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AUTHENTICITÉ

des Oeuvres

de

Saint Denys l'Aréopagite

ÉVÊQUE D'ATHÈNES ET DE LUTETIA IN PARISIIS

et sa

Réintégration sur le siège épiscopal de Paris

par

Le Prince

EMMANUEL BULHAK

ROME· .MCMXXXVIII.
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Dt i'Aa1S A

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DROITS DE TRADUCTION, DE REPRODUCTION ET D'ADAPTATION
RESERVÉS POUR TOUS LES PAYS

COPYRIGHT 1938
DY PRINCE EMMANUEL BULHAK
v\'ESOLA NEAR vV ARSAW
-

'-''-~'

PRËFACE

ST. DE~YS DES GAULES et ST. DE:'<YS D'ATHÈNES


ne font ils qu'un? et les oeuvres connues sous son
nom sont·elles à l'un ou à l'autre, ou à un faus­
. :/"­
-....; saire quelconque?
. Poser ces questions n'est-ce pas défen9re une
cause perdue d'avance?
On nous objectera qu'.iI r:e se trouve actuelle­
ment personne, même au diocèse de PARIS, qui croi­
rait à l'identité des deux DENYS' et que l' authenti­
.' cité de ses oeuvres est' dén'nitivement ébranlée par
les études de savants allemands:
. On nous rappeIle~~ que telle e'st l' opinio~ gé­
néralement admise dans le monde· entier, opinion
propagée par l'enseignement dans les séminaires et
'-:«-~ < dans les universités catholiques. Soit. Mais alors la
:.L<.~·.~. science du clergé serait en contradiction avec l'af·
~ .:~ ':';;' firmation de l'Eglise, puisque jusqu'à ce jour le
_bréviaire romain (1) ne nous parle que d'un seul
t~~·~:~>
... J .
_ DENYS,.. et l'Eglise
,
lui attribue les oeuvres connues
'>!j." sous son nom.
>~.:' •.>;,'~' Nous allons tenter de mettre un terme à une
~:::~ • r
;.:~~' ;no~alie' qui ne peut que troubler les intelligences
;.{v.~>.;.;: et les consciences, et avoir la plus fâcheuse réper­
~~~.. ~~~~"'.:;: ;"'~ - ~
. . __.
~_~_~,~:>4.; ~~; ~.
-,::---­
. .
':'?";l{: :/?-.;~. (1). AppendIce: Texte 1.
.e ~ ~', ~:.'~ .,

....... ..

' ~
VI

cussion sur les actuelles tentativesde rapprochemenr '~ ..


""
avec l'Eglise orientale, qui jamais ne consentira à - }f,:1;,:
abandonner une croyance établie depuis des ~iècle, -: ;;.' .. ~~,
celle d'un DENYS unique et de l'authenticité de ses i' '. ::~~
oeuvres.
Selon moi, il faut se poser comme règle qu'en :
traitant des croyances séculaires, sur lesquelles sont'
basés le culte et le rituel d~ l'Eglise, croyances
adoptées par les intelligences les plus éminentes, :tant~ .'
1- en Orient qu'en 'Occident, on doit plutôt chercher, '.~:.;.c~,:;
l
) à les défendre qu'à les attaguer, et ne cfdër que i-.~~".r
devant }' évidence, .II ne .faut pas toucher d'un coeur-'
léger aux traditions acceptées par le tribunal suprê·
. me de l' humanité, lorsqu'on ne possède rien pour
les remplacer.
Dans le cas qui nous occupe, cette manière
d'agir serait non 'seulement une maU\'aise action,'­ ,.).

mais' presque un sacrilège. Les vieilles croyance~ de ,.


l'Eglisen'ont,elles pas un fondement plus solide que
certaines légendes, ne reposant sur rien, sinon sur "" ",
l'imagination déréglée des conteurs allemand~? , "
" ' .~;"t. .'"
Jamai.s personne, excepté le divin Maître, mort".. ,":,'~~li'

tf!1 sur la Croix, les Apôtres et les Eva~gélistes, 3r'>"<?:'~: ~


n' .

été pl~~ ou ',agé, bafoué, v~1 ;pendé, q u~. Saiot Dë', ':.~_." \~i~'

Il
~ } IOterprète le plus fidele des enselgne_m~nts d~, -.:~ ç;~ .:.
Saint Paul, et l'EvangfJisateur des 'Gaules. . ',:, /:~/:,':'j,~
S~ropre peuple .
l' a abandonn~ i ses 'en'ne'~',~.3::f~ti:~
. . ... '" ..,., ,~

mis. Ses cendres ont été jetée~ à ra


voirie; sop p~o~,':;~,'6'.';:,;
'\ pre clergé l'a 'renié. L'insigne philosophe,' aut~~~. ,~!t-~~f

l
, d'oeuvres, qui ~ervi de fondement à la théolo 'le.'~',:J~'if;,--:-'

gulai«

. . .
d~
c rétienne et qui sont devenues ",' a,insi . la pierre"
toute nWe dv;Jisà'ion,' été

. . . -.'
a z:a"
"ai~'an-.,t :<!';;~'?t

:~~'~~~:~~~~,
i'l·
"';1'."",.

de,;·...
~

VII

menteur, d'imposteur, de faussaire, de plagiaire,


. d'ignorant de toute philosophie, enfin de païen, de
loup se faufilant dans le bercail de l'Eglise.
Maisce n'est pas tout.
L'écrivain, dont les oeuvres furent proclamées
au concile de Latran, par le Pape MARTIN 1 en
\ 649, co~e_~~~t des"'plus~thodoxes e~art~Et
au disciple de SAINT PAUL, et sur l'autorité duquel
s'est cristallisée définitivement toute la dogmatique
de l'Eglise orientale dans les écrits de Saint J~
D§!..l!1~n,e, S1:lr lequel Saint Thomas d'Aquin ap­
puie toute sa doctrine sur la Trinité, et qu'il cite en
di~~~!.....cent deux endroits, que Saint B.,Çlnaventure
ne fait que paraphraser dans ses traités et qui fut
la source du courant mystique dans tous les âges,
est, par les scientifiques allemands modernes, sur­
tout par son contempte]lr le plus acharné, un jésui­
te du nom de Stiglmayr, dénoncé comme hérétique:
Et le plus étonnant, c'est que tou~ l~_~ écrivains J
ab~u influen~e ';itiq~es
modernes, même ceux de France, subissent avec une
insouciancunouïe et un manque de discernement
l' des allemands (soi-di"n' \
- -..
"

---
scientifiques) qui leur en imposent par leur érudition
et leur minutie d3.ns les détails. On les croit sur
parole sans vérifier .leurs' sources et discuter leurs
i~~'··.':". ~~tion·s. De façon que Stiglmayr, dans sa présom­
>~"<'",". pti6ri toute tudesque, s'est cru autoris~ à s' excla­
~-::.''; mer que. depuis qu'il a parlé (en regard de l'au­
.\.c .....
7::".;:.:'- '.' ._ th~nticité),. ~ les a.nnales de ce:te controverse, enta-) .
•..i'" :,.~., mée depUis des sIècles, sont revolues ~. . , ..
~<- .
Enfin,':-à for~e de .:..abaisse.r...les ,oeuvres ,_~e2t.
Denys au ranger apocryphes, on est parvenu à les
)j' -:~ .J
~ ~.

....:; ..
-'.,...:... ~ ~. ~--:~i<

'.-;." -
_. -.. ~

..•. .--.;t_
..1. •••

.'
VIII
.~

faire complètement oublier, à tel point que des hi·


storiens sérieux d~ Christianisme n', en font même,
pas mention.
L'idée de m'occuper de l'auteur dp.s ôeuvres
portant le nom de l'Aréopagite' et de leur authenti-
cité m'est venue à un cours sur l'histoire de la Phi·
losophie médiévale du regretté François Picavet, pro·
fesseur en Sorbonne. C'est là que j'ai compris t~u·
te l'importance des oeuvres de St. Denys, que non
\\ seuleme:1t elles furent la base de la th~ologie cÈ.!.-é-
)1 tienne, mais que, depuis qu'elles ont 'été traduites
par Scot Erigène, elles ont servi de eoint de départ
à toute la pensée philosQR!ilil.ue occidentale, tant au
Jl Moyen-Age que dans les temps modernts (1).
~ l' ai été frappé de l'entendre nommer par Pi-
cavet pseudo,Aréopagite. Je me suis c;lemandé com-
ment les docteurs de l'Eglise, les penseurs les plus
~
./ éminents, les plus grands érudits, de célèbres gram· ~

mairiens de la langue grecque auraient pu prendre


un païen pour un chrétien, un hérétique pour un or·-
thodoxe,~et leur contemporain pour un écrivain des
premiers temps apostoliques, et je me suis tout de
suite douté que cette opinion était erronée et qu'il
fallait en chercher la source 4ans la partialÙé d~s
critiques protestants, qui ne cher~pas la vérité
pour elle-même, mais qui tiennent pour lêur tâche
:principale d: entamer les fondements des vérité~ chré·
':tiennes et de renverser le piliers de l'Eglise.

~
IX

Que les Protestants se soient attaqués à ST. DE­

NYS l'Aréopagite c'est compréhensible. A ceux qui

.nient la tradition et qui se sont insurgés contre l'aû~

. torité de l'Eglise, il était absolumt:~~ nécessaire

d'éloigner un témoin peu commode des temps apo­

stoliques et de diminuer l'autorité du théoricien de

\ la hiérarchie sacerdotale, du «Q9ctor hierarchi(l!s»

comme on l' appel1ait <iU Moyen Age.


l' ' La Réforme, au fond, ne fut que la révolte du
1_1 vieil esprit germanique contre la civilisation greco.la·
tille dont le catholicisme était le propagateur. La--!.e­
ligion_n' y. fut qu~n_préteJ:(le-p-our déchaîner la bê­
te humaine qui sommeillait sous la mince écorce de
civilisation chrétienne. Cette disposition d'esprit pero
ce dans la célèbre formule de Luther: «Esto pec­
cator: pecca fartiter scd fortius crede», et dans l'ir.­
terprétation qu'il nous en donne; .: 11 nous suffit que
nous ayons connu l'Agneau de Dieu qui efface les
péché5 du monde; le péché ne peut détruire en nous
le règne de l'Agneau quand nous forniquerions et
tuerions mille et mille fois par jour».
Nous pouvons excuser les critiques du XVII
siècle qui se sont rangés du côté des critiques pro­
testants, puisque c'est un fait avéré qu'en 'combattant
des adversaires obstinés on se sert souvent de leurs
propres armes et on subit inconsCiemment leur in-
Je (fluenc~. Les Cath:>liques, ne. voulant pas paraître naïfs
'3 devant les protestants, les ont surpassés dans leur
hypercriticisme. D'ailleurs il ne manqua pas de se
.(trouver parmi eux des écrivains sympathisant avec la
,
,Réformé, les- Jansénistes
..... ---.,
et les Gallicans.
:~~;
-".'

'. .,-j'~J
'"
'1
x

- Nous pouvons excuser également les écrivains


allemands, même catholiques, puisque leur civilisation
est toute protestante, comme nous le voyons claire­
ment dans cet aveu du célèbre patrolog-ue allemand,
BARDE:\HEWER qui dit ({ que 1~_fd!:l9-ue histQrique'
J

(scilicet scientifique) ne s'est réveillée qu'à l'époque


de la Renaissance»
Je comprends bien l'acharnement des historiens
allemands de la philosophie, puisque l'attribution d'A­
reopagitica à Denys l'Aréopagite. ferait év::tnouir la
légende, si chère à leur coeur, de l~ence du néo­
tfq, l\Pïâtôï11sme sur la formation des do&-~h~ens et

~\
entraînerait le remaniement de fond en comble de
tif) i'hfstoire de -la philosophie, telle ~e l' e~seignent
leurs plus renommé!" savants comme ZELLER, UE­
VERWEG et autres.

Mais ce que je ne peux comprendre, c'est in


/' position prise par les Catholiques françaIs modernes.
qui, ayant oublié les travaux admirables de leurs pré­
décesseurs les plus proches, tels que l' Archevêqu'e
~ et d'autres défenseurs de 1'authentic.ité des
. oeuvres de St. Denys, comm ~ohrbacher l'abbé~
~ l' abbé~ël Alexan 0 etc ... et de
ces grands défenset:rs de l'authenticité, du XVIII siè­
cle,' comme le père@alloi;<Qe Rubei3,..etc ... CLan­
~ord~ et autres, ont pu se ranger presque
tous du côté des contempteurs de l'authenticité de
L
L ses oeuvres.
Comment TrXERONT peut-il considérer d'un Cô'
té Denys comme faussaire et sectateur du chef dès
monophysites Severus d'Antioche, et d'un autre èô­

~
XI

té convenir que la vraie foi en Dieu et en la Tri­

nité (De Vera Fide Orthodoxa) de St. Damascène est

entièrement «calquée» sur les écrits du faussaire et

de l' hérétique?

En ce qui concerne DUCHES:\E, il ne s'est ja­

mais occupé ex professo de Denys, et il était à pré­

,-oir qu'il se rangerait du côté des protestants.

BATIFFOL n'a fait que reproduire mot à mot les

assertions de Stiglmayr dans son Histoire de la Lit­

térature Chrétienne.

DE 'WULFF s'appuie sur Koch et Stiglmayr, mais

il donne l'impression de ne pas avoir lu attentive­

ment Stiglmayr même, puisqu'il place l'apparition

des oeuvres du fallssaire au «grand colloque» de

Constantinople (53 r) avec les monophysites, alors que

Stiglmayr et Koch les font paraître en l'année 500.

(D~)~~~g.) le seul qui, au fond, est indépendant,

et q~l a étudié la question aux sources dans sori

étude remarquable sur «St. Thomas d'Aquin et le)

pseudo-Denys », se range aussi, on ne sait_pourquoi,

du côté de ses contempteurs quoi~' il ait réuni lUi,))

m~me maintes preuves de so~uthenticité.

Si je m:e suis arrêté sur la question d'un ou

de deux Denys, ce n'est qu'incidemment, en cher­

chant le lieu de son martyre; et même, en ce qui

concerne cette question, à mon grand étonnement,

j' ai vu que les objections des partisans de deux De,

nys s'appuyaient souvent sur des faux et des men-\\


,~

songes, et que, même de ce point de vue, la mentionJJ


1 de St. Deny'~ dans le Bréviaire_Romain, rédigée avec
)-Jun tef7oin~r Baronius, ~stait ~ible. (Voi; ma <­

traduction des oeuvres de Denys en polonais).


XII

En ce qui concerne l'authenticité des oeuvres


de ST. DEWS et ]' époque de leur apparition, je me
propose d'en parler dans un prochain chapi.tre. Ici
je vais m'étendre sur ]' Identité des deux Denys,
ui, à vrai dire, se résump. en #-suestion de l'é P o-Jl lin, r[ ""S
que où l'on doit mettre l'évangelisatioo des Ga~s. ~
Est-ce au temps apostolique ou à une époque plus
rapprochée? Et, supposant l'introduction d.u .Christiani­
sme dans le midi et le centre des Gaules au premier J
siècle, est·ce que rien ne s'oppose à ce que le chri­
stianisme SOIt déjà arnvé à cette époque à «Lute­
tia in Parisiis» ?

./
Appendices se rapportant à la Préface

PIERKE BA TIFFüL. ~ AlIcie1l11cS littératures eh1"étiC1l11es: f.


La Littératm-e Cl-aque, p. 329 - Le faux A l'éopagite.

« La question de l'authenticité des écrits du soi-disant


AréJpagite est bien définitivement résolue d"ns le sens de la
négative... ~.
L'opinion qui veut les mettres à la fin du IV siècle
(Baulngarten-Kreuser) repose sur des ~rguments insuffisants .....
les phrases de Grég-oire de Kazianze (orat. XXXVIII, 8) et
de Jérome (Epi st. XVIII, 9) où l'on a cru reconnaître des
emprunts aux faux DçnY3, ne fournissent que des présomptions
très faibles. En réalité, le faux Denys a été
produit pour la première fois (?) al,! Con­
cil e (?) de Con s tan tin 0 pIe de 5 33 ... - (Il?).
« Le I V cha pit r c ù e s Nom s Div i n s dép end
sûrement d'un traité du néoplatonicien
Proklos: le: De malorum subsistentia".
« Si l'on observe, avec quelle rigueur, sur l'union des
deux natures, le faux Denys se conforme aux formules fixées
par le concile de Chalcédoine, on ccnclura qu'il a écrit pas­
sé 45I ... D'autres parallèlismes avec Proklos permHtent de
croire qu'il dépend de traités de Proklos composés après 462.
E,fin si l'on tient compte qu'il parle du Credo comme d'un
chant de la Messe, et que le Credo n'a été introduit dans
la liturgie de la Messe qu'après 476, on pourra fixer. l' an·
née 476 comme le terme extrême antérieur à l'activité litté·
raire de notre auteur~.
L'oeuvre de D. A : « pro d u i t eau con cil e (?) de
533 parJes ~onophysites à l'appui de leurs
e r r e urs, e Il e' est rée usé e par 1 es c a t h pli que s

\
XIV
'~t

~
co m m e un a p 0 cry ph e (?). L' a t t i tu de des ca­
t h 0 1 i que s pen dan t t 0 u t le VIs i è ~ 1 e e t dan s
la première partie du VII [ut si défiante (?)
envers un auteur qui« ménageait les mono­
p h Ys i tes a v e.c u n e sor t e d' a [ [e c t ion » •••
Quelle blague 1 S{Léonce de~ le plus célèbre
adversaire des monophysites, la plus grande gloire théoIOgi.]
que du VI siècle, avant et après les disputes de Constanti·
nople depuis 518, d'après Stiglmayr même, s' a ppuyait sur
D~nys contre les mêm~s monophysites....
Il ~st révoltant de voir un écrivain consièéré comme sé·
rieux propager des erreurs pareilles en répétant les propres
mots du jésuite allemand Stiglmayr.
«Toute contestation au sujet de l'authenticité cesse après
le concile de Latran en 6-+9, où le pape SaintÎMartin I) in·
"-~ --n
voqua à plusieurs reprises le témoignagè"du faux (?) Denys,"
et démontra qu'un passage, où le monoFhysisme était for·
mellement enseigné, avait élé séritusement altéré par le pa·
triarche monothélète d'Alexandrie, Cyros, dans. l'intérêt cie
l' hérésie ».
Dans une note en bas de la page, Batiflol ajout!': « Nous
donnons les conclusions du P. Stiglmayr... , <i' après la rec<'n·
sion du P. de Slll~et. Revue des quest. hist. t. XIX (1896)
p. 6106 14.

BARDENHEWER. - Pseudo Dionysius Areopagifa da,ns Geschichte


.der Altki,.cltlicltell Literatur. t. 1 V.

p. 283 « Comme de nouvelles études l'ont prouvé, ces écrits (non


Denys mai s ses é cri t s !) se tiennent en toute conscien·

!~ (
ce et terldancieusement à cette manière de s'exprimer qui
est propre aux représentants du Néoplatonisme et spécialemtnt
à Proclus ». «Die Form geht Hand in Hand mit dem Inl1alt.
Auch die DJ.rstellung der kirchlichen Lehre wird gekennzeich­
net durch mannigfache und tiefgehende neuplatonische Re·
miniszenzen» (voyez Koch a a O.9ff.). «Tout aussi bien l'ex·
xv
posé de l'enseignement de l'Eglise que nous rencontrons ,. 1
dans les écrits montre de multiples et profondes empreintes l'

de l'influence du Néoplatonisme (?). On y dévéloppe avec


prédilection l'idée du l'UN CEv) primordiale (anfanglose) de
la provenance de toute chose de, lui (rtp6oôo;) et du retour
vers lui (èmatpo:piJ) etc ». «Um das System des Proklus aus
dem Felde ;tU schlagen, hat er demselben ein christliches
System gegenübergestellt, welches in demselben Farben schit·
terte und flimmerte und an Strikter Dreiteilung, an gôttlicher
Transzendenz und Supereminenz, an Lichtstrômen, die das
Ali durchfluten, an Vesachtung des MateriellfTl, an Streben
und Rückkehr von geteilter Vie1~eit zur Ungeteiltheit und
Einheit, nach Reinigung, Erleuchtung- und Einigung mit Gott»
u. s. w. in Keiner \Veise zurückstand. (tout ceci est copié de
1\'1. Koch; voir ma critique détaillée),
Quelle horreur, le plus célèbre historien catholique alle-
mand transcrit ici la page la PlUs. ~ im ie ett lia plus absurde
de Koch, où il fait déduire de\Porphyrê'- et de~s

toute la doctrine chrétienne cinq cents ans après J. C.


Il est évide-;;-t' queB;;:-denhewe~rles traces de Koch,

--
tient le pie u x Porphyre pour fOlidateur de la thé~logie
- -------.,
chrétienne et fai!.. (~ériY.er toute la doctrine catholique, même
J
celle sur la Trinité, des néoplatoniciens de Proclus au V siè-
I cie! C' ~st en ~eci que c,onsis.te le « ré ve i 1 de. 1 ~_ cri t i - p. 29t
J que hl st 0 r 1 que» a l'epoque de ~lssànëë.)Bar­
denhewer évite prudemment de dire: de\!.~~éforme!-~t ne
cite que Lorenzo Valla de l'an. 1457, omet les protestants
et, parmi les critiques, arrive directement àJe~in en 1659.
En général il ne fait que paraphraser les opinions de Koch
et de Stiglmayr, mais il ne se prononce pas pour l' hypothè- p. 293
se de Stiglmayr que l'auteur en fut Sévère d'Antioche. Il
dit que Stiglmayr et Koch ont"prouvé 'dans leurs brillantes
études l'é;>oque de l'apparition des Areopagitica ... que l'au-
teur s'appuie sur les Néoplatoniciens Proklos (410-481)... p. 294
Il n'est ni monophysite ni catholique... etc .
. Les premières traces des Areopagitica apparaissent au p. 291
C0mmencement du VI siècle. Ce sont les citations chez Se-
XVI

verus, patriarche d'Antioche (512'518). Le moment de leur


composition est marqué par des bornes bien précises. Ces
oeuvres ont été faites sur la I:mite du V et au VI siècle.
p. 296 Les plus anciens commentaires sur les Areopagitica da.
tent de la première moitié du VI siècle (de Jean de Scy­
t hopolis et de Georges de Scythopblis, Jean de Scythopolis
étant mort en 530) (r).
l',Iais ,tout ceci ne concorde pas avec ses propres parole~,
où il est question des ceuvres de l'Aréopagite, au III,
au IV et <lU début du V siècle, dans ses articles sur
les~ fausses lettres de Clément de Rome,Y sur l' historie n Ma­
ruta de l'vLliparkat et sur Izaac de Ninive et à la même pa­
ge 282 où Bardenhe\v("r traite du Pseudo·D. A.. il dit: .... (e·
sist) sogar warscheinlich, dasz der sog. Aréopagite schon vor
dem Jahr~ 500 aIs Schriftsteller aufgetreten ist».

DR. GERHARD RAUSCHEN. - Dans son excellent


compendium de Patrologie, parlant du Pseudo,Aréop~gi.
p, 437 te, il s'exprime de la sorte; p. 4.37 «Les études de
Hugo Koch et Stjglm~yr~ont définitivement prou\'é que ~
/' les écrits aréopag-it:qul:s ont é:é composés aux environs
de l'année 500..... On peul prouver que leur auteur a
éonnu les écrits des Néoplatoniciens, Proclus (t 485) et,
jusqu'à un certain point, l'a copié mot à mot, et qu'il
a puisé aussi directement chez Plc.tin (comparez Div. Nom.
4,33 et Plot. Enn. 3,2,9), Pour Ta même époque il accuse
aussi la circonstance que leur auteur connait l'usage du chant
du Credo à la Messe, usage introdu't par les monophysites
p. 43 8 à Antioche en 476 ..... L1 patrie des écrits pseudo.aréopagitiques
parait être la Syrie •.

(1) Il nous est connu en outre 'par un écrit polémique d~ Sévère d'Ar.·
tioche contre les opinions de Cyrille qu' tIl sn il recherchait en \'ain
l'apologie de Jean de Scythopolis: elle pourrait donc être composée
à la fin du V, toutefois avant l'année SIl (consultez Brit. Museum
N: DCXXVI p. 497. -
xvu

G. BARDY. - Littérature grecque c!lrétie1l11C. Libr. Bloud et


Gay (1927) p. 176. Pseudo-Aréoj;agite.

cC' ést vers la lin du 532 ou le début de 533, qu'au


. colloque de Constantinople, on inv(\qua, pour la première
fois l'autorité de l'aréopagite Denys ». «C'était la premiè.
re fois que ce témoignage était cité dans lés controverses >.
C'est faux 1 archifaux Il St. Jean de Scythopolis, Grégoire
de Scythopolis, Sergius de Rasaina - et surtout Léonce
de Byzance depuis 500 (d'après Stiglmayr lui même) - du
côté des orthodoxes, et Sévérus d'Antioche. Ephrem d'Antioche
et autres du côté des monophysites, le traduisent. le com­
mentent, et en font usage.
Mais M. Bardy est beaucoup plus circonspect, il a lu
personellement et plus attentivement le père J. Stiglmayr:
Das Aufkommen der pseudo·dionysischen Schriftcn, Feld·
kirch (1895). On voit bien qu' il a remarqué que Stiglmayr
1 dans sa traduction du discours d' Hypace a substit~é ~~t
'\latin «testimolfia» le mot allemaoa .Schriften» (scripta), ct que
sur ce fa u x il a bâti tout l'échafaudage de ses III e n s 0 n­
g e s; M. Bardy est persuadé de la fausseté de l'Aréopagite,
mais jl évite l'écueil et s'exprime d'une manière très
adroite en disant: «L'archevêque» (?) d'Ephèse, Hypati us,
déclara qu'il ne pouvait accueillir le témoignage, du moment
que ni Saint Cyrille, ni Saint Athanase (1), ni personne n'en
avait en connaissance. Et~o~t;;irement à Batiffol, il dit:
Lac rit i que d' H Y pat i u s n' e m p ê cha' d'a i Ile urs
pas les ouvrages en question de faire leur
ch e min dan sic s ce rel es 0 r t h 0 d 0 x es ..• Il ba­
.se' sa convinction sur le style et le vocabulaire néoplat0ni­
ciens. Tout le reste s'appuie sur Stiglmayr: Proklus, Credo,

, il) $'~hanaSè; dans une lettre au pape Marc parle de 80

~-
Canons dùConcrreCÎe ~e; or il est connu qu'au xxxI'Caiiôilif
,;;
- - ..
est question d'une prière e Den)'s l' Aréo?,agite.
XVIII
1

II Henotikon. et les date de la fin du V ou des premières


nées du VI siècle.
an­

Il finit son exposé par un compliment au faussa;re: «Il


est à peine besoin ci' ajouter que la valeur intrinsèque de ces
écrits suffit amplement à légitimer le crédit dont ils ont
joui dans l'Eglise.

LE R. p. THI~RY O. P. - Parmi les études phi­


losophiques médiévales dirigées par M. Étienne Gilson pa·
rurent en r932 deux études du Père dominicain, G. Thé­
ry, appelées par l'auteur «études dionysiennes .; mais c~s
études ne touchent que cie très loin le vrai problème dio­
)1nysien et, ne s'occupant que de la question de· la tra­
duction latine de ses oeuvres par Hilduin, devraient por·
t(·r pluttJt le titre d' études hilt!.~es que dionysiennes.
D lns l'une de ces études, éditée en 1932, port~nt le titre
«rli/duill traducteul' de DellYs > le père T'héry, même en ce
qui -concerl1l: la question de la traduction latine d' Hilduin,
J,- ne Q.eut se résoudre à donner une réponse précise. Ayant
assuré à la page 24: « En réalité, la traduction clu Cor·
pus Dionysiacum pU' l'abbé dl' Saint Denys, malgré
l'oubli dans lequel la fit tomber très tôt le travail similaire
de Scot Erigène, nous est parvenue dans son intég-rité, sous
une forme anonyme, il est vrai, mais indubitablement authen·
(
tique », il Se rétracte complètement dans sa conclusion à la
page 13~, en donnant à Hilduin deux collaborateurs grecs:
« l'un, lisant et prononçant le grec; le second, l'entendant
et le traduisant... Si cette première traclucti0n est une tra­
duction phonétiQue, il est bien évident qu'elle ne peut· être
l'oeuvre personnelle d' Hildùin ... elle est son oeuvre, en' ce
sens qu'elle a été faite sur son inspiration. sa surveillance et
sa haute autorité ». «Mais la traduction elle-même, si notre
analyse est juste, ne peut avoir été faite que par un gr e c,
par cl e s g r e cs». Don cIe P ère Thé r y vie n t
de pro u ver l' i n e x is t e n c e de 1 a t r a du c t ion
H i 1 d u i nie n n e.
XIX

"1ais le Père Théry, voulant tirer de son travail critique


une conséquence quelconque, aboutit à une découverte sensa­
tionelle et poursuit:« et nous aurions en ce cas'Ia ~ve~ (?)
qu'il y avait vers 835 des Grecs à l'abbaye de Sai~t-Denys ».
Si cette découverte est aussi bien fondée que celle du texte
intégral d' Hilduin, je l'en félicite!
La perspicacité du Père Théry dépasse tcut éloge. Corn·
ment pouvait·il, par des méthodes paléographiques et léxico·
logiq ues, déduire d' u:t essai de traduction latine le fait que
cette traduction a été composée non par des latins mais par
des grecs, et que ces grecs résidèrent durant des années à
!' abbaye de Saint-Denys? C'est son secret.
D~s questions qui nous importent: l'identité des deux
Denys et l'authenticité. des se oeuvres, le Père Théry ne
parl~ gu' incidemment dans un passage de J'étude en qu-;:
stion, à la page l' 55. Il prend pour acguis les résultats de la
critique allemande, surtout celle du Père Stiglmayr. Il en "ëSt
tellement imbu qu'involontairement, sans doute, il répète ses
proprt's mots ou les paraphrase, mais pas toujol'rs à propos,
~omme nous allons voir. Il embrouille précisément le terme
d' aréopagitisme'> en l'employant tantôt pour signi fier J'au·
thenticité des oeuvres connues sous le nom de Denys, tan·
. tôt dans le sens de l'identité des deux Denys, de manière
1 que les lect~urs~e':!. initiés _al;!~qùes..tions d~~y~i~nes peu·
L vent être induits en erreur.' Mais ce qui est plus étonnant
c'est qu'il tombe lui-même victime de l'équivoque.
« ..... L' influence des Are 0 p agi tic a d' Hilduin...,
~ ~
écrit-il, l'identité de Denys, écrivain mystique, (t)

(1) Erreur!!! Hil~~in n'en a iamais parlé: c'est le pi:re Théry qui
le dit en répétant (flxerciilt qui, à l' imitation d'un Denys de Rhino·
korura de Hipler etcVlln" Denys le Rhéteur de Sïrgrma~; inveJl!~.je·)
')j' tou-k..P~SLR.en)'s le_~1I~tique. Hilduin, d~ns la v~enys, n~c­
CURait nullement de prouver l'authenticité des écrits de Denys, ce
_d~nt per~onne ne dOlltait, surtout depuis l' envoi à Louis le Débon­
naire de ses oeuvres par l'empereur Michel Il, mais uniquement
J'identité de Denys d'Athènes avec Denys de Paris.
xx
avec Denys l'Aréopagite allaient créer au moyen âge un état
d'esprit qui devait avoir sur la théologie une grande réper­
cussion (1) ». Après ce préambule, peu à propos, le Père Thé­
ry s'enfonce dans la paraphrase des opinions de la critique
allemande non sur les « Areopagitica» d' Hilduin, mais s~r les
écrits mêmes de Denys l'Aréopagite. et il poursuit: «A quel­
ques exceptions près - Scot Erigène (2) et Abélard (3) ­
tout le monde est convaincu que l'auteur des deux Hi é r a .1'­

J~
c h.ï
es est le ~iscip~e~ saint Pau!. C4E::e-premier~o­
3jlens. A ce tItre, on lUî-aTIn5ïiera une valeur exceptIOn­
nelle. Personne ne songera à le discuter à fond. A p rio ri,
il convient d'adopter toutes ses doctrines, comme l'expres·
sion eXicte de la pensée chrétienne. (5) Si certaines expres­

(I) Si la constat;,tion de r identité de Denys d' Athènes avec l'é­


vangeJisateur des Gaules et patron de l'abbaye de Saint Denys pou­
vait avoir une' certaine influence sur la diffusion des écrits diony­
si~lls, elle ne pou"ait pas ':tre bien grande, puisque pour les gens de
I ce.lIe ':poque la pius grande. ~Iojre de Denys l'Aréopagite ne CO?,i.s­
L taIt pas dans ses oeunes, mais dans sa couronne de martyr. D' ad­
leur Hilduin ne s' est pas posé comme but de faire J'analyse des
oeunes de Denys. ~é~rit seulement sa biographie, et il u' a ja~
Il mais été consideré comme ~ar COi1Sèëï,:îe';'lt, il ne pou­
1\ vait avoir aucune influence sur la théologie et la philosophie du Moyen­
Age. Par contre, si l'influence des oeunes de Denys sur la phi­
losophie médiévale fut décisive. c'est grâce à ses oéuvres mi;mes qui
po~aient ~pl.!is !S-~mence~e n~m de~;!ysl~~~.e·~ët
qüi fUFen1 envoyées, pour la première fois à-l'abbaye de Saint-De­

nys, par le pape PaulIen 758, et la seconde fois par l'empereur

d'Orient Michel [[ le Bègue en 827, surtont depuis quO elles ont été

traduites~ par Hilduin; dont personne n'a retrouvé la traduction,

'lma;s pan;;cot Eri~ qui fut la «Haie suurce de la connaissance de

J
ces o'euvr~ar Tes théologiens du Moyen-.-\ge», comme J'avoue le

père Théry 'lui-même.


(2) C'est très douteux.
(3) Il est de l'époque beaucoup plus tardive. Scot et Abélard
Ct 1142) sont considerés comme hérétisants.
(4) Je ne peux pas deviner d~uelle intenti9.l1 le père Théry

.
t~ omet le Traité d,,:s Noms Divins, la Théologie Mystique et les Let·
tl tres comme si on ne les attribuaient pas, au !\royen·Age, à Denys
l'Aréopagite.
(5) Tout ce passage depuis les paroles c A ce titre. jusqu'à
XXI
-----------_._------- - - - - - - - - - -
sions manquent de justesse, si certaines doctrines paraissent
fi a 1 s' a c cor der a v e cIe s cl 0 n née s d 0 g f i a ti-
que s fer fi e men t é ta b 1 i es, la faute n'en est pas
à lui, mais à nous qui ne comprenons plus la profondeur des
ses écrits (I). Par conséquent, il faut le commenter, mais !lon
le discuter (2). Les «A r e 0 p agi tic a» d' Hi 1 d u i n
son t r e s p 0 n s a b 1e s d e cet t e t i f i i dit é de j u -
g e men t (3). Pendant des siècles, ils vont emfJêcher toute
liberté d' appr~ciation, et il faudra un long travail des éru-
dits pour reconquérir les droits d'une critique saine et obje-
ctive. »
Voilà qui est bien dit. C'est cela que les érudits
modentes appellent 1 a cri t i que sai n e.
Nous finissons en exprimant l'espoir de ,"oir cette intel-
ligence saine et inclépendente redresser les défaillances dans

, pens,;e chr,;ti"llI":' e"t la paraphrase des paroles de Stiglm~yr:


< Le concile d~ Consl<lntinoplé ~oecuml'nique) t:l lé second ConciJe
de :\icée (oecuménique en ï8ï) ont su!'po,,0 d'a van cel' authén-
ticitè dt: ses oellvr~s..... ».
1) J)tPUls les mots < Si certaints. jusqu'il • ses écrits. c' est
la par.lphrn"e d' \In pass~ge de Koch. • Il ue lui a pas toujours,
s' tX\Hime Koch, réussi de faire couler d' une l11~nière correcte Je"
dogmes chétiens daus le moule n00-platonicién."
\2) Cette phra"e est de Stiglmayr..
(3) Cela eo;t "enfin l'id0e absolument- origin~le du père Théry,
exp:im':e dans le" paroles de 5tiglma)"r et cie Bardenhewer, mais
compri"e" toui à fait à rebours. • Hilduin 1V01lte in seiner« Vita»
des Pariser ~liirt)"rer Dionysius feiern, ein Irrtum, der des genze ~Iittel­
alter hindurch herrschend blieb. (BardenhelVer T. IV p. 287). Car s'ils
ont imputé à Hilduin l'invention cl' avoir propagé J'aréopagitisme
de ::>':n)";; de Puis, c' est dans Ic- sens de l'identité de la personne
de Denys d'Athènes, autrement Aréopagite, avec le martyr de Paris;
mnis jamais il ne leur est venu en tête la folle idée de dire que
]' art"opagitisme des écrits qui portent depuis des siècles le nom de
Denys l' Aréop~gite fut inventé par Hilduin.
:--Ion, ce n'est pas en ·croire ses yeux! L'auteur de cel te bévue,
le p. Théry s'oublie tellement qu'il confond la question de l' identi-
t.é des deux Denys, avec la question de l'authenticité des écrits de J..J
Saint Denys l'Aréopagite qui n'a été soulevée qu'au XVI siècle
par Lnther!! .
XXI!

lesquelles l'Eglise serait tombée en se fiant trop aux textes


d'un fdussaire que mm. Tixeront et Théry appf'llent du nom
de Denys le Mystique (1).
Les dehors scientifiques, la virtuosité technique et les
tendences m )dernistes éblouissent tellement les critiques mo­
( dernes qu'ils ne remarquent pas les manques de vraisem·
blance, de logique et même de vérité dans les exposés de ces
\/savants, prenant pour acquis leurs intentions, sans se troubler
de savoir s'ils .les ont démontrées, et même, si leurs conclusions
répondent aux prémices qu'ils se sont posées. Leur érudition
) et leur nom seul leur imposent, surtout si ces écrivains ap­
partiennent aux Ol-dres qui ont la réputation de la science.
La critique actuelle ne cherche plus la vérité, mais su it
aveuglément les autorités en vogue, et comme la mode chan­
ge à tout instaut, ainsiJa critique est continuellement à la
( recherche des nouveautés aussi extravagantes qu'elles pa­
raissent. La meilleure illustration de cette sorte de critique
nous donne,' justement dans la question dionysienne, deux au­
tellrs modernes, le père Michalski de l'ordre des Missionai·
res, et lin des rédacteurs de «l'Ami du Cl[rgé (mois de
mars 1933).
Le père Michalski, professeur de r Université de Craco­
vie et membre ~cadémie des Sciences de Cracovie, dans
sa critique de mon étude polonaise sur Denys l'Aréopagite,
'f" s'étonne de voir quelqu'un s'occuper d'une question depuis
L longtemps résolue..s-et assure qu'il y a t roi s Den ys:
1) Denys l'Aréopagite, dont on ne sait rien. 2) Denys le
My s t i que [inventé, nous avons vu, par Tixer6nt. Si c'est
un faussaire d'où est-ce qu'on sait qu'il s'appellait Denys
et pas autrement?J. 3) Denys, martyr de Paris; et il me re­
proche de ne pas avoir utilisé les éludes ré v é 1a tri ces
du R. P. Théry, qui a découvert l'existence de i ta tradu­
'ction int~ral; des oeuvres c1upseudo-Denys par Hilduin et

(Il Voir. Calechismus ex decrelo Coneilii Tridentini., • ad pa­


rochos. Romae 1891, qui il la page 205 se reporle à Denys: De ee­
cl. hier. cap. 1.
XXIII

l'immense influence que cela avait sur le développement


de la philosophie scolastique au Moyen Age, oubliant la
constatation que fait Je Père Théry lui-même à la page 162
de son étude hilduinienne que: «Pour tout le Moyen-Age
Scot Erigène est le premier traducteur de Denys; c'est par
sa traduction que pénétreront en fait dans la philosophie et
la théologie les doctrines dionysiennes». Le père Michalski
fait enfin grand cas du comE10t, découvert par le père Thé-
~l ( ry':; de~mi~' Hild.l!i~l _tIiJél~~~r de R~~~~s~e
Bibliothécaire de Rome (bien plus compliqué que celui, inven·
tTp;-;-S~Sévère et de Zacharias), pour décider le
pape Nicolas l (858.867) à blâmer la traduction cie Scot afin de
venger l'oubli dans lequel on a laissé la traduction primiti.
ve du feu Hilduin. (Hilduin étant mort en 840 ou en 842).
Voilà à quoi aboutit la critique de l'fcole moderne. Pour-
tant le père Michalski est un savant connu en Allemagne par
ses études latines et allemandes publiées dans di fférentes re-
~ vues ec.::lt~siastiques, et, en même temps, parait.il, très apprecié
en France, puisqu'il vient de recevoir tout récemment, en ré-
1 ( compense de son activité littéraire sur le champ ecclésiasti-
1
, que, la légion d' Honneur, (en 1937).
Dans le fascicule suivant de la série- des • Etudes Dio·
nysiennes », comme il les appelle, le Père Théry s'ingénue
à tirer des conséquences surprenantes de sa découverte révé·
latrice de moines grecs résidant en permanence à l'abbaye
de Saint-Denys à Paris: un fait inconnu jusqu'alors dans
les annales de l' histoire.
Voilà les résultats de ses dernières trouvailles, d'après
la relation d'un des plus sérieux journaux de France:

Les Byzantins et l'Abbaye de St. Denys au neuvIème sù~C!e.

« Le R. P. G. Théry entreprend d'exposer la part prépon.


dérante que les Byzantins ont eue dans l'activité littéraire
de l'abbaye de St. Denys au neuvième siècle. Ce sont eux,
san s au cu n do ut e, qui traduisirent la première fois en
latin les oeuvres de Denys, entre 832-835, traduction conservée
XXIV

dans les manuscrits de la Bibliothèque Nationale, de la bi·


bliothèque de Boulogne-sur-~Ier et de la bibliothèque roya­
le de Bruxelles.' Mais surtout ils ont été les principaux colla­
borateurs d' Hilclnin~ dans la transformation de l'ancienne
hagiographie dionysienne,'::'ét dans l'établissement de la doc·
trine qui fait du Denys con\'erti de St. Paul (premier siècle),
du D,en~rs,.
premier éVêqu~
de..Paris. (troisième siècle), du .De­
[ nys eCn'laln mystIque (clnqUieme siècle), un seul et meme
personnage • .A ces moines g;'ecs, une tâche spéciale est assi·
gnée: faire connaître la période grecque de la vie de Denys.
Dans ce buf~ ils fabriqùent de toutes piècetla lettre d'Ari­
~--
[) starqul' à Onésiphore; il composent la lettre de Denys à
Apollophane; et on a de fortes présomptions de croire que ces
" Illêllles moines ont inventé «l'autobiographie» de Denys (1).
Ces Byzantins si actifs à St. Denys de Paris venaient sans
aucun doute du monastère grec de Rome fondé par Paul l
en 761, et auquel Hi!duin a\"ait imposé ,le Titulus de St. De­
nys et envoyé des reliques 12).
Ces Grecs de Rome vont réapparaître vers 863 pour dé·
fendre la thèse aréopagitique (3),~ attaquée par Odon de

(r) Cette remarque se base sur' le texte de fla~dellhe\\'er T. IV


62 p. 2SS où il mentionne l'autobiographie apocryphe de Denys
.j'f\reopagite, récelllment décoU\"erte en Orient dans les versions sy­
riaque, arménienne, géorgienne, copte (sahidique) et alabe. Du fait
que cette autobiographie n'existe ni en grec ni en latin, Bardenhe­
\\"er conclut, que toutes ces versions orientales, ayant pour source une
version grecqu~, sont la traduction d'un original (sic) latin qui leur a
éte impasé par Hilduin. Bardenhewer ne voulant pas prendre la respon­
sabilité de cette assertion témé~aire, la rejette sur le dos d'un autre
savant, ~ Peete~ qui attribue cetlp falsification à Hilduin lui mê­
)\ me dans ~cta Bolland. 29 (J910)1ïOlr.
(2) Je tiens à rappeller qu-1'!ilOuln était né en 770 et mort en
S~O-2; et en outre qu'il est devenu un per.onnage important en S20,
ayant ..btenu la charge de l'archichapelain du Palais. Il est surpre­
nant de voir qu' 011 ait attendu 50 ans peur donner le • Ti t u 1 us»
au monastère ~rec de Rome.
(3) Ici l'aréopagitisme est pris dans le sens de l'identité de l'"é­
vèque d'Athènes avec l'é,'ëque de Paris. Voir sur Odon (Adon)
xxv
\ 1 Vienne et Scot Erigène. /)Pour produire un document grec en

faveur de cette thèse, il n'imaginèrent rien de mieux que de

traduire en leur langue l'oeuvre d' Hilduin, le Libellus Pas­

sionis, Passion Grecque, retraduite à son tour en latin: ~ Post

beatam et gloriosam ». C'est cette Passion grecque qui servira

de documentation au premier panégyrique grec que l'on con­

naisse, prononcé à Rome, et dont la traduction latine com­

mence par ces mots: «Sermo gratiarum>. (Quell;: imagination!)

. Les Byzantins ont donc exercé une influence considéra-

Q(ble . dans~:la t~nsforma)ion ~ l~l2:.cienne hagio~raphie ,d~o~

nyslenne; et Ils portent une grande part de responsablllte

o ( (ra;is la doctr.!E~---d~L~22.?tolicité de l' W~es» (1).


L' «AMI DU CLERGE» du mois de Mars 1933 en répon­
se à la question de quelqu'un, «pourquoi prend-on les oeuvres
de Denys t'our l'oeuvre d'un faussaire hérétiqul', et pourquoi
la démonstration de son orthodoxie par le père de De Rubeis
n'e3telle pas suffisante >, un des rédacteurs de «l'Ami du
Clergé », se mettant sur le terrain de Stiglmayr, répond que
le défaut de De Rubeis était qu' i l s e f 0 n d-a i t t r 0 p
Q
;;; r P 0 EJ n i;;~ es P è r e~-:Trse---:----'
Or, c on ne doit pas trop se fier aux Pères de l'Eglise, ~'
o
puisqu' ils p-;uve-;t;~ tromper, comme ils ont été indui~n
erreur par les Apollinaristes qui on fait passer pour vrais des
a poe r y p h e s d'A th a na se, et des épîtres de différents
papes».
-St. Cyrille d'Alexandrie lui-même est
tombé dans le piège, et c'est avec tuuteslespeines
du m Jnde qu'il a ~u donner une interprétation orthod0xe aux
propositions qu'il trouvait dans 1e fa u x Ath a n as e •. De

de Vienne chez Dom Quentin «Les martyrologes historiques du


Moyen-âge. où il dit que le vetus Martyrologium Romanum «n'a
existé que dans J'imagination d'Adon •.
(r) On voit ici que le Père Théry prend au sérieux le texte ine­
xact de la Passion de Saint Saturnin chez Grégoire de Tours, er­
reur qu'on retrouve dans l'encyclopédie de Herder de l'année 1932.
XXVI

la même manière;' il ne faut pas donner trop d'importance à


l'avis des Pères sur l'orthodoxie des écrits de St. Denys l'A·
réopagite.""Ce qui est arrivé avec les faussaires apollinaristes
1 pourrait se répéter avec le faussaire des oeuvres pseudo.Dio.
\ nysiennes, « sur t 0 u t par c e que 1a po s i t ion de De·
nys est aggravée par sa dépendance des
o e u v r e s cl e Pro c 1 u s;c e qui est d é fin i t ive men t
p ~o~ é ':p a r K 0 che t StTgî m a y r etc. etc. ».
A cette réponse d'un des rédacteurs de «l'Ami du
Clergé », je me permets de faire les -observations suivantes:
A la que5tion d'un des lecteurs «pourquoi la thèse de l'or·
thodoxie des écrits dionysiens, telle que l'a soutenue de Ru­
beis (le père de Rossi), ne peut aujourd' hui être tenue pour
satisfaisante? > ce rédacteur répond que c'est pour deu" mo­
tifs:
r) Parce que le père de Rossi n'a pas pris la bonne
mC:thode.
2) Parce que, eut-il employé cette méthode, il n'au·
rait pas, à l'époque où il écrivait, pu aboutir à des con·
/' clusions définitivès.
Mais, avant tout, examinons la nouvelle et bonne métho­
de qu' il préconis~' la place de celle de de Rubeis.
Il objecte à de Ru~0de s'être appuyé un·iquement sur
)\l:"':é~ignage ~t)
d'au rur. le témojgnage des anciens. Mais
justement la méthode que préconise l' ~Iise et à laquelle un
écêfèsiastique ne devrait pas se soustraire. A moins que l'on
n'admette, avec les protestants, le droit individuel à chacun
d'interprêter les dogmes et les écritures à sa manière.
Tout travail historique serait rendu imposs.ili!e si l'on
rIl) )\, ne se servait pas -de .témoi,gnages atrto-;-isés et -;:;connus.
Si l'on doit admettre quO en fait de dogmes l'avis d'un
seul ?ère ne suffit pas, et s'il arrive à quelque père de l'É­
glise àe se tromper sur quelques détails, ce n'est pas enco'­
re une raison cl' éloigner en bloc leur témoignage qui, dans
"~ ­ \ le cas qui nous intéresse, celui de l'orthodoxie de Saint De·
1\ nys, était presque unanime, et fut celui des plus éminents
l, docteurs de l'Eglise.
XXVII

- .du VI siècle, c'est de ses oeuvres que


Dès le début
,,--
Léonce de Byzance, tire ses traits les plus saillants contre

i'li;rrésie monoplry;ite.

Au même siècle le pape St.C~goire le GranDpère de

l'Eglise, le déclare: «antiquus ac venerabilis pater ».

Au VU siècle, ~x~confesseur et martyr, la

plus grande lumière de son siècle, y écrit des commentaires

qui font autorité jusqu'à nos jours.'

~u VIU sièele, le grand docteur de [' Eglise~an

DamaSëèilèj qui fixa à jamais la dogmatique chrétienne dans

-~ .
l'Eglise orientale, s'appuie tout entier sur les écrits de St.

Denys, tellement que Tixeront dans son « Histoire des Dog­

l\ me,'. affirme que toute la connaissance de Dieu chez

St. Jean D;\lllascène~cal~e» sur ses écrits.


Entin, St~mas d' ~0-)établit sa théorie de la Tri·

nité sur les écrits de St. Denys et le cit<: en 1702 endroits.

et fait des commentaires sur « les noms divins ».

Nuus voyons donc que ces témoignages sont tellementJ]


décisifs, que quiconque combattrait ]' orthodoxie de St. De.· tV'1,},?
nys ne pourrait ne pas saper en même temps la dogmatique
chrétienne.
Tout cela serait très bien, si le respectable défenseur de
la tradition allemandt> et protestante, dnns 1'« Ami du Clér­
gé '. con tre la tradition de l'Eglise Ca tholique s'était don­
né la peine de jeter un coup d'oeil sur 1~ texte du Ps eu­
do-Athanase: il y aurait trouvé à sa sur·

prise un~..:_:t.~n tirée~oeuvres de Dt'J'j

!!'ys L'A~opalL.!-te avec cette formule intro·

duc t ive: «s i c u t 01 U 1 t u min l' h$..2l 0 g i a val e n s .

Di~n):sjus inguit-•.

Il s'en suit donc que le rédacteur de 1'« Ami du Cler­

gé. est tombé dans le piège ourdi par les t.nnemis de De· \

nys, et vien~, d'avérer lui· même ~'existe~ce du faux. Ath~na .

. se au [V sIe cie, avant St. CYrille. De cette maOlère tl a

enterré de ses propres mains la légende propagée par Stiglmayr

et Koch de leur dépendence de Proclus, dont les écrits n'ont

parus que plus de cent ans après.

"',

XXVIII '"

***
En un mot, si j' ai presenté ici les opinions de quelques
auteurs des plus en vue concernant les oeuvres de Denys
l'Aréopagite, c'est pour démontrer la néfaste influence qu'a
eu la critique de Koch et de Stiglmayr et en général la cri­
tique allemande sur la critique pseudo-scientifique moderne
s,0nceroant Saint-Denys l'Areopag-ite. Il s'est" formé 't;-ute
u"ne clique d'écrivains qui transcrivent les uns des autres les
renseignements puisés che7- Stiglmayr et chez Koch, sans pren­
J dre garde de vérifier la valeur de ces assertions et se fiant
aveuglement à leur .autorité.
La méthode c nouvelle» allemande d'investigation a été
introduite en France surtout par Mgr. Duchesne et a fait
ravage.
En c~ qui concerne Denys l'Aréopagite, la filiation de cet­
te clique a pour pèr.: H\l_&:..~ Koch et Stigl~ayr et leurs ad­
mirateurs ardents Bardenhewer et Rauschen etc.. , De ceux-ci
, ~ puisent leurs connais~de Wulff, -p;;[ de Louvain en Bel­
gique, et, par le R. P. de Smeet S, f., ~l de l' ~nstitut
Catholique de Paris. Celui,ci écrivit la préface à l' histoire
des dogmes de Tixeront, c qui, d'après lui, devait sa mlothode
hi~f9rique à Duchesne et, à qui il a gardé une admiration
profo~de et une confiance qu'il savait mériter _. A leur sui­
. te vient une long ue file d'écrivains modernes comme. Bardy
et le génial paléograRhe Pè~e Théry, ce fervent discipï;de
-
Koch, de Stiglmayr et de Bardenhewer, dans le sens desquels
il abonde; et, pour finir, le li, P. M~ki de l'Université
de Cracovie qui tient les trouvail~es du Père Théry pour des
c:révélations ,) géniales.
"
le
~.
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.> '
\:.
if, "
l'7;""~-::"-"'~4'

\0 "."~~ ;-~;:l*::f"~'- ~~~"i~~ .

XXIX

. -. 1·

ENCICLOPEDIA ITALIANA TRECCANI. MCMXXXI - San Dio·


lli/[i, Vescovo di Parigi. (Article du père Charles Silva-
Tarouca S.J.)

U no dei sette vescovi che, secondo S. Gregorio di Tours


(Historia Francorum, l, 31), ai tempi dell' imperatore Decio,
papa Sisto (circa 250) mando nelle Gallie; in seguito ebbe a
~
. soffri re il martirio.
Mell' alto Medioevo pero la tradizione trasportè S. Dio-
nigi alla fine deI sec. l, al tempo di papa Clemente, facen-
done uno dei primi propagatori deI cristianesimo, nella Gal-
lia; a lui vennero aggiunte pOl, probabilmente, verso il sec.
VI e VII, le due figure di S. Rustico e di S. Eleutaio, fin-
chè la leggenda yenne codificata nell.. PASSIO SANCTORUM
MARTYRUM DIONISII, RUSTrCI ET ELEUTHERII. E su qUt:sta
tradizione si fondo I1duino, abate dell' abbazia di S. Dionigi,
il quale nell' 835 avendo avuto da Ludovico imperatore r in-
carico di scrivere la .vita di Dionisio Areopagita (che fu la
PA5SIO S. DIONYSII, in PATROL. LATINA XVI. 23-50), fece
un solo personagl{io deI Dionisio Areopagita, di cui parlano
gli ATTI DEGLI APOST., XVII, dello Pseudo.Areopagita, e fi·
nalmente deI martire di Parigi. La parte attribllita a San
Dionigi nella diffusione deI cristianesimo in Francia spiega
la venera7.ione di cui fu sem pre circondato il santo, il cui
culto ebbe a çentro l'importantissima abbazia che a lui s'in·
titola (1). ri

(1) Il est déplorable qu'une publication aussi sérieuse que l'En-


,' cyc10pédie Italienne Treccani appuye la notice concernant l' évangé-
. '~.' .. .,. Iisateur des Gaules et premier évêque de Paris sur la flagrante ine-
;.,:-- • l '. x'actitude de l' auteur barba~e de la première histoire des Francs et
.\.'. . sur son amplification volontaire du texte de la passion de St. Satur-
~ ,'~;' nin de T~ulouse. Cette passion existe, mais on y fait nullement men-
}-.... tion ni de Denys ni des sept évêques. Le ca~ est expliqué avec tous
.': 1 . ' les'détail~ à la page 'JI et suivantes du même ouvrage.
";-.\, ",... ~

.,.'
1.
::.~ '."
..1
.
; \ ~.' .'.

~~Z~~ ~. :'.' f'~· ", l'


xxx
',-<

ESCICLOPEOIA ITALlANA TRECCANI. MCMXXXI - Dionigi


Areopagifa Pseudo. (Article de M; Saitta).

Gli scritti che vanno sotto il nome di Dionigi Areopagi­


ta, primo vescovo di Atene e discepolo di S. Paolo, a cui
si accenna negli ATTI (XYII, 34), dal Rinascimento in poi
hanno dat'} luogo a laboriose discussioni. Essi sono ricordati
I~ prima volta verso il 532 da Innocenzo, vescovo di Maro­
nia, ma in occasione della grande conferenza religiosa tenu­
tasi a Costantino:>oli (533) per appianare la lotta fra ortodcs­
si ~ severiani &i comincib a dubitare della loro autenticità per
opera di Ipazio di Efeso. Invece papa Martino 1 li difese
strenuamente come autentici e 'li introdusse in Occidente, e
la loro fama si diffuse cosl ra;:>idamente e stabilmente che
special mente pe'r il commento che ne fece Massimo il Confes.
3Ore, non si dubitb affatto, per tutto il Medioevo, dei loro
carattere apocrifo...•
L' Erdmann (Gesch. d. Philos., l, p. 235) avanzb l'ipo.
tesi che gli scritti dello pseudo Dionigi siano da attribuire
a U'l Sinesio, cristiano" ma educato nella scuola di Prodo.
Secondo l'Ueberweg essi furono composti verso la fine dei
&ee. V, perchè contengono espressioni adoperate nel Concil\o
di Calcedonia (482) e nel decreto dell' imperatore Zenone
promulgato nel 451., Mag g i 0 r am pie z zad i rie e r­
che rigoros'amente scientifiche dimostr'ano
i lavori di H. Koch e J. Stiglmayr, i quali han­
n 0 e s a uri e n t e men t e d i m 0 s t rat 0 che g 1i sc r i t­
ti pseudo.areopagitici furono compos,ti in
Siria verso Panno 500 e dipendono in. gran
par t e d a 1 n e '0 pla ton i c 0 Pro cio (1).

"
(1) Cette notice est baséè sur les renseignements faux de Stigl­
;, mayr et de Koch puisque dans le compte rendu du colloque avec les
Monophysites en 537 à Co'nstantin<'ple, on a nullement contesté l'e­
xistence des écrits de l'Aréopagite, comme l'assure contrairement à
-
la vérité Stigltnayr en traduisant faussement le mot ctestimonia. Dar
-

"'::-".':' t",

XXXI

HERDER'SCHER - Lexikon für Tlzeologie de l'a.nnée I93E.

Dans un 'article sur Dionysius Areopagita (auch pseudo:"


Areopagita g-enant). signé par Stiglmayr, nous retrouyons IE'S mê­
mes inexactitudes. pis encore, (dois-je le dire par amour de la vé­
rité?) les mêm -s mensonges; mais aussi c~rtaines variantes très
caractéristiques pour la connaissance de la mentalité de ,'au­
teur. Il assure comme d' habitude, avec le ton le plus pén'm­
ptoire, qu'on retrouve les premières traces de ces éaits à
la dispute religieuse de l'année 53 r? (533?)... et que « Hypa.
ce d' Ephèse les trouvant falsifiés, les a énergiquement ré­
poussés ». Mais probablement sous le coup de la critique de
M. J. Lebon, professeur à Louvain, il perd sa contenance
habituelle et semble se retrogarder, mais pour masquer sa
retraite, il avance une énormité: «der Verfasser ist vielleicht (à
la bonne heure) der gemassigte (I?!) Monophysite, Severus,
Patriarch v. Antiochien 7>. Que nos lecteurs jugent eux-mi:mes:
comment le chef même de l' hérésie peut~i:tre un monophysi­
te modéré? Mais ce n' t-st pas tout, presque au début du mê·
m~ article nous retrouvons une phrase surprenante. la voici: r

c Einige Stellen bringen den Verfasser (Denys l'Aréopagite)

unzweideutig (sans équivoque) in Verbindung mit dem be~


kannren Paulus Schühler ». Est-ce que ces paroles énigmati­
ques ne signifient pas que Stig-lmayr commence lui-mi:me à
s'en douter qu'au fond du pseu'lo·Deoys se trouvent des
(
. \ é~nts du vrai Aréopagite? Ne se retire·t·il pas dans des po­

sitions préparées par avance?

le mot· Schriften. Mais les Monophysites n'ont pas citè des texteS

i,\ précis de Denys et ont fait appel à l'opinion de plusieurs anciens

j
.. 1 Pères, parmi lesquels à Denys l'Aréopagite. L'évêque Hypace n'a

pas voulu convenir à ces opinions, supposant qu'elles ont été fa1'

,_ ..... -\ sifiées par les anciens Apollinaristes.

'.
-.~
XXXIL
...
Dans l'énorme ouvrag-e portant le titre: c Theo!ogia
Dogmatica ~ ...auctore MARTINO JUGIE ex August. ab. Assum,
1 ptione. Parisiis Letouzey I935. Tomus V, pag-. 4I6, à l'arti­
j cle IV, où d'après Joseph Lebon il est question De primis
!\
Doc!ori6us iJ.fonophysismi nomina!is ~ nous rencontrons le pas­
li
li sage suivant: « Pseudo· Dionysius Areopagita - Celeberrimus
ille f{lsarius, qui in theologiam tum Graer.orum, tum Latino­
rum tantum influxum habuit, ad Henoticianorum factionem
pertinuisse videtur; cujus scripta primus omnium in mediunr--------:
protulit Severus Antiocbenus, saeculo VI ineunte." On voit
que l'auteur de ce passag-e puise tous ces renseignements
historiques, absolument faux, chez Stig-],mayr, mais c ~
\ est démontré. par des docu.m.œs irréfu.ta~les et_certains et
]pa.Lk.L!f.moms les plus surs que les ecnts de D. l'Ar. ont
J 'existé bien av~nt le VI siècle, même d'aplès l' av~u de sti.
glmayr et de Bardenhewer; toutes les tentatives de rang-er
Denys l'Aréopagite parmi les monophysites ne peuvent pas
être prises au sérieux et tombent d'elles mêmes.
M' étant pruposé dans cet ouvrag.e la défense de l'apo­
stolicité des oeuvres de Denys exclusivement du point de vue
(
histo~ue, sans entrer dans des subtilités tlléologiques, il me
parait du point de vue psychologique tout·a-fait impossible
qu'un écrivain monophysite au moment de la lutte la plus achar­
née des deux opinions, écrivisse pour défendre son hérésie des
oeuvres reçues pàr l'Eglise comme orthodoxes, que les catho­
liques, de leur côté, y trouvassent des arguments contre le mono­
physisme ,et que les ~onophysites consentissent de subir l'écrou­
'/1 (
lement de leur doctnne plutôt que d'avouer que les armes em­
ployées ~o~tre eux étaient de leur propre fabrication, et enfin que
.' les autorités tant ecclésiastiques que civiles ne reconnussent
~f, et ne devinassent la main du faussaire, leur contemporain et
(
collègue en bierarchie ecclésiastique.

,,-.

)' '.
-~~
·,

LA VIE DE DENYS L'ARÉOPAGITE

t V f.:Q U E D' A TH È NES

ET SON IDENTITÉ

AVEC DENYS DE PARIS

'.
1
== = cl
\
.1 ......
.,~

Notice biographique sur Saint Denys

Saint Denys fut, comme nous le rapporte Saint


~ Luc dans les Actes des Apôtr~es (XVII. 22), par­
mi les premiers Athéniens convertis au Christiani-j\
sme par Saint Paul en l'année 54 de l'ère chrétienne, )
lors de son fameux discours devant l'Aréopage qui
débute ainsi: «Athéniens, je VO'JS vois en toute JI
chose religieux presque jusqu'à l'excès. Car, pas- )
sant et voyant vos idoles, j'ai trouvé même un _au­
tel où il était écrit: au Dieu inconnu. Or, ce que
vous adorez sans le connaître, moi je vous l' annon·
ce etc. •. r

(XVII, 34) '~Quelques-uns, cependant, s' atta­

chant a lui, crurent, entre lesquels Denys l' AréopaoJI

gite ~t une femme du nom de Damaris, et d'autres J

avec eux •.

_ Il est de toute évidence que l'Aréopagite ne

peut signifier autre chose que la qualité de membre

. de l'Aréopage.
C'était le tribunal suprême d'Athènes: ses o­

rigines se perdaient dans la nuit des temps. Il était

composé de SI membre qui se complétaierjt par coo­

_pération par,mi les familles les plus illustres et les

plus considérées d'Athènes.

_ Il est hors de doute qu'on exigeait de ses

membres une connaissance profonde de la philosophie

et' du d~~it: Comme ac-erte'épôquê les phîIosophi~s

"
4

platonicienne et stoïcienne étaient les plus appré-


ciées, il est clair que Denys l'Aréopagite dut être
versé dans ces deux doc0nes sans que cela l' empê-
chât de se servir largement des méthodes d'investi-
gation du Stagyrite, jusqu'à tel point que Saint Tho-
mas a pu le compter aussi parmi les Aristotéliciens.
Il n'est donc pas étonnant que, professant un va-
ste ~ynchrétisme, comme la plupart des gens de
haute culture intellectuelle à cette époque, il ait res-
senti la nécessité de justifier sa nouvelle foi d<Jr.s
des ouvrages qui constitu~nt la plus ~ncienne tXPO- }I,
sition syst6matique du' dogme et du rituel chrétiens, 1
et-qui so-;;t en même temps l'interprétation la plus
profonde et la plus subtile de la pensée de Saint
Paul. Celui qui fut élevé au troisième ciel souleva
devant lui le voile de ses ineffables théophanies et)1
l'Aréopagite nous y associa dans ses écrits.
C est de lui que nous tenons la division des 1
Anges en trois hierarchies et neuf choeurs, reconnue ,
par l'Eglise comme vérité de foi; c'est lui qui em-
J
ploie pour la première 'fois le mot «trias>', qui a
donné le p'remier une signification chrétienne à des 1
expressions 'philosophiques telles qu' 4: hypostasis 't
et «extasis», et qui seul en littérature chrétienne;
J
suivi par Clément d'Alexandrie, a donné aux moi-
nes' le nom de thérapeutes, employé déjà' par Phi-
-'
lon le Juif. C'est ainsi qu'il jeta les eremiers fon- J
dements de la philosophie et_'de -la théologie chré- J.
tiennes et devint le maître incontestable de la my-
!.
stique chrétienne de tous les âges. -
"'- Dès l'e ~ début, son influence sur la pensée chré- -
tienne fut' si grande que la plupart des anciens Pè:
5
""

res, à commencer par ses cOlltemporains, ont tran­


scrit, reproduit et paraphrasé ses lettres et ses pa­
roles ; .il est ,m~me !e p~:mier parmi I:s anci~nsP~-JI
res qUi eut 1 honneur d etre commente, car Jusqu à .
la moitié du V siècle, on ne commentait que les
Saintes Ecritures.
Nous puisons dans ses propres écrits la ~Iu.
part des renseign ements sur sa vie. D'après sa ~t-
,)l tre à Polycarpe, sa subite conversion fut occasion- \

née par le prodige d'une éclipse du so..!.:il, survenueJ

contrairement aux lois de la nature, qu'il avait

observée à Héliopolis, en Egypte. en compagnie de

son ami' le sophiste Apollophane; elle l' a beaucoup

impressionné et il n'en a connu la véritable signi­

fication qu'au moment où il fut renseigné par Saint )j'

Paul sur la divinité du Çhrist et la date de sa mort.

Au moment de l'éclipse qu'il a observée a Hé­


liopolis, il devait avoir vingt-cinq ans selon la men·
tion dans les «: scholia» de Saint Maxime et la let­
tre apocryphe à Apollophane; on en déduit qu'il a
dO naître en l' année 9 de l'ère chrétienne et qu'il
avait 43 ans au moment de sa conversion.,
- Son maître, après Saint Paul, fut Q:!iéroth0
dont' il s'exprime avec la plus grande vênération )
dans ses livres. Il raconte q.. u' il a été présent avec
lui et les Apôtres à la mort (dormitio) de la Sainte
)0 Vierge. Dans la lettr~ à Démophile, il nous fait
'", . -------~---

savoir qu'il fut, à l'Ile de Crète, l' hôte de Carpus,


ment.iùnné en Saint Paul. À en juger des titres de.~,

~ustres
'ses oeuv'res et de ses lettres, il était en relation:
, avec beaucoup de de l'époque aposto-) ",
lique, tels gue tS"aint lea~ Apôtre et Evangéliste,

":.-..'~.';' ~
- • .:.. ~ ... or J
6

~~ ~nt Polyca~; il nomme Saint


~ à propos de l'expression «Épwç»; mais cet-

Ilte citation nous paraît une note marginale introdui­


te par mégarde dans le texte par un copiste. Il men­
tionne aussi en passant certains Clément, Justin et
un propos de lC!;pôtre Barthé)~ et Elymas le
Magicien (Actes XIII, 8).
Il dédie ses traités à (fimothft9't'Ï> OUfl1tFêO~u'té-
Il' ptp Tlflo&étp illOVUOWÇ (; 1tpeo~u't€poç dont les traités
de la Hiérarchie céleste (c. H.), de la Hiérarchié
Ecclésiastique (E. H.) et des Noms Divins (D. N.)
portent la dédicace en grec 'tqi oUfl1tpeo~u'téptp Tlflo­
{j'éq) .iwv,jmoç (; 1tpeO~U'tepOç. et le traité de fa Théo----­
logie Mystique (M. T.), la dédicace tout simplement:
1tFOÇ Tlfl6&eov.
Ses lettres s,ont adressées: les quatres premièr~s,
à Caius thérapeute, la cinquième au diacre Doro­
thée .:bFo&éq) Aertouprqi, la sixième à Sosipatre prê­
tre, ~wom(hptp !sper, la septième à P0Jycarpe évêque"
Ib),ux.cfp1ttp !epapx~, la huitième à Démophile moîne,
ilwoepO,'P 8sp'me6't~, la neuvième à Tite ~vêque, Tl':
'tq) ~êpapx~, et la dixième à Jean Théologue, Apôtre
et Evêque, 'Iwâw~ 8eo),6r'P, à7too1:6),tp y.a;l EùaneÀ~'
. o't~, 7CêpwF~(j3'ÉV1:l ':I.a,O: IIâ'tfloV 'tYj'l '11)00'1. •

On peut déduire de sa lettre écrite à Saint \1


J~, éxilé à Patmos en l' année 91, qu'il était agéJ~
à cette époque de 82 ans. '
D'après Denys de Corinthe (environ l'an ISO), -l',
cité par Eusèbe, il fut le premier' év~que ~ d; ~thè- J
/
nes. .' " . . - .
Tous les autres évènements de sa viè et le ré­
cit de sa mort ont trouvé lèur expres~io'n définitive

~.

- - - - - _ . _ - - - - ' " - - - - - - - -'G- i

dans les textes officiels tant de l'Eglise d'orient]


que d'Occident, dans les Menaea Graeca, et le Mar·
- ,> tyrologe, dans la rédaction de Baronius de 1584
dont .la plus récente édition a été refondue par or- .
dre de Pie X.
Les@--en-a-e-a-g-r-;'e~ ou ~Ienologes sontQê m!rty- \
.r2)oW où sont rassemblé les synaxariaou commemo· J
rations des martyrs à la liturgie de la messe pour
chaque jour de l'année, divisées en dou7.e livres
qui correspondent au douze mois de l'année. Leur
composition date, d'après Eusèbe et St. Cyprien,
du II 1 siècle, selon Bardenhewer du II siècle, et se
prolonge jusqu'au X siècle.
a) Les Menaea Graeca présentent la vie du
Saint sous forme de louange, syxwf-ltOV, dans laquel­
le les expressions et les détails sont pris pour la
plupart d~ ses écrits. Il y paraît que tous les ou­
vrages de Saint Denys l'Aréopagite, à nous parve· II
. nus, étaient connus_d~2.~rs de ce Martyrologe. '\
On y lit que Denys, membre de l'Aréopage, fut
converti", baptisé et ordonné évêque d'Athènes par
le grand~ et instruit par @éroth~dans les my­
stères de la sagesse, et qu'il a laissé des ouvrages
généralement considérés comme admirables.:. Les
Menaea graeca nous racontent ensuite, que sous Do­
mitien il se rendit dans la R,artie .-9.fddentale ---ie
l' Empire, ~~r P!2Eager la foi; et, après avoir ac- .
jl
compli be'aucoup' de miracles dans la ville des Pa­ 1

risiens, il y eut la tête tranchée. L'ayant pris dans" '1


ses propres mains, il parcourut la distance de dc::ux
l11i1le, sous les regards étonnés des spectateurs. et
la" dépos~ entre les mains d'une femme du nom de~-.

.. .... ~
8

~ Ses deux d,isciplescB:stic~et(~fu­


rent décapités, et leurs corps jetés dans la même
fosse que le sien. Catula, ayant soustrait pour quel­
que temps ces reliques aux recherches des bour­
reaux, les déposa, le 3 octobre, dans un Sanctuaire.
À la fin de leur texte, les Menaea Graeca nous
donnent le portrait physique de S. Denys; En ce
qui concerne son extérieur - disent-ils - il était
petit de taille, avec des sourcils rapprochés, des
yeux enfoncés, de grandes oreilles, avec des mousta­
ches recouvrant des lèvres proéminentes et une bar-
Il be rare au menton. Il avait un peu. d'embonpoint
et des doigts très allongés aux mains (1).
b) IVlartyrologium Romanum pag. 246 - (Ro­
mae Typis Polyglotttis Vaticanis MDCCCCXXIV).
S~ptimo Idus Octobris (le 9 Octobre)~ .-:
Lutetiae Parisiorum natalis sanctorum l\hrty­
rum Dionysii Areopagitae Episcopi, Rustici Pre5by­
teri, et Eleutherii Diaconi. Ex his Dionysius, ab
. Apostolo Paulo. baptizatus, primus Atheniensit: m E·
piscopus ordinatus est; deinde Romam venit, atque
inde a beato Clèmente, Romano Pontifiee, in Gal­
lias praedicandi gratia directus est, et ad praefatam
urbem devenit; ibique, cum per aliquot annos com­
missum sibi opus fideliter prosecutus esse t, tandem,

(1) Il est étonnant qu' en po~ant à la basilique de St. Paul des


médaillons des disciples de St. Paul on n'ait pas tenu compte de
celle notice des Menaea, et on ait donné à St. Denys le type d'un
homme du nord, à la face élargie, aux cheveux drus taillés en bros­
se, et à barbe épaisse, rousse, .
Il serait fort curieux de conn~itre la source à laquelle les Me­
naea ont puisés ce-portrair.----T:"l
1 If':i>nTU" \
1('"';J.J.
...;....:; ! 'l·'l T F, .
"",,·,~ 4. .1,./~ ~

l: ~LloA~
..
.. ~..' '),\
_---'
}~0
t .!'_p... \'~w
.... 9

a Pra~fecto Fescennino, post gravissima torrrento­


rum genera, una cum Sociis, gladio animadversus,
martyrium complevit.
A comparer ces deux documents on voit qu'ils
convergent au même. résultat: Saint Denys, parti
pour R0'.!1~_~.~.~~.s~miti~ d'après les Menaea, y
trouve (St. Clém~ sur le siège de St. Pierre, vu
que de fait, à la même époque, Domitien et le pape
Saint Clément ont tous deux exercé leurs pouvoirs
de 81 à 96.
Nous voyons donc que les deux versions de la
vie de Saint Denys, obligatoires dans l' Eglise, c~-I
cordent à confirmer la croyance en la 'mission de
St. Denys en Gaules par St. Clément, ce qui équi­
vaut à l'évangélisation des Gaules au l siècle et à
l'identité du Denys d'Athènes avec celUI de Paris.
~Vu pourtant qu'il se trouve jusqu'à nos jours'"des sce­
ptiques "qui, sans fondement, remettent l'éva~gélisa­
tion des Gaules au III siècle, et assurent que jamais en
Gaule on ne se Joutait de l'identité des deux Denys a­
vant Hilduin, abbé du monastère de St. Denys, qui
l'aurait inventée dt' toute pièce, et je me suis pro­
posé d'ammener des preuves et des monuments con- \
firmant la tradition séculaire et constante de l' Egli- J
se.
Nous ne pouvons pas savoir exactement quand
et ;tomment la nouvelle du martyre de St. Denys
parvint en Grèce ni quand ellefutillcorporéè aux
Menaea graeca; pas plus tard, cependant, qu'au rè­
gn~ de Julien l'Apostat, car, nonobstant ses opinions
personnelles, il devait avoir auprès de- soi, à Lutèce,
/ comme prince chrétien, des membres du clergé grec;

~.;
" .

,
-. ....;. .. ;.- .:...
10

et ceux-ci, de retour à Constantinople, en 361, après


la saisie du pouvoir par Julien, ne pouvaient ne pas y
apporter le récit de la mort du premier évêque d'A­
thènes. Je considère cette date comme préclusiye,
car il est probable que le récit de son martyre est
parvenu plutôt en Orient, par St. Hilaire d,e Poi­
tiers, qui a passé les années de son exil (356 à
J 359) en Asie Mineure, probablement en Phrygie, fut
présent au Synode de Séleucie Isaurienne, et fut
délégué avec d'autres prélats auprès de l'empereur
Constance à Constantinople.
Il s'ensuit, d'après moi, que tout le récit des
Menaea graeca a dû être clos au pl us tard dans la
sixième décade du IV siècle.
Ma supposition est confirmée par le détail qu'à
cet endroit on renco~tre dans les Menaea le nom
(
de Parisia, IIrxFto[rx, pour Lutetia În Parisiis. Or il ~
est connu que Lutetia in Parisiis fut érigé en cité
et pris le nom de Paris (IIrxpto[rx) entre les années
358'360 (361), pendant le séjour de Julien dans les
Gaules. (Dula:ure: Histoire de Paris 1857 t. 1. p.
134.).
La composition des Menaea Greca nous per­
,-'1
met de distinguer quatre moments séparés de leur
rédaction. Le premier consiste dans le texte des
Actes des Apôtres: le second finit avec le départ
,.
de Den)Ts, au temps de Domitien, (1) vers les ­parties ;:
!

(Il Ce fait semble' t:tre cO!Jfirmé par la lettre apocl YI he de De- .


nys à Tllnothé~ quo! Stiglmayr et Barddlhewer ~i(ut:nt au -Ill siècle.
(Voir la note à la liste des oelll'res de Denys).

'1

11

occidentales de l'Empire: ce sont les parties les plus


anciennes, devenues les bases de différents ménoloc
g.es. C'est à ce moment qu'ont dû se rattacher les
L plus anciens «s y n a x a ria» et dyptiques grecs.
Les Athéniens, impatients de voir vénérer sur les
autels leur premier évêque, sachant qu'il était par-
. ti pour évangéliser les peuplades barbares d' occi·
r dent au temps de Domitien, mais ne connaissant ni
le lieu de son martyre, ni les détails de sa mort,
se sont mis à le glorifier dans leur .. s y n a x a ria,.,
par supposition, comme martyr. Il le faisaient en
des expréssions imprécises et équivoques, que reflè.
te par exemple le texte de la première partie du
martyrologe d'Adon (vetus martyrologium romanum):
3 octobris. natalis sancti Dionysii
Areopagitae ... sub Adriano princi-
.pe ... post gravissima tormentorum ge-
nera, glorioso martydo coronatus»,
répété dans le martyrologe d'Usuard qui était le
plus répandu au Moyen·Age, même à Rome. Cela
causa des complications dont on retrouve les traces
dans le.' martyrologe illuminé du X siècle, dit de
Basil.e, au Vatican, où le Denys d'Athènes, mar·
tyrisé, ' semble t·il, à Athènes, renaît 'à Paris pour y
avoir la tête tranchée.
]' Le troisième moment relatant son supplice a
- été ajouté, comme nous supposo~s, au IV siècle; le
, . 'quatrième, dans lequel on nous raconte la légende
'

dé Denys portant sa tête dans Ses propres mains


et la: remettant à Catula, et où l' on commémore SéS
de'ux d~scipies Rusticus et Eleutherius, est venu s'a-

:.
12

jouter probablement dans une époque plus récente


encore, Cl près l' in vasion des barbares (1).
La version des Menaea est la version officieIl_e
reconnue de toute les Eglises chrétiennes de l' O­
rient.

LA TRADITIO:\' RŒfAI:\E'

A Rome on se souvenait toujours de la mission


qtle Clément donna do Denys l'Aréopagite d'évé'.n­
géliser les Gaules. On y gardait pieusement toutéS
ses oeuvres, qu'il a dO déposer dans la bibliothèque
des papes lors de son départ vers les pays lontains
de l'Occident; même celles qui ont depuis disparlis.
C'est ici que Plotin et ses disciples on pu léS uti­
liser dans l'enseignement philosophique ~qu' ils ex~r·

I çaient à Rome et s'emparer de quelques unes;'


comme le soupçonne-Suidas. C'est de Rome qu'elles
·:.";'<;>nt revenues, lorsque la trace de ses oeuvres s' é­
"1': ... tait momentanément égarée à Athènes, comme l' at­
teste le diacre Pierre dans Saint Maxime.
L'ancienne tradition romaine qui tenait le De­
nys « mis s u s·~ a C 1'e men t e i n G a Il i.a s ..
pour l'Aréopagite, auteur de ces oeuvres, apparaî"t
clairement dans les faits suivants généralement con­
nus; <Çrégoire I~d)avant d' être éJe~é au siè­
j

(1) Il Y a e.n France dix-sept màrtyrs dont la légende réfi::re qu'ils


ont porté leur tête: ·c'est probablement par suite d'une interp,,,ta­
tion erronée de vieilles sculptures des cathéclrales~ où les perse nn;,·
-- ges décapités ti~nl;ent leur tête en mains, tandis que Je bllste est
complété par un segment rentrant dans le cou.
'3

ge de Saint Pierre, qui, dans les années 578 à 585,


résida à Constantinople comme apocrysiaire du pa·
pe et occupa le siège apostolique de 590 à 604,
dans son homélie 34 s'exprime ainsi: «D.i 0 n y ­
sius Areopagita antiquus videlicet
et ven e rab i 1 i sPa ter». Ainsi en 649, le
(Ê~Ee, S~M~ en plein Concile de Latran, s'en
appelle en présence de 10 4 évêques, parmi d'autres

l Pères de l'Eglise, à l'autorité de Saint Denys et


cite un passage de son traité des Noms Divins.
Ainsi en 680,Ge Pape A-gatho~écrit une lettre à
l'empereur Constantin IV Pogonat où il s'appuie
( sur un passage de Denys l' Aréopagite, ~I nom­
me comme évêque d'Athènes. Ainsi Q5Iënne i]) en
757, en fondant un monastère et une église grecque
] à Rome. l' a dédié à Denys et a fait venir s~s reli­
ques de Lutèce. Enfin le pape ~ en l'année
J1757' envoie ~ P~pin 1:
Bref un exemplaire g~ec des
oeuvres de 1 Areopaglte. Il ressort de tes faits que,
à Rome, la tradition ne s'est jamais démentie jus­
qu'à l'époque des Carlovingiens.
\.

LA TRADITION GAULOISE

Tout autrement en Gaule. L'ancien usage de


commémorer le même Aréopagite à deux dates dif­
fén~ntes (1), le 3 octobre celui d'Athènes, et le 9

(1) Il }' a d'autres cas andlogues dans les rnarl}'rùlûges, corn­

1
1l1~ni;ant par ~re.que .1' on fêtait à deux dates différentes com­
';le ~'J';:j~e d'Antioche et comme évê4ue de Rome .


14

octobre celui de Paris, persistait. La fusion des deux


version primitives,. n'a eu lieu que mille ans plus
tard.
A ,Rome et aux Gre~s il importait surtout que
), le premier évêque d'Athènes fut l'Aréopagite, l'au­
teur des oeuvres portant son nom; tandis que les
. peuplades gauloises et celtes ne s'intéressaient guè­
re 'aux' écrits de l'Aréopagite et à son passé avant
son arrivée dans leur pays, mais recherchaient sur­
tout le lieu et les détails de son supplice. Ils ne
connaissaient pas ses oeuvres et, même s'ils les
avaient connues, ils n~ auraient pas pu les compren·
dre, car l'usage du ~ec s'était perdu après les
invasions des barbares, à tel point, que l'exemplai­
re des oeuvres de l'Aréopagite envoyé par le pa­
pe Paul 1 à. Pepin le Bref en 757, est resté dans ­
l' abb~ye de Saint Denys saris être traduit et n'a
pas réussi à ranimer la tradition de l' aréopagitisme ~
de Saint Denys.
Quoique l~ croyance dans l'identité des deux
Denys, consacrée par une tradition immémoriale, fût
maintenue dans les martyrologes: . tout d' abord ro-'
main, où il est dit àra- date du 7 Id. Oct. (9 octo­
bre) « Dionysius Areopagita primus quidem athe­
niensis episcopus, postea a Clemente in GalIiaro
missus parisiensis episcopus fuit~» et tout aussi bien ..
. --' ­
dans ceux dits d'Eusèbe, autre'ment de Jerôme, de
Bède le Vénérable (675-737), de Rhaban Maur;~
tout aussi bien que dans les nombreux bréviai­
~. -.,
res, missels; t",nt da.os les Gaules, qu'en Germa­
nie, en Espagn~' et è"n Italie, et· aussi d~ns la tradi-Jj
-:- tian vivante et constante de l', abbaye de Saint-De-
I
.... 15

nys et de l'Eglise de Paris, elle s'effaça peu à


peu, s' évano~lit et tomba enfin dans l'ombre pres-
que complète.
Ce n'étai.t pas toujours qu'on comprenait que
l'expression «Dionysius a Clemente in Gallias mis-
sus (vel directus)>> indiquait l'Aréopagite, l'auteur
des oeuvres portant son nom. La terrible dévasta-
'tion du pays et l'atroce persécution de la civilisa-
tion gréco-latine recouvrit les Gaules d'un épais nua-
(
ge de barbarie germanique. En l'espace de cent à '
cent cinquante ans tout était anéanti: églises et tem- lj
pIes, écoles et universités, palais et villas, les bi-
bliothèques systématigl}~_ent brûlées, les populations
décimées et les hautes <.lasses dépouillées ou rédui-
tes en servage. ,A la place des évêques de prove-
nance gallo.romaine on avait imposé des évêques .de
race germanique presque complètement ignares. De Il'
toutes les traditions familiales il n'en était restèé
qu'üne seule, celle des de M~nt'~rency, conservée J
comme par uri miracle de Saint Denys.
L'antique tx:adition de l'identité de Denys l 'A-
réopagite, premier évêque d'Athènes, avec Denys
l'évangélisateur des Gaules s' était perdue. Elle n'a
été rétablie définitivement à Lutèce qu'après la ve-
I~ l'ambassade de l'empereur d'Orient ichel J-
le Bè~ envoyée à l'empereur d'Occident Louis
le Débo~en 82 7, qui offrit à Louis le Débon: J\
naire ,un ~plaire superbe des oeuvres de l' A-
. réo~K~!e, dans une riche reliure; mais alors et quand
_ même, le préjugé de considérer les deux Denys com~
mè des persa'nnages distincts per~i~tait toujours, et
c' est t av:c la plus gr~ndediffi~ulté qu ~ le
• i

"

"
~"~--~::-~:::'§~"'.~.: ~ :~.~.-.
J,­

16

célèbre abbé du monastère de Saint Denys et chan-'~


celier de l'empereur Louis le Débonnaire, a réussi
d'implanter en Gaule la croyance de l'identité des
d,=ux Denys. Mais encore sa connaissance du grec
était si insuffisante que, malgré l'invitation de Louis
à traduire les oeuvres de l'Aréopagite, Hilduin ne
s'étant pas senti en état de le faire, il fallut appe­
1er de la lointaine Irlande un savant connai~sant
1aussi' bien le grec que le latin en la personne de
eScot Erigèn0vel Eriugena. C'est ainsi que fut accom­
plie la première traduction latine des oeuvres de De­
nys l'Aréopagite, déjà sous le règne de Charles le
Chauve, successeur de Louis le Débonnaire.
Quoique depuis l'ambassade de l'Empereur
Michel le Bègue à Louis le Débonnaire en 827, à
Compiègne, qui fit connaître la tradition séculaire
grecque, tout le monde e.n Occident ait crÎl à l' i·
dentité des deux: Denys, on n'osait pourtant Fas
toucher aux anciens martyrologt:s et bréviaires, où
le Denys d'Athènes et le Denys de Paris figuraient
sous deux dates différentes, tant que le Pape n' eüt ~­
émis un ordre· spécial pour les réunir.
Le travail de correction du martyrologe romain
commencé sous Alexandre VI n'a été achevé qu'en
1584 par une commission appelée syécialement par
le pape Grégoire XIII et composée des érudits les.
plus éminents. de l'époque, parmi lesquels le bar­
nabiteCGalvant~) le: jésuiteC[ellarmimli) (canonisé
par S. S. Pie XI) et l'oratorien \....,BaroniuS) qui en
fut le président, et publié en 1586 sous Sixte V" '.
1··

(1) Le cardinal Baronius rend compte de son travail au Pare


rs: Sixte V en ces paroles: «Très Saint Père, je me suis efforcé, dal~s
Ir~ ­ ~

"
·­

17

De son côté le bréviaire fut corrigé par ordre

de Clément VIII'(1592-160S) sous la direction du

même cardinal Baronius. Après une scrupuleuse ré­

vision, par la bulle « Cum in Ecclesia 1> (10 mai

