiving and communication system
PC phase contrast
PC produits de contraste
PCI produit de contraste iodé
PCR personne compétente en radioprotection
PDL produit dose.longueur
PDS produit dose surface
PFK phosphofructokinase
PFN pulse forming network
PM photomultiplicateur
PMMA polyméthacrylate de méthyle
PMO prescription médicale obligatoire
POA particules osmotiquement actives
Propeller periodically rotated overlapping parallel lines with enhanced reconstruction
ProSET principle os selective excitation technique
PRV planning organ at risk volume
PSF point spread function
PSRPM personne spécialisée en radiophysique médicale
PTV planning target volume
QI qualité image

XVII
Abréviations

Rad Roentgen absorbed dose


rBW receiver bandwidth
RC résolution en contraste
RCMI radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité
RCP réanimation cardiopulmonaire
RCP résumé des caractéristiques du produit
RD résolution en densité
rem rad equivalent man
REP rendement en profondeur
RF radiofréquence
RMN résonance magnétique nucléaire
ROI region of interest
RP rétroprojection
RPF rétroprojection filtrée
RS résolution spatiale
RSI radiology information system
RT résolution temporelle
RTC radiothérapie conformationnelle
RV rendu volumique
RVB rouge, vert, bleu
RX rayons X
SAR specific absorption rate
S/B (rapport) signal sur bruit
SB substance blanche
SEMAC slice encoding for metal artifact correction
SEP sclérose en plaques
SFRO Société française de radiothérapie oncologique
SG substance grise
SIH système d’information hospitalier
SISERI système d’information de la surveillance de l’exposition aux rayonnements ionisants
SPAIR spectral attenuated inversion recovery
SPIR spectral presaturation inversion recovery
SPL spatial pulse length
SR surface rendering
SROS schéma régional d’organisation des soins
SSFSE single-shot fast spin echo
SSPI salle de surveillance post-interventionnelle
SSTSE single-shot T2-weighted turbo spin-echo
STIR short tau inversion recovery
SUV standardized uptake value
SWI susceptibility weighted imaging
TA temps d’acquisition
TAS taux d’absorption spécifique
TDM tomodensitométrie
TE temps d’écho
TEMP tomographie d’émission monophotonique
TEP tomographie par émission de positons
TF transformée de Fourier
Tfi transformée de Fourier inverse
TFT thin film transistor
Ti temps d’inversion
tiff tagged image file format
TLD thermo luminescent dosimeter
TLE transfert linéique d’énergie
TO transit œsophagien
TOF time of flight
TOGD transit œsogastroduodénal
TONE tilted optimized nonsaturating excitation
TPS treatment planning systems
TR temps de répétition
TSE turbo spin echo
TV treated volume
UH unité Hounsfield

XVIII
Abréviations

UID unique identification number


UIV urographie intraveineuse
UNCAM Union nationale des caisses d’assurance maladie
UNSCEAR United Nations Committee on the effects of atomic radiation
US ultrasons
VAT view angle tilting
VNE virtual non-enhanced
VR volume rendering
WE water excitation
WET water excitation technique
WL window level
WW window width

XIX
Table des compléments en ligne
Des compléments numériques sont associés à ce chapitre. (Ils sont indiqués dans le texte par un picto .) Ils proposent des
vidéos. Pour voir ces compléments, connectez-vous sur http://www.em-consulte.com/e-complement/475201 et suivez les
instructions.
Chapitre 3
Vidéo e.3.1 Artefact de moulin à vent.

XXV
Imagerie médicale

Chapitre 1
Numérisation
et traitements d'images
Jean-Philippe Dillenseger

Les techniques de numérisation et de traitements d'images En imagerie médicale, certaines techniques sont intrinsè-
sont complexes et reposent sur des fondements mathéma- quement numériques, du fait des calculs nécessaires (scan-
tiques qui ne seront pas développés dans ce chapitre. Le ner  X, imagerie par résonance magnétique ou IRM), et
traite­ment du signal et des données acquises par les appa- d'autres le sont devenues (radiologie conventionnelle).
reils d'imagerie médicale est une science moderne et spécia-
lisée ; ce chapitre a pour objectif principal de proposer au 1.2. Quelle différence y a-t-il entre un signal
lecteur novice une vue d'ensemble de l'existant. Que le lec- analogique et un signal numérique ?
teur expert ne tienne pas rigueur de la simplification, par Les phénomènes du monde qui nous entoure sont tous
endroits excessive, de notions complexes. continus, c'est-à-dire que lorsqu'ils sont quantifiables, ils
passent d'une valeur à une autre sans discontinuité :
– si l'analyse du phénomène est faite de manière continue
1. Notions élémentaires (tracé, courbe…), on parle de signal analogique ;
Ces trente dernières années ont vu disparaître du marché de – si l'on échantillonne au phénomène, à pas constant, des
nombreux objets de grande consommation qui ont été rem- valeurs d'amplitude qui sont traduites sous formes binaires
placés par d'autres, occupant la même fonction, mais utili- (0 et 1), on parle alors de signal numérique.
sant une technologie numérique. La représentation d'un signal analogique correspond donc à
Cet envahissement du « tout numérique » a commencé au un tracé continu, tandis que celle d'un signal numérique est
début des années 1980 avec l'apparition du compact disc une suite de nombres (donc manipulable par un ordina-
musical qui a évincé ses prédécesseurs comme le disque teur). Un signal numérique est plus facile à reproduire qu'un
vinyle et la cassette audio. Puis, dans les années 1990, la signal analogique, car sa copie se fait, en théorie, sans pertes.
démocratisation de l'informatique et de l'Internet a joué
un rôle majeur dans la numérisation du monde des multi- 1.3. À quoi correspondent un signal
médias (image, son, vidéo, etc.). monodimensionnel et un signal bidimensionnel ?
Le « tout numérique » s'intègre ainsi progressivement dans les Signal monodimensionnel (1D)
foyers où l'ordinateur et l'Internet occupent une place centrale
Un signal à une dimension (1D) (figure 1.2) correspond à la
(bureautique, gestion des multimédias, domotique, etc.). Les ser-
variation d'intensité (I) d'un phénomène physique
vices d'imagerie médicale ont inévitablement évolué dans ce
(intensité sonore, lumineuse, etc.) en fonction d'un seul
sens, exploitant ainsi la numérisation pour sa fidélité et son confort
paramètre (x = temps, distance, etc.) :
de stockage, de transmission et de traitement des données.
Avant d'expliquer le processus de numérisation plus en I = f(x)
détail, il est nécessaire de définir quelques notions de base ex. : signal de l'électrocardiogramme (ECG) ; sirène d'ambu-
telles que le signal, le bruit et le rapport signal sur bruit. lance ; profil d'intensité d'une image.

1.1. Le signal et sa détection Signal bidimensionnel (2D)


Un signal représente la variation d'un phénomène physique Une image (photographie, radiographie, etc.) est constituée
mesurable (intensité lumineuse, température, pression…) au d'une infinité de profils d'intensité différente, c'est-à-dire
cours du temps (ou d'une distance). Sa détection nécessite d'une infinité de signaux continus.
un système propre à chaque phénomène physique et dont la Pour faire une étude rigoureuse de l'image, il faut tenir compte
technologie peut varier. de l'intégralité de ses profils d'intensité. Pour ce faire, on effec-
L'exploitation d'un signal peut se faire de deux manières  : tue une analyse selon deux axes x et y (2D) : une image est
soit sous forme analogique, soit sous forme numérique. donc bien un signal bidimensionnel (figure 1.3). Elle corres-
Cette dernière nécessite, au préalable, que le signal soit pond à une intensité lumineuse qui varie dans un plan (x,y) :
transmis par le détecteur sous forme électrique (figure 1.1). I = f(x,y)
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Chapitre 1 Imagerie médicale
Numérisation et traitements d'images

Système de détection Représentation

Signal lumineux

Péllicule - Film photographique Film analogique

image numérique
Signal électrique

Photodiode - capteur CCD -... 01000101101110.....

Figure 1.1  Détection et représentation analogique et numérique d'un signal lumineux.

Electrocardiogramme Sirène d'ambulance Profil d'intensité

Amplitude Amplitude Amplitude

Temps Temps Distance

Figure 1.2  Exemples de signaux 1D : signal ECG (à gauche), sirène d'ambulance (au milieu) et profil d'intensité (à droite).

Figure 1.3  Une image est un signal bidimentionnel : I = f(x,y).

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Imagerie médicale Chapitre 1
Numérisation et traitements d'images

1.4. Qu'est-ce que le bruit ? D'où provient-il ? Ces deux items surajoutés sont appelés bruits (figure 1.4). Ils
Toute représentation d'un signal est imparfaite (en partie) sont liés aux caractéristiques technologiques propres à la
pour deux raisons : chaîne de détection et de transport du signal. La connais-
– des interférences externes peuvent dénaturer le phéno- sance des origines du bruit et la numérisation d'un signal
mène physique étudié (ex. : vent qui souffle dans un micro permettront d'en réduire ses effets.
lors d'une interview télévisée) ; 1.5. À quoi correspond le rapport signal
– les phases de détection et de transmission des informa- sur bruit (S/B) ?
tions peuvent introduire des perturbations internes
s'ajoutant au signal (ex. : souffle d'un micro dû à l'alimen- Un phénomène physique ne peut être étudié que si son inten-
tation du secteur), ce qui génère des erreurs de sité est supérieure au bruit (à son écart type) présent dans
quantification. le signal. Plus le rapport signal sur bruit (S/B) est élevé, plus le
phénomène étudié sera transmis fidèlement (figure 1.5).

Signal non bruité Signal bruité

Image non bruitée Image bruitée


Figure 1.4  Présence de bruits dans un signal 1D et dans une image (colonne de droite).

Figure 1.5  Signal, bruit et rapport signal sur bruit. Le signal enregistré dans la situation 1 est plus faible que dans la situation 2.

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Numérisation et traitements d'images

Plusieurs stratégies permettent d'optimiser le rapport signal La phase de numérisation peut être soit :
sur bruit : – précoce  : phénomène physique ⇒  signal électrique
– on recherche un maximum de signal en intensifiant le phé- ⇒ signal numérique ;
nomène physique d'origine, (ex. : flash d'un appareil photo) – tardive  : phénomène physique ⇒  enregistrement sur sup-
et en optimisant la distance et la position des détecteurs ; port analogique ⇒  signal électrique ⇒  signal numérique
– on cherche à réduire le bruit en améliorant la qualité des (ex.  : numérisation d'une photographie argentique par un
capteurs, et de la chaîne de transport du signal. Un capteur scanner plat).
de grande sensibilité est un capteur à faible niveau de bruit ;
– des préamplificateurs (figure  1.6) sont utilisés. On sait qu'au
cours du temps et de la distance parcourue, l'intensité du signal
électrique diminue d'une part, et le bruit s'accumule d'autre
2.1. Étape d'échantillonnage
part. Ainsi une préamplification précoce permet de maintenir Comment échantillonner un signal 1D ?
un S/B plus longtemps dans le temps et sur une distance. Échantillonner un signal analogique consiste à diviser celui-ci
De manière générale on cherche à développer des détec- en plusieurs « fragments » ou «  échantillons » d'intensités
teurs de plus en plus sensibles et une chaîne de transmission propres. La fréquence à laquelle on « découpe » un signal se
du signal la plus courte possible. dit « fréquence d'échantillonnage ».
Si les points de mesures sont trop « éloignés » par rapport aux
phénomènes les plus fréquents du signal, un phénomène bref
2. Numérisation d'un signal ne pourra être étudié. Le signal numérisé ne sera pas fidèle au
signal d'origine par manque d'échantillons : on peut parler de
sous-échantillonnage (figure  1.7). Dans certains cas, un
Numérisation d'un signal sous-échantillonnage peut générer un signal numérique qui
La numérisation d'un signal électrique passe par trois étapes : sera « dénaturé » par rapport au signal d'origine  : on parle
– l'échantillonnage ; alors de phénomène de repliement fréquentiel (figure 1.8A).
– la quantification ;
Dans ce cas, une fréquence élevée sera transmise, après
– le codage.
numérisation, sous forme de basse fréquence.

Figure 1.6.  Impact d'une préamplification précoce pour le maintien du rapport signal sur bruit au court du temps et de la distance parcourue par
le signal électrique.
Intensité du signal et du bruit, sans préamplification (A), avec préamplification (B).

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Numérisation et traitements d'images

Figure 1.7  Plus la fréquence d'échantillonnage augmente, plus le signal numérisé sera fidèle au signal d'origine.

Fréquence d'échantillonnage (FE)


Haute fréquence > FE/2
Basse fréquence de repliement < FE/2

Figure 1.8  Échantillonage et règle de Nyquist-Shannon.


a. Illustration du phénomène de repliement sur un signal sinusoïdal lorsque les conditions de Nyquist-Shannon ne sont pas respectées. Dans cet exemple,
l'échantillonnage (de fréquence FE) est inférieur au double de la fréquence du signal (tracé continu) ; le signal obtenu après numérisation (tracé en poin-
tillé) aura alors une fréquence plus faible : c'est le phénomène de repliement fréquentiel conséquence du sous-échantillonnage.
b. Échantillonner au double de la fréquence du signal peut aboutir à deux situations extrêmes. Cas 1 : le signal numérique traduit dans les grandes lignes
(amplitude et fréquence) le signal d'origine. Cas 2 : le signal obtenu après numérisation est un signal plat !

Le respect de la règle de Nyquist-Shannon permet d'éviter signifie qu'il ne présentera pas d'alternance. En respectant
l'apparition de repliement. Ce théorème est à la base de la ces conditions, on se protège du phénomène de repliement
conversion numérique des signaux. fréquentiel (aliasing).
Cette règle stipule que pour éviter tout phénomène de
repliement, la fréquence d'échantillonnage doit être égale ou Comment échantillonner une image ?
supérieure au double de la fréquence la plus élevée du signal L'échantillonnage d'une image s'effectue sur ses deux axes x
analogique à numériser. Cependant, si la fréquence d'échan- et y. Cette étape consiste à lui appliquer un tableau composé
tillonnage est strictement égale au double de celle du signal, de n(y) lignes et de n(x) colonnes  : on parle plus couram-
le signal numérisé pourra être « plat » (figure  1.8B), ce qui ment de matrice (figure 1.9).

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Une matrice est caractérisée par sa taille de n(y) lignes En effet, les tailles de matrices ont longtemps limité les per-
¥ n(x) colonnes (ex. :128 × 128 ; 256 × 256 ; 512 × 512, etc.), formances de résolution spatiale de l'imagerie numérique.
elle peut être symétrique et asymétrique (192 ×  256). Les Tout comme cela a été vu précédemment, les règles de
pixels (picture element) représentent les éléments unitaires Nyquist-Shannon sur l'échantillonnage supposent que la
de l'image, ils possèdent un adressage propre (x,y), et leur fréquence d'échantillonnage (liée à la taille des pixels) soit
taille influe en partie sur la qualité de la définition de l'image au moins égale au double de la plus haute fréquence sus-
numérique. ceptible d'être présente dans le signal. En cas de non-res-
Plus la matrice est élevée, plus les pixels sont nombreux et de pect de cette condition, le phénomène de repliement peut
petite taille, plus l'image aura la possibilité d'atteindre une apparaître. Sur une image numérique, le phénomène
résolution spatiale élevée (figure  1.10). Les performances d'aliasing affecte directement la fréquence spatiale et la
technologiques et informatiques actuelles permettent l'utili- direction des structures périodiques qui composent l'image
sation de matrices élevées, ce qui n'a pas toujours été le cas. (figure 1.11).

Pixel

Image de référence Application d'une matrice 16 x 16 Image numérique


(analogique) (échantillonnage)
Figure 1.9  Échantillonnage d'une image : application d'une matrice.

16 x 16 32 x 32 64 x 64

128 x 128 256 x 256 512 x 512

Figure 1.10  Une matrice d'acquisition élevée permet d'atteindre des résolutions spatiales plus élevées.

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Figure 1.11  Visualisation du phénomène d'aliasing sur une image numérique.


Plus l'échantillonnage diminue (matrice), plus le phénomène de repliement augmente.

2.2. Étape de quantification


Attention
Soyons prudents : des matrices élevées offrent, certes, la pos- Principe de base
sibilité d'atteindre une résolution spatiale élevée mais ne la On a évoqué précédemment qu'une mesure d'amplitude est
garantissent pas ! En effet, la résolution spatiale ne se déter- faite pour chaque échantillon. Sachant que ce dernier ne
mine pas par les dimensions des pixels mais se mesure à l'aide peut prendre qu'une valeur entière, il va falloir offrir, à
de tests sur « fantômes » (= objets tests). Un détecteur exploi-
chaque échantillon, la possibilité de prendre un nombre
tant une matrice élevée ne garantit en rien la résolution
spatiale de l'image finale. D'autres éléments essentiels inter-
important de valeurs. La précision de la mesure dépendra
viennent sur la résolution spatiale  : mouvement de l'objet donc de l'étendue numérique offerte, c'est-à-dire de l'échelle
étudié pendant l'acquisition, présence de bruit, géométrie du de quantification.
signal réceptionné, etc. (figure 1.12). Cela montre bien que les La quantification détermine ainsi le nombre de valeurs
dimensions des pixels ne permettent pas à elles seules de entières différentes pouvant être attribuées aux échantillons.
garantir la qualité d'une image numérique. La résolution spa- On parle aussi de « profondeur », qui s'exprime en bits
tiale d'une image dépend avant tout des conditions d'acquisi- (binary digit).
tion et des performances globales de la chaîne de détection. Plus l'échelle de quantification est étendue, meilleur sera le
résultat en termes de discrimination en contraste (figure 1.13).

Figure 1.12  Les dimensions des pixels ne sont pas à elles seules un indicateur pertinent de la résolution spatiale d'une acquisition.
La résolution spatiale d'une image dépend avant tout des conditions d'acquisition et des performances globales de la chaîne de détection. Photos réalisées
avec un téléphone portable avec mouvement lors de l'acquisition (A) sans mouvement (B). Photo réalisée avec un appareil réflexe (C).

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Numérisation et traitements d'images

arabes (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9). Une base binaire n'utilise que


Correspondance nombre de bits et nombre de valeurs
deux chiffres (0 et 1). Avec un groupe de n bits, il est possible
– n bits = 2  valeurs possibles par échantillon.
n

– 8 bits = 28 = 256 valeurs possibles pour un échantillon. de représenter 2n valeurs.


– 10 bits = 210 = 1 024 valeurs possibles pour un échantillon. Ainsi un ensemble de 8 bits permet de compter de 0 à 255
– 16 bits = 216 = 65 636 valeurs possibles pour un échantillon. (28 = 256 valeurs). Un nombre binaire codé sur 8 bits est ainsi
composé d'une suite de huit chiffres 0 et 1.
Un code binaire, représentant le signal, est ainsi créé ; l'ordi-
Comment quantifier une image ? nateur découpe cette succession de bits en octets (en fonc-
Dans le cas d'une image, la quantification détermine la tion du choix de quantification).
valeur maximale entière attribuée au pixel (figure  1.14). La transformation d'un signal électrique en données
Plus le pixel peut prendre de valeurs différentes, plus la dis-
crimination en contraste de l'image sera susceptible d'être
élevée (si S/B élevé) ; n  bits permettent à chaque pixel de Méthodologie du codage binaire (figure 1.15)
Pour passer du mode décimal au mode binaire, on cherche
prendre 2n valeurs.
d'abord la puissance de 2 la plus proche du nombre décimal,
puis on la soustrait à ce dernier. Puis on fait de même avec le
2.3. Étape de codage résultat de la soustraction et ainsi de suite jusqu'à atteindre 0.
Rôle du codage ? À chaque étape, dès que la soustraction est possible, on attri-
bue le chiffre binaire 1 (pour oui), dès que celle-ci est impos-
Un ordinateur ne sait travailler qu'avec des données sous sible on attribue le chiffre binaire 0 (pour non).
forme binaire. Les nombres décimaux issus de la quantifica-
tion du signal doivent donc êtres convertis ou codés en
nombres binaires (binary digits = bits) : suite de 0 et de 1. informatiques (binaires) est réalisée par un convertisseur
L'homme calcule depuis 2500 ans avant Jésus-Christ en base analogique numérique ou CAN (analogic digital ­converter
décimale (10n) symbolisée actuellement par les dix chiffres ou ADC).

Figure 1.13  Plus la quantification est élevée, plus le signal numérisé sera fidèle au signal d'origine.

2 valeurs de quantification 4 valeurs de quantification 256 valeurs de quantification


( 1 bit ) ( 2 bits ) ( 8 bits )
Figure 1.14  Mise en évidence de l'importance de la quantification en imagerie numérique.
Les performances en termes de résolution spatiale ne s'expriment que si la quantification est suffisamment élevée.

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Numérisation et traitements d'images

Nombre à coder : 142


Paliers de quantification Comparaison Possible ? Reste Réponse binaire

255 256
8 bits 142 - 128 OUI 14 1
8 bits = 256 valeurs = 1 octet 128
7 bits 14 - 64 NON 0
64
6 bits 14 - 32 NON 0
32
5 bits 14 - 16 NON 0
16
4 bits 14 - 8 OUI 6 1
8
3 bits 6-4 OUI 2 1
4
2 bits 2-2 OUI 0 1
2
1 bit 0-1 NON 0
0 1
Résultat binaire : 10001110
Figure 1.15  Principe du codage binaire.

Qu'est-ce qu'un convertisseur analogique


Pour en savoir plus  : principe technologique de base
numérique (CAN) ? d'un CAN (figure 1.16)
À la fin des années 1930, Claude Shannon a été le premier à Le signal analogique traverse successivement une série de cel-
établir le principe de la conversion analogique-numérique lules en commençant par celle qui possède la plus haute capa-
d'un point de vue technologique à l'aide d'une série d'inter- cité. La première cellule compare la valeur  S du signal à sa
rupteurs (ou analyseurs binaires). propre capacité R. Si la grandeur S est supérieure à R, elle sous-
trait R de S, transmet l'écart R-S à la cellule suivante et prend
Pour réaliser électroniquement un codage analogique-
l'état de sortie  1. Dans le cas contraire, elle communique la
numérique, on utilise une série d'analyseurs binaires valeur inchangée de S et prend l'état de sortie 0.
possédant une tension de référence (R) à laquelle l'on Avec huit cellules, il est possible d'effectuer un codage sur 8 bits
applique une tension à convertir notée (S). Les capaci- d'un signal analogique permettant d'obtenir toutes les valeurs
tés, représentant les tensions de référence de chaque binaires comprises entre 00000000 (0 en décimal) et 11111111
analyseur, sont proportionnelles aux puissances succes- (255 en décimal).
sives de 2.
L'état de sortie (0 ou 1) indique si la tension S est supérieure
ou inférieure à la tension R. 2.5. Notions de poids informatique
Quelles sont les unités de mesures de base ?
2.4. Synthèse
L'unité du poids informatique est l'octet. Un octet renferme
La figure 1.17 présente une synthèse des trois étapes fonda- l'information contenue dans 8 bits : 8 bits = 1octet, 16 bits =
mentales (échantillonnage, quantification, codage) du pro- 2 octets, etc.
cessus de numérisation.

Nombre décimal à numériser : 109 Nombre binaire : 01101101

109 109 45 13 13 5 1 1

128 64 32 16 8 4 2 1

Cellule élémentaire

0 1 1 0 1 1 0 1
Figure 1.16  Principe de fonctionnement d'un convertisseur analogique numérique (CAN).

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Chapitre 1 Imagerie médicale
Numérisation et traitements d'images

Figure 1.17  Les étapes de la conversion analogique numérique : échantillonnage, quantification, codage.

Des images ou des sons numériques sont composés de mil- (sons, images…) sous forme numérique. Une telle conven-
lions d'échantillons quantifiés généralement de 8 à 64 bits ; tion permet la communication des données entre divers
par conséquent, les données numériques actuelles dépassent programmes informatiques ou logiciels, soit par une
souvent le milliard d'octets. Pour rendre ces informations connexion directe soit par l'intermédiaire d'un fichier.
plus « digestes », on les exprime en multiples de milles, de Les différentes familles de données numériques (sons,
millions, de milliards…  : on parle alors de kilo-octets, de images…) possèdent plusieurs types de formats qui se dis-
méga-octets, de giga-octets… (tableau 1.1). tinguent par :
Traditionnellement, lorsque les informaticiens appliquent aux – leur profondeur de quantification (1  bit, 8  bits, 16  bits,
octets les préfixes « kilo », « méga », « giga »…, ces derniers ne 64 bits…) ;
représentent pas des multiples de 1000, mais des multiples de – la présence ou non de compression (sans compression,
1 024 (210), plus pratiques pour les calculs informatiques. compression par motifs, compression destructive…) ;
Cependant cette nomenclature viole les normes en vigueur – leur fréquence d'échantillonnage.
(système international). Une nouvelle norme a donc été créée Exemple de formats imagerie numérique :
(normalisation de 1998) pour noter les multiples de 210, on parle – tiff (.tif) : tagged image file format ;
alors de préfixes binaires : les « kibi » pour kilo binaire, « mébi » – jpeg (.jpg) : joint photographic experts group.
pour méga binaire, « gibi » pour giga binaire… (tableau 1.2). En imagerie médicale, il est nécessaire d'associer aux images
La très grande majorité des disques durs étant divisés en sec- des données textuelles relatives au patient et à l'examen, ce
teurs de 512 octets, un comptage en unités de 1 024 octets qui demande des formats spécifiques tels que le format
est plus « naturel » (en utilisant cette fois les préfixes binaires : DICOM (actuel) et le format INTERFILE (ancien).
kibi, gébi, mébi…), cependant l'usage des préfixes binaires
demeure peu connu du grand public.
Le format DICOM
2.6. Formats informatiques L'évolution des systèmes d'acquisition et d'archivage d'images
Formats classiques en imagerie numérique dans le cadre médical a produit dans les années 1980 d'impor-
Un format est un moyen conventionnel utilisé en informa- tants besoins en connectivité et en interopérabilité des équi-
tique pour représenter et transporter et stocker des données pements médicaux. Le problème était qu'à cette époque,
chaque constructeur utilisait un format de données proprié-
taire, entraînant d'importants problèmes de communication
Tableau 1.1  Poids informatiques exprimés en multiples de 1 000. et d'archivage des données radiologiques numériques.
1 kilo-octet (ko) = 103 octets = 1 000 octets Afin de faciliter les transferts et la visualisation d'images,
1 méga-octet (Mo) = 106 octets = 1 000 Ko = 1 000 000 octets les radiologues et les fabricants d'équipements médicaux
ont développé, dans un effort commun, le format
1 giga-octet (Go) = 10 octets = 1 000 Mo = 1 000 000 000 octets
9
DICOM : Digital Imaging COmmunication in Medicine. La
norme a été créée en 1993 par l'American College of
Tableau 1.2  Poids informatiques exprimés en multiples de 1 024. Radiology (ACR) en association avec la National Electrical
1 kibi-octet (kio) = 210 octets = 1 024 octets Manufactures Association (NEMA). La norme DICOM est
aussi bien un format d'image, qu'un protocole d'échange
1 mébi-octet (Mio) = 220 octets = 1 024 kio = 1 048 576 octets
de données qui peut se faire soit par fichier, soit par
1 gibi-octet (Gio) = 230 octets = 1 024 Mio = 1 073 741 824 octets
réseau. Elle n'impose pas aux constructeurs l'abandon de

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Imagerie médicale Chapitre 1
Numérisation et traitements d'images

leurs formats propriétaires, mais les oblige à utiliser le for- La norme DICOM est actuellement compatible avec
mat DICOM pour toute procédure d'échange et de trans- d'autres formats standard tels que le standard HL7 (health
fert de données. Une fois transférées, les données ne sont level 7) qui supporte les échanges informatisés de données
pas nécessairement stockées en format DICOM ; elles cliniques, financières et administratives entre systèmes d'in-
peuvent reprendre leur format propriétaire ou être formation hospitaliers (SIH) : par exemple, HL7 = standard
compressées. du dossier médical personnel (DMP).
Le format DICOM est depuis 1999 le format standard et La norme DICOM est tenue par un comité international
imposé en imagerie biomédicale. Il est complexe et bien plus (DICOM standard commitee ou DSC) qui regroupe des
évolué que les formats numériques standard (jpeg, tiff, industriels, des associations industrielles et des sociétés
bmp…). Il permet de rendre unique chaque image produite savantes. Le but de ce comité est de faire évoluer tout en
en lui associant des informations spécifiques (nom du maintenant standardisé le format DICOM.
patient, type d'examen, paramètres d'acquisition…) aux- Les futurs enjeux de la norme DICOM sont :
quelles on attribue un numéro d'identification propre. – intégrer dans le format les résultats de mesures quanti-
L'intérêt des fichiers DICOM est de pouvoir contenir des tatives (ex. : mesures de distances, etc.) ;
informations textuelles concernant le patient (état civil, âge, – intégrer dans le format des signaux physiologiques acquis
poids), l'examen (région explorée), la technique utilisée pendant l'acquisition d'images (ex. : ECG, etc.) ;
(scanner, IRM, etc.), mais aussi des données images. – intégrer dans le format les résultats des logiciels de détec-
De manière générale, la norme DICOM propose une quanti- tion assistée par ordinateur (computer assisted detection
fication sur 16 bits, ce qui confère un poids de 2 octets à ou CAD) ;
chaque échantillon. Selon les modalités, 12  à 14  bits sont – optimiser les liens entre DICOM et HL7 notamment pour
consacrés à la profondeur de l'image et 2 à 4 bits sont alloués le transfert des comptes rendus (CR) radiologiques ;
aux données autres (techniques, administratives…). Ces – systématiser l'extraction des données dosimétriques
données autres sont définies en objets d'information pour les intégrer dans les CR et dans le DMP.
DICOM (information object definition ou IOD)  : par
exemple CT image IOD ; MR image IOD ; PET image IOD, etc. Comment calculer le poids informatique
Chaque IOD regroupe plusieurs en-têtes de plusieurs d'images radiologiques ?
modules contenant différents éléments (figure 1.18). En considérant que le format DICOM est quantifié sur
À chaque examen, les appareils attribuent automatique- 16 bits, il devient possible de calculer le poids informa-
ment des numéros d'identification uniques (unique tique d'une série d'images radiologiques. Pour cela, il
identification number ou UID) dont quatre sont
obligatoires :
– SOP Class UID : identifie le type d'IOD auquel est destinée Pour l'histoire : le format INTERFILE
l'image ; Un autre format informatique, nommé INTERFILE, est aussi
– Study Instance UID : identifie un examen entier, en temps utilisé en imagerie médicale. Ce format, assez ancien, doit son
et lieu ; succès à sa simplicité qui satisfait l'immense majorité des
– Series Instance UID : identifie une série d'images au sein de besoins en médecine nucléaire. Depuis le développement de la
l'examen ; norme DICOM, plus universelle, le format INTERFILE n'est
plus exploité.
– SOP Instance UID : identifie l'image associée au fichier.

Figure 1.18  Organisation des objets d'information DICOM (IOD).

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Chapitre 1 Imagerie médicale
Numérisation et traitements d'images

suffit de connaître le nombre d'échantillons qui com- tiels d'une image numérique : son histogramme et sa table
posent l'ensemble de l'examen et de leur consacrer de correspondance associée.
2 octets.
Qu'est-ce que l'histogramme d'une image ?
3. Caractéristiques et traitements Chaque image numérique peut se présenter sous forme
d'histogramme. Un histogramme classe en abscisses toutes
de base d'une image numérique les valeurs numériques possibles (quantification) pouvant
L'un des principaux avantages de la numérisation de l'image être affectées à un pixel (de la plus faible à la plus élevée) et
en ordonnées le nombre de pixels possédant la même valeur
numérique.
Exemple Plus l'échelle de quantification utilisée est élevée, plus la
Soit une série de coupes scanographiques composée de forme de l'histogramme devient complexe (figure  1.19).
500 images à qui l'on associe une matrice de 5122. Pour esti- Chaque portion verticale de l'histogramme correspond à un
mer le poids informatique de cet examen, on attribue 2 octets ensemble de pixels de même intensité.
à chaque pixel (norme DICOM) qui composent la série
d'image. De ce fait : À quoi correspond la table de correspondance
poids informatique = nombre de coupes × matrice × 2 octets (look up table ou LUT) ?
= 500 (coupes) × 512 × 512 (matrice) × 2 (16 bits = 2 octets)
On affecte à tout histogramme une palette de couleurs ou
= 262 144 000 octets, soit 262 Mo, soit 250 Mio
de gris appelée « table de correspondance » ou « LUT »
résultat d'un choix ou d'une convention. Celle-ci permet
d'attribuer à chaque pixel une intensité de gris ou une cou-
concerne l'accès à des techniques simples de traitement leur donnée (figure  1.20). Le sens de variation utilisé peut
permettant de modifier son aspect. L'image peut ainsi être dépendre d'une fonction mathématique (variation linéaire,
retravaillée pour améliorer son apparence visuelle ou pour logarithmique, parabolique…), cette dernière permet de
y faire ressortir des informations « cachées ». Nous nous modifier l'apparence de l'image.
intéresserons plus particulièrement aux techniques de Pour éviter les confusions  : l'application d'une LUT de
fenêtrage et de filtrage qui font partie des traitements de couleur à un histogramme ne permet pas de passer d'une
base utilisés en imagerie numérique. photographie en noir et blanc à une photographie en
couleurs ! En effet, le choix des couleurs affectées par la
3.1. Exploitation de l'histogramme LUT est purement artificiel et ne représente pas la réalité
par fenêtrage telle que nous la voyons. Une photographie en couleurs
Avant de décrire plus particulièrement le principe du fenê- est obtenue par la superposition de trois histogrammes
trage, il est nécessaire de s'intéresser à deux éléments essen- caractéristiques des couleurs primaires (rouge, vert, bleu
nombre de pixels

nombre de pixels

nombre de pixels

0 1 0 1 2 3 0 255
échelle de quantification échelle de quantification échelle de quantification

2 valeurs de quantification 4 valeurs de quantification 256 valeurs de quantification


( 1 bit ) ( 2 bits ) ( 8 bits )
Figure 1.19  Lien entre histogramme et valeur de quantification.

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1 2 3
Histogramme

1
2 4 5 6
3
4
5
6

Tables de correspondances (LUT)


Figure 1.20.  Application de différentes LUT sur la même image numérique.

A B C

Figure 1.21  Couleurs artificielles et couleurs réelles.


Photo en noir et blanc (A), en noir et blanc avec LUT de couleur (B), photo couleur (C).

ou RVB) préalablement captées par le capteur charge- leur) qui lui est affecté. Tant que l'on manipule la LUT, seule
coupled device (CCD) d'un appareil photo numérique (ou la visualisation est modifiée  : la valeur numérique du pixel
des pigments d'un film en photographie argentique) reste inchangée.
(figure 1.21). Une fenêtre est caractérisée par, deux paramètres  : sa lar-
geur et son centre.
Quel est le principe du fenêtrage ? Largeur de fenêtre
Fenêtrer consiste à modifier la position et l'étendue de la LUT La largeur de fenêtre correspond à l'étalement de l'échelle
sous l'histogramme. Cette opération est connue sous le nom de de gris sous l'histogramme, elle permet de discriminer les
fenêtrage ou windowing. Les possibilités qu'offre cette tech- contrastes de l'image.
nique sont immenses, chaque changement de fenêtre modifiera Une fenêtre large est une fenêtre qui s'applique sur une large
le « contraste » et la « luminosité » de l'image (figure 1.22). En palette de valeurs (contenues dans la LUT). Le contraste
pratique, cette technique permet de compenser notre incapa- séparant deux pixels de valeurs proches sera faible.
cité à visualiser une large palette de gris (20 niveaux de gris sont Une fenêtre étroite est une fenêtre qui s'applique sur un
perceptibles en moyenne par l'œil humain). faible nombre de valeurs. Le contraste séparant deux pixels
Pour éviter les confusions : il faut bien faire la différence entre de valeur voisine est important. L'étude de ces deux pixels
la valeur numérique du pixel et le niveau de gris (ou la cou- est alors facilitée.

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Histogramme

nombre de pixels
Image et fenêtre
de référence

0 Centre 255

Référence Largeur
A

Histogramme
nombre de pixels
nombre de pixels

nombre de pixels
nombre de pixels

Histogramme Histogramme Histogramme

0 0 0 255 0 255
255 255

Modification de la largeur de la fenêtre Modification du centre de la fenêtre


B
Figure 1.22  Caractéristiques d'une fenêtre (A) et principe de fenêtrage (B).

Centre (ou niveau) de la fenêtre parenchyme pulmonaire, les tissus mous et les structures
En fonction de la largeur de fenêtre utilisée, le centre de la osseuses. Cette distribution est liée aux valeurs des différents
fenêtre permet de cibler l'étude des contrastes ou de coefficients d'atténuation qui composent le corps humain
modifier la luminosité de l'image : (voir chapitre 3). Il est donc impossible d'étudier convena-
– si l'on utilise une fenêtre large, le fait de déplacer son centre blement toutes les familles de tissus avec un seul fenêtrage, à
va modifier la «  luminosité » globale de l'image ; chaque type de tissu correspondra un fenêtrage particu-
– si l'on applique une fenêtre étroite, le fait de déplacer son lier (figure 1.23).
centre va permettre de concentrer l'étude des contrastes
sur les pixels situés de part et d'autre du centre de la fenêtre. 3.2. Caractéristiques fréquentielles
d'une image
Comment utilise-t-on le fenêtrage ? Que dit la théorie de Fourier ?
En photographie numérique et en imagerie médicale, le La notion de fréquence d'échantillonnage fait appel aux dif-
fenêtrage permet d'ajuster les contrastes et la luminosité de férentes fréquences contenues dans un signal linéaire ou
l'image en fonction du résultat souhaité sur l'écran. Le fenê- dans une image. Pour étudier l'ensemble des fréquences
trage s'avère particulièrement bénéfique en radiologie contenues dans les signaux, on utilise un outil mathéma-
conventionnelle et en scanner X. tique issu des travaux du mathématicien français Joseph
En radiologie numérique, la possibilité de fenêtrage permet Fourier (1768–1830).
de rattraper les légères erreurs d'exposition, ce qui évite de La théorie de Fourier stipule que toute fonction périodique
refaire un cliché et donc d'exposer de nouveau le patient aux peut être considérée comme une somme de fonctions sinu-
rayons X. soïdales ayant des fréquences multiples (harmoniques) de
La performance de cet outil s'illustre principalement en celle de la fonction primitive (fondamentale), mais avec des
tomodensitométrie (TDM). En effet, une coupe scanogra- amplitudes diverses et des déphasages éventuels. On parle
phique possède un histogramme bien particulier regroupant dans ce cas de décomposition en série convergente de
trois « paquets » de pixels associés à trois types de tissus : le Fourier (figure 1.24A).

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Figure 1.23  Application du fenêtrage en TDM.

Figure 1.24  Passage vers le domaine fréquentiel pour un signal périodique (A) et non périodique (B).

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Signal Signal
créneau créneau
(image)

1
1

1+2
2

3 1+2+3

1+2+3+4
Figure 1.25  Informations transportées par les différentes fréquences d'un signal.
Source : schéma D. Vetter.

Fourier s'est ensuite intéressé aux fonctions non pério- espace de Fourier ou espace k, la lettre k symbolisant les
diques. En considérant une fonction non périodique fréquences spatiales qui composent l'image. L'origine du
comme étant une demi-période de fonction périodique, il plan, étant attribuée à son centre, on en conclut que
a démontré que toute fonction non périodique est égale à (figure 1.26) :
une « somme continue » de fonctions trigonométriques – les basses fréquences, transportant le contraste, sont
(sin, cos). Une telle sommation se présentera donc sous regroupées dans la partie centrale de l'espace k ;
forme d'intégrale, on parle alors de transformée de – les hautes fréquences, transportant les détails, sont
Fourier (figure 1.24B). réparties dans sa périphérie.
Ces travaux permettent d'affirmer que tout signal peut La part relative du bruit sera plus marquée en périphérie
être décomposé en une infinité de fonctions sinusoï- qu'au centre.
dales d'amplitudes, de fréquences et de phases
différentes. 3.3. Les opérations de filtrage
De manière générale (figure 1.25) : Nous allons dans ces paragraphes décrire succinctement
– les basses fréquences correspondent aux informations glo- les principes et présenter quelques applications des opéra-
bales du signal ; tions de filtrage. Que le lecteur expert ne nous tienne pas
– les hautes fréquences correspondent aux détails du rigueur de la simplification, par endroits importante, de
signal ; théories complexes.
– les fréquences extrêmes correspondent au bruit.
À quoi correspond le domaine fréquentiel d'une image ? Opérations de filtrage linéaire
Les différentes fonctions sinusoïdales issues d'une décompo- Généralités
sition de Fourier sont classées en fonction de leur fréquence, Ces techniques de filtrage ont été développées en astrono-
de la plus faible à la plus élevée, dans un domaine fréquen- mie à partir des années 1970 dans le but d'extraire des infor-
tiel dit de Fourier (figure 1.26). En pratique, cette représen- mations noyées dans le bruit ou abîmées par les défauts
tation fréquentielle d'un signal permet : optiques des instruments. De manière plus synthétique : les
– d'étudier facilement l'intégralité des fréquences qui le filtres servent à corriger les défauts des appareils de mesures
compose ; du signal. On peut ainsi comparer un filtre à des verres de
– d'effectuer des filtrages (voir plus loin Les opérations de lunettes qui ont pour but de corriger les défauts de l'œil
filtrage). humain ! Si les filtres ne sont pas adaptés, ils peuvent égale-
Dans le cas d'un signal bidimensionnel, c'est-à-dire d'une ment amplifier, voire créer certains défauts sur l'image ! Les
image, la répartition des fréquences spatiales s'effectue possibilités de filtrage sont immenses et très utilisées par
sur un plan défini par les deux axes (kx et ky) caractéri- les professionnels de l'image à l'aide de logiciels dédiés.
sant les fréquences spatiales de l'image. Ce plan est appelé L'emploi de certains filtres permettra de détecter les

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Figure 1.26  Correspondance entre l'espace image et l'espace k.

contours des structures présentes dans l'image et peut ainsi La transformée de Fourier permet le passage d'un domaine à
faire partie d'un processus plus complexe de segmentation l'autre, ainsi un filtrage dans le domaine spatial trouve son
ou de reconnaissance de formes. En imagerie médicale, équivalent dans le domaine fréquentiel, et inversement
l'utilisation de filtres est également nécessaire lors de figure 1.27).
l'étape de reconstruction d'images tomodensitomé- Généralement, on distingue les filtres suivant l'action qu'ils
triques (TDM). En effet, les données brutes seront filtrées ont sur l'image :
directement (voir chapitre 3). – les filtres mous diminuent le bruit mais atténuent les
Il existe deux manières de filtrer une image : détails de l'image (flou plus prononcé) ;
– soit on travaille dans le domaine fréquentiel de – les filtres durs accentuent les contours et les détails de
l'image ; l'image mais amplifient le bruit ;
– soit on agit directement sur l'image, c'est-à-dire dans le – les filtres intermédiaires cherchent à minorer le bruit sans
domaine spatial. pour autant dégrader les détails de l'image.

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Figure 1.27  L'opération de filtrage est possible aussi bien dans le domaine spatial que dans le domaine fréquentiel.
Les deux domaines sont liés par une transformée de Fourier (TF).

