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LES FONDAMENTAUX DE LA LINGUISTIQUE STRUCTURALE

COURS 6

MARTINET ET LE FONCTIONNALISME

FORMATION OFFERTE PAR

FATIHA YAZID

2018

INTRODUCTION
Le terme de fonctionnalisme désigne un courant d'idées porté par un groupe
de linguistes qui se réclament de la tradition saussurienne.

Cette école met l'accent sur la notion de fonction de communication de la


langue en essayant de retrouver dans les énoncés et à tous les niveaux de
l'analyse linguistique les traces des « choix » effectués par le locuteur et dictés
par cette notion de fonction.

MARTINET

André Martinet est un linguiste français de renommée, qui a vécu entre 1908 et
1999. Il est considéré à juste titre comme un des piliers de la linguistique
française.
Martinet a publié, en 1960 son livre phare « Éléments de Linguistique Générale»
qui a contribué à diffuser les idées fonctionnalistes dans le monde entier. Le
point de vue fonctionnaliste insiste sur la notion de «fonction de
communication» du langage et affirme que tous les choix linguistiques du
locuteur sont orientés vers cette finalité.

COURTE BIOGRAPHIE

André Martinet est né le 12 avril 1908 à Saint-Alban-des-Villards, une


commune de la Savoie de parents instituteurs, il s'intéresse très tôt aux
problèmes de langues, influencé par l'environnement bilingue de son village de
Savoie.
En 1911, il monte à Paris avec sa famille .
En 1930, alors qu'il n'a que 22 ans , il obtient son agrégation d'anglais.

Plus tard, il élargit ses intérêts aux langues germaniques et à la linguistique


générale.
Il constate le parallélisme de ses conceptions avec celles du Cercle Linguistique
de Prague, où Troubetzkoy, Jakobson et Karcevsky viennent de présenter au
congrès linguistique de La Haye en 1928, « le Manifeste de Phonologie » qui
sera considéré comme l'acte fondateur de cette nouvelle discipline, et qui sera le
point de départ du Structuralisme Européen en Linguistique.
En 1932, il établit ses premiers contacts avec N. S. Troubetskoy et le Cercle
linguistique de Prague et commence une relation épistolaire avec Troubetzkoy.

En 1933, André Martinet rencontre Troubetzkoy de passage à Paris. Il continue


sa correspondance écrite avec le savant russe, et commence à appliquer les
principes descriptifs de la Phonologie à la description de la langue française.

En 1934, Martinet épouse une Danoise, et les fréquents séjours qu'il fait à
Copenhague le mettent en contact avec Louis Hjelmslev, avec qui, il noue
d'amicales relations. Il participe, dans une certaine mesure, à l'élaboration de la
Glossématique qui voit le jour en 1943 et sera révélée, en France, par le
compte rendu qu'André Martinet en fait dans le Bulletin de la Société de
linguistique de Paris en 1946.

En 1936, il publie un article intitulé «Neutralisation et archiphonème» qui


paraîtra dans le sixième volume des Travaux du Cercle linguistique de Prague.

En 1937 il soutient ses deux thèses de doctorat intitulées :


– La gémination consonantique d'origine expressive dans les langues
germaniques
– et La phonologie du mot en danois.
De 1938 à 1946, il occupe le poste de directeur d'études à L’École Pratique des
Hautes Études
1945 On peut noter la publication de « La prononciation du français
contemporain ».

En 1946, il voyage vers les USA.


De 1946 à 1948 Il dirige à New York, l'International Auxiliary Language
Association (IALA) où il contribue à l'élaboration de « l'Interlingua » une langue
construite dont l'objectif se veut d'être une langue internationale pour les
scientifiques.
De 1947 à 1955, il est nommé directeur du département de linguistique de
l'Université de Columbia, et devient durant la même période directeur de la
revue Word.
En 1955 , il rentre en France où il retrouve son poste de directeur à l’École
Pratique des Hautes Études et occupe la chaire de Linguistique Générale à la
Sorbonne, puis à l'Université Paris Descartes où une Direction d'Etudes de
Linguistique Structurale est créée pour lui, en 1957.
En 1956, il publie « La description phonologique appliquée au parler franco-
provençal d'Hauteville (Savoie) » son village natal.

