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Cours 5 – Les sanctions de l’inexécution du

contrat

Le contrat a force obligatoire ; les parties doivent donc l’exécuter.


Mais il arrive évidemment que ce ne soit pas le cas. Il faut alors savoir
comment l’inexécution est sanctionnée. La partie victime de l’inexécution
bénéficie d’un arsenal de sanctions, poursuivant différents objectifs.
D’abord, la victime peut engager la responsabilité contractuelle de son
cocontractant afin d’obtenir réparation de son préjudice (chapitre 1).
Ensuite, elle peut préférer opter pour des sanctions lui permettant d’obtenir
l’exécution du contrat (chapitre 2). Elle peut aussi, si elle préfère, obtenir la
rupture du contrat (chapitre 3).
Chapitre 1 – La responsabilité contractuelle
Le contractant qui n’exécute pas ses obligations peut engager sa
responsabilité contractuelle. En d’autres termes, il peut être condamné à
réparer les conséquences dommageables de son inexécution, le plus
souvent par le versement de dommages et intérêts (section 2). Pour cela,
plusieurs conditions doivent être réunies (section 1). En outre, la
responsabilité contractuelle peut faire l’objet de stipulations modifiant le
régime légal (section 3).
Section 1 – Les conditions de la responsabilité contractuelle
Il existe des conditions de fond et une condition de forme
§ 1 – Les conditions de fond
Deux conditions de fond doivent être remplies pour que le
mécanisme de la responsabilité contractuelle puisse dérouler ses effets :
une inexécution fautive et un dommage.
A – Une inexécution fautive
Le texte fondant la responsabilité contractuelle est l'article 1147 du
Code civil. Selon cet article "Le débiteur est condamné, s'il y a lieu, au
payement de dommages et intérêts, soit à raison de l'inexécution de
l'obligation, soit à raison du retard dans l'exécution, toutes les fois qu'il ne
justifie pas que l'inexécution provient d'une cause étrangère qui ne peut lui
être imputée, encore qu'il n'y ait aucune mauvaise foi de sa part". De cet
article on tire deux conclusions s'agissant de l'inexécution fautive : elle
suppose d'une part une obligation inexécutée et d'autre part l'absence
d'excuse.
1 – L'obligation inexécutée

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Selon l'article 1147 du Code civil, l'inexécution de l'obligation peut
consister en un défaut total d'inexécution, en une exécution partielle, en
une exécution défectueuse ou en une exécution tardive. Conformément au
droit commun de la preuve, c'est à celui qui allègue l'inexécution que
revient la charge de la prouver (article 1315 c. civ.). C'est donc a priori le
créancier, la victime de l’inexécution, qui doit prouver l'inexécution. Mais
que doit prouver exactement le créancier ? Doit-il prouver que le débiteur
n’a pas ou a mal exécuté le contrat ? Ou doit-il prouver une imprudence ou
une négligence de la part de ce débiteur ? Tout dépend de la nature de
l'obligation en cause. En effet, il faut distinguer selon que l’inexécution
porte sur une obligation de moyens ou une obligation de résultat. Il s’agit
d’une distinction élaborée par la doctrine, et qui est appliquée par la
jurisprudence.
► Fondement de la distinction. Cette distinction repose sur le
constat suivant : certaines obligations apparaissent plus strictes que
d’autres. Certaines obligations engagent le débiteur à atteindre un résultat
donné (ex. : transporter des passagers d’un point A à un point B) ; ce sont
des obligations de résultat. D’autres obligations envisagent un résultat
mais dont on ne peut être certain qu’il pourra être atteint ; ces obligations
imposent alors seulement au débiteur de faire son possible pour parvenir
au résultat envisagé ; ce sont des obligations de moyens. Techniquement,
cette distinction s’appuie sur la combinaison de deux textes : les articles
1137 et 1147 du Code civil.
Obligations de résultat. Selon l'article 1147, le débiteur est
responsable de toute inexécution de ses obligations. Ce texte ne prévoit
pas de s’interroger sur les circonstances de l’inexécution, sur les raisons
pour lesquelles le débiteur ne s’est pas exécuté. Il en résulte que le
créancier peut obtenir la condamnation du débiteur très simplement : il
suffit de constater qu’il y a eu inexécution. En d’autres termes, dès lors
qu’il y a inexécution, la responsabilité contractuelle est engagée. C’est
ainsi que fonctionnent les obligations de résultat. Le créancier doit donc
simplement prouver l'inexécution : dès lors que le résultat prévu par le
contrat n’a pas été atteint, la responsabilité est engagée. La plus classique
des obligations de résultat est celle qui découle du contrat de transport. En
effet, dans le contrat de transport de personnes, le transporteur promet au
voyageur de l’emmener d’un lieu à un autre et d’arriver sain et sauf. Un
résultat précis est donc promis. Dès lors qu’il est constaté que ce résultat
n’a pas été atteint, il y a inexécution et la responsabilité est engagée.
Obligation de moyens. Cette notion a été dégagée grâce à une
lecture amplifiante de l’article 1137 du Code civil, qui ne concerne que
l’obligation de conservation de la chose existant dans certains contrats.
Selon ce texte, le créancier qui se plaint de l’inexécution de cette obligation

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doit démontrer que le débiteur ne s’est pas comporté comme un bon père
de famille. On dit dans cette hypothèse que le débiteur est tenu d'une
obligation de moyens. Autrement dit, en présence d’une obligation de
moyens, le débiteur ne promet pas de parvenir à un résultat. Il s’engage
seulement à faire tout son possible pour y parvenir. Il en résulte que la
preuve de l’inexécution d’une obligation de moyens est plus difficile à
rapporter que celle d’une obligation de résultat. Ici, le seul fait de constater
que le résultat n’a pas été atteint ne suffit pas. Il faut démontrer que le
débiteur n’a pas fait de son mieux pour tenter d’y parvenir, qu’il n’a pas été
suffisamment diligent. Le comportement du débiteur est apprécié de
manière abstraite, par référence au bon père de famille, c'est-à-dire un
homme normalement prudent et diligent. La plus classique des obligations
de moyens est celle dont est tenu le médecin à l’égard de son patient.
L’obligation de soigner pesant sur le médecin n’est pas une obligation de
résultat car le médecin ne peut pas garantir la guérison. Son obligation
n’est que de moyens : le médecin s’engage à mettre en œuvre tous les
moyens médicaux disponibles pour tenter de guérir le malade. Par
conséquent, le seul constat de l’absence de guérison ne suffit pas à
engager la responsabilité du médecin. Il faut démontrer qu’il n’a pas été
suffisamment prudent et diligent, qu’il n’a pas mis en œuvre tous les
moyens dont il disposait pour guérir le patient1.
En pratique, il n’est pas toujours facile de savoir si l’on est en
présence d’une obligation de moyens ou de résultat. Des critères ont donc
été posés pour faciliter cette recherche. Ainsi, une obligation de donner est
toujours une obligation de résultat. De même, une obligation de ne pas
faire est toujours une obligation de résultat (ex. : obligation de non-
concurrence). En revanche, les obligations de faire sont tantôt des
obligations de moyens, tantôt des obligations résultat. Seules les
obligations de faire peuvent donc poser difficulté. Ces difficultés peuvent
être résolues par les parties elles-mêmes : elles sont libres de préciser dans
le contrat que telle ou telle obligation est de moyens ou de résultat. A
défaut de précision par les parties, les juges recherchent en général
l’existence d’un aléa : ils recherchent si le résultat escompté est aléatoire
ou non, c'est-à-dire si l’obligation comporte une grande part de risque,
d’incertitude, ou non. Si le résultat est par principe aléatoire, l'obligation ne
peut être que de moyens (ex. : le médecin ne s'engage pas à guérir,
l'avocat ne s'engage pas à gagner le procès).
2 – L'absence d'excuse

1 NB : les obligations du médecin sont en réalité multiples et, aujourd’hui, certaines


d’entre elles sont des obligations de résultat.

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Une fois qu’une inexécution fautive a été constatée, il faut encore
vérifier une 2e condition. En effet, la responsabilité contractuelle ne peut
pas être engagée si l’inexécution est justifiée par une cause d’exonération.
Il existe deux causes d'exonération : la force majeure et le fait du
créancier.
► La force majeure. L’article 1148 du Code Civil prévoit que le
débiteur est exonéré de toute responsabilité lorsque son inexécution est
due à un cas de force majeure ou à un cas fortuit. La jurisprudence assimile
les deux notions, même si le texte semble les distinguer. Selon l'article
1148 du Code civil "Il n'y a lieu à aucun dommages et intérêts lorsque, par
suite d'une force majeure ou d'un cas fortuit, le débiteur a été empêché de
donner ou de faire ce à quoi il était obligé, ou a fait ce qui lui était interdit".
Reste à savoir ce qu’est un cas de force majeure. Pour qu’un événement
soit qualifié ainsi, 3 conditions doivent normalement être réunies :
l’événement doit être extérieur au débiteur, imprévisible et irrésistible.
-L’extériorité : l’événement doit être extérieur au débiteur et à son
activité. Cette condition est logique : l’événement ne doit pas être
imputable au débiteur, sinon il en est pleinement responsable. Néanmoins,
cette condition d’extériorité peut parfois poser problème et elle est
appréciée souplement par les juges. Par exemple, la jurisprudence estime
que la grève survenue dans une entreprise empêchant celle-ci d’exécuter
ses contrats (par ex. de livrer des marchandises à ses clients) peut
constituer un cas de force majeure, dès lors que la grève trouve sa source
dans une critique de la politique sociale du gouvernement. Mieux, la
jurisprudence estime que la maladie du débiteur qui l’empêche d’exécuter
ses obligations peut constituer un cas de force majeure, dès lors que la
maladie était imprévisible et irrésistible. La solution était pourtant discutée
au regard de la condition d’extériorité ; on pourrait estimer que, par
définition, la maladie n’est pas extérieure au débiteur. Cette solution est le
signe d’un recul de la condition d’extériorité.
-L’imprévisibilité : l’événement doit aussi être imprévisible. Si
l’événement pouvait être prévu au moment de la formation du contrat, les
parties auraient dû en tenir compte : soit elles auraient dû refuser de
s’engager, soit elles ont accepté d’assumer le risque ; elles ne peuvent
donc s’exonérer de leur responsabilité pour un événement qu’elles
pouvaient prévoir. L’imprévisibilité s’apprécie au jour de la conclusion du
contrat : le juge doit donc rechercher si l’événement était prévisible ou non
au jour de la conclusion du contrat.
-L’irrésistibilité : c’est la condition majeure, l’événement doit être
inévitable et insurmontable. Il faut donc que l’événement ait rendu
l’exécution du contrat absolument impossible (à l’impossible, nul n’est
tenu). En revanche, la force majeure n’est pas caractérisée si l’exécution