1602) il promulgua le nouveau bréviaire où l' aréo-)

pagitisme était maintenu.

Les correcteurs ne négligèrent rien pour être

précis; ils consultèrent les monuments du même

genre usités chez les -latins et chez les Grecs; ils

recoururent aux manuscrits les plus sûrs et aux

meilleures versions, et ce ne fut qu'après plusieurs

-essais de rédaction qu'ils s'arrêtèrent, en l' anné~

1584, à une rédaction définitive qui, cependant, re­

-çut encore plus tard différentes modifications.

Cette unanime et définitive décision de l'Egli­


se tant grecque que latine n'a pu cependant con­
vaincre, cette fois encore, les descendants de ra­
ce germanique imbus de préjugés de l' éFoque bar­
bare: surtout depuis que les protestants, ~nt \
-obstinément détruire l'authenticité des écrits dion Y-. ,,[3
siens, tâchaient d'effacer jusqu'aux traces de l' exi- .
:s~ce réelle de l'Aréopagite. ' J
En attendant, les é,crivains écclésiastiques en

Frap.ce, imbus de philosoEhie rational)ste, su bissant

-d'autre p;rt l' influeii~e du criticisme protestant, pour

-ne pas paraître naïfs et trop endins à accepter d'an­

, la mesure de mes faibles moyens, d'annoter le !llartyrologe rcmain,


. - publié dans toute son intégrité il y a deux ans. J'ai voulu éclaircir

'les nombreuses diffiéultés que présente '\' histoire des antiquités ec­

déslastiques et les obscurités dont elles sont parfois enveloppées.

:, :';. ,_ «~iartyrol. roman. a Caes. Baronio notis adornatum Romae 1586 p. 1).
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ciennes légendes pour de la bonne monnaie, se sont


si bien mis à purger les martyrologes des récits fa­
buleux que, 'par excès de zèle, ils sont arrivés à nier
les traditions les plus avérées de l'Eglise Gallicane,
.JI et ont rivalisés avec les protestants pour les saper.
Les préposés de l'Eglise de Paris n'ont pas su ré­
P!J -1 sister aux attaques reitérées des jansénistes, des gal­
,( licans et d~s sympathisants du protestantisme, ni dé­
fendre leur ancienne tradition, tandis que le bréviaire
parisien de ~ mentionne la mission ~e Saint De­
-A
nys par Saint Clément, tandis que celui de 16.34,
publié sous l'archevêque Jean François de Gondi,
avait été rédigé en ces termes: «Denys fut baptisé
par Saint Paul et sacré évêque d'Athènes. Il vint
ensuite à Rome et le pape Saint Clément l'envoya dans
les Gaules prêcher l'Evangile». Celui de l'année
~ redigé par une commission réunie par Mgr.
j de Harlay, le modifia dans le sens des critiques ra­
tionalistes et jansénistes ou gallicans en y omettant
le nom du pontife Clémen't: (Saint Denys qui avait
reçu du pontife romain la mission de prêcher la pa­
role divine dans 'les Gaules etc... »
Enfin au XVIII siècle, le cÊ'rdinal de Noail­
les se rangea .nettement du côté de la distinction en­
tre les deux Denys, at~rs préchée par les Sirmond,
les L~oy, les Tillemont et d'autres rationalistes
1)·0
se croyant catholiques, rivalisant à qui mieux mieux

I avec les pr~testants pour rabaisser l'antique gloire du


\ pa.!,ron de la France. En voici le texte préconisé par
,Mgr. de Noailles: « 9 Novembris; Parisiis natalis
sanctorum martyris Dionysii primi episcopi ad disse­

minandam Christi fidem Gallias ab Apostolica sede

i!~'~'
:~

19

mISSI, Rustici presbyteri; et Eleuterii diaconi... gia­

dio animadversi su nt. Horum corpora in monasterium ", .

sancti Dionysii in Francia honorifice asservantur, pars

vero superior capitis S. Dioysii in ecclesia Parisien­

si» (c-à-d. ·N. D. de Paris).

Enfin MlF, de Vintimille, archevêque de Paris, 1


en l'année 1730, consacra définitivement cette dis­

tinction, en s'appuyant, cette fois-ci, non plus sur le

texte d~~' comme c'était le cas pour la ver­

sion de Mgr. de Harlay, mais sur la copie trompeu­

se et inexacte du martyre de Saint Saturnin,. faite

par Saint Grégoire de Tours, en la tronquant un

peu, comme l'on voit ci-dessous: (dans la leçon IV):

« Deny~, ordonné par le pontife évêque des nations,

partit avec Trophyme, Saturnin et quatre autres apô­

tres prêcher l'évangile dans les Gaules, avant le rè­

gne de Dèce~ et (dans la 1l::çon V): «Denys envoya

ses dour.e disciples dans les différents pays des Gau­

les; ils les arrosèrent de leur sang au temps de la

persécution de l'empereur Maximien ». (Cela veut

dire de 286 à 305).

Nous voyons que les prélats salonards du XVIII }l

siècle n'ont pas trouvé le temps nécessaire pour

s'occuper sérieusement de l' histoire de leur patron )

et, comme tous les gens frivoles, sont tombés dans

le 'scepticisme. Ils ne se sont servis que de formules

évasives qui ne sauraient contenter les espr.its sérieux.

On est enfin arrivé à une telle confusion, que cha- H

que diocèse e.n France avait uri bréviaire particulier. .

C..!:pendant la curié de Rome ne changeait p-'as s~n J\

~.
opinion e~éon' XIIJ)<:-,xjgea que la tradition aréopa. .

gitique fut conservée dans le propre du diocèse de


·'
20

Paris. Enfin à l'époque toute ''récente, le bréviaire


romain ne changea pas son te'5t~s~venu

JI
. depuis obligatoire dans la Chrétienté entière, par la
décision de~ I~
-,------:;, Les partisans des deux Denys ne· désarmen 1
1
pas quand même, ils repètent, les allemands en
tête, les mêmes objections, les moins fondées et
les plus fal.)sses. et déclarent, selon leur habitude,
que tous les monuments qui affirment l'identité des
deu:x Denys et leur sont contraires sont faux et
fabriqués par le rusé Hilduin dans les officines
de son abbaye. A la longue, depuis l' engoO­
ment inesplicable pour la science allemande, ils ont
D gagné à leur cause la majorité du clergé, même ce­
\ lui de Paris. On est arrivé à la situation paradoxa­
le que~ la science soi-disant catholique (est en fla­
,[0 J[ grante opposition avec les vérités proposées par' l 'E­
~ glise à la croyance des fidèles.
Ma conscience de catholique s'en étant ~mue, je
me suis proposé de me rendre compte de cette si­
tuation paradoxale, dans cette étude sur l'identité
des deux Denys que je présente à l'appréciation de
mes lecteurs.
Vu que les plus anciens biographes ne· da­
t'ent . que du IX siècle, et que le renseignement
essentiel qu ils nous donnent est celui de la mis­
1

sion de Denys en Gaule par St. Clé~ent qui accu­


:pait alors le siège apostolique qu'il tenait par l' au~
'torité même du bienheureux Pierre, coincidŒt tou­
tes avec la notice des Menaea Gr~eca sur le départ'
de Denys, membre de l'· Aréopage sous Domitien,
i'-
pour la partie occidentale de l'Empire (autrement dit,
':~-;"
· ... :.

21

son départ à Rome et sa mission par Clément en


Gaule), et que les autres renseignements se rappor­
tent plutôt ,à ses écrits qu'à'sa vie, je remets l'ex­
position de ces biographies et des travaux de ses
)
)
commentateurs à des chapîtres sur les écrits et la
transmission de ses oeuvres jusqu'à notre temps.
J'exposerai tout d'abord les qbjtctions des ad­
versaires de l'identité et je tâcherai ensuite de dé­
fendre la version de l'Eglise, élaborée avec tant de
soin et si consciencieusement par la commission pr~­
\
. sidée par le célèbre et infatigablè cardin~~~}l

\'

'.
" ......
(

, ,
, ! .... ',"" ,"
LES OBJECTIONS DES ADVERSAIRES
DE L'IDENTITÉ

A des gens, dont la connaissance des premiers


temps du Christianisme n'était pas assez profon­
de pour comprendre la perspective des âges, et qui"
en rationalistes qu'ils étaient, fondaient leurs juge­
ments plutôt sur leur raisonnement individuel que
sur les données deI' histOire~ TI--;P;r-; suspect qu-;
St. Denys d'Athènes pût venir propager la vraie

II foi ~~ns un pays si éloigné: qui était I.e pays des


ParIstens. Quelques-uns meme, comme Jean Mo-.
rin et Sirmond, qui sont pourtant des écrivains des plus
appréciés par la science allemande actuelle, ~nt
tellement perdu toute notion des tel12ps que, pour
contester la tradition, ils o;)t-évoqu""é des règlements
o
~
en usage dans l'Eglise actuelle et affirmé qu'un
érêque d'une cité aussi importa nte qu'était alors
Athènes, ne pouvait pas être transféré dans une bourga­
de insignifiante telle qu'était à cette époque Lutèce; com­
me si ces règlements hiérarchiques se rapportaient aux
fondateurs même des communautés chrétiennes et'"dè
to~te hiérarchie !--Sans toucher au~ apôtres, tenant
tous les pouvoirs du Christ même, il est' évident
q~e leurs disciples devaient être à même de fonder
',\'de ,nouvelles -communautés et d' y instituer la hiér~r­
chie sacerdotale. Nous trouvons la confirmation de
24
'':;",

ce fait même dans le" récit, par ailleurs inexact, de


Grégoire de Tours sur l'évangélisation des Gaules.
:.. D'autres écrivains ecclésiastiques, surtout ceux
du diocèse de Paris, justifient leur défiance à l' é·
gard de l'identité .des deux Denys par la connais­
sance, soi-disant profonde, de l' histoire de ce dio­
cèse et de la succession de ses évêques. Ils affir­
ment que la succession ininterrompue des évêques
de. Paris ne date que de l'année 370, d' olÎ dérive
leur croyance que I~ diocèse ne fut fondé qu'au qua­
1 trième siècle. On cite néanmoins les noms de qua-
tre évêques antérieurs à cette époque, ce qui. est ce­
\ j pendant contraire à leur propre assertion.

A ces affirmations je réponds:

rO). La possession d'une liste ininterromeue des


évêque~ d'une bourgade aussi Insigni]ia;t;(ïu'était ~
cette époque Lutèce in Parisiis est une présomption in­
r soutenable, du fait que nous-ne possédons pas non PIus
1 la liste ~xacte des évêques des sièges les plus impor­
) tants de la Chrétienté. Nous ignorons même le sort de
.Jll ~a plupart des apôtres et des EgliSes gu'ils ont fondées.
Nombreux sont c"eu~ qui ont des doutes sur la fon­
dation de l'Eglise d'Alexandrie par St. Marc; la
--"7-.---­
lumière sur l'origine de l'Eglise d' Ed~sse n'est
pas faite non plus, et nous trouvons même des di-,
(verg~nces -d'appréciation sur la succ~ssi6n . des p're­
miers occupants le siège de St. Pierre. Par exem­
pIe,· d'après Tertullien et selon quelques récits de la
vie de l'Aréopagite, c'eût été St. Clém~nt;' d'après
St. Irénée, il. s" agirait de St. Li~ejllement, la
:!5

- -
confusion de Clet et d'Anaclet .n'a pas pu être
dissipée jùsqu' à l' heure présente.

2°). Les« Menaea graeca ~ n'affirment pas que


J St. Denys fut le premier évêque de Paris, ~ qu'il
( en a été l' évangéli~ur; et comme il périt avec
ses deux acolytes, le presbyte Rusticus et le diacre
Eleuthérius, nous sommes en droit de supposer qu'un
( intervalIeassez long s'interposa entre l'époque de
leur martyre et l'arrivée des autres évêques. Des
cas similaires pouvaient se répéter par suite des per­
sécutions réitérées.

3°). Il est évident que les listes des évêques se


. \ succédant sans interruption dans le diocèse de Pa­
ris pouvaient ne pas exist~r avant la promulgation
de l'Edit de tolérance de Milan en 313, puisqu'il est
fo~t' probable que les chrétien~ évitaient de livrer les r

noms de leurs évêques aux autorités. ~ s .


tes avalent
~_.~. - ­existé, elles auraient
-~ --'-­
- ­ pu être détruites
sous Dioclétien, avec d' autres documents' et livres
saints des chrétiens, pendantfâ persécution la plus
atroce et la' plus prolongée, bien que 'cette persécu­
tion, grâces à la bienveillance de Constance Chlore,' ,
eût épargné les vies des chrétie!1s dans les Gàules.
, Nous voyons donc que l' absenœ de la liste officiel­
le des évêques de Paris depuis la fondation du dio­
.~
'\ cèse ne s'oppose en aucune manière à l' évangélisa~ i..

) tion des Parisiens par St. Denys. '


- De. ces motifs, insuffisants et incomplets, invoqués
.par les adversaires du '« De lino Dionysio », passons
maintenant à J'analyse et' à la réfutation des soi-di­
..
,"
"
1
- ,.­
26
....

sant pre'Jves essentielles qu'ils prétendent apforter


contre l'identité des deux Denys. Leurs arguments
principaux se résument à quatre points et s' ap­
puient sur les monuments suivants.

1) Un texte de Sulpice Sévère.


2) Le témoignage de Grégoire de Tours.
3) Le martyrologe d'Adon de Vienne, lequel
de· son côté, se base sur un prétendu ancien martyro­
loge romain: «Vetus Martyrologium Romanum ", et
sur le témoignage fictif d'Aristide.
4) Sur la fabrication supposée de documents
par Hilduin, abbé de St. Denys.

I. - SULPICE S{;vÈRE.

Sulpice Sévère, évêque de Poitiers vers l'an


400, écrit dans le second livre de son histoire Sa­
crée: «. Sub Aurelio Antonin! Filio, persecutio quin­
ta (sic) agitata ac tum primum intra Gallias mal'­
tyria visa, serius t'rans Alpes Dei religione susce­
pta» .,<-Ces adversa'iroo d'un Denys traduisent cette
p~ras~f:"~-omme nous allons voir, d'une manière ine­
xacte'; en la privant de son début; d'où résulte toute
la confusion.
Que veut dire ce texte? Il dit tout simple­
ment qu'avant la ~inquième yersécution (d'après
'"
nous là quatrième) il n'y a pas eu en Gaule de per.'
sécution légale baséé sur des édits impériaux. Au­
~-- trement dit les persécutions sous Néron, Domitien
et Trajan n'ont pas touché les Gaules.
. -'

27

Remarquons biens que, dans le texte latin de


Sulpice, se trouve le mot «Martyria li et non pas
« Martyres» et ce mot 'Martyria, (en français Mar-
tyre) n'est que l'équivalent de ~ pe~secutio» cu, si
l' on veut, des martyres en masse.
Si nous' admettons que lts mots «serius» et
« suscepta» se rapportent à « pers~cutio li ou à <i mar-
tyria », ce qui revient au même, la phrase est claire
et n'exige aucun commentaire; tandis que, considérés
comme ablatif absolu, les mots ~ serius suscepta»,
rapportés à «religione» donnent à la phrase une
signification non seulement embrouillée, mais absolu-
ment absurde.
C'est l' abbéCJ;:ugène Bern~,) Docteur ès let-
tres et théologie, chapelain de Sainte Gene\iève,.
Pr~.resseur·à la Sorbonne, qui dans son livre: «Les
origines de l'Eglise ·de Paris» expose I.e plus net-
. tement l'opinion des adversaires d'un 'Denys; et
voilà comment il. traduit le texte de St. Sulpice. O-
mettant le commencement du texte « persecutio quin-
ta »- etc... et substituant le mot «martyrs li sans «e»
muette aux «Mo1'lyria» il dit: «Ce fut alors que,
pO,ur la première fois on vit des martyrs (sic) dans
les Gaules, parce que la vraie religion ne fut em-
1\- brassée que plus tard :lU delà des Alpes». Intairé-

" ) tation .fausse et dénaturée. Plus tard que quoi? Plus


t~rd qu'à Rome ou qu'à Jerusalem? mais tout,:le mon- ,..
de le. sait et il serait puéril de le dire. D' rin autre
côté cela ne peut pas signifier que la vraie religion
ne fut embrassée qu'après la persécution des Chré-
trensà Lyon sous Marc Aurèle, les Martyrs Chré-
tiens ne pouvant pas exister avant l'avènement du Chri·

< \
,
28

stianisme. Il est donc de toute évidence que ce n'est


pas cela que voulait expri,mer le texte de Sulpice'
Sévère.
"

Je répète donc que l'erreur de la traduction


consiste en ceci:
t, 1) On omet l~s mots du début de la phrase «per­
secutio quinta~, et «Martyria,., qui expriment la même
\: pensée que «persecutio,., ce qui veut dire des martyres
en masse provoqués par 1; édit impérial; on traduit
1./'
sciemment d'une manière inexacte le mot martyria
par martyrs sans «e ~, comme si en latin il y avait
Martyres et non Martyria, et on réfère ~ suscepta: ~
a «Dei religione», prenant cette phrase pOUI.: ablati f
absolu, alors cependant que «suscepta» serappor­
te à « persecutio,. et que f Dei religione ~ doit être
[., considéré comme ablativuc; causalis. On doit par con­
séquent traduire le texte de Sulpice Sévère de I~
manière suivante: Sous Aurèle, fils d'Antonin, se
l'
déchaîna la, cinquième (d'après nous la quatrième)
persécution, et ce n'est qu'alors que pour la pre­
mière fois on vit, des martyres dans les Gaules, puis­
que la persécution pour la foi en Dieu (la vrai foi)
; .
ne vint que plus tard au delà des Alpes ...
On voit .donc d'après Sulpice Sévère que les
t~ois persécutions précédentes, de Néron, de Do­
mitien et de Trajan, n'ont pas touché les Gau­
les; mais-ce fart ne prouve nullement qu'il n'y
ait eu des martyres sporadiques ordonnés par quel­
que proconsul. Sulpice Sévère lui-même y fait allu­
sion dans sa vie de St. Martin.
Le passage de Sulpice Sévère, comme témoi·
gnage auquel se réfèrent les adversaire d'un Denys,

f<C
-<4' -; ~ "
.. -.:

29
....

.i ne nO\lS dit rien de nouveau sur-l'origine de la re·


. ligion chrétienne 'dans les Gaules, et ne se rappor­
te pas à la personne de St. Denys.

II. - TÉMOIG\'AGE DE SAI!\T IRÉ:\rÉE.

La persécution qui .:ut lieu sous Marc Aurèle à


Lyon est confirmée par les actes des Martyrs de
J'an 177, appartenant aux docu~ents des pl\ls au­
thentiques et des plus indiscutables de l'Eglise. Saint
lrénée, illustre Père de l'Eglise, témoin oculaire
des persécutions· .de Lyon, nous relate la mort du
vénérable Pothin, exécuté à l'âge de 90 ans, auquel
il succéda sur le siège épiscopal de Lyon. St. Iré­
, \ née nous apprend que, bien avant lui, se trouvaient
déjà maintes communautés chrétiennes à Narbonne,
à Arles, dans les Garennes et dans le pays des Celtes.
Plus loin, il nous enseigne: « La foi est une dans
toute l'Eglise disséminée dans l'univers (Haer. l,
10, 1): Ecclesia per universum orbem us..9~~s
" \ ~, et ab apostolis et ab discipulis eorum acce­
1
1 pit eam fidem quae est unum esse deum, patrem
omnipotentem) etc. et: plus loin, (Haer. l, 9, 4),
«Regulam veritatis immobilem quam per baptismum
accepit (quisque)); et plus loin encore (Haer. 1, 10,)

2): «Les langues sont diversesj mais la tradition est


la même. JI y a jes Eglises ét~blies en Germanie - .
(Je dois attirer l'attention cre -méS-léëtëtirs sur ceci
,'
que, là où St: Irénée parle de Germanie; il faut com­
prendre le pays au delà du Rhin ou la Belgique ...
"'

---~'!

actuelle, puisque. les territoires situés de ce côté du


Rhin faisaient partie des Gaules, avec Trèves comme
capitale) _- dont la foi ne diffère pas de la nôtre.
La même chose peut· être dite des Eg.lises qui se
--.-- - --- .- .
trouvent chez les Ibères ou chez les Celtes, en Orient;
c'est-à·dire en Egypte, en Lybie, et-au centre du
monde (centre du monde veut dire Jérusalem, con­
sidérée comme telle par les premiers chrétiens) ~.
Ce témoignage de St. Irénée se rapporte indi­

J\ -
recte~ent à la mission de Denys l' A;éop~gite; car
pou~uo~Eeuple ~el~e serait-il autre que les Pa­
risiens, et leur apôtre ne serait-il pas St. Dénys?
.
Du reste,. St. Jérôme confirme ce témoignage dans
une lettre· (epistola 53) à l'impératrice Théodora,
dans laquelle il lui rappelle que vers la fin du deu­
( xième siècle, des églises furent édifiées par les chré­
. tiens en Aquitaine et sl.!r les bords de la Garonne.
r-;
Ces textes de St. Irén.ée nous prouvent d'une
Jif m~re irréfutable l'éva'ngélisation <1es- Gaule_s par
--les apôtres et leurs
~ _ disciples.
... Et qui pouvait être
mieux l'enseigné que St. Irénée, dont le siège ép!s.
copal était situé 'au centre même des Gaules? ~i
donc· déjà à l' aube du christianisme les semences de

l
Ia vr.aie foi ont at!eînt les. pays sitlléL au delà sie
Paris, comme les contrées éloignées de la Germa­
nie ~u de la Belgique, et de l'Espagne, elles n'ont
, pu ne pas être P9rtées dans les Gaules. Il ne peut 1\ ,jr
donc être question de l' évangéI-isation des Gaules
après l'année 250, comme le veulent quelques-uns.

:"0".

~~
'.

31

"'"
III. -_ TÉMOIGNAGE DE ST. GRÉGOIRE DE TOURS.

,Le second témoin sur lequel s'appuient les par~


tisans des de~x Denys, est St. Grégoire, évêque de
Tours (538'594) le plus ancien historien des Francs.
Dans son histoire des Francs (Liber 1 Caput XXIII
30) il écrit: Sub Decio Imperatore... hujus tempo­
re septem vi ri episcopi ordinati ad praedicandum in
Gallias missi sunt, sicut historia passionis sanc.ti mar­
tyris Saturnini denarrat. Sub Decio et Grato consu­
libus in Parisiacis Dyonysius episcopus... » Ce qui
signifierait que Denys fut envoyé à Paris à l'époque
de l'empereur Dèce, c'est-à-dire environ vers l'an 257.
L'importance que les partisans des deux Denys
attachent à ce témoignage nous oblige à nous occu­
per plus longuement de l' historien des Francs et de
ses écrits. r

Pour mieux ·comprendre Grégoire de Tours, il


faudrait étudier son époque, ce siècle d'ignorance et • 1

de barbarie, l' un des plus curieux et des plus re­


.marq"uable dans l' histoire des humains: l'époque
de la chute de l'Empire romain.
L'invasion des hordes germaniques fut si néfa­
ste à la civilisation latine qu'il est difficile de se re""
présenter comment en si peu de temps, de 400 à 450,
",1.
a pu disparaître cette culture si florissante sur tou­
te l'étendue des Gaules, comme nous l'avons vu
chez: le poète Ausone; chez Sulpice Sévère, et St. Hi­
laire de Poitiers. .
Jamais on n'avait vu pareille désolation; ni les
Huns, ni les Tartares, ni les Arabes, ni les Turco­
32

mans ne surent détruire et dévaster avec cette fu­


reur germanique comparable à celle des bolchéviqu~s,
dignes émules du protestantisme auxquels ils sont
liés par la haine implacable et commune qu'ils por­
tent à la civilisation gréco-latine, représentée par
l'Eglise Catholique.
Grégoire de Tours, descen?ant d'une famille sé­
natoriale de Clermont, devait avoir pl~s de trente
ans quand il fut nommé évêque de Tours en 573,
c~ qui fait supposer qu'il naquît en 540 et qu'il
mourut ,vers 594-5. Or il a vécu sous le règne des
rois Francs Chilpéric et Childebert, à l'époque bar­
bare où toutes les attaches avec la tradition gréco­
'latine furent rompues, la civilisation romaine fut re·
niée et abandonnée, et la langue latine commen­
ça à se transformer en parler français. St. Grégoire
s'en plaint lui-même; son insuffisante connaissance
./
du latin lui fait confondre les genres et les déclinai·
sons, et employer défectueusement les adverbes. Il
se console néanmoins dans ces termes « Quia philo·
sophantem rhetorem intelligunt pauci, loquentein ru·
sticum multi .. (Hist.' Franc. ProL). Ses écrits don­
nent'Ie tableau exact de l'évolution de la langue
qui s'accomplit en ces temps-là. Il écrit, par exem­
ple «pro eo quod.. parce que, au lieu de ~ quo·
niam ~. Son exposé des faits est si ingénu et sa cré­
dulité si grande qu'on ne peut se fier à la narration
des événements aux quelsil n'a point participé pero
sonnellt:ment. Si tels sont les écrits du descendant
des nobles sénateurs de Clermont, évêque et histo­
rien, que r.aut-il', penser de la mentalité des repré:
sentants des classes moins cultivées? Et on ne peut

. ,
33
""
qu'éprouver une réelle surprIse en constatant que
l'ancienne et insigne civilisation latine put être dé­
truite en si peu de temps.
St. Grégoire, historien, n'ayant plus d'attaches
avec la . vivante tradition grecque, dut uniquement
s'appuyer sur des documents scripturaux et en par·
ticulier sur les actes du martyre de St. Saturnin apô­
tre de Toulouse, actes qu'il. copie, dans son oeuvre,
d'une manière peu fidèle. Voici la version de Gré·
gOIre:
(Hist. F1'an. Lib. J. cap. 28). Hujus tempore
septem viri episcopi ordinati ad praedicandum in Gal­
lias missi sunt, sicut historia passionis S. martyris
Satumini denarrat. Ait enim: «Sub Decio et Grato
consulibus, sicut fideli recordatione retinetur primum
ac summum Tolosana civitas S. Saturninum habere
coeperat sacerdotem ». Hi ergo missi sunt: Turonocis,
Gratianus episcopus; Arelatensis, Trophimus episco­
pus; Narbonae, Paulus episcopus; Tolosae, Saturni­
nus episcopus; Parisiaci, Dionysius; Avernis, Stre­
monius episcopus, Lemovianis, Martialis est desti­
natus episcopus».
En ces temps-là" sept hommes, investis de la
p~issance épiscopalè, iurent envoyés dat;s les Gaules;
comme on l'apprend des actes du St. Martyr Satur­
nin. Nous y lisons en effet, que« s'ous le consulat
de Decius et d~ Gratus, ainsi qu'on en garde le fi­
dèle souvenir, fa cité de Toulouse reçut son premier -;--1

évêque St.' Saturnin ». Voici les noms de ceux qui


-,
vinrent dans notre pays... De ces pontifes, Denys,
évêque de Paris, souffrit divers tourments pour le . - ..
..
·l
1

/-";'

3 .!
-1
-~
,..,,
~.

34

nom de Jésus Christ et termina sa vie sous le tran­


chant du glaive.
Si ce texte était exact, il s'en suivrait que St.
Denys ne vint à Paris que vers l'an 250, car De­
cius régna de 249 à 251; mais ce texte fut amplifié
dans la copie de Grégoire; 1 es a c tes d u m a r ­
tyre de St. Saturnin existent, mais
ils nec.o nt i en ne n t a u c une men t ion
sur St. Den ys, ni. sur les autres évêques, en­
voyés pour convertir les Gaules. Dans ces actes il
est dit uniquement que « sou sIe con sul a t
de Déce et de Gratus, ainsi qu'on
en garde le fidèle souvenir, la cité
de Toulouse reçut le premier évêque,
St. S a t u r n in» et la mention. qui se rapporte
aux autres évêques n'est qu' une amplification de
Grégoire.
Croyait-il lui-même que c'est seulement vers
l'an 250 que la foi chrétienne pénétra dans les Gau­
les, ou voulait-il le faire croire à ses lecteurs? Nous
n'en sommes pa's sûrs, car, dans un autre de ses
écrits, il rapporte la mission de St. Saturnin aux
temps apostoliques, et dans son oeuvre de Gloria
Martyrum il s'exprime comme il suit: .« Saturninus
Martyr, ab apostolorum discipulis ordinatus in urbem
Tolosam est directus ».
Il se peut que, ne connaissant pas la date exac­
te de la mission des apôtres des Gaules, il s' ap­
puyât sur les seuls indices précis trouvés dans les
actes de Saturnin, d'autant plus qu'il n'attachait
aucune importance à la chronologie, et estimait pro­
.~..':i.~ bablement l'amplificatiôn comme du devoir d'un his­
'.

,.. 3S

torien, puisqu'autrement l' histoire ne serait qu'un


recueil aride et sec de documents.
Telles ont dû être les raisons qui décidèrent le
naïf et barbare historien des Francs à amplifier les
actes de St. Saturnin et à induire ses lecteurs en
erreur, et nous sommes en droit de l'excuser. Mais
on ne saurait que trop blâmer les protestants ainsi
que les rationalistes du XVIII siècle et les critiques
modernes, qui, n'ignorant pas le récit controuvé de
St, Gregoire, attachent une si grande importance à
l'opinion de l'évêque de Tours (1) et le citent pour
renverser la tradition séculaire de l'Eglise, tradition
confirmée par les ménologes grecs et le bréviaire
Romain, dont la version officielle ne devrait pas ê­
tre mise en doute par les fidèles, à moins qu'on
n'ait découvert des preuves évidentes du contraire.
Enfin, l;i date même du séjour de St. Saturnin
à Toulouse n' a pas été irrévocablement établie,
d'autant plus qu'un manuscrit consignant ses actes
et provenant, comme on suppose, du X siècle, décou­
vert en 1793 par deux érudits espagnol, Menabréa
,
et Macédo, à la bibliothèque Riccardi de Florence,
reporte la mission de Saturnin, non au consulat de
Dèce et de Gratus, mais à celui de Claude, suc­
cesseur de Caligula... version qui paraît plus confor­
me à la vérité et s'accorde mieux avec les narra­
tions sur la fondation des premières églises, à Ar­

(1) On le cite comme autorité, même dans la plus récente Ency­


clopédie Catholique éditée par Herder.­

-~ .. .l.
~j
36

les, à Narbonne, à BOl.:!"ges etc... ainsi qu'avec les


témoignages de St. Justin et de St. Irénée concer­
nant l'évangélisation des Gaules.
St. Paul, d'ailleurs, dans une de ses épîtres,
celle aux Galates, exprime l'intention de se rendre
en Espagne. Est-il donc possible d'admettre que les
apôtres ne se soient pas d'abord occupés des Gau­
les?
En résumé, l'étude minutieuse des textes de
St. Grégoire prouve: 1) que la mission de six évê­
ques (outre Saturnin) parmi lesquels St. Denys, sous
Dèce et Gratius, n'est pas mentionnée dans les
actes de Saturnin;
2) que St. Grégoire, à défaut de documents au­
thentiques, dut s'appuyer sur des données non avé·
rées;
.-/ 3) son opinion ne présente, pàr conséquent, au"
c une val eu r h i st 0 r i que, et nul document
incontesté ne vient la confir~er.
I Ainsi tout cet échafaudage de mensonges et de
J
) faux, édifié par le,. adversaires de J'identité des deux
Denys, fondé sur le témoignage de Grégoire de
Tours, ne résiste pas à l'analyse historique, et s' é..
croule sous les coups de la vérité.

1. - VETUS MART\"ROLOGlUM RmIAN(;~L


r

Le III document, lequel, d'après ces doctes é­


rudits, possède)a valeur d'un argument infaillible,
est le vùux ma1iyrologe, dit Romain, quoique p,-oVe1Zmzt
. -.... d'Aquilée. En voici le texte latin: «Vetus Martyro­
·'

37
"'"
logium Romanum. A. C. 3:?0, 3 Octobris Athenis,
DionY5ii Areopagitae, sub Adriano diversis tormen-
tis passis ut Aristides testis est in opere, quod de
Christiana religione ('omposuit: hoc opus apud Athe·
nienses inter antiquorum memoriam clarissimum te-
netur»: 9 Octobris Parisiis Dionysii episcopi eum
sociis a Fescinnino gladio animadversi».
Vers 8 Sa, Adon, évêque de Vienne, lors de son
séjour' à Ravenne nous raconte qu'il copia un an-
tique martyrologe qu'un moine lui avait confié pour
quelques temps. Au dire de ce moine, c'était la co-
pie d'un exemplaire qui a été donné par un certain
pape à un saint évêque d'Aquilée. Informations va-
gues et incertaines s'il en fut, surtout quand i1 s'a·
git d'un document historique: de cette importance.
L'exemplaire d'Aquilée a dû disparaiire sans traces
par suite de l'invasion des Huns et de la destruction
totale de la -ville d'Aquilée par Attila. On ne sait
pas si la copie existe actuellement.
Tel fut le document dont se servit Adon dans
la réiaction dé son martyrologe, sur lequel plus tard'
'.
se basèrent les martyrologes d' Usuard, abbé de St.
Germain des Près (864-877) et de Notker, dit Balbu·
lus (912). Ce ne fut pourtant qu'en 1610 que ce
martyrologe parvint à la connaissance' des fidèles
dans la nouvelle édition du jésuite Rosweyde munie
;.
(
d'une dédicace au Pape Paul Ven les termes suivants:
1-
«Le voici, très Saint Père, le vieux martyrologe Ro-
main. Né à Rome, il revient à Rome... ainsi le
rayon revient au soleil, le ruisseau à la source... ».
. Cette dédic'ace de Rosweyde prouve que ce mar-
tyrologe de provenance incertaine était inconnu à
, "

38

Rome, ou que du moins, de 858 à 1610, il Y fut to­


talement ignoré, et qu'Adon n'avait aucune donnée
positive pour nommer ancien et romain le recueil de
Ravenne ou d'Aquilée. Le faire passt::r pour le ca­
lendrier de Grégoire le Grand, recommandé pàr ce
dernier en 592 au patriarche d'Alexandrie Eulogius,
1
est pure invention" du jésuite Rosweyde. Imposture
1
consciente et préméditée, Adon ne l'aY8nt jamais at~
tribué à l'illustre pontife qui dans, sa lettre à Eulo­
gius, n'en fait aucune mention. Du reste, le texte du
martyrologe est tout à fait contraire aux intentions
de Grégoire le Grand qui fait rédiger à l'usage des
missels un bref Illartyrologe, que nous appellerions
aujourd' hui calendrier, où furent consignés uniqu~.
ment le lieu et le jour de la passion des saint mar­
tyr~.

Or, la copie de Ravenne du manuscrits d'Aqui­


./ lée que nous tenons d'Adon et qui, au dire "des cri:
tiques du XVII siècle, n'est autre chose que le calen­
drie. de Grégoire le Grand, ne rappeIle en rien un
martyrologe, mais plutôt une notice se rapportant à
un calendrier quekonque où, sous le pretexte de St.
Denys, on traite longuement des écrits d'Aristide.
1) Les paroles Dies nafalis sancti ou beati ont été o­
mises. 2) Ori ne dit pas que Denys fut converti et
ordonné évêque d'Athènes par l'apôtre Paul, détail
de première importance, qui sans aucun doute au­
,~
rait été cité _dans une copie exacte d'un calendrier. ~.

Le seul fait important est la passion de Denys


sous Adrien ce qui ne se rapporte à aucune autre
source et qui paraît au plus haut point invraisem­
blable. 3) «A~henis,. placé en tête du texte veut di­
39
.".

re non que la passion de Denys ait eu lieu à Athè­


nes, mais que, natif d'Athènes, il fut glorifié par les
Athéniens. 4) l'éloge des écrits d' Aris-tide conçu
dans les termes suivants: «Hoc opus apud Athenien­
ses etc... ~ parait être une amplification de la copie
de Ravenne, ajoutée par Adon pour faire assumer
aux Athéniens la responsabilité du témoignage d'A­
ristide, qu'Adon apportait sans avo~r eu en main
son apologie.
Cette notice sur Aristide qui amplifie la tradi­
tion nous apprend comment les barbares rusés savent
induire en erreur leurs' lecteurs sans recourir pour­
tant à un mensonge formel.
C'est ce que font également les critiques scien­
tifiques actuels qui en procèdent par le sang et
l' inteIlectualité.
Eh bien! nous voyons Adon, en son propre
Martyrologe, aIler encore plus loin dans la voie de
l'amplification. Moins, il est sOr de l'apologie d'A·
ristide, et plus il en rehausse l'importance et y ajou­
te tout un passage par ces mots: « Ut Aristides A·
theniensis de Christiana Religione composuit. Hoc
opus apud Athenienses summo genere colitur, at in·
ter antiquorum monume'nta c1arissimum tenetur ut
peritiores Graecorum affirmant ~.
Par ce bavardage il obscurcit tellement les yeux
des érudits du XVII 'siècle (Jansénistes, gaIlicans et
autres catholiques suspects} qu'il.. suivent aveuglé­
ment des asserÙons infondées et appuient leurs criti­
ques sur ce témoignage fictif d'Aristide.
L'autre autorit.é qu'invoquent les cri.tiquent est
le martyrologe d'Usuard, abbé de St. Germain - des·

~:~
40

Près à Paris, dont le martyrolGge était le plus ré­


pandu dans la chrétienté et le plus connu même à
Rome. Usuard s'appuie complètement sur Adon, mais
il prend ses précautions, et, quoiqu'il induise tout aussi
bien'en erreur ses lecteurs, en invoquant le témoigna­
ge d'Aristide, il ne parle plus du martyre de Denys à
Athènes et ne recule pas son martyre à l'époque
d'Adrien. A la pliee de l'expression d'Adon « Ari­
stjdes testisest» il dit «ut testatur Aristides). En
parlant ,de Denys de Paris, il omet sciemment le
nom de Clément comme étant le pape qui l' a en­
voyé en GGules, puisqu'il ne pouvait pas ne point
connaître toutes les anciennes traditions qui rappor­
taient la mission de Denys al] pontificat de Clément,
étant lui-même neveu de: Hilduin.
Je ne peux expliquer son parti pris, que par la
rivalité des deux abbayes les plus imeortantes de
~
Paris.
Pour disculper les critiques du 17ème siècle:
les Sirmond, Launoy, TiIIemont, Morin et autres, il
faut convenir qu' i~s avaient une raison bien fondée
de douter de l'identité des deux Denys, abolie par"
le texte dl! vetus martyrologium romanum trouvé par
Adon, mais sous la condition que ce texte soit authen­
tique; qu~ l'expression' « Athenis» veuille dire que
le martyr~'~eut lieu à Athènes; que «Aristides testis
est» veuiIIe ,dire qu'Aristide était témoiI\ oculaire
et ne signifie pas «comme le témoigne Aristiàe» mais
surtout sous condition qu'on ait eu en main l'a­
pologie d'Aristide. Mais s'appuyer sur un martyrologe
suspect et .sur je ne sais quelles insinuations perfides,
et en tirer des conséquences était une action peu'
~

r;A " .'


"
,-
4t
';;,

loyale et de mauvaise foi. Surtout que les auteurs de


ces martyrologes n'avaient jamais eu en main cette
apologie d'Aristide, ne pouvaient pas l'avoir et
répétaient l' un après l'autre des informations erro­
nées, p u i s que l' a polo g i e d'A ris t ide a­
v ait dis par tI d e p u i s des t e m psi m m é­
m 0 ria u x, . Eusèbe et St, Jérôme, quoiqu'ils en
fassent mention, ne l'ont jamais lue. A cl 0 net
Us u a rd, cela va sans dire,. ne l' 0 n j a mai s
vue.
Ce n'est que dernièrement en r année 1787,
qu'on en a retrouvé, des fragments chez les Méchi·
taristes, à Venise, au monastère de St. Lazare; et ce
n'est qu'en 1889 qu'elle a été retrouvée en entier
dans le cloître de Ste. Catherine au mont Sinaï, dans
un manuscrit Syrien du 6ème siècle, et enfin par M.
J. Armitage Robinson, qui en a découvert le texte
grec dans une légende sur Barlaam, de manière que
nous possédons maintenant l'apologie complète d'A­
ristide. 0 r i 1 n' y est pas que s t ion d u
ma r t y r e deS t. Den ys. OJ reste cela ne ré­
pondrait pas du tout au sujet de l'apologie. Il est
superflu d'ajouter. que t 0 u sie s a r g ume n ts ba­
s~s sur le témoignage d'Aristide n'ont
aucun fondement (1).

V. ,
HILDUIN ABBÉ DU MO:'-/ASTÈRE DE SAINT DE)/YS.
,
Les adversaires de l'identité des deux Denys
assurent que personne n'a soupçonné l'identité de

-f (1) Ceci a été écrit avant que je n'eu5se··eu connaissance du grand


','
7.r , ­
42

o
o
DE:\YS de Paris avec l'E"êque d'Athènes, qu'il n'en
reste aucune trace dans la tradition et que cette lé­
gende a été inventée de toute pièce par Hildui1l,
lequel essaya de l'établir par ~es textes et des docu­
ments pou~ la plupart falsifiés. Et cette conviction
\~ leur permet de refuser en entier, sans les discuter,
tous les documents prouvant la mission de Denys
par Clément et son apostolat parmi les Parisiens.
Nous allons voir s'ils ont raison.
Pour Illettre à néant leur prétention il suffirait
d'un seul document, où il serait question de la mis­
sion de St. Denys, envoyé en Gaule par le pape
Clément, puisque nous ne connaissons pas un autre
disciple de St. Paul de ce nom. Mais de ces docu­
i ments et de ces faits historiques prouvant la mission

/
l de St. Denys par Clément, nous en avons un grand
nombre. '
Je ne présenterai ici que lés l'lus importants,
ceux qui sont irréfutables, et, par dessus tout, ceux
qui sont cités, à mon grand étonnement, par les ad·
versaires eux-même. d'un seul Denys. Nous v9yons
i,Ci, qu'ils se confondent eu~roêID~p.a( leurs proEE.es
II '!.!"gtlme~t2.,_c~oune cel~ arrive souvent aux enne·
mis de la vérité.
..--------­ . ­
Voici les monuments qui appuient ma thèse:
1) La vie de Sil. Geneviève écrite une quarantai­
ne d'années après sa mort ( 481) environ vers 520,
, ~

travail de l'érudit Dom Quentin, de l'abbaye de SolesmEs sur «Les


martyrologes historiques du Moyen-âge" oil il est proU\é péremptoi••
rement que ~e martyrologe romai1l Il' a existé que dalls l'imaginafioll
d'Adon (Co1lc/1Ision pag. 688).
43
"" où est narrée ----,,.....-----L
la mission de Denvs par Clément. Les
=-:--:--:-
Bénédictins de St. Maur dans leur «Histoire litté­
raire de France» (T. III p. 151) disent que l' ano­

nyme, contemporain de la Sainte, qui a écrit cette

histoire est un écrivain grave, judicieux plein de pié­

té et ne manque pas d'érudition pour le siècle où

il a vécu.

2) L' Itymne de St. Fortunat. If,


L'opinion erronée de St. Grégoire de Tours

n'a pas même pu ébranler la conviction de son ami,

Venantius Fortunatus, évêque de Poitiers, aux envi­

rons de 600, qui, dans son hymne en l' honneur de

l'évêque de Paris, chante:

Clemente, Romae praesule


Ab U rbe missus adfuit
Verbi superni seminis
Ut fructus esset Gallia.

Quoique certains ne veulent pas voir dans cet

hymne une oeuvre de Fortunat, néanmoins, I~Cardi­

nal Michel· Ange Lucchi, l'éditeur apprécié des oeu­

vres de Fortunat, dans son édition romaine de 1786,

place cet ~mne parmi les poésies de l'évêque de

Poitiers et ajoute q,ue, dans les cas semblables, c'est

le style qui en est la meilleure preuve: «Or le style

de cet hymne nous oblige à le considérer comme une

oeuvre authentique de Fortunat».,

Mais n'oublions pas que, si cette poé6ie n'est

pas de, lûi elle date toujours de l'époque de St. Gré-'

goire de Tours et par, conséquent, est bien antérieu­

re à Hilduin.

- 3) Le marl)lYologe de Bède (673-735) qui est la


source de tous les martyrologes connus.
Maintes de ses plus anciennes éditions, d'après
l' Abbé B~rnard, cOl"ltiennent la mention au 9 Octo­
-l bre, en parlant de Denys de Paris, "Beatus episco­
pus a Pontefice Romano Clèmente in Gallias directus».
S'il se trouvait des recensions encore plus an­
cien'nes du martyrologe de Bède, où cette mention
n'aurait pas lieu, il n' 'en est pas moins certain que
dans le martyrologe de Rhabanus Maurus, archevê­
que de Mayence, mort en 837, et par conséquent
antérieur à l'apparition de la biographie de St. De­
nys par Hilduin (en 837) nous trouvons, à la date
du VII Idus Octobris. ce qui suit: « In Parisio, pas­
sio Dionysii episcopi et martyris, Rustici presbyte ri
.',
et Eleutherii diaconi, quos referunt a Clemente [mis­
/'
sos et ibidem martyriza!os». Le docte. Bénédictin
de Solesmes, Dom Quintin, dans ses «l\fartyrologes
Historiques li> édités par Gabalda en 1908, nous rap­
porte à la page 688 que: «Rhaban Maur abb~ de
Fulda, puis archevêque de Mayence, prenait pOUl'
base de son travail un 1l2al'luscnt de la première fa­
mille de Bède. « Il n' a donc pas pu être. influencé
par. Hilduin. Dans le même cas se trouve Wandal­
bertus !U0in'e de l'abbaxe de Pruym (1), en-Westpha­
lïe, qui, en l'année 842, dans son martyrologe ver­
sifié, 'Ci est à dire cinq élns s'eulement après Hilduin,
écrit sous la date du 9 Octobre:

-l.~

(r) Pruym était une abbaye bénédictine importanle fondée en


721par Pépin le Bref. ~~ y entra après son abdication et y
"',"'­
mourut six jours apès être entré dans les 'ordres,
~ .., --
t·.:.::.:·~

45

<\ Hic quoque martyrio insigni trinoque coiuscant

Orbem templa sua lustrantia lumine cunctum,


Dionysius, aethereo qui splendet honore,'
Gallia doctorem, Paulo instruente, be,atum,
Quem meruit, gemino sumptum junctumque
[ministro.

4) L'An C. 72] diploma Theodorici 1 V ae la


d;-nastie des Mérovin~iens, cité par Mabillon dans
«De Re diplomatica,. lib. IV p. 448: Theodoricus
'.
Rex franco ru m, vir inluster (sic)... Gloriosus, trium-
phus martyrum, beatus Dionisius cum sociis suis Ru-
stico et Eleutherio qui primi post apostolos sub ordi·
natione beati Clementis, Petri apostolique ejus sociis
in hanc Galliarum provinciam advenerunt... ».
5) Pmeceptu11Z Pippini, An C. 768. Pippinus Rex
Francorum, vir illuster beatus Dionysius, et socci (?)
ejus Rusticus et Eleutherius qui, prima ab apostolis
sub ordinatione beati Clementis, Petri apostoli suc-
cessoris in hanc Galliarum provinciam advenerunt...
etc.
6) An C. 824. Au concile g-énéral ùes évêques
gallicans réunis à Paris par ordre de Pape Eugè-
ne-II pour délibérer sur la question des Saintes Ima·
ges qui remuait alors les esprits à Constantinople.
Le Président de ce concile, en présence des délégués
grecs, s'est exprimé de la sorte: «La ligne de vé-
- rité n' a jamais fléchi parmi nous depuis nos pères
dans la foi, c'est-à-dire le bien!zeu1'eux Denys qui fut
enz:oyé dans les Gaules _pa1' St. Clément, le p,'entier
-,successeur de St. Pie1'ye,..
Peut-on a voir un témoignage plus éclatant et
-. .
46

décisif que }' opinion sur la mission de Denys 'par


Clément a toujours eu cours en Gaule et n' a pas
été in'venté par Hilduin?
7) Dans les actes anciens latins qui portent le
titre «Pas~z'o Sandûm Dz'o1t)ISù', Rustù:t" et Eleutherù'»
cités par Félibien et après lui par les Bollandistes,
T. 4 p. 225; se trouve le passage suivant: «Igitur
S. Dionysius, qui trahente S. Clemente Petri aposto­
li successore, Verbi divini semina gentibus eroganda
susceperat» (1). Quoique les avis des savants diver-'
gent sur la date de la rédaction de ces actes, les uns
les mettant au V siècle, comme Darras en l'année
460, les autres, comme Tillemont, au VII, d'autres
au VIII, comme Sirmond Félibien et l'abbé Le Boeuf,
tous, comme nous le voyons, même l'abbé Bernard,
le mettent au plus tard au règne de Pépin le Bref
et même un peu plus tôt à l'époque de Charles
Martel. ~
Pour le moment, il nous est complètement in­
différent de savoir si ces actes nous rapportent des
faits exacts ou non. Ce qui est important, c'est
qu'ils sont antérùu~s à Hzlduz'n et prouvent que o­ !:
pinion sur la mission de Denys par Clément avait bù1z
cours avant la rédactz"on de !a vù de De'pys par hi!­
dztùz; 'cela veut dire que l' Aréopagitisme de Denys
de Paris n'est pas de son invention.
8) Le célèbre manuscrit de Reims «Liber Sa­
cramentorum», dit' dé St. Grégoire le Grand, men­
tionne dans la Sainte Messe, après la prière pour

(1) Bolland. IV Octobre G. S. S. Dionysius, Rusticus, Eleutherius.


VI. III Mabillon vetera analecta p. 223.
47

les vivants, après les noms de St. Jean et Paul, Cos­


me et Damien, les noms de Dionysii, Rustici et
Eleutherii. Cela proüve qu'il les considère comme
des saints des premiers temps du Christianisme.
9) Outre les monuments que je viens de citer,
on trouve la mention de la mission de St. Denys par
St. Clément dans tous les actes et toutes les biogm­
phies des fondateurs des plus anciennes Eglises des
Gaules et même de l'Espagne.
A Arles, sur l'antique liste des évêques de ce
siège, qui commence par St. Trophime, nous voyons
ajouté au dessus le nom de St. Denys. Tout le monde
veut avoir à tort ou à raison l'apôtre de Paris pour
fondateur de son Eglise: en France, Meaux, Rouen,
Evreux, Autun, Verdun, Tournay, Beauvais; et Sen­
lis, en Belgique, en réclame encore l' honneur.
Grégoire de Tours lui a donné. comme nous
l'avons vu, six compagnons, e!, d~ns les Gaules Cel­
tiques et belges, on lui attribue encore onze autres
compagnons, sans compter ses acolytes Rustique et
Eleuthère. Ces compagnons sont dans l'antique Thé­
rouane (ville disparue aux environ de St. Omer) Vic­
toricus et Eustianus; à Soisson, Crispin us et Cri­
spianus; à Tournay, Platus; à Senlis, Regulus; à
Bau,vais, Lucianus; à Amiens, Quintinius;. à Reims,
Rufinus et Valerius; à Meaux, Sanctinus; à Evreux,
Taurinus. Les autres sont les fondateurs des Eglises
de Rouen, Autun et Verdun.
48 ,.

HILDUIN ABBÉ DU MONASTÈRE

DE SAINT DENYS

(t 84 0 )

Hilduin provenait de la famille: des Comtes de


Périgord «Cornes Petrogricenzes », alliés .aux Caro­
lingiens. Ii était l'élève d'Alcuin. La lettre de Louis
le Debonnaire, adressée à Hilduin en 836, où il lui
confie la mission d'écrire la biographie de St. De­
nys, est pour nous d'une grande valeur comme do­
cument qui prouve que, déjà avant les publications
des « Aréopagitica» de Hilduin, Loui~e Deb~ai­
re était convaincu de l'identité du Denys d'Athènes
avec le Denys de Paris et de l'authenticité des
\
oeuvres de Denys l'Aréopagite.
./ Mais on nous objectera que cette lettre a pu
être dictée par Hilduin lui même et qu'elle n'expo­
se que ces idées. C'est possible; néanmoins _cela
n'en diminue même pas l'importance, si on la
considère comme -une sorte de préface à la bio­
graphie écrite par Hilduin. Celui·ci exécuta en
toute hâte'l' ordre de l'empereur et écrivit la bio­
graphie' de jt._DenY-Ê en une seule ann~e, de sort~
qu'Ti a pu présenter son travail à l'empereur en .l'an­
née 837. Ce recueil portant le titre «Areopagitica:.
(Migneratr. Lat. CV6) contient la lettrt: de l'empe­
reur, la' répons~ d' Hilduin, une sorte de préface en
forme d'appel à toute la chrétienté, la. vie de St.
Denys, la chronique de Visbius, l' hymne de Fortu­
nat, l' hymne de St. Eugène de Tolède, et enfin la
vision du pape Etienne II. La partie la plus im~
."
'1

49

portante de ce recueil consiste évidemment dans la


réponse d' Hilduin à Louis le Débonnaire, où est
exposé le but du livre et la justification des docu­
ments sur lesquels il repose.
Hilduin déclare qu'il ne présente pour le mo­
ment que le!; preuves qu'il a sous la main et, vrai­
ment, il ne cite pas les documents généralement con­
nus, mais plusieurs autres d.' importance secondai­
re, jusqu'alors inédits. 11 commence, par exemple,
par la relation d'un chronographe grec Aristar­
que, relation qui se trouve dans la lettre de celui-
Il ci à Onés:phore le ·Primicère. Il dit que, si quel­
qu'un veut s'ass'Jrer de la véracité de te do­
cument, il le tient à sa disposition dans la bi­
bliothèque de son abbaye. II puise les autres détails
de la vie de Denys dans les lettres même de Denys .'.
à Polycarpe et Apollophane. Il considère, après St.
Ambroise, Damaris· comme étant l'épouse de De· \
ny~.· Il raconte que le texte authentique des oeuvres JJ
de St. Denys lui a été remis la veille même de la
fête de ce saint par l' econome' de l'Eglise de Con·
stantinople, 1 0 r s deI' a pré sen ta t i 0 Il des
/a m bas sad e urs env 0 y é s p a r I ' e m p e •
reur Michel II le Bègue à Louis le
Débonnaire au palais de Compen­
dium en 827. ,
Hilduin puise les détails de la mission en Gau­
le de St. Denys par St. Çlément, de son martyre
et de ses miracles dans un vieux livre sur le «Mar­
(
t,we de. St. Denys) et, avant tout, dans la clwonique
-- ( de, Vùbius, qu'il a retrouvée par hasard dans un
recueil inconnu jusqu'alors dans les archives de son

4
"
50
''<

monastère. Hilduin assure que les mêmes faits et


les mêmes détails du martyre de St. Denys se trou-,
vent aussi en différents vieux missels gallicans
presque complètement rongés par le temps et il en
retire deux messes en l' honneur de St. Denys, da­
tant d'après lui d'une époque proche de son
. martyre. Ces textes des vieux missels gallicans
)\sont vraiment très importants, puisque nous savons
que le rituel romain remplaça le rite gallican déjà
à l' époq ue de Pépin le Bref et de Charlemagne.
Baronius, en composant le bréviaire romain, se ser­
vit de ces textes.
L'Eglise des Gaules possédait un rituel à part,
et sa propre liturgie provenant de temps immémo­
riaux, dont la ressemblance avec les plus anciennt:s
liturgies connues (Liturgies Syriennes qui ont servi
,/ de base à celle généralement reçue dans l' E­
glise d'Orient et portant le nom de Chrysostome) (1)
formerait déjà une présomption de sa provenance
des temps apostoliques.
Dans la liturgi~ gallicane existait la coutume que
le célébrant rappelât avant 'l'office, dans un discours
assez long appelé «contestacio (sic)., le motif de la
fête, e~. que les jours dédiés aux martyrs il invitât
les fidèles à célébrer leurs luttes et glorifier leur
triomphe.
Hilduin, à ce qu'il paraît, à dû transcrire le
plus fidèlement des «contestaciones» de -vieux mis­
sels gallicans, car, si on les compare aux messes de

(li Voir Duches'ne: Oyigi'l~S du cutte chrétien.


SI

St. Saturnin de Toplouse et des Sts. martyrs Ferréol


et Ferrution de Besançon nous y trouvons beaucoup
de ressemblance dans le style et dans les expressions:
ce qui confirme encore une fois l' 31uthenticité des
textes reproduits par Hilduin.
On est donc surpris de voir Mgr. Duchesne
poser une hypothèse invraisemblable sur la prove­
nance arienne de la liturgie ga]]icane, de sa prove­
nance de Milan à l'époque de l'évêque arien Au­
xence (.355-374). Jusqu'où peut aller l'aberration d'un
esprit porté à la recherche des nouveautés! Monsei­
gneur Duchesne s'est tellement fourvoyé qu'il a perdu
de vue qu'à la même époque fiorissait en Gaule son
plus grand théologien, St. Hilaire de Poitiers, l'athlète
le plus intrépide de l'orthodoxie en Occident, sur­
nommé pour cette raison «1'Athanase de l'Occident~.
C'est lui et lui seul qui a préservé l'Eglise. des
Gaules du ca'ncer de l'hérésie arienne, comme le dit
Sulpicius Severus, (Ch. rom. 2,45, 7): « IHud apud
omnes constituit unius Hilarii beneficio Gallias nostras
piaculo heresiae liberatas ~. C'est lui qui 5' est op­
posé, le plus énergiquement, avec so:n ami Eusèbe
) de Verceil, aux intrigues de S~n, le métropolitain
Carianisant d'Arles, au Synode de Milan en 355, et
probablement à (1G~ puisqu~ûi-crfut nommé
évêque de Milanla même année; et c'est pour
cette raison qu'il fut exilé en Asie Mineure par l'em-'
pereur Constant. protecteur des Ariens. C'est en 360
qu'il repassa de nouveau par l'Italie pour revenir
en Gaule, où en 360 ou 361 il fut réu ni à Paris un
Concile national de tous les évêques des Gaules, dont
il fut l'âme. En résultat ce concile déposa Saturnin.
52

St. Hilaire, port'ê par- son zèle, repassa les Alpes et


revint à Milan pour combattre l'arianisme de con·
cert avec son ami Eusèbe de Verceil; il présida à
Milan un synode en 364, auquel' on, convoqua Au­
xence pour s'expliquer. Mais de nouveau il dut
quitter Milan sur l'ordre de l'empereur Valentinien
qu' Auxence sut gagner à sa cause. Et Monseigneur
Duchesne ve\lt nous faire croire que c'est Hilaire
et les évêques réunis au concile de Paris pour con­
condamner l'arianisme qui ont introduit che7. eux la
liturgie arienne d' Auxence, l'évêque Ari(:n de Mi·
lan~ Jusqu'à quel point la mauvaise volonté peut
( obnubiler la mentalité brillante même d'un grand
savant!
Si les nouvelles sOurces trouvées par Hilduin
sont parfois déconcertantes et proviennent évidem­
ment de l'époque postérieure, quasi - barbare', il ne
,/ serait pas juste de les r,:jeter en bloc ou de le con­
sidérer comme «fabriquées dans les usines du mona­
stère Dionysien # attendu que divers érudits les
ont trouvées en manuscrits da ns différentes autres
bibliothèques. Tel est le cas d' ~e lettre du chro­
nografe Aristarque, que les contempteurs d' Hilduin
s' imaginaient ne trouver que chez lui, que les
Bollandistes ont découvert, reproduite, dans un ser­ ,
,

,mon d'un moine de St. Denys et ont mis dans


leurs analectes (Acta sanct. t. IV Oct. 9 S. Dionysii
Areopag. t. II p. 704). Les Bollandistes assurent
qu' Hilduin dans ses Areopagitica s'est appuyé,
sur ce fragment. .
Cela ne veut pas dire que nous acceptions sans
réserve le récit cl' Aristarque et lui attribuions une
"

53
"
grande importance; mais, en tout cas, ce récit est

antérieur aux Areopagitica d' Hilduin et le libère du

sou pçon de l'avoir falsifié.

S'appuyant sur les contestations des vieilles H­

turgies gallicanes sur les actes anciens, relatifs au

martyre de St. Denys, dont il était déjà question, et

surtout sur la chronique de Visbius, témoin oculai­

)\ re, d'après lui, du, martyre du Saint, H ilduin

raconte la vie de St. Denys, sans apporter de grands

changements à la naïve version de Visbius. Celui ci

ne conaissait pas, semble-t-il, le grec, car il prenait le

mot «macarios» pour un nom propre, l' <Aréopage~

pour une localité" et on ignore pourquoi il fait pro­

venir Denys de Ionie en l'appelant Jonicus. H ilduin

commence la biographie de St. Denys par les mots

de Visbius: «C'est ici que commence le- récit du

martyre du très saint évêque Denys, ncmrr.é Aréo­

pàgite du lieu de son séjour, et Jonien à cause du

-
pays où il était né ; Macaire par son nom chrétien,

fut nommé archevêque d'Athènes et ensuite apôtre

des Gaules, de par le pouvoi1r du bienheureux Pa­

pe Clément».

L'Abbé Bernard, lui même, n'ose pas soutenir

qye la cronique de Visbius fut fabriquée par Hilduin,

tandis qu'il qualifie d~ fiction celle d'Aristarque.

. L'évêque Visbius de St. Malo était le fils de


1(~s, converti au Christianisme par St. ~t
de sa femme Larcia, laquelle dénonça son mari et le
livra aux mains des bourreaux; mais, à la vue de ses ~
souffrances,' se convertit à son tour. Lisbius et Larcia
sont les ancêtres Rrésumés de la maison des Mont·
.( ~Qrency, qui pour cette raison sont 9-p,p..clés les pre­
1
54' '"

-
m'ers barons de la Chrétienté. Cette famille jouissait
- ----
d'une telle vénération que chaque fois qu'un Mont­
morency arrivait au camp, on le salutait avec l'excla- \1
mation: « Que Dieu bénisse le premier des chrétiens» ~
En effet, la devise de cette. illustre maison était grec- ))
que et portait le mot « Aplcinos" ce qui veut dire,
sans tâche.
a) Ce n'est pas seulement chez Hilduin que nous
trouvons la mention ayant trait à la chronique de
Visbius, puisque le père l'v19 rin , -9m2..!:ien a trouvé

I( ----
dans la bibliothègue Royale à Paris, le.!.~stament du
mê~_Visbius.
---- ---­
b) On peut dire la même chose sur l'hJ!mne de
St. évêÇJ,u~-.ge Tolède, découvert par Hil·
Eugène,
duin d~ns la bibliothèque de son monastère. La
supposition que se fut Hilduin qui composa cet hym­
,,/ ne est une pure calomnie, p~isque au XVIII siècle,
le père Ménard a découvert un vieux manuscrit, à
l' abb~ de S. Germain-des-Près à Paris, et un au­
tre à l'abbaye des Saint Pères à Chartres, tous les
deux portant le titre: «Hymnus Eugenii Toletani,
\ episcopi, de S. Dionysio, compositus rytmice». Sous
Napoléon III encore, on a trouvé un manuscrits plus
-. que m!JIénaire, conservé à la bibliothèque Impériale,
aciùeIÏ~t Nationale, portant le numéro 2832, in­
titulé ~ Y mnus ~uge[)ii episcopi de S. Dionysio».
Cet hymne a pour nous une grande importance, car
il présente St. Denys non seulement en sa qualité
d'émissaire de St. Clément, mais aussi comme mem·
-. bre de l'Aréopage, disciple de St. Paul et premier
\ évêque d'Athènes.
Ces divers documents sur lesquels je m'appuie
S5

prouvent avec surabondance que la tradition de la


mission de St. Denys par St. Clément existait déjà
I( dans les Gaules aux temps les plus reculés, et c' est
cal 0 m nie r H i 1 d u i n que deI u i i m p U.t e r
l' i n ven t ion d e cet tel é g end e.
Finalement, c e n' est pas H i 1du i n qui
est 1 e fa u s sai r e, mai s b i e n st-: s calo m-
nia t e urs. Ce sont eux gui devraient être appelés
devant le tribunal des siècles po~;:]eur con s c i e~te
e
m a u v ais e foi, car ils 0 n t t r a v est i 1 s
\ tex tes, ses 0 n t a p puy é s sur des tex-
tes inexistants (comme celui d'Aristide), ont
attribué des textes à des écrivains
qui n e 1 e s a v aie n t pas réd i g é s, et par
leurs raisonnements contra:res à toute logique et au
J'Q. Il, sens comun, ont, aveé préméditatio~~.!.induit e~eur
leurs lecteurs et la communauté des chrétiens. Les
adversaires drHilduin ne désarment pas ctinsinuen~
même que le Martyrium de Méthode n'était pas
l'œuvre de celu:-ci, mais qu'il fu t di ct é par Hi I-
d u i n. Persévérants dans leur acharnement, ils sou-
tiendront peut-être bip.ntôt que les ambassadeurs de
l'empereur Michel étaient soudoyé,> par l'abbé de
\. St. Denys et que le manuscrit envoyé par )'empe;-
, reur était fabriqué dans son monastère. .
\ ~ Il est connu que Méthode se trouvait à Rome
J en l'année 810 comme apocrisiaire de la cour de .f
Byzance; c'est donc là qu'il put avoir connaissance
des anciens actes latins, concernant le martyre de
St. Denys à Paris. Ceci explique la conformité pres-
que textuelle en quelques points de la relation de
Méthode avec les anciens textes latins. Mais le ré-
56
'=;'-'

cit de Méthode, étant postérieur, se trouve amplifié


par certains détails que nous ne rencontrons pas
dans les anciens actes latins, par ex. le fait qu'on
attribue à St. Denys d'avoir pris dans ses mains sa
1tête tranchée par le bourreau, et de l'avoir portée
sur la distance de quelques stades.
. Un des prélats, fort en honneur à l'époque, l'é­
vêque Hincmar de R~ims (mort en 882), et dont la
réputation était grande aussi bien à la curie de Ro­
me qu'à le cour impériale, parle de Méthode en ces
termes dans sa lettre à Charles le Chauve (876) (1):
«J'ai lu le martyre du biènheureux Denys, écrit en
grec par Méthode, envoyé de Costantinople et tra·
duit en latin par le docte Anastase (2), versé dans
les deux langues. Je me suis convaincu que ce mar·
tyre répond à ce que j'ai lu dans ma jeunesse, tou­
chant les témoins qui ont apporté à l'Eglise de Ro­
./
me les actes de la passion de St. Denys et de ses
1\ aèOlytes, et d'où cette relation est parvenue en Grèce».
Il ré,;ulte de cette notice que les adversaires les
plus acharnés dé «U!1 Denys» ne peuvent situer les
anciens actes de la passion de ce saint à une épo­
que P?stérieure à Pépin. Cette notice coïncide avec
des faits historiques généralement connus, comme la
lettre du Pape Etienne Ü à Pépin le Bref, en l'an
757, lettre dans laquelle il le prie de lui faire parve­
'-.
nir les reliques de St. Denys pour l'église destinée
aux moines grecs qu'il construit à Rome.

(x) Notons que c'est ,36 ans après 'la mort d'Hilduin (voir la no­
te sur le P_ Théry dans les appendices de la préface).
(2)" Le b!bliothécaire du Vatican.

...
'
57

Nous ne pouvons pas savoir exactement quand


et comment la nouvelle du martyre de' St. Denys
parvint en Grèce et quand elle fut incorporép. aux
MenGea GrGeca; pas plus tard cependant qu'en l'année
361, quand Julien l'Apostat, résidant à Lutèce, se
u
o

fit proclamer empereur et alla à C~tanti nople pour


1 prendre le pouvoir. Nonobstant ses opinions person.
nelles, comme prince chrétien, il était obbligé d'avoir
auprès de lui des représentants du clergé grec, et
ceux-ci ne pouvaient ne pas apporter à Constantino­
ple le récit d~ la mort du premier évêque d'Athènes.
Si j e men t ion n e l' a n née 3 6 l C 0 m m e l' é­
poque où parvint à Constantinople le
r e c i t dei a pas s ion deS t. Den ys, je
considère cette date comme préclusive, parce qu'il
est probable que cette nouvelle soit parvenue plus
tôt en Orient, et ceci pour la raisun que St. Hilai­
re de Poitiers a passé les années de 35 6 à 359 en
exil en Orient, prùbablement en Phrygie,' était
J\ présent au Synode de Séleucie Isaurique, et fut dé­
légué, avec d'autres préhts, auprès de l'empereur
Constance à Constantinople.
Si, jusqu'à l'année 35 6, les Grecs n'avaient au­
cune telation exacte concernant leur apôtre' le plus
i vénéré, ils auraient pu se renseigner auprès de St.
Hilaire, mais on peut tenir pour certain qu'en l'an­
née 36 l, ils ne pouv.lient plus l'ignorer, et cela dut
être a 1 0 r s que l e r é c i t deI a pas s ion d e
St. Denys à Paris compléta dans.les
l Men -;:e a G r Ge, cal a n 0 tic e p r i mit ive d e
1 a .m 0 r t deS t. Den y s sou s Dom i t i e n «a­
prè~ maintes tortures qu'il dut subin.

"
58

Nous avons vu commènt le récit de la passion


de St. Denys parvint en Grèce.
Que la croyance à l'identité des deux Denys n'a
jalllais été mise en doute à Rome, la preuve nous en
est fournie, comme nous l'avons vu, par le. Pape E·

/e<;
l tienne qui, en 761, fondant un monastère g[ec_ à
Rome, envoya chercher à Lutèce les religues de
S~ys, et par le fait que le Pape PaulI offrit les
)\ œUvres de ce saint àlPépin1 le Bref(fi170) Elle
a été confirmée par l'ambassade de Michel II à
2.. .. !~\' J
Âuis le .... Débonna~ qui a rappelé à l'Occiden t 1\
l'origine commune de leur civilisation~;c la Grèce J.
'}" j.,,' et rallumé le flambeau de la culture gréco-latine
à moitié éteint sous les décombres causées par l'in­
vasiondes barbares.
Il en fut autrement en Gaules. Là ce n'est
."... qu'après l'ambassade de l' empereur- Michel II le
Bègue et le don d'une édition des œuvr<lS de St.
D~s qu'on s'intéressa à ces écrits,' et l'empereur
Louis le Débonn3ire donna l'ordre à Hilduin, abbé
de St. Denys à PaI."is, de les traduire et d'écrire la
vie du saint, en l'année 835. En 836, 50n œuvre fut
achevée, En attendant, on trouve constamment dans
les bré~laires occidentaux la mention sur Denys
de Pa~1~ et Denys d'Athènes sous des dates diffé­
rentes, puisque sans ordre spécial du Pape, on' n' o­
sait pas changer le texte du bréviaire, bien qu'on
croyait toujour à l'identité des deux Denys. Cett~
situation dura jusqu'à l'année 1543-1584, jusqu'au­
moment où une commission nommée par Grégoire XIJI,
travaillant en dernier lieu sous la direction du' cé­
lèbre Baronius, sous le pontificat de Clément X,
59
---
....
en 1584. réunit définitivement en une seule les deux
notices dans le bréviaire romain. Ce texte devint de·
puis la version officielle de l'Eglise catholique.
Nous voyons donc que tous les témoignages,
soit de l'Eglise Orientale, soit de l'Eglise Occiden·
t~' sont tout à fait' conformes, expriment la . vraie
tradition de l'Eglise, et s'appuytnt sur les mêmes
faits historiques.
Si tous ces arguments paraissent invrêistmbla·
bles et ilwentés aux adversaires de l'identité des
deux Denys, c'est que leur thèse est fô.usse et ne
répond pas à la realité. Néanmoins, à l'heure actuel-
le, aussi bien qu'à l'époque de Hilduin, il s'est
trouvé des gens qui doutaient, et ne voulant entrer
en lice ouvertement, recouraient et recourent enco-
I( re à des insinuations p-erfides, à rinstar d'Adon et
d'Usùard qui, ainsi que cous l'prons vu, se couvraient
du témoignage fictif d'Aristide, dont jamais ils n'ont
pu avoir en main les œuvres. Nous autres donc,
convaincus par ta,nt de preuves irréfutables, émanant
( de I.JOrient, e.t ?e l'Occident, par. tant, de faits h.i-
(
stonques ve'nfies, nous pouvons Jusqu à lin certaIn
point excuser et même pa~er l'indignation de
Hiiduin qui plein d'enthousiasme pour la vérité qu'il
J\ a découverte, s'exclama:

cQu'il s Jit considéré comme un i:p,pie, comme un délin·


quant endurci celui qui après tant de preuves garde encore
J\ dans son CŒ\lr un attachement à l'avis contraire; celui qui, mal·
t grêl'evidence, nourrit encore un doute dans son âme et se
JI, penche volontairement vers l'erreur est digne aux yeux des
gens honnêtes d'être appelé disciple et compagnon de celui
60

Nf) quideeuis le commencement fut menteur et ère du menson­

I\l~ \ 1 ge!»

Remarquons encore que quand les adversaires


de l'identité des deux Denys, acculés essayent
d'assurer que «a Clemente 1l1issus» n'est pas
d'après eux une attestation d'aréopagitisme, ils ne
croient pas à ce qu'ils avancent, car il est évident
que l'émissaire de Clément ne pouvait être nul au­
tre que le disciple de St. Paul, et qu'aucun autre
Denys à cette époque n'est connu comme évangéli­

- sateur des Gaules;


Enfin .J'anti.9ue cri de guerre: «Mon ]oy-e et Saint
Denys») qui a donné' tant de victoires aux armée~
II françaises et a porté si haut l'oriflamme des Rois
de France, forme un précédent, qui n'est pas à
négiiger, de la croyance en l' aeostolicité de l'Egli­
./
se des Gaules.

".

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Appendices

1. MARTYROLOGIUM RmlANUM GREGORrr" XIII


Eiitio typica Vaticana auspicf' 55. D. N. Pio Papa X.
Romae r914.
9 Oclo~ris. - Septimo ldus Oclobris Luna. «Lutetiae Pari·
siorum natalis Martyrum Dionysii Areopa,gitae Episcopi, Ru·
sticiPresbyter i, et Eleutherii Diaconi: ex quibus Dionysius ab
Apostolo Paulo baptizatus, primus Atheniensium Episcopus
est ordinatus : deinde, Romam veniens, a beato Clemente Ro­
mano Pontifice in Gallias praedicandi gratia dir~ctus est, et
ad praefatam urbem deveniens, cum ibi per aliquot annos
commissum sibi opus fideliter prosequeretur, tandem a Prae­
fecto Fescennino post gravissi.ma tormentorum genera una
cum sociis gladio animadversus, martyrium complevit ».

H. VETUS MARîYROLOGIUM ROMAl'uM. - AN. C. 320.

3 Oclobris. -« Athenis, Dionysii Aeropagitae, sub Adria­


no diversis tormentis passi, ut Aristides testis est in opere
'quod de Christiana religione composuit: hoc opus apud A~
thenienses inter antiquorum memorias c1arissimum tenetur-.
9 Oclobris. - «Par'isiis. Dionysii episcopi cum sociis a
Fescennino gladio animadversi~.
(Origines de l'Eglise de Paris, p. 2 l 5 et 373).

III. AnoN. - AN. C. 850.


«Huic operi, ut dies martyrum verissime notarentur qui
confusi in kalendis satis inveniri soIent, adjuvit venerabile et
perantiquum Martyrologium ab urbe Roma Aquileiam cuidam
sancto episcopo a pontifice Romano directum, et mi hi post­
modum a quo dam religioso fratre aliquot diebus praestitum:

'-.
62

quod ego, diligente cura transcriptum, positus apud Raven­


nam, ion capite hujus operis ponenùum putavi ».
(Origines de l'Eglise de Paris, p. 214 et 376).

IV. MARTYROLOGE D'ADON. - AN. C. 858.


3 Oc/obris. - «Natalis sancti Dionysii Areopagitae, qui,
ab apostolo Paulo instructus, credidit Christo, et primus apud
Athenas ab .eodem apostolo episcopus est ordinatus, et sub
Adriano principe, post clarissimam confefsionem fidei, post
g-ra vis;ima tormentoru m genera, glorioso martyrio coronalt ur,
ut Aristides Atheniensis, vir fide sapientiaque mirabilis, te­
stis est in eo ope.re quod de Christiana religione composuit.
Hoc opus apud Athenicnses summo gencre colitur, et inter
antiquorum monumenta c1arissimum tenetur, ut peritiores Crae­
corum affirmant ».
9 Oc/obris. - «Apud Parisium, natalis sanctorum Dio­

nysii episcopi, Eleutherii presbyte ri et Rustici diaconi: qui bea·

tus episcopus a pontifiee Romano ad Callias c1irectus, ut praedi.

cationis operam populis a fide Christi alienis exhiberet, tandem

./ Parisiorum urbem devenit, 'et per aliquot annos sanctum o­

pus fideliter et ardenter exsecutus, a praefccto Fescennino Si·

sinnjo comprehensus, et cum eo sanctus presbyter Elcutherius

et Rusticus diaconlls, gladio animadversi martyrium comple.

verunt ».
(Origines de l'Eglise de Paris, p. 377 et 388).

V. MARTYROLOGE D'USUARD. - A-N. C. 875.


3 Oc/obris. - «Natalis beati Dionysii episcopi et marty­
ris, qui post gravissima tormentorum genera, glorioso marty­
rio coronatus est; ut testatur Aristides Atheniensis, vir fide
saprentiaque mirabilis, in eo open:, quod de Christiana reli·
gionecomposuit ».
9 Qctobris. - «Apud Parisium, natalis sanctorum Dio·
nysii episcopi, Rustici presbyteri et Eleutherii diaconi: qui
beatus episcopus a pontifiee Romano in Callias praedicandi
gratia directus, oraefatam urbem devenit, ubi per aliquot an·
nos commissum sibi opus ardenter prosequens, tandem a prae­

)
..

',1
63

fecto Fescennino una cum sociis gladio animadversus mar''''


tyrium complevit h.
(Origines de l'Eglise de Paris, p. 379 et slIiv.)

VI. SAINT GRÉGOIRE DE TOURS. AN. C. 580.


«Sub Decï'o vero imperatore multa bella adversum no­ "
men Christianum exori untur, et tanta strages de credentibl1s
fuit, ut nec numerari queant. Babybs episcopus Antiochenl1s,
cum tribus parvulis, id est, Urbano, Prilidano et Epolono; et
Sixtus Romanae Ecclesiae episcopus, Et Laurentius archidia­
c)nus, et Hippolitus, ob Dominici nominis confessionem, per
martyriu!ll consummati sunt.. Valentianus et Novatianus
maximi tunc haereticorum principes, contra fidem nostram
inimico impellente g-rassantur. Hujus tempore septem viri
episcopi orc1inati ad praec1icandl1m in Gallias missi sunt, si·
cùt h:storia passionis sacti martyris Saturnini denarrat. Ait
enim: «Sub Decio et Grato consulibus, sicut fideli recorda­
tione retinetur, primum ac'summum Tolosana civitas sanctum
Saturninum habere coeperat sacerdotem. Hi erg-o missi sunt:
Turonicis, Gatianus episcopus; Arelatensibus, Trophimus epi.
scopus; Narbonae, ~Paulus episcopus; Tolosae, Saturninl1s e·
piscop us ; Parisiacis, Dionysius episcopus; Arvenis, Stremo­
nius cpiscopus; Lemovicinis, Mar,tialis est destinatus episco.
pus. De his vero, beatus Dionysius Parisiorum &piscopus,
diversis pro Christi nomine affectus poenis, praesentem vitam
gladio imminente finivit; Saturnin us vero, jam securus de mar·
tyrio, dicit duobus presbyteris suis: «Ecce ego jam immolor,
et tempus meae resolutionis instat. Rogo, ut usquedum de·
bitum finem impleam, a vobis penitus non relinquar ». Cum­
que comprehensus ad Capitolium duceretur, relictus ab his
solus attrahitur. Ig-itur cum se ab il1is cerneret derelictum,
orasse fertur: «Domine Jesu Christe, exaudi me de coelo ~
sancto tuo, ut nunquam haec Ecc1esia de his civibus merea­
tur habere ?ontificem in sempiternum ». Quod usque nunc . '1
in ipsa civitate ita evenisse cog-novimus. Hic verb tauri f~.
ref1tis vestigiis alligatus, ac de Capitolio praecipitatus, vi­
tam finivit. Gatianus vero, Trophimu~. Stremoniusque, et Pau­

1
"-­
,

64

"
lus, atque Martialis, in summa sanctitate viventes, post ac­
quisitos Ecclesiae populos, âc /idem Christi per omnia dila·
tatam, felici confessione mig-rarunt. Et sic tam iSli per lnar­
tyrium quam hi per confessionem, relinquentes terras, in coe·
lestibus pariter sunt conjuncti ~.
(Origines de l'Eglise de Paris, p. 7I et 233).

VII. HYMNE ATTRIBUEE À FORTUNAT DE POITIERS.

Fortem /idelem militem,

Coeli secutum principem,

Dionysium marlyrem,

Plebs corde, voce personet.

Clemente, Romae praesule,

Ab Urbe missus adfuit;

Verbi superni numinis,

Ut fructus esset Galliae,

Opus sacratum construit,

l'idem docet baptismatis,

/ Sed audientum caecitas


Munus repel1it luminis.
Instante sacra antistite,
Errore plebem sol vere,
Dum 'spem salutis ingerit,
Torm-enta mortis incidit,
Tenetur a gentiliblls,
Christi' pla<'ens altaribus,
Amore tantae gloriae,
Poenas libenter excipit.
Unum quod ilIi defuit.
,Pro rege colla tradidit:
Dilectionem pectoris
Cervice caesa prodidit.,
Magnus sacerdos qui dabat
Templi sacrata munera,

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65

Fuso beato sanguine, '"


Est factus ipse victima.

Felix pio de vulnere,


quo poena palmam praebuit;
Qui morte mortem cODterit,
Nunc regna coeli possidet.

Gloria sit Dco Patri,


Gloria Unigenito,
Una cum sacto Spiritu,
ln sempiterna saecula.
Amen.

(Patrol. lat., t. LXXXVIII, col. 98.)


(Origines de l'Eglise dl" Paris, p. 260)

VIII. ACTES LATINS DE SAINT DENYS

Passio sanctonllll mar/'yrulil Dioll)'sii Episcopi, R ustici et


Eteut!lI:rji, qui passi sunt VII idus octobris.

Gloriosae martyrum passiones et pretiosa Domino spec­


tante certamina, quamquam digna sint pro miraculorum digni­
tate conscr:bi, nequeunt tamen sine formidinis trepidatione
compleri: quia cum magnarum rerum l'0nsideratur assum­
ptio, non immerito operis timetur magnitudo; eo quod tantum
sermo tenu.is explicare non valet, quantum de se dici veri·
tas passionis imponit. Tamen expositio tantae rei, arduum Ii~
cet habere videatur initium, in hoc mens trepidationerespi­
rat, q uod opificem suum magisterium divinae instructionis in·
format, et inchoantis initium ingenii praestitione commen­
dat. H ~c e'rgo consideratione audaciam nimiae temeritatis as·
su mens, quae longo temporis fuerant obumbrata silentio, i· .;.
psius divinitatis auxilio suscepta sunt revelandaj quia ùt habet .,
testimonium veritatis plus fidelium sunt relatione comperta, ,1.::
"

q uam probentur ad nos lectione transmissa. Dnde non sine "J


certa aestimatione c'ognoscitur, quod novitas adhuc creden­
, p'

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5
66

tium populorum, Gentilium crudelitate conterrita, formidavit


scribere, quod tamen gaudebat Dei famulos meruisse: cum
sine dubio judicentur scripta, quae fidelium sermo testantur
impleta. Credendum eniw de his est, et abstersa dubietatis
nube, totis viribus confitendum, eos qui pro eonfessione Do·
mini ae Dei nostri digni fuerunt subire martyrium, etiam
ampliora tolerare valuisse, quam videtur sueeedentibus aeta­
tibus relatio per populos transmissa recolere. Id ergo suppli­
eatio eommunis obtineat, ut veniam consequatur devotus, si
quid de virtutibu.s. praetermisit ignarus. Nam etsi omnia non
esse solvuntur credere tamen universitas mereatur; ut de Dei
famulis etiam majora sentiat, quam sermo passionis explanat.
Qualiter enim cultorem Domini locus ejus gaudens pa trocinio
habere promeruit, quomodo aliorum Sanctorum vinctum illi
agnoverimus fuisse consortium, sicut fidelium reJatiolle didi­
cimus, ipsorum juvamine Martyrum, quantum de se scire tri­
b\lunt, explicemus.
Post Domini nos tri Jesu Christi salutifernm passion( m.
post resurrectionis unicae singularisque mysterium, post ascen­
-sionem ejus, qua manifestavit hominibus nunquam se defuis­
....
se quo rediit, apostolorum praedicatio llniversis gentibus pro­
futura successit. Qui eum imminere suas cernerent passiones,
quod Domino nostro Jesu Christo docente didicerant. repleti
Spiritus saneti gratia docuerunt; adeo ut fide crescente, non
pauci mererentur fieIi confessores, quos modo Ecclesia ca­
tholica g-audet promeruisse martyres. Hos ergo, quorum vir­
tutem perseeutorum non praevaluit superare conflictus, quos
ad auri similitudinem reddidit f1ammarum examinatio pretio­
sos, ad suseipienda Domini idoneos Apostolorum esse judica.
vit electio, quibus evangelica semina semper a Gentibus ser­
vanJa committerent: electisque viris Dei dispositione provi.
denter honorem decreverupt episcopatus adjungere, quo fa·
cilius eorum praedicationibus acquisiti; ad ministerium sacri
proveherentur altaris.
Ex qua Confessorum turba santum et venerandi meriti
Saturninum urbs Tolosana ptomeruisse gaudet episcopum,
quem im~ietas spectantis populi posterioi-ibus tauri multis ex
funium nexibus ligatum, dedit Capitolii gradibus illidendum.
67

Ubi saneti eapitis soluta eompage eerehum frequentis illisio­

nis dispersit injuria: sed talem diseessum, ad Dominum se­

eutus est aseensus. Felix tanti meriti tantaeque persona 'vir­

tutis, cui concessum est pr;mum esse doctorem, post, mar·

tyrem: qui' quod docuit verbis, evidentibus implevit exemplis.

Simili etiam gratia beatissimus Pa~lus antistes atque '(onfes·

sor Narbonensem provinciam salutari aequisivit eloquio: quem

ita labor domesticae tribulationis exercuit, ut verum Domini

esse famulum approbaret. Sed gratias tibi, Domine Jesu Chri­

ste, qui infestantis inimici tela probationem fidelium tuorum

permisisti esse, non vulnera; et talem tuis praestas pro la­

