CITATION DIRECTE DEVANT LE

TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE
TOULOUSE
L’AN DEUX MILLE HUIT ET LE
NOUS, Huissier de Justice

A LA REQUETE DE :
 
1. Monsieur  Frédéric  ARROU, exerçant  la profession de formateur en travail social. 
 

 

 

 

 

 

 

 

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EN PRESENCE DE
ASSOCIATION DES SINISTRES DU 21 SEPTEMBRE 2001,
Association loi 1901, 67 allées de Guyenne 31100 Toulouse, ayant reçu l’agrément prévu par
l’article 2-15 du Code de procédure pénale, délivré le 7 décembre 2001 par Madame le Garde
des Sceaux, prise en la personne de son président, dûment habilité aux présentes.
ci-après les « Requérants »
Ayant pour avocats
SELARL Christophe LEGUEVAQUES, Avocat
Représentée par Monsieur Christophe Lèguevaques, avocat au Barreau de Paris
1, rue Le Goff 75005 Paris
Tél 01 46 34 03 07 - Fax 01 43 25 34 47
pris en son bureau secondaire
68, rue Alfred Duméril 31400 Toulouse
Tél. 05 62 30 91 52 - Fax. 05 61 22 43 80

Chez lequel toutes les Requérants font élection de domicile 

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AVONS DONNE CITATION A :
1. TOTAL S.A. (anciennement TOTAL FINA ELF), Société anonyme au capital social : 5
926 006 207 €, immatriculée sous le n° 542 051 180 RCS Nanterre dont le siège social est
2, place de La Coupole La Défense 6 - 92400 Courbevoie , prise en la personne de ses
représentants légaux élisant domicile audit siège.
Où étant et parlant : comme indiqué en fin d’acte.
2. Monsieur Thierry DESMAREST , né le 18 décembre 1945 à de nationalité française, ,
demeurant Total, 2 place de la Coupole, La Défense 6, 92800 Puteaux, PDG de TOTAL
FINA ELF S.A. au moment des faits incriminés
Où étant et parlant : comme indiqué en fin d’acte.
D’avoir à se trouver et comparaître en qualité de prévenu par-devant Mesdames et/ou
Messieurs les Président et Juges composant la 3ème Chambre Correctionnelle du Tribunal de
Grande Instance de TOULOUSE, siégeant au lieu ordinaire de ses audiences, Palais de Justice de
TOULOUSE, pour l’audience du :

Lundi 10 novembre 2008 à 14H00 
devant statuer sur la fixation de la consignation
Tribunal de grande instance de TOULOUSE – 3ème Chambre correctionnelle  
2 allées Jules Guesde 31068 TOULOUSE.
Et à partir du 23 février 2009 à 14h00 (date et heure à confirmer par la juridiction) 
pour l’audience au fond dans le cadre du dossier de la catastrophe industrielle AZF.
L’audience au fond se tiendra dans la
Salle d’audience spéciale « Espace Jean Mermoz » 
Allées Gabriel Bienes 31000 TOULOUSE 

En présence de MONSIEUR LE PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE,
dont copie de la présente est notifiée par acte séparé
Où étant et parlant : comme indiqué en fin d’acte.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 5

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Pour y répondre des faits de :
-

Homicide par imprudence, délit prévu et réprimé par l’article L 221-6 du Code pénal,
Coups et blessures involontaires ayant entraîné une incapacité supérieure à trois mois,
délit prévu et réprimé par l’article L 222-19 alinéa 1er du Code pénal,
Coups et blessures involontaires ayant entraîné une incapacité inférieure ou égale à trois
mois, contravention prévue et réprimée par l’article R 625-2 du Code pénal,
Destruction involontaire des biens appartenant à autrui, article L. 322-5 du Code
pénal.
TRES IMPORTANT 

 
Vous êtes tenu de vous présenter personnellement à cette audience seule ou assistée 
d’un avocat. 
 
Vous pouvez également vous faire représenter – mais dans certains cas seulement – 
par un avocat. 
 
Le  prévenu  cité  pour  une  infraction  passible  d’une  peine  d’amende  ou  d’un 
emprisonnement peut, par lettre adressé à Monsieur le Président et qui sera jointe 
au  dossier  de  la  procédure,  demandé  à  être  jugé  en  son  absence.  Dans  ce  cas  son 
défenseur est entendu. 
 
Si vos revenus sont modestes, vous pouvez, sous certaines conditions, faire prendre 
en  charge  totalement  ou  partiellement  les  frais  d’avocat  par  l’Etat.  Pour  tout 
renseignement, vous devez vous adresser au Bureau d’Aide Juridictionnelle qui existe 
dans chaque tribunal de Grande Instance. 
 
Si  vous  estimez  être  dans  l’impossibilité  de  vous  présenter  à  l’audience  à  laquelle 
vous  êtes  présentement  convoqué,  vous  devez  adresser  une  lettre  à  Monsieur  le 
Président  du  Tribunal  pour  expliquer  les  raisons  qui  vous  empêcheront  de  venir  à 
l’audience. Vous joindrez à votre lettre toutes pièces justificatives. Si vos raisons sont 
admises  par  le  Tribunal,  une  nouvelle  citation  vous  sera  adressée.  Dans  le  cas 
contraire, votre affaire sera jugée. 
 
Vous devez rappeler dans votre lettre la date et l’heure de l’audience à laquelle vous 
êtes convoqué ainsi que les références de la juridiction indiquée sur la citation. 
 
La  non‐comparution,  le  refus  de  témoigner  et  le  faux  témoignage  sont  punis  par  la 
Loi. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 6

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PLAN DE LA CITATION

PROLEGOMENES  EN FORME DE REPETITION GENERALE ............................... 20 
I. EXAMEN CRITIQUE DE  QUELQUES ACCIDENTS INDUSTRIELS MAJEURS ..................... 20 
CAS N°1 ‐ SEVESO (1976) ...................................................................................................... 20 
CAS N° 2 ‐ BHOPAL (1984) ..................................................................................................... 23 
CAS N° 3 ‐ TCHERNOBYL (1986) .............................................................................................. 26 
CAS N° 4 ‐ CHALLENGER (1986) .............................................................................................. 27 
II. CARACTERISTIQUES COMMUNES AUX ACCIDENTS INDUSTRIELS ET A L’EXPLOSION DE 
L’USINE AZF ................................................................................................................... 28 
A.  RAPPEL THEORIQUE INSPIRE PAR LA CINDYNIQUE .................................................................. 28 
Tableau A : les déficits culturels ......................................................................................................................... 29 
Tableau B : les déficits organisationnels ............................................................................................................. 31 
Tableau C : les déficits managériaux................................................................................................................... 32 

B.   POINTS COMMUNS ENTRE LA CATASTROPHE D’AZF ET LES AUTRES GRANDES CATASTROPHES ......... 33 
•  Premier point commun –  une mauvaise organisation de l’exploitation ................................. 33 
•  Deuxième point commun – Un groupe de sociétés organisé qui permet tout à la fois un 
pilotage direct des filiales pour assurer une maximisation des profits et la constitution 
d’écoutilles étanches en cas de remontée des responsabilités (théorie du sous‐marin). ....... 33 
•  Troisième point commun – Faiblesse de la surveillance en présence d’une connaissance du 
risque et mise en place d’une stratégie de contre‐feux (sabotage, dissimulation 
d’informations). ....................................................................................................................... 34 
•  Quatrième point commun – une volonté délibérée de réaliser des économies, surtout dans 
les zones réputées improductives ........................................................................................... 34 

PREMIERE PARTIE  RAPPEL DES FAITS ET DE LA PROCEDURE ......................... 35 
LIVRE PREMIER RAPPEL DES FAITS ................................................................................ 35 
 
CHAPITRE PREMIER PRINCIPAUX « ACTEURS » EN PRESENCE ............................................... 35 
 
Section 1 L’usine ............................................................................................................................ 35 
§1 ‐ Historique de l’usine .................................................................................................................................... 35 
§ 2 ‐ Productions de l’usine : deux produits incompatibles entre eux :  nitrate d’ammonium vs DCCNa ........... 40 
I. 
Nitrate d’Ammonium (NA) .................................................................................................................. 41 
A. 
Différences entre Ammonitrate et Nitrate d’ammonium .............................................................. 41 
B. 
Les Risques D’EXPLOSION du nitrate d’ammonium et, a fortiori, de l’ammonitrate sont connus 
ème
depuis la fin du XIX  siècle .......................................................................................................... 42 
C. 
Nombreux accidents liés au Nitrate d’ammonium impur .............................................................. 44 
D. 
Volonté de nier le danger principal lié au caractère explosif ......................................................... 47 
E. 
L’importance des conditions de stockage ...................................................................................... 48 
II. 
DCCNa (dichloroisocyanurate de sodium) ........................................................................................... 50 
III.  A propos de l’incompatibilité entre le NA et le DCCNa ....................................................................... 50 
IV.  Les autres productions de l’usine ........................................................................................................ 51 
§ 3 ‐ Une usine peu rentable ............................................................................................................................... 52 
§ 4 – Usine exemplaire ou usine en sursis ? ........................................................................................................ 55 
I. 
Une usine sans frontière matérielle entre les zones nitrates / ACD .................................................... 55 
II. 
Deux points sensibles .......................................................................................................................... 57 
A. 
Le 335 ou Demi‐Grand ou « melem » ............................................................................................ 57 
1°)  Historique et description du 335................................................................................................ 57 
2°)  Présence de produits chlorés dans le 335 .................................................................................. 57 
a)  Le circuit des produits chlorés et le bâtiment demi‐grand ..................................................... 57 
b)  présence irréfutable de DCCNA dans le hangar 335 .............................................................. 60 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 7

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B. 

le hangar 221 ou « partir pour Cayenne » ...................................................................................... 62 
1°)  Historique et descriptif du hangar 221 ...................................................................................... 62 
a)  Historique ............................................................................................................................... 62 
b)  Descriptif du 221 .................................................................................................................... 62 
c)  Le Stockage ............................................................................................................................. 64 
d)  Règles de prévention pour le stockage et la manipulation .................................................... 65 
2°)  Produits recensés dans le hangar 221 et l’inventaire « surréaliste » ......................................... 65 
a)  Inventaire (très) approximatif ................................................................................................ 65 
b)  Existence d’une semelle ......................................................................................................... 65 
d)  Quelle était la quantité d’ammonitrate dans le hangar 221 le matin du 21 septembre 2001 ?
 