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du contrat est simplement devenue plus difficile ou plus onéreuse du fait
de la survenance de l’événement. La jurisprudence est très stricte de ce
point de vue.
Si la force majeure est retenue, elle exonère le débiteur de toute
responsabilité (sauf lorsque l'obligation est une obligation de résultat
aggravée, cad une obligation de garantie, et sauf lorsque la loi le prévoit,
ex. article 1881 c. civ.). Si l’impossibilité d’exécution est définitive,
l’obligation est éteinte et le créancier ne peut obtenir aucuns dommages et
intérêts pour compenser l’inexécution. En revanche, si l'impossibilité n'est
que momentanée (ex. grève ou maladie temporaire), l'obligation du
débiteur n'est pas éteinte. Son exécution est simplement suspendue, et
elle devra reprendre dès que l’impossibilité aura disparue.
► Le fait du créancier. On appelle fait du créancier le
comportement de ce dernier, fautif ou non, qui a provoqué le dommage ou
qui a contribué à provoquer le dommage. Le fait du créancier exonère
totalement le débiteur lorsqu’il a été la cause exclusive du dommage. Cela
est bien normal : s’il apparaît que l’inexécution du débiteur est uniquement
due au comportement du créancier, celui-ci ne saurait demander des
dommages et intérêts. Dans ce cas, le débiteur est donc exonéré de toute
responsabilité. S’il apparaît que les deux parties sont en faute, le débiteur
bénéficie d’une exonération partielle de responsabilité. En d’autres termes,
les responsabilités sont partagées.
B – Un dommage
L'inexécution n'entraîne pas de plein droit une obligation de réparer.
L'article 1147 dit " Le débiteur est condamné, s'il y a lieu, au payement de
dommages et intérêts…". Il faut donc que le créancier ait subi un dommage
du fait de l’inexécution du contrat.
Les différents types de dommage. Les types de dommages subis par
la victime de l’inexécution sont nombreux. Mais il s’agit le plus souvent
d’un dommage matériel ou d’ordre patrimonial. L’article 1149 du Code
civil fait une distinction entre deux types de dommages. Selon ce texte,
"les dommages et intérêts dus au créancier sont, en général, de la perte
qu'il a faite et du gain dont il a été privé, …". Il évoque donc la perte subie
et le gain manqué. La perte subie c'est le damnum emergens, la perte
subie du fait de l’inexécution du contrat. Le gain manqué c'est le lucrum
cessans, qui correspond au profit que le créancier espérait retirer de
l’exécution du contrat. Ainsi, lorsqu’un transporteur perd la marchandise
qu’il devait livrer à un commerçant, ce dernier doit être remboursé du prix
de l’objet (perte subie) mais aussi du gain manqué de la revente. Le
dommage causé par l'inexécution peut aussi être corporel (ex. en cas de
manquement à une obligation de sécurité). Il peut encore être moral.

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Les caractères du dommage. Pour entraîner une obligation de
réparation, le dommage doit présenter trois caractères : il doit être
certain, direct et prévisible.
► Certain. Le dommage doit être certain. Il ne doit pas être éventuel.
Il peut s’agir d’un préjudice actuel ou futur si au jour du jugement le
préjudice est certain. Le dommage peut consister en une perte de chance.
► Direct. Aux termes de l'article 1151 du Code civil " les dommages
et intérêts ne doivent comprendre à l'égard de la perte éprouvée par le
créancier et du gain dont il a été privé, que ce qui est une suite immédiate
et directe de l'inexécution de la convention". L’article 1151 du Code Civil
impose donc un lien direct et immédiat entre la faute et le dommage. Il faut
un lien suffisant de causalité avec l'inexécution.
► Prévisible. L’article 1150 du Code civil dispose que "le débiteur
n’est tenu que des dommages-intérêts qui ont été prévus ou que l’on a pu
prévoir lors du contrat". Le débiteur ne doit réparer que le dommage qui
était prévisible lors de la conclusion du contrat. Il s’agit donc du dommage
dont on peut dès l’origine prévoir qu’il se produira si le contrat n’est pas
exécuté. Néanmoins, cette limitation ne vaut pas en cas de faute dolosive
du débiteur, c'est-à-dire si l’inexécution est intentionnelle, ou de faute
lourde, c'est-à-dire une faute d’une particulière gravité. Dans ce cas, le
débiteur devra réparer intégralement le préjudice, même s’il n’était pas
prévisible.
Le projet Terré propose de consacrer une nouvelle règle, pour
l’heure exclue : le créancier ne devrait pas être indemnisé pour la part du
préjudice qu’il aurait pu éviter. Il s’agit de consacrer une « obligation de
minimiser le dommage », connue par exemple en Common Law. Ainsi,
l’article 121 de ce projet prévoit que le créancier n’a droit qu’à des
dommages et intérêts réduits s’il « n’a point pris les mesures sûres et
raisonnables, propres à éviter, à modérer ou à supprimer son préjudice ».
L’idée est que, s’il ne l’a pas fait, il y a finalement une partie du préjudice
qui est due à sa propre faute et dont il ne peut donc demander réparation à
son cocontractant.
§ 2 – La condition de forme : la mise en demeure
La réparation du dommage est soumise à la condition d’une mise en
demeure préalable. Il s’agit de l’acte par lequel le créancier somme son
débiteur d’exécuter son obligation. L’article 1146 du Code civil prévoit ainsi
que « les dommages et intérêts ne sont dus que lorsque le débiteur est en
demeure de remplir son obligation ».
A – Le domaine d'application de la mise en demeure

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En principe la mise en demeure est requise, quelle que soit la nature
de l’obligation inexécutée, et quelles que soient les circonstances de
l’inexécution. La mise en demeure est en effet un acte utile : elle permet
d’avertir le débiteur du fait qu’une action sera engagée contre lui s’il ne
s’exécute pas dans les meilleurs délais. Cet acte lui donne une dernière
chance de s’exécuter, et donc d’éviter que sa responsabilité soit engagée.
Néanmoins, il existe en réalité des hypothèses dans lesquelles la
mise en demeure apparaît inutile. C’est pourquoi la jurisprudence a
reconnu quelques exceptions à l’exigence d’une mise en demeure. Ainsi, la
mise en demeure n'a aucune utilité, et n'est donc pas nécessaire, lorsque
l'exécution de l'obligation n'est plus possible, par exemple parce que la
chose que devait livrer le débiteur a péri. Dans cette hypothèse,
l’inexécution est irréversible et les dommages-intérêts sont dus
automatiquement. Le créancier est donc dispensé de l’obligation de mettre
le débiteur en demeure ; il peut immédiatement saisir le juge d’une action
en responsabilité. C'est aussi le cas pour les obligations qui ne pouvaient
être exécutées utilement que dans un temps précis. Dans cette hypothèse
l'exécution tardive ne présente aucun intérêt pour le créancier et la mise
en demeure est donc inutile. En outre, il faut souligner que cette exigence
de mise en demeure n'est pas d'ordre public : les parties sont donc libres
de l’exclure par une clause du contrat. Elles peuvent par exemple stipuler
que l’arrivée du terme vaudra mise en demeure (cf. article 1139 c. civ. in
fine).
B – La forme de la mise en demeure
La mise en demeure peut intervenir sous différentes formes. Selon
l’article 1139 du Code civil, "Le débiteur est constitué en demeure, soit par
une sommation ou par autre acte équivalent, telle une lettre missive
lorsqu'il ressort de ses termes une interpellation suffisante, [soit par l'effet
de la convention, lorsqu'elle porte que, sans qu'il soit besoin d'acte et par
la seule échéance du terme, le débiteur sera en demeure]". Ce texte
évoque donc la sommation mais aussi une simple lettre. La sommation est
un acte authentique signifié par ministère d’huissier. Les actes équivalents
à la sommation peuvent être un commandement de payer et/ou une
citation en justice. Mais le Code précise bien qu'une simple lettre, même
non recommandée, vaut mise en demeure. La seule condition est que le
créancier manifeste clairement et fermement son intention d'obtenir
l'exécution.
C – Les effets de la mise en demeure
L’effet principal de la mise en demeure est de permettre au créancier
de demander au débiteur 2 choses : des dommages-intérêts pour

