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RERJ –N°2 2‫ العدد‬2018 ‫المجلة اإللكترونية لألبحاث القانونية‬

La politique pénale en vertu du


Livre V du code de commerce

167
Mounia RHOMRI MOUNIR
Enseignante - chercheur à
La faculté de droit de Meknès

Introduction:
Nul ne peut nier le rôle de l’entreprise dans le développement économique et
sociale du pays. Certes, elle constitue un agent de création, de circulation et de
distribution des richesses au sein de la société en sus de son ampleur au niveau de
l’emploi, ce qui lui a permis de constituer le noyau du droit commercial.
En revanche, son activité peut être compromise par l’intervention du risque
pénal provoqué par le comportement malveillant de l’entrepreneur individuel comme
par celui du dirigeant social provoquant une difficulté financière de l’entreprise, une
difficulté due à la cessation des paiements, origine de l’ouverture des procédures
collectives et suscitant, en parallèle la responsabilité civile et pénale du commerçant.
En fait, la cessation du paiement des dettes par l’entreprise ne constitue pas
en soi un délit susceptible d’être sanctionné pénalement mais c’est
l’accomplissement d’un certain nombre d’actes ayant aggravé la situation financière
de l’entreprise et ayant menacé les droits de ses créanciers. Ces agissements
constituent selon les dispositions du code de commerce l’infraction de banqueroute.
Dans ce cadre, Mr Yves Guyon souligne que « l’expression banqueroute a son
origine dans le droit des foires italiennes à la fin du moyen Age, lorsqu’un
commerçant cessait ses paiements, son banc à l’assemblée des marchands était brisé
(banca rotta) pour bien montrer qu’il n’appartenait plus à la communauté »1.
Ainsi, la banqueroute constitue une infraction commise par les dirigeants de
l’entreprise individuelle ou à forme sociale, qui après l’ouverture de la procédure
collective ayant fait objet d’une procédure qu’ils soient de droit ou de fait rémunérés
ou non, sont coupables d’avoir dans l’intention d’éviter ou de retarder l’ouverture
de la procédure de traitement, soit fait des achats en vue d’une revente au-dessous du
cours, soit employé des moyens ruineux pour se procurer des fonds ;
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Yves Guyon, droit des affaires, tome2, entreprises en difficultés, redressement judiciaire- faillite,
6ème édition, Economica, Paris 1997 p455.
ISSN: 7476-2605 ‫ردمـد‬
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-Avoir détourné ou dissimuler tout ou partie de l’actif du débiteur
-Avoir frauduleusement augmenté le passif du débiteur ;
-Avoir tenu une comptabilité fictive ou fait disparaitre des documents comptable
de l’entreprise ou de la société ou s’être abstenu de tenir une comptabilité lorsque la
loi en fait l’obligation1.
Historiquement, la faillite et la banqueroute constituaient deux infractions
provoquant de graves conséquences tant à la société qu’aux créanciers et touchaient
le commerçant dans son corps, ses droits, son honnêteté et étaient en conséquence
sanctionné par la peine de mort ; or la gravité de cette sanction se contrariait avec les
contraintes du commerce et de l’industrie et menaçaient la vie des hommes et les font
échapper à leur exercice. Le progrès de la société a conduit à la suppression de la 168
peine de mort et le régime de la faillite entant que régime commercial usant de
techniques et garanties juridiques protégeant les droits des créanciers, et le régime de
la banqueroute entant que régime pénal se basant sur l’incrimination et la sanction.
L’ancien système de faillite s’appuyait sur la notion de la sanction car il visait
l’apurement du monde des affaires des commerçants malhonnêtes. Ainsi, l’ancien
code de commerce marocain disposait que le jugement déclaratif de faillite peut
ordonner son dépôt à la maison d’arrêt si le failli n’a pas fait la déclaration de la
cessation de ses paiements au secrétariat du tribunal de première instance de son
domicile dans les quinze jours (l’article 198 de l’ancien code de commerce), ou s’il
n’a pas accompagné la déclaration du dépôt du bilan, ou n’ pas contenu l’indication
des motifs qui empêcheraient le failli de le déposer conformément aux dispositions
de l’article 199 de l’ancien code de commerce ou encore lorsque le failli cherche à
entraver par ses agissements la gestion de la faillite selon les dispositions de l’article
214 de la même loi.
La suppression de ces mesures privatives de liberté n’aura lieu qu’avec l’entrée
en vigueur de la loi 15.95 formant code de commerce2 qui les a remplacés par le
régime de la déchéance commerciale (l’article 714 du code de commerce).
En outre, l’infraction de banqueroute, sous l’égide du régime de la faillite, se
divisait en banqueroute simple et frauduleuse dont la répression était régie par les
dispositions du code pénal général. En revanche, vu la défaillance du régime
marocain en matière de la responsabilité des dirigeants sociaux la doctrine marocaine
a opté pour une intervention du législateur afin de limiter les abus exercés par les
dirigeants qui dilapidaient les biens de la société et les utilisaient pour leurs propres
besoins.3
Actuellement, le législateur marocain a adopté à travers le livre V du code de
commerce une politique de prévention et d’accompagnement de l’entreprise tout en
gardant l’incrimination et la sanction des actes et agissements nuisant à son activité
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Article 754 du code de commerce
Dahir n°1.96.83 du 1er aout 1996, B O n° 4418 datant du 3 octobre 1996 .
SQUALLI Abdelaziz ”Droit et pratique en matière de faillite et de liquidation judiciaire des
entreprises », édition SOFAPRESS, première édition 1995, p 209.
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et visant à compromettre les intérêts des créanciers au niveau des articles 721 jusqu’à
l’article 727 de la loi 15.95 du 1 er aout 1996. A ce niveau , le livre V du code de
commerce a subi une réforme en vertu de la loi 73.17 vu les carences constatées dans
les différents dossiers déférés devant les tribunaux de commerce. D’ailleurs, cette
loi a conservé le même régime de répression du délit de la banqueroute et des autres
infractions liées aux difficultés d’entreprise adopté par le livre V du code de
commerce régi par la loi 15.95.
Certes, l’incrimination et la sanction du délit de banqueroute et d’autres
infractions liées aux difficultés d’entreprise vise à dissuader tout agissement suscitant
des difficultés financières des entreprises, en l’occurrence, portant atteintes à
l’activité de l’entreprise et aux intérêts des créanciers. A ce niveau le nouveau droit 169
des difficultés d’entreprise s’inscrit dans le cadre d’une série de réformes entreprises
par le Maroc afin de s’adapter aux grands changements socio-économique connus
tant au plan national qu’au plan international , de tel changements imposés par la
libéralisation des marchés et la révolution technologique nécessitant, par conséquent,
la mise en place d’un régime juridique en plus d’institutions judiciaires permettant
aux entreprises de mieux affronter les défis de la concurrence internationale.
Certes, de telles réformes ne peuvent intervenir que par la contribution de
plusieurs études constituant une réflexion sérieuse sur la législation adoptée en la
matière, ce qui a fait de cette matière, y compris celle relative aux délits liés aux
difficultés d’entreprises, le centre d’intérêt de plusieurs réflexions.
Dans ce cadre, l’établissement d’une réflexion sur la politique pénale adoptée à
l’encontre des infractions liées aux difficultés d’entreprises nécessite de répondre à
la problématique suivante :
Dans quelle mesure le législateur marocain a-t-il réussi à établir sa
politique pénale vouée à dissuader et à réprimer tout agissement ou acte
suscitant des difficultés financières menaçant la vie de l’entreprise entant
qu’entité économique indispensable et source d’emploi ?
A l’instar de toute infraction, l’incrimination et la sanction des infractions
liées aux difficultés d’entreprise (la banqueroute et les autres infractions
déterminées par le livre V du code de commerce) se trouve régies par des règles de
fond mais aussi des règles de procédure relatives aux actes de l’action judiciaire.
Partant, porter une réflexion sur la problématique liée au sujet suivant nécessite
de traiter deux volets essentiels, à savoir :
D’une part, la politique pénale du législateur adoptée au niveau de
l’incrimination et la sanction des infractions liées aux difficultés de l’entreprise.
Et d’autre part, la politique pénale du législateur adoptée au niveau des règles
régissant l’exercice de l’action judiciaire liée aux infractions suscitant des difficultés
d’entreprise.