L'enseignement qu'il assure à la Sorbonne aboutit en 1960, à la publication des


« Éléments de linguistique générale », ouvrage de référence connu dans le
monde entier et traduit dans près de vingt langues.
En 1965, Il fonde la Société de Linguistique Fonctionnelle et lance la revue « La
Linguistique » conçue essentiellement comme la tribune du courant
fonctionnaliste en Linguistique.
Entre 1966 et 1999, il est président de la Société Européenne de Linguistique.
Ses multiples tâches administratives ne ralentissent guère sa production
scientifique.
En 1976, Il crée la SILF. (SOCIETE INTERNATIONALE DE LINGUISTIQUE
FONCTIONNELLE)
En 1979, il publie la « Grammaire fonctionnelle du français »
En 1985, il publie « Syntaxe générale »
En 1987 il publie un livre « Des steppes aux océans »
Il a rédigé une autobiographie : « Mémoires d'un linguiste, vivre les langues »
publiée en 1993
En 1995, il arrête l’enseignement à l’École Pratique des Hautes Études.
Le 16 juillet 1999 il décède à Châtenay-Malabry, une commune des Hauts-de-
Seine en Ile -de-France.

L'OEUVRE DE MARTINET

Le point culminant de l'oeuvre de Martinet est sa découverte de la « double


articulation » du langage .
Pour Martinet, la fonction principale de la langue est « la communication » entre
les membres d'une communauté. Pour cela chaque langue analyse l'expérience
humaine sur deux niveaux :
- le premier niveau ou « première articulation » est le niveau des « unités
douées de signification » ou « monèmes » Les monèmes se divisent en deux
classes « les lexèmes » ou unités du lexique et les morphèmes ou unités
grammaticales.
- le deuxième niveau ou « deuxième articulation » est le niveau des « unités
distinctives » qui servent à distinguer la signification présente dans la première
articulation ou « phonèmes ». Les phonèmes sont étudiés par le « phonologie »
selon des principes et des règles codifiées par cette science. La double
articulation distingue le langage humain des autres langages logiques ou
formels.

PRINCIPALES PUBLICATIONS DE MARTINET

1- La Gémination Consonantique d'origine expressive dans les langues


germaniques, Copenhague, Munksgaard, 1937.
2- La Phonologie du mot en danois, Paris, Klincksieck, 1937.
3- La prononciation du français contemporain, Paris, Droz, 1945.
4- Économie des changements phonétiques, Berne, Francke, 1955.
5- La description phonologique avec application au parler franco-
provençal d'Hauteville (Savoie), coll. 6« Publication romanes et
françaises », Genève, Librairie Droz, 1956.
7- Éléments de linguistique générale, Paris, Armand Colin, 1960.
8 - A Functional View of Language, Oxford, Clarendon,1962. Traduit en
français :Langue et Fonction, 1962.
9- La Linguistique Synchronique, Paris, Presses universitaires de France,
1965.
10- Le français sans fard, coll. « Sup », Paris, PUF, 1969.
11- Dictionnaire de la prononciation française dans son usage réel, avec
Henriette Walter, Paris, France-Expansion, 1973.
12- Évolution des langues et reconstruction, Paris, PUF, 1975.
13- Grammaire fonctionnelle du français, Paris, Didier, 1979.
14- Syntaxe générale, Paris, Armand Colin, 1985.
15- Des steppes aux océans : l'indo-européen et les indo-européens,
Paris, Payot,1986.
16- Fonction et dynamique des langues, Paris, Armand Colin, 1989.
17- Mémoires d'un linguiste, vivre les langues, 1993.

LA TEMINOLOGIE DU FONCTIONNALISME

DÉFINITION DE LA LANGUE

Une langue est, selon A. Martinet, un instrument de communication doté d'une


double articulation, auquel correspond une organisation particulière des
données de l'expérience :
« Une langue est un instrument de communication selon lequel l'expérience
humaine s'analyse, différemment dans chaque communauté (...), en unités
douées d'uncontenu sémantique et d'une expression phonique : les monèmes;
cette expression phonique s'articule à son tour en unités distinctives et
successives, les phonèmes, en nombre déterminé dans chaque langue, dont la
nature et les rapports mutuels diffèrent eux aussi d'une langue à l'autre.»
(Martinet,1974, p.20).