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compenser l'inexécution (art.1146) et des intérêts de retard : des intérêts
moratoires (art.1153).
Section 2 – Les effets de la responsabilité contractuelle
La mise en œuvre de la responsabilité contractuelle a pour fonction
essentielle d'aboutir à la réparation du préjudice subi par le créancier du
fait de l'inexécution. Si la responsabilité du débiteur est retenue, il est
condamné à verser des dommages et intérêts au créancier. Reste à en
déterminer le montant.
Le principe général est celui de la réparation intégrale du préjudice. Il
signifie que les dommages et intérêts doivent réparer tout le préjudice et
rien que le préjudice. L’idée est que la victime de l’inexécution doit être
placée financièrement dans la même situation que si le contrat avait été
exécuté. Néanmoins, le droit français manque de règles précises quant à
l’évaluation des dommages et intérêts : le Code n’est pas très précis (seuls
les caractères requis du dommage sont précisés : certain, direct et
prévisible), et la jurisprudence n’offre guère d’enseignements, pour une
raison simple : l’évaluation des dommages et intérêts ressort du pouvoir
souverain des juges du fond et ils n’ont pas à motiver leur décision à cet
égard. Autrement dit, la fixation de l’indemnité échappe au contrôle de la
Cour de Cassation, ce qui empêche d’avoir des règles d’évaluation très
claires. En tout cas, l’évaluation doit se faire au jour du jugement et non à
celui de la réalisation du dommage. De la sorte le créancier ne souffre pas
de l'érosion monétaire. Ensuite, l’évaluation doit être fonction de l’étendue
du préjudice et non pas de la gravité de la faute commise. En outre, les
dommages et intérêts produisent des intérêts. C’est ce qu’on appelle les
intérêts moratoires (ie intérêts de retard). Dès le jugement, les dommages
et intérêts produisent des intérêts, au taux légal. Cela signifie que tant que
le débiteur ne paie pas, les intérêts grandissent, ce qui incite le débiteur à
payer rapidement.
Section 3 – Les clauses relatives à la réparation
Lors de la conclusion du contrat, les parties peuvent prévoir
l’hypothèse d’une exécution défectueuse. Elles peuvent ainsi organiser les
conséquences de l'inexécution et aménager à l'avance les effets de
l'éventuelle responsabilité contractuelle. Différents types de clauses
peuvent être stipulés.
§ 1 – Les clauses aggravant la responsabilité
Une partie peut accepter par contrat de voir son obligation et donc sa
responsabilité renforcée. Par exemple, les parties peuvent décider qu’une
obligation qui n’est normalement que de moyens sera de résultat. La
responsabilité du débiteur sera alors renforcée. Les parties peuvent même
prévoir une obligation de résultat aggravée, en précisant que le débiteur

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sera responsable même en cas d’inexécution due à un cas de force
majeure. Il s’agit alors d’une obligation de garantie. Ces clauses sont en
principe valables.
Section 2 – Les clauses exclusives ou limitatives de responsabilité
A l’inverse, les parties peuvent limiter, voire exclure la responsabilité
en cas d’inexécution d’une obligation contractuelle. La clause exclusive de
responsabilité écarte toute responsabilité : le débiteur ne devra pas de
dommages et intérêts s’il n’exécute pas son obligation. La clause limitative
de responsabilité se contente de limiter les conséquences de l’inexécution :
le débiteur sera responsable en cas d’inexécution, mais le montant des
dommages et intérêts est limité par le contrat. La clause limitative de
responsabilité prévoit ainsi un plafond. Par exemple, en cas d’inexécution
de telle obligation, l’indemnisation sera limitée à 1000 euros. Ces clauses
exclusives ou limitatives de responsabilité sont en principe valables.
Néanmoins, ce principe est aujourd’hui affecté de très nombreuses
exceptions. En effet, ces clauses sont dangereuses : elles permettent à une
partie de s’engager à accomplir une prestation tout en se déclarant
irresponsable (ou peu) en cas d’inexécution. En d’autres termes, je
m’engage mais je ne suis pas responsable. C’est pourquoi ces clauses font
l’objet d’un contrôle serré.
D’abord, elles sont nulles dans certains types de contrat. C’est
notamment le cas lorsqu’il existe un risque évident que ces clauses soient
stipulées abusivement par la partie forte au détriment de la partie faible.
Ainsi, par exemple, elles sont prohibées dans les contrats de
consommation.
D’autre part, même dans les contrats où elles sont en principe
valables, la jurisprudence a développé toute une série de limites. Par
exemple, ces clauses sont inefficaces si elles visent à priver de toute
substance l’obligation essentielle d’une partie2. On considère en effet que,
dans ce cas, la clause créé une contradiction condamnable : on ne peut
s’engager tout en évinçant toute responsabilité en cas d’inexécution, dès
lors que celle-ci concerne l’obligation essentielle, donc la substance du
contrat. Les obligations essentielles sont celles sans lesquelles le contrat ne
se conçoit pas. Ensuite, une clause valable peut être privée d’effet en
raison du comportement du débiteur, c'est-à-dire des circonstances de
l’inexécution. Ainsi, elles sont privées d’effet en cas d’inexécution dolosive,
c'est-à-dire intentionnelle, ou en cas de faute lourde. Selon la
jurisprudence, le débiteur commet une faute lourde lorsqu’il adopte un
comportement grave démontrant son inaptitude à l’exécution de sa

2 Cette limite ne vaut pas, néanmoins, pour les clauses limitatives ou exclusives de
responsabilité figurant dans les contrats-type établis par décret.

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mission. En bref, si le débiteur a eu un comportement gravement fautif, il
ne pourra pas bénéficier des limitations conventionnelles de responsabilité.
§ 3 – Les clauses pénales
La clause pénale est la clause par laquelle les contractants
établissent par avance et de manière forfaitaire les dommages et intérêts
qui seront dus par le débiteur en cas d’inexécution. Ces clauses se
distinguent des clauses limitatives de responsabilité : celles-ci prévoient un
plafond d’indemnisation, donc le montant maximal des dommages et
intérêts. La clause pénale prévoit un forfait : le montant est définitivement
fixé ; le montant des dommages et intérêts ne pourra ni être supérieur ni
inférieur au montant prévu par avance, peu important les circonstances de
l’inexécution.
La clause pénale poursuit en réalité deux objectifs. D’abord, elle
établit par avance le montant des dommages et intérêts qui seront dus en
cas d’inexécution. Elle permet ainsi d’évacuer toute question d’évaluation
des dommages et intérêts le jour où l’inexécution survient3 : le montant est
d’ores et déjà prévu ; le juge n’aura pas à évaluer le préjudice et donc les
dommages et intérêts ; il suffira d’appliquer la clause pénale. Ensuite, il
s’agit d’un outil de contrainte : la clause pénale vise à convaincre le
débiteur de s’exécuter, de peur de devoir payer le montant stipulé par la
clause pénale. C’est la fonction comminatoire de la clause pénale (du latin
comminari, menacer)4. En effet, le montant stipulé est souvent assez
élevé ; il produit donc un effet dissuasif et encourage à la bonne exécution
du contrat.
La clause pénale est valable. Il est d’ailleurs notable que le législateur
l’a expressément reconnu dans le Code civil dès 1804. En effet, l’article
1152 alinéa 1 prévoit que : "lorsque la convention porte que celui qui
manquera de l'exécuter payera une certaine somme à titre de dommages-
intérêts, il ne peut être alloué à l'autre partie une somme plus forte, ni
moindre". De plus, la jurisprudence a bien précisé qu’en présence d’une
clause pénale il n’est pas nécessaire de prouver l’existence d’un préjudice.
« La clause pénale, sanction du manquement d’une partie à ses
obligations, s’applique du seul fait de cette inexécution » (Cass. 3° civ. 20
décembre 2006). La clause pénale joue donc dès lors qu’une inexécution

3 Cette fonction de la clause pénale est envisagée par l’article 1229 du Code civil : "la
clause pénale est la compensation des dommages et intérêts que le créancier souffre de
l'inexécution de l'obligation principale".

4 Elle est évoquée par l’article 1126 du Code civil selon lequel « la clause pénale est celle
par laquelle une personne, pour assurer l’exécution d’une convention, s’engage à
quelque chose en cas d’inexécution ».

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est constatée, peu important qu’elle ne cause qu’un préjudice minime,
voire aucun préjudice.
Néanmoins, ce principe a dû être tempéré. En effet, ici encore, la
clause pénale comporte des dangers. On peut craindre que la clause
pénale prévoie un montant prohibitif, très exagéré par rapport au préjudice
effectivement subi. Encore une fois, on peut craindre que cette clause soit
imposée par le fort au détriment du faible, et accule ce dernier à la ruine
pour une inexécution minime. C’est pourquoi le législateur a finalement
réformé l’article 1152 du Code civil. Depuis 1975, un alinéa 2 a été ajouté
offrant au juge le pouvoir de modifier le montant stipulé. Il prévoit que
"néanmoins, le juge peut, même d'office, modérer ou augmenter la peine
qui avait été convenue, si elle est manifestement excessive ou dérisoire.
Toute stipulation contraire sera réputée non écrite". Il s’agit d’un cas
exceptionnel de révision du contrat par le juge. Le juge pourra donc
s’écarter du montant convenu par les parties. En particulier, s’il lui apparaît
que le montant stipulé est excessif par rapport au préjudice réel, il pourra
le réduire.