Filtrage dans le domaine fréquentiel pour autant dégradée les détails (figure 1.29). On peut dans ce
On peut nommer ces filtres suivant l'action qu'ils ont sur le cas parler également de filtre de rampe atténuée.
spectre fréquentiel représentatif de l'image. L'opération de
filtrage dans le domaine fréquentiel se résume à des multipli- Filtrage dans le domaine spatial
cations d'amplitudes. Ainsi : Le principe de ce filtrage fait historiquement appel à des outils
– un filtre mou est un filtre passe-bas qui va éliminer mathématiques dits de convolutions = filtre linéaire station-
(figure  1.28) ou atténuer (figure  1.29) fortement l'ampli- naire. L'opération de convolution est aujourd'hui dépassée par
tude des hautes fréquences d'un spectre en ne laissant des moyens de filtrage plus complexes et performants, tels
passer que les basses fréquences ; l'image filtrée sera donc que les filtres adaptatifs, les ondelettes et les moyennes non
débruitée mais floue. Le rapport contraste sur bruit est locales. Afin de ne pas noyer le lecteur non-expert, seul le fil-
ainsi amélioré ; trage linéaire stationnaire sera présenté dans ce qui suit.
– un filtre dur est un filtre passe-haut qui va éliminer Une convolution est un opérateur mathématique que l'on
(figure 1.28) ou atténuer (figure 1.29) fortement l'ampli- utilise pour multiplier des matrices entre elles.
tude des basses fréquences d'un spectre ; l'image résul- Principe élémentaire : soit une image (M) filtrée de matrice
tante verra ses contours ainsi que son bruit amplifiés. élevée (par exemple 512 × 512) et un noyau de convolution
Un filtre intermédiaire est un filtre passe-bande qui ne conser- (N) de matrice limitée (3 × 3, voir 5 × 5). N est le « cœur » de
vera que l'énergie concentrée dans une bande de fréquences tous les changements qui vont affecter potentiellement la
souhaitées, l'objectif principal étant de réduire le bruit sans valeur de chaque pixel de M.

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Figure 1.28  Résultats de filtres qui éliminent une partie du spectre fréquentiel.

Figure 1.29  Résultats de filtres qui atténuent une partie du spectre fréquentiel.

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Pour connaître la valeur d'un pixel de  M après filtrage, on ces filtres font parties de certains processus de segmen-
multiplie sa valeur par celle du pixel central de N et on addi- tation d'images médicales. Ils sont également intégrés
tionne ensuite la valeur des produits des pixels adjacents dans les logiciels d'aide au diagnostic pour repérer une
(figure 1.30). lésion par exemple et en calculer sa taille (granulométrie
Le résultat final dépend donc des valeurs des coefficients du sur image).
noyau de convolution (figure 1.31). Il est alors possible d'ob- Pour des raisons didactiques, nous limiterons les explications
tenir une image plus nette, plus floue, de dériver l'image… qui suivent aux opérations de base réalisables sur une image
binaire.
Opérations de filtrage morphologique (notions) L'idée de base du filtrage morphologique est de comparer
Le filtrage morphologique a été développé dans les une image, appelée ensemble (E), avec un élément structu-
années  1960 à l'École des mines de Paris, c'est le début rant (B). L'élément structurant est caractérisé par une forme
d'une science : la morphologie mathématique. Les filtres d'une taille connue. Sur une image binaire l'élément structu-
morphologiques étaient initialement développés pour des rant ne tient compte que de la région non nulle, c'est-à-dire
images binaires (en noir et blanc) puis se sont progressive- la forme visible de l'image. Les deux opérations de base sont
ment appliqués aux images en niveau de gris. Actuellement, la dilatation et l'érosion (figure 1.32) :

Figure 1.30  Application d'un noyau de convolution sur une image matricielle.


Ex. : la valeur du pixel central (= 150) sera modifiée (= 350) après l'application du noyau de convolution de la sorte :
pixel filtré = 5 × 150 + 4 × (− 1 × 100) + 4 × (0 × 100) = 750 − 400 = 350.

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Figure 1.31  Résultats sur l'image après l'application de filtres différents.

Figure 1.32  Principe filtres morphologiques de dilatation et d'érosion.


La dualité dilatation–érosion permet de réaliser des opérations de fermeture et d'ouverture.

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– opération de dilatation  : l'élément structurant  B repéré formances du système de détection utilisé auxquelles
par son centre est déplacé pour occuper successivement s'ajoutent la profondeur de la quantification et les valeurs
toutes les positions de l'espace on se pose la question  : d'échantillonnage d'acquisition et d'affichage. Une image de
B  intersecte-t-il E ? Les réponses positives forment l'en- « qualité » est une image qui conjugue à la fois une bonne
semble dilaté. Cette opération peut être considérée résolution spatiale et une bonne résolution en contraste.
comme un « gonflement » de l'image d'origine ; Même si l'on distingue volontairement ces deux résolutions,
– opération d'érosion : B est-il complètement inclus dans E ? elles sont en réalité liées entre elles par une fonction de
Les réponses positives forment l'ensemble à éroder. Cette transfert de modulation.
opération peut être considérée comme un « rétrécisse-
ment » de l'image d'origine. 4.1. Rapports signal sur bruit, rapport contraste
Il est possible d'appliquer ces opérations de dilatation et sur bruit et résolution en contraste d'une image
d'érosion par paires, on décrit alors les opérations d'ouver- numérique
ture et de fermeture (figure 1.32) :
– ouverture : c'est la succession d'une érosion suivie d'une La résolution en contraste (RC) d'une image correspond à la
dilatation avec un même élément structurant (B) ; capacité qu'a une image à présenter deux structures dont
– fermeture : c'est la succession d'une dilatation suivie d'une l'intensité physique du signal d'origine est proche. Plusieurs
érosion avec un même élément structurant (B). paramètres influencent ce critère qualitatif :
Ces opérations servent d'un point de vue morphologique : – la qualité du signal détecté : plus le rapport S/B est élevé,
– à la séparation en plusieurs composantes connexes plus il sera facile de distinguer des structures d'intensité
(ouverture) (figure 1.33B) ; proches ; en effet, la faculté de pouvoir différencier deux
– à la fusion de composantes séparées (fermeture) tissus est plus justement appréciée par la notion de
(figure 1.33A). contraste sur bruit (C/B) (figure 1.34) ;
– au débruitage de la forme : l'ouverture enlève les pics iso- – la précision de la quantification : plus l'échelle de quanti-
lés, et la fermeture les creux isolés (figure 1.33C) ; fication est élevée, plus la transmission numérique des
– au lissage de la forme : l'ouverture lisse les bosses et la fer- valeurs d'amplitude sera précise, ce qui augmente poten-
meture lisse les creux. tiellement la RC ;
– l'application de filtres « mous » permet de filtrer les bruits
situés dans les fréquences élevées et par conséquent
4. Critères qualitatifs d'une image d'améliorer le rapport C/B ;
numérique – en imagerie numérique le rétrécissement de la largeur de
la fenêtre, pour un niveau centré sur le tissu à étudier, per-
La résolution en contraste (RC) et la résolution spatiale (RS) met de révéler les contrastes qui existent sur l'image en
sont les principaux critères qualitatifs d'une image acquise. compensant les limites physiologiques de l'œil (figure 1.35).
Ces deux critères qualitatifs ne s'exprimeront pleinement Contrairement aux filtres, l'opération de fenêtrage ne
qu'à condition de bénéficier d'un rapport signal sur bruit modifie pas les valeurs des pixels et par conséquent le
(S/B) élevé. Tous ces éléments sont étroitement liés aux per- rapport C/B !

Figure 1.33  Applications des filtres morphologiques.

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Figure 1.34  Notions de contraste et de rapport contraste sur bruit.


Dans cet exemple, bien que le contraste existant entre les deux objets A et B de la situation 2 (C = 33 %) est plus élevé que dans la situation 1 (C = 12,5 %),
les rapports C/B sont identiques (C/B = 2,5) dans les deux situations du fait de la part plus importante de bruit dans la situation 2 (B = 18) par rapport à
la situation 1 (B = 8). Ainsi, le contraste entre les deux objets A et B sur l'image finale sera peu perceptible dans les deux situations.

Figure 1.35  Scanner cérébrale de l'encéphale après application d'un filtre mou.


L'opération de fenêtrage permet par la modification de sa largeur (WW) de modifier le contraste de l'image affichée sans pour autant modifier les valeurs
natives des pixels. Le rapport C/B n'est ainsi pas modifié, il est juste révélé à l'affichage.

4.2. Comment calculer les rapports S/B et C/B qualité visuelle offerte pour l'identification d'une forme
en imagerie médicale (figure 1.36) ? ou d'une structure sur une image. En pratique, la matrice
En imagerie médicale, on admet que le rapport signal sur image discrète est obtenue après acquisition du signal par
bruit peut être calculé en plaçant deux régions d'intérêt le capteur, numérisation et reconstruction tomogra-
(region of interest ou ROI) sur l'image ; l'une sur le tissu à étu- phique, transformée de Fourier ou tout simplement par
dier (ROItissu), l'autre dans l'air (ROIair). Le S/B se calcule en affichage direct des informations en provenance du
faisant le rapport entre l'intensité moyenne de ROItissu sur détecteur lorsque celui-ci est présent sous forme matri-
l'écart type (σ) de la ROIair. cielle (ex.  : capteur plan en radiologie, capteur CCD en
Pour calculer les rapports contraste sur bruit, on place photographie).
une ROI sur chaque tissu (ROI tissu  A et ROI tissu  B) ainsi La résolution spatiale dépend d'un nombre élevé de facteurs
qu'une ROI dans l'air (ROIair). Le C/B se calcule en faisant propres à chaque modalité d'imagerie. La résolution spa-
la différence de signal moyen des deux ROI tissulaires tiale finale dépend :
(ROItissu  A − ROI tissu  B) rapportée à l'écart type (σ) de la – d'une part de la qualité de la chaîne technologique s'éta-
ROIair. lant de l'émission à la réception du signal donc des don-
nées brutes (raw datas), on peut alors parler de résolution
spatiale effective ;
4.3. Comment définir et évaluer la résolution – d'autre part de l'ensemble des processus informatiques
spatiale d'une image acquise ? appliqués sur les données brutes permettant l'obtention
La résolution spatiale d'une modalité d'imagerie peut se de l'image numérique finale, on peut alors parler de réso-
définir de manière qualitative comme la netteté ou la lution spatiale numérique.

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Figure 1.36  Exemples de calculs de contraste, de S/B et de C/B.


Dans cet exemple, on observe que les deux images ont le même contraste (C = 15 %), cependant le rapport C/B diffère (C/B = 2,2 à gauche ; C/B = 4,1 à
droite). Cela démontre bien que c'est bien le rapport C/B qui permet d'apprécier le contraste de l'image.

La résolution spatiale effective (ou intrinsèque à la moda- – soit comme la distance minimale séparant deux structures
lité) tient compte des limites physiques liées au phénomène adjacentes à signal élevé ; cette définition est considérée
étudié et aux performances des systèmes de détection ; elle comme étant la plus pertinente.
intègre les erreurs de l'ensemble de la chaîne de mesure, ce La résolution spatiale d'un appareil d'imagerie est exclu-
qui signifie concrètement que le phénomène physique et la sivement estimée à partir de mesures effectuées sur des
chaîne technologique de détection sont des facteurs fantômes de résolution ; elle seule détermine quanti-
­limitant. L'étape numérique qui suit permet de révéler au tativement le pouvoir de séparation spatiale des struc-
mieux la résolution spatiale effective au travers du traite- tures d'une image. Chaque modalité possède son type
ment des données brutes (raw datas). de fantôme de résolution. Il faut garder en mémoire
La résolution spatiale numérique concerne l'ensemble qu'il s'agit d'un moyen objectif de mesure des perfor-
des traitements (algorithmes de reconstruction et de mances d'un appareil à des fins de comparaison ou de
correction, filtres…) effectués sur les données brutes contrôle de qualité, mais dont les conditions d'acquisi-
pour atteindre une image finale. Limiter cette résolution tion ne sont pas nécessairement celles mises en œuvre
aux dimensions des pixels de l'image finale est réducteur, en routine clinique.
même si le nombre de paires de pixels par unité de dis- Plusieurs méthodes permettent d'évaluer la résolution spa-
tance correspond à la résolution spatiale maximale théo- tiale d'un dispositif (figure 1.38) :
riquement accessible sur l'image numérique affichée. – étudier la fonction de dispersion d'un point unique
À titre d'exemple, la figure 1.37 classe et liste la chaîne d'élé- (point spread function ou PSF), intense et le plus fin pos-
ments qui impactent la résolution spatiale de l'image finale sible (figure  1.38A,B). La résolution spatiale est alors
en scanner X et en IRM. définie comme la largeur à mi-hauteur (full width et
Pour une modalité d'imagerie donnée, la résolution spatiale half maximum ou FWHM) de la fonction de dispersion
pourrait être définie : dont l'allure peut suivre par exemple une distribution
– soit comme la taille minimale d'une structure de l'objet gaussienne. En réalité, la FWHM correspond à la dis-
qu'il est possible de distinguer au travers de la chaîne de tance minimale permettant de déparer 2  points sur
mesure ; l'image finale, ce qui correspond bien à la définition de la

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Numérisation et traitements d'images

Figure 1.37  Éléments qui influencent la résolution spatiale finale d'une image obtenue en TDM et en IRM.

Figure 1.38  Méthodes permettant de quantifier la résolution spatiale.

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Numérisation et traitements d'images

Figure 1.39  En considérant que l'on réalise des images de deux objets théoriquement ponctuels et intenses se rapprochant, chaque point se présen-
tera sur l'image sous forme d'une « tache » dont la dispersion viendra limiter la résolution spatiale.
Lorsque la distance de séparation (D) de ces deux objets est supérieure à la largeur à mi-hauteur (LMH) de la fonction de dispersion d'un point (PSF), on
reste dans des conditions où la somme des deux signaux reste inférieure à l'intensité maximale observée au centre des objets, ainsi un contraste existe entre
les 2 points. Quand D < LMH, alors les 2 points se confondent et ne peuvent être distingués par manque de contraste. La plus petite distance permettant
de visualiser la séparation des 2 points correspond à la LMH (D = LMH), qui définit ainsi la résolution spatiale maximale. (On considère que la PSF est une
distribution gaussienne.)

­résolution ­spatiale (figure 1.39) ! En pratique, on travaille technique permet de tracer une fonction de transfert de
sur une ligne dont la fonction de dispersion (line spred modulation (modulation transfert function ou MTF),
function ou LSF) dans deux directions sur trois est iden- reliant le contraste à la résolution spatiale, caractéristique
tique à celle d'un point ; de la chaîne de mesure (figure  1.38C). Généralement, la
– exploiter une transition à haut contraste pour y analyser valeur de la FTM à 10 % (MTF10) est retenue pour quantifier
la fonction de dispersion de bord (edge spread function la résolution spatiale sous forme fréquentielle.
ou ESF). La résolution spatiale peut alors être définie par Ces méthodes, utilisant à chaque fois un fantôme différent, sont
la distance séparant les intensités à 10  % et 90  % pourtant liées entre elles par des relations mathématiques :
(figure 1.38B) ; – a fonction de dispersion d'un point (PSF) étant la dérivée
– travailler sur une mire d'alternances dégressives expri- de la fonction de dispersion d'un bord (ESF) ;
mées en paires de lignes par unité de longueur. La résolu- – la fonction de transfert de modulation (MTF) étant la
tion spatiale est atteinte lorsque deux lignes côte à côte se transformée de Fourier de la fonction de dispersion d'un
confondent par manque de contraste (< 10  %). Cette point (PSF).

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Numérisation et traitements d'images

Pour aller plus loin  : méthode d'élaboration du tracé 5. La numérisation


de la FTM (figure 1.40)
en imagerie médicale
Prenons par exemple une mire test en échelon comportant plu-
sieurs fréquences spatiales dont on a représenté l'intensité Ce n'est que lors de cette dernière décennie que la numérisa-
(niveaux de gris) en fonction de la distance. Puis traçons le pro- tion a su s'imposer dans le monde de la radiologie convention-
fil de l'intensité de l'image fournie par l'appareil en fonction de
la distance. On obtient le tracé de la FTM en traçant le rapport
nelle. Pourtant, la numérisation en imagerie médicale ne date
de FTM = (IMax − IMin)/(IMax + IMin) en fonction de la fréquence pas d'hier  ! En effet, certaines modalités telles que le scanner et
spatiale F. On observe que la relation permettant de calculer la l'IRM ne peuvent exister sans elle. La nécessité du fenêtrage et
FTM n'est autre que celle qui permet d'exprimer le contraste ! un passage quasi systématique par l'espace  k conditionnent
La courbe FTM lie ainsi la résolution en contraste à la résolu- les techniques d'imagerie de coupe. Nous décrirons dans un
tion spatiale. premier temps l'origine du signal des différentes modalités
d'imagerie, avant de nous intéresser aux paramètres géomé-
Le choix de la méthode employé dépend de la modalité étu- triques caractéristiques de l'imagerie de coupe.
diée. À titre d'exemple :
– l'imagerie par rayons X (scanner X, radiographie) exploite 5.1. Quelles sont les données physiques étudiées ?
des fantômes présentant des alternances à fréquence Chaque technique utilisée en imagerie médicale fournit une
croissante pour en extraire la FTM. La résolution spatiale image numérique qui représente un phénomène physique spé-
est alors définie par la valeur FTM10. Note : la valeur de la cifique. Tout processus de numérisation impose l'obtention
FTM à 50 % (FTM50) permet également de servir d'indica- d'un courant électrique caractéristique du phénomène étudié :
teur complémentaire ; – en radiologie conventionnelle et en scanner X, ce sont
– la médecine nucléaire utilise souvent la méthode de dis- les profils d'atténuation récupérés, après traversée du
persion d'un point et quantifie la résolution spatiale sous patient, qui forment le signal à numériser ; ce signal est issu
la valeur de la largeur à mi-hauteur (FWHM). d'une conversion des rayons X en courant électrique ;

Figure 1.40  Méthode d'élaboration du tracé de la FTM à partir d'un fantôme présentant des mires d'alternances croissantes.

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Numérisation et traitements d'images

Ce qui est acquis Représentation plane d'une coupe


n
tio

Taille de la matrice
isi

Dimensions du
qu

Voxel = échantillon (Ny lignes x Nx colonnes) champ de vue (Fov)


ac

volumique (3D)
d'
e
m
lu
Vo

Distance en y
Ny lignes
Nx colonnes
Une coupe Distance en x
Epaisseur de coupe
Pixel = échantillon 2D

Figure 1.41  Caractéristiques géométriques d'une coupe numérique : champ de vue (Fov), matrice, épaisseur de coupe, pixels et voxels.

– en médecine nucléaire (MN), ce sont les reliefs des pho- 5.3. De quelle manière les paramètres
tons gammas émis par le patient et convertis en courant géométriques influencent-ils la résolution
qui forment le signal à numériser ; spatiale et en contraste ?
– en IRM, c'est le signal de résonance magnétique
Volume des voxels
nucléaire (RMN), émis par le patient, recueilli et trans-
formé en courant électrique par une antenne, qui sera La résolution spatiale (RS) et le contraste (RC) d'une coupe
numérisé ; (TDM, IRM, MN) sont en partie dus aux dimensions des
– en échographie, ce sont les variations de pression voxels.
(échos ultrasonores) recueillis sur la sonde d'échogra- Plus le volume du voxel est faible, meilleur sera l'échantil-
phie (transducteur) qui provoquent ainsi l'apparition lonnage tridimensionnel ; la RS peut ainsi être « potentiel-
d'un signal électrique qui est amplifié, traité, puis lement » élevée (figure 1.42). Pour diminuer la taille du voxel,
numérisé. on peut soit :
– diminuer la taille du champ de vue et/ou augmenter la
taille de la matrice : pixel de taille réduite ;
5.2. Quels sont les paramètres géométriques
– diminuer l'épaisseur de coupe  : diminution de l'effet de
accessibles en image en coupe ? volume partiel.
Le champ de vue (field of view ou FOV), la matrice et Mais l'expression de la résolution spatiale nécessite un rap-
l'épaisseur de la coupe sont les trois paramètres géomé- port S/B suffisant permettant d'effectuer une discrimina-
triques qui caractérisent une coupe radiologique tion en contraste de qualité.
(figure  1.41). Ils sont accessibles par l'utilisateur et La résolution en contraste d'une coupe radiologique est
affectent directement le volume du voxel (échantillon directement liée à la « quantité de signal » contenue dans
volumique) et sa représentation plane : le pixel (échan- un voxel (figure 1.43). Pour une qualité de détection et une
tillon du plan). taille de voxel donnée, la quantité de signal par voxel aug-
Le volume du voxel est lié à la taille du pixel et à l'épaisseur mente avec :
de la coupe. – l'irradiation en TDM ;
La taille du pixel en x et y est déterminée, selon chaque axe, – la durée de la séquence en IRM ;
par le rapport entre le champ de vue et la matrice. – la durée d'observation en MN.
La résolution en contraste est ainsi directement propor-
tionnelle aux dimensions du voxel. Pour augmenter ce
dernier, on peut soit épaissir la coupe, soit augmenter la
Exemple taille du pixel (diminution de la matrice ou augmentation
Exemple de calcul des dimensions des pixels et des voxels du Fov).
constituant la coupe suivante :
Fov = 220 × 220 mm ; matrice = 384 × 384 ; épaisseur = 3 mm Une histoire de compromis
Dimensions pixel = Fovx/matricex × Fovy/matricey Toute modification de paramètres permettant une amélio-
= 220/384 × 220/384 = 0,57 × 0,57 mm ration de la résolution spatiale entraîne inévitablement une
Dimensions voxel = dimensions pixel × épaisseur diminution du rapport S/B et donc de la résolution en
= 0,57 × 0,57 × 3 mm = 0,97 mm3
contraste.

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IRM ORL Axiale T1

Fov : Fov :
210 x 280 mm 210 x 280 mm

Matrice : Matrice :
192 x 256 384 x 512

Taille du pixel : Taille du pixel :


1,1 x 1,1 mm 0,55 x 0,55 mm

IRM CAI Axiale T1


Fov : Fov :
250 x 250 mm 250 x 250 mm

Matrice : Matrice :
512 x 512 512 x 512

Epaisseur : Epaisseur :
4 mm 2 mm
Taille du voxel : Taille du voxel :
0,5 x 0,5 x 4 mm 0,5 x 0,5 x 2 mm

Figure 1.42  Influence de la taille du pixel et des dimensions du voxel sur la résolution spatiale.

TDM Crâne Axiale

Fov : Fov :
210 x 210 mm 210 x 210 mm

Matrice : Matrice :
512 x 512 512 x 512

Filtre "mou" Filtre "mou"

Epaisseur : Epaisseur :
1 mm 5 mm

IRM Epaule Sagittale T1

Fov : Fov :
160 x 160 mm 160 x 160 mm
Matrice : Matrice :
320 x 320 320 x 320

Epaisseur : Epaisseur :
3 mm 3 mm

Temps d'acquisition : Temps d'acquisition :


1 minute 10 4 minute 40

Figure 1.43  Exemples d'éléments influençant la résolution en contraste de coupes radiologiques.

Le rapport S/B constitue le facteur limitant les perfor- Seule une amélioration notable du rapport signal sur bruit
mances en termes de contraste et par conséquent de permettra de dépasser cette limite qui ne devra pas se faire
résolution spatiale. En effet, même si les possibilités de aux dépens du patient, à savoir :
résolutions spatiales sont théoriquement très élevées – ne pas augmenter la dose délivrée en TDM ;
(accès à des voxels de petites tailles), ces dernières ne sont – maintenir des temps d'acquisition acceptables en IRM.
que très rarement atteintes par manque de contraste (voir Dans ce sens, les constructeurs ne cessent d'améliorer
plus haut Comment définir et évaluer la résolution spatiale leurs systèmes de détection (sensibilité, géométrie fine,
d'une image acquise ?). efficacité de détection quantique…). Les performances

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Numérisation et traitements d'images

Figure 1.44  Images de souris et de fantôme obtenues sur un scanner X préclinique et clinique.


Source : images P. Choquet – CHU de Strasbourg.

les plus impressionnantes en termes de résolution spa- Problématiques


tiale proviennent des appareils dédiés au petit animal – Quels attributs (= informations) de l'image utiliser pour
(figure 1.44). guider le recalage ?
– Comment définir la ressemblance ou/et la distance
5.4. Quels sont les traitements et post-traitements
inter-images ?
accessibles en imagerie médicale (notions) ? – Quelle transformation géométrique utiliser pour faire
Les traitements utilisés en imagerie médicale sont correspondre parfaitement l'image (ou volume) source sur
de  plus  en plus nombreux, performants et utiles au l'image (ou volume) cible ?
­diagnostic. Nous décrirons dans un premier temps les – Comment évaluer le résultat ?
traitements de base d'une image 2D, avant d'aborder, Il existe deux types d'approches de recalage (figure 1.45) :
progressivement, des techniques de recalage permettant – le recalage rigide = global : la déformation est la même
d'accéder à  la soustraction et à la fusion d'images ou sur pour l'ensemble de l'image (ou volume) source. Ce
de  volumes. Pour finir, nous développerons les tech- recalage fait intervenir un nombre limité de transforma-
niques de ­p ost-traitement qui s'appliquent à l'ensemble tions  : translation, rotation, agrandissement. Ce type de
d'un volume les plus fréquemment utilisées en routine recalage s'applique principalement pour les recalages
clinique. intra-individu qui permettent notamment :
Fenêtrage, filtrage, manipulations géométriques – la fusion de volumes issus de modalités différentes (ex. :
TEP-TDM). C'est l'une des utilisations principale en pra-
Les techniques de fenêtrage et de filtrage ont été abordées
tique clinique,
dans les paragraphes précédents.
– le suivi longitudinal des lésions pathologiques (atrophie,
Recalage de données acquises hypertrophie…),
Rôle du recalage – le suivi cinétique de volumes issus d'une acquisition
Placer les images dans un même repère volumique (x,y,z) dynamique (ex.  : caractérisation des mouvements car-
pour rendre possible la comparaison, la fusion et la soustrac- diaques en ciné-IRM) ;
tion d'images. – le recalage non rigide : la déformation peut varier locale-
ment dans l'image (ou dans le volume). Il concerne princi-
Principe palement le recalage intra-individu et permet un degré de
On définit une image ou un volume source qui sera trans- liberté plus important. Ses applications sont principale-
formé pour correspondre à l'image ou au volume cible. On ment la construction et l'utilisation d'atlas probabilistes
peut considérer que le volume source sera manipulé (défor- pour l'analyse statistique de variations anatomiques ou
mation, transformation) pour correspondre au repère du fonctionnelles, normales ou pathologiques, au sein d'un
volume cible, ce dernier restant fixe. groupe d'individus.

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Numérisation et traitements d'images

Figure 1.45  Méthodes de recalage rigide (A), non rigide (B).

Comment sont réalisés les recalages ? des appareils différents.La détection de ses attributs
Plusieurs approches permettent le recalage d'images : peut soit être réalisée automatiquement par le logi-
– approche manuelle (figure 1.46A) : l'opérateur, en fonc- ciel de recalage, soit être réalisé manuellement par
tion de son expérience et de ses connaissances notam- l'utilisation qui détecte et positionne les marqueurs
ment anatomiques, déforme manuellement la source (de informatiques communs (landmarks) aux deux
manière rigide ou non rigide) pour la faire correspondre à images ;
la cible ; – à l'aide d'attributs iconiques (figure  1.46C)  : ils sont
– à l'aide d'attributs géométriques communs aux deux intrinsèques, le critère de similarité est guidé par les
volumes (repères remarquables) (figure 1.46B) : points, contrastes de l'image ;
courbes, surfaces. Les marqueurs remarquables sont – en combinant les approches géométriques et iconiques.
soit : Applications du recalage
– des attributs intrinsèques = information issue directe- Une fois les séries d'images recalées, il sera possible de
ment des images. Cela peut être des marqueurs remar- réaliser des soustractions et des fusions d'images ou de
quables au niveau anatomique par exemple, volumes :
– des attributs extrinsèques = marqueurs externes au – au sein d'un même individu pour une même modalité
sujet et communs aux deux groupes d'images (source (=  recalage intra-individu monomodal)  : suivi cinétique
et cible). Ce principe est particulièrement intéressant d'un organe, ou suivi longitudinal (dans le temps) de l'évo-
en regard d'acquisitions multimodales réalisées sur lution de la normalité ou de la pathologie ;

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Numérisation et traitements d'images

Figure 1.46  Les différentes approches de recalage : approche manuelle (A), par attributs géométriques (B), par attributs iconiques (C).

– au sein de plusieurs individus pour une même modalité l'analyse des images (surtout en imagerie vasculaire), et de
(= recalage inter-individu monomodal) : mettre en évidence certaines pathologies (ex.  : scintigra-
– mise en correspondance d'images provenant de sujets phie parathyroïdienne).
différents pour la construction et l'utilisation d'atlas pro- La technique de soustraction est très utile en radiologie vas-
babilistes (de la normalité notamment), culaire (digital substraction angiography ou DSA), elle per-
– mise en correspondance d'un individu et d'un atlas de met une étude unique des structures vasculaires sans être
référence ; gêné par des superpositions osseuses. Pour cela, on soustrait
– au sein d'un même individu pour plusieurs modalités à une image injectée une image non injectée appelée
(= recalage intra-individu multimodal) : fusion d'informa- masque. La réussite de cette technique est liée à la parfaite
tions distinctes (le plus souvent, fonctionnelles versus correspondance topographique des images réalisées avant
morphologiques). C'est l'application la plus courante en et après injection (figure 1.47). Tout mouvement du patient
routine clinique (voir ci-dessous). entre ces deux séries d'images altère voire rend inefficace
Soustractions et fusions de données acquises cette méthode.
Tout comme en radiologie vasculaire, la méthode de sous-
Une fois les volumes acquis recalés, il est facile de réaliser des
traction permet d'améliorer en imagerie de coupe l'étude
opérations de soustraction et de fusion. Nous présentons
des structures vasculaires.
dans ce qui suit quelques applications de cette technique.
Cette méthode est très utilisée en angio-IRM (figure 1.48) ;
Soustractions en revanche, elle est plus rarement utilisée en TDM, car elle
Cette technique consiste à soustraire deux séries d'images nécessite un passage sans injection, plus difficile à justifier du
réalisées le plus souvent sur une même modalité. Elle per- point de vue du consensus ALARA pour as low as reasonably
met d'effacer les structures gênantes, améliorant ainsi achievable.

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Figure 1.47.  Exemple de soustraction réalisée à partir d'une artériographie carotidienne

Angio-IRM des troncs supra aortiques

Avec injection Sans injection Angiographie

Angio-IRM abdominale

Sans soustraction Avec soustraction

Figure 1.48  Apport de la soustraction en angio-IRM.


Source : images P. Anstett.

Dans tous les cas, le bon déroulement de cette technique Fusions de données
demande une immobilisation parfaite du patient (entre La fusion multimodale consiste à faire correspondre d'un
les deux séries d'images), mais aussi l'utilisation de séries point de vue spatial des images acquises avec des tech-
recalées ou des séries « clones » d'un même examen (= para- niques différentes. Cette méthode permet d'améliorer l'in-
mètres identiques : inclinaison, nombre de coupes, épaisseur, formation diagnostique en associant la sensibilité et la
matrice, champ de vue). spécificité de plusieurs modalités. Le plus souvent, on
En médecine nucléaire souhaite superposer une image fonctionnelle (tomogra-
La méthode de soustraction est fréquemment utilisée en phie par émission de positons ou TEP, tomographie d'émis-
scintigraphie parathyroïdienne. On parle alors de soustrac- sion monophotonique ou TEMP, IRM fonctionnelle ou
tion à double traceur (99mTC-sestaMIBI – 123I) afin de IRMf…) à une image anatomique (TDM, IRM…). En routine
mettre en évidence des adénomes parathyroïdiens clinique, on fusionne essentiellement des images prove-
(figure  1.49). Cette méthode s'utilise aussi en scintigraphie nant d'un même patient. Par convention, les données fonc-
cérébrale : soustraction entre études percritique et intercri- tionnelles sont présentées avec une LUT colorimétrique et
tique dans le cas d'une épilepsie. les informations anatomiques en niveau de gris.

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Scintigraphie parathyroïdienne

Soustraction :
Tc99m - Sesta MIBI – Iode123 =
adénome parathyroïdien
Figure 1.49  Apport de la soustraction en médecine nucléaire.

Figure 1.50  Exemple de fusion réalisée en IRM fonctionnelle.


Les informations fonctionnelles (en couleurs) sont fusionnées avec des images IRM morphologiques.
Source : images S. Kremer.

TEP + TDM = Fusion : TEP / TDM


Figure 1.51  Exemple de fusion réalisée en TEP/TDM.

Quelques applications de la fusion multimodale : surtout de guider l'étape de correction d'atténuation néces-
– en neurologie, la fusion d'images anatomiques IRM avec des saire à la formation d'images TEP (figure 1.51) ;
études fonctionnelles (IRMf, spectro-IRM, TEP, TEMP…) – en imagerie interventionnelle et en chirurgie pour guider
permet une corrélation anatomo-fonctionnelle utile dans les les gestes du médecin. Il est en effet possible de recaler et
études préchirurgicales (épilepsie, tumeurs…) (figure 1.50) ; donc de fusionner la progression de l'outil du chirurgien en
– en oncologie, l'association d'images TEP (ou TEMP) avec des temps réel sur un bloc d'images TDM ou IRM : on parle alors
coupes TDM permet d'une part un repérage anatomique de chirurgie guidée par l'image. Très développée en neuro­
des lésions tumorales mais le scanner permet également et chirurgie (car le crâne reste une structure facile à « caler »),

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cette technique s'étend progressivement à l'ensemble des elles présentaient des qualités médiocres et demandaient
chirurgies. Des laboratoires de recherche poussent la perfor- des temps de calculs longs.
mance encore plus loin réalisant des recalages, en temps Depuis le début des années 2000, avec l'amélioration des perfor-
réels déformant l'image au rythme des mouvements physio- mances technologiques et informatiques des appareils TDM et
logiques du patient (respiration, battements cardiaques). IRM, l'isotropie du voxel a pu être atteinte en routine (figure 1.52).
L'isotropie correspond à l'obtention d'un voxel cubique (iso-
Reconstructions d'acquisitions volumiques trope), générant une résolution spatiale équivalente dans les
(empilement de coupes) trois plans de l'espace. Des voxels de taille inférieure ou égale à
L'empilement de coupes TDM, IRM ou échographiques per- 1 mm3 permettent de réaliser des post-traitements efficients.
met de créer, dans la mémoire de l'ordinateur, un « patient La systématisation des acquisitions isotropes tend à évincer
virtuel » à base de voxels. la notion d'épaisseur de coupe d'acquisition. En effet, l'acqui-
Il est ainsi possible de naviguer en deux ou trois dimensions sition ne se définit plus par l'épaisseur des coupes mais par
dans le corps du patient. Différentes techniques de visualisa- les dimensions des voxels acquis qui définissent l'échantil-
tion avaient été développées à partir des années 1980, mais lonnage tridimensionnel du volume exploré.

Figure 1.52  Exemple d'acquisition volumique non isotrope (images du haut) et isotrope (images du bas).
L'isotropie permet en théorie d'atteindre des résolutions spatiales équivalentes dans les trois directions de l'espace.

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Numérisation et traitements d'images

Reconstructions multiplanaires (MPR) inférieure aux dimensions du voxel. L'épaississement des coupes
La technique MPR (multiplanar reconstruction) consiste à est possible et permet une augmentation relative du rapport
extraire des coupes du volume virtuel dans n'importe quel S/B améliorant ainsi la résolution en contraste de l'image.
plan de l'espace en s'appuyant sur les coordonnées spatiales La technique MPR est régulièrement utilisée en TDM et en
de chaque voxel. L'opération consiste à ne sélectionner que IRM pour visualiser une région anatomique dans des plans
les voxels qui ont les coordonnées du plan choisi (figure 1.53). anatomiques propres à chaque structure (figure 1.54), ce
L'opérateur peut choisir l'épaisseur et l'incrément de recons- qui impose à l'opérateur des connaissances anatomiques
truction. L'épaisseur des coupes ne peut cependant pas être pointues.

Figure 1.53  Principe de la technique MPR.

Figure 1.54  Arthroscanner d'une épaule droite.


Reconstructions multiplanaires (MPR) dans un plan coronal oblique et dans un plan sagittal oblique.

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Numérisation et traitements d'images

Une variante, appelée MPR curviligne, consiste à obtenir Une autre variante consiste à appliquer cette technique MIP
une image ne correspondant pas à un plan précis, mais à la sur une coupe dite « épaisse » (de 0,5 à 5 cm) issue de l'empi-
trajectoire « courbe » d'une structure anatomique comme lement de coupes fines. L'intérêt est dans ce cas de faire défi-
un vaisseau (figure 1.55A), un nerf, une pièce osseuse telle ler cette coupe sur l'ensemble de la région étudier, afin de
que la mandibule (figure 1.55B). naviguer dans le volume et de suivre visuellement le trajet
d'une structure donnée.
Projection d'intensité maximale
Cette technique de projection est très utile pour étudier les
(maximal intensity projection ou MIP)
vaisseaux en TDM et en IRM ; elle permet de créer des
Cette technique consiste à projeter sur un même plan, selon images qui s'apparentent aux clichés réalisés en radiologie
une direction donnée (choisie par l'opérateur), les voxels du vasculaire (figure 1.57).
volume qui possèdent les intensités les plus élevées
(figure 1.56A). L'image résultante ne possède aucune information
de profondeur, il y a confusion des plans (figure 1.56B).

Figure 1.55  Illustrations des reconstructions MPR curvilignes.


Études curvilignes de l'artère splénique (a), déroulement de la mandibule avec coupes MPR orthogonales associées (b).

Figure 1.56  Principe de la technique MIP.

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Chapitre 1 Imagerie médicale
Numérisation et traitements d'images

Figure 1.57  Application de la méthode MIP sur une angio-IRM vasculaire par temps de vol (TOF). Étude du cercle artériel cérébral (de Willis) en pro-
jection de face (image de gauche) et en projection supérieure (image de droite).

Projection d'intensité minimale (minimal intensity projection présenter en 3D le volume cible et les organes sensibles à
ou MinIP) préserver. L'obtention de ces volumes permet alors de guider
À l'inverse du MIP, le MinIP ne tient compte que des voxels la simulation dosimétrique du traitement. Cette technique
aux intensités les plus faibles. peut aussi être exploitée en chirurgie lors de l'étape de
Ce mode, peu utilisé, trouve un intérêt dans l'étude des plani­fication du geste. En effet, les volumes 3D créés sont
structures aériques  : bronches (figure  1.58), emphysème, des objets virtuels pouvant être manipulés, sectionnés,
cavités digestives, pneumo-péritoine… déformés, etc. avec des logiciels spécifiques.
La première étape consiste à segmenter l'organe ou la
Rendu de surface (surface rendering ou SR) structure en question. Pour cela, plusieurs stratégies existent.
Le rendu de surface est une technique qui permet de repré- On retrouve principalement les méthodes de :
senter, en volume, la surface de structures anatomiques – segmentation manuelle : l'opérateur effectue manuelle-
regroupant des voxels d'intensité proche. Le mode 3D surfa- ment, coupe par coupe, le contour du volume d'intérêt.
cique propose des rendus certes « esthétiques » mais qui Cette technique est chronophage mais se révèle tout de
aident de manière peu significative au diagnostic, ce mode même efficace et précise pour un utilisateur expérimenté
n'est donc pas utilisé en routine par les radiologues. Cette ayant des prérequis indispensables en morphologie nor-
technique est davantage exploitée en radiothérapie pour male et pathologique. Cette méthode est utilisée quoti-
diennement lors de la phase de simulation dosimétrique
en radiothérapie ;
– segmentation basée sur les valeurs des pixels :
– on peut ainsi travailler sur l'histogramme du volume et
définir un seuil permettant de sélectionner des voxels
d'une même structure. Cette technique n'est que peut
efficace et trouve quasi exclusivement une application
en scanner X car les valeurs des voxels sont calibrées en
unité Hounsfield (figure 1.59),
– on peut exploiter une méthode de croissance de
région. L'opération consiste, à partir d'un voxel de réfé-
rence situé dans la structure à segmenter, à définir une
gamme de valeurs d'intensité (centrées sur la valeur du
voxel de référence) qui seront intégrées dans le volume.
Le processus consiste alors à analyser progressivement
les valeurs des voxels situés autour du voxel de référence.
Si ces voxels sont dans la gamme d'intensité program-
mée, ils seront inclus dans le volume final, les autres en
seront exclus. Le volume croît alors progressivement et
le processus s'arrête automatiquement.La qualité du
résultat de ces deux familles de méthodes est aléatoire,
car elle dépend du choix de seuils ;
Figure 1.58  Exemple de MinIP sur un scanner thoracique : projection de – segmentation basée sur des algorithmes complexes.
face, mise en évidence de l'arbre bronchique. Certains algorithmes exploitent les différences de contraste

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Imagerie médicale Chapitre 1
Numérisation et traitements d'images

Figure 1.59  Principe de segmentation par seuillage sur l'histogramme.


Histogramme du volume et programmation de trois seuils (A). Segmentation 2D (B) et 3D (C).

pour délimiter des frontières des organes et ainsi procéder ainsi l'effet 3D escompté. L'intensité et la position de la
à une segmentation plus fine, pouvant être améliorée par source lumineuse virtuelle peuvent être choisies par
des filtres morphologiques (fermeture, ouverture). Ces l'utilisateur.
options ne sont pas installées sur les stations de travail Dans tous les cas, la qualité du résultat final dépend en
présentes dans les services d'imagerie clinique. Elles sont grande partie de la précision de l'étape de segmentation.
encore actuellement exploitées dans les laboratoires de
recherche, mais leur développement intense trouvera pro- Rendu de volume (volume rendering ou VR)
bablement des applications exploitables en routine Contrairement au rendu de surface :
clinique. – le rendu de volume est une technique de représentation
La deuxième étape consiste à matérialiser le ou les volumes volumique exploitée en routine clinique ;
segmentés. Cette opération permet de relier les voxels cor- – tous les voxels sont pris en compte dans la formation de
respondant à la surface de la structure entre eux : c'est l'opé- l'image : les voxels qu'on ne souhaite pas voir apparaître
ration de maillage. Là encore, différents processus plus ou dans le volume ne seront pas éliminés du volume mais
moins complexes existent. seront rendus transparents !
La troisième étape consiste à générer des surfaces au niveau Pour cela, on agit sur l'histogramme représentatif du volume
des mailles (couleur, plaquage de texture, degré de transpa- d'acquisition en appliquant à chaque valeur de voxels une
rence…) et d'appliquer une source lumineuse virtuelle opacité définie par une (voire plusieurs) fonction de trans-
capable d'éclairer l'objet et de générer des ombrages créant fert (figure 1.60). Tout comme en rendu de surface, un effet

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Chapitre 1 Imagerie médicale
Numérisation et traitements d'images

pseudo-surfacique peut être obtenu par la mise en place chirurgiens (figure 1.61). En IRM, cette technique ne sert qu'à
d'une source lumineuse virtuelle. illustrer certaines études angiographiques (figure 1.62).
L'image résultante représente l'ensemble des voxels pondé- Tout comme en technique MIP, une variante consiste à attri-
rés en opacité par la fonction de transfert utilisée. C'est la buer un rendu volumique à coupe dite « épaisse » (de 0,5 à
forme, la position et le choix de la table de correspondance 5  cm) issu de l'empilement de coupes fines. L'intérêt est de
(LUT) associée à la fonction de transfert qui déterminent naviguer dans le volume selon une direction et de suivre visuel-
l'allure finale de l'image. L'opérateur peut agir directement lement le trajet d'une structure affectée d'un effet volumique.
sur ces paramètres, mais l'opération n'est pas forcément
intuitive, ce qui demande un entraînement régulier de la
part des utilisateurs. Note  : possibilités de découpe en MIP-3D et en
Le rendu de volume est une technique qui s'adapte particu- rendu de volume
lièrement en scanner grâce à la quasi-constance de la répar- Les volumes obtenus en technique MIP-3D et rendu volu-
tition des intensités tissulaires (en unité Hounsfield) sous mique peuvent encore subir des opérations de découpe. En
l'histogramme, ce qui n'est pas le cas en IRM (dont les inten- effet, pour permettre l'étude de structures internes au
sités sont multiparamétriques). volume, il est intéressant de naviguer dans ce dernier en
En TDM, le rendu de volume permet une analyse tridimen- effectuant des découpes orthogonales ou manuelles à l'aide
de ciseaux virtuels (figure 1.63).
sionnelle des vaisseaux et des os utiles aux radiologues et aux

Figure 1.60  Principe du rendu de volume : présentation de la fonction de transfert sur l'histogramme.