I- La politique pénale adoptée au niveau de l’incrimination et la


sanction des infractions liées aux difficultés d’entreprises
Derrière la cessation des paiements se trouvent plusieurs raisons qui peuvent
découler soit des circonstances économiques soit de la faute du commerçant.
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A cet égard, le législateur marocain a établi, à travers les dispositions du livre
V du code de commerce une politique souple qui prend en considération les
circonstances de l’entreprise et de l’entrepreneur. Elle protège, d’une part les
entrepreneurs endommagés par la concurrence et par les transformations
technologiques et les crises économiques, ceci afin de permettre aux entreprises de
subsister et de jouer leur rôle dans le développement économique, mais en parallèle,
elle a mis en place un régime pénitentiaire sévère voué à dissuader tout acte et
agissement découlant de la faute de gestion ou des manœuvres frauduleuses des
dirigeants engendrant des difficultés financières.
170
Par conséquent, la politique de protection de l’entreprise repose non
seulement sur la prévention et l’accompagnement de l’entreprise mais aussi sur la
mise en place d’un système sévère de pénalisation des actes et agissements ayant
mené la cessation des paiements.

1. L’engagement de la responsabilité pénale des dirigeants


Souvent la cessation de paiement des dettes à leur échéance est provoquée
par le fait des dirigeants à raison soit de leurs fautes de gestion, soit de l’utilisation
de manœuvres frauduleuses. A cet égard, le professeur LARGUIER a
dit « l’apparente froideur du monde de la finance cache-plus ou moins bien- la
passion qui agite certains « hommes d’affaires »(…). Il est des crimes passionnels
d’argent qui peuvent parfaitement s’accompagner de la préméditation calculatrice »1.
Dans ce cadre, l’incrimination et la sanction de l’entrepreneur ou le dirigeant
social repose sur le principe de la personnalité de la peine (l’article 732 de la loi
73.17) A ce titre, le législateur n’a pas mélangé entre le sort de l’entreprise et celui
du dirigeant auteur de l’infraction ayant compromis l’activité de l’entreprise qui doit
être sauvé ; Or l’engagement de leur responsabilité et la répression de leurs
agissements se trouve subordonner à plusieurs conditions.
D’une part, le législateur marocain a exigé, pour l’incrimination et la
sanction de la banqueroute, l’existence de la qualité de commerçant en plus de l’état
de cessation de paiement (l’article 736 de la loi 73.17). Ainsi, aux termes de l’article
736 de la loi 73.17 relevant du titre 7 du livre 5 du code de commerce relatif aux
sanctions à l’encontre des dirigeants de l’entreprise «les dispositions du présent titre
sont applicables aux dirigeants de l’entreprise individuelle ou à forme sociale ayant
fait l’objet d’une procédure qu’ils soient de droit ou de fait, rémunérés ou non »
Ainsi, le régime de la responsabilité pénale des dirigeants diverge selon la forme
de l’entreprise, car si l’entreprise individuelle y compris l’entreprise collective en état
de copropriété(ne disposant pas de la forme d’une société), en plus du cas de la
société en nom collectif ne jouissant pas de la personnalité morale, constituent une
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J-LARGUIER ”droit pénal des affaires”, Amand Colin, 2001
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partie du patrimoine individuelle de l’entrepreneur, par conséquent, la responsabilité
du commerçant se trouve engager en cas d’ouverture d’une procédure de traitement
judiciaire, l’entreprise sociétale disposant de la personnalité morale connait un autre
régime de responsabilité à l’égard de l’entreprise et les entrepreneurs ou les associés,
en l’occurrence, la responsabilité des associés diffère selon la forme de chaque
société1.
Dans ce cadre, il convient de signaler que le législateur marocain a traité les
infractions liées aux difficultés d’entreprise au niveau du livre V du code de
commerce et a déterminé, en outre, les conditions de l’engagement de la
responsabilité pénale des dirigeants. Ainsi, l’article 754 du code de commerce(loi 171
73.17)2 dispose qu’ « en cas d’ouverture d’une procédure de traitement, sont
coupables de banqueroutes les personnes mentionnées à l’article 736 contre
lesquelles a été relevé l’un des faits ci-après :
1- Avoir dans l’intention d’éviter ou de retarder l’ouverture de la procédure
de traitement, soit fait des achats en vue d’une revente au-dessous du cours, soit
employé des moyens ruineux pour se procurer des fonds ;
2-Avoir détourné ou dissimulé tout ou partie de l’actif du débiteur ;
3-Avoir frauduleusement augmenté le passif du débiteur ;
4-Avoir tenu une comptabilité fictive ou fait disparaitre des documents
comptables de l’entreprise ou de la société ou s’être abstenu de tenir toute
comptabilité lorsque la loi en fait l’obligation ».
En effet, l’article ci-dessus a précisé les conditions de l’engagement de la
responsabilité pénale des dirigeants s’envisageant :
En premier lieu dans la personne responsable pénalement, qui selon l’article 736
du code de commerce est tout dirigeant de l’entreprise individuelle ou à forme
sociale, qu’il soit de droit ou de fait, rémunéré ou non, ayant fait l’objet d’une
procédure de redressement ou de liquidation judiciaire.
A ce niveau, il convient de signaler que la responsabilité pénale en cas du délit
de la banqueroute touche tout commerçant et artisan3 et tout dirigeant d’entreprise
individuelle ou en état de copropriété (ne disposant pas de la forme d’une société),
aussi tout dirigeant de société commerciale et toute personne morale représentant une
société commerciale prenant en charge l’administration et la gestion d’une autre
société. Néanmoins ce dernier cas représente une difficulté au niveau de la répression
dans ce cadre, puisqu’une personne morale en sa qualité de dirigeant d’entreprise ne
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‫ و مساطر معالجتها ـ دراسة‬،‫ الوسيط في مساطر الوقاية الصعوبات التي تعترض المقاولة‬،‫أحمد شكري السباعي‬
‫ الجزء الثالث في التصفية القضائية و القواعد المشتركة‬،‫معمقة في قانون التجارة المغربي الجديد و القانون المقارن‬
،‫ و الجزاءات التجارية و الجنائية المتخذة ضد مسيري المقاولة‬،‫بين مسطرتي التسوية القضائية و التصفية القضائية‬
.373‫ ص‬،2000 ‫ دار نشر المعرفة‬،‫الطبعة األولى‬
Dahir n° 1.18.26 du 19 avril2018 portant promulgation de la loi 73.17 modifiant le livre V de la
loi 15.95 formant code de commerce
L’artisan est considéré commerçant selon l’article 6 du code de commerce.
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peut pas subir des sanctions pénales prévues par l’article cité ci-dessus lorsqu’il y a
commission de l’un des faits incriminés par la loi1.
Et en second lieu, la responsabilité pénale de l’entreprise suppose, en outre, la
commission de l’un des faits déterminés par l’article 754 cité ci-dessus.