Chapitre 2 – Les sanctions visant à l’exécution du contrat


La victime de l’inexécution peut tout d’abord tenter d’inciter son
cocontractant à s’exécuter. Certains mécanismes juridiques le lui
permettent, au premier rang desquels figure l’exception d’inexécution
(section 1). Elle peut également, plus radicalement, saisir le juge afin que
celui-ci ordonne au débiteur de s’exécuter (section 2).
Section 1 – L’incitation à l’exécution : l’exception d’inexécution
L'exception d'inexécution (exceptio non adimpleti contractus) est un
droit accordé à chacune des parties à un contrat synallagmatique. Ce
mécanisme ne joue que dans les contrats synallagmatiques, c'est-à-dire
ceux qui donnent naissance à des obligations réciproques. Ce mécanisme
ne peut jouer qu’en présence d’obligations interdépendantes. Il s’agit du
droit de suspendre l’exécution de son obligation tant que l'autre partie n’a
pas exécuté la sienne. Ce mécanisme constitue un bon moyen de pression.
Il rappelle au débiteur récalcitrant que le contrat synallagmatique c’est en
quelque sorte « donnant / donnant ». Ce mécanisme encourage le débiteur
à s’exécuter puisque, à défaut, il ne recevra pas non plus ce qu’il attendait
du contrat.
Le Code civil ne comporte aucune disposition générale sur l’exception
d’inexécution. Il ne comporte que quelques textes épars à propos de
certains contrats particuliers. Le Code civil prévoit par exemple cette
exception d'inexécution pour le contrat de vente (article 1612 le vendeur
n’est pas tenu de livrer la chose tant que l’acheteur n’a pas payé le prix). A

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partir de ces textes, la jurisprudence a généralisé ce mécanisme à tous les
contrats synallagmatiques. Mais il faut préciser les conditions et les effets
de l’exception d’inexécution.
§ 1 – Les conditions de l’exception d’inexécution
L'exception d'inexécution est soumise à deux espèces de conditions :
des conditions de fond et des conditions d'exercice.
Conditions de fond. Tout d’abord, pour invoquer l’exception
d’inexécution il faut que l’autre partie ait manqué à ses obligations. Il n’est
pas nécessaire que cette inexécution soit totale ; une inexécution partielle
suffit. Mais il faut qu’elle soit suffisamment grave. En effet, la
jurisprudence considère que la riposte doit être proportionnée à l’attaque.
En d’autres termes, l’exception d’inexécution est un mécanisme de
défense qui doit être invoqué de manière légitime et proportionnée. Il faut
donc que l’inexécution du cocontractant soit suffisamment grave pour
justifier que l’autre cesse d’exécuter les siennes. Dans le même esprit,
celui qui invoque l’exception d’inexécution doit être de bonne foi. Cela
implique qu’il ne peut mettre en œuvre ce mécanisme s’il est à l’origine
de l’inexécution de son cocontractant.
Enfin, l’exception d’inexécution suppose que les obligations
réciproques soient toutes deux arrivées à échéance. Autrement dit, elle ne
peut pas être invoquée lorsque le cocontractant bénéficie encore d’un délai
pour s’exécuter. Cette condition est importante car certains contrats
imposent que l'une des parties exécute son obligation avant l'autre. Dans
ces conditions, la 1re ne peut pas invoquer l’exception d’inexécution. Par
exemple dans la vente à crédit, le vendeur doit livrer le bien avant d'être
payé. Il ne peut donc pas invoquer l’exception d’inexécution pour attendre
de livrer le bien.
Mise en œuvre. La mise en œuvre de l’exception d’inexécution est
on ne peut plus simple. En effet, celui qui l’invoque n’a aucune formalité à
respecter. D’abord, il n’a pas à s’adresser au juge : il s’agit d’un
mécanisme de justice privée, qui peut être mis en œuvre sans avoir
besoin d’une autorisation judiciaire. Il n’est pas non plus nécessaire de
mettre le débiteur en demeure (même si en pratique cela peut être utile).
Le juge peut simplement intervenir a posteriori s’il est saisi d’une
contestation à ce sujet. Le juge déterminera alors si l’exception
d’inexécution a été mise en œuvre de manière justifiée et proportionnée.
Si ce n’est pas le cas, celui qui a mis en œuvre ce mécanisme pourra être
sanctionné.
§ 2 – Les effets de l’exception d’inexécution
Les effets de l'exception d'inexécution sont purement défensifs et
temporaires. En effet, l’exception d’inexécution a un caractère provisoire ;

12
il s’agit d’un mécanisme d’attente. Elle conduit à une suspension provisoire
du contrat. Le contrat reste valable, les obligations existent toujours ;
simplement, elle suspend l’exécution de celui qui invoque l’exception
d’inexécution. Elle reprendra dès que le cocontractant exécutera son
obligation. En revanche, si le cocontractant persiste à ne pas exécuter son
obligation, l’exception d’inexécution aura manqué son but et il faudra se
tourner vers d’autres mesures, définitives. Il faudra donc saisir le juge, soit
pour que celui-ci ordonne l’exécution forcée, soit pour qu’il ordonne le
versement de dommages et intérêts, soit encore pour qu’il prononce la
résolution du contrat.
Les projets de réforme proposent d’intégrer au Code civil des
dispositions générales relatives à l’exception d’inexécution. Cela
permettrait de mettre le Code en accord avec le droit positif puisque la
jurisprudence a fait de l’exception d’inexécution un mécanisme applicable
à tous les contrats synallagmatiques. Ex. : art. 1157 avant-projet Catala :
« dans un contrat synallagmatique, chaque partie peut refuser d’exécuter
son obligation, tant que l’autre n’exécute pas la sienne » ; proposition
comparable dans le projet de la chancellerie (art. 160). Le projet Terré est
plus complet : art. 103 : « si, dans un contrat synallagmatique, une partie
n’exécute pas son obligation, l’autre peut refuser, totalement ou
partiellement, d’exécuter la sienne, à condition que ce refus ne soit pas
disproportionné au regard du manquement » ; l’art. 104 va plus loin que le
droit positif : il propose de consacrer « l’exception pour risque
d’inexécution », c'est-à-dire de permettre au créancier de mettre en œuvre
ce mécanisme avant même que l’inexécution soit avérée, dès lors que
l’inexécution future apparaît d’ores et déjà certaine : « une partie peut,
sous la même réserve, suspendre l’exécution de sa prestation dès lors qu’il
est manifeste qu’il y aura exécution de la part du cocontractant à
l’échéance et que ses conséquences sont suffisamment graves pour le
créancier ».
Section 2 – L’exécution forcée du contrat
La victime de l’inexécution peut demander au juge qu’il ordonne
l’exécution forcée. Il s’agit de contraindre le débiteur récalcitrant à
respecter son engagement et à exécuter son obligation. A cet égard, le
droit français a connu une importante évolution depuis 1804. En effet, le
Code civil ne se montre pas particulièrement favorable à l’exécution forcée.
Cela se manifeste clairement à l’article 1142 : « toute obligation de faire ou
de ne pas faire se résout en dommages et intérêts en cas d’inexécution de
la part du débiteur ». Ce texte prévoit donc que la sanction de la violation
d’une obligation de faire ou de ne pas faire est le versement de dommages
et intérêts. A contrario, cela exclut l’exécution forcée. Partant, seules les
obligations de donner peuvent faire l’objet d’une exécution forcée. Mais, en

13
pratique, cette solution est fâcheuse : en effet, la sanction la plus
satisfaisante pour le créancier est, bien souvent, de pouvoir obtenir ce à
quoi le contrat lui donne droit : l’exécution de la prestation promise. Si le
débiteur ne s’exécute pas volontairement, on devrait donc pouvoir le
contraindre à le faire, grâce à l’intervention du juge. La jurisprudence a été
sensible à cet argument. En effet, alors même que l’article 1142 du Code
civil exclut l’exécution forcée des obligations de faire et de ne pas faire, la
jurisprudence l’a progressivement admise. Elle a même fini par renverser
totalement la règle posée par ce texte : aujourd’hui, l’exécution forcée est
traitée avec la plus grande faveur par la jurisprudence. Elle estime
désormais que le créancier a droit à l’exécution forcée et semble même en
faire le remède prioritaire : le créancier peut l’exiger et le juge doit
l’ordonner, dès lors que l’exécution est encore possible (Cass. 3e civ., 11
mai 2005, Bull. civ. III, n° 103 : la partie envers laquelle l’engagement n’a
point été exécuté peut forcer l’autre à l’exécution lorsque celle-ci est
possible).
Il est évident que l’exécution forcée ne peut être obtenue que si
l’exécution est encore possible. En outre, la jurisprudence exclut toujours la
possibilité d’obtenir l’exécution en nature de certaines obligations : les
obligations à caractère personnel. Il s’agit des obligations pour lesquelles la
personnalité du débiteur est essentielle et dont il est difficilement
concevable qu’elles puissent être correctement accomplies sous la
contrainte, alors que le débiteur ne veut pas s’exécuter (Ex. : travaux
artistiques comme la rédaction d’un roman ; ou peindre une toile). Parfois,
l’exécution forcée impliquerait une véritable contrainte physique, qui n’est
pas admissible (Ex. : on ne peut contraindre le travailleur à effectuer sa
tâche ; l’exécution forcée est donc exclue). Dans ce cas, le juge ne peut
pas contraindre physiquement le débiteur à s’exécuter. Il peut seulement le
condamner à une réparation pécuniaire. En outre, la jurisprudence retient
parfois une impossibilité juridique : c’est le cas en matière de promesses de
vente5. La jurisprudence considère toujours en la matière que l’exécution
forcée de l’engagement du promettant est impossible et se fonde sur les
termes de l’article 1142 pour le justifier. En revanche, on l’a vu, elle
n’invoque plus ce texte en matière de pacte de préférence.
Lorsque l’exécution forcée est ordonnée par le juge, celui-ci dispose
de moyens pour s’assurer que le débiteur respectera sa décision. Le moyen
le plus efficace est celui de l’astreinte. Il s’agit d’une somme d’argent que
le débiteur doit verser par jour de retard. Par exemple, le juge peut décider
que le débiteur devra s’exécuter, sous peine de devoir verser 1000 euros
par jour de retard. Il est clair qu’il y a là de quoi inciter les débiteurs les

5 Cf. cours 2, la formation du contrat.

14
plus récalcitrants à s’exécuter rapidement. Ce mécanisme a été créé par la
jurisprudence et a ensuite été consacré par le législateur (loi du 9 juillet
1991 portant réforme des procédures civiles d’exécution).
Par ailleurs, le créancier bénéficie d’un autre moyen pour obtenir
l’exécution de la prestation promise. Il s’agit du remplacement. Ce
mécanisme permet au créancier de s’adresser à une tierce personne, qui
exécutera la prestation aux lieu et place du débiteur. Pour cela, le créancier
doit demander l’autorisation au juge. En effet, l’article 1144 prévoit que le
créancier peut « être autorisé à faire exécuter lui-même l’obligation aux
dépens du débiteur. Celui-ci peut être condamné à faire l’avance des
sommes nécessaires à cette exécution ».
Les projets de réforme intègrent au Code civil les évolutions
jurisprudentielles. Il s’agit d’une réforme particulièrement souhaitable car
les textes du Code civil, et en particulier l’article 1142, présentent un
inconvénient majeur : ils ne sont plus le reflet de la réalité. La lecture de
l’article 1142 est devenue particulièrement trompeuse puisque la
jurisprudence retient désormais un principe exactement inverse. Il est donc
indispensable de mettre les textes en accord avec la jurisprudence,
puisque celle-ci est désormais bien établie. Les trois projets de réforme
s’accordent sur ce point. Ils indiquent tous que le créancier peut obtenir
l’exécution forcée, même en présence d’une obligation de faire ou de ne
pas faire. Par exemple, l’article 162 du projet de la chancellerie prévoit que
« le créancier d’une obligation de faire peut en poursuivre l’exécution en
nature sauf si cette exécution est impossible ou si son coût est
manifestement déraisonnable ». Cette dernière précision apporte tout de
même un tempérament par rapport à la jurisprudence actuelle, qui ne
paraît pas prendre en compte cette circonstance. Le projet Terré est dans
le même sens. Son article 105 prévoit que « le créancier peut, après mise
en demeure du débiteur, exiger l’exécution forcée d’une obligation chaque
fois qu’elle est possible et que son coût n’est pas manifestement
disproportionné par rapport à l’intérêt que le créancier en retire ».