bore mercedem, ut nullum tuorum fuisse g-audeat hostis im­

bellem. Dum ergo ad peculiaris patroni gesta, suscepti offi·

cii tendit obsequium, non ex asse que de servo Dei sunt

com;>erta prosequimur; sed immemores sui non fuisse suffi.·

ciat; in talibus enim causis magis convenit fideles credere,

quam possit relatio humana monstrare.

Igitur sanctus Dionysius, qui, ut ferunt, a suecessoribus

apostolorum, (ou bien) qui tradente sanc'to Clemente Petri

Apostoli successore, verbi divini semina gentibus eroganda

susceperat, quo amplius gentilitatis fervere cognovlt errorem,

iIIuc intrepidus et calare fidei inflammatus accessit; ae Parisi'os

Domino ducente pervenit, non veritus. incredulae gentis expe­

tere feritatem: quia virtutem suam praeteIitarum poenarum

recordatio roborabat; et qui meruerat esse confessor, non cun­

ctatus est atrocibus populis aecedere praedieator. Tune memo­

rata eivitas, et conventu Germanorum nobilitate pollebat, quod

esset salubris aere, jucunda flumine, fecunda terris, vineis u­

berrima et arboribus nemorosa, constipata populis, referta

commerciis, rursumque insulae potius quam urbis spatium,

quod habitationi circumfusa fluminis unda appraestabat, crescen­

,
c tibus consistentium eatervis reddebat exiguum, et jucunditatis
sollicitatione contraxerat. Hune ergo loeum Dei famulus elegit

expetendum. Ad quem cum primum fide armatus et eonstan­

tia eonfessionis aceessisset intrepidus, eeclesiam, illis quae nec·

dum in locis erat, et p0pulis illis novam construxit, acofficia

servientium c1ericorumex more eonstituit, probatasque per­ 1


68

sonas honore secundi ordinis ampliavit. Cinctus ergo fide, et


jam constructione basilicae roboratus. Deum Gentibus non de­
sinebat insinuare quem noverat, ejusque omnibus et jU,dicium
et misericordiam anteponens, paulatim sociebat Dea; quos
diabolo subtrahebat. Tantas etiam per i1Jum Dominus digna­
batur exercere virtutes, ut rebellium corda Gentilium non mi­
nus miraculis, quam praedicationibus obtineret. l\Iiroque modo
inermi ,viro non valebat plebs armata resistere: sed subdebat
se illi certatim Germaniae cervicositas, et jugum Christi suave
imponi sibi arcta cordis compunctione poscebat. Ab ipsis quo­
que destruebantur idola, quorum, sumptu fuerat et stud'o
fabricata: invento sallltis portu, idolorum gaudebant perire
naufragia. Lugebat Dortio victa diaboli, cum de ea victrix Ec­
c1esiae legio triumphabat.
Tune hostis antiquus videns sibi perire, quod Domino
constabat assidua populorum conversione proficere, totam ar­
tificii sui m'lchinam ad impugnandum quae fuerant constructa
convertit; et suae partis auctores, deorum suorum fientes exi­
.,/
tium, ad impietatem Gubitae persecutionis armavit: ut ('os qui
unum et verum Deum colendum insinuaverunt, et tiinendum,
et perdere diversitate supplicii maturarent; ne superesse pos,
set, qui valeret acqllirere quod peribat. Persecutionis ergo
publicata sententia, impiorum gaudens turba progreditur, et
contra Dominicum populum pugnatura conspirat, non cunctata
appetere gladio. quos 'Dominus suos suo monstraverat esse
signaculo.ltaque cum occidui orbis partem pro Christianorum
ïnquisitione percurrent, sanctum Dionysium contra increduJos
dimicantem Parisiis repererunt: cum quo Rusticum presby.
terum et Eleutherium archidiaconum persecutionis furor inve­
nit. Hi beati viri a sancti Dionysii numquam se sustinuerunt
abesse praesentia; quos in unum interrogatio persecutoris in­
venit, sed reperire non potuit quem a societate martyrii sepa·
raret. Interrogati, unum et verum in Trinitate Deum confi­
tentur. Deinue, terrore subjuncto,multisque effecti 'injuriis, vel
suppliciis macerati, Christianos se es,e testantur; visoque per­
cutientis ictu, Domini ac Dei nostri se famulos magna con·
fessionis voce prpnuntiant. In hac ergo fidei constantia per­
69
. "- .
manentes, reddent,es terrae corpora, beatas coelo anim~s intu·
lerunt: talique ad Dominum meruerunt proféssione migrare,
ut amputatis capitibus, adhuc putaretur lingua palpitans Do·
minum confiteri. Beata nimium et Deo grata societas, inter
quos nec primus alter esse, ne tertius; sed Trinitatem confi·
tentes meruerunt venerabilem locum trino decorare martyrio.
, Metuentes igitur percussores, ne conversi populi fidelissima
probataque devotio Sanctorum corpora profutura sibi et reli-
quias ad patrocinium tumularent, elig-unt tetris Sequanae pro-
fllndisque gllrgitibus Martyrum corpora perdenda committere,
quae imposita nayibus ad praevisum jubentur gurgitem cleo
stinari.
Tunc matrona quaedam, licet Paganorum adhuc teneretur
errore, conversion cm tamen se des ide rare mente monstrabat et
opere. Facere aliqua cogitans Domino placitura, usa subtilita·
te consilii, ad convivium venire postulat percursores: et dum
eis copi am oblatae humanitatis expendit, a memoria eorum
quae suscepcrant agenda discussit; ac fidelibus suis secreta
ordinatione committit, ut suhtracta furto corpora diligens ela.
boraret occultare provisio. Qui, dominae ord!inatione comperta,
festinanter quod eis praeceptum fue rat excquuntur: furtumque
laudabile in sexto ab urbe memorata lapide, id est in arata
quam seminibus praeparaverant terra, industria colentis ab·
scondunt. Facta deinceps, ut moris est, satione, nec suum se·.
ges negavit obsequium, quae tali fecundata pinguedine, sic in
ea beneficium ubertatis effudit, ut centuplicatCJs Iructus et
cnltar acquireret, et patria mereretur. Pubescente vero segete,
diu liluit quod erat Parisiorum populi profuturum. Antedicta
tamen materfamilias horum non immemor secretorum, cum
primum persecutionis tepuisse vidit fervorem, locum tantorum
Martyrum ossa observantem t\ua oportuit sollicitudine requi.
sivit, atque inventum eminentis mausolei constructione signa.
vit.
Dnde postmodum Christiani basilicam supra Martyrum
corpora magno sumptu cultuque eximio' construxerunt: ubi
quotidie, operante, Domino nostro Jesu Christo, merita eorum
virtutum probantur monstrari frequentia'; et' experiuntur in. '\ .~
70 '

firmi quantum Dei famulos conveniat honorari, ubi recipit cae·


citas visu m, debilitas gressum, et obstructae aurium januae
recipere merentur auditum. Sed nec illud si,lendum est, quod
immundi spiritus infestatione vexati, dum ad memoratum 10'
cum examinandi virtute divina ducuntur, Sanctorum ipson: m
coguntur imperio, quo quisque Martyrum sit positus loco,
designatis nominibus indicare. De quorum passic,ne VII Idus
Octobris, Dominus nos gaudere voluit, qui centesimum esse
lructum II1artyrum repromisit, cui est honor et gloria, virtus
et imperium in saecula saeculorum. Amen.
(Origines de l'Eglise de Paris, p. 262 et suiv., 300 et
sui\·.)

DIPLO~~A THEoDoRlcr VI. AN. C. 723.


Theudericus, rex Francorum, vir inluster. Oportet clio
mencia principali inter caetcras peticiones, illud quod pro sa­
lute adscribitur, vel pro divinis ~ol11inus postulatur, plagabili
auditu percipere, ad atfectum perducire, ut fiat in mcrcidem,
.-/
dum pro quietem servorum Dei vel congruentia locis v<'ije­
rabilibus impertitur petitio. Ergo duin et onnipotens Pater qui
dixit de tenehris lumen expendiscire, per Incarnationis mys­
teria unigeniti filii sui Domini nostri Jf'su-Cristi, vel inlustra·
tione Spiritus Sancti inluxit in corda sanctorum Christianorum,
pro cujus amore et desideriulll inter citeros gloriosos trium­
jJhos martyrum beatus Dionisius cum sociis suis RlIstico et E·
leutherio, qui primi post apostolos sub ordinatione beati' Clio
menti, Petri apostoli successoris, in hanc Galliarum provinciam
advenerunt; ibique praedicantes baptismum poenitentiae et re·
missionem peccatorum, dum hunc in modo concertabant; ibique
meruerunt palmam martyriae, et coronas percipere gloriosas, ubi _
per multa tempora, et usque nunc in eorum basilicam, in qua'~
pretiosa eorum corpord requiescire vedentur, non minima mi- ­
racula virtute Chris'ti per ipsos dignabatur operari, -in quo
etiam loco gloriosi parentis nostri, vel bonae memoriae proa­
tavus noster Dagoberthus, quondam rex vident ur requiescire;
utinam ut et nos -per intercessionem santorum ipsorum in

• i
71

caelestia regna cum omnibus sanctis miriamur partecipare et


vitam aeternam percipere. Igitur venerabilis vir fidelis noster,
Deo propitio. Berthoaldus, abba de ipsa basilica peculiaris pa·
tronis domni Dionysii, missa petitione per illustri viro Carlo majo­
rem dom us nostro, c1ementiae regni nostri reddedirunt, sog­
gerentes eo quod a longo tempore a ponteficibus Parisiorum
urbis integrus privilegius ad ipsa baselica domni Dionisii fuis­
sent concessus, et ad anterioris Reg-Îs parentis nostrus de eo
tempore usque nunc confirmatus, qui et ipso privilegio seu et
ipsas praeceptiones vel confirmationes se prae mar.ibus abire
adfirmant: sed pro Integra firmetate petiit ipsi vir Carlus, vel
ipsi abba celsitudinem nostra, ut et nos iteratis per nostra
praeceptione hoc debnimus adfirmare, quorum tam religiosa
petitione libentissimi suscepisse, et in omnibus confirmasse ve­
stra comperiat magnitudo. Sed quia a suprascriptis princibus...
Et illud viro in hunc privilegio nostrae serenitatis placuit
inserendi, ut cum abbas de ipsa casa Dei de hunc saeculo
nuto divino fuerit evocatus, liceat ipsius sancti congregationi
de ipso monastirio ex semetipsis elegire; et quem bonum et
condig-num invenirent, qui honnus abbatis secundum urdine
sancto possit regere vel governare, et unanimiter consenserint;
data auctoritate a nobis 'ire1 a successoribus nostris ibid(m in
ipsa casa Dei instituatur abba: et pro estabilitate regni nostri
vel pro cunctis leodis nostris seu saluti patriae Domini mise­
ricordiam vaieant exorare. Qua optematum inlustrium virorum
nostrorum procerum gratissemo animo et intera devol ione visi
fuemus presti tisse vel concessisse. eo scilicH ordene, ut sicut
temporebus anteriorum Regum, parentum nostrorum, ibidem
in ipsa sancta baselica psallentius per turmas fuit institutus,
sicut ocdo sanctus edocit. die noctuque perenniter in ipso 10'
co sancto cel~bretur. Quam ordenationis auctoritatem decri­
vemus...
Data ipsa die" ka!. martias ",nno III regni nostri, Valen­
ci anis, in Dei nomine feliciter. Amen. "
(Origines de" l'Eglise de Paris, p. 282.)

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72

X. PRAECEPTUM PIPI NI - AN. C. 768.

Pipinus rex Franeorum vil' illuster. Ineipientia reg-ni no­


stri affeetu de nostra e reetione integre auxilia.nte Domino vigila.
vi, et pro ipso bono opere actum cum consilio pontificum,
vel seniorum optimatum pro nostro confirmando regno, et
pro mereede, vel adipiscenda vila aeterna, et pro rcvcrenlia
sancti Dionysii martyris, Rustici et Eleutherii, qui glorioso
.ac triumphali voto pro Christi amore coronam martyrii con·
seeuti sunt, ad basilicam ipsorum, ubi requiescere videntur,
et in miraculis coruscant, ad ipsos monachos, qui ibidem de­
s~rvire videntur, sub libertate evangelir.a regulariter vivenles,
sieut antiqui patres vel anteriores reges confirmaverunt, nos
denuo in ipso sancto loco nostro munere privilegium reno­
vare deberemus: quod ita et fecimus. Ergo oportet c1emen·
tiam prineipalem inter caeteras petitiones illud, quod pro sa·
lute adseribitur, vel pro divino nomine postulatur, placabili
auditu sus~ipere ct ad affectum perducere, ut fiat in mcrce­
/ dis eonjunctionem, dum pro quiete servorum Dei vel con­
gruentia locis vcnerabilius impertitur petitio;r Ergo dum et
omnipotens Pater, qui dixit de tenebris lucem explendescere,
pel' Incarnationis mysterium unigeniti Filii sui Domini nostri
Jesu Christi, vel illustrationem Spiritus sancti illuxit in corda
sanctorum Christianorum, pro cuj us amore et desiderio inter
eaeteros triumphos glorioso martyrum, beatus D:onysius, et
saepe jam dictus Rusticus el Eleutherius, qui primi post apo­
stolos sub ordinatione beati Clementis, Petri apostoli succes­
soris, in hane Galliarum provinciam advenerunt, ibique prae­
dicantes baptjsmum poenitentiae in remissionem pecçatorum,
dum in hune modum certabant, ibi meruerunt palmam mar­
tyrii et eoronas percepire gloriosas: ubi pér muita tempora
et usque nunc in eorum basilica, in qua eorum corpora requie­
scere videntur, non minima miracula virtutum Christus pro
ipsis d'ignatur 'operari: in qua etiam domnus Dagobertus,
quondam l'ex, videntur quieseere, utinam et nos per interces­
sionem sanctorum ipsorum in coelesti regno' (um omriibus

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\
".

73

sanctis mereamur plfticipari, et vitam aeternam percipere.


19itur vir venerabilis Folradus abba de ipsa basilica peculia­
ris padroni nostri domni Dionysii clementiae. regni nostri cre­
didit sug-gerendum, quod a longo kmpore a Pontificibus Pa­
risiorum urbis integrum privilegium ad ipsam basilicam dom­
ni Dionysii fuisset concessum, €'t ab interioribus regibus pa­
rentibus nostri de eo tempore usque nunc confirmatum: qui
et ipsum privilegium seu et ipsas praeceptiones vel confirma·
tiones se prae manibus habere affirmat; sed pro integra fir·
lllitate petit vir ipse Folradus abba a celsitudine nostra ut
nos iterato per praeceptionem nostram hoc deberemus affir­
mare quorum tam religiosam petitionem libentissime suscepis~e;
et in omnibus confirmasse vestra comperiat magnitudo. Sed quia
a suprascriptis principibus vel a caeteris priscis regibus et a
Deum timentibus hominibus Christianis ipsum templum, vel
templum, vel ipse sanctus locus propter amorem Dei et vitam
aeternam rebus videtur esse dj~atus, nostra integra devotio
est, ut superius intimavimus, ut privilegium ad ipsum sanctum
locum abbati vel fratribus ibidem consistentibus facere vel
confirmare pro quiete futura deberemus, ut facilius ipsi con·
gregationi liceat pro stabilitate regni nostri ad limina vel ad
sepu1chro ipsorum martyrum jugiter exorare. Nos ergo per
hanc seriem auctoritatis nostrae, juxta quod per supradictum
privilegium a pontificibus factum est, vel anterioribusregibus
confirmatum, pro reverentia ipsorum martyrum confirmamu; ...
Illud vero in hoc privilegio nostrae serenitatis placuit
in~erendum, ut cum abba de ipsa ca;a Dei de hoc saecul0
nutu d\vino fuerit evocatus, liceat ipsi sanctae congregationi
de ipso monasterio ex semetipsis elig-ere, et quem bonum et
condignum invenerint, qui ipsum (lllUS abbatiae secnndum
ordinem sanctum passit regere vel gûbernare, et unanimiter
consenserint, data auctoritate a nobis, vel a succe.ssoribus no­
stris, ibidem in ipsa casa Dei instituatur abba •..
Data nono kal. octob., anno 17 regni nostri Actum in
ipso monasterio sancti Dionysii.
(Origines de l'Eglise de Paris, p. 284.)
1
74

XI. ! LETTRE DE LOUIS LE DEBONNAIRE À HILDUIN.

Abbé de Saint - Denys. An. C. 835.

In nomine Domini Dei et' Salvatoris nos! ri J esu Christi,


Ludovicus, divina repropitiante clementi a, Imperator Augu­
stus, Hilduino, venerabili abbati monasterii sanctissimorum
martyrum ac specialium protectorum Dionysii pretiosi, soc;o­
rumque ~jus, aeternam in Christo salutem.
Quantum muneris ac praes;dii non modo nobis ac prae­
deces,oribus seu progenitoribus nostris, verum etiam totius
impcrii nostri populis, Domîni providentiâ, per beatissimum
Dionysium saepenumero, imo continue in magnis gratiarum.
ub~rtatibus contulerit, cunctae per transacta tempo ra Galli­
cae generationes senserunt, quae ejus insigni apostolatu fidei
rudimenta sumpserunt, tt salutis subsidia perceperunt.
?raedecessores autem nostri gloriam hujus eximii testis
.ct amici Dei non inaniter coluerunt, qui dum ejus sacras e­
xuvias in terris ob amorem et honorem Domini nostri Jesu
,/ Christi opibus, quibus, poterant, ho-noraverunt per ejus pre­
ces dignissimas honoris privilegio potilÎ et in terrenis et in
coelestibus meruerunt, ut videlicet unus ex priscis Francorum
regibus J Dagobertus qui eumdem pretiosissimum Christi mar­
tyrem venera tus non mediocriter fueral, et in monali (st ,. i­
ta sublimatus, et per ejùs adjutorium, sicut divin a ac celebris
ostensio perhibet, a poenis est liberatus, inque vita perenni
desiderabiliter constitutus.
Progenitores quoque nostri mellifluum nomem Dionysii
(sic enim verbis ac scriptis suis eurn appellare consuevere)
non incongrue pia diJectione et diJectissima pietateDm plexi
sunt. Quia proavus poster Carolus principes Francorum in·
c1ytus per orationes ipsius excellentissimi indeptum ~e fuisse
gratulatus est apicem principatus, eidemque de curso morta­
litatis tempore (an. 741), quod charius potuit habere deposi­
tum, corpus scilicet proprium, in magni die judicii suscitan­
dum, et animam Domino praesentanda'm fideliter commenda·
vit, ac per hoc maxime devotionem' atque fiduciam cordis sui
75
"
erga peculiarem patronum patenter ostendit. Sanclae nihilo­
minus recordationibus avus noster Pipinus, propter altare qucd
ante sepu1crum saepe fati saepil1~que dicendi damini Dion)'.
sii, per divinam et memorabilem revelationem ju~~u ipsius
sanctissimi martyris, in honorem Dei et apostolorum Petri
et Pauli, qui praesentes ostendebantur, a beato et ang-elico
viro Stephano sommo Pontifice dedicatum est (an. 754), inter
sacramissarum solemnia, una cum duobus filiis, Carolomanno vi­
delicet et divae memoriae domino ac genitore nostro Carolo,
jure praenominato Magno, ab eodem apostolico Papa' in re­
gem Francorum unctus, superni numeris benedictionem per­
cepit. Quique cum quantâ se humilitate ante basilicac sancto­
rum martyrum. defuncto hujus vitae curriculo, sepeliri prae­
ct;perit (an. 768), titulu~ ipsius conditorii innotescit.
Sed et nos multis frequentibus largitionibus beneficia
ejus sumus experti. praecipue tamen in humanae varictatis
eventu, quo Dei, ut semper fatendum est, justo judicio in
virgâ eruditionis suae vi3itati, et baculo speciosae misericor­
c1iae ejus, ante prescriptum altare per merita et solatium GO­
mini ac piissimi patris nostri Diony;ii, virtute divinâ recrea·
ti et restituti sumus (an. 831), cingulumque militare judicio
atque auctoritate episcopali resumpsimus, et usque ad prae·
sens ipsius gratioso adjutorio sustentamur.
Idcirco, venerabilis custos ac cultor ipsius provisoris et
adjutoris nostri domini Dionysii, monere te volumus ut quid·
quid de ejus notitia ex Graecorum historiis per interpretatio.
nem sumptllm, vel quod ex libris ab eÔ patrio sermone con­
scriptis et auctoritatis nostrae jussione ac tua sagaci studio,
interpretumque sudore, in nostram linguam explicatis, huic
negotio inseri fuerit congruum, quodque etiam in La~inis co­
dicibus jam inde habes inventum, adjunctis eis quae in libel·
10 ejus Passionis continentur, nec non et ilIis quae in tomis
vel chartis vetustissimis armarii Parisiacae Ecc1esiae, sacrae
videlicet sedis suae, prolatis inveneras, et obtutibus Nostrae
Serenitatis ostende ras, secundum quod rerum, cau'sarum etiam
ac temporum convenîentiaJ? noveris, in corpus unum redigas
atque uniformem textum exinde componas, quatenlls compen·
"',

76

dio,ius valeant hnotesci, et faslidiosis minusve capacibus vel


studiosis lectionis possit taediu m sublevari, pariterque omn i­
bus aedificationis J.ltilitas provideri.
His ita contextis, volumus ut revelationem ostensam bea­
to papae Stephano in Ecc1esia ejusdem sanctissimi Dionysii,
sicut ab eo dictata est, et g-esta quae eidem subnexa sunt una
cum hymnis quos de hoc gloriosissimo martyre atque pon­
tifiee habes et officium nocturnale subjungas: sed et diffe­
renter, ac cum integ-ritate sui, quaeCjue' ex eo reperta sunt
in altero volumine col1igas, nobisque 'distincte et correcte
transcripta quantocius dirigas aut praesentes: quoniam maxi­
mum valdeque du1cissimum pig-nus desiderabilis praesentiae
il1ius do mini et solatoris nostri, ubicumque simus, habere nos
credimus, si cum eo, vel de eo, aut ab eo dictis, oratione,
collatione, lectione colloquimur.
Va le in Christo, vir Dei, in sacris orationibus jugiter me­
mor nostri.
... (Orig-ines de l'E~lise cie Paris, p. 338.)

RÉl'Ol\'SE D' HILDUI:-I À LOUIS LE DEUO:-;~AIRJ:: (An. C. 836).

Domino benignitate admirabili et a~ctoritatis reverentia


honorabili, Ludovico Pio semper Augusto, Hilduinus humilis
Christi Limulus, et domini mei Dionysii pretiosi, ac socio­
rum ej.l; m ltricularius, vestraeque imperiali dominationi in
omnib:ls devotissimus, praesentem in Christo prosperitatem
atqu~ aeternae felicitatis benedictionem optat et gloriam.
1. Exultavit cor meum in Domino et exaltatum est cor­
nu meum in De') meo. pilatatum est· cor meum, et gaude­
bunt labia mea, ut annubtiam praeconia domini mei glorio­
sissimi martyris Dionysii, ab eximio imperatore domino meo
jussus, quae reticere non poteram, etiamsi a quoquam fuis·
sem forte prohibitus, et revera magna mihi est ratio gratu- .
landi, quoniam cumulatius mihi effectum desiderii mei praes
tare voluit divina dignatio, ut mentis meae conceptum ci pla­
cere cognoscerem, cum quod agere spontanee disponebat mea
77

humilitas, in agendo data manu a'Jctoritatis, cooperaretùr ..e­


str", Deo placens sublimitas.. Qua de re bonorum operum et
spiritualium omnium studiorum illum auctorem eise non du­
bium est, qui quorum incitat mentes, quo sibi placet ingenio
adjuvat actiones. Sed et in hoc valde exultat spiritus meus
in Deo salutari meo~ quoniam Christianissimus animus vester
sic evidentissime erga se divinae bonitatis beneficia, et sanc­
torum cognoscit solatia, et tam promptissime se accensum
03ten:iit, circa auctoris et reparatoris sui, seu specialium suf·
frag-atorum su )rum venerationem atque obsequium. Non enim
sic ab intimis pia an·ima vestra divina confiteretur vera et
justa judicia, ni si ·se ipsam Sancto illuminatam cognos.ceret
Spiritu; n~; it.. cl.evotissime amici Dei bene g-esta et dicta,
maxime sagacitatis vestrae prudentia perquireret, nisi sumo
mum bonum, a quo et per quem omnia sunt Dona, diligeret.
Cujus amore relig-iosa devotio vestra accensa esse dignosci.
tur, ut Christi militum gloriosos triumphos inquireret. Quos
cum noverit, pel' eorum adjutorium robustius contra vitia vi­
tiorumque auctores pugnabit; quatenus martyrum exempla
sectando, qui virililer certavere et fideliter satis vicere, ad
palmam, qua Illi munerati sunt, et ipse pertingat. Huc acce·
dit ad voti et sollic;tudinis incitamentum, quia Esdras sanc­
tae Scripturae reparator, mag-num remunerationis donum
exinde apud D~um promeruit, et laudabile sibi nomen apud
homines acquisivit.
II. Quocirca et vestrae sedulitatis instantia. cum pro ma.
gna antiquitate hujus sanctissimi patris nostri. quantum ad
generationem terrenam et conversionem seu obitum attinet,
mira' sanctitate et miraculorum prodigiis, orbe pene cuncto
innotuit: notitia ipsius nostrorum cognita, plu ri mis adhuc
manens incognita, seu pel' vestrum studium patuerit, et me·
ritum~ ut melius ipsi scitis, grande vobis con..:iliabitis, et me­
moriale pcrpetuum acquiretis. Faciat autem Dominus, ut et
nos idonei cooperatores inveniamur, ad bonae voluntatis ves­
trae perfectionem, qui tanto' sine aliqua haesitatione vestris
'jus3ionibus obedimus, quanta illa rogatis seduli exactores,­
quae exhibemus voluntarii exsecutores. '

\
78
'"
Idcirco quia reperta est quaequp, tam in Graecis quam
in Latinis codicibus, ex domino et patrono nostro Dionysio,
quae h lctenus minus cognovimus. vobis ocius in unum col1ec·
ta mittere poscitis, et incongruum ducimus, auctoritatis ves­
trae pio des ide rio differri, quod ex debito servitutem nostram
constat debere larJ':"iri, quantum connivit brevitas temporis.
quidquid ori suggesserit memoria citae recordationis, favente
D)mino, velociter scribentium committemus notariorum arti·
culis; deprecantes vestram humililer sapientiam, ne in his,
quae reverentia et amore sanctissimi martyris, et propter jus­
sionis vestrae obedientiam scribenda aggredimur, verborum
pompositatem, aut dictationis leporem, sed purissimae verita·
tis, sicut ab antiquorum dictis, sumpsimus, quaerere studea·
tis sinceritatem: nosque reprehendere de casuum, praepositio.
num, atque conjunctionum virtute, seu litterarum in subse­
quentes immutatione, vel punctorum secundum artem gram­
maticam positione; nolite: quia id studendum, sed nostrae
deservitionis obsequium, ac commendationis vestrae officiurr1,
accelerandum suscepimus: maxime cum haec, quae ab aliena
,/
Iingua ex;>q:ssimus, in tenori serie, sicut de praelo sunt eli­
quata, texemus: qu le Iicet in intcrpretatione non redoleant
supparem sermonis odorem, sapidum tamen referunt veritatis
et intellectus sui saporem. Ordinem igitur historiae, sicut
ve,tra jussit dominatio, in unu'm congestum, et singulatim
p03tea plenitudinem ejus discretam, cunctis legentibus atque
au1ierltibus pandemus. Nam divinae crit inspirationis et exse­
cutionis, id quod desideramus fideli animo propalare, verum
atque probabile demonstrare. Ex quo' nos laborandum non
magnopere aestimamus, quia quid tenendum de hoc sanctis·
simo martyre Christi sit, quid credendum, notae et probatis­
simae personae. veracibus dictis declarant.
Ill. Gener~ si quidem eum nobilissim'um, et philosophiae
magisterio insignem apud Athenas claruisse, et aliarum hi·
storiarum, et Actuum Apostolorum testimonio, saecula prisca
seu instantia cognoverunt: maxim~ autem ex historia Aristar·
chi Graecorum chronigraphi, qui in epistola ad Onesiphorum
. primicerium, de Athenae civitatis et gestis ibidem apostolo.
79

rum temporibus scribens, ortum prosapiae, et doctrinam ejus,


atque conversationis ordinem sive aetatis tempus, nec non et
ordinationem ipsius, ac praedicationem, subrogationem etiam
episcopi 10co suo, et adventum illius Romam, ordinabilitE r
narrat. Quam epistolam vestrae dominationi dirigimus, et quis·
que studiosus apud nos praeva1et invenire. Curiosus autem
ex Graecorum fontibus unde et nos illam sumpsimus, pote rit
mutuare.
Quod eni lll ante conversionem suam He1iopolim astro10·
giae gratia mig-ravcrit, ubi et tcnebras in crucifixione Salva-
toris nostri una cum Apollophanio sodali suo vidit: et quia
tunc viginti et quînque erat annon;.n, ipse in epistolis, ad
Poly.:arpum Smyrnaeorum episcopum, et ad eumdt:m Apollo-
phanium missis, ostendit. Quia vero cum omni domo et Da·
mari uxore sua crediderit, lectio Actuum Apostolorum, et e-
videntius dialogus Basilii et Joannis, capitulo V libri quard,
d~monstrat. Sed et beatus Ambrosius in epistola ad Vercel·
lenses, eamdem uxorem ej us ex nomine designans, perspicue
manifestat. T3eatus denique pater Augustinus in sermone pul-
chcrrimo quem de seminatonl vcrbi scripsit: «Apostoli ser·
e mone finito, audita i1lic resurrectione mortuorum, quae prae-
« cipue eOst fides Christianorum, refert dixisse Athenienses:
« Audiemus te de hoc iterum. Erant enim quidam inter eos
«irridentes, quidam dubitantes, quidam credentcs, atque in
e eis nominatur quidam Dionysius Arcopagita, id est Athe-
e niensium principalis; et mu1ier quaedam nobilis, nomine
e Damaris, et a1ii plures ». Et in eodem sermone, ubi de scan·
dalo Judaeorum et stultitia gentium scribit, dicens: «Judaeis
« quidem scandalum, gentibus autem stultitiam; sed ipsis vo-
« catis Judaeis et Graecis, hoc et ipsi Paulo ex Saulo, et Dio·
e nysio Areopagita, his talibus et îllis, ChriS1l!Im Dei virtutem
e et Dei sapientiam >.
IV. Caeterum de notitia librorum ejus, quos patrio ser·
m'lne conscripsit, et quibus petentibus illos composuit, lectio
nobis per Dei gratiam et vestram ordinationem, cujus dispen-
satione interpretatos scrinia nostra petentibus referunt, sali·
sfaci't. Authentico; autem eosdem libros Graeca lingua con·
"

80

...
scriptos, qUlnJo oeconomus ecclesiae Constantinopolitanae et
caeteri missi l\Iichaelis legatione publica ad vestram glorjam
Com;>endio functi sunt, in ipsa vigilia solemnitatis sancti Dio·
nysii pro munere mag-no suscepimus, quod donum devotioni
nostrae ac si coelitus allatum, adeo divina est gratia prose­
c_uta, ut in eadem nocte decem et novem nominatissimae vir·
tutes in aegrotorum san<J,tione variarum infirmitatum, ex no­
tissimis et vicinitati nostrae personis contiguis, ad laudem et
gloriam sui nominis, orationibus et meritis excellentissimi sui
martyris, Christus Dominus sit operari dignatus.
V. Quoniam autem beatus Clemens huc eum, videlicet
in Galhrum gentem, direxerat, et qualiter per martyrii pal­
m1m diversissimis et crudelissimis afflictus suppliciis, ad Chri­
stum pervenerit, et quom.odo caput proprium, ange1ico ductu
coelestis militiae in celebratione exsequiarum honoratus obse­
quio. ad locum, ubi nunc requiescit, detulerit, et quo ordine
a Catulla quadam matrefamilias sit sepultus, Iibellus antiqnis­
simus passionis ejusdem explanat, praecipue (amen conscriptio
Visbii, quae in toma satis superque adito Parisiis divino nu­
tu inventa, inter alia memoranda, sicut in ea legitis, verba
,,/ Domini nostri Jesu Christi ad eum prolata, quando sacra my·
steria perageret illi cunctis videntibus apparentis, continere
dig-noscitur. Cui astipulari videntur antiquissimi, et nimia pe­
ne vetustate consumpti, missales libri continentes missae or­
dinem m)re Gallico, qui ab initio receptae fidei, lJsu in hac
occidentali plaga est habitus. usque quo tenorem, quo nunc
utitur, Romanum susceperit. In qui bus voluminibus habentur
duae missae, quae sic inter celebrandum ad provocandam di.
vinae miseratio'nis clementiam, et corda populi ad devotionis
studium excitanda, tormenta martyris socionimque ejus suc­
cincte commemorant, sicut et reliquae m:ssae ibidem scriptae,
: alioru m apostolorurl) vel martyrum, quorum' passiollt s haben·
li
r tur notissimae, decantant. Quarum. missarum cantus, sensus
et .verba, adeo passionis eorumdem, quam vobis misimus, se·
riei concordare videntur, ut nulli sit dubium, a teste illorum
m lrtyrii, agones eorum fuisse descriptos,' et ex ipsa veraci
.- \­
~ ...
;;,: 8r

historia, memoriam tormentorum suorum in praefatis precibus


fuisse mandatam.
VI. Videtur porro in his missarum obseerationibus non
eontemnenda auetoritas de memorata passione sanctorum, eum
ex,tent apud nos epistolae Innoeentii, et post eum Gelasii,
nec non et modernius beati papae Gregorii, aliorumque pon­
tifieum ad episcopos urbium Galliarum, et antistitum nostro·
rum ad ipsos, de more Romano in eunetis eec1esiastieae au­
etoritatis muniis imitando, quibus datur intelligi ab annis plu.
ribus hune missae tenorem de Galliea eonsuetudine reecs·
sisse, et banc passionis martyrum istorum memoriam, longo
su Deriori tempore his oeeidentalibus partibus per supplanta.
tionum postu1::J.tiones innovelisse: quibus tanto eertius fidem'
aeeommodamus, quanta in tempore vieino post eonsummatio­
nem eorum, easdem fuisse eompositas sine dubitatione eon­
eredimus.
VII. Nec ta men quisquam putabit beatum Dionysium ejus­
que sueeessores, ab institutione Apostoliea propter hujusmo·
di missae ordinem, Gallieis eonsuetudinibus in primordio tra­
ditum, diserepass.e, si ei eonstituerit, ipsarum apostolorum et
apostolieorum virorum, ipsiusque etiam urbis Romae sensus
proprii notam esse. Nec mirari quis poterit eur hymnum san­
eti Eugenii Toletani de beato Dionysia habemus, et vieino­
rum sapientium seriptis, exeeptis pau.eis, videamur earere:
eum et haee. quae habemus, ut exorata priorum nostrorum
venia dieamus, abdita et negligenter relieta reperimus, et alia
needum prolata. quia non adhue sunt ad liquidum enuc1eata,
nos possidere laetamur.
VIII. Caeterum super garrulitate levitatis eorum miran­
do defeeimus, qui eontendentes hune Dionysium Areopagi­
tem esse non posse, ad munimentum sui haee, quae sequun­
tur, inaniter eontrahunt. Venerabilem videlieet et sanetum
Bedam presbyterum, dixisse in Traetatu Apostolorum Aetuum,
Areopagitem Dionysium non Athenarum, sed Corinthiorum
fuisse episeopum: addentes, eumdem inibi diem obiisse. Et '
quoni~m. libellus passionis istius testetur, hune a Clemente
pontifiee Romano episeopum ordinatum, et in has Galliae par­

6
82

""
tes fuisse transmissum, quia etiam passiones diversorum san­
ctorum martyrum, sub variis imperatoribus interfectorum, con­
tineant eosdem cum hoc sanctissimo viro has partes adiissl",
quod ipse sensatorum manifeste repellit auditus, et quod Gre·
gorius Turonensis, sicut in passione sancti Saturnini legisse
se dixerat, sub autumatione memoret, istum ipsum tempore
persecutionis Decii, sub beato Sixto, cum aliis sex episcopis,
quorum vitae vel passiones nequaquam ejus dictis in ratione
temporum consonant, in has regiones fuisse directum.
IX. Ecce omnis mi:1us scientium, sibi ipsi discordans,
auctoritas, cui veIut ex superfluo -propter satisfactionem insi­
pientium respondemus, cum veram ex sancto pontifice et Mar·
-tyre narrationem veracium historiarum prae manibus habea.
mus: primo quidem petentes, ut in hoc jure contentiosi, ab
albugine contracta arrogantiae, ex usurpata sapientia, quia
vide ri se scioli volunt, oculos tergant, quo perspicacia per­
spicaciter, et vera fideliter relegant. Et si non ipsi unum
oculum aperuerunt, quando legerent, quod per subreptionem
venerabilis Bedae presbyteri in praefato operl", secus quam
/' r debuit, dixerat, ubi idem se reprehendit, et reprehensorum
suorum vocem praeveniens, retractationem scripsit: scrobem,
in qua oculus alter esse debuerat, aperiant, et in ecclesiasti­
ca historia discant, quia Dionysius Corinthiorum episcopus,
de Dionysio Athenarum episcopo in epistola sua ad eosdem
Athenienses directa, commemoret, ita enim ibi lib. IV, cap.
23, scriptum est: Exstat quoque et alia ejus (Dionysii Co­
rinthiorum episcopi) ad Athenienses epistola, in qua ad Evan·
gel-ii credulitatem eos evitat, et concitat segniores, simul et
arguit quosdam, velut pene prolapsos a fide, cum episcopus
eorum Publius fuisset martyrio consummatus. Sed et Quadra­
ti, :}ui Publio martyri successerat in sacerdotium, meminit si·
f: mul et memorat, quod labore ejùs et industria redivivus qui­
L
dam in eis calor fidei reparatus sit. Et illud in eadem desi­
gnat epistoIa, quod Dionysius Areopagites, qui ab apostolo
Paulo instructus, credidit Christo, secundum ea quae Aposto­
lorum Actibus designantur, primus apud Athenas ab eodem
apostolo episcopus fuerit ordinatus: cujus epistolae, sed et
83 -
aliarum epistolarum ipsius Dionysii Corintbiorum episcopi, et
ejus utique, quam ad Soterum episcopum miserat, beatus
Hieronymus in libro de Vi ris illustribus facit apertissime
mention l'm. Unde quisque videns sub quibus imperatoribus
quique eorum fuerint, liquido potest colligere quantae absur·
ditati ratio sit ista obnixa, cum inter hos duos Dionysios tam
pIura discreta sint tempora.
X. Legitur item sic in eadem Ecc1esiastica historia,
cap. 4, libro III: Memorantur autem ex comitibus Pauli, Cre­
scens quid~m ad Galatas profectus, Linus vero et Clemens
in urbe Roma Ecc1esiae praefuisse, qui comites et adjutores
l'jus fuisse ab ipso Paulo perhibentur: sed' et Dionysium
Areopagitam apud Athenas, quem Lucas descripsit, pTimum
P ..ll11o p~èdicantè, ac inter socios ejus fuisse, et ecc1esiae
Atheniensium constat slcerdotium suscepisse. De cujus vide.
licet Dionysii Areopagitae obi tu, nil Graeci scriptores dixe­
runt, quia propter longinquitatem terrarum, transitus ipsius
penitus eis fuit incognitus. Habemus tamen Graecae auctori­
tatis l\fartyrologion de toma chartiscriniis Constantinopolitanis
adeptu.m, qui tanta vetustate dissolvitur, ut maximam cau te·
lam a se contingentibus exigat: in quo diem natalitii ejus
designatam, et quia Atheniensium fuerit episcopus reperimus
adnotatum. Quod martyrologium, ut antiquitas ejus demon·
strat, ex eo tempore constare posse non incongrue rem ur,
quo, Constantino jubente, nata occasione martyria sanctorum
Domini de toto orbe collecta, et Caesaream sunt convecta.
Sed et usque hodie Graecorum majores, et Athenae incolae
perhibent, historiarum scriptis et successionum traditionibus
docti, in eadem civitate Dionysium tum temporis primum
fuisse episcopum, quando Timotheus Pauli aeque discipulus
Ephesiorum rexit ecc1esiam: ipsumque, subrogato sibi epi.
scopo, Romam adiisse, et, ut compererunt, apud Gallorum
gentem, glorioso martyrio consummatum fuisse. Quod et Tha·
rasius patriarcha Constantinopolitanus per legatos suos solli.
cite inquisivit, et ita se rem habere certus, eamdem Athe­
niensium civitatem pallia archiepi'scopali, quod jam ex ea diu­
turno tempore, orta quadam contentione, ~ubtractum fuerat,
84­

""
redonavit, et synodali cons~nsu, Metropolis auctoritate, qua
ante functa fuerat, hono!"avit. Nam a praecedentibus annis
us que ad illud tempus, ejusdem civitatis episcopusnec sube~
rat alteri, nisi patriarchae, nec juri ejus debitarum sibi epi­
scopi civitatum subdebantur.
Xl. Quod autem dicunt, in passione istius beati Dio­
nysii scriptum haberi, quia C'um sanctus Clemens episcopum
ordinlVerit, Galliasque miserit, procul dubio sciant, quod aut
praedictam passionem ex viris et emendatioribus exemplari­
bus:non susceperunt, aut scriptorum vitio depravatam leg-e­
runt, quoniam non ibi scribitur, eum episcopum a beato Cle­
mente consecratum, sed apostolum totius Galliae fuisse orcH­
natum -; de qua ordinatione apostolatus, nisi ad alia se inten­
tio nostra dirigeret et ex Apostolorum Actibus et ipsius Do­
mirli a~tione, auctoritatis exemplum sufficienter- in his scriptis
possemus inferre. Fieri cnim potest, ut diximus, quod textum
passionis hujus sancti Dei, ex authenticis scriptum non ha·
beant, et ideo in hoc errent; quia et nos plures codicillos
exinde vidimus, qui in quibusdam sensu videbantur concor·
dare, sed litteratura dissonare; in -quibusdam autem nec sen­
/'
su, nec orationis tencre sociari poterant. Quod manifestum
est hujus vencrabilis et antiquissimi patris vetusta longinqui­
tate, et ignotae atque peregrinae linguae ubi de ejus notitia
maxime scriptum erat, inscitia, seu devotione fidelium acci­
disse: qui non studuere. ad priscas historias pro cognitione
ejus recurrere, sed ea quae au di tu collegerant, ut Gregorius
Turonensis, non votivo errore fallens, videntes insignia, ma­
gnilica atque innumerabilia per eum lieri, prout unicuique
sensus abundavit, curaverunt scriptis committere. Sic et de
sanctorum apostolorum gestis ac passionibus factum legimus,
et de aliis quibusque historiis, Ecclesiae necessariis, manife­
ste comperimus. Fuerunt siquidem, qui de beatorum aposto·
Iorum virtutibus vera dixerunt: sed de eorum doctrina faIsa
sunt commentati. De ecclesiasticis itidem historiis, atque or­
tu, vel actu, vel obitu patrum, quidam, quantum ad rerum
gestar~m spectat fidem, veracia conscripserunt; quantum ve­
ro ad temporum vel locorum attinet veritatem, minous cau te
".

85

confinxerunt. Sic profecto, ut notum est, in scripturis cano­


ni~is diversorum interpretum varie tas exstitit; in quibus qui­
que minus dixerunt, alii quaedam addiderunt, quousqueea­
rum per beatum Hieronymum lingua nostra meracam verita·
tem ab ipso fonte suscepit.
XII. Quocirca nulla historia sic probabilis poterit vel de.
bet haberi, qua m ea quae de veridicorum, praecipue ortho·
doxorum, collatione poterit colligi. Et idfO certius tenenda
sunt, quae modo de hoc eximio martyre collecta conscribi.
mus, quam illa quae de quolibet alio sancto sine auctoris no­
mine pass'm scripta relegimus; praesertim cum haec, quae
scribimus. de antiquariorum antiqua scriptura sint, velut ex
prato non Parisiaco, sed Paradisiaco. Caeterum parcendum
est simpHcitati viri relig-iosi Gregorii Turonensis episcopi, qui
q
multa aliter uam se vaitas habeat aestimans, non callidita­
tis astu, sed benignitatis ac simplicitatis voto, 1. tteris corn·
mendavit. Patenter et quidem noscere possumus, non adeo
quaedam solerter eum investigasse, cum ei contemporalis txi­
stens vir prudens et scholasticissimus Fortunatus; qui pIura
- frequenter ad eum scripserat, hymnum rhythmicae composi.
tionis pulcherrimum, de isto g-Ioriosissimo martyre composue·
rit, in qao commemOJ;at eum a beato Clemente destinatum,
sicut in Latinorum paginis didicit: de natione auttm ejus et
ordinatione episcopatus mentionem non f,jcit,- quia linguae
Graecae p~nitu, expers fuit.
XIII. Tantis ig-itur' et tam manifestis te~timoniorum as­
sertionibus de hoc sanctissimo et antiquissimo patre, ad li­
quidum elucubratam et propalatam omnibus scire volentibus
veritatem, et ita nescire volentibus ingestam certissimam ra­
tionem, ut etiam si velint, quod ex il10 verum e,;t, ignorare
non possint: cesset, quod idem Areopagites non sit Diony­
sius, exitiabilis et profana, nimis contentio: quia qui, famam
martyris derogare aliquo modo g-estit, ve'ritati sine, d'i1bi9' cui
restimonium perhibens, tanta transfretando maria, in tam lon­
ginquam regionem exsulari, et pro eâ pati sic aè~rbissime
sustulit, detrahere caeca fronte et imbecilli virtute '~~iltendit.
Nam ut vere impius et pervicax judicandus erit qui, post t9t
86 ~.

ratas sententias, opinioni suae huic aliquid animo perverso


tractandum reliquerit: ita quisquis post veritatem repertam
quidJam ex hoc ulterius dubltaverit, quoniam ex studio men·
dacium quaerit, cornes et discipulus ejus qui ab ir;Îtio men­
dax et pater mendacii exstitit non immerito rectorum decre­
to eri t.
XIV. Et quanta sit hebetudo susurronum, pessimi gene­
ris hominum, aestimare non valeo, qui cum doctorem egre­
gium et eximium martyrem se habere, si gloriam patriae,
suamqu~ q:Jaererent, contendere debuissent: potius se, C"um
habeant, non habere immurmurent.
XV. Quanta quoque si! amentium perversitas, dolere, ut
res postulat, nequeo: quae cum votis et laudum praeconii~
martyrem gbriosum suis iniquitatibus debuissent conciliare
propitium, detractione et famae minoratione Jaborant, quantum
ex ipsis est, sibi habere infestum. Sed isdem in coelis talium
nec laude crescit, nec derogatione decrescit; qui Salvatori
jUnctlls, et concivis angcJorum elfectus, de summa coelorum
arce singulorum voluntates intendit, 'et sequens Ag-num quo­
;/
cumlue ferit, corda omnium, divino lumine plcnus, perscruta:
tur et p~netrat. In hoc quin etiam saecul0 g-loriae testimonio
hujusmodi hominum, si tamen dicendi sunt homines qui de·
tuhunt etiam in coelï"s immortaliter regnanti, qUfm adhuc in
mortali corpore veneratae sunt bestiae agonizantem. Sufficiens
enim est illi suisque co~itibus laus illa in saeculo, quam
splendidis~ima eorum monumenta tesiantur, et celebri adora­
tione Christianus orbis fere totus proclamat. Nec mirum, si
mutyr Doni.iili Jesu istorum sustineat cavi1Jationem, cum idem
Deus majestatis qui, resurgens a mor.tuis. jam non moritur
et in coelis ad dexteram Patris sedet, subjectis sibi principa.
tibus; et omnium angelorum potestatibus (Rdtn. Vi), per tan­
ta anno"ru'm voliJniiiia adhuc ab incredulis indebita patiatur
praejudicia. ­
, XVI. l;I;~ec interim, donec pIura surliatis" de' cognitione
suffr.lg-.ltoris vestri, Auguste serenissime, sumite, et veraciter
innotescite omnibus quia haec fideliter vestrae dominationi
87

dirigimus, veraeiter ex veraeibus historiographis et historia­


rum paginis eolligere proeuravimus: quoniam veritas, pro
qua pretiosum sanguinem hic servus et amieus Domini fude­
rat, nostro mendaeio astipulari non indiget,'quae suo sibi tes­
timonio suffieit, quaeque testes veraeissimos quos repleverit,
testifieantes veraeia effieit. Denique quod nos diu multu'mque
anxiantes quaesivimus, aliquis alius forte mirabitur, videlieet
eur post omnia tormenta novissime, velut ab initio, hi saneti
viri nudi publiee virgis eaesi, et ex studio hebetatis securibus
sint deeollati: quod tante magis potest eogitando mirari,
quanto aliis sanetis Dei hoc g-enus deeollationis rarius aut
nusquam legitur adhiberi. Qui noverit, uti ex verbis passionis
illorüm eonjieimus. et multa veterum g-esta revolventes disei­
mus, antiquitus morem fuisse Romanum, ut quisquis nobilis·
simorum reus Majestatis, a militia et defensione Reipublieae
alio se eonferens, contra senatus votum ageret, vel al iter
quam se sententia haberet doeere quo modo praesumpsisset,
seeuri ignobiliose. f1agellis publiee eaesus, eum omni dedeeo­
re interiret. Unde et eentesima undeeima olympiade Roma·
norum consul Manlius Torquatus, filium suum, lieet vietorem,
quod eoatra imperium in hostes pugnaverit, virgis eaesum,
seeuri pereussit. Quapropter ex his vos et quisque 'legentes
advertite, quantae nobilitatis hic sanctus Dionysius s(cundum
spiritualem regenerationem in Domino, quanti fervoris et fi·
dei, tanta terrarum spatia pio zelo veritatis perlustrando in
Christiana religione, quantae aestimationis etiam apud orbis
principem, qui ut trucidaretur, hue Roma apparitons suos
direxerit, in nobilitate prosapiae et fanatiei eultus eversione,
quantae fortitudinis in tormentorum perlatione, quam abjeetis­
simae vilitatis in oeeisione, quam pretiosissimae san~titatis
eoram Den in morte, quam exeellentissimae et ineogitabilis
gloriae eum Christo in eoelo, quam maetae virtutis sit in "
adjutorio, oostrae frag-ilitatis,adhue laborantium in agone, ;
quam felix eum' proprio et beato reeepto eorpore gaudebit
perpetu(} eum soeiis suis, et omnibus angelieis ehoris, eune·
tisque sanetis Domini et eleetis in aeterna felieitate, per eum·
88
""
dem Dominum' et Salvatorem nostrum Jesum Christum, ve·
rum Deum, Deique et ho minis filium, qui in unius substan­
tia~ ac potestatis trinitate perfecta vivit et regnat Deus, per
omnia saecula saeculorum. Amen.
(Origines de l'Eglise de Paris, p. 340).

XIII.

LETTRE D' HILDUIN AUX CATHOLIQUES. (An. C. 837).

Hilduinus humilis Christi servus, et domini mei Diony­


sii pretiosi sociorumque ejus matricularius, omni catholicae
dilectioni, quaquaversum Spiritu Sancto diffusae, pace m, con­
tinuam et g-loriam optat aeternam.
1. Cum nos Scriptura generali definitione admoneat, di­
c~ns: Quodcumque potest manus tua, instanter ope rare (Eccl..
IX), et pii Augusti simulque plurimorum ad hoc desideria
cognoscerem anhelare, visum est mihi. etiam in hac parte
,/ quiddam sudoris impendere, ut notitiam de ordine conversio­
nis et praedicationis atque adventus Romam, seu triumphalis
martyrii beatissimi Dionysii, ql1ae maxime Graecorum conti·
netur historiis. et quasi sepulta,' antiquorum scriniis apud La­
tinos non modica portione servabatur obtecta, in lucem Chri­
sto juvante reducerem:· quatenus devotis exinde erga Dei et
excellentissimi martyris sui cultum devotio cumulata succre·
sceret, et debitae s~rvituti nostrae, in domo Domini. quantum.
ad exiguitatem nostram et ingenii riostri attinet, cyatho gu­
stum fi~elibus propinanti, ejusdem amici Dei, cujus id amore
studuim'us, interventio divinam misericordiam impetraret. Ut
enim ~~ ante nos dictum, gesta bene viventium, elementa su nt
vitam volentiu-m, et exempla martyrum, exhortationes sunt
martyriorum. Quapropter sequentia relegens, poculo debriatus
praedaro, fidem pietatiseructet et non obsequium nostrum
no mini temeritatis assignet. Quia vero, ut per quemdam sa­
pientem dicitur, multoties in viii persona despi~itur veritas,
cui nihil praeferri debuisset, suppliciter omnes, in quorum
89

manu, haec veneril)t, deprecor, ne in his nostrae personae


humilitatem et agrestis orationis indisciplinationem attendant,
cum personarum acceptatorem in hac duntaxat parte non es·
se Dominum sciant. In qua seilicet me imperitum sermone,
non tamen sc'entia, fateor. Quin potius hunc, de quo res
agitur, inclytum et verum Christi militem ante oculos pona~t,
cui humanae vocis dignitate impar omne erit, quidquid in
laude eju~, aliquis nunc mortalium dixerit, quoniam ab eo so­
lo digne potest.lauda.ri. a quo et per quem talis meruit fieri.
Vera itaque a veracib,us de eo scripta, et simpliciter in unum
collecta fideliter relegant, et si nostrae imperitiae fuerint in­
dignati, et veterum monumenta recurranf: quia nos non no­
stra, nec nova cudimus, sed antiquorum antiqua dicta, de
abditis admodum tomis eruimus, et veritatis sinceritate Str­
vata, paginis manifestioribus indimus.
II. Caeterum neminem sani capitis haec minus acceptare
putamus quia anteriori tempore repetita n011 fuerant, eum li_
quido noscat quod is qui creavit omnia simu] (Ecc. XVIII),
noluit rel'elare cuneta, vel cunctis simul; multaque manifesta
iterum esse tempore ocet']tata. Ad mentem enim ùebet redi·
re, quod in litteris divinitus inspiratis legiJur (IV Reg. XXII)
ùe legis libro diu latente,' et denuo sub admiratione invento.
Et cum D.lniel dicat: Pertransibunt plurimi et multiplex erit
s~ientia (Daniel XII); quanta magis nullus abjurare debebit
quod multis comitibus 31iorsull1 intuentibus, segnis quique aut
tardus post gradiens,' perdition€m in via, quam procedentes
triverant, invenire non possit. Abjecta deniqueomni ambî­
guitate, quod iste Ipse' Dïonysius, cujus hic gesta scribuntur,
non sit Areopagites et Athenarum episcopus, quid quisque
dixerit, veluti de autumatione Gregorii Turonensis episcopi,
et subreptione. ~dae. sancti· presb~ri, atque aliorum quorum­
que sin.e auctoritate jactatur, qui curiosius hoc scire voluerit,
ut de multis qnaedam designèmus ex nomine; Eusebii Caesa­
riensis historiam, et Ariastarchi Graecorum chronographi ad
Onesiphoruin primicerium epistolam, et Visbii conscriptionem
perquirat et relegat. Ibique discere poterit quis iste DionY:
sius fuerit, etqualiter per martyrii palmam ad Christum pero
venerit, si hic cis in sui conneAiol<e manus dare fidei detlec·
90

taverit. De his autem et aliis quibuscumque, unde sumpta


sunt omnia, quae prae manibus tenentur collecta, si benigni.
tati legentis commodum ac placitum fuerit, et alibi ea inve­
nire nequiverit, litterarum nostrae parvitatis ex hoc ad Sere­
nissimum Augustum affatim illustratione valebit. Nam et si
eis cr~dere dignatu~ non fuerit, illae sibi tamen sine quolibet
supercilio prod~nt, ubi haec universa, et qualiter, tt quo or·
din ~ dicta manifeste reperiat, ipsorumque librorum plenitudi­
nem, si indig-uerit, ab arcr.ivio nostrae Ecc1esiae mutuare qui­
bit.
Valeat fidelis et charus frater omnis in Domino,- cum
pietate et gratia memor nostri.
(Origines de l'Eglise de Paris, p. 346).

XIV.

TESTAMENT DE VISIlIUS

«Ego Visbius, Lisbii filius, Christum_Jesum, quem nobis


,/
praedicavit Dionysius Ionicus, qui appellatur Macarius. Deum
ess~ de Spiritu Sancto ex digna ·Maria, quae nunquam fuit
aliter nisi virgo, conceptum; et hominem sine ulla macula
natum, et passum ac mortuum pro hominum salvamento; qui
resurrexit, et in coelo ~d dexteram sui Patri!', qui est Deus
similiter vivus, sedens in omni loco est, usque dum veniet
ad judicium, quando incipiet illud regnum, quod non habet
finem. Domo ilIi et tibi bonus Minister ejus Mas~o presbyte­
ra schopos omne postliminium meum cum- il1o, quod est in
Urbanio hujus.. ­
c Illi respuo, quod Dionysius Macarius a patre mec com­
paravit ad domum baptismalèm faciendam; quia- dicebat Deum-
J esum in locato natum, et de ejus pretio captivorum sepull U·
ramcomparatam.; et_ !"emansit__ mihL de '. matrè -mea-· L-ardar-'­
i- quae prodidit- patrem meum a Macario Dionysio Christianum
Fescennino Sisinnio; et post nimias_ torturas, catastas, et ca­
-tenas, et militum terniones, et bestias mansuefactas, et cliba­
.. -,.
.~
91

na extincta, cum videret in cucere Glauc:ini Macarium Dir.


'"
nysium Dominicas celebrantem, lumen, quod tale non vi dit
homJ, sup~r omnes, qui per ilium crediderunt, in frangendo
pane J esum' Dominum cum multitudine Albatorum illi dedis-
se, et audisse dicentem.: «Accipe hoc, care, munus, quod
mox complebo tibi una cum Patre meo, quoniam mecum est
m.xima merces tua, et omnibus, qui audierint te, salus in re·
gno meo.. Nunc fa-;ies fortiter, et memoria tua erit in laude;
dilectio autem et benignitas, quam habes, semper pro quibus-
cumque petierit, impetrabit •• Et sic cum caesa cervice vidis-
set caput suum ilium cum luce g-randi' poriare, clamavit se
esse Christianam, et occisa est, Ego namque Romam ductus,
Domitiano ejus pilato per tr..s Cae~ares militavi.
«Nunc quia mihi promittis, si ista desero, et Jesu Deo
milito cum Dionysio Macario, et justificatis Rustico et Eleu·
therio, et patre et matre, et omnibus qui dilig-entes Jesum
mortui sunt, illud regnum ab eo, ubi mori non debeo, sed
gloriam semper hahere, et reges, quibus militavi, in poenis
videre cum il1is qui sic esse credunt, et me alienum facio
de hoc mundo,. et trado me~Jesu Deo, et nomen meum ad
fontem baptismalem dona. Ego Visbius Jesum Christum cum
Patre et Spiritu Sancto unum Deum credo, et mundum et
di aboli voluntatem abjicio ».
(Origines de l'Eglise de Paris, p. 310).

xv.
HYMNE ATTRIBUÉE À SAINT EUGÈNE DE Tod:DE.

Celi cives-:applaudile.
Mundi jocundo lumini, ..
Quo illustratur cœlitus
Hujus diei gracia.

Precelsa fides martyris, ~

Sacrigue vila antistitis,


92

Dionysii llobilis

Celitus palmam suscepit.

Areop"go Athenae
Regis sumpsit diadema
Cdestis, g-emmam fulgidam,
Dionysium sophistam.

Paulo docente speculum


HOibet fides fiùeliu1l1, .
Et spiculum gentilitas·
Quem ante murum noverat.

Miro c\arescens dogmate


Illuminavit Graeciam,
Et inclitus pontifa
Urbe Romanam adiit.
Clemente Romae presule
Jubt'nte venit Galliam,
Cui j ubar_ salis splendidi
./" Illuxit signis, famine .
Tanciem repulso deIilOne,
Constructo sacra opere,
Poenis aflectlls m"xi mis
Caesâ cervice coelum petit.
Ave, Pater, scandens polum,
Ave, Pie, visens 501um,
Annua fe;ti munera
Tua sacrans pr<esencia.
alfa, sacerdos optime,
Gemitus nostros et preces;
Firma fidt m, martyr Dei,
Moresque nostros corrige.
. Ope guberna fragiles
In inundi hujus pelago;
Atque,. exutos corpore,
Pie, benignus suscipe.
93
.~

Quo, sine fine, gloriam


Deo Patri cum Filio,
Una cum sancto Spiritu,
Tecum canamus perperim. Amen.

(Origines de l' EgEse de Paris, p. 3 r 4).

XVI.

LETTRE D'ANASTASE LE BIBLIOTHÉCAIRE À CHARLES LE


CHAUVE. (An. C. 876).

Incipit epistola Anastasii, Romani bibliothecari, ad Ka­


rolum imperatorem, quae asserit sanctum Dionysium vere es­
se Areopagitem.
Domino piissimo et serenissimo Karolo, imperatori Dei­
que veri cultori,.semper Augusto, Anastasius, exiguus aposto­
licae sedis b:bliothecarius in Domino. - Eternum in Christo
imperium.
Ecce, imperatorum sollertissime et christianissime, qui
effo:iis et rim'aris sapientiam sicut thesaurum, cui nihil sinis·
trum est, cum utrâque nimirum manu pro dexterâ utaris,
nam sic humana reipublicae commissa secuDdum legem Dei
gubernacula moderaris, ut divina quaeque non deseras, sed
p:>tius praeferas, passionem sancti ieromartyris Dyonisii, quon·
dam Ariopagitae, postque Athenarum antistitis, quam Romae
legi cum puer essem, quamque. a Costantinopolitanis leg:ltis
audieram, secundum jussionem vestram diu quaE'sitam, tan­
demque in maximo coenobiorum Romae sitorum repertam,
etiam inter diversos langl10res positus, arrepto interpretandi
certamine, latin<? eloquio tradidi quantum potui, auxilianle
Deo, et si non ex totoverbum e verbo, sensum tamen peni'
tus hauriens. Ce~set ergo jam quorumdam opinio perhiben',
tium non esse Ariopagitam Dyonisium eum qui apud Pari­
sium corpore ac virtutibus redolE't, cum hoc et Graecorum
quoque stilus, cum latina lingua concordans, testetur et pre­
dicet; in qua profecto natus est qua celsa scripta sua conte,
"

94

xuisse probatur, praesertim cum manifeste sciamus praecipuos


tractatores Ecclesiae qui latino stilo scripsere, °qui dubium in
sacra scriptura reperientes, mox ad graeca exemplaria, curre­
re, et ad eorum sensum protinus a se omne nubilum ambi·
guitatis excludere. Nec mirum si quisdam doctorum erga plu­
rima occupatus, nec Graecorum scripta rimatus, aliter sense·
rit, cum ipse apostolus Petrus quaedam. sic tenenda esse pu o
taverit, ut merito coapostolus ejus Paulus eum reprehensibi.
lem judicaverit. Beatus etiam Cyprianus, doctor et martyr,
°quiddam de rebaptizatione diffinit, quod tota Ecclesia rejicit.
Quid autem de sancto Aug ustino dicemu~, qui eti .. m libros
retractationum conficiens, nonnulla quae se bene sensisse du·
bium putaverat, reprehendit. Nam omnipotens Deus nonnun~
O
quam dispensatorie gerens, cui multa revelat. quiddam oper·
tum deserit, et quod alteri obserat, alteri reserat; nec tamen sine
remunerationis dono relinquit quod ex radice caritatis prodire
non neseit, qui, cum cor s:rutetur, non tam dictum quam inten·
tionis admittit affectum. Verum hinc multa, docente Deo, di­
cere possem, si non mihi praefationem, sed apologiam facien­
di, propositum extitisset. Suscipe itaque, piissime fmperator,
"..
Dyonisium ex Graecia iterato volatu venientem, et qui gau·
des eu latino eloquio habito, gaude et ab achivo sermone do·
nato. Sane, quia nonnulli beatum Dyonisium pte r i g ion tu
uranu a Graecis appellari commemorant, notandum quod
hunc beatus Johannes qlrysostomus petinon tu uranu, id
est volucrem coeli, in ultimo sermonum suorum libro, de·
scribat. Quorum duorum nominum ddferentiam sacri evange­
lior,um atque psalmorum graece scriptorum libri demonstrant.
Nam in altero quidem, graece pte r i g ion scriptum codex lati­
num non alam, sed pinnaculum, interpretari declarat; in altero
vero, pet i non crebro sermone romano translatum, volucreni
sonare dOesignat. Hujus autem passionis t~xtum beatus Me·
thodius, qui a sede apostolica Constantinopolim presbyter ..
missus, ejusdem urbis tenuit pontificium, et ex tunc inter
sanctos ab omnibus ob suae confessionis et agonis certamen
veraciter veoneratur et colitur, edidit, pauca de multis prae­
cedentibus dictis excerpens. Deus autem pacis conterat Sa·
95

thanan sub pedibus vestris velociter, et q;Ji "dabit amplum in


terris imperium, tribuat in coelestibus ditissimum praemium.
Explicit.
Data mense Junio, indictione Ixa, anno pontificatus vi·
ri beatissimi domni nostri Johannis octavi papae quarto, im.'
perii vero domni clementissimi Karoli semper Augusti primo.
(Origines de l'Eglise de Paris, p. 396).

XVII
LETTRE D' HINCMAR À CHARLES LE CHAUVE. An. C. 876.

Domcn glorjo50 Karolo imp~ratori augusto, Hincmarus,


Romine, non merito, Remorum episcopus ac plebis Dei fa­
mulus.
Lectâ belti Dyonisii passione a Methodio, Costantinopo­
lim Româ directo, grece dictatâ, et ab Anastasio utriusque
Iinguae perito et undecumque doctissimo, apostolicae sedis
bibl iothecario, latine conscriptâ; sicut in praefatione suâ nar­
rat, recognovi his quae ibi scripta sunt ea quae in adole·
scentiâ legeram consonare: videlicet per quos ac qualiter ge­
sta martyrii beati Dianysii sociorumque ejus ad Romanorum
noticiam, indeque ad Graecos pervenerint. Nam quando, Deo
disponente, in Francofurti palatio nati est;s, Hucberto prae·
centori palatii, episcopium Meldensis urbis commissum est;·
ubi, propter Hildrici episcopi aetatis prolixitatem et diutinam
aegritudinem, quaedam ad scientiam et religionem pert:nen­
tia, necnon et aedifiCia ac c·aetera quaeque necessaria negle­
cta invenit. Quapropter a familiari suo Bodone, clerico dom ni
et nutritoris mei Hilduini, abbatis sacri palatii, c1ericorum
summi, quemdam clericum, ipsius Bodonis propinquum, no­
mir{è Wandelmarum, qui cantilenam optime a Teugario ma­
gistro in sancti Dyonisii monasterio didicit, ad erudiendos
c1ericos suos obtinuit. Cui abbatiolam sancti Sanctini in be­
neficium dedit. Idem autem Wandelmarus .in loco sibi "corn·

_-.•...;.
misso quaterniunculos val de contritos, et quae in eis scripta

".'
"":
96

fuerant pene deleta, de vitâ et actibus beati Sanctini reppe­


rit, quos ob familiaritatis noticiam, et quia me sciolum puta­
bat, ad exhaurienda ea quae in eisdem quaterniunculis con­
tineri videbantur, et ad scribendum aperte in nova parga~e­
na mih,i commisit, quod et studiose peregi, et mihi commen­
data commendanti restitui. Sed quia diu est quod idem Wan­
delmarus. etiam ante obitum Hucberti, defunctus fuit, et, si­
cut audivi, idem locus neglectus extitit, ac demum in eâdem
urbe Nortmanni fuerant, et quaedam incendio concremave­
rant, quaedam vero praedantes diripuerant, nEscio si ipsi qua­
terniun'culi vel eonim exemplaria in eâdem urbe valeant re­
periri. Proptera exemplar eorum quod mihi retinui, vestro de­
vota et bonD studio offerendum putavi; ut si quae sunt illo­
rum reliquiae, qui negabant domnum et patrem nostrum Dyo­
nisium esse Ariopag-item, et a beato Paulo apostolo baptiza­
tum, ac Atheniensium ordinatum episcopum. et in Gallias a
sancto Clemente directum, ex his quae graeca testificatio ct
romanae sedis assertio et gallicana intimat contestatio, ratum
et in hâc re recognoscant quod inde ante nos dictum est.
Nam verltls saepius agitata magis splendescit in lucem .
./
(Origines de L'Eglise de Paris, p. 401.)

XVIII.
TEMOIGNAGE DU CONCILE DE PARIS. (An. C. 824).

«Nec vobis taedium fiat, si ad ostendendam rationem


veritati3, veritatemque rationis, sese paulo longius sermo pro­
traxerit, dummodo linea veiitatis, quae ab antiquis Patriblls
nostds usque ad nos inflexibiliter ducta est, beato Dionysio
scilicet, qui a sancto Clemente, beati Petri in apos~olatu pri­
mus ejus successor extitit, in Gallias cum duodenario nume­
ro primus praedicator directus, et aliquod tempus una cum
Sociis huc illucque praedicationis gratia per idem regnum
dispersis, martyrio coronatus est ».
(Origines de l'Église de Paris, p. 174 et 289).

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LES ÉCRITS DE ST. DENYS L'ARÉOPAGITE

En procédant à l'étude des écrits de St. Denys,


on rencontre dès le début une difficulté, en ce que,
des oeuvres de Denys qui nous sont parvenues, il
n'en reste peut· être pas la moitié. II est facile à
comprendre, que les adversaires ,de l'authenticité y
trouvent un bon prétexte, pour supposer que c'est
une invention de l'auteur des ouvrages qui portent
son nom et que les oeuvres que nous ne possédons
pas maintenant, n'ont jamais éxisté. Nous trouvons
toutefois chez Jean Sarrazin, une mention qui in­
!'
diguer~it, qu'en a~~ée 118 4, i.l avait encore entr:
li les mains la Theologie Symbolique de Denys. SI
ces oeuvres existaient vraiment, et no~s n'avons au­
cune raison d'en douter, elles répondraient parfai­
tement, d'après l'avis de St. Thomas, exprimé da~s
\1\ le prologue de son commentaire sur les Noms Di·
ovins, au 12lan génér,al de l'enseignement théologique
de St. Denys. Leur disparition complète fournit un
argument aux partisans de l'opinion que les philo­
sophes payens s'en sont emE.~és et les ont exploi­
tées. Considérant qu'une si grande partie de ces
oeuvres n'a pas pu être retrouvée jusqu'à nos jours,
nous pouvons croire qu'elles ont été détruites, ou
'\ qu'elles figurent sous .un autre nom ou encore qu 'el·
b . les font partie des oeuvres d'autres auteurs. Ils se­
rait curieux de les rechercher: chez les auteurs néo­
platoniciens..
100

Les ouvrages de St. Denys, qui nous sont par­


venus, sont les suivants:
1. Traité des Noms divins, en 13 chapitres.
IIspt 8sCw'l 'O'i~l-L(hw\l.
II. Traité de Théologie Mystique, en 5 cha·
pitres.

Ilspt fJ.uo't~J(.ijç 8soÀoy{cxç.

III. Traité de la Hiérarchie céleste, en 15 cha·


pitres.

IIspl 'tijç O~pCX\l[cxç tspcxpX[cxç.

IV. Traité de la Hiérarchie éccIésiô.stique, en


'ï chapitres.
Ilspl 'tijç sJ(.Y.ÀYj~~cxo't~J(.y/ç; EspcxpXCcxç.
Tous ces traités sont dédiés à son collègue le
prêtre Ti.mothée. (sympresbytero Timotheo Dionysius
Presbyter) le compagnon et le correspondant de
St. Paul et le futur évêque d' Ephèse. ~
V. Le Recueil de Dix Lettres CEmo'to),cxC), dont
les quatres premières sont adressées au thérapeute
Caius; la cinquième à Hiérothée; la sixième à So­
sipatre prêtre; la 'septième à l'évêque Poly.carpe;
la huitième au thérapeute DémophiJe; la neuvième
à l'évêque Titus et la dixième à St. Jean théologue,
apôtre et évangeliste.
Outré ces dix lettres reconnues comme authen·

./J tiques, nous avons encore la lettre onzième au philo­

sophe ApoIIophane, que beaucoup considèrent;com­

--1:". me authentique, et une douzième lettre à Timothée (1), .


. . """ ;;'.J;"~' t:-u 'd~ ~ ...

..,..4 )êD,;' P/,H"AJcf:-"t.
(1) Dans une traduction arabe et syriaque. Baumstark, p. 69. ­
Ag. P. Martin chez Pitra a. a~ O. 29 1, 9. Stiglmayr la situe en III
siècle.
roi

encore mOinS sOre, sur la mort des Apôtres Pierre et


@- Paul (1). La lettre à Apollophane a été faite pour le
féliciter de sa conversion. Cette lettre antérieulë à celle
adressée à Titus. n'est connue que dans la version
latine; mais, à partir du VILe siècle, on en troUve
de fréquentes mentions chez les auteurs. Quoi­
q1le St. Denys, dans ses autres écrits ne nomme

e.9­
.
(r) La lettre apocryphe de Saint Denys à Saint Timothée sur le
martyr.e-coronatio àes Saints Pierre et Paul n'a pas-raprétention
d' ~tre écrite toute entière de la main du Saint; au 2.ème paragra­
phe, p Ir e"emp~s le préamhule: «Iongo autem post tempore»
1on y raconte la découverte de la tête de St. Paul à l'époque du «pa­
l tria rche» Syxte (le pape Syste 1l en 257). C' en est plutôt un recueil de
légèndes se rapportant au martyre des Saints apôtres Pierre et Paul.
Ce document mérite pourtant toute notre attention sous plusieurs
points de vue :~~ l'invocation à ::'t. Timothée, le même auquel
fllTent dédiés tous les traités de Denys, présume la connaissance de
ces oeuvres déjà au III siècle de notre ère; ~ le récit de
1 ~ mort et de la s~pulture des sainls apôtres, au ~ VI de la lettre,
porte le caractère du compte rendu d'un témoin occulaire, peut:~.
tre de Saint Marc en personne, qui fut, comme on.le sait, le sec ré·
tairede Saint Pierre, et constitue une preuve de I~ .présence à Rome,
environ à cetJe...éR-oJ:jy"e, de Saint Denys. Cela de son côté confir me:
a) la version des Menaea .graeca sur le départ de Denys et. sur
sa mission en Gaules par le pape Clément au temps de l'empereur
Domitien dont il était contemporain; b) l'identité de Denys d'Athé·
nes-l'Aréopagite, avec l'évangékateur des Gaules et premier évê·
qu.e de paris.; c) le fait rapporté par le diacre Pierre que ses oeuvr es
on été gardées dans la bibliothèque du pape à Rome et en sont re·
v;~ Grèce. [Que sais-je même, si queïq~-;:u~ de se~~s
1;.---t pas été composés à Rome 1);
tertiO) ce récit de la mort des saints apôtres a dO. être apporté à
Alexandrie par Saint Marc l' Evangéliste, qui fut, d'après la tradition,
le fondateur de l'Eglise d'Alexandrie;
quartô) cette lettre prouverait en général que l'Aréopagite fut un
écrlvâin--;;nnu et réputé déjà au III siècle, si l'on lui attribuait des
écrits apocryphes.
, (l!uin§) le passage sur la dé~ouverte du chef de Saint Paul à
l'époque du pape Syxte Il (257) peut provenir d'un écrit de St.
Denys d'Alexandrie qui fut en correspondanct: suivie avec ce pape.
r02

pas précisément cette lettre, on-eeut pourtant con­


clure à son existence d'un certain passage de la
lêtti-e à Po!ycarpeF~ùDen~e défencf"~urnom
de parricid~ que lui a donné Ae.ollophane"="dans une
conversation que Polycarpe venait de lui communi-

BEAT! DION\'SII EPISTOLA AD s,\l'cn :>1 TI~IOTHEl:)1

.;4 '2....
DE CORONATIONE PETRI ET PAULI

(ex syriaca versione)

1. Divino discipulo filioque spirituali. corùi et Inenti, voluntatis


consummatori, passionisque socio omni laud" majoris lllagistri "erita­
tis patrioque spiritualis, Pauli: Tin\otlHo, in nomine Dei Pat ris 001'
nium, perque Filiunl ejus Dominum nostrum Jtsum Christum I:"t per
Spiritum Sanctum; Dionysius, salutelll,
II. Divinus ille Paulus, qui Christi tormenta crucemque suslinuit;
vas illlld spiritnalis m'nisterii, sapiclltiae oceaUllS Iînl;uarUnlque pa­
ter, ,Ecclesiae sanctae collustr.ttor idolatria(que eversor; sera ille quae
peccati portas difTregit; adamas qui peccati portas malique vectes
cQIlcussit et perrupit; petra aù,lmantina ~uae holocausta evertit,
./
daemones expulit d~emonumque celebritates dis~ipavit; gigas fur·
tis strenuu,que venator; Angelus terrestri, coelestisque vir ; Christia­
nae religionis di\'ina im<lgo et forma; l;entium <llllÎCUS Judaeorumque
hostis; synagogae. destructor Ecclesideque archittctus; spiritualium
amator justitiae cJypeus; Christi sel\'us. Evangelii praeco, el roris e·
, versor, EccJesiae laetitia, os coeleste, lingu<l Spiritus Sancti motibus
pervia, deperditorum inventor, pereuntium salus, orphanorulll patH,
viduarum protector, lapsorum sustentator, "cte stanlil'm [( hm, Cl­
bilium firmitas, confraclorum medela, dcorunl substanlia, c.vitatnnl
pax, nauta sapiens corporalisque navis. (divin us ill'e Paulus) qui coe­
lestia a"ebat terrenaque despiciebat, en nos in mundo derelinquit
atque ad Christum migravit.
VI. En corpora sanctorum Romae deposita. sunt, neque eorum
pars aliqua extra Roma·m est. Eadem die mult( fratres occisi sunt,
Porre, noctu, cum fratribus egressus Marcus Simonem Ctpham e
cruce deposuit, Paulique corpus auferens, amborum corpora in unum
eumdemque ·locum, terram desuper, contulit. Pauli vero caput non i.n·
venerunt, quia nox erat. Quum autem dies illuxisset, ex ·urbe sapien­
tes viri egredientes abstulerurit corpora sanctorum eaque honorifica
sepultura donarllnt. Longo autem post tempore, transiens armenta·
rius quid~m caputque Pauli jacens humi videns, ignorans cuius ca­
.... 1°3

quer (1), et' lui rappelle l'éclipse anormale de soleil


arrivée au moment de la mort de Jésus et qu'il
, (Denys) avait observé à He1iopolis, en mêm~s
)
qu' Apollophane. Denys considère comme son devoir.
de convertir son compagnon et son contradicteur.
Selon beaucoup d'auteurs, l'authenticité de la let~e

put esset, illud baculo abstulit atque in ovili deposuit. At cum, nocte
integra, super illud coruscantem vidisset ignem, cujusdam sancti vi-
n caput esse conjiciens, ad patriarcham Xystum rem totam detulit.
Vnde, fidelibus caput Pauli es,se asserentibus, patriarch~, Xystus re·
spolldit: «Vt sciamus an vera sint quae dicitis, ego caput ad pedes
• Apostolî deferam vigiliasque agemus per totam noctem. Porro, si
« ad locum suurn redierit caput, certum erit Apo;toli esse.• His con·
sentiens populus, in vigiliis integram noctem transegit, atque, corpo·
re capiti admoto, ita vertebrae junctae su nt ad invicem ac si nun·
qu,m praecisae fuissent. Quare populus Pauli caput ~sse credidil.
VIII. Frater mi Timothee, summe mi,rum ali'luid conspexi die
qua coronati sunt Petrus et Paulus. Cum enim alter ab altero sejun·
ct us fuisset, [post eorum mortem), vi di eos [ante me] civitatis portam
ingressos, se invicem manu tene'ntes. N~que ego solus hoc cont.. m-
pla ri dignus habitus sum, verum et adolescentula quaeoam, 'luae e·
rat de genere impii Neronis, quarnque Paulus bapt,izaverat. Cum e·
nim Paulus martyrium passurus exiret, ab ea sudarium quoddam
mutllo accepit, pollicens illud reddere cum rediret. Dum autem ca-
puf inclinaret sub ~ladio faciem in sudario obvolvit, amputatoque
capite, facies sudario obvoluta remansit. Redeuntibus vero centurio-
nibus dixit adolescentula ista: «Vbi est Paulus? Illi autem respon-
derunt: • Occisus jacet in Armeno. fade obvoluta in sudario tua san-
g'uineque suo commaculata.» Quae extemplo dixit eis: «En :'etrus
et Paulus praeiverunt vobis regiis vestibus induti, in capite coronas
gestantes. En sudarium quod Paulo dederam.» Porro, cum illud eis
ostendisset, illud agnoverunt quoniam sanguine respersum erat. Qua·
re omnes qui id viderunt, mirantes, gloriam Deo rependerunt; imo
mult; credentes Ch~istiani facti sunt, huius miraculi causa.
If (r) St. Maxime nous parle d'une lettre de Polycarpe aux Athe-
Jll niens où il mentionne DerriST' Aréopagite:-Et quoique cette lettre
soit disPàrüe~ de'j;'uiS" des siècles, le ceièb're patrologue allemand Bar·
denhewer n' hésite pas à la regarder come fabriquée de toutes piè-
ces .•. et j'ajouterai, fabriquée probablement à l'encontre de la criti-
que scientifique allemande qui ne devait se réveiller que 1.500 ans
plus tard, à l'époque de Luther:

.~
1°4

à Apollophane ne laisse aucun doute. Quoique con"'

testée, elle est souvent imprimée à la fin des oeuvres

de Denys.

. . ; Outres ces oeu vres authentiques et ces deux let­

tres douteuse,s, il existe ancore, chez les Jacobites

(sectateurs syriens des monophysites), une Liturgie

@ de St. Denys, évêque d'Athènes, qui a certain rap­


port avec St. Denys à cause. de plusieurs citations
tirées de la Hiérarchie céleste.
,-- En plus de ces ouvrages que nous possédons,
St. Denys fait mention dans ses oeuvres des écrits
suivants qui ont complètement disparu.
I. Des Institutions théologiques.
'Ev 't1X!Ç &so),OYtY..IX!Ç <r7tO'tU7tWOêOt (1).
ç'
II. De la Théologie symbolique.
'E'J 't~ oU/-L~oÀtY..~ eSOÀOYl1-'

II 1. De l'âme. ­
JI) 'Ev !O!i.EP.l-.~UXY)ç.
/'
IV. De la Justice divine.
,Ev !OrÇ 7tSpt OlXIX[OU XlXl eSlOU OtY..lXtW'ty/plOU,
où il expose son enseignement sur le mal et détruit
les arguments des sophistes qui accusent la Divinité
d'injustice et de me~s~nge.
.,V. Des Hymnes divins.
'Ev 'totç 7tspl 'twv eSlWV u/-Lvwv,
r
où l'on parle des chants ~acrés dans les sphères cé·
lestes.
it
!

(1) Où l'Aréopagite, dit St. Thomas, p~t;l?~~des§.~,,-tout


et L'étudie dans J'unité deson---esswce et la Trinité de ses Personnes
dont rien dans le créé ne ,nous fournit pas une idée suffisante.
-'­

{-;
IOS

0J) VI. D..;! sensible et de l'intelligi!>le (sènsibilia

L
.
et inteBigibilia).

'"CS[C(-e
'Ev 't~ mpl vO'l)'twv 'ts Y.~t cdcr&rJ'twv npO:Yf-LO:­

St. Denys fait encore une' allusion à deux ou­


vrages: d'abord à un traité sur les « Choeurs angé­
liques».
c~ 'Ev 't"?) mpl 't!l>V à"(Ys)"xwv loto't*wv y.cd 'tâ­
;swv,
mais on pourrait croire que ce titre 5e rappor­
te à la Hiérarchie Céleste, qui nous est connue;
puis, dans la Hiérarchie Céleste, il parle, mlis d'une

~)[
manière pas trè,; claire, d'un traité sur «laJiié.Lar­
chie lé~le».
'Ev 't"?) Y.~'tà. vOf-Lov 'Ispo:pXC'f
En tout ca$, St. Maxime voit là deux oeuvres
différentes. Cette question n'est pas de très grande
importance, puisque toutes ces- oeuvres ont disparu.
Néanmoins, le dernier traité « Du sensible et de
I' intelligibl.e» c~léteraittoute l' o~ëdeS~De­
nys qui comwendrait de cette façon le cy"cle com­
J plet de la théologie et représenterait t~tes les for­
mes et tous les genres de Hiérarchie et toutes les
.H façons de nous élever vers Dieu et de le nommèr:
En ces derniers te~ps, on vient de décol1vri~ne .
autobiographie de St. DenY3 et un traité astronomique (1).
L'azdobiograpk..Ù se rattache à la lettre à Polycar­
\~~(( pe (Ep. VIII. 2), où Denys nous raconte sa conver­
~ .. 1

(1) Londres, Br. Mus. N. 7192. Traduit à Edesse, au VI ~iècle_


M. Kugener l'a édité, traduit. et annoté - voire XVI Congrès
des Orientalistts, Paris 1907 t. II.

;·t

./
J ."
1(;6

sion, provoquée par l'impression qu'a produite sur


lui l'éclipse de soleil à Heliopolis. Nous possédons
, cette autobiog-raphie en ~iaqü§) en (armé~, en
'-' (g~ierl) e~te)(sahidique)-et e:n.~be:-r:e traité
a~ronorriique_et m~téorologique a une relation avec

0- II la biographie à cause de-la même éclip"e, et nous


le possédons seulement dans une traduction syriaque.
Chez Pitra: Analecta II p. XLVI, on trouve
aUiCod. Palat. 39rf I,18jun certain hymne portant
21)- l( le titre, 'toù .alto\) ~~ovuo:w (sic) üllvoÇ &€(;V CliX o'tfxwv
.--- fjpWlY.WV. Mals on n attrIbue pas cet hymne a Denys;
Iahn l'attribue à St. Grégoire de Nazianze.

U:'\E llR~:V}: C\l\ACT{.:RISTj(~UE liES OlJlIIC\GES DE ST. DE-'


xYS L' Ald:OI'"\GITE.

./ Les ouv,-ages de St. Denys, même dans l' .état

~
où ils nous sont parvenus, constituent la""première

t-l!1 - et la plus ûncienne exposition systématique de la

foi chrétienne, et renferment un enseignement com~

plet de la théologie da·ns ses divisions principales.

Bien plus, par son traité sur la Théologie mystique,

' l' Aréo~ite devient le père de tout le mouvement

)\ ~stique dans la chrétienté. Il est le premier à-si~


gnaler les' trois .voies qui conduisent au perfection-
r-.. ~ ~

nement intérieur,: ~,(p~.:~~:~:i9)et l!:~m-


plati~et il e~t ~uivi par les mystiques de tous lès
temps, depuis Cl~ent d'Alexandrie et Gr~goire de .'
~~e jusqu'. à St~aventure et St. Fra.n.çois de
,Sa~s; depuis PI.2!in, tPoWhy~ P~us jusqu'à
Eckhardt, H~nri de Berg et Tauler.

l'
r07

Denys nous parle, dans ses oeuvres,' de Dieu,


de sa nature, de ses attributs. avec une élévation
)f qy,e n'atteint aucun éçrivain écc1ésiastique, comme
le dit Mgr. 'Darboy. Les plusgrands théologiens, les
Pères de l'Eglises, les papes, et même les Conciles
( Œcuméniques reconnaissent sont orthodoxie sans
- _._-­
tâche. Saint Jean Damascène, celui qui a fixé défi­
nitivement la doctrine catholique en Orient, s'en
tient aux divisions de la théologie adoptées--pâ:r
St. Denys j il s'appuie à chaque P;; sur lui~é­
