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SUPPLÉMENT DE 16 PAGES Mardi 31 mars 2015 ­ 71 e année ­ N o

SUPPLÉMENT DE 16 PAGES

SUPPLÉMENT DE 16 PAGES Mardi 31 mars 2015 ­ 71 e année ­ N o 21835
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SUPPLÉMENT DE 16 PAGES Mardi 31 mars 2015 ­ 71 e année ­ N o 21835
Mardi 31 mars 2015 ­ 71 e année ­ N o 21835 ­ 2,20 €
Mardi 31 mars 2015 ­ 71 e année ­ N o 21835 ­ 2,20 € ­ France métropolitaine ­ www.lemonde.fr ―
Fondateur : Hubert Beuve­Méry

LA DROITE VICTORIEUSE, SARKOZY CONFORTÉ

En gagnant

67

départements, dont

28

enlevés à la gauche,

l’UMP et l’UDI sortent vainqueurs des départementales

Le FN ne remporte aucun département. Arrivé en tête dans 43 collectivités au premier tour, il ne fait élire «que» 62 conseillers sur 4 108

Le PS essuie une troisième défaite après les municipales et les européennes de 2014, mais l’exécutif ne changera pas de cap

L’Essonne, fief de Valls mais présidée par le frondeur Jérôme Guedj, bascule à droite

Sarkozy juge avoir pris l’avantage sur Juppé pour 2017

LIRE PAGES 2 À 12 ET NOTRE CAHIER RÉSULTATS

pour 2017 → LIRE PAGES 2 À 12 ET NOTRE CAHIER RÉSULTATS L’ALTERNANCE, UNE LONGUE MARCHE

L’ALTERNANCE, UNE LONGUE MARCHE POUR NICOLAS SARKOZY

LIRE PAGE 31

MAJORITÉ DÉPARTEMENTALE ? Pas-de-Calais Bascule à droite Election du président du conseil départemental
MAJORITÉ DÉPARTEMENTALE
?
Pas-de-Calais
Bascule à droite
Election du président
du conseil départemental
indécise
Nord
Bascule à gauche
Somme
?
Seine-
Ardennes
Manche
Maritime
Aisne
Oise
Calvados
Meuse
Moselle
Val-d’Oise
Marne
Yvelines
Eure
Bas-
Meurthe-
Orne
Rhin
et-Moselle
Seine-
Côtes-d'Armor
Eure-et- Essonne
Finistère
et-Marne
Loir
Aube
Haute-
Vosges
Ille-et- Mayenne
Marne
Vilaine
Haut-
Morbihan
Sarthe
Loiret
Rhin
Yonne
Haute-
Saône
Loir-et-
Loire-
Atlantique
Cher
Maine-
Côte-d'Or
et-Loire
Indre-et-
Nièvre
Loire
Doubs
Territoire
Cher
de Belfort
Indre
Vendée
Vienne
Saône-et-
Jura
Saint-Denis
Deux-
Loire
Sèvres
Haute-
Allier
Savoie
Rhône
Charente-
Val-de-Marne
Ain
Maritime
Haute- Creuse
Loire
Vienne
Puy-de-Dôme
Charente
Savoie
Corrèze
La Réunion
Dordogne
Haute- Isère
Cantal
Loire
Guyane
Hautes-
Gironde
Ardèche
Alpes
Lot
Drôme
Lot-et-
?
Garonne
Lozère
Mayotte
?
Aveyron
?
Alpes-de-
Alpes-
Haute- Maritimes
Landes
Tarn-et-
Gard
Provence
Garonne
Martinique
Vaucluse
Tarn
Gers
Hérault
Haute-
Garonne
Var
Haute-
Corse
Aude
Bouches-du-Rhône
Hautes-
Guadeloupe
Pyrénées- Pyrénées
Ariège
Corse-
Atlantiques
du-Sud
Pyrénées-
Orientales

Hauts-

de-Seine

Atlantiques du-Sud Pyrénées- Orientales Hauts- de-Seine «L’empire du sultan » s’expose à Bruxelles CULTURE Le

«L’empire du sultan » s’expose à Bruxelles

CULTURE

Le Palais des beaux­arts de Bruxelles présente une riche ex­ position, retraçant les relations entre l’Europe de la Renaissance et le monde ottoman. Peintures, gravures, armures, automates Les relations artistiques sont alors indissociables des relations diplomatiques, économiques ou militaires. Les artistes européens considèrent alors l’Empire otto­ man comme une puissance égale, voire supérieure, aux puis­ sances chrétiennes occidentales. On sent l’admiration, mais aussi l’inquiétude et la peur inspirées par ce puissant empire.

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“- Allo patron ? - Oui, alors ? - Regardez en page 5 !”
“- Allo patron ?
- Oui, alors ?
- Regardez
en page 5 !”

INTERNATIONAL

LA LIGUE ARABE CRÉE UNE FORCE ANTI-TÉHÉRAN

par hélène sallon

L e projet de force militaire interarabe, maintes fois re­ misé, voit le jour. Les 21 di­

rigeants de la Ligue arabe – sauf la

Syrie – se sont mis d’accord sur sa création, dimanche 29 mars, à Charm El­Cheikh, en Egypte. Depuis plusieurs mois, le prési­ dent égyptien, Abdel Fattah Al­ Sissi, insistait sur la nécessité de créer une force militaire régio­

nale afin de « faire face aux mena- ces sans précédent pour l’identité arabe» que «constituent les grou- pes terroristes ». Mais ce n’est pas tant l’expansion de l’Etat islami­ que qui a fait l’unité autour de ce projet que la crainte de voir le ri­ val iranien étendre son influence dans la région, et notamment au Yémen.

LIRE PAGE 13

LE REGARD DE PLANTU

notamment au Yémen. → LIRE PAGE 13 LE REGARD DE PLANTU PYRAMIDE présente Un grand mélodrame
PYRAMIDE présente Un grand mélodrame à la japonaise LIRE Festival de BERLIN OURS D’ARGENT PRIX
PYRAMIDE présente
Un grand mélodrame à la japonaise LIRE
Festival de BERLIN
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PRIX D’INTERPRÉTATION FÉMININE
Festival Kinotayo
SOLEIL D’OR
DU MEILLEUR FILM
un ilm de YOJI YAMADA
AU CINÉMA LE 1 ER AVRIL

2 | les élections départementales

0123

MARDI 31 MARS 2015

Nicolas

Sarkozy,

président

de l’UMP,

au siège

du parti,

dimanche

29 mars,

après

l’annonce

des résultats

du second

tour.

JEAN-LUC LUYSSEN POUR « LE MONDE »

du second tour. JEAN-LUC LUYSSEN POUR « LE MONDE » Sarkozy fait sienne la victoire de

Sarkozy fait sienne la victoire de l’UMP

Avec 67 départements, dont 28 enlevés à la gauche, la droite sort grand vainqueur du scrutin

L a droite a transformé l’es­ sai. Après être arrivée en tête du premier tour, l’UMP, alliée à l’UDI, est

sortie largement victorieuse du second tour des élections dépar- tementales, dimanche 29 mars. Elle est parvenue à inverser le rap- port de force avec la gauche, en lui reprenant 28 départements, ce qui lui permet d’en contrôler dé- sormais 67 sur 101. Soit deux sur trois. La vague bleue est bien réelle : en un scrutin, la droite a re- pris tous les territoires qu’elle avait perdus depuis les cantonales de 1998. « Jamais, sous la V e Répu- blique, notre famille politique n’avait gagné autant de départe- ments », s’est réjoui Nicolas Sarkozy, y voyant un « désaveu sans appel » pour le gouverne- ment. Signe de l’ampleur de la vic- toire : la droite a réussi à conqué- rir des bastions historiques de la gauche qu’elle croyait imprena- bles, comme le Nord et la Seine- Maritime ; les Côtes-d’Armor, que le PS dominait depuis trente-neuf ans, ou les Bouches-du-Rhône, so- cialistes depuis 1953. Deux prises de guerre symboliques donnent de l’éclat à son succès : la Corrèze, terre d’élection du président, François Hollande, et l’Essonne, fief du premier ministre, Manuel Valls. Autres terres de gauche

tombées dans l’escarcelle du bloc UMP-UDI : l’Isère, les Deux-Sè- vres, la Charente, le Cher, l’Indre- et-Loire, les Pyrénées-Atlantiques ou l’Allier, un des deux derniers départements gérés par le Parti communiste.

« Couverture »

L’ancien chef de l’Etat n’a pas manqué de présenter cette réus- site comme la préfiguration d’une victoire de son camp en 2017. « Ces résultats dépassent de très loin la considération locale. Les Français ont massivement rejeté la politique de François Hollande et de son gouvernement », a-t-il estimé, avant de lancer : « L’espoir renaît pour la France. L’alternance est en marche, rien ne l’arrêtera. » Com- prendre : rien ne l’arrêtera sur la route de l’Elysée. Pour ses proches, le président de l’UMP peut légiti- mement se prévaloir du succès après s’être investi à fond dans la campagne. « C’est une victoire col- lective, mais aussi la victoire de Ni- colas Sarkozy », souligne ainsi le directeur général du parti, Frédé- ric Péchenard. Ses rivaux, eux, ne l’entendent pas ainsi. « Personne ne peut tirer la couverture à soi », déclare Bruno Le Maire au Monde, en préconisant de ne « pas faire preuve de triom- phalisme ». « Nous avons beaucoup déçu dans le passé. Le chemin qu’il

Pas de répit sur le front des affaires

Après la victoire électorale de son parti aux élections départe- mentales, les semaines qui viennent s’annoncent plus délicates pour Nicolas Sarkozy sur le front des affaires. L’ancien chef de l’Etat est convoqué mardi 31 mars par les juges dans l’affaire des pénalités réglées par l’UMP, après l’invalidation de ses comptes de campagne de 2012. Dans l’affaire des écoutes, la justice dira le 7 mai si elle annule ou non les écoutes des conversations, qui ont conduit à sa mise en examen pour « corruption active ». Quant à l’enquête autour de l’affaire Bygmalion, M. Sarkozy pourrait être entendu par les juges après la mise en examen de l’ex-patron de l’UMP, Jean-François Copé, le 3 février.

RÉSULTATS NATIONAUX AU SECOND TOUR DES ÉLECTIONS DÉPARTEMENTALES PAR ÉTIQUETTE POLITIQUE

DES ÉLECTIONS DÉPARTEMENTALES PAR ÉTIQUETTE POLITIQUE EN NOMBRE DE VOIX EN NOMBRE DE SIÈGES 266 896

EN NOMBRE DE VOIX

DÉPARTEMENTALES PAR ÉTIQUETTE POLITIQUE EN NOMBRE DE VOIX EN NOMBRE DE SIÈGES 266 896 Front de

EN NOMBRE DE SIÈGES

266

896

266 896 Front de gauche 76

Front de gauche

76

100 413

PCF

26

0

Parti de gauche

0

2 938 503

100 413 PCF 26 0 Parti de gauche 0 2 938 503 1 668 518 788

1 668 518

788 095 64 110 29 888 48 038 39 078
788 095
64
110
29
888
48 038
39 078

5 089 816

1 596 210 1 270 634 247 715 9 797 4 108 404 12 851
1 596 210
1 270 634
247 715
9 797
4 108 404
12 851
97 254

PS

PS-union de la gauche

Divers gauche

PRG

EELV

MoDem

UDI-MoDem

UMP-UDI

UMP

Divers droite

UDI

Debout la France

Front national

Extrême droite

Divers

nous reste pour incarner l’alterna-

tive est considérable », prévient-il.

« L’UMP porte désormais une res-

ponsabilité très lourde, celle de con- duire un projet d’alternance », abonde François Fillon, pour qui la victoire ne revient pas seulement à M. Sarkozy mais est « d’abord » due à « la défaite de la gauche » et au « succès » des candidats UMP

« engagés sur le terrain ». Même

prudence chez le maire de Tour- coing, Gérald Darmanin, pourtant

un protégé de l’ex-chef de l’Etat :

« On n’a pas encore gagné la prési-

dentielle, car seul un électeur sur deux a voté, et l’électorat populaire ne nous fait pas encore confiance. » Les soutiens du président de l’UMP, eux, ne s’embarrassent pas de ces nuances. Pour eux, leur can- didat a marqué un point décisif

face à ses concurrents internes dans la perspective de la primaire à

droite pour la présidentielle de 2017. Et en premier lieu face à son principal rival : « Nicolas Sarkozy a pris un avantage indéniable face à Alain Juppé », juge le sénateur Pierre Charon. Sauf qu’en rassem- blant son camp et ses alliés centris- tes pour le scrutin départemental,

afin de présenter des candidats communs dans un maximum de cantons, M. Sarkozy a en fait adopté la stratégie d’alliance de la

droite et du centre préconisée par le maire de Bordeaux. Ce dernier n’a pas manqué de le souligner di- manche soir, en saluant « la vic- toire de l’alliance UMP-UDI-Mo- Dem » qu’il prône. Une manière de revendiquer une part de la vic- toire. En retour, les sarkozystes

soulignent qu’en Gironde, le dé- partement de M. Juppé, les candi- dats d’union de la droite (UMP- UDI-MoDem) ont été devancés par

la gauche. « Le problème de Juppé,

c’est qu’il met un mot de trop dans l’alliance droite-centre : le MoDem.

Nous, on est plus sur la stratégie d’unité UMP-UDI », remarque l’un d’eux. Quant au positionnement poli- tique, le camp Sarkozy est con-

vaincu que ce succès valide la li-

gne « à droite toute » du président

de l’UMP. « Il apparaît ainsi

comme le seul barrage face au FN,

selon M. Charon. Cela le rend cré- dible pour incarner l’alternance. » « La victoire montre que sa straté- gie de parler des sujets de préoccu- pation sans tabous est la bonne », renchérit le député Sébastien Huyghe. La manière dont l’UMP a

résisté au FN dans le Var, dans le Vaucluse ou dans l’Aisne en serait

la démonstration, selon eux.

« Eau tiède »

Pendant la campagne, M. Sarkozy s’est montré très offensif contre Marine Le Pen, tout en reprenant ouvertement des thématiques traditionnelles de l’extrême droite. « Se situer dans une opposi- tion frontale au FN nous permet de nous libérer sur les idées, pour avoir une droite qui ne soit pas un filet d’eau tiède », explique le se- crétaire général de l’UMP, Laurent Wauquiez. Autrement dit, assu- mer les valeurs d’une « droite dé- complexée », qui érige les théma- tiques identitaires et régaliennes (immigration, sécurité, laïcité) comme des priorités, afin de sur- fer sur l’islamophobie rampante dans la société. C’est dans cet es- prit que M. Sarkozy a proposé d’interdire le voile à l’université et les menus de substitution dans les cantines scolaires, ce qui lui a valu d’être critiqué au sein même de son camp, en particulier par

« Seul un électeur sur deux a voté, et l’électorat populaire ne nous fait pas encore confiance »

GÉRALD DARMANIN

maire UMP de Tourcoing

son ex-conseiller Henri Guaino, qui lui a reproché de dresser « les Français les uns contre les autres » en stigmatisant les musulmans. Mais pour la majorité des sarko- zystes, le débat sur la ligne à adop- ter pour 2017 est tranché : il con- vient de suivre la même stratégie que celle employée lors de la cam- pagne ultra-droitière de 2012, sous l’influence de Patrick Buis- son, l’ex-conseiller de M. Sarkozy venu de l’extrême droite. « La li- gne populaire est celle qui fonc- tionne », résume Brice Hortefeux. « Cela marche très bien, donc on n’a pas le choix : il faut continuer dans cette direction et siphonner les électeurs du FN, comme on l’a fait en 2007. Mais cette fois, il faut même aller plus loin pour être cru », préconise M. Charon. Une stratégie fortement contes- tée par M. Juppé, convaincu qu’une ligne « à droite toute » fait « le jeu du FN ». Idem pour M. Fillon. « La stratégie qui con- siste à siphonner le FN, on l’a suivie en 2007, mais c’est comme les allu- mettes, cela ne marche qu’une fois », met en garde un de ses pro- ches. Ses rivaux soulignent que, à trop se déporter sur sa droite, M. Sarkozy risque de se couper de l’électorat du centre pour 2017. Qui lui avait déjà manqué en 2012, avec le résultat que l’on sait. p

alexandre lemarié

0123

MARDI 31 MARS 2015

les élections départementales | 3

MARDI 31 MARS 2015 les élections départementales | 3 Jean-René Lecerf, le tombeur du PS dans
MARDI 31 MARS 2015 les élections départementales | 3 Jean-René Lecerf, le tombeur du PS dans
MARDI 31 MARS 2015 les élections départementales | 3 Jean-René Lecerf, le tombeur du PS dans

Jean-René Lecerf, le tombeur du PS dans le Nord

Le sénateur UMP devrait être élu, jeudi 2 avril, président du conseil départemental. La gauche le dirigeait depuis 1998

Le candidat

victorieux

de la droite, Alain Cadec, et le député UMP, Marc Le Fur (à gauche),

à Saint-

Brieuc, le 29 mars.

ALAIN GUILHOT/ DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

lille - correspondance

D ix-sept ans qu’il usait les

sièges de l’opposition dans l’hémicycle du con-

seil général du Nord. A 63 ans, Jean-René Lecerf, qui est aussi sé- nateur UMP, a la victoire teintée de modestie car, depuis 1998, il ne comptait plus les soirées de défai- tes électorales aux élections can- tonales : « Depuis le temps que je courais après ce département, il fallait bien que je le rattrape un

« Depuis le temps que je courais après ce département, il fallait bien que je le rattrape un jour ou l’autre ! »

JEAN-RENÉ LECERF

sénateur UMP

tendances confondues. Jean-René Lecerf, plus proche de Gérard Lar- cher, Jean-Pierre Raffarin ou Alain Juppé que de Laurent Wauquiez ou Eric Ciotti, n’est pas un adepte de la droite dure. Il ironisait d’ailleurs dimanche soir sur les appels téléphoniques quotidiens de Nicolas Sarkozy depuis trois jours. « Il y avait un moment qu’il ne m’avait pas appelé. Je lui ai dit :

“Nicolas, le ni-ni, ce n’est pas mon truc.” C’est un problème de cons- cience et d’intime conviction. »

Des

militantes

UMP

au siège

du parti,

dimanche.

JEAN-LUC LUYSSEN POUR « LE MONDE »

jour ou l’autre ! », dit-il sous forme de boutade. Accueilli dimanche 29 mars à 22 h 20 par les applaudissements de centaines de militants UMP et UDI réunis dans la salle du Gym- nase à Lille, Jean-René Lecerf cite au micro le nom de quelques can- tons victorieux qui ont permis le basculement du département à droite. Armentières, Bailleul, Douai, Dunkerque-2, Fourmies, Lille-1, Maubeuge, Roubaix-1, Tourcoing-1 et 2, Valenciennes… L’Union pour le Nord a remporté 26 cantons sur les 41 en jeux. Après avoir perdu les villes de Tourcoing et Roubaix aux élec- tions municipales, en mars 2014, puis la communauté urbaine de Lille, le Parti socialiste essuie un nouveau revers. Seule poche de résistance, la ville de Lille intra- muros réalise de très bons scores

essuie un nouveau revers. Seule poche de résistance, la ville de Lille intra- muros réalise de
essuie un nouveau revers. Seule poche de résistance, la ville de Lille intra- muros réalise de
essuie un nouveau revers. Seule poche de résistance, la ville de Lille intra- muros réalise de
essuie un nouveau revers. Seule poche de résistance, la ville de Lille intra- muros réalise de
essuie un nouveau revers. Seule poche de résistance, la ville de Lille intra- muros réalise de
essuie un nouveau revers. Seule poche de résistance, la ville de Lille intra- muros réalise de

à gauche.

« Ma spécificité »

Elu atypique, particulièrement sensible à la question carcérale, Jean-René Lecerf a toujours fait entendre sa différence au sein de sa famille politique. Il est ainsi le seul à avoir soutenu la réforme pénale de la ministre de la justice Christiane Taubira. Aux élections sénatoriales de septembre 2014, il

n’avait pas été investi par l’UMP, ce qui ne l’a pas empêché de con- server son poste. « Pour les dépar- tementales, l’UMP a accepté mon leadership, sans que les choses ne soient trop compliquées, donc ils connaissent ma spécificité, ils l’ac- ceptent. C’est peut-être la richesse d’un mouvement politique que de constituer une forme de rassem- blement. » L’approche humaniste du futur président du conseil général du Nord est-elle compatible avec la

ver aux habitants du Nord que « l’on peut gérer autrement ». Il a neuf mois avant les élections régionales pour « donner envie ». Et l’assure : « On va se mettre au boulot tout de suite. Le bouche-à- oreille va fonctionner et les gens vont dire : “On n’est pas condamné

à vivre de l’assistanat.” Il n’y a pas 30 % de “fachos” dans le Nord, mais des gens en désespoir qui ne croient plus en la politique. » Le programme de Jean-René Le- cerf : restaurer une saine situa- tion financière. Avant de songer à répartir les richesses, il faut les créer, aime-t-il répéter aux socia- listes qui craignent la remise en cause des politiques volontaris-

tes. « Il y a des politiques que je vais supprimer mais surtout je vais gé-

rer autrement le RSA, l’aide sociale

 

à

l’enfance, etc. Je vais diminuer la

jeune génération représentée par

laurie moniez

 

« Gérer autrement »

masse salariale pour retrouver des

le député et maire de Tourcoing

Jean-René

« L’alternance n’est pas un événe-

marges financières et rétablir l’in-

Gérald Darmanin, chargé des

Lecerf

ment historique, commente Jean-

vestissement. » Et pour lutter con-

élections à l’UMP ? « Je n’ai pas

(UMP),

René Lecerf, conseiller général de-

tre le Front national, il compte

l’impression d’être moins républi-

probable

puis 1988. Cela apporte de l’oxy-

faire reculer la misère, le chômage

cain que Jean-René Lecerf quand je

futur

gène, des idées nouvelles. Je serais

et les discriminations.

suis sur la ligne du ni-ni, par exem-

président

heureux que Patrick Kanner reste

Mais avant cela, il lui faut former

ple, répond M. Darmanin. Et l’idée

du conseil

ministre afin qu’il puisse contri-

une équipe. Avec 15 postes de vice-

n’est pas de remplacer les vieux par

départe-

buer à ouvrir des portes dans l’inté-

présidents à pourvoir au conseil

des jeunes. »

mental

rêt des populations du Nord. »

départemental, le bal des préten-

Le sénateur confirme qu’il

du Nord

L’élu UMP tend la main à « tou-

dants a déjà commencé. Le poste

amène une nouvelle génération

à

Lille,

tes les bonnes volontés » et in-

de premier vice-président est

pour les prochaines échéances

dimanche

siste : « Je n’ai pas de revanche à

d’ores et déjà réservé à Christian

électorales : « On a essayé d’asso-

29 mars.

prendre, nous sommes là pour

Poiret, élu sans étiquette, sym-

cier l’expérience et la jeunesse pour

JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/ FRENCH POLITICS POUR « LE MONDE »

faire en sorte que les gens croient à nouveau en la politique. » Il compte d’ailleurs faire du dépar- tement un laboratoire pour prou-

bole de la lutte contre le chômage dans le Douaisis. Pour le reste, il va falloir composer entre les élus centristes et les élus UMP, toutes

ces départementales. Cela nous a pas mal réussi. Je crois qu’on a fait du bon travail. » p

«Le FN n’est pas encore une machine de second tour»

Le politologue Gaël Brustier analyse la forte poussée de la droite aux départementales

ENTRETIEN

G aël Brustier, politologue, est membre de l’Observa- toire des radicalités poli-

tiques de la Fondation Jean-Jau- rès. Il a notamment publié Voyage au bout de la droite (avec Jean-Phi- lippe Huelin, Fayard - Mille et une

nuits, 2011).

