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Thème : Force obligatoire et effet relatif

des contrats
12 ème séance de méthodologie
Droit des contrat
Collège Universitaire Français de Moscou
Par Matthieu Escande

1) COMMENTAIRE D’ARRET Ass. plén., 12 juillet 1991, Besse

2) FICHES D’ARRETS

3) CAS PRATIQUE

1
Les Lechat possèdent une maison dans les Landes qu’ils louent depuis 1999 à Mlle Strip. En 2006,
ils décident de la vendre. Mme Lechat s’en remet pour cela aux compétences de son époux qu’elle
charge expressément de réaliser l’opération ; elle lui précise cependant qu’elle refusera une vente à un
prix inférieur à 150 000 €. De longs mois passent, et M. Lechat ne trouve aucun acquéreur à ce prix. Un
couple, les Deschiens, finit par se dire intéressé mais pour un prix de 120 000 €. Lassé par ses
recherches, M. Lechat conclut avec eux une promesse de vente le 12 juin 2008. L’acte précise d’une part
que M. Lechat s’engage à obtenir la ratification de la vente par son épouse. Il précise d’autre part que la
vente sera réalisée à la condition que le bien soit libre de bail le 1er septembre 2008, date fixée pour la
signature de l’acte authentique.
M. Lechat délivre immédiatement son congé à Mlle Strip. Celle-ci refuse toutefois de quitter les lieux
avant le mois de décembre, invoquant le délai de six mois qui doit être accordé au locataire par le
propriétaire qui souhaite vendre. Contre toute attente, Mme Lechat s’en voit fort ravie : l’une de ses
amies, amoureuse de la région, accepte d’acheter la maison pour 170 000 €.
Les Lechat ignorent dès lors depuis les appels des Deschiens qui souhaitaient s’installer rapidement
dans la maison. Ces derniers sont particulièrement mécontents de la situation : considérant que leurs
cocontractants n’ont pas respecté leurs engagements, ils souhaitent que la vente soit dite réalisée aux
conditions initiales et, le cas échéant, obtenir réparation de leur préjudice. Quid juris ?

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 EFFET RELATIF
 PROMESSE DE PORTE-FORT
Ass. plén., 12 juillet 19911 Cass. 3ème civ., 23 juin 20042
Sur le moyen unique : Sur le moyen unique :
Vu l’article 1165 du Code civil ; Attendu, selon l’arrêt attaqué (Douai, 25 novembre
Attendu que les conventions n’ont d’effet qu’entre 2002), que, par acte du 6 juillet 1998, une promesse
les parties contractantes ; de vente est intervenue entre M. X..., acquéreur, et
M. Y..., ce dernier se portant-fort pour M. Z...,
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que plus de 10
propriétaire de l’immeuble vendu ; que M. Z... ayant
années après la réception de l’immeuble
été placé sous tutelle le 26 septembre 1998, son
d’habitation, dont il avait confié la construction à M.
gérant de tutelle a sollicité et obtenu l’autorisation
X..., entrepreneur principal, et dans lequel, en
de régulariser la vente aux conditions contenues
qualité de sous-traitant, M. Z... avait exécuté divers
dans la promesse par ordonnance du juge des
travaux de plomberie qui se sont révélés
tutelles en date du 24 février 1999 ; que M. Z... est
défectueux, M. Y... les a assignés, l’un et l’autre, en
décédé le 28 mars 1999, avant toute régularisation
réparation du préjudice subi ;
authentique de la vente ; que son héritière, Mme
Attendu que, pour déclarer irrecevables les Z... épouse A... ayant refusé de réitérer la promesse
demandes formées contre le sous-traitant, l’arrêt de vente, M. X... a demandé que la vente soit
retient que, dans le cas où le débiteur d’une déclarée parfaite ;
obligation contractuelle a chargé une autre
Attendu que M. X... fait grief à l’arrêt de rejeter sa
personne de l’exécution de cette obligation, le
demande tendant à ce qu’il soit dit que la décision à
créancier ne dispose contre cette dernière que
intervenir vaudrait vente, alors, selon le moyen, que
d’une action nécessairement contractuelle, dans la
la ratification d’une promesse de porte-fort peut-être
limite de ses droits et de l’engagement du débiteur
tacite ; qu’ayant constaté que la gérante de tutelle
substitué ; qu’il en déduit que M. Z... peut opposer à
de M. Ferdinand Z... avait été autorisée par le juge
M. Y... tous les moyens de défense tirés du contrat
des tutelles à vendre l’immeuble en cause aux
de construction conclu entre ce dernier et
conditions fixées par la promesse de vente du 6
l’entrepreneur principal, ainsi que des dispositions
juillet 1998 contenant la promesse de porte-fort,
légales qui le régissent, en particulier la forclusion
avant le décès de M. Z..., ce qui impliquait qu’elle
décennale ;
avait ratifié la promesse de porte-fort, la cour
Attendu qu’en statuant ainsi, alors que le sous- d’appel a violé l’article 1120 du Code civil en
traitant n’est pas contractuellement lié au maître de considérant que l’acte du 6 juillet 1998 ne pouvait
l’ouvrage, la cour d’appel a violé le texte susvisé ; engager M. Z... au seul motif que la gérante de
tutelle “ne signait pas la promesse de vente” ni
PAR CES MOTIFS :
l’acte authentique de vente avant le décès de M.
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il a Z...” ;
déclaré irrecevable la demande dirigée contre M.
Mais attendu qu’ayant relevé que M. Z... n’avait pas
Z..., l’arrêt rendu le 16 janvier 1990, entre les
ratifié l’acte conclu par M. Y... avant son placement
parties, par la cour d’appel de Nancy ; […]
sous tutelle, et que si le juge des tutelles avait
autorisé la gérante de tutelle à vendre l’immeuble
par ordonnance du 22 février 1999, cette dernière
n’avait ni signé la promesse de vente ni l’acte
authentique contenant vente avant le décès de M.
Z..., la cour d’appel en a exactement déduit qu’à
défaut de consentement de M. Z... ou de son
représentant, l’acte du 6 juillet 1998 ne pouvait
engager le propriétaire de l’immeuble ni son
héritière ;
D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
1Bull. A.P., n°5 p. 7, RTD.Civ. 1991, p. 750, obs. P.
Jourdain, D. 1991, jur. p. 549, note J. Ghestin. 2 Bull. civ. III, n130 p. 118.