pète souvent ses propres mots. Saint Tbomas d'A­
guin, la plus grande lumière de l'Occident, base
sur lui tout son enseignement sur Di~u et la Sain­
te Trinité, le cite en 17°2 endroits (r), fait des
commentaires sur son traité des Noms Divins, admi­
re sa doctrine sur les Anges et considère l' Aréo- JI
pagite comme le confidënt des théofanies célestes)
desalOt Paul.
Le génie de St. Denys est' si grand que s'il
n'était resté de son ôeuvre que les titres de ses
traités, ces titres à eux' seuls constitueraient, dans
leur précision lapidaire et expressive, le schéma com­
plet de la, théologi~, dans lequel elle s'est maintenue
l\
jusqu'à nos jours. Il est évident q~: un écrivain,
qui, à près de deux mille ans de distance, a su cir­
'conscrire une doctrine dans ses cadres ~s,
,

doit être considP.ré comme un penseur génial ettrès


profond.
Nonobstant que ces écrits aient été .destinés

(1) G. DURANTiL: St. Thomas et le PSClido-Dcnys (Paris, Félix


• Alean, 19'19) en indique les pages.
108

""
t exclusivement à l'usage' des plus hauts hiéra:92-es
( et aient constitué dans leur mains la garantie de
leur supériorité doctrinale, leur influence sur les écri·
-=­
vains des premiers siècles de l'Eglise est indé;lable.
Bien qu'elle fut anonyme, tout d'abord à cause' de
la loi du secret (disciplina arcani) jalousement obser­
vée aux début du Christianisme et recommandée avec
insistance par Denys lui.même, on rencontre à cette
époque déjà: chez les anciens Pères, des expressions
et des passages entiers démontrant la connaissance
des oeuvres de l'Aréopagite, notamment chez I~­
~. P..2lY.carpe, Clément d' Ale~ie" Cyrille ~é.
r~~m, B~~. Grég21re de Naz~nze, Grégo~e
N y~e, CQrys.,.05t.2llle, Cx.rille d' Alexand.!:ie, St. .lliJ,
E~be ... et aussi dans quelques définitions du Ç"on­

-
cile d'Ephèse et chez Juvénal, évêque de Jérusalem,
dans sa lettre à l'impératrice Pulchérie. L'influence -
,/ de~ Denys sur P.l9!;~n et toûte l'école néo-platonicien­

ne jusqu' à ~us est indéniahle, comme l'a prou­

J1
vé involontairement H. Koch,' à tel point que cela
nous permet d'envisager la: philosophie néo-platoni­
que comme une théologie chrétienne à tendance pa­
\ ganisante.
. A la même époque, 'on le rencontre nominati··
vement chez les anciens écrivains: (j) dans un..=...!st­
tre de penys d'Alexandrie à Sixte II (257) (1) ;
,.;

(1) v" fr:l!-:,Illellt d~ cette Idlre est insére clans la préface de


Pn'oc.s "'Ir S~r;.:-ius qui précède. la traduction inlé;!raJ!.. ~eu.
) vres de Denys l' Aréapagite P.ar Ser&'!!'s de Resaïne (brit. Museum.
1Add. 12151 et 12152) parmi les, commentaires de Jean deScythopolis
et de Georges de Scylhopolis, qui y sont cités. '
1°9

G dans l,:-:ecenslOn
cile
- de -.-. ~e au IV siècle. Cette recension est
admise dans les églises orientales unies à l'Eglise
Catholique et reconnue come authentique par les
Arabes, les Syri~ns, les Chaldéens, les Maronites, les
Coptes, les Jacobites et ,les Nestorien'>;(j) chez le
faux ~t~e;Q chez Cy.!ill~ Sr
Al~an~drie dan~a
poléf\}iÇ),ue contra Theodorum et Diodorum.
La discipline du secret hant tombée en désué­
tude vers la moitié du IV.e siècle (1), l'importance
des oeuvres de l'Aréopagite s'avère dans toute une
série d'interprétations, de commentaires et de tradu­
ctions (2). Les oeuvres de Denys entrent alors dans
le domaine public (3), elle,s sont citée~ouvertement
d~ les disputes religieuses, entre catholiques et hé·
rétiques, par exemple dans la controverse entre ~.
vérus d'Antioche et le moine L{.once de ..:Byzance,
et servent d'arguments même dans les Synodes ~t
les Conciles Œcuméniques. L'authenticité des oeu­

(1) ~usèbè)dit: «Si l'on n'a pas annoncé \.. parole de Dieu, comme
aujourd' hui, il tous les hommes et il tous les peuples, on l'explique
par ce fait que 1.. vie des anciens n'était pas "pte il recevoir l'ensei­
gn~ment du Christ)2.LP.1ein de sagesse et de venu lO.
(z) Des notes de De~ d'Alexai!9 rie (vers 250) nlentionnées par
1\ St. Maxime et St. Anastase le Sinaïte.
l3ïëes oeuvres Sü;;'t -me;nnées dans toute une séri" d'écrits
qu:Üifiés parStiglmayr, ce~ d;re, de« pseudo»: pseuoO-Hyp­
pol Yte, pseudo. Chrysostome, pseudo· Cyrille, pseudo - Léon pseudo­
1) éTèÏiJent.
,-...0.- Mais po7Jrtant, Stiglmayr a~o~ que -_ c'est_.d-;;:;:;; les écrits
_
d" Marlila It
400" évêque de Maiparkat, que se trouve l' histoire _du
Concile de ~eet le texte des 20 canons authentiques. Ces écrits
dè ~ut~uvent p~rmi les manuscrits de -1;
Propaganaa:-l'ide
K:-'VI. p. 4 e seq.:-Le pseudo.Clémen.!~u\'e à la pa~e 22. Enfin
Stiglmayr avou"e que la lettre du Pseudo· Clément à l'Aréopagite cir­
culait déja au IV siède. ÏTSëQemêïit~lui même. ,

l
:;: rD

vres de St. Denys es~ donc suffisamment confirmée

la tradition constante et ininterrom~le et par la

croyançe officielle de l'Eglise.

-
Je ne puis m'empêcher de donner le résum

de l'opinion de St. Thomas sur les oeuvres de St.

Denys.

St. Thomas d'Aquin cite Denys l' Aréopagite

en mille sept cents deux endroits et fait en outre

douze remarques de caractère général (1). Vu qu'un

grand nombre de citations se repètent plusieurs fois,

ces citations se réduisent en réalité à 446 textes. St.

Thomas a eu recours à tous les traités de Denys,

mais SLIrtout au traité des Noms Divins. De manière

que nous trouvons chez !.:::i ~tations_ de D.·l\f

(4Sô de C.:Ji.) 6de E~ ~ëtt~ et~


de M. l'ISLe plus grananombre de· ces extraits se
trouvent dans la Somme Théologique, préci~ément
562; viennent ensuite le commentaire sur les sentences
de Pierre Lombard, avec 524 citations, et les «Quae­
stiones disputatae» avec 336 citations. La So;nme
contre les Infidèles contient 38 citations.
St. Thomas prend ses citations des traductions
de Scot EriKène et de Jean Sarrazin, mé'.is le plus
souvent de ·Sarrazin. 0..E attribue à St. T~om~s des \
commentaires à tQ.Y.!~.Jes oeuvres de St. Denys, j
mais la critique ne tient pour certain que les com­
mentaires des Noms divins. Pour ce qui concerne la da­
r: te de la composition de ces commentaires, Frett la
!
met à l'année i 244, à Cologne, et Touron à l' an­

(r) Il cite aussi I I passages d.es commentaires des St. Maxime et

4 du commentaire de' Hugues de ~.!:~tor.

, ~,
II 1

née 1245 à Paris. Mais ce n'est pas probable, par­


ce que St. Thomas n'aurait eu à cette époque que
17 ou 18 ans. Or, un commentaire de telle impo~.
tance ne peut pas être l'oeuvre d'un jeune étudiant.
Durantel en remet donc la composition à 1260 (1),
avant le commentaire de St. Thomas sur Aristote.
Dans son prologue au commentaire des Noms Divins,
St. Thomas nous donne le schéma des oeuvres de
St. Denys qui parlent de nos rapports avec Dieu, et
, i~énumèr: dans ce .but seulement quatre tr~it~s~r­
.lJ m~cI, deux gUI sont perdus. Cela ne slgntfîe pas
que la Hiérarchie Céleste et la Hiérarchie Ecclésias­
tique se trouveraient en dehors du plan général, mais
que ces traités ne s'occupent que de questions spéciales.
Le plan général du développement de la pensée
de Den y: fut, d'après SL ~~omas, le. su.iv(~~~ (~).:
. ~ ( «. Tout d abord, dans le traIte des InstltutlOns-Theo·
o.' logiques, 'Ev 'l:cx.r~ &eoÀ0î'LXcx.tÇ 'r7tO'l:U7tWOEOL - disparu­
Denys pof>e Dieu au· dessus de tout et L'étudie dans
l'U nité de sa substance et dans la Trinité de ses
P~rsonnes, desquelles les êtres créés ne peuvent pas
avoir des représentations adéquates. Il tâche ensuite
de nous faire connaître les rapports de Dieu avec
les créatures. Ce rapport est double: le rapport de
Dieu aux créatures .et le rapport des créatur;; à Dieu
- double flfocessus-: lie!ll=endant et ascendant, processus
de-;'ayonnement de la divinité et de~nio~avec Dieu.

(1) Je prends tout ces détails de l'étude pleine d'érution de


M. J. DURANTEL: St. Thomas et le Pseudo· Denys. Paris, Librairie
• Félix Alcan, 1919..
(2) Ibid.

112

0 un
S Ult . . .nouveau
. tralte« 0 UN" ommJ
0' d e DoIVlnlS . Ob us» d ans
lequel Deny:> représente les participations de Djeu aux
créat~res: bonté, être, sagesse, vie, etc. -~rticipa.
tians - qui permettent aux créatures de nommer Dieu
en mesure de celles reçues de Dieu par elles. On arri·
ve après au mouvement inverse: la créature se tour­
ne vers Dieu et, pour le connaître, l'appelle tout
d'abord des noms imparfaits par lesqu~ nous ex-"
cv
primons nos qualités limitées et c'est" laC'\héologie
symbolique: ~uf.L~o)"y'~ eso),orea: (J) - disparue aus·
si - qui révèle Dieu, caché sous des figures maté­
rielles de lion, des pierres, de soleil etc. C'est la
premiere étape (et combien im~arfaite 1) de l'élévation
-@- vers Dieu. Mais la Théologie-'4v1 y stique nous révèle
Dieu par une force beaucoup plus haute de notre
âme, qui nous permet de nous éleyer jusqu'à l'Infini,
cl' arriver jusqu'au seuil du i\lystère qui ne nous est
pas encore dévoilé, mais que nous pressentons déjà
et apercevons dans une obscurité étincelante de lu­
mière» «A lui l' honneur, dit Garres (2) d'avoir
0

fondu en corps de doctrines les données de Paul ré­


~- .. pandues, d'un bout à l'autre de ses Epîtres suivant
les temps, les lieux, les hommes, les circonstances. Ce
que le conquérant revenu du troisième ciel a contem­
plé, il i' a confié à sa conquête, et c'est à compléter
aussi bien qu'à coordonner le maître, que tendent
les travaux du digne disciple ».

(1) Lt' traducteur de Denys. Jean Sarrazin. semble l'avoir eu en


main au XII siècle. 0 • ',.""

(2) ~s, t1fystique divine .... 1. l, chap. V.


~y

113

LES COMMENTATEURS DE DENYS L'ARÉOPAGITE

Dès le début de l'ère chrétienne, on a attribué


une très grande importance aux oeuvres de St.
Denys l'Aréopagite; on les a annotées et mê­
me commentées, contrairement à l'usage à cette épo.
J
_que de commenter uniquement res-saii1tes Ecritures.
Vu cependant que les commentateurs ne nous four­

-
nissent rien de nouveau sur la vie du Saint et s'oc­
- cupent plutôt d_es écrits de Denys; j'en remets le

------
compte rendu à la liste des monuments scripturaux
concernant les oeuvres de l'Aréopagite que je don­
në'" par la suite disposé:; dans l'ordre chronologi­
que, précisément sous la date de 230 dans une note
sur Denys d'Alexandrie.
Je me contenterai ici de noter que le premier \
/1 qui écriv~ des co~entaires, _ou plutôt qu~t des Ir
~tatio~ aux oeuvres de l' A'rffB.ïtë,lut Denys .
d'Alexandrie, né en 200, disciple(â' Origènè.;)en 232
;:~~~dans la direction de l' écol~
catéchétique, «didascalée. d'Alexandrie. De ces no­
tes il nous~s!.. seulement resté un petit passag~s- j
mis en résumé par Saint Maxime dans ses célèbres,
«Scholia ».
~
Après Denys d'Alexandrie vient GeQ!ges, natif
L c!s-Sc-ythopolis (Baïchan en Palestine) prêtre (pres­
byter) de la grande Eglise de Constantinople, cité
par Jean de Scythopolis dans la préface de PhocaS)1
bar Sergius (VII siècle), qui précède la trad~ction
wriague- des oéuvres de l' Ari:~eagite par Ser­
----
g'ius de Resaïne (Rézaïna), l'archiatros (médécin),
. .

1 •
'.­

I,r4

faite dans la dernière décade du V siècle, que


l' on trouve au Brit. Mus. Add. J 2 J 5 J et 12 J 5 2.
Le suivant en date est Je'ln de Scyth0P.2!is, puis­
que c'est lui qui a cité Georges de Scythopolis. Des
commentaires des Scythopolitains il ne nous est re­
sté que des bribes, dont une yartie est entrée dans
la préface de Phocas bar Sergius, l'autre dans le
prologue des Scholia de St. ~e.
PI:9c21. bar Sergius est donc le plus ancien~m­
j)'. mentateur de Saint Den~erès les Scyih022Jitains
. et sa préface à la traduction syriaque des oeuvres
de St. Denys a dû précéder les Scholia de St.
Maxime.
--Enfin les plus célèbres commentaires sont ceux
de SJ. M,ax.j,!lle, conservés et consultés jusqu'à nos J
jours et rattachés dans beaucoup de codes aux oeu­
vres de St. Denys l'Aréopagite. '.
De St. I\faxime et de ses Scholia je reparle­
rai dans la liste des monuments concernant St.
Denys dont j'ai fait mention ci·dessous, sous la ru­
brique de Denys. d'Alexandrie (année 230).
LES BIOGRAPHES

Les biographes grecs de l'Aréopagite s'en. sont


tenus à la relation des Menaea-"1Graeca, en la com­
plétant de quelques variantes. Le renseignement es­
sentiel que nous rencontrons dans ces auteurs est que
St. Denys fut. envoyé en Gaule par l'évêque je
Rome, Clément, qu'ils considèrent avec Tertullien
comme successeur immédiat de St. Pierre.
C'est' ainsi que S t.M é~ e,z patriarche de
cl
2 Constantinople, biographe. de St. Denys du IX
Il5

siècle, dans sa relation sur le martyre de DenYL à


~s, ajoute les détails suivants: il dit que St.
~s venu par la volonté de Dieu à Rome auprès
de Clément, qui occupait alors le siège apostolique
par l'autorité qu'il tenait lui-même de St. Pierre,
celui·ci l'envoya propager l'Evangile en ~nt.
Il avait pour compagnons: S~in, qu'il en-
voya à Toulouse, M~us en Espagne et L~
chez les Bellovaques. St. Denys envoya ensuite Sa-
turnin en Aquitaine (Burdigala - Bordeaux, Tolosa-
Toulouse, Pietavium-Poitiers) et lui·même vint à Lu-
tèce in Parisiis avec les saints Lucien, Rusticus et

-
Eleuthère. De Lutèce, Denys envoya Lucien chez
r les Bellovaques et resta lui-même avec Rusticus et
Jl Eleuthère, parmi les Parisiens. Ensuite il décrit son
martyre, subi ensemble avec Rusticus et Eleuthère,
qu'il situe le 7 Ka!. Octobris, sous le rè~ci~_o-
ml!i~D.jfr96). s ---- ~
---- l\1...LE. h..~.L~J.:
n ce Il e- (~:Jyxsn.o;), c'est à dire of·
J ficier privé auprès d'un évêque, prêtre de Jérusalem, au
IX siècle, qui, le premier, entrepris d'écrire la bio-
graphie complète de St. Denys, identifie égaIe-
ment l'évêque d'Athènes avec l' AEôtre des Gaules,
ljet, ;;- qui est plus important, fournit une li.ste com-
) plète des oeuvres du Saint et faiLillLS,t. D~Y-L le
résident de l'Aréopage, s'inspirant probablement
d'un passage de la Hiérarchie Ecclésiastique, dans la-
quelle St. Denys appelle le célébrant éponyme, et :par-
tant de là, il considère Denys comme archonte épo.
nyme.
. - Plus importante est la biographie de 'J S.l..lll.2 n
116
~~

~Lé...!..a.P. h ras te', ~ue d'Athènes du X siècle. II


parle également de la mission confiée à Denys par Clé­
ment, qui occupait alors le siège apostoliqué, et ajoute
que Rusticus é,tait prêtre et Eleuthère diacre. Il nom·
me aussi Lucien, que Denys envoya chez les Bello­
vaques, et rapporte la mort de Denys avec Rusticus .

t et Eleuthère d'une façon qui correspond en tout aux


M:enaea. et, comme les Menaea, il le fait mourir le 3
octobre. ~
. --A la même époque S u i d a s, ')ou plutôt, l'auteur
') du X siècle, qui, sous ce no~, a recueilli les frag­
ments de différents auteurs du passé dans la vie de
Denys, donne la liste complète de ses écrits, les mé·
\

J mes que nous possédons aujourd' hui, avec la diffé­


1

rence qu'il compte dans E. H. cap. II et dans D. N.


cap. XII, au lieu de VII et de XIII.
Ce qui est très grave, c'est que Suidas soulève
la question de la relation de ces oeuvres avec celles
de Proclus, ce qu'a vait fait avant lui St. Maxime dans
les Scholia. Etant donné que ce passage est d'une
importance capitale} je le cite dans sa traduction in­
tegrale: «. S cie n d u m a u t e mes t quo s dam
profanos sapientes ac maxime Pro­
clum sententiis atque inventis bea­
t i DIo n y s i i f r e que n ter e s s eus 0 s, qui n
e t i a m n u dis ver bis; und e sus pic a r i l i ­
cet, v e tus t i 0 r e s Ath e n i s phi los 0 p h 0 s,
sibi ejus 'opera usurpantes, quorum
i p s e a d T j mot heu m ,s cri ben s m e min i t,
o c cul tas s e, u t i psi div i n 0 r ume jus 1 i ­
b r 0 r u m pat r es v ide r e n t ur». (Migne, Patr.

.~ ~
II7

graec. T. IV col. 6 r r). Il place son martyre sous Tra­


jan (de 98 à r 17 J. Nous parlons plus tard de cette
liste des oeuvres de l'Aréopagite.­
. Nous, avo~s enfin u.ne yartie, d~Jivre II de.,I'Hi­
r; stolre de l'Egltse de N 1 cep h 0 r e (au XIII slec1e),
\If qui ne nous dit rien de~ouveau7'" mais nous donne
~ la liste des oeuvres de St. Deny:>, c,à·d.: .. r) De di­
vin i s nom i nib u s t r e d e c i m cap i t i bus.
2) De co e 1est i hie r arc h i a, ca pit a h à­
ben s qui n d e c i m. 3) D e e ccl e s i a s tic a
hie r arc h i a, cap i t u m sep te m. 4) Dea r ­
c a n a s e U III y s tic a the 0 log i a, qui n que
cap i t li m. 5) Rel i qui t et i am e pis toI a s
( d e c e m, qua r u m p 0 s t r e 'm a e van gel i ­
s ta e J 0 a n ni». En outre il ajoute que l'Aréopa­
gite fait allusion lui-même à ses autres oeuvres:
Th e 0 log i c a e dis P 0 s i t ion es; 5 Y m bol i­
c a the 0 log i a e; DeA n gel i é i s pro p rie ­
ta t i b li 5 et 0 r Jin i bus, et les commentaires: De
a n i ma; D e jus t 0 e t div i n 0 j u d ici 0, d e
div i ni s ~y. m n i s; et, en outre: Dei i s qua e
v-;-n-;:;- ~ IIi g- e n t i a v e 1 sen sud e pre h e n ~.
d li n t ur. Mais il ajoute que lui·même n' a jamais
i\ vu ces commentaires et que ces prédécesseurs ne les
connaissaient pas.
C<?mme nous le voyons, l'Eglise Orientale en·
tière est d'accord pour considérer St.: Denys l' A­
réopagite comme disciple d~.:...J'aul(k~mier
ou le second après Hierothée), évêque d'Athènes,
( auteur des oeuvres portant son nom, et, en même
l-temps, comm~d~t~ur de l'Eglise de Lutèce in Pa­
~. -- - -- ---
~i
118

nSlls. Elle est d'accord aussi sur le fait qu'il fut


martyrisé à Paris soit sous Domitien comme l'affir­
ment certains auteurs, soit sous l' émpereur Trajan,
comme le disent d'autres,
J' estime nécessaire de rappeler ici une objection
qui, bien qu'elle paraisse stupéfiante, n'est pas de­
pourvue d'importance.
Nous trouvons dans la passion de St. Denys des
détails qui pourraient, non sans raison, provoquer quel­
que doute sur la réalité même de l'existence du Saint
à Paris; ce sont les noms donnés à ses acolytes:
V-HL .lJ Rusticus et Eleuth...:rius, qui sont des épithètes du
dieu même Dionysos. Ce qui donne le droit à l' hy­
percritique d'en déduire que St. Denys n'a jamais
existé à Paris et que ce n'est qu'une transposition
du culte du dieu Dionysos et des solennités où il
,était fêté sous les noms de Dionysius Rusticus et
Dionysius Eleutherius.
Pour dissiper cet équivcque je n'ai qu'à rap­
peler les points suivants:
II n' y a pas 'de doute possible sur le fait de
l' existence de St. Denys l'Aréopagite, prouvé par
les Actes des apôtres, les témoignages de Denys de
Corynthe, rapporté par Eusèbe, les Menaea, les Mar­
tyrologes latins, et la tradition constante de l'Eglise.
Quant à savoir- si St. Denys l'Aréopagite est
vraiment l' é"vangélisateur des Gaules, nous ven~s
d' y répondre par l'étude sur l'identité des deux
Denys. '
. Mais ce qui déroute ce sont les noms des deux
acolytes, Rusticus et Eleutherius, qui sont proba~e.
I19

J ment des noms conventionnels appliqués à deux mar­


tyres anonymes, comme cela arrivait quelquefois dans
lespremiers sièclesde l'Eglise et au moyen·âge; comme,
par exemple, les noms donnés aux compagnes de St.e
( Ursule à Cologne. D'autre part il nous est connu
que les noms de Dionysius et d' Eleutherius, dans
les premiers siècles du christianisme, étaient fréquem­
ment porté, par des ecclésiastiques illustres; citons
( Denys de Corinthe, Denys d'Alexandrie, le pape De­
nys et un autre pape Eleuthère.
II ne faut donc pas s' etonner qu'ignorant les
noms de ces deux martyrs on leur ait donné, par ha­
III bi:ude ~'as.socier ces trois noms, les qualificatifs du
NfI
J\IJ DIeu DlOn):.~os. .
St. Denys est un des saints les plus vénérés
de l'Eglise Orientale, et, maintenant encore, le mona­
l stère le plus important du mont Athos s~le
I 1 d0i. Aux pieds de l' Acrop;le se trouvent I~i­
{ff], - ( nes d'une antique église dédiée à St. Denys, la rue
f/, _( prrncipale conduisant sur l' Acrop()~e s'appelle h n
. nom, et enfin, une église latine récemment construite
iJ
- ( (A.thènes lui est aussi dédiée. L'intérieu~cet­
te église-;St ornée de fresques réprésentant les é­
N~ _ pisodes saillants de sa vie, inspirés en grande partie
de ses. oeuvres et de son martyre à Lutetia in Pa­
nSlls.
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LES MONUMENTS SCRIPTURAUX


CONCERNANT
, .
LES OEUVRES
,
DE ST. DENYS L'AREOPAGITE

. Depuis les premiers temps de l'ère chrétienne,


J'inAuence de Denys l' Aréop~ite s'est fait ressentir
sur toute la pensée grecque, ta nt chrétienne que
1\. payenne, tant catholique qu' hérétique. Ses paroles
ont été transcrites, repr~.s et paraphrasées, pour
/) )[ la pllipart d'une fa on (anony~è) à cause de la di­
~c~line d~et; mais quelque fois aussi nomina­
'L f( !.~) dans la correspondance privée ou dans des
discussions avec les hérétiques et dans les commen­
taires. Il est même prouv.é par les anciens pères qu'il \
fut commenté déjà au III siècle et qu'il fut cité com­
me autorité au IV, dan~;ons du concile de Nicée.
- -==­
Considérant que, dans l'investigation historique,
J'enchaînement des faits dans la suite des temps a
une grande influence sur la manifestation de la pen­
sée de l'Aréopagite dans la littérature de tous les
âges, j'ai disposé les monuments scripturaux con­
cernan t St. Denys l' Aréo~.agite dàns l'ordre chro­

Il nologique, en plaçant leurs auteurs aux années de


leur élection aux sièges épiscopaux ou aux- années
de la composition de leurs oeuvres principales.
--. Les a~nées de ceux des monuments. dans les­
quelles se trouvent. des citations précises des oeu­
vres .de Denys et où on le voit nommé de son
p!,opre nom sont soulignées. .
"

12 4

§ I. Ce n'est que pilr les o;.,uvres de Denys que


c3) 1, on connalt A H '1 e, rc:OtA Il e' e et que 1ques
. son maltre
fragments de ses écrits. II s· en suit que, partout où
l' on rencontre le nom de Hiérothée, cela constitue
en même temps une preuve de l'existence des oeu­
vres de Denys l'Aréopagite dans les pays relatjf~ et
de leur connaissance à la même époque.
Voici q~elques monuments relatifs à Hiérothée:
1) Le' Cardo I\!a.i (Spici1. Rom. III 704 ft) a
publié un fragment arabe de Hiérothée, disciple
des apôtres et évêque d'Athènes. Langton (a. a. o.,
1894. s. 39 A.)­
2) Plus loin, il remarque que dans la Bibliothè­
q tle du Vatican se trouvent quatre anciens calen­
drier~ S~rien~ de Karch~u~.,.. dans lesquels .Hiérothé.e
Jest mentIOnne comme discIple de St. Paul 'et ( magi-
ster Dionysii Magni». ­
3) Le père Stiglmayr nous parle d'un c~talogue,
découvert en 1600 à Constantinople par Antoine
Possevinus, dans lequel on mentionnait une: «Exp li­
1 catio S. C)::riIIi Archiepiscopi Alexandrini in Hiero­
1theum Areopagitam».
4) II se trouve aussi, dans le même cataloglle,
\ un autre «manuscriptus» portant le titre : « Sancti
1 Hierothei sive Dionysii Areopagitae ep. Athe~iensis,
theologicum: Hierarchia et mystica Theologia».
5) Le Brit. Museum à Londres possède un ms.
syr. sous le titre: «Le livre du St. Hiérothée su:jes
JYfystères cacbés de Dieu, avec un commentaire du
patriarche Théodose d'Antioche (887-896) li) ; mais on
ne retrouve pas dans ce livre les endroits cités par D.

\
!
1:

i 12
- - - - - --'-----------=­ 5

l' Aréopagite ~es écrits de Hié~othée qui portaient


le titre de: «Hypotyposes théologiques et les Hymnes
d'Amour». On suppose que ce livre est d'un héré­
tique quelconque.
6) Ségovie en Espagne veut avoir Hiérothée
pour fondateur de son Eglise ( 0 7 l et le fait
/ J1 mourir en ]' élnnée 84.

CD § II. St. I~naceCbd'A~tiocl~e disciple de St.


Jean, 3ème évêque cl' Antioche (79) après Pierre et
Evodius, martyrisé à Rome en J07, dit Théophoros,
. ( dans son épître aux habitants de Tralles, nomme les an­
ges par les lJlêmes no~ue D. l'A. et s'exprime
presque de la même manière, quoique plus briève·'
men't, que celui,ci dans l~. H. cap. «Res super­ 'JJ:
coelestes. et angelicos ordines, et archangelorum et
exercituum differentias, virtutum et dominationum di­
scrimina, thronorum et potestatum distantias, saeculo­
rum vero magnificentias, Seraphim et Cherubim excel­
lentias. (Ses choses supercélestes et les ordres angé­
liq ues, des différenées des àrchanges et des armées,
des vertus et des dominations, des trônes et des.
puissances, aussi que des magnificences des siècles et
les excellences des Séraphins et de Chérubins). Con­
D~,x 6110 sultez ~ni DeJ.r.io: Vindiciae Areopagiticae (Migne,
Patr. gr. IV, col. 958).
,: «Til È;toUPC%vICX 'Xcxt -cètç &ns).Iy.ilç -cci~SIÇ, 'Xcxt -cilç -cwv
&pxcxnD.wv, 'Xcxl o-cpcxuwv é~cx)),cx'Yriç, ouvcillsWV -cs' 'Xcxt
'Xupw-c*wv olcxepopciç, -&po'Jwv -cs y.cxt È~OUOIWV 7tcxpa).Î.cx.
yciç, cxlw'JWV oÈ IlsycxÀo't'YJ'tcxçj -cWv -ca xspou~tfL xcxt oapa­
eptll 'tilç um,poxriç, -cou -cs II vsullcx-coÇ -c'iJy uCP'YJÀ6-c~-ccx, 'Xcxt -cou

• _; l
. . . . l'._"
126

Kup!ou 'rflv ~M~)'S!av, y.al ~nl 1ttÏOl "to "tou nanoy.F(X"to­


roc;, Beou ànapa&s"tov ~.
Dans sa lettre ad Phil. il parle de la source ,de
la puissance et de la dignité eplscopaJe. Il nom~e
aussi les évêques il-ê6c;" 2V&SOc;,. Dans sa lettre à Po­
i !'Iycarpe il parle de Jésus comme d'un athlè_te ain­
si que Denys (E. H. II, 6).
-==- CD
J § III C 1é men t ae Rom e: Let t r e sap 0 cry ph e s
a) Lettre encyclique ~mO"toÀat ~r'X.l)'x.),~O~ sur la
Virginité rapportée par Bardenhewer t. II p. 29Y § 73
mentionnée par Epiphane (Haer. 30, 15) et Jerôme
(adv. Iovin. 1. 12).
b) Lettre dl! mtme Clément adressée à De­
nys l'Aréo~ite sur l' histoire des moines, mention­
née par Maruta de Maï9arkat, historien Syrien du
IY siècle rapportée par le P. Stiglmayr (IV Jahres­
bericht des Privatgimansiums ander Stella Matutina
zu Feldkirch 1894-1895. Feldkirch 1895 p. 95). Bar­
denhewer se pose la question si cette lettre doit être
identifiée avec la précédente, et estime que c'est dou­
(.teux. On voit que Bardenhewer n~ est pas explicite
dans son doute sur l'authenticité des deux lettres.
Il attribue l'encyclique apocryphe de Clément au
III siècle, ou, au plus tard, au début du IV siècle.
C'est indifférent pour nous. L'important est qu'elle
'sera toujours antérieure à Proclus.
c) LaI e tt r e (a poe r y ph e?) de Clé men t
de Ro.me à Denys l'Aréopagite
En 400 Maruta de Majuma, évêque de Maiparkat,
écrivit une histoire du concile de Nicée qu'il en­

1
12 7

...
voya à Isaac de Séleucie, où il énumère, comme nous
refère le P. Stiglmayr: « 20 Canons authentiques et
73 canons apocryphes (vermeintliche)~. Cet ouvrage,
éOnservé en partie parmi les manuscrits de la Pro:
paganda Fide (K. IV. 4 p." sŒ), contient à la page
11
22 le passage suivant: •
« Clément, disciple de l'apôtre Pierre, qui, après
!' apôtre, fut premier évêque de Rome, é0vit une
lettre à Denys évêque de l' AréoRa~isciple de
li
" Saint Paul etc. Le P. Stiglmayr fait la
1>. remarque
suivante: «le fait qu'une telle épître du très véné-
ré Clément de Rome à l'Aréopagite était déjà ré-
pandue au IVème siècle parmi les chrétiens et qu'el-
le fu t insérée dans un ouvrage d'un évêque syrien» ,
[nous conclurions à la place du P. Stiglmayr];
( prollve suffisamment qu'au III siècle et au début du
l IV on a connu et apprécié les écrits de De-
nys !' Aréopagite -. Mais ce n'est pas là où tend
le R. Père: tout au contraire, redoutant cette con-
clusion qui se pose d'elle - même, pour dérouter :ses
lecteurs et leur ,voiler la vue, il commence à cet en-
droit à divaguer sur je ne sais quel sujet en don-
nant à son bavardage une apparence scientifique et
il poursuit: « (la lettre de Clément à l'Aréopagite)
pourrait donner à quelqu'un l'idée d'attribuer aussi
bien à Denys une dissertation sur les thérapeutes com-
1 me on la trouve dans la C. H. VH ... etc. ». Mais
j.
JI ne perdons pas notre temps à réfuter des 'palinodies
1 pareilles;" mes lecteurs pourront s'en rendre compte
dans l'original allemand que je donne dans la suite
. avec une explication juxtalinéaire.

/ .. :'-.
w
• 128

Le fait est que Stiglmayr lui-mê·


men 0 usd 0 n ne en mai n, une p r eu v e·
qui r env ers e de f 0 n d e'n co m b 1e sa
thèse que les écrits de Denys furent
composés au VI :;)ècle.
~.-:::(-=
C-=,===-- § IV. A. 1 sa. Pol tf
are e, né en l'année 100,
'0 martyrisée et mort à Rome en 155-6, ordonné évê­
que de Smyrne ~r St: Jean l' ~.EQE'e en personne,
) fait mention de Denys l'Aréopagite dans une épitre
1 ~.h~ni~..!ls, d'après St. Maxime, confesseur et
martyr, commentateur des oeuvres du même Denys.
Cette lettre n'a pas été retrouvée jusqu'à ce jour, ce
qui n'empêche pas Bardenhewer d'assurer qu'elle
était fausse.
§ V. A. I50.,T h é 0 p Il i 1 e, évêque d'Antioche,
CS) premier après Denys, emploie l'expression de ~Trias»
e;;pa;:lant de la divinité. r

-=::::----­
- §VI.A:. 172. Melithos de Sardesen0­
Q\
.die, vénér' rofète, plein du Saint Esprit, comme nous
r~onte usèbè'\(Hist. 5', 24, 5) qui mourut en 194,
était un écrivain' fécond, mdis, de ses oeuvres, il n'est
resté qu'e quelques fragments. On lui attribue un récit \
S~!_~ dorm:ition de la Très S~inte Vierge: pareÜ~iJ
de D~ny:), dans des manuscrlts:'{f~~~let~e~.
FIN DU II ET ÇO:M~!ENCE~!ENT DU III SIÈCLE

t § VII. A. Clémen t d' Alexandrie (a~­


200.
trement dit Titus Flavius Clemens) est né ainsi que De­
nys l'Aréopagite à Athènes. Prêtre de l'église d'A­
lexandrie (presbyter) et préposé au Didascaleïon de­
puis 2'00. Il fit, comme d' ailleurs' t~llte l'élite de la
---- -- .,..- -----­
...;,... - - --.----_
jeunésse grecque, de fortes études philosophiques et,
- .
~,":--::'"

J29
'~l!

pour compléter son instruction, il effectua de nom­


breux voyages en Asie Mineure, -en Palestine et en
Egypte -où iL;'- étabTIt définitivement à Al~<lrie:
il y suivit l'enseignement de Sain~anthèn~) le fon­
dateur de l'école catéchétique d'AleXânârre: Peu à
peu, de disciple devenu substitut et de substitut son
collaborateur dans l'enseignement, il fmit par deve­
nir lui-même préposé de l'école, après la mort de
Panthène vers 200. Ses plus celèbres élève~ furent
0ig§~ et e§imonius Sac~, le maître d~,et \
par celui-ci le père de toute l'école philosophique
que nou, avon, l'habitu de d'appel ec néoplaton icienn e. ;

~J
L'activité litté~aire toute entière de Clément Sost
-
pénétrée de l'esprit de Denys. Il lui ressemble dans
-~ --­
son raisonnement, dans son style. jusque dans ses
expressions, de manière que nous sommes obligés de
le considérer. comme disciple immédiat dëla philo­
sophie dionysienne'. Cette influence de l'Aréopagite
në pouvait poin't ne pas réagir sur QCmmonius .Sacca~
en premier lieu et, par son entremise, sur son plus
célèbre disciple~ C'est d'autant_plus ceE.tain
que, d'après ce que nous dit CPorphy~; (plo~ a 1 ~~
toujours cherché à rester fidèle aux p-incip~e son
maître. C'est Porphyre qui nous fait èncore savoir que
Ammonius Saccas, dans sa jeunesse, é~ait chré·
tien, mais, à peine s'était-il voué aux spéculations
philosophiques, qu'il ne tarda pas à revenir à la reli­
J\ gion légale « d' Étaty [nous dirions nationale]; tandis

qu' n reproche àWrigène d' avoir t~ahi la philoso­

) p.hie -pour~enrichir e ses dépouilles'la doctrin~ ~hré-


1. tI<~nne. - __ ' . ,.
_ 9


13 6

Malgré la ressemblance spirituelle entre Clément


et Denys, on remarque une grande différence dans
leurs dispositions intellectuelles. Pendant que Clément
l, se révèle comme un essayiste de talent, Denys est
)\ un esprit foncièrement systématique. Ils se diffèren­
cient également en ce, queC,~~.~!> comme~-
~ avant lui, plein de véq,ération et d'enthousiasme
NI'1, j/t1 pour la philosophie grecque, considère ouvertement
JJ. Platon comme précurseur de la révélation du Christ,

l, pendant que Denys tâche de faire dériver toute sa


\ philosophie uniquement des textes des Écritures.
Est-ce peut-être qu'en sa qualité de disciple de St.
Paul, se trouvant à la source même du christianisme,
il a voulu marquer d' une mani~re plus tranchée
la distinction entre les deux doctrines et, raisonnant
par des catégories de la philosophie grecque, il crai­
gnait de se l' avoUl:r à lui-même. ~
La parenté spirituelle entre Denys et Clément
ressort non seulement de leur culture philosophique,
mais aussi du motif de leur conversion. Nous pou­
.. vons nous en ~endre compte clairement par k célè­
bre passage du dialogue avec Triphon dan<§!. Jllst~)
qui, en adepte de la pllTIosophie grecque, se trouvait,
par rapport au christianisme, dans la même situation
qu~~etCS:léme0d'Alexandrie. .
Ce n'est pas pour des raisons purement morales
que les disciples zélés de la philosophie grecque ont
embrassé le christianisme, ni par un sentiment d'im­
puissance à vaincre le péché qu'ils ont été conduits
\ aux pieds du Christ, mais, avant tout, par la soif de
IJ, ri, jJJ vé.rité, du Bien et du Beau, et par le désir d'arriver
I3 I
"'i
1 à voir Dieu et de s'unir à Lui. C'est ce que la
Ifrs JI ~sée humaine, livrée à elle m'ême, n'a pas pu leur
donner. Quand la philosophie néoplatonicienne tenta
de satisfai re ces aspirations, il était trop tard; elle
ne pouvait qu'imiter le christianisme, la théologie
chrétienne ayant absorbé dans son sein tout ce q;li
,N'J ) il Y avait de grand et d'élevé dans la pensée grec­
que, l'ayant illuminé des lumières de la nouvelle
rbélationt on sentait que ces philosophes n'étaient
pas si ncères et le plagiat était trop manifeste? L' é­
'llitë grecque préféra se tourner vers la so~rce ~e
1 de toute vérité, vers la révélation du Christ.
Tel était le procès psychologique de la cot:lver­
sion de ces illustres personnages. Un certain passage
de ~ est caractéristique parcequ'il illustre la
maniere de penser d~~t, avec lui, des premiers
écrivains écclésiasti ues ui avaienttoute-Vlve dîns'
la mémoire la tradition primitive_deJ.:..- glise.
- Clément s'éxprime donc ainsi en parlant de ses
maîtres dans ce passage si plein de sentiment et de
subtilité stylistique: «De ceux-ci (de mes maîtres),
dit-il, l' un était en Grèce, il était Jonien; le second
en Grande Grèce, il était de Célesyrie ; le troisième
provenait d' Egypte, les autres étaient en Orient,
dont l' un était de Syrie et l'autre habitait la Palé-
V stine, il était Juif auparavant. Il y en avait encore un
dernier que j'ai trouvé retiré en Egypte. Comme il
surpassait tous les autres en importance, je suis ré­
sté auprès de lui. J~EEellel-ài l'abeill.e de Sicile,
- car de's fleurs qu'il a cueilli chez les prophètes et les
. apÔtres, il a p'uisé le miel d;ïa vr;ie- science qu'il
---. -- - - - --­
, .
"

~32

versait dans les âmes de ses auditeurs. Ces maîtres


ont fidèleme~t conservé la tradition de l' enseigne­
ment parfait' qu'ils ont reçu en héritage comme une
succéssion passée de père en fils, depuis les saints
apôtres, Pierre et Jacques, Jean et Paul. Grâce à
Dieu, leur descendance est arrivée jusqu'à nous Rour
déposer en nous la semence des apôtres nos ancêtres»
(2, l, p. r r).
Ce passage de Clément- d'Alexandrie est très
important, car il nous permet non seulement de con­
naître comment les premiers Pères de l'Eglise en­
v~gaient la tradition, mai~ aussi parceque tout le
monde, en commençant pa~J est d'accord pour
reconnaÎtre~thè~dans ce dernier maître dont
Clément parle avec tant de chaleur; saint Panthène,
fondateur de l'école catéchétique d'Alexandrie, maître
.--
et collaborateur de Clément, maître non seulement
~ri~n~ mais aussi ~"A.mmonius· Sacc"âs) auquel
Plotlri)emprunta la connaissance des dogmes chré­
tiens. De cette façon on peut considérer jusqu'à un
'1 certain point~I'Aréop-agifè)commeun des mal­
tres de Plotin, mais on parlera de ceci lorsque nous
traiterons du. rapport de la philosophie néoplatc,ni.
cienne avec les oeuvres de Denys. Nous trouvons de
nombreuses similitudes chez les deux écrivains, entre
autres: comme De~s, qui ~'adresse dans ses oeuvres
)1 seulement aux ge~Lqui ont atteint les Elus hauts
degrés dé l'imitation et dé l'illumination, ainsi Clé-
ment, d;~s les deux -derniers chapitres de ses Stro­
J\ mata s'adrésse seulement aux philosophes.
Chez Clément s~ul nous rencontrol}.~Ja d~I!..omi-
133

nation de «thérapeutes. que Denys -=mploie pour dé­


sig~res moines, et que nous trouvons che~
d'Alexandrie, qui indiquait par le mot « thérapeutes»
des hommes menant une vie ascétique aux alentours
d'Alexandrie, dans lesquelsjêrô~;'et~ ont vu
les premiers adeptes de S~arc. D autres con­
sidéraientleur institution comme le premier ordre
monastique formé au sein du christianisme; c'est
l'avis du célèbre historien de l'école d'Alexandrie
Jules Simon (T. 1 p. 114): il dit: «Il est vrai que
les maximes morales des thérapeutes, leurs coutumes,
leurs rites, les noms mêmes des dignités et des em·
plois qu'ils conféraient aux membres de leur institu­
tion, rappellent exactement ce que nous savons des
premiers monastères chrétiens».
~int Epj~a confondu les Esséniens avec
les thérapeutes et il regarde les uns et les autres
comme des juifs; pourtant les historiens modernes
juifs (1) et les dernières encyclopédies juives se re­
fusent à voir en eux des adeptes de leur religion.
Nous rencontrons plus loin une mention impor­
tante de@meE-V conservée seulement dans le texte
latin du commentaire aux Saintes Ecritures sous le
titre de H)'po~YEoseis CfitOTtJ'itr.Î)(,ètç;), disparu ensuite, 1~
pour comprendre notre Denys l'Aréopagite, et dans
lequel il dit que Jésus Christ a comuniqué un en-)

~
! seignement secret à trois apôtres au moment de la
\ 17ansfiguca'ion. Ceux·oi à leu, 'ou, on' lcansmis oes
enseignements à d'autres apôtres; c'est pourquoi

-.. (1) GR;.:-iZ ET KLAUSNER

"u

·C
134 __

Cl '
~e

pen~à
~ rapporte SI. -souvent, d e meme que S t.
A

la tradition des «anciens» (6+XC([C( 1tC(Fcico­


j
m;f,Ce que les négateurs de l'Aréopagite ont trouvé
très suspeèt.
En jugeant des fragments des commentaires ~ 131
1 qui nous sont parvenus, on voit que l'interprétation
ldes Ecri~~ tout autant allégorique .9.ue chez~
J~ nys l 'Aréop~g~ et avant lui chezCÊhilE
.--..... Dans son célèbre ouvrage les <1. Stromata »,(t'il

)1 ~) se tient à la même méthode que ~,I la

.-/' première'" partie est consacrée à la conversion des

payens;~lle porte le titre de « Protrepticus ». Denys

)' appelle «]' illuminatio lI, c'est à-dire: préparation

.... au baptême; dans.lautre '!-pa,.:tie « Pedagogus», Clé­


ment s'occupe de l'éducation et non de l'enseigne­
ment, cela veut dire de la préparation à la vie chré·
tienne par la discipline, et I~Tb~onde ~epte
des mauvaises inclinations et habitudes. Enfin la der­
J
nière partie dexalt-êtLe- dédiée à la.] contemplation, j
et répond à la « theoria li dyonisienne. .
« C'est airisi que le Verbe, dit Clément, vou­
lant graduellement accomplir notre salut, suit une ex­
cellente méthode: tout d'abord il nous~
(1tpo'tpbwv avw{}'sv) ensuite il nou~) (E1tEl1:C( 1tctl­ 2
Ôctî'wî'wv), enfin il not1.sjnstru~t' (Sitl1tàcr:v éXClôriox.w'/)>> J
(Pedagogus l C;:, 1).
Dans la dernière partie, le maître ou «d-ida~a­
J - los }) initie 'S0n élève aux arcanes de la haute scien­
ce et l'introduit dans les plus hauts mystères.
~ • Les symboles jouaient encore au II s. un rôle
13- )J tout aussi important qu'au teI!!ps de l'Aréopagite.
- ' - ­
135

C'est que dans les mystères .,grecs sè sont réfugiées


I\~
1 1~lus hautes aspirations réligieuses de l'âme grec­
1 q~_. Il ne faut donc pas s'étonner de rencontrer
à e:-.haque pas chez <fitme~ de même que chez St.
eny.§l des allusions aux mystères. C'est de cette
manière que ~ a entrepris d'amener, peu ~
peu, pas'à pas, son adepte aux plus hauts mystères
chrétiens, à la façon des trois degrés d'initiation aux
mystères payens, par la lustration, aux petits mystè­
(
res et des petits mystères aux sanctuaires.
-- NOlis remarquerons en passant que les célèbres
critiq~_a,llemands imputent ~~tout aussi bien
Ù
d
Il
qu' à lDen)~ l 'Aréopagite, qu'il est plutôt un philo­
sophe 'Stoïcien et platonicien que chrétien. Il se ré­
pète le même cas que les maçons et les protestants
sont, comme on le dit, plus catholiques que le Pape.
1.1 Il est évident que, étant athêniens, cêïémen1;) ainsi
r-I - \ que ~ parlent la langue des phiÎOsopne; et des
mysteres. . _ _.
En ce qui concerne leur style individuel,( Clément jf
et ~"s, se ressemblent beaucoup. Par exem~- \
lant du baptême: « et lorsque nous avons été renou­
levés par le baptême, nous avons reçu ce qui est
meilleur', car nous a~ons été éclairés (cela veut dire
nous avons connu Dieu»). - Clément se sert le
premier, après Denys \,Aréopagite, de l'expression
« extasis» que Philon a employé avant eux. - Pour
désigner les fonts baptismaux Denys emploie '\' ex­
pression (!i~'tp<X 't'i)ç U[O&éOêWÇ) c. à. d. le sein mater­
nel recevant le fils (XplCl'taç). Clément d'Alexandrie dit
tout"court (!i~'tp<X üO<X'toç) et Cyrille de Jérusal~m s'ex­
13 6
',,-:

plique d'une manière plus longue et plus claire (uowp


xcd 'tclçpoç -liflrv ZYZVE'tO XIX: fl~'tr,P ·Cat. 20 myst., Mgr.
33. lO80 c). L'emploi de la même expression dans
des cas analogues chez Clément d'Alexandrie et Cy­
riUe de Jérusalem, est une preuve de l'ancienneté de
l' éxistence de ces écrits déjà dans les trois premiers
siècles de l'époque patristique. Clément d'Alexandrie
(Strom. IV, 25) a recours aussi à la grandiose con­
ception du cycle de toutes les forces en Christ ow'trJp
qui est A et Q (;dû~;; 7tIXOWV 'tW'1 ot>vclflEWV XplO'tbç
A~Q).
Ainsi que Denys l'Aréopagite, Clément d'Ale·
xandrie nous présente dans de magnifiques tableaux
l'union de toutes choses, comme eUes émanent du
Verbe de Dieu. selon le rang qu' eIIes occupent et
comme eUes transmettent la force reçue d'en haut. II
compare cette union à l'aimant dont l'action se pro­
page à travers une multitude de cycles jusqu'au
plus éloigné, de manière que tout se tient continuel­
lement à la première cause.
Clément (Strom. VI, 1,3, M. 9, 328 c.) voit aussi
dans les degrés des dignités écclésiastiques d'évêque,
de prêtre et de diacre, l'imitation des hiérarchies an­
géliques. S'appuyant sur différents passages des Ecri­
tures, tout aussi bien que Denys l'Aréopagite, il ex­
prime, l'opinion que la hiérarchie écclésiastique est
un reflet et la prolongation de la hiérarchie céleste.
II relè~e l'action des cycles et des sphères supérieu-'
res sur les inférieures et distingue trois de ces sphè­
res dans lesqueIIes il place les hommes (1. c. 9, 412)
Clément (Strom. 6, 15; M. s. gr. 9, 349 B; 356 c.)

, '.,.
i - ••
I37

et Origène (De principatu M. s. gr. 1 J, 373 - 376)


expliquent la raison pour laquelle ils se servent d'ex­
pressions symboliques pour désigner les choses spi­
rituelles, comme le fait Denys l'Aréopagite dans Ep.
g. - Après Denys, Clément d'Alexandrie recoman.
de de faire usage de définitions négatives en parlant
de Dieu (Strom. 5, I I , 1 2 ; Ms. gr. g, lOg A 116
B.). St. Basile et St. Grégoire de Nysse expriment
la même' opinion.
Les comparaisons avec le vestibule et l'intérieur
du Sanctuaire, qui se trouvent chez Denys dans la
Hiérarchie Angélique et dans les Noms Divins, sont
aussi employées très souvent par les Pères de l' E·
glise et naturellement aussi par les néoplatoniciens
qui les imitaient. St. Basile (Hom.. 2 in hex. 1; M.
29, 28 c), Chrysostome (de Corn. psalm. l, 6; M. 47.
402) nous exposent .aussi l'introduction graduelle à
la connaissance de la vérité. - Clément d'Alexandrie,
~insi que Denys ]' Aréopagite, ne tient pour vraies
que les assertions qui sont appuyées sur le témoigna­
ge des Ecritures; s'il donne quelque fois une impor­
tance quelconque aux écrits des philosophes, c'est
qu'il suppose qu'ils ont puisé ces vérités dans les
Ecritures.
Tandis qu'il est douteux que le Logos de Phi­
lon soit personnel, le AÔl'0ç chez Clément, comme
chez Denys, est Jésus Christ: Ou,cç yo::Jv 0 Aôyoç (;
Xpl':rt6ç (Prophet. S' 7). Il l'appelle: ;i"fll-L(O~py6ç, àpXl€­
P€UÇ, aw,~p.
Clément, ainsi que Denys, n'emploie pas tou­
jours le mot 8€oç dans le sens absolu, quoique tou­
.';.,J
13 8

jours dans un sens très large. - Clément dit (4 Strom.


156): (( Dieu ne peut pas être prouvé. Réellement
il n' y a rien de plus difficile que de raisonner sur
Dieu, car il nous est dejà difficile de comprendre la
cause des choses et d'autant plus la première cau­
se qui est le principe de la provenance et de la du­
rée de toute chose. De quel auteur est-ce, ce qui
n'est ni genre, ni espèce, ni idée,ni attribut, ni nom­
bre, ni accident, ni ce qui est lié à l'accident? Nous
ne pouvons pas appeler Dieu le tout, parceque le
tout contient en lui la grandeur, ei: Lui est le père de
tout. Nous ne pouvons pas parler de ses parties, par­
cequ'il est Un et l'unité est indivisible, donc Il n'a
pas de limites, non parce que nous Le consJdérons
comme incompréhensible, mais c'est parce qu'Il n'a ni
espace, ni limites et qu'Il n' a pas de forme' et ne
peut pas être nommé. Quand nous Le nommons Un,
Bonté, Sagesse, l'Être en soi, ou encore Père, Dieu,
Créateur, Seigneur, aucun de ces noms ne Lui répond.
Nous employons c,es beaux appellatifs s~ulement parce
que nous ne pouvons pas trouver le vrai nom
et nous craignons que notre pensée ne s'égare. Au­
cuq de ces noms pris en lui·même, n'exprime la di­
vinité, pris ensemble ils expriment sa puissance. Nous
désignons les choses où par leur qualités ou par des
relations des unes aux autres; par rapport à Dieu.
~.
nous ne pouvons pas le faire. Nous ne pouvons pas
non plus définir par la méthode discursive, parce que
celle-ci s'appuye sur des principes précedents et mieux
connus. Or rien n'existe avant l'incréé. Il en rest~
donc qu'on ne peut avoir une conception quelconque
I39

de l'inconnu que par la grâce de Dieu, par le Ver­


be». Il apparaît clairement que tout ce raisonnement
concernant la connaissance de Dieu par la négation,
est inspiré de Denys l'Aréopagite, de même que cette
magnifique comparaison de la vie gnostique avec ceux
qui pour s'approcher du navire tâchent de tirer
l'ancre.

SAI:\T DE:\YS SAINT CLÉlIlENT

"Qo"sp s!ç vaùv ÈI.J.~s~"'fJ' Kdhimp oùv EV &cû"i't·


X61SÇ xat àvtsZél.l.svo~ lWV '1) àr:9 àyxupac; ,ovoul.l.svo~
2"1.. 1~ 'IOÇ r:slpac; el; Y, fiaC; È'X.­ ghoucn I.l.sv lYjV ayxupav,
UtvOfisVWV "St::;fi~hwv, 'l.at oùx 2XS[WjV os Èm::mwV1a~,
oTo'l -fll.l.Tv elc; àVTO,"f,~~V Ë'x.­ àU'Éaul0ùç Èr:1 111'1 aY'l..lJ­
è~aol.J.s'/wv OÙ'l.. Èq;'Y,lliC; ..r,v
l'av. O(hwç 0[' xatà 10'1
r::hpav, à)'.X -~I.l.iç atfroùc; yvwow(.Ov ~[ov Èmar:WfieVO~
'tOV 8eOY, Éau'toùç Z),a{j·ov
n'fi ,n-~&et 'l..al ,-rjv 'Iaùv
TCpoaayal.l.evo~ r:pOC; 10'1 8s­
È"l ;;-~v ..s'l'av ,-po(n/yo­ av. 8sov yàp (; {j'spar:8l')wv
fleV (D. N. c. III). sau'tov ih:pC1.7tEUa (c. vn).

Voici la traduction du passage de Clément, don·


née par l'abbé Vidieu: «De même que ceux qui sont
retenus au-dessus des flots par les chaînes de l' an­
cre, tirent l'ancre à eux, mais ne l'attirent pas à eux
et sont plutôt attirés vers elle, de même ceux qui,
dans la vie gnostique (obtenant le don de science),
cherchent à rapprocher Di,eu de leur exprit, se por­
tent eux-mêmes vers Dieu sans s'en apercevoir. ,Car
celui qui s' occ 11pe de Dieu est utile à lui-même:ll.
L'abbé Vidieu ajoute: «Donc là où Saint Denys
dit: alç vaùv EI.l.~e;3"'fJy.alEC;1 Clément dit: o( EV &a),ci't't1),
';1 -.
.;
~. , '. . . : ":.~'::ll·~~ '"'-7:'-r
. , ; . 0'­ ~:;
" .~ '.

14°
....
.: ...
où le premier dit: ànEX6f-LêVOL••• 1têL0f-LtX'tWV, le second,' ,
dit plus brièvement: à1t~ &yxupaç 'tovOUf-LEVOLj où' Saint
Denys dit: Ë1tl 't~v 1tS'tpav, Clément !Jlet, à la place:
€/tl 't~v ~YitllpaV, à l'ancre, et ce que Denys applique
'.,
à ceux qui pri~nt Dieu, Cléme'nt l'applique à ceux qui
"
vivent pieusement' et s'adonnent à la contemplation~
Voici ,encore d'autres similitudes entre Clément
et Denys:
Cléme~t d'Alexandrie et Héraclide évêque de
Cappadoce (Historia Lausiaca M,34, 1002) s'exprimen~
de hi même mani~re que Denys l'Aréopagite sur le
rayonnement de la lumière divine (C. H. chap. II, I).
Clément d'Alexandrie devait avoir en main les
œuvres de Denys lorsqu'il ,a employé le mê,me jeu
de mots ~î'î'P<X1t'toç et ~ypa1t'toç.
Clément d'Alexandrie s'exsprime de la même fa­
çon que Denys lC. H. cap. VIII, 2) sur l'ordre mer­
veilleux de la hiérarchie céleste (voir Hypotypo'seis).
Clément d'Alexandrie (Strom. 7, 12, M 9, SIS A) ,
dit tout comme l'Aréopagite (E. H. èap. VII, 3) àôû..- ' , , '

epot x<X'tèt 't~v of-LoeCôêL.<XV.


,',n:; ~,_Clément d'AleXandr'ie (Str.om. 6, ~ 3, M 9, 3: 8 c)
t.r,yg,t
f déjà dans les. degrés hiérarchiques d'év.êque, dè
. ~ erêtre et de diacre un reflet de la perfectlon angélique.
.-'"
~ \

f' ' '. Comme chez !' Aréopagite (E. i-I,' cap. y. 7), ,de
même ,chez CléI)lent (Strom: S" 6, M. 9, 6 A), nous'
apercevons'une ce~taine confus!on da~s ia description
de~ attrib~ts, des chérubins et' des sérapl)ins. ': 'Z.:..:.·~
~ -. . ~ . . . . ~. . ...;,';' - :_::.'~. ~;-: 1..:. -:.:~ ~/ '.~' .. _ . • . : .J,.: _ ..
:-t. '>, _
§ YIILA..20'3., L'A n g.é ,1.01 og i?
d' <2 ri~ è ~ e, , ' .
_ , ' p.rép~s~ ~ep~l1s 203 çlu Dlda~calée d,Alexandne, ,res·,::; _' :~
i~~< c ' • semble beaucoup à~cell~ 'de }?~ny's-, l' A·réopagite.:" '.~:':,:,.~::~':':',

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14 1

Dans une des homélies «Homilia) 2 «De di·


versis in. qUéedam Novi Testamenti loca», se trouve
la citation suivante de la hiérarchie céleste de Denys:
«In i p s 0 en i m, u t 10 q uj i~ r Div i n u ~ Paul u s,
. v i vi m u's, m.o ve mur et su mus, et ut ait Ma.
..
.-·r:

g n li. s Dio n y s'i usA r e 0 p agi ta, es seo m n i u m


et snperessentia et divinitas».
Cette homélie est apocryphe, car on y trouve
des aBusions à l" arianisme et au manichéisœe, hé-.
résies, qui, à l'époque d'Origène, n'existaient pas en'
core; mais on" ne peut pas la dater plus tard que ~e
la moitié du IV siède, puisqu'elle a été réunie
à la traduction latine des œuvres d'Origène par Rufin.
Cette homélie se trouve en manuscrit à la Bibliothè·
que Nationale de Paris parmi les petits écrits de
";. SaInt Augustin (Delarue 1759. T. IV. p. 325. 2 col. .
_ B) et aussi dans l'éditions des œuvres d'Origène de
r

Gilbert Génébrard, .Parisiis 1604, sous' le titre: «Se·. ,


qU!-Intur nonnullre homilire Adamantis Origenis quas
ex variis locis in unum recollegimus. IlIre autem in·
scribuntur: Homilire in diversis».
"" '
§IX. A. 217-:-231 S~. Hipp'olyte martyr,
(supposé antipapef évêque de Pontus Romanus :­

A na s tas e prêtrê (presbyter) et apocrisiai~e,'disci·

, '. .'~' pIe' de:, St. Maxime, mentionne un écrit d'Hippolyte

" évêq~e' de Pontus' Romanus et martyr contre un hé-·


'~t ~....,::, •. , ~étiqu~ Béron (M- Xl 1 8~ ff.), où Dénys l' Aréopagi:'
~;;il,:~>.:-··'~t~",~st.cité:" '~"~ ....': '>'~~~- .. ", .::~' .'- c ' ; ' '
~.', -,,',::,', Stiglmayr ne manqüe pas de ~oter. 's;:os nous
;~;'f~:\':';~ '~-én: do~rier là raiso~, ,qùe ~et écrit ëst sans'aucun doute
": ....;;,.­
.... "';.

[;~.=\;J.~'< .d',une 'époq~;e. beaué.oup' plu(;éce'nte,' comme' l'a prou,' ,

., .,.- , '" ·;j:;~~f? r~:;':;;:\'" '~':' '. " • ..;. ~ "r.·· ~ -.

j i,
- ,_. ...: . .....\
~'.: -;
, ,
14 2
'l.

vé Dollinger. Et encore plus loin il fait la précieuse


remarque que Drœseke cherche à prouver que c'est
Denys lui-même qui est l'auteur de cette lettre. C'est
le comble! Un faussaire qui fait un faux pour con­
firmer son faux. Mais c'est une hallucination, de ne
pas voir ce qui est et d\nventer des choses qui n'bnt
jamais existé et ne peuvent logiquement exister. Ce­
pendant Stiglmayr, par acquis de conscience, ajoute
que D 0 r n e r con s i d ère cet é cri t co m m e
authentique (Lehre von Person Christi
p. 536 2 ff.). Il me semble qu'avant d'approfondir
la question e"n regard de la divergence d'opinions
des critiques allemands, il est préférable de se tenir
à l'avis d'Anastase, disciple de Saint Maxime con­
fesseur et martyr, saint et martyr lui même.

III Srl':CLE
§ X. A. Denys d'Alexandrie, néen 200,
230.
disciple d'Origène et, en 232, succésseur d'Héraclès
dans la direction de l'école catéchétique d'Alexandrie,
en 248 évêque d'Alexandrie. Il fit des commentaires
aux œuvres de F Aréopagite dont il n'est parvenu
jusqu'à nous qu'un seul passage dans les Scholia de
St. Maxime et dans le «Hodegos» COO"fryoç;) de St.
Anqstase, compagnon de St. Maxime. Vu que les
témoignages valent autant que les témoins, j~ suis
forcé de caractériser déjà ici en quelques mots ces
-deux personnages.
a) St. Maxime le confesseur et Martyr. secré­
taire de l'Empereur Héraclius jusqu'à l'année 630,
au cours ~e laquelle il entra dans le monastère de,
: Chrysopolis (Scutari) dont il fut l'abbé; il se retire
143

ensuite au Monastère de Saint Saha près de Jéru-


salem. En 633 on le trouve à Alexandrie à côté
de St. Sophronius patriarche de Jérusalem. Depuis
il devint le défenseur le plus intrépide e't le plus
profond de la vraie religion contre les héretiques'
monothélètes (un derivé des monophysites). Son ex-
ploit le plus célèbre était d'avoir converti dans une
dispute tenue à Carthage l'ex-patriarche de Con-
stantinople Pyrrhus. Pyrrhus après sa conversion
accompagna St. Maxime à Rome pour faire sa sou-
mission au Pape Martin I. Maxime y resta jusqu'au
grand Synode de Latran, tenu par le Pape St. Mar-
tin en 649, où les Monothélètes furent condamnés.
Dans la suite St. Maxime à caUSf-; de son activité
et de son zèle fut condamné par l'Empereur Con-
stant II, qui sympatisait ,avec les monophysites, à
a voir la langue coupée jusqu'à la racine, et le bras
droit amputé. Des suites de ces tortures, deux ans
après, en 662, il mourut sur la côte orientale de la
mer Noire.
b) En la même année, quelques mois plus tard
son compagnon St. Anastase et un autre compagnon
Anastase l' Apocrysiaire furent aussi martyrisés pour
la même cause. Dans son oeuvre «Hodegos» Gui·
de) il mentionne' aussi les commentaires de Denys
d'Alexandrie sur l'Aréopagite.
On reparlera des Scholies de Maxime en trai-
C
tant des témoignages du VII siècle. i

Je cite ici textuellement le pasc;age de St. Ma-


xime à cause de sa grande importance pour la que·
stion de l'authenticité des œuvres de St. Denys l'A-
:44

-f' "
'. réopagite et pour établir l'époque de leur apparitIOn:
(Migne, Patr. Gréec. IV. SchoI. in lib. de CœI. H.
par. 19 in c. V col. 59).
« Magnus Dionysius Alexandrinus episcopus, ora­
tor ille, in commentariis suis quos in beatum Dionysium
sibi cognominem fecit, ita dicit: Quod profana sa­
pientia pro more habeat appellare increatum, univer­
sam invisibilem naturam, similiter et essentias sub­
sistentias, atque ex hoc dicit, has v'oces ex more
profanorum scriptorum a Sancto Dionysio abusive
dictas esse»
< 0 )'OÙ'I p.É)'aç A:o'/uowç 0 ' AÀEçavôpECaç €T.lOX01tO:;,
o cbta p,,(t6pwv, €V 'totç 0XO),lOtÇ orÇ 1tET.ot"f/'Y.EvElç 'tè-v p.a­
xaptc.v AtOVUOLOV 'tèv a0'ëoù ouvwvup.ov, o[hw ),É)'St, é>ct
ci)'ÉVV"~'tov ELW&E xa),Etv ~ E;W ooep[1.I. 1tâoav a:C:pa'tov epu­
Ot'! OP.OlWÇ xai oùolaç 'txç (moo'taOEtç' xcix 'tOU-COU ep"f/0iv
on 'Y.a-cà -coùç açw Etp"tjnat -cep a)'Ccp AtOVUOlCP al -cotaù-cat
cpwvai xa'taXP"f/0-ctXwç.
L'intérêt que Denys d'Alexandrie portait aux
oeuvres de l'Aréopagite est confirmé par le fait que
parmi les ouvrages, du même Denys d'Alexandrie
nous trouvons ilne copie toute conforme de 1 ale t­
t r e à D é m 0 phi 1e deI' A r é 0 p agi t e, v air
S t y g 1 m a y r e t 2°) une 1e t t r e d e Den y s
-', d' Ale x and rie au p a p e Six tell inclue
dans l'apologie de Jean de Scythopolis que l'on
trouve, dans la préface de Phocas bar Sergius
(VIII s.) qui précède à son tour la traduction Syria­
que des oeuvres de D. A. faite au V s. par Sergius
de Resaïne. Dans cette lettre Denys d'Alexandrie
cite un passage de ses oeuvres où il nomme Denys
I45

l'Aréopagite par son nom. Ce monument conservé


au British Museum (Add. 12151 et 12152) a été
retrouvé par l'abbé J. l\Jartin, professeur de l' In­
stitut Catholique de Paris, en l'anilée 1887. On en
reparlera plus longuement dans la suite où. il est
question de la traduction Syriaque des oeuvres de
l'Aréopagite.
Après Denys d'Alexandrie, les plus anciens
commentateurs de l'Aréopagite sont, comme nous le
voyons, Jean de Scythopolis et Georges, prêtre de
la grande Eglise de Cunstantinople, natif aussi de
Scythopolis, dont on parlera plus longuement après.
Les perfides propagateurs du mensonge que les
oe~vres de Denys rië provenaient que de la de~;iè­
re déca&du V sièc1e--o~ dudébut- d~ ·VI siècle,
ne sachant-que farre du témoignage de Maxime et
de son compagnon- de martyre Anastélse, f~i­
re à leurs lecteurs naïfs qu'ils connaissent à ~Ie­
;~ndrie un certain Denys, rhéteur à l'époque de De­
nys d'Alexandrie, qui aurait écrit ces commentaires
et ont l'insolence d'assurer que St. Maxime se trom­
pe quand il nomme Denys d'Alexandrie, 6 ho F"tj­
1:QPW\I, puisqu'ils savent que Denys d' Alexandri~ a­
vant d'être évêque (en 248), n' ajamais été rhéteur,
mais qu'il était catéchète ~t que Maxime confond
Denys le rhéteur avec Denys évêque d'Alexandrie,
comme s'ils avaient puisé cette notice sur le rhé·
teur d'une autre source que du même Maxime. .:
C'est avec de telles fraudes qu'opère la si van·'­
tée métho:le scientifique allemande.
Mais Stiglmayr, le savant jésuite allemand, s'a­

- ------.
pe'rçoitbientôt que cette substitution de Denys"1é

la
I4 6
~

rhéteur, qu'il a créé de toute pièce, à Denys d'A­


lexandrie, ne change pas la question, car il sera tou­
jours de la même époque ql1e Denys d'Alexandrie;
il se ravise donc aussitôt, lui ôte son existence réel.
lZ le change ~ uneidée génerale, projette cette
nction d:ws l'espace et le temps, la ranime ensuite,

-------
l'incarne dans un anonyme et tâche de le placer à
une époque qui lui convient. Pour invraisemblable que
cela_pl)is~ar!ître, ce sont les prodiges' qu':!ccorn­
plit la critique scientifique allemande depuis la Ré·
~

--- -. -­
forme. Mes lecteurs pourront constater la veracité de
mon exposition de la méthode poursuivie par le Pè­
re Stiglmayr dans le texte intégral allemand qU,e je
donne dans les appendices. En ce qui concerne la let­
tre de Denys d'Alex. au pape Sixte II, on en re­
parlera sous la date 500 où il est question du code
syriaq ue de la traduction de Sergi us de Résaïn e des
oeuvres de Denys l'Aréopagite. Voici pour le mo­
ment un extrait de la let~e DenY~éillS!.!:ie
au pape Sixte II:
~'LeDieu caché, Jésus le Verbe, que les Grecs
honorent dignement, bien qu'ils ne le connaissent
pas, a été crucifié par les Juifs, alors qu'ils auraient
dO l'adorer, mais ils ne le connurent pas. Je dis
que c'était le Verbe de vérité qu'il fallait adorer,
car le Verbe de verité est le Verbe du Père, car
je ne veux pas qu'on croie que je me fais le défen­
seur des idolâtres, et je parle seulement de ceux
qui, dans la Grèce, reconnurent le Dieu caché (al­
lusion à un passage des Actes ch. XVIl, 23) comme
cause de l'univers•.

-
147

«Or, l'ayant connu d'après les Ecritures, le grand


Denys voulut être baptisé par l'Apôtre, avec toute
sa maison. C'était un personnage illustre" éloquent
qui, devenu dans la suite évêque ,d'Athènes, se ren­
dit célèbre par les ouvrages qu'il composa sur la
divine théologie, Il était disciple de St. Paul par qui
le Christ fit connaître l'Évangile aux gentils, en par­
lant lui-même par sa bouche» (1).

OnSERVATIO:-lS SUR L' I:-IFLUE:-ICE' DE DENYS


AU III, IV ET V SIÈCLES

Nous voici arrivés au III siècle. Son influen·


ce apparaît dans l' Angélologie d'Origène et dans
les fragments de Némésius et d'Ammonius Sac­
cas, maître de Plotin, dans Hippolyte. qui le ci­
te par son nom et invoque son autorité, mais sur­
tout dans Denys d' Àlexandrie qui- le commen­
te, le copie et le nomme dans une lettre au pape
Sixte II. Quoiqu'il soit difficile de discerner dans
la recension de cette lettre de Bar Sergius où finit
le texte de l'évêque d'Alexandrie et où commence
celui de Georges «presbyten de la Grande Eglise
de Constantinople, néanmoins personne jusqu'à main­
tenant n'en a contesté l'authenticité, et 'Stiglmayr
lui·même n' a rien trouvé pour la renverser. Son oppo­
sition n'est que l'explosion de sa mauvaise humeur
à la vue de la découverte d'une nouveJle preuve
sérieuse de l'existence des oeuvres de l'Aréopagite au

(1) Traduction de l'abbé J. Martin transcrite du livre de j'abbé


VIDIEU: Sai?z! Dmys !' Aréopagite. Paris, Fir~in Didot 1889',

\'
.... 14 8

troisième siècle. Exiger qu'une lettre d'un évêque à un


autre soit contresignée ou copiée par de tierces person­
nes pour être crue est une exigence mal fondée et extra­
vagante. Tout au contraire, s'il ya quelque chose de
mieux fondée par des témoignages extérieurs, c'est
justement la probabilité de l'existence de cette lettre.
Elle est confirmée par deux autres faits: primo, par
les .annotations que Denys d'Alexandrie fit aux écrits
de l'Aréopagite; secondement, par une ,copie de la
lettre. à Démophile de l'Aréopagite, trouvée parmi
les fragments de Denys d'Alexandrie, et l'existence
de plusip.urs autres lettres 'que Denys d'Alexandrie
a adressée au pape Sixte II sur la question du
nouveau baptême des hérétiques.
C'est au III siècle que Plotin et ses disci·
pIes ont da s'emparer des oeuvres de Denys, les
ont exploitées et peut·être même en ont· ils retenu
chez eux ou détruit une partie; mais, comme les é­
crits de Plotin n'ont été rédigés et publiés qu'après
sa mort (en 275), vers l'année 300, ils n'ont pu
éxercer leur influence que vers la moitié du IV siè­
cle. Nous reparlerons de l'importance du courant
néoplatonicien lorsqu'il sera question du dernier re·
p'résentanf de cette secte, Proclus.
C'est au III siècle au plus tard qu'on peut
placer la tradition de la fondation de l'église de
Ségovie en Espagne par Hiérothée en 7 l et de sa
mort en 83, et de la mission de l'Aréopagite dans
ce pays. L' hymne d; Eugène, disciple de l'Aréopa.
s-ite et fondateur de l'église de Tolède, en honneur
de Denys, transcrit par Hildui~, doit provenir au
149

plus tard du même siècle. Comme on ne rencontre


lt~nom de Hiérothée que chez l'Aréopagite, tout
ceci prouverait qu'au III siècle ou au plus tard au
debut du IV ses oeuvres. étaient connues et ré­
pandues en Espagne.
Le IV siècle est d'une importance exceptio­
nelle pour l' histoire de la trasmission des oeu­
vres de Denys. Dès le début de ce siècle, Eusèbe
constate en ces mots l'extinction de la discipline
du secret: «Pourquoi anciennement n' a-t il pas an­
noncé la parole de Dieu à tous les hommes et à
tous les peuples comme aujourd' hui, on l'explique
parce que la vie des anciens n'était pas encore ca·
p3.ble d'accepter l'enseignement du Christ si plein
de sagesse et de vertu? ~ .
Jusqu'au premier quart du IV siècle, l'in·
fluence de ces écrits s'est exerçée d'une manière a·
nonyme à cause de ce qu'on appelle la discipline
du secret, obligatoire depuis l'époque apostolique.
S'il est cité nominativement dans quelques monu­
ments, ce n'est que dans des lettres de hiérarque
à hiérarque ou dans des monuments officiels.
Dès l'antiquité la plus reculée, on était d' a vis
q~il y avait des verités qu'il ne fallait pas divul­
. -, guer devant les profanes. Aristote dit qu'il faut dis­
simuler sous des locutions mystérieuses les choses
qu'il ne leur est pas permis de connaître. Les phi­
losophes anciens, non contents d' irtstruire leurs di­
sciples, se préoccupaient encore de leur état moral
pour le. rendre conforme aux doctrines qu' ils pr~­
fessaient. Ils avaient donc deux doctrines: l'une é­
IS°

xotérique à l'usage du commun, l'autre ésotérique


reservée aux disciples d'élite. Clément d'Alexandrie
rapporte que le pythagoricien Hipparque, convaincu
d'avoir trahi le secret du maître, fut exclu de l' é·
cole, et on lui erigea une colonne funèbre comme à
un homme mort (r).
L'Eglise a pratiqué, dans les premiers siècles, la
disdpline du secret, conformément aux exemples et
aux enseignements du Seigneur; car il s'exprimait
en figures et en paraboles et il recommendait à ses
disciples une sage discrétion (2).
St. Paul a suivi cette recommandation dans
ces paroles: «Quand j'étais petit enfant, je parlais
come un petit enfant, je raisonnais comme un petit
enfant, mais quand je suis devenu homme, je me·
suis depouillé de ce qui était de l'enfant (1. Co­
rinth. XIII, r r) •. Son disciplè St. Denys suit son e·
xemple et pose comme une obligation à ses lec­
teurs de ne pas divulguer ses écrits aux profanes.
Ses livres n'étaient destinés qu'aux plus hauts hié·
rarques et devaient constituer dans leurs mains la
garantie de leur supériorité doctrinale. Les plus
anciens écrivains du christianisme, Athénagore, St.
Justin, Clément d'Alexandrie, Tertullien et Origène
ont suivi leur exemple et n'ont pas cru nécessaire
de divulguer les paroles des saints Mystères. Il y a
plus: les pasteurs des' peuples, dans leurs instructions
aux catéchumènes, respectaient les limites posées par
la tradition; et cette sorte d'interdit jeté. sur les

(1) v. Darboy XXI,


(2) Matth. 7, 6.

.\,.
15 1
""

vérités les plus augustes de l'Évangile ne se levait


qu'en faveur des initiés, comme nous l'apprennent
St. Ambroise (1), St. Cyrille de Jérusalem (2), St.
Basile (3), St. Grégoire de Nazianze (4), St. Jean
Chrysostome (5) et St. Augustin (6).
Ainsi, quoique les oeuvres de Clément d' Ale­
xandrie soient entièrement pénétrées de l'esprit de
Denys et qu'il le paraphrase en d'innombrables en­
droits, il ne le nOlllme jamais par son ncm. Il ne
cite même pas le nom de son maître immédiat St.
Panthène, et, s'il le désigne nominativement, c'est
dans une lettre de l'évêque d'Alexandrie à. l' évê­
que de Rome. La lettre de 'Clément de Rome à De­
nys l'Aréopagite, que Stiglmayr considère comme a­
pocryphe du 11 1 siècle, mentionnée par l' historien
Maruta de Maïparkat (en 400), tomb~ dans le même
cas. r

§XI.A. 300. Constitutiones Apostolicae,


en parlant des exorcistes, s'expriment comme Denys
affirmant (E. H. cap. V, 5) qu'ils ne sont pas ordonnés
(Xi:-pO'tOVê~'t()'.l) puceque ce privilège dépend de la libre
volonté et de la grâce spéciale de Dieu consistant
en la descente du St. Esprit par l'entremise du Christ.
. ....

(1) De Mysteriis et alil-f.


(2) Catecheses 6••

;3) De Spiritti Sincto

(4) Oratio 3S a et ,pa. _.


(S) Hornil. 18, in-2 ad Cor.

(6). In Joann., Tral'. t, _e\ alibi.' "

,
T5 2

« Car celui qui a obtenu la grâce de guérir les


malades, est voué à cette fonction par la révélation
divine, puisque ces dons innés sont visibles à tOUS).
En parlant des évêques, les COIlstitutiones s'expri­
ment de la même manière que Denys. Elles donnent
en outre aux évêques les mêmes qualificatifs que
Denys: &eoç ~1t{'Yatoç, f1s,à &e6v.

§. XII.
PLOTIN t
275 et PORPHYRE +.304
L'influence de Denys l'Aréopagite sur@i!0nt
----.
d' Alexan~) fut très grande. Il est évident que cet­
te influence a dQ rayonner _ . ~"m" ses deux célèbres
disciples, ~ et ~monius Sac~', et, par
ce dernier, elle est parvenue au plus illustre de
ses adeptes, ~~ fondateur" de l'école néo­
platonicienne. Elle était d'autant plus forte qu'Am­
monius Saccas était chrétien de naissance, com­
me l'affirme son biographe et disciEle €phy~) et
qué~ d'après ce dernier, se tenait constamment-­
dans son enseignement aux leçons et aux préceptes
de son maître. Mais, quoique chrétien, «à peine s'é­
tait-il voué aux spéculations philosophiques. qu'il
adhéra à la religion légale de l'Etat» dit Porphyre.
IICe mêm<Porphy~ disciple et éditeur, plutôt réd.a­

~ ~c~ur, des oeuvres de~) ennemi acharné du


christianisme, dans le troisième livre des q~Lnze
qu'il a écrit contre les chrétiens, en un passage_cité
pa(.Éusèb~{Hist. Eccl. VI, J9) reproche à~~)
que: c: étant grec de naissance et d'éducation, il n'a
pas suivi l'exemple de~~~)et n'est pas revenu
à la religion de ses pères, mais au cOI?traire s'est
imbu de superstitions barbares (~af~C(ply.à "Cé)'f1a"C.a), et

1:

153
"'<
a essayé d'expliquer les écritures et les légendes
judéo-chrétiennes, étrângères à r e..§.~ec, par les
métl;lOdes allégoriques des mystères». On trouve
dans ces paroles de Porphyre ur: témoign2ge écla­

\
tant que la philosophie néoplatonicienne a pris nais­

sance à l'école chrétienne d'Alexandrie, « le Dida­


sCâTée... et qu'elle n'était autre chose qu' un dé­
rivé de cet enseign~ment, mais aux tendances na­
tionales et héllenisantes. Elle partait des dogmes
chrétiens, m?is elle les pliait et les déformait pour
les rendre plus conformes à l' antique Eolythéismt~
national. Elle a éofité de la théologie et de la di­
tJ0,n s~e chrétiennes pour créer une nouvelle religion
Il ~t ~ré.earantainsi le règne de Julien l' J:.­
po~ Si nous comparons la philosophie de l'lotin
dans sa doctrine sur Dieu, sur son essence, sur la
création, sur l'univers et sur la relation de l'uni,,ers
à Dieu, avec la théologie de Denys l'Aréopagite,
nous verrons claii-ément que la philosophie de(flo­
t"§)est une théologie et une théologie chrétienne,
1 telle que devait être, d' après q>orphyr~ la tbéol~-
\ gie d' Ammoniu~ La pl~ie de~
i part du dogme chrétien de la Trinité, mais le tran­
sforme à ses fins, tend au même but que la religion
JI
1
chrétip.nne, mais malgré des essais laborieux, elle
n' y arrive pas. Cependant, le cours et le rythme de
sa dialectique sont tellement rapprochés au courant
de la pensée chrétierinet~depl(jie tant de gé­
ni<!' et de subtilité dans ses ~péculatio~s sur les
hauts principes, que sa philosophie marqup. non seu­
lement l' apogée de la pens~e grècque, mais est en·

-.
---- ..
-~:..~.-

G,

fI~~
154
-
core capable en même temps de rendre de remar­
quables services aux penseurs chrétiens dans leurs mé·
ditations sur les premières vérités, comme c'était le
cas de St. Augus~in, qui ne connaissant pas les grec,
n'avait pas en main les écrits de l'Aré0e.ag!te et
1
) profita de la récent~ traduction de Plotin par Vic­
torinus.
- --
C'est pourquoi St. Basile le Grand" ne craint
{ pas de transcrire tout un passage e Plotin sur l'â­
me du monde en appropriant ces paroles au St. E­
1 prit. Qui. sait si ce passage ne p;:Ovient pas des oeu­
N 1 JI v~s disparues de Denys, gue les néoplaton~ns
(d,.2,près Suidas) ont retenus chez eux?
C' est pourquoi~è)leparaphrase dans
une de ses homélies et~penseà lui dans
un fragmel!t célèbre des Confessions où il dit que
la lecture des platoniciens l'aida à s,aisir la pensée
de St. jean.
Il est entendu qu'il ne peut pas être question
de l'influence du néoplatonisme sur la «formation:ll
Ides dogmes chr~tiens. puisque 'les écrits de Plotin
t e~nsion de PoreÈYJe 7n' ont pu par~lx
environs de l'_année 300, Plotin étant m,?rt èn_ .:15,
ef"ses oeuvres eE rec~n~ion de P.9réJ..!e ne pouvant
êtrewnnues à la plupart des Pères du f.oncile de
Nicée en 325 d'autant plus qu'dIes ~ar~o.
'me, où Plotin enseignait la~pjlieet peut· être
en Sicile, puisque nous savons quQ.Q.rp.hy..r.2 s'y trou­
vait au moment de la mort d~1 et que ce der­
nier lui avait envoyé, quelques années avant sa mort,
1ses rlerniers six traités à corriger.
------ -~
.. f:.:~; ...,..... "'~ 1jZ-<~. ~ &z... I.e--.
0~' t <-zr-.d! G:::- .
[55
""i.:::

Certes, je ne nie pas l'influence de la philoso­


phie grecque sur les formule5 du dogme chrétien:
qui peut contester, en effet, que le grand fondateur
l t. de toute l'économie de la théologie chrétienn~Pa~
1ne se soit servi des formules de la philosophie grecque?
Et le prologue de~' est-il pas l'apogée du
développement de la pensée grecque éclairée et fé­
condée par la Révélation?
Mais ce n'est pas l'influence des philosophes qui
ont vécu au IV ou au V siècle après Jésus.Christ, mais \

(Pl~) ~qu;
c'est l'influence de ceux, comme~s Eléat~, ~n,
ont vécu oinq si&lei .:vant l' è<e J
cnretlenne.
La philos~phie chrétienne, sanctionnée ainsi par
les àpôtres ~)e~ a servi de véhicule provi­
dentiel pour introduire et propager les vérités ch ré·
tien.nes parmi les gentils. Qu'est ce donc que la th~o. \
logfe chrétienne si non l'explication des dogmes
chretiens pO' les méthodes de la dialectique
1La philosophi: platonicienne, vivifiée par la révéla­
g'ec~e?J
J tion divine, fait surgir aussitôt une éclosion surpre­
J\ ~e d'écrivains et de génies: Qui étaient·ils ces
lrç ,JI) ( i!lustres Pères anciens, sinon des phil0sophes grecs
( 1 de na~~, ou de langue et de culture grecque?
---rI est donc aussi puéril que naïf de reprocher
o aux Ph.ilosoPhes grecs', en majeure partie platoniciens,
~ ( d' être des «platonizantes» : il leur était évidemment
impossible de parler la langue de Kant et d'avoir
lei idées religieuses conformes à celles dess~ctateurs
de Luther et de Calvin. Or de ces philosophes grecs
convertis au christianisme le premier en-date et le

"
15 6

plus grand en sagesse et en paroles fut St. Denys


l'Aréoplgite, le fondateur de la théoiogie chrétienne
dont il est resté maître incontesté depuis Clément d'A·
lexandrie et Denys d'Alexandrie, jusqu'à Leonce de By­
zance, St. Maxime et St. Jean Damascène et jusqu'à Pier­
re Lombard, Albert le Grand et St. Thomas d'Aquin.
C'est de lui aussi que Plotin et Porphyre et, après
eux, Proclus ont pris tout ce qu'il y a de nouveau
et d'élevé dans leur système. comme je J'ai démon­
tré dans mon étude sur Plotin, faisant partie de la
préface de ma traduction polonaise des oeuvres de
Denys, et comme monsieur H. Koch a prouvé, con­
trairement à ses intentions, « dans son livre Pseudo­
Dionysius Areopagita in Seine Beziehung Zllm Neu­
platonismus um Mysteriemvesen », dont je vais donner
- l'analyse par la suite.
Autant il est naturel de rencontrer aux pre­
miers temps du christianisme, l'influence de la phi­
losophie grecque et des formules des mystères grecs, .
autant il est clair qu'après cinq cents ans d'existance
du christiélnisme et la diffusion triomphale des idées
chrétiennes parmi les gentils, elle devait nécessaire·
ment s'exercer d'une manière décisive sur les phi­
losophes qui ne s' étaient "pas encore convertis; mais
il est fou de penser que les anciens Pères eussent
pu. après cinq cents ans d'existence du christiani­
" sme, puiser leurs prières, leurs dogmes et leurs rites
chez des auteurs payens, surtout ch'ez J'adversaire
le plus opiniâtre du christianisme.
Tout au contraire, le seul fait que Porphyre é'.
é.:rit quinze livres .. contre les Chrétiens et combat­
.'
15i

tu les gnostiques tout aussi bien que les chrétiens,


nous montrerait qu'il était très familier avec les é­
crits chrétiens et que ceux-ci ne pouvaient pas ne point.
laisser une empreinte durable sur son intelligence et
sur sa façon de s'exprimer. Pour combattre pied à
pied la doctrine chrétienne, il lui était nécessaire
d'avoir sous les yeux une exposition systématique
de cette époque, laquelle était celle de Denys, l'Aréopa­
gite; d'autant plus qu'il ne lui était pas difficile de se
les procurer à la bibliothèque des papes, où toutes ces
oeuvres étaient gardées depuis des siècles, comme
nous le témoigne un certain diacre Fierre dans le
prologue écrit par Georges de Scythopolis.
D'ailleurs ce même Georges de Scytnopolis,
dans ce prologue, nous fait savoir ce qui suit: « Scien­
dum aliquos profanorum philosophorum, et maxime
Proc1um, saepe usum speculationibus beati Dionysii,
imo ipsis etiam nudis dictionibus; unde ex hoc sus­
picare licet, antiquiores Athenis philosophos. hujus
opera sibi vindicantis, sicut in praesenti libro admo­
nel, o:cultasse, ut ipsi divinorum ejus libroru:n au­
ctores ac patres viderentun.
D'autres auteurs anciens très graves et très é­
rudits étaient convaincus que les néoplatoniciens, sur­
tout Proc1us, ont accaparé les ouvrages de Denys
et se sont servi de ses idées et de ses concepts en
,~ les faisant passer pour les leurs. Tel était l'avis de
Suidas, chroniqueur du X siècle. Dans la Vie de
Denys l'Aréopagite à la page 6 l 2. M. t. IV. Patr.
Graec. 611-612, il nous raconte: «Sciendum ·autem
. elft, quosdam profanos sapientes ac. maxime Pro­
c1um, sententiis atque inventis beati Dionysii fre­
15 8

quenter esse usos, quin etiô.m nudis verbis: urde


suspicari licet, vetustiores Athenis philosophos sibi
ejus opera usurpantes, quorum ipse ad Timotheum
scribens meminit, occultasse, ut ipsi divinorum ejus
librorum patres viderentur».
Pachymère, le célèbre érudit et littérateur by­
zantin du XII siècle, auteur de la paraphrase con­
nue des oeuvres de Denys l'Aréopagite, assure
aussi que les gentils, en particulier Proclus, ont
profité de ses spécul'ltions, souvent même en ses
propres paroles: ~ Sciendum quoque aliquos exter·
nos philosophos, praesertim Proclum contf.mplatio­
nibus beati Dionysii frequenter usum fuisse, atque
adeo etiam meris ipsis dictionibus» (In proem. ad o·
pera Dionysii);...et Saint Basile d'ins sa dissertation