Quelle est la leçon du second tour des départementales ? Ce qui me frappe le plus, c’est le phénomène de dénationalisation du PS. Ce parti disparaît d’un pan du territoire : il n’a plus d’élu en Haute-Savoie ou dans le Var. Au ni- veau national, la gauche compte moins d’électeurs qu’en 1992, sa pire année aux départementales. Elle revient au niveau de 1998, en nombre de départements gérés. Cette défaite efface quinze ans de gouvernance locale. Pour autant, le PS s’en tire bien dans certains endroits : il garde des bastions dans le Sud-Ouest (le Lot-et-Ga- ronne et la Gironde) et dans les grandes agglomérations. A Angers par exemple, la gauche gagne qua- tre cantons sur cinq, malgré sa dé- faite aux municipales.

Comment expliquez-vous la large victoire de la droite ?

L’UMP est considérée par les électeurs de droite et d’extrême droite comme le seul parti crédi- ble pour exercer le pouvoir local et national en France. Cela veut dire que l’on est moins dans un tripartisme que dans une triparti- tion avec la constitution d’un oli- gopole droitier, où le FN réalise des scores impressionnants au premier tour, et où l’UMP rafle la mise au second. Pour une raison simple : le FN n’est pas encore perçu par les électeurs comme l’équivalent de l’UMP en matière d’exercice du pouvoir.

Le résultat du second tour achève donc l’idée d’un tripar- tisme, selon vous ? Un tripartisme signifierait que l’on aurait une répartition des pouvoirs équilibrée entre trois grands partis au pouvoir. Or, s’il a élargi sa base électorale et a pro- gressé de manière spectaculaire au premier tour, le FN n’est pas encore une machine de second tour. Il pensait par exemple rem- porter l’Aisne et le Vaucluse, mais échoue finalement. Au second tour, il perd même le seul canton qu’il détenait, celui de Brignoles dans le Var, et se fait battre au Luc, alors qu’il dirige cette commune. Le seul endroit où le FN progresse

réellement se trouve dans le bas- sin minier, autour d’Hénin-Beau- mont (Pas-de-Calais). C’est bien un oligopole droitier qui est en train de naître… au bénéfice, pour l’heure, de l’UMP.

Quelle est l’ampleur de la vic- toire de la droite ? C’est une victoire massive. Elle revient au niveau qui était le sien au milieu des années 1990. Elle en- registre ce succès après un pre- mier tour qui était plutôt décevant pour elle en termes de voix : elle avait fait autour de 36 % au pre- mier tour, au-dessus de 2011, qui avait été un fort mauvais cru pour elle, mais très en dessous de la moyenne qu’elle avait enregistrée lors des cantonales depuis 1985.

Nicolas Sarkozy a-t-il réussi à contenir le FN ? Non, car cela reviendrait à dire qu’il a fait baisser le nombre d’électeurs du FN. Or, celui-ci n’en a jamais compté autant pour des départementales. On ne peut pas dire que M. Sarkozy a freiné la pro- gression du FN, car, avec la créa- tion du « ministère de l’immigra- tion et de l’identité nationale », son discours de Grenoble en 2010 ou sa campagne de 2012, il en cré- dibilise les idées. En même temps,

il sape la crédibilité du FN comme parti de gouvernement en établis- sant que seule l’UMP peut gouver- ner des mairies, des départe- ments, des régions et le pays. On observe les effets de cette straté- gie dans le Var, le Vaucluse ou l’Aisne, où l’UMP a bien résisté face au FN.

Sa stratégie à droite toute a-t-elle porté ses fruits ? Aujourd’hui, il y a une fusion tendancielle des électorats de droite et d’extrême droite, ainsi qu’une radicalisation parallèle.

Partant de ce constat, M. Sarkozy envoie tous les signaux pour que la porosité avérée entre le FN et l’UMP se fasse au bénéfice de son parti et non au profit du FN. La question est de savoir quelle sera la refondation idéologique de l’UMP. M. Sarkozy va être encou- ragé à poursuivre dans une straté- gie qui parie sur la fusion et la radi- calisation des électorats de droite et d’extrême droite. Une inconnue demeure : le centre parviendra- t-il à s’autonomiser par rapport à l’UMP et présentera-t-il un candi- dat au premier tour en 2017 ? Si c’est le cas, cela peut hypothéquer les chances de victoire de la droite

à la présidentielle. p

propos recueillis par al. le.

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4 | les élections départementales

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MARDI 31 MARS 2015

A Marseille, l’UMP qui détrône Jean-Noël Guérini

Avec Martine Vassal, la droite remporte une victoire historique dans les Bouches-du-Rhône

marseille - correspondant

J oyeux anniversaire, Mar-

tine ! » Dominique Tian, pre­

mier adjoint à la mairie de

Marseille, député UMP et

seul élu à lui avoir jamais cédé son mandat – c’était en 2002, pour la faire entrer au conseil gé- néral –, l’embrasse avec tendresse. Martine Vassal, 53 ans ce diman- che 29 mars, vient de réaliser, à la tête des binômes UMP-UDI, un exploit aussi historique qu’inédit :

donner à la droite les commandes de l’assemblée départementale des Bouches-du-Rhône. Un fief de gauche depuis sa création. Une forteresse guériniste depuis 1998. « Nous avons remporté 16 can- tons sur 29. Nous avons donc 32 élus, soit la majorité absolue. C’est la fin de l’ère Guérini ! », tonne- t-elle, deux heures après la clôture des bureaux à Marseille, entourée d’Arlette Fructus, la patronne de l’UDI locale, et de Bruno Gilles, se- crétaire départemental de l’UMP. Emue et visiblement épuisée, Martine Vassal tient à mettre fin à un suspens que seuls les derniers partisans du président sortant, Jean-Noël Guérini, entretiennent depuis leur fiasco du premier tour.

« Un changement de mentalité »

Dans les locaux bondés de la fédé- ration UMP des Bouches-du- Rhône, l’intervention déclenche une ovation. Des cris, puis un inat-

tendu « Joyeux anniversaire ! », re- pris en chœur par les militants.

« Martine, on l’adore », s’enflamme

la conseillère municipale UMP Ca- therine Chantelot, suppléante sur le canton Marseille-11. « Je vous donne rendez-vous jeudi », lâche

« Martine » en tentant de quitter la

fédération. Jeudi 2 avril, date de l’élection à la présidence de l’as- semblée départementale. Une consécration qu’elle considère comme acquise : « L’alternance est en marche, nous sommes majori- taires en conseillers départemen- taux, insiste-t-elle. Ce sera un chan- gement de mentalité pour les Bou- ches-du-Rhône, une volonté de transparence là où il y avait du clientélisme. »

de transparence là où il y avait du clientélisme. » Martine Vassal, à la fédération UMP

Martine Vassal, à la fédération UMP des Bouches-du-Rhône, célèbre sa victoire, dimanche 29 mars. FRANCE KEYSER/MYOP POUR « LE MONDE »

Femme, Marseillaise, issue des

quartiers bourgeois de la ville-cen- tre et partisane de la très décriée métropole Aix-Marseille… Même aux yeux de son propre camp, Martine Vassal ne semblait pas la

candidate idéale pour partir à la conquête du département. « C’est celle qu’on a choisie », bougonnait Jean-Claude Gaudin quand on lui demandait son avis sur la désigna- tion de cette quinqua élégante et accessible, sans mandat national et propulsée là dans son pre- mier grand combat politique. Sur un territoire très méditerra- néen, où le président sortant mi- naudait des « ma candidate » pour désigner sa colistière, M me Vassal

savait qu’elle partait avec certains handicaps. « Sans la loi sur la pa- rité, je n’aurais jamais eu les délé- gations que j’ai obtenues », expli- que-t-elle régulièrement. Durant la campagne de ces départemen- tales, Martine Vassal a maintenu l’union des droites, ralliant l’UDI à sa cause. Dans son canton Mar- seille-10, elle forme un binôme victorieux avec le maire du 5 e sec- teur, Lionel Royer-Perreaut, pro- che de Guy Teissier, le meilleur ri- val de Gaudin. Elle a surtout ba- taillé ferme sur le double sujet épi- neux de la métropole et des aides aux communes, fers de lance de la campagne de son principal adver- saire. Sur la première, l’élue mar-

« Sans la loi sur la parité, je n’aurais jamais eu les délégations que j’ai obtenues »

MARTINE VASSAL

élue UMP

seillaise, soupçonnée d’hégémo- nie, a promis de « laisser toute leur place aux autres communes ». Pour les secondes, elle a confirmé

qu’elle ne toucherait pas aux gé- néreuses conventions de finance- ment signées par Jean-Noël Gué-

rini. A l’image de son mentor Jean- Claude Gaudin, M me Vassal préfère

« les solutions négociées aux af-

frontements épuisants ». Face au Front national, qui n’ob- tient finalement qu’un seul can- ton – Berre-l’Etang – tout en res-

tant, en électeurs, le premier parti des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal a tenu un discours variable. Floue avant le premier tour pour ménager un éventuel accord de gouvernance en cas de majorité relative, elle s’est alignée sur le « ni-ni » entre les deux tours.

« Notre ennemi est le Front natio-

Face au FN, qui n’obtient qu’un canton, Martine Vassal a tenu un discours variable

nal, mais il ne faut pas oublier qu’ici les candidats socialistes sont guérinistes », justifie-t-elle alors. Dimanche, en laissant se mainte- nir un binôme UMP-UDI dans la triangulaire de Berre, M me Vassal a directement aidé à l’élection des deux seuls conseillers départe- mentaux frontistes et plombé un peu plus les alliés de M. Guérini. Entrée en politique en 2001, lors de la deuxième campagne victo- rieuse du sénateur et maire de Marseille, cette ancienne chef d’entreprise, active dans les orga- nisations patronales, a grandi à l’ombre protectrice de Jean-Claude Gaudin. En 2013, elle faisait partie de ceux du premier cercle, qui ont convaincu le vieux leader UMP, qu’elle appelle toujours respec- tueusement « M. le Maire », de rempiler pour un quatrième man-

dat… Après la victoire, elle est deve- nue la numéro trois dans l’organi- gramme municipal, adjointe char- gée des relations internationales. Seule ombre au tableau pour

M me Vassal, l’apparition de son

nom dans le rapport de la Cour des comptes sur les marchés d’at- tribution de l’eau par la commu- nauté urbaine Marseille Provence

Métropole. Les juges financiers s’interrogent sur un potentiel

conflit d’intérêts. Alors qu’une en- quête préliminaire a été ouverte

le 12 janvier par le parquet natio-

nal financier, la future présidente du département des Bouches-du- Rhône s’est déclarée « sereine » :

« Ce sont les services de Marseille

Provence Métropole qui ont mené l’analyse, et nous avons suivi leurs préconisations », a-t-elle expliqué alors. p

gilles rof

L’HISTOIRE DU JOUR En Corrèze, la droite referme la parenthèse Hollande

L a Corrèze a chuté lourdement, dimanche soir, et le bruit de la défaite dans le département du président de la Ré- publique prend une résonance particulière. Après l’avoir

emporté par une voix d’avance en 2008, puis s’être maintenu

de justesse en 2011, François Hollande s’y était résolu. Mais il n’avait pas escompté tel écart. Ses amis, sur place, ne conser- vent que six cantons. Il n’y aura donc que douze conseillers PS à l’hôtel Marbot de Tulle, siège de la future assemblée, contre vingt-six pour la droite, qui s’empare de treize cantons. C’en est donc fini de l’ère Hollande, ou plutôt de la parenthèse, dans un département où la droite a longtemps exercé le mono- pole du pouvoir, depuis l’élection de Jacques Chirac à la présidence en 1970.

Celle-ci avait déjà empoché qua- tre cantons au premier tour. C’est Pas- cal Coste, syndicaliste agricole, qui de- vrait être le prochain président du fu- tur exécutif. « La Corrèze a compris qu’il ne fallait plus tout attendre d’un président providentiel », indiquait di-

manche soir M. Coste, qui a mené une campagne centrée sur le bilan national et local de M. Hollande. Le chef de l’Etat savait l’affaire mathématique : « Si le report des voix de gauche est imparfait, s’il n’est pas mécanique, la gauche ne peut pas gagner », confiait-il en privé. Les responsables socialis- tes locaux n’ont pu que constater, dimanche, ce mauvais report. Dans un département historiquement marqué par l’alliance électorale entre PS et PCF, ce dernier avait pris le parti de propo- ser une offre concurrente, en association avec le Parti de gauche, EELV, le NPA et Nouvelle Donne. Elle a coûté cher au PS comme au PCF, qui n’aura plus d’élus dans la future assemblée. Il y a tou- jours Bernadette Chirac, en revanche. Quoique élue simple con- seillère suppléante à Brive-la-Gaillarde, celle-ci, à 81 ans, s’est ré- jouie que la Corrèze renoue avec « l’élan qu’elle avait du temps où [s]on mari était président de la République française, deux fois comme vous savez, et député de la Corrèze ». p

david revault d'allonnes

L’OFFRE CONCURRENTE DU PCF A COÛTÉ CHER AU PS

Entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, les ressorts d’un inépuisable combat

Le scénario d’un duel entre les deux hommes en 2017 se fait de plus en plus probable

ANALYSE

B rusquement, la probabilité du match retour : Nicolas Sarkozy contre François

Hollande. L’ancien président de la République contre l’actuel ! Jus- qu’à présent, rien n’était établi, tant l’atterrissage de « l’ex » à la tête de l’UMP paraissait acrobati- que. Désormais, le scénario prend de la consistance, et avec quel mi- métisme ! C’est en surfant sur la vague rose des élections cantona- les de 2011 que François Hollande, encore mal assuré parmi les siens, avait affermi sa candidature à la primaire socialiste et entamé sa marche victorieuse contre Nicolas Sarkozy en 2012. Quatre ans plus tard, c’est en surfant sur la vague bleue des élections départemen- tales que Nicolas Sarkozy affirme son leadership sur une droite qui ne voulait pas de lui, avec pour ambition de bouter François Hol- lande hors de l’Elysée en 2017.

La roue tourne

Qui, dimanche 29 mars au soir, pouvait, dans le camp du prési- dent de l’UMP, contester la victoire sans paraître mauvais joueur ? La roue tourne, et tout est pareil, mais en strictement inversé : en 2011,

un François Hollande à l’humour particulièrement corrosif mo- quait lors de ses déplacements les « candidats sans étiquette » de la droite : partout où il se déplaçait, il n’en trouvait pas un qui osait se re- vendiquer UMP, tant Nicolas Sarkozy était alors impopulaire et tant son bilan était contesté. Quatre ans plus tard, un Nicolas Sarkozy particulièrement offensif pointe avec gourmandise « le dé- saveu sans appel » dont souffre l’actuel chef de l’Etat. Quand Fran- çois Hollande clamait « Le change- ment, c’est maintenant ! », lui s’ex- clame : « L’alternance est en mar- che, rien ne l’arrêtera. » Ces deux-là ont beau être ennemis, ils connais- sent par cœur les ressorts du jeu politique. Depuis le premier jour de son exil forcé, Nicolas Sarkozy rêve d’une revanche sur François Hollande. Depuis le premier jour de son quinquennat, François Hol- lande veut Nicolas Sarkozy comme adversaire. Il le connaît si bien. Dimanche, « l’adversaire » s’est donc remis en selle, en mar- quant un point que l’exécutif, beau joueur, n’a pas cherché à nier. « Ce soir, la droite républicaine rem- porte les élections départementa- les, c’est incontestable », a d’emblée reconnu Manuel Valls. En retour,

Pour espérer se faire réélire, le président a absolument besoin d’avoir face à lui le Sarkozy de 2012

Nicolas Sarkozy s’est gardé de fan- faronner, mettant au premier plan l’unité de son camp, comme l’avait fait François Hollande en 2011.

Bataille subtile

Les deux hommes ont appris l’un de l’autre, ce qui rend la bataille de 2017 plus subtile qu’il n’y paraît. Pour espérer se faire réélire dans deux ans, alors que les bastions socialistes s’effondrent les uns après les autres, François Hol- lande a absolument besoin d’avoir face à lui le Nicolas Sarkozy de 2012, que la gauche et le centre ont copieusement dé- testé : droitisé, « buissonisé », in- capable de résister aux sirènes le- pénistes. C’est à cette condition qu’il peut espérer rassembler en contre une gauche qui le boude, le

fuit, ne le comprend plus. D’où son message optimiste sur le re- tour imminent de la croissance, son combat contre les déclinistes de tout poil, sa volonté affirmée d’apaisement qui paraît telle- ment à contre-courant mais est sa

façon à lui d’énerver l’adversaire. François Hollande n’est plus en 2015. Il est déjà dans le match de 2017. Et Nicolas Sarkozy, qui bout intérieurement de le voir

« abîmer le pays » par procrastina- tion avancée, se surveille comme

le lait sur le feu : surtout ne pas

perdre ses nerfs, rester calme, mo- deste, centré, ne pas braquer le centre, ne pas donner l’avantage au sage Juppé, ne pas ressouder contre lui la cohorte des anti- Sarkozy. Et pourtant, la droite se radicalise, la droite radicalisée dé- teste François Hollande, le prési- dent de l’UMP doit lui donner des gages. Il doit aussi trouver le moyen de contenir l’expansion- nisme de Marine Le Pen, qui n’a ja- mais été aussi puissante, au point de menacer l’unité du parti qu’il préside. Nicolas Sarkozy a beau s’affirmer, le combat est loin d’être plié. C’est pourquoi François Hollande le veut comme adver- saire. Il ne veut même que lui. p

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6 | les élections départementales

Malgré la défaite, l’exécutif ne veut pas dévier de sa trajectoire

Dès l’annonce des résultats, Martine Aubry et les frondeurs ont fait entendre leurs critiques

C’ est une défaite dans laquelle chacun au PS voit la victoire de ses analyses. Tous

gagnants car tous perdants, en somme. Au lendemain de sa qua­ trième gifle électorale en un an, qui a vu la gauche perdre 28 dé- partements, les positions des uns et des autres au sein de la majorité semblent plus que jamais figées. Manuel Valls en premier lieu, qui, dès 20 heures, dimanche 29 mars, a imputé le « net recul » de la gau- che au fait qu’elle était « trop dis- persée ». Pas question pour le pre- mier ministre de l’attribuer à un quelconque rejet par les Français de la politique de son gouverne­ ment. Certes, M. Valls dit avoir « en- tendu » la « colère » et les « atten- tes » de ses concitoyens, mais c’est pour mieux accélérer encore le rythme des réformes, selon lui. Le chef du gouvernement s’est beau­ coup impliqué dans la campagne, enchaînant près d’une dizaine de meetings en deux semaines et autant de déplacements sur le ter- rain. La victoire de l’UMP, qu’il a reconnue lui-même comme « in- contestable », y compris dans son fief de l’Essonne, n’est pas pour autant un désaveu de son engage- ment ni de sa personne. Au con- traire, sa « stigmatisation » cons- tante du Front national a permis selon lui que l’extrême droite ne remporte aucun département. « Les appels à la mobilisation ré- publicaine ont été entendus », a- t-il déclaré dimanche soir. A l’Elysée, on considère égale- ment que cette claque électorale doit surtout inciter… à ne pas bou- ger. « Nous sentons un frémisse- ment de l’activité économique, même si les résultats ne sont pas perceptibles et tangibles pour nos concitoyens, explique-t-on. Le

compte n’y est pas encore. Cela ex- plique certainement que notre électorat ne se soit pas assez mobi- lisé. » Mais François Hollande, qui a lui aussi subi un lourd revers avec le basculement à droite de son département de la Corrèze, ne veut pas dévier de sa trajectoire. « La réponse pour nous est sur le

« On ne peut pas se réunir si l’on n’est pas d’accord sur le fond »

MARTINE AUBRY

maire de Lille

fond, dans l’action. Le cap sera maintenu », explique l’équipe du président, avant de concéder tout de même qu’« il y a des domaines dans lesquels il faut accélérer ». Le chef de l’Etat devrait ainsi an- noncer une mesure facilitant l’in- vestissement, vendredi 3 avril, à l’occasion d’un déplacement sur le terrain économique : un dispo- sitif d’ordre réglementaire et fis- cal afin que « les entreprises pri- vées qui ont reconstitué leurs mar- ges accélèrent leur projet d’inves- tissement ». Pour donner un tour plus social aux semaines qui s’ouvrent, le gouvernement de- vrait également faire des annon- ces en matière de « lutte contre les injustices et inégalités », notam- ment concernant la fusion prime pour l’emploi-RSA. « Cela ne va pas assez vite, il faut accélérer, con- solider le dispositif et le renforcer pour que les gens aient le senti- ment qu’on lutte contre les injusti- ces en insistant sur la valorisation du travail », dit-on à l’Elysée.

« Impatience »

Mais ces concessions ne doivent pas donner l’impression que l’exécutif donne quelque crédit que ce soit aux revendications des frondeurs socialistes. « J’ai du mal à suivre leur raisonnement, note d’ailleurs un conseiller de M. Hol- lande. L’interprétation du scrutin, c’est une impatience sur les résul- tats, pas une demande de change- ment de cap. » Ces petits ajustements ne suffi- ront pas à atténuer les critiques à la gauche du PS. Les frondeurs, ve- nus en nombre au bureau natio- nal du parti dimanche en début de soirée, ont bien l’intention de se faire entendre. Ces socialistes hostiles aux choix économiques du gouvernement ont lancé un

Les ministres candidats ont été réélus

Les trois membres du gouvernement candidats aux élections dé- partementales ont tous été réélus dimanche 29 mars. Dans l’Isère, le binôme du secrétaire d’Etat à la réforme territoriale, An- dré Vallini, a remporté le canton de Tullins avec 64,67 % des voix, face au Front national. Toutefois, la victoire de l’ancien président du conseil général (2001-2014) n’a pas permis à l’Isère de rester à gauche. Dans le Nord, Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, a lui aussi été réélu dans le cinquième canton de Lille, avec 59,65 % des suffrages. Mais cela n’a pas em- pêché la défaite annoncée de la gauche dans ce département qu’elle présidait depuis 1998. Seule Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées, peut se réjouir de voir les socialistes, alliés aux communistes, conserver le départe- ment des Pyrénées-Orientales. Elle y a été réélue avec 51,10 % des suffrages à l’issue d’une triangulaire.