On procède ainsi à un « fenêtrage » mixte (opacité + couleur).

Histogramme TDM Histogramme TDM Histogramme TDM

Figure 1.61  Exemples de reconstructions obtenues en rendu de volume (RV), avec différentes positions de fonction de transfert.

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Imagerie médicale Chapitre 1
Numérisation et traitements d'images

Figure 1.62  Application de la méthode de rendu volumique (RV) sur une angio-IRM vasculaire par temps de vol (TOF).
Étude de cercle artériel cérébral (de Willis) en vue antérieure (image de gauche) et en vue supérieure (image de droite).
Découpe en Rendu de Volume
Découpe en MIP "3D"

Figure 1.63  Découpes de volumes réalisées en technique de rendu de volume et en MIP.


Cette méthode permet d'éviter les superpositions gênantes et laisse apparaître de nouvelles structures.

Endoscopie virtuelle Elle est particulièrement adaptée à l'étude des structures


L'endoscopie virtuelle est une technique de navigation se cavitaires comme le côlon et les bronches.
fondant sur les possibilités qu'offrent les représentations tri- Comme en endoscopie classique, il devient possible, grâce à
dimensionnelles disponibles en technique de rendu surfa- cette technique, de naviguer dans une bronche, un intes-
cique ou volumique. tin…, mais cela de manière virtuelle et donc non traumati-
sante pour le patient.

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Numérisation et traitements d'images

En pratique, la technique consiste à déplacer un curseur, La technique d'endoscopie virtuelle est principalement utili-
matérialiser dans les trois plans de l'espace (MPR-3D), le sée pour l'étude du côlon, les applications bronchiques sont
long du canal étudié (figure  1.64). Comme en rendu de plus rares.
volume, l'impression de relief des images obtenues est
Approches quantitatives
produite selon une technique d'éclairage et d'ombrage qui
tient compte de l'éloignement des structures anatomiques Mesures simples de distances, d'angles et d'intensités
par rapport à la position du curseur. Ce dernier étant La numérisation permet d'effectuer directement sur les images
considéré comme l'objectif de l'endoscope virtuel, il sert des mesures de distances, d'angles (figure 1.65) mais aussi des
de référence à la reconstruction informatique des parois mesures ponctuelles ou régionales d'intensités (ROI) :
endoluminales sur 360°. Compte tenu de la possibilité de – les mesures régionales d'intensités (ROI) sont utilisées
vision sphérique sur 360° par rapport au point d'observa- pour estimer des différences de fixation en médecine
tion, il est possible d'obtenir une vision rétrograde d'une nucléaire ou des différences de signal en IRM (ex. : hémo-
lésion ou d'une structure, ce qui est difficile voire impos- chromatose en IRM) ;
sible en endoscopie classique. – les mesures d'angles sont utiles en :
Quelques points limitent cependant cette technique. Tout – orthopédie (figure 1.65) : coxométrie, mesure des dia-
d'abord, il s'agit d'images reconstruites avec un seuillage arbi- mètres du canal lombaire, mesure des TAGT (distance
traire qui pose le problème des faux positifs ou des faux tubérosité tibiale antérieure et gorge trochléenne),
négatifs ; d'autre part, l'effet colorimétrique attribué aux mesure de l'angle de l'arche médiale du pied…,
images est artificiel et ne correspond pas à la vision endosco- – pelvimétrie ;
pique optique des muqueuses, dont l'aspect est souvent – les mesures de distances permettent en IRM et en TDM
utile au repérage de certaines pathologies. d'évaluer, par exemple, la taille d'une lésion tumorale ou

Figure 1.64  Exemple d'endoscopie virtuelle bronchique réalisée en TDM.

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Imagerie médicale Chapitre 1
Numérisation et traitements d'images

Figure 1.65  Exemples de mesures d'angles et de distances sur une radiographie de hanche droite de face et sur des coupes TDM de la colonne
lombaire.

Figure 1.66  Étude de perfusion cérébrale en scanner X.


Acquisition simultanée à l'injection de produit de contraste pendant 1 minute (A), extraction de paramètres sur les courbes de perfusion (B), calculs
d'images paramétriques (C).

d'un anévrisme, et sont utiles à la quantification des sté- dont il est possible d'extraire des paramètres spécifiques
noses. Certains logiciels permettent l'automatisation de (TTP, MTT, CBV, CBF…) qui guideront le calcul d'images
ces mesures. dites paramétriques (figure 1.66) ;
– si l'étude temporelle suit le produit sur plusieurs minutes (en
Courbes de suivis temporels, extractions de paramètres
réalisant une acquisition toutes les 20 secondes par exemple),
et images paramétriques
il est possible d'obtenir, à l'aide de ROI placés dans des tissus
Lors d'une injection de produit de contraste, il est possible normaux et pathologiques, des courbes de rehaussement
de suivre l'évolution des intensités des pixels ou de régions (wash-in) et d'élimination (wash-out) de produit de contraste.
d'intérêt au cours du temps. Ces suivis permettent en géné- Ces suivis sont fréquemment réalisés en IRM pour l'étude des
ral d'obtenir des courbes dynamiques traduisant le passage tumeurs mammaires ou pour l'étude de tumeurs ORL.
du produit de contraste dans un tissu, et ainsi de pouvoir
comparer tissus sains et pathologiques. On peut distinguer Mesures de surface et de volumes
deux types d'analyses dynamiques selon l'organe et la durée Les calculs de surface et de volume sont encore peu utilisés
de l'analyse temporelle : actuellement, mais gagneront du terrain dans l'avenir. Ces
– si l'étude temporelle suit en continue la première minute techniques sont intéressantes pour comparer des volumes
suivant l'injection de produit de contraste, on peut parler pathologiques à des références normales, ou pour réaliser des
d'imagerie de perfusion. La perfusion cérébrale peut ainsi suivis de volumes au court du temps afin de savoir si une
être étudiée en scanner ou en IRM à l'aide d'acquisitions tumeur répond ou non à un traitement par exemple. Ces
qui se répètent toutes les secondes pendant une minute. Il techniques sont encore mal connues, car leur mise en place
est alors possible de suivre la variation de l'intensité de est complexe du fait des difficultés liées aux contraintes de
chaque voxels et ainsi d'obtenir des courbes de perfusions segmentations (voir plus haut Rendu de surface). La recherche

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Chapitre 1 Imagerie médicale
Numérisation et traitements d'images

dans ce domaine est abondante et fertile, et des outils effi- pathologie ou un syndrome ? Les références quantitatives sont
caces de segmentation automatisée donc de ­volumétrie com- encore rares dans ce domaine. L'orthodontie et l'anthropolo-
mencent à voir le jour et sont progressivement intégrés dans gie font office d'exception, car les valeurs morphométriques
les logiciels d'aide au diagnostic. Une autre difficulté est de « normales » du crâne sont abondamment référencées. La
connaître le degré de précision du résultat. En effet dans ce morphométrie des organes « mous » est quant à elle bien plus
contexte, l'imagerie médicale entre progressivement dans la difficile du fait de la complexité des variabilités anatomiques.
science de la métrologie ; les appareils d'imagerie doivent
Bilan
alors être considérés comme des outils de mesure devant par
conséquent être qualifiés et étalonnés afin de proposer des Les possibilités de traiter et de post-traiter des coupes numé-
résultats dont l'incertitude de mesure doit être connue  ! Les riques sont immenses. Les quelques méthodes décrites de
applications actuelles de la volumétrie sont limitées, on retient manière succincte dans les derniers paragraphes ne dévoilent
principalement la volumétrie hépatique. qu'une partie des possibilités offertes actuellement et qui
vont se développer dans l'avenir. Les progrès diagnostiques
Évaluation des formes permis par ces méthodes sont pour certaines validés ;
La quantification des formes (morphométrie) est probable- d'autres restent encore en phase d'évaluation. En effet, les
ment le champ le plus complexe à mettre en œuvre en ima- logiciels d'aide ou diagnostic utilisant des algorithmes de
gerie médicale. Plusieurs algorithmes permettent d'analyser segmentation et d'analyse complexes (volumes, formes…),
la forme (2D et 3D) d'une structure anatomique ou d'un sont en plein essor et commencent à être validés pour la
organe : détection de certaines pathologies (pathologies mammaires,
– approches par points remarquables ; nodules pulmonaires). Cependant, ces techniques sont
– méthodes de grilles déformables ; encore loin de concurrencer un œil radiologique exercé.
– analyses de Fourier elliptique des contours (figure 1.67), Cependant la pertinence des images reconstruites dépend for-
La difficulté réside dans l'interprétation des résultats. En effet, tement de la qualité des images acquises qui sont elles-
comment évaluer qu'une forme ou une autre est associée à une mêmes directement liées à la qualité de la coopération et de

Figure 1.67  Exemple d'une analyse elliptique de Fourier 2D d'une mandibule de souris.


Plus les ellipses sont petites, plus les détails des contours apparaissent.
Source : image F. Bornert – CHU de Strasbourg.

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Imagerie médicale Chapitre 1
Numérisation et traitements d'images

l'installation du patient, ainsi qu'aux performances de la Les modalités d'acquisition par coupes (scanner, IRM, TEP…)
chaîne de détection. Le progrès informatique ne corrigera peuvent produire des empilements de coupes à la résolution
jamais une mauvaise installation ou une négligence concer- isotropique se prêtant à des reconstructions dans tous les
nant la préparation psychologique et physique du patient qui, plans de l'espace et à des représentations tridimensionnelles
bien que de plus en plus confronté aux modalités d'imagerie, virtuelles. Ces mêmes empilements de coupes s'exportent
ne reste pas moins angoissé à l'idée de passer un examen. déjà en dehors du plateau d'imagerie, permettant la simula-
tion chirurgicale, le guidage chirurgical, la modélisation de
prothèses…
6. Évolution et place actuelle Le rôle du manipulateur en radiologie s'en trouve renforcé et
de la numérisation transformé. Il est à l'origine de l'acquisition des données dont
et des traitements d'images les paramètres doivent être optimisés en vue du post-traite-
ment dont il doit naturellement devenir le réalisateur. Pour
en imagerie médicale1 cela, il doit acquérir la maîtrise des nouveaux outils mis à
disposition, avoir la connaissance des techniques de post-
La mise au point du scanner à rayons X au début des années
traitement. Enfin, l'infinité des possibilités offertes par les
1970 constitue une révolution de l'imagerie médicale à
techniques de post-traitement requiert une connaissance
double titre : en raison du fabuleux potentiel diagnostic de la
plus approfondie de l'anatomie.
technique d'une part, mais aussi en tant que première tech-
L'enseignement initial et la formation continue des manipu-
nique d'imagerie numérique d'autre part.
lateurs doivent comporter un volet de plus en plus impor-
Depuis lors, toutes les modalités d'imagerie médicale sont
tant consacré au post-traitement des images en radiologie
numériques directement (IRM, échographie, radiologie
mais aussi au nouvel environnement informatique du pla-
conventionnelle par capteurs plans…) ou indirectement
teau d'imagerie. La part déjà conséquente du post-traite-
(plaques photostimulables).
ment dans le quotidien du manipulateur évoluera en
Cette évolution irréversible transforme l'environnement du
croissant. En effet, le traitement du signal et des images est
plateau d'imagerie et la nature de la prestation : l'image est
l'un des domaines des plus actifs et des plus féconds avec des
dématérialisée et n'est plus véhiculée sur un support rigide
répercussions très rapides en imagerie médicale.
(film, papier). Le système d'archivage et de diffusion des
images radiologiques (picture archiving and communication Bibliographie
system ou PACS) en liaison avec le système d'information Cocquerez JP, Philipp-Foliguet S. Analyse d'images : filtrage et segmen-
radiologique (radiology information system ou RIS) devient la tation. Paris : Masson ; 1995.
pierre angulaire du plateau d'imagerie. Ces deux systèmes Coster  M, Chermant  JL. Précis d'analyse d'images. Paris  : éditions du
CNRS ; 1985.
sont liés étroitement au système d'information hospitalier
Dam EB, ter Haar Romeny B. Front end vision and multi-scale image
en vue de favoriser fluidité et traçabilité du parcours du analysis. Deep Structure I, II & III. Kluwer ; 2003.
patient. L'interopérabilité des systèmes, favorisée par des Delmas  JP. Éléments de théorie du signal  : les signaux déterministes.
normes uniques (DICOM, HL7), rend l'image ubiquitaire, dis- Paros : Ellipses ; 1995.
ponible immédiatement et simultanément en tous les Desgrez A, Idy-Peretti I, Laval-Jeantet M. Bases physiques de l'imagerie
emplacements nécessaires (station de travail, station de dic- médicale. Paris : Masson ; 1992.
Gonzalez RC, Woods RE. In : Digital image processing ; 2nd ed Prentice
tée, PC de clinicien…).
Hall ; 2002.
L'acquisition numérique de données contient en germe la Hélénon O. Traitement de l'image : de la numérisation à l'archivage et
possibilité du post-traitement ; les valeurs numériques for- la communication. Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson ; 2013.
mant la matrice image se prêtent naturellement à la manipu- Noblet V, Heinrich C, Heitz F, et al. Retrospective evaluation of a topo-
lation mathématique. Ainsi, des algorithmes sophistiqués de logy preserving non-rigid registration method. Med Image Anal
traitement appliqués à la radiologie conventionnelle per- 2006 ; 10(3) : 366–84.
Suetens  P. Fundamentals of medical imaging. Cambridge University
mettent d'extraire plus d'informations d'une exposition aux
Press ; 2009.
rayons X que le film radiologique.

Alain Winter – CHU de Strasbourg.


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IMAGERIE MÉDICALE

Chapitre 2
Radiologie de projection
Jean-Philippe Dillenseger

1. Production physique des rayons X -


Rayon X
-
Cette première partie traite des technologies de la radiologie
-
de projection et débute avec des rappels concernant le sup-
port physique de base  : le rayonnement  X. Après l'avoir Rayon Y
+
Noyau
défini, nous nous intéresserons à son mode de production,
puis nous aborderons les différentes interactions existantes
avec la matière.

1.1. Rayons X versus rayons g


Les rayons X et γ (gamma) sont des ondes électromagné-
tiques (o.e.m.) à haute fréquence dont la longueur d'onde Figure 2.2  Origines atomiques du rayonnement γ et du rayonnement X.
est comprise entre 5 picomètres (10–12 m) et 10 nanomètres
(10–9  m). L'énergie de ces photons varie de quelques élec- Avec : h = constante de Planck (6,62 J.s) ; ν = fréquence de
tronvolts (eV) à plusieurs dizaines de méga-électronvolts l'onde (Hz) ; c = célérité (m.s–1) ; λ = longueur d'onde (m).
(MeV), ce qui les classe dans la famille des rayonnements En médecine, les rayons  γ sont exploités essentiellement
ionisants. Du fait de leur énergie, ces rayons sont capables en médecine nucléaire. Les rayons X sont utilisés en radio-
de traverser le corps humain (figure 2.1). logie et en scanographie à des fins diagnostiques (10 à
Les rayons X, comme les rayons γ sont des o.e.m. possédant 140 keV), et en radiothérapie pour leur caractère destruc-
le même intervalle énergétique. Leur différence vient de leur tif (6 à 25 MeV).
origine de production (figure 2.2) :
– les photons X prennent naissance dans le nuage électro- 1.2. Production physique
nique de l'atome ; Généralités
– les photons γ ont pour origine la structure nucléaire de
La production de rayons X fait suite à une interaction éner-
l'atome.
gétique violente entre un électron, possédant une vitesse
Comme toute onde électromagnétique, l'énergie transpor-
(énergie cinétique) très élevée, et une cible métallique très
tée par un photon est liée à sa fréquence (donc à sa longueur
dense. Lors de cette interaction, l'électron ne pénètre que de
d'onde) selon la relation suivante :
quelques microns dans le métal de la cible où il subit une
EPhoton (J) = h.ν = h.c/λ décélération brutale. Cette perte d'énergie cinétique se

Figure 2.1  Comparaison rayons lumineux et rayons X.


Ces deux rayonnements sont des ondes électromagnétiques qui diffèrent par leur énergie. Les rayons X du fait de leurs énergies élevées sont capables de
traverser une main humaine, contrairement aux rayons lumineux qui sont en grande partie absorbés par le corps humain.

Guide des technologies de l'imagerie médicale et de la radiothérapie


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49
Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

convertit à 99 % en chaleur (énergie thermique) et à 1 % en lement des infrarouges (=  chaleur) à 99  %. Les déviations
rayonnement X. Le rendement de production des rayons X importantes généreront des rayons X (1 %) d'énergies diffé-
est ainsi très faible. rentes ; le faisceau X obtenu sera donc polychromatique.
Lorsqu'on s'intéresse au phénomène physique strict, on Lorsque la cible est de nature très dense, l'énergie transpor-
décrit deux phénomènes différents susceptibles de donner tée par ce rayonnement de freinage est élevée et se situe
naissance à des rayons X : dans la gamme des rayons X. Cette énergie augmente avec :
– soit l'électron est dévié brutalement de sa trajectoire – l'énergie cinétique des électrons incidents ;
lorsqu'il « passe » à proximité d'un noyau de la cible, on – le numéro atomique de la cible.
parle alors d'interaction électron–noyau ; Cette énergie est définie et caractérisée par un spectre
– soit l'électron entre en collision avec un électron d'un continu où l'on présente :
atome constituant la cible, on parle alors d'interaction – en abscisse : l'énergie des photons X créés ;
électron–électron. – en ordonnée  : la quantité de photons  X créés pour une
énergie donnée.
Interaction électron–noyau
Ce spectre continu est étalé à partir d'une énergie maximale
Lorsqu'un électron passe au voisinage d'un noyau, il est attiré qui correspond au très faible nombre d'électrons ayant à la
par ce dernier. Il subit ainsi une déviation et perd une partie fois subit la tension pic (kVp) et ayant été totalement freinés
de son énergie sous forme de rayonnement électromagné- lors de l'interaction (perte totale d'énergie cinétique).
tique dit « rayonnement de freinage » ou « Bremsstrahlung »,
ce qui le ralentit (figure  2.3). Plus l'électron passe près du Interaction électron–électron
noyau, plus il sera dévié et perdra de l'énergie retransmise Dans le nuage électronique, les électrons sont groupés en
sous forme de rayonnement. La gamme d'énergie créée est niveaux d'énergie K, L, M… Ces derniers sont caractérisés par
large du fait de l'étendue des déviations potentielles. Les leur énergie de liaison avec le noyau. Plus un électron est
énergies les plus faibles (déviations faibles) génèrent des proche du noyau, plus son énergie de liaison est élevée.
radiations électromagnétiques de basse fréquence, essentiel- Lorsque l'énergie des électrons incidents est supérieure à
l'énergie de liaison d'un électron lié, ce dernier est arraché
du cortège électronique (EK > EL > EM > …). À titre d'exemple,
pour du tungstène (Z = 74) l'énergie de liaison de la couche K
est d'environ 70 keV, celle de la couche L de 11 keV, et celle
de la couche M de 2 keV.
Si l'électron arraché provient d'une couche interne de
l'atome, les électrons des couches externes auront tendance
à se « précipiter » dans la place laissée vacante. Ce faisant,
l'électron qui change d'orbite perd de l'énergie qui est rejetée
sous forme d'un rayon (photon) X (figure  2.4). À titre
d'exemple, un arrangement par transition électronique K-L
génère un photon X de 59 keV.
Ce rayonnement, caractérisé par un spectre de raies propre
au métal de l'anode, ne constitue qu'une faible proportion
de l'énergie électronique incidente. Cela s'explique par la
faible probabilité qu'ont les électrons incidents à entrer en
Figure 2.3  Interaction électron-noyau générant un rayonnement X de collision avec ceux de l'atome cible, au vu des distances rela-
freinage ou « Bremsstrahlung ». tives immenses qui séparent les différentes orbites électro-

réarrangement
électronique Rayon X
- -
électron - - - Rayon X
incident
- - -

+ + +
Noyau Noyau Noyau

-
électron
éjecté

Figure 2.4  Interaction électron-électron à l'origine d'un spectre X discret (spectre de raies).

50
IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

niques. À cette échelle, la matière est en effet essentiellement


constituée de vide !

Spectre total
Le spectre total correspond à la combinaison du spectre
continu (caractéristique de l'effet de freinage) et du spectre
de raies (caractéristique du métal de la cible = anode). La
comparaison des aires liées à chaque interaction illustre bel
et bien que, lors d'une interaction des électrons avec la cible,
la quantité de rayons  X produite par effet de freinage est
supérieure à celle produite par la collision électron–électron
(figure 2.5).

Figure 2.5  Spectre X total = spectre continu + spectre de raies.

1.3. Caractéristiques du faisceau X


Le terme « faisceau X » regroupe l'ensemble des rayons  X
produits faisant suite à l'interaction des électrons avec une
cible métallique. Le faisceau X est de nature polychroma-
tique (ou polyénergétique) : il contient des rayons X d'éner- Figure  2.6. Influence de la tension  (A), de la filtration  (B) et de la
gie différente. charge (C) sur le spectre X total.
L'énergie totale rayonnée (ε) est directement proportion-
nelle :
– au carré de la tension accélératrice (U) des électrons ; L'augmentation du nombre (n) d'électrons incidents, liée à
– au nombre d'électrons (n) incidents ; l'intensité de chauffage du filament et à la durée de l'exposi-
– au numéro atomique (Z) du métal de l'anode. tion (on peut alors parler de charge = mA.s : voir plus loin
ε = ½ k.n.Z.U2 (k étant une constante) Tube de Coolidge), n'augmente pas l'énergie du faisceau  X
De manière générale, on parle davantage de l'«  intensité » mais uniquement la quantité de photons  X produits
du faisceau X qui correspond au nombre de photons X dans (figure 2.6C).
le faisceau multiplié par l'énergie de chaque photon X. Elle
est exprimée en C/kg (SI).
1.4. Interaction des rayons X avec la matière
En pratique courante, on évoque aussi la notion de pénétra- Atténuation globale du faisceau X dans la matière
tion, qui décrit la possibilité qu'a le faisceau X, dans sa globa- Au cours de leur traversée du milieu, les rayons X sont atté-
lité, de pénétrer la matière. Pour rendre le faisceau nués en suivant une variation exponentielle décroissante. La
globalement plus pénétrant, on peut : « fluence photonique » (en photons.mm− 2) permet d'esti-
– augmenter la tension accélératrice (kVp) des électrons mer cette atténuation qui dépend de (figure 2.7) :
venant frapper le métal de l'anode, ce qui augmente le – la fluence photonique incidente (F0), c'est-à-dire le
seuil énergétique maximal du spectre (figure 2.6A) ; nombre de photons présents par unité de surface (mm2) à
– mettre en place une filtration additionnelle à la sortie l'entrée du milieu ;
du tube afin d'éliminer les photons de faible énergie = – la densité du milieu traversé, c'est-à-dire de son coeffi-
« rayons mous ». La réduction du nombre de photons cient d'atténuation (μ) ou d'absorption  : plus le coeffi-
est alors compensée par un gain en pénétration du fais- cient du milieu est élevé, plus le faisceau est absorbé ;
ceau, on parle aussi de « durcissement » du faisceau – l'épaisseur (x) du milieu traversé : plus cette épaisseur aug-
(figure 2.6B). mente, plus l'atténuation est importante.

51
Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

X – l'effet photoélectrique ;
– l'effet Compton ;
– l'effet de matérialisation ;
µ – les réactions photonucléaires.
Au regard des énergies utilisées, ces deux derniers effets ne
sont pas perçus en radiologie.
F0
Io F Effet de Thomson-Rayleigh
L'effet de Thomson-Rayleigh est un processus purement diffu-
sif. Le photon incident est absorbé par l'atome cible puis réémis
dans une direction différente, mais sans changement d'éner-
gie. Il n'y a donc pas échange d'énergie entre photon et matière.
Prédominant pour les photons peu énergétiques (lumineux,
F0
infrarouge…), cette diffusion est négligeable pour les photons X
(ou gamma). Dès que l'énergie du photon (E = h.ν) dépasse les
45 keV, cette interaction devient tout à fait négligeable par rap-
port aux autres modes d'interaction. Elle est donc peu impor-
F tante en imagerie médicale sauf dans certains types d'imagerie
des parties molles. La mammographie (imagerie du sein par
distance
transmission des rayons X) constitue une exception, on y utilise
Figure 2.7  Atténuation de la fluence d'un faisceau X mono-énergétique des rayons X de faible énergie aux alentours de 30 keV. La diffu-
dans un milieu homogène (μ) d'épaisseur x. sion de Thomson-Rayleigh conduit à un flou que l'on tente de
diminuer au moyen d'une grille antidiffusante.
Ces différents paramètres sont liés par la loi de Beer- Effet photoélectrique
Lambert selon la formule : L'effet photoélectrique a été décrit et modélisé pour la pre-
mière fois par Albert Einstein en 1905. Il est l'un des premiers
F = F0 .e −µ .x grands succès de la mécanique quantique valant à son auteur
Avec : F = fluence photonique à la sortie du corps étudié ; le prix Nobel de physique (1921). Dans ce phénomène, l'inté-
F0  =  fluence photonique incidente (entrée du corps)  ; gralité de l'énergie d'un photon incident est transférée à un
x  =  épaisseur traversée ; μ  =  coefficient d'absorption du électron de l'un des atomes du milieu atténuant. Il y a une
milieu traversé. absorption totale du photon (et donc une atténuation du
faisceau). L'énergie absorbée est transmise à un des électrons
Remarque : ce calcul n'est rigoureux que pour un milieu sur une orbitale proche du noyau. Le surplus d'énergie consti-
traversé homogène (même coefficient d'atténuation) et tue une énergie cinétique conférée à l'électron accéléré.
que si l'on considère le faisceau incident comme étant L'atome est ainsi ionisé et excité, et son retour à l'équilibre
monoénergétique. (désexcitation) par réarrangement électronique s'accom-
pagne de l'émission d'un photon de fluorescence (figure 2.8).
Cette atténuation globale des rayons X s'explique par plusieurs Le calcul du coefficient d'atténuation par effet photoélec-
interactions physiques élémentaires classées ci-dessous par trique est essentiel pour les applications médicales car de lui
leur ordre d'apparition en fonction de l'énergie X incidente : dépend le contraste en radiologie. On montre que μ dépend
– l'effet de diffusion de Thomson-Rayleigh ; directement du numéro atomique Z de l'atome constituant

réarrangement -
électronique Photon de fluorescence
- - -
photon X
incident - - -
-

Noyau Noyau Noyau


+ + +
-
électron
éjecté

Figure 2.8  Interaction photoélectrique.

52
IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Figure 2.9  Interaction Compton et création d'un photon X diffusé et d'un électron Compton.

le matériau ainsi que de la longueur d'onde λ du rayonne- Plus l'énergie incidente est importante, plus ces angles sont
ment X utilisé (relation de Bragg et Pierce) : faibles (figure 2.9).
Avec les énergies utilisées en radiologie, l'effet Compton est
µ = ( C . Z 4 . λ 3 . NA ) . 1/ M favorisé dans des milieux peu denses (graisse, tissus mous…).

Avec  : C  =  constante caractéristique du matériau  ; Effet de matérialisation


Z = numéro atomique de l'atome constituant le matériau ; Cet effet est absent en radiologie classique, car il se produit
NA  =  nombre d'Avogadro (6,02.1024  atomes) ; M  =  masse pour des photons  X très énergétiques (Einc >  1,022  Mev)
molaire de l'élément constituant le matériau. passant à proximité d'un noyau. Le photon incident se maté-
L'effet photoélectrique est donc prépondérant dans les rialise alors sous la forme d'un électron (e– ou β– : matière)
milieux relativement denses et pour des énergies de photons et d'un positon (β+ : antimatière), chacun de même masse
relativement faibles (donc des longueurs d'onde élevées). En m0 et de même énergie cinétique Ee.
radiologie, l'effet photoélectrique est favorisé dans les struc- À la fin de son parcours, le positon se combine à un électron
tures osseuses. en  une réaction d'annihilation qui donne naissance à deux
photons de 511  keV émis dans des directions opposées
Effet Compton (figure 2.10).
L'effet Compton résulte de l'interaction entre un photon
incident (Einc = h.ν) et un électron faiblement lié au noyau Réactions photonucléaires
(couches externes). Lors de cette interaction, le photon  X Lorsqu'on bombarde un noyau avec des photons de très
incident disparaît. haute énergie (6 à 150 MeV), des réactions de photofission
Une partie de son énergie est cédée à l'électron périphérique peuvent prendre naissance. Ces réactions sont produites et
qui est éjecté (comme dans l'effet photoélectrique). On étudiées dans les laboratoires de recherche et ne concernent
parle d'électron Compton. Celui-ci emporte sous forme pas le monde de l'imagerie médicale.
d'énergie cinétique la différence entre l'énergie perdue par le
photon X incident et l'énergie d'ionisation (Eliaison) :
-
E C = h. ( ν-ν′ ) − Eliaison électron

(E de liaison est négligeable ici contrairement au cas E > 1,022 Mev


photon Gamma
photoélectrique.) photon X
incident E = 511 kev
L'autre partie de son énergie est transmise sous forme d'un
nouveau photon X (E′ = h. ν′). On parle de photon diffusé Noyau
ou de photon de recul. + positon
Ces émissions se font : + électron
– pour les photons diffusés selon un angle thêta (θ) formé - libre
par les directions du photon incident et du photon
diffusé ;
– pour l'électron Compton selon un angle phi (F) déter- E = 511 kev

miné par les directions du photon incident et de l'électron photon Gamma


Compton. Figure 2.10  Création de paire suivie du phénomène d'annihilation.

53
Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Bilan des interactions présentes en radiologie 2. Production technologique


Dans le domaine des énergies utilisées en radiologie, les inte- des rayons X en radiologie
ractions entre les photons X et la matière se font essentielle-
ment par effet photoélectrique et par effet Compton. Après s'être attardé sur les propriétés des rayons X, intéres-
L'effet photoélectrique est l'effet le plus recherché, il sons-nous maintenant aux techniques de production et de
concerne principalement les structures osseuses et n'en- contrôle du faisceau X.
traîne pas la formation de rayonnement diffusé nocif à la
qualité de l'image. 2.1. Tube de Crookes et découverte des rayons X
L'effet Compton est, quant à lui, considéré comme gênant Le tube de Crookes est le tube ayant permis la décou-
car il est à l'origine du rayonnement diffusé nocif pour la verte fortuite des rayons  X en 1895. Ce tube était en
qualité de l'image et est à l'origine de règles de radiopro- effet utilisé par Wilhelm Conrad Roentgen pour étudier
tection. Cette interaction concerne principalement les les effets du passage d'un faisceau cathodique dans les
parties molles. Dans la gamme énergétique exploitée en gaz rares. Mais, sans le savoir, ce tube renfermait le sup-
radiologie (10  à 140  keV), la prédominance de l'effet port technologie permettant l'obtention de rayons  X,
Compton sur l'effet photoélectrique augmente avec c'est-à-dire une source d'électrons accélérés vers une cible
l'énergie (figure 2.11). métallique.
Principe du tube de Crookes (figure 2.12) :
– tube en verre où règne un vide non parfait (10− 2 mmHg) ;
– ions positifs de gaz rare dans l'enceinte en verre ;
– ces ions positifs sont attirés vers une plaque métallique de
charge négative (= cathode) ;
– l'interaction des ions avec la cathode provoque un arra-
chement d'électrons de cette dernière ;
– attraction des électrons par une plaque métallique de
charge positive (= anode), et création d'un faisceau catho-
dique = électronique (l'électron n'étant pas encore connu
à cette époque) fluorescent dans le tube.
Pour l'histoire : le 8 novembre 1895, W.C. Roentgen remarque
pour la première fois l'apparition d'un autre rayonnement,
inconnu, capable d'imprimer une plaque photographique
lors de la mise sous tension d'un tube de Crookes. Il nomme
ce rayonnement  X (comme l'inconnue mathématique), et
soupçonne qu'il est issu de l'interaction du faisceau catho-
dique avec une cible métallique (anode). Quelques jours
plus tard, Roentgen s'aperçoit que ces rayons inconnus sont
capables de traverser le corps humain et il réalise les pre-
Figure  2.11  Évolution du coefficient d'atténuation massique (cm2/g) miers clichés radiographiques de l'histoire :
des parties molles en fonction de l'énergie des rayons X (keV).
Dans la gamme énergétique exploitée en radiologie (10 à 140 keV), la pré-
– la radio de sa propre main le 22 novembre 1895 ;
dominance de l'effet Compton sur l'effet photoélectrique augmente avec – la radio la plus connue, la main de sa femme Anna-Bertha
l'énergie. le 22 décembre 1895.

-2
Vide 10 mm Hg
gaz (ions positifs)
+ + +
+

-
cathode
+ +
anode

- - - - - - +
ddp
+ +

- +

Figure 2.12  Principe du tube historique de Crookes.

54
IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Dans les jours qui suivent, W.C. Roentgen décrit quatre pro- Les progrès scientifiques et technologiques permis par les
priétés propres aux rayons X : rayons  X sont nombreux  : la physique et la chimie
– ces rayons sont absorbés par la matière ; démasquent la structure des atomes grâce à la spectromé-
– ces rayons sont diffusés dans la matière ; trie par rayons  X, la médecine bénéficie d'un nouvel outil
– ces rayons impressionnent une plaque photographique ; d'observation (radiologie) et de traitement (radiothérapie)
– ces rayons déchargent « des corps chargés électriquement ». du corps humain, etc. L'usage des rayons X est aujourd'hui
Ces découvertes sont communiquées à la communauté multiple, touchant l'industrie, l'archéologie, la criminologie,
scientifique le 28 décembre 1895 qui, en 1901, récompense l'observation spatiale…
Roentgen en lui attribuant le premier prix Nobel (de phy-
sique) de l'histoire (figure 2.13).

Figure 2.13  Texte et figures historiques de la découverte des rayons X par W.C. Roentgen.

55
Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Une page d'histoire  : communication de Roentgen épaisses de 2 à 3 cm n'absorbent que très peu. - Une couche
du 28 décembre 1895 (figure 2.13) d'aluminium épaisse de 15  mm affaiblit considérablement la
Compte rendu des séances de la Société de physique et de fluorescence, mais ne parvient pas à la faire disparaître com-
médecine à Würtzbourg plètement. - Des plaques d'ébonite de plusieurs centimètres
Année 1895, no 9 d'épaisseur laissent encore passer les rayons. - Des plaques de
Édition de la librairie de la Cour et de l'Université de Würtzbourg verre se comportent différemment, selon qu'elles contiennent
Le 28 décembre, reçu la communication suivante : du plomb (verre flint) ou non ; les premières étant beaucoup
W.C.  Röntgen  : Au sujet de rayons d'une nouvelle espèce moins transparentes que les dernières. - En plaçant la main
(Communication provisoire) entre l'appareil à décharge et l'écran, on aperçoit les ombres
Faisons passer les décharges d'une bobine de Ruhmkorff assez plus sombres des os de la main sur l'ombre relativement faible
puissante dans un tube de Lenard, Crookes, etc., et couvrons le de la main. - L'eau, le sulfure de carbone, et autres liquides exa-
tube avec un cache bien ajusté en carton mince de couleur minés dans des récipients en mica se montrent très transpa-
noire. Dans une chambre obscure, un écran papier enduit de rents. Je n'ai pas pu trouver que l'hydrogène soit très
platino-cyanure de baryum approché du tube s'éclaire alors à nettement plus transparente que l'air. - On reconnaît encore
chaque décharge, il devient fluorescent, n'importe quel côté de facilement la fluorescence derrière des plaques de cuivre,
l'écran étant tourné vers le tube. Cette fluorescence est encore d'argent, de plomb, d'or, de platine, si l'épaisseur du matériau
perceptible à une distance de 2 m de l'appareil. On vérifie faci- n'est pas trop grande. Le platine est encore transparent sous
lement que la cause de la fluorescence vient de l'appareil à une épaisseur de 0,2  mm ; les plaques d'argent et de cuivre
décharge et non d'un autre organe de l'installation. peuvent même être plus épaisses. Une plaque de plomb d'une
Un premier fait est très probant : l'étui de carton noir, qui n'est épaisseur de 1,5 mm est pratiquement opaque, et a été utilisée
traversé, ni par les rayons visibles et ultraviolets de la lumière souvent de ce fait. - Une tige en bois de section carrée
du soleil, ni par ceux de l'arc électrique, est traversé par un (20 × 20 mm), dont un côté à été peint en blanc à la peinture
agent capable d'exciter une fluorescence très vive. On sera donc au plomb, se comporte différemment, selon la façon dont elle
tenté de prime abord de rechercher si d'autres corps possèdent est tenue entre l'appareil et l'écran ; son action est pratique-
cette propriété. ment nulle quand les rayons X sont parallèles à la face peinte ;
On trouve facilement que tous les corps sont plus ou moins lorsqu'ils doivent traverser la couche de peinture, la tige pro-
transparents à cet agent. Je cite quelques exemples : le papier jette une ombre sombre. - Les sels des métaux, secs ou en solu-
est très transparent  : l'écran montre une luminosité encore tion, peuvent se classer d'une façon identique aux métaux, en
très nette derrière un livre d'environ 1000 pages ; le noir des ce qui concerne leur transparence.
caractères imprimés n'est pas un obstacle particulier au pas- J'appelle « transparence » d'un corps, le rapport de luminosité
sage. La fluorescence est analogue derrière un jeu de WHIST de l'écran fluorescent maintenu directement derrière le corps
double : on remarque très difficilement une seule carte tenue d'essai à la luminosité de l'écran seul, dans les mêmes
entre l'appareil et l'écran. De même, une simple feuille d'étain conditions.
est à peine perceptible ; plusieurs couches superposées seule- J'emploierai, par commodité, l'expression « rayons », plus préci-
ment donnent une ombre distincte sur l'écran. - De gros blocs sément « rayons X » pour les distinguer d'autres rayons.
de bois sont encore transparents ; les planches en bois de sapin

2.2. Tube de Coolidge Principe technologique du tube de Coolidge


Un peu d'histoire… Comme pour le tube de Crookes, le tube de Coolidge
Les tubes de Crookes ont été pendant près de 20  ans les (figure  2.14) doit posséder trois éléments technologiques
seules solutions technologiques permettant de créer des nécessaires à la création de rayons X :
rayons X. Ils étaient fragiles et ne permettaient pas un usage – une source d'électrons au niveau de la cathode ;
prolongé. William David Coolidge (1873–1975), physicien – une différence de potentiel élevée permettant d'accélé-
américain ayant poursuivi ses études (doctorat en 1899) à rer les électrons dans le vide ;
Leipzig en Allemagne, va se pencher sur l'amélioration des – une cible métallique permettant la création de rayons X.
tubes à rayons  X, il travaille notamment sur le développe- Source d'électrons
ment de filaments cathodiques en tungstène. De retour aux C'est la principale avancée développée par Coolidge. La
États-Unis en 1905, il développe chez General Electric un source d'électrons est obtenue par effet thermo-ionique de
tube à rayons X portant son nom et réputé très performant, Richardson (on parle aussi d'« effet Edison »). Le principe
du fait de sa cathode en tungstène, qui est breveté en 1913. consiste à porter un filament de tungstène à incandescence.
La Première Guerre mondiale et l'utilisation massive de la La chaleur emmagasinée est alors transmise aux électrons
radiologie sur le front par les « petites Curies » font du tube libres du métal du filament sous forme d'énergie cinétique.
de Coolidge un succès commercial. Quelques années plus Grâce à ce gain d'énergie, une partie des électrons les plus
tard, il améliore son tube en développant la technologie de périphériques sont arrachés du filament, et forment un
l'anode tournante. Bien qu'ancienne, la conception techno- nuage électronique autour des spires du filament
logique du tube de Coolidge est encore d'actualité. La majo- (figure 2.15). Le circuit électrique entraînant le chauffage du
rité des tubes commercialisés de nos jours s'inspirent de son filament utilise un courant de bas voltage (environ 10 V) et
concept. d'intensité élevée (3 à 5 A) ; on parle ainsi de l'intensité du

56
IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

- +
HT
-4
Vide 10 mm Hg

ddp

- 6–24V
+
RX

Figure 2.14  Principe d'un tube de Coolidge.

- - -
-
-
-

- - - -
-
- -
- - - -
- -
6–24V - - - -
- -
- - -
- - - -
-
-
- - -
-
-

- - -
-

- -
- -
Figure 2.15  Effet thermo-ionique et création d'une source d'électrons.

courant du filament à ne pas confondre avec l'intensité de kV, kVp et keV : quelles significations, quelles différences ?
courant du tube ! L'intensité courant-tube (en mA), est La différence de potentiel (ddp) entre anode et cathode, per-
réglable par l'utilisateur et traduit le nombre d'électrons tra- mettant d'accélérer les électrons dans le tube radiogène, s'ex-
versant le tube à chaque seconde. En programmant une prime en kilovolts  (kV). En réalité le kilivoltage fluctue en
intensité courant-tube, l'utilisateur modifie indirectement fonction de la qualité du générateur de haute tension (voir plus
l'intensité de chauffage du filament ! loin Circuit haute tension  : réglage de la différence de potentiel).
Par convention, la tension affichée sur les pupitres de com-
mande correspond à la valeur pic du kilovoltage (kVp) expri-
Différence de potentiel mant ainsi le champ électrique maximal généré. Lors de la mise
Les électrons situés autour du filament sont attirés vers la en place d'une ddp, seule une partie des électrons sera accélérée
cible par une différence de potentielle élevée pouvant varier par la tension pic (kVp) et bénéficiera d'une énergie cinétique
de 40 à 150 kV (par paliers de 1 kV). Le filament fait alors office maximale (keV = kVp). Les autres électrons seront ainsi soumis
à une tension moindre et auront une énergie plus faible. À titre
de cathode et la cible d'anode. Plus la différence de potentielle
d'exemple pour une programmation de ddp à 100 kVp, l'énergie
est élevée, plus l'accélération est grande, plus l'énergie cinétique moyenne du faisceau électronique sera d'environ
­cinétique des électrons (lors du choc) est importante, et plus 70  keV. Cela explique en partie l'aspect polychromatique (ou
les rayons X seront énergétiques, donc pénétrants. polyénergétique) du faisceau X à la sortie du tube radiogène.