66 
3°)   Vent, eau et pollutions affectent la sécurité du hangar 221 ..................................................... 68 
4°)  Synthèse des critiques sur la gestion du 221 ............................................................................. 69 
§ 5 ‐ Présentation de M. BIECHLIN, directeur de l’usine ...................................................................................... 73 
I. 
Successeur de M. Saint‐Paul ................................................................................................................ 73 
II. 
Parcours professionnel ........................................................................................................................ 73 
III.  Raison d’être de M. Biechlin : installation d’un nouvel équipement ................................................... 74 
IV.  Un climat social lourd de menace ....................................................................................................... 75 
V. 
Une relation directe avec le siège ....................................................................................................... 75 
A. 
M. BIECHLIN prend ses instructions non seulement auprès du siège de la SA GRANDE PAROISSE mais 
également auprès du siège de la société‐mère .............................................................................. 75 
B. 
M. BIECHLIN se plaint de la politique que lui impose la société total ............................................ 76 
C.   M. BIECHLIN engage la société mère à l’égard des autorités de contrôle. .................................... 76 

 
SECTION 2 LA SOCIETE GRANDE PAROISSE ................................................................................................. 77 
§1 – Historique et principales activités de la société GRANDE PAROISSE ............................................................ 77 
I. 
Historique de GRANDE PAROISSE jusqu’en 2002 ................................................................................ 77 
II. 
Les principales activités de GRANDE PAROISSE S.A................................................................................... 78 
§ 2 – une société qui connait des difficultés ........................................................................................................ 80 
§ 3‐ Une société qui appartient à un groupe puissant à la recherche de la rentabilité ....................................... 83 
I. 
Un contrôle capitalistique : la force de l’évidence .............................................................................. 83 
II. 
Le contrôle du conseil d’administration de GRANDE PAROISSE par la holding du groupe  
constitue une autre évidence .............................................................................................................. 85 
A. 
dans le groupe ELF ......................................................................................................................... 85 
B. 
dans le groupe TOTAL .................................................................................................................... 86 
III.  Un contrôle renforcé par un entrelacs de liens contractuels. ............................................................. 88 
•  Contrat de plate forme avec ATOFINA pour l'exploitation  
des unités industrielles de Toulouse .............................................................................................. 88 
•  Contrat commercial de vente d'urée ....................................................................................... 88 
•  Vente d'ammoniac .................................................................................................................. 88 
•  Contrats de prestations et de services .................................................................................... 88 
•  Gestion des contrats d’assurance ............................................................................................ 89 
IV.   La gestion des risques dans la société GRANDE PAROISSE en conformité avec les « objectifs généraux 
du groupe total » ................................................................................................................................. 89 
V. 
Parallélisme des circuits de décisions entre la société GRANDE PAROISSE et la société ATO ............. 90 
A. 
Organisation ................................................................................................................................... 91 
B. 
La reprise en cascade des engagements « Qualité » d’ATO à l’usine  
en passant par la société GRANDE PAROISSE ...................................................................................... 92 
VI.  M. Thierry DESMAREST, PDG de TOTAL, décide de l’état des stocks  
des usines de GRANDE PAROISSE S.A. ................................................................................................. 93 

 
SECTION 3 LE PERSONNEL DE L ‘USINE ...................................................................................................... 94 
§1 – Evolution des effectifs de salariés et accidents de travail ............................................................................ 94 
A. 
Les trois ordres de salariés ............................................................................................................. 94 
1°)  Le personnel salarié du groupe TOTAL ....................................................................................... 94 
2°)  Le personnel salariés des sous‐traitants .................................................................................... 95 
3°)  Les intérimaires .......................................................................................................................... 96 
•  Caractéristiques essentielles de l’intérim ................................................................................ 96 
•  Un « turn‐over » important source d’une perte de mémoire ................................................. 97 
•  Les intérimaires « maillon faible de la sous‐traitance » .......................................................... 98 
B. 
Comment faire baisser le nombre d’accidents du travail ? ............................................................ 98 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 8

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§ 2 – Rôle des syndicats ..................................................................................................................................... 101 
I. 
La situation paradoxale des syndicats sur un site industriel.............................................................. 101 
II. 
Le CHSCT ............................................................................................................................................ 103 
A. 
Importance du CHSCT .................................................................................................................. 103 
1°)  Rappel du rôle du CHSCT .......................................................................................................... 103 
•  Principales missions ............................................................................................................... 103 
•  Effectifs de l’entreprise : exclusions des travailleurs temporaires ........................................ 104 
2°)  Conditions d’intervention du CHSCT sur le site de Toulouse ................................................... 104 
3°)  Quelques informations glanées au fil des CHSCT ..................................................................... 104 
•  CHSCT du 9 décembre 1992 .................................................................................................. 104 
•  CHSCT du 23 décembre 1992 ................................................................................................ 105 
•  CHSCT du 16 septembre 1993 ............................................................................................... 105 
•  CHSCT du 11 septembre 1996 ............................................................................................... 106 
•  Aucun procès‐verbal postérieur à 1999 ne semble disponible… ........................................... 106 
4°)  Réserves sur l’influence réelle du CHSCT ................................................................................. 106 
B. 
Après l’explosion, le CHSCT privilégie la piste de l’acte de malveillance,  
dans un premier temps ................................................................................................................ 107 
C. 
Au final, le CHSCT se déclare convaincu par la piste de l’accident chimique interne. .................. 107 
IV.  Un conflit symptomatique : la disparition des pompiers du site pour des raisons économiques ..... 108 

SECTION 4 LES SOUS‐TRAITANTS ........................................................................................................... 111 
§ 1. Généralités relatives à la sous‐traitance .................................................................................................... 111 
I. 
Définition(s) : « sous‐traitants » ou « entreprises extérieures » ....................................................... 111 
A. 
Les définitions offertes par la législation française ...................................................................... 111 
B. 
Les définitions données par les autorités/ groupes de travail : la reconnaissance de l’état de 
domination de l’entreprise extérieure.................................................................................................... 112 
II. 
Pourquoi recourir à la sous‐traitance ? ............................................................................................. 115 
III.  Qui décide de recourir à la sous‐traitance ? ...................................................................................... 115 
IV.  Risques identifiés liés au recours à la sous‐traitance ........................................................................ 116 
§ 2 ‐ La sous‐traitance sur le site AZF ................................................................................................................ 117 
I. 
La multiplication d’acteurs… ............................................................................................................. 117 
A. 
Généralités sur la sous‐traitance sur le site AZF .......................................................................... 117 
B. 
(3+1) acteurs pour traiter les déchets .......................................................................................... 117 
1°)  SURCA ...................................................................................................................................... 117 
•  Premier contrat, Gestion des DIB (déchets industriels banals) ............................................. 117 
•  Deuxième contrat – Gestion des DIS (Déchets industriels spéciaux) ..................................... 118 
•  Troisième « contrat » implicite et/ou en cours de négociation : la récupération des sacs 
usagés .......................................................................................................................................... 118 
2°)  TMG ......................................................................................................................................... 120 
3°)  MIP ........................................................................................................................................... 120 
3+1°)   FORINPLAST ......................................................................................................................... 121 
II. 
La confusion des missions… ............................................................................................................... 121 
III.  Une externalisation délibérée des risques… ...................................................................................... 126 
IV.  Une absence de formation des salariés et d’information des entreprises ........................................ 127 
A. 
La procédure de traitement des déchets du site particulièrement complexe ............................. 127 
1°)  Description théorique .............................................................................................................. 127 
2°)  Description de la réalité rapportée par les différents utilisateurs ........................................... 128 
B. 
Une absence de formation des sous‐traitants ............................................................................. 130 
1°)  Absence de formation de M. Fauré .......................................................................................... 131 
2°)  Absence de formation des autres intervenants sur le site ....................................................... 131 
3°)  Une inégalité flagrante entre les salariés de GRANDE PAROISSE S.A. et ceux des entreprises 
sous‐traitantes. .................................................................................................................................. 132 
IV.  Une absence de vérification  et de contrôle de la part de l’Exploitant .............................................. 134 
A. 
Une vision minimaliste du respect des règles de sécurité ........................................................... 134 
B. 
Violation du décret du 20 février 1992. ....................................................................................... 134 
V. 
Le management de la sécurité "a minima" induit la perte de visibilité globale en matière de sécurité à 
l'intérieur du site. ......................................................................................................................................... 138 
VI.  la responsabilité de l’exploitant en raison du comportement  des entreprises extérieures ............. 139 
A. 
Le rapport du Cidecos .................................................................................................................. 139 
B. 
La responsabilite du donneur du fait des entreprises extérieures ............................................... 141 
1°)  Rappel à l’ordre syndical .......................................................................................................... 141 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 9

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres
2°)  Rappel au règlement ................................................................................................................ 142 
§ 3 ‐ La preuve par l’absurde : l’industrie chimique et les pouvoirs publics intègrent le retour d’expérience d’AZF 
dans la prévention des risques. ......................................................................................................................... 143 
I‐  
L’accord de branche du 4 juillet 2002 et le référentiel DT 78............................................................ 143 
II. 
L’arrêté du 27 septembre 2002 ......................................................................................................... 145 

 
CHAPITRE II ‐  CONTEXTES JURIDIQUES ET TECHNOLOGIQUES ......................................... 146 
 
SECTION 1 ‐  REGLEMENTATION DES IPCE ............................................................................................... 146 
§ 1 ‐ Rappel de l’évolution de la réglementation des installations classées ...................................................... 146 
I. 
La directive SEVESO I ......................................................................................................................... 148 
II. 
La directive SEVESO II ........................................................................................................................ 148 
A. 
Les principales modifications apportées par la directive SEVESO ii ................................................ 148 
B. 
La transposition de la directive en droit français ......................................................................... 150 
§2 – L’arrêté ministériel du 10 mai 2000 ........................................................................................................... 151 
I –   La politique de prévention des accidents majeurs (PPAM) et  
le système de gestion des risques (SGS) ............................................................................................ 151 
II ‐  Les études de dangers ....................................................................................................................... 156 
III.  L’absence de réalisation d’étudeS de dangers pour le bâtiment 221 ................................................ 160 
IV.  L’absence de cohérence dans la conduite des études de dangerS .................................................... 160 
A. 
Le risque d’explosion était largement connu ............................................................................... 161 
B. 
Des études de dangers existaient pour des bâtiments similaires ................................................ 163 
C. 
Les études de danger ont été bâties sur des choix dénués de justification ................................. 164 

 
SECTION 2 ‐ LES ARRETES PREFECTORAUX ............................................................................................... 166 
§ 1 ‐ Le défaut de réalisation de l’étude de dangers .......................................................................................... 168 
§ 2 ‐ Le défaut de mise en place de mesures de définition de zones de risque incendie et de dispositif de 
détection incendie ............................................................................................................................................. 169 
§ 3 ‐ Le dépassement du volume de stockage des ammonitrates ..................................................................... 172 
§ 4 ‐ Les manquements en matière de stockage d’ammonitrate :  l’état du produit stocké.............................. 174 
§ 5 ‐ Les manquements en matière de stockage d’ammonitrate :  l’état du bâtiment 221 ............................... 174 
§ 6 ‐ Les manquements en matière de stockage d’ammonitrate : la manutention ........................................... 176 
§ 7 ‐ Les manquements relatifs à la formation du personnel ............................................................................ 178 
§  8 ‐ Les manquements relatifs aux installations électriques ........................................................................... 180 

 
SECTION 3 ‐ NORMALISATION ISO : LEURRE OU REALITE ? .......................................................................... 181 
§ 1 ‐ Le respect des normes ISO n’est pas un gage de sécurité .......................................................................... 182 
I. 
Contexte général des normes ISO ..................................................................................................... 182 
II. 
Les normes ISO 9000 ......................................................................................................................... 184 
III.  L’ISO 14001 ........................................................................................................................................ 185 
§ 2 ‐ Le maintien de la certification de l’usine AZF  malgré de nombreuses réserves des auditeurs .................. 185 
§ 3 ‐ Le retrait de la certification 14 001 de l’usine peu de temps avant l’accident ........................................... 188 

CHAPITRE III ‐  FONCTIONNEMENT DE L’USINE ........................................................................... 190 
 
SECTION 1 ‐ ORGANISATION DE L’USINE .................................................................................................. 190 
§1 – Organigramme .......................................................................................................................................... 190 
§ 2 – La direction « HSE – Hygiène Sécurité et Environnement » ...................................................................... 191 
§ 3 – le rôle des ingénieurs ................................................................................................................................ 194 
§ 4 – le rôle des chefs de quart .......................................................................................................................... 194 

 
SECTION 2 – RENTABILITE VS SECURITE ................................................................................................... 195 
§1 – La recherche de la rentabilité .................................................................................................................... 195 
I. 
L’exemple du secteur stockage / manutentions / conditionnement / expéditions des ammonitrates
 
195 
A. 
Premier temps : restructuration .................................................................................................. 195 
B. 
Deuxième temps : externalisation ............................................................................................... 196 
§ 2 – La confusion entre environnement et sécurité .......................................................................................... 197 
§ 3 – la recherche d’économie ........................................................................................................................... 198 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 10

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I. 
II. 
III. 
IV. 