VERBATIM

% des suffrages à l’issue d’une triangulaire. VERBATIM “ C’est la troisi ème défaite d’ampleur

C’est la troisième défaite d’ampleur consécutive. Il ne faut pas la minimiser ou la relati- viser. Pourtant, le message en- voyé est : “On a perdu, mais on va continuer comme avant.” Cette obstination à poursuivre une politique qui ne produit pas de résultats et qui ne convainc même pas dans notre propre camp me paraît au mieux na- vrante, au pire irresponsable. Manuel Valls est dans le déni quand il affirme que les indica- teurs sont au vert et que la situa- tion repart. Il faut faire preuve de lucidité et avoir l’intelligence de changer de politique. Il faut sor- tir de la logique dans laquelle est le gouvernement, une logique de dérégulation, de déréglementa- tion, qui appauvrit les salariés. »

Emmanuel Maurel, conseiller ré- gional d’Ile-de-France et leader de l’aile gauche du PS, interrogé par Le Monde.

appel pour proposer un nouveau « contrat de rassemblement de toute la gauche ». Dans ce docu- ment qui ressemble à un pro- gramme de réformes, ils deman- dent notamment un « soutien massif et ciblé à l’investissement privé et public », une nouvelle ré- forme bancaire, un arrêt de la baisse des dotations aux collecti- vités locales et une réorientation de l’Europe. Eux aussi voient dans la déroute départementale la validation de leur démarche. « A ne rien chan- ger, on sous-estimerait le choc po- litique de ces élections », explique le député de la Nièvre Christian Paul. Cette position est partagée par certains ministres au gouver- nement, qui s’étonnent de la rigi- dité de l’exécutif. « On a beau dire qu’on ne va rien changer, ce n’est pas comme cela que ça marche, confie l’un d’entre eux. Quand on prend claque sur claque, scrutin après scrutin, il y a bien un mo- ment où il faudra qu’on change. »

« Réunions au sommet »

Martine Aubry, qui n’a pu que dé- plorer la perte du département du Nord, déjà actée après le premier tour, ne dit pas autre chose quand elle appelle le pouvoir à faire l’analyse de « ce vote de protesta- tion par rapport à la politique na- tionale ». Pour la maire de Lille, le rassemblement ne peut se faire sans une inflexion de la ligne poli- tique et une réflexion sur des me- sures en faveur de « l’égalité des chances ». « On ne peut pas se réu- nir si l’on n’est pas d’accord sur le fond », prévient-elle en direction

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MARDI 31 MARS 2015

» , prévient-elle en direction 0123 MARDI 31 MARS 2015 de François Hollande et Manuel Valls.
» , prévient-elle en direction 0123 MARDI 31 MARS 2015 de François Hollande et Manuel Valls.

de François Hollande et Manuel Valls. Au milieu de ces deux blocs dont les analyses semblent diffici- lement conciliables, Jean-Christo- phe Cambadélis tente de lou- voyer, en minimisant tout d’abord la défaite, « qui n’est pas une débâcle », et en appelant l’exé- cutif à mener « la bataille de l’in- vestissement et la lutte contre les inégalités ». Mais surtout en plai- dant pour l’union avec les parte- naires écologistes et communis- tes. Le premier secrétaire du PS, qui devait rencontrer dès lundi après midi l’ensemble de l’état- major d’Europe Ecologie - Les Verts, a proposé des « réunions au sommet » à tous les partenaires de la gauche.

Alors que le PS entre dans la der- nière ligne droite de la prépara- tion de son congrès, en juin, à Poi- tiers, le patron de la Rue de Solfé- rino espère l’emporter en préemptant la figure du rassem- bleur avec son comparse Claude Bartolone, qui rêve, lui, de Mati- gnon après avoir réussi à conser- ver son fief de la Seine-Saint-De- nis. « Le rassemblement marche lorsqu’il n’est pas fait à la dernière minute et lorsqu’il n’est pas le résul- tat d’un calcul stratégique, mais qu’il est fait pour soutenir un projet cette fois départemental, puis ré- gional et national », estime le pré- sident de l’Assemblée nationale. p

bastien bonnefous, nicolas chapuis et david revault d’allonnes

Dès 20 heures, dimanche 29 mars, le premier ministre Manuel Valls a imputé le « net recul » de la gauche à la dispersion de ses forces.

PHILIPPE WOJAZER/REUTERS

nicolas L’ national demorand un jour dans le monde du lundi au vendredi 18h20 à
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avec les chroniques
d’Arnaud Leparmentier et Alain Frachon

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MARDI 31 MARS 2015

les élections départementales | 7

MARDI 31 MARS 2015 les élections départementales | 7 Même les Côtes-d’Armor basculent à droite Dans

Même les Côtes-d’Armor basculent à droite

Dans ce département présidé par la gauche depuis 1976, la droite a remporté 17 cantons sur 27

saint-brieuc - envoyé spécial

L e bureau de Claudy Lebre- ton est parfaitement rangé. Les souvenirs qu’a accumu-

La maire de Lille, Martine Aubry, et le ministre de la ville, Patrick Kanner (réélu dans son

Lille-5),

lés ce socialiste durant ses pres- que dix-huit années de prési- dence du conseil général des Cô- tes-d’Armor sont déjà dans des cartons entreposés dans la pièce voisine. En ce matin du dimanche 29 mars, il éprouve « presque un soulagement » de quitter les lieux, mais espère encore que ce soit son successeur désigné, Vincent Le Meaux, qui prenne sa suite. Quand il se déplace dans ce bas- tion socialiste arraché à la droite en 1976, ce Sarthois venu en Bre- tagne pour étudier la kinésithéra- pie se transforme en guide touris- tique. Il est fier de tout ce qu’il y a réalisé. Alors, il fait des détours pour montrer les traces de son ac- tion, comme le port de Saint- Brieuc, « l’un des trois ports [qu’il a] construits dans [sa] vie ». Et quand il arrive en voiture à Plé- née-Jugon, la commune où il fut élu maire en 1977, c’est au ralenti :

canton de

« C’est moi qui ai fait cette rocade. La pharmacie aussi. Le bâtiment

dimanche 29 mars, à la mairie de Lille. JEAN-

des sapeurs pompiers, c’est une contribution de mon mandat. » Puis viennent les logements so- ciaux, la gendarmerie, la mairie,

CLAUDE COUTAUSSE/ FRENCH-POLITICS POUR « LE MONDE »

la médiathèque, l’école mater- nelle… « Tout ça, je l’ai installé avec mes relations. »

Claudy Lebreton est à l’aise en public. Il « adore ça ». Dimanche après-midi, dans son bureau de vote, il salue tout le monde, trouve un mot pour chacun, cher- che un souvenir commun avec certains. Beaucoup de personnes âgées s’étonnent qu’il ne soit pas candidat cette fois-ci. Il leur ré- pond avec humour : « Ça y est, moi aussi, j’arrive enfin à la re- traite. Il faut savoir s’arrêter. »

« Une triste fin »

Mais dimanche soir, de retour dans son bureau, projections en main, Claudy Lebreton a renfilé son costume du conseiller géné- ral. Et sa mine enjouée laisse

place, peu à peu, à un masque son- geur. Les résultats lui arrivent. Ils sont de moins en moins bons. A

18 heures, il veut encore croire

que « tout est possible ». Il cherche des signes à interpréter, des indi- cations, des choses significatives. Ses collaborateurs lui transmet- tent des informations de la pré- fecture, située à l’étage inférieur. Il calcule. « De toute façon, jeudi, je

pars en cure de remise en forme à la montagne ! », ironise-t-il. A 18 h 30, la participation est plus forte qu’au premier tour. A 19 heures, les estimations se préci- sent. Il reprend ses tableaux. « Ça

va peut-être se jouer à un siège. » A

20 heures, il réalise : « Il faut vrai-

ment un miracle pour que ça reste

à gauche. C’est une triste fin de campagne. Je suis très déçu », lâ- che-t-il, se consolant avec la vic- toire de la gauche dans son canton de Plénée-Jugon. « Si on perd les Côtes-d’Armor, ça va être dur pour les régionales », se projette-t-il. Ses interventions face aux jour- nalistes sont de plus en plus acer- bes. Ses cibles de plus en plus préci- ses. Celui qui a adoré Lionel Jospin « pour sa capacité à rassembler » déplore les divisions actuelles. Et d’expliquer : « Moi, j’avais une ma- jorité de gauche plurielle. Mais là, c’était impossible avec les Verts et le Front de gauche. (…) Le gouverne- ment de Manuel Valls doit s’interro- ger sur sa politique. Pas sur tout, mais sur la justice sociale, la santé ou le sentiment d’abandon. » La division de la gauche n’est vi-

siblement pas le seul problème de cette élection pour la gauche cos- tarmoricaine. La droite a rem- porté 17 cantons sur 27. L’un ses conseillers de M. Lebreton ne veut pas y croire : « Le département des Côtes-d’Armor n’est pas réellement passé à droite. Celle-ci a bénéficié d’une vague nationale, mais les Côtes-d’Armor sont toujours fon- damentalement à gauche. On le verra aux régionales. » Les gagnants du jour ne font pas la même analyse. A 20 h 30, Alain Cadec annonce la victoire de la droite et se dit « surpris » par son ampleur. « Je gagne sur un canton

[Plérin] qu’on jugeait impossible à faire basculer il y a quelques an- nées, explique-t-il, ému. Cette vic- toire va se confirmer aux régiona- les. Marc Le Fur [député UMP] rem- portera ces élections. » Le temps où Claudy Lebreton était « imbattable » est donc ré- volu. Le temps où le FN était inexistant l’est aussi. La percée de l’extrême droite est l’autre indice de l’évolution électorale des Cô- tes-d’Armor. Dans le canton de Broons, notamment, le FN a re- cueilli plus de 22 % des voix au se- cond tour. Claudy Lebreton a-t-il des re- grets ? « Non », assure celui qui prépare sa transition depuis qu’il s’est senti blessé de ne pas avoir été prévenu de l’intention du gou- vernement de supprimer les dé- partements, alors qu’il était prési- dent de l’Assemblée des départe- ments de France. Dimanche, à 22 heures, M. Lebre- ton est parti discrètement pour sa- luer dans son canton la victoire de son successeur, Didier Yon, en pensant à son avenir. Il aurait voulu siéger au Sénat, mais « cela a toujours coincé en interne dans le parti », dit-il. Il souhaiterait désor- mais réaliser des missions pour le gouvernement ou construire un think tank, et, pourquoi pas, deve- nir chroniqueur à la radio, pour parler de démocratie locale. p

philippe euzen

Scrutin après scrutin, M. Hollande perd ce qu’il a gagné

Après les municipales en 2014, les départementales ont aggravé la saignée. Et le scrutin régional s’annonce aussi délicat

ANALYSE

L e premier secrétaire avait tout gagné. Le président est en passe de tout perdre.

Après des municipales dévastatri- ces, qui avaient laissé la gauche dé- lestée de quelque 150 villes de plus de 9 000 habitants en mars 2014, le second tour des élections dépar- tementales, avec 28 départements perdus, dimanche 29 mars, a ag- gravé la saignée, annonçant un scrutin régional du même acabit. En décembre, François Hollande pourrait bien avoir liquidé la ma- jeure partie des positions de pou- voir tenues par la gauche dans les collectivités territoriales. C’est sur la conquête de celles-ci qu’il avait édifié onze ans durant, à la tête du PS, la rampe de lancement de ses ambitions présidentielles. « Depuis François Mitterrand, les élections intermédiaires ne sont ja- mais favorables au pouvoir en place, et François Hollande n’est pas un cas particulier. Nicolas Sarkozy avait perdu les municipa- les, les cantonales par deux fois et les régionales », se défend-on à l’Elysée. La grande différence avec ses prédécesseurs, toutefois, tient précisément au fait que M. Hol- lande en personne, aux comman-

Lui président, nombre des principaux fiefs départementaux du PS sont balayés

des de la Rue de Solferino, les avait alors toutes remportées, ou pres- que. Et qu’aucun candidat n’avait à ce point construit dans l’opposi- tion avant de détruire, au pouvoir, ce qu’il avait façonné. « C’est un classique, avait confié M. Hollande à un proche après le premier tour. Chirac président avait tout perdu, parce que j’avais tout gagné. » C’est donc désor- mais son tour. Mais l’affaire dé- passe, en ce qui le concerne, la loi d’airain des alternances locales et des élections intermédiaires. Sous son règne, la gauche avait remporté 20 régions sur 22 en 2004. Elle avait conservé ses bas- tions et même enregistré une pro- gression notable aux municipales de 2008. Et elle avait consolidé son avance, avec 58 départements contre 42 à la droite, aux cantona- les de 2008 (Mayotte n’était pas

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Par arrêt déinitif en date du 9 décembre 2013, la Cour d’appel de Paris a déclaré la SAS FREE non coupable de délits de tromperie par personne morale sur la nature, la qualité ou l’origine d’une prestation de service et publicité mensongère ou de nature à induire en erreur, pour l’année 2007 et l’a renvoyé des ins de la poursuite de ces chefs. La Cour a toutefois conirmé le jugement rendu le 7 février 2012 qui l’a déclaré coupable pour les faits commis en 2006 et l’a condamnée à une amende de 150.000

euros ainsi qu’à la publication d’un communiqué dans les journaux Libé- ration, Le Parisien et le Journal du Dimanche et, au titre de l’action civile,

à l’indemnisation de l’UFC Que Choisir à 40.000 de dommages et

intérêts, 5.000 de frais irrépétibles et à la publication dans le journal Le Monde et sur son site internet.

encore un département). Un grand chelem électoral qui avait permis au premier secrétaire du

PS de faire fructifier son capital politique dans un parti d’élus et de collaborateurs, aux yeux des- quels seule la victoire est belle.

A la tête du parti, François Hol-

lande avait arpenté les Fêtes de la rose, tissé ses réseaux dans les fé- dérations, soigné les barons, dont il se disait que la préservation de leurs mandats locaux leur impor- tait davantage que la conquête d’un pouvoir national qui, im- manquablement, leur coûterait les leurs. Il y avait gagné le soutien de l’appareil, au point de l’empor- ter au soir des primaires, en octo- bre 2011.

Symbole des symboles

Lui président, nombre des princi- paux fiefs départementaux du PS sont balayés : le Nord de Martine Aubry, la Seine-Maritime de Lau- rent Fabius, l’Essonne de Manuel Valls, les Bouches-du-Rhône, autant de fédérations historiques. Jusqu’au symbole des symboles,

la chute de la Corrèze, dont la con- quête en 2008 et la conservation en 2011 avaient contribué à la construction de la légitimité du candidat Hollande.

Si le président, par nature, n’est

pas homme à méditer trop avant sur les phénomènes de grandeur et de décadence, mais plutôt à ex- pliquer cette dernière par les vicis- situdes mécaniques de l’exercice du pouvoir national, il n’a pas manqué de constater, en expert de la carte électorale, la disparition de la gauche, en particulier dans le Var, les Alpes-Maritimes, la Haute- Savoie et l’Alsace. « Le PS a été cons- truit sur une base nationale. Il doit absolument se réinstaller dans ces départements-là. C’est une longue marche », a-t-il confié à un visiteur. Sans doute pensait-il à celle qu’il avait conduite à la tête du PS, à une époque où celui-ci gagnait. p

d. r. a.

APPEL D’OFFRES - AVIS D’ENQUETE 01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr

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Préfecture de la Savoie AV IS D’ENQUETE PA RCELLAIRE Travaux, ouvrages et aménagements entre Saint-Jean-de-Maurienne et la frontière franco-italienne dans le cadre de la nouvelle liaison ferroviaire Lyon-Turin. COMMUNES DE SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE, VILLARGONDRAN, SAINT-JULIEN-MONTDENIS, SAINT-MARTIN-LAPORTE, SAINT-MICHEL-DE-MAURIENNE, ORELLE, SAINT-ANDRE, MODANE, VIL- LARODIN-BOURGET, AVRIEUX, AUSSOIS et BRAMANS Le Préfet informe le public de l’ouverture, par arrêté préfectoral du 28 janvier 2015, d’une enquête parcellaire en vue de l’acquisition des immeubles nécessaires à la réalisation du projet susvisé. Cette enquête se déroulera en mairies de SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE, VILLARGONDRAN, SAINT-JULIEN-MON- TDENIS, SAINT- MARTIN-LA-PORTE, SAINT-MICHEL-DE-MAURIENNE, ORELLE, SAINT-ANDRE, MODANE, VILLARODIN-BOURGET, AVRIEUX, AUSSOIS et BRAMANS pendant une durée de 24 jours, soit du mardi 7 avril 2015 au jeudi 30 avril 2015 inclus. Pendant cette période, les pièces du dossier ainsi que le registre d’enquête parcellaire, à feuillets non mobiles côtés et paraphés par le maire, seront déposés en mairies de SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE, VILLARGONDRAN, SAINT-JU- LIEN-MONTDENIS, SAINT-MARTIN-LA-PORTE, SAINT-MICHEL-DE-MAURIENNE, ORELLE, SAINT-ANDRE,

MODANE, VILLARODIN-BOURGET, AVRIEUX, AUSSOIS et BRAMANS ain que chacun puisse en prendre connais- sance dans les conditions suivantes :

SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE :

SAINT-ANDRE :

Les lundis, mardis, mercredis, jeudis et vendredis de 8h30 à 12h et de 13h30 à 17h30 et les samedis de 9h à

Les lundis et mardis de 13h30 à 18h, les vendredis de 13h30 à 17h

12h

SAINT-JULIEN-MONTDENIS :

VILLARODIN-BOURGET :

Les lundis, mardis, jeudis et vendredis de 8h à 12h et de 13h30 à 17h30, les mercredis de 13h30 à 17h30 et les samedis de 10h à 12h

Les lundis, mardis, et jeudis de 8h à 12h et de 13h30

à

17h30

les mercredis et vendredis de 8h à 12h

SAINT-MICHEL-DE-MAURIENNE :

BRAMANS :

Les lundis, mardis, mercredis, jeudis et vendredis de 8h à 12h et de 13h30 à 17h, les samedis de 8h30 à 12h

Les lundis, mardis, jeudis et vendredis de 11h à 12h et de 16h à 17h30

ORELLE :

AUSSOIS :

Les lundis, mardis, mercredis, jeudis et vendredis de 14h à 17h

Les lundis, mardis, mercredis, jeudis et vendredis de 14h à 17h

SAINT-MARTIN-LA-PORTE :

MODANE :

Les lundis et jeudis de 8h à 12h et de 13h30 à 17h30, les mardis et mercredis de 8h à 12h, les vendredis de Sh à 12h et de 13h30 à 16h30

Les lundis, mardis, mercredis et jeudis de 9h à 12h et de 13h30 à 17h, les vendredis de 9h à 12h et de 13h30

à

16h30 et les samedis de 9h à 12h

VILLARGONDRAN :

AVRIEUX :

Les lundis de 14h à 18h, les mercredis et les vendredis de 8h à 11h30

Les lundis et mardis de 13h30 à 18h, les mercredis, jeudis et vendredis de 8h30 à 12h

Dans les mêmes délais, jours et horaires, les observations sur les limites des biens à exproprier seront consignées par les in- téressés sur le registre d’enquête parcellaire. Durant cette période, elles pourront aussi être adressées par correspondance au maire de la commune concernée, qui les joindra au registre. Dans le même délai, elles pourront aussi être adressées par cor- respondance au président de la commission d’enquête au siège de l’enquête en mairie de SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE.

La commission d’enquête est composée comme suit :

Président : M. Christian DELETANG, ingénieur chimiste retraité Membres titulaires : M. Guy GASTALDI, ingénieur, ancien chef du dépôt pétrolier de Chignin, retraité et M. René BOITIE, directeur administratif en retraite Membre suppléant : M. G érard PATRIS, oficier supérieur de la gendarmerie en retraite. Notiication individuelle du dépôt du dossier en mairies de SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE, VILLARGONDRAN, SAINT-JULIEN-MONTDENIS, SAINT-MARTIN-LA-PORTE, SAINT-MICHEL-DE-MAURIENNE, ORELLE, SAINT- ANDRE, MODANE, VILLARODINBOURGET, AVRIEUX, AUSSOIS et BRAMANS est faite par l’expropriant, par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, aux propriétaires concernés, lorsque leur domicile est connu d’après les renseignements recueillis par l’expropriant ou à leurs mandataires, gérants, administrateurs, ou syndics. En cas de domicile inconnu, la notiication sera faite en double copie au maire concerne, qui en fera aficher une et, le cas échéant, aux loca- taires et aux preneurs à bail rural. Les propriétaires auxquels notiication est faite par l’expropriant du dépôt du dossier à la mairie seront tenus de fournir les indications relativesàleur identité ou, à défaut, de donner tous renseignements en leur possession sur l’identité du ou des propriétaires actuels. A l’expiration du délai d’enquête, les registres d’enquête seront clos et signés par chaque maire concerné et transmis dans les 24h, avec le dossier d’enquête, au président de la commission d’enquête. Le président de la commission d’enquête transmettra le dossier et les registres, assortis du procès-verbal et de son avis, au Préfet de la Savoie dans le délai maximum d’un mois.

le Préfet de la Savoie, Signé: Eric Jalon

8 | les élections départementales

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MARDI 31 MARS 2015

«A Lens, le Front national… J’ai le cœur brisé»

Dans le Pas-de-Calais, la gauche résiste à la forte poussée du FN et conserve le département

lens, carvin (pas-de-calais) -

envoyé spécial

C omme plus de la moitié des électeurs du Pas-de- Calais, Monique n’a pas cru nécessaire d’aller

voter, dimanche 29 mars, lors du second tour des départementales. Elle est restée chez elle, et chez elle, c’est son ancien bar, à Carvin, comme elle l’explique avec un sa- pristi d’accent ch’ti. Elle avait acheté le fonds en 1989, un an avant l’arrêt de la dernière mine de charbon dans le département, à Oignies, à côté. Elle a fermé son caboulot en 2007. Les affaires, dans les derniers temps, « ça pi- quait du nez ». Ne venaient que des habitués, « des copains », qui lui ont laissé des tonnes de souve- nirs et pas mal d’ardoises. « Quand je les croise, ils me disent :

On te paiera. Mais ils ne le font pas. » Monique est restée là où elle a vécu tant de bons moments avec son défunt mari. Elle a ins- tallé le canapé de son salon au pied du bar et posé une télévision allumée en permanence. La Voix du Nord traîne sur le comptoir. Chaque jour, la lectrice élude les colonnes politiques. A 70 ans, on ne la lui fait plus, à Moni- que. Elle ne sait même pas où est sa carte d’électeur. « Ça sert à quoi de voter ? C’est tout pareil, même le FN. » Ce parti ne lui fait ni peur ni envie. Elle sait qu’ils sont désor- mais installés dans la mairie voi- sine, à Hénin-Beaumont, mais sans plus s’intéresser à ce qu’ils y fabriquent. Alors, les résultats de ce dimanche soir, les six cantons remportés par des binômes du Front national dans le Pas-de-Ca- lais, Monique, comme donc la moitié des putatifs électeurs du coin, ça ne lui a pas fait grand effet. Daniel Maciejasz, candidat so- cialiste du canton de Carvin, sait bien ce désintérêt, ce sentiment de boxer des ombres ou le vide. Voilà des années qu’il voit le FN progresser sur fond d’indiffé- rence. « Il y a un an, j’ai été réélu maire avec 82 % des voix au pre- mier tour. Un sur deux de mes élec- teurs a voté contre moi cette fois. Ils sont des milliers sur ma commune

contre moi cette fois. Ils sont des milliers sur ma commune Daniel Maciejasz (PS), dans la

Daniel Maciejasz (PS), dans la salle des fêtes de Carvin (Pas-de-Calais), dimanche 29 mars. DIANE GRIMONET POUR « LE MONDE »

à voter FN, et pourtant, je ne crois pas en connaître deux. » Avec sa colistière, Patricia Rousseau, Da- niel Maciejasz a tenu le choc et battu le binôme du Front national, mais de justesse. A Carvin même, 17 000 habitants, le FN est arrivé en tête. « Bientôt, nous serons à la mairie », lançait comme une bra- vade une militante frontiste aux sympathisants socialistes réunis dans la salle des fêtes.