Chapitre 3 – La résolution du contrat


En cas d’inexécution, la victime peut opter pour la disparition pure et
simple du contrat. Puisque son cocontractant refuse de s’exécuter, elle
peut préférer que leurs relations contractuelles cessent. Elle peut donc
obtenir la résolution du contrat. Le Code civil prévoit cette possibilité à
l’article 1184. Il faut préciser les conditions (section 1) et les effets (section
2) de la résolution.
Section 1 - Les conditions de la résolution

15
Deux types conditions doivent être examinés : conditions de fond (§1)
et de mise en œuvre (§2).
§1 – Les conditions de fond de la résolution
La résolution implique bien sûr une inexécution. C’est une réponse à
l’inexécution. Mais toute inexécution n’autorise pas la résolution. En effet,
la résolution est une sanction particulièrement grave puisqu’elle conduit à
l’anéantissement du contrat. C’est pourquoi, elle ne peut être prononcée
qu’en présence d’une inexécution grave. L’inexécution n’a pas à être
fautive ni totale, mais elle doit être suffisamment grave pour justifier une
sanction aussi drastique. L’inexécution doit être avérée ; un simple risque
d’inexécution ne suffit pas. Sur ce point, le projet de la chancellerie et le
projet Terré proposent néanmoins une évolution : ils proposent d’admettre
la résolution pour risque d’inexécution. Ainsi, la résolution pourrait
intervenir avant même que le manquement soit avéré, c'est-à-dire avant
l’échéance. Pour cela, il faut qu’il apparaisse déjà certain que l’exécution
n’aura pas lieu. Le projet de la chancellerie propose par exemple le texte
suivant : la résolution du contrat peut intervenir « dès avant l’échéance,
lorsqu’il est manifeste que l’autre partie ne pourra pas exécuter son
obligation essentielle » (art. 169). L’évolution serait certaine par rapport au
droit positif, la jurisprudence n’ayant jamais admis que la résolution puisse
intervenir avant l’échéance. Mais cette proposition se heurte à des
réactions quelque peu hostiles, et il n’est pas certain qu’elle soit finalement
adoptée. L’avant-projet Catala de son côté n’envisage pas une telle
évolution.
§ 2 – Les conditions de mise en œuvre, ou d’exercice
Le Code civil prévoit que la résolution est une sanction judiciaire : elle
doit être prononcée par un juge. Tel est le principe retenu en 1804 et
exposé par l’article 1184 alinéa 3 : « la résolution doit être demandée en
justice ». Ainsi, selon le Code, la résolution ne découle pas
automatiquement de l’inexécution ; elle ne résulte pas non plus de la
décision unilatérale du créancier ; elle doit être demandée au tribunal. Le
juge dispose alors d’un pouvoir d’appréciation important. En particulier, si
l'inexécution n’est que partielle, il appartient au juge d’apprécier si la
résolution doit être prononcée, ou s’il suffit d’ordonner le versement de
dommages et intérêts. Ici encore, il faut donc une certaine proportionnalité
entre le manquement et la sanction.
Mais il faut savoir qu’aujourd’hui ce principe du caractère judiciaire
de la résolution a été en grande partie vidé de sa substance, et ce pour
deux raisons : d’abord, en raison de la stipulation très fréquente d’une
clause résolutoire. Ensuite parce que depuis quelques années la

16
jurisprudence autorise sous certaines conditions la résolution unilatérale,
extra-judiciaire.
Clause résolutoire. Les parties peuvent stipuler une clause
résolutoire. Cette clause prévoit qu’en cas d’inexécution de telle ou telle
obligation, le contrat sera résolu de plein droit. Cette clause a plusieurs
intérêts : d’abord, elle permet aux parties de prévoir par avance les
manquements qui justifieront la résolution. Ensuite, cette clause dispense
le créancier d’avoir à saisir le juge : il lui suffira de mettre en œuvre la
clause résolutoire pour que le contrat soit résolu, sans intervention
judiciaire. Bien sûr, un litige pourrait survenir après la mise en œuvre de la
clause résolutoire. Mais le juge aura alors un pouvoir limité : il pourra
seulement s’assurer que les conditions posées par la clause ont bien été
respectées. Par exemple, il devra s’assurer que le manquement invoqué
entrait bien dans le champ d’application de la clause. Mais il ne pourra pas
apprécier la gravité de l’inexécution. Autrement dit, il ne pourra pas
remettre en cause la résolution s’il estime que l’inexécution n’était pas
suffisamment grave pour la justifier. En effet, en présence d’une clause
résolutoire, les parties se sont mises d’accord sur les manquements
justifiant la résolution ; si un manquement est couvert par la clause, c’est
que les parties l’ont jugé suffisant pour justifier la résolution, et le juge n’a
pas son mot à dire. Ainsi, la clause résolutoire réduit considérablement les
pouvoirs du juge : la résolution intervient en dehors de lui, et s’il est
finalement saisi pour contrôler la mise en œuvre de la clause résolutoire, il
ne bénéficiera d’aucun pouvoir d’appréciation au regard de la gravité de
l’inexécution. La jurisprudence a néanmoins précisé que la clause
résolutoire devait être invoquée de bonne foi, faute de quoi le juge peut la
priver d’effet (Cass. 1re civ., 31 janvier 1995, Bull. civ. I, n° 57 « une clause
résolutoire n’est pas acquise si elle a été mise en œuvre de mauvaise
foi par le créancier »). En revanche, la bonne foi du débiteur est sans effet :
le débiteur ne peut donc pas arguer de sa bonne foi pour faire échec au jeu
de la clause résolutoire (Cass. 3e civ., 24 septembre 2003, Bull. civ. III, n°
161).
Les projets de réforme se sont penchés attentivement sur la
clause résolutoire. En effet, cette clause est particulièrement fréquente et
elle peut être dangereuse pour l’une des parties. Les projets de réforme
proposent donc de la réglementer. Ainsi, l’avant-projet Catala prévoit que
« la clause résolutoire doit expressément désigner les engagements dont
l’inexécution entraînera la résolution du contrat ». Cela exclue les
formulations trop générales, du type « toute inexécution ou exécution
défectueuse d’une obligation quelconque entraînera la résolution du
contrat ». Le texte poursuit en précisant que « la résolution est
subordonnée à une mise en demeure infructueuse, s’il n’a pas été convenu

17
qu’elle résulterait du seul fait de l’inexécution. La mise en demeure n’est
efficace que si elle rappelle en termes apparents la clause résolutoire. En
toute hypothèse, la résolution ne prend effet que par la notification qui en
est faite au débiteur et à la date de sa réception ». Le projet de la
chancellerie et le projet Terré reprennent cette proposition presque mot
pour mot.
Résolution unilatérale. Depuis quelques années, la jurisprudence
admet que la résolution peut résulter de la décision unilatérale du créancier
victime de l’inexécution. En effet, selon la Cour de cassation, le
comportement grave du débiteur autorise le créancier à mettre fin au
contrat, unilatéralement et à ses risques et périls. Il n’est donc plus
indispensable de saisir le juge ; la résolution peut être décidée par le
créancier seul, en l’absence même de clause résolutoire. Pour cela, il est
simplement exigé que la gravité de l’inexécution le justifie. Il n’est en effet
pas concevable que la résolution unilatérale jouisse de conditions plus
souples que la résolution judiciaire. Dans les deux cas il faut donc une
inexécution suffisamment grave. Mais, ici, la gravité est appréciée par le
créancier lui-même.
Bien évidemment, cette mesure peut être contestée en justice : le
juge vérifiera alors si la résolution a été décidée de manière justifiée. Il
vérifiera si l’inexécution était suffisamment grave. Si tel n’est pas le cas, le
créancier devra être sanctionné. Mais on peut s’interroger sur la teneur de
cette sanction. Le versement de dommages et intérêts peut bien
évidemment être ordonné mais on peut se demander si le juge peut
décider que la résolution injustifiée est sans effet et que le contrat existe
donc toujours. Certaines voix plaident en ce sens, mais il n’est pas certain
que la jurisprudence l’admette. Pour l’heure, la jurisprudence reste en effet
incertaine sur de nombreux points au sujet de la résolution unilatérale.
C’est pourquoi les projets de réforme prévoient de préciser les
conditions et les effets de la résolution unilatérale. Ils prennent tous acte
de la jurisprudence récente et admettent donc ce mécanisme. Là aussi, une
révision des textes est indispensable car, désormais, l’article 1184 alinéa 3
selon lequel la résolution doit être demandée en justice n’est plus le reflet
de la réalité. Mais les projets enserrent la résolution unilatérale dans des
conditions plus strictes que celles actuellement posées par la
jurisprudence. Ainsi, le projet de la chancellerie (art. 168) exige : que
l’inexécution soit suffisamment grave pour priver le créancier « de son
intérêt au contrat » ; qu’il mette le débiteur en demeure de s’exécuter ;
que cette mise en demeure mentionne de manière apparente qu’à défaut
d’exécution le créancier sera en droit de résoudre le contrat ; que si
l’inexécution persiste, le créancier doit notifier la résolution au débiteur ;
que cette notification doit exposer les raisons qui motivent la résolution ; et