La polyvalence salariale ..................................................................................................................... 198 
Petits arrangements avec les regles de sécurité ............................................................................... 199 
Un défaut d’entretien généralisé des engins intervenant sur le site ................................................. 199 
Une gestion improvisée des risques .................................................................................................. 201 

 
CHAPITRE IV ‐  UNE SOUS‐EVALUATION VOLONTAIRE DES RISQUES :  LES DIFFICILES 
RELATIONS DE L’USINE AVEC LA DRIRE .......................................................................... 204 
SECTION 1 –  L’INTERVENTION DE LA SOCIETE‐MERE  DANS LA GESTION DE LA SECURITE DE L’USINE AZF .................. 204 
 
SECTION 2 –  LES DIFFICILES RELATIONS AVEC LA DRIRE OU  COMMENT LE RISQUE D’EXPLOSION A DISPARU DES SCENARII 
DE RISQUE ....................................................................................................................................... 208 
§1 – La suspicion de la DRIRE née des incidents précédents. ............................................................................. 208 
§2 – La difficile application de la directive SEVESO II  par l’exploitant de l’usine AZF ........................................ 209 

 
CHAPITRE V –  LA JOURNEE DU 21 SEPTEMBRE 2001 ....................................................... 212 
SECTION 1 – VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2001 VERS 10H13 ......................................................................... 212 
§ 1 – Querelles entre ouvriers au sujet du drapeau US ...................................................................................... 213 
§ 2 – Produit transporté par Monsieur FAURE .................................................................................................. 213 
§ 3 – Perceptions visuelle et sonore de l’explosion ............................................................................................ 215 

 
SECTION 2 – LE JOUR D’APRES .............................................................................................................. 217 
§ 1 ‐ Constatations ............................................................................................................................................ 217 
I. 
Le cratère........................................................................................................................................... 217 
II. 
Une usine soufflée mais un site non protégé .................................................................................... 218 
A. 
Description de l’usine après l’explosion ....................................................................................... 218 
B. 
Une scène de crime non protégée. .............................................................................................. 218 
1°)  L’apparition d’un détonateur pour explosif ............................................................................. 218 
2°)  Les pérégrinations de la Commission d’enquête interne du groupe TOTAL. ........................... 219 
3°)  La « disparition » d’une tonne de cuivre après l’explosion ...................................................... 219 
§2 – Une catastrophe humaine ......................................................................................................................... 220 
§ 3 – Dégâts matériels ....................................................................................................................................... 220 

LIVRE SECOND  PROCEDURES ....................................................................................... 222 
 
CHAPITRE PREMIER  BILAN D’UNE ENQUETE DE SIX ANNEES .............................................. 222 
 
SECTION 1 ‐  LES PISTES ECARTEES ......................................................................................................... 224 
§ 1 – Les pistes à base scientifique .................................................................................................................... 224 
§ 2 – Les contrefeux de TOTAL ........................................................................................................................... 225 
I. 
La piste Terroriste .............................................................................................................................. 225 
II. 
Pré‐explosion de la SNPE ................................................................................................................... 226 
§3 – Les pistes farfelues ou les « X‐files » d’AZF ................................................................................................ 227 

SECTION 2 ‐  L’ABSENCE DE DOUTES OU D’EXPLICATIONS ALTERNATIVES APRES LA CLOTURE DE L’INSTRUCTION .......... 228 

 
CHAPITRE SECOND  UNE INSTRUCTION (VOLONTAIREMENT ?) INCOMPLETE .................... 231 

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SECONDE PARTIE DISCUSSION ..................................................................... 232 
LIVRE PREMIER OBSERVATIONS PRELIMINAIRES .......................................................... 232 
 
CHAPITRE PREMIER GROUPE DE SOCIETES :  ENTRE REALITE ECONOMIQUE ET FICTIVITE 
JURIDIQUE ...................................................................................................................... 232 
 
SECTION 1 DE L’IMPORTANCE DU CONTROLE ............................................................................................ 232 
§1 – Approche générale .................................................................................................................................... 232 
I. 
Tentative de définition de la notion de « groupe » en droit ............................................................. 232 
II. 
L’importance de la gouvernance ....................................................................................................... 235 
A. 
Rappel des théories en présence ................................................................................................. 235 
B. 
Les groupes de sociétés comme lieu de ‘gouvernance hybride’ .................................................. 236 
1°)  Définition des groupes de gestion par leur gouvernance ........................................................ 236 
a)  Une problématique : les relations entre propriété et pouvoir – .......................................... 237 
b)  L’opportunisme de gestion ‐. ............................................................................................... 237 
2°)  L’espace de la gouvernance ou les six niveaux des prérogatives de la maison‐mère. ............. 239 
•  Premier niveau ‐ le contrôle capitalistique ‐ .......................................................................... 240 
•  Deuxième niveau ‐ l’initiative stratégique ‐ ........................................................................... 240 
•  Troisième niveau – l’octroi à la société‐mère d’un ‘droit de préemption’. ............................ 240 
•  Quatrième niveau ‐ la création d’espaces communs. ............................................................ 241 
•  Cinquième niveau – Le contrôle de type managérial ............................................................ 241 
•  Sixième niveau ‐ l’intégration organisationnelle. .................................................................. 241 
III.  Le droit pénal des concentrations ne se laissent pas abuser par le principe de la personnalité morale 
d’une filiale qui ferait ecran à la responsabilité de la société mère ............................................................. 242 
A –   Présentation de la jurisprudence applicable ................................................................................ 242 
1°)   En droit communautaire ......................................................................................................... 242 
2°)   En droit interne ....................................................................................................................... 244 
B ‐ Transposition de ces critères à la SA GRANDE PAROISSE et au groupe TOTAL .................................. 244 
§ 2 – Etude au cas particulier à l’intérieur du groupe TOTAL :  détermination d’un « groupe intégré » ........... 247 
I. 
Contrôle capitalistique ...................................................................................................................... 247 
II. 
Initiative stratégique ......................................................................................................................... 248 
III.  droit de préemption .......................................................................................................................... 248 
IV 
Création d’espaces communs ............................................................................................................ 249 
A. 
La DRH : une direction importante pour l’avenir des cadres ....................................................... 250 
B. 
La recherche et LE développement : un fédéralisme sous surveillance ....................................... 251 
V.   Contrôle de type managerial ............................................................................................................. 251 
A. 
La stratégie sociétale du groupe TOTAL ....................................................................................... 251 
B. 
Gestion des crises ......................................................................................................................... 251 
VI.  Intégration organisationnelle : une véritable mise en correspondance des structures 
organisationnelles ou le clonage des directions de TOTAL S.A. dans les différentes filiales. ....................... 254 
VII.  Conclusion : la société TOTAL S.A. détient une influence déterminante dans la gestion de la société 
GRANDE PAROISSE S.A. dans le cadre d’un groupe intégré ......................................................................... 255 

 
SECTION 2 LA GESTION DU RISQUE INDUSTRIEL DANS UN GROUPE .................................................................. 256 
I. 
II. 
III. 

La direction « Hygiène, Sécurité et ENvironnement (HSE) » de TOTAL S.A. ...................................... 257 
La direction « H.S.E. » de ATOFINA S.A. ............................................................................................. 258 
La dépendance de GRANDE PAROISSE S.A d’ATOFINA et de TOTAL .................................................. 260 

CHAPITRE II   EXTENSION DE LA RESPONSABILITE DANS UN GROUPE DE SOCIETES ......... 261 
SECTION 1 COMPLICITE OU CO‐ACTION ........................................................................................... 261 
SOUS SECTION 1 –  INFRACTION AU SEIN D’UN GROUPE INFORMEL ................................................................ 261 
SOUS SECTION 2  –  PARTICIPATION PAR CONCERTATION ............................................................................ 262 
§ 1 – Co‐activité ................................................................................................................................................. 262 
§ 2 ‐ Complicité .................................................................................................................................................. 263 

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I. 

Conditions de la complicité ............................................................................................................... 263 
Elément matériel de la complicité ............................................................................................... 263 
1°)  La nécessité d’un acte principal punissable ............................................................................. 263 
a)  Nature de l’infraction punissable : ....................................................................................... 263 
b)  Caractères de l’infraction punissable : ................................................................................. 264 
2°)  L’acte de complicité ................................................................................................................. 264 
a)  Complicité par aide ou assistance ........................................................................................ 264 
b)  La complicité par instigation : .............................................................................................. 264 
B. 
Elément intellectuel de la complicité ........................................................................................... 265 
II.   Répression de la complicité ............................................................................................................... 265 
§ 3 ‐  La responsabilité par représentation ........................................................................................................ 266 
A. 

 
SECTION 2  APPLICATION DE LA JURISPRUDENCE GALLIMARD ......................................................... 268 
 
SECTION 3 –  LA SOCIETE TOTAL EST L’EXPLOITANT DE L’USINE AZF  AU SENS DE LA DIRECTIVE SEVESO II ............ 269 

LIVRE DEUXIEME RECEVABILITE DES PARTIES CIVILES ................................................... 270 
 
CHAPITRE PREMIER –  PRECISIONS RELATIVES A L’AUTORITE DE LA CHOSE JUGEE DE 
L’ORDONNANCE DE RENVOI ET DES TRANSACTIONS AYANT PU ETRE SIGNEES PAR 
CERTAINS DEMANDEURS ............................................................................................... 270 
 
SECTION 1 –  ABSENCE D’AUTORITE DE LA CHOSE JUGEE DE L’ORDONNANCE DE RENVOI ...................................... 270 
§1.‐   Autorité des décisions de jugement .......................................................................................................... 271 
§2. ‐ Les décisions des juridictions d’instruction sont de simples décisions préparatoires, non revêtues de 
l’autorité de la chose jugée à titre principal. ..................................................................................................... 271 
I. 
En présence d’une ordonnance de non‐lieu ...................................................................................... 271 
A. 
Non‐lieu motivé en droit .............................................................................................................. 271 
B. 
Non‐lieu motivé en fait ................................................................................................................ 273 
II. 
En présence d’une ordonnance de renvoi ......................................................................................... 274 

SECTION 2 –  DISSOCIATION DU DROIT D’ENGAGER DES POURSUITES  ET DU DROIT A REPARATION .......................... 275 
§1 – Rappel concernant l’action publique ......................................................................................................... 275 
§2 – Dissociation du droit d’engager des poursuites et du droit à réparation................................................... 276 
§3 – Demandeurs n’ayant pas signé de transaction avec TOTAL. ..................................................................... 277 

CHAPITRE II –  ETUDE DE LA RECEVABILITE  DES DIFFERENTS DEMANDEURS .................. 278 
SECTION 1 –  RECEVABILITE DES PERSONNES PHYSIQUES .............................................................................. 278 
 
SECTION 2 –  RECEVABILITE DE  L’ASSOCIATION DES SINISTRES DU 21 SEPTEMBRE 2001 ...................................... 279 