Apathie

A Lens, le binôme du FN (Ariane

Blomme-Hugues Sion) s’est im- posé, de 133 voix. Quand un homme en costume de deuil a an- noncé le résultat, un silence sé- pulcral s’est abattu sur la salle des mariages. Il a été seulement troué

par un « yes » à moitié étouffé qui

a fait aussitôt se tourner tous les

regards. « J’ai le cœur brisé. A Lens, le Front national… », bredouillait Cécile Bourdon, 44 ans, vice-prési- dente du conseil régional. On ne sait ce qui était le plus fort dans la ville de ce score historique ou de l’apathie qui a régné toute la jour- née. Dans l’école élémentaire Sa- di-Carnot, comme ailleurs, les res- ponsables des bureaux de vote se sont battu les flancs (56 % d’abs- tention). Pas sûr qu’on ait seule-

ment débouché le mousseux dans certains intérieurs après la victoire frontiste. Qu’il semble loin, le temps où le PS pouvait réunir 9 000 convives rieurs à un dîner républicain, comme il le faisait en 1990 à Bé-

thune. Elections après élections,

cette vieille terre de gauche échappe à la mainmise, et pas seu- lement au profit du FN. La droite républicaine a conquis de grandes villes, comme Arras ou Calais. De- puis dimanche, les socialistes, qui écrasaient l’assemblée départe- mentale depuis soixante-dix ans, avec souvent les deux tiers des siè- ges, ne disposent même plus de la majorité absolue, sans l’appoint des deux élus communistes. L’érosion se poursuit, et les ana- thèmes contre le Front national, comme ceux prononcés à Carvin par le premier ministre, Manuel Valls, le 18 mars, n’y font rien. « La population n’est pas prête à affron- ter l’économie nouvelle. Elle est an- goissée, et le FN joue de ces peurs »,

estime Philippe Kemel, maire de Carvin et tombeur ric-rac de Ma- rine Le Pen lors des dernières élec- tions législatives. Mais, susurrent des voix discordantes, la crise éco- nomique ou la déception suscitée par le gouvernement ne peuvent expliquer seules la débandade. Les divisions locales, les dissiden- ces de ceux qui ne peuvent trou- ver leur place dans le système se multiplient. Le député et maire UMP du Touquet, Daniel Fas- quelle, peut moquer « des barons, des élus notabilisés et usés, dans l’incapacité d’apporter des répon- ses aux attentes ». La remon- trance rencontre l’acquiescement silencieux de nombre de socialis- tes, fatigués de cette jeune garde mitterrandienne qui ne s’est pas

Les divisions locales, les dissidences de ceux qui ne peuvent trouver leur place dans le système se multiplient

vue vieillir, lassés par ces cumu- lards aux cheveux blancs dont les années de bombance ont en- goncé le costume, irrités par ces adeptes de la poignée de main os- tensible et du petit service discret. Les jeunes se sont détournés d’un parti dont le clientélisme ignore leurs préoccupations. Les ronds- points, les médiathèques, tous les grands travaux ont rendu les communes pimpantes en façade, mais certains élus ont perdu le contact avec l’intérieur des mai- sons. « Il faut renouer avec celui à qui on n’arrive plus à parler, avec un certain nombre de gens qu’on n’arrive parfois plus à voir », re- connaît le député Yann Capet. A 39 ans, ce Calaisien est devenu le nouveau premier secrétaire de la fédération départementale, qui avait été placée deux ans sous tu- telle de la direction parisienne, tant elle était gangrenée par les af- faires. Lui-même fils d’un député et donc héritier du micmac pour ses détracteurs, il est cependant chargé de faire évoluer les instan- ces locales. Il appelle diplomati- quement au « renouvellement », au « passage de témoin ». « J’ai tou- jours plaidé pour que nous nous ré- formions, assure également Cécile Bourdon. Il nous faut être plus lisi- bles et pédagogiques. » « Nous avons un discours trop tiède, trop chaloupé », concède Yann Capet. « Nous devons accompagner nos réalisations de terrain d’un dis- cours politique », acquiesce Phi- lippe Kemel. Au vu des résultats de dimanche, il semble y avoir ur- gence, en effet. Et il faudra une cer- taine force de conviction pour sor- tir Monique de son bar. p

benoît hopquin

Val-de-Marne: les communistes conservent un dernier bastion

La droite n’a pas réussi à conquérir ce département de la petite couronne parisienne, acquis à la gauche depuis 1976

A l’hôtel de ville de Cham-

pigny-sur-Marne (Val-de-

Marne), les mines sont

graves. Dans le fief de Christian Favier (PCF), président départe- mental sortant, la crainte d’une possible défaite se lit sur les visa- ges. « Ce sera très serré. L’élection va se jouer de quelques voix. Qua- tre ou cinq cantons vont faire la différence », annonce gravement le maire de la ville, Dominique Adenot (PCF). Après le dépouillement, les gens affluent. Petit à petit, la victoire de Christian Favier (PCF), le prési- dent du conseil général sortant, sur son rival Laurent Jeanne (UMP) se dessine dans un des deux cantons de Champigny-sur- Marne. Tous les bureaux de vote n’ont pas encore été dépouillés, mais les visages se libèrent dans la foule. Quinze minutes plus tard, le murmure qui annonce la vic- toire du président départemental sortant dans son canton se trans- forme en cris de joie et en fran- ches accolades. Christian Favier l’emporte avec 51,8 % des voix. Dans la foulée, alors que certains se cachent pour essuyer quelques larmes quand d’autres hurlent leur

joie au téléphone, le « président » arrive. Faisant taire les « On a ga- gné ! », il harangue la foule : « C’est une belle victoire dans un canton très disputé. Le Val-de-Marne res- tera une terre de solidarité, de dé- mocratie, mais aussi une terre de ré- sistance. » Son visage à l’air sou- lagé après une campagne violente, comme s’il savait sa victoire ac- quise. Puis le résultat tombe : le Val-de-Marne est le dernier bas- tion communiste de France. Qua- torze cantons sur 25 sont gagnés par la gauche, et aucun n’atterrit entre les mains du Front national.

Défaite amère

« C’est une grande satisfaction dans un contexte national compli- qué. C’est un signe fort envoyé par les électeurs, cela valorise notre travail », affirme le sénateur du

Val-de-Marne. « C’est la victoire du rassemblement de toute la gauche [le Front de gauche était allié avec

le PS et EELV au second tour]. L’en-

jeu était d’obtenir une large majo-

rité de gauche. Avec 14 cantons remportés, c’est une victoire nette », témoigne Jeannick Le La- gadec (Parti de gauche), le binôme de Christian Favier, qui assurera

son premier mandat en tant que conseillère départementale. Alors que le champagne coule à flots à l’hôtel de ville, un peu plus loin, à la permanence de l’UMP, l’ambiance est tout autre. Confiné dans son bureau, Laurent Jeanne, le candidat malheureux, semble abasourdi : « Je suis déçu, parce que c’était jouable, mais c’est un échec majeur pour M. Favier, qui ne ga- gne qu’avec 51 % des voix », affirme- t-il avant de dénoncer « les chèques imaginaires » promis par le candi- dat communiste aux électeurs. Il dénonce également des « prati- ques illégales » de son adversaire

durant la campagne et a déjà saisi le préfet et la commission des comptes de campagne vendredi 27 mars. Ici, la défaite est amère, et on accuse facilement le redécou- page des cantons d’avoir « donné »

la victoire aux communistes.

Quoi qu’il en soit, les nouveaux élus devront au plus vite prendre

leurs marques, puisque l’élection du président du conseil départe- mental, aura lieu jeudi 2 avril à

9 h 30. L’occasion pour Christian Favier de prolonger son règne sur

le Val-de-Marne. p

yohan blavignat

L’HISTOIRE DU JOUR En Lozère, la commune de Chirac fatale à la droite

S ymbolique jusqu’au bout, l’Histoire re- tiendra que la gauche a ravi la Lozère grâce notamment à sa victoire dans le

canton de la commune de… Chirac. La conso- lation est maigre, certes, mais les socialistes ont au moins un motif de satisfaction après leur très difficile second tour des élections du dimanche 29 mars : la Lozère est le seul dé- partement de France métropolitaine qu’ils ont réussi à prendre à la droite, qui le dirigeait pourtant depuis l’après-guerre. « C’est historique ! Cela ne s’était jamais produit, mais

ce n’est pas le fruit du ha- sard. C’est le fruit de trente- cinq ans de travail de la gau- che, de nous et de nos prédé- cesseurs », s’est exclamé di- manche soir le sénateur et maire divers gauche de Mende, Alain Bertrand. Les socialistes et leurs al- liés se sont imposés de jus-

tesse dans sept cantons sur treize, dans un scrutin dont l’enjeu était resté avant tout local, contrairement au ton général de la campagne dans le reste du pays. Diman- che, M. Bertrand a justement déploré que « trop souvent, le PS n’a [it] pas su se remettre

en question » au niveau national. « La Lozère, on l’avait vue venir, mais c’est un long mouve- ment, avec un travail de fond d’une petite équipe. Comme dit Alain Bertrand : “On est un peu lent en Lozère, on fait comme vous, mais quinze ans après” », confie Christophe Borgel, secrétaire national aux élections du PS.

«C’EST HISTORIQUE ! MAIS CE N’EST PAS LE FRUIT DU HASARD »

ALAIN BERTRAND

sénateur et maire divers gauche de Mende

» ALAIN BERTRAND sénateur et maire divers gauche de Mende Pour la droite locale, la victoire

Pour la droite locale, la victoire de la gauche s’explique en grande partie par le redécou- page des cantons du département, qui lui aurait été nettement plus favorable. En pas- sant de vingt-cinq à treize cantons, la réforme territoriale de 2013 a modifié le rapport de force entre le nord du département, où la droite était fortement installée, et le sud, plus marqué à gauche. A l’arrivée, les binômes so- cialistes, divers gauche et union de la gauche l’emportent, alors que l’ensemble UMP, divers droite et union de la droite comptabilise près de 60 % des suffrages exprimés. Par ailleurs, depuis une dizaine d’années, la Lozère a connu une modification de sa popu- lation. Selon une étude de l’Insee publiée en 2012, le département a vu l’arrivée de quel- que dix mille nouveaux résidents depuis 2003. Des arrivants généralement plus jeunes – 37 ans de moyenne d’âge contre 46 ans pour le reste de la population – et sociologique- ment plutôt de gauche – une forte majorité travaille dans la fonction publique. Un renou- vellement des habitants qui peut avoir eu une influence dans les urnes, alors que le Front na- tional avait réalisé un score assez faible au premier tour, dépassant à peine les 10 %. Guylène Pantel, élue socialiste à Florac, et son camarade Laurent Suau, élu à Mende- Nord, sont les favoris pour prendre la prési- dence du prochain conseil départemental jeudi 2 avril. Le président sortant, l’UMP Jean- Paul Pourquier, conserve son siège dans la fu- ture assemblée. Il est l’un des rares responsa- bles de la droite lozérienne à rester en place. p

bastien bonnefous

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MARDI 31 MARS 2015

les élections départementales | 9

MARDI 31 MARS 2015 les élections départementales | 9 Dans l’Essonne, fief de M. Valls, «la

Dans l’Essonne, fief de M. Valls, «la vague était trop haute»

Géré par les socialistes depuis 1998, le département bascule à droite

evry - envoyé spécial

L’ alternance politique n’est pas qu’une abstraction. Parfois, elle se ressent phy-

siquement. Il est 23 heures, diman- che 29 mars, dans le hall de la pré- fecture d’Evry. Le président sortant du conseil général, le socialiste Jé- rôme Guedj, arrive avec quelques proches, tandis que Georges Tron et les nouveaux élus UMP répon- dent aux médias et profitent du buffet. Perdants et gagnants se frô- lent et se toisent. Sans un mot. « Voilà le nouveau visage de l’Es- sonne… », lâche un conseiller de M. Guedj en observant les nouvel- les têtes et leurs sourires. L’Essonne a donc basculé à droite. Un petit événement pour ce département géré par les socia- listes depuis 1998. Pas vraiment une surprise dans le contexte de reflux du PS à l’échelle nationale. Les candidats UMP et UDI étaient en ballottage favorable dans la plu- part des cantons. Ils ont sans doute bénéficié du report des voix fron- tistes, qui pesaient entre 15 % et 25 % des suffrages dans presque tous les bureaux de vote. Cons- cients de cette réalité, les con- seillers de M. Guedj avaient com- mencé à vider leurs bureaux la se- maine dernière. Au final, la gauche va conserver six cantons, l’UMP et l’UDI auront une confortable ma- jorité de quatorze sièges, et un can- didat de Debout la France siégera aussi au conseil départemental. La prise de ce département où se situe Evry, ville dirigée pendant onze ans par Manuel Valls, est symbolique pour la droite. C’est pourtant M. Guedj qui s’est em- pressé de nationaliser la défaite.

« Nous avons été la répétition générale de ce qui va se passer dans les deux ans à venir. On va dans le mur »

JÉRÔME GUEDJ

président sortant du conseil général (PS)

« La vague était trop haute. La seule

question que l’on doit se poser est :

pourquoi les électeurs de gauche

sont-ils restés chez eux ? », s’inter- roge ce membre influent de l’aile gauche du PS, qui a déjà sa ré- ponse. « Nous avons été la répéti- tion générale de ce qui va se passer dans les deux ans à venir. On va dans le mur. » Redevenu simple conseiller général, M. Guedj a im- médiatement réendossé son cos- tume de frondeur. Il demande un

« nouveau contrat de majorité » :

« Il y a urgence. Il est minuit moins

cinq ! » Avant de s’éclipser, un de ses conseillers estime que l’heure est passée : « En trois ans, François Hollande a réussi là où de Gaulle, Giscard d’Estaing et Chirac avaient échoué : il a détruit la gauche. » Dans ce territoire où les tendan- ces socialistes se sont longtemps affrontées, la gauche s’enfonce à chaque scrutin. Aux municipales de 2014, le PS y avait perdu neuf vil- les de plus de 10 000 habitants. M. Guedj a bien tenté de dramati- ser l’enjeu, en insistant sur le ren- voi aux assises de l’UMP Georges Tron pour viol et agressions

M. Tron reste inquiété par la justice

Georges Tron, possible prochain président du conseil départemen- tal, n’est pas un nouveau venu dans l’Essonne. Il en a été dé- puté de 1993 à 2010, et détient la mairie de Draveil depuis 1995. Di- recteur de campagne d’Edouard Balladur en 1995, il fut ensuite écarté des instances du RPR. Redevenu secrétaire national à l’UMP, ce proche de Dominique de Villepin a été nommé secrétaire d’Etat chargé de la fonction publique par Nicolas Sarkozy, en mars 2010. Il a démissionné de ce poste en mai 2011 après sa mise en examen pour viols en réunion, deux anciennes employées de sa mairie l’ac- cusant d’agressions sexuelles lors de séances de réflexologie plan- taire. En décembre 2013, un non-lieu en sa faveur a été prononcé par les juges d’instruction, mais la cour d’appel de Paris a décidé de le renvoyer aux assises en décembre 2014. La Cour de cassation examinera, mercredi 1 er avril, son pourvoi contre ce renvoi.

sexuelles. Mercredi 25 mars, Pas- cale Boistard, secrétaire d’Etat chargée des droits des femmes, Thierry Mandon, secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat, et Emma- nuelle Cosse, secrétaire nationale d’Europe Ecologie - Les Verts, sont venus tracter pour tenter de sau- ver les meubles. Peine perdue. Elu dans son canton de Draveil avec 61,7 % des voix, M. Tron avait commencé sa soirée en venant sa- luer ses partisans au Café Cultu- res. L’ancien secrétaire d’Etat en a profité pour critiquer le ton de la campagne de M. Guedj. « C’est la

plus belle victoire que j’aie acquise dans toute ma vie politique. Il y a l’ampleur de l’écart, mais aussi le fait qu’elle arrive à l’issue d’une campagne qui n’a pas été élevée et qui a été axée sur ma personne. (…) Cette affaire a été montée de tou- tes pièces », assure M. Tron. Dans la foulée, il annonce qu’il sera can- didat à la présidence du conseil départemental.

Troisième tour compliqué

Le nouvel homme fort de l’Es-

sonne n’a pas digéré la campagne de ses adversaires. En décem- bre 2013, il avait bénéficié d’une première ordonnance de non- lieu rendue par des juges d’ins- truction d’Evry, mais la cour d’ap- pel de Paris avait décidé de le ren- voyer devant les assises. Entre les deux tours, l’affaire a évolué, puisque l’AFP a fait fuiter la posi- tion du parquet général de la Cour de cassation, qui préconise l’an- nulation de ce renvoi. Le comité de soutien de l’ancien secrétaire d’Etat s’est empressé de placarder cette annonce sur les panneaux d’affichage électoral. Mais le troisième tour s’annonce compliqué. A droite, certains can- didats semblent très gênés par les soucis judiciaires du maire de Dra- veil. « Je ne voterai pas pour Geor- ges Tron à la tête du conseil dépar- temental. (…) Nous aurons suffi- samment de talents autour de la ta- ble pour trouver un président qui nous représente dignement », a déjà déclaré, vendredi, sur France Bleu, François Durovray, maire UMP de Montgeron. Ce dernier pourrait se présenter contre M. Tron. Les élus de droite se réu- niront lundi matin pour départa- ger les éventuels candidats. p

matthieu goar

VERBATIM

ger les éventuels candidats. p matthieu goar VERBATIM “ Il faut ouvrir un nouveau chemin. Il

Il faut ouvrir un nouveau chemin. Il faut refonder notre République. Je lance un appel. Ne nous résignons pas ! En décembre prochain, nous serons appelés aux urnes, une nouvelle fois. Offrons à notre peuple une nouvelle alliance populaire, crédible, indépen- dante de ce gouvernement, avec lequel rien n’est possible, sans alliance à géométrie variable, [mais] une alliance visible, c’est- à-dire ayant le même sigle dans tout le pays, pour que chacun puisse l’identifier. Cette semaine, je vais proposer aux partis concernés de se rencon- trer pour cela. Mes chers conci- toyens, le résultat des urnes doit être respecté. Mais si vous ne vous sentez représentés ni par les vainqueurs de ce soir ni par le gouvernement qui a permis leur victoire, alors agissez ! »

Jean-Luc Mélenchon, cofondateur du Parti de gauche et député européen.

Georges Tron et son binôme Aurélie Gros au Café Cultures de Draveil (Essonne), dimanche 29 mars.

BRUNO LÉVY/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Les Verts s’interrogent sur leurs alliances

Dès lundi, M me Cosse et M. Cambadélis devaient se rencontrer au siège du PS

ANALYSE

L es jours qui viennent vont certainement représenter l’apogée des débats qui agi-

tent les écologistes depuis des se- maines, à défaut de leur apporter une conclusion. Entre la réunion qui devait se tenir lundi 30 mars, au siège du Parti socialiste, avec Jean-Christophe Cambadélis d’un côté et Emmanuelle Cosse de l’autre, et la rencontre des écolo- gistes pro-Hollande, samedi 4 avril, à l’Assemblée nationale, Europe écologie-Les Verts (EELV) se trouve confronté à un tournant. L’élection, dimanche 29 mars, de 39 conseillers départementaux estampillés EELV – le parti comp- tait une quarantaine de sortants – n’aura finalement qu’une in- fluence marginale sur ces débats. La réunion entre les états-majors du PS et d’EELV devait avoir lieu lundi après-midi. Outre les chefs de parti, les présidents de groupe parlementaire (Bruno Le Roux et Didier Guillaume pour le PS, Jean- Vincent Placé, Barbara Pompili et François de Rugy pour EELV), ainsi que Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, et David Cormand, le numéro deux d’EELV, devaient être présents pour cette rencontre. Les écologistes étaient invités à faire part de leurs désac- cords, en matière d’économie, d’écologie et de politique euro- péenne. Le premier secrétaire du PS a prévu en retour de leur faire « des propositions de travail ».

Accords électoraux

Interrogé en bureau national par des frondeurs sur le contenu de ces propositions, M. Cambadélis a répondu : « Je souhaite le maxi- mum, mais je me contenterai du minimum. » Dans le meilleur des cas, les socialistes espèrent rebâtir une alliance durable avec les écolo- gistes. Dans le moins bon des scé- narios, Solférino espère conclure à terme des accords électoraux en vue des régionales dans les cir- conscriptions menacées par le FN. Du côté d’Europe écologie-Les Verts, Emmanuelle Cosse doit pré-

senter le texte de cadrage pour la deuxième partie du quinquennat qu’elle prépare depuis plusieurs semaines avec son équipe. En pointant trois « urgences » au soir des départementales, « démocrati- que », « écologique » et « sociale », M me Cosse a tracé les grandes li- gnes de ce texte, où les questions de la proportionnelle et du nu- cléaire devraient figurer en bonne place. Les déclarations de Manuel Valls, qui dit ne pas vouloir chan- ger de cap ni envisager un rema- niement dans l’immédiat, sont, el- les, relativisées. « Le matin, il dit on ne bouge pas, et le soir, il fait des an- nonces sur les investissements. La ligne bouge sans qu’il ne le dise », analyse un proche d’Emmanuelle Cosse. D’autant que M. Valls a fait savoir qu’il était « favorable à l’en- trée des Verts au gouvernement ». Cette échéance du remaniement devrait animer les débats de la réunion organisée le 4 avril au Pa- lais-Bourbon par Repères écolo- gistes, le courant des écologistes pro-Hollande qu’incarnent des personnalités telles que Jean-Vin- cent Placé ou Denis Baupin. D’autres figures écologistes, comme Jean-Luc Bennahmias, vi- siteur régulier de François Hol- lande, Corinne Lepage ou Yves Pie- trasanta, président de Génération écologie, seront elles aussi présen- tes. Au-delà du remaniement, c’est le principe même d’une scission d’EELV qui va être abordé, alors qu’une grande partie du mouve- ment rechigne à l’idée de s’allier à nouveau aux socialistes. Emma- nuelle Cosse assistera aux débats. Ces derniers temps, les proches de la secrétaire nationale ont dé- cidé de structurer un réseau autour d’elle. Il en est résulté un texte affirmant qu’il est « urgent d’explorer les conditions de coali- tions entre les gauches réformistes et les écologistes autour de pro- jets ». Un appel signé entre autres par les parlementaires Christophe Cavard, Yannick Jadot, Ronan Dan- tec, Laurence Abeille, ou encore par l’ancienne ministre Domini- que Voynet. p

nicolas chapuis et olivier faye

EN À SINTÉRESSENT RENCONTREZ VOTRE FACE, CEUX PROFIL. QUI

RCS PARIS B 487 497 414

FACE À FAC E : ACE :

RENCONTRES AUTOUR DE VOTRE MÉTIERE N T RENCONTREZ VOT RE F A C E , C E U X PROFIL.