Ec e  = 1 / 2 m.v 2 = e.U
Cible
Avec  : m  =  masse de l'électron 9,11.10   kg ; v  =  vitesse de
− 31
La cible, dont l'objectif est de créer une décélération
l'électron (en arrivant à l'anode) en m.s− 1 ; e = charge de l'élec- brutale des électrons lors de l'impact (figure 2.16), doit
tron 1,6.10− 19 coulomb ; U = différence de potentiel en kV. être suffisamment dense mais aussi bonne conductrice de

57
Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

chaleur. En effet, la perte brutale d'énergie cinétique des 2.3. Caractéristiques technologiques
électrons lors du choc est transformée : de chaque élément constituant
– en chaleur : 99 % (rayons infrarouges) ; un tube à rayon X (figure 2.17)
– en rayons X : 1 %.
Cathode
Le rendement de production des rayons  X est ainsi très
faible. La cathode est constituée (figure 2.18) :

RX

RX
Chaleur
99% Eth (chaleur)
freinage (= perte d'Ec) Ec (électrons)
1% Erx (Rayons X)
RX

RX

Figure 2.16  Perte d'énergie cinétique de l'électron incident = énergie thermique (99 %) + rayonnement X (1 %).

Manchon haute tension


Enceinte
disque
Gaine plombée Stator

Cathode ddp Axe Rotor Anode

Faisceau
électronique
Stator

Filtre
Filament et pièce de concentration
Système de refroidissement
Fenêtre de sortie

Diaphragmes

Rayons X

Figure 2.17  Principaux éléments technologiques d'un tube à rayons X à anode tournante.

Figure 2.18  Pièce de concentration et disposition des filaments.

58
IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

– d'un ou deux filaments permettant de créer une source – de focaliser les électrons vers la ou les pistes de l'anode
d'électrons ; (« maîtrise » les forces répulsives des électrons entre eux).
– d'une pièce de concentration qui accueille et maintient La pièce de concentration peut être portée à un potentiel
en place, dans des gouttières, le ou les filaments. plus faible que celui du filament, ce qui permet de faire
diminuer les dimensions du foyer thermique et ainsi de
Filaments générer un foyer optique supplémentaire. En effet, en por-
Les filaments sont des spirales métalliques constituées de tant la pièce de concentration à un potentiel négatif, on
tungstène (Z = 74) qui a pour caractéristiques : limite davantage la dispersion du nuage électronique, ce qui
– une température de fusion élevée (3 370 °C) ; permet de réduire la surface du foyer thermique au niveau
– une bonne conduction thermique ; de la cible. Ainsi, il n'est pas rare de trouver des tubes consti-
– une durée de vie longue. tués de deux filaments permettant de générer trois foyers.
En pratique, le filament est chauffé à 2350 °C par un courant L'anode est un élément essentiel du tube à rayon X, elle doit
électrique de chauffage (10 V et 3 à 5 A) qui permet une répondre à trois critères :
émission électronique proportionnelle à sa surface et au carré – être suffisamment dense (Z élevé) pour favoriser la pro-
de l'intensité de chauffage. Le nombre d'électrons pouvant duction de rayons X (effet de freinage) ;
alors être accéléré est énorme, ce qui génère des i­ntensités de – posséder une température de fusion élevée pour résister
courant-tube (intensité du flux électronique entre le filament aux températures faisant suite aux interactions
et la cible) élevées (de l'ordre de 100 à 2 000 mA). Attention à électroniques ;
ne pas confondre l'intensité du courant de chauffage – être bonne conductrice thermique pour évacuer rapide-
(3–5 A) avec l'intensité courant-tube (100–2 000 mA) ! ment la chaleur.
Les filaments de tungstène ont les caractéristiques géomé- On distingue généralement deux types d'anodes, les anodes
triques suivantes : fixes et les anodes tournantes :
– diamètre du filament : 2 mm ; – les anodes fixes sont fabriquées en cuivre, bon conducteur
– diamètre du fil : 0,2 mm ; de chaleur, mais bénéficiant d'un point de fusion faible
– longueur : de 5 à 15 mm (selon le foyer optique souhaité). (1070  °C) ne permettant pas de supporter l'énergie ther-
On dispose en général de deux filaments, un petit mique dégagée lors de l'impact des électrons avec l'anode.
(h = 5 mm) et un grand (h = 15 mm) pouvant être position- Ainsi le bloc de cuivre contient en son centre une pastille de
nés dans la pièce de concentration : tungstène (W) supportant des chaleurs élevées (point de
– soit l'un en dessous de l'autre, on parle alors de configura- fusion = 3370 °C) et permettant de favoriser la production
tion linéaire ; des rayons X de par sa densité (Z = 74). Ces anodes équipent
– soit l'un à côté de l'autre, on décrit alors une configura- les tubes radiologiques de faible puissance comme les tubes
tion parallèle. destinés à la radiologie dentaire localisée (clichés intrao-
On utilise un seul filament à la fois, ce choix dépend de : raux). Il est intéressant de noter que ces deux métaux carac-
– la définition de l'image souhaitée (donc de la taille du térisés par des coefficients de dilatation différents sont
foyer optique). Plus le foyer optique est petit, plus le flou difficiles à « souder » au sens technologique ;
géométrique diminue : bonne définition = petit filament ; – les anodes tournantes dépassent les performances des
– la charge thermique utilisée. Plus la surface du foyer ther- anodes fixes. Elles équipent les tubes de moyenne et de
mique est importante, plus il y aura création de rayons X (par forte puissance, et sont constituées de trois parties  : un
unité de temps) : charge thermique élevée = gros filament. couple rotor–stator, un axe de transmission et un disque
Au fil de son utilisation, le filament perd un nombre impor- (figure 2.19).
tant d'électrons (= phénomène de vaporisation) et atteint un Disque Axe de l'anode
diamètre de fil en tungstène trop fin entraînant sa rupture.
Par ailleurs, le phénomène de vaporisation entraîne dans la
durée un dépôt de métal sur la couche interne du verre qui
« jaunit » et augmente ainsi le risque d'arc électrique pouvant Stator
venir fissurer le tube et ainsi le rendre inutilisable.

Pièce de concentration
La pièce de concentration (ou de focalisation) est un bloc de Rotor
molybdène (Z = 42) ou de nickel (Z = 56) creusé d'une ou
deux gouttières contenant les filaments qui sont disposés
soit en ligne, soit en configuration parallèle.
Cette pièce a pour rôles :
– d'empêcher la déformation des filaments lors de
l'échauffement ;
– de déterminer la forme rectangulaire du foyer thermique
sur l'anode ; Figure 2.19  Éléments constitutifs d'une anode tournante.

59
Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Disque à une piste Disque à deux pistes


1. Surface inclinée 12 12 12
2. Base

filaments parallèles filaments alignés

Figure 2.20  Constitution et configurations du disque de l'anode.

Couple rotor–stator fusion élevée (3  150  °C) et sa bonne dissipation


Il est nécessaire d'utiliser un mécanisme de rotation capable ­thermique. Cette surface inclinée présente une ou deux
de mettre en mouvement le disque tout en maintenant un pistes en fonction de la disposition géométrique (linéaire
vide poussé dans le tube. Le choix technologique s'est porté ou parallèle) des filaments. La pente de chaque piste est
vers un concept exploitant un champ magnétique alternatif déterminée en fonction des dimensions des foyers
responsable de la mise en mouvement du disque : on parle optiques souhaités (voir plus loin Pente de l'anode et Foyers
de couple rotor–stator. Le rotor est une partie mobile optiques).
située à l'intérieur du tube (au niveau de son col) qui assure
Avantages d'une anode tournante
le mouvement de rotation (2000 à 12 000 tours/minute) du
disque et de l'axe pendant l'exposition. Cette mise en rota- L'anode tournante permet de répartir la chaleur sur l'en-
tion est assurée par induction électromagnétique grâce au semble du disque, ce qui favorise le refroidissement pen-
stator, situé à l'extérieur du col du tube. Le principe est le dant la rotation. Le changement du point d'impact des
suivant : alimentation des bobines du stator = création de électrons est constant et donc l'usure moindre.
champs magnétiques ⇒  induction de courant électrique
dans les bobines du rotor ⇒ mise en rotation du disque. Enceinte (ou ballon)
Axe de l'anode Cette enceinte qui contient la cathode et l'anode a pour rôle
L'axe (ou tige) de l'anode est en molybdène (Z 42), sa rigi- de maintenir un vide poussé afin de n'offrir aucune résis-
dité permet de transmettre le mouvement de rotation du tance à l'accélération des électrons et donc de maîtriser
rotor à l'anode, sa mauvaise conduction thermique assure pleinement le nombre et la vitesse d'accélération des
une isolation thermique du rotor, et son point de fusion électrons. Ainsi, les éléments cathodiques et anodiques
élevé (2 600  °C) permet de supporter la chaleur issue du doivent être soudés « hermétiquement » à l'enceinte du
disque. Cet axe subit des contraintes mécaniques impor- tube. L'enceinte doit être insensible aux hautes températures
tantes (effet gyroscopique) pouvant amener sa rupture et radiotransparente. Initialement constituée en verre dur,
(rare). Ainsi des longueurs d'axes courtes seront privilé- elle est actuellement essentiellement fabriquée en pyrex. Le
giées. Dans les tubes plus récents, les contraintes gyrosco- pyrex présente des coefficients de dilatation plus faibles que
piques sont contenues par l'utilisation d'un axe les métaux, ce qui risque d'entraîner une rupture des sou-
transanodique ancré sur deux supports (l'un prédiscal, dures entre le pyrex et les éléments métalliques du tube.
l'autre post-discal). Ainsi les éléments métalliques utilisés présentent générale-
ment des alliages ayant un coefficient de dilatation proche
Disque de l'anode du pyrex. Les tubes de haute puissance (scanner, radiologie
Le disque de l'anode (diamètre moyen = 10 cm) est consti- vasculaire) de dernière génération sont en métal radiotrans-
tué de deux parties (figure 2.20) : parent, résistant et léger (figure 2.21). L'une des raisons de
– une base de 6 à 12 mm d'épaisseur composée d'un alliage leur développement s'explique par le fait que l'effet de
de molybdène (bon conducteur de chaleur) et de gra- métallisation des parois de l'enceinte est réduit, ce qui limite
phite (légèreté =  réduction des contraintes mécaniques le risque de « cassure » augmentant ainsi la durée de vie du
lors de la rotation) ; tube. Ces tubes en métal offrent également l'avantage de
– une surface inclinée, siège des collisions électroniques, pouvoir embarquer une anode plus massive (diamètre élevé)
composée d'un alliage de tungstène et de rhénium permettant d'améliorer sa capacité thermique et par consé-
(90 %–10 %) choisi pour sa densité, sa température de quent la puissance du tube.

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Enceinte (ou ballon)


+ disque + axe + rotor + Système de refroidissement
+ stator + Gaine plombée

Col du tube

Figure 2.21  Enceinte, système de refroidissement et gaine plombée.

Figure 2.22  Filtration additionnelle et création d'un faisceau X « durci ».

Système de refroidissement Cependant les filtrations additionnelles proposées par les


Pour évacuer le plus rapidement la chaleur, les rayonne- constructeurs sont vastes. Chaque installation radiologique
ments infrarouges (chaleur) faisant suite à l'interaction des possède une filtration propre en fonction des habitudes de
électrons avec l'anode sont absorbés par de l'huile froide travail et de l'activité de la salle. Ce choix se fait souvent
d'isolement qui entoure le tube. Celle-ci est à son tour après des tests réalisés soit par le constructeur, soit par le
refroidie par un liquide froid qui circule dans des canalisa- physicien responsable de l'installation. Certaines installa-
tions. Pour les appareils de faible puissance, le refroidisse- tions vasculaires/interventionnelles sont équipées de dispo-
ment de l'huile peut être assuré par un système de ventilation sitifs automatiques adaptant la filtration à la tension utilisée
(figure 2.21). afin de limiter les dépôts de dose cutanés.

Gaine plombée Diaphragmes et localisateurs


La gaine plombée est une enveloppe de 3 à 5 mm de plomb Les diaphragmes sont situés en regard de la fenêtre de sor-
qui isole l'extérieur de la haute tension, de la chaleur et des tie à l'extérieur de la gaine. Ce sont des lames métalliques
rayonnements X parasites. Elle contient le tube, le stator, le stoppant les rayons X, déposées de chaque côté de la fenêtre
système de refroidissement et laisse passer les câbles haute de sortie (deux paires de lames = quatre lames). Les mouve-
tension. Une ouverture, appelée fenêtre de sortie, est placée ments des lames opposées sont synchrones.
en face de l'anode afin de permettre la sortie des rayons X en Le rôle des diaphragmes est de déterminer le champ (rec-
direction de la structure à explorer (figure 2.21). tangulaire) d'irradiation et de limiter le rayonnement dif-
fusé. Plus le champ est petit et limité, plus le rayonnement
Filtre diffusé est limité.
Placé contre la fenêtre de sortie du ballon, il permet de « dur- Pour limiter davantage le champ de vue et le rayonnement
cir » l'énergie du faisceau  X en éliminant les photons de diffusé nuisible à l'image et au patient, on utilise des cônes
trop faible énergie (figure 2.22 et figure 2.6b) : localisateurs. Ces derniers sont des accessoires métalliques
– pour des tensions de 60 à 120 kVp, une filtration d'environ de forme cylindrique ou conique glissés (dans une gouttière)
2 mm d'aluminium est classiquement préconisée ; à la sortie des diaphragmes (figure 2.23). Leurs dimensions et
– pour des tensions supérieures à 120 kVp, on préconise une leurs tailles sont variables, leur choix se fait en fonction de la
filtration de cuivre (0,2 mm) et d'aluminium (2 à 3 mm). région anatomique à radiographier.

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Gaine plombée
Fenêtre de sortie

es
iqu
Diaphragmes herm
r st
ye
Fo
Foyers thermiques

Cône localisateur
Faisceau électronique Faisceau électronique

Foyers optiques Foyers optiques

Figure 2.24  Foyer thermique et foyer optique.


Champ d'irradiation
du foyer thermique, ce qui permet l'utilisation de temps de
Figure 2.23  Diaphragmes et cône localisateur. pose courts (limitation du risque de flou cinétique).

Pour aider les utilisateurs, l'étendue et le centre du champ Foyer(s) optique(s)


d'irradiation sont simulés par des sources lumineuses (sur- Le foyer optique (FO) est virtuel et correspond à la projec-
face du champ =  lumière, centre du champ =  ombre ou tion géométrique du foyer thermique. Il est de forme car-
laser) situées dans l'enceinte contenant les diaphragmes. rée. Sa taille détermine la définition de l'image : plus il est
Dans certaines installations, l'ouverture des diaphragmes petit, meilleure sera la définition de l'image, car la pénombre
peut être automatisée aux dimensions du détecteur (cas- (flou) géométrique est faible.
settes à écrans radioluminescents à mémoire ou ERLM). Il On dispose généralement de deux tailles de FO :
n'empêche qu'il incombe à l'utilisateur de réduire encore – le petit FO : de 0,6 × 0,6 mm2 à 1 × 1 mm2 ;
davantage le champ d'exploration proposé automatique- – le grand FO : de 1,2 × 1,2 mm2 à 2 × 2 mm2.
ment en fonction de la région à imager.
Exigences contradictoires
Diaphragmes et rayonnement extrafocal L'utilisateur doit choisir le foyer (c'est-à-dire le filament) avec
La présence de diaphragmes au plus proche de la fenêtre de sor- lequel il souhaite travailler :
tie permet également de lutter contre le rayonnement extrafo- – le grand foyer procure une charge thermique importante
cal. Le rayonnement extrafocal provient de l'interaction d'un qui permet l'obtention de temps de pose très courts, utiles
électron à énergie élevée avec un élément métallique autre que pour figer les mouvements (limitation du flou cinétique) ;
le foyer thermique théorique. Ce rayonnement provient essen- cependant la taille importante de ce foyer génère un flou
tiellement de :
– l'impact d'électrons rétrodiffusés (issus de l'anode) venant
géométrique néfaste à la définition de l'image ;
frapper le disque une seconde fois dans une région ne corres- – le petit foyer procure une charge thermique moindre
pondant pas au foyer thermique (=  source extrafocale) en (temps de pose rallongés =  risque de flou cinétique) mais
générant des rayons X ; diminue fortement les pénombres géométriques, ce qui aug-
– la présence de cratères sur l'anode venant déformer en pro- mente la définition de l'image. L'utilisateur doit donc faire un
fondeur la piste de l'anode et générant ainsi des rayons  X choix entre la diminution du flou géométrique (petit foyer)
dans des directions non contrôlées.
et la diminution du flou cinétique + charge élevée (grand
foyer). On ne peut obtenir les deux à la fois (figure 2.25).
De manière générale :
2.4. Caractéristiques mécaniques – petit foyer = étude de structures à surface réduite et de
et géométriques d'un tube à anode faible épaisseur (ex. : explorations des extrémités) ;
tournante – grand foyer = étude de structures à surface et/ou d'épais-
Foyers seur importantes (ex. : explorations du tronc).
On définit deux foyers, liés entre eux, qui conditionnent la
Hétérogénéité des foyers
valeur de la charge thermique et la définition de l'image
(figure 2.24) : Le faisceau X, théoriquement homogène dans l'espace et sur
– le foyer thermique ou foyer réel ; toute la durée d'exposition, est en réalité hétérogène. Cela
– le foyer optique ou foyer virtuel. s'explique par (figure 2.26) :
– une mauvaise uniformité dans l'émission thermique du
Foyer(s) thermique(s) ou foyer(s) réel(s) filament ; les électrons s'accumulent sur le bord de la spi-
Le foyer thermique (FT) correspond au point d'impact des rale, ce qui induit une diminution de température aux
électrons sur le disque de l'anode =  source du rayonne- extrémités du filament (effet de bord) ;
ment  X. Ses dimensions sont déterminées par la taille du – un phénomène de cratérisation de la piste de l'anode,
filament et l'inclinaison de la piste du disque (angle qui induit une diminution de photons utiles par émission
d'anode). La charge thermique augmente avec les dimensions de rayonnement X extrafocale.

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Figure 2.25  Dimensions du foyer optique et flou géométrique.

Hétérogénéité thermique Cratérisation

Filament
Rayonnement
extrafocale

- - - - -

RX ue
Disq

Figure 2.26  Causes d'hétérogénéités temporo-spatiales : hétérogénéité thermique du filament et effet de cratérisation.

de la cathode (jusqu'à 30 % de différence) ; une partie du


cliché est alors légèrement plus marquée par les photons X ;
l'effet talon diminue considérablement lorsque le détecteur
est éloigné de la source.
20° Les conséquences de cet effet talon trouvent deux applica-
tions pratiques :
– cet effet peut être utilisé pour harmoniser les contrastes de
structures d'épaisseurs différentes, les parties les plus épaisses
0,80 m devant alors être positionné du côté de la cathode (ex. radio
Impression hétérogène du film
(plus de photons X du coté de la cathode) de l'humérus = épaule côté cathode ; coude côté anode).
1,20 m
– cet effet est davantage marqué dans l'air. Ainsi afin de limiter les
Impression (quasi) homogène du film différences de contraste liées à l'effet talon, les clichés pulmo-
Figure 2.27  Effet talon et exposition du détecteur. naires sont réalisés (généralement) à une distance foyer-détec-
teur (DFD) supérieure à 1,80  m (cette distance permet par
ailleurs de limiter l'agrandissement de la silhouette cardiaque).
Cette hétérogénéité (temporo-spatiale) du foyer thermique
peut ainsi avoir une répercussion sur l'image finale. On décrit Pente de l'anode
ainsi l'effet talon (figure 2.27). L'hétérogénéité du foyer ther- La pente de l'anode correspond à l'angle d'inclinaison de la
mique et l'inclinaison de l'anode font qu'il y a une fluence de surface de l'anode par rapport à la perpendiculaire au fais-
photons (photons/mm2) plus importante en direction ceau cathodique (⇒ rayon directeur).

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

L'angle de la pente de l'anode conditionne la taille du foyer Disque standard


= risque de fissures Disque relaxé
thermique et donc de manière indirecte la taille du foyer par dilatation thermique = risque de fissures diminué
optique (figure 2.28), l'objectif étant de générer, par construc-
tion géométrique, un foyer optique de forme carrée :
– petit filament ⇒ 10° ⇒ petit foyer optique ;
– grand filament ⇒ 20° ⇒ grand foyer optique.
La répercussion de ces inclinaisons est le phénomène
« d'ombre de l'anode » qui apparaît lorsqu'on utilise des
pentes inférieures à  10°, c'est-à-dire le petit foyer. En effet, Figure 2.30  Disque relaxé : limitation des risques de fissures par dilata-
tion thermique.
l'utilisation de grands champs n'est pas recommandée au
petit foyer, car la pente de l'anode (d'environ 10°) risque
d'amputer la partie du champ la plus proche de l'anode thermiques élevées, mais augmente les contraintes méca-
(les photons  X ne traversent pas le métal de l'anode) niques (équilibrage, distorsion géométrique, contraintes
(figure  2.29). À titre d'exemple, pour une DFD de 1  m, le gyroscopiques…) que subissent le disque et surtout son axe
champ d'exploration limité par une pente de  10° sera de pendant la rotation.
35 cm, et de 28 cm pour une pente de 8°. Cela ne se vérifie La vitesse de rotation du disque se situe aux alentours de
que très rarement en pratique, car l'obtention d'un champ 3000 tours par minute (gamme de vitesse = 2000 à 9000 t/
de vue large demande (dans la plupart des cas) l'utilisation min). Une vitesse élevée offre une meilleure dissipation ther-
d'une charge thermique élevée, c'est-à-dire du grand foyer mique, mais augmente le sifflement de l'anode (bruit). Les
(pente de 20°). Dans le cas de radiographies pulmonaires temps de mise en rotation et de freinage se voient allongés,
réalisées au petit foyer, cette amputation de champs liée à et les contraintes gyroscopiques augmentées.
une pente faible (< 10°) peut être compensée par une aug- L'accumulation de chaleur sur le disque entraîne un phéno-
mentation de la DFD à 1,50 m (pour une pente de 8° : champ mène de dilatation thermique plus ou moins localisé qui
max. à 1 m = 28 cm, à 1,50 m = 42 cm). risque de fissurer, voire même de briser le disque, le rendant
ainsi inutilisable. Pour contrôler la dilatation thermique et
Diamètre, vitesse de rotation et configuration du disque donc éviter le risque de fissures, on utilise des disques pré-
Le diamètre du disque varie de 70 à 200 mm. Un diamètre fendus (= anodes relaxées). Ces fentes internes permettent
élevé confère au tube des capacités et des dissipations au disque de se dilater et de limiter les contraintes méca-
niques sources de fissures potentielles (figure 2.30).

2.5. Données techniques


Nombreux sont les paramètres techniques qui permettent
d'évaluer les performances d'un tube à rayons X. Nous allons
nous intéresser ici aux cinq principaux.
Tensions crêtes
Faisceau électronique Ces tensions représentent les valeurs extrêmes de diffé-
Foyers
thermiques
rence de potentiel pour un tube donné :
– de 20 à 50 kVp pour un tube de mammographie ;
– de 40 à 150 kVp pour un tube de radiodiagnostic.
angle du petit foyer
angle du petit foyer
angle du grand foyer
Puissance nominale
angle du grand foyer
C'est la puissance maximale applicable pendant 0,1 seconde sur
Figure 2.28  Angles de l'anode.
l'anode froide d'un tube alimenté en tension constante. Elle s'ex-
prime en kilowatts. Elle est d'environ 100 kW pour les gros foyers.
Puissance maximale
Elle permet d'estimer la puissance maximale que l'on peut
appliquer au tube pendant un tour d'anode. Elle s'exprime
en kilowatts. Elle est fonction :
– du métal de la piste de l'anode (alliage tungstène rhénium
20° 10° > tungstène) ;
– de la taille du foyer optique (0,6 mm2 ⇒ 50 kW ; 2 mm2
Omb

⇒ 150 kW) ;
re de

– du diamètre du disque de l'anode (plus le diamètre est


l'ano

élevé, plus la puissance augmente) ;


de

– de la vitesse (ou fréquence) de rotation du disque (plus


Figure 2.29  Ombre de l'anode elle est importante, plus la puissance est élevée).

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Capacité thermique maximale Optimisation de la définition


La capacité (ou charge) thermique maximale représente la Tout comme un tube radiogène classique, les tubes de mam-
quantité maximale de chaleur que peut supporter mographie proposent deux tailles de foyers optiques en
l'anode. Elle se mesure en élevant au maximum le temps de fonction de la charge thermique souhaitée. Néanmoins ces
pose pour une tension et une intensité de chauffage maxi- foyers sont bien plus fins que ceux rencontrés en radiologie
male et s'exprime en unité de chaleur (1 UC = 0,7 joule) : standard, afin de procurer une meilleure définition (par
– capacité thermiquemax (UC) = tensionmax (kVp) × intensité réduction du flou géométrique).
courant-tubemax (mA) × temps de posemax (s) ; Le petit foyer optique a pour dimensions : 0,1 × 0,1 mm2 et le
– capacité thermique d'un tube radiologique standard- grand foyer : 0,3 × 0,3 mm2. L'obtention de foyers optiques
www  0,3  méga-unité de chaleur (MUC) ; capacité ther- de 0,1 × 0,1 mm2 est liée à la mise en place de filaments plus
mique d'un tube scanner = 3 à 7 MUC. courts et moins épais, et à l'utilisation de pentes d'anode
Il est aussi possible de calculer, à l'aide de la formule précé- réduites (5 à 12°).
dente, la capacité thermique demandée par un cliché radio- Avec ces dimensions, il va de soi que les temps de pose sont
logique. Prenons l'exemple d'un cliché de crâne de face : plus élevés par rapport à ceux rencontrés en radiologie stan-
65 kVp × 150 mA × 0,6 s = 5850 UC, soit 4095 J dard. Cependant le système de compression utilisé en mam-
mographie rend le risque de flou cinétique quasi nul.
Dissipation thermique
Caractéristiques géométriques
Elle correspond à la quantité maximale de chaleur que
l'anode peut éliminer par minute. Elle s'exprime un UC par Selon les constructeurs, la pente de l'anode varie de 5 à 12°
minute. Les tubes radiologiques standard possèdent des dis- pour le petit foyer et de 20 à 30° pour le grand foyer. Le tube
sipations thermiques de l'ordre de 0,1 MUC/minute. est orienté de manière à ce que la perte d'intensité par effet
talon et le risque d'amputation de champ par effet de pente
Spécificités des tubes utilisés en mammographie se situent du côté du mamelon.
La mammographie est une technique particulière demandant Actuellement, la plupart des constructeurs proposent des
des tubes spécifiques dédiés à l'étude de la glande mammaire. tubes à anode tournante classique utilisant une cible en
molybdène et un filtre en béryllium. Cependant il existe un
Optimisation du contraste système à deux pistes métalliques différentes (Mo et Rh) qui
Sachant que l'abaissement des kilovolts permet une meil- confère à ces tubes une configuration technologique
leure étude en contraste de la glande mammaire, une cible particulière :
en tungstène n'est pas très adaptée car, aux tensions utili- – le plan du disque de l'anode est parallèle au faisceau
sées, le spectre de freinage n'est pas satisfaisant. Pour cela, on électronique ;
privilégie les cibles en molybdène et en rhodium. Comme – les pistes d'interaction (électron–métal) se situent sur les
pour un tube radiogène classique, un filtre placé à la fenêtre bords du disque (pistes métalliques différentes, l'une en
de sortie est obligatoire pour homogénéiser l'énergie du fais- dessous de l'autre).
ceau X. Cependant, les filtres classiques en aluminium, mal
adaptés aux énergies plus faibles, sont remplacés par : 2.6. Vieillissement et précautions
– un filtre en molybdène (0,03  mm) lorsqu'on utilise une d'utilisation d'un tube radiologique
cible en molybdène (couple Mo-Mo) ; Vieillissement normal
– un filtre en rhodium lorsqu'on utilise une cible en rhodium
– Détérioration du filament par diminution de son diamètre
(couple Rh-Rh) ;
(fil), se traduisant en pratique par une augmentation com-
– un filtre (0,63 mm) de béryllium (Be) qui est efficace avec
pensatrice de la programmation des milliampères.
les deux types de cibles.
– Cratérisation : diminution du rayonnement utile et donc
L'opérateur choisit ainsi le couple cible/filtre approprié en
augmentation des constantes.
fonction de la tension utilisée et donc de l'épaisseur de la
– Altération du disque : anode fissurée.
glande mammaire à étudier. À titre indicatif :
– Métallisation interne du ballon qui devient conducteur
– pour un sein de moins de 4 cm d'épaisseur (à la compres-
(court-circuit).
sion), on choisit un couple Mo-Mo (ou Mo-Be) avec une
tension de 25 kVp ; Claquage du tube
– pour un sein moyen de 4 à 6 cm d'épaisseur (à la compres- On peut observer :
sion), on choisit un couple Mo-Mo (ou Mo-Be) avec une – rupture du filament ;
tension de 28 kVp ; – cassure du disque ;
– pour un sein volumineux ou dense, on choisit un couple – blocage de rotation de l'anode ;
Rh-Rh (ou Rh-Be) avec une tension de 28 à 30 kVp. – implosion du ballon.

Remarque : certains appareils disposent tout de même d'une Précautions d'utilisation


cible en tungstène qui est utilisée uniquement pour les seins Une anode froide n'est pas apte à subir des charges impor-
volumineux ou dense avec des tensions de l'ordre de 30 kVp. tantes, il faut la réchauffer progressivement. Pour cela, des

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

– transformer le courant alternatif basse tension du secteur


en un courant continu, stable et de haute tension ;
– régler l'intensité du courant de chauffage du filament
de la cathode afin de contrôler en partie la quantité de
rayons X à produire ;
– déterminer la durée d'application de la haute tension,
c'est-à-dire la durée d'exposition ;
– assurer la sécurité du tube, en vérifiant que les constantes
programmées sont supportées par le tube ;
– assurer des fonctions auxiliaires telles que l'alimentation et
la gestion du couple rotor–stator…
Pour réaliser cela, le générateur est composé de deux circuits
principaux :
– le circuit basse tension qui gère l'alimentation du
filament ;
– le circuit haute tension qui permet l'obtention d'une dif-
férence de potentiel élevée et unidirectionnelle.
Figure 2.31  Abaque de charge du petit foyer d'un tube alimenté en cou- Le générateur est généralement contenu dans une armoire
rant triphasé redressé (12 crêtes, puissance de 35 kW). électronique, qui est reliée au tube par l'intermédiaire de
Source  : Régent  D., et  al. Scanner et rayons. Issy-les-Moulineaux  : Elsevier
Masson ; 2012.
câbles électriques. Il est contrôlé par un pupitre de com-
mande situé derrière un paravent plombé (qui protège
« tirs » de chauffage progressif (dans le vide) à chaque mise l'opérateur des rayons  X). En ce qui concerne les appareils
en route sont recommandés : mobiles (clichés au lit du patient), le pupitre de commande
– éviter d'utiliser le petit foyer pour des tensions supérieures et le générateur sont regroupés dans une seule et même
à 75 kV ; structure.
– ne pas « abuser » du temps de rotation de l'anode avant
chaque prise de cliché. 3.2. Notions d'électricité et d'électronique
Avant d'aborder l'explication des principaux circuits élec-
Sécurisation du tube
triques du générateur radiologique, il paraît judicieux d'ef-
La limite de capacité thermique (maximale) que peut sup- fectuer des rappels sur l'électricité et sur les principaux
porter un tube en termes de kVp, de mA et temps de pose (s) composants électroniques utilisés.
ne doit pas être franchie afin de préserver le tube de tout
risque de « vaporisation » de la cible en tungstène. Afin de Courants du secteur
sécuriser le tube, les réglages susceptibles d'entraîner un Qu'est-ce qu'un courant électrique ?
dépassement de la charge maximale par type de foyer sont
Le courant électrique est, dans les solides, un déplacement
inaccessibles et présentés par le constructeur sous forme
ordonné d'électrons qui s'établit sous l'action d'une diffé-
d'abaque de charge (figure 2.31).
rence de potentiel (ddp). L'électricité se propage de la
Aussi, une série d'expositions de charges moindres est poten-
même manière qu'une onde. La vitesse de déplacement de
tiellement susceptible d'atteindre la capacité thermique
l'onde électrique est de 2 × 105 km/s, alors que celle des élec-
maximale par effet d'accumulatif entraînant une saturation
trons n'est que de 0,3 mm/s. Le sens conventionnel du cou-
du potentiel de dissipation thermique. Cette sécurisation est
rant s'effectue de la borne positive à la borne négative. Cette
caractérisée par un abaque de charge thermique et de refroi-
convention ne correspond pas au sens de déplacement des
dissement. Cet abaque guide un système de sécurisation
électrons qui sont attirés vers la borne positive. Un courant
automatisé du tube imposant des temps de refroidissement
électrique peut être soit continu, soit alternatif (dû à une
durant lesquels le tube devient inutilisable par l'opérateur.
variation périodique des polarités)  : c'est cette dernière
forme qui nous est directement fournie par le secteur.
3. Principes de base de l'alimentation Courant alternatif monophasé
d'un tube à rayons X Un courant alternatif est un courant électrique qui change
périodiquement de sens. Cette périodicité est produite par
l'application d'une tension qui varie entre deux valeurs
3.1. Quelles sont les fonctions du générateur extrêmes : une positive et une négative.
radiologique ? Quelques données. En France, cette tension possède les carac-
Le générateur radiologique regroupe tous les circuits élec- téristiques suivantes :
triques et électroniques qui alimentent le tube à rayons X. Il – tension maximale (Umax) : 325 V ;
adapte le courant électrique fourni par le secteur aux diffé- – tension efficace (Ueff) : 230 V (Ueff = Umax/√2) ;
rents besoins du tube radiogène cités ci-dessous : – fréquence (f) : 50 Hz ⇒ période (T) : 20 ms (car f = 1/T).

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Un courant électrique soumis à une tension alternative Deux principales causes sont à l'origine de ces fluctuations :
de 325 V (Umax) procure le même effet énergétique qu'un – résistances excessives et variables sur la ligne d'alimenta-
courant électrique soumis à une tension continue de tion (longueur et diamètre des câbles) ;
230 V (Ueff ). – fluctuation temporelle de l'alimentation du réseau.
Pour corriger ces défauts, plusieurs solutions sont possibles :
Courant alternatif triphasé
on peut associer une résistance d'amortissement et un auto-
Pour alimenter les appareils demandeurs d'une puissance transformateur, utiliser un onduleur statique… Peu importe
élevée, le secteur peut fournir du courant alternatif triphasé la solution retenue, l'essentiel est d'obtenir une tension
(figure 2.32). Ce courant correspond à des courants alterna- stable dans le temps.
tifs monophasés, circulants dans trois circuits propres, déca-
lés d'un tiers de période (T/3). Transformateur à courant alternatif
Quelques données. En France ce courant possède les caracté-
Après avoir stabilisé la tension du secteur, cette dernière doit
ristiques suivantes :
s'adapter au générateur, en fonction du circuit concerné. Il va
– Ueff triphasé = Ueff monophasé × √3 = 230 × √3 = 400 V ;
falloir, selon le cas, l'augmenter (circuit haute tension) ou la
– fréquence : 50 Hz ;
diminuer (circuit basse tension).
– déphasage de T/3 = 6,6 ms.
Pour réaliser cela, on utilise un transformateur.
Les avantages du courant triphasé sont de :
Principe  : une tension alternative primaire appliquée aux
– fournir une puissance plus élevée : P = √3 UI ;
bornes d'une bobine composée de n1  spires induit dans un
– obtenir, après redressement, un taux d'ondulation plus
noyau de fer doux un flux magnétique alternatif qui, lui-même,
faible.
induit dans une bobine secondaire de n2 spires une tension
Stabilisation de la tension du secteur alternative secondaire différente dépendant du nombre de
Les courants d'alimentation fournis par le secteur ne pro- spires de chaque bobine (figure 2.33). La différence des ten-
curent pas une tension efficace suffisamment stable dans la sions entre le circuit primaire et secondaire est proportion-
durée pour venir alimenter directement le générateur radio- nelle au rapport de transformation « k ». Ce dernier est égal au
logique. Ces fluctuations ne sont pas réellement nocives rapport du nombre de spires de chaque bobine : k = n2/n1.
pour le tube, mais elles faussent les valeurs des constantes On en déduit que : U2 = k ⋅ U1.
affichées au pupitre (kV, mA, ms), ce qui risque de nuire à la Si k > 1, la tension entre le circuit primaire et secondaire est
qualité de l'image finale. augmentée, on parle alors de transformateur sur-volteur.
Si k < 1, la tension entre le circuit primaire et secondaire est
diminuée, on parle alors de transformateur sous-volteur.
Courant alternatif monophasé Courant alternatif triphasé
U U
U max U max
U eff U eff Exemple
Circuit primaire : U1 = 300 V ; n1 = 300 spires.
Si on suppose une induction de 1 V par spire :
temps temps – un circuit secondaire constitué d'une bobine (n2) de
10 spires sera soumis à une tension (U2) de 10 V ⇒ trans-
formateur sous-volteur. U2 = (10/300), U1 = 10 V ;
– un circuit secondaire constitué d'une bobine (n2) de
T
T/3
T 600 spires aura une tension (U2) de 600 V ⇒ transforma-
teur sur-volteur. U2 = (600/300), U1 = 600 V.
Figure 2.32  Courant alternatif monophasé et triphasé.

Transformateur Sur-volteur Transformateur Sous-volteur


<
U primaire < U secondaire U primaire U secondaire
secondaire
secondaire
Fer doux

Fer doux
primaire
primaire

Bobine
Bobine

Bobine
Bobine

n1 spires n2 spires n1 spires n2 spires

Figure 2.33  Transformateur sur- et sous-volteur.

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Ces transformateurs permettent aussi une conversion de


l'intensité (I). En effet, si l'on considère qu'il n'y a pas de perte,
la puissance des deux circuits est identique : P1 = P2.
À partir de la relation P = UI, il est possible de déterminer la
conversion d'intensité qui se produit entre les deux circuits.

Facteur de conversion de l'intensité


P1 = P2
U1.I1 = U2.I2
U1.I1 = U1. (n2/n1).I2
I1 = (n2/n1).I2

L'utilisation d'un transformateur sur-volteur (k > 1) implique


une diminution de l'intensité au niveau du circuit secondaire.
L'utilisation d'un transformateur sous-volteur (k  <  1)
implique une augmentation de l'intensité au niveau du cir-
cuit secondaire. Figure 2.35  Principe de la double conduction d'un semi-conducteur.

Redresseur de courant alternatif


conduction naît de l'éjection (par effet thermique) d'un élec-
Dans le circuit haute tension, le générateur transforme un tron périphérique qui devient alors libre et qui laisse une
courant alternatif en courant continu. Dans ce cas, on utilise place vacante (ou trou) au sein du cortège électronique.
une série de redresseurs permettant de s'affranchir des alter- Double conduction :
nances négatives du courant (figure  2.34). Ces redresseurs – déplacement des électrons libres (bande de conduction) ;
sont en fait des dispositifs à deux pôles conçus de manière à ce – déplacement des électrons liés de trou en trou (bande
que la résistance offerte au passage du courant : de valence).
– soit nulle lors de l'alternance positive ; Dans un matériau semi-conducteur « pur », le nombre de
– soit importante lors de l'alternance négative : courant bloqué. « trous » (P) créés (après apport de chaleur) est égal au
Les redresseurs qui équipent les générateurs radiologiques nombre d'électrons (N) présents sur la bande de conduction
actuels sont conçus à partir de semi-conducteurs de « dopages » (N = P). Il est cependant possible de doper ces matériaux en
différents. On parle aussi de redresseurs « secs  ». Les semi- leur apportant des « impuretés »  : excès d'électrons ou de
conducteurs sont des cristaux constitués d'atomes à quatre élec- trous (figure 2.36A).
trons de valence (germanium, silicium…) ayant une structure – Quand N >  P =  dopage de type « donneur » ou « N »  :
cubique qui leur confère une forte cohésion  : chaque atome remplacement de quelques atomes du cristal (4 e− de
possède autour de lui huit électrons, quatre lui sont propres et valence) par des atomes d'arsenic à cinq électrons de
quatre proviennent de ses plus proches voisins (figure 2.35A). valence : excès d'électrons.
Ce sont des matériaux ayant une conductivité électrique – Quand N < P = dopage de type « acceptateur » ou « P » :
intermédiaire entre les métaux et les isolants. En effet, à remplacement de quelques atomes du cristal (4 e− de
température ambiante ils ne sont pas conducteurs, mais dès valence) par des atomes de bore à trois électrons de
qu'on leur apporte de l'énergie thermique, une double valence : excès de « trous ».
conductibilité électrique s'établit à la fois sur la bande de Il devient possible de fabriquer des redresseurs en joignant
valence et sur celle de conduction (figure 2.35B). Cette double deux dopages  N et  P, on parle alors de jonction N-P
(figure 2.36B). Le passage du courant n'est dans ce cas pos-
Courant alternatif monophasé redressé sible que lorsque les électrons se déplacent de la jonction N
U
(excès d'e−) vers la jonction P (excès de « trous »). Selon leurs
Umax
Ueff caractéristiques, ces redresseurs permettent de « suppri-
mer » une alternance négative d'environ 100 V. Dans ce cas,
temps une série de 1500  redresseurs permet ainsi de « stopper »
une alternance négative de 150  kV. Les avantages de ces
diodes, par rapport aux redresseurs à lampe, sont :
– leur taille réduite ⇒  allège et simplifie la structure du
T générateur radiologique ;
Figure  2.34  Rôle d'un redresseur  : bloquer le courant lors de l'alter-
– leur durée de vie largement supérieure à celle des
nance négative. redresseurs à lampes.

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Figure 2.36  Les dopages de type N et P et la jonction N-P (A). Principe du redressement possible à l'aide d'une jonction N-P (B).

Circuit basse tension : chauffage du filament

1
U primaire
< U secondaire
Fer doux

Bobine
primaire
Bobine
secondaire
3

n2 spires
n1 spires
2
1 Résistance variable de réglage 2 Transformateur sous-volteur 3 Tube à rayons X

Figure 2.37  Représentation simplifiée du circuit basse tension.