2. Le régime répressif des infractions liées aux difficultés d’entreprise

Sous l’égide du système de la faillite, la répression de la banqueroute sous ses


différentes formes simple et frauduleuse était régie par les dispositions du code pénal
unifié. C’est ainsi que la répression se déterminait dans trois mois jusqu’à trois ans
172
pour la banqueroute simple2 et dans deux ans jusqu’à cinq ans pour la banqueroute
frauduleuse3.
Par ailleurs, depuis l’entrée en vigueur de la loi 15.95 formant code de
commerce, l’incrimination et la sanction de cette infraction est désormais prévue par
les dispositions du livre V de ce code notamment les articles 721 jusqu’à 723 qui ont
été modifié par les articles 754 jusqu’à 756 de la loi 73.17. Ainsi, Selon l’article 755
du livre V du code de commerce tel qu’il a été modifié par la loi 73.17 «la
banqueroute est punie de un à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de
10000 à 100000 dirhams ou d’une de ces deux peines seulement.
Encourent les mêmes peines, les complices de banqueroute, même s’ils n’ont
pas la qualité de dirigeants d’entreprise.
La peine prévue au premier alinéa est portée au double lorsque le
banqueroutier est dirigeant de droit ou de fait, d’une société dont les actions sont
cotées à la bourse des valeurs »
En fait l’unification du délit de la banqueroute a pour conséquence normale
l’unification de la répression dont le seuil varie entre la souplesse et la sévérité selon
la gravité des faits constituant le délit. A cet égard, il convient de noter que le
législateur marocain a délaissé la répression prévue par le code pénal, vue la
convergence entre les dispositions de la répression de la banqueroute prévues par le
code pénal et les dispositions du code de commerce. Désormais, c’est le code de
commerce qui s’en charge4.
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‫ و مساطر معالجتها ـ دراسة‬،‫ الوسيط في مساطر الوقاية الصعوبات التي تعترض المقاولة‬،‫ أحمد شكري السباعي‬-
‫ الجزء الثالث في التصفية القضائية و القواعد المشتركة‬،‫معمقة في قانون التجارة المغربي الجديد و القانون المقارن‬
،‫ والجزاءات التجارية والجنائية المتخذة ضد مسيري المقاولة‬،‫بين مسطرتي التسوية القضائية و التصفية القضائية‬
.460‫مرجع سابق ص‬
l’article 557 du code pénal
l’article 561 du code pénal
‫ ومساطر معالجتها ـ دراسة‬،‫ الوسيط في مساطر الوقاية الصعوبات التي تعترض المقاولة‬،‫ أحمد شكري السباعي‬-
‫ الجزء الثالث في التصفية القضائية والقواعد المشتركة بين‬،‫معمقة في قانون التجارة المغربي الجديد والقانون المقارن‬
‫ مرجع‬،‫ والجزاءات التجارية والجنائية المتخذة ضد مسيري المقاولة‬،‫مسطرتي التسوية القضائية والتصفية القضائية‬
459‫ ص‬،‫سابق‬
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En outre, il convient de constater que la politique de la répression du délit de
banqueroute est vouée vers l’assouplissement. Ceci peut être constaté sur plusieurs
niveaux car dans le but de la réalisation d’une meilleure justice et afin d’adapter la
sanction à la faute commise, le législateur a doté le juge d’un large pouvoir
discrétionnaire escomptant l’adaptation de la sanction à la nature de la faute
commise. Dans ce cadre, il lui a doté de la possibilité d’user de son pouvoir
discrétionnaire selon les circonstances de chaque cas en choisissant entre
l’assemblement de l’emprisonnement et de l’amende ou de l’application de l’une de
ces deux peines seulement tel qu’il a été prévu par l’article 755 cité ci-dessus.
A ce niveau, il convient de noter que : 173
D’une part, le législateur a essayé d’assouplir la sanction de la banqueroute en
permettant au juge de n’appliquer que l’amende si selon son pouvoir discrétionnaire
les circonstances du délit le permettent.
Et d’autre part, la mission du juge dans ce cas lui impose de bien user de son
pouvoir discrétionnaire et de sa formation dans le domaine des infractions liées au
monde des affaires, ceci tout en sachant que la compétence de statuer sur ce délit
relève de la compétence du tribunal de première instance dont les juges qui y siègent
n’ont pas une spécialité en matière commerciale, en sus l’appréciation des
circonstances liées à chaque cas nécessite l’assistance d’un expert-comptable, et
chaque faute commise par ce dernier peut se refléter négativement sur la décision du
juge, qui dans la plupart des cas s’y appuie.
Par ailleurs, il convient de signaler que le législateur n’a pas sanctionné la
tentative de banqueroute, contrairement aux autres délits, mais il a réprimé des actes
positifs qui ont eu lieu, de même qu’il a insisté sur l’existence de l’élément moral au
niveau de cette infraction.
Partant, l’assouplissement de la sanction en sus des difficultés liées à la
compétence des juges de statuer sur des infractions relevant du monde des affaires
peuvent se refléter négativement sur le but escompté par le législateur.