CHAPITRE III –  RESPECT DES DROIT DE LA DEFENSE ......................................................... 280 
SECTION 1 –  ABSENCE DE VIOLATION DU SECRET DE L’INSTRUCTION DANS LA COMMUNICATION DES CD‐ROMS 
CONCERNANT UNE INSTRUCTION CLOTUREE ............................................................................................. 280 

SECTION 2 –  NECESSITE DE JOINDRE L’INCIDENT AU FOND – DEMANDE DE JONCTION ......................................... 280 

CHAPITRE IV –  EN CE QUI CONCERNE LA CONSIGNATION ............................................... 282 
SECTION 1 –  PRESENCE DE PARTIES CIVILES AYANT PRESENTE UNE DEMANDE D’AIDE JURIDICTIONNELLE .................. 282 
SECTION 2 –  DISPENSE DE CONSIGNATION EU EGARD AUX FAITS DE L’ESPECE ET A LA DISPROPORTION DE FORTUNE ENTRE 
LES PARTIES. .................................................................................................................................... 282 

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LIVRE TROISIEME RESPONSABILITE PENALE AVEREE  DE GRANDE PAROISSE S.A. ET DE M. 
BIECHLIN ...................................................................................................................... 284 
CHAPITRE PRELIMINAIRE –  RAPPEL CONCERNANT LES DELITS NON INTENTIONNELS ......... 284 
SECTION 1 –  DISTINCTION ENTRE LES PERSONNES MORALES ET LES PERSONNES PHYSIQUES .................................. 285 
 
SECTION 2 –  CAUSALITE ENTRE LA FAUTE ET LE DOMMAGE .......................................................................... 286 
§ 1 – Causalité adéquate et équivalence des conditions ................................................................................... 286 
I.  
Causalité adéquate ............................................................................................................................ 286 
II.   Equivalence des conditions ............................................................................................................... 286 
§ 2 – Causalité directe : consécration de la causalité adéquate ........................................................................ 287 
§ 3 – Causalité indirecte : consécration de l’équivalence des conditions ........................................................... 288 

SECTION 3 –  QUALIFICATIONS DE LA FAUTE ............................................................................................. 289 
§ 1 – Caractéristiques des fautes ....................................................................................................................... 289 
•  Par « Imprudence », .............................................................................................................. 289 
•  Par « Négligence », ................................................................................................................ 290 
§ 2 – Faute caractérisée .................................................................................................................................... 291 
I.  
L'intensité de la faute ........................................................................................................................ 291 
A.   Appréciation in concreto .............................................................................................................. 291 
B.   La faute caractérisée peut résulter d'une « série d'imprudences ou de négligences » ................ 292 
II.   La conscience du risque ..................................................................................................................... 293 
§ 3 – Fautes délibérées ...................................................................................................................................... 294 
I. 
Faute délibérée ................................................................................................................................. 294 
A. 
Les contraintes de mise en œuvre de la faute délibérée ............................................................. 294 
B. 
L'application supplétive de la faute caractérisée ......................................................................... 295 
C. 
Le domaine limité de la faute délibérée ....................................................................................... 296 
II.   Faute délibérée imparfaite ................................................................................................................ 297 

CHAPITRE PREMIER  HOMICIDE PAR IMPRUDENCE .............................................................. 298 
SECTION 1 –  LES MANQUEMENTS GENERATEURS DE RESPONSABILITE ............................................ 298 
§ 1  – Négligences .............................................................................................................................................. 298 
I –   Négligences de Monsieur BIECHLIN .................................................................................................. 298 
A. 
Absence de visite du hangar 221 par Monsieur BIECHLIN ........................................................... 298 
B. 
Mauvaise organisation dans la gestion des déchets .................................................................... 299 
C. 
Absence de contrôle des sous‐traitants ....................................................................................... 299 
D. 
Mauvaises conditions de stockage dans le hangar 221 ................................................................ 300 
II –  
Négligences de la SA GRANDE PAROISSE ..................................................................................... 300 
A.   Avoir installé sur un même site industriel deux produits incompatibles (NH4 et DCCNa) sans 
prendre de précautions suffisantes ........................................................................................................ 300 
B. 
Avoir pratiqué une politique génerale d’économie en matière de sécurité conduisant à un 
accroissement des risques ...................................................................................................................... 302 
§2  – Manquements à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement ............. 302 
I. 
Violation de l’arrêté du 20 mai 2000 ................................................................................................. 302 
II. 
Manquement à l’arrêté préfectoral du 18 octobre 2000 .................................................................. 303 
III.  Manquements aux obligations découlant de la législation IPCE ....................................................... 304 
IV.  Avoir nié le risque d’explosion du hangar 221 en connaissance de cause ........................................ 305 
§ 3 ‐ Infractions à la législation du travail ......................................................................................................... 305 
I. 
Manquements aux obligations découlant du décret du 20 février 1992 .......................................... 305 
II. 
 Absence de formation des personnels des entreprises extérieures ................................................. 306 

 
SECTION 2 –  LIEN DE CAUSALITE ENTRE LES FAUTES ET LES DECES .................................................................. 307 
§1 – Les fautes de M. BIECHLIN ont contribué à créer la situation qui a permis la réalisation du dommage .... 307 
I. 
M. BIECHLIN a violé de façon manifestement délibérée une obligation particulière de prudence ou de 
sécurité prévue par la loi ou le règlement ......................................................................................... 307 
II. 
M. BIECHLIN a commis des fautes caractérisées qui exposaient autrui à un risque d’une particulière 
gravité ............................................................................................................................................... 308 
§ 2 – GRANDE PAROISSE a contribué à la réalisation  et à l’importance de la catastrophe .................................... 309 

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CHAPITRE II COUPS ET BLESSURES INVOLONTAIRES… ....................................................... 310 
CHAPITRE 3 ‐ DESTRUCTION INVOLONTAIRE  DES BIENS APPARTENANT A AUTRUI ........ 311 
LIVRE QUATRIEME EXTENSION DE LA RESPONSABILITE PENALE  DE GRANDE PAROISSE 
S.A. A LA SOCIETE TOTAL S.A.  ET DU DIRECTEUR DE L’USINE  AU PRESIDENT DU 
« GROUPE TOTAL » ...................................................................................................... 313 
 
CHAPITRE 1 LA SOCIETE TOTAL S.A. ET LE GROUPE TOTAL ............................................... 314 
SECTION 1 –  PRESENTATION DU GROUPE ................................................................................................ 314 
§1‐ Une société‐mère (TOTAL S.A.)  qui détient une influence déterminante dans la gestion de ses filles ........ 314 
I. 
Création du groupe TOTAL FINA ELF ................................................................................................. 314 
A. 
Historique ..................................................................................................................................... 314 
B. 
Une double bataille boursière ...................................................................................................... 315 
1°)  TOTAL ravit PETROFINA à la barbe d’ELF (1998) ...................................................................... 315 
2°)  Après une surenchère de 4 milliards d’euro, TOTAL prend le contrôle d’ELF (1999) ............... 316 
II. 
Composition du groupe TOTAL FINA ELF ........................................................................................... 317 
A. 
Rappel concernant la prise de décisions dans le groupe ELF ....................................................... 317 
B. 
Modalités de contrôle et de prise de position dans le groupe TOTAL ......................................... 319 
§2‐ A propos des captives de réassurance et de la centralisation  des assurances du groupe TOTAL ............... 323 
I. 
Précisions sur la technique des « captives de réassurance » ............................................................ 323 
II. 
Le rôle de la DARAG dans le groupe TOTAL ....................................................................................... 326 
A. 
le rôle de la DARAG avant le 21 septembre 2001 ........................................................................ 326 
B. 
Le rôle de la darag dans la gestion du sinistre : la dépendance de GRANDE PAROISSE à l’égard de  
TOTAL 327 
1°)  Etendu du sinistre .................................................................................................................... 327 
2°)  Moyens mis en œuvre pour faire face ..................................................................................... 328 
3°)  La DARAG et la direction juridique de TOTAL prennent les décisions qui s’imposent à GRANDE 
PAROISSE ..................................................................................................................................... 328 
III.  Importance de la connaissance des dangers sur le site ..................................................................... 328 

 
SECTION 2 –  DEMONSTRATION DE L’EXISTENCE  D’UNE POLITIQUE DELIBEREE D’ECONOMIES ........ 330 
SOUS SECTION 1 –  APRES LA FUSION, VIENT LE TEMPS DE LA RESTRUCTURATION .............................................. 330 
§1 – L’emploi, variable d’ajustement ................................................................................................................ 330 
§2 – Afin d’obtenir du cash,  TOTAL se sépare d’une partie de son activité «Chimie » ...................................... 331 
I. 
Petit rappel historique sur la création d’ATO .................................................................................... 331 
A  
Une vocation partagée dans la pétrochimie : ATO ....................................................................... 331 
B. 
Naissance de deux entreprises dans la chimie ............................................................................. 332 
C. 
Création d’ATOFINA ..................................................................................................................... 334 
II. 
La disparition d’ATO .......................................................................................................................... 335 
A. 
Rappel sur les principes d’une opération de spin off (scission) .................................................... 335 
B. 
Opération de spin off d’ATOFINA et création d’ARKEMA ............................................................. 336 
III.  L’impossibilité de poursuivre ATOFINA ou ARKEMA ......................................................................... 337 
A. 
ARKEMA est une société nouvelle non concernée par les fautes ayant pu être commises par 
ATOFINA ................................................................................................................................................. 337 
B. 
ATOFINA a disparu par absorption au profit du groupe TOTAL ................................................... 337 
§ 3 – Malgré le « spin off » d’ATOFINA, GRANDE PAROISSE reste dans le giron du groupe TOTAL .......................... 337 

 
SOUS SECTION 2 –   MISE EN EVIDENCE D’UNE POLITIQUE D’ECONOMIES SUR LA SECURITE ................................... 338 
§1 – Un nombre anormal d’accidents importants pour le groupe TOTAL ......................................................... 338 
§2 – Etude des précédents ................................................................................................................................. 341 
I. 
La Mède (1992) ................................................................................................................................. 341 
A. 
Rappel du contexte ...................................................................................................................... 341 
B. 
Analyse de la décision du tribunal correctionnel d’Aix‐en‐Provence du 24 avril 2002 ................ 343 
II. 
Naufrage de l’ERIKA (12 décembre 1999) ......................................................................................... 350 
§3 – Les choix de TOTAL pèsent sur la gestion de l’usine AZF de Toulouse ........................................................ 352 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 15

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

 
SECTION 3 LA RESPONSABILITE PENALE DE TOTAL S.A. .............................................................................. 354 
§1 – En qualité d’exploitant ............................................................................................................................... 354 
§ 2 – En qualité de co‐auteur ou complice ......................................................................................................... 354 
§ 3 ‐ Rappels relatifs à l’incrimination du recel.................................................................................................. 355 

 
CHAPITRE 2 LES PERSONNES PHYSIQUES MEMBRES  DU GROUPE TOTAL ....................... 357 
 
SECTION 1 –  MONSIEUR THIERRY DESMAREST, PDG DE TOTAL .............................................................. 359 
§1 ‐ Eléments biographiques ............................................................................................................................. 359 
§ 2 – Fautes reprochées ..................................................................................................................................... 359 
I. 
Violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité prévue 
par la loi ou le règlement .................................................................................................................. 360 
II. 
Faute caractérisée ............................................................................................................................. 360 

 
SECTION 2 ‐  DIRIGEANTS DU GROUPE DEVANT ETRE ENTENDUS EN QUALITE DE TEMOINS ..................................... 361 
§1 – M. François CORNELIS ............................................................................................................................... 361 
§ 2 ‐ Monsieur François PERIER ......................................................................................................................... 362 
§ 4 ‐ Monsieur Jean du RUSQUEC ...................................................................................................................... 362 
§ 5 ‐ Monsieur Jacques DENIS ............................................................................................................................ 363 

PAR CES MOTIFS .......................................................................................... 364 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 16

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

PLAISE AU TRIBUNAL CORRECTIONNEL
Par la présente citation directe, les Requérants entendent
-

d'une part, synthétiser les informations disponibles, avérées et vérifiées
concernant l’accident industriel survenu le 21 septembre 2001 sur le site de
l’usine AZF appartenant au groupe TOTAL et

-

d’autre part, démontrer que la responsabilité pénale ne doit pas s’arrêter au
niveau au directeur de l’usine et au propriétaire direct des installations. En
effet, la responsabilité pénale doit remonter au véritable maître de l’affaire et
au véritable bénéficiaire des manquements répétés aux règles de sécurité
édictées par la loi ou par un règlement, c'est-à-dire à la société TOTAL
(anciennement TOTAL FINA ELF) société anonyme du groupe éponyme et
à ses principaux dirigeants impliqués dans la gestion de la branche
« CHIMIE ».

