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Morphosyntaxe 2 S4 M21 Pr. M.

RAZKY

1.6. Fonctions de la phrase enchâssée interrogative (indirecte)

1.6.1. Complément direct (SN2) de la phrase matrice (verbe support)

En général, la phrase enchâssée interrogative (indirecte) se comporte,


sur le plan syntaxique, comme un SN2 du verbe de la phrase matrice.
En effet, cette phrase est enchâssée dans un SN auquel est assignée la
fonction syntaxique complément direct dans la phrase matrice.

Soit la phrase :

(1) Je te demande qui est là.

[ Je te demande [qui est là]]


P1 SN1 SP V P2 M SN1 V SP
P2= SN2 (complément direct du verbe de la phrase matrice)

Elle a comme phrases sous-jacentes :

P1 Je te demande  (Je demande  à toi (te))


SN1 SP V SN2 SN1 V SN2 SP

P1 Const+P
Const  Décl
P SN1 V SN2 SP

P2 Qui est là ?
SN1 V SP

P2 Const+P
Const  Inter
P SN1 V SP

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1.6.2. Sujet (SN1) du verbe de la phrase matrice

Parfois, dans certaines constructions, la phrase enchâssée interrogative


(indirecte) se comporte comme un SN1 (sujet).

Considérons la phrase :

(2) S’il doit (ou non) partir constitue le principal objet de la réunion.

[S’il doit (ou non) partir [constitue le principal objet de la réunion]]

Elle est formée de deux phrases de base :

P1 Cela () constitue le principal objet de la réunion.


SN1(pro dém) V SN2 (SP (expansion du SN2, complément du
nom objet))
P1 Const+P
ConstDécl
P SN1 V SN2 (SP)

P2 Doit-il (ou non) partir ?


(V mod) SN1 V inf

P2 Const+P
ConstInter
P SN1 (pro) V

Transformation (T°) d’enchâssement :

 insertion de P2 dans SN1 de P1 ;


 insertion du marqueur si de l’interrogation Indirecte totale ;
 rétablissement de l’ordre des constituants de l’inter. Ind. totale.

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Voyons à présent un autre exemple :

(3) C’est fascinant comment il a obtenu ce résultat.

[C’est fascinant [comment il a obtenu ce résultat]]


P1SN1 V SA P2 M SP SN1 V SN2

Cette phrase est composée des deux phrases nucléaires ci-après :

P1 Cela () est fascinant.


SN1 (pro dém) V SA

P1 Const+P
Const Décl
P SN1 V SA

P2 Comment il a obtenu ce résultat ?


SP SN1 V SN2

P2 Const+P
ConstInter
P SN1 V SN2 SP

 T° d’enchâssement de P2 dans P1 :

Comment il a obtenu ce résultat est fascinant.


SP SN1 V SN2 V SA

 T° emphatique dont le domaine est le syntagme adjectival (SA),


constituant du SV ayant comme tête le verbe être, au moyen de la
particule emphatique C’est :

Comment il a obtenu ce résultat, c’est fascinant.


SN1 emph. V SA

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 T° d’extraposition du SN1 (i.e. P2) (inversion stylistique)

[C’est fascinant [comment il a obtenu ce résultat]]


P1 SN1 V SA P2 M SP SN1 V SN2

Concernant les pronoms démonstratifs ceci  cela, leur distinction


spatiale en vertu des traits  rapproché,  éloigné est remise en
question, comme c’était le cas il y a longtemps pour voici  voilà,
notamment par Smith1 (1995 : 52, 53) :

Reste un problème. Le même changement sémantique et pragmatique qui s'est


opéré dans le cas de ici et de là est vraisemblablement intervenu dans les
sous-systèmes déictiques congénères. Ainsi, on constate une évolution
analogue des rapports entre voici et voilà, ceci et cela, celui-ci et celui-là,
ce... -ci et ce... -là.
Foulet2 (1954 : 454) termine sa discussion du « bouleversement » des rapports
entre ici et là en observant :
Ce fait n'est du reste pas particulier à là : tous les composés qu'il nous a
donnés sont animés du même esprit de conquête. Voici pâlit devant voilà, et
nos grammaires se donnent beaucoup de mal pour maintenir entre ces deux
mots une distinction que les grammairiens même ne sont pas toujours sûrs
d'observer sans un moment de réflexion. Ceci paraît déjà recherché et même à
l'occasion affecté à côté de cela.

1 Smith John Charles. (1995) « L'évolution sémantique et pragmatique des adverbes déictiques ici, là et là -bas. »
In : Langue française, n°107, 1995. Synchronie et diachronie: du discours à la grammaire. pp. 43-57.
2 Foulet, L. (1954) : « L'effacement des adverbes de lieu : II — ici, là et leur groupe », in Romania 75

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1.6.3. Attribut (SA)

Cet emploi est rare ; il appartient au registre soutenu ou littéraire.

Étant donné la phrase :

(4) Le problème est pourquoi il est parti.

[Le problème est [pourquoi il est parti]]


P1 SN1 V P2 M SP SN1 V

Elle est constituée de deux phrases sous-jacentes :

P1 Le problème est (ceci).


SN1 V SA (syntagme adjectival)

P2 Pourquoi est-il parti ?


SP SN1 V

Application de la T° d’enchâssement de P2 dans le SA (syntagme


adjectival)  de P1 (en rétablissant l’ordre des constituants par la
suppression de l’inversion simple).

1.7. Notes relatives au verbe de la phrase matrice

Ce verbe traduit une demande du locuteur à l’allocutaire. Cette demande


d’information peut être indiquée par les verbes demander, s’interroger,
vouloir (aimer) savoir, etc. comme elle peut l’être par le biais des verbes
qui sont décrits traditionnellement comme étant une expression de doute

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e.g. ne pas savoir, se demander, mais qui ne sont en vérité que des
verbes comme les premiers avec cette différence qu’ils ne sont pas plus
directs que les autres. Cela est dû aux stratégies communicatives du
locuteur et de l’allocutaire.
Cette demande d’information peut être formulée à l’aide de verbes qui
sont à l’origine déclaratifs (mais le contexte leur donne le sens
interrogatif).

1.8. Modes et temps dans les constructions enchâssées


interrogatives (indirectes)

Concernant les modes, on constate que c’est le mode indicatif qui est
utilisé la plupart du temps dans les interrogatives indirectes.
C’est surtout la question des temps qui mérite d’être étudiée.
Les règles dites de concordance des temps permettent d’employer les
temps appropriés dans les interrogatives indirectes :

Je veux savoir ce que tu lis (liras, as lu, lisais).


Verbe support au présent

J’ai voulu savoir ce que tu lisais (lirais, avais lu)


Verbe support au passé

Conclusion

La T° d’enchâssement, dans le cas de l’interrogation indirecte, opère à


partir de deux phrases de base P1 et P2 ; cette dernière doit être une
interrogation directe totale (oui-non question) ou partielle (qu-question)
qui est enchâssée, en général, dans le SN2 de P1.

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Cette transformation est appelée généralisée étant donné qu’elle


s'applique à deux phrases de base représentées graphiquement par
deux indicateurs sous-jacents. Ainsi, comme le montre Dubois 3 (1969 :
52 ) :

La transformation dite généralisée consiste à dériver un indicateur


syntagmatique unique (une phrase) de deux indicateurs singuliers (deux
phrases de base) par des procédures diverses, celles-ci pouvant être
ordonnées différemment.

3Dubois, J. 1969. « Grammaire générative et transformationnelle. » In: Langue française, n°1. La syntaxe. pp.
49-57.