En plus, la politique du législateur dans la lutte contre le délit de
banqueroute- comme infraction menaçant l’activité de l’entreprise et les intérêts de
ses créanciers- ne s’est pas limité à réprimer seulement le débiteur (le commerçant
ou le dirigeant de la société) mais aussi les tiers qui ont commis l’une des fautes
prévues par l’article 757 de la loi 73.17 qui a modifié les dispositions du livre 5 du
code de commerce. A cet égard, ils encourent les mêmes sanctions prévues à
l’encontre des commerçants et des dirigeants, ceci sans la prise en considération de
leur qualité de commerçant ou d’artisan, de dirigeant de droit ou de fait, qu’ils soient
rémunérés ou non. Ainsi, a soumis aux mêmes sanctions de banqueroute les
complices et les co-auteurs, le syndic et les créanciers ayant commis l’un des faits
déterminés par l’article757 de la loi 73.17 modifiant le livre V du code de commerce.
C’est ainsi qu’une banque peut se considérer comme un co-auteur de l’infraction si
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elle a consenti des prêts à une entreprise ceci à des conditions qu’elles s’avèrent
ruineuses afin d’éviter un dépôt de bilan de son client; or si le co-auteur de
l’infraction de banqueroute est soumis à la même sanction que l’auteur principal il
convient de remarquer que dans ce cas, la banque- entant que société jouissant de la
personnalité morale- ne peut subir les poursuites pénales1,seules peuvent en faire
l’objet les personnes physiques auteur de la décision d’octroi du crédit.
A l’instar du délit de la banqueroute commis par le débiteur, il convient de
constater que le législateur a insisté sur l’existence de l’élément moral dans la
commission du délit par les personnes déterminées par l’article 757 cité ci-dessus, de
même qu’il n’a pas sanctionné la tentative de la commission de l’infraction dans ce 174
cas.
Dans ce cadre, il convient de signaler que le législateur français ainsi que le
législateur marocain poursuivent la même politique à l’égard des tiers concernés.
Ainsi des difficultés d’incrimination peuvent surgir si les personnes qui ont
Ceux-ci peuvent être des personnes morales, par conséquent, échappent aux
poursuites pénales2 ; or elles restent responsables civilement de l’activité de leurs
préposés conformément aux dispositions de l’article 77 et 78 du Dahir des
Obligations et Contrats. C’est ainsi que la personne morale, a été depuis longtemps,
à l’abri des foudres du droit pénal puisque l’application des sanctions pénales aux
personnes morales porterait atteinte au principe de la personnalité des peines en
frappant les personnes physiques membres de la personne morale qui sont étrangères
à la commission de l’infraction3.
D’ailleurs, en réprimant d’autres personnes autre que le dirigeant de l’entreprise
individuelle ou à forme sociale, le législateur a adopté une vision large et ne s’est pas
limité aux actes commis par le commerçant mais aussi à ceux commis par d’autres
personnes ayant porté atteinte à l’activité de l’entreprise que ce soit le complice, le
syndic ou le créancier.
Dans ce dernier cas il convient de constater que le législateur a adopté une
politique sévère à l’égard des créanciers lorsqu’ils ont conclu un ou des contrats après
le prononcé du jugement de redressement ou de liquidation judiciaire. En
conséquence, les créanciers ayant conclus des contrats avant le prononcé du jugement
d’ouverture échappent à la répression pénale4, sauf que les contrats conclus dans ce
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Yves Chartier, droit des affaires tome3, entreprises en difficulté, prévention-redressement-
liquidation- presse universitaire de France- première édition- avril 1989 p 512:
Yves chartier, droit des affaires, Tome3 entreprises en difficulté, prévention-redressement-
liquidation- presse universitaire de France- première édition- avril 1989, p512.
Dieunedort NZOUABETH “l’activité de l’entreprise saisie par le droit pénal, revue CAMES /SJP,
n°001/2017- p 211.
‫ و مساطر معالجتها ـ دراسة معمقة في‬،‫أحمد شكري السباعي" الوسيط في مساطر الوقاية الصعوبات التي تعترض المقاولة‬
‫ الجزء الثالث في التصفية القضائية و القواعد المشتركة بين مسطرتي التسوية‬،"‫قانون التجارة المغربي الجديد و القانون المقارن‬
.465‫ ص‬،‫ مرجع سابق‬،‫ والجزاءات التجارية والجنائية المتخذة ضد مسيري المقاولة‬،‫القضائية و التصفية القضائية‬
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cas peuvent être annulés s’ils ont eu lieu pendant la période suspecte (l’article 712
jusqu’à l’article 718).
À ce dernier cas, la loi 73.17 a apporté une autre nouveauté car elle a incriminé
et sanctionné le cas où le créancier use des informations prévues par les articles 612
et 619 au niveau de toute procédure de redressement ou de liquidation judiciaire ou
devant n’importe quelle entité.