3
REJETTE le pourvoi […] lui verser les fonds, la cour d’appel n’a pas satisfait
aux exigences de l’article 455 du nouveau Code de
procédure civile ;
 STIPULATION POUR AUTRUI Mais attendu, d’une part, que l’acceptation du
bénéficiaire n’est pas une condition de la stipulation
Cass. 1ère civ., 19 décembre 20003 pour autrui ; qu’ayant constaté que la Banque NSM
Attendu que, pour financer une opération de avait manifesté dans l’acte du 15 novembre 1992 sa
construction, la Banque de Neuflize, Schlumberger volonté d’accepter les stipulations faites en sa
et Mallet (NSM) a consenti à la société civile faveur, c’est à juste titre que la cour d’appel a
immobilière Lalande (SCI), le 15 novembre 1992, estimé que le droit de recevoir les prix de ventes,
une ouverture de crédit en compte courant d’un constitué à son bénéfice, était irrévocable ; que,
montant de 3 600 000 francs, l’acte stipulant le d’autre part, la clause par laquelle, en exécution des
paiement de l’intégralité du prix de vente des lots à engagements de la SCI, les paiements devaient
la banque ; qu’en décembre 1992 et janvier 1993, être faits à la banque, figurant dans les actes de
neuf lots ont été vendus ; que les actes notariés vente qu’il avait dressés, c’est à bon droit que la
dressés par M. X..., notaire, comportaient la clause cour d’appel a estimé que M. X... ne pouvait
suivante : “ en exécution des engagements pris par remettre les fonds à la SCI sans s’être assuré,
le vendeur, tous les paiements devront avoir lieu au auprès de la banque, que cette clause n’avait plus
siège de la Banque NSM, par chèque libellé à son lieu d’être ; que le moyen est donc dépourvu de
ordre “ ; qu’ayant appris que le notaire ne lui avait fondement en ses deux premières branches et
versé que la somme de 4 117 907 francs sur celle inopérant en sa troisième ;
de 7 401 033 francs représentant le total des Sur le second moyen, pris en ses deux branches ;
sommes perçues des acquéreurs, cet officier public […]
ayant remis la différence directement à la SCI, la
banque a fait assigner la SCP Delouis et X... et M. PAR CES MOTIFS :
X... en réparation de son préjudice, après que la REJETTE le pourvoi […]
SCI Lalande eut été mise en liquidation judiciaire ;
que l’arrêt confirmatif attaqué (Paris, 22 janvier
1998) les a condamnés à payer à la Banque NSM
la somme de 3 023 125,96 francs en principal à titre
de dommages-intérêts ;
Sur le premier moyen, pris en ses trois branches :
Attendu que la SCP Delouis et X... fait grief à la
cour d’appel de l’avoir condamnée, alors, selon le
moyen :
1° qu’en méconnaissant le caractère accessoire de
l’acceptation du bénéficiaire d’une stipulation pour
autrui, qui ne peut être donnée qu’au regard d’une
convention préalablement conclue entre le
promettant et le stipulant, elle a violé les articles
1121 et 1382 du Code civil ;
2° qu’en considérant que le notaire devait prendre
en considération, au jour de l’exécution des contrats
en cause, les droits de la banque résultant d’une
convention qu’il n’avait pas dressée et qui était
conclue au bénéfice de tiers, la cour d’appel a violé
l’article 1382 du Code civil ;
3° qu’en laissant sans réponse le moyen par lequel
le notaire avait fait valoir que le gérant de la SCI,
partie à l’acte, lui avait expressément demandé de