A C E , C E U X PROFIL. Q U I RCS PARIS B 487

10 | les élections départementales

0123

MARDI 31 MARS 2015

Le Front national rate son second tour

Malgré sa poussée, le parti d’extrême droite ne l’a emporté que dans 31 cantons sur 2 054

ANALYSE

L e Front national n’a pas réussi à transformer l’es- sai du premier tour des élections départementa-

les. Alors que le parti d’extrême droite était arrivé en tête dans

43

départements, dimanche

22

mars, il n’est pas parvenu à en

conquérir un seul au soir du se- cond tour, une semaine après. Son seul sortant, Laurent Lopez, est même battu dans son canton de Brignoles (Var). En tout, le FN dispose désormais de 62 con- seillers départementaux. Un chif- fre inédit, même s’il reste très mo- deste au regard des 4 000 élus sur tout le territoire. Jamais le FN n’avait eu autant d’élus territo- riaux à l’issue d’une élection dé- partementale qui ne lui est, tradi- tionnellement, pas favorable.

La formation nationaliste pou- vait espérer l’emporter dans l’Aisne ou le Vaucluse. A ces

deux endroits, et malgré des sco- res dépassant ou avoisinant les

40 % des suffrages, les lepénistes

n’ont glané respectivement que 6 et 4 sièges. Le département qui a élu le plus de conseillers étiquetés FN est le Pas-de-Calais avec un groupe de 12 élus.

Malgré ces résultats décevants, le FN pourrait tout de même avoir un rôle à jouer lors des « troisiè- mes tours », c’est-à-dire l’élection des présidents des conseils dépar- tementaux, qui auront lieu jeudi 2 avril. Dans les départements à la majorité incertaine, le FN pourrait monnayer son soutien à la droite. Dans ce sens, une charte compor- tant les points d’accords essentiels doit être révélée lundi 30 mars, à l’issue du bureau politique.

« La marche était trop haute »

Pour autant, dimanche soir, Ma- rine Le Pen estimait que ces résul- tats marquaient une progression de son parti. « Je ne m’attendais pas à en gagner, ce n’était pas dans mes pronostics. La marche était trop haute avec un seul élu sortant. Nous sommes extrêmement hauts dans des territoires extrêmement variés, déclare-t-elle au Monde. En 2007, nous faisions 4,5 % aux lé- gislatives. On augmente notre score aux cantonales de 2011 de 10 points… Ce n’est pas rien. Nous sommes au seuil de la bascule. Ce qui se passe est un basculement majeur de la vie politique depuis quarante ans. Toutes les cartes sont rebattues. » Le paradoxe pour le parti de M me Le Pen est de réaliser d’excel- lents scores sans pour autant faire élire des binômes FN. Cas typique, l’Aude où malgré 39 % des suffra- ges, le FN n’a aucun élu. La faute au mode de scrutin majoritaire qui a toujours desservi les frontistes, no- tamment en cas de duels, bénéfi- ciant de très peu de reports de voix. M me Le Pen paye sa stratégie « ni droite ni gauche » et de refus systé- matique d’alliance. Son message très virulent contre ce qu’elle ap- pelle « l’UMPS », lui permet de cap- ter un vote de rejet au pre- mier tour. Mais cela s’avère insuffi- sant pour gagner au second, no- tamment quand le FN se retrouve face à l’UMP. « Malgré son bon score du premier tour, le FN n’est pas parvenu à remporter beaucoup de cantons. Il y a une progression indiscutable, mais ces résultats

Malgré ces résultats décevants, le FN pourrait avoir un rôle à jouer lors de l’élection des présidents des conseils départementaux

l’élection des présidents des conseils départementaux Marine Le Pen, au siège du Front national à Nanterre,

Marine Le Pen, au siège du Front national à Nanterre, dimanche 29 mars, après l’annonce des résultats. OLIVIER CORET/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

agissent aussi comme un révéla- teur des freins à l’ascension fron- tiste : le mode de scrutin, mais aussi de son positionnement d’isolement politique », note Alexandre Dézé, maître de conférences à Montpel- lier-II et chercheur au Centre d’étu- des politiques de l’Europe latine. Pour élargir son socle électoral, Marine Le Pen est face à un di- lemme. Soit elle passe des allian- ces, mais en sacrifiant son dis- cours de rejet du système qui fait son originalité. Soit, elle accentue la dédiabolisation, au risque de de- venir un parti banal, comme les autres formations. Pour l’heure aucun de ces deux scénarios n’est retenu par les dirigeants frontistes. Problème pour Marine Le Pen :

le « ni droite ni gauche » est au cœur même de sa stratégie politi- que. Selon l’eurodéputée, la France est devant un nouveau type de bipartisme. Avec un FN unique force d’opposition au « système UMPS », présenté comme un seul et unique parti, qui se partage les postes, les alter- nances et qui mène la même poli- tique. Pour elle, tout n’est ques- tion que de temps avant que le « système » ne s’effondre sous les coups de boutoir répétés de son parti. « On évolue d’élection en élection. Mais, cette fois, nous sommes à un niveau historique au niveau local », se rassure-t-elle. Elle compte sur les élections ré- gionales, dont le mode de scrutin est proportionnel avec une prime majoritaire, pour faire éclater le jeu politique. « La question est de savoir ce qu’il va se passer aux ré- gionales. Soit la fusion au se- cond tour entre UMP et PS est là, et c’est un cataclysme pour les prési- dentielles. Soit le retrait, et une éti- quette disparaît pendant six ans dans des régions de plusieurs mil- lions d’habitants. Le piège se refer- mera sur eux. Et ils le savent », pré- dit-elle, visant même la conquête de quatre régions, Nord-Pas-de- Calais-Picardie ; Provence-Alpes- Côte-Azur ; Alsace-Champagne- Ardennes-Lorraine et Languedoc- Roussillon-Midi-Pyrénées. Mais peut-être que Marine Le

Marine Le Pen explique son échec par le manque de « notoriété » des candidats et une implantation locale imparfaite

Pen pêche par trop d’optimisme. Car, lors du second tour, il semble qu’une sorte de nouveau cordon sanitaire se soit mis en place autour du FN. L’UMP a bien tenu sur la ligne du « ni-ni » se mainte- nant dans la grande majorité des cas. Ce qui a empêché le FN de pro- fiter du report de voix de droite dans les triangulaires. Ainsi, seuls cinq sièges ont été conquis à la fa- veur des triangulaires. La préten- dante à l’Elysée récuse, de son côté, tout « plafond de verre » l’empêchant de gagner, mais ex- plique son échec par le manque de « notoriété » des candidats et une implantation locale encore im- parfaite. La stratégie de Nicolas Sarkozy semble payante, notamment dans les départements du sud où une porosité existe dans les élec- torats de droite et d’extrême droite. Un constat partagé jusque dans les rangs du FN. « Dans le sud de la France, le problème est d’avoir un discours à droite toute et de se retrouver en duel face à l’UMP. On perd forcément. Les gens préfèrent toujours l’original à la copie », estime Bruno Bilde, con- seiller spécial de Marine Le Pen et implanté dans le Pas-de-Calais. Marine Le Pen, quant à elle, mi- nimise ce phénomène. « On arrive à 40 % ou 45 % dans certains dé- partements… C’est un cordon sani- taire pas très efficace. C’est le même que celui que l’on a vécu à Hénin-Beaumont et la fois d’après, on a gagné au premier tour », iro- nise-t-elle. p

abel mestre

NOMBRE DE CONSEILLERS FN ÉLUS PAR DÉPARTEMENT

Pas-de-Calais 12 Somme 2 Aisne 4 8 Oise Meuse Marne 2 2 Haute- Yonne 4
Pas-de-Calais
12
Somme
2 Aisne
4 8
Oise
Meuse
Marne
2
2
Haute-
Yonne
4
Marne
2
Gironde
2
Gard
Vaucluse
Hérault
4 6
Var
6
2 6
Bouches-
du-Rhône

Le Front national envoie des élus dans ses bastions traditionnels du Nord et du Sud-Est. Le plus gros con- tingent frontiste se trouve dans le Pas-de-Calais, avec 12 conseillers départementaux. Les binômes FN ont réalisé de très bons scores dans le bassin minier, y compris à Lens jusqu’alors place forte de la gauche. Selon les cadres de la formation nationaliste, les can- didats frontistes ont bénéficié de ce qu’ils nomment « un effet Hénin-Beaumont », du nom de la ville où Steeve Briois a été élu maire dès le premier tour en 2014. L’Aisne, que le FN considérait comme un dé- partement gagnable, voit 4 binômes élus, soit 8 con-

SOURCE : MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

seillers. Dans le Sud, l’Hérault, le Var et le Vaucluse ont chacun 6 élus frontistes. Dans ce dernier départe- ment, le FN a pâti des candidatures concurrentes de la Ligue du Sud, parti d’extrême droite de Jacques Bompard, le maire d’Orange. Cette microformation bien implantée dans le nord-Vaucluse a, en effet, réussi à faire élire 4 conseillers. A noter aussi, les bons résultats du parti frontiste en Haute-Marne (4 élus) et dans le département voisin de la Marne (2 élus). En revanche, malgré de bons – voire de très bons – sco- res de premier tour, le FN n’a pas réussi à faire élire des conseillers sur la façade ouest-sud-ouest du pays.

0123

MARDI 31 MARS 2015

les élections départementales | 11

MARDI 31 MARS 2015 les élections départementales | 11 Jean-Marie Le Pen et Marion Mar échal-Le
MARDI 31 MARS 2015 les élections départementales | 11 Jean-Marie Le Pen et Marion Mar échal-Le

Jean-Marie

Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen,

Les militants du Vaucluse attendent «la prochaine fois»

Le Front national échoue dans ce territoire où il partait favori

REPORTAGE

carpentras (vaucluse) -

envoyée spéciale

M agali est coiffeuse dans le salon du Centre Le- clerc de Carpentras.

Vincent, préparateur de comman- des chez Picard Surgelés. « Ouvrier », dit-il crânement, en serrant sa jolie petite fille dans ses bras. L’enfant paraît un peu ef- frayée, avec tous ces cris et ces hommes qui, à deux pas, hurlent une Marseillaise après avoir en- tonné le Chant des Africains. Et

« On parlait d’en finir avec les abus dans les prestations sociales, et les gens ont eu peur qu’on s’attaque au RSA »

PHILIPPE LOTTIAUX

candidat FN battu à Avignon

à

Carpentras

puis, ses parents ont l’air perdu. Ils

(Vaucluse),

n’ont pas touché à la bière qui cir-

et l’on sent que cette inquiétude-là

dimanche soir.

cule largement dans cette halle qui

ne le lâche pas. Tout de même, il a

ARNOLD JEROCKI/

tient lieu de salle des fêtes au FN.

regardé les résultats canton par

NEWS PICTURES

Ils attendaient la victoire pour

canton. Le score de son vieil en-

Marie-Christine

trinquer, mais ils ont entendu les premiers résultats tomber et « ce

nemi Jacques Bompard, surtout, dont la Ligue du Sud a remporté

Guillot, élue FN au premier tour

n’est pas bon pour le Front ». A 28 ans, le couple – elle joli vi-

deux cantons, dont un en battant le candidat FN, l’a ulcéré.

à Vic-sur-Aisne

(Aisne).

CYRIL BITTON/ FRENCH POLITICS POUR « LE MONDE »

sage fin de poupée, lui brun au re- gard sombre – n’a pas souvenir d’avoir jamais voté pour un autre parti que le Front national. « On en a marre de travailler pour les autres, lâche Vincent. Et puis, on n’a même pas le plaisir d’aller se pro- mener en ville. On a honte de dire qu’on habite à Carpentras, telle- ment c’est pauvre. Y en a assez, des logements sociaux ! » Ils sont parmi les plus jeunes, au milieu de cette assemblée de militants ve- nus attendre les candidats et Ma- rion Maréchal-Le Pen. Peut-être sont-ils aussi parmi les plus tristes. Autour d’eux, la foule ne paraît pas vraiment démontée par les ré- sultats qui viennent pourtant de briser les espoirs du FN de prendre

le Vaucluse. Tout à l’heure, lorsque

la silhouette de Manuel Valls est apparue sur l’écran géant et qu’un grand gaillard en blouson de roc- ker a crié « Rentre chez toi, eh,

pédé ! », tout le monde a ri. Et maintenant, on trinque quand même, « parce que ce sera pour la

prochaine fois ». Une petite dame pimpante et son amie commen- tent les résultats comme si elles constataient que le printemps n’est pas encore arrivé : « Il y a des électeurs qui n’ont pas encore assez mangé de Sarko. Ils préfèrent l’UMP à nous. » La petite dame pimpante

y a cru, pourtant, en dépouillant

les bulletins de vote dans un des bureaux de Caromb, le charmant village provençal où elle habite :

« Le FN était en tête partout ! »

Veste à carreaux

Soudain, la foule bon enfant sem- ble électrisée. D’un côté de la salle, une boule hérissée de caméras et de micros paraît rouler vers le cen- tre. On ne voit rien, mais surnage un cri scandé par cent bouches :

« Jean-Marie ! Jean-Marie ! » Vin- cent, Magali, Fred, les deux amies, tout le monde a remisé sa tête des mauvais jours pour afficher un grand sourire. On ne sera pas venu pour rien. Jean-Marie Le Pen, voûté dans sa veste à carreaux, mais la voix forte reconnaissable entre mille, vient de faire son en- trée. Il est venu de Paris jusqu’à Carpentras, pour paraître aux cô- tés de Marion Maréchal-Le Pen, au cas où le FN gagnerait le Vaucluse. C’est lui qui l’a convaincue de s’im- planter dans ce département. « Bon, cela ne pouvait pas être une plus grande victoire à cause du mode de scrutin. Mais le PS est dans les choux. » Surtout, répète-t-il, « ce n’est pas le retour de Sarkozy »,

Depuis des années, rien n’est simple entre le Front national et ce mouvement d’extrême droite qui n’existe que par le charisme du maire d’Orange. Jean-Marie Le Pen

a observé avec scepticisme les ten-

tatives de sa petite-fille pour faire la paix avec ceux qu’il appelle « nos cousins caractériels ». Mais les élections sénatoriales de 2014, où les deux formations ont été in- capables de s’accorder, permettant l’élection d’un sénateur de gauche, l’ont convaincu que rien n’était possible. Le FN a facilité l’élection de Marie-Claude Bompard – l’épouse de Jacques Bompard – à Bollène, sans obtenir d’aide en re- tour. Cette fois, murmure-t-on dans l’entourage de la jeune dépu-

tée FN, « si la Ligue du Sud passe un accord avec l’UMP pour l’aider à prendre la présidence, elle aura montré son vrai visage ». Après avoir laissé son grand-père

profiter de son succès auprès des militants, dont beaucoup ont ad-

héré au FN lorsqu’il en avait encore

la présidence, Marion Maréchal-Le

Pen fait enfin son entrée. Sourire figé, chevelure blonde lissée der- rière les oreilles, elle avance d’un pas mesuré, droite comme une statue : « Mes amis, mes chers amis, je comprends votre décep- tion, ce soir, mais elle ne doit pas

masquer que notre progression est admirable et que notre ancrage s’accélère et se peaufine. » Dans la salle, la bière coule maintenant à flots. Les candidats battus du FN tentent de se conso- ler en cherchant déjà ce qui n’a pas marché. « Mon amertume, grince Julien Langard, candidat malheureux à Pernes-les-Fontai- nes, c’est que l’électorat UMP a pré- féré voter PS plutôt que pour nous. » A trois pas, Philippe Lot- tiaux, un énarque, ancien direc- teur général des services de la mairie de Levallois sous les époux Balkany, devenu directeur de cabi- net du maire FN de Fréjus, David Rachline, vient d’être battu à Avi- gnon. « On parlait de faire des éco- nomies et d’en finir avec les abus dans les prestations sociales, sou- pire-t-il, et les gens ont eu peur que l’on s’attaque au RSA. » Dans un coin, M me Maré- chal-Le Pen répète qu’il « n’y a pas de plafond de verre qui nous empê- cherait de l’emporter ». Sur les écrans de télévision, on entend sa tante, Marine Le Pen, dire la même chose, comme si elles s’étaient ac- cordées sur ce nouveau mantra. p

raphaëlle bacqué

Dans l’Aisne, le FN prive la droite de sa majorité

La gauche perd ce département, où l’extrême droite réalise l’un de ses meilleurs scores

REPORTAGE

crécy-sur-serre, laon (aisne) -

envoyé spécial

D ans une commune

comme Crécy-sur-Serre

(Aisne), 1 400 habitants,

un visage étranger se repère bien vite. Et quand on est maire de la ville, comme c’est le cas de Pierre- Jean Verzelen (UMP), un jour d’élection, l’inconnu se trans- forme en électeur potentiel du Front national. « Je connais tout le monde, je sais grosso modo ce qu’ils votent. Lui, par contre, je ne l’ai jamais vu, il doit être FN », dit-il, désignant du doigt un homme qui s’apprête à entrer dans le bureau de vote installé dans la salle des fê- tes. A l’image de candidats bien souvent invisibles, l’électeur du FN est parfois difficile à cerner. « Même si la plupart n’ont plus honte de dire qu’ils votent Le Pen », reconnaît M. Verzelen. La pluie tombe dru sur l’Aisne en ce dimanche 29 mars, jour du se- cond tour des départementales. Cela n’empêche pas l’électeur de se rendre aux urnes : sur l’ensem- ble du département, la participa- tion s’élève à 54,3 %, contre 53,3 % au premier tour. L’électorat de gauche s’est visiblement mobilisé, puisque le PS remporte 8 cantons sur les 21 que compte le départe- ment, une performance inatten- due. L’alliance de la droite entre l’UMP et l’UDI en a, elle, gagné 9, et le Front national seulement 4.

Pierre-Jean Verzelen, boucles à la Philippe Léotard et allure dégin- gandée à la Chirac, sillonne le can- ton de Marle au volant de sa voi- ture. Dans le coffre, les bouteilles de champagne s’entrechoquent au gré des virages : « J’espère qu’on va le déboucher ce soir. » A 31 ans, le maire de Crécy s’ap- prête à faire son entrée au conseil départemental, et espère même en prendre la présidence. Le jeune homme a devancé au premier tour le président sortant du dé- partement, le socialiste Yves Dau- digny, réputé pour n’avoir jus- qu’alors jamais perdu la moindre élection. Classé seulement troi- sième, M. Daudigny s’est retiré pour ne pas risquer l’élection d’un binôme FN. Le candidat UMP et sa binôme, Isabelle Ittelet, l’empor- tent finalement avec 61,57 % des suffrages.

« Campagne de malade »

« Daudigny a fait une campagne de malade. Il est parti trois mois en avance, a fait du porte-à-porte, a mobilisé ses relais. Quand j’ai vu ça, je me suis dit que c’était la cam- pagne modèle. Mais il a perdu, s’étonne encore Pierre-Jean Ver- zelen. Etre devant Daudigny, je sa- vais que c’était possible, mais être devant le FN, j’en suis encore plus fier. » Car même si le Front natio- nal se situe à un niveau plus bas qu’escompté en nombre d’élus, le parti de Marine Le Pen n’a cessé d’obséder les esprits, à droite

comme à gauche, sur un territoire où son influence ne se dément pas. Après des européennes à

40 % en 2014, son score du second

tour pour ces départementales l’atteste : 44,34 % des voix, contre moins de 25 % pour ses deux ad- versaires.

« Et puis quoi encore ? »

L’entrée du FN au conseil départe- mental empêche la droite de s’ar- roger la majorité absolue. Sentant venir cette issue, Yves Daudigny s’était présenté dès 18 heures à la préfecture de Laon. Fin politique,

il a réclamé à la droite la formation d’une « majorité de gestion » entre l’UMP, l’UDI et le PS. Une manière de semer la zizanie parmi les alliés de la droite et du centre droit. Quelques minutes après

20 heures, Xavier Bertrand, chef

de file de l’UMP dans le départe- ment, flanqué de Pierre-Jean Ver- zelen, est venu lui opposer une fin de non-recevoir. « Prolonger

Le président socialiste sortant a appelé à une « majorité de gestion » UMP-UDI-PS, dont la droite ne veut pas

la gestion du PS dans l’Aisne ? Et puis quoi encore ? Il a été battu, M. Daudigny. A partir du moment où il y a une majorité relative, il y a déjà la clarté », a lancé l’ancien ministre. De son côté, le député (appa- renté PS) René Dosière lâche un nom sur lequel droite et gauche pourraient, selon lui, se mettre d’accord, jeudi, lors de l’élection du président du conseil départe- mental : Nicolas Fricoteaux, con- seiller UDI du canton de Vervins. Un élu qui a pour particularité d’avoir eu à affronter un binôme UMP au premier tour… « Notre crainte, c’est que le PS parvienne à convaincre Fricoteaux de changer de camp », reconnaît-on à l’UMP. Et ainsi de renverser la majorité. Une avance de deux cantons aurait permis à l’UMP de dormir sur ses deux oreilles en attendant jeudi. D’ici là, certains, comme Pierre-Jean Verzelen, font connaî- tre leur « disponibilité » pour « rassembler ». Franck Briffaut, le maire FN de Villers-Cotterêts, est, quant à lui, également élu au conseil départe- mental. Il fait son entrée dans les salons de la préfecture, accompa- gné de ses troupes, et dit ne voir aucune raison de se lamenter. « Nous sommes suffisamment nombreux pour peser sur cette as- semblée », lâche-t-il. Une évi- dence que chacun va pouvoir constater d’ici à jeudi. p

olivier faye

12 | les élections départementales

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MARDI 31 MARS 2015

Quatredépartementsaux majoritésfragiles

Droite et gauche sont au coude-à-coude dans le Vaucluse, le Gard, l’Aisne et le Tarn-et-Garonne

L e second tour des élec- tions départementales, dimanche 29 mars, a tra- duit la difficulté persis-

tante de l’extrême droite à trans- former ses (nombreuses) voix en sièges : arrivé en tête dans 43 dé- partements au premier tour, le FN n’a finalement réussi à faire élire que 62 conseillers départemen- taux : 12 dans le Pas-de-Calais, 8 dans l’Aisne, 6 dans le Vaucluse, autant dans le Var et dans l’Hé- rault, 4 ou moins dans neuf autres départements. Le scrutin majori- taire, qui impose de nouer des al- liances pour l’emporter, reste un obstacle de taille pour le FN, qui li- mitera son influence et l’empê- chera de perturber autant qu’il l’envisageait la constitution de majorités dans les conseils dépar- tementaux. Le FN se voyait conquérir plu- sieurs territoires, croyant qu’il n’aurait qu’à y grappiller auprès d’élus de droite bienveillants les éventuelles voix manquantes d’ici au 2 avril, jour de l’élection des présidents de conseils dépar- tementaux. Si le grand nombre de suffrages qui se sont portés sur ses candidats conforte sa place dans le paysage politique, ses ré- sultats le maintiennent dans un statut de potentielle force d’ap- point seulement là où il est pré- sent, et seulement là où aucune majorité claire ne se dégage. Ces départements sont peu nom- breux. Pour autant, ils feront par- ler d’eux d’ici au 2 avril : nul doute que l’extrême droite s’efforcera autant que possible de peser de tout son poids dans les négocia- tions à haute charge symbolique qui vont s’ouvrir.