3.3. Circuit basse tension : chauffage du filament Pour éviter les confusions  : ce circuit régule l'intensité de
Le circuit basse tension contrôle le courant de chauffage du chauffage du filament. Ce n'est pourtant pas cette intensité
filament (figure 2.37). Il doit remplir deux critères : que règle l'utilisateur ! En effet, l'utilisateur règle indirecte-
– transformer, à l'aide d'un transformateur sous-volteur, la ment le courant de chauffage du filament en programmant
tension efficace du secteur (230  V) en une tension plus en pratique l'intensité de courant-tube en milliampères (voir
faible (environ 10  V) générant donc une intensité plus plus haut Tube de Coolidge) !
forte (3 à 5 A) ; 3.4. Circuit haute tension : réglage
– régler cette intensité en fonction de la température de de la différence de potentiel
chauffage souhaitée. Solution = résistance réglable dans le Le circuit haute tension a pour rôle principal de transformer
circuit primaire. le courant alternatif basse tension du secteur en un courant

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

continu haute tension nécessaire à l'alimentation du tube Pour gagner en précision : les différents montages
radiogène (figure 2.38). Mais ce circuit doit aussi permettre
Les noms des différents montages dépendent du nombre
d'accéder au pupitre à des valeurs de haute tension s'étalant de crêtes obtenues pendant une période (figure 2.39) :
de 40 à 150 kVp en fonction des examens. – montage à une crête  : il utilise un courant monophasé et
Différentes solutions, plus ou moins complexes, sont alors deux redresseurs. Il équipe les tubes de faible puissance
envisageables en fonction de la qualité et de la stabilité de (< 15 kW), le tube n'émet qu'une alternance sur deux ;
tension souhaitée. – montage à deux crêtes : il utilise un courant alternatif mono-
phasé et quatre redresseurs. La puissance fournie est de
Générateurs classiques l'ordre de 50 kW et le taux d'ondulation est maximal (100 %) ;
– montage à six crêtes : il utilise un courant alternatif triphasé
Ce type de générateurs se compose principalement :
et un montage symétrique à 12  redresseurs. La puissance
– d'un autotransformateur permettant le réglage de la haute fournie est de l'ordre de 150 kW et le taux d'ondulation varie
tension (de 40 à 150 kVp) ; de 20 à 13,5 % ;
– d'un transformateur sur-volteur permettant l'accès à la – montage à douze crêtes : il utilise un courant alternatif tri-
haute tension ; phasé et un montage asymétrique à 12 redresseurs. La puis-
– de plusieurs redresseurs nécessaires au redressement du sance fournie est de l'ordre de 225 kW et le taux d'ondulation
est de 13 à 3,5 %.
courant alternatif en courant continu.
Le transformateur sur-volteur permet de transformer le cou-
rant alternatif du secteur (circuit primaire) en un courant Générateurs de moyenne et haute fréquence
alternatif de haute tension (circuit secondaire), en utilisant Développés au début des années 1980 pour équiper les
un rapport k de l'ordre de 400. L'obtention de cette haute installations radiologiques mobiles, ces générateurs ont
tension nécessite, pour des raisons de sécurité, une isolation depuis remplacé les générateurs décrits précédemment.
parfaite (cuve à huile). Plus compacts, plus légers et plus simples, ils équipent
La constance du rapport k ne permet pas de faire varier la aujourd'hui la plupart des installations radiologiques
haute tension au niveau du transformateur sur-volteur. Pour (figure 2.40).
réaliser cela, un autotransformateur est intégré dans le cir- Un redresseur et un condensateur redressent et filtrent le
cuit primaire et permet de faire varier la tension de ce cir- courant alternatif (50 Hz) basse tension du secteur pour le
cuit. Ce dispositif permet, par proportionnalité k, de régler transformer en courant continu de basse tension.
indirectement la tension du circuit secondaire. Dans le cas Le courant continu basse tension créé alimente un ondu-
d'une alimentation triphasée, on utilise trois autotransfor- leur statique, qui le « hache » et le transforme en cou-
mateurs calibrés avec un retard de phase d'un tiers de rant basse tension alternatif de haute fréquence (5  à
période (T/3). 100 kHz).
Le courant du circuit secondaire à la sortie du transforma- Un transformateur sur-volteur vient ensuite transformer
teur sur-volteur présente bien une tension élevée, mais qui ce courant haute fréquence de basse tension en un courant
est encore alternative. Or, les électrons doivent traverser de haute fréquence de haute tension.
constamment le tube du filament vers l'anode, ce qui Ce dernier est alors redressé et filtré à l'aide de redresseurs
nécessite l'utilisation d'un courant continu. On utilise alors et de condensateurs. Un courant continu de haute tension,
une série de redresseurs dont les montages sont plus ou et de puissance élevée, est ainsi créé.
moins complexes en fonction de la linéarité de courant Le taux d'ondulation du courant obtenu varie de 4 à 15 %
souhaitée. (selon les installations).

Circuit haute tension : règlage de la différence de potentiel

2 3
Fer doux

mA

1
V 4
3
1 Autotransformateur (réglage HT) 3 Redresseurs

2 Transformateur Survolteur 4 Tube radiologique

Figure 2.38  Représentation simplifiée du circuit haute tension.

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Montage à 1 crête
T

tension
230 V monophasé

Tube RX
P S i

temps

Montage à 2 crêtes
T

tension
230 V monophasé

P mA
S
Tube RX

temps

Montage à 6 crêtes
S1
tension T
400 V triphasé

P
Tube RX

mA
i

S2

temps

Montage à 12 crêtes
S1
T
tension
400 V triphasé

P
Tube RX

mA i

S2

temps
Figure 2.39  Représentation simplifiée des différents montages redresseurs de courant.

3.5. Minuterie d'exposition – l'exposition :


La minuterie est un circuit annexe qui commande le début – en mode statique : pouvoir stopper, à un moment pré-
et la fin de l'émission des rayons X, c'est-à-dire le temps de cis, l'alimentation du tube,
pose, aussi bien en imagerie statique (graphie) qu'en image- – en mode dynamique : obtenir des coupures de courant
rie dynamique (scopie). Cette fonction passe par deux cadencées avec une précision d'au moins 10 ms.
étapes : Ces coupures, précises et fréquentes de courant, s'effec-
– le temps de préparation : tuent dans le circuit secondaire (haute tension) à l'aide
– chauffage + stabilisation de la température du filament, de tétrodes, qui sont des composants technologiques
– lancement de la rotation de l'anode à vitesse constante, complexes à base de semi-conducteurs. Nous n'irons pas
– mise sous tension des appareils auxiliaires (Potter, table, plus loin dans les explications technologiques de la
cellules…) ; minuterie.

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Principe d'un générateur de moyenne et haute fréquence

Redresseur Condensateur Onduleur Transformateur Redresseur Condensateur


de réseau de filtrage statique haute tension haute tension de filtrage

Tube RX
i

U tube RX

Courant continu Courant continu


Basse tension Courant alternatif Haute tension
Courant du secteur Haute fréquence
Alternatif Basse tension
Basse fréquence Courant alternatif
Basse tension Haute fréquence
Haute tension
Figure 2.40  Schéma de principe (simplifié) d'un générateur de moyenne et haute fréquence.

4. Optique radiologique Différences de forme et d'épaisseurs


et critères qualitatifs Si le milieu est homogène et d'épaisseur constante, l'intensité
du faisceau diminue avec l'épaisseur traversée.
4.1. Relief du faisceau Si le milieu est homogène et d'épaisseur variable, le faisceau
Après la traversée d'un milieu, le faisceau  X est atténué et émergent présente un relief (figure 2.42). Plus la différence
modifié en fonction des structures rencontrées (figure 2.41). d'épaisseur est grande, plus le relief est marqué.
Ce faisceau est aussi appelé « image radiante » et peut se Ce ­dernier est aussi fonction de la densité du milieu traversé
représenter sous la forme d'un relief qui dépend : et de l'énergie du faisceau incident.
– des formes et des épaisseurs des structures traversées ; Différences de densité
– des différentes densités rencontrées ;
Si le milieu est hétérogène, le relief du faisceau émergent est
– de l'importance du rayonnement diffusé.
plus prononcé quand la différence de densité des struc-
Variation du relief du faisceau émergent en fonction tures traversées est importante (figure 2.43).
de l'épaisseur et de la composition du milieu
Influence du diffusé
Relief
du rayonnement
Le rayonnement diffusé naît des interactions Compton
incident qui se produisent lors de la traversée du milieu par les
rayons X. Ces dernières sont nombreuses dans les tissus
peu denses (graisse et parties molles). La présence de
rayonnement diffusé augmente de manière relative la
Milieu hétérogène et fluence du faisceau émergent, entraînant la compression
d'épaisseur variable du relief de l'image radiante et l'effacement des contours
des objets (figure 2.44). Cela se traduit sur l'image finale
par une baisse du contraste et par un flou à la limite des
Relief
organes. Plusieurs techniques seront utilisées pour
du faisceau émergent réduire les effets néfastes du rayonnement diffusé.
= image radiante

Figure 2.41  Traversée d'un corps par un faisceau X : naissance de l'image radiante.

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Relief
du rayonnement
incident

Milieu homogène

Relief
du faisceau émergent
= image radiante

Figure 2.42  Traversée d'un milieu homogène d'épaisseur variable.

Variation du relief du faisceau en fonction


de l'hétérogénéité du milieu traversé Coef. D'atténuation : C < A < B

Relief
du rayonnement
incident

Milieu hétérogène A B A C

Relief
du faisceau émergent
= image radiante

Figure 2.43  Traversé d'un milieu hétérogène.

Variation du relief du faisceau en fonction


de l'hétérogénéité du milieu traversé Coef. D'atténuation : C < A < B

Relief
du rayonnement
incident

A A
C B C B
Milieu hétérogène Rayonnement
diffusé

Relief
du faisceau émergent
= image radiante

image radiante =
image radiante = (rayonnement incident - atténuation)
rayonnement incident - atténuation + rayonnement diffusé
Figure 2.44  Influence du diffusé sur l'image radiante.

Profil d'absorption et profil d'intensité – le profil d'intensité représente les variations spatiales
Les reliefs radiologiques décrits à l'instant peuvent êtres repré- d'« intensité » du faisceau émergent. Le terme d'« inten-
sentés par deux courbes connues sous le nom de profil d'ab- sité » peut être défini comme étant le nombre de photons
sorption (ou d'atténuation) et de profil d'intensité (figure 2.45) : dans le faisceau multiplié par l'énergie de chaque photon
– le profil d'absorption représente les variations spatiales (Coulomb/kg en unité SI).
d'absorption du faisceau émergent ;

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Coef. D'atténuation : C < A < B

Relief
du rayonnement
incident

Milieu hétérogène C A B C C A B C

"intensité"
Absorption

0 distance 0 distance
Profil d'absorption Profil d'intensité
Figure 2.45  Représentation du relief du faisceau par un profil d'absorption (à gauche) et par un profil d'intensité (à droite).

4.2. Formation géométrique de l'image – enfiler un interligne ;


L'image radiologique est une ombre projetée d'objets plus – dégager une structure gênante ;
ou moins opaques à la radiation qui les éclaire. L'image – minimiser ou, au contraire, créer un agrandissement
radiologique est une représentation en deux dimensions différentiel.
d'une épaisseur complexe. La conicité du faisceau  X et
l'orientation du rayon directeur entraînent une déformation 4.3. Qualité de l'image
des structures radiographiées. Plusieurs règles d'« optique L'analyse qualitative d'une image radiologique s'effectue en
radiologique » définissent ses déformations (figure  2.46) ; se fondant sur quatre critères de base  : la fidélité, le
toutes ces règles sont liées par la relation de Thalès : contraste, la définition et la résolution spatiale.
– règle 1  : la projection d'un objet forme une ombre Un cliché de qualité est une image qui trouve un équilibre
plus grande que l'objet, c'est l'agrandissement (distorsion entre ces quatre critères qui dépendent de plusieurs para-
de  taille)  : I/O = distance foyer-détecteur/distance mètres tels que : le choix des constantes, la technologie de
foyer optique ou DFD/DFO (selon Thalès) ; exemple : pour détection, l'orientation du faisceau  X et la position du
une DFD de 1 m, un objet plat de 5 cm situé à une distance patient, la coopération du patient, etc.
de 10 cm du capteur mesurera sur le film 5,5 cm ;
– règle 2 : les parties les plus éloignées du capteur sont les Fidélité
plus agrandies. Pour pouvoir comparer des clichés d'une Une image fidèle est une image qui met en évidence, de la
même structure anatomique, on cherche à stabiliser ces manière la plus pertinente possible, la ou les structures per-
agrandissements différentiels (reproductibilité d'une inci- mettant d'effectuer un diagnostic. Pour obtenir une image
dence), en utilisant une DFD constante : fidèle, l'opérateur tient compte des règles d'« optique radio-
– DFD = 1 m (ou 1,10 m) en radiologie osseuse, logique » permettant d'adapter les phénomènes d'agrandis-
– DFD = 1,50 m à 2 m en radiologie pulmonaire ; sement et de déformation à la structure étudiée. Les
– règle 3 : une projection perpendiculaire agrandit mais ne modi- différentes incidences radiologiques (inclinaison du tube
fie pas la forme d'un objet parallèle au plan du détecteur ; + positionnement du patient) sont issues d'une adaptation
– règle 4  : une projection oblique, non perpendiculaire au des lois de l'optique pour une structure donnée (figure 2.48).
plan du capteur, modifie dans tous les cas la forme de Ainsi, selon le cas, un agrandissement ou une déformation
l'objet (distorsion de forme) ; peut être soit utile, soit néfaste. L'étude d'un organe
– règle 5  : toute projection (normale ou oblique) agrandit et demande, le plus souvent, la réalisation d'au moins deux
modifie la forme d'un objet non parallèle au plan du capteur ; incidences orthogonales afin de tirer profit des consé-
– règle 6 : lorsqu'un faisceau X rencontre deux objets différents quences de la projection des structures.
sur son trajet, ces derniers apparaîtront superposés sur l'image
finale (figure 2.47). Il est alors difficile de connaître la position Contraste
relative de ces structures (laquelle est devant l'autre ?). En radiologie conventionnelle, le contraste qualifie la diffé-
Ces différentes règles sont prises en compte en radiologie rence d'intensité entre deux régions de l'image radiolo-
pour : gique. Soit D1 et D2 deux régions voisines du cliché
– ne pas déformer l'objet ; radiologique. La différence de contraste est estimée en pour-
– déformer volontairement l'objet ; centage (figure 2.49).

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

règle 1 : La projection de l'objet forme une règle 2 : Les parties les plus éloignées du
ombre plus grande que l'objet détecteur sont les plus agrandies
Foyer Foyer

dfo Plan objet 1


dfo

dfd dfd
Plan objet 2
Plan objet

O O
Détecteur
Détecteur

I I
règle 3 : Une projection perpendiculaire règle 4 : Une projection oblique agrandit et modifie
agrandit mais ne modifie pas la forme d'un objet la forme d'un objet parallèle au plan du capteur.
parallèle au plan du capteur.
Foyer Foyer

règle 5 : La projection normale ou oblique agrandit et modifie la forme d'un objet non parallèle
au plan du capteur.

Foyer Foyer

Un rectangle a pour image un trapèze Un rectangle a pour image un quadrilatère


si deux côtés opposés sont parallèles quelconque si aucun côté n'est parallèle
a au capteur au capteur
Figure 2.46  Règles (n  1 à 5) de l'optique radiologique.
o

Au sens physique, le contraste dépend de :


– la différence d'absorption du rayonnement incident  :
Note
Il est toutefois possible de modifier visuellement le contraste
celle-ci est liée à la nature du corps traversé (Z et épais- d'une image en appliquant une modification de fenêtre
seur) et à l'énergie du faisceau X (keV) ; en radiologie, une numérique (voir chapitre 1, paragraphe 3.1). Cette opération
augmentation de la tension engendrera une ­diminution de fenêtrage modifie certes l'apparence visuelle du contraste,
de contraste ; mais ne modifie en rien le contraste natif lié à l'intensité
– la fluctuation quantique représente la variation dans le (= valeur) des pixels constituant l'image numérique.
temps et dans l'espace du nombre de photons constituant
le faisceau X ; Définition
– la qualité du transfert d'image  : plus les étapes entre
La définition décrit la netteté de l'image. Une image est
l'image radiante et la visualisation de l'image sont nom-
nette lorsque les flous qui la composent sont faibles et équi-
breuses, plus le contraste diminue.
librés. On distingue plusieurs types de flous.

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Figure 2.47  Règle no 6 de l'optique radiologique.

S
S
Os normal

Image fidèle Image inutile

S S
Os fracturé

Image inutile Image fidèle

Figure 2.48  Utilisation des règles de l'optique radiologique pour obtenir une image fidèle.

Flou géométrique Flou cinétique


Il dépend de la taille du foyer optique utilisé, de la distance Il est lié aux mouvements (volontaires ou involontaires) du
foyer-détecteur et de la distance objet-détecteur. En pra- patient pendant l'exposition = temps de pose (figure 2.50).
tique pour diminuer ce flou, il faut : En pratique pour diminuer ce flou, il faut :
– travailler au petit foyer optique ; – s'assurer de la coopération du patient (à l'aide d'explica-
– augmenter la distance foyer-détecteur (avec une certaine tions orales…) ;
limite : 1/d2) ; – immobiliser le patient au maximum pour les radiogra-
– diminuer la distance objet-détecteur. phies des articulations (à l'aide de cales…) ;

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Radiologie de projection

Figure 2.49  Exemple de calcul de contraste.

Figure 2.50  Illustration de flou cinétique.


Présence de flou cinétique (A), flou limité grâce à la réalisation d'une apnée lors de l'exposition (B).

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Radiologie de projection

– diminuer au maximum le temps de pose (utilisation du aux différentes étapes de la formation de l'image. On dis-
grand foyer) ; tingue deux types de bruits d'origine distincte :
– dans certaines conditions (rares), sédater le patient. – le bruit photonique ou bruit quantique (Bphotonique) cor-
Ce flou peut cependant s'avérer utile dans certains cas : respond au phénomène de fluctuation quantique des
– un temps de pose long, associé à un mouvement volon- photons  X et se trouve dans l'image radiante, il devient
taire de respiration, permet d'effacer les côtes sur un cliché apparent à faibles doses et prépondère au niveau des
de colonne thoracique de profil (figure 2.51) ; structures les plus denses ;
– la tomographie utilise le flou cinétique pour effacer les – le bruit de détection (Bdétection) correspond à l'ensemble
structures situées hors du plan d'étude (voir chapitre 1, des bruits prenant naissance dans la chaîne de transforma-
Exploitation de l'histogramme par fenêtrage). tion de l'image radiante en image photographique (bruit
de conversion, bruit électronique…).
Flou de diffusé
Il est lié à la présence de rayonnement X diffusé émis par l'objet. 2
Bglobal = (Bphotonique + B 2détection)
Ce flou se manifeste par une « ombre » à la p ­ ériphérie de chaque
organe, altérant ainsi le contraste et la définition de l'image. Il est Le bruit total se visualise sur l'image finale par un aspect
possible de limiter ce flou en associant et en utilisant : « granuleux » de celle-ci (figure 2.52). Plus le bruit global est
– les diaphragmes ; faible, meilleure sera la qualité de l'image, aussi bien en
– les cônes localisateurs ; contraste qu'en résolution spatiale.
– les systèmes de compression ; La notion de rapport signal sur bruit (S/B) est plus pertinente
– la grille antidiffussante ; pour évaluer la qualité d'une image numérique. Ainsi, une pré-
– la technique de l'air-gap (ancien). sence élevée de bruit (de détection) peut toujours être com-
pensée par une augmentation d'apport en signal, c'est-à-dire
Flou de détection
par une irradiation plus importante. Un compromis est donc
Il dépend de la taille des éléments technologiques uni- à réaliser en permanence entre qualité d'image et irradiation.
taires de détection, et de leur capacité à canaliser la Néanmoins, une image bruitée n'est pas forcément une image
lumière émise par les cristaux scintillants (sauf capteurs à non interprétable ! Les principes de radioprotections stipulent
conversion directe) avant qu'elle soit transformée en qu'il faut fournir une image avec le plus faible niveau de dose
signal électrique. Plus les éléments unitaires de détec- possible dont la qualité ne nuise pas au diagnostic !
tion sont fins et canalisent la lumière produite, plus le
flou de détection est faible. Pouvoir de résolution
La résolution spatiale est la plus petite distance que l'on peut
Bilan
observer entre deux objets. Cette distinction se présente
Tous ces flous sont liés les uns aux autres, et on ne peut en sous forme d'une fréquence spatiale qui s'exprime en paire
réduire un sans en augmenter un autre. La meilleure de lignes par millimètre (pl/mm) ou par centimètre (pl/
­définition est alors obtenue en établissant un compromis cm), et permet de comparer les performances de la chaîne
entre les différents flous. de détection et de visualisation.
Pour connaître cette résolution, on teste l'ensemble de la
Bruit de l'image chaîne de détection à partir de mires ou de fantômes. Ces
Le bruit global d'une image radiologique peut être considéré tests sont valables aussi bien sur les systèmes de détection
comme la somme quadratique des différents bruits créés analogique que numérique : un couple écran-film possède

Figure 2.51  Exploitation du flou cinétique pour l'effacement de structures gênantes.


Zoom sur une colonne thoracique basse : avec apnée = bords des côtes nets et superposés aux vertèbres (A), sans apnée + temps de pose long = bords des
côtes effacés par flou cinétique (B).

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Radiologie de projection

Figure 2.52  Radiographie d'un poignet droit de face.


L'image de droite présente un niveau de bruit plus élevé que l'image de gauche. Il n'en demeure pas moins que l'image de droite reste parfaitement inter-
prétable au profit d'une exposition plus faible pour le patient.

une résolution spatiale qui varie de 6  à 20  pl/mm, tandis Foyer


qu'une technologie de type capteur plan possède un pou-
voir de résolution variant de 2,5 à 13 pl/mm. Mais l'expres- Rayonnement diffusé
sion de cette résolution spatiale nécessite un rapport signal créé entre la source
et le patient
sur bruit élevé (voir chapitre 1).

5. Éléments technologiques
permettant d'améliorer Rayonnement diffusé
créé dans le patient
la qualité de l'image
Différents outils technologiques peuvent être mis en place
entre la source de rayons X et le système de détection pour Détecteur
améliorer la qualité de l'image. De manière générale, les
différents moyens utilisés servent avant tout à : Figure 2.53  Création du rayonnement diffusé.
– réduire le rayonnement diffusé prenant naissance entre
la source et le détecteur (figure 2.53) ;
– homogénéiser les contrastes de l'image. 5.2. Air-gap
La technique de l'air-gap, aussi appelée technique de
5.1. Diaphragmes et cônes localisateurs Groedel, a pour objectif de réduire l'effet des rayons diffu-
L'utilisation de diaphragmes et de localisateurs permet de sés prenant naissance dans le corps du patient. Pour cela,
réduire considérablement le rayonnement diffusé créé on augmente volontairement la distance sujet-détec-
entre la source et le patient (figure 2.54), améliorant ainsi teur (figure 2.56).
de manière significative le contraste au niveau des parties Les rayons diffusés les plus « obliques » par rapport à l'axe du
molles (figure 2.55) et par conséquent la définition globale rayon directeur ne se dirigent pas vers le détecteur et ne
de l'image. L'autre avantage de ces dispositifs est de protéger composeront donc pas l'image finale.
le patient et le personnel (dans le cadre d'une procédure au Les rayons diffusés de faible énergie sont stoppés dans l'air
contact du patient) du r­ ayonnement diffusé, ils jouent ainsi (distance sujet-détecteur) et ne parviennent pas jusqu'au
un rôle important de radioprotection. détecteur : ils ne composeront pas l'image finale.

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Radiologie de projection

Foyer Foyer

mise en place d'un cône localisateur


utilisation de diaphragmes

Rayonnement diffusé
créé entre la source
Arrêt du diffusé par

et le patient
STOP STOP STOP STOP

Arrêt du diffusé par


STOP
STOP
STOP

STOP
STOP

Patient Patient

Figure 2.54  Utilisation de diaphragmes et de cônes localisateurs pour éliminer le rayonnement diffusé.

Figure 2.55  Illustration de l'efficacité de la collimation pour réduire le rayonnement diffusé et ainsi améliorer le contraste des parties molles.
Coude de face avec collimation : vue d'ensemble (A), zoom (C). Coude de face sans collimation : vue d'ensemble (B), zoom (D).

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Foyer Foyer

Distance foyer-sujet

Distance foyer-sujet
Distance foyer-détecteur

Distance foyer-détecteur
Détecteur

Principe de l'air-gap :
- Augmentation de la distance sujet-détecteur

Distance sujet
=> diminution du rayonnement diffusé

-détecteur
- Augmentation de la distance Foyer-sujet
=> compensation de l'agrandissement

Détecteur
Figure 2.56  Utilisation de l'air-gap pour réduire le rayonnement diffusé.

Foyer Foyer

Rayons X utiles Rayons X diffusés

Lamelle
de plomb

STOP STOP STOP STOP STOP STOP

Grille

Détecteur Détecteur

Figure 2.57  Grille antidiffusante et élimination du rayonnement diffusé.

Cependant, l'agrandissement et l'augmentation de flou géo- rer que tout rayonnement ayant une trajectoire quel-
métrique liés à l'éloignement du sujet par rapport au capteur conque, non focalisée, est un rayon diffusé qui est nuisible à
doivent être compensés par une augmentation de la dis- la qualité de l'image.
tance foyer-sujet, donc par une augmentation de la fluence La grille antidiffusante part de ce constat pour stopper le
photonique (augmentation des constantes). diffusé. C'est un dispositif qui distingue les rayons X utiles
Le principe de l'air-gap était particulièrement utilisé dans les des rayons diffusés en fonction de leur orientation
appareils dédiés aux explorations pulmonaires (télé-thorax). (figure 2.57).

5.3. Grille antidiffusante Constitution


La grille antidiffusante est une technique, préférée à l'air-gap, Une grille antidiffusante est constituée de lamelles de
qui permet de réduire considérablement le rayonnement plomb, fines et plates, disposées verticalement et parallèle-
diffusé créé dans le corps du patient et risquant d'interagir ment, les unes par rapport aux autres, et qui sont séparées
avec le détecteur. par un matériau radiotransparent (aluminium, fibre de car-
bone). Généralement, ces lamelles de plomb sont focali-
Principe de base sées vers un point précis ; on parle de focale de grille qui
En partant du fait que les rayons X utiles ont une trajectoire doit idéalement coïncider avec la source de rayons  X
rectiligne de la source jusqu'au détecteur, on peut considé- (foyer).

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Focale de grille

Distance focale de grille

lamelle de plomb
radiotransparent
h

espace
Â
D d

Grille

Détecteur
Figure 2.58  Caractéristiques d'une grille antidiffusante.

La grille antidiffusante ainsi placée entre le patient et le sys- R = h/D


tème de détection permet de (figure 2.58) : Plus  R est élevé, plus la grille est potentiellement efficace,
– laisser passer majoritairement des rayons X utiles (envi- mais plus son utilisation est délicate.
ron 70 %) ;
– stopper la quasi-totalité des rayons diffusés ; en effet, son effi- Angle limite (Â)
cacité n'est pas totale car quelques photons diffusés peuvent L'angle limite correspond à l'inclinaison des lames (par rap-
néanmoins traverser la grille, on parle de notion d'angle limite. port au rayon directeur) au-dessus duquel les rayons X sont
arrêtés par la grille. Cette angulation limite est liée au rap-
Caractéristiques port de grille (R) par la relation suivante :
Distance focale
La distance focale des grilles antidiffusantes varie de 80  à tan ( Â ) = 1/ (R ) = D /h
180 cm.
Facteur Bucky (B)
Le choix de la grille dépend donc de la distance foyer-détec-
teur à laquelle on travaille le plus fréquemment. Le facteur Bucky est le facteur par lequel il faut multiplier la
Une installation dédiée aux explorations pulmonaires utilise charge (mAs) pour compenser l'atténuation de rayonne-
une grille généralement focalisée à 1,50 m, tandis qu'une ins- ment X par la grille antidiffusante.
tallation de radiologie ostéo-articulaire utilise une grille B = mAs avec grille/mAs sans grille
focalisée à 1 m ou 1,10 m (selon les services). Ce facteur est lié aux valeurs de rapport de grille et à la ten-
Il existe aussi des grilles non focalisées à lames parallèles ; sion utilisée (tableau 2.1).
dans ce cas, la distance focale est considérée comme infinie. Transparence de grille
Ce type de grilles est transportable pour être utilisé lors de Toute grille doit être la plus transparente possible sur l'image
clichés réalisés au lit/brancard du patient (ex. : contrôle de finale. Pour cela, il faut faire la distinction entre les grilles
hanche postopératoire). mobiles et les grilles fixes.
Pas de grille (N) Pour rendre la grille invisible sur le cliché, une solution
Le pas de grille (N) permet d'apprécier le nombre de lames consiste à l'animer, lors de l'exposition, d'un mouvement de
par unité de distance. Plus le pas de grille est élevé, plus les translation alternatif dans le plan perpendiculaire à l'axe du
lames sont nombreuses et fines, plus son coût est élevé.
N = 1/(D + d) Tableau  2.1 Rapport de grille et facteur Bucky (ordre de
grandeur).
Rapport de grille (R) Rapport de Grille 70 kV 120 kV
Le rapport de grille (R) permet d'apprécier l'efficacité de la R = 7 B = 2 B = 3
grille. Il est égal au rapport entre la hauteur (h) d'une lamelle R = 9 à 10 B = 3 B = 4
et la distance (D) séparant deux lamelles. Comme pour le
R = 12 à 14 B = 3,5 B = 5
pas de grille, ce rapport influence directement l'efficacité
R = 15 à 16 B = 4 B = 6
mais aussi la difficulté d'utilisation de la grille.

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

faisceau. Cette mobilité est possible à l'aide d'un système – il faut respecter à plus ou moins 15 % près la distance de
connu sous le nom de « Potter-Bucky », situé dans la table focalisation de la grille. Les conséquences d'une défocali-
d'examen. On parle communément de clichés réalisés au sation se manifestent au niveau des limites latérales de la
« Potter » (à qui l'on oppose les clichés réalisés en « direct ») grille. En effet, lorsqu'on réalise un cliché du thorax à
(figure 2.59). 1,50 m sur une installation munie d'une grille focalisée à
L'usage d'une grille antidiffusante peut aussi se faire en 1,10 m, on observe que l'image finale est moins exposée
dehors du « Potter » (en direct) ; on parle alors de grille fixe (plus « claire ») sur les côtés ;
transportable. Cette grille, intégrée ou non dans une cas- – il faut respecter le plan de grille, c'est-à-dire éviter les
sette, a l'avantage d'être transportable pour réaliser des inci- angulations excessives. Lorsque le rayon directeur n'est pas
dences plus ou moins complexes, en direct, au lit du patient perpendiculaire et centré par rapport au détecteur, les
(clichés de hanche, de colonne, abdomen sans préparation lames qui constituent la grille apparaissent plus épaisses et
ou ASP au lit/brancard, etc.). Afin d'être peu visible sur le les espaces entre les lames plus faibles. La perte de rayon-
cliché, cette grille est composée de lames très fines. nement transmis par la grille est, dans ce cas, d'autant plus
élevée que le rapport de grille est important.
Sélectivité et contraste
Certains fabriquants proposent des grilles à focale ajustable.
Une grille laisse passer : Le principe repose sur une grille de départ à focale élevée
– un pourcentage S de rayonnement diffusé (dont l'angula- capable de supporter des contraintes mécaniques latérales
tion est inférieure à l'angle limite) ; venant la courber et ainsi rapprocher le point focal.
– un pourcentage T de rayonnement utile. Plus récemment, des constructeurs ont annoncé une grille
La sélectivité correspond au rapport T/S. Plus la sélectivité « virtuelle 
» ou «  numérique  » utilisant des algorithmes
est élevée, plus la grille est efficace, le rapport « contraste capables de modéliser puis d'extraire la part de rayonne-
avec grille »/« contraste sans grille » est alors amélioré. ment diffusé de l'image finale. Cet outil permet ainsi de s'af-
franchir d'une augmentation de constante (facteur Bucky).
Règles d'utilisation et choix de grille Cette solution élégante est encore peu développée en 2016
Respect de la distance focale et du plan de grille et reste en phase de validation.
Plusieurs règles sont à appliquer pour une utilisation opti- Choix de grille
male de la grille (figure 2.60) :
Le choix d'une grille antidiffusante est propre à chaque appa-
– le sens de la grille est à respecter. En effet, si on inverse le
reil et à chaque installation radiologique. Une connaissance
sens de la grille, les rayons latéraux seront totalement
des habitudes de travail et du type d'activité permet de
absorbés par les lames. Pour cela, le côté du tube est indi-
conforter et d'orienter ce choix (tableau 2.2).
qué sur la grille ;

Focale de grille Focale de grille


Distance focale de grille

Distance focale de grille

Potter
Grille
Détecteur Détecteur
Grille transparente sur le cliché
Grille visible sur le cliché

Figure 2.59  Utilisation du système de Potter pour rendre la grille transparente sur le cliché final.

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Utilisation optimale de la grille Focale de grille non respectée Sens de grille non respecté Plan de grille non respecté

Foyer = Foyer = Focale de grille


Focale de grille Focale de grille Focale de grille Foyer

Distance focale de grille


Distance focale de grille

Distance focale de grille

Distance focale de grille


Foyer

Grille Grille Grille Grille


Détecteur Détecteur Détecteur Détecteur

Cliché Cliché Cliché Cliché

Figure 2.60  Règles d'utilisation d'une grille antidiffusante.

Tableau 2.2  Choix de grille.


Potter ou fixe Distance focale Rapport de grille Commentaires
Cliché au lit du patient Fixe Infinie R = 5 Confort d'utilisation vis-à-vis du respect de la
focale et du plan de grille
Radiologie osseuse Potter 1,10 m R = 7 à 8 Meilleur compromis sauf pour les téléradios
Radiologie pulmonaire Potter 1,50 m R = 10 à 12 Compromis idéal pour une installation dédiée
Radiologie digestive Potter 1,10 m R = 8 à 10 Les lames sont plus denses
et vasculaire

5.4. Dispositifs et moyens de compression Dans tous les cas, la mise en place d'une compression doit
La compression des parties molles est une solution efficace être non douloureuse et supportée par le patient (absence
pour réduire le diffusé et donc améliorer le contraste et la de contre-indications : opération récente, plaies…).
définition de l'image. En effet, une compression efficace
conduit à diminuer l'épaisseur que doit traverser le fais- 5.5. Filtres compensatoires
ceau X et limite ainsi les probabilités d'interaction Compton. Pour homogénéiser les contrastes d'une région anato-
Différents moyens de compression existent : mique présentant de forts écarts de densité ou d'épais-
– une sangle pouvant être associée à un « ballon » compres- seurs, c'est-à-dire éviter les sur- et sous-expositions, des
seur : cette méthode est utilisée pour diminuer l'épaisseur filtres compensatoires peuvent êtres utilisés. Ces der-
du ventre du patient ; exemple : compression abdominale niers prennent place soit à la sortie du tube, soit au
pour un cliché de colonne lombaire de face ; contact du patient (figure 2.62).
– le ventre du patient peut aussi être comprimé contre le Important  : ne pas confondre filtration compensatoire et
Potter par le sujet lui-même lors des incidences postéro- filtration additionnelle. Cette dernière située au niveau de la
antérieures en position debout (ex. : incidence de De Sèze) ; fenêtre de sortie sert uniquement à « durcir » le faisceau X.
– une « louche » de compression intégrée à une table télé-
commandée : ce système commandé par l'utilisateur per- Filtres compensatoires à la sortie du tube
met une compression locale de haute qualité ; cette Les filtres compensatoires à la sortie du tube permettent de
technique est intéressante pour améliorer la visualisation compenser les différences d'épaisseur et de densité de la
d'un pourtour rénal, d'une articulation de hanche de région explorée. Ils sont composés d'un alliage métallique
face… (figure 2.61) ; radiotransparent (souvent en aluminium) et ont des formes et
– le système de compression embarqué des mammographes. des épaisseurs adaptées à la région anatomique explorée. La

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Radiologie de projection

Figure 2.61  Efficacité de la compression pour réduire le flou de diffusé.


Hanche gauche de profil sans compression (A), avec compression « louche » (B).

Filtration complémentaire Filtration complémentaire


à la sortie du tube (aluminium) au contact du patient (silicone)

.)
u,..
no
, ge
e) ule
paul (ép
a
et é n g"
r âne m era
f (c oo
re cle re "b
Filt Filt

...)
pi ed,
,...) a in,
e eur (m
lair inféri iné
g u e incl
rian br lan
i l t re t , mem re p
F his Filt
(rac
Figure 2.62  Filtres complémentaires pouvant être placés à la sortie du tube et au contact du patient.

partie la plus épaisse de ces filtres doit être située en face de la Filtres compensatoires au contact du patient
région la moins épaisse ou la moins dense de la structure Ces filtres compensatoires jouent le même rôle que ceux
explorée. décrits plus haut, mais se placent directement au contact du
On retrouve deux formes principales de filtres : les filtres triangu- patient. Ils s'adaptent particulièrement aux clichés localisés des
laires (rachis, téléradios…) et les filtres clés (épaule, crâne…). Ces membres supérieurs et inférieurs. Ces filtres sont souples, en
derniers peuvent aussi être intégrés dans un cône localisateur. silicone, et possèdent des formes particulières. Parmi ces filtres
Pour homogénéiser les contrastes d'une colonne dorsale de on trouve :
face, on utilise un filtre de profil triangulaire dont la partie la – les filtres « boomerang  »  : épaule, rotule calcanéum…
plus épaisse est dirigée vers le haut. (figure 2.63) ;
Dans la réalisation d'une télémétrie des membres inférieurs, – les filtres plans inclinés : main, pied ;
on utilise un filtre de profil triangulaire dont la partie la plus – les filtres angiographiques : membre inférieur.
épaisse est dirigée vers le bas. Il existe aussi une autre alternative, plus économique, qui
Pour éviter tout risque de surexposition de la loge sous-acro- consiste à remplir des sacs de farine, que l'on adapte (mode-
miale (siège de calcifications), on utilise un filtre clé. lage) à la forme de la région explorée.

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Figure 2.63  Épaule gauche de face : sans filtre (A), avec filtre boomerang (B).

6. Réglages et contrôle de l'exposition La différence de potentiel, ou tension d'accélération (en


kV) des électrons, influence l'énergie des photons X et donc
6.1. Aspects généraux leur pouvoir de pénétration. D'un point de vue photogra-
Un réglage réfléchi des paramètres d'exposition phique, la tension (U) influence principalement le contraste
(=  constantes) est nécessaire pour obtenir un cliché dont de l'image (figure 2.64) :
les critères « photographiques » (contraste, S/B) et le niveau – quand U augmente, le contraste diminue ;
de dose (ALARA) répondent aux exigences diagnostiques. – quand U diminue, le contraste augmente.
Parmi ces réglages, on retrouve la tension accélératrice, le mil- Cependant, la tension d'accélération influence aussi la dose
liampérage du courant-tube et le temps d'exposition (= temps délivrée donc le rapport signal sur bruit (S/B), car elle condi-
de pose). Dans tous les cas, ces réglages ne doivent pas tionne le débit de photons. Pour un temps de pose (ms) et
atteindre les limites de puissance du tube afin de le préserver. une intensité courant-tube (mA) donnés, augmenter la ten-
sion revient à augmenter le flux photonique et donc
Pour gagner en précision l'irradiation.
En pratique, on exploite rarement un tube à sa puissance maxi- En pratique, on se sert principalement de la tension pour
male (100  %), afin de préserver et d'améliorer sa longévité. gérer le contraste de l'image ; ainsi, pour une tension donnée,
L'utilisateur peut ainsi choisir un seuil puissance de travail la dose sera adaptée par un choix judicieux de l'intensité
(100 %, 90 %, 80 %, 70 %, 60 %…). Un seuil de 80 % permet (mA) et du temps d'exposition (ms), en fonction des perfor-
d'atteindre, dans la plupart des cas, des temps d'expositions mances du système de détection (sensibilité, efficacité de
suffisamment courts tout en préservant la longévité du tube.
détection quantique ou EDQ).

kV mA, ms
Augmentation de la tension Augmentation de l'intensité de chauffage et/ou du temps de pose

Augmentation du noircissement (film analogique)


Diminution du contratse

Augmentation de la dose Augmentation de la dose

Figure 2.64  Influence de la tension et de la charge sur le contraste et sur la dose délivrée.

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

L'intensité courant-tube (en mA) exprime la quantité des doses recommandées par le consensus ALARA.
d'électrons accélérés. Cette valeur est proportionnelle à la Contrairement au film analogique qui noircissait, la technolo-
quantité de rayons  X produits. Ce paramètre impacte gie numérique n'est pas sensible à la surexposition.
ainsi la dose délivrée et par conséquent le S/B (figure 2.64). Actuellement, des indicateurs de doses existent (voir plus loin
Le temps de pose ou temps d'exposition (en ms)  : pour une Calcul de dose et niveaux de références diagnostiques) et per-
intensité de chauffage donnée (en mA), la dose délivrée (et donc mettent aux utilisateurs d'évaluer et surtout d'optimiser leurs
le S/B) sera proportionnelle au temps de pose programmé. pratiques en direction d'une optimisation du dépôt de dose.

6.2. Réglage manuel 6.3. Réglage avec cellule


Attention : nous considérons dans cette partie tous les réglages Les réglages manuels évoqués dans le paragraphe précédent
qui ne font pas appel à l'utilisation de posemètres automatiques. sont très utilisés pour les radiographies des extrémités du
corps humain, où la variation d'épaisseur d'un patient à un
Technique à trois points (réglage libre) autre n'est pas si changeante.
La première technique de réglage des constantes consiste à En revanche, le choix manuel des constantes devient plus
choisir séparément les valeurs de tension (kV), d'intensité complexe lorsqu'on souhaite étudier les parties plus épaisses
courant-tube (mA) et de temps de pose (ms). On parle d'un patient (ex. : région thoraco-abdomino-pelvienne). En
aussi de réglage libre. effet, dans ces régions anatomiques, les variations d'épais-
Cette méthode satisfait les utilisateurs expérimentés, mais s'avère seur d'un patient à un autre sont relativement importantes,
difficile pour les débutants. Par ailleurs, la puissance du tube n'est ce qui rend plus difficile la gestion manuelle de l'exposition.
pas utilisée au mieux, ce qui n'optimise pas la durée des exposi- Généralement, les clichés de ses régions anatomiques se réa-
tions (temps de pose). Les difficultés que rencontrent les utilisa- lisent avec une grille antidiffusante située dans le Potter. Les
teurs à garantir un S/B efficient (= en respect du principe ALARA) systèmes actuels intègrent directement dans le Potter, entre
avec des temps de pose les plus courts possibles font que cette la grille et le détecteur, des systèmes de mesure permettant
méthode est de moins en moins utilisée actuellement. de stopper l'irradiation quand un nombre suffisant de pho-
tons X a atteint le détecteur.
Technique à deux points (automatisme du premier degré) Ces systèmes de mesure, connus sous les noms de « pose-
La technique du réglage manuel à deux points, aussi appelée mètres » ou « cellules », garantissent un dépôt de dose adapté
« automatisme du premier degré », permet de réunir en un seul aux performances du détecteur (sensibilité, EDQ) permettant
paramètre l'intensité courant-tube (mA) et le temps de pose (ms). d'une part d'atteindre un S/B suffisant et d'autre part de res-
Ce paramètre appelé « charge » s'exprime en milliampères. pecter le consensus ALARA d'optimisation de dose.
seconde (mA.s) et résulte du produit entre l'intensité de
chauffage et le temps de pose. Principe et fonction d'un posemètre (cellule)
L'utilisateur ne règle alors que la tension (kV) et la charge On peut attribuer au posemètre trois fonctions principales
(mA.s). L'intensité et le temps de pose sont ainsi calculés (figure 2.66) :
automatiquement par le générateur en fonction de la valeur – détecter la quantité de rayons X ayant traversé le patient
de la charge et de la tension souhaitée, de manière à utiliser et frappant le système de détection (film, ERLM, capteur
au mieux la puissance du tube et à obtenir les temps de plan…) en établissant une tension électrique proportion-
pose les plus courts possibles (figure 2.65). nelle à la quantité de rayons X détectée ;
En technologie numérique, le réglage des mAs doit être adapté – intégrer (faire la moyenne) et comparer à une valeur de
aux performances (sensibilité, EQD) du système de détection référence (tension) la quantité d'électricité accumulée
de manière à observer un rapport S/B satisfaisant et un dépôt (moyenne des tensions des différents posemètres utilisés).
de dose adapté afin de respecter la démarche d'optimisation La valeur de référence est initialement calibrée en fonction

Réglage libre (kV, mA et ms) Automatisme du 1er degré (kV et mAs)


mA

mA

kV kV
Lim Lim
it it
du t e de pu du t e de pu
ube issa ube issa
nce nce
mA

mA
mAs
utilisation non-optimale
de la puissance du tube

ms temps ms temps

Figure 2.65  Comparaison entre une technique à réglage libre et un automatisme du premier degré.

