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J’accuse -Emile Zola

Introduction

Le XIXe siècle fut marqué par l’avènement de l’âge industriel et des avancées techniques.
Parallèlement, une certaine idée de recherche de la justice sociale s’est installée dans les moeurs. Les
hommes de lettres, à l’image de Victor Hugo ou Emile Zola, ont dès lors compris l’importance
d’élever leur voix en tant que porte-paroles de la lutte contre l’injustice.
Ce dernier, affilié au courant Naturaliste et auteur de la fresque romanesque des Rougon-
Macquart, s’est insurgé contre un fait divers marqué par l’antisémitisme, l’accusation d’espionnage
et de trahison du capitaine Alfred Dreyfus. Le 13 Janvier 1898, Zola publie dans le journal L’Aurore
une lettre ouverte au président de la République Félix Faure: «J’accuse» est un véritable plaidoyer
visant à défendre Dreyfus, qui vaudra à son auteur d’être traduit en justice. L’extrait proposé ici est
la conclusion de l’article.
Comment la dénonciation d’une décision de justice révèle-t-elle une leçon d’éloquence
polémique?
Si Zola conteste avec fermeté, au nom de valeurs universelles, le verdict du procès d’Alfred
Dreyfus, il se sert toutefois de cette tribune pour développer une rhétorique polémique et éloquente.

I La Contestation d’un Verdict Controversé

A/ Le Manichéisme du Mensonge et de la Vérité



-Anaphore «J’accuse»: donne du rythme, simule la plaidoierie de l’avocat => Zola rejoue un
nouveau procès dont Dreyfus sortirait blanchi
-champ lexical du mensonge: «« mensongers », « frauduleux », « égarer l'opinion »,
«acquitter sciemment un coupable » => symbolise la thèse défendue par Zola en vue de défendre
Dreyfus
-métaphore de la «lumière»: renvoie à la vérité. Hyperbole «hâter l'explosion de la vérité et
de la justice», expression «au grand jour»: la vérité s’élève contre la calomnie
-«une pièce restée secrète», «violer le droit», «illégalité», «crime juridique»: l’utilisation du
vocabulaire juridique articule les thèmes du mensonge et de la vérité, avec une valeur morale (la
vérité finit toujours par éclater, même dissimulée => caractère répréhensible mis en avant

B/ La Défense de Valeurs Universelles

-«passion de la lumière»: expression faisant écho au siècle des Lumières, prônant la


tolérance, le respect et le savoir éclairé => Zola est héritier de la philosophie des Lumières, puisqu’il
se bat contre l’antisémitisme
-«au nom de l’humanité qui a tant souffert et a droit au bonheur»: Zola espère que les
progrès technologiques du XXe siècle amèneront la justice sociale et l’égalité des droits de l’homme.
-«Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme» = Zola est conscient de
transgresser la loi sur la presse du 29 juillet 1881, et des risques que cela comporte, mais il est certain
que sa cause est juste
=> cette idée est aussi exprimée par la question rhétorique: «Qu'on ose donc me traduire en
cour d'assises et que l'enquête ait lieu au grand jour!»
II Une Rhétorique Eloquente et Polémique

A/ Un Discours Résolu et Empathique

-verbes d’actions ou de volonté qui montrent la résolution de Zola («« je n'ignore pas… » ;
« c'est volontairement que je m'expose » ; « je n'ai qu'une passion… » ; « j'attends » ; « l'acte que
j'accomplis ici…. » )
-répétition du pronom personnel «je»: Zola s’engage personnellement et complètement
-« moyen révolutionnaire», «explosion de la vérité»: l’usage des hyperboles a une visée
empathique => Zola veut provoquer une émotion chez le lecteur pour le convaincre
- «cri de mon âme»: utilisation d’un registre lyrique pour faire adhérer le lecteur à sa
philosophie

B/ Un Réquisitoire Polémique et Vigoureux



-champ lexical de l’agression: «mensongers », « frauduleux », « abominable », « crime
juridique », « violé le droit », « esprits de malfaisance sociale»... => donne une impression guerrière
au discours de Zola
-«à moins qu'un examen médical ne les déclare atteints d'une maladie de la vue ou du
jugement»: antiphrase => révélatrice de l’ironie de Zola = donne un côté violent et convaincant à
son intime conviction
-rythme du texte: paragraphe courts => mise en page aérée, qui donne de la force à
l’argumentation de Zola, car elle gagne en clarté

Conclusion

La conclusion du célèbre pamphlet d’Emile Zola, désormais entré dans la postérité par la formule
«J’accuse», est un excellent exemple d’éloquence oratoire, mis au service de la recherche de la vérité
et de la lutte contre l’injustice et les discriminations sociales.
Zola s’inscrit ainsi dans le sillage d’auteurs engagées, comme Voltaire, qui a mis son éloquence et
son savoir-faire au service du combat contre l’intolérance et la justice., notamment en s’engageant
lors de l’Affaire Calas au XVIIIe siècle. (se renseigner là-dessus...)