La citation s’articule autour de deux parties :
-

dans la PREMIERE PARTIE, les faits et l’état de la procédure sont rappelés.

-

dans la SECONDE PARTIE, il est tiré toutes les conséquences de droit des
éléments de fait afin d’accréditer la thèse de la responsabilité pénale de la
société TOTAL et de son principal dirigeant.

Dans la PREMIERE PARTIE, le LIVRE PREMIER revient longuement sur le rappel des
faits à l’origine de l’explosion du 21 septembre 2001 et à la gravité de la catastrophe en
découlant :
-

en présentant les principaux « acteurs » en présence (Chapitre Premier) : ainsi la
situation de l’usine (section 1) est-elle analysée en détail à travers un historique (§1),
les fabrications de produits incompatibles (§2), le peu de rentabilité de cette usine
(§3), les deux points sensibles qu’étaient le hangar 221 et le 335 (§4) et enfin la
personnalité du directeur, M. Serge Biechlin (§5).
Autre personnage central de ce dossier, la société GRANDE PAROISSE (Section 2).
Après avoir étudié l’historique de cette société (§1), on insiste sur les difficultés
financières structurelles qu’elle rencontre (§2) et sur le contrôle aussi réel que
prégnant exercé sur elle tant par la société ELF que par la société TOTAL (§3).
Un développement est consacré aux personnels de l’usine (Section 3) en étudiant
l’évolution des effectifs (§1) et le rôle des syndicats (§2).
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 17

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Bien sûr, la question de la sous-traitance (Section 4) fait l’objet de longs
développements théoriques (§1) ou propres au site AZF (§2) en insistant sur la
multiplication des acteurs du traitement des déchets (I), source de confusion des
missions (II) en raison d’une externalisation délibérée des risques (III) et en raison
d’une faiblesse de formation des salariés et des entreprises (IV) alors même que
l’exploitant ne vérifiait pas la mission des entreprises extérieures (V) et que
l’exploitant avait une gestion de la sécurité « a minima » induisant la perte de
visibilité globale en matière de sécurité à l’intérieur du site (VI) ; ce qui entraîne la
responsabilité de l’exploitant en raison du comportement des entreprises extérieures
(VII). Ceci est d’autant plus vrai que l’accident de Toulouse a servi comme retour
d’expérience (§3) notamment pour l’accord de branche signé par l’UIC et établissant
le référentiel DT 78.
-

En replaçant l’usine dans son contexte juridique et technologique (Chapitre II), le
tribunal pourra relever les nombreuses obligations particulières de sécurité résultant
d’une loi ou d’un règlement qui s’appliquaient à l’exploitant et pour lesquelles des
manquements répétés et pérennes, malgré des demandes de la DRIRE, ont pu être
établis. Ainsi la réglementation concernant les ICPE (Section 1) est-elle détaillée en
distinguant les sources européennes (les directives SEVESO, (§1) et l’arrêté
ministériel du 10 mai 2000 (§2).
De même, les manquements aux arrêtés ministériel et préfectoral (Section 2) font
l’objet d’une trop longue énumération entre le défaut de l’étude de dangers (§1), le
défaut de mise en place de détecteurs incendies (§2), le dépassement du volume (§3)
et des conditions de stockage (§4), sans oublier l’état du hangar 221 (§5) ou les
conditions de manutention (§ 6) ou l’absence de formation des salariés des
entreprises extérieures par l’exploitant (§ 7) ou le défaut de respect des installations
électriques (§ 8) ;

-

Ces manquements sont d’autant plus avérés lorsque l’on étudie le fonctionnement
réel de l’usine (Chapitre III). Après avoir rappelé l’organisation de l’usine (Section
1), il est démontré comment la rentabilité prend le pas sur la sécurité (Section 2).
Cette recherche de rentabilité justifie l’externalisation de la gestion des déchets et de
la gestion des stocks (§1), s’illustre par la confusion entretenue entre la lutte contre
la pollution et une véritable politique de sécurité sur le site (§2) et, enfin, par une
recherche systématique d’économies (§3) entrainant une polyvalence des salariés (I),
des petits arrangements avec les règles de sécurité (II), un défaut d’entretien
généralisé des engins intervenant sur le site (III) et une gestion improvisée des risques
(IV).

-

La sous-évaluation volontaire des risques fait l’objet du Chapitre IV et détaille
l’intervention de la société-mère dans la gestion de la sécurité de l’usine AZF (Section
1) et les difficiles relations entre l’usine de Toulouse et la DRIRE, ce qui permet
notamment de comprendre comment l’exploitant a supprimé le risque d’explosion
des stocks d’ammonitrate des scenarii de risques (Section 2).
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 18

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

-

Dans le Chapitre V, nous évoquerons la journée du 21 septembre 2001. Le
chapitre se décompose en deux sections. La section consacrée à la journée du
vendredi 21 septembre 2001 (Section 1) permet de revenir sur les querelles entre
ouvriers au sujet d’un drapeau américain (§ 1), événement non pertinent, pour
mieux insister sur les produits transportés par M. FAURE quelques instants avant
l’explosion (§ 2) et pour évoquer les différences de perception de l’explosion (§ 3),
ce qui n’a pas manqué d’induire en erreur de nombreuses personnes sur le nombre
d’explosion. La Section 2 permet de revenir sur l’ « après explosion » en détaillant
les constatations (§ 1) relatives au cratère (I) et au défaut de protection de la scène de
crime (II). Il est bien sûr fait état de la catastrophe humaine (§2) résultant de cette
explosion et des nombreux dégâts matériels (§ 3) qu’elle a entrainés.

Dans le LIVRE SECOND de la PREMIERE PARTIE, sont évoquées les procédures. Le
Chapitre Premier est consacré au bilan d’une enquête de six années en rappelant les
pistes écartées (Section 1) des plus scientifiques (§1) aux plus excentriques (§ 3), en
passant par celles soutenues par le groupe TOTAL (§2). Compte tenu de l’absence de
doutes sur les causes et l’importance de la catastrophe (Section 2), on peut conclure cette
première partie en affirmant qu’aujourd’hui les causes de l’explosion du 21 septembre
2001 sont, à présent, déterminées. Toutefois, il convient de souligner que l’instruction
laisse un goût amer comme si l’enquête n’avait pas été menée jusqu’à son terme en
remontant toute la chaine des responsabilités à l’intérieur du groupe TOTAL (Chapitre
II). C’est la raison pour laquelle, les Requérants se sont résolus à faire délivrer la
présente citation directe.
La SECONDE PARTIE est consacrée à la discussion juridique. Elle s’articule autour de
quatre livres comprenant des observations préliminaires (LIVRE I) relatives à la notion de
groupe de sociétés (Chapitre Premier) et de l’extension de la responsabilité en
présence d’un groupe intégré de sociétés (Chapitre Second). Le LIVRE II concentre les
différente discussions relatives à la recevabilité de la présente citation et des constitutions
de parties civiles qui pourraient subvenir lors de l’audience. Le LIVRE III est l’occasion
de revenir sur la responsabilité pénale de M. Serge BIECHLIN et la société GRANDE
PAROISSE. Enfin, le livre IV développe l’argumentation relative à l’extension de la
responsabilité pénale de la S.A. GRANDE PAROISSE vers la S.A. TOTAL et son PDG,
M. Thierry DESMAREST

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 19

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

PROLEGOMENES
EN FORME DE REPETITION GENERALE
Avant d’entrer dans le détail du dossier AZF, il a paru intéressant de procéder à un
examen critique de quelques accidents industriels majeurs (I) afin de faire ressortir les
caractéristiques communes à ce type d’accident (II) et que nous retrouverons dans les pièces du
dossier AZF.

I. EXAMEN CRITIQUE DE  
QUELQUES ACCIDENTS INDUSTRIELS MAJEURS 
Nous avons limité notre étude à quatre cas :
-

SEVESO,
BHOPAL,
TCHERNOBYL et
L’explosion de la navette CHALLENGER.

Cas n°1 - SEVESO (1976)
Le 10 juillet 1976 un réacteur chimique de l'usine pharmaceutique ICMESA appartenant
aux Laboratoires GIVAUDAN-HOFFMANN-LAROCHE filiale du groupe suisse ROCHE connaît un
incident grave. Cette dernière est située en Lombardie, région septentrionale de l'Italie, dans la
commune de Meda, proche de SEVESO.
Ce réacteur produisait du trichlorophénol (C6C13OH), dérivé chloré du phénol, solide,
soluble dans l'eau, corrosif et toxique, utilisé par les entreprises pharmaceutiques comme
antiseptique.
Déroulement des faits 1 :
-

1

vendredi 9 juillet 1976, le cycle de production est initié à 16h avec 10h de retard, 
samedi 10 juillet à 5h00 du matin, le chauffage du réacteur est arrêté alors que 15% du 
solvant est distillé, 
5h15 du matin l'agitation est stoppée et le réacteur ramené à la pression atmosphérique 
(1,015 bar), 
6h du matin les opérateurs quittent le réacteur,  

www.aria.developpement-durable.gouv.fr
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 20

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

-

Absence  de  surveillance  à  partir  du  samedi  matin  6h,  il  ne  reste  que  l'équipe  de 
nettoyage, 
Élévation de la température à la surface du mélange réactionnel, 
Absence de système d'alarme sur la température du réacteur, 
Système de refroidissement manuel, 
Réaction exothermique (qui produit de la chaleur) : formation de dioxine (TCDD), 
Élévation de la température et de la pression, 
Rupture du disque de sécurité du réacteur prévu pour 3,8 bars, 
Émission pendant 1h du TCDD, 
Intervention du chef d'atelier qui se trouvait par hasard à proximité. 