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

GENERATEUR HAUTE TENSION STOP

INTEGRER (MOYENNE) ET MESURER

Tension de référence
Tension mesurée
AJUSTER

ETABLIR LA TENSION DE REFERENCE


Tension de référence
Tension mesurée
COMPARER
Tube RX Rayons X Grille Cellule Système
antidiffusante de détection
Figure 2.66  Chaîne de fonctionnement d'un système de posemètres automatiques.

de paramètres figés, tels que : la sensibilité du système de


détection, l'efficacité de détection quantique, la qualité du Rayon X
transfert du signal… ; l'opérateur peut néanmoins modifier
la valeur de cette tension de référence (seuil de la cellule)
en fonction de la corpulence du patient ;
– stopper le fonctionnement du générateur quand la Gaz
tension de référence est atteinte =  irradiation et S/B ionisation
Gaz +
optimisés. e- e- Gaz +
Ce système permet ainsi en théorie d'optimiser l'exposition
du détecteur et ainsi l'irradiation du patient. Néanmoins, e-
Gaz +
afin de garantir son efficacité, une calibration des cellules,
adaptée au type de détecteur, est nécessaire et doit faire e- Gaz +
l'objet de contrôles réguliers. En pratique, cela explique que
tout changement de modèles de détecteurs impose une cali-
bration des cellules.
Caractéristiques technologiques des posemètres
Courant + -
La conception technologique des posemètres actuels utilise d'ionisation
le principe d'une chambre à ionisation. Une chambre de
Figure  2.67 Principe technologique d'un posemètre =  chambre
mesure est constituée d'une cavité isolante contenant un d'ionisation.
gaz. L'interaction des rayons X avec ce dernier provoque des
ionisations et induit l'apparition d'un courant électrique
allant charger un condensateur et dont la tension sera com- quelle(s) cellule(s) il souhaite utiliser, en fonction de l'inci-
parée à celle de référence (figure 2.67). dence à réaliser.
Technique à deux points (automatisme du deuxième degré)
Pour en savoir plus
Dans cette technique, l'utilisateur emploie un ou plusieurs
Les anciens posemètres à luminescence étaient visibles en posemètres automatiques et ne programme plus que la ten-
basse tension, ce qui nécessitait de les placer derrière le sys-
tème de détection, rendant ainsi leur mesure peu précise.
sion et l'intensité de chauffage. Les posemètres détermine-
ront ainsi automatiquement le temps de pose optimisant
ainsi l'exposition du détecteur.
Ce choix technologique rend les posemètres radiotranspa- L'inconvénient de ce procédé réside dans le choix de l'inten-
rents, ce qui permet de les placer entre la grille antidiffu- sité courant-tube (mA) par l'opérateur (figure 2.68).
sante et le détecteur. En effet, ce choix peut indirectement influencer la durée
Les chambres de mesure sont au nombre de trois (une cel- d'exposition :
lule centrale et deux latérales) et possèdent chacune une – une programmation trop importante de l'intensité (mA)
surface efficace de 10  ×  10  cm2. L'utilisateur peut choisir peut aboutir à un arrêt prématuré de l'exposition lorsque

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Automatisme du 2e degré (kV et mA)

mA
Choix trop important de mA

Mauvaise exploitation de la puissance du tube RX


mA => arrêt prématuré de l'exposition
=> sous exposition
mA
kV
Lim
it
du t e de pu
ube issa
nc e
temps

mA
Choix trop faible de mA
kV => durée d'exposition longue
=> risque de flou cinétique

mAs ?
mA kV

mA
temps
s?
temps

Figure 2.68  Utilisation d'un posemètre et automatisme du deuxième degré.

Automatisme du 3e degré (kV)


Automatisme du 2e degré (kV et mA)
"Principe de la charge décroissante"
mA
mA

Lim Lim
it it
du t e de pu mA1 du t e de pu
ube issa ube issa
charge décroissante

nce mA2 nce


mA3
mA4
kV kV
mAs
mA mAs ?

temps ms temps
s?
Figure 2.69  Utilisation d'un posemètre et automatisme du troisième degré = principe de la charge décroissante.

la puissance maximale du tube est atteinte ; le cliché risque Cette méthode est actuellement utilisée quasi systématique-
alors d'être sous-exposé ; ment lorsqu'on travaille « avec cellules ».
– au contraire, une programmation trop basse de l'intensité
(mA) rallonge le temps de pose, au risque de laisser appa- Utilisation pratique d'un posemètre
raître du flou cinétique ; le tube n'est alors pas utilisé à sa Le schéma suivant présente quelques cas d'utilisations cor-
puissance maximale ; en pratique, le choix d'un long temps rectes et incorrectes de cellules (figure 2.70).
de pose peut, pour certaines incidences, être judicieux
6.4. Bilan pratique
pour effacer certaines structures ; ex. : un cliché de colonne
thoracique de profil sans apnée entraîne un flou cinétique, En pratique, le choix du mode d'exposition est relativement
donc l'effacement des côtes. simple. Il suffit de distinguer les incidences qui demandent
l'utilisation d'une grille antidiffusante de celles réalisées en
Technique à un point (automatisme du troisième degré) direct.
Ce dernier automatisme sert à optimiser l'utilisation des Lorsqu'on travaille en direct, l'automatisme du premier
posemètres de manière à ce que le tube soit (quasiment) degré est privilégié : l'opérateur règle la tension (kV = gestion
exploité à sa puissance maximale. Cela permet des exposi- du contraste) et la charge (mAs = gestion de l'exposition).
tions automatisées avec des temps de pose les plus courts Lorsqu'on travaille au Potter mural ou à la table, on privilé-
possibles. Avec cette méthode, l'opérateur ne règle plus que gie l'utilisation de l'automatisme du troisième degré : l'opé-
la valeur de la tension (contraste), le posemètre gère à lui rateur ne règle que la tension (kV = contraste), l'exposition
seul la dose délivrée. est automatiquement gérée par le posemètre.
Pour atteindre ces performances, on utilise le principe de la Dans tous les cas, le réglage de la charge (mAs) et le seuillage
« charge décroissante »  : l'exposition démarre avec une des cellules dépendent des performances du système de
intensité élevée, qui décroît au cours du temps de manière détection utilisé. « Un capteur plan demande une exposi-
à « frôler » les valeurs limites de puissance du tube tion plus faible qu'un capteur de type ERLM », ce qui néces-
(figure 2.69). site une calibration différente des posemètres.

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Radiologie de projection

Exemples d'utilisations correctes

Exemples d'utilisations incorrectes


SOLUTION PROBLEME

Cervicale de profil :
Etude pulmonaire : Lombaire de face : Epaule de face :
Mauvais centrage
Mauvais choix de cellule Mauvais choix de cellules Utilisation difficile
du patient

Utilisation des Utilisation de la Choix manuel Repositionnement


cellules latérales cellule centrale des constantes du patient

Figure 2.70  Exemples d'utilisations (correctes et incorrectes) d'un posemètre.

7. Systèmes de détection Courbe de réponse


de l'image  radiante La courbe de réponse étudie l'amplitude des signaux four-
nis par le détecteur en fonction d'une exposition croissante
7.1. Critères de qualité des détecteurs de rayons X. Cette courbe de réponse est globalement d'al-
Sensibilité de détection lure linéaire (figure  2.71A) pour les capteurs numériques
(actuel), et d'allure sigmoïde (figure 2.71B) pour un couple
La sensibilité de détection correspond à la plus faible inten-
écran-film (ancien). Une courbe de réponse possède un seuil
sité (rayons X) détectable par le capteur. Le seuil de détec-
maximal dit de « saturation » au-delà duquel les expositions
tion est atteint lorsque le niveau de bruit est atteint.
supérieures ne seront pas distinguées.

Figure 2.71  Courbe de réponses, seuils, et latitude d'exposition. Détecteur de type couple écran-film (A), détecteur ERLM (B).

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Radiologie de projection

Latitude d'exposition ou dynamique de mesure 7.2. Détecteurs utilisés en radiologie


La latitude d'exposition correspond au rapport entre l'in- Parmi les détecteurs utilisés en radiologie, il faut faire la dif-
tensité X maximale (saturation) et l'intensité X minimale férence entre :
détectée (niveau du bruit) (figure 2.71). – les détecteurs permettant de travailler en mode statique
et ceux permettant de réaliser des études dynamiques ;
Temps mort – les technologies numériques et les technologies
Le temps mort correspond à la durée minimale pouvant analogiques.
séparer deux expositions successives. Ce temps mort est Le tableau 2.3 classe les détecteurs en fonction de leur tech-
nécessaire pour que le détecteur puisse « lire » intégralement nologie et de leur utilisation.
les informations captées lors d'une exposition. On parle aussi
de temps de latence.
Tableau  2.3  Classification des détecteurs en fonction de leur
Fonction transfert de modulation technologie et du type d'utilisation.
La fonction transfert de modulation ou FTM (modulation Type de détecteur
Analogique/ Statique/
transfer function ou MTF) représente la capacité d'un numérique dynamique
détecteur à produire un contraste pour différentes valeurs Couple écran-film (ancien) Analogique Statique
de fréquences spatiales (pl/mm). Elle permet ainsi d'éva- Amplificateur de brillance Numérique Statique (− −)
luer la résolution spatiale du détecteur ; on considère que + capteur CCD et dynamique (+++)
la fréquence caractérisant la résolution spatiale d'un détec- Plaques ERLM Numérique Statique
teur est celle correspondant à un contraste de 10 % (FTM10) Capteurs plans Numérique Statique et dynamique
(figure  2.72A). En technologie numérique, la fréquence
limite de la FTM (=  fréquence de coupure) dépend de la
fréquence spatiale d'échantillonnage spatial du capteur. 7.3. Principes technologiques des différents
Efficacité de détection quantique (EDQ) systèmes de détection
La FTM n'est pas un paramètre tenant compte de la dose uti- Couple écran-film (CEF)
lisée pour obtenir l'image. L'EDQ représente un indicateur
plus global liant les performances de résolution spatiale à la Note
dose utilisée pour atteindre ces performances. Elle peut se Les auteurs ont volontairement décidé de maintenir une partie
calculer et correspond au rapport de (S/B)2 entre l'entrée et consacrée à la technologie du couple écran-film afin d'informer
la sortie du capteur en fonction de la fréquence spatiale  : le « lecteur jeune » du passé. Cette technologie analogique de
EDQ(f). Elle peut ainsi être représentée sous forme d'une détection ancienne a guidé quasiment un siècle de radiologie.
Aujourd'hui, elle disparaît au profit des détecteurs numériques.
courbe caractéristique du détecteur. En général on retient la
valeur d'EDQ à l'origine – EDQ(0) – pour caractériser un
détecteur (figure 2.72B). L'EDQ dépend en partie de la dose L'association d'un écran renforçateur et d'un film sensible
incidente et du bruit de détection, elle permet de traduire les date du début du xxe siècle. En effet, l'ajout d'un écran a per-
performances globales d'un détecteur, ainsi l'EDQ permet de mis de renforcer la sensibilité du système, par rapport à l'uti-
lier les performances de résolution spatiale à la dose utilisée. lisation isolée d'un film radiologique, afin de réduire la dose
délivrée au patient ainsi que les temps d'exposition.
Dans une configuration écran-film, le film n'est plus mar-
EDQ ( f ) = ( S / B ) image finale / ( S / B ) image radiante
2 2

qué directement par les rayons X, mais par des photons de

Figure 2.72  Comparaison des FTM (A) et EDQ (B) entre un détecteur ERLM et un capteur plan (a-Si).

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Radiologie de projection

fluorescence produits lors de l'interaction du faisceau  X (depuis les années 1970) de terres rares (lanthanides) qui
avec un écran renforçateur (figure  2.73). L'ensemble du représentent le meilleur compromis de détection ; ces der-
couple est contenu dans une cassette en plastique radio- niers émettent de la lumière « verte » et possèdent un pic
transparent qui sert à : d'absorption adapté aux énergies X utilisées en radiologie
– protéger le couple de la lumière ; (rendement de 18 %) ;
– protéger le couple de toute manipulation ou de chocs – une couche protectrice transparente et imperméable.
directs ;
– solidariser l'ensemble. Pour en savoir plus
On distingue deux types de configuration : monocouche et Jusqu'en 1972, les écrans étaient composés de tungstate de
bicouche (tableau 2.4). cadmium dont le rendement ne dépassait pas 5 %.
Remarque : dans les configurations bicouches, l'écran ren-
forçateur postérieur est plus épais que l'écran antérieur, Il est possible de classer ces écrans en trois catégories
afin de compenser l'atténuation des rayons  X par les (tableau 2.5) en fonction de leur épaisseur et de la taille des
strates antérieures de la cassette. cristaux les constituant. Plus les cristaux et les écrans sont
épais, plus grande est leur sensibilité mais moindre est leur
Caractéristiques des écrans renforçateurs
résolution spatiale (flou d'écran).
Ces écrans sont composés de trois parties : Dans tous les cas, le choix d'un écran résulte d'un compro-
– un support (carton +  polyester) semi-rigide et mis entre résolution spatiale et sensibilité.
imperméable ;
– une couche sensible contenant des sels fluorescents Constitution et caractéristiques des films
convertissant les rayons  X en photons lumineux ; ils Les films utilisés en radiologie doivent être sensibles aux
doivent être le plus absorbants possibles et bénéficier d'un rayons  X ainsi qu'aux photons lumineux issus des écrans
rendement élevé. Les écrans actuels sont composés renforçateurs.

Tableau 2.4  Configurations monocouche et bicouche.


Type de configuration Constitution Utilisation Résolution spatiale Sensibilité
Monocouche 1 écran + film simple émulsion Extrémités osseuses mammographie +++ −−−
Bicouche 2 écrans + film double émulsion Reste des explorations ++ ++

Couple écran-film en configuration monocouche


Cassette

Support Protection
Couche fluorescente Ecran antérieur Emulsion
Film monocouche Support

Couple écran-film en configuration bicouche


Cassette

Support Protection
Couche fluorescente Ecran antérieur Emulsion
Film bicouche Support
Couche fluorescente Ecran postérieur Emulsion
Support Protection
Figure 2.73  Configurations monocouche et bicouche d'un couple écran-film.

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Radiologie de projection

Tableau 2.5  Caractéristiques des écrans renforçateurs. ainsi pas directement observable, il sera nécessaire, dans un
Types Résolution second temps, de révéler cette image latente par un traite-
Épaisseur Sensibilité Intérêt
d'écrans spatiale ment chimique.
Écrans «  Fine » +++ −−− Extrémités Courbe de réponse ou de sensitométrie d'un film
lents (95 μ)
La courbe de sensitométrie étudie les densités optiques
Écrans «  Épaisse » + +++ Autres régions
rapides (210 μ) (abdomen…)
fournies par le film en fonction d'une exposition croissante
de rayons  X ; elle sert à préciser l'action quantitative des
Écrans Variable Variable Variable Régions
dégressifs d'épaisseur et de
rayons X sur le couple écran-film.
densité variable Pour tracer cette courbe, on soumet une partie du film à une
(télémétries, intensité lumineuse croissante à l'aide d'un appareil : le sen-
colonne…) sitomètre. Puis, après développement, on mesure les opaci-
tés (O) croissantes point par point à l'aide d'un densitomètre.
Ces opacités permettront d'en déduire les valeurs de densité
De quels éléments sont constitués les films ? optique (DO).
Les films se décomposent en trois éléments :
– un support en polyester : solide, peu dense, hydrofuge et Pour gagner en précision
peu sensible aux variations de température ; L'opacité décrit l'aptitude qu'a un film (développé) à arrêter la
– une ou deux émulsions (suivant la configuration mono- lumière. Pour l'estimer, on soumet le film à une intensité lumi-
ou double couche) sensibles aux photons lumineux et qui neuse incidente et on mesure l'intensité lumineuse transmise
comprend : (rôle du densitomètre). L'opacité est alors égale au rapport
– des cristaux de bromure d'argent (AgBr) à 95 %, entre l'intensité incidente (I0) sur l'intensité transmise (It). La
densité optique (DO) est, quant à elle, représentée par le loga-
– une gélatine qui lie les cristaux,
rithme décimal de l'opacité.
– un sensibilisateur chromatique ne rendant le film sen- O = I0/It et DO = log10 (I0/It)
sible qu'à une partie du spectre lumineux,
– un stérilisant (contre la moisissure), un tannant (évite le
« gonflement » au contact de l'eau) ;
– une couche protectrice recouvrant l'émulsion  : per- L'allure de cette courbe de sensitométrie est de forme sig-
méable pour laisser passer les traitements chimiques, lisse moïde, ce qui signifie que la partie utile du film (zone de
permettant un bon contact avec l'écran, résistante pour proportionnalité ou latitude d'exposition) est relativement
protéger le film contre les rayures. limitée. En fonction de la pente et de l'étendue de la zone de
Remarque : en configuration bicouche, les films disposent proportionnalité, on distingue deux grandes familles de
de deux émulsions situées de part et d'autre du support. films  : les films « bas contraste  » et « haut contraste  »
(figure 2.74).
Sensibilité chromatique et lumière inactinique Les films haut contraste possèdent une latitude d'exposi-
Pour être parfaitement adaptés aux écrans actuels (terres tion très réduite, qui permet de distinguer en contraste les
rares), les films utilisés sont particulièrement sensibles à la structures ayant des densités voisines (tissus mous ⇒ radio-
lumière verte, on parle de films orthochromatiques. Cette logie digestive). L'inconvénient de ces films est leur difficulté
sensibilité lumineuse permet, lors d'un développement en d'utilisation car ils sont très sensibles aux faibles variations
chambre noire, d'éclairer la pièce avec une lumière « rouge » d'exposition.
qui n'affecte pas le film, on parle de lumière inactinique. Les films bas contraste possèdent une latitude d'exposition
plus étendue qui procure plus de « souplesse » dans la pro-
Impression photographique du film ou image latente
grammation des constantes. Ils sont utilisés pour étudier les
Sous l'effet des photons lumineux, les cristaux de bromure structures ayant déjà un contraste naturel élevé (tissus
d'argent qui constituent l'émulsion vont se dissocier en ions osseux ⇒ radiologie osseuse).
argent (Ag+) et brome (Br−) :
AgBr + photon Þ Ag + + Br  Caractéristiques qualitatives du couple écran-film
Le tableau 2.6 regroupe les principales données techniques
Cette dissociation ionique forme ce qu'on appelle l'image de détection des couples écran-film (données des
latente. L'impression du film par les photons lumineux n'est constructeurs).

Tableau 2.6  Caractéristiques des couples écran-film.


Résolution spatiale Sensibilité Dynamique de mesure EQD (0)
Monocouche 10 à 16 pl/mm 1 à 5 uGy 100 20 %
Bicouche 4 à 10 pl/mm 5 à 10 uGy 100 30 %

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Pour se souvenir  : principe du développement d'un film Le rôle de l'amplificateur de brillance est de transformer et
radiologique d'intensifier l'image latente du faisceau X émergeant en une
Rappels : après avoir été exposé aux rayons X, le film radiolo- image lumineuse inversée de taille très réduite (2  à 3  cm).
gique transporte une image latente sous forme de dissociation Cette dernière doit alors être analysée par un détecteur secon-
ionique (AG+ ; Br−) des cristaux de bromure d'argent (AgBr). daire qui la transforme en signal vidéo pouvant être soit :
Pour mettre en évidence cette image latente, le film doit subir – directement transmis sur un écran ;
plusieurs étapes. Toutes ces étapes se passent dans le noir total – numérisé, stocké dans une unité centrale, puis affiché sur
(ou sous éclairage inactinique).
Première étape : révélation de l'image
un écran de visualisation.
Après être sorti de la cassette, le film est plongé dans un pre- Le premier système de détection secondaire utilisé était un
mier bain chimique : le révélateur. Le révélateur est une solu- tube analyseur (caméra vidéo), qui depuis les années 1990 a
tion basique (pH = 10,6 à 10,9) pouvant être considérée comme été progressivement remplacé par un capteur CCD.
un « réservoir d'électrons » qui réduit les ions Ag+ en atome
Ag. L'argent pur va ainsi noircir les parties du film ayant été Principe technique de l'amplificateur de brillance
frappées par les rayons X. L'amplificateur est composé d'autant d'éléments technolo-
Deuxième étape : fixation de l'image giques qu'il y a d'étapes nécessaires à la transformation de l'in-
Le film noirci passe dans un deuxième bain : le fixateur. Ce pro-
formation X en image lumineuse de forte intensité (figure 2.75).
duit dissout les cristaux (AgBr) non excités et arrête la réac-
tion de réduction. Cette opération consiste à rendre transparentes Les rayons X vont d'abord interagir avec un écran primaire,
les parties du film non imprimées par les rayons X. Le fixateur composé :
est une solution acide (pH = 4) qui contient un oxydant. – d'une fenêtre d'entrée (1 mm d'aluminium ou 0,25 mm de
Dernière étape : rinçage et séchage du film titane) radiotransparente et résistante aux pressions du
Après un passage dans les bains chimiques, le film est trempé vide poussé de l'amplificateur ;
dans une cuve d'eau afin d'être rincé de toute substance
– d'un écran luminescent constitué d'une couche de cris-
chimique. Le film encore humide est ensuite amené vers un
dispositif de séchage (ventilation à 45 °C ou passage entre deux taux d'iodure de césium – CsI (Na) – qui assure une conver-
lampes infrarouges) afin de sortir sec de la développeuse. sion (proportionnelle) des rayons X en photons lumineux
(effet photoélectrique) ; l'architecture de cet écran est dite
en « aiguille » afin de focaliser la lumière en limitant le flou
Amplificateur de brillance (= intensificateur d'image lié à la diffusion photonique au sein de la couche fluores-
radiologique, amplificateur de luminance) cente, source d'amélioration de la résolution spatiale ;
En 2016, l'amplificateur de brillance reste encore le système de – d'une photocathode qui assure une conversion (propor-
détection de l'image radiologique dynamique (digestif, vascu- tionnelle) de la lumière en électrons.
laire, cardiaque, etc.) le plus déployé au monde. Sa disparition L'opération suivante s'effectue dans un tube où règne un
est néanmoins annoncée par l'arrivée progressive des capteurs vide poussé : les électrons créés par l'écran primaire y sont
plans dynamiques. En 1953, l'amplificateur de brillance rem- accélérés (ddp de 10 à 30 kV) et focalisés, par un système de
place avec succès la radioscopie directe considérée comme trop lentilles électrostatiques, vers un écran secondaire. Le sys-
irradiante pour le patient et surtout pour l'opérateur qui était tème de focalisation électrostatique est composé de trois
constamment situé dans le faisceau direct. Il est ainsi possible bobines circulaires permettant de créer (généralement) trois
pour la première fois d'enregistrer et de stocker une procé- focales différentes qui serviront à sélectionner l'ouverture du
dure radiologique dynamique sur un support vidéo. champ d'étude.
Contraste photographique
Contraste photographique

A : Film bas contraste B : Film haut contraste

DO DO
Solarisation Solarisation

Exposition Exposition
Zone "utile" Zone "utile"
Pour un même palier d'expostion , le film B propose un meilleur contratse photographique que le film A
Figure 2.74  Courbes de réponses sensitométriques d'un CEF à bas et haut contraste.

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Photocathode
Ecran luminescent
Lentilles électrostatiques
Fenêtre d'entrée

RX
Tub

vid
e

Photons lumineux
Focale
12 cm
24 cm
36 cm

RX

Ecran primaire Focalisation et accélération Ecran


des électrons secondaire
Figure 2.75  Principe technologique d'un amplificateur de brillance.

Les électrons focalisés et accélérés vont ensuite venir frapper l'information lumineuse de l'écran secondaire en signal
un écran secondaire (cristaux de sulfure de zinc et de cad- vidéo (figure 2.76).
mium activés à l'argent), qui les transformera en photons Les tubes analyseurs ont été progressivement remplacés par
lumineux. En avant de cet écran, on place une fine couche des capteurs à couplage de charge (charge-coupled device ou
d'aluminium qui évite la rétrodiffusion de la lumière. Sur cet CCD) qui sont plus solides, plus compacts et présentent de
écran, se retrouve alors l'information  X sous forme lumi- dimensions adaptées à celles de l'écran secondaire. Un cap-
neuse et très intense. L'image ainsi obtenue est inversée et de teur CCD (ou matrice CCD) est composé de cellules photo-
petite taille (environ 2,5 cm). sensibles qui vont convertir les photons lumineux de l'écran
L'ensemble du système est incorporé dans une gaine métal- secondaire en charges électriques (figure 2.77). Chaque cel-
lique qui assure le positionnement de l'optique électronique lule est composée d'un substrat de silicium de type « P » et
et un blindage contre les rayons X. d'une électrode transparente chargée positivement, ces
deux éléments étant séparés par une couche isolante.
Rôle et influence des différentes focalisations Lorsqu'un photon lumineux vient frapper le substrat de sili-
En modifiant les potentiels des lentilles électrostatiques, il cium, il y a, par effet photoélectrique, libération d'un électron
est possible de focaliser les électrons en trois points diffé- et création d'un « trou » positif. L'électron est attiré par le pôle
rents. Dans tous les cas, la couverture de l'écran secondaire positif de l'électrode et le « trou » est repoussé vers le fond du
est complète ; en revanche, plus on éloigne la focale de substrat semi-conducteur. Les électrons s'accumulent sous
l'écran secondaire, plus la zone d'étude de l'écran primaire l'électrode pour former une zone de déplétion ou puits. Le
est amputée. On aboutit ainsi à trois tailles de champs dif- nombre d'électrons présents dans le puits est proportionnel à
férentes dont les diamètres les plus courants sont de 12, 24 la quantité et à l'intensité des photons absorbés.
et 36 cm. Un champ de vue de petite taille fournit (par pro- Dans un second temps, on devra lire ces puits de charges
jection géométrique) une meilleure résolution spatiale (image latente) pour en extraire un signal vidéo. On va alors
mais augmente la dose à l'entrée du patient. Cela explique déplacer ces charges électriques une à une vers un registre
qu'il faut, en pratique, limiter l'utilisation des champs de de sortie qui les analysera pour en extraire un signal vidéo.
petite taille. Ce déplacement de charges est géré par une minuterie élec-
tronique qui fait varier les potentiels des électrodes de l'en-
Principe technologique du système de détection semble du capteur de manière séquentielle. Les charges sont
secondaire : le capteur CCD ainsi attirées vers une cellule voisine (vide) ayant un poten-
Nous allons décrire succinctement le principe de fonction- tiel « positif » plus élevé.
nement des deux types de capteurs pouvant êtres placés à la (Pour que ce transfert de charges puisse débuter, il faut
suite de l'écran secondaire : le tube analyseur et le capteur disposer d'une cellule vide à proximité du registre de
CCD. Ces deux éléments ont pour objectif de transformer sortie.)

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Figure 2.76  Configuration technologique d'un capteur CCD.

Principe d'une cellule CCD = Conversion opto-électronique V+


e Principe du transfert de
l
Photon lumineux issu de llu charges entre cellules
l'amplificateur de luminance V++ Ce e
d dans un capteur CCD
---
- vi
+ Pôle positif (électrode transparente) - - - -- -
- -- -
Isolant -
+
-+ - +- Effet photoélectrique
+-
V+++
= libération d'électrons -
et génération de trous (+) --
- -
=> proportionnelle à l'énergie V++
Substrat de Silicium de dopage P -
des photons incidents. - -- -
- -- -
-

+
V++
----- Zone de déplétion ou "puits" à ---
-
- - - -- -
SORTIE

+ -----
+
l'intérieur de la cellule V+
- -- -
-
Signal vidéo

----- => accumulation des électrons


llu
l e
++ ++ Ce e
d
++ ++ ++ +++ vi

Figure 2.77  Principe de conversion opto-électronique d'un capteur CCD et principe de transfert des charges.

Chaîne de fluoroscopie analogique et numérique nées numériques pourront êtres exploitées de plusieurs
Le signal vidéo issu d'un tube analyseur ou d'un capteur CCD façons :
peut être exploité de manière analogique ou numérique – visualisation sur un écran haute définition ;
(figure 2.78). – stockage sur une mémoire centrale et exportation sur un
réseau d'images ;
Exploitation analogique (ancien) – impression (si nécessaire) des images clés à l'aide d'un
Le signal vidéo module le canon à électrons d'un tube catho- reprographe laser.
dique qui balaye l'écran  TV en restituant ainsi les images Utilisation pratique et caractéristiques qualitatives
radiologiques. Celles-ci ont la possibilité d'être enregistrées
En pratique, l'amplificateur de brillance peut être utilisé de
et stockées sur une cassette VHS à l'aide d'un magnétoscope.
plusieurs manières :
Ce mode analogique a disparu de nos jours.
– la fonction initiale et principale de cet appareil est de réa-
Exploitation numérique liser des études dynamiques (de 2 à 25 images/seconde)
Le signal vidéo est numérisé pour intégrer une mémoire on parle aussi de mode « graphie dynamique », très utilisé
informatique. Une fois stockées dans l'ordinateur, les don- en radiologie vasculaire ;

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

TV
Magnétoscope
( = stockage)

MODE ANALOGIQUE

Tube analyseur
ou SIGNAL VIDEO
Capteur CCD

MODE NUMÉRIQUE CAN

REPROGRAPHE LASER
0111001000100
AMPLIFICATEUR
DE LUMINANCE

RÉSEAU (PACS)
UNITÉ CENTRALE
CONSOLE DE VISUALISATION (ORDINATEUR)

Figure 2.78  Chaîne de fluoroscopie analogique (ancien) et numérique.

– il permet de réaliser une imagerie dynamique de repérage Les amplificateurs de brillance ont l'inconvénient d'être rela-
dont la cadence est volontairement faible (< 8  images/ tivement volumineux, ce qui limite l'abaissement de la table
seconde) pour des raisons de radioprotection ; on parle en à 85 cm au minimum. En outre, ils limitent la résolution spa-
pratique de repérage sous scopie pulsée ; ce mode « sco- tiale et déforment la périphérie des images (phénomènes
pique » est apprécié pour vérifier les critères de réussite de diffusifs à l'intérieur du tube).
certaines incidences complexes codifiées (profil de Lamy, De ce fait, cette technologie tend à être progressivement rem-
C1-C2 de face…) ou pour visualiser le passage d'un pro- placée par des capteurs plans dynamiques, plus sensibles,
duit de contraste ; il doit cependant être limité à quelques plus légers, moins volumineux et proposant une meilleure qua-
incidences, afin de respecter les principes élémentaires de lité d'image (absence de déformation et meilleure résolution).
radioprotection. Malheureusement, pour des raisons de
facilité et de confort allant à l'encontre du raisonne- Écrans radioluminescents à mémoire
ment de radioprotection (ALARA), il s'avère que cer- (ERLM) = computed radiography (CR)
tains utilisateurs emploient ce mode fréquemment de Présentés par la société Fuji au début des années 1980, ces
manière non justifiée pour des incidences de base (ex. : systèmes de détection numérique n'ont pas rencontré à
clichés pulmonaires)  ! Cette pratique est contraire aux cette époque de succès auprès des utilisateurs (résolution
règles de bonnes pratiques ; spatiale faible, lenteur de lecture…). Les progrès de l'infor-
– il permet aussi de réaliser des clichés statiques « graphie matique dans les années 1990 ont permis l'amélioration de
statique », mais ces derniers bénéficient d'une moins cette technologie, qui a donc bénéficié d'un développement
bonne résolution spatiale que les autres systèmes ; par ail- commercial intense.
leurs, la taille limitée du champ de vue ne permet pas de Ce système se présente sous forme de cassettes et peut être
réaliser toutes les incidences (thorax, ASP, etc.). considéré comme une version numérique du couple écran-film
Le tableau 2.7 regroupe les principales données techniques conventionnel. Il change donc très peu les habitudes de travail
(moyennes des constructeurs) des amplificateurs de et la mise en place de tels détecteurs permet de numériser l'en-
brillance. semble d'un service de radiologie sans r­emplacer les tables
radiologiques, ce qui est un avantage économique certain.
Ces cassettes contiennent un écran qui, suite à une exposition,
Tableau 2.7  Caractéristiques des amplificateurs de brillance. va mémoriser l'atténuation des rayons X sous forme d'image
Résolution spatiale
EQD
Cadence
latente. Cette dernière sera lue dans un second temps par un
(0) système de lecture qui exploitera ces informations sous forme
Champ de 10–12 cm : 2,5 à 3 pl/mm 65 % Scopie : 13 images/s numérique. Leur intégration dans un ordinateur permettra de
Champ de 20–24 cm : 1,6 à 2 pl/mm Graphie : 25 images/s les visualiser, de les traiter, de les partager par réseau et, si néces-
Champ de 30–36 cm : 1,2 à 1 pl/mm saire, de les imprimer sur papier ou sur film (de plus en plus rare).

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Composition d'un ERLM Ce retour à la stabilité s'accompagne d'une émission pro-


Un ERLM se compose de quatre couches : portionnelle de photons de fluorescence (de l'ordre de
– une couche antérieure de protection : transparente ; 390 nm) qui seront convertis en courant électrique (photo-
– un support en polyéthylène noirci au carbone évitant la diode), formant ainsi un signal électrique (numérisable).
réflexion du laser ; Principe technologique de lecture
– une couche sensible (200 à 300 μ) composée de cristaux
permettant de mémoriser l'information sous forme Remarque : les configurations technologiques varient en
d'image latente ; ces cristaux sont de manière générale des fonction des constructeurs et des générations d'appareils,
fluoro-halogénures de baryum dopés aux ions euro- mais le principe de lecture reste globalement similaire.
piums (BaFCl : Eu ; BaFBr : Eu ; etc.) selon les constructeurs ;
les nouveaux écrans « haute résolution » sont structurés Après avoir été exposée aux rayons X, la cassette contenant l'ERLM
en « aiguilles » qui agissent comme des guides de lumière est introduite dans un système de lecture. Ce dernier retire l'ERLM
évitant ainsi les phénomènes de diffusion entre les pixels, exposé de la cassette qui est rechargée par un ERLM vierge.
limitant le flou de diffusion améliorant ainsi la RS ; L'ERLM exposé est ensuite amené, par l'intermédiaire d'un
– une couche dorsale de protection. moteur haute précision, sous un faisceau laser. Au fur et à
Principe de mémorisation et de lecture mesure de son avancée, l'écran est progressivement balayé par le
Phase d'intégration et de mémorisation faisceau laser : il y a émission progressive de photons lumineux
par stimulation (retour à l'équilibre de l'écran) (figure 2.79B).
L'interaction des rayons X avec le cristal provoque une perte
Les photons lumineux produits lors du balayage laser sont diri-
proportionnelle d'électrons des ions europium. Les élec-
gés et focalisés, à l'aide d'un guide de lumière, vers un photo-
trons éjectés accèdent ainsi à un niveau énergétique supérieur,
multiplicateur pour y être convertis en information électrique.
le cristal se trouve alors dans un état « instable » (figure 2.79A).
Le signal électrique créé est ensuite amplifié et numérisé. On
peut alors visualiser et traiter l'image numérique directement.
Rappels Celle-ci est transmise au prescripteur par réseau ou imprimée
Dans un cristal classique (écran du couple écran-film), le sur un film radiologique par un reprographe laser (figure 2.80).
retour à la stabilité (= retour des électrons au niveau énergé-
tique initial + émission de photons de fluorescence) s'effectue
instantanément. Dans le cas d'un ERLM, ce retour ne s'effec- Pour plus de détails
tue pas spontanément. En effet, les électrons éjectés sont pié-
– Une synchronisation parfaite est nécessaire entre l'avancée
gés par les fluoro-halogènes, le cristal se trouve ainsi dans un
de l'ERLM et le balayage laser. Tout problème de synchroni-
état énergétique « demi-stable », c'est l'image latente.
sation entraîne inévitablement des artéfacts se manifestant
sous forme de lignes sur le cliché.
– Plus le faisceau laser est fin, meilleure sera la résolution spatiale.
Phase d'exploitation et de lecture – Après balayage de l'ERLM par le faisceau laser, l'écran ren-
Pour révéler l'image latente sous forme de fluorescence, il va ferme encore des informations résiduelles susceptibles de
falloir forcer le retour à la stabilité du cristal. Un faisceau parasiter les futures expositions. Ainsi l'ERLM est soumis à
laser (de l'ordre de 633 nm) est utilisé pour balayer point par une exposition lumineuse de forte intensité (« flash » : lampe
à sodium). L'ERLM ainsi vide de toute information pourra
point, ligne par ligne, l'écran de manière à libérer progressi-
réintégrer une cassette et servir à une nouvelle exposition.
vement les électrons piégés par les fluorohalogènes.

Figure 2.79  Principe physique d'intégration de l'information (A) et de lecture (B) d'un détecteur ERLM.

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Tube photomultiplicateur
Miroir oscillant

x
ser

eu
Source laser
La

in
um
(He-Ne)

sl
de lecture

on
AMPL

ot
I

Ph
CAN
Exposition aux RX

0110001010111

En
systèmetrdée dans le Moteur haute
e lecture précision

Ecran HD

Figure 2.80  Exemple technologique de lecture d'une cassette ERLM.

Avantages et inconvénients – une couche de détection assure une conversion des


– Avantages : rayons X en :
– système compatible avec les tables de radiologie clas- – charges électriques = détecteur à conversion directe,
siques, évitant une refonte totale d'un service ; – photons lumineux = détecteur à conversion indirecte ;
– avantages issus de la numérisation (traitement, réseau – une matrice TFT (thin film transistor ou transistor à
d'image…). couche mince) grand champ : création d'un signal numé-
– Inconvénients : rique traduisant l'intégration des photons X.
– pas d'imagerie dynamique ; Nous allons, dans un premier temps, décrire l'architecture et
– pas de limite « franche » à la surexposition ⇒ radiopro- le principe de fonctionnement d'une matrice TFT grand
tection. champ, avant de nous intéresser aux deux principales sur-
faces sensibles situées en amont.
Architecture et principe de la matrice TFT
Note : de mauvaises habitudes qui persistent  ! La matrice TFT, située en arrière de la surface sensible aux
Les premiers ERLM nécessitaient, pour obtenir un rapport
rayons X, est composée selon les constructeurs de 6 à 9 mil-
signal sur bruit suffisant, des champs d'irradiation devant
couvrir 70  % de la surface du détecteur. Ainsi cette limite
lions d'unités élémentaires de détection (pixels technolo-
empêchait l'utilisation de diaphragmes et de cônes localisa- giques de 75  à 200  μ) noyées dans un substrat de verre
teurs. Ce problème est aujourd'hui parfaitement résolu, (figure 2.81).
néanmoins l'habitude qui consiste à ne plus diaphragmer ou Chacun de ces pixels se compose de trois éléments :
localiser persiste au détriment des règles fondamentales de – une électrode de collection de charge (conversion
qualité-image et de radioprotection. Il incombe aux utilisa- directe) ou une photodiode (conversion indirecte) ;
teurs de réintégrer dans leurs habitudes de travail l'usage des – une capacité de stockage des charges électriques ;
diaphragmes et des cônes localisateurs. – un transistor = interrupteur (TFT = thin film transistor).
Principe
Capteurs plans ou détecteurs plans Les informations électriques de chaque « pixel technolo-
(direct radiography ou DR) gique », issues de la conversion des rayons  X par une élec-
Les capteurs plans sont actuellement les détecteurs à trode ou une photodiode (selon le type de surface sensible),
rayons X les plus aboutis. Développés au début des années intègrent une capacité de stockage produisant ainsi une
1990 pour la radiologie pulmonaire, ces capteurs remplacent image latente sous la forme d'un profil de charge.
systématiquement les amplificateurs de brillance en radiolo- Lors d'une fermeture commandée des transistors, les infor-
gie dynamique et concurrencent sérieusement les technolo- mations électriques stockées dans les capacités (proportion-
gies ERLM pour l'imagerie statique. nelles à l'énergie X emmagasinée) sont libérées vers un circuit
Les capteurs plans sont constitués de deux éléments de lecture. Le signal électrique créé est alors amplifié puis
principaux : numérisé à l'aide d'un CAN.

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Figure 2.81  Constitution d'une matrice TFT grand champ.

On distingue donc deux circuits spécifiques pour organiser Pour comprendre le principe de détection de ce type de cap-
l'extraction des données électriques de la matrice TFT : teur, nous allons distinguer trois étapes (figure 2.82).
– le circuit d'adressage commande l'ouverture et la ferme-
Étape 1 : préparation (ou polarisation) du capteur
ture des transistors, c'est-à-dire la libération des charges
électriques des capacités de stockage (« commande des Pour préparer le capteur à l'exposition, on applique au
portes » ou gate driver) ; moyen d'une décharge une différence de potentiel (ddp)
– le circuit de lecture (+ multiplexeur) récupère les charges de 5 à 6 kV dans la couche de détection (environ 500 μm)
collectées et les guide vers les amplificateurs et vers le entre l'électrode supérieure (+) et l'électrode collectrice (−).
CAN pour aboutir à un signal numérique (data line). Étape 2 : exposition aux rayons X
Chaque unité élémentaire de détection est connectée à ces Les photons  X interagissent avec la couche de a-Se  : il y a
deux circuits qui sont gérés par un système de pilotage et de création d'une paire «  trou-électron ».
contrôle (= minuterie électronique). Grâce à la ddp, les électrons formés sont attirés vers la surface
Étapes de lecture de la matrice TFT où ils neutralisent une partie des charges positives appliquées,
– Envoi d'un signal de commande sur les grilles des transis- ce qui réduit la ddp initiale. Cette réduction est proportion-
tors d'une même ligne (circuit d'adressage). nelle au nombre et à l'intensité des photons  X détectés. Les
– Lecture en parallèle de toutes les charges de cette ligne trous formés sont quant à eux attirés et regroupés vers l'élec-
(circuit de lecture). trode (−) de la matrice TFT. On aboutit ainsi à la production
– Stockage des charges dans le registre horizontal (multi- d'une image latente sous la forme de profils de charges récu-
plexeur). pérées par les électrodes « collectrices » de la matrice TFT.
– Lecture en série du registre horizontal (multiplexeur) puis
numérisation du signal (CAN). Étape 3 : lecture TFT et naissance du signal
Au niveau de chaque « pixel technologique », les charges col-
Capteurs plans à conversion directe lectées par les électrodes sont piégées dans les capacités asso-
Ce type de capteurs assure une conversion directe des ciées qui se trouvent ainsi chargées. Leur décharge
rayons  X en charges électriques. La couche de détection progressive se fait par fermeture commandée des transistors
repose sur une matrice TFT dont la partie supérieure se com- pour obtenir un signal électrique propre à chaque ligne de la
pose d'une électrode collectrice chargée « négativement ». matrice. Les signaux créés sont ensuite regroupés pour for-
La couche sensible est, quant à elle, divisée en trois parties : mer un « signal global » qui sera amplifié, numérisé, puis
– une partie supérieure composée d'une électrode chargée converti en image à l'écran dans un délai d'environ 5 secondes.
« positivement » ;
– une partie intermédiaire isolante (ou diélectrique) ;
– une dernière partie semi-conductrice, accolée à l'électrode Attention : pour éviter les abus de langage  !
collectrice de la matrice TFT. Cette couche est constituée En électronique, lorsqu'on dit qu'un circuit est fermé, cela
de sélénium amorphe (a-Se), d'environ 500 μm d'épaisseur, signifie que le courant y circule. Lorsqu'il est ouvert, le cou-
rant est bloqué.
assurant la conversion des rayons X en charges électriques.