LA DOUBLE ARTICULATION

PREMIER NIVEAU
Dans le cadre de la linguistique fonctionnelle d’André Martinet, la double
articulation désigne la propriété qu'a tout énoncé linguistique d’être segmenté à
deux niveaux : à un premier niveau (la première articulation), en unités ayant à
la fois une face formelle (signifiant , dans la terminologie saussurienne) et une
face significative (signifié, dans la même terminologie). Martinet appelle
Monème l’unité significative minimale (bal , pâle , mal ).

SECOND NIVEAU
À un second niveau (la seconde articulation), ces unités peuvent elles-mêmes
être segmentées en unités plus petites non douées de sens, mais participant à
la distinction du sens des unités de première articulation :
les unités (dans /bal/, /pal/ et /mal/, /b/, /p/ et /m/ sont les unités distinctives qui
servent à distinguer le sens des trois unités significatives). L’unité distinctive
minimale est appelée : phonème

La double articulation des langues constitue le fondement d’une économie


importante dans la production d’énoncés linguistiques. Avec un nombre limité de
phonèmes (entre vingt-six et trente en
moyenne dans chaque langue), on peut construire un nombre illimité d’unités de
première articulation et par suite un nombre illimité d’énoncés.

DEUX GRANDES LOIS GÈRENT LA COMMUNICATION LINGUISTIQUE

Selon Martinet deux grandes lois gèrent le langage et la communication


linguistique :
1 – la loi de l'économie dans l'effort
2 – la loi de la pertinence ou clarté du message.

L'etre humain vise le maximum de clarté pour son message tout en faisant le
minimum d'effort dans cette clarté. Ces deux lois paradoxales opèrent à tous les
niveaux de la communication linguistique, au niveau synchronique et même au
niveau diachronique.

LA NOTION D’ÉCONOMIE DU LANGAGE

Ce type d'organisation de la langue qui existe dans toutes les langues décrites à
ce jour, A. Martinet en déduit que : « seule l'économie qui résulte de la double
articulation permet d'obtenir un outil de communication d'emploi général et
capable de transmettre autant d'information à aussi bon compte».
La première articulation des langues naturelles réalise un codage économique
où une infinité de messages peut être envisagée au moyens de quelques
milliers d'unités ré-employables d'un message à l'autre (les monèmes).

LA NOTION DE FONCTION

Les unités linguistiques sont définies par leur fonction dans la communication
non pas par leur forme , leur substance ou leur place dans l'énoncé. Par
exemple en français les sons /r/ et /l/ constituent deux phonèmes disctincts
parce qu'il distinguent par exemple [barre] de [balle].
En Sango qui est une langue africaine les mots [para] et [pala] ont le même sens
qui signifie oeuf, donc dans la langue sango /r/ et /l/ sont deux variantes d'un
seul et même phonème.
Donc le phonème est défini par sa fonction de distinction dans la communication
et non par lui-même.

LA NOTION DE PERTINENCE

La pertinence c'est ce qui définit un élément qui ne s'écarte pas du point de vue
suivi. Par exemple dans la la recherche , est pertinent tout ce qui se rapporte au
point de vue du chercheur. Par exemple , pour le botaniste tout ce qui se
rapporte aux plantes est pertinent pour la recherche en botanique, pour le
zoologiste tout ce qui se rapporte aux animaux est pertinent pour la recherche
en zoologie. Pour la recherche en linguistique fonctionnelle , tout ce qui se
rapporte à la fonction des unités à n'importe quel niveau est pertinent pour la
recherche.

LA DESCRIPTION FONCTIONNALISTE

Les principales opérations de l'analyse fonctionnaliste sont au nombre de deux :

1 - la phonologie fonctionnelle qui étudie les éléments de la deuxième


articulation, fait la liste des phonèmes, détermine leurs traits pertinents, les
classe selon ces traits et recherche les règles qui commande leur combinatoire.

2 - la syntaxe fonctionnelle qui étudie la première articulation, fait la liste des


monèmes, indique pour les fonctions que ce monème peut remplir dans l'énoncé
et les classe en catégories de monèmes à
fonctions identiques.