3 Bull. civ. I, n°333 p. 215.

4
Cass. 1ère civ., 14 décembre 19994 Cass. com., 23 mai 19895
Sur le moyen unique : Sur le moyen unique :
Vu l’article 1121 du Code civil ; Vu l’article 1121, ensemble les articles 1142 et 1147
du Code civil ;
Attendu qu’il résulte de ce texte que le stipulant a
qualité pour demander l’exécution du contrat dont il Attendu, selon l’arrêt infirmatif attaqué, que la
est le souscripteur ; société Brasserie Motte-Cordonnier (la société
Motte) s’est portée caution solidaire du
Attendu que la société CBH Feeling Communication
remboursement d’un emprunt contracté pour l’achat
(CBH), chargée par EDF d’une opération réalisée
d’un fonds de commerce de limonadier-brasserie
au profit des salariés de cette dernière pour les faire
par les époux X... ; qu’en contrepartie, ceux-ci se
bénéficier d’une remise de 500 francs sur un
sont engagés à ne se fournir en bière, pendant une
voyage qu’ils souscriraient auprès de l’agence de
durée déterminée, qu’auprès de la société Motte ou
voyages Marketing tourisme promotion, (MTP), a
d’un entrepositaire désigné par celle-ci, la société
acheté à cette agence un certain nombre de bons
Entrepôts Jean Perrier (la société Perrier) ; que les
d’une valeur unitaire égale à celle de la remise
époux X... n’ayant pas respecté cet engagement, la
prévue ; que ces bons n’ayant pu être utilisés en
société Perrier les a assignés en réparation de son
raison de la liquidation judiciaire de la société MTP,
préjudice, en se fondant notamment sur une clause
la société CBH qui en avait remboursé le prix à
pénale stipulée au profit de la société Motte dans la
l’EDF, a mis en jeu la garantie financière de
convention intervenue entre celle-ci et les époux
l’Association professionnelle des agences de
X... ;
voyages (APSAV) ;
Attendu que pour rejeter cette demande, la cour
Attendu que pour la débouter de sa demande,
d’appel, après avoir exactement décidé que la
l’arrêt attaqué retient que la société CBH, qui n’était
société Perrier ne pouvait se prévaloir de la clause
pas cliente de l’agence de voyages MTP au sens de
pénale évoquée, a retenu que, la convention
l’article 10 du décret du 28 mars 1977, les bons de
n’ayant prévu en cas de manquement des époux
voyage ayant été émis au nom des agents de EDF,
X... à leur obligation aucune réparation au profit de
se prévalait de droits appartenant à des clients de
la société Perrier, celle-ci était sans qualité pour agir
cette agence qui avaient souscrit des voyages
à l’encontre de ceux-là ;
partiellement payés à l’aide de bons émis par elle,
qu’elle avait remboursé la valeur de ces bons à EDF Attendu qu’en statuant ainsi, alors qu’en sa qualité
et non à ses salariés et ne justifiait d’aucune de bénéficiaire de la promesse d’approvisionnement
subrogation dans les droits des clients frustrés, de exclusif contractée par les époux X..., la société
sorte qu’elle n’avait pas qualité pour demander un Perrier disposait à leur encontre d’une action directe
paiement quelconque ; et personnelle en réparation de son préjudice, la
cour d’appel a violé par refus d’application les
Qu’en statuant ainsi, alors que la société CBH avait
textes susvisés ;
stipulé, au profit de tiers bénéficiaires désignés, des
bons de voyage à valoir sur des prestations de PAR CES MOTIFS :
voyage fournies par l’agence de voyages MTP, la
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il a
cour d’appel a violé le texte susvisé ;
débouté la société Perrier de sa demande en
PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE, dans réparation du préjudice par elle subi du fait du
toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 19 juin 1997, manquement des époux X... à leur obligation
entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; […] d’approvisionnement exclusif, l’arrêt rendu le 25
avril 1986, entre les parties, par la cour d’appel de
Paris ;