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Radiologie de projection

Figure 2.82  Technologie d'un capteur plan à conversion directe.

Cette technologie est caractérisée par un temps de réma- Étape 1 : exposition
nence (retour à la neutralité) d'environ 30 secondes qui est Lors de cette étape, le scintillateur en iodure de césium (ICs)
actuellement contourné, dans ses versions dynamiques, par émet de la lumière visible proportionnellement à l'énergie
une augmentation de l'épaisseur de la couche sensible et par des rayons X incidents (effet photoélectrique).
l'application d'une ddp plus élevée (15  kV). Ces versions
dynamiques permettent actuellement des cadences allant Étape 2 : conversion en charges électriques
de 15 à 30 images par seconde. Les photons lumineux générés dans la couche d'ICs ou oxysul-
fure de gadolinium (Gd2O2S) sont convertis en charge élec-
Capteurs plans à conversion indirecte
trique par la trame de photodiodes en silicium amorphe (aSi).
Ce type de capteur assure une conversion des rayons  X en Le courant « électronique » généré par les photodiodes, uni-
photons lumineux  : phase lumineuse bien connue dans le tés de détection, est point par point proportionnel à l'éner-
domaine de l'imagerie médicale (couple écran-film, ERLM…), gie X incidente.
d'où l'appellation de capteur à conversion indirecte. La
conversion des informations sous forme de charge électrique Étape 3 : lecture TFT et naissance du signal
ne se fait que dans un second temps. Cette couche de détec- Le courant électrique créé est emmagasiné par les capacités
tion est déposée sur une matrice TFT dont la partie supé- (associées à chaque photodiode) qui se trouvent ainsi char-
rieure présente des photodiodes en silicium amorphe (a-Si). gées. Leur décharge progressive se fait par fermeture pro-
La couche sensible est, quant à elle, constituée d'un cristal grammée des transistors pour obtenir un signal électrique
d'iodure de césium (ICs) ou d'oxysulfide de gadolinium propre à chaque point, puis ligne de la matrice. Les signaux
(Gd2O2S) structuré en «  aiguilles 
». On parle aussi de créés sont ensuite regroupés pour former un signal global
« colonnes basaltiques », technique de « germination » cris- qui sera amplifié et numérisé. La faible rémanence de ces
talline. Cette architecture en « aiguilles » se conduit comme détecteurs a permis les premières applications en mode
un « paquet de fibres optiques » qui dirigent la lumière direc- dynamique par capteurs plans (30 images/seconde).
tement vers la couche de photodiodes. La diffusion de la
lumière vers les pixels adjacents est ainsi très limitée, ce qui Données techniques
améliore la résolution spatiale par rapport à une architecture Le tableau 2.8 présente les principales données techniques
amorphe (=  non structurée =  diffusion non négligeable). des capteurs plans proposés actuellement sur le marché.
Pour comprendre le principe de détection de ce type de cap- Nous y comparons les capteurs à conversion directe et
teur, nous allons distinguer trois étapes (figure 2.83). indirecte.

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Figure 2.83  Technologie d'un capteur plan à conversion indirecte.

Tableau  2.8  Caractéristiques des capteurs plans à conversion de césium, est orientée vers le ou les capteurs CCD par des
directe et indirecte. lentilles de focalisation ou un réseau de fibres optiques. Ces
équipements offrent des tailles de champs variées (de 40 à
Conversion Conversion indirecte
directe (ICs ou Gd2O2S ;
12 cm), des résolutions spatiales correctes (de 5 à 2,5 pl/mm),
(a-Se) a-Si) mais n'atteignent pas des cadences images capables de
Surface active (cm) : 35 × 43 : rayons X 43 × 43 : 40 × 40 :
concurrencer les détecteurs plans. Une variante de cette
utilisation conventionnelle 30 × 40/RX technologie consiste à remplacer les capteurs CCD par des
+ vasculaire grand Conventionnelle capteurs CMOS (complementary metal oxide semiconduc-
champ + vasculaire grand tor), susceptibles d'atteindre des résolutions spatiales de
35 × 35 : vasculaire champ 10 pl/mm.
grand champ 20 × 20 ; 18 × 18 :
23 × 23 : vasculaire vasculaire + cardio 7.4. Bilan des systèmes de détection courants
+ cardio 23 × 29 :
24 × 30 : 18 × 24/ mammographie
Nous disposons actuellement d'une multitude de capteurs
mammographie de technologie différente. La numérisation en radiologie est
Dimensions des pixels 50 à 150 μ 100 à 150 μ
aujourd'hui généralisée, le couple écran-film vit ses derniers
jours.
Dynamique de mesure 10 000 10 000
La technologie ERLM est actuellement la solution la plus
EQD (0) 30 à 40 % 45 à 55 % répandue pour l'imagerie statique. Il est envisageable dans
Cadences 15, 30, 60 images/ 15, 30 images/seconde l'avenir de voir disparaître cette technologie au profit de
seconde capteurs plans transportables se présentant sous forme
Plage de fonctionne- De 0 à 60 °C 36 °C ⇒ régulation de cassettes.
ment (T °C) ⇒ régulation active (ventilation ± Il en va de même pour la radiologie dynamique qui voit dis-
active (ventilation) refroidissement liquide)
paraître les amplificateurs de brillance au profit des capteurs
plans dynamiques.
Capteurs associant des capteurs CCD Cette évolution rapide des systèmes de détection mettant
à un écran scintillant en première ligne les capteurs plans s'explique par le fait
Ces technologies, peu déployées en France, associent un qu'on détient avec cette solution technologique le « capteur
écran scintillant qui est analysé par une ou plusieurs caméras idéal ». En effet, ce système produit des images statiques et
CCD. La lumière issue du cristal scintillant, souvent en iodure dynamiques de haute qualité tout en réduisant de manière

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Tableau 2.9  Tableau comparatif des principaux capteurs utilisés en radiologie.


Capteur plan
Amplificateur Capteur plan
Couple écran-film ERLM à conversion
de brillance à conversion directe
indirecte
Analogique/ Analogique Analogique ou Numérique Numérique Numérique
numérique numérique
Formats/champs 18 × 24 10 à 12 cm 18 × 24 20 × 20 18 × 24
courants 24 × 30 20 à 34 cm 24 × 30 23 × 29 23 × 23
36 × 43 30 à 36 cm 36 × 43 40 × 40 35 × 35
30 × 120 35 × 43
Résolution spatiale 4 à 10 pl/mm 1 pl/mm 3 pl/mm 2,5 pl/mm 3,5 pl/mm
(MTF10) (bicouche) à à à à
10 à 20 pl/mm 3 pl/mm 10 pl/mm 5 pl/mm 10 pl/mm
(monocouche)
EDQ (0) 20 à 30 % 65 % 20 à 35 % 45 à 55 % 30 à 40 %
Dynamique 100 10 000 10 000 10 000
de mesure
Sensibilité − + − +++ ++
Statique/dynamique Statique Statique Statique Statique et Statique et
et dynamique dynamique dynamique
(25 images/seconde) (15 à 30 images/ (15 à 60 images/
seconde) seconde)
Applications Radiologie Radiologie digestive Radiologie convention- Toutes modalités Toutes modalités
conventionnelle et vasculaire nelle + mammographie (selon format) (selon format)
+ mammographie
Évolution future Disparition au profit Disparition au profit Diminution potentielle Va remplacer tous les autres types de
des ERLM puis des des capteurs plans au profit des capteurs détection. Développement progressif de
capteurs plans plans (sauf pour les systèmes transportables « au lit du patient »
radios « au lit »)

significative la dose délivrée au patient. Avec ces technolo- entrevoient une application radiologique à la chambre à
gies, on peut atteindre en routine, en radiographie osseuse, fils. Suite à un travail de recherche pluridisciplinaire mêlant
des doses en moyenne dix fois inférieures aux niveaux de ingénieurs (physique des rayonnements, biomécanique) et
référence diagnostique (NRD). En poussant les capacités des cliniciens (radiologie et orthopédie) a été mis au point le sys-
capteurs plans (aSi) au maximum, on atteint des doses tème d'imagerie EOS dans les années 2000.
encore plus infimes (1/100 NRD) permettant ainsi d'obtenir Ses principales caractéristiques sont :
des clichés, certes bruités, mais suffisants faisant ainsi dispa- – l'acquisition d'images avec une très faible dose de rayons X
raître des pratiques de scopie souvent non justifiées. (rapport 5–10 avec la radiologie standard) ;
Le tableau 2.9 regroupe et compare les différentes données – la réalisation de deux clichés simultanés grand champ
techniques des principaux systèmes de détection. (174 cm) de face et de profil en position statique (debout) ;
Dans l'avenir, les capteurs plans amélioreront certainement – la possibilité d'effectuer des modélisations en 3D des dif-
encore leur sensibilité, leur résolution spatiale et leur férentes structures osseuses avec des mesures à l'échelle 1:1.
ergonomie.
Tube radiogène et collimateurs
7.5. Un détecteur et une configuration
Le système EOS a pour objectif de fournir des images de la
spécifique : le système EOS2
colonne en entier de face et de profil à basse dose.
Ce type de détection numérique a été imaginé au début des – Tube à rayon X : il s'agit d'un tube alimenté par un généra-
années 1980 par le Russe L. Shektman et le physicien français teur haute fréquence et doté d'une capacité thermique
G.  Charpak (prix Nobel de physique en 1992) au Centre élevée (3,2 MUC) permettant une émission continue sur
européen pour la recherche nucléaire (CERN) à Genève. Le une durée moyenne d'une vingtaine de secondes. Le tube
principe de ce capteur s'inspire de la chambre à fils inventée dispose de deux foyers optiques (petit  : 0,4 ×  0,7  mm2 ;
par G. Charpak en 1968. Une chambre à fils est une cavité grand : 0,6 × 1,3 mm2).
remplie de xénon et contenant de minuscules filaments de – Collimations : le système EOS utilise une double collima-
tungstène utilisés pour détecter et étudier les rayonnements tion (figure 2.84) qui permet notamment de lutter effica-
ionisants. Au début des années 1980, les deux chercheurs cement contre le rayonnement diffusé et ainsi de proposer
des images sans flou de diffusé. Une collimation primaire
Avec la collaboration de Benjamin Thiriat, MERM – CHRU Nancy.
2
est présente à la sortir du tube (0,6  mm d'ouverture)

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Figure 2.84  Principe de la double collimation du système EOS.


Cette double collimation a deux objectifs : générer un faisceau de rayons X plan ouvert en éventail ; faire en sorte que le rayonnement diffusé ne soit pas
détecté.

Figure 2.85  Éléments technologiques de la chambre à fils du système EOS.

­ ermettant l'obtention d'un faisceau plan ouvert en éven-


p négative. Une différence de potentielle de 5  kV est pré-
tail. On trouve ensuite une collimation secondaire à sente entre les fils (+) et les plaques cathodiques (−).
l'entrée du détecteur qui permet une diminution efficace
du rayonnement diffusé. Cette double collimation permet Principe de détection
de s'affranchir de l'usage d'une grille antidiffusante et par La détection peut être divisée en trois étapes (figure 2.86) :
conséquent limiter la dose au patient. – interaction des rayons X avec le gaz : les photons incidents
ionisent le gaz formant ainsi des ions  (+) et des élec-
Détecteur = chambre à fils
trons  (−). Cette réaction s'effectue dans la partie située
Architecture de détection entre les fils et l'ouverture du collimateur du détecteur ;
Il s'agit de la partie spécifique d'une installation EOS. Son – devenir des électrons créés : les électrons et les ions migrent
entrée se situe à 130 cm de la source de rayons X. Le détec- pour se fixer respectivement sur les fils et les cathodes.
teur contient 320  fils de cuivre alignés contenus dans un Cette fixation modifie la tension initiale et dans le même
milieu gazeux (Xe + CO2) maintenu sous une pression éle- temps génère un champ électrique intense sur un rayon de
vée (6 bars) favorisant les probabilités d'interactions avec les 0,20 μm autour de chaque fils. Lors de leur attraction/accé-
rayons X (figure 2.85). lération vers les fils (ddp 5 kV), les électrons vont également
Les fils de cuivre sont longs de 5 cm et présentent un dia- provoquer des ionisations et donc « libérer » des électrons :
mètre de quelques micromètres (10 μm) ; ils sont distants les on parle d'avalanche électronique (figure 2.87). Ainsi une
uns des autres de 1,2 mm et sont focalisés vers la source de interaction  X initiale engendrera une avalanche électro-
rayons X, ce qui permet de s'affranchir encore un peu plus du nique considérable (106). Note : les parois de la chambre à
rayonnement diffusé résiduel. De part et d'autre de la trame fils sont composées d'aluminium pour stopper les élec-
de fils, on trouve des surfaces cathodiques de polarité trons qui ne seraient pas captés par les fils ;

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– lecture et traitement du signal  : chaque fil est relié à un


compteur d'événement qui va totaliser le nombre d'élec-
trons captés et ainsi créer un signal électrique. Les signaux
en provenance des 320 canaux de base (nombre de fils),
seront amplifiés et quantifiés sur 16 bits (soit 65536 valeurs).
Statif et mode d'acquisition
Le statif du système EOS est constitué par un arceau se
déplaçant verticalement supportant deux chaînes d'acquisi-
Figure 2.86  Interaction et devenir des particules.
tions solidaires orthogonales comprenant chacune un tube
et un détecteur. Une architecture en « cabine » est ainsi for-
mée (figure  2.88). Cette cabine est équipée des différents
accessoires utiles au positionnement du patient pour l'ac-
quisition (repères au sol, lasers, barre de maintien radiotrans-
parente réglable, système de maintien pour le patient…).
Comme toute installation, le système dispose d'une console
d'acquisition reliée au réseau d'archivage et à d'autres
consoles de post-traitement.
Mise en place du patient
Le principe global du centrage consiste à aligner le centre de la
structure à étudier avec l'isocentre des deux faisceaux. Pour
cela, on dispose de repères au sol et de lasers le matérialisant.
Afin de distinguer le membre droit du membre gauche pour la
synthèse d'une représentation 3D du bassin et des membres
inférieurs, il est nécessaire de positionner le patient avec une
légère dissymétrie. Ainsi, le patient est debout en appui bipo-
dal, le pied droit est légèrement avancé pour décaler les
condyles fémoraux (figure  2.89A) et le bassin est en légère
rotation pour éviter la superposition des têtes fémorales.
Pour modéliser la colonne, il est nécessaire d'éviter une
Figure  2.87  Illustration de l'avalanche électronique  : l'accélération du superposition avec les membres supérieurs. Ainsi, les bras
photoélectrons entraînera une avalanche d'ionisations secondaires à sont à 30° par rapport à l'horizontale avec les coudes fléchis
l'origine d'un nombre élevé d'électrons (x106).
et les mains sur les pommettes (figure 2.89B).

Figure 2.88  Vue supérieure de l'installation EOS (A). Clichés obtenus simultanément (B).

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Radiologie de projection

Figure 2.89  Positionnement et centrage laser du patient dans la cabine EOS.


Pour permettre la modélisation 3D, il est nécessaire d'imposer un décalage des membres inférieurs (A) et d'éviter la superposition des membres supérieurs
avec la colonne (B).
Source : service de radiologie Brabois enfant, CHRU Nancy.

Une fois le patient en place, on peut ajuster les limites du volume Le principal inconvénient de ce type d'acquisition reste le risque
exploré manuellement à l'aide de d'un système de lasers. de flou cinétique et surtout la possibilité de déformations
potentielles causés par d'éventuels mouvements du patient lors
Acquisition des images du balayage (un peu comme si l'on déplace une photo que l'on
Les deux chaînes d'acquisition vont se déplacer simultanément est en train de scanner lors de la phase de balayage !).
de façon à balayer le volume à explorer dans sa totalité (lon- Le champ d'acquisition horizontal est limité à 35 cm du fait
gueur maximale : 174 cm) pour obtenir deux clichés orthogo- de la configuration du détecteur (nombre de fils + distance
naux (face et profil en un seul balayage). Comme en radiologie interfils) et la longueur de balayage ne peut pas excéder les
conventionnelle, on pourra ajuster la tension (40 à 130 kVp) et 174 cm. D'un point de vue pratique, ces limites ne sont en
l'ampérage (de 10 à 400 mA) en fonction du morphotype du réalité pas des contraintes ; rares sont les fois où les struc-
patient. La durée d'acquisition sera proportionnelle à la lon- tures étudiées se retrouvent « hors champ ».
gueur totale de l'acquisition et fonction du choix par l'utilisa-
teur de la vitesse de balayage (de 4 à 30 cm/s). Le choix de la Mesures et modélisation 3D
vitesse de balayage conditionne en grande partie la durée de Le post-traitement est réalisé à l'aide d'un logiciel spécifique
l'acquisition, elle pourra être augmentée pour les patients ins- qui va permettre en premier lieu d'effectuer un traitement
tables ne pouvant se tenir immobile le temps d'une acquisition standard des images (contraste, luminosité, filtres, annota-
classique, avec une adaptation des constantes pour maintenir tion…) avant de synthétiser une représentation volumique
la qualité de l'image. Les images EOS sont échantillonnées avec de la colonne ou des membres inférieurs (figure 2.90).
des pixels de 0,25 × 0,25 mm2, le système pouvant atteindre Étant donné la constante des conditions géométriques d'ac-
(dans des conditions optimales) une résolution de 2 pl/mm. quisition il est possible, à l'aide de repères positionnés sur les
clichés de face et de profil, et d'une bibliothèque de modèles
Avantages et inconvénients de cette méthode morphologiques, de créer une représentation volumique de
En imagerie de projection classique, nous faisons face à une l'architecture osseuse.
distorsion des structures étudiées causée par la conicité du fais- Pour lancer le processus de modélisation, l'utilisateur posi-
ceau  X. Cette conicité déforme les structures anatomiques tionne alors différents repères anatomiques sur les clichés
(corps vertébraux…) selon les lois de Thalès. Afin de limiter ces et effectue une délimitation des contours semi-automatisé
déformations en z, le système EOS exploite un faisceau X plan de la structure à analyser. Le logiciel confronte alors ces
ouvert en éventail. Pour compenser les déformations en x,y, repères à une base de donnée préexistante afin de trouver la
liées à l'ouverture en éventail, on combine une détection foca- meilleure corrélation possible. À ce jour, il n'est pas encore
lisée vers la source (fils de cuivre) à une correction informa- possible de modéliser des structures qui présentent des ano-
tique. Toutes ces corrections ne fonctionnent qu'à condition malies (modèles inexistants) comme dans le cas des hémi-
de positionner le patient précisément à l'isocentre ! vertèbres, des fractures du fémur, de l'ostéosynthèse…
Le système permet ainsi d'obtenir simultanément des clichés
grand champ de face et de profil avec des déformations Exemples d'applications
limitées au maximum. Les clichés obtenus avec le système Comme nous l'avons expliqué, le système d'imagerie EOS
EOS sont à l'échelle  1:1, ce qui permet d'effectuer des permet une acquisition basse dose de face et de profil
mesures de distances et d'angles précises, c'est-à-dire avec simultanément et en position verticale. Cette technologie
incertitude de mesure faible. sera donc performante dans l'étude de la statique de l'indi-

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Radiologie de projection

Figure 2.90  Modélisations 3D de la colonne (A) et des membres inférieurs (B).


Source : service de radiologie Brabois enfant, CHRU Nancy.

vidu ; la colonne et les membres inférieurs sont les princi- archivées sur des réseaux sécurisés (PACS) plus ou moins
paux ensembles explorés. important selon le type d'organisation (centre hospitalier,
L'obtention simultanée de clichés non déformés complétés « cabinet » de radiologie…). Néanmoins l'impression des
par des modélisations 3D permet d'évaluer et de quantifier images sur un support papier ou sur un film est encore sou-
l'évolution de pathologies orthopédiques (notamment haitée dans certains cas. L'impression sur papier exige des
pédiatriques) telles que les scolioses. L'apport des modélisa- imprimantes haute résolution similaires à celles utilisées
tions 3D permet notamment d'obtenir des mesures qu'il pour le tirage de photos numériques. La reproduction sur
n'est pas possible d'extraire des radiographies classiques film nécessite l'usage d'appareils spécifiques  : les repro-
(ex.  : torsion horizontale de la colonne). L'extraction de graphes. Ces appareils ont pour objectif de fournir sur un
mesures quantitatives est réalisée semi-automatiquement film des images radiologiques issues de modalités numé-
et abouti à un rapport complet (figure 2.91). riques (radiographies, coupes TDM et IRM). Les repro-
Même si ce n'est pas son objectif initial, le système EOS per- graphes lasers sont reliés à un ordinateur qui leur transmet le
met également de réaliser des radiographies plus conven- signal numérique des images à imprimer. Le signal numé-
tionnelles telles que des ASP. rique est ensuite transformé en signal analogique (vidéo) qui
permettra de gérer l'impression linéaire et progressive de
films ­radiologiques. Les technologies utilisées sont variables
8. Systèmes de reprographie et complexes. Les reprographes disponibles actuellement
procurent des qualités d'impression de 50 à 80 μ pour des
La radiologie de projection est actuellement numérique à
débits allant de 60  à 200  films par heure, et ils proposent,
100 % et l'interprétation des clichés est réalisée le plus sou-
selon les modèles, jusqu'à cinq formats de film différents
vent sur un écran de visualisation et de traitement HD. Les
(figure 2.92).
images sont ainsi stockées sur des supports informatiques et

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Radiologie de projection

Figure 2.91  Exemple de rapport obtenu dans le cadre d'une étude de la colonne.


Source : service de radiologie Brabois enfant, CHRU Nancy.

Figure 2.92  Organisation ancienne et actuelle de communication d'images radiologiques.

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Radiologie de projection

9. Tomographie à balayage linéaire, Lors d'un mouvement tomographique linéaire (figure 2.93) :


– l'image d'un objet situé sur le plan d'étude reste fixe sur le
orthopantomographie et détecteur pendant toute la durée du déplacement tube/
tomosynthèse détecteur, c'est-à-dire pendant l'exposition aux rayons X,
et sera alors considérée comme nette ;
La tomographie est une technique radiologique qui permet – l'image d'un objet situé hors du plan d'étude se déplace sur
l'étude d'un plan en effaçant, par flou cinétique, les le détecteur pendant la durée de déplacement : cet objet
structures situées hors de ce plan. Les premiers appareils est ainsi effacé par flou cinétique ; plus un objet est éloigné
ont été développés à la fin des années 1920 par un médecin du plan d'étude, plus il apparaîtra flou sur le cliché final ;
français, André Bocage (1892–1953). Ce système a pendant on considère qu'une structure est floue si son déplace-
des décennies suscité un développement technologique ment sur le film est supérieur à 0,75 mm.
actif. Depuis l'apparition des scanners et plus généralement L'image tomographique contient ainsi tous les points de
des techniques d'imagerie en coupe, la tomographie a perdu l'objet radiographié, les uns étant nets, les autres plus ou
de son intérêt. moins flous selon leur distance par rapport au plan de
Une variante plus évoluée de la tomographie concerne son coupe. L'image tomographique correspond à la somme
application en imagerie dentaire : l'orthopantomographie. de toutes ces informations, et ne correspond donc pas à
Cette acquisition à géométrie complexe associe un balayage l'étude d'une coupe anatomique stricte (comme en
tomographique à une rotation partielle afin d'obtenir une TDM).
image déroulée passant par le plan des arcades dentaires.
C'est encore actuellement l'un des actes radiologiques les Choix de l'épaisseur de la coupe tomographique
plus réalisés en France. L'angle de balayage influence l'épaisseur de la coupe tomo-
Depuis la fin des années 2000, une nouvelle version de la graphique. Cet angle est défini par le croisement des rayons
tomographie voit le jour : la tomosynthèse. Cette technique directeurs en position extrême (début et fin de balayage). Ce
nécessitant l'usage d'une technologie numérique possède paramètre est accessible par l'opérateur.
l'avantage de produire en un seul balayage plusieurs plans de Plus cet angle est élevé, plus le nombre de points ayant un
coupes tomographiques avec des doses faibles. déplacement (sur le détecteur) supérieur à 0,75  mm est
important. En d'autres termes, plus l'angle de balayage
9.1. Tomographie à balayage linéaire est  élevé, plus les coupes obtenues sont fines, et
Dans cette technique, le tube et le détecteur effectuent inversement.
simultanément un mouvement de translation opposé : si le On distingue ainsi trois types d'images tomographiques :
tube va de A vers B, le détecteur ira de B vers A. – les tomographies à angle faible de 5 à 10° ⇒ 30 à 10 mm
d'épaisseur de coupe ;
Principe géométrique de base – les tomographies en coupe « épaisse »  : angle moyen de
Le plan d'étude est défini comme étant le plan parallèle à la 10 à 20° ⇒ 10 à 5 mm d'épaisseur de coupe ;
table d'examen et qui passe par l'axe de « rotation » du bras – les tomographies en coupe « mince »  : angle supérieur à
du statif. 20° ⇒ épaisseur de coupe inférieures à 5 mm.

DEPLACEMENT DE LA SOURCE RX
Plan du tube

Angle de balayage

Objet 2
Objet 1
Plan de l'objet
à étudier

Axe de rotation

Plan du détecteur
DETECTEUR DETECTEUR

DEPLACEMENT DU DETECTEUR

Objet 1 : net
RÉSULTAT :
Objet 2 : flou = éffacé
DETECTEUR

Figure 2.93  Principe géométrique d'une tomographie à balayage linéaire.

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Radiologie de projection

Le choix de la hauteur du plan d'étude se fait en fonction de L'arrivée du scanner a limité l'utilisation de la tomographie à
la position anatomique de l'organe à explorer par rapport quelques éléments tels que les reins, les plateaux vertébraux
au plan de la table. et les sinus maxillaires, l'odontoïde. Une « tomographie
moderne » renaît depuis 2010, c'est la tomosynthèse (voir
Choix de la hauteur du plan d'étude
plus loin Tomosynthèse).
La hauteur du plan d'étude se définit à partir du plan du
détecteur, c'est-à-dire la distance détecteur-organe. Son
choix permet de cibler la hauteur de l'axe de rotation. Pour
9.2. Orthopantomographie3
la faire varier, on joue sur les distances de translation du
tube et du détecteur : L'orthopantomographie (OPT) est une technique dérivée
– lorsque la distance de parcours du tube augmente, le plan de la tomographie plane et mise au point dans les années
d'étude se rapproche de la table, et inversement ; 1940 par Paatero et Numata. Elle permet d'obtenir une
– lorsque la distance de parcours du détecteur augmente, le coupe tomographique déroulée passant les structures den-
plan d'étude s'éloigne de la table, et inversement. taires (maxillaires et mandibulaires). On retrouve sur un
Par exemple, pour les reins cette distance est d'environ OPT l'ensemble des dents et leurs structures de soutien, les
7–8  cm (en décubitus dorsal) ; pour une tomographie des articulations temporo-mandibulaires (ATM) et les contours
corps vertébraux de profil (décubitus latéral), elle est d'envi- des sinus maxillaires. Les structures anatomiques situées
ron 20 cm (en fonction de la largeur du patient). hors du plan d'étude sont effacées par flou cinétique. L'OPT,
également appelée panoramique dentaire, est très utilisée
Bilan en chirurgie-dentaire où elle est reconnue comme examen
Le rapport bénéfice/irradiation est ainsi faible (par rapport au de première intention dans le cadre de bilans globaux.
scanner). La réalisation de plusieurs plans de coupe demande D'un point de vue technique, le couple tube-détecteur se
des expositions successives ce qui, au regard du rapport déplace en continu autour de la tête du patient durant l'ac-
risque/bénéfice, ne répond plus au consensus ALARA. quisition (figure 2.94). Lors de l'acquisition :

Figure 2.94  Principe technologique d'un orthopantomographe.


3
Avec la collaboration de Catherine-Isabelle Gros, MCU-PH – faculté
de chirurgie dentaire de Strasbourg.

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– le centre de rotation du couple tube-détecteur se déplace Principes généraux


en suivant continuellement le contour mandibulaire, le long Il s'agit d'une technique d'imagerie numérique qui vise à
de sa face interne, afin de déterminer le plan de netteté. Lors ­former des images d'allures « tomographiques » explorant
de cette phase, le faisceau  X aborde l'ensemble des struc- l'ensemble d'un volume au prix d'une faible dose de rayon-
tures dentaires perpendiculairement pour limiter les défor- nement. La tomosynthèse repose sur l'acquisition numé-
mations. La plupart de appareils comportent des préréglages rique de projections distinctes selon différents angles. En
permettant d'optimiser le trajet du centre de rotation en effet, la projection d'éléments du volume, situés à des pro-
fonction de la forme des mâchoires des patients ; fondeurs distinctes, est différente en fonction de l'angulation
– la distance entre le foyer et le détecteur est constante, du rayon directeur. Ainsi les images acquises sous des angles
permettant ainsi l'obtention d'une image homogène en différents permettent de séparer les structures situées à dif-
agrandissements. férentes profondeurs.
Le faisceau de rayons X est collimaté en sortie de tube (= col- Durant la durée de l'acquisition, le tube à rayons  X se
limation primaire) et en avant du détecteur (= collimation déplace de part et d'autre du patient le long de l'axe de la
secondaire) afin de ne détecter qu'un fin pinceau de rayons X. table d'examen, de façon linéaire ou en arc selon l'appareil-
Lors de l'acquisition, le détecteur effectue une translation lage (figure  2.95). Durant ce mouvement, le patient et le
linéaire en passant progressivement en regard de la fente détecteur restent immobiles. L'acquisition génère donc un
délimitée par la collimation secondaire. Ce mouvement nombre important de projections différentes (25  à  60)
linéaire permet une construction progressive de l'image de pour une durée de balayage allant de 5  à 10  secondes. La
droite à gauche. Actuellement, l'utilisation de capteurs dose totale utilisée est globalement équivalente à deux cli-
numériques permet l'activation successive des pixels selon le chés radiologiques standard de la région en question. Ainsi,
même principe de fente verticale. il est important à ce stade de comprendre que chaque pro-
Les géométries de rotation et de balayage sont également jection acquise possède un rapport signal sur bruit très
calibrées de manière à ce que le plan de netteté soit plus fin faible, ces images sont ainsi inexploitables en l'état. Seule la
au niveau des incisives qu'au niveau des molaires (épaisseur : combinaison de ces projections permettra d'atteindre des
incisives et canines < prémolaire < molaires). S/B élevés.
Le bon positionnement du patient lors de cet examen est La combinaison des projections acquises est organisée de
fondamental afin de garantir une image exploitable : manière à synthétiser une image tomographique parallèle
– le patient doit être stable durant toute la révolution de au détecteur. Pour couvrir l'ensemble du volume à explorer,
l'appareil pour limiter le risque de flou cinétique ; et donc reconstruire plusieurs plans de netteté, il est néces-
– le plan sous-orbito–sus-méatal (=  plan de Francfort) saire de multiplier les combinaisons. Les images de tomo-
doit être positionné horizontalement de manière à ce que synthèse peuvent avoir des épaisseurs de netteté variables.
le plan de netteté passe bien par les arcades dentaires Une série d'images reconstruites permet donc d'analyser un
maxillaires et mandibulaires. volume dans sa totalité en « coupes » plus ou moins fines.
Ce positionnement est facilité par des dispositifs de contention Les structures appartenant au plan choisi seront nettes,
adéquats ainsi que par des lasers orthogonaux de centrage. Un celles de part et d'autre seront floues (coupes de 0,1 à 5 cm).
embout positionné au niveau antérieur à hauteur des incisives Ce flou provient de la phase de combinaison : un objet situé
est mordu par le patient créant ainsi un espace permettant hors du plan de netteté se retrouvera à différents endroits
d'éviter les superpositions liées à l'occlusion dentaire et garan- de l'espace et son intensité paraîtra alors « diluée » sur
tissant également le placement des incisives maxillaires et ­l'ensemble de l'image. Ce flou de « déplacement » peut par
mandibulaires dans un même plan. Aussi afin d'homogénéiser analogie rappeler le flou cinétique de l'ancienne méthode
les contrastes dentaires, il est conseillé de demander au patient tomographique (voir plus haut Tomographie à balayage
de « plaquer » sa langue au niveau de son palais lors de la rota- linéaire).
tion, la langue jouant ainsi un rôle de « filtre ».
Méthode de reconstruction
9.3. Tomosynthèse4 Les images finales sont obtenues par combinaison des diffé-
En raison de son nom, de son approche, mais également du rentes projections auxquelles un « décalage » plus ou moins
type d'images obtenues, la tomosynthèse évoque une important est appliqué. C'est ce principe de non-­
ancienne technique d'imagerie radiologique  : la tomogra- superposition stricte des différentes projections qui permet
phie à balayage linéaire. Développée vers la fin des années de mettre en évidence un plan net. En effet, les objets qui se
2000, en correspondance aux progrès des capteurs numé- superposent paraissent nets et son visibles du fait de l'accu-
riques (capteurs plans), elle constitue désormais une solu- mulation de leurs intensités (S/B). Les objets qui ne sont pas
tion d'imagerie adaptée à de nombreuses indications et rend superposés apparaîtront quant à eux flous du fait de la
l'ancienne tomographie complètement obsolète. répartition de leur faible intensité à différents endroits de
l'image finale.
Pour illustrer ce principe, analysons la figure 2.96 : soit trois
Avec la collaboration de Joël  Comte, cadre formateur IFMEM –
4 objets (triangle, rond, carré) situés à des profondeurs dis-
CHRU de Nancy. tinctes (figure  2.96A), soit également quatre expositions

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Figure 2.95  Principe d'une acquisition de tomosynthèse.


Position initiale du tube (1), balayage linéaire (2), position finale du tube (3), angle de balayage (4), détecteur plan (5).

r­éalisées à des angulations différentes (figure  2.96B). Nous (figure 2.97). Cela permet de focaliser l'étude « tomosyn-
obtenons quatre images intermédiaires (1, 2, 3, 4), diffé- thétique » dans le volume d'intérêt.
rentes, où l'emplacement des trois objets diffère d'une image D'autres réglages sont accessibles à la reconstruction :
à l'autre (figure 2.96C). – épaisseur du plan de netteté = épaisseur de « coupe » ;
Les images finales (A, B, C) sont obtenues à partir de combi- – espacement entre les « coupes ».
naisons différentes des projections acquises. La hauteur du
plan de netteté est fonction du décalage imposé lors de la Principales indications et perspectives
phase de combinaison. Il y aura autant de plans de nettetés Cette technique présente des intérêts dans différents
(A, B, C) que de décalages différents appliqués aux images. La domaines. La sénologie et l'imagerie ostéo-articulaire
figure 2.96C présente le résultat de trois combinaisons (A, B, (figure  2.98) sont les principales cibles de cette technique.
C) correspondant aux plans d'étude de chacun de nos trois L'imagerie dentaire et thoracique peut également présenter
objets. On constate que plus les décalages sont importants, des intérêts.
plus le plan de netteté s'éloigne du détecteur (figure 2.96C). Dans le cas d'exploration du poignet (figure  2.98B), une
Les résultats de ces combinaisons correspondent aux images tomosynthèse de profil peut être ajoutée à celle réalisée de
dites de tomosynthèse. face. Cela permet en effet de mieux mettre en évidence un
éventuel trait de fracture qui serait parallèle au plan d'acqui-
Paramètres accessibles sition correspondant à la face. Même si la résolution spatiale
Comme pour une radiographie classique, il faut régler la ten- d'une image en tomosynthèse reste inférieure à celle d'une
sion (kV), la charge (mAs) et choisir le foyer et les dimen- image radiographique obtenue de façon conventionnelle, les
sions du champ d'irradiation les plus adaptées. avantages de la non-superposition et du choix de la profon-
Ensuite, certains réglages sont propres à la technique d'ac- deur du plan améliorent de façon significative la détectabi-
quisition : lité des éléments pathologiques.
– angle de balayage du tube : plus l'angle est élevé, plus il Ainsi, une salle radiologique équipée de l'option tomosyn-
sera possible de reconstruire des « coupes » fines ; thèse constitue un véritable avantage. Mais des protocoles
– nombre de projections réalisées durant le balayage : plus doivent être bien établis afin d'une part de réserver l'usage
ce nombre est élevé, plus il sera possible de reconstruire de cette technique à des indications pertinentes et d'autre
un nombre important de « coupes » ; part de ne pas multiplier les acquisitions qui restent malgré
– position et épaisseur du volume  : soit en indiquant tout irradiantes.
l'épaisseur et le milieu du volume à explorer, soit en indi- Rappelons ici que la dose pour chaque projection reste faible
quant les limites par rapport au plan du détecteur (1/10e à 1/50e de la dose d'une radiographie standard), la

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

Figure 2.96  La tomosynthèse exige la réalisation de plusieurs projections d'angles différents (A) nécessaire à l'obtention de plusieurs radiographies
de faible S/B (B) qui seront ensuite recombinées pour calculer des images de tomosynthèse correspondant à différents plans (C).

Figure 2.97  Tomosynthèse : mise en place du volume d'intérêt.

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Figure 2.98  Exemple d'application de la technique de tomosynthèse en imagerie ostéo-articulaire.


Tomosynthèse d'un genou gauche passant par le milieu du plateau tibial et du condyle médial (A). Succession de tomosynthèses d'un poignet droit pas-
sant par des plans différents dans un sens palmo-dorsal (B).
Source : service d'imagerie Guilloz, CHRU Nancy.

totalité de l'exposition équivaut à environs deux radiogra- Un espace libre de part et d'autre permet le positionnement aisé
phies conventionnelles. Elle est notamment largement infé- d'un lit afin de réaliser des clichés en lit au Potter avec un rayon
rieure à celle reçue lors d'un examen scanographique. directeur horizontal. Il est préférable que ce Potter mural soit
basculant ; on y réalisera plus aisément et plus rapidement cer-
taines incidences : par exemple, radiographies du poignet, avant-
10. Architecture des salles bras ou coude qui doivent être positionnés à hauteur de l'épaule.
radiologiques5 La focalisation de grille préconisée est : minimum 110 cm,
optimum 150 cm, maximum 200 cm.
10.1. Architecture et environnement idéal d'une
salle de radiologie « osseuse » Console de commande du générateur
Table et écran de visualisation
L'idéal serait de rechercher une interface unique per­
Une table à plateau flottant et à hauteur variable est équipée
mettant :
d'un capteur plan grand champ avec soit :
– l'accès au système d'information radiologique (radiologic
– possibilité de sortir en tiroir ce capteur pour réaliser les
information system ou RIS) et en particulier à la liste de
radiographies sans grille en évitant l'agrandissement lié à la
travail (worklist) ;
distance plateau de table-détecteur ;
– le pilotage du générateur ;
– grille antidiffusante escamotable ; focalisation de grille
– la visualisation des images ;
préconisée : 110 cm.
– la mise en page et les traitements de base ;
On ménage l'accès au patient par les quatre côtés de la table
– la mise à disposition sur le réseau d'images et le PACS.
et, surtout, on permet l'accès par les deux grands côtés avec
Cette interface se fera à partir d'un écran (plat plus ou moins
un lit pour faciliter le transfert du patient du lit vers la table,
tactile), d'un clavier, d'une souris unique pour optimiser l'er-
avec l'aide éventuelle d'un soulève-malade.
gonomie et la convivialité de l'équipement et pour libérer un
Le grand axe de la table est aligné sur le Potter mural : le tube
maximum de place sur le plan de travail.
centré sur la « grille table » le sera aussi sur la « grille Potter
mural » par simple rotation et translation longitudinale. Cela Paravent plombé
permet une meilleure ergonomie en évitant des translations Son positionnement sera étudié et adapté pour offrir :
inutiles de la suspension plafonnière (figure 2.99). – une possibilité de sortie à droite et à gauche ;
Potter mural – une longueur et des angles de retour étudiés par rapport
au « rayon limite » table et Potter pour une radioprotec-
Le Potter mural à capteur plan devrait être aligné sur le grand
tion maximale du personnel ;
axe de la table pour des raisons ergonomiques.
– une bonne visibilité du patient sur table comme au Potter
mural ;
5
Avec la collaboration de Pierre Moerschel, cadre de santé – CHU de – une radioprotection du personnel lors de l'accès à la salle
Strasbourg. d'examen par la chambre claire.

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Radiologie de projection

1 2 5 6

3 7 4
7

Pupitre de commande
Rangement + paravent plombé

6
2 5
4 1 2 5

3
3

1+2 Cabines 3 Table d'examen 4 Potter mural 5 Accès à la salle 6 Etagère à accessoires 7 Zone pour radiographies au lit
Figure 2.99  Configuration d'une salle de radiologie « osseuse ».

Zone pour radiographies au lit en salle d'examen 10.2. Architecture et environnement d'une salle
La zone est suffisamment spacieuse pour réaliser facilement de radiologie « digestive et urinaire »
des incidences en lit. Lors de l'implantation initiale, il faut Ce type de salle était naguère essentiellement dédiée aux
veiller à ce que cette zone de travail soit couverte par une explorations contrastées du tube digestif haut (transit œso-
(des) suspension(s) plafonnière(s). phagien ou TO ; transit œsogastroduodénal ou TOGD ; tran-
sit du grêle…) et bas (lavement baryté ou LB, lavements aux
hydrosolubles…), de l'appareil urinaire (cystographie), ainsi
Porte d'accès à la salle d'examen par la chambre claire qu'à la réalisation de certaines incidences osseuses spéci-
Cette porte plombée débouche dans la salle d'examen à fiques sous contrôle scopique (incidence de Lamy pour
l'abri du paravent plombé. l'épaule, C1/C2 de face…). Les bonnes pratiques médicales
actuelles ont remisé un grand nombre de ces explorations
contrastées au profit de l'échographie, de l'endoscopie
Porte d'accès à la salle d'examen par le couloir optique ou virtuelle, du scanner, entraînant la disparition de
de circulation des patients et des salles d'attente beaucoup de ces salles et leur reconversion.
La porte plombée doit être suffisamment large pour autori- Néanmoins et hormis les rares indications digestives et uri-
ser le passage des lits à barrières. Idéalement, la configura- naires contrastées qui subsistent encore de nos jours tant
tion à deux battants sera de type un tiers–deux tiers, afin dans le domaine adulte que pédiatrique, une salle de radio-
d'alléger le battant de porte le plus sollicité. Lors de l'étude graphie « contrasté » trouve encore son intérêt dans un
d'aménagement, il faut préconiser une porte de type service d'imagerie médicale pour la réalisation d'actes inter-
« ouverture totale », c'est-à-dire avec un cadre de porte en ventionnels radioguidés sous scopie comme l'arthrographie,
retrait ou à fleur de maçonnerie. Cette astuce évite que le le transit du grêle par entéroclyse, la radiculo-myélographie,
passage des lits à barrières ne dégrade progressivement le les infiltrations-biopsies, la cystographie rétrograde en
cadre de porte, celui-ci devant être lui-même plombé s'il pédiatrie…
n'est pas de type « ouverture totale ». La réalisation sous contrôle scopique de certaines incidences
La salle comportera également des étagères à accessoires  : osseuses délicates peut être remplacée par les clichés de
cônes, filtres, équerres… ; des cabines de déshabillage ; un repérage à très faible dose par capteur plan statique en salle
meuble de rangement pour les coussins (revêtement néo- d'osseux.
prène préconisé), les cales de contention… ; un matelas de La configuration idéale d'une salle de radiographie contras-
transfert, éventuellement un soulève-malade ; un lave-mains. tée nécessite les éléments suivants.