LA PHONOLOGIE FONCTIONNELLE

La phonologie étudie les unités de deuxième articulation : les phonèmes. Les


phonèmes constituent le moyen d'établir du sens, et contribuent au
fonctionnement de la langue, grâce à leur fonction
dans la communication

SON vs PHONEME

Quelle est la différence entre un son et un phonème? La langue en tant que


système se réalise dans la parole. Chaque locuteur utilise la langue pour
produire de la parole. La parole en tant que chaîne
parlée constitue l'aspect concret de la langue et utilise des sons.
Les sons ou substance phonique peuvent faire l'objet d'une analyse matérielle,
et être étudiés en eux-mêmes dans leur réalité physique,
abstraction faite du fait qu'ils ne sont que le moyen de la communication
linguistique. Ce type d'analyse est pris en charge par la phonétique. Mais les
sons ont également une fonction dans la langue pour la production du sens .
Par exemple les sons [r] et [l] de notre exemple précédent , servent à distinguer
les unités significatives [barre] et [balle] donc /r/ et /l/ ont une fonction distinctive
dans la langue : ce sont deux "phonèmes".
Les sons sont une substance concrète, ils appartiennent à la parole tandis que
les phonèmes sont des concepts, ils sont des formes, ils appartiennent à la
langue. Ils sont étudiés par la phonologie.
LA SYNTAXE FONCTIONNELLE : MONÈMES ET MORPHÈMES

Les monèmes sont les unités significatives de base, construites d' un signifié et
son signifiant et peuvent être de deux types : morphemes ou lexemes.
La procédure d'analyse des énoncés en monèmes est la même que celle
appliquée en phonologie (comparaison et substitution de séquences) : « cette
analyse vise à determiner quels sont les segments qui ont fait l'objet d'un choix
particulier du locuteur.
Dans le cas des phonèmes, les segments à choisir visent à privilegier telle ou
telle construction de façon à obtenir le signifiant voulu par le locuteur.
Pour A. Martinet, le morphème est un élément grammatical (affixe, désinence,
etc.). Il s’oppose au lexème qui indique l’unité significative minimale douée de
sens.

Les morphèmes et les lexèmes appartiennent à la classe des monèmes, ou


unités significatives de première articulation.

MORPHEMES
MONEMES
LEXEMES

DIFFICULTÉS DE L'ANALYSE SYNTAXIQUE

Malgré l'analogie des deux plans de l'analyse fonctionnelle postulée par


Martinet, l'analyse syntaxique présente des difficultés qui
n'apparaissent pas dans l'analyse phonologique.Les obstacles les plus connus
pour la langue française sont : l'amalgame et le monème discontinu.

LA NOTION D'AMALGAME

L'amalgame est un monème formé de deux


monèmes non segmentables.
Par exemple le /o/ (au) dans la phrase suivante :Je vais au marché . Martinet
affirme que ce /o/correspondait à l'origine à (à le) le morphème [à] qui indique la
direction et le morphème [le] qui est
le déterminant du nom.
L'amalgame correspond à un seul signifiant pour deux signifiés
L'amalgame se retrouve dans beaucoup de langues, et selon Martinet il convient
de le rechercher et de l'isoler avant l'analyse.

LE MONÈME DISCONTINU

A l'inverse de l'amalgame, le monème discontinu correspond à plusieurs


signifiants pour un seul signifié.
Comme par exemple le monème du pluriel dans « Les enfants lisent » comparé
« l'enfant lit »
Le monème discontinu se retrouve dans [lez] et dans [liz]. Les variations entre le
singulier et le pluriel constituent le monème du pluriel et le monème de la
négation : « l'animal dort » comparé à « les animaux dorment » « nous courons»
« je ne mange pas »

LE SYNTHEME

Le synthème est un signifié composé de plusieurs signifiants non


décomposable. Pour expliquer le synthème, Martinet préconise la notion de
«choix unique».
Exemple : pommes de terre , chambre à coucher, librement, ouvre-boite sont
des synthèmes.

CLASSIFICATION DES MONÈMES

Martinet propose une classification des monèmes selon leur fonction dans
l'énoncé.
Dans l'exemple : « Hier, il y avait fête au village »

Les monèmes autonomes :


comme « hier », « demain », «aujourd'hui».

Les monèmes fonctionnels :


comme «au» «à» «vers» « par »

Les syntagmes indépendants :


comme « en voiture »,« avec mes valises », « par la fenêtre »

Le syntagme prédicatif,(ou noyau de l'énoncé)


comme « il y avait fête au village »

Martinet affirme que seul le syntagme prédicatif est important pour la


communication , tout le reste est «expansion ».

FIN DE CE COURS
PROCHAIN COURS : LE DISTRIBUTIONNALISME