4 Bull. civ. I, n°341 p. 222. 5 Bull. IV, n°164 p. 109.

5
 FORCE OBLIGATOIRE Attendu que la règle établie par cet article est
générale et absolue ; qu’elle s’applique aux contrats
 ADDE : dont l’exécution s’étend à des époques successives
aussi bien qu’à ceux de toute autre nature ; qu’en
Cass. 3ème civ., 15 décembre 19936 aucun cas, il n’appartient aux tribunaux de prendre
Ch. mixte, 26 mai 20067 en considération le temps et les circonstances pour
modifier les conventions des parties ; qu’ils ne
(cf. Thème n°2, Les avant-contrats)
peuvent davantage, sous prétexte d’une
interprétation que le contrat ne rend pas nécessaire,
 INTERPRETATION DU CONTRAT
introduire dans l’exercice du droit constitué par les
contractants des conditions nouvelles quand bien
Cass. com., 18 décembre 19798
même le régime ainsi institué paraîtrait plus
Sur le premier moyen du pourvoi : équitable, à raison des circonstances
Vu l’article 1134 du code civil; économiques ;
[Convention passée le 21 novembre 1845 entre une
Attendu qu’en application de ce texte les juges ne entreprise de verrerie et une compagnie exploitant une
peuvent, sous prétexte d’équité ou pour tout autre mine au titre de laquelle la première est investie du droit
motif, modifier les conventions légalement formées de prendre dans les mines de la seconde le charbon
entre les parties ; attendu que pour condamner la nécessaire à l’exploitation de son usine, le prix et les
Société Saunier Duval (la société SD) à verser à la modalités étant fixées dans la convention. Saisie d’un
Société des Magasins et entrepôts du Nord, en litige relatif au prix à payer, la cour d’appel, se basant sur
exécution d’un contrat de magasinage à durée une interprétation du contrat, prononce une expertise
indéterminée, une somme dont la SEMVI garantirait tendant à déterminer le prix qui devrait être dû en
le paiement, la cour d’appel a retenu que malgré le fonction du prix de revient de l’exploitation.]
refus opposé par la société SD à une augmentation Mais attendu que la disposition de l’art. 19 de l’acte
du tarif originairement convenu, celui-ci devait être, du 21 novembre 1845 est claire et précise ; qu’elle
en raison de circonstances économiques nouvelles, n’offre aucune ambiguïté et ne nécessite aucune
fixé en fonction d’un juste prix, ledit contrat surtout à interprétation ; que déjà, dans des litiges antérieurs,
durée indéterminée comportant une rémunération entre les mêmes parties, sur des points litigieux
du magasinier suivant des tarifs variables dans le voisins de celui qui est en discussion, il a été
temps ; attendu qu’en statuant ainsi, alors que la déclaré dans les décisions judicaires alors
convention ne prévoyait pas de modification du tarif intervenues que le prix de 0 fr. 50 par 100 kg de
du dépôt salarié, la cour d’appel a violé par refus charbon était « un prix invariable » ; et encore que
d’application le texte susvisé ; « le prix à payer par les Verreries de Carmaux était
Par ces motifs, et sans qu’il soit nécessaire de fixé une fois pour toutes » ; que le raisonnement
statuer sur les deuxième et troisième moyens du que forme l’arrêt attaqué, en s’attachant soit à des
pourvoi : documents étrangers au contrat, et même
postérieurs en date, soit à des clauses de l’acte du
Casse et annule l’arrêt rendu entre les parties le 4 21 novembre 1845, ne contient pas d’éléments
janvier 1978 par la cour d’appel de Paris […] positifs autorisant à croire qu’au moment du contrat
les parties aient envisagé une variation éventuelle
 INTERPRETATION DU CONTRAT ET MODIFICATION du prix qu’elles fixaient en termes précis, sans
DES CIRCONSTANCES ECONOMIQUES réserve aucune pour l’avenir ; qu’en ajoutant à la
convention des parties des modalités que l’acte ne
Cass. civ., 15 novembre 19339 formule pas, l’arrêt attaqué a dénaturé le contrat et
violé la disposition de loi ci-dessus visée ;
Vu l’article 1134 C. civ. ;
Par ces motifs, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur
le 2ème et le 3ème moyens,
6 Bull. civ. III, n°174, D. 1994, jur. p. 507, note F. CASSE […]
Bénac-Schmidt, JCP 1995, éd. G., p. 31, note D.
Mazeaud.
7 Rev. Lamy Droit civil 2006, n°30, p. 5, note H.
 BONNE FOI ET MODIFICATION DES
Kenfack, D. 2006, jur. p. 1861, note P.-Y. Gauthier et CIRCONSTANCES ECONOMIQUES
D. Mainguy.
8 Bull. IV, n°339.
9 Gaz. Pal. 1934, 1, n°361.