« In principio erat verbum» ajoute «.... car ils ont
toujollrs l' habitude de prendre notre bien (pensée)
pour les leurs...• et ailleurs: «le diable est voleur etr
s'approprie nos vérités11' De même avis était le cé­
lèbre humaniste Marsilé Ficin qui, outre ses tradu­
ctions de Platon, a laissé plusieurs écrits philosophi­
ques: « Je suis' convaincu, écrit-il, que Num'enius,
Philon, Plotin, Jamblique et Proclus ont fait des em­
prunts à Jean, à Paul, à Hierothée, à Denys l'Aréo­
pagite. C'est à cette source qu'il puisèrent ce qu'ils
ont dit de sublime touchant la divinité, les anges et
les autres sujets que traite la théologie» (De Reli­
gione christiana). c
Porphyre a été très énergiquement combattu l.­
par le~ chrétiens. La· preuve en est qu'Apollinaire
de Laodicée a écrit 30 livres pour réfute~.la diatri­
be en 15 livres de Porphyre contre les chrétiens.
159

St. Basile ne po1'1vait pas les ignorer, puisque, de


son côté, il a combattu les théories d'Apollinaire
sur le Logos et les fit condamner au V Concile de
Constantinople en 353.
Il s'ensuit que la remarque de Basile sur les
philosophes grecs, qui se seraient appropriés des con-
cepts chrétiens pour les faire passer comme les
leurs, peut se rapporter au passage de Basile sur le
St. - E,prit que les historiens modernes allemands
croyent être copié de Plotin, et que Plotin et Basile
tous deux ont dû trans :rire d'une des oeuvres dispa-
rues de Denys l'Aréopagite que les néoplatoniciens
ont exploitées. Je me ravise donc, et, contrairement
à ce que j , avais dit dans mon étude polonaise, je con-
sidère maintenant qu'il est invraisemblablè que Ba-
sile eût copié un passage d'un néo platonicien au
moment même de l'atroce pérsécution du christia.
nisme par Julien l'Apostat et la réaction énergique
des écrivains chrétiens contre les théories néoplato.
niciennes, comme nous le voyons dans l'énumération
des oeuvres d'Apollinaire.
À la fin de la première moitié du IV siècle, la
discipline du secret (arcani) recomandée par Jésus-
Christ et par les Apôtres disparaît peu à peu et ces-
se 9' être obligatoire, comme nous le dit Eusèbe:
§ XIII. A. 313. Eus è b e de Cesarée en Palesti-
ne (mort vers 340), ne mentionne pas dans son Histoire
Ecclésiastique les oeuvres de l'Aréopagite et nous par-
le de Denys uniquement comme évêque d'Athènes. Les
uns expliquent son silence par son respect de la re-
comandation de Denys de ne pas divulguer ses é..
ciilts devant les profanes; les autres cherchent la

" .:.~ .
1 r60

1i raison dans ses 3.ccointances avec l'arianisme. Ne


voulant p:lS lui imputer ce mauvais motif, St.
Maxime explique son silence par l'ignorance réel­
1 le des oeuvres de l'Aréopagite et· avance d'au­
tres exemples de son silence sur les oeuvres d'é­
crivains très sérieux, comme, par ex., il ne parle
pas des écrits d' Hymenée et de Narcisse, prêtres
de Jérusalem, ni des oeuvres de Panthène, ni de
celles de Clément de Rume, excepté deux dé ses
épîtres; et, des innombrables écrits d'Origène, il
n'en cite que quatre. On remarque pourtant dans
ses écrits l'influence manifeste de Denys l' Aréopa­
gitp. dans beaucoup de passages, comme par ex.:
dans Const. 1, 1 (M. 20, 1320) nous rencontrons
la même comparaison de l'initiation chrétienne avec
le vestibule d'un palais royal et, dans le même pa­
négyrique de Constantin (De Laud. Const. c. la M.
s. gr. XX, 1373), il fait tout comme Denys~ usage
de l' expression 'rn0Cf'~"c'l'Jç au lieu de npoCf~"cYJÇ.
Le même Eusèbe dans PS, 21 vers 8-9 (M. 23,
228), distingue les chrétiens selon la même classifi­
cation que Denys (E. H. c. III, 1). Dans ses Prepa­
ration es Evangelicae (M. XIV c. 22 in fine col. 1272
A). nous trouvons l'indication suivante : ~lOVUO[ou "C1jç
xcnà XplOtè.V epl),oooepCaç, ~moY.6n;ou c'est à dire sur la
philosophie de l'évêque Denys par rapport au Christ.
Les adversaires voudraient appliquer ce p.3ssag~ à
Denys d'Alexandrie, mais il est beaucoup plus pré>­
bable qu'ii se rapporte à Denys comme grand phi­
losophe. La suppression de l'habitude du secret trou­
ve son expression chez Eusèbe dans son Histoire
E~clésiastique (l, 17; p. 12) en ces mots: (Pourquoi
161

"";
anciennement n'a-t-on pas annoncé la parole de Dieu
à tous les hommes et à tous les peuples comme
aujourdhui on l'explique par ce que la vie des an­
ciens n'était pas encore capable d'accepter l'ensei·
gnement du Christ si plein de sagesse et de vertu? »
§ XIV. St. Jérôme. Dans le Chronicon de Jé­
rôme, qui est la continuation de l'ouvrage d' Eusè­
be jusqu'à l'an 378, on trouve à la date de l'année
52: « Dionysius praestabilis olim philosophus claret».
(Cette phrase ne se trouve pas parmi les oeuvres
de Jérôme, mais dans la chronique portant le nom
de Chronique d'Eusèbe; c'est pourquoi l' arche­
vêque Darboy attribue ces expressions à Eusèbe, et
l'abbé Eugène Bernard dans son livre: « Les origi­
nes de J'Eglise de Paris (Paris 1870)>> à Jérôme).
§ XV. Synesius de Cyrénaïque en Lybie,
de 370 à 413, évêque de Ptolemaïde et Métro­
politain du Pentapolis lybique, célèbre orateur et
poète, en parlant de l'extasè, emploie presque les
mêmes mots que Denys.

LES CANONS DU COr-;CILÈ DE NIcÉE

~ XVI. A. 325. Ces canons(au nombre de 80'0fu­


.... '--- ------­
--- rent établis par 318 Saints P~res réunis au Concile
de Nicée, presidé par Constantin le Grand, et ils sont
reconnus par l'Eglise entière, reçus comme aut~­
tiques par toutes les Egiis~s o;ientale;;~t u­
nie s que ,s é p a. rée s, et. traduits dans leur lan­
gue respective chez les Arabes, les Syriens, les
Chaldéens, les Maronites, les Coptes, les Jacobites
et les Nestoriens.

Il
X62

Dans }' édition de ces canons faite de l'arabe


en latin parCf.!anciscus Turrianus S":"'J) nous~ou­
vons- au canon 3;1, où l'on traite du reto~r
des hérétiques au sein de l'Eglise, Dps cité par
son propre nom: « et postquam haec ecerit episco­
pus vel sacerdos, in cujus manibus es~, debet unge­
re eum ora tione chrismatis et ter signare signo
crucis ungendo èt orando super eum orationem Dio:
!!l'siL Areopagitae». (Le texte est pris du dernier
paragraphe de E. H. de Denys).
- Ce nombre deC!0 canonirst attesté par Saint
('-.. At~dans sa lettre au pape Marc, et doit s'ap­
puyer en grande partie sur les sentences des Apô­
tres desquelles parle leŒpeSaint Zéphir§>dans sa
première lettre.
Je rappelle ici que parmi ces canons on rencon­
tre les E,!incipes de la jurisdiction clu pouvoir des pa­
triarches, des archevêques. des évêques et d u p r i·
mat de!' é v ê que de Rom e, d'abord au ca­
canΔ6, etensuite au canon 39. Vu son importance,
je le cite en entier (1):
«Canon 39. - Consideret patriarcha ea quae
archiepiscf)pi et episcopi in provinciis suis fâciunt;
et si quid reperiat secus quam oporteat factum,
mutet, et disponat, prout sibi videatur; siquidem
ipse est pater omnium, et illi filii eius. Et quam­
vis sit archiepiscopus inter episcopos: tamquam fra·
ter maior, qui curam habet fratrutn, suorum, et
.ei debeant oboedientiam, qui praéest; est tamen pa·

(1) Dans la traduction


--- -- --
de~nciscus Tllrria-nus.-::.J.)

.:'.
r63

- triarcha iis omnibus qui sub potestate eius su nt


sicut (1) ille qui tenet sedem Romae caput est et
princeps omnium patriarcarum; quandoquidem ipse
est primus, sicut Petrus, cui data est potestas in
omnes principes Christianos, et omnes populos eo­
rum, ut qui sit vicarius Christi Domini nostri cun­
ctos populos et universam ecc1esiam christianam, et
quicumque contradixerit a synodo excomunicatur».
JfJ
u . Ces cànons de Nicée constituent à eux seuls
~J une preuve absolue et suffisante de l'authenticité et de
J l'apostolicité des oeuvres de Denys. Comme provenant
de l'époque apostolique, on les tenait pour l'expression
1. r la plus exacte de la pensée, de la doctrine et du ri­

1\ tue! chrétien; la preuve en est que les t roi s ce n t

qua t r e - vin g t Père s, réunis de toutes les parties

'] dl] monde au Concile de Nicée, leur attribuant l'auto­


rité presqu'égale aux Saintes Ecritures" ci t en t

j dans le rituel chrétien la grière de Denys


l'A r é 0 p agi te. Tenant en mains des documentssi dé­
cisifs et péremptoires, il semblerait qu'il est tout à fait ...
superflu d'en chercher et d'en reproduire d'autres et de

réfuter les opinions fantaisistes des critiques allemands.

Si je le fais c'est tout simplement pour mettre en

évidence encore d'autres innombrables documents à

12EP Ui de l'authenticité et de l' ~postoIiciŒde_:.es

écrits, et pour démontrer que les detracteurs de De­

Jj ;y; ne sont pas guiaés par l'amour de la vérité,

mais par un parti pris, que leur raisonnement est

, (r) Similis est hic canon sexto eiusdem synodi Nicaenae, et eam·
lldem auctoritatem, hoc est, summam esse in episcopo Romano prin­
cipe omnium patriarcharum. '

.,
,

· 164

tendancieux et qu'ils se trompent même dans les


plus petits détails (1).
La ver,sion des Canons 3 i, 36 et 39 transcrits de
l'arabe par«uère Tutrianus S~]) ne peut évidemment
~_que du IV siècle'et constitue une preuve décisive
de l'existence des oeuvres de Denys à cette époque
et de l'autorité dont elles jouissaient. .
'_' .Le code arabe d,ont s'est servi ([e Père Turria- JI
nus S. D
se trouve actuellement au Vatican. Il s'y J
trouve encore un autre exemplaire de ce code ara­
'l be, tout à fait identique, retrouvé à la bibliothèque JI
<i~e Marcel II (T1SSS). Le nombre 80 des
canons de Nicée est attesté.-Xar~aint Ath~Jui- J
même dans sa lettre au (j)ape Mar..s (op. S. Atha­
nasii T. II LS98 ed. B~ed. Patav. 1777). Les,'
cardinauxŒaroni~~lIarmin~e 0gui~ qui se
sont appuyés sur d'ancie?nes sources ta~t grecques )
que latines, furent de l' àvis qu'il y avait plus de
20 canons promulgués par le Concile de I\icée.
Nonobstant l'opinion de Haefele (2), qui croit
admettre plutôt 20 canons, je penche vers l' opi- \
nion des églises orientales, ~ étaient Elus ~s
du lieu, et dont la tradition cOIl~rnant c.e,s _canons
- .

(1) L'authenticité de ces canons est encore une fois averee par
} la ressemb~eTa""décis~ Concile de Florence au texte du
( canon 39; en. voici le texte grec: .
Kai. ';wv ~PwJl~iwv cir;i"~~s~ÉO: EL~ 7t~'O"V -cij'l vb~vuIlEv~xi," -:è, ~pW'tEtO'"
"Ct~')'.5(~, Ct'J,6~ .5 Û)~ 'Pwl'Ct:,,6~ 4Px(i p"Ct ~(ci~~xo~ 5!~Ct( .~5. l'CtXCtpt~U
IH~p"u ~oü ,,~pu'f"(ou (expr~ss;on de Denys) .w~ Ô:7wn~}.w~ "Ct, cil,1)&>ï
'to;:''':7jP1j't'/v 'toù Xpt.o'tc.O. xœt ;:;ci':i1jç "tilç; t'l.x)~71o(a.Ç; Y.E.:pxJ.i,v, Y.a.L 1tciv·
-ewv 'tWy xpto'tlavù}Y 7tCt'tÉpcx ,-cd eL~a.a'Y.ct'.ov U~ri.PX.ElV x. ":. À.
(2) Haefele « Concilgeschichte », Freiburg in Breisgau 1874. to­
me VII.
16 5

, , ~
n a pas ét(~ interrompue, comme celle de Rome, au
IV siècle, sous Bonifac~"D'aiIIeurs l'existence de tous
)1 les 80 canons au IV siècle est avéré par CMi!ita
·1~Maïpar~dans son histoire. de l'Eglise, écri­
te, d'après Bardenhewer et Stiglmayr lui-même, a­
III vant l'année 4 00 . Cela suffit, il me semble, à l'écrou­
.>0 lement de toutes les théories, qui sont contraires
J à l'apostolicité des oeuvres de Denys l'Aréopagite.

'--0"
"

LES TEXTES LATINS DES ÉTUDES DE PHIL. LABBEUS


DE (FRANC. TURRIANUS
'- ECCHELLENSIS ­
S~T DE ABRAAMUS

§ XVII. SACROSANCTA ·CONCILIA

AD REGI AM EDITIONEM EXACTA STUDIO PHILIP. LABBEI


ET GADR. COSSARTII - SOC. JESU PRESBYTERORUM - Tm.ws
SECUNDUS - AB ANNO CCCXXV. - (Lntetiae Parisiorum) ­
MDCLXXI.
C a non est r e c e n t 0 r u m d e c e met 0 c·
I~ ~ -­
t 0 san c t ~J:...ll I!!.-P-3.!! u m qui Nic a e a e con·
ven e r u n t, G e n t i a n 0 H e rue t a i n ter pre t e.
/" Can. VI Apost. ~3S - Antioch. 9 - Const. 2 - An­
tioch. 18 - Innoc. 8 - Bonif. 4 - Leonis 15.
Antiqui mores serventur, qui su nt in Aegypto,
Libya, et Pentapoli, ut Alexandrinus episcopus ho­
rum omnium habeat potestatem, quandoquidem et
episcopo Romano hoc est consuetum. Similiter et in
.' . Antiochia, et in aliis provinciis sua privilegia ac suae
dignitates et auctoritates serventur. II1ud autem est
omnino manifestum, quod si quis absque metropoli­
tani sententia factus sit episcopus. Quod si quidem
comuni omnium e1eçtioni, quae et rationi consenta­
nea, et ex regula ecclesiastica facta est, duo vel
tres propter suam, qua· delectantur, contentionem
contradicant, vincant plurium ·suffragia.
--
167

~ONES CONCILII NICAENI ~ - EX ARABICA IN


LA TINUM CONVERSI ET RECOGNT'fî A FR~O ---.:!'URRIANO
SOCIETATIS ]ESU.

Pro ëm i u m: Fuisse alios canones in magna synodo


Nicaena editos praeter 20 qui adhuc graece extant, quia
Magdeburgenses in centuria 4, cap. 9 de Synodis negant
ceteris testimoniis, quae sunt infinita, praetermissis,
satis Africani episcopi testantur. Illi enim, nisi hoc
certum et explorate cognitum habuissent, nunquam
sic ad Bonifacium pontificem scripsissent, quia in nul­
10 codice Graeco eos reperire possent, desiderare se
vehementer, ut ex ecc1esiis orientis opera et studio
Bonifacii sibi mitterentur, de reliquis canonibus 10­
quebantur: 20 enim iam habeant a Cyrillo Alexan­
drino et Attico Const. missas, et in concilio Cartha·
ginensi sexto recitatos. Cur autem· yiginti illi ubi­
que fere et omni- tempore servati fuerint, reliqui
vero minus, non potest alia esse causa, nisi saepis­
sim~ descripto~ fuisse. ob maiorem eorum in ecc1e­
siis usum et necessitatem, quam reliquorum quod
facile intelligi potest, si quis omnes eos inter se
conferat. De numero autem testatur Athanasius in
epistola ad Marcum pontificem fuisse 80, qui posteâ
consilio patrum conciliï' Nicaeni in 70' sen,tentias
redacti fuerint. Quod quidem ita facile fuit, ut 70
sententiae quas Zephyrin us scribit in epistoléi prima
a sanctis apostolis constitutas, esse, in 8S canones <,
apostolorum distribueririt. Fuisse vero Nicaenosca­
nones e Graeca in Arabicum translatos" quia testes
habere nOii possumus, tota res ad coniecturas et si­
gna, quibu5 veritas illustrari solet, traducenda est.
r68 ""

Conieeturae eapiendae sunt a eausis, a temporibus,


a locis, a personis, a eanonibus ipsis. Quis enim eum
ratione dubitare possit quin Alexander arehiepiseo­
pus Alexandrinus, qui magnae synodo interfuit, iIJos
ipsos Nieaenae Synodi eanones ex integro et ineor­
rupto exemplari Graeee deseriptos seeum Alexan­
driam reversus attulisset, et in eeelt':sia sua diligen­
ter servari eurasset, sed eum lingua graee"a non es­
set provineiis Alexandriae, et Aegypti, et Pentapo­
lis vernaeula, s~~Qica, quis rursus non iudieet
ad providum pastorem pertinuisse curare, ut syno­
dus 1\'ieaena, qua ut beatus Athanasius ad Mareum
pontifieem seripsit, populus et cIerus imbuebatur, in
Arabieum sermonem eonverteretur?
288 .. .Igitur pater Baptista Romanus S. J. eum

/' esset Roma: Alexandriam profeetus eomes Roderici

Hispani patris reverendi eiusdem S. J. a Pio IV eum

mandatis missi, ex libro patriarehae Alexandriae co·

modato, in quo erant etiam, ut affirma bat, acta eonei­

Iii, hos canon es manu sua exseripsit, et Romam at·

lulit: quos eum Latine interpretatus esset, et eum

domino Georgio arehiepiseopo Damaseena natione

"Maronita eontulisset; dedi opera m, ut Joannes Se·

natus Alexandrinus mereator, qui eo tempore ex Me­

lite iDsula hue advenerat et Arabicam ling~am pro,

be noverat, adÎ'ecognoseendam et emendandam inter­


• polationem adhiberetur; et Baptista Romanus inter
me et hune Joannem interpres fuit.

"
16 9

DE CURA ET POTESTATE PATRIARCHAE IN EPISCOPOS ET


ARCHIEPISCOPOS sur PATRIARCHATUS: ET DE PRnlATU EPI­
SCOPI ROMANI IN OMNES.

Cap. 39. Consideret patriarcha ea quae archi­


episcopi et episcopi in provinciis suis laciunt; et si
quid reperiat secus quam oporteat factum, mutet, et
disponat prout sibi videatur; 'siquidem ipse est pa·
ter omnium, et ilIi filii eius. Et quamvis sit archie­
piscopus inter episcopos tamquam frater maior, quod
curam habet fratrum suorum et ei debeant oboedien­
tiam qui praeest; est tamen patriarcha iis omnibus
qui sub potestate eiu~ sunt sicut (r) il1e qui tenet
sedem Romae, caput est et princeps omnium patriar­
charum j quandoqUidemipse est primus, sicut Petrul',
cui data est potestas in omnes principes Christianos.
et omnes populos eorum, ut qùi sit vÎcarius Christi
Domini nos tri super cunctos populos et I,;niversam
ecclesiam Christianam, et quicumque contradixerit a
synodo excomunicatur.

NOTAE IN CAN. AR. CONC. NIC.

De aliis Nicaenis decretis et constitutionibus, de quibus


mentio fit in praeratione, in hisce vero nostris non extan!.
In praefatione quae concilio praemittitur pIura alia de­
creta et constitutiones ab eodem concilio sancitas legimus,
quae i'l h;sce quas habemus editionibus non extant; eas ta­
men extare apud orientales nulli dubitamus. Etenim multa
passim ab auctoribus orientalibus citantur et proferuntur ut
ipsius concilii statuta, quae tamén in ,hisce, nostris non haben·

(1) Similis est hic canon sexto eiusdem synodi Nicaenae et eam­
d~m auctoritatem, hoc est, summam esse in eplscopi .Romano principe
Om,niUm patriarcharum. ' ­
!70

tur. Eiusmodi est decretum illud quod cap. 15 constitutio·


num Alexandrinae ecclesiae refert Benascalus in haec verba:
in dieautem nativitatis etepiphaniae, eo
tempore quo concilium Nicaenum coactum
, fui t, pra e cep e r u n t e i u spa t r e s, u t n 0 c tu m i s-
sac e 1 e b ra r e t u r. Ex quo i ure a r gui pot est
caetera adhuc extare apud orientales concilii decreta.

§ ·XVIlI.
Ex
-----
(!:ONCILII NICAENI CAN. ~
LXXY
ARABICA LINGUA. DE RATIONE ET MODO RECIPIENDI
CONVERSOS AD FIDEM ORTHODOXAM EX HAERESI ARII ET
ALIORUM T ALIUM.

Cap. 31. Si quis ad fidem orthodoxam conver­


tatur, recipiendus est in ecclesiam per manus epi·
scopi vel presbyteri qui praecipere ei debet, ut a·
nathematizet cunctos qui contra fidem orthodoxam
faciunt, et qui apostolicae ecclesiae contradicunt. De­
.,/ betlilue anathematizare Arium et haeresim eius, et
aperte fidem profiteri, quam in hac perfecta confes­
sione definivimus, ac sincere fidelis esse. Oportet
etiam anathematizare eos qui huic fidei non credunt
et eam non recipiunt. Et postquam haec fecerit, ac·
cipiat eum episcopus vel sacerdos ad cuius potesta·
tem pertinet, et ungat eum unctione chrismatis, et
signet ter signare signo crucis ungendo et orando
super eum (1) orationem Dionysii Areopagitae, et fiat
- -_-!..-----==~~=-

(1) àratio, quam dicit Dionysii Areopag. est in canone Graeco7


syn. Con~t. o'fpCtylç ôwpsi.tç "vsuf1Ct~Oç IiYLOU id est, obsignatio, ~ive si·
gillum doni spiritus sancti. Quod vero est hic de ungendo istos chris­
mlte, non est necesse accipere de sacramento confirmationis, ut ac·
ccpit Bessarion in libella de euchuistia ; siquidem ad mulla alia ut;·
liter ecclesia sec. ~kiill! traditiQuem unctione chrismatis, ut in
benedictione sive sanctificatione aquae. baptismi et a1taris, et in o.rdi·
na tione et in aliis.
t:;~"
".:!

1,7 1

oratio ad Deum pro eo devote, ut recipiat eum. Et


postea erit particeps divinorum sacramentorum et
comunionis, per quam fit remissio peccatorum. Si
autem is in quo haec facta sunt fuerit episcopus,
manebit post conversionem suam in gradu presbyte­
ri; si presbyter, in gradu diaconi; si diaconus, in
gradu hypodiaconi; et siIJ1iliter in reliquis deinceps,
ut ad gradum inferiorem descendat.
N. B. Huic cano ni testimonium. tribuit S. Atha­
nasius, qui in epistola de synodis Arimini et Se·
leuciae. et in epist. ad episcopos Africae scribit pa.
tres Nicaenos edidisse in concilio perfectam fidei
confessionem et anathematizasse omnes haereses et,
inter eas, Arianam, utrumque est in hoc canone, est
autem renovatus et denuo sanci tus hic cano in syn.
Con~t. cano 7.

§ XIX. NOTAE IN CON. NIC. CAN. AR.


AllRAAMI ECCHELLENSIS MARONITAE E LI BA NO DISSER­

TATIO.

DE AUCTORITATE CANONUM, ET CONSTITUTION~M NICAE­

NAE PRIMAE SYNODI A SE EX ARABICA' LATINE VERSORUM.

Permulta sane hic nobis disserenda essent atque


disputan.da de hisce concilii Nicaeni, quos nunc da­
mus, canonibu5 et constitutionibus, quas diatyposes
.Graeci vocant. Sed ne longius quam par sit nostra
vagetur oratio, de iis tant!1m agemus capitibus quae
proprie ad praesens nostrum attinent institutum.
Et quidem ratio ordinis et methodus postùlat ut
pr:imo loco vide am us quibus auctoritatibus ac _pa­
.0"­

trum, et scriptorum testiinoniis probari possit, con:


.-,
"'

:·t.
17 2 ""0

cilium Nicaenum plures edidisse canones et consti­


tutiones quam viginti illos vulgates, qui in tomis
conciliorum non solum Graece et Latine verum etiam
variis linguis in omnium Christian arum gentium, mul­
tis exceptis, circumferuntur editionibus, et ab omni­
bus tanquam authentici et legitimi Nicaeni habentur.
I. Orientales quod attinet, addubitat nemo Ni­
caenos patres plures edidisse canones, et constitu­
tiones q uam viginti illos vulgatos, ut plane et ple­
ne constat ex ipsa praefatione quae omnibus prae­
fixa est editionibus, in qua sic legitur:
« Deinde disceptare coeperunt cum haereticis ....
Descriptum autem quidquid cum haereticis et fidei
impugnatoribus 'disputatum est; et quidquid patres
inter se sunt collocuti atque discusserunt quadragin­
ta libris...Siquidem haec omnia descripta sunt et
/' r
per universas orbis terrarum provincias promulgata
praeter canones, et constitutiones quae aliis libris
tribus congesta sunt. Ex quitus descripta sunt ea
quibus Christiani indigent crientales, et est hic li­
ber... constitutiones autem quas posuerunt, quamplu,
rimap. quidem sunt. Etenim sancitae sunt imperato­
ribus, re.5'i,bu5, sacerdotibus, principibus, iudicibus, rec­
toribus et provinciarum praesidibus, ut singulis ex­
peiit regionibus secundum mores et naturas .....)'

IV... De Melchitarum.in primis et Nestoriano­


rum editionum versione, haec scripta reliquit Abnal­
chasabus Aegyptius in praefatione collectionis cano­
nulTl., et constitutionum ecc1esiae Alexandrinae Coph­
titarum.' « Et posi.ferunt '(Nièaeni patres) de iudiciis
173

canones complure;;, ex quibus duae in hoc libro su nt


partes. quarum una viginti canon es continet, quam
constitutiones sequuntur innumerae, in quibus conve­
nitur, quarum nota est NIC.
Altera vero mu1tiplicis utilitatis est cuius ver­
sionem procurarunt Melchitae et Nestoriani, et nita
habetur apud Jacobitas Syros, et illius canonum nu­
merus in Melchitarum editicnibus ~ quos com­
plmes subsequuntur etiam constitutiones. ln editio·
ne quae est in Melchitarum manu su nt additamen­
ta quaedam ad eos pertinentia». Ex hisce auctoris
huius verbis habemu,> Melchitas et Nestorianos ho­
rum canonum, et constitutionum versionem procuras­
se, sed ex qua lingua non habemus. Ego tamen
probabili coniectura coniicio Melchitarum ver.?ionem
ex Graeca ling~a factam fuis2.e in Arabicam. Co­
niecturae ratio est quia Melchitae sùnt ritus Graeci,
omnesque ferme eorum ecclesiastici libri in Arabi­
cam ex Graeca lingua sunt versi. Praeterea non mi­
nus hoc persuadent non solum interjecta Graeca vo­
cabula, sed et integri versus, et coniata. De Nesto­
riana versione intelligi potest eam factam fuisse vel
ex Graeca in Chaldeam vel ex Chaldea in Arabi­
cam: utraque enim utuntur Nestoriani.
Editionem Maroniticam ex Syriaca lingua Ara­
bici iuris fecit David archiepiscopus Maronita an.
ab Alexandro 13L,0 qui est Christi domini 1059 ­
plus minus rogantibus abbate Iosepho eiusque mo­
nacis, ut ex eius praefatione patet.. ..

§ XX. A. 32S'~'- né en 295 à A­ i


lexandrie, mort en 373, d.it le père de l'orthodoxie .1
1
11
Iï4

(pater orthodoxiae), joua un rôle. prépondérant au


Concile de f'S'icée (325). Il est évident qu'il ne pou­
vait ne pas ~naître le canon 3 r où D$s est ci­
té par son nom, et c'est d' .autant plus sûr qu'~­
vouait le nombre de 80 canons au Concile de Nicée
dans sa lettre au p_ape Marc. Dans ses oeuvres il
J\"X 'a beél~c:9~p de passages qui rappellent l'AréoRagl­
/ ~ que(Hipler;,a recueilli dans son livre « Dionysius
von Rh~a», r861.
En parlant de l'hymne Sanctus, Sanctus, Sanctus,
D~s dit dans E. H. VII,: «Une seconde vérité
découle de cet hymne hiérarchique, c'est que la Di­
vinité est une monade et une unité en trois hypo­
stases» .c:§"t. Athan~ (or. super Math. I l . 27. M.
'\ s. gr. 25, 2 r 7 D.) prend l'expression 1{ trisagion »
) dans le même sens ~ Denys, c'est à dire que la
triple répétition de la parole «. Sanctus» désigne
les trois personnes de la Divinité, et l'expression
«Deus Sabaoth» désigne la même su bstance..
Ath a fi as e' CP seu do). La preuve indubitable
de l' existence de~ oeuvres de Denys l'Aréopagite
avant Proc1us, nous est fournie par un traité apo­
<::xphe. de St. Athanase compris dans l'édition Com­
J\ melliniana des oeuvres de ce Saint, tome XI, sous
o

le titre de «Quaestionum breviarium ad Antiochum.


11 dans lequel nous tro~vons l'énumération des ch~urs
1 angéliques d'_~I?rè<D. À) avec la mention: «Sicut
,'6 , ~Jtum in Theologia valens Diomius inquit). Quoi­
ql1e cet écrit ne puisse être authentique, pui~qu' on y
cite Epiphane et Grégoire de Nysse qui" sont posté-,
rieurs' à Athanase, il ne peut provenir au plus tard
que de la seconde moitié du IV sièc1e, puisque

Po
.) " JW ~I'ç.'j/t..-:'
tt..'

175

on n' y rencontre pas d'autres noms d'auteurs


après Epiphane. Il est donc absolument prouvé q~e JI
les oeuvr~ de Deny~ étaient c?nnues en l' a~ ~o. 1
cF
§ XXI. A. 345. Chez ph r a a t ~) dans la
23-ème homélie composée en 345 on trouve des passa·
ges ressemblants à D~nys l'AréopagiteÉJ!)II à IV
a. a. o. 86 ff. e~ VII a, a. o. 75 ff., c~e

J\ le ,r~p-porte Grégoire,~vê9.ue d'Arabie dans ses'


poesies et ses lettres.
§ XXII. A. 345.(R u f iEJcélèbre historien de
l'Eglise, presbyter d'Aquilée, revenu d' Egypte, d'A-
lexandrie et de Jérusalem en 399, mort en 410,
est le traducteur supposé de la Il homélie d' Ori-
gène, réuni.e dans plusieurs manuscrits à la traduc-
tion de ses oeuvres. Ce qui prouverait qu'à son é-
poque les oeuvres de De~aient déjà connu:.s.
§ XXIII. A. 348.(ft. Cyr i Il e d e J é rus a-
i le ny ordonné évêque de cètte ville en 348 fut deux
fois exilé par les Ariens pour son attachement aux ca-

, nons de Nicée.~st'!0lerappela de l'exil et


tâcha d~ reconstruire le temple de Jérusalem en sa

. l présence, mais un terrible tremblement de terre


l'en empêcha. Envoyé en exil encore une fois par
l' empereur ~ il n'en revint que onze ans
plus tard, après la mort de l'empereur, survenue
en 386.
Les traces de l'influence de l' Aréopagite sur ,:
!
Cyrille sont très nombreuses: 1. Ce quecP . .t1.Jdit
de la. résurréction des corps (Sec. 21. VII, 2), Cyril-
le l'enseigne (Cat. 18, 19 M. 33. 1040 C.).2. Pareil-
le'ment que dans D. A. (E. M. VII,. 6) nou.s trou-
vons chez C. de -J. un récit sur le roi qui fut apai-
.
17 G

sé dans sa colére contre ses sujets rebelles par les


bons sujets): Cat. 23, 10, M. 33, 1116 B..l3. C. de
J. fait usage quelques fois, ainsi que~de l'ex­
pression {rsoÀoy(ct dans la signification 'tFLcrciy~ov, et non
dans la signification de la Revélation, comme on
l'employe communément (Cat. 23, 2. M. 33, 1113).
4. C. de J., en parlant de la descente du Saint-Esprit
sur le Christ au baptême dans le Jourdain; s'exprime
comme 42.: A. ~(Ecc. M. cap. IV, 11): «ST.tCfO('t'fjcr~ç ''[OÙ
itV;uIJ-cttOç. ~ 21, M. 33, 1087). 5. Il exige corn·
me ~ qu'on éloigne ceux qui ne sont pas
{ initiés (chD,;crto~ chez ~ àIJ-u"l)'to~ chez Cyrille,
pro cat. 12. cat. 5. 12; 6, 29 M. s. gr. 33, 353
A, 521, 589 A). 6. La description du baptême chez
Cyrille est très proche Je celle de~7' De plus,
dans cette description, Cyrille imit~ar exerrlple

.....­
\1 il cite la comparaison de~ concernant le rapport
de la lumière avec la vue de l'homme (Cat. 6, 29. M.
'!i 33, 589). 8. C. de J. rapporte aussi la triple immer­
'II sion au baptême au repos du Christ dan~}e tombeau
durant trois jours. 9. Ainsi que ~ (Ecc. H.
cap. III, 8), Cyrille s' exprime encore en des pa·
iJ ~ tI f'j ) roi es élevées sur les -;êtements éblouissants ~e
\ blancheur des néophytes (Cat, 22. M. 33. 1104
B). 10.G? l' Aréopa~présente la bénédiction des
huiles saintes comme le sacrement de la Confirma­
tion et se sert de l' expression &SOllpy~xwÇ; St. Cyr.
s'exprime dans le même sens (Cat. 21,3. M. 33,
1092 - A) : 'tOù 7tvsuIJ-ct'toç aYLoll €vsFy't)'t~x6v. Il. Cyrille,
à l' instar de@enysy ridiculise les représentations
grossières attribuées aux anges, le feu, les ailes,
le bruit etc. (Cat. 6. 8. II M. s. gr. '33, 552
~'

177

A, 556 A). c0égoire de N~ s'exprime' enco­


re plus fort en disant qu'il espère 'qu'aucun de
ses lecteurs ne sera assez stupide pour croire à
ces choses là. 12. Se conformant à la Hiérarchie
Ecc. de(~(Ecc. H. VII, 2) C. de J. dévelop-·
pe longuement sa pensée (Cat. 18, 19, M. 33,
1040 c.) et conclut que puisque le corps l'aidait
)1 da~s tous ses l,abeurs, ~l participera aussi à . ce qui
l arrivera dans 1 autre vIe». .

LET RIO ~r P H EDE L' E G LIS E

~lJR LA PHILOSOPHIE GRECQUE

En ce qui concerne la lutte de l'Eglise avec


la philosophie grecque, ceIIe-ci n'étant pas en état de
se rendre compte du point de départ du christianis­
me et des fins qu'il poursuivait, ne pouvait en avoir
,que des idées fausses et incomplètes (comme il arrive ~

chez les protestants et les critiques dits scientifiques).


N'étant pas capable de discerner ce qu'il y avait d'o­
riginal dans le christianisme, ils lui reprochai ent de
combattre les greès' avec leurs propres armes: ou,
par contre, partant 'eux-mêmes des dogmes chrétiens
et, comme il est' probable, des oeuvres de l'Aréo­
pagite, ils essayaient d'exploiter les nouveIIes va­
leur5 app::>rtées par le christianisme au profit de la
philosophie grecque et tâchaient de remplacer la
théologie chrétienne par la metaphysique payenne. i;'

Mais c<;!!.~__!~n~ échoua, étant venue trop tard: /(5


elle ne répondait p~ aspirations de l'époque;
l' humanité était fatiguée de Ja controverse des sys­
tèmes philosophiques qui se détruisaient mutueIIe­

12
é;_J--. ,p-'- 'Iv-
t,­
~t....~ i'f N >-:->
17 8

me"'nt, et préféra se desaltérer à la source VIVI­


fiante de la Révélation.
Pour formuler ses dogmes d'une manière préci.
se, }' Eglise a eu recours à la philosophie grecque
et a fait surgir toute une pléiade de grands pen­
seurs et d' intelIigences hors ligne. La théologie
chrétienne a absorbé dallê....son sein tout ce qQiLy
( avait de plus p~ et de_plus sl:1blime dans. la

pensés.grecque. l'ayant éclairée des lumières venue

1 d'en haut. Le, paganisme, constatant son impuissan·

) J ce è égaler les c~rétiens sur le cham~éorique, a


- -- --
soulevé en la personne de Julien}' Apostat le flam­
beau de la rebeIlion ouverte et a tâché par la vio­
lence de substituer à l' Eglise catholique la religion
\ d'Etat, en lui donnant pourtant l'organisation hié­
rarchique de l'Eglise catholique. Le plagiat était
trop évident; les dieux olympiens étaient si com­
/'
o promis que Julien n'osa pas prendre Zeus pour
dieu suprême et fut obligé d'adopter pour la plus
haute divinité le dieu de l'Iran mystérieux, Mithra.
Cet essai a pris le caractère d'une tragicomédie ri­
dicule. Le paganisrpe était tombé dans un tel ma·
rasme. s' était tellement désagrégé que même toute
la puissance de·}' empereur ne su ffit pas pour le fai­
re ressusciter. Julien nous raconte qu'à son appel
pour qu'on apportât des offrandes à la cérémonie reli·
gieuse qu'il devait célébrer lui même à Antioche, il ne
se présenta qu'une seule vieille femme qui apporta un
coq, et, après la mort tragique de l'Apostat, les lé·
gions qui lui étaient les plus dévouées élurent peur
. emJ?.er~ur un chrétien, Jo~n. Après cette f;Jllite du
retour a;x traditions natio~alesl la philosophiegrec­
!{A1' /;("" ~ 1 t:

179
.r
que a été obligée de se taire, ou de se transfor­
mer en une théologie, en théologie chrétienne, E.:Ii.
~ dans les ~c:its de Denys l' Aréopagite ql~~n \\
a interpreté_.-9Ê-J}~ sens paganisant,' comme nous
le voyons dans les oeuvres du de~nier des phil?so­
phes néoplâtoniciens, P\[oclus:, et cela fut son chant
du cygne.
En 408 le culte payen fut aboli par Théodose
le Grand et en S31 l'Université d'Athènes fut fer­
mée par ordre d~ Justinien le Grand.
§ XXIV. Julien l'Apostat. empereur (361­
363), Dès qu'il eut pris le pouvoir, il devint à Constan­
tinople le grand maître des conventicules mithryaques
et eut recours aux purifications du baptême' télluro­
bolique. En 36 l, dans une lettre aux alexandrins,
Julien signifie que le paganisme est redevenu la
religion d'Etat. Les idées qu'il veut introduire
dans la mythologie au sujet des trois mondes - sen!'
sible. intellectuel et intelligible - sont analogues
aux doctrines platoniciennes les plus connues. Ce
qui semble propre à Julien c'est que sa triade di­
vine contient des reminiscences de la trinité chré·
tienne. Nous rencontrons cht:z lui un passage q!:1i
paraît un réflet des idées de, Denys l'Aréopagite;
il dit notamment: «Pourquoi introduire dans les
mythes des histoires d: adultères, de larcins, de pè­
res enéhaînés et d'autres contes de ce genre? Par~
ce que l'absurdité apparente de tels contes fait voir c_
,
,,1
à l'âme, que ce ne sont que des symboles et que
la vérité pure est inexprimable)J.

\
180
'"
§ XXV. A. 361. Apollinaire de Laodi­
c é e en' Syrie, né à Laodicée en 310, é\'êque de
Laodicée depuis 361, se distingua tout d'abord dans
la lutte contre]' arianisme. (mort en 390). St. Basile
c')mbattit son enseignement sur le Logos, qui fut
condamné en 553 par le V Concile général de Con­
stantinople.
Ce qui est important, c'est qu'Apollinaire é­
crivit 30 livres contre le néoplatonicien Porphyre,
ouvrage perdu; De ses ouvrages dogmatiques il n'est
resté que les suivants, sous des faux noms:
a) Sous le nom de Grégoire le Thaumaturge,
'H XO;,O;, . ,
f.LEPO; m::mç.
b) La' lettre au pape Jules 1 (exploit{:e par les
monophysites à la conférence de 532 ; voir Hypace).
c) Un autre écrit du même pape en syriaque.
d) Ont peut extraire beaucoup de ses fragments
de l'écrit 'Av':PP'YJ,:Y.QÇ de' St. Grégoire de r\ysse
dirigé contre lui.
Si je cite ici Apollinaire, c'est à cause d'un
certain évêque d: Ephèse, Hypace, lequel, d'après
une rel~tion d'Innocent de Maronia (X siècle), dans une
dispute avec les monophysites, en l'année 332 ,à Con­
stantinople, soupçonria.1es anciens Apollinaristes d'a­
voir falsifié des épîtres du pape Jules et une con­
troverse de Cyrille d'Alexandrie avec Thécdore {t
Diodore. En ce qui concerne ce dernièr oUHage,
Hypace se trompait, puisqu'il fut reconnu comme
authentique par le V Concile oecuménique de Con­
stantinople, que Libérat l'Africain le mentionne et
que Photius l'avait encore en mains au IX siè­
r8r

cIe. Il est donc évident que déjà en 361 Hypace


lui mtme supposait l'existence des écrits de De­
nys l'Aréopagite.

1V SIÈCLE. LES GRA:'\DS C.-\PPADOCIE:-iS

§ XXVI. L'influence de Denys l'Aréopagite


sur les Cappadociens est immense. On l'observe a­
vant tout chez Grégoire de Nazianze et chez Gré·
goire de :\lysse. L' influence ~de Denys sur ce, dernier
est surtout d'une importance capitale pour nous
comme nous le verrons tout à l' heure. Cependant
les pensées qui chez l'Aréopagite rentrent dans un
système philosophique apparaissent sporadiquement
et partiellement chez ces Pères de l'Eglise. Nous
tâsherO:15 Je' mettre ici en relief, au moins en par·
tie, le~ similitudes plus frappantes entre les ~appado­
ciens et l' Aré~ite. ' , "
A. 362. (2T. BA~!.i:])distingue trois gegrés dans
le progrès du développp.ment de la 'vie spirituelle
indiqués par l'Aréopagite. Mais à Basile, comme
organisatèur de la vie monastique, il importe da­
vantage de donner une direction morale aux moines
que de faire une leçon théorique de mystique; c'est
pourquoi il ne répète pas textuellement les mots de
Denys, mais il exprime les mêmes pensées.
'( <Le Cardinal~ et l'écrivain allemand ~­
.)1\ n~ soutien~ent que la terminologie de ~ est
1 puisée che Denys (c. H. 3. 10). Cela rend furieux
. le contempteur eDenys. H. Koch; en répondant
à Kranich, il se demand~ourquoiil remonte jusqu'à
l'Aréopagite~puisqu'il pouvait tout aussi bien faire dé·
-,

~ ----~-.------­ .-.,-~~

,'" + ;\ ,. . . cr---- ­
l..y'l "
F ~

t7
_0......... ~ G.. "~ /d-"---~ ~..e--.

'" 182

river ces pensées et ces expressions de Plotin! Crai·


1 gnant cependant qu' on ne puisse penser gue ~asi­
)
) le connaissait les o~vreSdeITAréopagite, cet athlè­
te de la critique catholique (?) allema nde accuse dans
sa ferveur Basile '1- de trop rester sous l'influence pa­
O( yenne~ ~e professer ~ des principes platonico-plotini­
ques (?r plutôt que de s'en tenir aux Saintes Ecri­
tures, et, allant à la suite de l'allemand Jahn (Ba­
silius Plotinizans 1838). il considère Basile comme
subissant l'influence de Plotin.
§ XXVII. A. 370lSt. Grégo ire de Nazyan­
Z~'dit le Théologien, nacquit à Aryanze, domaine héré­
ditaire de sa famille, près de Nazyanze en Cappadoce.
Il fut consacré évêque de Sasyme par son ami St.
Ba~ile en 370, mais il renonça à cette dignité. En
'/ 381 il fut nommé évêque de Constantinople. Ses «0­
rationes» 28 et 35 contiennent en résumé presque tous
les éléments de la philosophie dionysien ne qui se trou­
vent dans la Hiérarchie Ecclésiastique de l'Aréopa­
gite~ Des passages en ont ~té choisis et publiés par
Langen dans le Kirchengeschichte en 1794.
Je vais citer encore ici quelques autres ressem­
blances.
Grégoire de Nazyanze s'exprime cl' une manière
identique à Denys au sujet des hiérarchies célestes
(Oralio 38 i v. aussi Jérôm lib. II adv. Jovinianum),
et fa.it la remarque suivante: Que m a d m 0 d u m
qui spi a mal i u s mai 0 ru m pu l,c he r r i m e
philosophatus 'est et sublimissime.
En outre, de nombreux autres passages témoignent
que Grégoire de Nazyanze connaissait et imitait l'A­
· r-; S -, )J~
1......
) ~
;, Û
r'~:~'.J" L", L, /'-' _____ J lWl-,""­ '"
18 3 "

réopagite; (telle est l'opinion de l'écrivain allemand


Langen et de l'excellent traducteur des teu vres de
St. Grégoire de Nazyanze, de Billy). Lorsque Denys
l'Aréopagite, (c. V, D. N.) dit :"0),0',1 sv Ëam:ij) "to EIval
OUVEl/,yr.pWç, Grégoire de Ndzyanze (Orat. 29. Pascha)
s' exprime ainsi: "0),0',1 Éau"tij) ouna~wv SXEl "to EIval.­
Denys dit de Dieu (c. H. c. 9.): &EapXDwu ç'w"toç èi1mp6v
"tE xal à;o&ovcv "é),xyoç, tandis que Grégoire écrit: nÉ­
hyoç oùo{a.ç ot"ElPCV xe.tl à6plO"tOV. - Chez Grégoire
comme chez Eusèbe nous rencontrons aussi l'expres­
sion de Denys EhxVOpl'l..~ ÈVÉpYEle.t. - En parlant du
trisagion, Grégoire se sert des mêmes paroles que De­
nys et Athanase.

§ XXVIII. A. 379. St. Gré g oi re de Nys­


se, le Mystique, mort après 394, frère cadet de St.
Basile, fut en premier lieu rhéteu!; ordonné ensuite
évêque de Nysse par Basile, il p'rit part au synode
d'Antioche (379), et, après le synode de Constantinople
(394) nous le perdons de vue. II est le penseur le
plus profond entre les Cappadociens. C'est pourquoi
il e,5t, naturel que l'on ressente Je plus en lui l'in­
fluence de l'Aréopagite.
St. Grégoire de Nysse dit p.
ex.: Ce qui est invi·
sible par sa nature même devient visible par son ac­
tion et peut être connu dans, toutes ses propriétés
particulières: (M. 44 1269 A). - Mais cette connais­
sance imparfaite qui est le partage des payens n'est
pas celle que le Christ a promis à ceux qui ont le
coeur pur.... La sainteté ne consiste pas en ce quO on.
sènt Dieu, mais en c~ qu'on porte Dieu en soi 7
même. Car lorsque le Seigneur prom~t. de voir Dieu
18 4

à ceux qui ont le coeur pür, il place Dieu non com­


me un objet extérieur de contemplation, mais il nous
enseigne que celui qui détachera son coeur de tout
objet créé et de toute passion contemplera le reflet de
la nature divine en sa propre beauté. - Il définit
cet enseignement dans un autre endroit par les pa­
roles de la Sainte Ecriture: Le règne de Dieu est
en Vous (Luc 17, 2 1).
L'enseignement de Grégoire sur la contempla­
tion mystique de Dieu et sur l'extase semble être
entièrement puisé de Denys et même exposé dans
les mêmes termes.
La similitude principale se base sur le fait que

tous deux se servent de l' histoire de Moïse com­

me exemple de l'union avec Dieu et de la contem­

plation. Ce que Denys l'Aréopagite présente en traits

,/ rapides dans la première partie de Sil Thélogie Mysti­

que, St. Grégoire l'expose plus amplement dans sa

vie de Moïse, et dans la XII homélie sur le Canti­

que des Cantiques, il est aussi bref que l'Aréopagite.

Tout comme Denys, il est de l'opinion que pour

entrer eil extase une grâce spéciale de Dieu est né·

cessaire, et que l' homme ne pe~d pas définitivement

ces plrticularités avec ceia et ne parvient pas à la

contemplation immédiate de Dieu dans son essence.

Comme' préparation à cet état, Grégoire conseil·

le de se détacher de tout ce 'quia' rapport aux sens

.. -- ~--"-----et- ae--tootes·les-vanités-· de-ce'-mon-de (D. A. De M.

T. l, 3). Il affirme que la théologie est une roche


a:brupte, sur le sommet de laquelle il est très diffi­
cile qe -parvenir; -et qlie la majorité arrive avec pei .
. ne à son pied.>« Mais celui qui laissera derrière.1ui
ISS
""=:
toutes les phénomènes, non seulement ceux que
nous donnent les sens, mais aussi ceux qu' aFcr­
• çoit la raison, celui-là, se recuillant de plus en plus
en soi entrera d'l.ns l'Invisible et dans l' Inccmpré­
hensible et verra Dieu. Car la vraie connaissance de
l'inconnu et la vraie percéption de l'invisible cor.­
sistent à ne pas le voir - èv 1Q1J-cCP 1~ !~~:v èv 1<li f.L~
1~~:'J, - ce que l' on cherche restant au-dessus de
toute science et étant entouré d'incom'préhensibilité
comme d'une certaine obscurité. (D. A. 1. 101 A).
Mlis, en réalité, personne n'a jamais vu Dieu (Ioh.
1, 18). Dans la description de l'extase; aucun des
anciens Pères de l'Eglise ne s'est éle\'é plus haut,
excepté Denys. Dans i' état mystique et extatique
l'esprit s'élève au-dessus de tout ce qui a rapFort
aux sens, l'action de la raison elle-même et de toute
pensée discursive reste suspendue, l'âme entre dans le
silence et la tr<J.nquillit~, dans lesquels elle aperçoit
clairement et sans voile Celui qui ne change pas et
n'a pas de mouvement. Grégoire compare cet état
à une sorte de révélation. Il ~st d'avis qu'un
état de ce genre se manifeste tout d'un coup et d'u­
ne manière inattendue. Mais, malgré ~ette élévation,
l' homme ne cesse jamais de chercher Dieu, car la
vraie contemplation de Dieu consiste en cec~ que
,\.
celui qui contemple incessamment n'est jamais rassa­
.,
sie.
- .. ·~:---Grégoire·de Nys~e n6mme·-Iesangesd'après p~­
nys: Trônes, Puissances, D,ominations. Il exprime la
m~me pensée que Denys, que l'on ne peut contem­
pler Dieu èn ~ette vie, car .i1 n' e~t pas compréhen­
sible. (comp. avec la lettre . 1,à .Caius Thérapeute
. de . _

.;' .
186

D. A.). - G. de N. ainsi que D. A. dans E. H.


c. L, 1 énonce la même pensé~; «Chez les saints
martyrs la mort est cause de joie et de solennité'». ­
G. de N. allégorise en maints endroits à la manière
de D. A. dans les Hiérarchies Célestes. - Chez
Grégoire de Nysse dans la vie de St. Ephrem (M.
46. 849 c.), nous trouvons un passage dans lequel
il prie St. Ephrem de s'interposer en faveur des vi­
v~nts sur l'Autel Céleste, où il glorifie ensemble
avec les Anges la liturgie en honneur de la Trinité.
Ce passage rappelle Denys l'Aréopagite (c. H.
cap. l, 3) dans lequel il dit que les anges prennent
part à l' Offic~ de Dieu célébré par les prêtres.
§ XXIX. A. 400. M a rut a de Ma j u ma,
é v ê que de Ma ï par kat éci-ivit une histoire
/'
\1 du c~e de rtic~e (du .Nicaeum) qu'il envoya à Isaac
de Séleucie, où il énumère, comme nous ~éfèr~e
Père Stiglmayr, 20 Canons authentiques et 73 Ca­
&3 c,,"......._

~;H~ocrYEhes. Cet ouvrage, conservé en rartie


parmi les manuscrits de la Propaganda Fide (K. VI.
4p. sff.), contient à la page 22 le passage suivant:
" .. ~me~ disciple de t'apôtre Pierre .qui après
l'apôtre fut premier évêque de Rome, écrivit une
)\
lettre à Denys évêque de l'Aréopagite (sic), disciple
de St. Paul etc.... » Le Père Stiglmayr fait la remar­
que suivante: «le fait qu'une telle épître du très
vénéré Clément de Rome à l'Aréopagite '<était déjà
répandue au IV si.ècle parmi les chrétiens et qu'elle
fut insérée dans un ouvrage d'un évêque" syrien»~
(nou.s conclurions à la place du P. Stiglmayr); ­
prouve suffisamment qu'au" III." siècle et au début
dù IV siècle on a connu et apprécié les écrits" de
__ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ :87
-- ;

Denys l'Aréopagite. - Mais ce n'est pas là où

tend le R. P~ Stiglmayr; tout au contraire, re~,g!.1t

cette conclusion g~~pose d'~me, pour en dé·

tourner ses -lecteurs et leur voiler l~ue, il com­

)\ mence en cet endroit à divaguer sur je ne sais quel

sujet en donnant à son bavardage une apparence


"
scientifique, et' il poursuit: «(la lettre de Clément~ à
l'Aréopagite) pourrait donner à quelqu'un l'idée
d'attribuer aussi bien à Denys une dissertation sur
\
les thérapeutes comme on la trouve dans la C. H.

VII ».... etc. Mais ne perdons pas notre temps à ré·

Il futer de pareilles palinodies; mes lecteu':"s pourront

s'en rendre compte par l'original allemand que je

donne dans la suite avec une explication juxtalinéaire

Le fait est que Stiglmayr lui même nous don­

No )\ ne en main une preuve renversant de fond en com­

J ble sa thèse qtre les écrits de Denys furent compo­

sées au VI siècle.

. § XXX. A. 400. ct>' r i Il e é v ê que d' A ­


e 1 x and r ~ né probablement vers 370, présida
le Concile d'Ephèse en 431 ; mort en 444. D'après
Libérat l'Africain, Cyrille d'Alexandrie a cité dans
son écrit contre Théodore de M~~et Diodore
de Tarse les œuvres de Denys: « Breviarium docente
Nestorio et Eutychio, cap. JO): «Cyrillus Quatuor
libros scripsit, tres, adversus Theodorum et Diodorum
quasi Nestoriani dogmatisauctores, etalium de I~car.
natione librum. In quibus' continèntur antig,uorum
fl ..p atrum illcorrupta testimonia: Feli~is paf ée roman'i,

_ ) :Dionysii Areopagitée Corynthiorum/episcopi et Gre·

gorii mirabilis Thaumaturgi cogl1ominati).


c'
,.;.

183

La confusion de Denys d'Athène's avec Denys)


de Corinthe est évidente; mais l'importance consi·
ste dans le fait que, déjà au début du ye s., les œu- vl~
vres de l'Aréopagite ont été citées par Cyrille~:_e
deux autres autorités de la moitié du Ille siècle.
§ XXXI. La mention du dia cre de C a r­
th age Lib é l' a t sur l'opuscule de' Cyrille contre
Théodore et Diodore, est confirmée par Léonce de
BYl~nce (de Saectis, Actione 8), par Eulogius Ale­
xandrinus, et par un écrit de Thédoret dirigé contre
Cyrille en réponse à son attaque contre les néstoriens,
Théodore et Diodore. (Cette défense du Néstorianisme
de Théodoret fut condamné par le ye Concile Oecu­
ménique, et par Photius qui l'avait encore dans ses
mains). Ce traité fut lu et attribué à Cyrille au ye
Concile Oecuménique, 3e de Constantinople (in col­
,/
latione quinta sy'nodi quinta: oecumenica:).
Le P. Stiglmayr nous renseigne su'r un catalogue
découvert en 1600 par Antoine Possevinus à Cor:stan­
tinople, dans lequel on mentionne une: « Explicatio
S'. Cyrilli Archiepiscopi Alexandrini in Hierotheum
Areopagitam ~.
§ XXXII. A. '4°7. St. Nil le Sinaïte, ana­
chorète ~t ascète, mort environ en 431. La seule, date
exacte que nous pbssé~ons de sa vie est l'année
407, en laquelle il écrivit une lettre à l'empereur
Arcage. Le. P.._$..!jglmayr assur~que l' on trouve dans
ses écrits le récit de la vision de Carpus en Crète,
presque pareil à celui de Denys l'Aréopagite.
§ XXXIII. A. 398'4°7. St. Je an
ChI' y.
sos tom e, né en' .354, évêque de 'Constantinople,

.,... \
18 9

mort en 407 ; place aussi celui de St. Denys par­


mi les grands noms de l'antiquité ch réirenne , et, ad­
mirant sa doctrine et l'élévation de son esprit. l'ap­
pelle un oiseau descendu du ciel: «, Ubi Evodills ille,
bonus odor e"cc1esiae, et sanctorum apostolorum suc­
cessor? Ubi Ignatius Dei domicilium ?» Ubi Diony·
5ius Areopagita volucris cœli.? (Sermo de Pseudo-pro­
phetis, circa medium). Que ce sermon soit de Saint
Chrysostome, c'est ce qu'il faut penser d'après l'au­
t)rité d'Anastase le bibliothécaire (Ep. ad Caro­
lum Calvum, du cardinal Perron, de Baronius (Ad.
ann. Domini 109) du P. Halloix (De vita et operibus
Dionys. q'laest. 2.). L'.envolée et le style de ce ser­
mon témoignent de son auteur. Un argument très sé­
rieux de la véracité de ce sermon consiste en ce que
l'auteur ne nomme pas saint Chrysostome entre les
grands hommes du catholicisme, entre saint Basile
et les deux Grégoire, et que, dans l'énumératicn des
Pères de l'Eglise, Evodius et Ignace sont mis en
tête comme provenant d'Antioche, la patrie de St.
Chrysostome.
§ XXXIV.A. 433. Théodoret de Cyre
(Cy.ros) (Theodoretus) natif d'Antioche, disciple
de Théodore de Mopsueste et collègue de Nestorius,
fut, dans sa première jeunesse, partisan de Nestorius.
A 35 ans il était déjà évêqu~ de Cyros, petite 10­
càlité près d'Antioche. Comme partisan de Nestorills,
il écrivit une dissertation contre les Anathematismata
de Cyrille, qu'il a accusé d'Apollinaris.me. Il prit
part au Concile de Chalcédoine en 45 l et vota la
.condamnation de Nestorius. Il mourut en 458. On

,
19°

trouve chez lui (In Ps. 64, 10 M. 80, 1356 A)


des passages qui rappellent St. Denys : &eoü )tcà "[po­
(j'a\) 0Xê"[O( dit l'Aréopagite, tandis que Théodoret dit
X&.P~C; . "[ot) IIveuI-LQ;"[oc; etc; 0Xê,,[OÙC; OLO:~pOUIJ.Sv'fj. Théodoret
dans « de Provo Dei» (M. 83, 980) et également De­
nys s'expriment ainsi: veepwv ÙlOrvec; (nubium pectus).
La déification par l'union avec le U n ËVwo~c; (Il
Petr. l, 4) (loh. II, 51 ; 17, 20-23). Cette même
pensée et ces mêmes expressions ont été acceptées
par presque tous les anciens Pères comme Clément,
cohort. 9 (M. 8, 200 Il): Strom. 4, 25 (M. 8, 1365 Il),
Grégoire de Naz. 30, 6 (M. 36, II 2 Il) Proclus et
les N éoplatoniciens sont imbus de l'idée To sv - É­
Vto:~ov ~vwI-LÉvov, unifié et uni avec le Un.
Théodoret dans son traité «de Providentia» cite
Plotin cap. UI §§ l, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8,9, et tâche
,. de prouver que ce dernier, dans ces endroits, s'in­
spirait du Nouveau Testament (de mon côté je trou­
ve qu'il serait beaucoup plus vraisemblable de croi­
re qu'il puisait en Denys l'Aréopagite). Après sa
mort, sad é f e n s e d eTh é 0 d 0 r e d e M 0 ­
psu est e et de' Dio d 0 r e con t r e Cyr i 1 ­
1 e et quelques unes de ses homélies et de ses lettre
ont été condamnées au Y·ème Concile Oecuménique
en 553. Ce fait confirme l'authenticité
d e l' é cri t pol é m i q ue d e Cyr i Ile con­
tre Théodore e.t Diodore, refuséparHy­
pace d' Ephèse, et mentionné par Libérat l'Africain.

§ XXXV. A. 44°-46 1. P s e u do - Lé 0 nIe


Gr and. Dans des sermons inédits (sermones inedi­
ti Sancti Leonis) édités par CaiIlon (M. s. lat. LYI
I ~)T

1 131) le septième sermon est "entièrement dédié à la


g1orification de St. Denys l'Aréopagite. Stiglmayr
nous raconte que, d'après St. Léon, St. Denys, disci-
ple des Apôtres et martyr, l'auteur de nos dionysiaca,
et St. Denys l'ancien évêque de Paris [martyrisé au
IIIe s. ajoute Stiglmayr]. était une et la même person·
ne. Mais «comme cette erreur n'a paru qu' au VIlle
siècle (Byaens, Acta SS. Oct. IV p. 696, sqq) (Il!), il
faut au moins remettre la rédaction du sermon du pséu.
do-Lé'Jn à cette date». Oui! Oui! il le faut, car c'est
cela que veut Stiglmayr. Plus loin il ajoute encore
que dans la déscription de l'éclipse du soleil d'après
Denys, Léon se tient à la version ëY..).et~tç et non
ÈY..ÀGtp.~tç. (ep. VII, 2. D. A.) - Pseudo-Léon (ser-
mo, M. s. lat. LVI, 1130 ff.) et Hild. (vita Dio-
nysii, M. s. lat: CVI, 25) puisent tous les deux de
la lettre d' Eugippius Aristarcha. Or Hilduin a lu
aussi 6Y..Àe{~ewç. Mais comme Hilduin a écrit la bio-
graphie de l'Aréopagite en 836, et Scot Erigène a
traduit ses oeuvres en 850 (M. s. lat. CXXII, 1127),
soit au IX et non au VIII siècle cela veut dire que
tout cet échafaudage de preuves tendancieuses ba-
sées sur la grande (?) autorité de Byaens tombe
d'elle-même.
Ce digne représentant de la science allemande
contemporaine imite dans cette récension son prédé-
cesseur moral, le premier historien des Francs, en
~ amplifiant dans son sens le texte du pseudo (?) Léon le
;.
Grand, commè l'autre a amplifié les actes de Saint
Saturnin.
19 2 ..
§ XXXVI. La réponse de Denys l'A­
r é 0 P agi te pre m 'i e ré\' ê que. d' Ath è n e s
à 1a q li est ion d e T i tus, é v ê CI u e d e C r è­
te: Selon le Dr. Velter il paraît que c'est une tra­
duction du grec, et Velter la rapporte à la premiè.
re moitié du V siècle. (Ce que Stiglmayr nous com­
munique est contraire à sa thèse).

§ XXXVII A. 453. J u v é n a l, é v ê que de


J é rus ale m, dans une lettre à l'empereur Mar­
cien et à Pulchérie, en parlant de la dormition de
la Sainte Vierge dit:
rrctp'~OctV èÈ "Cô"Cs OÙV "C~:ç; a;:~o"c6/,o:ç; ... 'l.ctl ~to'l6G~oç;
,Ap2nctyL"CYjç;. Kct&wç; ctÙ"C0Ç; {; I-lsyctç; ~tov6o~~ç; I-lctp"Ctlpst
.èv "Cotç; mpl "Coi) I-lct'l.ctp!Otl 'hpo&.sotl y.ct( ctù"Coi) "C6"Cs T:ct,c6v­
"Co; .7tpOç; "C0'1 PYj&zv"cct cb:6,no/,ov TtI-l6&EOV r.ov'tj&.sto: '1 ),6­
yo:ç;, Otl'.WOt
co
I\SYWV. ' E
'') , ", ,., - ~ .2
;:,;t Y.ctt ;:;t.p ctU"COtç; Ul-lV<pAWV e;:ct~
C' ­

'l.do;t.ç; d. d .. n. III, 2 «Si ces paroles étaient vrai~


ment de Juvénal. dit malicieusement Stiglmayr - cela
signifierait que .Ies écrits de l'Aréopagite étaient dé·
jà' connus au début ~u V siècle ou même à la fin
du IV». .
Cette expression «Si ... vraiment... » est bien pré­
cieuse; quand Stiglmayr tombe sur une p~euve in­
dubitable de l'existence des oel!vres de Denys au
.ry siècle, il induit ses lecteurs .dans I~ doute, non
plus sur l'authenticité des oeuvres de Denys, mais ,
ti
sur la lettre de Juvénal.

§ XXXVIII. A.450 l s a a c (Cheva­ S y rie n


lier, Répertoire p. 1 121) é v ê que deN i n i. v e.
Hipler le place au VI siècle. Stiglmayr essaye de
le mettre. au VI),. mais Bardenhewer ,s' y oppose
'.

-.;,.
193

et le place au V siècle. Isaac Syrien cite Denys


par son nom.
§ XXXIX A. 500. Mar in u s dans la vie de
P(Qclus s'exprime comme Eccl. H. cap. V, 5: D. A.
dit de quoi doit s'inspirer le hiérarque ordonnant
un prêtre.
§XL. A. 46S-5'28. Procope de Gaza, so­
phiste préposé à l'école d'éloquence de cette ville,
est le plus remarquable auteur de catènes (chaînes) de
l'antiquité. - Dans un volume de Miscellanea Vatic.
de date récente (Cod. Vat. 1096 Sacco 15) le car­
dinal Maï trouva un fragment ÈY. -cWV ëtÇ -cà IIF6'l.),ou
Eh()Àorty.à. xe:paÀa;ta; 6:vnppYjoswv IIpo;w-;;;[ou raÇ'(lç ànlp.
P'Y]:l~ç, xe:pa;Àa;[ou Pf!ç': ex Procopii Gazaei in Procli
theJlogic l capita responsis responsum, in capite 146
(M. gr. 87, 2, 2792 e·h.). Dans ces écrits contre Pro­
clus se trouve un passage concernant Denys l'A·
ré:>pagi te notam ment: 6:11:0 "C1jç &eo),oy:aç -coD f!erci).ou
~:(;';uo"(ou "Cà. 6~"IJ),à xa;l ov-cwç ~ça;[pe-ca; x.eXÀYjf!sva;, &ew­
P~lJ.Xtx; comme nou~ apprend la théologie du grand
Denys sur la théorie la plus élevée et la plus pri.
mordiale de l'être.
Un certain Russo a découvert que ce même
passage se trouve dans une réfutation du même
Pro:lus par l'évêque Nicolas de l\Iéthone au XII
siècle. Il e3t évident que Nicolas a transcrit cet ou­
vrage de Proclus (même Draeseck~ est de cet avis),
m lis cela n'arrangeait aucunement le père Stiglmayr,
eh bien l, d'après la méthode scientifique qu'il ap­
plique continuellement, il se défait de Procope sans
trop de cérémo:lies. Il assure (comment ne pas le croi­

13
-.

re sur parole?) que, a) d'après son fond, cet écrit


ne répond pas au VI siècle: b) qu'il est donc
vraisemblable qu'il n' y a jamais eu d'ouvrage de
Procope contre Proclus (sic!, sic!, si~!.), puisque, ou­
tre l'attribution de ce fragment à Procope dans le
titre (excusez du peu!!!) il n'y a trace aucune d'autres é­
crits du Sophiste (c·à-d. Procope) contre Proclus:
c) il s'ensuit donc que ce fragment appartient vérità­
blement à l'évêque Nicolas et n'est attribué au So­
phiste (c-à·d. Procope) que par erreur.-C'est parfait!
S'il y a dans cette affaire un sophiste c'est le R.
P. Stiglmayr.
Le patrologue Bardenhewer résume cet incident
par une expression sybilline «à cette conclusion de
Stiglmayr devra appartenir l'avenir ». Nous allons
le voir; mais le présent ne lui appartient pas encore.
§ XLI. A. 540. J e a n Phi 1 0 p crn e d' A 1 e­
x and rie, grammairien, monophysite tritheïste, a
écrit, entre autres, un commentaire sur la création du
monde. Au § 21 du second livre, il parle des phéno­
mènes aperçus pat Denys A. au moment de la mort
de Jésus, (voir la lettre à Polycarpe ep. VII, M. III,
1080 f.) Philopone emploie l' expression ~ €7t'atnij
7tapli?oçoç xal &auv~~"1jç cij cpuasl SÛ,€l~lÇ ~/,lax~ (7tspl
x00j.107tOltaç II, 21) et s'exprime sur Denys, avec la
plus grande vénération: '0 j.1EV epl/,oaoep{ct èixF~ xat
€ùas~sC~ cOV ' A&'~'nlal c'~ç €xY..!.'Y)aCaç &p6voy ilOOj.1~aaç
• !

134 (cité d'après Fabrieius IX 361). Il dirigea un


écrit polémique contre Sévère (Fabricius IX, 368)
tout en étant monophysite lui-même, mais d'une
autre Fluance.
-

195
""
LE SORT DES OEUVRES DE DENYS APRÈS' LA CESSATION
DE LA CONSIGNE DU SILENCE.

Si l'on ne nomme pas Denys par son nom jus­

qu'à la fin du III siècle, comme autorité, c'est

que l' on ne s'appuyait alors que sur l'autorité des

Ecritures et l'on ne nommait que les philosophes

grecs par leurs noms. Ce sont les hérétiques qui ont

rompu les premiers la consigne du silence et ont

commencé à appuyer leurs erreurs sur la fausse

interprétation des textes des anciens Pères. Cela o­

bligea les fidèles à recourir aux mêmes auteurs pour

en donner la juste interprétation. De ces controverses

avec les hérétiques prit naissance l' habitude d' en­

visager les Pères de l'Eglise comme autorités dans

les questions doctrinales et rituelles.

La première brêche dans la tradition apostoli- ­

que du secret a été faite pendant le concile~i.c.é.e'1~

Comme nous avons vu,.C 'est dans le Canon XX XI du


\-.-9 ..... li'""-I

« Nicaenum» qu'on se réfère à l'autorité de Denys

l' Aréopagite au sujet du rituel de l'onction. Dès .

ce moment, les oeu vres de l' Aréopagite tomben~~ns {rj


JI

le domaine Qublic, acquièrent la plus grande impor­ tf ']


tance après les Ecritures et sont citées ouverte~nt

dans les controverses entre catholiques et hérétiques;

ces derniers les utilisent même dans les différend s

entre eux.

Les canons de ~e, de la recension que Sti­

l( glmayr appelle élargiecuberrima), ~e sont ni faux,


1ni apocryphes. Ce sont des canons acceptés dans
toutes les Eglisesorien-tâles tant-unies que séparées;
autrement dit,' ils son~n~ comme aut~~s

..

:.. ..
·
19 6

~J' Egljse catholigue entière. Pour qu'il en soit


ainsi, il fal1ait bien que les Pères du Concile de Ni·
\ Il cée reconnussent les oeuvres de Denxs comme l'~x­
Jl'J pression fidèle de la tr~itjon apostolique; ce fait
/ seul suffirait pour couper court toute discussion
) sur l'orthodoxie de ces oeuvres. Il ne faut donc pas
s' étonner de trouver chez (Saint Athana-se'J l'âmedu
Concile de Nicée, une quantité de propositio-;;-et
d'ex ressions rappelant l' Aréopagite (consulte-Z(1in.
gen et Hipler, et de rencontrer dans un opuscule
ap0m.ehe, attribué au mêmeQthana~; un pa~sa~e
où "Den ys e~t nommé par son nom, que tous les
Pères et même Cyrille d'Alexandrie tenaient pour
auth~up..
hrol1inaJ.!:,i) et ses adeptes ont dû exploiter ses
oéuvres. Cela a jeté une ombre sur les écrits et a
,/ amené quelques catholiques peu familiarisp.s avec
les anciens Pères à concevoir des doutes sur l'au­
thenticité de ces écrits et à supposer qu'ils ont été
falsifiés
....,.
ou interpolés <:
par les mêmes Apollinaristes.
Le paganisme, .voyant l'Eglise sortir victorieu­
sement de la lutte avec les hérésies, surtout avec la plus
d::lOgereuse d'entre elles, celle d'Arius, les dogmes ~~n·
solidés et son unité raffermie, a perdu to~oir ~e
combattre le christianisme sur le terrain théorique

-
et -;- fai t en la personne d<J ulien-1' Apostal~ la ten·

éch~ué
.
tative de lui substituer par la force une religion
J
\ d'Etat, mai, cette tenta,;ve a pi'eu,ement.
1-tÇ' (Cyrille de JérusaI~;)quoiqu'il prenne de De·
nys (E. H. 2. 6.) toutes les prescriptions de son
I cathéchisme %a.'Yjz·~oêlÇ p.uOtaj'wj'lxaC, ne le. nomme
JJ pa~ encore e.ar ~on ~m. De même les grands
197
""
\( Cappadociens, quoique ch~ eux on_ trou~ beau­
J coup de ressemblances avec Denys, surtout chez
(çrégoire de Nyssè)ne leno~nt pas par son
J\ nom; en particulier sa théorie de _l'extase est~­
forme en tout à ceIIe de Denys. ~oire de Na­
zyan~lui ressemble dans de nombreuses idées et
expressions et' emploie entre autres la célèbre ex~s­
)\
, sion eza'l0p~y.:à Èvzpyzta qui a fait tant de bruit dans
la suite. Parlant des Anges il semble faire une allusion
à Denys l' Aréopagite dans ces célèbres paroles:
« Quemadmodum quispiam alius maiorum pulcherrime
philosophatus est et sublimissime» mais il ne le
nomme p a s . _ - - - - ­
Il C'es~. Jean Chrysosto~ui le nomme le pre­
) mier par son nom et l' appeIIe: oiseau tombé du ciel. - uJ(7 tI
Enfin nous arrivons au début du V siècle: (Ci­
riIIe d' AlexanêI?ib le nomme dans sa conti'ov~e
avec Théodore et Diodore, et c'e:;t lui .9yi, pré.
sidant le Concile d' Ephèse, a fait passer la défi­
\ nition des personnes de la Trinité selon les propres
) exp!~ssions d~nys.

§ XLI. Le V siècle est l'époque de la lutte


décisi ve contre les hérésies, dans laqueIIe l'Eglise est
sortie victorieuse dans les deux grands Conciles Oe­
cuméni ues, celui [Ephèse ~n 432Jet' celui deCChalcé­
doine en 452. C'est aussi Je ~grand triomphe
J't] _ Jr de la profondeur et de la justes~e_ de l~p~sée _de

_ _ '\ D~nxs-: çians le ~ncile d' Ephèse) présidé par~­


rille d' Alexandriv qui, comflle nous l'avons vu, ~on- ,

) \.naissait à fond les oeuvres de l'Aréopagite, le mot

« hypostasis» fut défini d'après les expression~­

,
198

mes de St. Denys. Maintes autres définitions des


deux C;~ciles semblent_reproduire ses propres p~o­
..J\ les. Pout faciliter la comparaison des textes de De­
----
nys avec les décisions des Conciles, je présente ici l'ex­
position de la christologiè de l'Aréopagite, appuyée
sur ses propres textes.

LA CHRISTOLOGIE DE DENYS L'ARÉOPAGITE

Dans les oeuvres de D. A. parvenues jusgi,J.


n~s, on ne trouve pas l'exposition -ex professo de
son enst:ignt:ment sur la Trinité, son Iivn~ 'rït01UTI<Il­
l
j ûs~ç {ho),oy~xcd ayant disparu. Dans les livres que
nous possédons, Denys ne nous détaille pas<: k.E..!in­
cipe même de l'unité divine et de la vit:, comment
dirais-je, ~cliqll.e <!ans la divinité.~ II ;ccepte ce do­
/
gme comme tel, et en~ vient directement à la défi­
nition de l'interpénetration des hypostases divines.
D'après Denys, les attributs essentiels de Dieu, com­
me la bonté, la beauté, la sagesse et autres qualités
absolues, tout aussi bien que l'action extérieure, ap­
partiennent à la Tri~ité entière, parce qu'ils se ~;p.
portent à la substance divine; mais à côté de ces
attributs particuliers, se rapportant aux trois person­
nes de la Trinité que nous appelons des distinctions:
(D. N. c. II)<< La Divinité a surtout l'univers une
souveraine domination: Ç' est. évident pour ce qui
regarde' le Pè.re et le Fils i; et les Saintes lettres don­

l
) nent le titre de 6l~e~ au Pèr~ et au Fils. Or-k
Saint Esprit_~.!_Èien_c..Seigneu?>au~si" .
- . «Le Père seul est la source substantielle de la
Divinité»
~.;~'"
.'

i99

( Tour ce qui est en Dieu se trouve dans les


trois Personnes également parfaites» - Les «trois
adorables Personnes habitent persévéramment ]' une
dans l'autre. de manière que la plus stricte unité
subsiste <ivec la distinction la plus réelle» - "« Il
né faut pas diviser ce qui est un, ni co~re ce-
f) (qui est distinct» - « Le Père n~ est pas le Fils
et le Fils n'est pas le Père l> - '« Le Verbe sures-
I sentiel :;se~1 a pris véritablc:ment la nature humaine
1J en tOut ce qui la consti~e l> - «Ni le Père ni le
Saint Esprit n'aV3ient part à cet abaissement» ­

\-1- «~e Verb~ supra-essentiel lui-mê~e '/ a. réellemen.t

J prIS sur SOI notre natt.!,re en tout ce qUI la consti­


tue; de cette manière nous essayons dans notre dis­
sertation de réunir e:t de disjoil2ire ce qui es~~)
1 en~ la Divinité,~ui s' abaissal1t]usqu' à notre nature

1 et la prenant réellement sur elle et permettant qu'on

~pelle homme, a pris sur ell~ ]' humanité s~s

)1 diminuer ni confondre la divinité».

- Après la lecture de ces textes n.' est ce pas 1

temps et peine perdus que de défendre Denys con­

tre l'accusation d'Apollinarisme ou de monophysisme.

Il s'en défend lui·même avec une lumineuse éviden-j

ce.

" Cette analogie entre les écrits de D~_~ ~t les


décisions des deux c~s, surtout celui ~ Ephès~) "
ont servi de pretexte-!'aux gens de mauvais~_~olonté, JI 41,
ui veulent absulumen..!_~ttrjbuerà un faussaire,"
pour le situer soit ~ntre le Concile cl'Ephèse et celui
de Chalcédoine, soit après les deux. Si la renommée
cl$..s oeuvres' de D~s n' a pu grandir cl' avantage,
.'

'<0
200

puisqu' elle était à son aRogée lors du Concile d'E-.

,phèse, nous pouvons cependant dire que la diffusion


de ces .écrits a augmenté de beaucoup; ils sont de­
venus le livre de chevet de tous le~ théologi~t
l
,J
)
les philosophes. Les hérétiques exploitent les oeu­
vres de l'Aréopagite pour leurs fins et les catholi­
f ques s'en servent pour confondre les hérétiques dans
l les disputes. L~ouvra~e-=-<!: Proclus semblent être
\J u.E.,e_paraphrase continue de Denys. Enfin vers l' an­
née 500, ~ius .de Résaïniest le premier tradu­
cteur des oeuvres de Denys en langueSyriaque. Cet­
( te traduction marque la date la plus importante pour
\ la transmission des oeuvres de l'Aréopagite dans
\ le cours des siècles, surtout par rapport aux detrac­
teurs de Denys; elle devrait les empêcher de situer
./ 1\ leur faussa~re au delà de cette époque, s'ils ne

a"~'t;ons,
vJ '!,. s'obstinaient pas dans leur menso9ge de le placer
) en 53', oontca;<ement à le",s pcop,es et
n'étaient pas suivis par" les 5.cientifiquesmQdernes
dépourvus de tout sens critique.

LA TRADUCTION SYRIAQUE DES OEUVRES


DE DENYS L'ARÉOPAGITE PAR SERGIUS DE RÉSAïNE.

§ XLII. A.soo. Se r g i usd e Rés a ï n e (Theodo.


siopolis), prêtr~~ et médecin (presbyter et archiatros), a
puiSé sa science à Alexandrie; il était monophysite
de naissance, mais il entretenait en même temps des
relations amicales avec les centres nestoriens comme
on le voit d'après des dédicaces de plusieurs de ses
oeuvres à un Théodore dans lequel on croit recon.
naitre un év_êque Nestorien de Merw. Les derniers
201

événements de sa vie nous le montrent dans le


camp ChaIcéclonien. Pour se plaindre de son évê.
que AscoIius, il se présenta à Pen Ephraim qui en
526 occupait le siège d'Antioche à la place de Sé­
vérus et il fut envoyé par celui-ci en mission auprès
du pape Amd l, dans le cortège duquel il vint
à Constantinople (1) le 20 février 536 et il y mou­
rut le 22 mars de la même année. II a exposé sa
croyance Christologique dans un «Discours sur la \
foi >, qui a disparu, dans la prérace de sa tradu-
II ction des oeuvres de Denys l'Aréopagite. II était \
en outre un connaisseur très profond de la philoso- 1
phie ~dont il a traduit et analysé plusieurs)
ouvrages.
II est vraisemblablement aussi le traducteur de)
l' «Isagogue» de ~hy~è\ des C~tégories et d'un
écrit attribué à (Arist~.:~ 1tspl ~uX-r,ç, dont nous n'a­
vons plus l' origrnar:--Enfin, il est l'auteur de beau­
coup d'autres ouvrages qu'il est inutile de mention­
ner ici (A. Baumstark . Gesch. der Syrischen Lit.
Bonn, 1922 p. 167).

(1) Il est évident que si le pape St. Agapet l, l'a gardé auprès
lui dans son voyage à Constan'tinople pour destituer un évêque mo­
n0.Ebysite Anthime et pour mettre à sa place, avec le consentement
de Justinien le Grand, un évêque catholique Maenas, c'est qu'il
n'était plus monophysite. De ces événements découle la consequence
que le paee, 'U'ant constammenLauprès de lui le célèbre traducteur
des oéiiVTes de Denys l'Aréopagite, ne pouvait pas les ignorer, ~t
aussi bien (' empereur Justinien qui, comme il est connu, non seule­
t ment tâchait Clërëconcilier les mOl'lophysit<s avec l' Eglise, mai~
aussi, en théologien avi'sé, écrivit lui-même une diatribe contre les
hérétiques. - c-­
------...,.
702 ""­

§ XLIII A. 500. 1° Tout d'abord nous possé·


dons la traductio~y-,ti;l-Que de ces oeuvres par le
savant (archiatre) naturaliste et en même temps ari­
stotélicien connu, S~rge de Ras' Aïna, mort en 53~
1 qui date de l'année cinq cent, comme l'assure Fro­
trigham, et l'admet tacitement Stiglmayr. Cet t e
t ra duc t ion, a c c 0 m p a g née d' une gr a n­
,rt] '/1 d e préface où il tient Den y s J? 0 u r é~ ê,
- q u e d' Ath è n e set dis c i pIe deS t. Pau 1.,
set r 0 u v eau B rit t. Mus e u m, A d d. 1 2 1 5 l, e t
III 2 1 52), et à ce qu'on dit aussi, à la bibliothèque
vaticane. Cette version 0.x.riaqu~ fut traduite à son
tour en@.rabe) deux fois en larménie1f) (une fois au
VIII s. et une autre fois au XVII s.) et fut approu­
vée par l'Eglise. (P. Godet. dans l' Encyclopedia
Cath. 1920).
~ À ce code (numéros Add. 12151 et
l 2 1 5 2), son t ré uni s, 1 e s c 0 m men ta ire s
j/ de Iean f:t de Georges de Scythopolis
que Fr 0 t h i g h a m, St i g 1 m a y r et Bar den,
hewer remeùent aussi a l'année cinq
ce nt. Je ne peux pas m' empêèher de faire à
cet endroit la remarque, comment il se pourrait que
la traduction et les commentaires ont pu être faits
en le même temps que le faux, puisque Stiglmayr
me\ le faussaire à la même époque,
§ XLIV, Jean de Scythopolis fut évêque
de Scythopolis en Palestine en l'année 496 environ.
II a dû mourir en 518 puisqu'à cette année nous
y trouvons un autre évêque du nom de Théodose.
Photius nous parle, dans son cede 107, d'un Jean
J
20 3
-----~-----------------=

de Scythopolis qu'il nomme scholasticus ou causidi­


cus. Est-ce le même personnage que Jean évêque
de Scythopolis? Nous ne Je savons pas au juste (1),
ce qui d'ailleurs nous est égal, parce que aucun des
érudits ne place l'apparition des scolia plus tard
qu'en 530, toujours avant le Colloque de Constan­
tinople, avec les Monophysites. On r~trouve les tra­
ces de ces commentaires dans les scolia de St.
Maxime, et c'est presque ave~ certitude que l' on
attribue à Jean de Scythopolis le prologue qui pré­
cède ces scholia. Les commentaires des deux Scy­
thopolitains ont été réunis en un seul dans l'édition
de Guillaume Morel de 1562. Ils ont été traduits
du grec en latin par Robert évêque de Lincoln sur­
nommé Grosse-tête (1283) et, d'après de Rubes,
se trouvent dan~ la bibliothèque du Collège du Corpus
Christi à Oxford. La traduction en latin de toutes
les oeuvres dé Denys, suivies des commentaires, se

(1) C'est plus que probable parce que Severus d'Antioche, dans
une de ces lettres, se plaint qu'il cherche le line de Jean de Scy­
thopolis mais qu'il ne l'a pa, trouvé encore. Nous en trouvons une
indic:e dans un florilège Cyril lien fait par les Chalcédoniens de Const;
il comprend 2S0 citations de ce Père (Cyrille d'Ait x.) en fa,-eur du
dyophysisme. Jean Grammalicus [Philopone] entre en scène et criti­
qne point par point la première réponse de Sévère, qui était alors
Higoumène d'un monastère en sn. Sévère compese son Apologie. Il
entreprend la réfutation de Cyrille après avoir vainement essoyé de
se procurer complètf ment l'ouvrage de Jean de S(ytopolis et il ccm­
pose les trois livres «Contra Grammaticum" (Philopone).
Ces renseignement indiqul nt que: 1) Sévère a écrit une première
réfutation des thèses de Cyrille; 2) Philopone (comme trilhéi~te) a
critiqué point par point la réfutation ùe Sévère: 3) celui-ci entreprEnd
une seconde réfutation de Cyrille et en même temps du Grammaticus en
~e plaignant de ne pas avoir pn se procurer l'ou nage complet de
Jean de Scytopolisj 4) l'a polo g i e de J e and e Scy th 0 pol i s
fut achevée avant l'année sn.
204­
'V.

trouve à P.lris à la Bibliothèque Nationale, sous le


le N. r620, età Bibliothèque Mazarine N. 787·(rr7r).
Ussérius, en r652, mentionne des commentaires de
Jean de Scythopolis qu'il a vus à Paris dans une
édition spéciale séparément des scolia de St. Ma­
xime. Ce;; commentaires, originellement, ont dû être
écrits en grec, mais, jusqu'à maintenant du moins,
j'ignore si la version grecque est retrouvable; mais
ce que nous savons pour sOr,c' est qu'elle se trou­
ve en syriaque au British Museum.
. Année 250. Si j'insiste tellement sur les écrits de
Jean et de Georges de Scythopolis, c'est qu'on y
trouve la mention que les oeuvres de Denys ont
été commentées par Denys d'Alexandrie (t 230)
comme l'attestent aussi St. Maxime e St. Anasta­
se le Synaïte, et ce fait est avéré: a) parce qu'on
a trouvé parmi les fragments qui nous sont par­
venus des oeuvres de Denys J'Alexandrie, une co­
pie presque exacte, de la lettre à Démophile de St.
Denys l'Aréopagite. b) par une lettre de
Den y s d' Ale x :;. n d rie a u P a p e Six te II,
où Denys l'Aréopagite est cité nomi­
n a t ive men t.
Cette lettre, retrouvée par l'Abbé. Martin, pro­
fesseur de l'Institut Catholique à Paris, dans le der­
nier lustre du XIX siècle (r 887), est ins~rée dans
deux codes du Musée britannique portant les n. 12 r 5 r
..:
et r 2 r 5 2. Dam: le premier on lit des fragments de
cet épitre à la suite de l'apologie de Jean le Scho­
lastique, en ces mots: (r).
'(1) La préface de la traduction de Sergius, prO\'ieol de Phocas
Bar Sergius (du VIII sc.).
2°5

§ XLV. ~ N 0 u velle apologie faite par


G e 0 r g e s, p r ê t r e deI a g r and e E g 1i s e d è
Con s tan tin 0 pIe et originaire de la ville de Baïchan
(Bosra), au sujet des écrits divins qui sont répudiés par
des ignorants, comme s'ils n'étaient pas l'ouvrage de
ce grand docteur, mais seulement la production de
quelque hérétique, d'Apollinaire, par exemple, ou de
quelque hérétique récent et inconnu,.. Or, cet écri­
vain, Georges, prêtre de Constantinople, après avoir
raconté comment les livres de l'Arécpagite avaient
été plusieurs fois rejetés par des hommes insensés,
affirme qu'il apporte un argument tel, qu'il va fer­
mer la bouche à tout adversaire. Et cet argument
est la lettre de St. Denys d'Alexandrie dont voici
un extrait:

_ LETIIΠDE DENYS D'ALEXA:-<DlUE


AL' PAPE SVXTE II

§ XLV I. « Le Dieu caché, Jésus le Verbe, que


les Grecs honorent dignement, bien qu'ils ne le
connaissent pas, a été crucifié par les Juifs, alors
qu'ils aurClient dG l'adorer, mais ils ne le connurent
pas. Je dis que c'était le Verbe qu'il fallait adorer
le Verbe du Père, car je ne veux pas qu'on croie
qu~ je me fais le défenseur des idolâtres, et je par­
le seulèment de ceux qui, dans la Grèce, reconnu­
rent le Dieu caché, (allusion à un passage des A­
ctes CXVII, 23) comme cause de l'univers».
«Or, l'ayant connu d'après les Ecritures, le
grand Denys voulut être baptisé par l'Apôtre, avec
toute sa maison. C'était un personnage illustre, é­
-.--------:--~-..".,--.,.--

'. ~

206

loquent, qui devenu dans la sLiite évêque d' Athè­


" nes' se rendit célèbre par les ouvrages qu'il com­
pOSé!. sur la divine théologie.
Il était disciple de St. Paul par qui le Christ
; fit connaitre l'Evangile aux gentils, en parlant lui­
:!
même par sa bouche. Or le li vre de cet homme é­
minent manifeste c1airemp.nt l'éclat de son mérite,
car il est l'auteur de l'oeuvre thé-llogique dont il
est ici question. Personne, du reste, ne lui en con­
teste la pë\ternité, car si quelques-uns, pensant le
contraire, ont lu avec attention et intelligence cet
ouvrage philosophique et divin, éclairés, par le té·
moignage du Saint docteur, que nous avons sous
le~ YèUX, ils compre.ndront sans peine que ces écrits
divins ne peuvent être que l'oeuvre du grand De­
nys, qui, avec le secours de l'inspiration divine, gou­
verna pieusement l'Eglise d'Athènes».
« Or, d'après Hiérothée qui fut son maître,
quel autre docteur fut alors plus puissant en paroles
que celui, qui a écrit d'une manière si sublime sur
la théologie et les sciences?
Personne ne pénétra plus avant que Denys,
dans les profondeurs des mystères des Saintes Ecri­
tures; il est facile de s· en convaincre en lisant avec