II- La politique pénale déterminée d’après les règles de procédures liées au


délit de banqueroute et autres infractions prévues par le livre V du code de
commerce 175
La politique pénale du législateur à l’égard des infractions liées aux
difficultés d’entreprise se détermine non seulement à travers les règles de fond mais
aussi à travers les règles de procédure. D’ailleurs celles-ci s’envisagent
essentiellement dans les règles du déclenchement de l’action publique ainsi que dans
les moyens d’opposition, la prescription et les frais de poursuites.

1- La politique pénale de lutte contre les infractions liées aux difficultés


d’entreprise à travers les règles de déclenchement de l’action publique

Selon l’article 759 de la loi 73.17 modifiant le livre V du code de


commerce « la juridiction répressive est saisie soit sur la poursuite du ministère
public, soit sur constitution de partie civile du syndic Les dispositions de
l’article744 sont applicables».
Ainsi, aux termes de l’article cité ci-dessus le juge répressif peut être saisi
soit par le ministère public1 soit par le syndic en se constituant partie civile ; or cette
saisine ne peut avoir lieu qu’après l’ouverture d’une procédure de redressement ou
de liquidation judiciaire puisque l’article 754 de la loi 73.17 modifiant le code
commerce dispose que « en cas d’ouverture d’une procédure de redressement ou
de liquidation judiciaire, sont coupables de banqueroute les personnes
mentionnées à l’article 736 contre lesquelles a été relevé l’un des faits ci-
après(…) » .
Partant, si la répression des infractions liées aux difficultés d’entreprise est régie
par les dispositions de la loi commerciale, son application relève de la compétence
du tribunal de première instance puisque les juridictions de commerce ne contiennent
pas une justice répressive.
‫ـــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــ‬
Dans ce cadre il convient de signaler que l’article 759 de la loi 73.17 confirme les dispositions de
l’article 578 de la même loi qui dispose que « la procédure peut être ouverte sur l’assignation d’un
créancier quelle que soit la nature de sa créance.
Le tribunal peut aussi se saisir d’office ou sur requête du ministère public, ou par le président du
tribunal(…) »
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Par conséquent, le législateur marocain a doté l’institution du ministère public
d’un nouveau rôle en matière commerciale et plus spécialement en matière des
difficultés d’entreprise à savoir le déclenchement de l’action publique liée aux
infractions prévues par le livre V du code de commerce.
Ainsi en cas de dépistage de l’un des cas prévus par l’article 754 de la loi 73.17
modifiant le livre v du code commerce, le ministère public demande, en premier lieu,
l’ouverture de la procédure de redressement judiciaire ( l’article 578) ou de
liquidation judiciaire (l’article 651) , ceci si les conditions d’ouverture de ces
procédures existent à savoir la cessation de paiement des dettes à leur échéance y
176
compris celles qui sont nées des engagements conclus dans le cadre de l’accord
amiable prévu à l’article556 et la qualité de commerçant.
Sous cet angle, il convient de signaler qu’il y a un renversement du principe
selon lequel le pénal tient le civil en l’état car dans ce cas, c’est le commercial qui
tient le pénal en l’état puisque le législateur a soumis le déclenchement de l’action
publique à l’existence d’un jugement d’ouverture de la procédure de redressement
ou de liquidation judiciaire, ceci inversement à l’ancienne loi de commerce qui ne
soumettait pas la répression de l’auteur de l’infraction au prononcé du jugement de
faillite mais seulement à l’existence de l’état de cessation des paiements.1
En revanche, si le rôle du ministère public auprès des juridictions de commerce
se limite au dépistage des faits constituant le délit de banqueroute et les autres
infractions prévues par le livre V du code de commerce, il convient de constater que
c’est le ministère public auprès du tribunal de première instance qui se trouve
compètent de déclencher l’action publique2 .
Par conséquent, si le rôle du ministère public auprès du tribunal de commerce,
en cas de commission du délit de banqueroute et les autres infractions liées aux
difficultés d’entreprise, se limite au dépistage des faits constituant l’infraction et à sa
compétence de demander l’ouverture de la procédure de redressement ou de
liquidation judiciaire, c’est le ministère public auprès du tribunal de première
instance qui se trouve, en parallèle, compétent pour déclencher l’action publique dans
ce cadre, ceci indépendamment des déductions du ministère public auprès du tribunal
de commerce, ce qui limite les compétences de ce dernier car s’il donne ouverture