Explications : Les opérateurs ont débuté le cycle de production en retard, ne disposant
pas du temps suffisant pour le terminer ils l'arrêtent en cours et le laissent sans surveillance totale.
Normalement le procédé de fabrication se déroule entre 140 et 170°C.
La réaction étant stoppée, le réacteur n'était rempli qu'à moitié, l'arrêt de l'agitation et le
serpentin (un tube de verre en forme de solénoïde) chauffant au-delà du niveau de la masse
réactionnelle entraîna une élévation de température. Avant de partir l'opérateur releva une
température de 158°C. La réaction exothermique s'amorça, la température atteignit 220°C, la
dioxine apparaît et le disque de sécurité cède à cause d'une trop grande pression.
L'absence de surveillance, de système d'alarme et de refroidissement constituent une
accumulation de négligences.
Les dioxines sont des composés extrêmement stables ce qui a pour conséquence la non
destruction et donc l'accumulation de ces produits dans la nature. De plus, ces molécules sont
très lipophiles (se dit d’une substance qui attire et retient les graisses), elles se concentrent donc
dans la masse graisseuse de la chaîne alimentaire.
Entre 1971 et 1974, une importante littérature scientifique s'été intéressée à d'autres
accidents de production de TriChloroPhénol (TCP) qui avaient été suivis de formation de
dioxyde. Les directeurs techniques de l'usine ont reconnu devant la commission
d'enquête avoir connaissance de ces rapports et de n'en avoir tiré aucune
conséquence.
Cet état de fait, n’est pas sans rappeler la situation de l’usine GRANDE PAROISSE de
Toulouse dénoncée, notamment par l’Inspection du travail (D 2258) :
-

connaissance de la dangerosité de l’ammonitrate et de l’incompatibilité avec d’autres
produits manipulés dans l'usine d'AZF ;
absence de surveillance de la gestion des déchets déléguée à des entreprises
extérieures par la société GRANDE PAROISSE,

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 21

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

-

la société-mère ROCHE dépensa plus de 240 millions de dollar pour dédommager
les victimes, les dirigeants de la société ICMESA furent pénalement condamnés pour
avoir intentionnellement négligé de prendre des mesures de sécurité.
Ce qui constitue là encore un point commun avec le dossier de Toulouse, la sociétémère de GRANDE PAROISSE, la S.A. TOTAL a indemnisé les victimes afin de calmer
les esprits, non sans s'introduire dans les transactions, notamment celles signées avec
les collectivités la formule
« la ville de Toulouse renonce à toute instance et action ayant 
pour  objet  le  préjudice  qu’elle  a  subi  consécutivement  au 
phénomène  d’explosion  (sic !),  à  ses  suites  et  à  ses 
conséquences, tant à l’encontre de GRANDE PAROISSE S.A., que 
des  sociétés  composant  le  Groupe  TOTAL  (anciennement 
dénommée  TOTAL  FINA  ELF)  –  notamment  les  sociétés 
anonymes ATOFINA et TOTAL (anciennement dénommé TOTAL 
FINA  ELF)  –  qu’à  l’encontre  des  préposés,  dirigeants  et 
administrateurs,  passés  ,  présents  et  à  venir  desdites  sociétés 
ainsi qu’à l’encontre des assureurs de l’ensemble des personnes 
physiques et morales à qui profitent la renonciation ». 

-

Le dernier point commun entre SEVESO et AZF réside dans l’impact législatif.
SEVESO a constitué un éveil des consciences qui a conduit l’Union européenne, avec
la Directive SEVESO I et la France avec la loi sur les IPCE, à mettre en place une
législation contraignante pour les usines présentant des risques.
Après AZF, le législateur français est encore intervenu avec la loi « Bachelot » 2 du 30
juillet 2003 et les professionnels de la chimie, sous l’égide de l’UIC (Union de
l’industrie chimique), ont rédigé une directive technique n° 78 (DT 78) sous la
forme d’un accord de branche 3 , étendu par arrêté ministériel du 23 décembre 2003.

2
3

Loi n° 2003/699 du 30 juillet 2003
Gérard HAYOTTE et Céline NECTOUX, Risques et sous-traitances : fruit d’AZF et d’une sous-traitance décriée : la DT
78, La lettre technique de l’ingénieur, Juillet 2007, n° 3, p. 6 : « L’explosion de l’Usine AZF le 21 septembre 2001 a
amené les acteurs de la prévention des risques à s’interroger sur les insuffisances des dispositifs existants. ».
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 22

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Cas n° 2 - Bhopal (1984)
C’est la catastrophe industrielle la plus importante à ce jour. Survenue la nuit du 2 au 3
décembre 1984, l’explosion d’une usine de pesticides, exploitée par la filiale locale de l’UNION
CARBIDE CORPORATION (UCC) a dégagé 40 tonnes d’isocyananate de méthyle (MIC methyl
isocyanate en anglais), tuant entre 16 000 et 30 000 personnes et blessant plus ou moins
gravement plus de 300 000 personnes.
Une abondante littérature existe sur les causes de cet accident majeur. On peut en retenir
les éléments principaux suivants :
-

La construction de l’usine a posé des problèmes de sécurité qui n’ont
pas tous été résolus au moment de la catastrophe.
o

o

-

L’usine ne fonctionne pas à pleine capacité, signalant des incidents graves dès l’année de 
sa construction (1978) :  
ƒ « immense incendie en 1978 »,  
ƒ cinq  importantes  fuites  de  gaz  entre  1981  et  1983  soldées  par  1  mort,    47 
blessés et 670 000 US$ de dommages. 
En 1982, une inspection détaillée fait apparaître dix déficiences sérieuses dans le système 
de sécurité de l’usine. Il en restait encore 2 en suspens en 1984. 

L’industriel (le groupe UCC) a délibérément réduit les frais de
fonctionnement pour augmenter la rentabilité jugée insuffisante. Le
Groupe UCC a sacrifié la sécurité sur l’autel de la rentabilité :
o

o

à partir de 1982, l’usine devient largement déficitaire à cause de la mévente des produits 
(5000 tonnes/an de pesticides produits alors que la demande en Inde ne dépasse pas les 
2000 tonnes/an). 
Afin de réduire les frais d’exploitation, l’UCC licencie progressivement une partie de son 
personnel qualifié dont une partie est remplacée par des employés non formés. 

-

L’UCC a volontairement dissimulé des informations capitales, notamment
celles liées à la sécurité ou à la neutralisation de la production en cas de difficulté, par
diffusion de soude (asymétrie de l’information).

-

La chronologie de la catastrophe est la suivante : dans la Nuit du dimanche 2 au lundi
3 décembre 1984, l'usine est alors partiellement fermée et tourne au ralenti avec des
effectifs encore plus réduits que de coutume :

21 h 15 : Un opérateur de MIC et son contremaître procèdent au lavage d'un tuyau à 
grande eau. Ce tuyau communique avec le silo 610 ; il semble que la valve soit restée 
ouverte, contrairement aux consignes de sécurité. L'eau va donc couler pendant plus 
de 3 heures et environ mille litres d'eau vont se déverser dans le réservoir. 

22 h 20 : Le réservoir 610 est rempli de MIC à 70 % de sa capacité. On y mesure une 
pression intérieure de 2 psi (1 psi = 0,068 94 bar), valeur considérée comme normale 
(la pression admissible est comprise entre 2 et 25 psi.) 

22 h 45 : La nouvelle équipe de nuit prend la relève. 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 23

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

23 h 00 : Un contrôleur note que la pression du réservoir 610 est de 10 psi, soit cinq 
fois  plus  qu'à  peine  une  heure  auparavant.  Habitué  aux  dysfonctionnements 
d'appareils de contrôle (sic !), il n'en tient pas compte. Des employés ressentent des 
picotements aux yeux et signalent aussi une petite fuite de MIC près de ce réservoir. 
De tels faits étant fréquents dans l'usine, on n'y prête pas d'attention particulière. 

23 h 30 : La fuite est localisée et le contrôleur est prévenu. Celui‐ci décide qu'il s'en 
occupera à minuit et quart, après sa pause thé. 

00  h  15 :  La  pression  intérieure  du  réservoir  610  dépasse  la  limite  admissible :  elle 
atteint 30 psi et semble continuer à augmenter. 

00 h 30 : La pression atteint 55 psi. Le contrôleur se décide enfin à téléphoner à son 
chef de service pour le prévenir. Il sort ensuite pour aller observer l'état du réservoir, 
qui tremble et dégage de la chaleur. Le couvercle en béton du réservoir se fend, puis 
la valve de sécurité explose, laissant échapper un nuage mortel. 

01 h 00 : Le chef de service arrive, constate rapidement les fuites de gaz toxiques du 
réservoir 610 et fait sonner l'alarme. 

02 h 30 : On réussit à fermer la valve de sécurité du silo 610. 

03 h 00 : Le directeur de l'usine arrive et donne l'ordre de prévenir la police, ce qui 
n'avait pas été fait jusqu'alors, car la politique officieuse de l'usine était de ne jamais 
impliquer les autorités locales dans les petits problèmes de fonctionnement. Carbide 
observait la même politique aux USA. Un nuage toxique se répand sur une étendue 
de vingt‐cinq kilomètres carrés. La majeure partie de la population dort ou ne réagit 
pas au signal d'alarme.  
 

4

-

Dans le cadre de la bataille juridique l’opposant au gouvernement indien,
l’industriel prétend, sans l’établir, être victime d’un « sabotage » pour
expliquer l’explosion. Dans le dossier AZF, le groupe TOTAL a tenté de donner
force à deux pistes (la pré-implosion sur le site de la SNPE et l’acte volontaire
prétendument terroriste). De plus, une vingtaine d’explications plus ou moins
fantaisistes (de l’usine militaire secrète sous les coteaux de Pech David aux…
extraterrestres !) ont été lancées pour créer un climat de confusion.

-

La justice indienne reproche à Warren Anderson, directeur de l’usine, d’avoir
négligé 30 problèmes de sécurité majeurs alors que des problèmes analogues
avaient été réparés dans une usine située aux USA (asymétrie de l’information 2).

-

Le groupe UNION CARBIDE (UCC) se caractérise par une « organisation matricielle
et des filiales bien tenues en main » 4 . Cette technique d’organisation juridique permet
de centraliser les profits et d’isoler les pertes (ou les risques) dans les
filiales. Nous verrons que c’est la technique adoptée dans le groupe ELFATOCHEM et maintenue dans le groupe TOTAL.

Jacques Charbonnier, Bhopal, la pire catastrophe industrielle de tous les temps, Editions Préventique, 2004.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 24

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Dans leur analyse de la catastrophe, Audrey FOURNEL et Myriam LAURENT
MINES DE NANCY dans leur mémoire de cindynique) relèvent les éléments suivants :

5

(ECOLE DES

-

En 1982, dix déficiences sérieuses dans les systèmes de sécurité de l’usine
sont remarquées. En 1984, deux ne sont toujours pas corrigées.

-

Présence d’une culture de non – communication propre à l’UCC :
aucune communication entre les dirigeants des différentes usines du même
groupe, ni avec les autorités locales, ni avec la population.

-

Subordination des fonctions de gestion du risque aux fonctions
de production ou à d’autres fonctions de gestion créatrices de risques.
Economie réalisée à la construction de l’usine sur les systèmes de sécurité (de
3 à 6 millions de dollars), à partir de 1982, licenciement du personnel
qualifié pour cause budgétaire.

-

Dilution des responsabilités. Non explication des tâches de gestion des
risques. Non affectation des tâches à des responsables désignés. Retour
anticipé des cadres américains en 1982, réduction de moitié de l’effectif. A la
suite de l’accident, les américains croient en un sabotage, alors que les
indiens mettent en cause directement UCC.

-

Absence d’un système de retour d’expérience. Accidents
précurseurs: incendie en 1978 et cinq fuites de gaz entre 1981 et 1983.