soin et amour de la vérité les ouvrages que nous
avons de lui. Car il est digne de foi, même quand
il se rend témoignage, comme il le fit dans sa let­
tre au Saint Evêque de Smyrne, Polycarpe, ce vail­
lant défenseur de la foi, ce disciple de Jean l'Evan­
géliste, l'Apôtre bien aimé de Notre Seigneur'!.'.
2°7

§ XLVII. DÉSCRIPTION DU MANUSCRIT DU BRIT.. Mus. (NR.


KATAL. DCXXV) CONTEN;ANT LA TRADUCTION DE DENYS
L'ARÉOPAGITE PAR SERGIUS DE RESAïNE, COPIÉE DU CATA­
LOGUE B. M.
. THEO LOG Y F. 493.
12,151 DESCRIPTION
Vellum, about 10 3/4 in by. 7 3/ 8 Consisting of 177
leaves; on of which Iines fol. 29 is must stained and torn.
From fol. 9Ib to the end the pages are divided in two columns.
There are from 30 to 35 lines in each full page o'r column ..•
fine regular Estrangela, but the notes cursive character leans
are wa'nting after foll. 3182 to 530. This volume is dated
A. G. 1115, A. D. 804 and containes.
The works commonly, through erroneonsly, ascribed to
Dionysius Ar., with an introduction and notEs by Phocas bar
Sergius of Edessa and other writes. [Le titre au fol. 16 con­
tient 8 lignes en syriaque dont 6 entières).
From the introduction of Phocas it appcars that the trans·
lation of these works in to Syriac was executed by the famous
physician (apXix",po;) Sergius of Res' ain (see Assemani,
Bibl. Orient. t. II pp. 315. 323. and t. III pars l, p.87).
The scholia are in great part a translation of the nccpel:­
%tae~; of ]oannes Scholasticus of (Baisan) or Scythopolis.
p. 494 on Syriac translations from the Greek, and on his
own method, Phocas makes the following observations, fol. 2. a.
(cela se trouve à la seconde colonne de la page 494 du ca­
talogue). (27 lignes en syriaque).
After sorne farther expia nations regarding the arrang-ement
of the scholia, Phocas concludes his OWll preface with the fol­
lowing words, introducing two lengthy extracts from the pre­
faces of the .above mentioned ] ohn of Scythopolis and of Geor­
ge, also of Scythopolis, a priest of the Great Church of Con­
stant, in defence of the authenticite of these works. [fol. 2b. 8
lignes en syriaque]. (4 lignes en syriaque).
fol. 26. The original Greek may be found, under the name
of Maximus, in the works· (See. Assemani Bibl. Orient. t. l
'>0.

~.:
208

p. 468) of Dionysius Ar. edited by Lansselius and Cor­


derius. Venet. T755-56 as far as ouç 'tÉwç Elç ",eXç Èf1eXç H{hIv
cru!J.~Éi3rp,.E XEIplXç or in Migne, Patr. gr. t. 'IV coll. I8'25.
p. 495 T h i sap 0 log y con t a i n s e x t r a c t s, fol.
S,a, from a let ter of Dionysius, bishop of A­
I e x and ria, t 0 X Ys tus, pop e 0 f Rom e, in wh i c h
the testimony of Dionysius the Areopagita
i sus e d. (suivent trois lignes en syriaque avec un mot en­
core...).
Each of Works of D. A. is preceded by an in d e x
o f cha pte r s, I) TI E P l 't il ç 0 Ù P IX V [ IX ç [E P IX P X[ IX ç
2) 1t E P l 't il ç È Y. . . . X il ç r E p . ", in 7 chapters f. 38. a.
3) 1tEpt {}dwv ovof1,hwv in I3 chapt. f. 79. a. 4) 1tE­
pl f1 U cr H x 'Yi ç {} E 0 À 0 y [ ~ ç in 5 chap. f. l 5 l b. 5) the
ten Epistoles. Fol. I56 a.
At the end of the last epistole, fol. I726, after a doxo­
logy ~'\nd tlble of contents, we read. the following note, g i ­
ving the date of the manuscript and the na­
me 0 f the sc r i b e Ge 0 r g e t h e dia con. (suivent
6 lignes en syriac).
On fol. I73a therè is another note by the c.ommentator,
Phocas of Edessa, stating that he finished and copied out
this work in the space of a year, without helf of any kind
from any person (suivent I7 lignes en syriac dont 6 à la pa­
ge 495 et le reste il la page 496).
Then fol1ows the narration of Dionysius the Areop. con­
cerning the vision wich Vie saw of Heliopolis in Egypt (see.
Add. I4.6-+S, n. 3) begining, fol. l 73 a: (sui vent 5 lignes
entières et un mot en syriac).
On fol. I76 b. i'i a note in the han :iwriting oi the scri­
be George f rom s w i chi t a p p e ars t h a t t h i s v 0­
lume was writen for John and E!isha, the
SOli sor' on !vI a hi r 0 f Ta g ri t, at the expense of their
father (suivent I5 lignes en syr. dont deux pas complètes).

N. DCXXVI page 497 Vellum T0 3/ 4 by 7., T95 leaves.


Each page ctivided into two columnes, of 27 to 32 lines., fol.
',. "

20 9
~

88 is in a different and... to supply the pla.ce of a last, leaf,


paper of XII or XIn cent.... After the table of chapters, the­
re id added, in a different hand, a 1Jrief introduction, fol. 9 a,
with the like.... There conc1uding note of Fhccas ... with a feu
tri f 1 i n g var i an t s. There books were transcribed in
in A. D. 837 (1148 of the Greek). p. 500 DCXXV. Paper
8 5/ 4 by 5 1/2' 252 leaves, with commenty of the philosopher
Thed. bar. Zarudi of Edessa. The introductors discours ofRe·
s'ain fÇll. 1 b. (Orient 2306. fol1. 10). (suivent 7 lignes en sy­
riac) ..

§ XLVIII. Voici la traduction intégrale en latin


du texte syriaque de la préface de Phocas Bar Ser­
gius d' Edesse cont~nu dans le ccde 12151 du Britt.
Museum.

L'INTRODUCTION DE JEAN LE SCOLASTIQUE, NATIF DE


llAÏSAN ET DE GEORGES PRÊTRE DE LA GRANDE ÉGLISE DE
CONSTANTINOPLE, NATIF DE LA MÊME VILLE DE BAïSAN ­
TRADUCTION EN LATIN DE LA VERSION SYRIAQUE DE BAR
SERGIUS D'EDESSE,

In virtute Domini Nostri Jesu Christi librum hune Dio·


nysii Areopagitae Episcopi Atheniensis scribere incipimus, im­
primis vero initium tractatus a Phoca, Sergii Edisseni filio,
compositi de explanatione et elucidatione scholiorum quae in­
venit libri Dionysii qui ex iudicibus Areopagi erat. Omnia
materialia et materialiter accepta, sive in parte materiali quae
in nobis est sive in eis quae ad extra augentur, abundantiam
dico ciborum et superfluitatem possessionum, possessoribus suis
satietatem parvam et cogitationum molestiam impertiuntur, et
quamdiu crescit et eis inhaeret amor eius qui de eorum pos­
sessione sol1icitus est, il1um totum deorsum trahunt ita ut do­
minam quae in eo est ancillam faciant. In eis vero quae im·
materialia sunt et spiritualitet instillantur, pars spiritualis sa­
tietatem, nec un am tantummodo, invenire potest, quia quam­
diu sursum e1evat et attente defigit suam visionem a theoria
"'­
f4

'.

210

in theoriam elevatur et magnificentiam t'ius, quod revera de­


siderabile est, percepit et sic id quod nondum apprehendit
cupit ut, ei coniuncta, vitam altiorem adipiscatur. Ad talem
elevationem idonea fit Iibrorum sacrorum meditationibus, dum
'non solum -in singulis eorum sed etiam in unoquoque capitulo
et versu fu1gor quidam novus lucis occurrit ei si cum diligen­
tia et industria meditatur. Et haec breviter dixi cum conside­
rarem Iibrum hunc Sancti Dionysii Areopagitae, quem in ma­
nibus tenemus, longe abhinc a modesto et experto Sergio san­
cito et archiatro elingua graeca in syriacam redditum, quem
nos omnes Syri qui eum legebamus valde admirabamur et
laudabamus, et quidem ob elevationem sententiarum et divi­
nitatem revera admiratione dignum. Dum autem in eo sen.
tentias mysteriosas communibus altiore,s Cvel forte «vulgo al·
tiores» i. e. altiores quam ut vulgo capiantur) inveniebamus,
eas cum dubitatione praeteribamus, exceptis quidem paucis
qui propter pqritatem intellectus eorum, lucem c1ariorem ac­
cipientes et melius ceteris investigantes, forte etiam intimius
aliis nostri similibus in scientiam harum sententiarum pene­
traverunt. Dum ante nunc, ut dixi, ex oratione et meditatio­
nibus in lib ris sanctis lux nova meditantibus quotidie exoritur,
per providentiam divinam venit in manus humilitatis nostrae
hic liber sanctus iam dictus Iitteris graecis scriptus. Continet
vero scholia seu elucidationes mirabiles verborum intellectu
difficilium, sicut diximus, dicendo ea Ci. e. scholia) facere ho·
minem orthodoxum bona memoria dignum Cs i c tex tus
sed participium «facere) erronee in voce activa pro passi~a
scriptum est ita sensus verus sit «facta esse ab homine ... »)
scholasticum quidem officio, Iohannem vero nomine, ex. urbe
Baisan. Equidem operam dedi, ut incapax quidam cupiens
communicare pro capacitate sua, ad utilitatem communem si·
cut il1e, ut scholia, verterem e Iingua graeca in syriacam, et
simul cum eis ea quae inveni in versione Sergii antiqui non
exacte reddita, fretus Deo qui dixit quaerentem esse in ven·
turum et petentem accepturum et pulsanti apertum iri. Ne­
que ostentationis causa de his sollicitus sum neque ad eius
li. e. Sergii) eruditionem increpandam - absit! - sed, ut
2rI

clare monstrabo, vel quia condescendens cum lingua syriaca et


in omnine operam dans ut faceret eam (i. e. ling-uam syr.)
dec1arare ea quae dicta erant suam locu tionem in variis locis
vitiavit, ne propter difficultatem et intricationes verborum, a prin­
cipio et, ut ita dicam, a primo contractu, caEgaret intel1ectus lecto­
ris, ita ut nullam utilitatem eorum (i. e. verborum) lectione inveni­
ret, vel forte etiam, ut mihi videtur, quia nondum multi in illo tem­
pore h anc artem vertendi a lingua graeca fuse investigaverant do­
nec tempus progrediens in suis successionibus alios diligentes
adduxit, sicut Sanctos et insignes Athanasium patriarcham
Antiochiae et Iacobum episcopum Edessae, qui capacitate sua
hanc viam complanaverunt, in quantum fieri potuit, et quo­
dam modo matrimonio inuxerunt duas linguas et ex unione ea­
rum fructus utiles ediderunt, cum aliis etiam anonymis pre­
decessoribus suis. Et exinde excolitur et illustratur ars et (tra­
'ductores) diligentia sua textus insolitos ex integritate linguae
./
graecae Syris impertiuntur. Sed et tu, 0 Lector, qui amas
uloilia, intellectu puro, in quantum fieri potest accede, et, ut
investigator et emendator si capax es, et ab accusationibus no­
xiis quae sine discrimine fiunt amotus, attente considera, nos,
dum librum sanctum in pag-ina scribvmus, pauca ex scholiis
seu elucidationibus in margine eius collocaturos esse, multa
vero ad finem libri posituros et dum signum quoddam super
eius (nos scripturos esse), ita ut, si vis legere unumquo"dque
ex scholiis, cuiuscumque vocis explicatae sit scholion ex scrip­
tione signi dignoscere possis. Porro voces etiam quasdam
maiore expositione indigentes, quas in scholiis inveni, in mar:
gine membranarum seorsim posui (vox hic mendose scripta
emendatam idem fere ac « seorsim» -- alio modo hic expres­
sum - significare videtur). Deinùe post introductionem hanc
et ante librum sanctum iam ~ictum, tracta tus quidam utilis
est, quem scripsit Deum timens Iohannes Scholasticus supra
memoratus, qui etiam haec scholia libri composuit et postea
tractatus alterius cuiu~dam ex Baisan modesti et orthodoxi,
nempe Georgii presbyteri. Sed lege et inlel1ige et profice et
prodesto et Dominus sapientem te faciat dum etiam pro pec­
~

..
, 212

catore oras ut gratia propitia sit nobis in die iudicii iusti


sicut filio prodigo et latroni a dextris posito.
Iterum introductio apologiae Iohannis Scholastici ex Bai­
san pro tractatu hot (i. e. Dionysii) de cuius auctore cc nstat,
cuius (i. e. Iohannis) etiam sunt scholia in eo. Nobilitatem
generis et splendorem divitiarum Beati Dioysii tribunal Athe­
oiense per se solum demostrat, in quo ut indicaret elfctus est.
Vnus enim ex Areopagitis erat hic', ut rettulit divinus Lucas
cum actus sanctos Apostolorum sanctorum narra vit. Dixit enim
Sanctum Paulum Apostblum, cum Athenas venisset et in phi.
losophos quosdam Epicureos et Stoicos loquendo incidisset et
fidem Domini Nostri Ie~u Christi et resurrectionem morluOrum
et iudicium universale praedicasset et ab illis non philosophis
- nam revera philosophi non erant - cap tus esset et ad
Areopagum adductus et concionatus esset, eum in quosdam
ex eis aspexisse eosque ad lucem veritatis converti:,se, et sic
exisse Paulum de medio forum, homines vero quosdam ei ad·
herentescredidisse, inter qut>s fuisse Dionysium Areopagitam
et mulierem Damarim et alios cum eis. Non frustra audio hoc,
quod prae omnibus aliis qui tum crediderunt per mar.us divini
Pauli excellens Dionysius solus r.omir.atur. Dum etiam digni.
tatem eius addit et dicit eum esse ex Arecp;,go, conc1udo
praesertim eum propter abundatiam eius sapientiae et mores
irrepr<::hensibiles inter Athenienses cum dignitate propria elec­
te esse nominatum. Oportet eoim scire, ut prius dixi, non
cuiusvis fuisse ut in «Boule» seu inter iudices Areopagi con·
stitueretur, sed eorum qui antiqui genere inter Athenienses
'erant et divitiis moribusque praestantes, et per hoc:: noti erant
quod constituti erant et «Bcule» faciebant in Areopago. Nam
ex novem illis principibus Athenis constitutis oportuit consti­
tui iudices in Areopago, ut dicit Androtion in narraticne se·
cunda (sic forte vult di cere < in secundo capite narrati·)Uibus :»
de Atheniensibus. Tandem autem ex multis erat c Boule,. in
Areopago, e)( vi ris c1aris uno ,et quirquagin~a, genere quidem
nobilibus, ut iam diximus, et divitiis moribusque praestantibus,
sicut narrat Philocorus in narratione secunda de Atheniensi.
bus. Extra urbem autem erat tribunal illo in summitate mon­
.......

..... ::- ..
- ~ "'-~ .... _._- -'. .•• ~l' ....: "

21 3

tis prope urbem a Neptuno (Poseidon in t~xtu) et Mart'o (A.


res in textu) constituto; nam in il10 loco, iuxta fabulas anti-
quas, iudicium Atheniensibus pronuntiabat Neptunus cum Mar-
tio. Quando dixit (Neptunus) filium suum Alirotiurn a Martio
occisum esse, inde cu11is iIle Arius ab Are nominatus est.
Iudkabant vero tum temporis Areopagitae sic dicti de omni-
bus sce1er,ibus et legum transgressionibus, sicut refert Andro-
tion in prima narratione et Philocorus in secunda et ter'tia de
Atheniensibus. Quapropter Vero, ut praedicatorem novorum
deoru m, amatores il1ius sapientiae. quam desipere fecit Deus,
divinum Paulum ad c Boule» in Areopago traxerunt, sicut
narravit amator veritatis Lucas.. Sed cum in Areopago iudi-
caret ln i110 tempore Magister Dionysius, ut iudex inflexibilis
sententiam sine acceptionepersonarum emisit de veritate Pauli
Deo induti. Cum deinde gra,itati inutili Areopagitarum vale-
dixisset, Christum Iesum, filium unigenitum et Verbum et Lu·
/'
m~n Dei Patris cognovit iudex ille verus et omnia animadver-
tens. Nam etramsi dominabantur Romani in illo tempore,
attamen in suis propriis legibus Athenienses et Lacedaemones
reliquerunt, unde stabilis adhuc erat moralitas in Areopago.
Perfectus autem factus in omnibus doetrinis salutaribus a forte
Paulo, docte instructus est Dionysius a magistro Hierotheo,
sicut ipse dicit, et deinde, ut refertur in libro praeceptorum
Apostolorum, a Paulo Christo induto Episcopus factus est Dio-
nysius il10rum qui Athenis crediderunt. Oportet autem admi·
rari or~hodoxiam et eruditionem Dionyisii, qui revera et cum
multa intel1igentia ad traditiones irreprehensibiles Ecclesiae
accessit, et" animadvertere doctrinas vï'tiosas philosophOrum pa-
ganorurn ad veritatem converti (vel forte «coram veritate di·
scedere »). Necesse est enim multum misereri et compati insi-
pientiae illorum investigatorum, credentium, bene institutorum,
qui cum sua imperitia mensurant profunditatem doctrinae li-
brorurn qui a quibusdam in amorem doctrinae fiunt. Tales igi.
tur, curn libros quorundam legunt, et accidit ut non adhae-
,reant significationi eorum quae dicuntur, in obtrectationem
indisc:riminatam scriptoris statirn erumpunt, et quidem dum
nequeunt crimina ab ipsis allata ullo modo redarguere et e.

.,
,"

21 4

mendare. Et necessarium est ut in illos iram nostram effun­


damus et valde irascamur, quia etiam iIli non studuerunt
et cognoverunt eos qui in scientia eminentes sunt, vel quod
..

validius est, quia, dum in amore doctrinae erant, adversus eos


qui in talibus rebus capaces su!')t ab accusationibus non ces­
serunt. Sed audent aliqui vituperare Dionysium divinum, dum
simul non cognoscunt quidem ea quae sunt haeretica. Si enim
doctrinas huius cum omnibus ilIis in haereticis inculpatis com­
parassent, a vanis eloquis longe omnino abessent et separarent
eas tanquam veram lucem a tenebris. Quid enim dicamus de
il1is quae de Trinitate iIla unice adoranda ab eo dicta sunt?
Quid vero de iIIo uno huius Trinitatis in omnibus beatae,Je­
su Christo Unigenito qui voluit perfecte incarnari? Nonne
quod an imam rationalem et corpus nostrum terrestre eius fo- .
dinam assumpsit? Et cetera omnia a doctor,ibus orthodoxis
statuta. Quid vero de spiritalibus et rationalibus et sensibilibus
iuste reprehendat quispiam ? Vel de re~;urrectione universali cum
hoc nostro corpon~ et anima simul futura? Et de iudiciis iustis tum
futuris nostrum quidem et eorum qui nos sic se habent ? Nam ad
haec summatim dicendo spectat salus nostra, quae fuse perageret
indoctus, qui il1a omnia in tempore suo monstrabit interpre­
tatio per scholia. At non scripsit eius libros Eusebius, amicus
Pamphylii, nec etiam Origenes. Ad haec oportet respondere
valde multa ad manus Eusebii non venisse, ut ipse fatetur.
Dicit enim se non omnia simul col1egisse. Potius a utem fate­
tur scripta multorum, quorum numeri non est finis, ad se per­
venisse. Et possum memorare multa quae non possedit et haec
eiusdem opportunitatis (ac scripta Dionysii), sicut scripta Hy­
mena~i et Narcissi, sacerdotum Hierosolymitanorum. Ego au­
tem in varia scripta Hymenaei incidi. Nec opus Panaetii (1)
nec opera il1ius Clementis Rom~ni exceptis tantum duabus
epistolis, nec opera aliorum multorum. Origenes vero nescio
an omnes sed quattuor propemodum memoravit (ex epistulis
Clementis ?). Diaconus autem quidam Romanus, nomin: Petrus,

(1) Chez St. Maxime, dans le prologue aux oeuvres de Denys:


Pantaeni.
'>.
". :. ......

h:·
l·.' "/

21 5

mihi ,narravit omnes libros divini Dionysii Romae i'n biblio­


theea saneta eonservatos et depositos esse. Multos autem serip­
sit ad ter beatum Timotheum Episeopum, discipulum Pauli,
qui patiebatur molestias (litteraliter cres») ut videtur, ab il·
lis Ephesinis qui priores erant in philosophia Inieu (sic! forle
mendum pro Kinicu • Cynicorum »), et interrogabat eum, tam­
quam in sapientia ethnica expertum, ut magis dimicaret, nec
ullo modo perperam, eum etiam Dei amator, Paulus Aposto­
lus, verbis ethnieorum usus sit, quae ab ex~rcitatis in 'philo­
sophia ethnica qui cum ipso erant easu audivit. Probat etiam
hoc huius Dionysii revera esse libros istos. Quod apte memo­
rat verba virorum cum ipso educatorum, quos memorant Ac·
tus Apostolorum divini et utilissimae Pauli Dei amatori Epi­
stulae, librorum eius genuitatem patefacit, et adhuc magis ve­
ritas eius doctrinarum. Commentarii vero explicatorii multarum
ex eius doetrinis, et quidem valde clari,neeessarii sunt ad in­ ../
terpretandam eiu~ erudiEionem. Verumtamen tamquam in ca·
pitulo et ut liber admittit per scholia Deo fretus quae visa
sunt mihi apposui tractatibus successive positis qui casu nunc
ad man us meas venerunt. Iterum apologia altcra de his libris
Beati Dionysii,

Tractatus Georgii presbyteri Ecclesiae magna Constanti­


nopolitanae, ex urbe Baisan orti, post tractatum antecedentem,
nempe Apologiam Iohannis Scholastiei, ad modum appendicis
insertus.
De scriptis il1is divinis, a stultis quibusdam impugnatis
tamquam non Doctoris Magni opera sint sed alicuius ex hae·
resi Apollùlarii vel alius ex secentibus iIIis et incognitis,
loquor. Quia etiam usque ad hodie sunt qui indocte impugnant
scripta il1a Deum amantia, dmn prorsus non consentiunt ea
esse Dionysii in rebus divinis sapientis, sed illi mente eapti
vane .et ex corde fatuo deliria ficta eructant et nuntiant ea
esse stulti cuiusdam ex haereticis vel etiam cuiusdam ignoti ex
illis recentibus et in terra reptantibus; neque enim quae di·
cunt sciunt neque quae legunt intel1egere possunt, sed valde.
216

imperiti sunt in illa stulta obtrectatione, imo imperiti sunt in


cogitatione. Invenimus autem aliquem ex antecessoribus no­
stris qui pariter apologiam de his sG:ripsit, ac si etiam in eius
tempore alii stulte de eisdem disputarent, id quod necessario
nuntiavimus quia dicta huius primum statue:nus in hoc libro
et poste a adducemus alia ad confirmationem ~et demonstratio­
nem manifestam huius apologiae. Contra quain non est dicen­
dum eam esse confutationem insipientiae .horum obtrectatorum
stultorum. Nam cum leg-imus in scriptis viri sapientis et Deum
timentis, qui est eiusdem nominis et dignitatis ac patn ille
qui prius fioruit, potuimus sumere ex eis testimonium aliquod
in adiutorium eorum quae contra hanc vanam obtrectationem
a nobis pariter dicentur, quod cum attulerimus fiduciam et
robur verbis nostris praestabimus. Ita enim se habet testimo­
nium Dionysii, Episcopi Alexandrini, in epistula ad Xystum,
Papam Romanum, quae ita incipit: Accepi epistulam vestram.
o Deusabscondite, lesu, Verbum, quem ethnici non cogno­
scentes bene colunt, Iudaei vero Verbum pietatiS; quem non
cog-noverunt crucifixerunt. Verbum enim pietatis est Verbum
Patris. Et ne quis mihi imputet tanquam pro cultoribus ido­
lorum apologiam faciam - absit! sed pro eis qui in Graecia
Deo abscondito altare aedificaverunt, per cuius inscriptionem
Dionysius Magnus ad persuasionem perductus ab apostolo r-ap­
tizatus est, ipse cum tota domo sua, vir peritus et verbo po­
tens, unde etiam praeses presbyteratus erat, excelsus per id
quod de theologia scripsit, sicut discipulus Pauli, per qu~in
Christus Evangelium misit ad gentes, loquens per eum (1).
S:riptum huius Dei amatoris clare docet nos excelsum fuisse
hunc magnum Dionysium in eo quod scripsit de theologia,
ilium de quo initium huius orationis hodiernae habemus. Nec
quisquam obiectionem moveat. Qui vero contra haec obiciunt
oportet ut hunc tractatum philosophicum et theologicum as­
sidue quidem et sapienter legant et, vero hoc testimonio Doc­
toris Venerabilis nobis proposito ducti, accurate intellegent non

(r) Epistola ad Papam hic terminari videtur, id quod solummo­


do ex COli tex t u concludi potest.
.,..
..

2!7

alius cuiusdam esse scripta haec divina, sed Magni Dionysii


illius, a Deo inspirati, qui sanctae Ecclesiae Athenis in pieta­
te praefuit. Quis enim ex doctoribus illius temporis illo po­
tentior sermone mostratus est post Hierotheum, magistrum
eius divinum? Vel quis alius de theologia et accuratius de
doctrinis scripsit et intimius mysteria abscondita divinorum
librorum penetravit? Sicut illi discere possunt qui scripta eius
quae habemus sollicite et sincere percurrun t. Dignus est au·
tem cui omnimodo credatur. Est etiam id quod de seipso te­
status est in eis quae scripsit ad Sanctum Polycarpum, Epi­
scopum Smyrnaeum, qui gloriose pro pietate (vel orthodoxia)
luctatus est, qui auditor era~ Iohannis Evangelistae, revera di­
scipuli dilecti Domini Nostri. QuaFldo igilur scripsit ad Ve­
nerabilem Polycarpum exemplar epislolae suae quam scripsit
de Apollophane Philosopho, qui scripserat ad eum (Dionysium)
ac si adversus religionem Gentilium scripsisset (Dionysius),
epistolam ad eum sic incepit: Dico me nescire me locutum ./'
esse ad Gentiles vel ad alios, cum opiner sufficere viris bonis
si possint scire veritatem et dicere eam solam quomodo re­
vera se habeat. Et post pauca: Hoc igiturJ ut opinor, bene
scio me non festinasse ad Gentiles vel ad alios loqui, sed hoc
sufficienter dabit mihi Deus ut primum de veritate sciam,
deinde vero id quod scio dicam, sicut iustum est. Tu vero
dicis Apollophanem philosophum ad me scripsisse et' me pro­
vocasse ad vitam patrum suorum, tanquam rebus Gentilium
adversus Gentiles iniuste ·uterer. Postea vero cum reprehen­
disset Apollophanem philosophum hunc, quod in docte ipsum
redarg-uisset, tanquam iniuste pro Christi anis uteretur .philo­
sophia, quae revera esset pagana iuxta ipsius (Apollophanis)
sententiam, infra descendens, eum admonet contra hanc (phi­
losophiam paganamj quam iuste comparavit sapientiae divinae
et ex qua sapiens'factus est. Prophetiam etiam attigit quando
erat cum eo in urbe solis. Nam cum eclipsim, quae facta est
in passione redemptrice Dei Magni et Salvatoris Nostri Iesu
Christi, vidisset hic Apollophanes et admiratione miraculi ob·
'stupuisset et signa quae tum in eclipsi sola ri apparuerunt in­
tellegenter investigasset, dixit ad eum: Haec, optime Dionysi,
218

varietates s.unt operum divinornm - et ecce etiam nomen eius


annuntiavit. Inde etiam qui dictam epistolam scripsit notus est
etiam il1is qui sicut ipse veritatem eorum quae scripta sunt
animadve~tunt; testimonis illo sapienti iam statuto Dionysii
Alexandrini ducti, scilicet non aliu:n quemdam Dionysium haec
scripsisse sed Areopagitam, haec adaequanteID i~~ta antiqui­
tatem scriptoris. Invenimus enim extitisse tempore adventus
terrestris Salvatoris Nostri et praedicationis apostoloruP', po­
stea vero aliquandiu cum sapientibus Ecclesiae vixisse. Dein­
de ex factis memoratis. Quis enim modo tam alto et insign i­
ter divino scripsit? Insuper etiam ex personis ad quas scrip­
sisse videtur hoc manifeste apprehendi potest. Ad Iohannem
enim scripsit, discipulum dilectum Domini Nostri, apostoJum
divina loquentem, egregium veritatis praedicatorem, et ad Po­
lycarpum divinum supra memoratum, huius apostoli auditorem ;
et ad Timotheum et Gaium et Titum et Sosipatrcm sanctos,
-imo et sancto Carpo se acceptum esse dicit, quos om~es me­
morat Paulus, Christo indu tus, praedicator vcritatis, in epis.
tulis suis. Cum igitur epistolam ab eo ad Sanctum Polycar­
pum scriptam, in qua innotuit etiam nomen scriptoris, cum
ceteris eius scriptis contulerimus et cum exactitudine sapienti
et vera inspexerimus, unius eiusdemque esse formam exposi.
tionis (vel stilum) horum omnium invenimus. Sed neque per
hoc solum, sed etiam per alia multa sparsim disposita in ser­
monibus omnibus quos habemus, antiquitas eius qui eos dixit
videri potest, id quod peritiae eoru'm qui diligenter legunt
rdinquimus. Verbis enim moderatis sicut his usi sumus, ne
adiectis rn:ultis ministerio nostro ante hanc apologiam praeor­
dinato lectores fastidio afficiamus, et non ut silentio praete­
reamus obtrectationem hanc stultam his scriptis sapientibus
oLiectam, eo magis quod abundamus in testimoniis pariter cla­
ris et fide dignis. Neque dum neglegimus castigare accusatio­
nem hanc indoctam et irrationabilem, magnum reatum incur­
remus propter eos qui etiam adhuc vane dubitant utrum re­
vera doctoris huius, in r~bus divinis sapientis, sint scripta il·
la divina, cum putemus suffi cere intel1..gentibus demonstratio­
nem veram horum quae dicta sun t, eis vero qui non intelle­
;~
-~--;'~~~-:-;-r: =:-., .. ij~"'/:!:O"":··:f· : v '­

.,

21 9

. gunt et haereticis nullum quidem sermonem ad persuadendum


suffi cere. Quod igitur a quibusdam indocte dicitur, nempe haec
esse scriptoris cuiusdam recentis, in eruditione humilis et a
recta fide errantis, insania est - etiam hoc solum ut quis id
ullo modo cogitet, quanta magis ut sermone acquiescat irra­
tionabilitati eorum, qui horum scriptorum veritatem et erudi­
tionem a Deo inspiratam prorsus perspicere nequiverunt, hac
antiquitatem eius qui ea protulit perceperunt, sed corde in­
docto de eis quae scripta sunt meditati, lingua magis ïndocta
ea protulerunt quae mentibus eorum ignorantibus occurrerunt.
Forte etiam dicent, stulte cogÎlantes, eum usum esse nomini­
bus antiquorum vel quia voluit abscondi a multis propter humili·
tatem suam vel quia studuit vanam' gloriam ei (Dionysio ?) pro­
curare. Hoc autem nihil aliud est ni si quod mendacem et fal­
lacem monstrare student eum qui scripsit, narratorem rerum
divinarum et mysticarum, roboratum ad scribendum ad apo­
./
stolos quosdam sociosque apostolorum. cum nihil eiusmodi
verum sit. Itaque imagines fallaces et phalitasmata somniorum
et fabularum anilium sunt narratior.es huiusmodi, et de viro,
non dico, adeo sapiente in rebus divinis, sed de homine, ut
isti dicunt, reptante in terra et vana loquente. Iuste igilur et
opportune hic sermo sapiens a nabis ad tales dictus e:;t, quia
stuItus stulta loquitur et cor eius vana cogitat. Sed· et multa
alia sua scripta memorat et usque ad nostrum tempus nihil
eiusmodi inventum est. Insuper etiam testimonia affert virorum
antiquorum Deo indutorum, Bartholomei apostoli, dico, et Çle­
mentis Romani et Iusti (1) qui primum in Samaria erat, dein­
de factus est discipulus fidelis pietatis et id (i. e. testimonium)
quod in Actis Apostolorum Sanctorum pulchre memoratur, et
(testimonium) Hierothei magistri eius. Et unde adducta sint
illa scripta prorsus ignoramus. Libri enim multi scriptorum
sanctorum in variis EccIesiae persecutionibus corrupti et adul­
terati sunt a paganis quidem non crecientibus et a iudaeis et
ab haereticis in fide errantibus, ut illi discere possunt qui hi­
storias eccIesiasticas et scripta sapientia Patrum Deo induto­

(r) Iustinus?
220

rum vigilanter et diligenter legunt. Sed etiam hoc non de·


fuit, per iniquam astutiam diâboli, maIitiae principis qui mul·
ta excogitat ad consumationem malitiae suae, ut non solum
scripta multa, a Dionysio Magno sapiente et veritate.m aman·
te pulchre et inspiratione divina exarata, corrumperet, sed e­
tiam huius scripta; quae a sua malitia tecta sunt et su am cor­
ruptionem maIam et veritatis detestatricern evaserunt, per ho­
mines stupidos et indoctos tentaret et accusaret, tanqu~m vi~
tiosa quidem et sermont>m mendacem insaniae haereticae, et
festinaret pro sua parte ea alio modo corrumpere, sed gratiae
(agantur) veritati dilectae et revera sapienti quae sapientes in
sua ipsorum astutia capit. Dum enim mente capti per hanc
suam slultam obtrectationem etiam haec corrumpere voIunt,
manifeste redarguuntur. Cetera enim eius scripta illi corrupe­
runt, cum ea sola mala et stuIta pari ter ac debilia demonstra·
ta sint. sicuti veritatem scriptorum eius ab ipsis tectorum nul­
10 modo rcprehendere potuerunt. lIIe qui spIendet in doctrinis
irreprehcnsibilibus pietatis mendacium ipsi incomparabiliter
oppositum palam erubescere facit. Et naturalis eius exceUen­
tia vald~ adversatur person::;e stupidae et mendaciqu'im os ten­
dit. Videtur igitur sicut diximus, ut aIiorum, ita etiam huius
beati Dionysii, scripta multa ab improbis corrupta esse. Vix
effug-erunt haec atheis dum ab eis tecta sunt. Neque decet
nos non creder~ multa ex scriptis E~c1esiae ab hominibus non'
credentibus et in fide errantibus variis temporibus corrupta
esse. Multi enim erant doctores et scriptores Ecc1esiae Deum
amantes quorum scripta tempus nostrum animadvertere nequit.
Ne disputemus igitur de scriptis his sanctis sed omne quod
pulchrum ca pit in monumentis his sapientibus legamus, indu­
bitanter et primiter credentes ea ess(c huius Dionysii Areopa­
gi praefecti. Et insano sermoni imperitorum sat;sfactum esse
dicamus (vel c finem imponamus»). Ipse sibi proficiat Iectio­
n~ assidua et diligenti. Pro nobis autem peccatoricus rogo ut
deprecemur Deum nostru m magnum, Dominum nostrum Iesum
Christum, ut intelligentiam det legentibus qua acC'urate per­
cipiant horum scriptorum sapientiam a Deo inspiratam. Cui

'"

o.;.,

221

gloria eum Patre suo et Spiritu suo Sancto nune et semper

et in saecuJa saeculorum. Amen. '

Finis introductionis tractatus Dionysii Areopagitae Epi.

scopi Atheniensis quam interpretatus est Bar Serg-ius Edesse·

nus, auctoribus monacho Iohanne Scholastico ex urbe Baisan

et Georgio presbytero Ecclesiae magnae Constantinopolitanae

ex eadem urbe Baisan.

Mes lecteurs ont pu se rendre compte pour·


quoi j' ai été obbligé d'interrompre le cours de mon
exposition sur Denys d' Alexiindrie au § X de cet
ouvrage et la remettre au § XLII; en l'année 500.
e est la lettre de Denys d'Alexandrie à Six~
II, qui se trouve inclue dans la préface de la tra­
duction syriaque des oeuvres de l'Aréopagite, en ./

l' an néé 257, à l'époque de Denys d'AlexandrIe et


de Sixte II pour présenter un des documents déci­
sifs de l'antiquité des oeuvres de Denys. Un docu·
ment qui devrait faire taire toutes les tentatÎvts Ces
négateurs de l'ancienneté de Denys, au moins après
le troisième siècle.
Nous avons vu déjà au § X, concernant les

commentaires de Denys d'Alexandrie aux oeuvres

de l'Aréopagite, par quels moyens «héroiqu.es»

Stiglmayr a tâché d'éloigner la véracité des alléga­

tions de St. Maxime et de St. Anastase le Sinaïte,

les tenant pour des témoins peu sOrs. Maintenant

nous. allons voir comment Stiglmayr essayera de mi·

ner le plus formidable rempart que son hypothèse

'fantastique rencontre sur son chemin: la lettre de


Denys d'Alexandrie au pape Sixte II. Même toutes
les méthodes de la' critique « scientifique» dont il
222

abuse tellement avec un art consommé, ne lui suf·


fisent pas. Il est forcé d'avoir recours ... à un ... (com­
ment dirais-je pour être poli?) à un simple manque
de vérité. Mais dans ce même cas, il n'ose pas aI­
ler jusqu'au fond, et se retracte à mi-chemin. Il
commence son attaque contre la lettre à Sixte II en
disant que «sa fausseté découle de la circonstance
que dans les premiers trois, relativement quatre, siè·
cles, il règne un silence absoIu sur les oeuvres de
l'Aréopagite ». Tout d'abord je mp. demande com­
ment un silence 1: absolu» peut être relatif. Il faut
que le Révérend Père soit plus sincère et qu'il con·
vienne que depuis le IV siècle ce silence n'éxistait
pas. Si St. Maxime et St. Anastase le Sinaïte n' é­
taient pas, d'après Stiglmayr, des personnages sé­
rieux dont le témoignage était sflr, qu'est-ce qu'il
faut penser d'un certain Père Jésuite Stiglmayr, qui,
de concert avec l'historien de l'Eglise Bardenhewer,
ayant assuré que la lettre à Timothée datait du III
siècle au plus tard, et que la fausse lettre de Clé­
ment de Rome à Denys l'Aréopagite avait cours
au qU<l.trième siècle «dass ein solcher Brief von den
hochgefeierten Clemens Romanus an den Areopagi­
ten schon in vierten Jahruhundert im Umlauf war»,
avance maintenant hardiment qu'il régnait un «si­
lence absolu» sur les oeuvres de Denys l' Aréopa­
gîte aux trois premiers siècles?
II semble reconnaître pourtant que de 300 à
500, sans parler des siècles suivants, Denys l'Aréo·
pagite a pu être cité contrairement à sa thèse fon­
damentale que les écrits de Denys ont été composés
après la mort deProclus (48s)et ne parurent qu'en 532 .
....
!'.'.

223

Il ésite à aller jusqu'au fond de la" fausse route sur la­


quelle il s'est a che ~ i n é il Y a quelques dizaines
d'années, et cela prouve que, si l'étude plus pro­
fonde du sujet n' a pas ébranlé sa conviction, du
moins elle l' a fait chanceler et chanceler précisément
au seuil du IV siécle. Si nous étudions la raison de
ces scrupules, qui risquent d'anéantir toute sa thè­
se, je me permets de supposer qu' elle se trouve
surtout dans la relation élargie (uberrima recensio)
des Canons de Nicée. En historien de l'Eglise' et
en prêtre, Stiglmayr ne peut pas y passer dessus.
Les 73 canons reçus par les Eglises
Orientales tant unies que séparées
n e son t pas d e c a non sap 0 cry p h es: é"
/'
tan tac cep tés par l' E g 1i sei 1s son t v rai s. ­
Or dans cette recension élargie du Concile de Ni­
cée, Denys l'Aréopagite est cité et nommé par son
nom dans le Canon XXXI.
Stiglmayr continue: «La considération que les
adversaires de l'authenticité fondaient leurs argu­
ments sur la circonstance que ni Eusèbe, ni ] erôme,
ni Gélase, ni aucun autre écrivain de l'Eglise n'ont
parlé de l'Aréopagite,· acquiert un poids tout nau­
veau et ecceptionel quand entre en jeu l'existence
d'une telle lettre».
Tout au contraire, la découverte de la lettre
de Denys d'Alexandrie à Sixte II détruit complète­
ment les arguments des adversaires de Denys qui,
ne s' flppuyant que sur une négation, n'avaient pas
beaucoup de valeur. S~iglmayr assure qu'un docu­
ment contraire aux adversaires de l'authenticité, don­
ne plus de poids à leur thèse. Mais c'est la folie
~~,~;~ ;;."-;i~~'i:·Y;~~

224 ---:'. --=-- _

même! C'est un raisonnement à rebours, qui, au


fond, laisse de côté ,la que s t ion deI a v é r <l­
e i t é de cette lettre.
< Il est tout à fait inadmissible - continue Sti·
glmayr - qu'un patriarche sur le siège d'Alexandrie
dans une lettre dirigée entre 257 et 258 au pape
Sixte II à Romp., eût pu connaître les écrits de De­
nys l'Aréopagite et les défendre avec chaleur con­
tre les adversaires, sans qu'il ne soit resté une trace
quêlconque de ces événements dans la littérature
contemporaine et, celle qui l'a suivi immédiatement».
Il en résulterait que chaque lettre privée, pour
devenir un dôcument historique, devrait avoir un dou­
ble, écrit par une autre main. Cette sophistique dé­
SJ.rme le sentiment de réprobation, et évoque plutôt
un sentiment de pitié pour l'auteur.
N'ayant pas trouvé de prétexte pour détruire
l'authenticité de la lettre, Stiglmayr tâche au moins
de rabaisser l'importance de l' apologi~ de Georges
de Scythopolis et dit:
« A en juger par son aspect extériEur, l'apolo­
gie de Georges de Scythopolis paraît plutôt une i­
mitation de l'apologie de Jean de Scythopolis, pour
la raison qu'il parle longuement à la fin des rap­
ports (de Denys )' Aréopagite) ,avec Apoilophane.
L'addition de la lettre inventée devait rehausser la
valeur de cette seconde, apologie.» ,
Encore une ~xpression énigmatique! Tâchons de
deviner ce que ce penseur profond veut dire: je
suppose qu'il faut comprendre sous l'Expression ~des
rapports (deI' Aréopagite) avec Apollophane» le
récit de l'éclipse du soleil, obse,rvée en Egypte
225

au moment de la mort du Christ et rapporté par


Denys l'Aréopagite. Le P. Stiglmayr suppose pro­
bablement qu'au VI siècle, ou au début du VII,
il Y avait des gens qui ont douté de ce pro­
dige. comme il peut y en avoir encore aujour­
d'hui parmi nous. Il impute alors à Georges de
Scythopolis d'avoir plagié son concitoyen Jean et,
pour rehausser sa position aux yeux des croy­
ants naïfs, d'avoir fabriqué de toute pièce la let­
tre à Sixte II qui constitue en même temps un
témoignage de l'authenticité des écrits de l' Aréo­
pagite et de la véracité du récit de la mort du Christ
dans les Evangiles.
D'ailleurs, ayant examiné de près le prologue
/'
de Bar Sergius en la traduction de Sergius de
Résaïne, j' ai constaté une bévue du «savant» Jé­
suite qui prend le scribe Georges bar Mahîr pour
Georges le Scythopolitain.
Comme on voit dans le catalogue du Britt. Mus.
que j' ai donné dans la version anglaise, le récit de
l' édipse de soleil en Egypte est raconté par un
diacre, le scribe Georges, et non par Georges de
Scythopolis.
La traduction syriaque des oeuvres de Denys
marque une borne decisive dans l' histoire de la trans­
mission des écrits de Denys l'Aréopagite. d' a bord
parce qu'on la possède en entier et, secundo, par­
ee'que son auteur est mort en 536; et, tertio, ce
qui est plus grave encore, c'est que nous ne pos­
sédons pas, au dire des critiques allemands, de tex­
tes grecs plus anciens des oeuvres de Denys l' A­
réopagite.

15

f
226

Mais je ne sais pas si on peut se fier complè­

tement à cette opinion des critiques allemands, par­


.'
ce que, jusqu'à maintenant, d'après Bardenhewer,
on n'a rien fait pour rechercher, étudier et collation­
ner les manuscrits grecs. De même les manuscrits
grecs et la traduction syriaque, jusqu'à aujourd'hui,
n'ont pas été étudiés ni du point de vue des textes
ni du point de vue philologique. La science actuelle, au
lieu de s' appuyer sur les monuments originaux, hi­
storiques ~t de première main et de suivre la tra­
dition ininterrompue et constante de l'Eglise, a pré.
féré baser ses hypothèses hasardeuses rien que sur
la fantaisie déreglé des sectateurs de la tradition
toute récente des protestants.
§ XLIX. A. 487. Zac h a ria sIe R h ~ te u r,
né à Majuma, le port de Gaza; c' (st peut·être le frère
du Sophiste, Procope de Gaza. Il étudia à Alexan­
drie (485-487) et à la célèbre faculté de Droit à Bery­
tus en 487. Il se trouve à Constantinople en 492.
Il fut élu m é t r 0 pol i t e d e M y t i 1è n e et com­
me tel assista en 536 au Synode de Constantinople
qui condamna Sévérus, et il vota lui-même contre les
monophysites. Dans la biographie de Sévérus qui
s'étend jusqu'à son élection au siège patriarcal
d'Antioche en 512, Zacharias nous dit que Sév~rus
avait étudié les oeuvres des plus illustres Pères de l'E­
glise et qu'il citait entre autres Pères Denys l'Aréopa­
gite. Sergius de Résaïne décrit Zacharias comme un
homme éloquent, connaissant la littérature grecque et
surtout la doctrine d'Origène. Stiglmayr assure qu'il
avait appartenu en commun avec Sévère au COM­

'"
1•

227

PLOT de la falsification des oeuvres dites di 0 n y­


sie n n e s et feint de «n'avoir rien St; de la prote­
station victorieuse d' Hypace au colloque de Constan­
tinople en 533». «Er hat die auf dem Religions ge­
~prach von Konstantinopol anno 533 von Hypathius
~rhobenen Siegreichen Einwende gegen den Diony­
sius Schriften einfach ignorirt». (est-ce que c' est
v rai sem b l a b le? ! ?).
§ L. Se v ère d' A n t i 0 c h e, de famille
payenne, baptisé en 488, patriarche d'Antioche depuis
5 l 2, destitué en 526, chef des monophysites, appelé
devant Justinien le Grand à Constantinople en 534,
condamné pour hérésie en 536 et mort en exil. C'est
l'écrivain le plus remarquable et le plus fécond qui
.-/
fut en l'Eglise grecque après St. Cyrille d'Alexan­
drie. Il était très familier avec les livres de Denys
l'Aréopagite et les admettait comme' authentiques (1).
On trouve dans ses écrits contre les Julianistes une
citation des Noms Divins qu'il fait précéder de ce
préambule: « Ainsi, dit-il, parle Denys celui-là mê­
me qui, après avoir fait parti de l'Aréopage, devint
évêque d' Athèn~s, et celui·là même dont il est fait
mention aux Actes des Apôtres)'>. Ainsi parle-t·il clans
son traité sur les Noms divins qu' il adress~ à Ti­
mothée: «La formation divine de Jésus à notre res­
semblance est au· dessus de tout langage, même du
langage divin. Elle est ineffable et inaccessible à
toute inte.l1igence, même celle du prince des anges
glorieux. Comment le Verbe a pu exister dans une

(x) L'abbé Martin prof. à l'Institut catholique de Paris: « Origines


du Pentateuque », T. I, n. 3 p. 631.
.,'

228

substance humaine, c'est ce que nous entendons my·


stérieusement. Nous ignorons comment il a pu être
formé avec le sang de la Vierge et suivant des rois
au dehors de la nature (1)>>.
Je partage complètement l'avis de' l'abbé Vi·
dieu qui dit: «Nous sommes sûrs que si l'on par·
courait les écrits de Sévère et ceux des auteurs sy­
riens de son temps, on y trouverait de nombreux
fragments des ouvrages de l'Aréopagite. Or, quand
on songe que Sévère vécut dans le dernier tiers du
V siècle et dans le premier tiers du VI, lorsqu'on
connaît surtout sa vaSte érudition et son immense ta­
lent littéraire, on ne peut s'empêcher de reconnaître
que les livres de St: Denys ont dû exister bien avant
ll!li, car il ne les aurait pas admis facilement (2)>>.

LA LL'TTE CONTRE LE MO~OPHYSISME

Le Concile de Chalcédoine, malgré tous ses ef­


forts, n' a pas réussi à enrayer le courant monophy­
site suscité par Eutychès. A peine les Pères du Con­
cile se furent-ils séparés. que l'hydre de l'hérésie re­
leva de nouveau la tête, en Syrie surtout. Les chré­
tiens se divisèrent en deux partis opposés, des chal­
cédoniens et des antichalcédoniens. Par malheur pour
l'Eglise il ne se trouvait dans le camp catholique
aucun homme de l'envergure de Sévère d' Antioch e
chef des monophysites, capable de lui tenir tête ef­
ficacement; c' était en effet un homme très respec­

(1) On lit cette citation dans un manuscrit syriaque du V siècle,


conservé au Brit. Musèe ms. 12158 f. 45.
(2) L'abbé Vidieu: • Saint Denys l'Aréopagite évêque d'Athènes
et de Paris, Patron de France., Paris, Firmin Didot 1889.

""
....
229

table pour sa vie d'ascète et célèbre pour 'sa scien­


ce et ses talents. Il était en même temps l'écrivain
le plus fécond après Origène et le plus é min en t
chez les grecs après St. Athanase et St. Cyril­
le. Ce n' es~ qu'au VI et VII siècle que Sévère ren­
contre des ~mules dignes de lui, en Léonce de By­
zance et St. Maxime. Le grand empereur Justinien
premier prêta lui-même sa plume pour le combattre.
Les monophysites comptaient dans leurs rangs une
vraie élite d' hommes remarquables par leur science
et leurs aptitudes, qui ont suscité un mouvement
littéraire dont les monuments nous sont heureuse·
ment parvenus. Or, toute cette pléiade d'écrivains,
utilisent Denys dans les discussicns et le citent fré­
quemment. ,/

La lutte se prolonge et s' élargit, allant d'une


extrémité de l'empire à l'autre et englobant les trois
continents. Tout le monde se passionne aux questions
religieuses et les discute. On ne peut que s'étonner
de la promptitude avec laquelle les diverses phases des
querelles religieuses se répandent au delà des mers
et des continents. L' emper~ur Justinien invoque l'ai­
de du pape contre les monophysite~, et Sergius de
Résaïne, se trouvant à la mêtÙ'e époque à Rome pour
présenter une plainte contre son évê'lue au pape
Agapet premier, le pape saisit l'occasion pour le
garder auprès de lui et part ensuite en sa compa­
gnie pour Constantin.ople. De concert avec l'empereur,
il destitue l'évêque de Constantinople Anthime,
monothélète convaincu, et lui substitue un évêque
catholique Maenas. Arrivé au mois de février 536 à
Constantin.ople; tc)Us les deux, le pape et Sergius, meu­
23 0

rent peu de temps après, au mois de mars de la mê­


me année, probablement dans une epidémie. II en
résulte que le pape, tout aussi bien que l'empereur
Justinien ne pouvaient ne pas connaître les ouvrages
de Denys, étant continuellement en compagnie du cé­
lèbre archiatre, Sergius de Résaïne, connu non seu­
lement comme traducteur de l'Aréopagite, mais enc('l­
re comme celui de l'Isagogue de Porphyre, profond ari­
stotélicien et astronome. II faut se rappeler aussi que
Sévère d'Antioche lui même fut appelé en présence de
l'empereur en 534, lequel tâcha en vain de le faire reve­
nir de ses erreurs; mais il ne réussit pas à vaincre son
obstination. Sévère, ayant refusé tout accord, fut con­
damné par le Synode en 536 .et exilé par l'empe­
reur. Il semble impossible aussi qu'il n'ait pas connu
personnelle.ment le pape. Zacharias de Mitylène, se­
crétaire et biographe de Sévérus a dû se trouver dans
le même cas, puisqu' il assista au Synode de 336
et donna sa voix à sa condamnation. II est absolu­
ment impossible, après l'exposition de ces faits, d'ad­
mettre que sous le règne de Justinien 1 et en pré.
sence, à Constantinople, du Pape, de Sévérus lui-mê·
me, de Léonce de Byzance, de Zacharias le Rhéteur
et du traducteur syriaque de Denys, lesquels con­
naissaient les.oeuvres de l'Aréopagite, les traduisaient,
les commentaient, que quelqu'un puisse en leur pré­
sence alléguer l' enormité que ces oeuvres jusqu'alors
n'ont jamais existé et qu'elles aient été l'oeuvre
d'un faussaire contemporain. Du reste personne ne
l'a jamais fait.
Dans le camp monophysite, il ne faut pas oublier
de nommer encore le célèbre rhéteur Procope de Ga­
-.
23 T
~

za, le grammairien Jean Philopone, monophysite aussi,


mais d'une autre nuance que les Sévériens et une
série d'écrivains syriens qui citaient et commentaient
Denys. Du côté catholique sont dignes d'être mention-
nés Jean de Scythopolis, Job le moine, André de Cé-
sarée, Ephrem patriarbhe d'Antioche et Euloge pa-
triarche d'Alexandrie, àmi du pape Grégoire le Grand,
avec lequel il échangea plusieurs lettres, le pape
Grégoire lui· même qui appelle notre Denys: « An-
tiquus et Venerabilis pater» ..
Tout ce groupe d' hommes éminents qui ont par-
ticipé aux disputes théologiques avec les monophy-
sites à la moitié di V siècle, disparaît peu à peu
vers la moitié du VI : Jean de Scythopolis (r) 530, t
Philopone baptisé en 530, Sévère qui s'efface après sa
condamnation en 536, Sergius de Résaïne t 536 etc.
./

Léonce de Byzance, le plus rude adversaire du mo-


nophysisme et le plus grand théologien du VI siè-
cle, meurt en 543.
Le monophysisme revit dans la brar.che que l'on
appelle mo~othélète, qui a existé déjà, comme nous
avons vu, du vivant de Sévère. C'est à St. Maxi-
me qu'échut la gloire d'avoir définitivement détruit
cette secte, dans la célèbre dispute de Carthage (645)
avec l'évêque de Constantinople Pyrrhus; To~s les
deux invoquent l'autorité des textes de Denys. Pyr-
rhus joue sur l'expression de l' Aréopag ite Elc<X'ICpl'X.~
é'lSPYEl<X et Maxime, dans sa démonstration lumineu-

(1) Jean de Scythopolis environ en l'année 530 mit la main à


. un ouvrage en 8 livres contre Sévérus d'Antioche et un ouvrage
en 12 livres Ka't" 'twv <iltOOXlO'tWV't'/). txY-À'10(a. (Photius Bib. cod. 95).

"'-
:13 2

se, détruit son argumentation et lui prouve que, si l'on


se mettait sur son terrain, on arriverait à attribuer
à Jésus trois p'ersonnes; Pyrrhus, confondu, part avec \'.
lUI à Rome pour se soumettre au pape Martin 1.
A la même époque se tient le Concile de Latran
convoqué par Martin l, avec la participation de 104
évêques. Cette réunion constitue une des étapes les
plus considérables dans l'affirmation du prestige des
oeuvres de Denys, car, au cours d'une des séances
de ce synode, qui avait l'autorité presque d'un con­
cile général, le pape Martin 1 proclama les oeuvres
de l'Aréopagite comme les plus orthodoxes et ap­
partenant au disciple de St. Paul. Cette décision a été
reconnue comme obligatoire dans toute la chrétienté
et confirmée comme telle par le V' Concile Oecumé­
nique (IlIa de Constantinople) et par le R. Père
Stiglmayr lui-même. Stiglmayr assure (IV Jahresbe­
richt der Stella Matutina zu Feldkirch, 1895, p. 88)
que: ~ La décision du Synode de Latran est recon·
nue obligatoire par le pape Agathon l, par le VI
Concile Oecuménique et par les papes. Paul l, A­
drien 1 et tout le moyen-~ge». Des lors, les écrits
de Denys acquièrent la plus grande autorité après
les Écritures, et les hérétiques n'osent plus déformer
les textes de l'Aréopagite pour leurs fins. Ses oeuvres
sont considerées comme l'expression la plus exacte
de la tradition apostolique et deviennent le fondement
de toute l'économie de la théologie et du mysticisme
catholique, tant dans St. Jean Damascène, qui é­
tablit définitivement la dogmatique orthodoxe dans
«: De Fide Orthodoxa», comme en Occident en St.
Thomas d'Aquin.
." 1 ;, . . ~, ·"'::"-7"-:--0~-·-·-'~ ~

2:;3
. "­
Depuis cette époque les oeuvres de Denys jouis­
sent tranquillement de leur renommée jusqu'à la

Réforme. Mais les nouveaux rebelles à la tradition,

dans l'intention de les diminuer, les catholiques

douteux les aidant, se servent


J
d'un autre stratagè-

me. Tandis que les anciens insurgés, se trouvant plus

près de la source, reconnaissaient l'autorité des é­

crits de Denys et essayaient d'appuyer sur ses tex­

tes leurs erreurs, les nouveaux séctair~~, peu ver·

sés dans l' histoire et dans la littérature ecclésiasti·

que grecques, ont trouvés plus commode de détruire

leur autorité par la négation de leur authenticité.

§ LI. A. 47°-5°°. André de Cesarée


en Cap p a doc e. Hugo Koch affirme que dans les
dernières décades du V siècle, .vers l' an 500, on ./
trouve des citations de Denys l'Aréopagite chez
André de Cesarée, qui, dans son commentaire à l'A·
pocalypse, le cite en trois endroits.
§ LII. A. 502. Lé 0 n ce de B y zan ce (-543),
le plus grand théologien de la première moitié du
VI siècle, conduisit depuis sa jeunesse la lutte con­
tre les monophysites. Dans son oeuvre «De Sectis»
datant des années 512-518 (selon Stiglmayr), qui nous
est parvenue dans le texte grec, il cite l'Aréopagite
parmi les Docteurs et les Pères qui vivaient dans
le temps qui va de Jésus Christ à Constantin le
Grand. Dans la troisième section de cette oeuvre
. il écrit: «Dans le temps qui va de la naissance de
Jésus Christ jusqu'au règne de Constantin il y a­
'vait les Docteurs et les Pères suivants: Ignace, au­
trement dit Théophore. Irénée, Justin philosophe et
?>.
"('

'.
234

martyr. les évêques romains Clément et Hippolyte,


Denys l'Aréopagite, Méthode évêque de Patras,
Grégoire le Thaumaturge, Pierre. évêque d'Alexan­
drie et martyr.
Rem;:;rquez s. v. p: la précision et la connais­
sance de cause de Léonce, il appelle Hippolyte pape.
quoique ce n'est que récemment (en 1851) que nous
avons su (ce qu'ignorait encore le savant jésuite Hal­
loix) qu' Hippolyte avait occupé pendant un certain
temps le siège épiscopal de Rome comme antipape
(voir Rauschen: «Grundriss der Patrologie~). Le même
Léonce, en écrivant contre Nestorius et Eutychés
(lib. II), s'en rapporte surtout à Denys l' Adopagi­
te et dit: «Du livre des J'\oms Divins de Denys
t'Aréopagite, écrivain des temps apostoliques ... ~.

§ LIlI. A. 527-545. Ephrem (Ephraïm)


arc h ev ê que d' A n t i 0 che, Defensor orthodo­
xÎae. De ses oeuvres il n'en restent que des frag­
ments chez Photius. rvL LXXXVI. 2, 21°3-2110 ed.
A. Mai-cod. 228 et 229. chez Migne III 957-970 et
9 6 9- 102 4.
Son premier ouvrage contenait: «des écrits do­
gmatiques, et notamment ils étaient dédiés à la dé­
fense du concile de Chalcédoine. Du troisième ouvra­
ge d'Ephrem il n'est pas question chez Photius. L'en­
droit, où Ephrem cite Denys l'Aréopagite, qui mérite
d'être noté, dit Stiglmayr (quelle perfidie)... se trou­
ve dans le deuxième des susmentionnés ouvrages.
(M. c. III 989):
"O'n 'F"icrtv (sc. ,Eeppctll! w<;;) sv np6crwnov, 1:0U1:Écr1:l
}LlctV 6n6cr1:ctcrlv 1:0\) À6jOU crscrctp'X,wI!Év"1jv x"1jptl1:1:0l!sv Ënsl­
--.-_.~.'~ ". ~ .-,-.-. ~,~-~:--

.~ \

, .....'

235

ôYj xal IX1tÀOÜÇ; 'I"f/ooüç; ClU'IS'tS&"f/ Xa'tCl 'tGV àv IXytOtç; 'Apso­


1tayt't"f/v 6tovuOtov. Ral hl 1l~'1 't'ijç; xail' fmoo'tam'l Évwoz­
~,
wç; otxatwç; 1tapa'-';'<"'Q~' ,
't"f/ç; s:J~sl"staç; 'to OU'IU's'tO'l AGye-rat, ouv­
&s'tov ôÈ oùota'l oùôslç; St7:si:'1 à'to)'/-l'tïos 1tÀYj'l 'A1tol-Àtvaptou.
Hierothée dans D. N. l, 4 dit. : '« &:'1axaÀou/-lsv"f/
(sc. ~ &sapxta) 1tpGç; h:J't,~'1 xal &:'1a'tt&sroa 't-fj'l &:'1&pw­
1ttv"f/v SOXa'ttClV àç ~ç; &:pp~'twç; (; IX1tÀOÜÇ; T~ooüç; OU'Is'ts&'~ ».
§ UV. I s a a c deN in ive mentionne la Hié­
rarchie Céleste de Denys l'Aréopagite dans son
traité: « De mate ria quam exigit anima ut corporis
cogitationibus etc.» Stighnayr tâche d~ reculer la
composition de cet opuscule au VII siècle, mais Bar·
denhewer le remet au V siècle et, de cette manière,
se contredit, ayant adopté lui même la th.èse de Sti­
/'
glmayr sur la fausseté des oeuvres de l'Aréopagite.
§ LV. Jo sep h Hu z a i a, moine syrien, écri­
vit ~u VI siècle un commentaire sur Denys. - Eben
Jeshu Catal. Syr. écrivains in Assem. Bibl. Or. T.
III P. l, p. I03.
§ LVI. J e and e A p am e i a dans ses oeu­
vres: a) sur la supériorité de l'âme, b) sur l'incom­
préhensibilité de Dieu, c) sur l'union mystique .avec
la divinité. Cod. Syr. Vat. x. c. III - cite les oeu­
vres et les lettres de Denys.
§ LVII. Clé men t deR 0 me (voir § 3).
§ LVIII. A. 500-540. Dio Pys i usE xi g u us
se fait appeler ainsi par modestie envers le Grand
Dionysius l'Aréopagite. Célèbre pour avoir systéma­
tisé la calcul pascal. Scythe de naissance, il fut

!.....
.. 1
2,36

ami de Cassiodore. Ses oeuvres ont exercé une cer­


taine influence sur la littérature du Moyen âge.
§ LIX. A. 544. C y i i Il e deS c y th 0 pol i s­
rencontre St. Saba étant encore enfant en 5 l 8 et, sous
l'impression de cette rencontre, devient moine en
543 dans un monastère du désert de Juda, fondé par
St. Euthymius. En 555 il appartient aux 120 moi­
nes orthodoxes qui ont chassé les Origénistes de la
nouvelle Laure près de Thekoà, et en 557 il entre
dans la grande Laure de St. Saba près de Jérusa­
lem où il meurt en 558. Célèbre auteur des Vies
de Saints, entre autres de la vie de St. Euthymiu s
qui, né en Arménie (377-473), fonda le monastère
appelé après, Laure de St. Saba, existant jusqu'à
nos jours. C'est lui aussi qui persuada l'impératri.
ce Eudoxie de revenir du monophysisJ!le à l' orthodo­
xie. Et c'est dans l' histoire de la vie d'Euthymius
que se trouve la lettre de Juvénal de Jérusalem à
l'impératrice Pulchérie dans laquelle Denys est ci·
té, qui, de son côté, a été transcrite par St. Jean
Damascène.
§ LX. A. 59°-6°4. Gré g 0 ire 1 e Gr a n d,
pape. Dans son homélie 34: «In luce Evangelium»,
cap. 15. s'exprime ainsi: «Fertur Dionysius Areo­
pagita antiquus videlicet et venerabilis Paterdicere
etc.» Il ne cite pas textuellement les paroles de De­
nys, mais mentionne la doctrine que Denys expose
au §§ 7, 9 et 13 du C. H. - Grégoire le Grand pas­
se les années 587-585 à Constantinople comme apo­
crisiarills du pape de Rome (nous dirions aujourd'hui
nonce). Il m'est donc difficile de croire qu'il n'ait
pas connu le grec. S'il l'avoue dans une lettre, c'est
~ ";'·1'
.'

237

qu'il ne se croyait pas t:n état, peut être, de corn·


poser d'oeuvres littéraires en grec, mais il est tout
à fait impossible qu'il ne le comprît pas et ne le
parlât pas s'il résida durant se:pt ans à Constan-
tinople. ~

§ LXI. A. 580-662. Sai n t M a x i m e 1 e


Con f es se ure t Mar t y r, secrétaire de l'Em-
pereur Héraclius jusqu'à l'année 630 au cours. de
laquelle il entra au monastère de Chrysopolis (Scu-
tari) dont il fut l'abbé, il se retire ensuite au
monastère de St. Saba, près de Jérusalem. Depuis
il devint le défenseur le plus intrépide et le plus
profond de la vraie religion contre les hérétiques
monothélètes (un derivé des monophysites). Son ex-.
./
ploit le plus célèbre était d'avoir converti dans unê
dispute tenue à Carthage l'ex-patriarche de Con-
stantinople Pyrrhus. Pyrrhus après sa conversion ac-
compagna Saint Maxime à Rome pour faire sa sou-
mission au Pape Martin 1. Maxime y resta jusqu'au
grand Synode de Latran, tenu par le Pape St. Mar-
tin en 649, où les Monothélètes furent condamnés.
Dans la suite Saint Maxime à cause de son activi-
té et de sàn zèle fut condamné par l'Empereur Con-
stant II, qui sympathisait avec les monophysites,
à avoir la langue coupées jusqu'à la racine, et le
bras droit amputé. Des suites de ces tortures, deux
ans après, en 662, il mourut ~ur la côte orientale
de la mer Noire.
En la :nême année, quelques mois plus tard, ses
compagnons St. Anastase le Sinaïte et Anastase l'A-
pocrisiaire furent aussi martyrisés pour la même cau-

""
23 8

se. Dans son oeuvre' Hodegos (guide), Anastase le


Sinaïte mentionne les commentaires de Denys d' A­
lex:l.ndrie sur l'Aréopagite.
§ LXII. A. 637. St. S 0 ph r 0 ne, natif de Da­
mas, moine du cloître de Théodose près de Jérusa­
lem. En 633 nous rencontrons. Sophrone à Alexan­
drie, en compagnie de St. Maxime, il combat les
monothélètes et mentionne Denys l'Aréopagite.
Fut présent à la prise de Jerusalem par le Calife
Omar en 637 et mourut de douleur en 638.
§ LXIII. A. 640. A n a s tas e, dit le Sinaïte,
grand savant et saint, dans ses réflexions mystiques
sur l'oeuvre des Six jours, rappelle en ces termes un
passage du livre des Noms Divins: «Ce Denys, cé­
lèbre contemporain des apôtres et versé dans la
science des choses divines, ainsi que sublime théolo­
gien enseigne que le nom donné par les Grecs à la
divinité signifie qu'elle contemple et voit tout. (He­
xamer. lib. XVII D. A.) II a vecu entre 600-700.
§ LXIV. A. 649. Mar tin I p a p e; il en fut
question ailleurs.
§ LXV. A.680. A g a t h 0 n, pape. Au concile
oecuménique ~ (III de Constantinople), on a lu la
lettre du pape Agathon adressée à r Empereur Con­
stantin IV Pogonat et aux Augustes Heraclius et
Tiberius, qui s' app'lie sur un passage de l' Aréopa­
gite.
§ LXVI. A. 7 r 5-73°. On attribue aussi une par­
tie des Scolies de Maxime à un troisième auteur
(après M2.xime et Jean. de Scythopolis) qui serait
-- .:~~~~ \'J J., ..'
..,- .~- ~

239

Ger man u s, patriarche de .Cànstantinople. Dans


l'édition de Migne ces passages sont marqués de
chiffres grecs. Mai sI' existence de ces commenta ire s
n'est pas bien 'sOre.
§ LXVII. A. 700. Ph 0 cas Bar Se r g i u s
d', Edessa écrit un commentaire à Denys dans Ulle
préface à la traduction syriaque de Sergius de Ré·
saïne. Brit. Museum 12 151 et les commentaires à De­
nys - \Vrites Cat. of Syriam writers, ms:;. of. .the
Brit. Mus. T. II p.' 493. (de, l'année 804).
§ LXVIII. A. 700. Je a n, é v ê que de D a­
r a (en Syrie) écrit un commentaire au C. H. et E.
H. (Assemani Cat. Codd. Syr. T. II. p. 530). ;r
§ LXIX. A.7 30. St. J e anD a mas c è n e. La
plus grande lumière de l'Eglise Orientale, qui dans
ses ouvrages a fixé à jamais la théologie chrétienne
de l'Orient, cite souvent Denys l'Aréopagite et,
dans son ouvrage, De Fide Orthodoxa, il appuie sa con­
naissance sur. la Trinité et les anges sur Denys. Tixeront
dans son Histoire des dogmes indique que Saint Jean
Damascène, dans t')ute sa connaissance de Dieu, a car­
qué D~nys l'Aréopagite. La philosophie du Damascè­
ne est un amalgame de la philosophie de Denys
l'Aréopagite avec celle d'Aristote. C'est lui qui
cite Juvénal de Jérusalem dans son histoire Euthu­
miaque.
§ LXX. A. 757-767. Pau 1 l, pape, envoie un
manuscrit grec de Denys l'Aréopagite à Pépin le
Bref.
...
.,
" .
. 1:'":

24°

§ LXXI. A. 772-798. Ad r i e_ n, pape, dans' sa ,t•.•


_.~:...

lettre à Charlemagne concernant le culte des images,


confirme tous ses prédécesseurs: les papes Grégoire,
Martin et Agathon, en ces paroles: Saint Denys
l' Aréopagite,évêqu~ d'Athènes fut glorifié par le.
·.} pape Grégoire, qui l'appelle ancien et vénérable,
Père et Docteur, qui fut le contemporain des apô­
tres, et mentionné dans les Actes etc., et puise
des citations de la lettre à St. Jean et de la Hié­
rarchie Céleste (T. VIII c. Lath.
§ LXXII. A. 787. Con cil e deN i c é e l l
(VII oecumenique). Atteste de son approbation l'an­
cienne tradition.
§ LXXIII. A. 824. S y n 0 d e des é v ê que s
~
des Ga u 1 es réunis à Lutèce (Pàris). Compte De­
nys l'Aréopagite parmi les anciens Pères de l'Eglise.
§ LXXIV. A. 82'7. Michel II le Bègue,
empereur d'Orient (778-840) envoie les oeuvres de
Denys l'Aréopagite à l'empereur d'Ocddent Louis
le Débonnaire.
§ LXXV. A. 835. Lou i sIe Dé bon na ire
(778.84°) recommande en une lettre à Hilduin, ab·
bé du monastère de St. Denys, d'écrire une vie de
Saint Denys. •
§ LXXVI. A. 823 877. Charles II le Chau­
ve fait venir Scot Erigène d'Irlande pour traduire
ses oeuvres.
§ LXXVII. A. 840. M i che l, nommé générale­
ment Sincèle (S y n gel) pour la charge qu'il exerçait
auprès du patriarche de Jérusalem, (celle de vidame),
~..:-

24 1

": prêtre 'de Jérusalem, fait le panégyrique de Denys et


l'identifie avec celui de Paris (chez Théodor. Studit.
lib. II epist. 213).
§ LXXVIII. A. 850. A elle a s, é \' ê que de
Par i s dans son livre «Contra Graecos», dirigé
contre Photius, se nomme successeur de Denys l'A­
réopagite sur le siège de Paris, fonde la croyance
à l'identité des deux Denys qui formait le vieille tradi­
tion dés Grecs et n'était nullement l'invention de
Hilduin, comme veulent le faire croire quelques
hypercritiques. Elle est avérée d'une manière é·
clatante par l' env:oi des oeuvres de l'Aréopagite
à Louis le Débonnaire par l'empereur Michel II a­
vant que Hilduin n'ait composé ses <-Areopagitica~.
./
C'est attesté aussi par le sermon de Michel Syngel
à Jérusalem en 8-40 c-à-d.: trois ans séulement après
l'apparition de la vie de Denys par Hilduin.
§ LXXIX. A. 820-891. Ph 0 t i u s, l'hérésiarque
célèbre, tout aussi bien par les catholiques que par
les hérétiques considéré comme grand érudit et cri­
tique habile. Dans son ouvrage célèbre, dénommé
«Mirabilium», dans lequel il nous a conservé un grand
nombre d'extraits des diverses oeuvres disparues de
l'antiquité, parle d'un certain prêtre du nom de
Théodore .qui a défendu l'authenticité des écrits
de Denys l'Aréopagite devant les objections de leurs
détracteurs. - A ce qu' il paraît, nous sommes en état
de situer ce prêtre Théodore environ au IV siècle.
Il est vrai que Photius nous communique les objec­
tions des détracteurs et ne fait pas la défense de
Théodore - ce qui permet aux détracteurs moder­
.....
16
24 2

nes de l'authenticité d'insinuer que Phot~us a dû


avoir aussi quelques doutes sur l'authenticité de
Denys (1). A ces insinuations perfides et mensongè­
res on trouve la reponse chez Photius lui même dans
un passage sur la lettre synodale de St. Sophrone:
«II y étaient, dit-il, recueillies les opinions des Saints
Pères qui ont vecu avant et après le IV concile
général. Ces témoignages disaient qu'en NotreSei­
gneur Jésus-Christ il y avait une double opération:
duplicem operationem -.... et Photius mentionne par­
mis d'autres autorités Denys, disciple de Saillt Paul
martyr du Christ et évêque d'Athènes, g ra n d dan s
ses paroles et plus grand encore dans
ses pen sée s. (Phot. Cod. 231).
§ LXXX. A. SIO. 1\1 é t h 0 d e écrivit en grec
~ la vie de Denys l' A.réopagite traduite en latin par
Anastase le bibliothécaire..
§ LXXXI. A. 840. H il du i n, abbé du monastè­
re de St. Denys ~ Paris, descendant des comtes de
Périgord (cornes Petragricensis), dans sa lettre à
l'empereur Louis le Débonnaire en réponse à l' or­
dre qu'il lui a donné de traduire les oeuvres de
l'Aréopagite et d'écrire la vie de Denys, félicite
la France d'avoir obtenu en don de l'empereur Mi­

(1) Ainsi le célèbre Bardenhewer T. IV, ? 42, p. 297 s'exprime


de la manière sibylline: l'opinion quO au moins (?), Photius, le criti·
qu~ connu par son impartialité (est-ce parce qu'il était un schisma·
tique des plus fougu-eux ') se serait trompé sur la véracité des Aréo­
pagitica, r~pose sur une erreur. - (Die Meinung, Photius wenigstens,
der kühle Kritiker, sei an der Echtheit der Areopagitika irre gewor·
den, beruht auf einem lrrtum.)­
243

che1 II un magnifique exemplaire des oeuvres de


Denys l'Aréopagite, et donne le récit dei' événe­
ment dans les paroles suivantes: «Ces oeuvres
écrites en gr~c nous ont été remis'es la veille même
de St. Denys, quand l'économe de l'Eglise de Con­
stantinople et d'autres émissaires de Michel se sont
présentés» ad vestram gloriam l< en audience publi­
que à Compendium (Compiègne) », et donne le ré­
cit des miracles qui se sont accomplis la nuit même
à cause de la présence de ce livre. Il semble pour­
tant que la traduction fut au dessus des fo'rces de
Hilduin, parce qu'en 837 nous avons une nouvelle
lettre de lui à Louis le Débonnaire où il communi­
que l'achèvement de la biographie de Denys sous
le titre «A r e 0 pa g i tic a», mais il ne parle pas
de la traduction,
./
"
§ LXXXII. A. 847 Enfin en 847 Sc 0tEr i­
g è n e (E r i u g e na), moine irlandais, fut appellé
par Charles le Chauve pour traduire les ouvrages
de Denys. Il a commencé la H i é r arc hie C é­
1 est e et l'a dû finir en l'année 865, car le pape
Nicolas I dans sa lettre à Charles le Chauve se
plaint de ne pas avoir e:ncore reçu la traduction de
l'Aréopagite. Guillaume Morel place cette traduction
en l'année 850, de même que Jean Balée; «Illu­
strium maioris Basilicae scriptorum summarium».
Cette traduction d'Erigène fut très appreciée en Gau­
le, mais reçue moins favorablement à Rome, et
Nicolas l, louant son érudition, reproche à Erigè­
ne: «non sane sapere in quibusdam frequenti rumo­
re dicatur». Et de même Anastase, le bibliothécai­

;.,.

",
244

re, dans sa lettre à Charles le Chauve, est encore


plu~ sévère et le considère· comme un barbare - pré­
somptueux, qui introduisit Denys dans le labyrinthe
et s'étant proposé de l'interpréter, a besoin d'être
lui m-~me interprété.
La traduction comporte quatre traités de Denys et
di~ lettres. Elle est précédée d'une lettre à Charles
le: Chauve. La traduction de Scot, à vrai dire, n'est
pas très claire, ni très précise, mais en son temps
c'etait une entreprise grandiose et c'est seulement
deux cents ans après qu'un autre téméraire, Jean
S:l.racène, osa traduire les oeuvres de l'Aréopagite.
Outre la traduction, Scot écrivait aussi un com­
mentaire à la H i é ra r chi e C é 1 est e, à 1a
H i é r arc hie E ccl e s i as t i que et à la Thé·
010 g i e M ys t i que. Il nous est parvenu seule­
ment Je. premier commentaire, la première page du
second et les notes du troisième.. Thomas Gallo
conteste l'authenticité des commentaires de Scot.
Enfin selon l'assertion de l'archevêque Darboy,
nombreux furent les écrivains qui recherchèrent leur
inspiration dans la pensée de Denys. Tels furent:
.le fameux évêque de Poitiers Gilbert de la Porrée,
Jean de Salisbury, Pierre de Beauvais et Richard
de St. Victor.
§ LXXXIII. A.850. Pas cha s, abbé de Cor­
bin, Rat b. e r t, Fra n c 0, archevêque de Ronca,
parlent des oeuvres de Denys et les louent.
§ LXXXIV. A. 850. Hi n c m a r, archevêque
de Reims, serviteur .fidèle des héritiers de Charle­

·"a
245.

magne, Louis le Débonnaire et Charles le Chauve,


bien vu à la cour de l' emperelJr et tout aussi bien
à la curie' de Rome, exprime dans sa. lettre à
Charles le Chauve sa propre foi dans l'authenticité
des oeuvres de Denys et dans J'identité de sa per-
sonne avec l'évêque de Paris.
§ LXXXV. A. 858-866. Nic 0 1a s J, pa p e,
dans sa lettre à l' empereur Michel II s'appuie aus-
si sur l'autorité de « l'ancien Père et vénérable Doc-
teur ). Denys l'Aréopagite.
§ LXXXVI. A. 850. A na s tas e, le bibliothé-
caire du Saint Siège, accompagne sa traduction la-
tine de la biografie de Denys par Méthode d'une
lettre adressée à Charles le Chauve, dans laquelle
./
il écrit ce qui suit: « la démonstration que St. De-
nys de Paris n'est pas le même que l' Aréopagite
doit d'elle même tomber devant ce document grec,
conforme aux monuments latins». Le même Anasta-
se fait une note sur un certain code des oeuvres de
l'Aréopagite, (Qui pure habetur Roma reversus »,
mentionnée dans le prologue aux Scolies de St. Ma·
xime par le diacre Pierre, par lequel les Grecs ont
fait connaissance des oeuvres de Denys. (Ce çode
malheureusement a disparu sans traces, et n'a pas
été retrouvé, ni chez les Latins, ni chez les Grecs.
J,~
§ LXXXVII. X si è cl e. M é t a p h ras: e .
Sa biographie de Denys l'Aréopagite, la .cl,us renommée
en Grèce fut lue comme document au Concile de
FLorence.

..,.
24 6

§ LXXXVIII. X 1 si è cl~. Sui d a s (~ouCOa.ç),


le biographe de Denys, duquel 6n a parlé aupara·
vant, cite le panégyrique de St. Michei Synge!. C'est
chez lui -que se trouve le célèbre passage sm l'in­
fluence qu' ~nt exercé les écrits de Denys sur la phi­
losophie néoplatonicienne: 'Iotsov, êÈ wç 'ttV€Ç tWV E~W
ooepwv, xa.t p.·ci).to'ta. ITp6AÀoç -&sop1jp.a.m 7toÀ),chtç 'toi} p.a.~
xa.p[ou ~wvua[ou xéXP'ti'ta.t, xa.1 a.iha.Iç oÈ ~·~pa.lç ta.lç Às­
~Em. Ka.( sonv U1é6vcta.v SX 'tolhou ),a.~sTv, wç ot sv •A&~·
va.tç 7ta.),a.t6tsFOt tWV ept),oooepwv oepE't€ptocip.svot 'tàç a.ihci}
7tpa.yp.a.'ts(a.ç, WV a.Ùtoç p.VY,P.OVSUEt 7tpOç Ttp.6&sov ypciCfwv,
&7tsY..pu~a.v, lva. 7ta.'tspsç a.Ù'tOL oep&wm 'twv -&E(WV a.Ù'toi}
),6ywv.

§ LXXXIX. A. 1140. Hugo de St. Victor


a dédié à Lou,is le Jeune une paraphrase et un com­
mentaire à la fI i é r arc hie C é 1est e. Son com­
mentaire eut une telle autorité, que St. Thomas l' a
appelé directement H u g ole Corn men ta t e u r.
§XC.A. IISo.Jean Saracenus. Vraisem­
blablement ce fut un docteur de la Sorbonne, de mê­
me que son ami Jean de Saraberry, ou Salisbury. à qui
il dédia sa traduction. Il pouvait être aussi un moine de
l'Orient lointain, qui, par reconnaissance pour l'hospita­
lité, promit à Odon, abbé de l'abbaye de St. Denys, de
traduire les oeuvres de Denys et en effet il dédia
à Odon les traités: «D e Div i n i s Nom i n i ­
bus» et «D e m y s tic a The 0 log i a ». Il est
vraisemblable que ce Saracenus est la même person­
ne que l'abbé de St. Andrée de Vercellum. Il a tra­
duit toutes les oeuvres de Denys et ses dix lettres.
Il y a lin passage très significatif où il avertit Odon
1
L "
247

de sa proche intention de traduire la Thé 0 log i e


s y m bol i que. Et, en envoyant la traduction de la
Thé 0 log i e M y s t i que, il s'excuse -en disant
q u' i 1 a u rai t d Q t rad u ire a u par a van t
1 a Thé 0 log i e s y m bol i que. Cela voudrait
dire qu'à ce moment là existait encore la
Thé 0 log i e s y·m bol i que de Den y s et que
Saracenus l'avait en mains. C'est la seule notice
qu'on trouve sur ce traité perdu.
§ XCI. XII si è c'I e. Pac h y mer 0 s, célè­
bre pour sa connaissance de la philosophie antique
et pour son résumé de la' doctrine des Peripatéti­
ciens, écri vit une para phrase des oeuvres de l'Aréo­
pagite, (se trouve chez Migne). Il confirme l'opinion
de Suidas sur l'accaparement des ouvrages de Denys
./
par Jes néoplatoniciens:
«Scie,1dum est, aliquos externos philosophos,
praesertim Proclum, contemplationibus beati Diony­
sii freql.lenter usum fuisse, atque adeo etiam meris
ip5is dictioniblls: inde licet opinari veteres philoso­
phas Athenienses ipsius opera vindicantes occultas­
se, ut ip~i divinorum ejus librorum patres videren­
tur ».
§ XCII.A. 1253. Robert Grosse-T~te,
é v ê que de L i'n è 0 Ill, fit la traduction de toutes
les oeuvres de Denys en ajoutant ses commentai­
res. Voir le manuscrit de la Bibliothèque Nationale,
Nr. 1620 et celle de la Mazarine, Nr. 787 (1171). Il
traduisit personellement ~ Sur 1 es Nom s Di­
vin s » et «S url a Thé 0 log i e M y s t i que» ;
par contre, pour ce qui wncerne la H i é r arc hie

'"

"

.. 24 8 .

E ccl é s i a s t i que, ce fut une compilation des di­

verses traductions fait~s auparavant. Denys le Char­

treux (Cartusianus) -- Coloniae 1536 - publiant

cinq traductions de Denys, la place à la cinquième

place «quintae ad instar paraphraseos abbatis Ve.r­

cellensis ».

t'
§ XCIII. A. Thomas Gallo, cha­
1'226.
noine de 5t. Victor (Marseille), puis abbé Vercel1ensis

ma Î t r e de 5 t. A fi toi ne de P a cl 0 u e, traduisit

les ouvrages de Denys l'Aréopagite et écrivit un com­

mentaire pour ceux-ci. La chronique franciscaine certi­

"
fie (Chron. XXIV gener. et ana1.francisc., II l, 130):

« Qui (abbas Vercellensis) libros B. Dionysii noviter

ex graeco transtulerat in latinum et pulcherrime com­

mentavit» .

. .
§ XCIV. A. Nic é ph 0 r e C a Il i ste

1220:
écrivit son histoire de l'Eglise: il parle de 5t. Denys

l'A.réopagite. «Ces livres sont admirables pour la con­

naissance des mystères divins, pour leurs idées et

pour leur éloquence, et surpassent de beaucoup tout ce

à quoi l'entendement humain est arrivé». Il nous don­

ne un index complet des oeuvres de Denys, que nous

possédons.

§ XCV. A. Al ber t 1 e Gr a n d, ma έ

1200.
t r e de 5 t. Tho m a s, selon l'édition de Vivès,

écrivit un commentaire pour la H. C. et pour la

M. Th. et pour onze lettres, donc pour la lettre

d'Apollophane, mais jusqu'aux derniers temps on ne

a pas fait mention du commentaire pour les Nom s

Div i n s.

~
2~9
"

À la bibliothèque Nationale de Par:s ~e trouve


une collection de manuscrits inédits contenants des
commentaires aux oeuvres de Denys l'Aréopagite,
entre autres un commentaire aux Nom s Div i n s
(D. N.) de St. Thomas, divers pourtant de celui que
nous possédons. Le Père Mandonnet croit que c'est
un commentaire d'Albert le Grand, présentant' les
notes Je St. Thomas sur les leçons de son maître.
§ XCVI. A. 1260. St, Tho mas cl' A q II i n
cite Denys l'Aréopagite en 17°2 endroits et fait en
outre 12 remarques générales sur ses oeuvres (il ci­
te aussi onze extraits du co~rnentaire de St. Maxi­
me et du commentaire de Huge de St. Victor). Vu
que beaucoup d'extraits se répètent à divers endroits.
ils se réduisent en réalité à 446 textes. St. Tho- ./
mas faisait .usage également de tous les traités
de Denys; il se sert le plus souvent de Nom s
Div i n s. Et ainsi on trouve chez lui les extraits des
D. N, - 899; de C. H. - 150; de E. H. - 26.ç; des
Let t r e s - 68; de l\I. Th. - 20. On trouv'e les
extraits en plus grand nombre dans la Su m m a
The 0 log i c a - 562; ensuite dans les commen·
taires aux Sen t e n ces d e Pie r reL 0 m bar d
- 524 et dans les Questiones disp. - 336.
La Su m m a contre les infidèles contient seulement
38 extraits.
St. Thomas cite les traductions de Scot et de
Saracenus, mais plus souvent pourtant de Saracenus.
(Je puise tous ces détails de l'oeuv":"e très érudite de
Durantel: S t. Tho mas et 1e P s e u cl 0 - D e­
~ y"s, Pa.ris, Librairie Félix Alcan 1919)'
25°

Certains attribuent à St. Thomas les commen­


taires de toutes les oeuvres de Denys, mais la cri­