« Rescapé »

Certes perdu par le Front national, le Vaucluse va ainsi rester sus- pendu, au moins pour quelques jours, au bon vouloir de l’extrême droite. A l’issue du second tour, droite et gauche se retrouvent à

Le Front national se voyait conquérir des territoires en grappillant des voix auprès d’élus de droite bienveillants

des voix auprès d’élus de droite bienveillants Soir ée électorale à la préfecture de l’Aisne, à

Soirée électorale à la préfecture de l’Aisne, à Laon, dimanche : se tournant le dos, Vincent Rousseau (à gauche), vainqueur pour le FN dans le canton de Ribemont, et l’UMP Pierre-Jean Verzelen, qui a gagné dans celui de Marle. CYRIL BITTON/FRENCH POLITICS POUR « LE MONDE »

égalité, avec 12 élus dans chaque camp. Le FN dispose de 6 sièges. La Ligue du Sud, le mouvement d’extrême droite de Jacques Bom- pard, maire d’Orange depuis 1995, en a gagné 4. L’UMP pourrait rem- porter la présidence du départe- ment au bénéfice de l’âge grâce à son candidat, Maurice Chabert, élu dans le canton d’Apt, mais pourrait aussi être tentée de mieux asseoir sa majorité en pas- sant un accord avec la Ligue du Sud. En tout état de cause, l’in- fluence de l’extrême droite va pe- ser par la suite, sinon formelle- ment lors des votes, au moins sur la nature des décisions qui seront prises. Dans le Gard, la gauche ne con- serve qu’une fragile majorité rela- tive. Avec 22 sièges, elle devance très légèrement la droite, qui dis- pose de 20 élus au conseil dépar- temental. « Si nous n’avons pas la majorité, personne ne l’aura », clai- ronnait avant le second tour le maire FN de Beaucaire, Julien San-

chez. Avec seulement 4 élus, son parti est très loin du compte. Pour autant, une partie de son pronos- tic n’est pas loin de se vérifier. Arithmétiquement, l’addition des voix des conseillers de droite et d’extrême droite pourrait encore faire basculer le département le 2 avril. Le Gard est l’un des dépar- tements où le FN pourrait mon- nayer son soutien à la droite. « Je n’attends rien du FN », a indiqué dimanche soir Laurent Burgoa, le chef de file de l’union de la droite dans le département, qui s’est dit « seul rescapé » parmi les « préten- dants à la présidence ». Dans l’Aisne, le troisième tour promet d’être très tendu. La droite a terminé en tête, en em- portant 18 sièges, mais elle est ta- lonnée par le PS, qui en a gagné 16. Ni l’une ni l’autre n’a donc at- teint le seuil de 22 élus qui lui aurait donné la majorité absolue et les mains libres. Les 8 élus FN auront, a minima, tout loisir de commenter et de moquer les

Dans l’Aisne, le FN aura tout loisir de moquer les tractations qui ont débuté dès dimanche entre les formations qui le devancent

manœuvres et tractations qui ont débuté dès dimanche entre les formations qui les devancent. Battu au premier tour, le prési- dent PS du conseil général sor- tant, Yves Daudigny, a appelé à former une « majorité de ges- tion » excluant le FN ; proposition aussitôt rejetée par le chef de file de l’UMP, Xavier Bertrand. Un élu UDI, Nicolas Fricoteaux – contre lequel l’UMP avait présenté un

candidat au premier tour –, est très courtisé par le PS. A l’issue du second tour, droite et gauche sont à égalité de sièges dans le Tarn-et-Garonne : 14 cha- cun. Le fauteuil du président du conseil général sortant, le radical de gauche Jean-Michel Baylet, est vacillant. Le sort de M. Baylet dé- pend d’un élu, Christian Astruc, qui fut proche de lui avant de de- venir l’un de ses opposants. En compagnie de Marie-José Mau- riège, M. Astruc l’a emporté face à un binôme soutenu par M. Baylet. Cette bataille-là se mènera à l’abri des regards du Front national, qui n’a gagné aucun canton dans le département.

Jours compliqués

Ces majorités fragiles, qui ne tiennent qu’à un fil, sont certes préférables à une défaite, mais el- les n’offrent que de mauvais choix à ceux qui les détiennent. Première option : nouer une al- liance avec l’un des adversaires

LE CONTEXTE

nouer une al- liance avec l’un des adversaires LE CONTEXTE Chaque conseil départemental va élire son

Chaque conseil départemental va élire son président et les autres membres de la commis- sion permanente lors de la « réu- nion de droit » qui suit le renou- vellement général de l’assemblée, c’est-à-dire le se- cond jeudi qui suit le premier tour de scrutin, soit le 2 avril. Le président est élu pour six ans à la majorité absolue des membres du conseil. Si l’élection n’est pas acquise après les deux premiers tours de scrutin, il est procédé à un troisième tour, et l’élection a alors lieu à la majorité relative. En cas d’égalité des voix, le plus âgé des candidats l’emporte. Dès qu’il est élu, le président du con- seil départemental détermine notamment la composition de la commission permanente.

du premier tour pour asseoir une majorité plus solide. C’est l’assu- rance d’une plus grande tran- quillité dans la gestion du dépar- tement. Mais c’est potentielle- ment explosif, selon la nature de l’accord conclu et l’identité des partenaires. Une alliance de la droite avec des élus d’extrême droite, fussent-ils peu nom- breux, aurait un retentissement considérable. Une « majorité de gestion », selon l’expression de M. Daudigny, qui réunirait élus de droite et de gauche en laissant le Front national comme seul op- posant, serait une autre configu- ration que ne manquerait pas d’exploiter l’extrême droite, dont la dénonciation de « l’UMPS » est l’un des leitmotivs. Seconde option : se contenter, pour le camp vainqueur, d’une courte majorité relative. C’est prendre le risque – a priori peu probable mais qui n’est pas à ex- clure – d’une alliance des forma- tions minoritaires susceptible d’emporter la présidence le 2 avril. Cela revient, surtout, à se promet- tre des jours compliqués pour la gestion du conseil départemental en question. Toutes les décisions soumises au vote, en particulier le budget de la collectivité, seront à la merci de l’opposition. Le groupe majoritaire devra trouver au cas par cas les voix manquan- tes, au gré des textes qu’il soumet- tra au conseil. p

jean-baptiste de montvalon

ANALYSE

UN ÉLECTEUR SUR DEUX A VOTÉ AU SECOND TOUR

par patrick roger

Le taux de participation au second tour des départementales a été quasiment équivalent à celui du premier tour : à peine sous les 50 %, en hausse de plus de 5 points par rapport aux cantonales de 2011. Les départements les plus «civiques» sont la Haute-Corse, la Corrèze, l’Aude, les Pyrénées-Orientales et les Landes. Les taux d’abstention les plus importants se trouvent dans les départements franci- liens, ainsi que dans la Haute-Savoie. L’enseignement marquant de ce second tour, cependant, tient peut-être au fait que, dans les départements visés par le FN, le sursaut de participation entre les deux tours a été significatif. C’est le cas dans l’Aisne, où l’abstention recule d’un point entre les deux tours (45,70 %, contre 46,73 %), mais aussi dans le Gard (43,81 %, contre 46,02 %), les Pyrénées-Orientales (41,35 %, contre 44,28 %) et le Vaucluse (42,59 %, contre 45,57 %), où l’abstention recule de près de 3 points. Exception nota- ble : le Pas-de-Calais, terre d’élection de Marine Le Pen, où l’abstention est quasi stable : 48,01 %, contre 48,19 %. p

TAUX D’ABSTENTION AU SECOND TOUR DES ÉLECTIONS CANTONALES ET DÉPARTEMENTALES DEPUIS 1961, EN %

70,3 67,7 66,2 66,5 61,7 61 58,3 65,4 58,7 55,5 54 57,4 50 56,2 54,2
70,3
67,7
66,2
66,5
61,7
61
58,3
65,4
58,7
55,5
54
57,4
50
56,2
54,2
54,9
47
44,8
61
64
67
70
73
76
79
82
85
88
92 94
98
01
04
08
11
2015
TAUX D’ABSTENTION AU SECOND TOUR DES ÉLECTIONS DÉPARTEMENTALES DE 2015, PAR DÉPARTEMENT de 55% à
TAUX D’ABSTENTION AU SECOND TOUR DES ÉLECTIONS
DÉPARTEMENTALES DE 2015, PAR DÉPARTEMENT
de 55% à 65,9%
de 50% à 55%
de 45% à 50%
de 31,8% à 45%

SOURCES : D’APRÈS LAURENT DE BOISSIEU, FRANCE-POLITIQUE.FR ; MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

0123

MARDI 31 MARS 2015

international | 13

0123 MARDI 31 MARS 2015 international | 13 Des manifestants oppos és aux houthistes défilent dans

Des manifestants opposés aux houthistes défilent dans les rues de Taëz, dans le sud-ouest du Yémen, le 29 mars, en soutien aux frappes de la coalition menée par l’Arabie saoudite.

STRINGER/REUTERS

La Ligue arabe crée une force anti-Téhéran

Le sommet de Charm el-Cheikh a ouvert la porte à la constitution d’une grande coalition sunnite

M aintes fois remisé dans les cartons, sur fond de diver- gences interarabes,

le projet de force militaire conjointe pourrait enfin voir le jour. Sur les bords de la mer Rouge, à Charm el-Cheikh, les

21 dirigeants de la Ligue arabe – en

l’absence de la Syrie, suspendue – se sont mis d’accord, dimanche

29 mars, sur sa création. Le secré-

taire général de la Ligue, Nabil Al- Arabi, a salué ce « développement historique » et dit espérer que « les procédures iront vite pour concré- tiser ce projet ». Les chefs d’Etat se sont donné un mois pour fixer la composition, les modalités de fonctionnement et les objectifs de cette force régionale, qui sera chargée de mener des « interven- tions militaires rapides ». Depuis plusieurs mois, le prési- dent égyptien, Abdel Fattah Al- Sissi, insistait sur la nécessité d’une force régionale afin de « faire face aux menaces sans pré- cédent pour l’identité arabe » que constituent « les groupes terroris- tes ». Ce n’est pourtant pas tant l’expansion de l’organisation Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie, voire en Libye, en Tunisie ou au Yé- men, qui a fait l’unité autour de ce projet, que la crainte de voir le rival iranien chiite étendre son in- fluence dans toute la région et no- tamment au Yémen. Les puissan- ces arabes sunnites, soutenues par Paris et Washington, accusent Té- héran de soutenir la milice chiite houthie, qui a chassé le président Abd Rabo Mansour Hadi de la capi- tale Sanaa en janvier, puis d’Aden, dans le sud du pays, fin mars.

L’opération « Tempête déci- sive », lancée jeudi au Yémen par une coalition de neuf pays arabes et du Pakistan, tous rangés der- rière la bannière de l’Arabie saou- dite, aura valeur de « test » pour cette force. L’Egypte, qui s’est em- pressée d’engager son aviation et

sa marine derrière le parrain saoudien et de proposer l’envoi de troupes au sol, l’a bien compris. L’opération aura aussi permis de sceller publiquement la réconci- liation, jusqu’ici poussive, avec le Qatar, parrain des Frères musul- mans honnis par Le Caire, symbo- lisée par les embrassades chaleu- reuses entre le président Sissi et le cheikh Tamim Ben Hamad Al- Thani, à Charm el-Cheikh.

Rivalités interarabes

Au-delà des rivalités interarabes qui pourraient encore retarder sa création, cette force régionale n’est pas sans indisposer certains pays de la Ligue arabe, plus pro- ches de l’Iran. Le ministre des af- faires étrangères irakien, Ibrahim Al-Jaafari, a exprimé les « réser- ves » de son pays, pointant l’ab- sence d’études préliminaires pour ce projet. Téhéran est un par- tenaire privilégié des autorités chiites de Bagdad. Orchestrateur malgré lui de cette unité retrouvée, le président yé- ménite se trouvait samedi aux cô- tés du roi Salman d’Arabie saou- dite. Avant de reprendre l’avion pour Riyad, où il devrait rester le temps que la situation permette son retour au Yémen, Hadi a ap- pelé, sous les acclamations de ses pairs, à la poursuite de la campa- gne jusqu’à la « reddition » des

Au Yémen, raids aériens et combats au sol

La coalition emmenée par l’Arabie saoudite a promis, dimanche 29 mars, d’intensifier ses raids aériens contre les positions des re- belles houthistes au Yémen. Depuis jeudi, des dizaines de sites militaires ont été visés, faisant plusieurs dizaines de morts. Des affrontements ont été signalés dans sept provinces du sud et de l’est du pays entre, d’une part, des houthistes et des unités de l’armée fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Saleh et, d’autre part, des membres de tribus sunnites, des partisans du président Hadi et des séparatistes sudistes. A Aden, les combats ont fait au moins 100 morts et plus de 400 blessés. Des centaines de diplomates, employés des Nations unies et travailleurs migrants ont été évacués.

houthistes, qualifiés de « marion- nettes de l’Iran ». Les chefs houthistes n’ont pas manqué de railler cette union der- rière le président Hadi. « Nous sa- vions dès le premier jour que nous faisions face à des régimes alliés,

agents ou jouets des puissances étrangères », a commenté Ali Al- Emad, un porte-parole de la bran- che politique du mouvement houthiste, Ansar Allah, qui nie toute alliance avec l’Iran. « Le Yé- men va prouver au monde que le faible triomphera à la fin. » L’Iran et ses alliés ont eux aussi fustigé les « mensonges » sur la tentation hégémonique de Téhé- ran agités pour justifier l’inter- vention. Vendredi, le chef du Hez- bollah libanais, Hassan Nasrallah,

a moqué la politique étrangère

saoudienne, expliquant que l’in- fluence iranienne s’était accrue

Cette force indispose certains pays de la Ligue arabe, plus proches de l’Iran

dans la région : « Vous êtes des pa- resseux, des perdants et vous ne prenez pas vos responsabilités. » Le face-à-face entre les puissan- ces sunnites et leurs adversaires chiites sur le terrain yéménite me- nace de déstabiliser encore un peu plus le Moyen-Orient. Les appels, samedi, du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, à un

règlement « pacifique » de la crise au Yémen n’ont pas eu d’écho. Pas plus que l’appel de l’ex-dictateur

Ali Abdallah Saleh, allié des hou- thistes, à de nouvelles élections, auxquelles il a promis que ni lui ni ses proches ne se présenteraient. Loin d’être convaincu, le président Hadi a limogé son fils, Ahmed, du poste d’ambassadeur qu’il occu- pait aux Emirats arabes unis.

« Actes terroristes »

Des responsables diplomatiques des monarchies du Golfe ont indi- qué que la campagne militaire pourrait durer jusqu’à six mois, sans envisager à ce stade l’envoi de troupes au sol. Elle « se concentre sur des cibles militaires », a indiqué l’un d’eux, précisant que 21 des 300 missiles Scud aux mains des uni- tés militaires restées loyales à l’ex- président Saleh ont été détruits. Des mouvements de missiles avaient été détectés en janvier vers le nord et la frontière saoudienne.

L’opération vise aussi à « s’assurer qu’aucun soutien iranien ne se ré- pande au Yémen », a-t-il poursuivi, affirmant que « 5 000 Iraniens, [membres du] Hezbollah et mili- ciens irakiens [pro-Téhéran] étaient sur le terrain ». Les diplomates des pays du Golfe ont dit s’attendre à des re- présailles. « Les Iraniens répon- dront par des actes terroristes dans le Golfe », a affirmé un res- ponsable en citant notamment Bahreïn, dont la population est majoritairement chiite, la pro- vince orientale de l’Arabie saou- dite où se concentre la minorité chiite du royaume et peut-être des « capitales » du Golfe. Un por- te-parole de la coalition a indiqué que des houthistes avançaient vers la frontière saoudienne, où l’armée a renforcé ses positions. p

hélène sallon

La position singulière de la France sur le nucléaire iranien

L es consultations diplomati- ques entre l’Iran et les gran- des puissances se sont

poursuivies à un rythme effréné, dimanche 29 mars, à Lausanne, en Suisse, dans l’objectif de parve-

nir à un accord politique sur les principaux paramètres du pro- gramme nucléaire iranien avant

le 31 mars.

A l’approche de cette échéance, Laurent Fabius, le chef de la diplo- matie française, a de nouveau plaidé pour un accord « robuste ».

Le terme a été choisi à dessein pour envoyer un signal de fer- meté. Et aussi pour faire sentir la différence de la France. Depuis deux ans, avant chaque rendez- vous important, les Français ont toujours joué un rôle singulier. C’était flagrant, le 9 novem- bre 2013, à Genève, lorsque M. Fa- bius a provoqué un séisme en rompant l’unité des Occidentaux quand il a refusé d’endosser un texte américain, jugé insuffisam- ment « exigeant » vis-à-vis de Té- héran. Deux semaines plus tard,

le 24 novembre, après « une ving-

taine d’amendements », selon un diplomate, la conclusion d’un ac-

cord intérimaire a ouvert la voie à un gel provisoire du programme nucléaire iranien. Cette stratégie, qui consiste à brandir la menace d’un blocage avant de se rétracter au nom « d’avancées » obtenues, s’est re- nouvelée à Lausanne. Lors de la précédente séance de discussions,

Français se perçoivent comme « les gardiens du temple » du con- tentieux nucléaire iranien qui a façonné « la culture stratégique française », relève un diplomate. Le rôle pionnier de la France re- monte à 2003. Dans la foulée de l’invasion américaine de l’Irak à la- quelle Paris s’était opposée, Domi-

souvent plus dure que celle des Etats-Unis », remarque François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France à Téhéran. Face à l’im- passe des pourparlers, Paris a pris l’initiative, à partir de 2010, d’élar- gir les sanctions économiques contre Téhéran. Depuis, les Fran- çais jugent que la fermeté a payé.

yves-michel riols

du 18 au 20 mars, les Français ont suscité la colère des Etats-Unis en faisant savoir que l’architecture du compromis devait être renfor- cée. Huit jours plus tard, Laurent Fabius a adopté un ton moins of- fensif en arrivant à Lausanne. La France ira-t-elle jusqu’à s’opposer à un accord ? L’hypothèse paraît « peu probable », selon un diplo- mate occidental. « Si l’accord n’est pas comestible pour les Français, il y a peu de chances qu’il le soit pour les autres », estime cette source bien informée.

nique de Villepin, alors ministre des affaires étrangères, fait le pari du dialogue avec Téhéran et ob- tient le feu vert du président Chi- rac pour construire une coalition internationale. L’objectif était de démontrer qu’il était possible de traiter la question des armes de destruction massive, prétexte à l’intervention en Irak, autrement que par la guerre. La « troïka » for- mée par la France avec l’Allemagne et le Royaume-Uni est d’abord bien accueillie par l’Iran qui re- doute l’imposition de sanctions

Mais aujourd’hui, la France n’est plus autant moteur qu’elle l’a été. Depuis 2013, ce sont les Etats-Unis et l’Iran qui sont en première li- gne. D’autant que Téhéran et Washington ont « une forte pres- sion de calendrier », constate un diplomate. Sans progrès majeurs d’ici à la fin mars, le Congrès amé- ricain menace d’adopter de nou- velles mesures de rétorsion con- tre l’Iran. Et la crédibilité du prési- dent iranien, Hassan Rohani, re- pose sur sa capacité à obtenir une levée des sanctions qui as-

« Gardiens du temple »

des Nations unies réclamées par les Etats-Unis.

phyxient le pays. Dans ce con- texte, la France cherche à peser

Au-delà de la posture, la ligne « ro- buste » défendue par M. Fabius s’inscrit dans une continuité. La

Mais au bout de deux ans, les né- gociations s’enlisent et l’élection de Nicolas Sarkozy, en 2007, mar-

sur un processus dont elle a été à l’origine mais qu’elle ne pilote plus.

France a été à l’initiative, il y a

que un net infléchissement.

douze ans, des premières négo-

« D’une position médiane, la

(lausanne, suisse,

ciations avec l’Iran. Depuis, les

France a basculé vers une position

envoyé spécial)

14 | international

0123

MARDI 31 MARS 2015

Hollande défile à Tunis contre le terrorisme

Un chef djihadiste, suspecté d’avoir dirigé l’attaque du Musée du Bardo, a été tué samedi par les forces tunisiennes

tunis - correspondant

C e fut une double mar- che. Le peuple enfou- lardé de drapeaux tuni- siens et scandant des

slogans patriotiques dans la rue. Et les dignitaires isolés, protégés à bonne distance au cœur du com- plexe que forment l’Assemblée tu- nisienne et le Musée du Bardo. Comme à Paris après l’attaque de

Charlie Hebdo, la « marche contre le terrorisme » dont Tunis a été le théâtre, dimanche 29 mars, s’est dédoublée dans une version po- pulaire et une version officielle, à laquelle s’est associé François Hollande lors d’une visite ex- presse de quelques heures. Onze jours après l’assaut djihadiste contre le Musée du Bardo, qui a fait 22 morts, dont 21 touristes étrangers (parmi lesquels quatre Français), la capitale tunisienne s’est mobilisée pour dire non au terrorisme.