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Radiologie de projection

Table télécommandée à capteur plan grand champ Implantation idéale de la table dans la salle
dynamique Le grand axe de la table est orienté vers l'entrée de la salle, ce
Jusque-là, ce type de salle était équipé d'une table numérisée qui facilite l'accès avec un lit ainsi que le transfert du patient
par amplificateur de luminance (AL). La première table télé- du lit vers la table.
commandée à capteur plan (DR pour digital radiography)
grand champ dynamique est apparue sur le marché en 2005. Accès par le côté opposé à la table
En 2008, encore très peu de constructeurs commercialisaient Il peut être judicieux de ménager un accès, même restreint,
ce type d'équipement, mais en 2016 cette nouvelle technologie au grand côté opposé de la table ; cela facilite le positionne-
est fortement recommandable et s'impose progressivement ment du patient et de l'éventuelle tierce personne (radiopé-
dans tous les services, y compris dans les structures libérales. diatrie) ou de l'assistant à l'opérateur lors de procédures
interventionnelles.
Fluorographie par capteur plan
Cette technologie procure une excellente qualité d'image. Paravent plombé
L'image graphique acquise est carrée ou rectangulaire (selon Le paravent plombé est positionné :
le capteur) et non plus circulaire et limitée aux dimensions – pour permettre la visualisation et la surveillance du patient
du champ d'entrée de l'amplificateur sélectionné. Inhérente sur la table en position horizontale comme verticale ;
à la technologie d'acquisition par amplificateur de lumi- – pour permettre un empiétement minimal sur la zone de
nance, la distorsion de l'image sur les bords du champ d'ex- circulation d'un lit ;
ploration n'existe plus en fluorographie/scopie par capteur – de façon à prévoir la sortie donnant vers la table ; l'optimi-
plan. sation de la radioprotection du personnel au pupitre peut
amener à équiper cette sortie d'une porte plombée vitrée ;
Fluoroscopie par capteur plan – pour que la porte plombée donnant sur la chambre claire
L'imagerie dynamique n'est plus tributaire des dimensions débouche dans la salle d'examen à l'abri du paravent
du champ d'entrée de l'amplificateur de luminance. La tota- plombé.
lité de la taille du capteur (de l'ordre de 40 ×  40  cm) est
exploitable en mode dynamique (10 à 15 images/seconde) Ensemble doubles écrans montés sur bras
intégrant les avantages de la technologie DR : haute détecta- à suspension plafonnière
bilité des objets petits et/ou faiblement contrastés associée La configuration doubles écrans de contrôle dans une salle
à une dose-patient très faible induisant donc également une de radiologie contrastée est classique. Elle permet d'afficher
meilleure radioprotection de l'opérateur au cours d'un geste une image de référence sur l'un des écrans et l'image en
interventionnel par exemple. « temps réel » (scopie ou graphie) sur l'autre.
Ces deux écrans plats, donc plus légers et moins volumineux
Radioprotection des patients que les anciens moniteurs cathodiques, permettent la visua-
La dose-patient n'est plus corrélée à la taille du champ d'am- lisation et le contrôle des images en salle par l'opérateur lors
plificateur choisi. Pour mémoire, sur une table numérisée des gestes interventionnels. Leur implantation plafonnière
par amplificateur de luminance la dose augmente lorsque la sur bras évite l'encombrement au sol du traditionnel chariot
taille du champ d'entrée de l'AL diminue, un petit champ à écrans-moniteurs de rappel et résout le dilemme classique
procurant une meilleure résolution spatiale. En fluorogra- des préférences de travail des différents opérateurs : écrans
phie/scopie DR, seul le choix de la part de bruit accepté dans de contrôle à « main droite » ou « main gauche » sans être
l'image finale détermine la dose-patient. La résolution spa- limité par la longueur des câbles de connexion.
tiale sera toujours maximale. Les images de fluoroscopie
sont souvent suffisamment informatives pour ne pas avoir Local technique
recours à la fluorographie, largement plus irradiante. Pour ce type de salle, les armoires générateur et électro-
niques/informatiques sont souvent nombreuses, encom-
Hauteur minimale du plateau de table brantes, plus ou moins bruyantes, inesthétiques et source de
Par la substitution du capteur plan à l'amplificateur de lumi- chaleur. Il est confortable de prévoir, lors de la conception de
nance, ces tables permettent de s'affranchir de la profondeur la salle et sous réserve de la surface disponible, de les placer
et de l'encombrement du bon vieil amplificateur ; les tables à l'abri du regard dans un local technique attenant. Ce local
équipées de cette nouvelle technologie descendent jusqu'à doit cependant se trouver nécessairement à proximité de la
environ 40  cm du sol et procurent ainsi pour le patient table et des consoles-pupitres de commande pour des rai-
adulte ou enfant une accessibilité inconnue jusque-là, évi- sons de longueur de câbles de connexion. Il faut penser à
tant la traditionnelle présence d'un marche-pied potentielle- plomber la porte d'accès à ce local.
ment accidentogène.
Zone de rangement et de préparation
Basculement télécommandé à plus ou moins 90° Cette zone comporte un plan de travail, des éléments de
Cette fonctionnalité existait déjà sur la plupart des tables de rangement bas et haut pour le stockage des sarraus, masques,
l'ancienne génération. charlottes, gants… et autres packs stériles (si possible com-

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

plètement à usage unique) spécifiques aux actes interven- Meuble bas sous le plan de travail
tionnels réalisés dans cette salle. Les produits de contraste et Ce meuble bas (avec des éléments hauts en fonction de l'es-
autres médicaments doivent être stockés dans une armoire pace disponible) sous le plan de travail permet de ranger les
dédiée verrouillée (digicode ou clé) comme l'exige la régle- accessoires de type cales de contention, coussins déconta-
mentation en la matière. minables, filtres égaliseurs…
Un coin lavage des mains pour l'intervenant et son assistant
doit équiper cette zone. Ce coin dispose : Étagère de rangement pour cônes localisateurs
– d'un point d'eau particulier équipé d'un robinet à com- Les technologies d'acquisition numériques (AL, ERLM…), y
mande électronique (cellule) activée au passage des mains compris le capteur plan, n'excluent aucunement l'applica-
ou commandé par pédale ; tion des règles de base du métier de manipulateur.
– d'un distributeur de savon antiseptique, de brosse à main… ; L'utilisation des cônes localisateurs bénéficie autant à la qua-
– d'un distributeur d'essuie-mains. lité d'image acquise qu'à la radioprotection du patient.
La décontamination de l'éventuel matériel à restériliser sera
effectuée dans un local séparé spécifique, en vertu du prin-
cipe d'hygiène de séparation des flux « sales » et « propres ». 10.3. Architecture et environnement
d'une salle de radiologie cardiovasculaire6
Toilettes dédiées Les salles de radiologie cardiovasculaire permettent la réali-
Même si les indications de type UIV ou LB ont disparu ou se sation d'actes à visée :
raréfient, il est toujours commode que des salles de – diagnostique  : visualisation et analyse en temps réel des
« contrasté » disposent de toilettes dédiées. Il faut penser au différents vaisseaux ;
plombage de la porte d'accès. – thérapeutique : utilisation de matériels permettant le trai-
tement de la pathologie par voie percutanée.
Cabine de déshabillage
Il existe différents types de salles plus ou moins adap-
Si la surface disponible pose un problème, une seule cabine tées à l'activité (spécialisée ou généraliste) du service
peut suffire pour ce type de salle, contrairement à une salle (figure 2.100A) :
d'osseux. – salles dédiées aux explorations cardiaques et en particulier
Porte d'accès à la salle par le couloir de circulation aux artères coronaires (figure 2.100B) : détecteurs à champ
des patients et des salles d'attente réduit de haute résolution, excellente résolution tempo-
relle ;
La porte plombée doit être suffisamment large pour autori-
– salles dédiées aux vaisseaux périphériques et en particulier
ser le passage des lits à barrières. Son découpage idéal serait
aux artères des membres inférieurs et supérieurs : détec-
une configuration « un tiers–deux tiers », afin d'alléger le
teurs à champ large ;
battant de porte le plus sollicité. Lors de l'étude d'aménage-
– salles dédiées aux explorations neurologiques et en particu-
ment, il faut préconiser une porte de type « ouverture
lier aux artères du tronc supra-aortique ou cérébrales : un à
totale », c'est-à-dire avec un cadre de porte en retrait ou à
deux détecteurs (perpendiculaires) de haute résolution ;
fleur de maçonnerie. Cette astuce évite que le passage des
– salles mixtes permettant de réaliser tous les types d'inter-
lits à barrières dégrade progressivement le cadre de porte,
ventions.
cadre qui doit être lui-même plombé s'il n'est pas de type
Dans tous les cas, les tables d'examen présentent une grande
« ouverture totale ».
mobilité. Elles peuvent être commandées par accès direct
Rampe de fluides médicaux sur la table ou à distance, derrière le paravent plombé au
En raison des gestes interventionnels pratiqués dans cette niveau du poste de commande (figure 2.100C).
salle, celle-ci doit être équipée d'une rampe de fluides médi- Les salles de cathétérisme (figure 2.100D) doivent être spa-
caux, d'un bloc d'aspiration et d'un débitmètre à oxygène. Un cieuses pour permettre :
chariot d'urgence ou, à défaut, une valise d'urgence doivent – au personnel médical et paramédical de circuler sans
être disponibles dans la salle ou à proximité immédiate. gêner l'examen en cours ;
– d'installer le matériel radiologique, le matériel de cathété-
Cintre porte-tabliers plombés risme d'usage courant (ballons, stents…), ainsi que le
Des actes interventionnels étant réalisés dans cette salle, il matériel de réanimation en cas de complications ;
convient de prévoir un porte-tabliers multibranches per- – la circulation de lits ou de brancards.
mettant de ranger aisément plusieurs tabliers plombés asso- L'équipe travaillant dans une salle cardiovasculaire est spé-
ciés à leur protège-thyroïde. cialisée et comprend :
Cet angle mort peut également recevoir un soulève-malade – du personnel médical : radiologue, cardiologue, anesthé-
ou, à défaut, un matelas de transfert (de type Roll-board®). siste ;

Espace libre sous le plan de travail


Il permet d'y ranger aisément l'indispensable chariot à 6
Avec la collaboration de Hervé Faltot, MERM chef – hôpital Albert-
servir. Schweitzer – Colmar.

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Radiologie de projection

Figure 2.100  Exemple d'environnement dédié aux explorations cardiovasculaires (hôpital Albert-Schweitzer, Colmar).
Salle de cardiologie interventionnelle à capteur plan (A) permettant surtout de réaliser des angioplasties coronaires (B). Poste de commandes (C), salle de
cathétérisme lors d'une procédure d'angioplastie (D).

– du personnel paramédical : manipulateur(trice) en électro- 11. Règles de radioprotection


radiologie médicale (MERM), infirmier(ère), infirmier(ère)
anesthésiste diplômé d'État (IADE), infirmier(ère) de bloc en radiologie conventionnelle
opératoire diplômé d'État (IBODE). Les principes théoriques et juridiques de la radioprotection
Dans ce monde de la radiologie/cardiologie intervention- sont abordés au chapitre 14.
nelle, véritable zone de compétences partagées, le MERM y Nous allons dans cette partie lister les principales règles et
trouve toute sa place, mais ne pourra s'y exprimer pleine- moyens de radioprotection à respecter en pratique courante.
ment que s'il y est dédié. En effet, le MERM sera sans cesse
confronté à l'évolution de l'imagerie : nouveaux types d'ap- 11.1. Radioprotection du personnel
pareillages, nouvelles techniques d'explorations et
d'interventions. – Temps : limiter le temps d'exposition.
Les locaux doivent bénéficier de tous les accessoires de – Écrans  : parois, portes (à fermer) et paravents plombés
radioprotection du personnel médical et paramédical (écran (équipements de protection collective ou EPC), tabliers,
plombé, tabliers de radioprotection…). cache-thyroïde, lunettes, gants plombés (équipements de
L'équipement radiologique doit répondre aux normes protection individuelle ou EPI).
suivantes : – Distance : s'éloigner du faisceau et du milieu diffusant –
– un arceau qui peut réaliser toutes les incidences caudales loi de l'inverse du carré de la distance (1/d2) –, radios au lit
et crâniales en position extrême (OAG-OAD) ; du patient, radiologie de bloc opératoire.
– un tube associé avec un ou deux capteurs plans ; – Optimisation des pratiques  : orientation du tube vers le
– une chaîne numérique avec possibilité de revoir immédia- haut en interventionnelle pour que le rétrodiffusé du patient
tement les séquences ; soit dirigé vers les jambes de l'opérateur plutôt que le visage…
– un serveur d'imagerie pour l'archivage des examens. – Suivi dosimétrique : port obligatoire de la dosimétrie pas-
Une salle de surveillance post-interventionnelle (SSPI), notam- sive (poitrine, poignet, bague, cristallin attribué selon le
ment dans le cadre des explorations cardiovasculaires, est sou- poste) et/ou du dosimètre opérationnel (qui peut être
vent située en annexe de la salle d'intervention. La SSPI permet utilisé comme outil de travail).
l'accueil des patients et leur surveillance au décours du cathé-
térisme. Cette salle doit être équipée de tout le matériel de 11.2. Radioprotection des patients
réanimation (fluides médicaux, défibrillateur, matériel d'oxy- – Justification de l'acte : la justification revient au médecin
génation et de ventilation au masque, sondes et matériel d'in- réalisateur de l'acte. Pour les prescripteurs, il existe le guide
tubation, nécessaires pour perfusion, chariot de médicaments), du bon usage des examens d'imagerie médicale disponible
de scopes électrocardiographiques et tensionnels, de saturo- sur Internet (http://gbu.radiologie.fr).
mètres de pouls. Un électrocardiogramme complet doit pou- – Optimisation de l'examen :
voir être enregistré si nécessaire. – éviter de faire ou de refaire inutilement des clichés en :

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

– utilisant les moyens de contention afin de limiter le


flou cinétique, De ( mGy ) = PDS ( cGy.cm2 ) /
– diaphragmant et localisant pour limiter le rayonne- surface à la peau ( cm2 ) × FRD × 10
ment diffusé ;
– utiliser la compression permet de limiter le rayonne- L'outil MICADO disponible sur le site Internet de l'IRSN
ment diffusé ; (www.irsn.org) permet le calcul rapide de la De.
– utiliser la grille antidiffusante seulement si nécessaire ;
– adapter la filtration additionnelle à l'activité radiolo- Niveaux de référence diagnostique (NRD)
gique (pulmonaire, osté-oarticulaire…) ; Afin de renforcer le principe d'optimisation, le concept de
– limiter le temps de scopie au strict nécessaire ; niveaux de référence diagnostique (NRD) a été introduit
– utiliser les protections plombées disponibles : protège- dans la publication  73, Protection et sûreté radiologique en
gonades, tablier et jupette plombés ; médecine de la Commission internationale de protection
– il faut adapter le choix des paramètres en fonction des radiologique (CIPR). Les NRD constituent un outil pour
performances (ex. : EDQ) de la technologie de détection l'optimisation. Ils ne doivent pas être assimilés à des « limites
utilisée (ex. : valeurs des mA.s plus faibles avec un cap- de dose » ou à des « doses optimales ». En pratique, ces
teur plan qu'avec un ERLM). niveaux sont établis pour des examens standardisés et des
patients types. Ils ne devraient pas être dépassés sans justifi-
11.3. Calcul de dose et niveaux cation pour des procédures courantes. Les NRD sont des
de références diagnostiques indicateurs dosimétriques de la qualité des pratiques desti-
L'article R.  1333-66 (2003) du Code de la santé publique nés à identifier les situations nécessitant une action correc-
impose de faire figurer sur le compte rendu d'un examen trice. L'article R. 1333-66 (2003) du Code de la santé publique
radiologique « toutes les informations nécessaires à l'estima- impose de faire figurer sur le compte rendu d'un examen
tion de la dose ». L'arrêté du 24  octobre 2011 (publié au radiologique « toutes les informations nécessaires à l'estima-
Journal Officiel) demande aux responsables des services de tion de la dose ».
radiologie de procéder à des évaluations dosimétriques En radiologie, les NRD fixent des valeurs de De et de PDS
périodiques et de transmettre les résultats à l'Institut de (propres à chaque région anatomique) à ne pas dépasser
radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). pour les procédures courantes. Tous dépassements réguliers
Deux paramètres sont utilisés pour estimer la dose délivrée de ces NRD justifient des actions de correction et d'opti-
au patient en radiologie conventionnelle : la dose à l'entrée misation ; par ailleurs, leur respect ne dispense pas de pour-
(De) et le produit dose surface (PDS). suivre la démarche d'optimisation. Les NRD sont fixés par la
La connaissance quotidienne de ces valeurs permet de com- méthode statistique du 75e  centile sur un groupe de
parer et situer ses pratiques professionnelles par rapport aux patients types (70 kg ± 10 kg) (figure 2.101).
niveaux de références diagnostiques (NRD).
Dose à l'entrée (De)
La dose à l'entrée s'exprime en mGy et peut s'estimer approxi-
Nombre d'examens

mativement à l'aide de paramètres accessibles par l'opérateur Année A


(tension, charge, distance foyer-peau ou DFP) selon la for-
Moyenne = 50 %

mule suivante :

De ( mGy ) = 0 ,15 ´ (kV / 100 ) ´ mAs ´ (1 / DFP ) ´ FRD


2 2
75 %

Avec : FRD = facteur de rétrodiffusion : 1,1 pour les enfants, Dose


1,3 pour les adultes (60–80 kV), 1,5 en haute tension (120– NRD A
140 kV) ; DFP = distance foyer-peau (en mètre).
Année B
Produit dose surface (PDS)
Nombre d'examens

(A + X années)
Le PDS (Gy.cm2 ou cGy.cm2) est donné par l'appareil à l'aide
Moyenne = 50 %

d'une chambre d'ionisation située à la sortie du tube après


les diaphragmes. Ce dispositif est obligatoire pour tous les
nouveaux appareils installés depuis juin 2004 :
75 %

PDS = Dair ( Gy ou cGy ) ´ surface ( cm2 ) Dose


NRD B
Le PDS est de plus en plus accessible, et il est possible de
retrouver la valeur de la dose à l'entrée (De) :
Diminution du NRD = Amélioration et homogénéisation des pratiques
De ( mGy ) = Dair à la peau ( mGy ) × FRD Figure 2.101  Méthode du 75e centile utilisée pour définir les NRD.

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

Les premiers NRD publiés en France datent de 2004 et manipulateur à la merci d'une erreur de dilution entre le
constituent une base de départ. Les NRD sont mis à jour concentré de chimie et l'eau engendrant ainsi maints pro-
périodiquement et diffusés au Journal Officiel. En effet, une blèmes de non-reproductibilité de la qualité d'image : les
fois par an, une évaluation dosimétrique (sur 30  patients), constantes doivent être en permanence révisées et adap-
doit être réalisée dans chaque service, pour au moins deux tées. Mais les erreurs d'exposition peuvent aisément être
types d'examens (ex.  : thorax +  ASP). Toutes ces données corrigées lors du développement en adaptant les temps
sont ensuite transmises à l'IRSN qui effectue une analyse de trempage.
nationale. Du fait de mises à jour régulières, nous avons
Radioprotection du personnel et du patient peu
volontairement choisi de ne pas publier les NRD en vigueurs
prononcée
lors de l'écriture de ce chapitre afin d'inciter le lecteur à
consulter des données actualisées (www.irsn.org). Le manipulateur assiste le radiologue lors des examens sous
scopie directe. Le radiologue est assis dans l'axe du faisceau
11.4. Maintenance et contrôle de qualité de rayons X directement derrière l'écran de scopie conven-
Les équipements d'imagerie ont une obligation de contrat tionnelle fluorescent. Il n'existe pas ou peu de paravents
de maintenance. Les différents générateurs à rayons X utili- plombés de radioprotection à disposition.
sés en imagerie médicale sont soumis à des contrôles de qua- Technologie d'acquisition de l'image
lité internes et externes. En 2015, ces différents contrôles ont
Les cassettes métalliques avec partie verso (dos) en plomb
été mis à jour en distinguant les installations de radiodiag­
sont lourdes et salissantes.
nostic utilisées pour des procédures interventionnelles
Les écrans renforçateurs à gros cristaux sont couplés à un
radioguidées de celles utilisées en radiologie conventionnelle
film lent et monochromatique uniquement, donc les temps
(décisions du 12 août 2015) :
d'exposition sont longs. La qualité d'image en osseux est
– en radiologie conventionnelle, les contrôles internes
bonne, mais au prix d'une dose-patient importante.
sont annuels, hors le contrôle de la sensitométrie des
Travail « en trois points uniquement » : réglage manuel des
machines à développer qui est hebdomadaire. Le contrôle
constantes : kV, mA et seconde. Générateur à minuterie élec-
externe est annuel ;
tromécanique (seuil de reproductibilité vers 0,05  s), sans
– en radiologie interventionnelle, les contrôles sont diffé-
cellule, ni scopie, ni sérigraphe, ni sélecteur.
rents selon le mode d'acquisition (scopie standard, scopie
Habituellement, la majorité des examens sont réalisés le
haut débit, « ciné », « soustraction », « angiographie rota-
matin, l'après-midi étant consacré au séchage des clichés et à
tionnelle ») et la périodicité de ces contrôles est variable
la dictée. Les films sont visualisés et interprétés au négatos-
(trimestrielle ou annuelle selon le type). Le contrôle de
cope. Il faut plusieurs heures pour accéder à un film prêt à
qualité externe reste annuel.
être remis au demandeur. Un film correspond à un cliché,
une incidence, éventuellement à deux ou plus si des caches
12. Évolution du métier plombés de découpe manuelle sont utilisés.
de manipulateur en radiologie
12.2. Dans les années 1960
conventionnelle7
Ergonomie des équipements
12.1. Jusque dans les années 1950 Les tables télécommandées conventionnelles apparaissent
Ergonomie des équipements en radiologie contrastée avec l'arrivée de l'amplificateur de
Il n'existe alors pas de table d'osseux à hauteur variable, ni de brillance (de luminance) permettant au radiologue et au
plateau flottant. Les explorations, thoraciques et contrastées manipulateur de guider leurs examens à partir du pupitre de
en particulier, se pratiquent sous scopie directe dite commande derrière un paravent plombé à l'abri des rayons X.
conventionnelle. La scopie, les cellules d'exposition et le sélecteur favorisent le
plein essor des explorations contrastées de tous types et
Développement dans tous les domaines. L'image scopique est visualisée au
Il est manuel en chambre noire par trempage successif pupitre sur un moniteur TV cathodique ; les images significa-
dans des cuves en plastique ou en inox remplies de révé- tives sont réalisées en graphie. Quelques rares magnétos-
lateur et de fixateur, puis dans une cuve de rinçage à l'eau. copes enregistrent les images dynamiques et permettent de
Le séchage est passif : fils de type étendoir à linge et films les visualiser sur un support.
insérés dans des cadres métalliques pour séchage. Le mar- En salle d'osseux, on voit l'arrivée de la suspension plafon-
quage et les annotations sont rajoutés manuellement à nière, du Potter Bucky. Les films sont visualisés et interprétés
l'encre blanche une fois le film séché. Les bains de chimie au négatoscope.
doivent être renouvelés et préparés manuellement envi-
ron toutes les semaines, ce qui met régulièrement le Technologie d'acquisition
La gamme du CEF (couple écran-film) s'élargit (lent, médium,
rapide), mais reste encore monochromatique. Le choix du CEF
7
Pierre Moerschel, cadre de santé – président de l'AFPPE Alsace. s'opère à partir du compromis rapidité–résolution spatiale,

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

mais encore peu à partir de celui de la qualité d'image-dose En salle d'osseux, l'asservissement complet de tous les mou-
patient. En « osseux », des hauts milliampérages (400  mA) vements, la table à hauteur variable et à plateau flottant
sont privilégiés pour obtenir le meilleur contraste osseux. La facilitent le travail du manipulateur, le bon positionnement
maîtrise des constantes et l'expérience du manipulateur par du patient face au tube. Le manipulateur est moins « mani-
rapport à la corpulence et au morphotype du patient sont les pulateur » de patients.
seules garanties de réussite immédiate du cliché. Les manipu- Les cassettes s'allègent et facilitent leur transport : elles sont
lateurs sont souvent monovalents, c'est-à-dire spécialisés en en plastique ou en fibres de carbone.
osseux ou en contrasté. La tomographie avec ses techniques Le générateur devient électronique autorisant des temps
de balayage plus ou moins complexes est le précurseur de de pose très courts (1  ms) et surtout une excellente
l'imagerie en coupe. La tomographie et la salle d'osseux avec reproductibilité. La programmation anatomique et les
son panel d'incidences aussi varié que complet constituent les cellules d'exposition sont des outils garantissant un
domaines qui permettent au manipulateur d'exprimer son résultat, une certaine qualité d'image et la reproductibi-
savoir-faire et ses connaissances anatomiques. lité dans le temps de celle-ci. Le manipulateur peut deve-
Le duplicata d'un film ou la rectification d'une erreur d'exposi- nir multivalent, capable de travailler dans différents
tion sont analogiques  : duplicateuse à ultraviolets ; mais le secteurs avec la garantie d'un résultat satisfaisant, poussé
duplicata n'est qu'une copie plus ou moins fidèle de l'original. en cela par l'essor des nouvelles technologies d'acquisi-
La marqueuse de film rend les coordonnées du patient et les tion d'images en coupe.
annotations plus lisibles sur les clichés.
Technologie d'acquisition
Développement Les écrans renforçateurs aux terres rares et les films ortho-
Les machines à développer sont greffées sur la chambre chromatiques apparaissent avec un gain de dose-patient
noire, les mélangeurs automatiques de chimie amènent substantiel : moins 15 à 20 % en moyenne en osseux pour
confort, rapidité et reproductibilité. Le maintien constant une qualité image (QI) identique.
de la qualité de développement rendu possible par ces
Développement
équipements oblige le manipulateur à être plus précis,
encore plus professionnel dans le choix de ses paramètres Les développeuses plein jour permettent de s'affranchir
d'acquisition. Le manipulateur travaille « sans filet de progressivement de la chambre noire. Seuls le développe-
secours » : il n'a plus d'excuses et ne peut plus attribuer à ment des formats non standard et le chargement des
autrui les fluctuations de qualité d'exposition. Hors dévia- magasins de films vierges demandent à y retourner. La
tion des caractéristiques de la machine qu'il doit surveiller lumière inactinique passe du rouge-orangé au vert. Le
et diagnostiquer, il est le seul responsable de la qualité du manipulateur se retrouve à développer lui-même ses cli-
résultat. Un cliché sous- ou surexposé n'est plus récupé- chés. Les aides-manipulateurs sont en reclassement profes-
rable et impose une nouvelle irradiation du patient. sionnel et disparaissent.
L'accès à un film prêt pour la dictée ne dure plus que les
90 secondes de passage dans la développeuse. Le manipu- 12.4. Dans les années 1990
lateur attend 90 secondes pour prendre connaissance de L'avènement des ERLM permet l'intégration de la radio­logie
la qualité de son travail. conventionnelle au monde de l'image numérique. Néanmoins
Les tâches de développement en chambre noire ainsi que la manipulation et le transport de plaques vers l'unité de lec-
celles de nettoyage journalier et hebdomadaire de la déve- ture persistent. Le « miracle » annoncé de pouvoir afficher
loppeuse sont parfois prises en charge par des aides-­ n'importe quelle constante avec ce type de technologie s'es-
manipulateurs. tompe heureusement rapidement avec la réalité. Pour une
image optimale non bruitée, la maîtrise des constantes reste
d'actualité. La profession de manipulateur en radiologie
12.3. Dans les années 1980 conventionnelle est sauvée, à condition de veiller à l'indice
Ergonomie des équipements d'exposition. Avec la technologie d'acquisition numérique le
Les premières tables télécommandées numérisées (numéri- surdosage n'a pratiquement pas d'impact sur l'image obte-
sation du signal vidéo en sortie d'amplificateur de lumi- nue : le système rattrape l'erreur de surdosage au détriment
nance) apparaissent en radiologie contrastée  : scopie à de la radioprotection du patient. Le traitement et le post-trai-
mémoire (la dernière image de scopie reste figée à l'écran), tement numériques de l'image apparaissent. L'ensemble d'un
double écran TV (temps réel +  image de référence par examen peut être reproduit et transmis (filming) sur un seul
exemple) et revisualisation d'une séquence dynamique film, ce qui représente un gain en surface argentique.
rendent ce domaine encore plus pertinent. Quelques très L'environnement jusque-là très mécanique devient informa-
rares tables spécifiques apparaissent (radiopédiatrie). La tique. Le manipulateur en électroradiologie doit s'adapter,
radiologie interventionnelle sous guidage scopique com- beaucoup plus tôt que dans bien d'autres milieux profession-
mence à se développer. nels, au travail à l'écran avec clavier et souris.
Avec ce type de tables, le duplicata d'un film est numérique Le reprographe-laser « humide » (avec chimie) monoformat,
et aisé. Le duplicata est lui-même un original. puis biformat, couplé à l'unité de lecture de plaque arrive

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Chapitre 2 IMAGERIE MÉDICALE
Radiologie de projection

dans des chambres claires dorénavant bien encombrées : les de raccordement aux circuits d'eau et d'écoulement. Seuls
développements analogiques et numériques doivent coha- les formats de films hors standard (30 × 90, 18 × 43…) néces-
biter. La double technologie de film présente dans les ser- sitent encore une chambre noire. Le chargement des repro-
vices génère parfois des surprises (erreur de type de film graphes se réalise dorénavant en plein jour ; le manipulateur
chargé). ne manipule plus de films dans les cassettes et ne sollicite
Les clichés de graphie, ainsi que les images scopiques « cap- plus, ne fatigue plus ses yeux comme lors des incessantes
tées au vol » lors des examens contrastés, réalisés sur une allées et venues des salles d'examen vers la chambre noire.
table numérisée peuvent également être « filmés » à l'aide du
reprographe-laser. Radioprotection
Les nouvelles technologies d'imagerie en coupe (scanner puis La réflexion s'intensifie autour du principe ALARA qui guide
IRM) sont maintenant omniprésentes et se substituent à de les pratiques professionnelles en matière de radioprotection
nombreux examens de radiologie conventionnelle. La radio- du patient. La mise à disposition de modalités d'acquisition
logie contrastée ne garde plus que quelques rares indications. numériques ouvre de nouveaux horizons et impose de nou-
Hormis celles de radiologie interventionnelle, la plupart des velles habitudes, de nouvelles bases de raisonnement au
salles disparaissent ou sont mises à la disposition d'autres manipulateur en radiologie conventionnelle. Les kV doivent
spécialités médicales. La tomographie disparaît également, être privilégiés aux mA. La belle radiographie osseuse haute-
comme les incidences complexes en salle d'osseux : n'y sub- ment contrastée ne doit plus exister. Le manipulateur et le
sistent que les incidences standard. Attiré par les nouvelles radiologue raisonnent par l'image porteuse de l'information
technologies d'imagerie en coupe, le MER, surtout de jeune requise pour le diagnostic. Ils choisissent, en fonction de
génération, a tendance à vouloir délaisser ces domaines de l'indication, la part de bruit (S/B) qu'ils acceptent voir conte-
radiologie conventionnelle ; comme d'ailleurs le radiologue. nue dans l'image finale, donc la dose transmise au patient.

12.5. Dans les années 2000 12.6. De 2005 à nos jours


Acquisition de l'image Ergonomie des équipements
Le domaine numérique en radiologie conventionnelle La salle d'osseux à capteur plan se répand dans les hôpitaux,
s'étend  : le capteur plan grand champ fait son apparition, portée en partie par les exigences de radioprotection du
néanmoins encore très confidentielle en raison de son coût. patient. Elle peut dorénavant être complètement motorisée
Il fait profiter le domaine de la radiologie osseuse et thora- et asservie. L'implantation en version double-capteur (un
cique de cette extraordinaire technologie : excellente qualité capteur table et un dans le Potter vertical) onéreuse laisse la
d'image avec très faible dose-patient, accès quasi immédiat place à des salles version monocapteur asservi.
au résultat du travail pour le manipulateur. En salle d'osseux Pour les tables numérisées, l'avènement du capteur plan
à capteur plan, l'accès à l'image graphique n'est plus qu'une dynamique grand champ permet de s'affranchir enfin de
histoire de secondes (5 à 7 s). L'écran cathodique de rappel l'amplificateur de luminance, plutôt maillon faible parmi
d'image devient un écran plat. Le pupitre de commande est l'ensemble des détecteurs d'images présents sur le marché.
très sobre : un clavier, une souris et un écran plat. Le généra- En dehors des aspects financiers, la fluorographie/scopie a
teur est piloté par un clavier ou un écran tactile. Le manipu- vécu. La profondeur des amplificateurs de brillance n'entrave
lateur s'affranchit de la manipulation ou du transport de plus la descente de ces tables à un niveau facilement acces-
cassettes ou de plaques. Le temps de présence du patient en sible pour les patients  : la table télécommandée descend
salle est considérablement écourté. Il accède rapidement au dorénavant jusqu'à environ 50 cm du sol. Les escabeaux et
résultat. Mais, pour le manipulateur, la part des tâches admi- autres marchepieds, souvent accidentogènes, deviennent
nistratives augmente – saisie informatique de l'activité, des inutiles en salle d'examen.
consommables utilisés, archivage sur réseau… – et comme
dans tous les environnements professionnels, contrôles qua- Acquisition des images
lité, garantie du résultat au moindre coût et traçabilité s'im- Dans certaines indications pour lesquelles la pleine résolu-
posent à lui. Son rythme de travail s'accélère encore, alors tion n'est pas indispensable (clichés de contrôle…) et en
que la crise démographique apparue dans notre profession poussant la sensibilité du capteur plan dans ses extrêmes,
fragilise et déstabilise les équipes. des clichés à très faibles doses peuvent être réalisés : micro-
L'arrivée du capteur plan en salle d'osseux permet de rame- graphie, clichés de repérage.
ner ce domaine parmi les secteurs attrayants pour les Les images sont visualisées à l'écran, circulent par le réseau
jeunes manipulateurs. Le déploiement progressif de réseaux vers le radiologue et le prescripteur, sont dictées à l'écran.
d'images dans les services d'imagerie, puis dans tout l'hôpital, Les murs remplis de négatoscopes font maintenant partie de
permet d'entrevoir un service « sans film ». Le filming n'existe l'histoire.
alors plus que pour les patients consultant en externe.
Développement
Développement Le développement chimique disparaît et, depuis la validation
Imposée pour des raisons environnementales, la reprogra- de la mammographie numérique pour la partie dépistage en
phie-laser passe au sec ; elle efface également les contraintes janvier 2008, le service d'imagerie médicale « sans film et sans

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IMAGERIE MÉDICALE Chapitre 2
Radiologie de projection

chimie » peut exister. Le patient consultant externe peut se Delorme G, Tessier JP. Manuel d'électroradiologie : radiologie conven-
voir remettre un CD gravé comme pour les modalités d'ima- tionnelle. Paris : Masson ; 1994.
Eggert J. Introduction à la radiographie. Zurich : Éditions S. Hirzel ; 1953.
gerie en coupe, voire une impression thermique haute résolu-
Flower MA, editor. Webb's physics of medical imaging. In : CRC Press ; 2012.
tion sur papier. Les développeuses chimie, les volumineux Floyd JR, Carey E, Warp RJ, Dobbins III JT, et al. Imaging characteristics
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les mélangeurs de chimie sont inutiles. Le bruit de fond cer- graphy. Radiology 2001 ; 218(3) : 683–8.
tain, lié à leur fonctionnement disparaît, comme les tâches Gambini DJ. Bases physiques du radiodiagnostic. J Radiol 2010 ; 91(11) :
moins « nobles » et peu appréciées tel leur nettoyage pério- 1186–8.
Garmer  M, Hennigs  SP, Jager  HJ, et  al. Digital radiography versus
dique. La chambre noire n'a plus lieu d'être et les chambres
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claires se dépouillent et s'assainissent, s'affranchissent des of a large-area silicon flat-panel detector in a clinical CT-controlled
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L'évolution du métier de manipulateur en radiologie conven- Iniewski K, editor. Medical imaging : principles, detectors, and zlectro-
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techniques mis à sa disposition, à l'instar des autres domaines Kandarakis  I, Cavouras  D, Panayiotakis  GS, et  al. An experimental
de l'imagerie médicale. Cette évolution s'est accélérée durant method for the determination of spatial-frequency-dependent
les deux dernières décennies avec l'avènement des technolo- detective quantum efficiency (DQE) of scintillators used in X-ray
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gies numériques, plus efficaces et plus discrètes. Le manipu- 399(2) : 335–42.
lateur ne réalise dorénavant quasiment plus que des tâches Kane JW, Sternheim MM. Physique. InterEditions ; 2004.
« propres » ; il est moins technicien dans le sens « mettre ses Maliges C, Rochais Y, Balas O, et al. Applications techniques-radiologie
mains dans la machine ». Dans la plupart des cas, il ne peut numérique  : tendances 2005 en radiologie numérisée à capteurs
plus dépanner les équipements lui-même : l'électronique et plans. J Radiol 2006 ; 87(7-8) : 941–8.
l'informatique sont omniprésentes. De manipulateur méca- Marchandise X. Biophysique : pour les sciences de la vie et de la santé.
Omniscience ; 2006.
nicien, très « manipulateur », le manipulateur actuel est un Noël A, Ottenin MA, Germain C, et al. Comparaison de l'irradiation en
professionnel, travaillant dans un environnement assaini, scanner et tomosynthèse du poignet. J Radiol 2011 ; 92(1) : 32–9.
maîtrisant le travail à l'écran, ayant des équipements asser- Noël A, Thibault F. Digital detectors for mammography : the technical
vis, sécurisés et bien des outils d'aide à sa disposition pour challenges. Eur Radiol 2004 ; 14(11) : 1990–8.
faciliter sa prise de responsabilité dans la recherche de la Pisano  ED, Gatsonis  C, Hendrick  E, et  al. Diagnostic performance of
qualité et de la garantie du résultat dans le respect du patient digital versus film mammography for breast-cancer screening.
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IMAGERIE MÉDICALE

Chapitre  3
Scanner à rayons X
Jean-Philippe Dillenseger

1. Introduction Les « parties molles » (structures digestives, vasculaires, uri-


naires…) présentent quant à elles peu d'écarts de contraste
Le scanner médical (ou tomodensitomètre), technique d'ima- naturel. Elles sont donc difficiles à étudier de manière spon-
gerie datant du début des années 1970, exploite au maximum tanée. Pour permettre leurs explorations, des opacifications
les informations présentes dans le faisceau X émergent. Cet outil positives (iode, baryte…) et négatives (air…) ont été déve-
vient ainsi combler les lacunes de la radiologie conventionnelle loppées au début du xxe  siècle. Ces techniques, plus ou
en termes de contraste et de délimitation des structures. moins pénibles pour le patient, ont progressivement dimi-
nué au profit des examens scanographiques.
1.1. Quelles sont les limites de la radiologie
conventionnelle 1.2. Comment exploiter le potentiel
La radiologie conventionnelle génère une image plane du d'informations présentes dans le faisceau
patient représentant la superposition des structures traver- émergent  ?
sées par un faisceau conique de rayons X. La projection des Les limites de la radiologie « classique » sont d'autant plus
formes et des « densités » sur le cliché radiologique engendre frustrantes que le potentiel des informations «  cachées »
une perte d'informations importante que les constructeurs dans l'image radiante est immense. Distinguer les structures
et les utilisateurs ont cherché à limiter dès les premières du point de vue topographique et de leur densité était un
décennies suivant la découverte des rayons X. nouveau « challenge » à relever pour révéler tout le potentiel
d'informations présentes dans l'image radiante.
Superpositions
Afin d'éviter les superpositions gênantes des structures, les
Pour en savoir plus
utilisateurs ont développé des incidences dédiées à chaque
Cette perspective est apparue dès les premières semaines sui-
type d'exploration. Mais aussi variées soient-elles, ces dernières
vant la découverte des rayons X. En janvier 1896, un anonyme
ne permettent pas d'étudier précisément toutes les parties du écrivait ces quelques lignes dans le Frankfurter Zeitung : « Si je
corps humain. Pour pallier ce défaut, de nouveaux appareils laisse libre cours à mon imagination, concernant cette nouvelle
appelés tomographes ont été conçus (A. Bocage, 1927). technique photographique qui utilise un tube de Crookes, j'ai
l'espoir qu'un jour tous les tissus du corps humain pourront
être visualisables sur un support, ce qui apporterait une valeur
Rappel inestimable au diagnostic médical, même pour des pathologies
La technique tomographique consiste à effacer sur le cliché, par non liées à des anomalies osseuses. »
flou cinétique, la quasi-totalité des structures pour ne conserver
que celles propres à une couche unique du patient. Cette tech-
nique, aujourd'hui peu utilisée (car plus justifiée), permet d'étu- Les informations morphologiques pourraient naître d'une
dier des structures anatomiques jusque-là non explorables en amélioration de la tomographie qui permettrait de réaliser
technique conventionnelle. L'étude d'une autre couche implique des coupes de plus en plus fines et de plus en plus
le renouvellement de l'opération en modifiant les paramètres nombreuses.
géométriques. Le mot « gaspillage  » vient alors à l'esprit du fait
Les informations de « densités » pourraient naître de la
de la quantité d'informations inutiles fournies au prix d'une forte
irradiation (voir chapitre 2, Tomographie à balayage linéaire).
création d'un système de mesure spécifique.
Cette technique est apparue en 1971 suite aux travaux de
G. N. Hounsfield, et n'a cessé de s'améliorer jusqu'à nos jours
Contraste (figure 3.1).
En radiologie conventionnelle, seuls les os et des structures Les examens scanographiques, initialement considérés
aériques peuvent êtres étudiés spontanément. Cela s'ex- comme longs, pénibles et dédiés aux pathologies graves,
plique par leur fort écart de densité, on parle aussi de sont aujourd'hui rapides et pratiqués en routine pour tous
contraste naturel élevé. les types d'indications.

Guide des technologies de l'imagerie médicale et de la radiothérapie


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Chapitre  3 IMAGERIE MÉDICALE
Scanner à rayons X

2. Mise en évidence des contrastes


radiologiques
Pour comparer l'atténuation propre aux différents tissus pré-
sents dans le corps humain, Hounsfield a cherché à les clas-
ser sur une échelle (qui porte son nom) en prenant pour
référence l'eau. Il a proposé ensuite une méthode informa-
tique capable de centrer l'étude en contraste sur une portion
précise de l'échelle de Hounsfield, on parle alors de fenêtrage.
Ces outils sont exclusivement informatiques et nécessitent la
numérisation des profils d'intensité réceptionnés. Le scan-