tique considère comme sûr seulement le commentaire
aux Nom s D i vi n s. Pour ce qu i concerne la
date de la composition de ces commentaires, Fretté
croit qu'ils ont été écrits~ en 1244 à Cologne, ; Tou­
ron croit plutôt que c'est en 1245 à Paris, mais
c'est invraisembable, parce que St. Thomas n'aurait
alors que 17 au 18 ans. Or le commentaire d'une
telle importance ne peut être l'oeuvre d'un jeune
homme. Durantel donc place la composition du com­
mentaire en l'année 126o, avant le commentaire de
St. Thomas sur Aristote.
§ XCVII. A. 1221-1274. St. Bonaventure,
Docteur de l'Eglise, cardina-1., général de l'ordre de
St. François, légat du pape au Concile de Lyon, sur­
nommé Docteur Séraphique, auteur de nombreux
ouvrages théologiques e philosophiques, appuie en
entier ses doctrines mystiques sur Denys l'Aréopa·
gite.
§ XCVIII. A. 1371. Déjà à la moitié du XIV
siècle 1 saï e, serbe de naissance, moine du Mont
Athos a fait la première traduction en vieux slave
de toutes les oeuvres de Denys l'Aréopagite qui
sont parvenues jusqu'à nos jours et des Scolies de
St. Maxime. L'auteur de cette étude possède une
transcription. manuscrite de cette traduction faite à
la fin du XV siècle probablement par un moine à
Turow ou peut·être à Suprasl, mais plus; probable­
ment pourtant à Turow, le chef-lieu d'une principau­
té qui a été gouvernée, après l'incorporation de tou­
,,­
.. ". .~ • .... '. 1

./

25 1

tes les Ruthénies au grand-duché de Lithuanie, par.Na­


rimunt, duc de Pinsk et de Turow et ses descendents,
et qui après l'union de la Lithuanie à la Pologne,
fit partie intégrale de la royale République polonaise.
L'auteur de cette étude se propose d'en faire une
édition critique avec des annotations de divers spé­
cialistes. Dès maintenant. à en juger du premier coup'
d'oeil, on peut remarquer une divergence avec les
manuscrits connus de Denys, en ce que le résumé du
livre XV de la Hiérarchie Céleste est plus href que le
texte grec qu'on trouve chez Migne et que la disf'o­
sition des paragraphes des scolies de St. Maxime
n'est pas toujours la même. Cette trad,uction est pré­
cédée d'une introduction du moine Isaïe dans la­
quelIe il nous dit qu'il a entrepris cette tâche ./
difficile cédant à (instance du patriarche de Con­
stantinople Théodose. Nous pouvons juger encore
de l'époque de la composition de cette traduction
par la digression qu'il fait, sur son coeur rempli d'a­
mertume, par la faillite de l'entreprise des Ser­
bes de chasser les Turcs de la Macédoine. Vu
que le traducteur suit mot à mot le texte grec on
pourra facilement se rendre compte de l'original
grec qu'il avait en mains.' L'étude de ce manuscrit
est très intéressante au point de vue philologique,
étant faite au moment où les différents rameaux des
idiomes slaves n'étaient pas très eIoignés de leur
souche primitive. La traduction est en vieux bulga­
re (le vieux slave), elle est faite par un Serbe et tran­
scrite par un Ruthène (de la Russie Blanche).
-,

.. :';i 2

§ XCIX. A. 1439. Be s s a rio n, Cardinal, sa·


vant écrivain, né à Trébizonde, (liber 1 Defens-. Pla­
ton. cap. 3) parle de Denys.
§ C. A.1433-1499. Ficinus Marsilius
célèbre humaniste italien, né à Florence, trad~cteur
des oeuvres de Denys l'Aréopagite, s'exprime en
parlant de ces oeuvres: < Je suis convaincu, écrit-il,
que Numenius, Philon, Plotin, Jamblique et Proclus
ont fait des emprunts à Jean, à Paul, à Hierothée,
à Denys l'Aréopagite. C'est à cette source qu'ils
puisèrent ce qu'ils ont dit de sublime touchant la
divinité, les anges et les autres sujets que traite la
théologie». (De Religione Christiana).
Il § CI. Pico de. la Mirandola ten~aitces
j oeuvres pour authentIques.
§ cn. Au X VIs i è cIe. La F a cul t é Thé 0­
log i que en séance de la Sor bon n e a condamné
Luther et Erasme qui réfusaient à Denys l'Aréopagite
la paternité des oeuvres connues sous son nom, la
première fois en r 5 20 (l'année qui a précédé l'apo.
stasie de Luther) et la seconde fois en 1527. Le
décret de condamnation des livres de Luther est rédigp.
en ces mots: Additur et haec de libro de Capti.
vit. Babylon. ~ ln Dionysio, qui scripsit de coelesti
hierarchia, nihil ferme est solidae eruditionis: et
omnia sunt iIlius meditata in praefato libro, ac somniis
prope simillima. In Theologia autem mystica perni­
ciosissimus est, platonizans, magis quam christianizans.
ln ecclesiastica vero hierarchia ludit allegoriis, quod
est otiosorum hominum stlldium ». Haec propositio
est falsa temeraria et arroganter asserta, ac virà
...
/.
.,

253

sancto, insigni eruditione claro, injuria, quem Dama­


scenus divinum Areopagitam Pauli discipulum accer­
rimum, et Dei loquentissimum appeIIat (I)>>.
:
"
LES ORIGINES DES SOUPÇOXS SÙR I/ AUTHENTICITÉ DES
OEUVRES DE SAINT DENYS L'A RÉOPAGITE
Dès les premiers siècles de l'ère chrétienne se
sont élevès des soupçons sur l'authenticité des oeuvres
de Denys l'Aréopagite. Cela devait être causé d'un c'ôté
par la profondeur de la pensé.e de l'auteur, et la
difficulté qu'on trouvait à le suivre, et de l'autre,
du fait que Denys lui même a destiné ses écrits rien
qu'aux pl'us hauts hiérarques en les conjurant de ne
pas les divulguer aux profanes, cela veut dire à ceux ./
qui ne s'étaient pas trouvés à la hauteur de les com­
prendre, Ils formaient le commentaire le plus autorisé
et le plus subtile des épîtres dp. St. Paul P.t ils con­
stituaient dans les mains des évêques la garantie de
leur superiorité doctrinale vis-à-vis de leurs subor­
donnés. Ils n'étaient par conséquent connus qu'à
d'une infime élite.
Aux premier3 temps du christianisme les anciens
pères appuyaient leur raisonnement rien que sur les

(1) Ce texte d' Erasme, parce quO il est évident que c'est lui qui
l'a redigé et non Luther, est curieux de ce point de vue, qu'on a
dû avoir en main un manu~crit des oeuvres de Denys, grec ou latin,
où les traités étaient disposés dans le même ordre que dans le ma­
nuscrit qui a é~é utilisé pour la traduction slave c·à-d., que la Théo­
logie Mystique précédait la Hiérarchie Ecclésiastique contrairement à
l'édition du manuscrit vénitien reproduit chez Migne, Patr. gr. t. IV.
et de la traduction syriaque de Sergius de Résaïne disposée de manière
la plus connue: 1) C H. 2} E H. 3) DN. 4) Ms. Th. 5) les 10 Epitres,
254

Ecritures et, s'il ~eur arrivait de citer]' opinion d'au­


tres auteurs, ils ne les nommaient pas, à l'exception
des philosophes grecs. Ils recherchaient la vérité et
il ne leur importait pas d'où elle provenait. La vé­
rité partout où on la trouve est catholique, dit Sai~(
Clément d'Alexandrie. '
Ce sont les hérétiques qui les premiers se sont
fondés sur ]' opinion des anciens et les ont appelés
par leur noms comme autorité à l'appuie de leurs
erreurs, mais en faussant souvent la signification de
leurs textes et même les interpolant quelquefois.
À ce qu'il paraît, ce sont les Apollinaristes qui
ont le plus souvent évoqué ]' autorité de St. Denys
l'Aréopagite, et, après eux, les monophysites. Cela a
pu jeter un certain discrédit sur ces oeuvres. Des ~
gens qui ne les connaissaient pas, et ceux-là étaient
en majorité, ont commencé à les tenir en suspicion,
croyant qu'elles étaient le produit des mêmes Apolli­
naristes.
Nous rencontrons les traces de ses covictions
chez Georges et Jean de Scythopolis dans la préfa­
ce de la traduction syriaque des oeuvres de Denys
par Sergius de Résaïne et dans le prologue aux Scoli­
es de Saint Maxime, qu'on suppose de Georges de
Scythopolis, où il dit qu'il y eut à son époque des
gens insensés qui attribuaient ces oeuvres aux Apol­
linaristes. Ces renseigne~ents paraissent être con­
finnés par un passage dè Photius qui nous parle d'un
certain moine Théodore (que nous pouvons placer à
la fin IV ou au début du V siècle) qui prend la dé·
fense de Denys contre les ennemis de l'authenticité.
Enfin dans la recen~ion d'une dispute avec les mo­
.-::'.
255

nophysites en 532-3 à Constantinople llOUS rtncon­


trons un certain évêque Hypace d'Ephèse qui émet
la supposition que ces oeuvres ont pu être falsi­
fi(~es ou interpolées à la moité du IV siecte. Ces évè­
nements ont amené les chrétiens à étudier plus atten­
tivement les écrits de Denys, mais aussitôt qu'ils
ont pris une connaissance plus approfor.die de ~es
oeuvres ils les ont appreciées à leur juste valeur et
les ont retournées contre les propagateurs des er­
reurs. Depuis, tant les orthodoxes que les hérétiques
tirèrent leurs arguments des éCrits de Denys. Leur
réputation grandit tellement qu'elles furent considereés
comme la source la plus sOre de vérités chrétiennes
après les Écritures et devinrent de cette manière le
.,/
fondement de la théologie et de la mystique chré·
tiennes. Avec le cours des temps, la connaissance des
philosophes grecs s'étant perdue chez les chrétiens,
il s'est trouvé des gens qui voyant la ressemblance
de ces écrits avec les spéculations des Néoplatoni­
ciens et surtout de Proclus sont arrivés à supposer que
ces écrits étaient inAuencés par les Néoplatoniciens.
Mais depuis que des penseurs si profonds que Léonce
de Byzance (VI siècle) et St. Maxime (VII) ont pris .
en leur mains la défense de l'orthodoxie contre les mo­
nophysites et les monothélètes et ont détruit leurs
fausses interprétations des textes de Denys, tout doute
sur la paternité de ces écrits a cessé et St. Martin 1
au Concile de Latran (649) les proclama comme des
oeuvres les plus orthodoxes provenant du disciple de
St. Paul. Stiglmayr assure (IV Jahresbericht der Stel·
là Matutina zu Feldkirch, 1895. p. 88) que ~ La dé­
cision du Synode de Latran est reconnue obligatoire
- ..........
-:­

25 6

par le pap'e Agathon l, _pa'r le VI Concile oecumé·.


nique et par les papes Paul l, Adrien l, et tout le
Moyen-âge:. .
Dès lors, les écrits de Denys l'Aréopagite jouis­
saient tranquillement de leur at:torité jusqu' à l'ar­
rivée des néo-pa yens de la Renaissance et de la ré­
bellion de l'antique barbarie germaniqlle contre la
civilisation gréco-latine et contre la tradition de l'E­
glise. Ce que Stiglmayr et Bardenhe\ver appellent
«réveil de la tendance critique dans la science et la
littérature» autrement «jusqu'au réveil de la criti­
que historique».
Les initiateurs de cette critique, dénommée main­
tenant «scientifique:., furent un néo-payen de la Re­
naissance, le cynique athée Lorenzo Valla et un
moine lubrique et ivrogne, en révolte contre les
autorités ecclésiastiques, Martin Luther, qui prêchait
dans des cabarets et exposait sa doctrine dans un
dialogue avec Satan, glorifié par l'infaillible Harnack
comme un second Paul et reconnu par Trotzky
comme précurseur du bolscevisme.
. Une des premières victimes de cette sorte de
critiq ue fut l'insigne philosophe grec converti par
Saint Paul, un témoin peu commode des premiers
temps du christianisme. Possédés par l'ésprit de
négation ils ont relevé, contre l'authenticité de
ces oeuvres, des objecüons surannées et tombées en
désuètude, que le plus grand théologue du VII siè­
cle, Saint Maxime le Confesseur (0 0!Jûoy'fj't~ç), qua·
lifie comme insensées et stupides.
De nos jours les champions les plus en vue de
cette tendance sont M. Hugo ,,,Koch et le jésuite al­
1.'

257

leinand le Père Stiglmayr. C'est ce dernier surtout


qui \est le plus écouté comme membre d'un ordre
.qui a la réputation de la science (Corderius S. J.
Halloix S. J., Turrianus S. J., Bellarminus S. J.).
Tous les deux tiennent Denys pour un faussai­
re qui a écrit ces oeuvres· vers la fin du V siècle
après la mort de Proclus (t 485). Mais, tandis que
Koch le considère comme un païen simulant _un
chrétien, dont la doctrine s'appuie sur les mystères
antiques et sur Porphyre et dépend surtout de Pro­
dus, Stiglmayr le prend peur' un monophysite, un
hérétique de. la secte des sévériens, et se décide
enfin en 1928 à voir en lui le chef même des mo­
nophysites, Sévère.
./
Les oeuvre.:; de Denys présentent pour lui un
amalgame de sentence~ de tous les Pères qui l'ont
précédé avec les traités de Proclus. Nonobstant
ceci, cela ne l'empêche pas de dire qu'il va avec
Koch par les mêmes voies au même but, quoique
ce dernier assure que. la philosophie de Denys
est néoplatonicienne, que la théologie et la discipli­
ne qu'il enseigne ont pour père «le pieux Porphyre»
(opinion qu'a fait sienne Bardenhewer). Les Pères
de l'Eglise d'après Stiglmayrse sont laissés pren­
dre dans le piège à cause de la naïveté des moines
et c' étaien t des moines pour la plupart (c'est ce
que marque Stiglmayr): ils ont pris l'obscurité pour
profondeur, les doctrines de Porphyre pour vérités
chrétiennes. Les décisions des Conciles de leur cô­
té s'appuyent selon ce jésuite sur un parti,' «pris
d'avance». Pour prouver ces assertions Stiglmayr
nous fournit le plus consciencieusement ·du monde
17
-,

25 8

la liste presque complète de tous les monuments hi­


storiques concernant sa thèse sans prendre garde
qu'il n' y a pas trouvé un seul qui le corrobore.
Et de son côté il ne donne pas une ombre d'argument.
Depuis que ces théories ont été sanctionnées par
les protestants et les libéraux dans les paroles de
Glezer que depuis l'apparition des études de Koch
et de Stiglmayr « les annales de cette controverse,
entamée depuis des siècles, sont révolues», le «sa­
vant» jésuite (puisque c'est ainsi que l'appelle con­
stamment son compagnon Koch) est devenu l'arbi­
tre incontesté dans la question dionysienne. Tous
les compendia d' histoire de l'Eglise reproduisent
ses paroles. Il remplit les rubriques concernant le
Pseudo-D~nys, où Denys le Mystique (une trouvail­
le de Tixeront) de toutes les Encyclopédies, et jouit
en plein de la gloire d'avoir détruit le nimbe qui
entourait la tête de Saint Denys. Sa renommée di.
spense les scientifiques modernes non seulement d'é­
tudier les oeuvres de Denys, mais encore les écrits
même de Koch et de Stiglmayr. Ils ne lisent pas ses
considérations, mais ils acceptent simplement ses con·
clusions, puisque, s'ils l'avaient lu un peu attentive­
ment, ces savants auraient aperçu qU'il se contre­
dit à chaque pas et prend constamment en témoi­
gnage de ses thèses des documents qui lui sont
contraires. S'il en n'est 'pas ainsi, c'est que la criti­
que scientifique moderne a perdu tout sens critique,
ne cherche pas la vérité, mais suit aveuglément les
autorités en vogue. A cause des multiples con­
tradictions qu'on trouve chez les adversaires de
l'authenticité des oeuvres de Denys, le meilleur
....
\

259

moyen pour défendre l'authenticité est de don-


ner le résumé de leur thèse dans leurs propres
paroles; ce que i' entreprends dans les chapitres
suivants. Je commence en premier lieu par Koch.
qui caractérise le mieux la mentalit{ des critiques
modernes et de leurs adeptes, pour me concentrer
après sur le contempteur le plus acharné ne l' au·
thenticité des oeuvres de Denys, le Révùend Pè-
re Stiglmayr S. J. Je donne de lui: I) son exposition
. de la trasmission des écrits dionysiens jusqu'à l'ap-
parition de ~on étude et celle· de H. Koch qui d'après
le Rev. P~re ont résolu la question à jamais;
2) Son recueil de documeots avec mes annotations.
./
'. . ~""-l-~-.-.r-~:::-?:.

LA LISTE DES MONUMENTS SCRIPTURAUX

SIÈCLE no Abraami Ecchellensis Ma­


§ 1. Hiérothée.
ronitae e Libano. dissertatio
§ 2. Saint Ignace d'Antioche.
de auctoritate canonum ex
§ 3. Clément de Rome.
arabica latine verSOtum.
§ 20. Athanase.
II SIÈCLE § 21. Aphraates.
~ '22. Rufin {pseudo-Origène).
§ 4. Polycarpe.
§ 23. Cyrille de Jérusalem.
§ 5. Théophile.
§ 24. Julien l'Apostat.
§ 6. Melithos de Sardes.
S 25· Apollinaire de Laodicée.
II l SIÈCLE Innocent de Maronia, Hypace
d'Ephèse.
§ 7. Clément d'Alexandrie.
§ 26. Saint Basile Je Grand.
§ S. Origène.
§ 27. Grégoire de Nazyanze.
§ 9. Hippolyte.
§ 2Ô. Grégoire de Nysse.
~ 10. Denys d'A!exandrie.
§ 29. Maruta de Maïparkat.
§ Constitutions apostol i­
1 I.
§ 32. Saint Nil le Sinaïte.
ques.
§ 33. Jean Chrysostome.
§ 12. Plotin et Porphyre.
§ 57. Clément de Rome (pseu­
S 46. Lettre de Denys au pa­
do, d'après Stiglmayr).
pe Sixte II; un extrait en
français.
V SIÈCLE
IV SIÈCLE
§ 30. Cyrille d'Alexandrie.
§ 13. Eusèbe de Césarée. § 31. Liberat Afer.
§ 14. Jérôme. § 34. Théodoret de Cyros.
§ 1:;. Synesius de Cyrénaïque. § 35. Léon le Grand (pseudo,
~ 16. Concile de Nicée (80 ca­ pour Stiglmayr).
nons n:connus par l'Eglise). § 36. La réponse de Denys A.
§ 17~ Canon VI. . à la question de Titus, évê­
§ 18. Canons XXXI ex versione que de Crète.
Phil. Labbei, F. Turriani S. J. § 37. Juvénal de Jérusalem.
§ 19. Notae in Concilio Nicae, § 38. Isaac de Ninive.

""
261 .

§ 39. Marinus. seum (B. M.) Nr. CataI.


§ 40. Procope de Gaza. DCXXV, Th~ology f. 493.
§ .p. Philopone de Gaza. § 48. Traduction latine de l'i l1 •
§ 54. Isaac de Ninive. troduction à la traduction sy­
§ 49. Zacharias le Rhéteur, riaque, de Jean et de Georges
métropolite' de Mytilène. de Scythopolis faite sur la
version syriaque de Bar Ser­
VI SIÈCLE gius d' Edessa annexée au
Add. 12151 du Brit.Museum.
§ 42. Sergius de Résaïne. § 66. G.ermanus, patriarche de
§ 43. Les manuscrits de cette Constantinople.
traduction au Brit. Mus. Add. § 67. Phocas bar Sergius.
12151 et 12152. § 68. Jean évêque de Dara.
§ 44. Jean de Scythopolis. §.69. St. Jean Manzer de Da­
S' 45· Georges de Scythopolis. mas (Damascène).
§ 50. Sévère d'Antioche. S 70. Paul l, pape.
§ 51. André de Césarée. S 7 r. Adrien Pape.
§ 52. Léonce de Byzance. S 7 2 • Concile de Nicée II, VII
§ 53. Ephrem d'Antioche. oecu méniq ue. ./'
§ 55. Joseph H uzaïà.
§ 56. Jean d'Apamée.
§ .57. Clément de Rome. IX SIÈCLE
§ 58. Dionysius Exiguus.
§ 73. Synode des évêques des
§ 59. Cyrille de Scythopolis.
Gaules.
§ 60. Grégoire le Grand.
~ 7,4. Michel II le Bègue.
§ 75. Louis le Débonnaire.
VII SIÈCLE § 76. Charles II le Chauve.
§ 61. Maxime le Confesseur et S 77· Michel Synge!.
Martyr. § 713. Aeneas évêque de Paris.
§ 62. St. Sophrone. § 79. Photius.
§ 63. Anastase le Sinaïte. § 80 Méthode.
§ 64. St. Martin l pape. § 81 Hilduin.
S' 65, Agatho~ pape.
§ 82. Scot Erigène.
§ 83. Paschas, abbé de Corbin,
Ratbert, Franco, arch. de
VIII SIÈCLE
Ronca, parlent des oeuvres
§ 47. Catalogue de Brit. Mu­ de Denys et les louent.
'J. , ~~.•
.,,-:-. ..";. ",- ~'-J,.
!.;'

- 262

§ 84. Hincmar. § 93. Thomas Gallo.

§ 85. 'Nicolas l pape. § 94. Nicéphore Calliste.

§.' 86 Anastase le Bibliothécàire § 95. Albert le Grand.

§ y6. St. Thomas d'Aquin.


X SIÈCLE § 97. St. Bonaventure.

§ 87. Métaphraste.

XIV SIÈCLE

XI SIÈCLE § 98. Isaïe, le traducteur slave.

§ 88. Suidas.

XV SIÈCLE

XII SIÈCLE
§ 99. Cardo Bessarion. Concile
de Florence.
§ 89. Hugo de St. Victor. §.IOO. Ficinus Marsilius.
§ 90. Jean Saracène. § 101. Pico de la Mirandola.

XIII SIÈCLE XVI SIÈCLE

§ 91. Pachymeros. § 10::.La décision de la Sor­

§ 92. Robert Grosse·Tête, évê· bonne contre Luther et E­

que de Lincoln. rasme.

Vu que pour la question de l'authenticité les témoignages où


Denys est cité nominativement et non d'une manière anonyme, ont
."
le plus de valeur, je divise momentanément ces témoignages en

deux g-rands groupes: a) les témoignages nominatifs et b) les

témoig-nages anonymes. Si parmi les témoignages nominatifs il

s'en trouvent qui sont antérieurs à la fin du V et au commen·

cement du VI, cela renverserait définitivement la thèse de Stigl­

mayr llt de ses sectateurs, car il situent la composition des oeu­

vres du «pseudo» Denys entre 500 et 532.

Il est évident que parmi ces -témoignages historiques, an·

térieurs à la traduction syriaque et au colloque de Constanti·

nople avec les monophysites en l'année 53:!, les plus importants

sont ceux dont l'existence est avouée par Stiglmayr, Hugo Koch

et Bardenhewer (le grand historien catholique de l'Église).

Documents antérieurs au colloque de Con·

st an tin 0 pIe ad mis par 1e R. P. St i g 1 m a y r: § 7 ­

§ 8 - § 9 - § 10 (d'après Stiglmayr remplacé par Denys le

...
.' ,
'.
.263

Rhéteur). § 16 - § 17 § 18 - § 19 - § 20 - § 22 - § 29 - § 30
:.. § 3 1 - § 35 - § 3 6 - § 37 - § 4 I § 4 2 - § 44 - § 45
- § 4 6 - ':" § 49 - § 50 - § 51 - § 52 - § 53. Admis par
Bardhenhewer: § 38. Isaac Syrien, évêque de Ninive... - § 57. Clé·
ment de Rome. ces ist nicht blosz môglich, sondern sogar wahr­
scheindlich, dasz 4er sog. Areopagite schon vor dem Jahre
500..... aIs Schriftsteller aufgetreten ist ». (T. IV p. 282 de
son histoire de Ja Littérature ancienne de l'Église.)
Il va s'en dire que tous les documents où, Denys est nommé
par son nom, Stiglmayr consi<;ière comme faux et apocryphes
(même les canons du Concile de' Nicée acceptés en Orient dans
les Églisès Unies); mais cela ne les empêche pas, en dépenden­
Ct: de l'époque de leur apparition, de constituer des jalons très

importants pour l' histoire de la transmission des oeuvres de De­


nys l'Aréopagite dans le cours des siècles.

~ ./
."
~-' ... - ..... '"
~

LES ÉCRITS DE KOCH ET DE STIGLMAYR


DANS LEURS PROPRES TEXTES
/'
AVEC LES ANN6TATIONS

18
-~~---~~:~
.... '\ r ......
_~

- .'

. 'ÉNÙMÉRATION DES ÉCRITS DE STIGLMAYR ET DE KOCH


CONCERNANT DENYS L'ARÉOPAGITE

Après avoir rappelé les o'euvre~ de St. Denys,

il nous reste à signaler les écrits' de ses adversaires

les plus acharnés, de Stiglmayr et Koch.

1. LES ECRITS DE STIGLMAYR, S. J.


1) - IV-e Jahresbericht, des Privatgymnasium

an der Stella Matutina zu Feldkirch 1893-1895 ... Fel­

dkirch 1895 mit Einleitung (Bibl. de Fribourg en

Suisse litt. G. g. 654)­


./
«Der Neuplatoniker Proklus~ aIs Vorlage

2) -
des Sog. Dionysius Areopagita in der Lehre yom

Uebel» (Historische Jahrbuch N. 16. 1895 Seite

253, 273, 7 21 , 74 8).

3) - «Das Aufkommen des Pseudo Dionysius

Schriften und ihr Eindringen in der Christlischen Lit­

teratur ~ Feldkirch 1895, p. 253.

4) «Die Lehre von Sacramenten der Kir_

-
che nach Pseudo Dionysius» (Zeitschrift für Kath.

TheoI. J 898).

5) - «Des heiligen Dionysius Areopagita an­

gebliche Schriftenüber die beiden Hierarchien. (Kem­

pten und München 191 1).

6) - «Die Engellehre des sogenanten Diony­

s.\us Areopagita ~, (compte rendu du congrès cath.

à Fribourg en Suisse 1898 p. 6).

'>.
268

7) - «Die Eschatologie des Pseu·do-Dionysius»


Zeit?chrift für Kath. Theo!. 1899-. (Il Y cite une re­
l~tion de St. Nlius, '. s~r h' vision de èarpus, sèni.
blable à celle d:e la"lettre' à Démophile)'.
8) - Stiglmayr in Th. R. 1919 p. 306.
9) - La polémique de Stiglmayr avec Krüger
(qui supposait que le faussaire était Denys de Gaza
. ,dans sa dissertation, portant le titre: Wer war Pseu­
do-Dionysius? (Bizantinische Zeitschrift 1899).
, 10), - J. Stiglmayr S. J. Der sogenannte Dio­
nysius Areopagite und Sevenis von A.ntochien, dans
le « Scholastik, 1925 p. l, 27 et 161, 189',
II) - La polémique de Stiglmayr avec J. Le,
bon, p~ofesseur 'à. l'université de Louvain.
. 12)""'::' Ses articles dans différe,ntes encyclopé­
dies: d.e,Herder" américaine" etc.
Remarque: J. Lebon s'est spécialisé dans )' hi·
stoire du monophysisme. Ses ouvrages sont: a) Le Mo­
noph'ysisme Sévérien (Louvain 1909); b) le Pseudo De­
nys l'Aréopagite et Sévère d'Antioche, dans la Revue
deI' Histoire ecclésiastique, Octobre 1930, p. 880­
91 5"Où.i1' refute l' hypothèse de Stiglmayr. Sous les
coups de la critique de Lebon, Stiglmayr perd jus­
qu'à u.n certain point son assurance et dans l'e Le­
xicon für Theologie und Kirche, von Dr. Michael
Buchberger, article: Dionysius Areopagita (t. III.
col. 335),' s'exprime d'une manière moins catégori.
q~e: « Peut-être, écrit-il, est-ce Sévère qui a rédigé
le: Corpus dionysiacum ll.
16 9

LES ÉCRITS DE H. KOCH CONCERNANT LES OEUVRES DE


ST. DENYS L'ARÉOPAGITE.

1. Proklus aIs Quelle des Pseudo-Dionysius, Areo·


pagita in der Lehre vom Bosen. - Philologus,
18 95 ; p. 43 8 -454.
2. Der pseudoepigraphische Character der Dionysi.
schen Schriften Theologische QuarteIschrift 18 9 S,
Seite 353-420.
3. Pseudo Dionysius Areopagita in seinen Beziehun·
gen zum Neuplatonisffil1s und Mysterienwesen.
Mainz, Verlag von Franz Kirchlein, 1900.

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_H. KOCH PRÉSENTÉ PAR LUI MË~Œ


• PSEUDO-DIONYSIUS AREOPAGITA.IN SEIN EN BEZIEHUN"
GEN ZUM NEUPLATONISMUS UND MYSTERIENWESEN,. (Main~
IgO?).

L' J\. v A NT - PRO pas'


Koch est un adepte f~rvent dé la _critique alle­
mande,' dite scientifique. Cette critique est glorifi~e
par le R. P. Stiglmayr S. J. cO,mme «le réveil de fa
tendance critique dans la science et la littéra tu re» (l),
'depuis la ,Réforme, et pa-r le célèbre patrologue ca­
tholique Barde l1 hewer (2) comme « le réveil -de la
critique historique». Luther en est le père. 5' étant
insurgé contre la hï'érarchi~ ecclésiastique, il fut ame­
./
néà lui nier son origine divine, à lui refuser le privi­
lège de l'interprétation juste des Saintes Ecritures,
à lui contester son caractère de gardienne fidèle de
la tradition apostolique, et il inventa de toute pièce
Une conception individuelle de l' histoire des origines
du Christianisme, contraire à la tradition, souvent en
opposition avec les Évangiles. Bref, il ahoÙt la tra­
dition, nia toute autorité et proclama le principe du
libre examen.
Il essaya de justifier son attitude en s'appuyant
sur son intèrprétation des Évangiles, mais, comme
les textes se trouvaient souvent'. en opposition avec

, (1) IV ]ahresbericht des Privats .gymnasiums an der Stella Ma­


tutina zu Feldkirch IS95. (Bibl, de Fribourg en Suisse: litt. G; g. 654).
(2) Bardenhewer: Geschichte der Altkirchlichen Literatur. t. IV
p. 291 in fine.

""
"', 1

274

ses idées, il fallait bien les contourner, les corriger


et même mettre en doute leur 'authenticité; - èe qui
autoris'a ses successeurs non seulement 1 torturer les
te~tes des Ecritures, mais encore à en retrancher
comme interpolés les passages qui leur déplaisaient.
Mais comment réformer la tradition et ne pas s'en
1
fprendre au témoin le plus proche de l' époqut:
apostolique, à St. Denys, le disciple de St. Paul?
Auss:, après s'être attaqué, en premier lieu, aux Saints
Evangiles, ils dirigèrent ensuite leurs coups contre
les oeuvres de l'Aréopagite. Comme leur « Christia­
nisme primitif> « U rchristentum» ne repose sur au­
cun monument scripturaire, ils sont contraints à éloi­
gner tout écrit provenant de l'époque primitive ou
au moins à le trouver suspect. Dans leurs investi­
gatio ns il ne se laissent pas guider par le Verbe, le
«Nous», la « Sophia », mais par l'esprit de néga­
tion. Dans leurs recherches, ce n'est pas le discer­
nement ni l'impartialité qui les guide, c'est ,leur vo­
lonté, disons·le franchement, leur mauvaise volonté.
Tout ce qui ne leur plaît pas, ils le broient sur leur
passage: les faits historiques les plus évidents, les
écrits les plus anciens et les plus vénér~bles, les preu­
ves les plus fclatantes, ils les nient, les trouvent dou­
teux ou apocryphes; ils les dénaturent, les dévient,
les traduisent sciemment de manière inexacte ou les
passent sous silence. Par contre, tout ce qui leur
plaît, tout ce qui répond à leur pa~ti pris, ils le trou­
vent indiscutable et le tiennent pour vérité absolue
comme 'un axiome qui n' a pas besoin d'être prouvé.
En d'autres termes ce sont des anarchistes intellec­
tuels. Comme ils n'ont .pas de dogmes ni de prin­
1-
,'C' ~

, 275

cipes à eux, et comme leur raison d'être est d~


nier et de détruire, il ne peuvent pas avoir dans leur
âme un critérium sûr de leurs jugements, il est donc
inutile de chercher dans leur raisonnement de la lo-
gique, de la sincérité et du respect de la vérité, tout
au contraire leurs armes sont la négation, l'insiflUa-
tion, la dissimulation, la fraude, c' est·à·dire le men;
songe~ l'imposteure et l'arbitraire.
- Ainsi, il était assez que tous les manuscrits g~ecs
et les plus anciennes traductions, aussi bien en' Orient
qu'en Occident, portassent le nom de Denys l'Aréo-
pagite comme auteur, qu' u~e tradition ininterrompue
de l'Eglise le considerât comme auteur de ces écrits,
. que tous les anciens Pères le citassent et le suivis-
sent dans teurs oeuvres, qu'on eût en mains des do-
cuments, non réfutés jusqu'à ce jour par ses néga- ".-
teurs, qui le désignent par son nom dès l'année 200 (1),
que les plus grandes lumières de l'Eglise, les plus
illustres Pères, les Saints et Martyrs, les Papes et
les Conciles, même généraux, le tinssent pour disci-
ple de St. Paul et pour la source la plus ancienne
et la plus pure de la théologie chrétienne, il a Sllffi
que les grammairiens, les _ littérateurs, les stylistes
les plus réputés parmi les Grecs reconnussent son
style et son vocabulaire pour celui d'un' Ath-énien ;
pour que Koch admît comme verité indéniable que
ses ecrits ~ d'après leur forme et leur fond ne pus-
sent pas appartenir à l'époque apostolique» et par
conséquent furent reconnus dans les milieux philolo-

(1) Denys d'Alexandrie le nomme en 257 comme ancien Père.


27 6
..,
.,

giques et philosophiques (?) pour l'oeuvre d'un faus­


saire. j

M. Koch et ses· acolytes se trompent encore une


fois dans cette question. Puisqu'il est reconnu par­
les linguistes, spécialisés dans le grec, que le carac­
tère spé2ifique du style athénien consiste à p.xprimer
par de grandes périodes, ainsi qu'on en voit chez
Denys, tandis que le style asiatique emploie de pré­
férence des ·phrases courtes, à bâtons rompus, comme
par exemple St. Grégoire de Nazianze.
Com!TIe nous le voyons, c'est une opinion que
Koch prend à priori et qu'il n'essaie même pas de
justifier; aussi comme telle, elle n'a aucune valeur au
point de vue de la critique historique. De mon côté
pourtant, j~ ne puis pas admettre que Koch puisse
mieux juger de la langue de Denys et des attici­
smes qu'il emploie, qu'un Philopone ou un Proco­
pe de Gaza, qu'un Maxime, un Photius, ou un Pa­
chymère, et de connaître mieux le grec d'un Mal"­
silius Ficinus, un Cardinal Bessarion ou un Budé
(Budaeus). Je ne puis pas admettre non plus que
Koch puisse sérieusement se croire plus grand Clerc
en la question d'orthodoxie que Grégoire le Gré'.nd
au v siècle, que le plus grand théologien du VI,
St. Maxime confesseur et martyr (1), plus grand
clerc enfin que St. Jean Damascène et St. Tho­
màs d'Aquin. Que ce soit son. opinion inavouée
sur le Christi.ariisme primitif qui le guide, j'en trou­
ve un indice dans ses propres a veux, p. 5 de

(1) Bardenhewer d:ms sa manie de rabaisser Denys trouve qu'il


est inférieur à Maxime comme philosophe.
277

l'Introduction, 'où je lis :« 11 ne lui' (à: St. Denys)

a pas· totijoursréussi de fondre le contenu de la foi

chrétienne, ,d'une manière tout à fait correcte, dans

le moule de la pensée néoplatoniciennè 'et surtout

proclicienne, ce qui en ~oi est cl' ailleurs impossi­

ble'» (1); et à la page 2.58;«11 sait (Denys) lui

même qu'il fait un nouvel apport de quelque chose

qui n'existait pas enco(e dans le monde chrétien» (2);

autrement dit:. ses écrits, d'p.près Koc·h, n,e reflètent

pas d'une manière exacte les convictions de l'Eglise

primitive. Cependant l'associé de Koch dans le dé~

nigrement de St. Denys, le R. P. Stiglmayr consi­

dère ses oeuvres comme une mosaïque faite de pas­

sages et d'expressions trrés des ancier.s Pères de

l'Eglise. Mais les deux piliers de notre théologie,

,/
_ St. Jean Damascène et St. Thomas d'Aquin, le tien­
nent pour fondateur de la théologie· chrétienne, . et
basent sur lui leur connaissance de Dieu et leur théo:
rie de la Trinité. Il est donc évident que l'opinion
de Koch, de Stiglmayr et de leurs séctateur sur l'or­
thodoxie catholique ne concorde pas avec celle de l'E­
glise. . '
La méthode critique allemande,' dite scientifiqùe

(lisez protestante), concernant les auteurs anciens et

surtout les auteurs chrétiens, 'consIste tout d' abor'd

à nier l'existence de ces auteurs ou du moins à met­

tre en doute l'autbenticité de leurs oeuvres et l'é­

poque de leur àpparition. Si ces oeuvres datent de

Cr et 2) Ces deux phrases sont répétées p'ar le R. P. Théry. 0, P. dans

s~:m étude sur la traduction des Oeuvres Diony~iaques par Hilduiu: .

....
27 8

l'époque primiti"e-, elle ne peuvènt être que les oeu­


vres d'un auteur paren, et si elIes sont d'une épo­
que plus récente, elles· ne .Fleuvent être que de pro­
venance hérétique.
Koch, a pr.iori, envisage les oeuvres de Denys
comme les oeuvres d'un faussaire.
En 1895, .il défend ce point de vue dans le
<Theo!. Quartalschrift», p. 353, et, dans un article de
la même ~nnée, dans «Philologus», p. 438, il tâche de
prouver que l'auteur (disons le faus!;aire), dans son
étude sur le Mal (D. N. 4, 18, 43), a transcrit le li­
vre de Proclus, « De Malorum subsistentia» (Cousin l,
197-288); il le situe donc à la fin du V siècle, con­
trairement à Hipler qui, dans son .Dionysius d~ r
Areopagite», (1861~) mettait le faussaire au milieu du
IV siècle. C'est en la même année 1895 que pa­
rut, à l'insu d'un de l'autre, dans le .Historisches
Jahrbuch», la fameuse dissertation du R. P. Stiglmayr
S. J. sous le titre: < Das Aufkommen der pseudo­
dionysischen Schriften und ihr Eindringen in die chri­
stliche Litteratur (Feldkirch 1895)).
Dans son étude (p. 25 à 34) le «savant» jé·
suite (puisque c'est de cette épithète que le qualifie
constamment Koch), note aussi des relations entl e
Denys et Proclus et tient l'auteur des Dionysiaca
pour un simulateur.
Les deux détracteurs de Denys marchent depuis
la main dans la main et se glorifient cl' a voir con­
vaincu Hipler, le Nestor des é~udes dionysiennes,
qui, peu avant de mourir, renonça à sa thèse, et ad­
mit l' hypothèse de l'apparition de ces oeuvres à la
fin du V siècle. Cela a permis au P. R. Stiglmayr
........ ,~

2i9

de se vanter que depuis la publication de son étude


la controverse sur la question dionysienne, datant de
trois cents ans, était définitivement résolue, et a en·
couragé Koch à appeler l'Aréopagite du nom de
Pseudo-Denys. Son opinion définitive sur Denys, Koch
l' a exposée dans son étude «Pseudo-Dionysius Areo­
pagita in seinen Beziehungen zum Neuplatonismus
und Mysterienwesen ", que je me suis proposé d'a­
nalyser ici en le suivant pas à pas dans son déve­
loppement.

./

'"

.. ~ . ..
'CARA'CT~RE GÉ~~ÉRAL DE LA THÈS~. DE H. KOCH

··,La. thèse de Koch est une dissertation banale,


rédigé aans-le -g~nre d~ la critique p;otestante,' où,
pre~ant pretex!e .de Denys, ils' efforce de prouver
que le christianisme n' a ri~n .d' original en soi, mais
qu'il a tout pris aux anciens, non seulement sa lan­
gue, son rituel, ses prières, mais même ses idées et
sa théologie.
La thèse est partagée en deux parties: la pre­
mière porte le titre de «Le Pseudo-Denys et le Néo,'
platonisme», la seconde est intitulée: «Le Pseudo­
Denys et les Mystères ».
Bien que Koch se soii proposé de nous prouver
qu~ Denys dépend de Proclus, le dernier des grands
néoplatoniciens, son érudition et sa sincérité l' em­
portent, et il n'essaie pas de nier l'influence du
Christianisme sur le néoplatonisme.
Il reconnait, dans sa préface, l'influence des E­
crit~res et de la littérature chrétienne sur Jamblique
(De myster. v. 26), où il parle de l'augmentation et
de l'affermissement de la charité, de l'espérance et
de la foi; et sur Proclus, dans un passage de «Ma­
lorum subsistentia» (1 -218- Cousin), où il est question
de «Lumen ex lumine in abditis ente >, par rapport
aux anges qui entourent les divinités.
L'étude de Koch ressemble à un pensum im­
posé sur le thème de fournir des preuves que dans
la chrétienté il n' y a rien de chrétien et que le chri­
stianime a tout puisé chez les païens. Koch élimine
'.'­
281

par <:onséquent toute au~re influence qui pourrait pe·

ser sur l'esprit <;l.' un écrivain chrétien aux environs

, de l'année 500 (puisque c'est à cette époque quO il


met son faussaire), et celle de la littérature patristi­
que et ne s'occupe que des similitudes avec la lit­
térature païenne dès l'origine jusqu'au VI siècle.
De cette manière, il nous présente Denys sous un
point de vue étroit, donc peu juste, même s'il était
vraiment un écrivain du VI siècle et chrétien par des­
sus le marché. En un mot, Koch nous parle con­
stamment des" oeuvr~s de qenys, comme si elles pro­
venaient des premiers temps du christianisme et en
même temps il les situe au début du VI siècle.
Après cette caractéristique générale de l'étude
de Koch je passe à l'analyse détaillée de quelques­ /'
unes de ses asserti-ons.

ANALYSE DÉTAILLÉE DES ASSERTIONS


LES PLUS CARACTÉRISTIQUES DE KOCH,

p.S, «11 ne lui (Denys l'A.) a pas toujours rémsi

de faire couler d'une manière correcte les dogmes

chrétiens dans le moule néo.platonicien) (1).

p. 9. Koch reproche à Denys d'avoir donné ·à son

traité des Noms Divins un titre néo-platunicien, mais

en même temps, il ajoute que le titre de ce traité

pourrait venir du Dialogue de Platon • KratyJos».

Koch semble se contredire, parce que si son titre a

une origine platonicienne il pourrait dater des tfmFs

(1) La même idée exprimée par le R. P. Théry dans: .HildLin


\. traduc,tt'ur de Denys., page '56, éditeur Vrin. Palis 193'.

'9
282

apostoliques, si au contraire son origine est néopla­


tonicienne il ne' pourrait être ant~rieur au IV siècle.
Koch dit que Porphyre écrivit un ouvrage, 7tSF1--&sewv
oV0!-Lchwv, et que dans l'ouvrage de Jamblique «De
Mysteriisl>, on rencontre des comm~ntaires sur un
écrit d'un certain platonicien portant le titre, -&sIa
ov0!-Lata. Théodore de Asine, disciple de Porphyre et
de Jamblique, d'après Proclus aurait écrit un ouvra­
ge remarquable sous le titr~, 1tepl o'lollct-twv. Proclus
parle (dans Remp. p. 32) de son ou,:,rage à lui por­
tant le titre, -&sewv xal !-Lucmxwv GV0!-Lcx-ewv oU'/cifls:Ç, et
dans son commentaire au Parménide IV, 40, il nous
parle de "Cwv tepCG"CtXWV GV0!-Lata twV {hwv etc.
p. 49. «Maîtres et Directeurs 'f> «Les biographies

néoplatoniques mettent leurs héros dans les hautes

sphères; elles nous parlent de leurs différents mira­

cles, de leurs prières miraculeusement exaucées, de

leurs miracles de résurrections, de guérisons, des

phénomènes extraordinaires à leurs naissance et leur

mort. Cette littérature biographique, autant q\le les

romans des héros de l'antiquité, ont influencé mani·

festement les légendes chrétiennes de Saints, comme

on peut le démontrer sur des exemples (im Detail)>>.

[En voilà une remarque capitale qui caractérise la

mentalité des scientifiques allemands commençant par

Luther, finissant par Hugo Koch. Stiglmayr... et

Lüdendorf].

p. 30. «De ce qui était dit en haut nous pouvons


. compren-dre Denys, quand il parle plein d'un resFect
sentimental (schwermerische Verehrung) et admi- (
ration pour ses maîtres, est-ce en général, estoc/:' spé.
cialement de Paul et de Hierothée, en appelant Saint
!'lo.
-'

28 3

Paul f.LCtXtfp"O; -f)f.Lwvàx :&eou vOf.Lo-3+c"tJç (D. 'N. 8, 3)


&el61Ct10Ç ~f.L'wv (epo&É1:'t); (Ep.8, 5) &elO1:Ct1:0; ou &eto,;
IICtuÀo;, &eto; . &11:001:0),0;, IICtuÀo; cS f.LsYCt; (Ep. 7, 2, 9,
2,9,4 D. N. 7, 14, 13) Hiérothée ûmo; x(.(.&·~.
ye~wv (D. N. i, 9. 3, 2. C. H.' 3,. 1),&etOç; (ep01:e.·
Àe01'~; (C. H.i5, 2).
p. 56. Koch assure que l'usage d'avoir un parrain
au baptême est une imitation de l'usage païen de
se choisir un parrain pour l'initiation aux mystères.
Selon lui les expressions de Denys, relatives au bap­
tême, accusent une influence proclinienne (?). Est-ce
que Koch s'imagine qu'avànt Proclus (480) on ne
baptisait pas les chrétiens?
p. 59. Porphyre emprunte les traits de son angé.
lologie de la religion juive (Zeller p. 670 f.). Pour­ ./
quoi donc le néoplatonisme ne -pourrait-il pas puiser
au nou veau testament ou chez Denys?
p. 64. Koch cite tout un passage de Denys sur le
beau (D. N. 4. 7) qui correspond au passage de
Platon dans Symp. p. 211. Mais comme ceci n' ar­
range pas Koch, il suppose que ce passage doit être
imité d'un écrit néoplatqnicien qui aurait disparu (?!!).
Encore une manière de raisonner!
p. 71-73. Si Dieu puise sa connaissance, d'après
Denys, non des choses, mais de sa propre essence,
puisqu'il est le facteur de tout -- c'est encore qu'il
le prend chez Proclus: J. Th. c. 124, in Parm. l,
225; De dec. dub. l, 177 sq.
p. 74-75. L'action de Dieu et sa Providence - dans
ces questions même Denys suit Proclus - dans:
J. Th. c. 140; c. 142.: c. 148; in Alcib. II. 274.
\,
p. 95. Baumgarten et Crusiussituent les Dionysia­
28 4

Ga au III siècle, quand les mystères ftoriss~i~nt en co­


r~, mais Koch assure au contraij-~ que les mystères
diqoysieos ont de nouveau refleuri ~l\ IV ~iècle et ~e
sont maintenus par la suite. '
p. 96. Koch nous raconte «que les théologiens chré­
tiens ont adopté la langue des mystères, notaq,ment
ceux des Pères qui étaient proches du néoplatonisme (?)
et ont introduit le bien des néoplatoniciens· dans la
théologie chrétienne ». C'est tout·à-faii inexact.. c'est
la confusion qu'introduisent beaucoup d'autres criti­
ques de son camp, en appelant Co néoplatonicienne »
toute la philosophie alexandrine, tandis qu'il faut
comprendre sous le terme - néoplatonicienne - la
philosophie qui prend son origine de Plotin, plutôt
même de Porphyre, son disciple et l'éditeur de ces
oeuvres, datant par conséquent de l'année 300
(puisque Plotin est mort en 275). Il s'en suit que si
Clément d'Alexandrie emploie la langue des mystères,
il ne pouvait pas la puiser au néoplatonisme, puisqu'il
lui ~st antérieur de plus de cent ans. Plotin, dirai-je,
était son petit-fils. En voilà l'arbre généalogique des
néoplatoniciens: Pantène, Clément d'Alex. J 85- 202
!lreposé au didascalée d'Alexandrie - Ammonius Sac­
cas - Plotin t 275 (Porphyre t 304) - Jamblique
- Proclus t 48 5.
p. 110. Tout à coup nous rencontrons une réflexion
de Koch qui sonne tout-à.fait juste: <co n peu t t 0 u t
aussi bien parler de la hellénisation
du christianisme que la christianisa­
tion du paganisme».
p. 144. L' h0mme lui même. ne peut pas amener
l'extase, il doit l'attendre tranquillement (dit Plo­
"-~.
,.

28 5
'.
tin Vs' 8) - ftacitâ expectatio:., tomme 6n le disait .\
ensuite.. C'est tOllt·à·fait dionysien. -
p. '153. :?roclus admet nne faculté d'âme supérieure
à la raison .. Il y arrive par un enchaînement suivant
de raisonnements: alors que le sembable ne peut
être reconnu que par le sembable - (il cite ici les
vers connus d'Emrêdocle cités in Tim. 232 C. p. 561)
- la Divinité ne peut être comprise par la force
seule de l'entendement. mais seult.ment par une force
transcendante. Le divin étant identique au simple
(é'laosç-olhol), l'entendement, uni à cette force là, forme
l'essence véritable de l'âme: En parlant la langue
d'aujourd'hui, la conscience intime (in Alcib. HI, 105).
L'unifique et cachée essence (xpuepoç 'Xal hoaozç) de
Dieu ne peut être reconnue que par l'unification de
.,/
l' âme (In erat. p. 70). (Tout cela, faut·il le croire
d' après moi, est pris parProclus de Denys).
p. 159. Là où Denys parle du Un et du Simple -
il exagère: «Le chrétien tâche de surpasser le
païen», s'exclame Koch.
p. 160. Denys connait aussi un voir par le non voir,
comme Plotin et Proclus..... en union avec Philon
et relativement avec Grégoire de Nysse.
p. 162. Koch en parlant de l'unité chez Proclus
nous dit: «Les facultés de l'âme supérieure àl' en-
tendement (le voüç) Proclus les momme ~v&oç et ci-
xp6't'lJç de l'âme. Elles sont la floraison et la cime
de l'âme et nous conduisent au delà du réel. Proclus
'in Parm. VI lb: Ô1tBpouo~a~ aL haosç au'ta~ xa!, wç epYj'
or 't~ç, ~v&Yj xal cixp6't·~'tsç. Sur le point; dans le cod.
paris des oeuvres de Proclus, 1835, une main a fait
la remarque qui déplaît grandement à Koch: oYj~s[w-
"
~ ...

286
,.
'OrJ.'1 tOU J.lEycHou L\lO'IU,OCou.l1 déclare donc que cette
remarque ne répond pas à la réalité, et qu'on ne
peut pas savoir qui était ce quelqu'un qui a fr i t
cet ter e m a r que. Enfin il en déduit l'absurdité,
que Denys ne' saurait s'adresser à la Trinité au Vl
siècle, autrement qu'en employant les expressions d~
f.roclus et il dit notamment; «U n a u t r ep a s­
sa g e de Pr 0 cl u s qui t rai t e d e H e n n a­
des a été utilisé par Denys pour la
pro ces s ion deI a sec 0 n d e e t deI a t r 0 i­
si ème p ers 0 n n e de Die u ... Quelle aveugle­
ment! Quelle obstination dans le parti pris!
p. 163. Le pauvre Koch s'enfonce de plus en plus
dans, son entêtement; 1( les eXxp6"t-~"'CêÇ (sommités) pro­
cliniennes (?) changent chez Denys en anges» (quel­
le absurdité et quel blasphème).
p. 163. La Comunion eucharistique, occasionnant eX­
xpo"'Cch-r, -3-&wo:ç la plus haute déifiC3.tion - serait aussi
imitée de Proclus.
p. 163. La dénomination de Pierre comme -~ xopu­
t:prJ.trJ. xrJ.1. 1tpEo~u"'C(h'r, "'CON -3-Eo),6ywv eXxp6"'C'fjç serait aussi
prise de Proclus. '
p. 170. Koch ce qui nous intére~se le plus comme
catholique, se réfère aussi à son associé le jésuite
allemand, Stiglmayr, dont il cite ur. passage tiré du
Zeitschrift f. Kath. Th. (1898 p. 137) très caractéri·
stique. Stiglmayr, en parlant du rôle que joue àans
la philosophie de Denys le UN, s'exprime de la sor­
te; «Un point de vue qui est dominé entièrement
par l'idée du +-Un» et son opposé, la . «multiplicité»
de la dérivation de toute multipliCité de l'UN et du
retour du multiple à l' UI\', comme ,nous le voyons
...
287

partout chez Denys, n'est pas pensable avant un


Plotin, un Jamblique et un Proc!us».
Mais Koch et Stiglmayr ont ils prouvés que les
néoplatoniciens étaient antérieurs à Denys? Pourquoi
alors Deilys ne pouvait-il pas être .Ia source de ces
trois auteurs, aussi bien que Plotin ou que Jamblique
et Proclus? Enfin tous ces philosophes et Denys lui
même, dépendaient des anciens Eléates, et des Stoï­
ciens, de Platon et d'Aristote.
p. 173. Même à l'endroit, où Denys s'appuie direc­
tement sur St. Paul, Koch, jaloux de son Proc!us,
fait la remarque insipide:. Tou tau s sic 0 m me
St. Paul, Denys vient appeler ici en
a ide (?), Pro c 1 us» .
p. 175. Koch cite un certain Kranich qui écrit sur
Saint Basile le Grand: «Da Basilius drei Zustande . ./

in dem illneren Leben dâ Seele... unterscheidet ..


so hat er hiermit, wie sich unschwer ergiebt, die vom
dem Areopagiten gemachte Unterscheidung... genau
getroffen und durchgef ührt ~. (Kranich, «Die asce­
tik in ihrer dogmatischen Grundlage bei Basilius
d. Gr. 1896 § 5 f.). Dans une note Kranich mention·
ne que le Cardinal -i3~a dit que la terminologie ­
~1I~, H~~~,~nitiv~
IVia - a sa source
\ dans Denys l'Aréopagite (c. R~, IO). Ces textes
de Kranich inquiètent Koch jusqu'au plus haut de­
gré. Il laisse de côté le Cardinal Bona; mais ne peut
( pardonner à un bon allemand, Kranich, de dire de
pareilles choses, cela le met en fureur. Il dit qu'il
_ ( falit en finir une fois pour toujours avec la recherche
.0 de telle sorte de sources. Il n'était pas difficile pour
\. Kranich de les trouver chez Plotin et il impute à
.,

288

Basile de subir l'influence plutôt de Platon que de


l'enseignement des Écritures. Koch fier de l' origi­
nalité de sa pensée déplore de ne pas a voir encore
lu une étude de Jahn, intitulée «Basilius Platonizans»
(1830). ,Nous n'avons rien à répondre à des asser­
sions pareilles. Il ne nous reste qu'à les noter...
Koch l' a di t (ep'YJoO!
p. 179. Koch revient de nouveau à l'eucharistie et
dit: «Ce que Jamblique nous dit de la place qu' oc­
cupe la prière dans le culte de l'offrande, Denys
l'applique à l'eucharistie ». Notez bien que Denys,
d'après Koch et son collègue, le «savant» jésuite
allemand, serait un moine syrien ou même le pa­
triarche d'Antioche en personn~, et c'est lui qui pui­
serait chez le nécromancier Jamblique ses expres­
sions pour parler de l'eucharistie! après 500 ans
d'existence du christi2nisme! Mais c'est fou!
p. 189. Koch assure que "aux développements de
Denys (sur la prière) man que co m pl è t e me n t
l' es p rit ch r é t i en. . .. à l' exception d~ la
Trinité tout pourrait se retrouver chez un néoplato­
nicien et est vraiment combiné d'un fond néoplato­
nicien, précisément pro cl i nie n ». PluS" loin Koch
s'étonne naïvement pourquoi Denys n' a pas vou­
lu utiliser l'excellent ouvrage d'Origène sur la prière
«de Oratione». Il en cite une page et ne remarque
pas que les considérations d'Origène sont évidemment
inspirées du même Aréopagite.
p. 208. D'après Proclus et Denys la voie philoso­
phique conduit à la théologie kataphatique et la voie
mystico-allégorique à la théologie apophatique (plutôt
ana phatique.)

""
.• ..
~.r

'.

'\

28 9

p. 209. Dieu est S'I 1tàow mina (est toüt en tout), et


est glorifié xa-cà, -C~'l Ti:gnw'l &.va.ÀQ"(Ca.'I, &ç,~o-c~ ah~oç.·
Eh bien les paroles même de St. Paul provier,draient,
d'après Koch, de Procl'ls! Quel aveuglement!

~ CONCLUSION (1)

p. 255. Les pensées fondamentales de son (de De·


nys) système mystique il les a tiré du néoplatonisme,
et précisément du néo platonisme expirant et systé­
matisé par Procl u~. '
p. 256. Il n'a pas d'attache avec les mystères com­
me établissements de culte, mais il emprunte lem
terminologie. Il est à remarquer aussi que les écrits
de Philon et la littérature hermétique ont exercé leur
influence sur lui.
.; p. 257. Il reste sous l'influence constante de l' hel­ ./

lénisme. Mais s'il s'en sert plutôt pour le retnurner


contre l' hellénisme, ce n'est pas po~r entrer en po­
lém~que ouverte et passionnée avec la philosoFhie
païenne, tout au contraire, il se tient constamment
à son principe qu'il a énoncé (Ep. 7, 1) qu'une
bon net h è s e est 1 a m e i Ile u r a n t i t h ès e.
« Pour mieux combattre la philosophie païenne
il (Denys) lui prend ses propres armes, et pour faire
concurrence au système néoplatonicien qui trouve dans
Proclus un défenseur vraiment dangereux pour l' .1::­
glise, il lui oppose un système chrétien, qui ne lui
est pas inférieur en division strictement tripartite, en
"transcendance et superéminence divine, en rayon de

lumières qui traversent tout, en mépris de la matiè­

'" (Il' p. 25'5 chez Koch.


"

29°

re, 'en la tendance de retourner de la . multiplicité


.divisible à l'indivisibilité et l'Unité; à la purifica·
. tion, illumination, et l'union avec Dieu., à la contem·
plation mystique et l'extase, à l'ascèse et l' horreur
,
du monde, enfin en déification,
. . ainsi qu'à la justifi
cation et appréciation de tout ceci (1)>>.
, Ils' en suit donc que notre religion entière dé­
coule du paganis~e, et la doctrine sur la Trinité, et
celle sur la transcendance et suréminence divine, et
l'enseignement sur les sacrements; et la mystique
chrétienne, et la discipline de l'ascèse et enfin la
théorie de l'extase. Et tout cela aurait pris naissan·
ce seulement à la fin du V siècle ou tout au plus
depuis Plotin et Proclus, et aurait pour père Porphy.
re. Mais qu'est-ce alors qu'était le christianisme à
l'origine? Mais c'est absolument faut, idiot, stupide.
Il faut être fou pour écrire des absurdités et déS
blasphèmes pareilh~s. Et c'est l'opinion que partage
avec lui le savant jésuite allemand et ce sont les
voies qui amènent tous les deux a u m ê m e but
ces deux écrivains catholiques!i! Mais ce n'est pas
assez!
Fier de sa tirade, Koch nous avertit, que la
bag~ette magique qui fait fonction de changer les
croyances païennes' en dog~es chrétiens, fut la mé­
thode allégorique (die Allegorese). Et finit par un
ricanement tout diabolique: «lm Auslegen seid frisch
und munter: legt ihr' s nicht aus, so legt was un·
ter». (Dans l'exposition soyez exubérants et joyeux;
SI cela ne vous réussit pas, sl;lbstituez quelque ch'ose

(1) Ces mots sont répétés et paraphrasés par Bardenhewer.

,...
29 1

en dessous). Ce sont ces considérations que lecé­


lèbre patrologue allemand Bardenhewer (catholique)
tient pour le plus convaincantes, les prend pour sien­
nes, les cite et les paraphrase dans son § 62 sur le
, . Pseudo-Dio~ysius Areopagita.
"

; p. 258. JI répète encore une fois que:' le système


dionysien a fait l' essai ~' exprimer les dogmes chré­
tiens dans des formes néoplatoniciennes, d' amalga­
.mer les croyances chrétiennes avec les théorèm'es
néorlatoniciens, et il ajoute, que Denys lui-même
savait bien, qu' i 1 a p p 0 r t ait que 1 que cho­
se de tout nouveau à la communauté
ch ré t i e n n e.(Cela veut dire gue son système ne
répondait pas à l'idée qu'ont les allemands sur l'E­
glise primitive depuis Luther. Ce sont ces mêmes
/'
'paroles que répète le R. P. Théry" O. P. dans son
opuscule: «Hilduin traducteut de Denys» (Paris,
Vrin, 1932) C'est pourquoi il dérobe son époque
et sa personnalité et promulgue ses .écrit~ sous l'é­
gide de trois noms retentissants de Paul, de Hiéro­
thée et de Denys, comme des monuments de l'é­
poqu::: apostolique, et alors les écrits de St. Paul ne
seraient-ils pas fabriqués par le même faussaire?
p. 258. II admet que cet homme mystérieux fut ,un
évêque qui eu't une très haute conception de la di­
gnité, d~ l'emploi et des devoirs d'un évêque.
p. 259. II est très probable que sa patrie était la
Syrie. Les oeuvres ont paru probablement après
Proclus en 485 et sont citées pou rIa pre mi è·
re fois, par André de Césarée en 515-520.
Ce principe surprenant que Koch, pose à prio­
\. ri, que les chrétiens devaient tout prendre chez les
..
, :.:
- '29 2
• i

- , l '"'. - , . . . . .\'. :".:., ". J,""

p:lIens, 'le met dans une posture critique quï)e for-" .


èe à ne p~s permeùre ;ux chrétiens' ni de réc'it~~ ,"f.:
,des prières ni de éha~ter les h'ymn,es religieuses 'sans'> "
.-!. ' "/,­
en être redevables ,aux païens. Ainsi, ~yan~t rencon­ ;~';.",
tré chez Denys l'éJoge des 'Hymne~ d'Amour' de ,
Hiérothée, 'Koch dit 'que celui-ci suivâit l'usage ex'i­ .
stant dans la littératur~ payenne de l~uerles hym­
.nes' orphiques et f'ythagoricier.s. ~. -, .
Koch ajoute (page II) que Proclus a' écrit aus­
'" ~. \
si des hymnes, comme s'il voulait d,ire :que les hym­
nes chrétiennes n'étaient qu'un plagiat des hymnes
païennes. Il est clair que Koch oublie l'époque à
laquelle il a mis sa victime, puisqu'enfin il est ri­
dicule de supposer qu'un auteur chrétien, après cinq'
siècles d'existence du christianisme et son t.riomphe
définitif, ne connaisse d'autres hymnes ni d'autres
'"prières que celles qu' il trouverait dans les écrits
néoplatoniçiens et surtout s'il était moine) comme \'

il veut nous faire croire, et provenait du pays du "

célèbre chantre de l'Eglise, St. Ephrem.


Koch dans son attaque contre Denys l'Aréopa.
gite débute par la lettre à Démophile (7~me) et lui at­
tribue un caractère pseudoépigraphique c. a. d. que
c' est une réponse à une question fictive, une que-'
stion, comme nous dirions aujourd' hui académique.
Les autres lettres de Denys, portent aussi, se­
lon Koch, le même caractère. Il s'en suit qu'il ne
faut pas donner trop de poids aux personnages aux­
quels sont adressées ces lettres, puisqu'ils peuvent
être fictifs. Pour défendre Denys, Koch ajoute que
,ce n'est pas une falsification véritable, parce qu'à
cette époque il était. d'usage dans la littérature sa­

.~.. ....
,"'h:~";<~~ ";',.,". /'i' ", ",<;. ~"-:;, 1 ,','" .. 293

. '.:", .• " ,', ' '. . 'l . . ).... i~. .~ - j:. ~:,. .~~-. ;,~ ~}']

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~,<','hauts 'mystères 'de la foi. A çett~ occas'ion on s'ç.­ :j­
: , ' dn;ssait à c~uxqù',on ~niti~it avec les paroles: w 'tÉx!'
.'J,'',>vov,w, cpo,.ov ii;É'X,vov, iQ, 7tat'xaÀÉ Jmon ch,e'r, mon, '~~}
": ...,..,..

" ei1f~nt). De. même, nous trouvons dans les grands ···5l~·
ltraitésde Denys(Ç. H. Ij, et'D~ N, 14, ;'5) des

-fo."i

rép~nses ~ d~s, qué's,tions fi~tives de cette sorte.

Koch compte aussi la lettre à Démophile à la ca- '

tégorie de plrei\les apories (questions à résoudre).

Je ne nie' pas que Koch a jusqu'à certain point rai­


. son, parce que la première partie de cette le~tr~,

je dirais didactique, qui traite des conditions de la

hiérarchie ecclésiastique paraît vraiment être adres­

sée à un personnage fictif. Mais cela n'empêche

pas que le récit de la vision' de Carpus' ne sdÎt hi­


/

storique. ]' admets que la forme et le style de ce

récit rappelle Platon, mais cela ne


doit pas nous é­

tonner chez un auteur du 1 siècle, mais qui peut nier

'que l'esprit de ce récit n'est foncièrement ~hrétien,

tout·à,fait nouveau, jusqu'à un tel point' nouveau,

qu'il ne serait pas concevable avant Jésus-Christ?

Mais qu'est ce que ~e1â a de commun av(;c le

néoplatonisme? Tout au contraire Koch répè.te après


Stiglmayr (qu'il glorifie constal1!ment de l'épithète: ~j
l .~_~

le savant jésuite) qu'au mont Sinaï on a trouvé dans


les oeuvres de S. Nil (mort comme anachorète en :>
430) un récit tout pareil sur Cç.rpus évêque des . '

temps apostoliques. et de sa vision, ~eulement dans


IJne forme fra,gmentaire et plus brève. Ce 'serait pour
. des profanes ordinaires et non pour des savants

i allemands I,me preuve décisive que Denys était dé·

... , .

fAt. :,:.,
,-:
_~_94
.' '1
r - ','

.... . .. - :,.- . .. '" " ,',7 ., ." "


Jà connu aux e'nvirons de l'·année 400 dans Ja 'lit­
térature patrï'stiquè ;" aut~eme~t, que ces' écrits 'étai~~t
dé beaucoup antérieurs à Pr~clus.' Mais 'ce'la' ne l:>èut
pas convaincre le docte Koch pu'isqu'il a 'décidé à
priori que les oeuvrés de l' Àréopagite devaie'nt êtr'é
èoinposées après Pr~c1us. ,~,': .
Il évite' donc d' en tirer une. f:onséquence .quel.
conq~e et ,he 'fait que ~emarquer que' le' récit de'
Denys' est plus' détaillé et porte la couleur 'plato~i.
co.néoplatonicien'ne- e platonisch-neu'platonische Far­
ben» C·SIC,
• SIC, ."
. SIC i) "
....

Il a bien compris que 'les 'similitudes avec Pla­
ton ne lui sont pas favorables, il s'avise d9nc et dit hi.
bêtise «neuplatonish platonische Farbe~»; Il n'y a q~'à
se rappeler, que Platon a vécu 400 ans ayant J. - C'.
et Plotin, le fondateür du ~éoplatonis~e,' vers 300
après J.-c.
. Mais si Mr. Koch co~naît si bien les écrits de
Stiglmayr, je le deman~e, pourquoi ne rappelle-t-il
pas d'un mot la notice qui se trouve dans le ePro­
gramschrift» de Stiglmayr que parmi res fragments
de Denys d'Alexa'ndrie on 'a découvert aussi l~ co·
pie presque exacte de la lettre à Dëmophile, ce qui
confirme l'opinion de St. Maxime et 'de St. Anasta­
se le Sinaïte que Denys d'Alexandrie a connu les
oeuvres de Denys l'Aréopagite et' qu'il les avait
commentées? Pourquoi Koch ne prend il pas du même
Stiglmayr le renc;eignement 'sur la lettre de ·Denys
d'Alexandrie au pape Sixte II dans laquelle ce mê­
me Denys d'Alexandrie copie tout un passage de
)'. Aréopagite e~ le nomme, par son nom? ,Or' 'Koch
passe tout cela' sous silence, {>arce que ce fait prou­

"
._- , 295
.' t '. .' .' ._ .
,1 " ve 'cl' ,~.me ,manière .irréfutable ,que ' les' oeuvres de
~'Aré~pagite, et précisém~nt cette lettr~ 'à 'Dé~o-'
phile, :ét/ient. ,déjà ,c~~n~~s' ~vant '~":~nn'ée 2 5 7 et é·' .. ,.
'.<
.taient' i:onsiderée~ pour des' écrits authentiques d'un -,

ancien père dè l'Eglise. 1­


. De la, positiori que Koch a prise j'en déduis' que,
,,~i même l en, con4escenda,nt a~x .critiques .aliem~nds, ... \
nQus voulions considérer Denys comme faussaire les .':
"-"
faits seuls pr~cédemment mentionnés prouveraient ,que ~ ...
ce faussaire ~xistait déjà al}x environs de 200 et qu'en
. çonséquence il n' a rien pris et ne pouvait rieq pren­
dre ni chez Pl~tin (mort 275); (ses oeuvres rédigées
par Porphyre t 300), ni d'autant plus chez Proclus
(t 4 8 5).
Il devient clair mainten~nt poutquoi' Koch diri· ./
ge sa première attaque sur la 'lettre à DémophiIe,
c' est parce que cette lettre constitue une des preu­
ves' de .l'existence des oeuvres de l'Aréopagite ,à
l'époque apostolique et qu'elle fut connue non seu·
lement avant l'anné~ 400 (c. v. d. avant St. Cyrille
.mais même aux environs de 200 Denys d' Alexan·
dre, évêqu~ au 230, en fait une copie). Ne pouvant
nier ce fait, mais tâchant à diminuer son importan­
ce Koch, au lieu dè s'occuper de l'époque de-I'ap­
parition de cette lettre, nous disserte longuement et
substanciellement sur son caractère épigraphique et
'essaye de cette façon de faire passer, sans qu'on
s'aperçoive. son. opinion sur la provenance procli­
nienne' de cette lettre (1).

(r) Ce même système de berner ses lecteurs par un

inutile est pratiqué aussi par le « savant jésuite -.

...
s..
\
·
.\

DE LA DEPENDANCE

DE.3 ÉCRITS DIONYSIENS DE PROCLUS

Après ces remarques sur les détails, Koch en­


tre enfin dans le fond de la question de la dépen­
dance des écrits de Denys de Proclus. Elle ~e ré·
sout .à la question des plus importantes dans l' hi­
stoire de la philosophie, précisément est-ce que c'est
le néoplatonisme qui a pris son origine de l' ensei·
gnement chrétien, ou est-ce la théologie chrétienne
qui s'est inspirée de la philosophie payenne. Autre­
ment, est-ce que Denys est antérieur à Plotin - et
Plotin redevable à Denys, ou est-ce que Plotin et son
école furent antérieurs à Denys et Denys redevable
aux néoplatoniciens? En général, et dans le cas dont
nous nou~ occupons, est-ce Denys qui fut antérieur
à Proclus ou Proclus à Denys?
Dans l' ~tude que nous analysons, Koch tâche
d'être objectif, nous expose la question des deux
points de vue et nous fournit tant d'arguments pré­
cieux de la dépendance de la, doctrine néoplatoni­
cienne du christianisme qu'il parait se pencher à
la prémière solution. M~is tout à coup il se ravise,
sa mauvaise volonté prend le dessus sur son intelli·
gence et le force de tirer de fausses conclusions des
prémisses qu'il a lui même établies. Voilà d'abord
ce qu'il dit de la dépendance du néopla.,
ton i s m e duc h ris t i a n i s m e.

;-1'1
..
-.

LA DÉPENDA.NCE
DU NÉOPLATONISME DU CHRISTIANISME

Koch nous apprend que les néoplatoniciens sont ~


des «philosophes profondément croyants et. pieux,
qui dans l~ prologue de leurs livres, en arrivant au
ré5umé de leurs expositions, appellent fréquemment
l' as:;istance divine, tantçt dans les expressions gé~
nérales et rhétoriques, tantôt dans la forme de vraies
prières.» Il est évident alors. que là, où Denys
élève son esprit vers Dieu et implore l'aide de Dieu
il ne fait que singer «le pieux» Porphyre ou Jam-
blique et, comme nous le voyons (à la page 29 dc
l'étude de Koch), ce savant avec lequel le R. P. ./
Stiglmayr «marche par les mêmes voies aux mêmes
buts,» ajoute: « le père de la mystique ne se lais-
se pas surpasser aux philosophes païens dans l'é-
sprit de piété. ~ C'est de cette manière ironique et
mordante que Mr. Koch s'exprime sur la mystiquf'.
et la piété chrétiennes, digne émule d'un Julicn A-
postat ou d'un Voltaire. Comment ce père de la
mystique chrétienne, comme Koch lui même le re-
connaît, ne saurait pas prier et élever son âme vers
Dieu et devait emprunter aussi bien ses pensées que
ses prières chez les néoplatoniciens ou chez Proclus 1
Et alors, le vrai père de la mystique chrétienne se-
rait Proclus, pis encore, l'ennemi le plus acharné
du christiaQ.isme, Porphyre 1 La mystique chrétienne
serait une mystique païenne et les plus éminen-
tes intelligences et les âmes le plus subtiles et

20
""
i •

29 8

pieuses de la chrétienté sé seraient laissées pren­


dre au piège d'un imposteur insolent. L'un de
deux: ou ceux-là étaient des chrétiens ou ceux-ci
sont en dehors de la pensée et du sentiment chré­
tiens. .
Ces esprits peu profonds, ne jugent que des
mots isolés et de la dialectique extérieure, mais ne
savent pas pénétrer dans le fin fond de la pensée
du christianisme primitif, 'parce que l'esprit chré·
tien s'est éteint dans leur propre âme sous l' influ­
ence de la culture protestante.
Si les oeuvres de 1 Aréopagite n'étaient que
J

l'expression des pensées et des sentiments des phi­


losophes et des mystiques païens, cela formerait une
preuve que ces écrits dataient des temps apostoliques
et non du VI siècle. Car il est difficile d'adme..ttre
qu'après cinq cents ans de l'existence du christia­
nisme, ~près la consolidation des dogmes et de la
liturgie; après tant de célèbres penseurs et écrivains
l'idée serait venue à quelqu'un de puiser toutes ses
pensées, ses inspirations et ses sentiments, la descri­
ption des cérémonies et des usages de l'Eglise des
auteurs d'un paganisme expirant. Non! pas un hom­
me qui pense sainement ne le croira 1 Est-ce enfin
ce faussaire, qui fut le père de la mystique chré­
tienne, qui n'aurait pas connu les oeuvres de Saint Ba­
sile, de St. Grégoire de Nysse et d' llutres mysti­
ques chrétiens qui ont précédé Proclus?
Arrivé à la page 40 Mr. Koch, dans un élan
d'objectivité et de sincérité oublie le but qu'il s'est
proposé et nous dit des choses très intéressantes
- - - - - - - -299
-

sur Proclus, capables d'ébranler son idée fondamen·


tale sur l'origine du christianisme.
Il cite notamment' \lne opinion de Proclus sur
les sources de la connaissance de Dieu (d'après
nO)Js entièrement puisées du christianisme). On y ~
voit, dit 'K:och: «qlJ' il tâche d'imiter les chrétiens,
de faire de Platon une sorte de prophète, d'envisa­
ger ses oeuvres comme des enseignements infai,lii­
bles dans le genre des Saintes Ecritures. Koch rap­
pel1e que déjà Porphyre a écrit 1tspl 't-~ç €x ),0,[(1)'1
eptÀocroepCaç - de la philosophi~ qui découle des o­
racles sacrés - qui devêtit servir aux païens pour
une sorte de Bible, comme un enseignement s' ap­
puyant sur l'autorité divine, qui dans sa forme pure se
trouve depuis l'éternité chez les dieux seuls, et nous /'

était transmise par un seul homme, auquel il était


pe rmisde l'approfondir par mome'nts, p u i s que
no u sne pou von s pen se r du div i n, que
alors que nous sommes éclairés par la
1 u m i ère qui é man e des die u x eux - m ê­
mes e t t r an' s met t r eau x à u t r e s, qua n d
no u s se r 0 n s con du i t spa r eux». Ainsi dit
Proc1us. (Il est évident que ces paro,les de St. Jac­
ques sont transcrites de Denys). Tout ceci se rap·
porte à Platon et de cette manière Platon se trans­
forme en prophète et son enseignement en infaillibles
paroles di vines...
Mais, voyant que ces raisonnements conduiraient
à des conc+usions contraires à sa thèse, Koch tout à
coup se ravise et, contrairement à toute logique,
.nous dit à la page 33 :
«Et Denys essaye de donner à ces pensées
"
élevées une signification chrétienne» (C. H. c. 1. 1):
«Toute -grâce excellente, tout don parfait vient d'en
haut et descend du Père des lumières, dit·il, avec
Jacques l, 17. Il Y a plus: toute émanation de splen­
i
l' deur que la céleste bienfaisance laisse déborder sur
l' homme, r c5agit en lui comme principe de simplifi­
cation spirituelle et de céleste union et, par sa for­
ce propre, le ramène vers l'unité souveraine et la
déifique simplicité du Père. Car toutes choses vien­
nent de Dieu et retournent à Dieu, comme dis~nt
les Saintes Lettres (Ep. aux Rom. XI, 36). «C'est
pourquoi, sous l'invocation de Jésus, la lumière du
Père. la vraip. lumière qui éclaire tout hOlllme venant
au monde (Jean l, 8) et par qui nous avons obte­
nu d'aborder le Père etc.» (Traduction de Mgr. Darboy).
Comment?! Non seulement les oeuvres de De­
nys, mais les paroles mêmes des apôtres et des é­
vangélistes seraient prises des autems païens e.t de
Proclus? Est-ce que Koch croit vraiment que non
seulement les écrits de Denys mais les Évangiles
mêmes sont postérieurs aux néoplatoniciens? Non, non,
nous avons assez de ces absurdités! Pu ces mêmes
blasphèmes Koch a prouvé entièrement la -dépen­
dance de Plotin et de Proclus de la doctrine chré­
tienne et surtout des écrits dionysiens. Saint Basile
avait bien raison de dire que les païens font pas­
ser les vérités chrétiennes pour les leurs et il est
_très probable que Suidas et Pachymère avaient rai­
son d'assurer que les néoplatoniciens ont retenu
chez eux les écrits de Denys, tant ceux qui nous
sont' parvenus que ceux qui ont disparus, et les ont
exploités. Du reste Marsilius Ficinus était du même
·
_._-----_. __ ...
_-_._-~--_
... 3 0r
_----,-----_._-.-,_._--~-

avis. Il n'est pas étonnant aussi que St. Augustin


ait sû retirer de Plotin l'exposition de la doctrine
chrétienne.
Non seulement un catholique, mais même un.
protestant, tant qu'il aurait un peu de bonne foi,
ne pourrait souscrire à ces palinodies, et qu'est-ce que
nous devons penser alors de ce jésuite allemand
qui, avoue ~ qu'il va avec Koch au ·même but par
les mêmes voies», et de tous ces scientifiques. ca­
tholiques qui tous en choeur chantent des éloges à
ces deux critiques et tiennent Koch pour une auto­
rité dan;; les questions dionysiennes. Quel aveugle­
ment!
Eh' bien alors, si les idées de Denys ne sont
pas chrétiennes, personne ne pou rrait penser chré­
/'
tiennement. Il s' èn suivrait que Platon aurait plus
d'autorité que le Christ, mais cela pourrait arriver
sous condition que le Christ ne füt qu'une fiction,
qu'il n'existât jamais et ne fût que la déification
d~ Platon.
En attendant, I~ sinistre athée. ne cesse de ré­
péter ces insanités avec un acharnement et uce per­
si sten ce digne d'une meilleure cause. Il assure que
l'admirable prière qui se trouve au début du trai­
té de la théologie mystique est copiée consciemmeÎ1t
par le faussaire du pieux Proclus. Pour confondre
le blasphémateur il suffit de transcrire ici cette priè­
re in extenso:
«Trini.té supra-essentielie, très divine, souverai­
nement bonne, guidez les chrétiens dans la sagesse
sacrée, conduisez-nous à cette sublime hauteur des
Ecritures, qui échappe à toute démonstration et S11r­
....
3°2

passe t.oute lumière. Là, sans' voiles, en eux-mêmes


et dans leur immutabilité, les mystères de la théo·
logie apparaissent parmi l'obscurité très lumineuse
.d' un silence plein d'enseignements profonds: ob­
,
~

scurité merveilleuse qui rayonne en splendides éclai­


res; et qui, ne pouvant être ni vue ni saisie, inon­
de de la beauté de ses feux les esprits saintement
aveuglés >'. (Traduction de Mr. Darboy p. 276).
Mais c'est la plus belle prière de la chrétienté
après le Pater! Attribuant la plus sublime des priè·
res à des influences païennes, Koch non seulement
offense le sens commun, mais encore il se contredit
lui·même: puisqu'à pei·ne l'avons nous entendu di­
re «que ce sont les néoplatoniciens qui, à l' imita­
tion qes chretiens, essayent de se former un canon
des livres saints, de remplacer Christ par Platon,
les apôtres et les évangélistes par des différents
philosophes, auxquels ils ont commencé d'attribuer
toutes sortes de miracles et . d'épisodes da ns lé ur
vie qui répon!laient aux légendes chrétiennes»; Ces
textes mêmes de Koch nous permettent de dédui­
re que la philosophie néoplatonicienne n'était rien
d'autre qu'une théologie. et une· théologie sortie
de l'enseignement chrétien.' Koch dit notamment
(p. 43) : «Le néoplatonisme reconnaît que le se­
cret de la puissante influence de la religion chré­
tienne réside dans les Saintes Écritures, auxquelles
on attribue une autorité divine et qui, contrairement
aux innombrables opinions des écoles philosophiques,
présentent un fond solide pour les investigations
sur Dieu et les choses divines et constituent des
écrits qui résolvent avec autorité les enigmes mé­
3°3

t.lphysiques, physiques et éthiques.» «Pour. impri­


me!" une vie nouvel~e au pag'anisme et en faire un
concurrent du christianisme, le néoplatonisme cher­
che de son côté un enseignement basé sur l'auto­
rité divine et il le trouve dans les oracles et les
enseignements d'anciens et vénérables théologiens~>,
qui sont pour eux Homère, H~siode, Orphée et les
orphiques: Musaeus, Linus, .Pythagore et les écrits
qui avaient cours sous leur nom. Le néoplatonisme
tâche de concentrer l'autorité sur la tête d' uh seul
philosophe (toujours pour imiter le christianisme) et
ce philosophe . . . c'est Platon. En citant ses paroles,
ils n'ont plus besoin de le désigner par son nom,
ils di'sent simplement q)"fr;[ (dixit) il a dit. Après
Platon, ils divinisent de la même manière les maî­
tres du néoplatonisllle; ils leur donnent des qualifi­ ./
catifs tels que: {htoç, €v{}s~;. p.syaç, YS'I'Iatoç, ôaép.ovwç.
Marinus, dans sa vie de Proclus, raconte des histoi­
res fantastiques sur les rapports de son maître avec
les divinités .... «il reçoit des révélati?ns d'Athéna,
d' Asclépius et d'autres dieux li, et il parle du nim­
be qui entourait la tête de son maître pendant qu'il
faisait l'exposé de son enseil:;11ement. Les disciples
de Jamblique racontaient que leur maître s'élevait
à dix coudées au dessus de la terre.
Koch (p. 39-40) assure que Porphyre a écrit
7tspl '"Cijç Èx ÀoyCw'l epéÀOClO:ç:~Ç, de la philosophie qui
découle des oracles sacrés, qui devait servir aux paï­
ens comme UDe sorte de Bible, comme un ensei­
gnement «s'appuyant sur l'autorité divine; et plus
loin Koc~ dit que. ~ la mystagogie des cho~es di·
vines qui d3.ns sa forme pure se trouve depuis des

"
1
3°4

siècles chez les dieux, nous était transmise par un


seul homme, auquel il était permis de l'appro­
fondir pour quelques moments, puisqu'on ne peut
penser du divin, qu'alors que nous sommes éclairés
par la lumière émanée des dieux eux-mêmes et trans­
mettre aux autres, quand nous serons conduits par
eux! (Il est évident que ce passage de Saint Jacques
est copié de Denys).
Tout ceci se rapporte à Platon, et de cette ma­
nière Platon se transforme en prophète et son en­
seignement en indéniables p'l-roles divines-&etvt À6yot­
on l'appelle prophète inspiré, théologien ou théoso­
phe (comme Denys appelle les apôtres et les évan­
gélistes), on nomme les expressions de J-'Iaton corn·
me des vérités généralement acceptées, en exprimant:
.. comme il .;dit» - (p"~oL) ou en latin «dixit»; et
Syrianus. le disciple de Jamblique, considère car­
rément la philosophie de Platon pour absolue et
impeccable. Imitant les chrétiens ils travestissent
leurs philosopl;es en des saints païens, ils entou­
rent leur venue en ce monde et les événements de
leur vie des phénomènes supraterrestres et miracu­
leux; ils couronnent leurs têtes de nimbe et les voi·
ent dans leurs prières s'élever au-dessus de la terre.
De ces passages des auteurs néoplatoniciens,
receuillis par Koch, il s'en suivrait de soi même,
que la philosophie néoplatonicienne l dès son origi.
ne. a pris pour base la doctrine chrétienne, et que
elle n'est ni plus ni moins que la théologie chrétien­
ne aux tendances paganisantes. Mais Koch ne veut
pas l' qdmettre. Aveuglé par son parti pris; il tire
des conséquences contraires à ses propres prémisses
;\°5

et conclut à notre plus grand étonnement par ces


paroles:
« Pour combattre avec succès I~ philosophie
païenne, les chrétiens (on devrait dire les païens ou
comme on disait alors, le Grecs) empruntent chez
el1e ses propres armes, changent leur philosophie
en une réelle théologie chrétienne, et ne restent
pas en arrières ni pour la division divine, pour ce
qui regarde le retour de la multiplicité à l'unité in­
divisible, dans la tendance vers la purification; l' il­
lumination et l'unification avec la divinité par la
contemplation mystique et l'extélse, ni ce qui regar­
de l'ascèse et le mépris du monde, ni ce qui con­
cerne la déification.».
Un tel raisonnement à rebours est un indice
de la plus mauvaise volont!: et du manque total de
./
log-ique.
Nous pouvons donc en tout droit et justice, en
nous appuyant sur ses propres prémisses et la riche
documentation que nous fournit M. Hugo Koch, re·
mettre cette tirade éloquente à sa juste valeur et
assurer avec toute certitude: que ce ne sont pas
les chrétiens qui ont puisé leur doctrine et leur théo­
logie chez les néoplatoniciens, mais que tout au con­
traire c'est la philosophie ~éoplatonicienne qui a
pris son point de départ des croyances et de la
théologie chrétiennes - que la doctrine et la théo­
logie chrétiennes n'ont pas pris naissance à la' fin
du V siècle, mais au début du Christianisme, que
les apôtres Paul, Jacques et Jean sont antérieurs
à Plotin, Jamblique et Proclus, (puisqu'il ,faut rap­
'peler àM6nsieur Koch même ces véritès!), que l'e­

'"
3 06

xistence des oeuvres aréopagitiques avant Proclus


est avérée par maints monuments scriptur~ux des
pl~s sûrs et par le témoignage des personnalités les
plus vénérables; que Plotin, le père du néoplatoni-.
sme (200 t 275), fut le disciple d'Ammonius Saccas
qui dans sa jeunesse: fut chrétien et disciple, avec