Nervosité

Bourdonnement d’hélicoptères survolant la place du Bardo, ti- reurs d’élite encagoulés postés sur les toits, policiers antiémeute omniprésents : le Musée du Bardo, mitoyen de l’Assemblée na- tionale, avait comme un air de ci- tadelle imprenable. Et la nervosité du service d’ordre montait à cha- que fois que les voitures officielles

Tunis Mer ALGÉRIE Méditerranée Ile de Djerba Gafsa LIBYE 150 km
Tunis
Mer
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LIBYE
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Le nom d’une Française, morte samedi, a été ajouté à la dernière minute sur la stèle commémorative

déposaient au pied du perron de l’Assemblée les invités étrangers :

outre M. Hollande, le président polonais Bronislaw Komorowski, son homologue gabonais Ali Bongo, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le président du conseil italien, Matteo Renzi, et le premier minis- tre algérien, Abdelmalek Sellal, avaient répondu présent à l’invi- tation du président tunisien Béji Caïd Essebsi. Cette procession officielle n’est pas allée très loin. Elle a longé les grilles de l’Assemblée nationale sur une chaussée déserte – d’où parvenaient les échos de la mani- festation populaire tenue à dis- tance – pour pénétrer ensuite dans l’enceinte du musée. A l’en- trée, une stèle commémorative à été dévoilée. Surmontée du titre In memoriam, la liste égrène vingt noms de victimes à laquelle a été ajouté à la dernière minute celui d’une Française morte samedi. A l’intérieur, sous les mosaïques qui tapissent le haut mur du hall du musée, une assemblée de digni- taires religieux se livre aux invo- cations divines de la cérémonie du hizb al-latif. L’entrée des offi- ciels donne lieu à une mêlée un peu tumultueuse, dont le prési- dent gabonais Ali Bongo jugera plus sage de s’extirper. Maître des cérémonies, le chef d’Etat tunisien, M. Essebsi, a tenu à adresser un « grand salut au peuple tunisien, qui a montré qu’il ne céderait pas au terrorisme ».

qui a montr é qu’il ne céderait pas au terrorisme ». Le pr ésident tunisien, Béji

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi (au centre), et François Hollande, le 29 mars à Tunis. NICOLAS FAUQUEZ/WWW.IMAGESDETUNISIE.COM

« Nous devons tous lutter contre le terrorisme », a enchaîné M. Hol- lande, précisant : « Le terrorisme a voulu frapper un pays, la Tunisie, qui avait engagé le printemps arabeet qui a eu un parcours exemplaire en matière de démo- cratie, de pluralisme et de défense des droits des femmes. » « La France, amie de la Tunisie, devait être là aujourd’hui », a-t-il ajouté, tout en évoquant les perspectives d’un resserrement de la coopéra- tion sécuritaire entre les deux pays : « Nous avons, avec la Tuni- sie, une coopération en matière de

renseignement et de sécurité que nous allons encore renforcer, car nous sommes solidaires lorsqu’il y a une épreuve et afin de prévenir tous les actes terroristes qui pour- raient éventuellement être prépa- rés par des groupes fanatiques. » Derrière les barrières de sécurité situées à 400 mètres de là, une fo- rêt de drapeaux tunisiens ondoie sur une foule bon enfant de plu- sieurs milliers de personnes. Blouson de cuir et lunettes de so- leil, une manifestante quinquagé- naire, ingénieure, clame qu’elle s’est déplacée pour dire que « le

terrorisme n’a pas sa place en Tuni- sie ». Elle loue la manière forte. L’annonce par le gouvernement tunisien de la mort, samedi, de l’Algérien Lokmane Abou Sakhr, chef du groupe terroriste tunisien Okba Ibn Nafaa – tué par les forces de sécurité à Gafsa (centre-ouest) au côté de huit autres djihadis- tes – n’est pas pour lui déplaire. Lokmane Abou Sakhr avait été ac- cusé par le ministère de l’intérieur d’avoir « dirigé » l’attaque contre le Musée du Bardo. « C’est la guerre, explique la ma- nifestante. Ces terroristes trouvent

un plaisir à égorger les gens. Ils méritent la mort. Ce ne sont pas des hommes, ce sont des ani- maux. » Le propos est assez symptomatique du raidissement sécuritaire d’une grande partie de l’opinion publique tunisienne face à ce nouveau péril. Tout autour d’elle, des groupes de jeu- nes se répandent sur la chaussée en tendant un immense drapeau tunisien. Une gamine brandit une pancarte rouge frappée du slogan : « #Tunisia. I’ll be there » (Tunisie, je serai là). p

frédéric bobin

En Syrie, une branche d’Al-Qaida, avec ses alliés, s’empare d’Idlib

En prenant une capitale provinciale, le Front Al-Nosra, rival de l’Etat islamique, s’impose comme un acteur majeur dans le conflit syrien

beyrouth - correspondance

C’ est un nouveau tour- nant dans la guerre en Syrie. Le Front Al-

Nosra, la branche locale d’Al- Qaida, et ses alliés islamistes se sont emparés de la ville d’Idlib, samedi 28 mars. Le drapeau noir des djihadistes d’Al-Nosra, force rivale de l’organisation Etat isla- mique (EI), flotte désormais au- dessus des bâtiments publics de cette ville-clé, située dans le nord-ouest du pays, près de l’axe routier vital reliant la capitale Da- mas à Alep. La poussée des combattants dji-

hadistes et salafistes, regroupés au sein de la coalition Jeich El-Fa- tah (« l’Armée de la conquête »), marque l’avancée des groupes ra- dicaux, qui étendent leur con- trôle du territoire syrien. Elle constitue aussi une perte cin- glante pour le régime. Non seule- ment Idlib est tombée en cinq jours, au terme d’une attaque éclair lancée mardi 24 mars, mais il s’agit d’une capitale provin- ciale. Après Rakka, soumise au joug de l’Etat islamique depuis plus de deux ans, c’est la deuxième ville de ce rang qui échappe au pouvoir syrien. La prise d’Idlib vient renforcer la domination locale des djihadistes d’Al-Nosra, qui contrôlaient déjà la majeure partie de la province d’Idlib, qui va de la frontière tur- que, au nord, à la province cen- trale de Hama. Avec ce succès mi-

litaire, le Front Al-Nosra entend gagner en prestige. Apparu en 2012 pour combattre Bachar Al-Assad, ce groupe, qui a essuyé des revers face à l’EI, connaît un nouvel élan depuis six mois. Ses combattants sont pour la plupart syriens. Leur montée en puis- sance a contraint d’autres briga- des radicales, comme Ahrar Al- Sham et Jund Al-Aqsa, à s’allier avec eux. De petites formations ralliées à l’Armée syrienne libre, la branche armée de l’opposition modérée, ont également parti- cipé à la prise d’Idlib. Le front commun s’est révélé décisif ; sa pérennité va désormais être mise à l’épreuve. Sur les premières images que le Front Al-Nosra a relayées sur les réseaux sociaux, des combat- tants s’affairent à démolir, à coups de marteaux, le buste massif de Hafez Al-Assad planté au centre de la ville. D’autres extraits montrent ses miliciens découvrant des cadavres de

Le Front Al-Nosra pourrait être tenté de faire d’Idlib sa capitale, comme l’EI a transformé Rakka en centre de son « califat »

Territoires et villages tenus par

ALEP Lac Assad Idlib Lattaquié Hama SYRIE Tartous HOMS Route stratégique LIBAN SYRIE DAMAS
ALEP
Lac
Assad
Idlib
Lattaquié
Hama
SYRIE
Tartous
HOMS
Route
stratégique
LIBAN
SYRIE
DAMAS

LoyalistesTartous HOMS Route stratégique LIBAN SYRIE DAMAS Front Al-Nosra Rebelles Kurdes islamique Etat 50 km détenus

Front Al-NosraHOMS Route stratégique LIBAN SYRIE DAMAS Loyalistes Rebelles Kurdes islamique Etat 50 km détenus exécutés par

Rebellesstratégique LIBAN SYRIE DAMAS Loyalistes Front Al-Nosra Kurdes islamique Etat 50 km détenus exécutés par les

KurdesLIBAN SYRIE DAMAS Loyalistes Front Al-Nosra Rebelles islamique Etat 50 km détenus exécutés par les forces

islamiqueSYRIE DAMAS Loyalistes Front Al-Nosra Rebelles Kurdes Etat 50 km détenus exécutés par les forces

Etat

50 km

détenus exécutés par les forces gouvernementales dans la pri- son d’Idlib. Sans s’attarder sur l’affiliation des combattants, la Coalition na- tionale syrienne (CNS), fer de lance de l’opposition politique en exil, a salué une « victoire » et « une étape importante sur la route de l’affranchissement du reste du territoire syrien ». Elle a aussi appelé à un « changement dans la position internationale », demandant plus de soutien pour les factions armées anti-Assad et plus de protection contre les attaques des forces gouverne- mentales et leurs redoutables lar-

gages de barils d’explosifs ou de chlore gazeux. Mais la conquête d’Idlib par les djihadistes et leurs alliés laisse un goût amer à nombre de sympathi- sants de la rébellion modérée, in- quiets de voir s’étendre les forces les plus radicales dans le pays.

Marginalisation des modérés

S’il s’agit pour l’heure de spécula- tions, le Front Al-Nosra pourrait être tenté de faire d’Idlib sa capi- tale, de la même manière que l’Etat islamique a transformé Rakka en centre de son « califat », à cheval sur la Syrie et l’Irak, avant la prise de Mossoul. Cette « vic-

toire » risque aussi de marginali- ser davantage les formations mili- taires modérées, déjà très criti- ques face à l’expansion d’Al-Nosra dans le nord du pays. Ces groupes, qui disposent du soutien de l’Occident, n’ont pas manqué de souligner que le Front Al-Nosra n’avait pas pris part à l’assaut mené contre la ville de Bosra Al-Cham, dans le sud-ouest de la Syrie, délogeant l’armée et ses milices alliées de cette ville classée au Patrimoine mondial de l’Unesco mercredi 25 mars. Damas entend-il lancer une contre-offensive à Idlib à brève échéance ? Les médias progou- vernementaux font état d’envoi de renforts au sud de la ville, en vue de freiner l’expansion djiha- diste. Si elles disposent d’un aéro- port et de cinq bases militaires dans la province d’Idlib, les forces du régime sont toutefois en posi- tion de faiblesse. L’armée sy- rienne et ses supplétifs, comme le Hezbollah, ont déjà fort à faire dans le sud du pays et dans la ré- gion d’Alep. Mis à mal, le régime pourrait toutefois chercher à capi- taliser sur cette avancée des forces radicales, en se présentant à nou- veau comme un « rempart » con- tre les djihadistes. Les combats d’Idlib, qui ont fait plus de 170 morts, ont entraîné la fuite de civils. La poursuite ces dé- parts risque de créer un nouveau mouvement massif de déplacés à l’intérieur du pays. p

laure stephan

LE CONTEXTE

à l’intérieur du pays. p laure stephan LE CONTEXTE LE FRONT AL-NOSRA Fondé en janvier 2012

LE FRONT AL-NOSRA

Fondé en janvier 2012 par Abou Mohammed Al-Joulani, un djiha- diste syrien libéré de prison par le régime de Bachar Al-Assad à l’automne 2011, le Front Al- Nosra (« Front du soutien », en arabe) est l’un des principaux groupes rebelles anti-Assad en Syrie. Il reçoit à ses débuts l’aide et l’encadrement de djihadistes irakiens, mais lorsque leur chef, l’irakien Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef de l’organisation Etat is- lamique (EI), revendique la tête du mouvement djihadiste en Sy- rie comme en Irak, en avril 2013, le Front Al-Nosra refuse de prêter allégeance, préférant rester fi- dèle à Al-Qaida. Depuis, les deux mouvements se sont combattus à plusieurs reprises. Le Front Al- Nosra, pour qui la guerre contre le régime Assad reste l’objectif premier, fait partie de la liste des organisations terroristes de l’ONU et des Etats-Unis.

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MARDI 31 MARS 2015

international | 15

Après le vote, la crainte de violences au Nigeria

Le résultat du scrutin présidentiel, très serré, devrait être connu lundi

REPORTAGE

kaduna (nigeria) - envoyé spécial

S amedi 28 mars, Kaduna était prête à tout suppor- ter : le soleil, l’attente, les retards, et même les ratés

de la mise en place du nouveau système de lecture des cartes d’électeurs biométriques. Pourvu qu’on vote et qu’on élise le nou- veau président du Nigeria. Kaduna, ex-capitale de la partie nord du pays pendant la période coloniale, puis ville industrielle, siège du pouvoir nordiste et mili- taire nigérian pendant plusieurs décennies, et désormais écono- miquement ravagée, était déter- minée à participer aux élections générales avec un enthousiasme admirable, mais inquiétant pour la suite. Notamment pour le mo- ment des résultats. Car cette fer- veur immense des votants me- nace de se transposer en moteur à violence lorsque sera connu le vainqueur de la présidentielle. Les quartiers « nord » (le plus gros de cette ville de plus de trois millions d’habitants) sont désor- mais peuplés par des musulmans qui soutiennent l’opposition, le Congrès de tous les progressistes (APC) et son candidat, le général Muhammadu Buhari. Au sud, la population, chrétienne, soutient à une écrasante majorité le Parti démocratique populaire (PDP), parti au pouvoir, et son candidat, le président Goodluck Jonathan. Cette séparation n’est pas une fa- talité, ni même le produit d’une

logique confessionnelle, mais le résultat de vagues de violences entretenues depuis 2000, qui ont-

mis fin à la cohabitation confes- sionnelle qui était la marque de

la ville.

Cette Kaduna morte, certains es- pèrent la réanimer, mais à condi- tion que ce soit conforme à leurs aspirations politiques. Ainsi, Mo- hammed Musa Abdu, qui rêve tout haut de voir, « à nouveau, chrétiens et musulmans vivre en- semble » à Kaduna, ville désor- mais partagée comme par un trait de feu par la rivière « aux crocodi- les », entre partisans et opposants du parti au pouvoir, mais qui se prépare tranquillement, comme tout le monde ici, à voir la ville s’embraser si le candidat Buhari n’est pas élu. « On est prêt pour cé-

lébrer sa victoire. Mais s’il perd, tout le monde va descendre dans la rue, et la colère n’aura aucune limite », dit cet homme calme et pondéré.

A chaque pas dans le quartier de

Tudun Wada, des gens de tous les âges surgissent et crient leur sou- tien à Muhammadu Buhari. L’am- biance, en cette fin d’après-midi, a déjà atteint la surchauffe. Kaduna a pourtant voté dans le calme, samedi, parfois au prix de plus de douze heures d’attente dans les bureaux de vote. Là où les machines supposées lire les em- preintes digitales des nouvelles cartes biométriques avaient des problèmes de fonctionnement, on s’est rabattu sur des listes im- primées sur du papier, et tant pis pour les risques de fraude. Il y a eu

du papier, et tant pis pour les risques de fraude. Il y a eu Des partisans

Des partisans de Muhammadu Buhari, dans le quartier de Tudun Wada, à Kaduna, le 29 mars. BÉNÉDICTE KURZEN/NOOR POUR « LE MONDE »

Dans l’Etat de Rivers, il y a eu déjà plusieurs morts dans des affrontements entre partisans des deux rivaux

une journée d’euphorie, le temps de goûter cette belle performance électorale. Un scrutin enfin cor- rect, l’espoir d’une alternance, la première depuis 1999. Et puis dimanche, la peur est re- venue en boomerang. A Tudun Wada, ancien quartier très mé- langé dont les chrétiens ont désor- mais presque disparu, les forces de sécurité sont venues ramasser la nuit précédentes toutes les pou- pées, ces pantins ressemblant à des épouvantails, dressés au mi- lieu de la route, qui sont des imita-

tions grandeur nature des candi- dats de l’APC, et munis de balais, le symbole du parti qui affirme vou- loir « faire le ménage ». « C’est sim- ple : ils les ont enlevés parce que la base des poupées, c’était des pneus. Or, les pneus, c’est ce qu’on com- mence à brûler quand l’émeute commence… », note, toujours calme, Mohammed Musa Abdu.

Effervescence palpable

On ne connaîtra pas les résultats du scrutin à l’échelle nationale avant lundi au plus tôt, comme l’a promis Attahiru Jega, le président de la Commission électorale indé- pendante nationale (INEC). Mais plus les heures passent, plus la ten- sion monte dans le pays. Une ru- meur diffusée par le PDP a donné sa victoire dans 23 Etats (sur les 36 du Nigeria). Inversement, l’APC, dans les quartiers nord de Kaduna, s’est auto-convaincue de l’immi- nence de sa victoire. D’où l’effer- vescence palpable. Dans l’Etat pétrolier de Rivers,

dans l’extrême sud du pays (delta du Niger), plusieurs milliers de militants de l’APC encerclaient, di- manche soir, le siège de l’INEC, ré- clamant que les élections soient organisées de nouveau dans cet Etat. Il y a eu déjà plusieurs morts dans des affrontements entre partisans des deux partis rivaux. Plus grave encore, certains « mili- tants » (ex-partisans armés de la cause des minorités du delta) ont repris les armes. Certains ont me- nacé d’entrer en guerre si Goo- dluck Jonathan, originaire lui aussi de cette région où sont pro- duits les 2,2 millions de barils de pétrole nigérian, n’était pas réélu. Dimanche, Boko Haram, de son côté, a tenté de prendre la ville de Bauchi, au nord-est, pour créer un choc psychologique. En vain, semble-t-il. A Kaduna, les massacres de Boko Haram ou les tensions dans l’Etat de Rivers n’ont pas d’impact. La ville a d’autres soucis. Ola Tundi, un des innombrables piliers lo-

caux de l’APC, montre une vidéo sur son téléphone. Des personnes vêtues avec soin dansent dans une pièce richement décorée, et cer- tains jettent en l’air des liasses de dollars qui retombent sur le sol. L’une d’elles ressemble étonnam- ment à une ministre influente du gouvernement. Jeter des liasses avant de les piétiner n’est pas si rare, chez les très fortunés du Ni- geria, mais cette découverte cons- titue un choc pour les habitants de ce quartier. Suleyman Moham- med, qui dirige une petite organi- sation locale, le Center for Media- tions and Peace Advocacy (CMPA), résume cet écœurement explosif :

« Chrétiens contre musulmans, cela fait des années que les politi- ciens de ce pays nous dressent les uns contre les autres, alors qu’on vi- vait en paix, chacun avec notre reli- gion, jusqu’à ce qu’on nous pousse à nous entre-tuer. Mais si demain, le PDP vole la victoire, il va y avoir tout un pays en feu. » p

jean-philippe rémy

Singapour s’arrête le temps d’un hommage à son père fondateur, Lee Kuan Yew

Le premier dirigeant de la cité-Etat, au pouvoir de 1959 à 1990, est mort le 23 mars à 91 ans

bangkok -

correspondant en Asie du Sud-Est

P eu importe la pluie qui tombait par rafales sur la ville en deuil. Criant « Lee

Kuan Yew, we love you » au passage du cortège transportant le cercueil du père fondateur, des dizaines de milliers de Singapouriens se sont déplacés, dimanche 29 mars, pour un dernier adieu à celui qui avait incarné l’exceptionnel destin d’un confetti territorial de cinquante ans d’âge devenu un symbole de la réussite économique. Mort lundi 23 mars à 91 ans, Lee Kuan Yew a reçu de la part de ses concitoyens un hommage à la mesure de son statut, celui de l’un des derniers hommes d’Etat de cette dimension en Asie. Placé sur l’affût d’un canon et protégé par un caisson de verre, le cercueil du disparu a suivi les étapes symboli- ques d’un parcours qui résumait à lui tout seul l’itinéraire de l’homme fort de la cité-Etat : de- puis le Parlement, une institution marginalisée par l’idéologie d’un ancien premier ministre qui ne croyait pas à la démocratie, en passant par le « Bureau d’investi- gation contre la corruption », em- blème du souci constant de Lee

pour une gouvernance « propre et efficace », jusqu’à l’université, symbole de l’accent mis sur l’édu- cation, où ont été prononcés les éloges funèbres. « La lumière qui nous a guidés toutes ces années s’est éteinte », a lancé Lee Hsien Loong, premier ministre et fils aîné de Lee « Se- nior », qui a pris en 2004 les rênes de cette singulière démocratie autoritaire. En anglais, en manda- rin et un peu en malais, langues of- ficielles de la nation, le discours du chef du gouvernement a symbo- lisé Singapour à bien des titres :

une entité multiculturelle que le défunt M. Lee avait érigée sur le tard en pays phare des « valeurs asiatiques », macédoine de confu- cianisme, de paternalisme et de li- béralisme économique dont la

« La lumière qui nous a guidés toutes ces années s’est éteinte », a lancé le premier ministre, fils aîné de Lee « Senior »

progéniture du père de la nation a hérité le pouvoir par le biais d’élec- tions législatives. Lee Kuan Yew était devenu le premier des premiers ministres du Singapour autonome de 1959, après le retrait britannique, puis chef du gouvernement de Singa- pour indépendant en 1965 après que la fédération de Malaisie, qui avait d’abord inclus Singapour, eut décidé de se séparer de ce qui allait devenir la cité-Etat. En présence de plusieurs diri- geants du Sud-Est asiatiques, du premier ministre indien Naren- dra Modi, de Bill Clinton, de l’an- cien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger et du premier ministre japonais Shinzo Abe, les responsables de l’Etat singapou- rien se sont succédé au micro au sein du centre culturel de l’uni- versité, avant que le fils cadet du défunt, Lee Hsien Yang, frère de l’actuel premier ministre et prési- dent de l’aviation civile de Singa- pour, prononce un dernier dis- cours, qu’il a conclu devant l’aréo- page des dignitaires par un :

« Adieu Papa. » Goh Chok Tong, le premier mi- nistre qui avait succédé à Lee Kuan Yew en 1990, s’est félicité du fait que celui-ci ait mené ses conci-

toyens de manière « ferme ». Un ex-parlementaire du parti de Lee a remarqué, prolongeant ainsi les certitudes politiques du défunt, que « si l’on veut être constamment populaire, on gouverne mal ».

Interdiction du chewing-gum

Lee Kuan Yew, il est vrai, ne mâ- chait ni ses mots ni ses décisions :

dans les années 1960 et 1970, il fit arrêter des centaines de ses oppo- sants, beaucoup soupçonnés d’être communistes. En réponse à une question portant sur l’inter- diction de vente du chewing- gum, considéré comme source de saleté, il recommanda un jour à ceux qui avaient besoin de mâ- cher quelque chose pour penser de « manger des bananes ». La foule de ses concitoyens, qui s’est pressée dans le hall du Parle- ment, où son cercueil était ex- posé depuis sa mort, aura été à la mesure du culte dont il était l’ob- jet chez beaucoup : plus de 400 000 Singapouriens ont dé- filé devant sa dépouille mortelle, soit près d’un habitant sur dix. Comme l’a dit son fils Lee Hsien Loong, le premier ministre, à la fin de son oraison : « Nous avons tous perdu un père. » p

bruno philip

: « Nous avons tous perdu un père. » p bruno philip PALESTINE Plaintes palestiniennes en

PALESTINE

Plaintes palestiniennes en vue à la CPI

Dès que l’adhésion de la Pa- lestine au statut de Rome sera effective, mercredi 1 er avril, l’Autorité palesti- nienne saisira la Cour pénale internationale (CPI) en dépo- sant plusieurs plaintes contre Israël, a confirmé Leïla Sha- hid, ambassadrice de la Pales- tine auprès de l’Union euro- péenne. « Nous sommes en train de préparer des dossiers sur deux thèmes », a-t-elle dé- claré, dimanche 29 mars, dans « Internationales » sur TV5 Monde en partenariat avec Le Monde et RFI. Ces plaintes viseront « les trois guerres qu’Israël a menées de manière unilatérale contre Gaza et donc tous les crimes de guerre commis en 2008, 2009 et 2014 ». « Nous som- mes en train de préparer des dossiers sur la colonisation parce que les conventions de Genève disent que la colonisa- tion est un crime de guerre », a ajouté M me Shahid.