-

Absence d’une méthode cindynique 5 dans l’organisation et absence
d’un programme de formation aux cindyniques adapté à chaque catégorie de
personnel. Aucune formation des employés de l’usine ou de la population
avoisinante, aucune information sur les dispositions à prendre en cas
d’accident et sur les produits utilisés.

du grec ancien κίνδυνος / kíndunos, danger - Science qui étudie les risques naturels, technologiques ou
domestiques, et leurs préventions. De création récente (1987), elle s'intéresse plus particulièrement au risque
industriel et plus spécifiquement aux risques majeurs. Elle tente de combine des aspects de sciences naturelles
(géologie et météorologie pour les catastrophes naturelles, chimie et physique pour les catastrophes industrielles),
des aspects de sciences humaines (psychologie, urbanisme, économie) ; cette multidisciplinarité en fait un domaine
de l'ingénierie. Georges-Yves KERVERN, Eléments fondamentaux des cindyniques, Economica, Gestion poche, 1995.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 25

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Cas n° 3 - Tchernobyl (1986)
A 01h23 minutes et 44 secondes, heure locale, le réacteur de la quatrième tranche de la
centrale nucléaire de Tchernobyl explose. Le coût humain, économique et environnemental est
exceptionnel.
Les deux principales causes de l’accident sont :
-

le choix d’une filière de production connue pour son instabilité à
faible puissance (si on abaisse la puissance du réacteur à 200 MW thermiques,
elle peut remonter à 300 000 MW thermiques en 1 seconde !) ;

-

la mauvaise organisation de l’exploitation, notamment en présence
d’un essai dans des conditions limites.

Ces deux critiques majeures peuvent se retrouver dans le dossier AZF :
-

avoir installé sur un même site, sans séparation physique (mur)
deux unités de stockage de produits antinomiques (l’ammonitrate et
les produits chlorés comme le DCCNa)
« (…) il y a eu un certain nombre de critiques émises, une série 
d’imperfections,  de  défaillances  mises  en  évidence  et  il  y  a  eu 
des  actions  en  boucles  courtes  d’apprentissage,  c'est‐à‐dire 
qu’il y a des choses qui ont été modifiées assez immédiatement, 
mais dans un deuxième temps, le retour d’expérience suppose 
d’approfondir. Qu’a‐t‐on appris d’une décision d’entreprise qui 
a permis de faire cohabiter deux produits dont on connaissait la 
dangerosité,  on  savait  que  quand  on  passait  d’un  coin  de 
l’usine à l’autre ça faisait bip‐bip sous les chaussures, les roues 
des  chariots  roulants  faisaient  des  petites  étincelles,  une 
pompe a éclaté quelques années avant la catastrophe, dans un 
sous‐sol où il y avait du plastique dans la pompe, du nitrate est 
rentré dedans, on a rien appris de cet accident » 6 .

-

6

la filière de gestion des déchets est désorganisée en raison d’un
recours systématique à la sous-traitance et mal surveillée en raison d’une
faiblesse critiquable des contrôles par le donneur d’ordre (GRANDE
PAROISSE/ATO).

Gilles de TERSAC, Surveillance sanitaire après une catastrophe. Que nous a appris l’explosion de l’usine AZF ? Colloque
INVS, 20 octobre 2006, Toulouse.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 26

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Cas n° 4 - Challenger (1986)
Le 28 janvier 1986, à 11h38, les propulseurs à poudre de la navette spatiale Challenger
sont mis à feu. 73 secondes après le décollage, la navette explose entraînant la disparition des 7
hommes et femmes d’équipage.
Une commission d’enquête sous la présidence de M. Rogers est constituée.
Dans son rapport du 6 juin 1986, cette commission conclut que l’accident est dû à une
fuite de gaz, causée par la défaillance d’un joint dans le SRM (Solid Rocket Motor). Au moment
du lancement, ce joint présentait une sensibilité inacceptable à la température extérieure. « La
présence possible de glace du fait de pénétration d’eau dans le joint, les matériaux du joint, les matériaux
employés, ainsi que le fait que, pour des raisons d’économie, on utilisait plusieurs fois les mêmes pièces
d’un vol à l’autre ont été les causes du désastre » 7 .
Par ailleurs, le rapport insiste sur la non prise en compte des incidents précurseurs et
l’isolement d’un ingénieur qui s’opposait au décollage en raison de la faiblesse ainsi décelée.
Cette affaire est symptomatique :

7

-

d'une part, le danger s’est cristallisé sur une pièce non essentielle du
dispositif de production (ici un joint de petite taille, dans AZF, un
hangar servant de lieu de stockage des déchets d’ammonitrate et de nitrate
d’ammonium industriel) ;

-

d’autre part, la volonté de réaliser des économies explique les
négligences fautives à l’origine de la catastrophe.

Georges-Yves KERVERN et Patrick RUBISE, L’archipel du danger, introduction aux cindyniques, CPE-Economica,
1991, p. 133 et s.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 27

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

II. CARACTERISTIQUES COMMUNES AUX ACCIDENTS 
INDUSTRIELS ET A L’EXPLOSION DE L’USINE AZF 
A.

Rappel théorique inspiré par la cindynique

Avant de présenter les éléments de comparaison (B), il n’est pas inutile de prendre
connaissance des bases de la cindynique. Le texte qui suit est issu de l’ouvrage de référence de
MM. KERVERN et RUBISE 8 . Il a simplement été ajouté une colonne (en grisé) dans les
tableaux afin de faire ressortir les manquements constatés dans le dossier AZF.
Les catastrophes ne sont pas des accidents répète le docteur ZEBROWSKI, membre de
l'Académie d'Ingénierie américaine et responsable du NUCLEAR SAFETY ANALYSIS (Palo Alto
Californie), un des grands cindyniciens américains. Il veut dire, par là, que l'arrivée d'une
grande catastrophe n'est pas le fruit de hasards obscurs.
Les catastrophes sont dues à des éléments généraux que les enquêtes après accident
permettent de dégager. Les spécialistes nomment « déficits systémiques cindynogènes » (DSC), les
déficits qui engendrent des dangers dans les systèmes. Ils sont au nombre de dix, ainsi que le
montrent les tableaux A, B et C définis dans les pages suivantes.
Pour comprendre globalement la constitution d'un contexte « favorable » à l'irruption
d'une grande catastrophe, il faut que la démarche cindynique se développe sur deux axes :

8

-

définir le système le plus global possible rendant compte d'une activité
humaine, de la façon dont elle est organisée, conduite et contrôlée ;

-

identifier dans ce système les déficits expliquant les erreurs commises par le
système dans son ensemble. Ces déficits, les DSC, sont regroupés en trois
catégories que nous allons examiner. Ce sont :
o les déficits culturels : infaillibilité, simplisme, non-communication,
nombrilisme ;
o les déficits organisationnels : subordination des fonctions de gestion des
risques aux fonctions de production, dilution des responsabilités ;
o les déficits managériaux : absence de retour d'expérience, absence d'une
méthode cindynique dans l'organisation, absence d'un programme de
formation aux cindyniques, absence d'une planification de crise.

Georges-Yves KERVERN et Patrick RUBIS, L’archipel du danger, CPE – Economica, 1991.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 28

Tableau A : les déficits culturels 

CULTURE D'ORGANISME 

Domaine du 
déficit 

Numéro du DSC 

Désignation 
du DSC 

Symptômes 
classiques 

AZF 

DSC 1 

DSC 2 

Culture 
d'infaillibilité 

Culture de 
simplisme 

Nous sommes surs du 
succès. 
Ce système est garanti 
contre toute défaillance 

Notre affaire n'est pas 
complexe. 
Nous rejetons l'idée de 
système. 
ça marche sans 
méthodes 




Déclaration de M. DESMAREST (PDG TOTAL) devant la commission d’enquête 
parlementaire ‐ « « Le site de Toulouse disposait de toutes les autorisations requises. 
Il avait été conçu suivant les règles en vigueur dans la profession et il était 
correctement entretenu. L'usine avait de bonnes performances en matière de sécurité 
et son taux de fréquence des accidents était parmi les meilleurs de la profession. Les 
produits stockés dans le hangar 221, où a eu lieu l'explosion, n'étaient pas considérés 
comme particulièrement dangereux » (p. 430 § 6) 
Déclaration de M. TRAMIER (Directeur Environnement et sécurité industrielle du 
groupe TOTAL) devant la commission d’enquête parlementaire ‐ « En matière de 
sécurité, l'usine de Toulouse était l'une des usines les plus performantes, en France, 
dans le secteur de la chimie. » (p. 441) 
L’usine fonctionne depuis 75 ans, sans accident majeur 
Tout est sous contrôle 
Les produits fabriqués sont connus et relativement simple à fabriquer. Il ne s’agit pas 
de « chimie fine » mais de chimie industrielle.  
La seule vraie question c’est la pollution de Garonne (rejets) ou de l’air (fuite 
d’ammoniaque > cf. la « grande fuite » de 1998) 

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

DSC 3 

DSC 4 

Culture de non 
communication 

Culture 
nombriliste 

On ne peut vivre en 
remettant en question 
certaines vérités 
évidentes de notre 
métier. 
La hiérarchie de notre 
entreprise supporte mal 
la remise en question 
des pratiques 
techniques. 
On discute peu entre 
nous des opérations 
pratiques. 
Le personnel parle 
Hindi, l'équipage le 
portugais, les passagers 
le norvégien. 
Nous sommes les 
leaders et nous 
économisons pas mal 
de temps du fait que 
nous n'allons pas voir 
ailleurs ce qui se passe. 
Nous avons toujours 
été les premiers à 
percevoir les problèmes 
de notre profession. 
Nous sommes certains 
du retard de nos 
concurrents en matière 
de sécurité 







Non communication entre l’exploitant et les sous‐traitants 
Difficulté de relation entre l’exploitant et les syndicats 
Aucun contrôle des sous‐traitants qui font appel à des intérimaires 
Confusion des rôles entre 3(+1) sous‐traitants intervenant sur le 221 et sur le 335 
concernant la gestion des déchets 
Séparation stricte entre le personnel GRANDE PAROISSE (production chimique) et les 
autres intervenants gérant les parties « moins nobles » (déchets, stock, 
manutention), le plus souvent déléguées à des entreprises extérieures dans le plus 
grand désintérêt (mépris ?) de la part des cadres (ingénieurs) de GRANDE PAROISSE. 

Nous appartenons à un groupe puissant qui maitrise toute la chaine de production et 
qui entretient des relations de parité avec la DRIRE. 
Nous sommes « Jupiter d’argent » et bientôt d’or, quitte pour cela à s’arranger avec 
les taux d’accident de travail en incitant à  une non déclaration des incidents, quasi‐
accidents ou accidents « légers ». 
Nous maitrisons nos procédures de production 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 30

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Tableau B : les déficits organisationnels 

ORGANISATION 

Domaine du déficit

Numéro 
du DSC 
DSC 5 

DSC 6 

Désignation du 
DSC 
Subordination  des 
fonctions 
de 
gestion  du  risque 
aux  fonctions  de 
production  ou  à 
d'autres  fonctions 
de 
gestion 
créatrices 
de 
risques 

Dilution 
des 
responsabilités. 
Non  explication 
des  tâches  de 
gestion 
des 
risques. 
Non  affectation 
des  tâches  à  des 
responsables 
désignés 

Symptômes 
classiques 
Le  responsable  de  la 
sécurité  n'est  qu'un 
collaborateur 
parmi 
d'autres du responsable 
de production. 
On ne va tout de même 
pas 
réduire 
les 
prérogatives  du  chef  de 
production  ou  lui 
compliquer la tâche. 
On  crève  sous  les 
fonctionnels,  ce  n'est 
pas  le  moment  d'en 
inventer un autre. 
D'accord,  il  y  a  des 
risques,  mais  ce  n'est 
pas  pour  semer  le 
désordre  dans  nos 
structures. 
Nous  avons  rejeté  tout 
formalisme  dans  notre 
organisation, 
chacun 
peut  s'exprimer  avec 
spontanéité. 
Les gens sont adultes et 
savent  parfaitement  ce 
qu'ils  doivent  faire  sans 
qu'il soit utile de le leur 
rappeler 

AZF 



Politique de minoration des accidents du travail 
Gestion des interventions sur les « problèmes » sans arrêter la production (cf. 
CHASKIEl, p. 184) 
Polyvalence des salariés chargés comme les anciens pompiers, aussi bien de la 
sécurité que l’électricité, en attendant leur externalisation programmée pour 2003. 