18
que la résolution prend effet lors de la réception de la notification. De plus
le projet précise que le débiteur peut saisir le juge des référés pendant le
délai de la mise en demeure pour contester la résolution, cette procédure
suspendant la résolution. Enfin, le projet précise les pouvoirs du juge du
fond saisit d’une contestation : l’article 170 prévoit que « en toute
hypothèse, la résolution peut être poursuivie ou contestée en justice. Le
juge peut, selon les circonstances, valider la résolution ou ordonner
l’exécution du contrat, en octroyant éventuellement un délai au débiteur ».
La résolution unilatérale peut donc être considérée comme non avenue et
le juge peut ordonner la poursuite du contrat. L’avant-projet Catala et le
projet Terré sont dans le même sens.
Section 2 - Les effets de la résolution
La résolution du contrat produit des effets identiques à ceux de
l’annulation (ces mécanismes se distinguent par leur cause, non par leurs
effets : la nullité sanctionne un vice dans la formation du contrat, la
résolution sanctionne une inexécution du contrat ; mais les effets sont les
mêmes). Il y a donc anéantissement rétroactif du contrat, et chaque partie
doit en principe restituer ce qu’elle a reçu. Néanmoins, s’agissant des
contrats à exécution successive, la jurisprudence opte pour la résiliation,
qui entraîne la disparition du contrat sans effet rétroactif.

19
ANNEXE
Extraits des projets de réforme
PROJET DE LA CHANCELLERIE
Chapitre VII – Exécution

Article 110
Les obligations de donner, de faire ou de ne pas faire s’exécutent en principe
en nature.
Article 111
Lorsque la qualité de la prestation n’est pas fixée par le contrat ou déterminable
en vertu de celui-ci, le débiteur doit offrir une prestation de qualité au
moins comparable à la moyenne attendue en considération de la nature de
l’obligation, des usages, de la profession et du montant de la contrepartie.

Section 1 : L’obligation de donner


Article 112
L’obligation de donner a pour objet l’aliénation de la propriété ou d’un autre
droit.
Elle s’exécute en principe par le seul échange des consentements.
Toutefois son exécution peut être différée par la volonté des parties, une
disposition de la loi ou la nature des choses. Sauf convention contraire,
l’exécution de l’obligation de donner transfère les risques et périls au créancier.
Article 113
L’obligation de donner emporte celle de délivrer la chose et de la conserver
jusqu’à la délivrance, en y apportant tous les soins d’une personne raisonnable.
La perte de la chose libère le débiteur de ses obligations, à charge
pour lui de prouver qu’elle a eu lieu sans sa faute. Il est cependant tenu de
céder à son créancier les droits ou actions dont il pourrait être titulaire sur la
chose.
Article 114
Lorsque le débiteur est mis en demeure de délivrer la chose, les risques et
périls restent ou passent à sa charge. En cas de perte de la chose, le débiteur
mis en demeure doit la restitution du prix, à moins que la chose n’eût également
périe chez le créancier si elle lui avait été délivrée.
Article 115
Le débiteur est mis en demeure soit par une sommation ou un acte équivalent
dont il ressort une interpellation suffisante, soit, si la convention le prévoit,
par la seule échéance du terme.

(…)

Section 4 : La durée du contrat


Article 130
A moins que la loi n’en dispose autrement, lorsque le contrat est conclu
pour une durée indéterminée [ou une durée manifestement excessive], il
peut être résilié à tout moment par l’une ou l’autre partie, sous réserve d’un
délai de préavis suffisant. Sauf abus, la résiliation unilatérale n’engage pas
la responsabilité du contractant qui en prend l’initiative.
Article 131
Lorsque le contrat est conclu pour une durée déterminée, chaque contractant
doit l’exécuter jusqu’à son terme. En cas de résiliation anticipée, il est fait
application des dispositions prévues aux articles 159 à 171. Sauf dispositions

20
légales ou conventionnelles contraires, nul ne peut exiger le renouvellement
du contrat.
Article 132
Le contrat peut être prorogé par la volonté des contractants manifestée avant
son expiration, sous réserve des droits des tiers.
Article 133
Lorsque la loi accorde un droit au renouvellement d’un contrat conclu à durée
déterminée ou que celui-ci procède d’un accord des parties dès le
contrat initial, ou d’un accord exprès au terme de celui-ci, le contrat renouvelé,
distinct du contrat expiré, est, sauf disposition contraire, soumis aux
mêmes conditions excepté son terme.
Article 134
Lorsqu’à l’expiration d’un contrat conclu à durée déterminée, les contractants
continuent d’en exécuter les obligations, leur comportement emporte
tacite reconduction du contrat qui donne naissance à un nouveau contrat, à
durée indéterminée, dont le contenu est identique.

Chapitre X – Inexécution

Article 159
La partie envers laquelle l’engagement n’a pas été exécuté, ou l’a été imparfaitement,
peut, soit poursuivre l’exécution forcée de l’engagement, soit
provoquer la résolution du contrat, soit réclamer des dommages-intérêts,
lesquels peuvent, le cas échéant, s’ajouter à l’exécution ou à la résolution.
Article 160
Dans un contrat synallagmatique, chaque partie peut refuser d’exécuter son
obligation si l’autre n’exécute pas la sienne, alors même qu’elle est exigible.
Article 161
Lorsque l’inexécution résulte d’une force majeure, le contrat synallagmatique
peut être suspendu si l’inexécution n’est pas irrémédiable.

Section 1 : L’exécution forcée en nature


Article 162
Le créancier d’une obligation de faire peut en poursuivre l’exécution en nature
sauf si cette exécution est impossible ou si son coût est manifestement
déraisonnable.
A défaut d’exécution forcée en nature, l’obligation de faire se résout en
dommages-intérêts.
Article 163
La seule inobservation d’une obligation de ne pas faire peut donner lieu à
des dommages et intérêts. Le créancier peut également exiger l’exécution en
nature de cette obligation pour l’avenir.
Article 164
Le créancier peut être autorisé par le juge à faire exécuter lui-même
l’obligation ou à détruire ce qui a été fait par contravention à celle-ci aux
frais du débiteur. Celui-ci peut être condamné à faire l’avance des sommes
nécessaires à cette exécution.

Section 2 : La résolution
Article 165
La résolution d’un contrat peut résulter de l’application d’une clause résolutoire,
d’une notification du créancier au débiteur, ou d’une demande en justice.
Article 166
Dans les contrats à exécution instantanée, la résolution s’entend de
l’anéantissement rétroactif d’un contrat en raison de son inexécution. Elle
libère les parties de leurs obligations. Dans les contrats à exécution successive
ou échelonnée, l’engagement des parties prend fin pour l’avenir, à

21
compter de l’assignation ou de la notification de la résolution unilatérale.
Article 167
La clause résolutoire doit expressément désigner les engagements dont
l’inexécution entraînera la résolution du contrat. La résolution est subordonnée
à une mise en demeure infructueuse, s’il n’a pas été convenu qu’elle
résulterait du seul fait de l’inexécution. La mise en demeure n’est efficace
que si elle mentionne de manière apparente la clause résolutoire. Elle prend
effet par la notification qui en est faite au débiteur et à la date de sa réception.
Article 168
Lorsque l’inexécution prive le créancier de son intérêt au contrat, il peut
mettre en demeure le débiteur défaillant de satisfaire à son engagement dans
un délai raisonnable. La mise en demeure n’est efficace que si elle mentionne
de manière apparente qu’à défaut pour le débiteur de satisfaire à son
engagement, le créancier sera en droit de résoudre le contrat, à ses risques et
périls. Le débiteur peut pendant le délai de la mise en demeure saisir le juge
des référés pour contester la résolution. Cette procédure suspend la résolution.
Lorsque l’inexécution persiste et en l’absence de saisine du juge, le
créancier notifie au débiteur la résolution du contrat et les raisons qui la motivent.
Celle-ci prend effet lors de la réception de la notification par l’autre
partie.
Article 169
Une partie peut, selon les modalités prévues à l’article précédent, résoudre
un contrat, dès avant l’échéance, lorsqu’il est manifeste que l’autre partie ne
pourra pas exécuter son obligation essentielle.
Article 170
En toute hypothèse, la résolution peut être poursuivie ou contestée en justice.
Le juge peut, selon les circonstances, valider la résolution ou ordonner
l’exécution du contrat, en octroyant éventuellement un délai au débiteur.
Article 171
Chaque partie restitue à l’autre ce qu’elle en a reçu, suivant les règles posées
aux articles 103 à 109. Toutefois, dans les contrats à exécution successive
ou échelonnée, les prestations échangées ne donnent pas lieu à restitution
lorsque leur exécution a été conforme aux obligations respectives des
parties.

Section 3 : La responsabilité contractuelle


(article 1146 à 1155 actuels du Code civil)

AVANT-PROJET CATALA :

SECTION 3 – DE DIVERSES ESPECES D’OBLIGATIONS


(ARTICLES 1144 A 1151)

Art. 1144 L’obligation de faire a pour objet une action, comme la réalisation d’un
ouvrage ou une prestation de services, ainsi dans l’entreprise ou le louage de
services ; celle de ne pas faire une abstention, ainsi de la non-concurrence, du nonrétablissement,
de la non-divulgation ou de la non-construction.
Art. 1145 L’obligation de donner a pour objet l’aliénation de la propriété ou d’un
autre droit, comme dans la vente, la donation, la cession de créance ou la constitution
d’usufruit.
Art. 1146 L’obligation de donner à usage a pour objet la concession de l’usage
d’une chose à charge de restitution, comme dans le bail ou le prêt à usage ; elle n’a
pas lieu dans les conventions qui concèdent la détention sans droit d’usage, comme le
gage et le dépôt.
Art. 1147 L’obligation est monétaire quand elle porte sur une somme d’argent.
Toute autre obligation est dite en nature.