CANADA

Une catastrophe aérienne évitée de justesse en pleine tempête de neige

Un accident d’avion à l’aéro- port d’Halifax (est du Ca- nada), dimanche 29 mars, a fait 23 blessés et aucun mort sur les 138 personnes à bord. Avec une visibilité réduite par une tempête de neige, l’A320

d’Air Canada a heurté un ré- seau d’antennes 350 mètres avant le début de la piste. Le choc a provoqué des domma- ges importants sur l’avion et arraché le train d’atterrissage principal. L’appareil a dû se poser directement sur la car- lingue, a rebondi, puis a glissé sur environ 300 mètres avant de s’immobiliser. Après avoir été fermé au trafic plusieurs heures, l’aéroport d’Halifax a repris ses opérations diman- che avec une seule piste, la seconde devant rester fer- mée plusieurs jours pour l’enquête. – (AFP.)

SIERRA LEONE

Levée de la mesure de confinement général contre Ebola

Freetown a annoncé diman- che soir la levée du confine- ment imposé pendant trois jours à toute la population de la Sierra Leone pour couper les chaînes de transmission du virus Ebola. A l’exception des acteurs de la santé et des forces de sécurité, les six mil- lions de Sierra-Léonais ont dû rester chez eux de vendredi 6 heures à dimanche 18 heures. Des allégements ont été ob- servés pour permettre aux musulmans de se rendre à la mosquée vendredi et aux chrétiens d’aller à l’église di- manche. Un premier confine- ment de ce type avait eu lieu en septembre 2014. Selon l’Organisation mondiale de la santé, Ebola a tué 3 700 per- sonnes en Sierra Leone, sur 11 800 malades. – (AFP.)

La Poste – SA au capital de 3 800 000 000 €–356 000 000 RCS Paris – Siège social : 44, boulevard de Vaugirard – 75757 Paris Cedex 15 – Crédit photo : Coco Amardeil.

16 | international

La télévision des Tatars de Crimée doitcesserd’émettre

La chaîne de cette communauté musulmane avait affirmé son opposition à l’annexion de la péninsule par Moscou

moscou - correspondante

S auf réaction de dernière minute des autorités, ATR, la chaîne de télévi- sion des Tatars de Crimée

opposés à l’annexion de la pénin- sule ukrainienne par la Russie, devrait cesser d’émettre mercredi 1 er avril. Jusqu’ici, la chaîne était encore diffusée sous licence ukrainienne mais la phase de transition pour se mettre en con- formité avec la législation russe s’achève à cette date butoir. « On nous avait dit que le renou- vellement serait une formalité mais toutes nos demandes ont été rejetées sous prétexte d’erreurs, et rien ne se passe », déclare, désem- parée, la directrice générale d’ATR, Elzara Islamova, jointe par télé- phone. La tentative de Mikhaïl Fe- dotov, président du Conseil des droits de l’homme rattaché au Kremlin, d’intercéder en faveur de la chaîne, serait restée lettre morte, selon elle. Un compte à re- bours s’affiche désormais sur l’écran d’ATR. Fondée en 2005, cette télévision émet en trois langues (tatar, ukrainien, russe) et possède éga- lement une chaîne pour enfants ainsi que deux stations de radio. Elle est un objet de fierté pour les Tatars de Crimée, une commu- nauté musulmane turcophone minoritaire, déportée massive- ment en 1944 en Asie centrale sur ordre de Staline puis revenue dans la péninsule après la chute de l’URSS en 1991. La fermeture

d’ATR, tout un symbole, était re- doutée, comme une étape sup- plémentaire des tensions nées après le rattachement de la Cri- mée à la Fédération de Russie un an auparavant. « Sergueï Aksionov [nouveau président de la pénin- sule] le dit ouvertement : “Vous êtes pour l’Ukraine, on ne va pas garder des médias ennemis.” Ils veulent contrôler ce qui se passe dans la tête des gens », confiait avec appréhension, mi-février, à Simferopol, capitale administra- tive de la péninsule, Narimane Djelialov, vice-président du Me- jliss, l’assemblée représentative des Tatars de Crimée.

« Le pouvoir fait ce qu’il veut »

Depuis un an, poursuit-il, « les choses n’ont pas évolué dans le sens positif. Tous les jours, nous voyons passer des troupes, des blindés… Nous sommes dans une situation semi-militaire, un Etat à moitié en guerre, alors le pouvoir fait ce qu’il veut, il décide qui est ennemi et qui ne l’est pas ». Aux « disparitions » toujours non élu- cidées de sept jeunes Tatars début 2014, se sont ajoutées des arresta- tions liées aux échauffourées du 26 février devant le Parlement cri- méen, avant l’annexion de la pé- ninsule, qui avaient abouti à la mort de deux manifestants. « Nous ne contestons pas qu’il y a eu des violences, mais dans une bagarre générale, il est difficile de dire qui a fait quoi », souligne M. Djelialov. Les principaux res- ponsables du Mejliss, interdits

Mystérieuses décorations à Moscou

Vladimir Poutine a décoré plusieurs unités militaires du titre ho- norifique « de la Garde », un geste perçu par certains experts comme la reconnaissance tacite de l’ingérence de l’armée russe en Ukraine, note l’Agence France-Presse. Ce titre n’est pas ac- cordé à des unités militaires en temps de paix. Selon le décret si- gné par le président russe, les 11 e et 83 e brigades de parachutis- tes et le 38 e régiment des communications ont été décorés pour « héroïsme et bravoure lors d’hostilités armées pour défendre la patrie et les intérêts de l’Etat ». « Les deux brigades de parachutis- tes ont eu des pertes, et pas des légères » lors de combats contre l’armée ukrainienne, affirme Igor Soutiaguine, analyste du Royal United Services Institute, un centre de réflexion britannique.

d’entrée en Crimée, résident tou- jours à Kiev. Et les discussions à l’intérieur de cette assemblée, non reconnue par Moscou, sont animées. « Soit nous ouvrons un dialogue, soit la “machine” va nous écraser. » « Le pouvoir parle en effet de dia- logue, mais ils posent ses condi- tions, que le chef du Mejliss de- vienne un homme loyal au régime, soupire M. Djelialov. Nous ne sommes pas contre un compromis mais qu’il ne nous oblige pas à jouer un spectacle d’allégeance ! » Les difficultés économiques ap- parues en Crimée, notamment dans l’agriculture après l’arrêt de l’approvisionnement en eau par l’Ukraine qui a fermé le canal, font craindre à la communauté des Tatars de Crimée des réac- tions hostiles à leur endroit. « Si les problèmes s’aggravent, le dan- ger va ressurgir de façon xéno- phobe. Nous l’avons toujours en tête », assure M. Djelialov, qui es- time à « 9 000 ou 10 000 » le nombre de Tatars de Crimée par- tis de la péninsule, même si « quelques-uns reviennent ». Ici aussi, l’assassinat le 27 février de l’opposant Boris Nemtsov sous les murs du Kremlin a été un choc. « Si ceux qui sont contre ce régime peuvent être tués à Mos- cou, alors en Crimée… » L’édification, le 5 février, d’une statue monumentale de Staline aux côtés de Churchill et Roose- velt, dans le but de célébrer l’an- niversaire des accords de Yalta de 1945, n’a pas contribué à apaiser les esprits. Et malgré les discours officiels niant les tensions, l’in- quiétude persiste dans la com- munauté turcophone, évaluée jusqu’ici à 12 % de la population. ATR, qui emploie 200 personnes, avait déjà fait l’objet de perquisi- tions policières, son signal hert- zien a été coupé. Ces derniers jours, la rumeur s’est répandue selon laquelle ses programmes auraient été enre- gistrés par les autorités, hors ac- tualité, afin de ne pas laisser un funeste écran noir. p

isabelle mandraud

L’HISTOIRE DU JOUR Angelo et Massimo, fils de mafieux pour toujours

rome - correspondant

V oilà six mois déjà que, chaque sa- medi, Angelo Provenzano, 40 ans, se rend au Plaza Opera de Palerme, un

hôtel chic de la capitale sicilienne, à la rencon- tre de touristes américains amenés par l’agence bostonienne Overseas Adventure Travel. Il n’a qu’un seul rôle à tenir : être lui- même, Angelo, fils de Bernardo Provenzano, ancien chef de Cosa Nostra, la Mafia de l’île, qui, reconnu coupable de dizaine de meur- tres, dont ceux des juges Falcone et Borsel- lino, purge depuis 1993 douze peines de pri- son à perpétuité. Au quotidien La Repubblica, dimanche 29 mars, Angelo déclare, sur la dé- fensive : « C’est une occasion de travail comme une autre. » Dans un salon, pendant près d’une heure, il raconte sa jeunesse tourmentée pendant la cavale de son père, dont il ne révèle ni le lieu ni les complicités, son retour à Corleone, le village du clan où il vit désormais avec sa mère, sa difficulté d’être un fils de. N’ayant ja- mais renié son géniteur condamné au nom de ce qu’il appelle « la seule vérité judiciaire », il veut se refaire une nouvelle vie. Pas facile… Avant lui, son frère, Francesco Paolo, avait ob- tenu un poste d’assistant linguistique dans une université allemande avant d’en être écarté lorsque son employeur a connu sa véri- table identité. « Il y a trop de préjugés contre nous, lâche Angelo, et pas seulement en Si- cile. »

Pragmatique, son public cherche à lui re-

monter le moral : « Les fautes des pères ne doi- vent pas rejaillir sur les enfants », lui dit un des touristes. « Changez d’identité et disparais- sez », lui conseille un autre. Disparaître, An- gelo n’y tient pas. C’est en Sicile qu’il veut vi- vre, dût-il traîner comme un boulet le poids de son ascendance. « Plutôt que de trouver du temps pour raconter sa vie,

Angelo ferait mieux de col- laborer avec la justice pour dire où se trouve le trésor de son père », grince un dé- puté de l’île. Le « boulet » de Massimo Cimarosa, 32 ans, s’appelle Matteo Messina Denaro. C’est son oncle. En fuite lui aussi depuis des décennies, Denaro passe pour le nou- veau capo dei capi (« chef des chefs », surnom du lea-

der de Cosa Nostra) de Si- cile. Fin février, Massimo Cimarosa est apparu, lors d’une convention du Parti démocrate (gauche) à Palerme, pour prendre publique- ment ses distances avec la Mafia, dont son père Lorenzo, condamné à quatre ans de prison, fait également parti. En larmes, le jeune homme a été chaleureusement applaudi. Le président de la région, Rosario Crocetta a affirmé : « Tous les Siciliens ont le droit de rêver. » Pour Angelo et

Massimo, c’est juste un peu plus difficile. p

philippe ridet

DISPARAÎTRE, AN- GELO N’Y TIENT PAS. C’EST EN SICILE QU’IL VEUT VIVRE, DÛT-IL TRAÎNER COMME UN BOULET LE POIDS DE SON ASCENDANCE

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planète | 17

«Le rendez-vous de Paris sur le climat sera crucial»

Pour le commissaire européen au climat et à l’énergie, Miguel Arias Cañete, les engagements climatiques de chaque Etat devront être évalués en permanence

ENTRETIEN

A lors que le délai théori- que des Etats pour pré- senter leurs contribu- tions de réduction des

émissions expire, le commissaire au climat et à l’énergie revient sur les engagements de l’Union euro- péenne.

L’Union européenne est, après la Suisse, le deuxième espace économique à avoir révélé ses objectifs de lutte contre le changement climatique. Quels en sont les axes majeurs ? Lors de la conférence mondiale de Lima [la COP 20, en décem- bre 2014], nous avions proposé que toutes les économies présentent dans les trois mois une contribu-

tion sur le chemin de la COP 21, à Paris en décembre. L’UE a montré la voie en publiant le 6 mars un plan d’ensemble très ambitieux. Il propose une réduction d’au moins

40 % de ses gaz à effet de serre d’ici

à 2030, sans utilisation des crédits internationaux, associée à des ob- jectifs de 27 % dans les énergies re- nouvelables, de 27 % à 30 % dans le cadre de l’efficacité énergétique. Nous allons prouver que l’Europe est leader dans ce domaine.

Ces engagements sont-ils suffi- sants pour contenir le réchauf- fement sous le niveau des 2° C, le seuil jugé critique par les experts scientifiques ? Cela ne dépend pas seulement de

l’Europe, responsable de moins de

10 % des émissions, mais de l’effort

conjoint des grandes économies et des pays en voie de développe- ment. C’est pourquoi il est néces- saire que la conférence de Paris établisse un processus d’évalua- tion permanente des niveaux d’ambition de chacun.

Comment l’Europe espère-t- elle atteindre son objectif de 40 % de réduction de ses émissions globales ? Notre objectif de 40 % a besoin d’actions fortes de décarbonisa- tion mais aussi de développement des énergies renouvelables. Or nous manquons d’intercon- nexions entre nos différents mar- chés. Nous devons faire d’impor- tants efforts d’efficacité énergéti- que, car nous sommes en retard, notamment dans la performance des bâtiments. Il nous faut égale- ment développer les infrastructu- res de recharge pour populariser les voitures électriques. La Com- mission finalise un paquet trans- port pour lancer la voiture électri- que à l’échelle européenne. Une conférence se tiendra en juin pour aborder ces sujets : mobilité, in- frastructure, émissions de CO 2 . Nous ferons des propositions au deuxième semestre 2016 sur la ré- partition de ces efforts entre les Etats membres.

Selon un récent rapport euro- péen, il faudrait quintupler les investissements privés dans l’efficacité énergétique pour respecter la feuille de route du 6 mars. De quels leviers financiers l’UE dispose-t-elle ? Nous voulons pousser les inves- tissements dans la construction et

« L’UE propose une réduction d’au moins 40 % de ses gaz à effet de serre d’ici à 2030 »

« La Commission finalise un paquet transport pour lancer la voiture électrique à l’échelle européenne»

l’efficacité énergétique des bâti- ments. Plus globalement, le volet financement est déterminant. Jus- qu’à présent, l’UE a bien travaillé. En 2013, les Etats membres ont fait une contribution de 9,5 milliards d’euros de financement climati- que en direction des pays en voie de développement, et ont abondé le Fonds vert – à hauteur de 10 mil- liards, pour des actions d’adapta- tion – à hauteur de 4,6 milliards.

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, veut faire de l’Europe la championne du monde des énergies renouvela- bles. Est-ce réaliste, avec des pays fortement dépendants des énergies fossiles ? On a, dans ce domaine, une ex- pertise magnifique, mais la crois- sance des énergies renouvelables suppose de gros efforts d’intercon- nexion électrique, d’infrastructu- res, de capture et stockage du car- bone. Il est impossible de faire une substitution absolue d’un jour à l’autre. Le charbon et le gaz vont rester pour des années encore une

source d’énergie pour l’Europe.

L’Union européenne vient d’ailleurs de décider de renfor- cer ses infrastructures gazières… Oui, car nous devons faire face à un problème de sécurité énergéti- que important. La situation géo- politique nous contraint à trou- ver des sources complémentaires aux importations de gaz en pro- venance de Russie. Il existe d’autres sources, l’hydraulique, le nucléaire, le gaz de schiste. Cha- que Etat reste autonome dans le choix de son mix énergétique.

Pourquoi l’Europe s’est-elle orientée vers un marché du carbone et non vers une taxe carbone ? Nous avons mis en place un mar- ché du carbone pour lancer un si- gnal aux entreprises. S’il est puis- sant, il sera plus facile d’avancer vers la décarbonisation. Des pays comme la Chine ou les Etats-Unis ont eux aussi leur marché car- bone, mais notre modèle est le plus organisé au monde, avec son mécanisme de droits d’émission diminuant année après année.

La résolution du problème climatique ne passe-t-elle pas par une réforme de l’Organisa- tion mondiale du commerce et des règles du commerce inter- national ? Réformer le système multilaté- ral va au-delà de mes responsabi- lités. Mais une chose est claire :

c’est à Paris que l’on verra si l’en- semble des contributions des pays permet de respecter l’objectif de 2° C, fixé par les scientifiques.

Partagez-vous l’opinion de Martin Schulz, le président du Parlement européen, selon le- quel « il est minuit moins cinq pour la survie de l’humanité » ? Je partage pleinement l’avis de Martin Schulz. Le rendez-vous de Paris sur le climat sera crucial et l’Union européenne fera tout pour qu’il soit un succès. Nous avons une coordination très étroite avec

la présidence française de la COP 21 pour agir ensemble et conclure un accord. Le changement climatique est le défi de ce siècle et Paris est la pierre angulaire de l’effort collectif que nous devons accomplir.

Estimez-vous vraiment que l’Europe peut être un leader de cette négociation ? Lorsque l’on voit l’importance que prennent les deux plus gros émetteurs, la Chine et les Etats- Unis, signataires d’un accord en novembre 2014, on a un l’impression d’avoir affaire à un G2 du climat… Nous avons montré notre lea- dership en présentant notre con- tribution les premiers, un com- promis très ambitieux. Il est es- sentiel que tous les grands pays se mettent en mouvement, mais l’Union européenne s’est fixé pour mission de construire des ponts, d’entraîner ses partenaires vers des solutions conjointes. C’est le rôle que nous nous fixons pour les sessions du G7 et du G20.

Plusieurs eurodéputés se sont exprimés contre votre nomina- tion le 1 er octobre 2014, soup- çonnant des conflits d’intérêts et des participations dans des compagnies pétrolières… Il s’agissait de petites participa- tions dans de petites compa- gnies… Je les ai vendues le jour- même où j’ai su que j’allais devenir commissaire européen à l’action climatique et à l’énergie. Mes rap- ports avec les eurodéputés sont excellents et je crois que mon en- gagement dans la lutte contre le changement climatique ne fait plus aucun doute.

Cela ne risque-t-il pas, à travers vous, d’affaiblir la voix de l’Union européenne dans le jeu des discussions multilatérales ? Non. J’étais présent à la COP 20, tout le monde sait quel rôle que j’ai tenu avec l’UE dans les négociations de Lima. Avec la présidence italienne, nous avons obtenu le consensus des Vingt- Huit dans une contribution commune. p

propos recueillis par stéphane foucart et simon roger

LES DATES

recueillis par s téphane foucart et simon roger LES DATES 2015 31 mars Date souhaitée de

2015

31 mars Date souhaitée de remise des contributions nationales pour lutter contre le dérèglement climatique. Au 30 mars, seuls la Suisse, l’Union européenne, la Norvège et le Mexique ont rendu public leur plan d’action. 1 er au 11 juin Reprise des négociations des 195 Etats signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements cli- matiques (CCNUCC), à Bonn (Al- lemagne). Deux autres sessions sont prévues, toujours à Bonn, fin août et mi-octobre. 1 er novembre Synthèse par le secrétariat de la CCNUCC des scénarios natio- naux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. 30 novembre au 11 décembre 21 e conférence des parties (COP 21) à Paris-Le Bourget, avec l’objectif de conclure un accord universel maintenant le réchauffement planétaire sous la barre des 2 °C.

18 | france

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MARDI 31 MARS 2015

«Pour l’amour de Dieu, ouvre cette porte!»

Selon la presse allemande, le pilote de l’A320, Andreas Lubitz, souffrait de « graves symptômes dépressifs »

berlin - correspondant

« graves sympt ômes dépressifs » berlin - correspondant medi 28 et dimanche 29 mars semblent

medi 28 et dimanche 29 mars semblent indiquer au contraire que le copilote de l’Airbus A320 de Germanwings, seul aux comman- des lorsque celui-ci s’est écrasé avec 150 personnes à bord mardi 24 mars, souffrait de troubles psy- chiques et peut-être physiques. Selon l’édition dominicale du Welt, Andreas Lubitz, 27 ans, « était soigné par plusieurs neuro- logues et psychiatres ». D’importantes quantités de mé- dicaments auraient été retrou- vées à son domicile. La police

aurait également retrouvé des no- tes personnelles selon lesquelles Andreas Lubitz souffrait « de gra- ves symptômes dépressifs » dûs au stress. Ces éléments n’ont été ni confirmés ni démentis par le pro- cureur de Düsseldorf chargé de l’enquête. Celui-ci devrait donner de nouvelles informations, peut- être même dès lundi 30 mars. Vendredi, il avait indiqué que des arrêts de travail déchirés avaient été retrouvés la veille au domicile du copilote et que celui-ci avait ca- ché à son employeur qu’il n’aurait pas dû travailler le 24 mars, jour du vol Barcelone-Dusseldorf.

Décollement de la rétine

Toujours selon Bild, Andreas Lu- bitz pensait qu’il risquait de deve- nir aveugle en raison d’un décolle- ment de la rétine. On ignore si ce risque était réel ou purement psy- chologique. S’il était réel, les méde- cins de Lufthansa auraient dû s’en apercevoir. Bild a publié le témoi- gnage anonyme d’une hôtesse de l’air qui affirmait avoir été la com-

Le « cas Lubitz » provoque un large débat en Allemagne sur d’éventuelles limites à apporter au secret médical

pagne d’Andreas Lubitz en 2014. Selon elle, s’il « a fait ça, (…) c’est parce qu’il a compris qu’à cause de ses problèmes de santé, son grand rêve d’un emploi à la Lufthansa comme commandant de bord et pi- lote de long-courrier était pratique- ment impossible ». Andreas Lubitz aurait également dit à la jeune femme : « Un jour, je vais faire quelque chose qui va changer tout le système, et tout le monde connaî- tra mon nom et s’en souviendra. » Chargés d’enquêter sur les cir- constances du crash, les enquê- teurs du Bureau d’enquêtes et

d’analyses français se sont dits « consternés » par ces révélations sur le copilote ainsi que le contenu des enregistrements de vol, rele- vant selon eux « du voyeurisme ». Après toutes ces révélations, Lufthansa, la maison mère de Ger- manwings, a réaffirmé « n’avoir aucune connaissance » d’éven- tuels problèmes psychiques ou médicaux d’Andreas Lubitz. Elle af- firme ne pas savoir non plus que le dossier que la direction de l’avia- tion civile allemande possédait sur lui portait la mention « Exa- mens médicaux particuliers ». Une telle indication, selon l’admi- nistration, signifie que la per- sonne concernée souffre d’une maladie chronique qui exige une prise en charge médicale régulière. Par ailleurs, le quotidien Die Welt a critiqué le sous-effectif des services médicaux de la Lufthansa. Le groupe dispose de vingt médecins pour 5 400 pilo- tes. La Lufthansa a rejeté ces criti- ques et affirmé qu’une compa- gnie n’est pas tenue d’avoir son

L a première boîte noire re- trouvée sur les lieux du

crash de l’Airbus A320 a li- vré le contenu des discus-

sions entre le commandant de

bord et le copilote. Selon l’édition dominicale du 29 mars de Bild, qui

a pu écouter les enregistrements