6
Cass. com., 3 novembre 199210 prix en matière de carburants, de lui vendre ceux-ci
au prix qu’elle pratiquait effectivement, la cour
Sur le moyen unique, pris en ses trois branches :
d’appel n’a pas tiré les conséquences légales de
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 31 mai 1990), ses constatations de fait, en violation des articles
que, le 2 octobre 1970, la Société française des 1147 et 1148 du Code civil ;
pétroles BP (société BP) a conclu avec M. X... un
Mais attendu, en premier lieu, que l’arrêt ne dit pas
contrat de distributeur agréé, pour une durée de 15
que la société BP était tenue d’intégrer M. X... dans
années, prenant effet le 25 mars 1971 ; que, par
son réseau “ en lui assurant une rentabilité
avenant du 14 octobre 1981, le contrat a été
acceptable “ ;
prorogé jusqu’au 31 décembre 1988 ; qu’en 1983,
les prix de vente des produits pétroliers au détail ont Attendu, en second lieu, qu’ayant relevé que le
été libérés ; que M. X..., se plaignant de ce que, en contrat contenait une clause d’approvisionnement
dépit de l’engagement de la société BP de l’intégrer exclusif, que M. X... avait effectué des travaux
dans son réseau, cette dernière ne lui a pas donné d’aménagement dans la station-service, et que “ le
les moyens de pratiquer des prix concurrentiels, l’a prix de vente appliqué par la société BP à ses
assignée en paiement de dommages-intérêts ; distributeurs agréés était, pour le supercarburant et
l’essence, supérieur à celui auquel elle vendait ces
Attendu que la société BP reproche à l’arrêt d’avoir
mêmes produits au consommateur final par
accueilli cette demande à concurrence de 150 000
l’intermédiaire de ses mandataires “, l’arrêt retient
francs, alors, selon le pourvoi, d’une part, que, dans
que la société BP, qui s’était engagée à maintenir
son préambule, l’accord de distributeur agréé du 2
dans son réseau M. X..., lequel n’était pas obligé de
octobre 1970 prévoyait que la société BP devrait
renoncer à son statut de distributeur agréé résultant
faire bénéficier M. X... de diverses aides “ dans les
du contrat en cours d’exécution pour devenir
limites d’une rentabilité acceptable “ ; qu’en jugeant
mandataire comme elle le lui proposait, n’est pas
dès lors que la société BP était contractuellement
fondée à soutenir qu’elle ne pouvait, dans le cadre
tenue d’intégrer M. X... dans son réseau en lui
du contrat de distributeur agréé, approvisionner M.
assurant une rentabilité acceptable, la cour d’appel
X... à un prix inférieur au tarif “ pompiste de marque
a dénaturé cette clause stipulée au profit de la
“, sans enfreindre la réglementation, puisqu’il lui
société pétrolière et non à celui de son distributeur
appartenait d’établir un accord de coopération
agréé, en violation de l’article 1134 du Code civil ;
commerciale entrant “ dans le cadre des exceptions
alors, d’autre part, que nul ne peut se voir imputer
d’alignement ou de pénétration protectrice d’un
une faute contractuelle de nature à engager sa
détaillant qui ont toujours été admises “ ; qu’en l’état
responsabilité sans que soit établie l’existence
de ces constatations et appréciations, d’où il
d’une inexécution de ses obligations contenues
résultait l’absence de tout cas de force majeure, la
dans le contrat ; qu’en ne retenant à l’encontre de la
cour d’appel a pu décider qu’en privant M. X... des
société BP que le seul grief de n’avoir pas
moyens de pratiquer des prix concurrentiels, la
recherché un accord de coopération commerciale
société BP n’avait pas exécuté le contrat de bonne
avec son distributeur agréé, M. X..., la cour d’appel
foi ;
n’a relevé à son encontre aucune violation de ses
obligations contractuelles et ne pouvait dès lors D’où il suit que le moyen, qui manque en fait dans
juger qu’elle avait commis une faute contractuelle sa première branche, est mal fondé pour le surplus ;
dont elle devait réparer les conséquences
PAR CES MOTIFS :
dommageables, en violation de l’article 1147 du
Code civil ; et alors, enfin, que nul ne peut être tenu REJETTE le pourvoi […]
pour responsable du préjudice subi par son
cocontractant lorsque ce préjudice trouve sa source Cass. 1ère civ., 16 mars 200411
dans une cause étrangère qui ne peut lui être
imputée ; qu’en jugeant dès lors que la société BP Attendu que la commune de Cluses a concédé, en
devait être tenue pour contractuellement 1974, à l’Association Foyer des jeunes travailleurs
responsable du préjudice invoqué par M. X..., (AFJT) l’exploitation d’un restaurant à caractère
préjudice tenant aux difficultés consécutives à social et d’entreprises ; qu’une convention tripartite
l’impossibilité pour ce dernier de faire face à la a été signée le 15 octobre 1984 entre la commune,
concurrence, après avoir pourtant constaté qu’elle
était néanmoins tenue, en raison de la politique des 11Bull. civ. I, n°86, p. 69, RTD.Civ. 2004, p. 290,
obs. J. Mestre et B. Fages, D. 2004, jur. p. 1754, note
10 Bull. IV, n°338 p. 241. D. Mazeaud.