aux procédures collectives, il n’a pas compétence d’effectuer des poursuites
répressives en matière commerciale3.
‫ـــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــ‬
les articles 556-557-558 du code pénal général, dahir n°1.59.413(26 novembre 1962).
‫ و مساطر معالجتها ـ دراسة‬،‫ الوسيط في مساطر الوقاية الصعوبات التي تعترض المقاولة‬،‫ أحمد شكري السباعي‬-
‫ الجزء الثالث في التصفية القضائية والقواعد المشتركة بين‬،‫معمقة في قانون التجارة المغربي الجديد والقانون المقارن‬
‫ مرجع‬،‫ والجزاءات التجارية والجنائية المتخذة ضد مسيري المقاولة‬،‫مسطرتي التسوية القضائية و التصفية القضائية‬
443‫ ص‬،‫سابق‬
.152 ‫ ص‬،‫نفس المرجع‬
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En fait, cette dualité de la compétence juridictionnelle se manifeste aussi dans le
cadre de la compétence des juges du fond au niveau de la procédure de redressement
ou de liquidation judiciaire car le législateur impose avant le déclenchement de
l’action publique l’ouverture de la procédure de redressement ou de liquidation
judiciaire relevant de la compétence du tribunal de commerce conformément 754 de
la loi 73.17 portant modification au livre V de la loi 15.95 . a ce titre, si le tribunal de
commerce se trouve compètent pour prononcer le jugement d’ouverture de l’une de
ces procédures, c’est le tribunal de première instance qui est compètent, en parallèle,
pour statuer au niveau des infractions liées à cette procédure selon les dispositions de
l’article 759 de la loi 73.17. 177
En effet, la procédure de la lutte contre la banqueroute et les autres infractions
assimilées prévues par le livre V du code de commerce suppose une dualité de
compétence juridictionnelle ce qui provoque, en l’occurrence, une complication des
règles procédurales.
Dans ce cadre, il convient de noter que rien n’interdit au législateur de conférer
aux juridictions de commerce une compétence d’attribution afin de statuer au niveau
de ces infractions vu leur diversité en matière commerciale que ce soient celles liées
aux difficultés d’entreprise ou à d’autres domaines relevant de la matière
commerciale telle que les infractions liées aux sociétés, au registre de commerce, à
la bourse des valeurs ou autres, ceci afin d’éviter une dualité de juridictions
compétentes, par conséquent une complication de la procédure.
Par ailleurs, si le tribunal de première instance est compétent pour statuer sur ces
infractions, il convient de signaler que le législateur a conféré au juge répressif un
large pouvoir discrétionnaire afin d’assurer sa tache. Ceci peut s’envisager sur
plusieurs niveaux à savoir la qualification des faits constituant l’infraction , le
prononcé d’un jugement de culpabilité et aussi en matière d’appréciation des
circonstances atténuantes ou aggravantes liées à l’infraction, de même qu’il lui a doté
d’un large pouvoir discrétionnaire au niveau du choix de la sanction à appliquer.
Dans ce cadre, il peut prononcer soit l’emprisonnement et l’amende soit appliquer
l’une de ces sanctions seulement1.
En fait, si le législateur marocain a mis à la charge du juge répressif une lourde
tache tendant à la réalisation d’une réelle justice en la matière; plusieurs défis
s’imposent dans ce cadre, notamment au niveau de la maitrise des règles du droit
pénal des affaires, aussi l’existence d’une dualité de texte juridique en la matière
s’envisageant dans l’existence des règles pénales spéciales prévues par le livre V du
code de commerce réprimant la banqueroute et les autres infractions prévues par le
‫ـــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــ‬
1- Sselon l’article 755 de la loi 73.17 « la banqueroute est punie d'un an à cinq ans d’emprisonnement
et d’une amende de 10000 à 100000 dirhams ou d’une de ces deux peines seulement ».
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livre V du code de commerce. Par ailleurs les autres infractions liées à l’entreprise
restent réprimées par les dispositions du code pénal.
A ce niveau, il convient de constater que les magistrats siégeant au niveau des
tribunaux de première instance ne reçoivent pas une formation spécialisée en la
matière tel qu’il a été prévu par l’article 8 de la loi 34.10 relative à l’organisation
judiciaire du royaume, ceci contrairement au cas des magistrats siégeant au niveau
des juridictions de commerce, ce qui peut se refléter sur la mission du juge répressif
et la qualité de ses sentences dans ce domaine, alors que rien n’interdit au législateur
d’attribuer compétence aux juridictions de commerce pour statuer au niveau des
178
infractions relevant du droit pénal des affaires en général1.
2- La politique pénale de lutte contre les infractions liées aux difficultés
d’entreprises à travers d’autres actes de la procédure