22
Les obligations monétaires, en toutes devises, sont fongibles, sauf
disposition ou convention contraire.
Art. 1148 L’obligation de valeur est de fournir au créancier, en argent ou en
nature, un avantage économique variable selon les circonstances, qui lui garantit,
dans le temps, une satisfaction appropriée, moyennant l’actualisation de son montant
au jour de son exécution.
L’obligation de valeur est monétaire quand son objet est de fournir une
somme d’argent déterminable à la date de l’exigibilité ; elle est en nature quand son
objet est de pourvoir aux besoins d’une personne ou aux soins d’une chose, sauf, dans
ces deux cas, à être convertie, par convention ou décision judiciaire, en une obligation
monétaire révisable.
Art. 1149 L’obligation est dite de résultat lorsque le débiteur est tenu, sauf cas de
force majeure, de procurer au créancier la satisfaction promise, de telle sorte que, ce
cas excepté, sa responsabilité est engagée du seul fait qu’il n’a pas réussi à atteindre le
but fixé.
L’obligation est dite de moyens lorsque le débiteur est seulement tenu
d’apporter les soins et diligences normalement nécessaires pour atteindre un certain
but, de telle sorte que sa responsabilité est subordonnée à la preuve qu’il a manqué de
prudence ou de diligence.
Art. 1150 L’obligation de sécurité, inhérente à certains engagements contractuels,
impose de veiller à l’intégrité de la personne du créancier et de ses biens.
Art. 1151 L’obligation naturelle recouvre un devoir de conscience envers autrui.
Elle peut donner lieu à une exécution volontaire, sans répétition, ou à une promesse
exécutoire de s’en acquitter.

SECTION 4. DE L’EXECUTION DES OBLIGATIONS (ARTICLES 1152 A 1156-2)


§ 1 – De l’obligation de donner
Art. 1152 L’obligation de donner s’exécute en principe par le seul échange des
consentements.
Toutefois son exécution peut être différée par la volonté des parties, une
disposition de la loi ou la nature des choses.
Elle s’exécute en nature quel que soit son objet, corporel ou incorporel.
Son exécution rend le créancier titulaire du droit transmis et met à ses risques
et périls la chose objet de ce droit, encore que la tradition n’en ait pas été faite.
(cf. art. 1138 al. 2 et 1302 al. 1 c. civ.)
Art. 1152-1 L’obligation de donner emporte celle de délivrer la chose et de la
conserver jusqu’à la délivrance, en y apportant tous les soins d’un bon père de
famille.
(cf. art. 1136 c. civ.)
La perte de la chose libère le débiteur de ses obligations, à charge pour lui de
prouver qu’elle a eu lieu sans sa faute. Il est cependant tenu, s’il y a quelques droits
ou actions en indemnité par rapport à cette chose, de les céder à son créancier.
(cf. art. 1303 c. civ.)
Art. 1152-2 Lorsque le débiteur est mis en demeure de délivrer la chose, celle-ci
reste ou passe à ses risques.
(cf. art. 1138 al. 2 c. civ.)
En cas de perte de la chose, le débiteur en demeure doit la restitution du
prix, à moins que la chose n’eût également périe chez le créancier si elle lui avait été
délivrée.
(cf. art. 1302 al. 2 c. civ.)
Art. 1152-3 Le débiteur est mis en demeure soit par une sommation ou un acte
équivalent dont il ressort une interpellation suffisante, soit, si la convention le prévoit,
par la seule échéance du terme.
(cf. art. 1139 al. 2 c. civ.)
91
Art. 1153 Si la chose que l’on s’est obligé de donner à deux personnes
successivement, est purement mobilière, celle des deux qui a été mise en possession

23
réelle est préférée et en demeure propriétaire, encore que son titre soit postérieur en
date, pourvu que la possession soit de bonne foi.
Art. 1153-1 Les effets de l’obligation de donner un immeuble sont réglés au titre De
la Vente et au titre Des Privilèges et Hypothèques.
§ 2 – Des obligations de faire ou de ne pas faire
Art. 1154 L’obligation de faire s’exécute si possible en nature.
Son exécution peut être ordonnée sous astreinte ou un autre moyen de
contrainte, sauf si la prestation attendue a un caractère éminemment personnel.
En aucun cas, elle ne peut être obtenue par une coercition attentatoire à
la liberté ou à la dignité du débiteur.
A défaut d’exécution en nature, l’obligation de faire se résout en
dommages-intérêts.
Art. 1154-1 L’inobservation d’une obligation de ne pas faire se résout de plein droit
en dommages-intérêts du seul fait de la contravention, sauf le droit pour le créancier
d’en exiger à l’avenir l’exécution en nature.
Art. 1154-2 Le créancier peut être autorisé à faire exécuter lui-même l’obligation ou
à détruire ce qui a été fait par contravention à celle-ci. Le tout aux dépens du
débiteur, qui peut être condamné, le cas échéant, à avancer les sommes nécessaires à
cette exécution.
§ 3 – De l’obligation de donner à usage
Art. 1155 L’obligation de concéder l’usage d’une chose impose de la délivrer et de
la maintenir en état de servir pendant un certain temps à l’issue duquel le détenteur
est tenu de la restituer ; le tout sauf stipulation ou disposition contraire.
Ces obligations peuvent porter sur un bien corporel ou incorporel.
Elles s’exécutent en nature.
Art. 1155-1 En cas de conflit entre plusieurs personnes prétendant à l’usage de la
chose, celui dont le titre est premier en date doit être préféré.
Art. 1155-2 Lorsque les parties n’ont pas prévu de délai pour la restitution de la
chose, elle doit être restituée dans un délai raisonnable et, sauf urgence, après un
préavis donné au débiteur.
Art. 1155-3 Le détenteur est cependant fondé à retenir la chose jusqu’au complet
paiement des sommes qui lui sont dues au titre d’une créance jointe à la chose.

SECTION 5. DE L’INEXECUTION DES OBLIGATIONS ET DE LA RESOLUTION


DU CONTRAT (ARTICLES 1157 A 1160-1)
Art. 1157 Dans un contrat synallagmatique, chaque partie peut refuser d’exécuter
son obligation tant que l’autre n’exécute pas la sienne.
Lorsque l’inexécution résulte d’une force majeure ou d’une autre cause
légitime, le contrat peut être pareillement suspendu si l’inexécution n’est pas
irrémédiable.
A l’exception d’inexécution, l’autre partie peut répliquer en prouvant en
justice que la suspension du contrat n’est pas justifiée.
Art. 1158 Dans tout contrat, la partie envers laquelle l’engagement n’a pas été
exécuté, ou l’a été imparfaitement, a le choix ou de poursuivre l’exécution de
l’engagement ou de provoquer la résolution du contrat ou de réclamer des dommages
intérêts, lesquels peuvent, le cas échéant, s’ajouter à l’exécution ou à la résolution.
Quand il opte pour la résolution, le créancier peut soit la demander au
juge, soit, de lui-même, mettre en demeure le débiteur défaillant de satisfaire à son
engagement dans un délai raisonnable, à défaut de quoi il sera en droit de résoudre le
contrat.
Lorsque l’inexécution persiste, le créancier notifie au débiteur la
résolution du contrat et les raisons qui la motivent. Celle-ci prend effet lors de la
réception de la notification par l’autre partie.
Art. 1158-1 Il est loisible au débiteur de contester en justice la décision du créancier
en alléguant que le manquement qui lui est imputé ne justifie pas la résolution du
contrat.
Le juge peut, selon les circonstances, valider la résolution ou ordonner

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l’exécution du contrat, en octroyant éventuellement un délai au débiteur.
Art. 1159 Les clauses résolutoires doivent expressément désigner les engagements
dont l’inexécution entraînera la résolution du contrat.
La résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, s’il
n’a pas été convenu qu’elle résulterait du seul fait de l’inexécution. La mise en
demeure n’est efficace que si elle rappelle en termes apparents la clause résolutoire.
En toute hypothèse, la résolution ne prend effet que par la notification
qui en est faite au débiteur et à la date de sa réception.
Art. 1160 La résolution peut avoir lieu pour une partie seulement du contrat,
lorsque son exécution est divisible.
Art. 1160-1 La résolution du contrat libère les parties de leurs obligations.
Dans les contrats à exécution successive ou échelonnée, la résolution vaut
résiliation ; l’engagement des parties prend fin pour l’avenir, à compter de
l’assignation en résolution ou de la notification de la résolution unilatérale.
Si le contrat a été partiellement exécuté, les prestations échangées ne
donnent pas lieu à restitution ni indemnité lorsque leur exécution a été conforme aux
obligations respectives des parties.
Dans les contrats à exécution instantanée, elle est rétroactive ; chaque
partie restitue à l’autre ce qu’elle en a reçu, suivant les règles posées à la section 6 ciaprès
du présent chapitre.