Origène, de Clément' d'Alexandrie et de St. Pan·
tène, au Didascalée d'Alexandrie. ,Si nous ajoutons
à ces considérations que Porphyre même, le rédac·
teur et, qui le sait, si ce n'est pas l'auteur en ma­
jeure partie des Ennéades, fut ·comme l'admet Har­
nack, un certain temps chrétien, et que Amélius,
l'autre disciple de Plotin, cite et nomme en tou­
tes lettres St. Jean l'Evangéliste. nous avons un
tableau complet de ce qu' est le néoplatonisme, et
pourquoi il a une physi.onomie de parenté avec les
écrits de St. Denys.
Nous verrons. clairement à la lumière de ces
considérations et surtout, grâce aux investigations
laborieuses dl! même Hugo Koch, que le néoplato.
nisme à pris naissance à l'école chrétienne catéché·
tique d'Alexandrie (le Didaskaleion) que c'est de
la théologie chrétienne à l'usage des païens. JI ne
faut pas s'étonner alors que St. Augustin a
trouvé à la lecture de Plotin tous les élements con­
stitutifs de la doctrine chrétienne:
« Et ibi legi non quidem his verbis, sed hoc
idem omnino multis et ~multiplicibus suaderi ratio­
nibu5, quod in principio erat verbum et verbum e·
rat apud deum et deus erat verbum: hoc erat in
principio, apud deum; omnia per ipsum facta sunt, et
sine ipso factum est nihil, quod factum est; in eo

"'­
3°7
-"
vita est, et vita erat lux hominum ; et lux in tene­
bris lucet, et tenebrrte eam non comprehenderunt; et
quia hominis anima, quamvis testimonium perhibeat
de lu mine, non est tamen ipsa lumen, sed verbum,
deus ipse. est lumen verum, quod inluminat omnun
hominem venientein in hune mundum, et quia in
hoc mundo erat, et mundus per eum factus est, et
mundus eum non cognovit» (1).

(1) (Confessions 1. 1. VII, 9)­

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LES TEXTES DU PÈRE ~TIGLMAYR S. J. "

A. HISTOIRE DE LA TRANSmSSIO:-I DES OEUVRES

DIONYSIENXES.

B. OBJÉCTfONS COXTRE LEUR AUTHE:-ITICITÉ AVEC MA

RÉPLIQUE.

LES RAISONS PSYCHOLOGIQUES QUI ONT AMENE STIGLMA YR À


NIER L'AUTHENTICITE DES OEUVRES DE DENYS L'AREOPAGITE.

SCHÉ~IA DI:: MA DÉ~lO:"iSTRATlO:-l

1. Le protestantisme a pris naissance et se


propagea chez les peuples de race germanique. Le .-/

R. P. Stiglmayr est de race germanique. II ressent


donc une aversion instinctive pour la civilisation clas­
sique c. v. d. gréco-latine.
2. Le R. P. Stiglmayr comme allemand est in­
. fluencé par sa civilisation nationale qui date depuis
la Réforme et est au fond protestante.
3. Subissant inconsciemment son influence il est
porté à s'imaginer un christianisme primitif pur, un
christianisme, dirai-je, avant la lettre, non déformé
par les apports grecs, non remanié par St. Paul,
mlis réformé et restitué par un second St. Paul,
(comme l'appelle Harnack), Martin Luther.
4. II ne pouvait donc pas se plaire aux oeu­
vres de Denys l'Aréopagite qui représentent la plus
haute synthèse de la philosophie grecque aveé les
dogmes chrétiens.
3 [2

S. Ces oeuvres ne répondaient pas à sa concep­


tion du christianisme primitif, par conséquent elles
ne pouvaient pas provenir de l'époque apostolique,
elles étaient donc fausses. C'est la conviction inti­
me qu'il partage avec tous les hommes de sa race,
. i
tant protestants que catholiques. ?
6. Oui, ces oeuvres ne pouvaient pas être vraiès,
parce qu'elles ne répondaient pas au parti pris des
allemands. Mais comment détruire leur authenticité
si tous le5 manuscrits portaient en tête le nom de
Denys l'Aréopagite comme auteur?
7. Ce n'était pas si difficile < après le réveil
de la vraie méthode historique", voir protestante, au­
trement scientifique. Elie consistait à nier, toujours
nier, protester, calomnier et détruire.
8. Tout d'abord il nie a priori que l' auteur~
de ces oeuvres est St. Denys l'Aréopagite.
9. Il se propose de l'attribuer à un autre ~u·
teur et le situer à une autre époque. mais à laquel.
le? c'est une question pas trop facile à résoudre. Les
recherches de ses prédécesseurs ne lui paraissent
pas concluantes.
. 10. Même les travaux remarquables de Fran.
çois Hipler, publiés en J 861 «remarquables, d'après
Stiglmayr par leur exposition adroite et leur but
noble, qui ont été acceptés avec sympathie aussi
bien par les catholiques que les protestants », ne
l'ont pas convaincu et il ne consentait pas à les si
tuer avec Hipler à la moitié du IV siède .
• Comment les mettre au IV siècle si cela détrui·
rait la veri~é admise depuis longtemps dans la scien­
ce. allp.mande de la dépendance du dé:veloppement
">.
313

du dogme éhrétien de la- philosophie riéoplatonicien­


ne. Cela ferait provenir au contraire Plotin et ses
disciples de Denys, et bouleverserait par conséquent -.

. toute l'économie de la science allemande de l' hi­


stoire philosophique, qui parle toujours de l'influence
de la philosophie néoplatonicienne sur la formation
des dogmes chrétiens. Non, cela ne se peut pas, pen·
sait.il probablement avec d'autres allemands; il faut
placer ces éérits à l'époque après la mort de Pro­
clus c. v. d. au plus tôt dans la dernière décade du
V siècle.
II. Il pose donc son hypothèse de la dépendan­
ce des oeuvres de l'Aréopagite de Proclus et les
situe après 485, plutôt comme nous allons le voir
qu'après 490.
'.:: ./
12. Pour arriver à ses fins, toujours selon la
méthode scie!1tifique, il applanit le terrain, cela veut
dire, il déclare comme faux tous les documents prou­
vants l'existence de ces oeuvres avant Proclus et
tous les témoignages en faveur de cette existence
comme erronés.
13. Après avoir fait tabula rasa de tout le pas­
sé il faut pourtant les attribuer à quelque auteur
connu et les fixer à une date précise.
14. Il trou ve le prétexte dans la ressemblance
du livre IV des Noms Divins de Denys avec le
traité sur le Mal de Proclus j et les fixe cléfinitive­
ment à la fin du V siècle.
15. Pour auteur il les attribue, ne trouvant pas
mieux, à Sévère d'Antioche, le chef même' des Mo­
n~physitest aussi' extravagant que cela paraisse.
La meilleur défense de ma thèse consiste dans.

21
..

3 LI­

.les textes mêmes du R. P. StiglmaYr.Je n'ai qu'à


les reproduire. .

A. - HISTOIRE 'DE LA TRANSMISSION DES OEUVRES


DWNYSIENNES
.,
~;
:-'
Dans son introdurtion à la traduction de la Hiérar­
chie Céleste et de la Hiérchie Ecclesiastique, Stiglmayr
nous expose toute .1' h i s toi r e deI a t r ans mis·
s ion des 0 e u v re s d ion y sie n n e s et nous
donne l'explication de son attitude à leur égard.
]' en ferai le résumé en me servant, autant que pos­
sible des paroles même de Stiglmayr. (I)
« La controverse qui a duré quatre siècles,
concernant l'authenticité, qui éclata un peu après
1000 ans [non, a près J 500 ans] d'une existence
incontestée, paraît maintenant finie; et par cela
même, la critique scientifique est revenue au mê­
me endroit où se trouvait, au moment de la pre­
mière période de l'apparition de ces oeuvres, le
très docte (der gut belesene) Hypace, évêque d'E­
phèse, porte-parole du parti catholique au colloque
de Constantinople en 533. Envers les Sévériens qui
avaient évoqué, pao:-mi d'autres Pères, Denys l'Aréo­
pagite, pour la défense du monophysisme, Hypace
déclara qu'il devait éloigner résolument ces témoi­
gnages. Son argument disait: « Si ces écrits exi­
staient déjà depuis si longtemps et provenaient d'un
auteur si célèbre, il est absolument sûr que les grands
défenseurs de l'orthodoxie, Athanase et Cyrille d'A

(1) Mes remarques sont "intercalées dans le texte en des parenthè­


ses triangulaires.
.,.
-------------------- 3'5

lexandrie, s'en seraient servis dans les disputes


théologiques parce qu'ils leurs auraient rendu de
précieux services contre les hérétiques.»
Dans ce passage capital, plein d'erreurs et d'ine­
xactitudes, on ne sait de quoi s' honner davanta­
ge est-ce du manque de sincérité de l'auteur ou de
l'inconscience et de l'ignorance de ceux qui l'ont
suivi. Il est encore compréhensible que les critiques
de la Renaissance et de la Réforme, et les rationa,
listes qui les ont suivi en France, aient pu attribuer
à un petit chiffon de papier du X siècle plus d'impor­
tance qu'il n'en méritait, puisque beaucoup d'entre
eux ne soupçonnaient pas encore l'existence de la

traduction syriaque, ni des commentaires des Scy­

./
thopolltains et que la plupart ne connaissaient pas.
les ouvrages de Léonce de Byzance et de Severus

d'Antioche. Mais comment admettre que le P. Stigl­


mayr, un érudit des plus versés parmi les scientifiques
modernes dans les questions dionysiennes, qui a tout
lu, tout compulsé et tout noté, ait pu donner l'im­
portance qu'on sait, à une notice qui n' a laissé
aucune trace dans les annales de l'Eglise, s'il sa­
vait très bien qu'aux environs de l'année -'$00,
Denys était déjà traduit et commenté; que depuis
5 l 2, ses écrits étaient utilisés dans les contro­
verses avec les Monophysites entre autres par Léon­
ce de Byzance, qui siégeait à côté d'Hypace au col·
loque de Constantinople .... et que ce même Léonce
n' 2; cessé d'en tirer ~s traits les plus acérés con­
tre :les monophysites après le même colloque, ce
qui démontre (ce que j'ai prouvé précédemment)
qu' Hypace n'a jamais eu l'idée de mettre en doute
3 1U

l'authenticité des oeuvres de Denys, mais seulemer,t


1 e s 0 pin ion s que mettaient dans la bouche -de
Denys les Monophysites et qu'il soupçonnait d'a­
voir pu être interpolées? Cela dépasse toute - atten­
te. Comment Stiglmayr peut évoquer Hypace en
témoignage de sa thèse, s'il met le faussaire aux
environs de l'année 500 - alors qu' Hypace supçon­
nait les anciens Apollinai-isi:es d'avoir interpolé les
-oeuvres de Denys et d'avoir fabriqué la diatribe de
Cyrille d' Aléxandrie dirigée contre Diodore de Tar­
se et Théodore de Mopsueste, où les oeuvres de
Denys sont nominativement designés, aux envircrs
de l'année 400?
Le P. Stiglmayr était-il vraiment sincère en
nous allégant ces choses-là ainsi qu'en glorifiant
H ypace de l'épithète de «très docte» pour faire
croire à ses lecteurs qu'il est mieux renseigné sur
Hypace que tout autre?
Mais son artifice principal, au moyen duquel
il a tâché de dérouter l'opinion publique sur l'oeu­
vre de St. Denys, a consisté dans la modification de
la pensée du docte Hypace en su b s t i tua n t dans
sa traduction le mot «S c h r i ft en» au mot Ji t e·
st i mon i a », qu'il devait traduire par le mot «Zeug­
nisse». Je rappelle ici le texte latin qui dit: «illa
enim testimonia quae vos beati Dionysii A. dicitis ... }}
Voilà cette méthode, tant vantée par les écri·
vains écclésiastiques modernes d'Allemagne, appli­
quée jadis avec tel succès -:par Luther, qui consi­
ste à substituer aux mots du texte des expressions
qui ne s' y trouvent pas.
Je continue le résumé des attaq..u es de Stiglmayr :
-------.- .__._-_.__ ._---- -------­ 3 17

.« On trouve pour la pre mi ère foi s des ci­

tations de l'Aréopagite chez le chef des Monophy­

si tes, Sé vère, patriarche d' AlJtioche (512 -5 r 8) .... .11

n' y eut que des voix isolées et parmi les catholiques

pour se mettre au d~but du côté de l'Aréopagite

comme auteur (le moine Job, l'archevêque Ephrem

d'Antioche (528-545), le savant Léonce de Jérusa­

lem (r) et autres). Mais peu à peu, malgré la position

négative d' Hypace, la renommée de ses écrits de­

venait de plus en plus grande ~.

Comment, pour la première fois?! si vers 500,

au dire du même auteur, ces oeuvres étaient dé­

jà traduites en syriaque par Sergius de Résaïne et

commentées par les Scythopolitains?

Je tiens aussi à faire remarquer que s'il dit ./


A

que les écrits de Denys étaient cités «p 0 url a


pre m i ère foi S», c'est qu'il ne tient aucull com­
pte de tous les passages, tirés de ses oeuvres, qu'on
rencontre chez les anciens Pères, Oli Denys n'est
pas nommé par son nom, et qu'il se permet d' écar­
ter tous les passages où l'Aréopagite est désigné
par son nom comme apocryphes, sans chercher à nous
en prouver la fausseté.
Comment pouvaient-elles paraître pOUL la pre,

mière fois, si Stiglmayr lui· même prend pour témoin

Hypace qui soutient qu'elles étaient falsifiées [nous

dirons interpolées] au IV siècle? Du reste Stiglmayr

cite: «au III siècle un certain Denys le Rhéteur qui

les aurait commenté et qu'il substitue sans fonde-

(1) Le père StiKlmayr préfère à cet end roi t d'appeler .insi

Léonce de Byzance, moine la à Laure de S. Saba près de Jérusalem.

3 r8

ment à Denys d' Alexandrie,.. Il mentionne lui-mê­


me au IV siècle le Pseudo-Athanase, la recension
élargie (recensio uberrima) des canons de Nicée, au
même siècle il mentionne, chez Maruta de Maï·
parkat, une fausse lettre du pape Clément de laquel.
le Stiglmayr dit expressément qu'elle avait cours
déjà au LV siècle: « Die Thatsache dass ein solcher,
Brief von den hochgefeierten Clemens Romanus an
den Areopagiten sc ho n i n vie rte n J a h rh u n­
der t i m U ml a u f w a r ». Enfin au V siècle la
lettre de Juvénal de Jérusalem à l'empereur Mar­
cien et l'impér.ltrice Pulchérie (d'après St. Jean Dama­
scène-Migne XCVI, 748).
L'insinuation que ce ne furent que des écri­
vains i sol é s qui se montrèrent favorables à l'au­
thenticité de l'auteur, est absolument fausse.
Tous les documents historiques attestent le con­
traire: Jean de Scythopolis, Georges de Scythopolis,
Sergius de Résaïne, Séverus d'Antioche, Zacharias de
Mytilène, Léonce de Byzance, le moine Job Ephrem
d'Antioche, Procope de Gaza etc. etc. sont-ce des
ecrivains isolés? Personne pourtant ne deHait être
mieux renseigné qHe le R. P. Stiglmayr qui est
incontestablement le savant le plus érudit dans ces
questions.
Stiglmayr semble avouer lui même: «Leur (des
écrits) enthousiasme supraterrestre, la nouve::wté et
la force subjuguante de la conception, la profonde
obscurité de la langue agissaient tout autant sur
l'esprit que sur les pieux sentiments des hommes
éminents de l'Eglise qui appartenaient pour la plu­
part à l'état monacal. Eulogius, patriarche d'Ale­

""
3'9

xandrie; Grégoire le Grand, son ami; Modeste, pa- J


,
triarche de Jérusalem, Sophronius, patriarche de Jé-
rusalem et avant tout, l'abbé Maxime, le confesseur,
t 662, étaient parsuadés de l'authenticité des oeu-
vres et les utilisaient dans leurs écrits... Le concile
~e Constantinople (oecumenique) et le second con-
cile de Nicée (oecumenique 787) ont supposé d'a-
van cel' authenticité de ces oeuvres .... [J e souli-
gne exprès le mot «d'avance» qui caractérise bien
la perfidie de cet auteur].
Le pape PaulI (757-767) envoie ses oeuvres
en France. L'empereur Michel II en fait don à Louis
le Débonnaire en 827, Hilduin, l'abbé de St. Denys
écrit ses Areopagitica où il «propage l'erreur que
le saint Martyr de Paris et l'Aréopagite etaient la
,./
même personne,..
«La traduction latine que SC9t-Erigène fait d'a·
près ce manuscrit [il y est question probablement
d'après Stiglmayr, du manuscrit envoyé par l'em-
pereur Michel II] est devenue pour le Moyen Age,
la propre et première source où l'on puisait les en-
seignements de St. Denys, ne connaissant plus le
grec »~
« Les premiers coups dirigés contre les fond,=-
ments peu sûrs de l'édifice impos'ant de la littéra-
ture dionysienne ont été purtés à l'époque de l' H il-
manisme. Mais ce n'est pas seulement Laurentius
Valla et son séctateur Erasme, mais encore les hom-
mes de la Réforme, Luther, SkuItetus, D~llaeus et
d'autres qui ont ~étruit le nimbe qui entourait ses
oeuvres. Aussi parmi les savants catholiques 1 e s
-plu s é min e n t s se joignirent à eux, un Cajeta-
320
..
:,";

nus, un Morinus, un Sirmond. un -Petavius, -un -La-_


guçm; un Le- Nourry etc. [Notons que .Le Nourry
ne prend pas dans cette -question une position âéfi­
nitive] ». •
Dans la cont'roverse c se s<;>nt rangés du côté
'.
de l'ancienne et v é n é rab 1 e tradition [à la bon­ .,
ne heure], les noms cé-lèbres de Baronius, BeIIarmi­ -'

nus, Lansellius, Corderius (Cordier), HaIIoix, Delrio,

de Rubeis, Lessius ... et d'autres. Au XIX siècle

l' opinion publique s'est inclinée de plus vers le Cô'

té opposé,· surtout parmi les théologiens a Il e­

man cl s Mahler, EhrIer, DaIIinger, Hergenrather.

Alzog. Funk.... En 1861 entre en lice Franz Hipler

[célèbre, noUs pouvons _le dire, pour a voir découvert

un Denys de Rhinokorura, auteur présumé des oeu­

vres de Sai nt Denys] don t ~ la grande érudition,

la pr~~entation adroite et une noble intention .... [je

ne peux pas comprendre pourquoi serait-elle noble]

ont valu à ses travaux un accueil sympathique de

la part des savants catholiques (sic) et protestants».

Mais déjà avant la fin du XIX siècle, le noble


Hipler a retracté lui même sa manière de voir
après avoir connu les derniers résultats des recher­
ches sur Denys qui s'attachaient au nom de Hugo
Koch et de l'auteur de cette traduction(voirStiglmayr).

B. - OBJECTIO?-lS DE STIGOIAYR ET D'AUTRES NÉGATEURS

DE L'AUTHENTICITÉ DES ÉCRITS DE DENYS L'ARÉOPAGlTE

ET MA RÉPLIQUE

Notamment en l 89 S. presque en même temps


ont paru tout à fait indépendamment l'une de l'au­
tre, les études de H. Koch' et de Stiglmayr, qui

""

.,

.\ ~ 1
,------------------- ---------­

tendaient au même butpar les mêmes


va i e s. [L~s b··~auK esprits se rencontrent, on pour­
rait ajouter].
Que ces études aient tendu au même but, j'en
conviens; le but en était de détruire l'ancienr.e tra­
dition de l'Eglise, mais qUant à croire qu'elles
y soient allées "par les mêmes voies, je ne veux -.
pas faire au P. Stiglmayr l'injure de prendre ses
paroles à la lettre, puisque Koch fait dériver des
néoplatoniciens non seulement les rites et les usa­
ge;; d~ l' E~lise, m3.is la doctrine chrétienne entière,
même celle qui concerne la Très Sainte Trinité, et
fait provenir la mystique chrétienne des mystères
anciens et des oeuvres du «pieux Porphyre». Par
contre, Stiglmayr, tout en admettant avec Koch que
Denys ait plagié P~oclus, considère ses oeuvres corn· ./

me une mo,aïque faite de passages tirés des anciens


Pères de l'Eglise. Les deux voies ne seraient
donc pas les «mêmes», mais diamétralement opposées.
Stiglmayi continue: «Les deux (auteurs) ont
pris comme point de départ un traité du néoplato­
nicien Proclus (41 [-485) «De malorum subsistentia»,
qui nous est parvenu seulenlent dans une traduction
barbare du Moyen Age de Morbecke. Une comparai­
son minutieuse de ses écrits avec le chap. IV des
Noms Divins a donné l'éffarant résultat que l'au­
teur des oeuvres aréopagitiques a mis largernent à
contribution le traité de Proclus».
Dans leur analyse .minutieuse, Koch et Stigl­
mayr se SOll,t embrouillés dans les détails et ils ont
perdu de vue l'essentiel:. tandis· que les philoso­
phes grecs voient le principe ou l'essence même
3 22

du mal dans la matière, Denys, et avec lui tous


les penseurs chrétiens, l' Eglise entière, ne placent
pa~ la source du mal dans la matière, mai-s dans la
volonté pervertie de l' homme. L' Aréopag,ite traite
à fond cette question dans ,le chap. IV § XVIII des
Noms Divins, où il déclare dès le début: « La ma­
tière en tant que matière n'est pas mauvaise, com­
me pourtant on le pense ordinairement :t. Et St. Au­
gustin (de Natura Boni c. XVIII, t. 8, col. 779 a)
s'exprime d'une manière toute semblable: «Neqüe
enim vel illa materia quam antiqui hylen dixerunt,
malum dicenda est».
La toute éffarante découverte ·est à ce point
nouvelle qu'elle était déjà connue au VII siècle de
St. Maxime, au.XI de Suidas, au XIII de Pachy­
mère, et d'autres encore.
Stiglmayr continue: 4: Toute une suite des spé­
cialistes les plus compétents ont admis en entier le
résultat de leurs travaux comme Bardenhewer, Funk,
Ehrhard. Diekamp, Rauschen, de Smeet S. J., Du­
chesne, Batiffol, etc... , non moins que les connais­
seurs protestants, de l'ancienne littérature chrétien·
ne, Gelzer, Harnack, Krüger, Bonwetsch et d'au­
tres... :t. « Les annales de cette polémique, qui a du­
ré des siècles entiers, sont depuis closes». (Gelzer)
Voici ce que dit Stiglmayr des sources des é­
crits dionysiens: « Jusque là, on expliquait les simi·
litudes qui se trouvent chez Denys et chez les écri­
vains chrétien~ et païens par des emprunts que ceux­
ci auraient faits à l'Aréopagite. Mais depuis qu'on
[cela veut dire Stiglmayr et Koch] a reporté la
date de ses oeuvres aux environs de l'année 500
-fl:.""':""!""'.~ "'::'.1

.'

._---- _.,---- -----, 323

[mais l'ont-ils établie ?], on est à même de prou­


ver par quantité d'exemples que Denys a connu
et utilisé un grand nombre de Pères et plusieurs
écrivains néoplatoniciens ... Parmi les Pères et les
i

é.crivains écclesiastiques, i~ a utilisé [cela veu't dire


au contraire qu'ils l'ont utilisé] surtout Clément
d'Alexandrie, Origène, St. Cyrille de Jérusalem,
Basile, Grégoire de ,Nazianze et Grégoire de Nys­
se, Chrysostome et Cyrille d' Alex., E~sèbe, les
écrits des Apollinaristes et les liturgies grecques...
Des sources païennes, ilconnait [toujours d'après
StiglmayrJ Plotin, Jamblique, Porphyre et Proclus.
[cela veut dire que tous ceux· ci ont puisé chez De·
nys]; il connait aussi les oeuvres de Philon 'd'A­
/'
lexandrie. Stilgmayr ne veut pas admettre que De­
nys puise directement chez Platon (v. note p, 17)
et il essaie de nous faire croire qu'il tire sa con­
naissance de Platon uniquement à travers les néo·
platoniciens; même la citation textuelle tirée: de
Gorgias 470 c., qui se trouve dans l'épilogue des
Noms Divins, 13, 4: Stiglmayr l' a fait accompa­
gner d'une remarque curieuse, ,« mais de telles sen­
tences de l'époque classique circulaient au temps
de Denys commp. un bien traditionnel».
Ces rais~nnemeJJts seraient tout à fait justes, si

Stilgmayr nous avait donné la preuve historique de

l'existence d'u~ faussaire à la fin du V siècle et nous

l'avait fait connaître en personne', mais, tant que

cela n'est pas fait, l'édifice du R. Père manque de

fondement et.. .. on est obligé de remettre toutes ces

citations et ces similitudes à leur juste 'place et de

... voir en elles les meilleurs témoins de l'ancienneté

3 J -+:_ _-''---_ _~ .

dés écrits dionysiens. Le R. 'Père- se rendit bientôt


compte lui même que son édifice. manquait de fon­
dement, aussi s'est-il appliqué avec une ténacité ad­
mirable, durant dix-sept ans, à trouver le faussaire, et
enfm en 1928, il nous fit la révélation, vraiment éf­
('.
farante, que le faussaire des écrits, reconnus par
l'Église comme les plus orthodoxes, n'était autre que
le chef même des monophysites, Sévère d'Antioche.
Mlis n'anticipons pas les événements et reve­
nons à l'attitude de . Stiglmayr en face de la que­
stion dionysienne en 19 I I .
S'appuyant. uniquement sur le parallélisme ren­
contré dans le développement dialectique de ces deux
traités, Stilgmayr, contrairement aux anciens auteurs
grecs, déduit tendancieusement la dépendance des
écrits dionysiens de Procllls et les déclare par con­
sé1uent comme l'oeuvre d'un faussaire, écrite après
la mort de Procllls en l'année 485. Il ne tait aucun cas
des nombreux monuments scripturaires, prouvant indu­
bitablement l'existence de ces oeuvres dès l'origine du
Christianisme et feint d'avoir oublié son «docte
Hypace» qui au colloq<le de Constantinople en 533,
mentionnait ces oeuvres comme existantes à l'époque
des anciens Apollinaristes, - c'est-à· dire à plu s de
l 5 0 ans a van t 1 a m 0 r t d e .p roc 1 u s.
Après avoir établi par ces moyens héroïques le
faux à l'époque qui lui convenait, en bousculant im­
pitoyablement tous les obstacles que les faits lui pré­
sen taient, ce nouvel athlète des méthodes scientifi­
ques réformées tente l'essai périlleux de nous dé­
peindre le visage moral du faussaire, de nous faire
connaître le3 mobiles qui le poussèrent et «ses vé­ ......
'
·..-:-~~!i·?!7·~~::~·:::"~ ~. ~;:::~.'-~ ;1.,:": --. ..

32 5

ritables intentions». Pour le moment, il hésite à pren·


dre sur lui la responsabilité d'une décision définitive
et balance entre deux opinions contradictoires qu'il
trouve tout aussi pr"obables. L'une' d'elles consiste à
voir dans le faussaire [puisque c'e~t une chose éviden­
te par el1e même que Denys est faussaire !J, «un
païen fraichement converti, qui, émerveillé d'avoir
trou vé tant de ressemblances frappantes entre son
ancien et vénéré système néoplatonicien (t l'idéologie
chrétienne nouvellement embrassé, tendrait dans ses
é~rits à l'éqùilibre intellectuel pour pouvoir s'orient.er
dans la plénitude flottante de s~s' représentations et
de ses idées ~ (p. XXI II).
~ De plus, il aurait pourtant aussi, comme cer­
./
tains le pensent, la bonne intention dè réconcilier le!?
adeptes de ses anciennes croyances avec le christia­
nisme qu'il leur présente de la manière la plus ac"
ceptable» (p. XXIII).
Si ce charabia signifie quelque chose, cela veut
dire, qu'on imagine dans l'âme du nouveau converti
une lutte entre ses anciennes convictions platonicien.
nes et ses nouvelles idées chrétiennes.
- Par ce raisonn~ment on suggère à l'auteur. des
idées que les Grecs n'avaient pas à cette époque.,
parce qu'ils ne voyaient pas du tout dans le christia­
nisme une doctrine absolument opposée à leur phi­
los')phie, ils y voyaient plutôt le couronnement de
toutes leur, do:trines philosophiques et la réalisation
des plus nobles aspirations de leurs âmes. C'est ju­
stement la tendance à opposer le christianisme à la
philosophie grecque, qui constitt:e le défaut caracté­
ristique de l'intèllectualité allemande
. qui les empêche
.
~~..,.

~
\ .'

3 26

de comprendre la civilisatio·n g·recque et le fond même


.

du christianisme; c'est le rêve à un christianisme


primitif, non existant, qui leur revient continuellement
à l'esprit. Par cette manière si peu claire de s'ex­
primer, Stilgmayr semble vouloir nous faire oroire que
chez Denys les .idées païennes ne sont pas su bordon­
nées aux idées chrétiennes mais seulement juxtapo­
sées extérieurement,
L'autre opinion, qu'on trouve tout aussi vraisem·
blable, consiste à ne voir dans le faussaire qu'un
chrétien simulé qui a emprunté à la littérature et aux
coutumes des chrétiens la forme extérieure pour dissi­
muler sa, manière de penser qui reste au fond toute
païenne ct panthéiste. .
On voit que l'audace de ces critiques plaît au
savant jésuite, puisqu'il continue de la manière sui­
vante; « les anciens défenseurs de l'authenticité de
ses oeuvres n'ont osé avoir naturellement un doute
quelconque sur l'orthodoxie du pseudo-Aréopagite;
ils lui attribuaient au contraire le plus grand mérite
dans la science théologique et surtout mystique)
(p. XXIII).
Ce n'est pas ainsi que pensent les hommes
d'aujourd' hui qui, depuis le réveil de la critique
scientifique, ont le sens profond des premiers t€mps
du christianisme comme Luther, Scu1tet, Sirmond,
Morinus, Hipler, H. Koch, Stiglmayr lui même, et
les plus célèbres patrologues actuels Baumgarten
Rauschen et Bardenhewer. À ces auteurs du moins
:l
l'audace ne manque pas et pour eux Denys est un
faussaire, son orthodoxie est suspecte et SOli mysti­
cisme peu sincère. Oui, il est. hérétique, faussaire,

"
_________________. __ J 27

~ais en même temps reconnu par toutes les grandes


lumières de l'Eglise pour un Père des temps apo­
stoliques; il est menteur, plagiaire, dépourvu de pié­
té et de sentiments chrétiens sincères, mais, en mê­
me temps, Pèr~ du mysticisme catholique, disciple
de St. Paul, le meilleur interprète de seS idées.
Le R. P. Stiglmayr. ce grand connaIsseur du
christianisme primitif qui n'avait pas encore été
souiIIé par les apports de la philosophie grecque,
ne sait comment sortir de· ce labyrinthe et en est
réduit ~ considérer ie faussaire comme un chrétien,
mais ne voulant pour rien au monde qu'il soit un
chrétien orthodoxe, (ce qui serait en opposition avec
son idée préconçue de la fausseté des écrits diony­
siens) il en fait un hérétique et un hérétiqulj mono­ ./
physite. Pour ne pas provoquer la susceptibilité des
bons catholiques, il évoque, comme trompe - l'oeil,
l'opinion d'un «dominicain», Lequien, qui après
avoir scruté «. avec la plus grande prespicacité tous
les endroits où l'auteur développe sa doctrine chri­
stologique, n'a trouvé aucun empêchement pour ne
pas le considérer comme monophysite». Le savant
jésuite à notre grande stupéfaction se range à cette
opinion, quoique de Rubeis ait démontré qu'ii n'en
était pas du tout; toutefois,· ne croye~' pas qu'il
le dise ouvertement, il en fait simplement un par­
tisan de l' Hénotikon impérial (482) (1), un édit
de l'empereur Zénon qui tendait à concilier un mo­
nophysisme rigoureux avec la stricte orthodoxie. C'est
du reste l'attitude que prend Stiglmayr en 1911

(I) Voir ]ahresprogramm I895, Feldkirch.


-!"...
~. .

3 23

dans son exposé de la question dionysienne que je


viens d'analyser.
Cette tendance de i' Hénotikon à vouloir conci·
lier le monophysisme avec l'orthodoxie peut paraître
louable à beaucoup de ses lecteurs, mais pour ceux
qui savent que l' Hénotikon fut condamné par l'E­
glise, U'1 partisan de l' Hénotikon ne peut être
qu'un hérétique. Telle devait être la pensée intime
de Stiglmayr déjà en 191 l, puisque, comme nous
allons le voir, il est arrivé par la suite, après mQ­
re réflexion, à cette hypothèse absurde que le faus·
saire en était le chef même des monophysites, Se,
verus!
Vu que l'accusation d' hérésie formulée contre
l'Aréopagite ne s'appuie que~ sur les oeuvres de Denys
même et non sur des données his~oriques, nous som­
mes en droit de demander au R. P. S!iglmayr et à
ses séctateurs de nous fournir les textes précis tirés
de ses écrits qui, selon eux. seraient entachés d'hé­
résie. Tant qu'ils ne nous (lnt pas présenté ces pro­
positions, les bons catholiques sont en droit de les
considérer comme des calomniateurs.
À l'hypothèse absurde de Stiglmayr qui attribue
les oeuvres de Denys au chef même des ~onophy'
sites, le p'atriarche d'Antioche Sévère', j'oppose les
arguments suivants:
a) Un écrivain qui prend un faux nom prendra
le nom d'un auteur connu et non d'un quelqu'un qui
n'a jamais rien écrit. Si le vrai Aréopagite eut écrit,
il en resterait dans les oeu';res du fauss;iire un fond
.des écrits du vrai DenY5. Pourquoi donc les adver,
sl.ires de l'authenticité ne cherchent-ils pas dans les

fi
.~ ...'

32 9

oeuvres du faussaire de distinguer ce qui est vrai de


ce qui a été surajouté à la suite?
b) Si ces oeuvres étaient écrites par un faussaire
entre 485 et 500, leur auteur ne pouvait être un
simple moine..... et je suis en ceci d'accord avec S,tigl­
mayr, qüe leur auteur ne pouvait être que le pa­
triàrche Sévère en personne et pourquoi? a) l'en­
quête dirigé par les autorités tant civiles qu'ecclé­
siastiques aurait découvert le faussaire. b) un moi­
ne quelconque n'aurait pas pu faire faire tant de
copies et les envoyer immédiatement après les avoir
fabriquées à tant de hiérarques et à tant de monastères
dans tout~s les parties du m()nde, puisque vers l'an­
née 500 elles se trouvent d~jà à Héliopolis: Résaïne,
Constantinople, Alexandrie, Rome, Carthage et qu'on
les connaît da~s les endroits les plus reculés déS ./

Gaules, à Lutèce, à Pictavium etc. Déjà en l'année


500 le célèbre compositeur du comput ecclésiastique,
Dio n y s i usE x i g u u s, prend ce surnom, com­
me il est à supposer, par respect pour le grand
Denys l'Aréopagite.
c) Le faussaire serait donc patriarche, parce
qu'il devait avoir tout un bureau de copistes. À la
tête de ce burèau, toujours d'après Stiglmayr, se
trou verait le secrétaire du patriarche, un écrivain très
réputé du nom de Zacharias, tout aussi menteur et
imposteur que son maître, qui, de l'avis de Stigl­
mayr, a dû appartenir aussi • au complot».
Or dans sa biographie de Sévère, Zacharias nous
raconte que, parmi d'autres Pères, Sévère étudia
les écrits de l'Aréopagite.
En outre q ne suffisait pas d'envoyer des fal­
~ 22
,
330

sifications dans toutes les parties dû monde, il fal·


lait aussi les faire prhéder d'une explication sur
leur découverte et les raisons qui les font attribuer
à un personnage apostolique dont on n'avait pas jus­
qu'alors connu les écrits. En attendant, il n' y a
pas trace d'explications à ce sujet dans la préface
de la traduction syriaque de Denys: on y tient
Denys pour disciple de Saint Paul tout simplement,
et on n'en parle pas dans le compte rendu du col·
loque de Constantinople de 533.
d) Mais outre ceci, il ne suffisait pas de tran­
scrire, il fallait encore montrer les originaux aux
autorités civiles et ecclésiastiques qui fairaient l'en­
quête; il fallait donc falsifier des vieux parchemins ou.
~
même des papyrus, et imiter une écriture d'avant 500
ans: Et toute cette propagande inouie aurait eu lieu
contemporainement avec la composition des originaux,
durant les quinze premières années aprèila mort de
Proclus (485-500). Non, non, on ne peut pas pren­
dre au sérieux de semblables palinodies! Et plus on
avance plus c'est invraisemblable! Le succès du faus­
saire était énorme. Le monde entier retentissait de
sa gloire; le style et la langue étaient si bien imités,
le fond de l'ouvrage répondait tellement à l'époque
apostolique que les commentateurs et les traducteurs,
même ses adversaires, ses contemporains, le tenaient
pour un écrivain du premier siècle. Il semblait alors
que le faussaire pouvait se reposer sur ses lauriers.
Pas le moins du monde, Sévère, poussé par l'inqui{
tude, a dO probablement pressentir les objections que
lui feraient mille ans après le père de la critique
scientifique, ce génial moine Augustinien, connu par
33 1

son impartialité, sa précision. et sa perspicacité dans


l'an'alyc;e scripturaire,' comme le demande la saine
critique appréciée par les savants allemands! Et pour
se parer ~le ces attaques il s'est appliqué à fabriquer
tout un arsénal de faux documents; il n'a rien oublié
pour dérouter ses futures adversaires; il lui en coûtait
pas mal de fatigues et de labeur et, vraiment, il a
fait des choses qui ne cessent pas de nous étonner:
il mande ses émissaires en Aléxandrie pour introduire
dans les écrits. de Denys d'Alexandrie sa lettre à
Démophile; il en envo.ie un ·autre sur le mont Sinaï,
pour insérer dans l'ouvrage de St. Nil le récit sur
Carpus; il en dépêche un autre encore à Rome pour
mettre dans les archives du pape Sixte II la fausse
./
lettre de Denys d'Alexandrie. Pour interpoler les
oeuvres de~ anciens écrivains, comme Origène et St.
Cyrille d'Alexandrie, il est obligé de s'entourer de
tout~ une phalange de scribes, de paléographes, de
falsificateurs de vieux parchemins pour propager ces
oeuvres avec de nouvelles interpolations et les 'envoyer
à différents hiérarques et dans de différentes biblio­
thèql,les, et. pour tout ce travail, il a à sa disposition
seulement quinze ans, depuis la mort deProclus en
485 jusqu'à 500, car quel besoin aurait-il de fournir
des preuves de la véracité de son faux, s'il voyait que
son imposture a pleinement réussi et qu'on le tra·
duisait, le commentait et le citait depuis l'année 500 ?
Tout ceci est fort bien, mais pourquoi le P. Stigl­
mayr attribue-t·il le faux au patriarche Sévère et
non a quelqu'autre évêque? C'est parceque ces oeu­
vres, qui n'ont jam;\is existé auparavant, d'après
St.iglmayr, font leur apparition pour ,«la première
~.
33:.!

fois ~ dans les écrits de Sévère, évidemment à l' épo­


que où il était patriarche (entre 5 l 2 et 518), Mais
en cela, Stiglmayr est en opposition non seulement
avec la vérité, mais avec ses propres aveux et l'opi­
nion de tous ses admirateurs qui admettent avec lui
que la' traduction syriaque et les commentaires des
Scythopolitains existaient déjà aux environs de l'an-.
née 500.
Et, ce n'est point la première fois que nous le
surprenons à se contredire: déjà il a p.\'oqué Hypace
en faveur de sa thèse sur la falsific<\tion des oeuvres
de Denys en 50J, alors que Hypace, nous l'avons
vu, rendait les anciens Apollinaristes responsables des
fausses interpolations et les situait de cette manière
à la moitié du IV siècle, sans parler de maintes autres
preuves que Stiglmayr a passé sous silence et que mes
lecteurs trouveront dans les appendices de cette étude.
Je ne veux pas répéter ici, ce que j'ai dit des
citations anonymes ou nominatives d~s oeuvres de
Denys qui se trouvent chez les anciens Père,s de
l'Eglise avant l'année 500, et que Stiglmayr par un
raisonnement à rebours envisage aussi comme une
preuve de la fausseté de ses oeuvres. Il n'y a pas
de raison non plus d'attribuer ces oeuvres au milieu
monophysite puisque, comme nous allons le voir,
Sergius de Résaïne, quoique sorti d'une familie mo­
nophysite, est revenu au sein de l' Eglise (com~
me on le sait, depuis 526) et s'est trouvé auprès
du Pape Agapet l, er 536, presque à l'époclue
du colloque de Constàntinople (533-534) et' de la
présence à Constantinople de Sévère, convié en 534
pour un entretien privé avec l'empereur Justinien; et
333

, c'e,t justement dans un discours sur la' Foi (disparu)


.r
et dans la préface d~ la traduction des oeuvres de
Denys que Sergius .a exposé sa croyance orthodoxe
en christologie. On a donc le droit de regarder la
traduction syriaque de Denys comme l'oeuvre d'un ".
catholique et sortie d:l milieu catholique., ElIe ne
pouyait pas non plus ne pas être connue etàpprouvée
par le pape Saint Agapet.
Nous venons d'exposer pour ,quels motifs, Stigl-
mayr, dans sa recherche du faussaire des oeuvres
de Denys, en a attribué la' falsification à Sévère
d'Antioche. Mais ce n'est là qu'une hypothèse, où en
est la preuve?
Stiglmayr croit la troUVé'r clans une remarque ./
de Th{:odore le Lecteur sur l'introduction du chant
du Credo dans la liturgie de la messe à Antioche
par Pierre Le Foulon en 476. Comme, d'après Stigl-
mayr, Denys dans la description de la liturgie de
la me,se, nous parle aussi du chant du Credo, cela
l'autorise, d'après son avis, de reculer la date de com-
position de ces oeuvres après 476. C'est son seul
argument positif, c'est le seul gue citent et que répé-
tent jusqu'ici tous les recueil.> modernes d'histoire
ecclé.;iastique et toutes les encyclopédies du monde.
Je l'étudierai de plus près dans le chapitre suivant
où je réfute les objections faites à l'authenticité de
Denys. Ici je noterai simplement l'absurdité de la
supposition: qu'un faussaire, assez adroit pour tromper
non seulement tous ses contemporains, mais tous les
grands esprits des siècles futurs, ait eu la naïveté
de citer parmi les coutumes des temps apostoliques
un usage qui venait d'être introduit dans la liturgie '>.
...

334

de la messe de son vivant, par son prédécesseur sur


le siège d'Antioche!
Telle était la position que j'ai prise (1) envers
l' hypothèse extravagante de Stiglmayr que le faus­
saire des oeuvt.es dionysiennes (puisqu'elles étaient
sensées d'être' fausses à priori) n'était ni plus ni
moins que le chef même des monophysites au moment
où le R. P. rencontra sur sa route un adversaire,
bien plus autorisé que je ne le suis moi-même, dans
la personne de J. Lebon, professeur à l'Université
de Louvain. Ce grand spécialiste dans la question
du monophysisme, dans son article de la Revue d' Hi­
stoire ecclésiastique, octobre 1930, p. g80 à 905, lui
impute un défaut de méthode et une documenta­
tion tout à fait insuffisante en ce qui regarde Sévè- •
re d'Antioche etc. D'après lui non seulement Sévè­
re n' a rien d'un faussaire, mais on. ne le surprend
jamais « à inventer ou a altérer en sa faveur un
témoignage patristique». Au contraire, «: son haut
souci d'exactitude et ses patientes reçherches ont
déjà aidé à démasquer plus d'un faussaire, ... » Lebon
se refuse donc d'abord à voir dans le p s e u d 0 ­
Denys (puisqu'il le tient quand même pour faux) un
monophysite alors que le P. Stilgmayr l'admet comme
un fait acquis. «Mais l'a-t-on prouvé jusqu'ici? Et
at-on jamais prouvé non plus ce que le R. Père tient
pOlir établi, à savoir, que Sévère de son côté était
néoplatonicien? ».
«Ainsi entre Sévère et l'Aréopagite, un fossé
paraît se creuser. Le P. Stilgmayr croyait l'avoir
(1) Da'l> mOIl ouvrage polonais: "Dziela Swietego Dionizyusza
Areop<lgily, Krak6w 1932. ».
335

comblé, mais c'est qu'il connaissait mal le patriarche


d'Antio·:he et qu'il faisait de ce chef des rapproche­
ments tendancieux».
Sous le coup de ces critiques l'assurance de
Stiglmayr paraît fléchir et dans le «Lexicon für
Theologie und Kirche V(.n Dr. Michael Buchberger,
article - Dionysius Areopagite Tom. III. col. 335)
il s'exprime d'une .manière moins catégorique: «Peut
être, écrit-il, est-ce Sévère qui a rédigé le Corpus
dionysien ?) La polémique dure encore, mais d'ores et
déjà la question paraît résolue dans un sens défavo­
ré>.ble à la thèse de Stiglmayr par l'intervention du
plus célébre historien de _l'Eglise en Allemagne
d'aujourd'hui, Bardenhewer, dans le dernier et cin­
quième volume de son Histoire de la Littérature ec­ ./

clésiastique (1932) où il dit: «L'hypothèse que Sé·


verus serait l'auteur du pseudo Denys l'Aréopagite
est déjà justement écartée par Lebon».
Décidément sa découverte du faussaire dans la
personne de Sévère d'Antioche n'a pas eu plus de
chance que cèlle de Hipler dans la personne d'un
Deny.:; de Rhinokorura.

Le R. P. Stiglmayr après avoir proclamé dans:


Programmschrift des Pri vatgymnasiums an der Stella
Matutina zu Feldkirch.
P' 26. <! Das kirchliche Altertum weisz nichts von
Seinen Schriften» nous donne le récueil le plus
complet de documents concernant l'existence et la
connaissance des oeuvres de Denys l'Ar. depuis le
. début du Christianisme, que j'ai l' honneur de pré­
senter à mes lecteurs dans l' orig-inal allemand.
....

-,;'.
;' ,"
... ".: ..

"

RECUEIL DE DOCUMENTS FAIT PAR LE


R. P. STlGLMAYR S. J. AVEC MES ANNOTATIONS.

p. 6. «Man gelangt aber an der Band solchen That­

s:l.chen und Schriftwerke bis in die letzten Decenien

des V Jahrhundert herab '> •

P' 14· «D a s Z e u g n i s des J u ven a 1 i s v 0 n,

J e rus ale m....Wen er wirklich von D. A. in die­

s~r Weise gerehdet haette, dannbleibe wohl nichts

- übrig aIs die Entstp.hung der Dionysischen Schriften


in den Anfang des V oder Ausg-ang des IV Jahr­
hunderts zu setsen. Wir glauben indess, ganz abge.
.. sehen von andern, der Iiterarischen Abhangigkeit
des Dionysios entnomm'enen Griinden, schon aus
der Beschaffenheit diesen ganzen Citates mit einiger
Wahrscheinlichkeit auf des sen An fuegung schliessen
zu konnen».
p. 51. «Ephraim, archiep. Antiochensis 527-545
"Defensor orthodo xiae"». [Il n'en est resté que des frag­
ments chez Photius]. (M. LXXX, 2, 21°3-2110 ed. A. Mai)
cod. 228 et 229 in M. C. III 957-970 et 969-1024.
«Die Stelle, an welcher Ephraim den Dionysios
Areop. citiert und, was vol1e Beachtung verdient, .... ­
steht in den zweiten der gennanten' Werke (M. C.
III 989).
. "0 'tl CP'fjOl'!
' ( sc. 'E ;oPlXlf.llOÇ)
' .2'1"';tPCOW,W'I,
, ,
'tou'tSO,t
f.l[Cl'1 U7tOO'tClOl'l 'toù )"éyou oEnpx'wfls'rfj'l 'X:~pU't't!)flE'! ËT.2l­
ô-r, 'X.Cl: (l7tÀoùç 'IYjcro~ç OU'lê'ts{}'fI 'X.Cl'tà 't0'l ;2'1 cfyCClÇ 'A­
pE07tClY['tYj'l ÂlC'160l0'l. KCll Ë7d fls'I 't1jç 'X.ClS" um5o'ta:H'I
" .., • - , q' , 'Q '\,
S'IW02.Wç Cl'XCl:WÇ 'itClpCl 't-~ç EU02l"ElClÇ; 'tc oU'tv'S't!)'1 I\s"{2.'t:x:,
'>.
. '
\ '.

OU'lvê1:0'l
, Q ôê 'OUOlav
" ou'ô ElÇ
' Elï.l:l'I
, - EtO " ).j!'r,OE itA'IV
~.), 'A itoAAl:
.. ~
vapCou,
~
Hierotheus d. d. n. I. 4; àvaxai.olJj!sv:fj (!'c ..~

&êapx.ca) itpçç éau't~'1 xal àva,dhroa 1:1j'1 à'l3'pwlC['rr,'1 t·

0Xawb, ti,;Yjç àp?~'twç (; &ûoüç Tfjo'Jùç OU'IS1:s{) 'r. •.

p. 34. The 0 dol' us Le c tOI' M. LXXXVI a 208

sg. [comparez] 201 A. copié par Nikephorus

KalI i s t 0 s M. CXLVII 84 B. (respective) 189 D.

p. 64. D as P. i n d l' i n g end e l' Dio Cl ys i s ch e Il

Schriften in die christliche literatur

bis Z. Lat e l' a n con cil 649.

p. 63 1) Themistos diacre d'Alexandrie 5 ~ 7 mono­

physite voir 11 11Otius. 2) Kallistos Kat. ± 540 voir

Concile de Latran 649 Hard. III.' 786. 895. 898.

p. 65. 3) Johannes Philoponus d'Alexandrie ± 54 0 ./

Grammairien. a ~crit t:ntre <1.utre un commentaire

sur la création du monde. Au § 21 du second li, re

il p:lrIe Ges phénomènes aperçus par D. A. au' mo­

ment de la mort de J. C. Voir la lettre à Polycar·

pe ep. VII (M. III [080 0. Philopone emploie l'ex­

pression .~ €it'aù't~ 'l:~?aôo~oç xal àOlJ'r~{h6 .fI ep60Sl

SX).êl~lÇ 1J).lax'fj (mpl XOOlwitol~aç II 21 consultez aussi

M. III 9. Il s'exprime sur Denys avec la plus gran­

de vénération. '0 j!Z'I (!nl-oao:p[q. à:x.pq. xal .~ elJa:)e('{­

'tb 'A&'/j'I"fJOl 't'~ç x€ x).'f)aCa·ç '&p6'ioV xooj!'~oaç 134 (ci­

té selon Fabricius IX 36 [).

Seine SteIIuog zu Severus, gegen dem el' eine


Streitschrift richtete (Fabricius IX 368), liefert d~n
Beweis, dass Dionysios Areopagita von verschiede­
oen Parteien der Monophysiten trotz ihres gegensei­
. tigen religioesen Haders gleichmaeszig als eine Au­
ctoritat angeführt wurde.
33 8

[Et un tel grammairien n'aurait pas I:econnu si ces


écrits dataient du 1 sc. ou du VI sc., d'autant plus s'ils ont été
f<1lsifiés par un contemporain. Pour çroire à des balivernes
pareilles il faut être aveuglé par l'esprit sectaire des prote­
stants ou être des catholiques peu sincères, ou encore être
de ceux pour lesquels toute science ne consiste qu'a répéter
les divagations allemandes].
4) Der Verfasser der [o'topta EÙ&ul.u~x~ von der
Mitte des VI Jahrh. A fui se réfère Saint Jean Da·
mascène.
p. 66. S. J 0 han n e s Dam a s c e nus seconde
homélie sur l'ascension de la S. Vierge M. XCVI
748 écrit dans l' histoire Euthumiaque en avançant
l'argument de Denys:
«'OP(X'ts, tpO,Ct na1:spsç ital o:osÀ.tpor, ota "pèç ~llaÇ 0
na'lsmû,srjç o:no1;St'lê1:at 1:<xC(oç xal 01:t 1:aù.a ~lhwç 3XSt, xal
àv 't'?j Eù&ulltaxll \01:0Ft~ 1:Fhcr ),6î'cr xs::ça.Àatq> 1:êOOapaxo
01:4> olhwç aù1:o),s;sl î'sî'pamat". •
.A la demande de l' Imp. Pulchérie adressée à
Juvenal évêque de Jérusalem concernant les reliques
de la très Sainte Mère de Dieu, Juvénal répond
(ad fi nem) 7tap1)oa'l oz 1:61:S oùv 'tvlÇ O:7tv01:o),Otç... ital
àtovumoç f; , ApsvTIaY[1:'~ç, xa&wç aÙ1:èiç <5 Ilsyaç àtcvuO[vç
llap1:Upst EV 1:OlÇ nspl 1:0Ù Ilaxaptou 'Ispo&sou xai. aÙ1:0Ù
,
't01:5 ,
naponoç ••
npcç $, Q '
1:v'l t''Y)\J'sna 2.' .,
(J;7tcû1:0"ov T tllClFSOV
'Q
no­
.- VYj&SlOt Myetç, OU1:WO[ ÀSî'W'I. 'Ei'si. xal nap'aù1:ôtç... ullvw­
OtCÏlv Enaxouoaç n. III. 2 d. d.
p. 67.5 Li.beratus "von Carthago schrieb
zwischen 560-566 [?]. Er war Diakon in der Kirche
von Carthago und verfaste ein Breviari.um causae
Nestorianorum et Eutychianorum, welches den Zeit­
raum 428'553 umspannt... findet sich (c. x.) eine sumo
marische N otiz über das Religiongespdich von Con­

'"
339

stanti_nopol 535 [Pure fantaisie !l!]I' Liberatus s'exprime


ainsi: Cyrillus quatuor libros scripsit: tres adversus
Theodorum 'et Diodorum, quasi Nestoriani dogmatis
auctores, et alium de Incarnatione librum. In quibus
continentur antiquorum Patrum incorrupta testimonia,
Felicis papae Romani, Dionysii Areopagitae, Corin.
thiorum episcopi et Gregorii Mirabilis 8Gtu/lGt1:ouPYOü
cognominati.
p. 67 Wie aus der an gleicher Stelle mitgetheilten
Antwort des Hypatios hervorgeht, war die Quelle
fuer Liberatus jener einzige und nur lateini5ch uhaJ­
tene Bericht, des Innocentiu~ von MaroIlia, einen
der katholischen Collo'cutoren, einen Freunde ueber
den ganzen Hergang erstaltet hat. Sonach steht das
Zeugnis des Liberatus nicht auf eigenen Fuessen
etc. [?!] Entweder Liberatus oder ein spaterer Abschrei· ./

ber (sc. von Innocentius) ist durch die beide Namen


des D. v. Athen und des Dionysios v. Korinth ver.
wirt worden, denn der letzten gilt aIs der Adres­
sat eines Briefes, den der bei Innocentius gleich
hinter Felix erwahnte [?] Papst Julius nach Korinth
geschrieben haben soli (vergleich Leontios De Sect.
act. VIII) (M. S. gr. LXXXVI a 1253 D.) und Eu­
logius apud Photium bibl. cod. CCXXX (M. S. gr.
CIII 1°41 A).
p.67. 6) I s a a c deN i n ive évêque et moine
± 550 chez Assemani bibl. or. 1. 451. Assemani cite:
~Inter primos Dionysii laudatores recensus est Isaac
nos ter » (Chevalier, Répertoire p. 112 1): Isaac, Sy­
rien, évêque de Ninive 548. Hipler (kath. Kirchen·
lexicon III 1795) setzt Isaac an den Anfang des VI
1. 1.

'. 1 •

34° ,. ~

Jahrh [mais Bardenhewer t. V. Kirchengeschichte le place


au V siècle.]
p. 68. 7) J 0 han n e s Mal a los aus Antioc.hia bis
nach 565.
8) Jo s e Fi h Hu z a j a
9) J 0 Il a n ne s de A p a m e a i n!e 0 e 1 i s y­
ria. •.,
10) Pet rus K a II i n i k 0 s. '
p. 70. A n a p h 0 raS. Dio n ys i i iudiciis S. Pau­
li apostoli discipuli. Vnter den, Codices Chrrldaicis.
Syriaci, Vaticani, Assemani, abgedruckt bei Mai
Scriptt. vett. t. V. pars. II i~t fuer unserem Zweck
Cod. 4 r 4 (Mai p. 63) von Belang.
Die S y ris che n C.a t e n end e r Vat e r
berufen sich ebenfalss auf Areopagiten. Nach Wright
wire hier besonders Cod. addit. 14532 (Saec. 'VIII)
und Cod. addit. Itr 539 (Saec. VIII.IX). ;
rr) Gregor der Grosse 54°,6°4.
Vergl. Ass. gd. Mon. Regist. VII 29, Bd.
r 5.47 r und XI 55 Bd. 28. 330. Quamvis graecae lin­
guae nescius in contentione t2men vostra iudex re­
sedi. Nonne graece novimus nec aliquod opus ali­
quanclo graece conscripsimus (Ewald. Reg. J, 28,
III, 63, XI, 10 und 21).
p. 7 L 12) Die S c h 0 1 i end e s R h e t 0 r SI?!?
c' est faux] Dio n y 5 i 0 s von A. 1 e x and rie n ?
Lpoint d'interrogation de StiglmayrJ. Il cite le texte de
Maxime des scholia (1\1. IV 60) à Denys Areop.
C. H. V; ce texte signifie: b j'oùv p.sj'cq; ~. A. x.
't. À. Les mêmes paroles nous trouvons chez Ana­

stase le Sinaïte. 'Œ'f(y6ç 22 (M. LXXXIX 289 c.) "

Offenbar liegt hier ein Irrthum [insolence) vor; der

...
t':"--;:

34 1
/'
Bischof D. von Alexandricn: der nie . Rhetor war
[lui, il le sa(t mieux!'- que St. Maxime et St. Anastase le
Synaïte! quelle insolence!] und ein wirklicher oder ver·
meintlicher Rhetor {il consent de s' appuyer sur les deux
opinions contraires, dans le seul but d'accuser de mensonge
St. Maxime et St. Anastase) Gleichen Names aus dersel-
ben Alexandrien der einer spateren [d'où prend il ceci]
Zeit angeh6ren müsste [pourquoi c müsste»? parceque
telle est la fantaisie de Stig!.], wurden nicht geh6rig un-
terschieden. Nach Hipler (Dion. d. Ar. S. i 20) hat
ein Codex des Hodegos aus dem X Jahrh. die be-
troffene Stelle gar nicht ... Die Annahme Hiplers,
dass, die ganze verwomene Bewehrung erst aus einer
Notiz des Niketos Choniates nach 1200 entstanden
ist, klingt nicht unwarscheinlich [quelle précaution!} (a.'
a. O. S. 120). Die Zeit des «Rhetors» Dionysios ./
nun, der aIs Scholiast des Areopagiten aufgetreten
sein soli [ce «sein soll» est très précieux] Hi.sst sich nicht
sicher bestimmen. Harnack [toujours plus sincère] glaubt
nicht an die Existenz dieses neues Alexandrini·
schen Dionysios [Rhetor] [c'est évident puisqu'il n'a ja.
mais existé. Ces farceurs inventent tout d'abord un person-
nage fictif et puis ils se donnent tout le mal possible pour
trouver l'époque de son existence et discutent entre (UX la
date juste de son apparition; p.nfin ils feignent la folie c~er­
chant de projeter dans le temps et l'espace l'idée de la fon-'
ction d'un rhéteur, enfin le subtile Père Jésuite allemand ne
se décide pas, soi-disant, de prononcer son jug( ment définitif
sur l' epoque de l'existence de ce rhéteur fictif et de celte ma-
nière il établit l'existence réel1e en chair et os d'une fiction.]
13) Theodorus Presbyter - Nach Nourry gilt er
bei den Vertheidiger der Rechtheit aIs antiquissimus

34 2

scriptor (chez Photius cod. 1 (M. CIlI 44ï) 14. (Ser­


gios patr. v. Const. 610-638).
14) Kyros von Apamea
15) An t i 0 chu s Mon a chu san. 620
16) Der Ver fa s s e r der 0 ste n ch r 0 n i k
± 63 0
17) Modestus v. Jerusalem 630, 643"
63 1-634. [Succède à Pyrrhus, évêque de Constantinople,
co-nverli par St. Maxime]
18) S 0 P h r 0 n i u spa t r. v. J e rus ale m
634- 6 3 8
p. 78. 10) Ab t- M a x i m 0 s, Bekenner 580.662
Vorkaempfer des Dyotheletismus.
p. 82. 20) Anastasios Presbyter und A­
po k ris i a r. Schueler und Leidensgefahrte Genos­
se des St. Maximus, schrieb nach dessen Tod 662.
21) A n as tas i 0 s der Mon c h. auch ein
Schüler und LeidengEnoss~ des St. Maximus (M. S.
gr. XC 133-136) auch (s. lat. CXXXIX 623-626)
22) A n as tas i 0 s Sin aï t a ±
700 auteur du
'Oo'1Jy6ç (pélerin, guide]'
p. 36. 23) Papst Gregor der Grosse, (590­
604) der, bei seiner personlicher U nkenntnis des
Griechischen, sein Urtheil nach den anderen Katho­
Iiken bildEt müsste.. (c'est avec la plus grande difficulté
que je peux admettre que Grégoire le Grand n'eût pas con­
nu le grec; nous savons qu'il a passé trois années entières
à Constantinople comme légat (apocrisiaire). D'autres scien­
tifiques allemands ont essayé même de lui attribuer les oeu­
vres de Denys.) Son aveu signifie probablement qu'il ne se
disait pas capable de composer des ouvrages en grec, mais
non qu'il ne comprenait pas le grec).

.,..
343

p. 88. Was die Frage nach den «verlorenen Schrif­


ten des Diony'sios betrifft, so begegnete uns in .den
alten Sy'richen übersetzung (Wright cod. add. 12151
121 5 2, [4539, 1454°,2237°), einige Spuren.
Aber ~uch die «schwachen Spuren» auf wel­
che Hipler selbst hinweist scheinen mir nicht eigen­
tlich aIs solche erweisbar.
La citation principale d'Anastase le Sinaïte se
trouve dans l'homélie sur la Ressemblance Divine,
über das g6üliche Ebenbild, (M. LXXXIX 1152­
[ 18o, se trouve la citation de Denys l'Aréopagite
sur l'essence de l'amour.
,Ayci1t'YJ ylip O € 'tt'i wr;, ep'YJot l1tovumor;" s'iwmt-fj xal
ol)'ia1t'tt"x.~ 't'iir;, ejmxiir;, ôtaihmr;, 1tpor;, 'to 1tU&oUI-lSVO'i d. A.
N. IV 15 il dit: 'tG'i ~pw'ta ... 8'iwwt'Yj 'ttç xal OU'ia1t'tt­ /'
x-fj 't1jr;, ~ux-Tjr;, ôta&sotr;, 1tpbr;, 'tOV 1tO&OUI-lE'iO'i (D. -A. de
D. N. IV 15 s' exprim e 't0'i ~pw'ta SVW'tLxyJ 'tLç ouva1t­
'ttx-fj 'tfjr;, ~l)x1)r;, ôtli&s,nr;, 1tpOç 'tOV 1tO&OUI-lEVOV.
p. 90. Die Thatsache, dass schon in der Syr. Uebers.
des Serg. also wohl vor 533 (Serg. yon Resa'ine t
536) die Sammtlichen Schrifften des Pseudo-Diony­
sios vorhanden sind, legt den Schluss nahe, dass sie
a) von Anf an g and e n Nam end es A­
reopagites tragen
b) aile gleichzeitig [?] erschienen'sind
c) keinen weitern Umformungen erlitten haben [?]
p. 52 Der Verfasser der Vorrede zur Syrichen Dio­
nysios übersetzung (Cod. add. 12151 des Brit. Mu­
seum) Phokas bar Sergis (VIII Jahrhundert ?), sagt
ausdrücklich, diese syrische Uebersetzung angefertigt
\t'urde von dem ?tpXCa'tpor;, Sergius von Resaïna (t 536)
p. 53.24) Georg v. Skythopolis (Baisan­
~-;,.'

344­

Bethsan) Zeitgenosse des )oh. v. Skyth. Phokas Bar


Ser,gis sagt in seiner Vorrede weiter (fol. 5): Nach
im (Johannes v. Skyth.) habe ich gesetzt die Abhan­
dlung eines anderen keuschen orthodoxen Mannes,
Georgen Priesters desgrossen Kirche v. Const.
Seine Apologie zu diesen, Schriften des seIigen
Dionysios ist hinzugefügt der obigen membra der
Apologie des Jol-!. Scholasticus, wegen diesel' g6t
tlich~11 Schriften, die von thoerichten Menschen an­
geklagt weden, aIs seien sie nicht von dem gros­
sen Lehrer, sondern von einem haretischen Apolli­
naristen oder einem andern unbenannten aus den
jnengern Haretiker. Soweit stimmt also diese zweite
Apologie des Georgios mit der ersten des Johannes
ziemlich ueberein. Ein ganz neues Moment aber bie­
t(~t sie im weiteren Verlaufe: Georsios fahrt fort, el'
wolle ein argument bieten dass die Gegner si cher
zum schweigen bringen muesse,. und darnit deutet el'
auf einen Brief des Dionysios, Patriarch. [évêquel v~n
Alex. 248-265 .. An Papst Sixtus IL worin bereits
die Echtheit von areopagitischen Schriften gegen ihre
Gegner vertheidigt werde. Wir lassen das ganze schrift­
stueck folgp.n und zwar in der Iateinischen ueberset­
zung von Martin in Pitras Analecta sacr. IV 414.
Ex epist. (S. D. Alexandrini) ad Sixtum, pa­
pam Romae civitatis epistoIae initium est: « Susce­
pi epistoIam vestram ... Pro iis tenutam, qui, in HeI­
Iada Deum absconditum etc."ut eam similiter narra·
re possint.»
p. 54. Dass diesel' Brief des Dion.v. Alex. ur.echt
ist, geht VOl' allem schon aus dem Umstande her­
VOl', dass ueber die areopagitischen Schriften in den
.,.
. ·r.---~·11'+"'11 •. ~~,

~~"~'"

. -
345

ersten drei, bezw. vier (tout au contraire on le citait


c·onstamment mais rarement nominativement] J ahrhunderten
! vollstandiges Schweigen herschte [il semble reconnaître
pourtant que de 400 à 500 il a pu être cité nominativement].
1·· Haben schon die fruehere Gegner der Echtheit im­
mer aus dem umstande argumenti.ert, dass weder
Eusebius, noch Hieronymus, noch. Gelasius wohl,
~och sonst ein' Kirchlicher Schriftsteller [erreur] von
den Areopagiten spraeche, so gewinnt dieser Einwand
ein ganz neues und ausserordentliches Gewicht, wenn
die ~xistenz eines solchen Briefes in Spiel kommt.
[une objection non positive mais basée sur un parti pris]_
Es ist· undenkbar, dass ein Patriarch [évêque] a uf
dem Stuhle von Alexandrien in einem Briefe, den
/'
~
zwischen 257 und 258 an den Papst Sixtus II in
Rom gerichtet ist, die Schriften Dionysios Areopa­
gita gruendlich kannte [?] und wider ihrer Gegner
warm vertheidigte, ohne dass irgend eine Spur von
diesen vorgangen in der Gleichzeitigen und unmit·
telbar volgenden Literatur zurueck blieb [li].
Der ganzen Anlage nach erscheint vielmehr die
Apolugie des Georg v. Skyth. aIs eine nachamung
der Apologie des Joh. v. Skyth., denn auch der Yer­
haltniss zu Apollophanus kommt am Schlu5se aus­
fuerlich zur Sprache; die neue Zuthat des erfunde­
nen Brides muesste aber den Wert dieser zweiten
Apologie natuerlich erhohen. [Il y est nommé par son
nom contrairement à la discipline du secret, puisque c'est
une lettre d'un hiérarque à un autre hiérarque. On se de­
mande, par contre, pourquoi n'a-t.on rien su de la dispute de
332 à Constantinople jusqu'à Valla, et pourquoi elle n'a lais·
sé aucune trace dans les annales de l' Histoire ?]
p. 86. Noch in zweifach anderer Weise steht der

23
34 6

Name des Dionysios von Alex,' mit denndes Areo­


pagiten in Zusammenhang. Erstens soli der Alexan­
driner Scholien zu der Areopagitica geschrieben ha­
ben,worueber un ter die Rede Sein wird, zweitens
existirt ein Fragment von einen Brief de.s D. v. A­
Iex: an Konon) abgedrueckt in Class. Auct. ed. Mai
X 484 und wieder bei Mai 5 gr. X 1602) welchér
sich genau mit einer Stelle von Dion. Areop. ep..
VIII 5 (ad Demophil.) deckt: &'1tsÀ(x,'l'ttÇSç OV 6 Xpt­
(J'toç.:. ocd!-l0crt'l scronixt.
Vergle das Syrisch Fragment, welches eine Ue­
bersetzung der erwaehnten Stelle enthaIt, bei Pitra,
scr. cccl. Graec, mon. 1549 .... Ueber Konon siehe Eu­
seb. Hist. ed. VI 42, 2.
p. 90. Das ganze Corpus der bisher bekannten Dio­
nysichen Schriften schon vorhanden ist in der Syri­
schen Uebersetzung des Sergius v. Resa!!la (Wright
cod. add. 12152 ann. 836/7; in cod. add. 12151
ann. 803/4 faehlt die myst. 'Theologie).
p. 91 Die p s e u d 0 e p i gr a fis che n Sc h ri f ­
t e n, in den n die W e r k e des Dio n y s i 0 s
Are 0 p agi tac i tir t we rd en. [tout est faux où
Denys est nommé par son nom!]
1. Der une c h te [?] Kan 0 n XXXI des
Nic a e n u ms (325). In der arabischen Recension
des Nicaenum,s wird ~ unter Kanon XXXI
auf nachstehende Weise aügefuehrt. «et postqu,am
haec fecerit, accipiat e~piscopus vel sacerdos ad
cuius potestatem pertinet et ungat eum unctione
chrysmatis et signet ter ungendo et orando super
eum orationem Dionysii Areopagitae ... » Die erwaehn­

...
_.-..---,.-----_.-
'.' ~'"

347

te Oratio wollten die Vertheidiger der Areopagiti­

ca in E. H. VII finden. r\un passt allerdings keine

Stelle des Dionysioseigentlich zu jener Situation

welche für kan. XXXI (ratione et modo recipiendi

1conversos ad fidem orthodoxam ex haeresi Arii et


\alion~m talium) vorausgesezt wird [une remarque super­

flue). Weil aber dieser Kanon zusammen mit den an­

derer unechten von den Orientalen (Arabern, Syrien,

Chaldaern, Maroniten, Kopten, Jakobitcn und Ne­

storianern) :ils authentisch betrachtet wurde, so hat

er jedenfalls seinen Antheil an, der Befestigung des

Aufsehens der Areopagiten (1).

p. 92.2) Pseudo Origines


Homiliae in diversos abgedruckt in der lateini­
sch~n Originis Ausgabe 1545 bei Froben in Base!. ,./

In der zweiten Homilie die ohne Zweifel unecht ist


findet sich Citat aus D. A. In ipso enim ...et divini­
tas (a. a. O. p. 294).
rA quelle époque faut-il placer celte recension ?]. lm «Pro­
blema l' des Anonymus (Veneto Ausg. d. Dionys. II
351) heisst es: « ut huiusce operis epocha non nisi
circa qua r t u m saeculum possit consignari. ~ [éh
bien! le R. P. Stiglmayr donne une preuve contraire à sa
thè~e].
3) P s eu d 0 - Ath a na s i 0 s
Quaestiones ad Antiochum ducem Bardenhewer
(a. a. O. S. 241) bezeichnet diese dei hl. Athana­

sios unterschobene Schrift aIs eine aus altern Quel­

1 (1) Le P. Stiglmayr 'croit·i.l donc que tout l'Orient soit résté sans
)
'~ c9nnaissance des dogmes de leur réligion jusqu'à 533, car Stiglmayr

remet la composition de ces oeuvres à l'année de tantôt après la mort

de Proc1us, tantôt à la dispute de Constantinople en 533.

-,

34 8

len zum Theil aus Athanasius geschopfte compilatio

von verlorenen ganzlich umbekannten Handen. Je­

~ denfalls haben wir erst mit einem Werhe zu thun,

dass nicht so lange nach dem Erscheinen der Areo­

pagitischen Schriften entstand [Cela veut dire que ie R.

P. le remet arbitrairement au début du VI siècle [I?!], n'est


ce pas un peu trop tard? Tandis que la revue c Ami du
Clerg-é» assure que cet opuscule fut considéré comme authen­
tique durant 155 ans par les anciens Pères et entre autres
par St. Cyrille d'Alex. Il s'en suite qu'il a éléécrit avant
l'année 400].
Es dient uns ebenfaIIs aIs Texzeuge für Diony­
.sios da es in der pag. VIII foIgende worte enthaeIt:
"
0 ucna ' "wcmzp XUl, rL'hrpWnwv
f-LZ'I J. "- '
f-Lla
'(
sc. rLYYSAWV
J." )
"Cay­
,

f-La"Ca os wç b no/,ùç sv &zo/,oyCt- .1l0'lUOléç ep-~Ol'l, s'l'lsa


s101 "Caü"Ca' tiYYs/'Ol, àpXciyyz),ol, à.pXaC, sçouoCal, OI)'1cif-Lzlç
X:3plO't:"~"CSÇ, "Cà é;an"Cépuya ozpa:plf-L rà T.oÀu0f-Lf-La"Ca xspou­
f3Cf-L xal o[ {j-pO'lOl.
Dionysios fuehrt die gIeichen Ordungen in um­
gekehrter und etwas veraenderter ReihefoIge auf c.
h. VI, &pO'lOl noÀu0f-Lf-La"Ca xal nol.Uï:"Cspa "CciYf-La"Ca

2;
Xspou~Cf-L""xa1. ~spaepCf-L, s;OUOCCXl, XUplO't:"~"CSÇ, OU'Icif-Lzlç,

ayySÀOl, àPXaC

(comparer Eulogios, sermo de Trin.· MLXXXVI b.

294 lA.)

C'est ainsi que parle, le R. P. Stiglmayr, tandis qu'un


des rédacteurs de «l'ami du Clergé (mois de Mars de l'an­
née 1933), un adepte fervant de Stiglmayr, croyant le défen·
dre, commet une gaffe en assurant que cet opuscule apocry­
phe fut durant 150 ans considéré par tous les Pères de l'E­
glise corn me authentique et que St. Cyrille d'Alex. a eu
toutes les peines du monde de l'interpréter dans le sens
orthodoxe. De cette manière il enterre complètement le mal­
tre qu'il s'est proposé de défendre, puisqu'il prouve que
les oeuvres de Denys existaient déjà ~n l'an ± 400]. ""
".',

, 349

p. 92. 4) Pseudo Hip·polytos·.


Von Anastasios, Presbyter und Apocrisiar Schü­
hIer des heiI. Maximus wird eine Schrift des hl.
Hippolytos bisch. v. Port us Romanus u. Martyrers
gegen den K,etzer Beron uwaehnt (M. XC 180 fl.)
. Die Schrift ist ohne Zweifel wiel spaeteren Datums
[cela va sans dire), wie schon Dollinger nachgewiesen
hat: (<< Hippolytos u. Kallistos»). Draeseke cherche
à prouver que c'est Denys lui-même qui est l' au­
teur de cette lettre. Domer tient cet écrit pour au­
thentique (Lettre von der Person Christi S. 536 2ft)
5. P s e u d o-C h ris 0 st 0 m 0 s
(M. S. gr. LIX 553-568) sermo de pseudopro­
phetis et falsis doctoribus. De Denys il s'exprime:
./
'itOÙ (; Âwv6mo~ -cO; TCm;~'1èv -COÙ oùpa'lo:J; (a. a. O. 500).
p. 93 De la manière pareille s'exprime Andreas
Cretensis dans son discours sur la mort de la Ste.
Vierge (M. S. gr. XCVII 1064): -cau-ca '(II-LIv 1.\:0'1:;­
:;:0;, 0 u~"1JÀoç -c'l)~ -&so/.oyCa; uCf"~n'~;, (; -C<0V oùpa'l<0v
u~~"s"(6 clS-COÇ, 0 (sp0'Ypa:ç~x.w-ca-co~ vou;.
6. Pseudo-Kyrillos von Alexandrien
In einem lateinischen Ratalog griechischer Hand­
schriften: Antonii Possevini Apparatus Sacer. Co­
loniae Agrippinae 1608, t. lI" in fine p. 46: Ex ca­
talogo librorum variis in locis Constantinopoli ex­
ta'ltium, qui su nt Graece M. S. quinque a. Gram­
m ltico fuere exhibiti. Der selbe Possevinus, win in
gri,:c!1ischen Handschriften Katalogen eine Erklaerung
der Ps. Areop. Schriften unterdem Namen des Ju­
stin gefunden haben. (Harnack altchrist. Lit. Gesch .
. 1. 1 10) die um 1600 zu Konst. sich befanden wird
auch folgenderi Werk erwaehnt: Explicatio S. Cyril­
or," . _.\
.'
..
-
35°

li Archiepiscopi Ale~andriaé in S. Hierotheum A­


reopagitam ... es· ist ohne. Zweifel sein Name mit dem
des Dionysios unweckselt. Ist do ch in .dem gleichèri
Katalog ein andere Manuscript. angeführt,. das. den
Titel tragt.: Liber S. Hierothei sive Dionysii Areo­
pagitae ep. Atheniensis Theologicus, Hie'rarchia et
mystica Theologia. In einer Syrischen Handschrift
(Brit. Mus. Cod. add. 17191 ;.saec IX oder X fol.
64) wird ferner ein wortlich aus D, d, n. IV 27
genommene Stélle iht oÈ ou~s xay.(aç ahwv - lXo&z'izta
xx~ lXit6m:wcrtç)" ais ein satz Hierotheos citiert. Wie
Fronthingham (a. L'•• O. S. 71 f) bemerkt, duerfte ir­
gendein Moench der den Lehrer Bar Sudailis anhing,
jeden Commentar des Pseudo Kyrillos zu Hierotheus.
Dionysius geschrieben haben III est évident que tout
est faux cc qui s·' oppose à la.~ stupide. de Frothin~m
( que Bar Sudaili fut l'auteur des oeuvres attribuées à Hié·
rothée et même des oeuvres de Denys l' Aréop~gite].
7 Pseudo Leo
In den .. Sermones inediti S, Leonis herausge­
geben cÇ?:i Caillon (M. S. lat. LV 1 1 131) ist serm.
7 wollstandig dem Lob des hl. Dion. Areop. gawidmet.
Dass der hl. Apostelschueler Dionysios, der Verfas­
ser unserer Dionysiaca und der hl. Dionysios der
ais bisch. v. Paris III Jahrh. [?] gemartet wurde,
eine und dieselbe Person sei ist fuer den Inhalt des
Sermo bereits eine unbefangene Voraussetzung. Da
diesel' Irrthum erst um VIII [?] Jahrh. aultritt (Bya­
ens Acta SS. Oct. IV p. 646 sqq.) [lisez, lisez, donc!]
so mus s die Abfassung des pseudo-Ieonischen ser­
mo minderstens nahe um diese Zeit gesetzt wer­
den. [Oui, oui la rédaction de ce Sf rmon c doit-muss» êt';e
mis à l'époque qu'exige le Jésuite allemand).
-.-. JZT .. 7
.J. EEi# - -,. ..

o (. '/ ~.:.~
~

.,
•. 'l

35 1

p. 94 Pour accréditer la, véracité des oeuvres de


D. A. [à quoi bon?] il a paru toute une quantité d'a­
pocryphes come p. ex. en arménien: la réponse de
( D. A. premier évêque d' ~thènes à la question de
Titus, évêque de Crète. S,elon le Dr.' Velter il pa­
raît que c'est une traduction du grec et il [Velter]
la rapporte à la première moitié du V siècle.
[Ce que Stiglmayr nous communique est 'çontraire à sa
thèse].
9 La lettre de Denys à Timothée sur la mort
des apôtres Pierre et Paul a.déjà existé au
1 Ils i è cIe. Il ,faut comprendre sous le patriarche
Xystus, Xystus II qui, d'après la tradition romaine
fit port~r les reliques de St. Pierre aux Catacombes.
la. Maruta bisch. V. Maiparkat,et la lettre du pape Cl~­
ment. Maruta a écrit vers l'année 400; eine Geschichte
des Nicaenums der er mit den 20 echtèn und 73
...--_.~-..

unachten Kaoonen des Concils an Isaak von SeJeu­


kia schieckte. Die Schrift ist bruchstückweise erhalten
in der Handschriften der Propagélnda Fide K. VI.
4 p. s. ft. Sie enthaelt p. 22 ft. nachstehenden Passus:
Auch Clemens, der Schueler des Ap. Petrus der nach
dem Apostel der erste Bisch. v. Rom war, schrieb
einen Brief an Dionysios den Bisch. des Areopagu·s.
dt-:n Schueler des hei!. Paulus. Dieser Clemens hatte,
wie aus dem MU:1:le der Apostel beruehrt, die Ge­
schichte der Monche gehort und schrieb sie gttreu
dem Dionysios, in der er berichtet in den Eroterung
sein~rBriefes und sagt, das3 Elias, EJisaeus, Osias,
Johann d. Taeufer, der selige Jacob, Bruderdei Herrn,
Bohen (in die wüste) mit dem Rest der übringen von
denen er berichtet und erzaehlt, von irher Tracht
~A (aXYlf.La) und sagt: Einige hatten huerene Gewaender
,

35 2

andere solch von wolle, und sie ,praedigten Keusch­


heit..... und Leden Namen hatten sieum die Led~n und
Sandalen um irher Fue,ssfen. Manchewarenjungfraulich,
weil sie von Jugend an diese Tracht angewahnt hat­
ten. Andere waren verheiraten gewesen; weil sie
aber nach ihrer Verheiratung die Welt verlassen und
diesen sich angeschlossen hatten, waren sie gleich
wie diese. Manche wohnten im bebautem Lande, man­
che in der Wüste. Und si,e waren Propheten Sühne
genannt, der auch Propheten unter ihnen waren, wie
wir oben gesagt: Oses, Elias, Elisaeus, Jakobus
mit dem Rest der uebrigen deren Namen zu nennen
wir nicht Zeit haben. Daran schliesst sich noch eine
typische Auslegung der Geschichte v. den zwei Wei­
bern des Osia. '
Der ganze Abschnitt ist wohl unecht und bildet
somit ein weiteres Glied iA der reichen pseudo-Cle­
mentischen Literatur. Am naechsten schliesst sich die­
ser an Dionysios Areopagita adressierte Brief an je·
ne beiden Schreiben des Pseudo·Clemens ad Origi­
nem an die beide Ver wandschaft des Stoffes in da
That einige Auklaenge verrathen z. B. den Hinweis
auf die Typen des enthaltsamen Lebens, Johannes
den TaMer, Elias, Elisaeus und wiele andere dem
Handel heilig war und ünbefleckt. (ep. l, 6).
Die T a t sac h e, d a s s e i n . sol che r
Br i e f von den hochgefeierten Clemens Romanus
an den Areopagi ten s c h 0 n i n vie rte n J a h r­
h und e r t i m U ml a u f w a r und, bezeich­
nelld genug, von einen Syrischen Bisch.· in sein
Geschichts-werk verwartet ward.' Komte einen Spa­
tern sehr leicht auf den Gedanken bringen nun auch
dem Adressaten Dionysios ein Abhandlung über den
353

&apa:rtautcl;[ zu unterschaben, wie sie uns in c. h. [Stigl.


mayr avoue ici que les écrits de Denys l'A. furent connus au
IY siècle].
p. 95. VII entgegentritt. Jedenfalls fanden die fol­
genden Generationen, die an Echheit der Dionysi­
schen Schriften glaubten es ganz selbstverstandlich,
dass Dionysius in jenen Schreiben des Clemens die
Anregung Zll seiner Schrifstellerischen Thatigheit oder
noch wahrscheilicher die Antwort auf eine vorher Ge­
stellte Anfrage behufs einer solchen Arbeit eml'fieng.
Stiglmayr remarque aussi que dans les poésies et les
lettres de Grégoire, évêque d'Arabie, il est question
de la 23-ème homélie d'Al'hraates composée en
3 4 5, dans laquelle on trouve des passages ressem­
blants à Denys l'Aréopagite et précisément dans la
/"
caeI. hierar. II-IV (a. a. O. 86 ff.) et ece1. hier. VII.
(a. a. O. 75 fi.) s. 154 [il se contredit de nouveau].
p. q6. II. Cardo Mai (SpiciI. Rom. III 704 ff.) a pu­
blié un fragment arabe de Hiérothée, disciple des,
apôtres et évêque d'Athènes. Langen (a. a. O. 1894,
s. 39 A).
Plus loin il remarque que dans la Bibl. du Va­
tican se trouvent q~anci~ c~~nd~rs syriens de
Kzuchoun dans lesquels Hiérothée est mentionné com­
me' disciple de S. Paul et magister Dionysii Magni.
p. 78. 19. L'auteur. L'abbé Maximus, Confesseur
580-662. Dieser muttige Vorkampfer des Dyotheletis­
mus \Var 633 mit Sophronius in Altxandrien aIs die­
ser zum erstenmale gegen die neue Irrlehre d'er Mo­
nothèlden auftrat. lm Jahre 645 hatte Max. mit
dem V'èrtriebenen Patriarchtn v. Const. Pyrrhos in
Afrlka eine beruehmte Disputation in gegenwart des
Ka!serlichen Statthalters u. vieler BischOfe. Gegen
.,.
354

Schluss der Disputation, in der sich Maximus unge-


mein Schlagfertig, scharfsinnig und in den Schriften
bewandert zeigt wendet Pyrrhos ein: Tt ôÈ 1tEFt 'tOt;
6:ytOU ÔlOVUO[CU epal-1Èv S'I 't~ 1tFè.Ç ratou 'tb -&Epar.EU't·~'I
smo'to),g ep~oa'l'toc;. Kal'l~ 'tt',la 't"'lv -&Ea'lOplx"'IV svsnaav
1"tspl 'tOù Xpto'toù sv ~l-1~v 7tE1tOÀU'tSUl-1Évov j (M. S. gr.
XCI 345) Maximus antwortet mit einer lichtwollen
Unterscheidung. Etwas quantitavit Neues konnemit
diesen Ansdruck nicht gemein sein, weil sich sonst
das Absurdum ausgabe, dass man eine dritte I\atur
in ChrÎst'Js annehmen müsse; wohlaber Lesage der
Ansdruck bei Dionysius etwas qualitativ Neues, ins-
fern die neue geheimnisvolle Art und Weise der
menschlichen - Thatigkeit Christi ausgedruckt "ver-
de, welche in der hypostatichen _verbindung und Pe-
richorese der beiden Naturen gegrünètt ist. Dann
: volgt das Argument, welcher \Vir schon bei Siy~hron
geschen haben. Pyrrhos fragt: OthE ~ "{j'savôFûl l-1[a-1
o'tj),or. Maximus entgegnet: OùX1 LvÙ'lCl.'1'ttOV y&.p 1tSpl-
cppao'tl'Xwç .~ epw-rfj Ol~ 'tW'l àPl3'l-10ul-1svw'l epUOEWC; 't~; aù·
'tW'l S'IspYEtac; 1taFaoéêw'XE'I' Et1tZp 6:1toepcioa 'tW'! à,XPW-1
OÙ02'! sOL~ l-1200'l È1tl XplO·WÙ. El êà l-1tav o')'I/.ot, an1Jv
napà 't"'lV LoG na'tpè.c; WC; 8sè.ç (wç EhoG) 6 XPlO'tè.Ç ~ÇSl
't'~'1 S'IÉpysla'l. Papst Martin I auf der Lateranconcil
(649) diese Erklarung wieder aufnam, Wie Hefele
(Conciliengesch. III' 129) mit Recht bemerkt, war
durch diese Erklarung, welche Maximus von der be-
ruhumten Stelle des Areopagita gab, den Monatha-
leten das Recht entrissen sich darauf zu berufen.
p. '79. Maximus Scholien zum Dionys. schrieb, ,velche
durch i~re orthodoxe auslegung der schwierligen und
monophysitich [oh là là!] Klingenden Stellen ünge-
~.'" .~ l"··

'"

..
,
355

mein viel ,zur allgemeinen Anerkennung der Echthe.it

beitragen" [erreur, puisque' personne n'avait de doutes à cet­

te époque] Er bekundet seine klare Art zu argumen­

tieren un.l èlieselben mit Beispielen aus de~ h. Schrift

zu erlautern in die Scholien eben 50 gut wie in dem

Gesprach mit. Pyrrhos. Ausser dem, besitzen wir von

demsèlben Max. eine specielle ErkHi.rung zu eini!,el1

Haupstellen des Areopagiten weIl he zusarrn~en mit

Stellen v. Gregor v. Nasianz, die Max. ebenfels

ediuterte im «Liber ambiguorum» Gesammelt sind,

noch der Edition von Fr. Ochler abgedrnckt bei Mi­

gne s. gr. XCI 1°31-1418. Bardenhewer (Patrol. s.

537) Sagt über 'das Verhaltinis zwischen Dion.u.

Max, dass der Schiihler (Max) sein en Lehrer an sF-e­

./

culativer Tiefe wie an dialektisches Scharfe ü15erragt


habe. [pour marquer son antipathie pour Denys].

p. 80. Uber den grossen Einfluss, den die Schriften


d~s Dionysios auf den tief mystichen Maximus aus­
uebten, gibt an besten Anfschluss den letzen Mysta­
gogia (M. S. gr. XCI 657"718) ...er versichert auch
wiederhalten Orten, dass er alle seine Wissenschaft
auf diesen gehiete dem grossen Heiligen, Dionysios
Areopag. verdanke. De cet ouvrage: Stiglma:yr a
recueilli des similitudes suivantes:
a) aus der Mystagogie. M. XCI 664 - M. Th.
1. 2 (Alles ist über Gott... zu bejahen u. zu vernei­
nen). Migne ebenda E/.s,sv ~ /lCl.Y.O:ptOç ,épwv sxsIvoç
(sc. ÂtovuotOç).
b) Aus den question es et dubia (n. 61 M, XC
838). Die erwaenten neun Engelchoren, insofern die
Einleitung bereits andern in der gottlichen Wissen­
schaft erhab~nen Maenner [ne pense-t-il pas à Grégoire de
35 6

Nazianze ?J. AIs Anha1tspunkt für die Frage dient~,


warum Christus nach zehn Tagen den heiligen Geist
gesandt hat.
c) In capite de caritate cent. I. (M. XC 984 A.):
über negative Art Gottes Eingenschaften zu denken
- M. Th. l, 3. Ebenda cent. III (M. XC 1017 D.)
über die bosen eigenschaften der Daemonen ~ D.
N. IV 28.
d) Opuscula Theo!. et polem. (M. XCI 84 D.)
(et 99 B ff.) Erklaerung der eEa'lOp~x'~ ËVÉpYE~a (:roù
{hoep~'rcopoç ÀLO'/UO!OU) übereinstimmt mit M. XCI 348 A.
Dialog mit Pyrrhos; Ebendort wird das Axiom des
Dionysios (&soepetV'twp xal j.1syaç) angeführt: «Was gar
keine Bewegung hat, ist auch gar nicht (Aus D. N.
VIII, 5 bzw. IV, 20)
e) Unter den Loci Communes (M. XCI 965)
steht die ?telle über das Verhaeltniss der mennschli­
chen Willensfreie zur gottlichen Vorsehung D. N.
IV 23. Ferner M. XC 1972 - D. N. IV, 20.
f) In tp. VIII (M. XCI 529) citiert den ersten
Cap. von D. N.
p. 81.. In Epilogzu Mystagogie verweist Max. die
jeniger welche tiefer in der dargestellte Geheimnisse
eindringen wollen, auf Dionysios selbst; a.r.Ep sr no·
:rÉ :r~ Y'lw'la~ :rW'l qnÀoj.1a3-w'I :rorç 7CEpl mb:rw'l 'tiji ay[(p
ÀLovua:tp "tiji , Apeo,"ay{'t"~ Ë'I&Éwç 1tO'l'tJ&sra~'1.
De plus, Denys l'Ar. est cité par les disciples
suivants de S. Maxime;
20 A n a s tas e Pre s b y ter A p 0 cri sai r e.
2 l A n a s tas e lem 0 i n e.
22 An' a s t as e leS i n a ï t e (t 7°0):
a) Ë'I 'Oo'tJyiji.
""'.• --:--4