Afin de lutter contre les infractions liées aux difficultés d’entreprise le législateur
marocain a mis en places divers actes de procédures se rapportant à l’exercice de
l’action en justice. Néanmoins, certains de ces actes représentent de véritables défis
devant la politique pénale du législateur au niveau de la lutte contre ces infractions.
Il s’agit notamment de l’exécution des jugements prononcés par le juge répressif et
la prescription liée à l’exercice de l’action publique dans ce domaine.
D’une part, il convient de signaler que les jugements prononcés par le juge
répressif ne sont pas exécutoires de plein droit. Aux termes de l’article 761de la loi
73.17 « les jugements et ordonnances rendus en matière de procédure de sauvetage
et de redressement et de liquidation judiciaire sont exécutoires de plein droit , à
l’exception de ceux qui sont mentionnés à la section 2 du premier chapitre du titre
7, et aux sections 1 et 2 du chapitre 2 du titre 7 de ce livre ». Selon l’article cité ci-
dessus sont exceptés à l’exécution de plein droit les jugements liés à la déchéance
commerciale, la banqueroute et les autres infractions qui s’y attachent.
Par conséquent, ces jugements ne reçoivent exécution que s’ils deviennent
définitifs après l’expiration de toutes les voies de recours. Partant, l’inapplication du
principe de l’exécution obligatoire du jugement dans ce cadre manifeste une
banalisation de la commission de ces infractions et de leur impact sur la vie de
l’entreprise et les intérêts des créanciers.
Par ailleurs, la prescription de l’action publique liée à la banqueroute et les autres
infractions qui s’y attachent se soumettent au même délai de la prescription de
l’action liée aux autres délits incriminés par le code pénal à savoir cinq ans ( l’article
‫ـــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــ‬
‫ ومساطر معالجتها ـ دراسة معمقة‬،‫ الوسيط في مساطر الوقاية الصعوبات التي تعترض المقاولة‬،‫ أحمد شكري السباعي‬-1
‫ الجزء الثالث في التصفية القضائية والقواعد المشتركة بين‬،‫في قانون التجارة المغربي الجديد والقانون المقارن‬
‫ مرجع‬،‫ والجزاءات التجارية والجنائية المتخذة ضد مسيري المقاولة‬،‫مسطرتي التسوية القضائية و التصفية القضائية‬
466‫ ص‬، ‫سابق‬
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4 de la loi relative à la procédure pénale) à compter du prononcé du jugement(l’article
690 de la loi relative à la procédure pénal) ; or la portée de ce délai est liée à son
point de départ qui diverge de celui des autres délits ordinaires. Dans ce cadre,
l’article 758 de la loi 73.17 dispose que « pour l’application des dispositions des
sections 1 et 2 du présent chapitre, la prescription de l’action publique ne court
que du jours du jugement prononçant l’ouverture de la procédure de redressement
ou de liquidation judiciaire lorsque les faits incriminés ont été commis avant cette
date ».
En conséquence, Il résulte de l’article cité ci-dessus que la prescription liée à 179
l’exercice de l’action publique ne court que du jour du jugement prononçant
l’ouverture de la procédure de redressement ou de liquidation judiciaire lorsque les
faits incriminés ont été commis avant cette date, ceci inversement aux autres délits
ordinaires dont le délai de prescription court à compter du jour de la commission du
délit (l’article 4 de la loi relative à la procédure pénale).
En plus, il convient de signaler que l’article ci-dessus ne résout pas le cas des
faits commis après la date du prononcé du jugement de redressement ou de
liquidation judiciaire. A cet égard, une partie de la doctrine a considéré que pour ce
dernier cas le délai de prescription court à partir du délai de la commission du fait
incriminé à l’instar des autres infractions incriminées1. De sa part la doctrine
française a adopté deux interprétations dans ce cadre s’envisageant d’une part dans
la prise en considération du jour où ces faits ont été commis d’une part, ou encore
celui où ce sont révélés, d’autre part2. Néanmoins, l’obscurité du texte constituera
source de contradiction de la jurisprudence sur ce point.

Conclusion :