7
l’AFJT et la société Les Repas Parisiens (LRP) pour de reconsidérer les conditions de la convention dès
une durée de dix ans ; qu’aux termes de cet accord, lors que, dans son économie générale, un
l’AFJT, confirmée en qualité de concessionnaire a déséquilibre manifeste était apparu, la cour d’appel
sous-concédé l’exploitation à la LRP, avec l’accord n’a pas donné de base légale à sa décision au
de la commune ; que la LRP, obtenant de ses regard des articles 1134 et 1147 du Code civil ;
cocontractantes d’importants travaux
Mais attendu que la cour d’appel a relevé que la
d’investissement, s’engageait à payer un loyer
LRP mettait en cause le déséquilibre financier
annuel à l’AFJT et une redevance à la commune ;
existant dès la conclusion du contrat et non le refus
que, par lettre du 31 mars 1989, la LRP a résilié
injustifié de la commune et de l’AFJT de prendre en
unilatéralement cette convention, au motif qu’elle se
compte une modification imprévue des
trouvait dans l’impossibilité économique de
circonstances économiques et ainsi de renégocier
poursuivre l’exploitation ; que, par ordonnance de
les modalités du sous-traité au mépris de leur
référé du 25 avril 1989, l’AFJT et la commune ont
obligation de loyauté et d’exécution de bonne foi ;
obtenu la condamnation de la LRP à poursuivre son
qu’elle a ajouté que la LRP ne pouvait fonder son
exploitation ; que cette société a, néanmoins, cessé
retrait brutal et unilatéral sur le déséquilibre
son activité le 31 juillet 1989 ; qu’invoquant un
structurel du contrat que, par sa négligence ou son
bouleversement de l’équilibre économique du
imprudence, elle n’avait pas su apprécier ; qu’elle a,
contrat, elle a saisi le tribunal administratif de
ainsi, légalement justifié sa décision ;
Grenoble d’une demande en résiliation de cette
convention et, à défaut, en dommages-intérêts ; D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
que, parallèlement, l’AFJT et la commune ont saisi Sur le second moyen : […]
le tribunal de grande instance de Bonneville aux fins
d’obtention, du fait de la résiliation unilatérale du PAR CES MOTIFS :
contrat, de dommages-intérêts pour les REJETTE le pourvoi […]
dégradations causées aux installations ; qu’après
saisine du Tribunal des conflits qui, par décision du
17 février 1997, a déclaré compétente la juridiction  BONNE FOI
judiciaire, s’agissant d’un contrat de droit privé,
l’arrêt attaqué (Chambéry, 5 juin 2001) a jugé que la Cass. 3ème civ., 14 septembre 200512
LRP avait rompu unilatéralement le contrat et l’a Sur le premier moyen du pourvoi incident:
condamnée à payer à l’AFJT les sommes de 273
655,37 francs et 911 729,92 francs, au titre, Vu l’article 1134, alinéa 3, du Code civil ;
respectivement, des loyers et redevances dus au 31 Attendu que les conventions doivent être exécutées
juillet 1989 et de l’indemnité de résiliation, et à la de bonne foi ;
commune de Cluses la somme de 116 470,17
francs au titre des travaux de remise en état des Attendu, selon l’arrêt attaqué (Angers, 5 mai 2003),
installations, et celle de 73 216,50 francs au titre de que par acte sous seing privé du 22 avril 1997 les
la redevance restant due ; époux Y... ont promis de vendre aux époux Z... un
immeuble donné à bail aux époux A..., auxquels ils
Sur le premier moyen : avaient délivré congé pour le 28 février 1997, sous
Attendu que la LRP fait grief à l’arrêt d’avoir ainsi la condition suspensive que la maison soit libérée
statué alors, selon le moyen, que les parties sont de toute location ou occupation au jour de la vente
tenues d’exécuter loyalement la convention en par acte authentique ; que la condition ne s’étant
veillant à ce que son économie générale ne soit pas pas réalisée dans le délai convenu de trois mois, les
manifestement déséquilibrée ; qu’en se déterminant époux Y... ont vendu l’immeuble le 30 octobre 1997,
comme elle l’a fait, sans rechercher si, en raison avec d’autres parcelles, et moyennant un prix
des contraintes économiques particulières résultant supérieur, aux époux X... ; que les époux Z... les ont
du rôle joué par la collectivité publique dans la assignés le 27 juillet 1998 en nullité de la vente du
détermination des conditions d’exploitation de la 30 octobre 1997 pour que soit déclarée parfaite la
concession, et notamment dans la fixation du prix promesse intervenue le 22 avril 1997 et en
des repas, les personnes morales concédantes dommages-intérêts;
n’avaient pas le devoir de mettre la société
prestataire de service en mesure d’exécuter son
contrat dans des conditions qui ne soient pas 12Bull. civ. III, n°166 p. 154, RTD.Civ. 2005, p. 776,
manifestement excessives pour elle et d’accepter obs. J. Mestre et B. Fages, D. 2006, jur. p. 761, obs.
D. Mazeaud.