PROJET TERRÉ :

CHAPITRE 3. DES EFFETS DU CONTRAT

Section 1. Des effets entre les parties


(…)
§ 3. De l’inexécution
Article 97 :
La partie envers laquelle l’engagement n’a pas été exécuté, ou l’a été
imparfaitement,
a le choix, selon les circonstances, de poursuivre contre l’autre l’exécution
forcée en nature de l’engagement, de suspendre l’exécution de sa propre
obligation, de réduire le prix, de résoudre le contrat, ou de réclamer des
dommages
et intérêts.
Les remèdes qui ne sont pas incompatibles peuvent être cumulés ; des
dommages
et intérêts peuvent s’ajouter à tous les autres remèdes.
Article 98 :
Sauf disposition légale ou convention contraires, le débiteur est constitué en
demeure par une sommation ou par un autre acte équivalent, telle une lettre
missive,
lorsqu’il ressort de ses termes une interpellation suffisante.
Article 99 :
Lorsque l’exécution a été rejetée pour défaut de conformité au contrat, le
débiteur peut procéder à une nouvelle exécution conforme si le retard qui en
résulte ne constitue pas une inexécution grave. Le tout sans préjudice de
dommages
et intérêts.
Article 100 :
Il y a force majeure en matière contractuelle lorsque le débiteur établit qu’il
a été empêché d’exécuter par un événement échappant à son contrôle, et que
les

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parties ne pouvaient raisonnablement prévoir, lors de la conclusion du contrat,
qu’il le préviendrait ou le surmonterait, ou qu’il en préviendrait ou surmonterait
les conséquences.
Le débiteur, dès qu’il a ou devrait avoir connaissance d’un tel empêchement,
doit le notifier au créancier dans un délai raisonnable ; le défaut de notification
dans un tel délai donne lieu, le cas échéant, à des dommages et intérêts.
Article 101 :
Dans le cas où la force majeure conduit à une inexécution grave et irrémédiable,
le contrat est résolu de plein droit et les deux parties sont libérées de leurs
obligations réciproques.
Si l’impossibilité d’exécuter est provisoire, le contrat est suspendu, sauf si le
retard qui en résulterait constitue par lui-même une inexécution grave.
La résolution ou la suspension du contrat résulteront de la notification prévue
à l’article précédent.
Article 102 :
Sauf disposition légale contraire, les parties peuvent limiter ou exclure les
remèdes offerts au créancier en cas d’inexécution. Ces clauses n’auront point
d’effet en cas de dol ou de faute lourde du débiteur.
I. De l’exception d’inexécution
Article 103 :
Si, dans un contrat synallagmatique, une partie n’exécute pas son obligation,
l’autre peut refuser, totalement ou partiellement, d’exécuter la sienne, à
condition
que ce refus ne soit pas disproportionné au regard du manquement.
Article 104 :
Une partie peut, sous la même réserve, suspendre l’exécution de sa prestation
dès lors qu’il est manifeste qu’il y aura inexécution de la part du cocontractant à
l’échéance et que ses conséquences sont suffisamment graves pour le créancier.
II. De l’exécution en nature
Article 105 :
Le créancier peut, après mise en demeure du débiteur, exiger l’exécution
forcée d’une obligation chaque fois qu’elle est possible et que son coût n’est pas
manifestement disproportionné par rapport à l’intérêt que le créancier en retire.
Article 106 :
Après mise en demeure, le créancier peut aussi, dans un délai et à un coût
raisonnables, faire exécuter lui-même l’obligation ou détruire ce qui a été fait par
contravention à celle-ci. Il peut en demander remboursement au débiteur, sans
préjudice de dommages et intérêts s’il y a lieu.
Il peut aussi saisir le juge pour que le débiteur avance les sommes nécessaires
à cette exécution.
III. De la réduction du prix
Article 107 :
Le créancier peut accepter une exécution non conforme du débiteur et
réduire proportionnellement le prix.
Il peut, s’il a déjà payé, obtenir remboursement du surplus.
Il peut demander des dommages et intérêts pour tout autre préjudice.
IV. De la résolution
Article 108 :
La résolution d’un contrat résulte soit de l’application d’une clause résolutoire,
soit, en cas de grave inexécution, d’une demande en justice ou d’une
notification.
Article 109 :
L’inexécution est grave lorsqu’elle porte sur une obligation dont la stricte
observation est de l’essence du contrat.

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Il en va de même lorsqu’elle prive substantiellement le créancier de ce qu’il
pouvait légitimement attendre du contrat, à moins que le débiteur n’ait pas pu
prévoir que l’inexécution aurait un tel résultat.
L’inexécution intentionnelle est toujours considérée comme grave lorsqu’elle
fait présumer que le débiteur n’exécutera pas dans le futur.
Article 110 :
Lorsque le créancier procède par voie de notification, il doit préalablement
mettre en demeure le débiteur de s’exécuter dans un délai raisonnable, en
précisant
qu’à défaut d’exécution il sera en droit de résoudre le contrat. Si l’inexécution
persiste, la résolution est acquise à la réception de la notification par le
débiteur.
Le créancier est dispensé de la mise en demeure lorsqu’elle est inutile pour
caractériser l’inexécution ou en cas d’urgence. La résolution est alors acquise
à l’expiration d’un délai raisonnable fixé dans la notification.
Le débiteur peut, à tout moment, contester la résolution, le cas échéant, en
référé. Le créancier doit alors prouver la gravité de l’inexécution. Le juge peut,
selon les circonstances, soit constater la résolution, en statuant le cas échéant
sur
sa date, soit ordonner l’exécution du contrat en octrayant éventuellement un
délai au débiteur. Le tout sans préjudice de dommages et intérêts.
Article 111 :
Si dès avant l’échéance, il est certain que les conditions de la résolution sont
acquises, le créancier peut demander au débiteur de l’assurer qu’il sera en
mesure
d’exécuter dans le temps prévu en précisant que, à défaut, il sera en droit de
résoudre le contrat par simple notification.
Article 112 :
La clause résolutoire doit désigner les engagements dont l’inexécution entraînera
la résolution du contrat.
La résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, s’il n’a pas
été convenu qu’elle résulterait du seul fait de l’inexécution. La mise en demeure
n’est efficace que si elle rappelle en termes apparents la clause résolutoire.
La résolution ne prend effet que par la notification qui en est faite au débiteur
et à la date de sa réception.
Article 113 :
La résolution peut toujours être poursuivie en justice.
Le créancier peut même saisir le juge dès avant l’échéance s’il est certain que
les conditions de la résolution sont acquises.
Le juge peut, selon les circonstances, prononcer la résolution ou ordonner
l’exécution du contrat, en octroyant éventuellement un délai au débiteur.
Article 114 :
Lorsque l’exécution est divisible, la résolution peut avoir lieu pour une partie
seulement du contrat, s’il n’en résulte aucun déséquilibre significatif.
Article 115 :
La résolution du contrat libère les parties pour l’avenir. Elle prend effet, selon
les cas, soit dans les conditions prévues par la clause résolutoire, soit au jour où
la
notification prend effet, soit au jour de la décision de justice.
Toutefois, la résolution n’affecte ni les clauses relatives au règlement des
différends
ni celles destinées à produire effet même en cas de résolution, telles les
clauses de confidentialité et de non-concurrence.
Article 116 :

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Il y a lieu à restitution lorsqu’une partie a exécuté une obligation sans recevoir
la prestation due par le débiteur.
Il en va de même lorsque les parties ont envisagé l’exécution du contrat
comme formant un tout.
Pour le surplus, les restitutions sont soumises aux règles relatives à la répétition
de l’indu.
V. Des dommages et intérêts
Article 117 :
Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au payement de dommages et intérêts,
soit à raison de l’inexécution, totale ou partielle, du contrat, soit à raison du
retard dans l’exécution, sauf à établir qu’il a été empêché d’exécuter par suite
d’une force majeure.
Article 118 :
Les dommages et intérêts sont, en règle générale, d’un montant qui place le
créancier dans la situation où il se trouverait si le contrat avait été dûment
exécuté,
en considérant la perte qu’il a faite et le gain dont il a été privé.
Le débiteur n’est tenu que des dommages et intérêts qui ont été prévus ou
qu’on pouvait raisonnablement prévoir lors de la conclusion du contrat, lorsque
l’inexécution n’est point due à son dol ou à sa faute lourde.
Article 119 :
Dans le cas même où l’inexécution du contrat résulte du dol ou de la faute
lourde du débiteur, les dommages et intérêts ne peuvent comprendre que ce qui
est une suite immédiate et directe de l’inexécution.
Article 120 :
Toutefois, en cas de dol, le créancier de l’obligation inexécutée peut préférer
demander au juge que le débiteur soit condamné à lui verser tout ou partie du
profit retiré de l’inexécution.
Article 121 :
Le créancier qui, manquant à ses devoirs contractuels, a contribué à l’inexécution
ou à ses conséquences dommageables, n’a droit qu’à des dommages et
intérêts réduits à proportion de sa contribution à l’inexécution ou à ses
conséquences.
Il en va de même si le créancier n’a point pris les mesures sûres et raisonnables,
propres à éviter, à modérer ou à supprimer son préjudice. Le créancier sera
remboursé de tous les frais raisonnablement engagés à cet effet.
Article 122 :
Sauf disposition légale ou convention contraires, les dommages et intérêts ne
sont dus pour le retard dans l’exécution que lorsque le débiteur est en demeure
de
remplir son obligation.
Dans les obligations qui se bornent au paiement d’une certaine somme, les
dommages et intérêts résultant du retard dans l’exécution ne consistent jamais,
sauf disposition légale ou convention contraires, que dans la condamnation aux
intérêts au taux légal, à compter de la sommation de payer ou d’un autre acte
équivalent. Le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise
foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et
intérêts
distincts des intérêts moratoires.
S’agissant des dommages et intérêts compensatoires, la mise en demeure
n’est en principe requise que lorsqu’elle est nécessaire pour caractériser
l’inexécution.
Article 123 :
Lorsque le contrat porte que celui qui manquera de l’exécuter payera une

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certaine somme à titre de dommages et intérêts, il ne peut être alloué à l’autre
partie une somme plus forte, ni moindre.
Néanmoins, le juge peut, même d’office, modérer ou augmenter la peine qui
avait été convenue, si elle est manifestement excessive ou dérisoire. Toute
stipulation
contraire est réputée non écrite.
Lorsque l’engagement a été exécuté en partie, la peine convenue peut, même
d’office, être diminuée par le juge à proportion de l’intérêt que l’exécution
partielle
a procuré au créancier, sans préjudice de l’application de l’alinéa précédent.
Toute stipulation contraire est réputée non écrite.
Que le contrat contienne ou non un terme dans lequel il doit être exécuté,
la peine n’est encourue que lorsque le débiteur est en demeure, sauf clause
contraire.

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