Inversement à ce qui se produisait sous l’empire de l’ancienne loi de commerce


de 1913, la nouvelle loi n° 73.17 modifiant le livre V de la loi 15.95 formant code de
commerce a fait de l’intervention judiciaire avant que l’entreprise ne cesse ses
paiements un nouvel apport important lui permettant de mieux jouer son rôle dans la
réalisation de la prospérité économique du pays. Dans ce cadre, le législateur a opté
pour une politique d’accompagnement de l’entreprise au lieu de l’assainissement du
monde du commerce des commerçants défaillants.
‫ـــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــ‬
‫ ومساطر معالجتها ـ دراسة‬،‫ الوسيط في مساطر الوقاية الصعوبات التي تعترض المقاولة‬،‫ أحمد شكري السباعي‬- 1
‫ الجزء الثالث في التصفية القضائية والقواعد المشتركة بين‬،‫معمقة في قانون التجارة المغربي الجديد و القانون المقارن‬
‫ مرجع‬،‫ والجزاءات التجارية والجنائية المتخذة ضد مسيري المقاولة‬،‫مسطرتي التسوية القضائية والتصفية القضائية‬
469:‫ص‬، ‫سابق‬
2- Yves Chartier « droit des affaires »-3 /entreprises en difficulté- prévention-redressement-
liquidation- presse universitaire de France- première édition- avril 1989, p 519
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Par ailleurs, le législateur a conservé la politique d’incrimination et de
répression des faits ayant suscité des difficultés financières à l’entreprise en
escomptant dissuader tout agissement portant atteinte à l’activité de l’entreprise.
A cet égard, sa politique de lutte contre la banqueroute et les autres infractions
qui s’y attachent se spécifie par plusieurs apports à celle adoptée par l’ancienne loi
de commerce de 1913 car elle s’appuie désormais sur la simplification de
l’incrimination d’une part, ceci en délaissant la division de la banqueroute simple et
frauduleuse pour ne prévoir qu’une seule infraction à savoir la banqueroute et un seul
régime de répression.
De même que sa politique dans ce cadre est vouée vers l’assouplissement de la 180
répression, sous cet angle, il a doté le juge répressif d’un large pouvoir discrétionnaire
dans l’application de la sanction et le choix entre l’application de l’emprisonnement
ou de l’amende.
En outre, il a entouré l’incrimination et la sanction de la banqueroute et des
infractions qui s’y attachent par plus de garantie, ceci en faisant du prononcé
d’ouverture de la procédure de redressement ou de liquidation judiciaire – prouvant
la qualité de commerçant et l’état de cessation de paiement – une condition de
déclenchement de l’action publique.
Néanmoins et malgré les efforts fournis dans ce cadre, plusieurs carences
subsistent et entravent la réalisation du but escompté par le législateur. C’est ainsi
que le régime de répression doit répondre au but visé par l’esprit du texte.
D’ailleurs, si la nouvelle réforme introduite par la loi 73.17 vise le sauvetage
de l’entreprise qui s’opère à tout commerçant, artisan et société commerciale sans
être en état de cessation de paiement, le régime de répression doit aussi se conformer
à cette politique ceci en réprimant aussi toute tentative d’infraction de banqueroute
ou autres infractions qui s’y attachent, ceci dit avant que ces agissements mènent à
la cessation des paiements.
Par ailleurs, d’autres défaillances du régime d’incrimination et de sanctions dans
ce cadre doivent être surmontées notamment le cas de la dualité de compétence
juridictionnelle et aussi de textes juridiques suscitant des complications des règles
procédurales. C’est ainsi que le juge répressif se trouve devant une dualité de textes
juridiques régissant l’incrimination et la sanction des infractions( le code de
commerce pour la banqueroute et les autres infractions qui s’y attachent) et le code
pénal pour les autres infractions liées à la société.
En outre, la complication procédurale est aussi due à la double compétence
juridictionnelle puisque l’action publique ne peut être déclenchée par le ministère
public auprès du tribunal de première instance qu’après le prononcé du jugement
d’ouverture de la procédure de redressement ou de liquidation judiciaire par le
tribunal de commerce, ce qui nécessite, en conséquence d’établir une reforme à ce
niveau en dotant les juridictions de commerce d’une compétence exclusive en la
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matière puisque au sein de ces juridictions siègent des magistrats spécialisés en
matière commerciale contrairement aux juges répressifs siégeant au sein des
tribunaux de première instance qui ne reçoivent pas une formation spécialisée en
matière des infractions relevant du droit pénal des affaires y compris les infractions
liées aux difficultés d’entreprise.
Certes, une réforme du régime pénitencier des infractions liées aux difficultés
d’entreprise s’avère nécessaire afin de dissuader les actes entravant la prospérité de
l’entreprise et pour pouvoir mettre en œuvre le but escompté par le législateur, ceci
tout en sachant que le système de traitement marocain est considéré parmi les pires
systèmes connus dans le monde après celui du DANEMARK, de la CHINE, du VIET 181
NAM et de la THAILANDE.1

Bibliographie
-Yves Guyon « droit des affaires »- tome 2 entreprises en difficultés, redressement judiciaire-faillite,
6ème édition Economica, Paris 1997.
- Yves Chartier « droit des affaires »-3 /entreprises en difficulté- prévention-redressement-
liquidaion- presse universitaire de France- première édition- avril 1989
- SQUALLI Abdelaziz « droit et pratique en matière de faillite et de liquidation judiciaire des
entreprises » - SOFAPRESS - première édition 1995
- J-LARGUIER « droit pénal des affaires », Amand Colin, 2001
- Dieunedort NZOUABETH “l’activité de l’entreprise saisie par le droit pénal”- revue CAMES /SJP
– n°001/2017
- journal les inspirations ECO – n° 2085 – mardi 27 mars 2018
‫ و مساطر معالجتها ـ دراسة معمقة في‬،‫ أحمد شكري السباعي" الوسيط في مساطر الوقاية الصعوبات التي تعترض المقاولة‬-
‫ الجزء الثالث في التصفية القضائية و القواعد المشتركة بين مسطرتي التسوية‬،"‫قانون التجارة المغربي الجديد و القانون المقارن‬
، ،‫ دار نشر المعرفة‬،‫ الطبعة األولى‬،‫ والجز اءات التجارية والجنائية المتخذة ضد مسيري المقاولة‬،‫القضائية و التصفية القضائية‬
2000./1421

‫ـــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــ‬
1- Abdessamad NAIMI” livre V du code de commerce un texte mine, adopté à la hâte”- journal les
inspirations ECO – n° 2085 – mardi 27 mars 2018 p 7.
ISSN: 7476-2605 ‫ردمـد‬