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Attendu que pour condamner in solidum les époux de la force majeure, la cour d’appel a violé de façon
Y... et les époux A... à payer aux époux Z... des flagrante les dispositions de l’article précité ;
dommages-intérêts, l’arrêt retient que la loyauté
Mais attendu que si la faute de la victime n’exonère
devant présider aux relations entre les parties et
totalement le gardien qu’à la condition de présenter
consacrée par l’article 1134 in fine du Code civil,
les caractères d’un événement de force majeure,
devait conduire les époux Y... à soumettre leurs
cette exigence est satisfaite lorsque cette faute
nouvelles propositions à ceux auxquels ils avaient
présente, lors de l’accident, un caractère
initialement promis de vendre et qui avaient été
imprévisible et irrésistible ; qu’ayant retenu que la
évincés par l’attitude inconséquente des locataires
chute de Corinne X... sur la voie ne pouvait
laissés en place ;
s’expliquer que par l’action volontaire de la victime,
Qu’en statuant ainsi, alors que l’obligation de bonne que le comportement de celle-ci n’était pas
foi suppose l’existence de liens contractuels et que prévisible dans la mesure où aucun des préposés
ceux-ci cessent lorsque la condition suspensive de la RATP ne pouvait deviner sa volonté de se
auxquels ils étaient soumis a défailli, la cour d’appel précipiter contre la rame, qu’il n’avait été constaté
a violé le texte susvisé ; aucun manquement aux règles de sécurité
imposées à l’exploitant du réseau et que celui-ci ne
PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer
saurait se voir reprocher de ne pas prendre toutes
sur le pourvoi principal et sur le second moyen du
mesures rendant impossible le passage à l’acte de
pourvoi incident :
personnes ayant la volonté de produire le dommage
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, auquel elles s’exposent volontairement, la cour
l’arrêt rendu le 5 mai 2003, entre les parties, par la d’appel a décidé à bon droit que la faute commise
cour d’appel d’Angers […] par la victime exonérait la RATP de toute
responsabilité ;
 FORCE MAJEURE D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
Ass. plén., 14 avril 200613
REJETTE le pourvoi ; […]
Sur le moyen unique :
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 29 juin 2004),
Ass. plén., 14 avril 200614
que le corps sans vie de Corinne X... a été
découvert, entre le quai et la voie, dans une gare Attendu, selon l’arrêt confirmatif attaqué (Douai, 12
desservie par la Régie autonome des transports novembre 2001), que M. X... a commandé à M. Y...
parisiens (la RATP) ; qu’une information ouverte du une machine spécialement conçue pour les besoins
chef d’homicide involontaire a révélé que l’accident, de son activité professionnelle ; qu’en raison de
survenu lors du départ d’une rame, était passé l’état de santé de ce dernier, les parties sont
inaperçu, aucun témoin des faits ne s’étant fait convenues d’une nouvelle date de livraison qui n’a
connaître ; que M. X..., époux de la victime, pas été respectée ; que les examens médicaux qu’il
agissant tant en son nom personnel qu’en qualité a subis ont révélé l’existence d’un cancer des suites
de représentant légal de ses deux enfants mineurs, duquel il est décédé quelques mois plus tard sans
a demandé que la RATP soit condamnée à réparer que la machine ait été livrée ; que M. X... a fait
le préjudice causé par cet accident ; assigner les consorts Y..., héritiers du défunt, en
résolution du contrat et en paiement de dommages-
Attendu que M. X... fait grief à l’arrêt d’avoir rejeté
intérêts ;
cette demande alors, selon le moyen, qu’en
application de l’article 1384, alinéa 1er du Code Sur le premier moyen :
civil, la faute de la victime n’exonère totalement le
Attendu que M. X... fait grief à l’arrêt d’avoir rejeté
gardien de sa responsabilité que si elle constitue un
sa demande de dommages-intérêts alors, selon le
cas de force majeure ; qu’en constatant que la
moyen :
chute de la victime ne peut s’expliquer que par
l’action volontaire de celle-ci et que la réalité de la 1) qu’en estimant que la maladie dont a souffert M.
volonté de provoquer l’accident est confortée par Michel Z... avait un caractère imprévisible, pour en
l’état de détresse apparent de la victime, alors qu’un déduire qu’elle serait constitutive d’un cas de force
tel comportement ne présentait pas les caractères majeure, après avoir constaté qu’au 7 janvier 1998,

13 Bull. A.P., n°6 p. 12. 14 Bull. A.P., n°5 p. 9.

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date à laquelle M. Michel Y... a fait à son dégradation brutale de son état de santé faisaient la
cocontractant la proposition qui fut acceptée de fixer preuve d’une maladie irrésistible, la cour d’appel a
la date de livraison de la commande à la fin du mois décidé à bon droit que ces circonstances étaient
de février 1998, M. Michel Y... savait souffrir, depuis constitutives d’un cas de force majeure ;
plusieurs mois, d’une infection du poignet droit
D’où il suit que le moyen n’est fondé en aucune de
justifiant une incapacité temporaire totale de travail
ses branches ;
et se soumettait à de nombreux examens
médicaux, la cour d’appel n’a pas tiré les Sur le second moyen : […]
conséquences légales de ses propres constatations PAR CES MOTIFS :
et violé, en conséquence, l’article 1148 du code civil
; REJETTE le pourvoi ; […]
2) qu’un événement n’est pas constitutif de force
majeure pour le débiteur lorsque ce dernier n’a pas
pris toutes les mesures que la prévisibilité de
l’événement rendait nécessaires pour en éviter la
survenance et les effets ; qu’en reconnaissant à la
maladie dont a souffert M. Michel Y... le caractère
d’un cas de force majeure, quand elle avait constaté
que, loin d’informer son cocontractant qu’il ne serait
pas en mesure de livrer la machine commandée
avant de longs mois, ce qui aurait permis à M.
Philippe X... de prendre toutes les dispositions
nécessaires pour pallier le défaut de livraison à la
date convenue de la machine commandée, M.
Michel Y... avait fait, le 7 janvier 1998, à son
cocontractant la proposition qui fut acceptée de fixer
la date de livraison de la commande à la fin du mois
de février 1998, soit à une date qu’il ne pouvait
prévisiblement pas respecter, compte tenu de
l’infection au poignet droit justifiant une incapacité
temporaire totale de travail, dont il savait souffrir
depuis plusieurs mois, la cour d’appel n’a pas tiré
les conséquences légales de ses propres
constatations et violé, en conséquence, l’article
1148 du code civil ;
Mais attendu qu’il n’y a lieu à aucuns dommages-
intérêts lorsque, par suite d’une force majeure ou
d’un cas fortuit, le débiteur a été empêché de
donner ou de faire ce à quoi il était obligé, ou a fait
ce qui lui était interdit ; qu’il en est ainsi lorsque le
débiteur a été empêché d’exécuter par la maladie,
dès lors que cet événement, présentant un
caractère imprévisible lors de la conclusion du
contrat et irrésistible dans son exécution, est
constitutif d’un cas de force majeure ; qu’ayant
retenu, par motifs propres et adoptés, que seul
Michel Y... était en mesure de réaliser la machine et
qu’il s’en était trouvé empêché par son incapacité
temporaire partielle puis par la maladie ayant
entraîné son décès, que l’incapacité physique
résultant de l’infection et de la maladie grave
survenues après la conclusion du contrat présentait
un caractère imprévisible et que la chronologie des
faits ainsi que les attestations relatant la

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