 



Perte d’information et de contrôle des sous‐traitants 
Réalité ne correspond pas à la théorie (pouvoir limité du service sécurité) 
Prédominance de l’impact économique sur la sécurité 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 31

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Tableau C : les déficits managériaux

METHODE DE GESTION 

Domaine du 
déficit 

Numéro 
du DSC 

Désignation  
du DSC 
Absence d'un système de 
retour d'expérience 

DSC 7 

DSC 8 

DSC 9 

DSC 10 

Absence d'une méthode 
cindynique dans l'organisation 
Absence d'un programme de 
formation aux cindyniques 
adapté à chaque catégorie de 
personnel 
Absence de planification des 
situations de crise 

Symptômes  
classiques 

AZF 

Maintien de pratiques considérées 
comme dangereuses dans d'autres 
établissements ou organisations. 
Pas d'attention aux signes précurseurs 
apparaissant dans la même profession. 
Pas d'exploitation systématique des faits 
concernant les dysfonctionnements 
survenus mondialement dans le même 
domaine technique 
Dans ce secteur, il faut reconnaître qu'il 
n'y avait pas de manuel ou d'instruction 
écrite de la direction 
Les gens des ateliers ont été pris au 
dépourvu et ont commis des erreurs qui 
ont aggravé les choses 

 

Mise  en  place  d’un  CRIE  mais  limitation  volontaire 
des  causes  d’accidents  >  refus  de  prendre  en 
compte  l’hypothèse  d’un  dépôt  d’ammonitrate 
malgré  les  mises  en  garde  du  rapport  QUINCHON 
(1997) 
action  de  promotion  visant  à  restreindre  les 
déclarations d’accident de travail 

Un  manuel  existe  mais  il  est  qualifié  de « peu 
opérationnel » par l’INERIS 

Problème  lié  à  la  formation  des  salariés  des 
entreprises extérieures 
Faiblesse  des  échanges  et/ou  des  contrôles  entre 
GP et les entreprises extérieures 

Quand on a entendu ce bruit 
épouvantable, tout le monde s'est mis à 
courir dans toutes les directions. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 32

B.

Points communs entre la catastrophe d’AZF et les
autres grandes catastrophes

Comme souvent en matière de catastrophe, il n’existe pas une seule cause péremptoire,
mais une accumulation de causes, de divergence entre la norme applicable et la réalité sur le
terrain, de manquement aux règles de sécurité résultant de négligences fautives ou de volonté
délibérée de frôler la ligne jaune, d’absence de contrôle.
Dans les différents dossiers étudiés, qui ne sont que les plus symptomatiques, on peut
mettre en exergue quatre points communs avec la catastrophe de Toulouse.
• Premier point commun –  une mauvaise organisation de l’exploitation 
Cette mauvaise organisation de l’exploitation de l’usine sera amplement démontrée
tout au long du procès.
Pour le moment, il suffit de prendre connaissance du compte-rendu de la réunion de
juin 2001 du groupe de travail consacré à l’exploitation des CRIE (compte rendue
d’incident et d’événement). Sous la plume de M. BIECHLIN, on peut lire :
Pour la deuxième fois, depuis 3 mois, on enregistre un accident 
caractéristique  de  notre  activité  « chimique »  relevant  d’un 
problème d’organisation du travail.  

• Deuxième  point  commun –  Un  groupe  de  sociétés  organisé  qui  permet 
tout à la fois un pilotage direct des filiales pour assurer une maximisation 
des profits et la constitution d’écoutilles étanches en cas de remontée des 
responsabilités (théorie du sous‐marin). 
Comme pour BHOPAL ou SEVESO, les usines touchées par la catastrophe sont
isolées dans une filiale. En revanche, les instructions, les contrôles et les cadres
dirigeants proviennent toujours de la société mère. Laquelle exerce un contrôle non
seulement sur le capital ou la gestion mais également sur les techniques de
fabrication, l’organisation de la sécurité et le positionnement stratégique de l’usine et
de la filiale.
Cette technique souple lui permet de se comporter en véritable « patron » de l’usine
tout en se dissimulant derrière le principe de l’autonomie des personnes morales, qui
lui sert d’écran protecteur.
Le droit pénal ne doit pas se laisser abuser par cette technique sociétaire qui ne
trompe que ceux qui veulent bien croire à l’illusion du groupe de sociétés.

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Le système est parachevé par le recours à un cadre dirigeant, directeur de l’usine, qui
accepte de « couler avec son navire » pour protéger son employeur, le groupe dans lequel il
a fait toute sa carrière.
• Troisième point commun – Faiblesse de la surveillance en présence d’une 
connaissance  du  risque  et  mise  en  place  d’une  stratégie  de  contre‐feux 
(sabotage, dissimulation d’informations). 
La connaissance de l’explosivité de l’ammonitrate est connue et d’ailleurs conduit la
direction de la société GRANDE PAROISSE a modifié le stockage en I0 en raison des
risques d’incendie liés au frottement des tapis mécaniques.
Pour autant, en présence de produits dangereux et incompatibles (Ammonitrate +
DCCNa), les règles de sécurité ont été prises "a minima", notamment dans les
relations avec les entreprises extérieures et leurs personnels qui étaient sousinformés et non formés sur les produits qu’ils manipulaient.
• Quatrième  point  commun  –  une  volonté  délibérée  de  réaliser  des 
économies, surtout dans les zones réputées improductives 
La recherche systématique de la productivité et de la rentabilité est une source de
paradoxe pour les groupes. Avec un horizon temporel limité, ils ont du mal à
intégrer le concept de « développement durable ».
Dans ces conditions, le recours systématique à l’externalisation et le désintérêt pour
les zones réputées être des centres de coûts (par opposition à « centre de profit »)
conduisent souvent à des politiques aberrantes qui aggravent l’importance de la
catastrophe.
L’ensemble de ces faits conduisent à considérer que la responsabilité pénale pèse non
seulement sur les épaules du directeur de l’usine, M. Serge Biechlin, mais aussi ne s’arrête pas
au seuil de la société GRANDE PAROISSE.
En effet, nous allons démontrer qu’en présence d’un groupe intégré comme le groupe
TOTAL, la politique générale d’économie en matière de sécurité afin de maximiser les profits
est l’une des causes de la survenance et de l’importance de la catastrophe de Toulouse.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 34

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

PREMIERE PARTIE
RAPPEL DES FAITS ET DE LA PROCEDURE
LIVRE PREMIER 
RAPPEL DES FAITS 
Chapitre Premier
PRINCIPAUX « ACTEURS » EN PRESENCE
SECTION 1 
L’USINE 
§1 - Historique de l’usine
L’usine de la société GRANDE PAROISSE est située sur un terrain de 70 ha au sud de
Toulouse et à environ 3 km du centre, en rive gauche de Garonne.
Afin d’exploiter le procédé allemand « Haber » de fabrication de l’ammoniac, obtenu au
titre des dommages de guerre, l’OFFICE NATIONAL INDUSTRIEL DE L’AZOTE (ONIA) est créé par
la loi du 11 avril 1924. A partir de l’ammoniac, l’ONIA fabrique et commercialise des produits
azotés et de l’engrais. En 1933, l’usine employait 2 164 personnes (D 830).
Au cours de la deuxième guerre mondiale, tout comme le site voisin de la SNPE
(« Poudrerie »), le site de l’ONIA est bombardé. Il a été démontré qu’aucun engin explosif
datant de ce raid n’était encore présent sur le site en septembre 2001.
La survie du site de l’ONIA est due en grande partie à la découverte du gaz de Lacq.
Ainsi, jusque dans les années 80, l’ONIA était le principal client industriel de GSO (GAZ DU SUD
OUEST, filiale d’ELF) et représentait plus de 30 % du chiffre d’affaires de cette société.
Au cours des années 60, l’ONIA est réorganisé. L’usine devient la propriété de la société
anonyme AZOTE ET PRODUITS CHIMIQUES (APC), le 26 septembre 1967. Des études de
marchés démontrent l’intérêt de l’APC de produire du nitrate d’ammonium industriel (NAI).
En effet, en complément de sa production d’engrais, la commercialisation de NAI lui permet
d’entrer sur le marché très rentable des produits explosifs 9 .

9

Scellés 22 B, PV 2001/537/C/1/4 – Etude sur l’ANFO (explosif à base de nitrate d’ammonium et de fuel).
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 35

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Au fil de restructuration et du passage de main en main (1978 : Charbonnage de France,
1983 : Rhône-Poulenc, 1990 : ELF), les effectifs diminuent de manière drastique : autour du
millier en 1987 et seulement 530 lors de l’entrée dans le groupe ELF.
A partir des années 90, la société GRANDE PAROISSE est une filiale de la S.A. ELFATOCHEM, elle-même filiale de la S.A. ELF.
Au moment des faits, l’usine employait encore 470 personnes, plus environ 200 salariés
venant de sociétés de sous-traitances.
Après le rachat d’ELF par TOTAL (1999), la société GRANDE PAROISSE devient une
filiale de la S.A. ATOFINA (ex. ATOCHEM), elle-même filiale de la S.A. TOTAL FINA ELF
(ex. ELF). Les conditions et les conséquences de ce rachat seront étudiées ultérieurement lors
de la présentation du groupe TOTAL.
L’usine de GRANDE PAROISSE s’intégrait dans le « pôle de chimique Sud de Toulouse » ainsi
qu'il est désigné sur le schéma directeur de l'agglomération et qui est décrit de la manière
suivante par le géographe Guy Jalabert 10 :

la « Poudrerie » - La chronique industrielle de Toulouse raconte que dès le XVIème
siècle l'on produisait de la poudre noire dans des "moulins" près du Pont Neuf, que
la première Poudrerie y remonterait à Louis XIV, mais qu'une explosion en 1852
avait abouti, après moult dégâts, à son transfert sur l'Ile du Ramier, entre deux bras
de la Garonne, en amont de la cité, à 4 km du centre de la ville, dans une zone semi
boisée, inhabitée.
La municipalité de Toulouse au début du siècle favorisa l'enseignement de la chimie,
en créant un Institut de chimie à Toulouse, et Paul Sabatier devint prix Nobel de la
discipline en 1912.
Mais c'est surtout la première guerre mondiale qui favorisa l'essor de la Poudrerie,
éloignée du front de guerre, qui employa jusqu'à 30.000 personnes (paysans
mobilisés, femmes, personnes âgées), pour retomber à 600 salariés en 1930. Relayé
en partie par le développement de l'ONIA, le processus se renouvela lors de la
deuxième guerre mondiale, jusqu'à 20.000 personnes travaillant sur le site.
Après la guerre, retour à des effectifs plus modérés, environ 1000 salariés et
mutation des fabrications, remplaçant une partie des installations détruites lors des
bombardements de 1944 (53 morts, plus "collatéraux" dans les quartiers voisins que
sur le site, 53 maisons détruites, une centaine affectées, le Pont d'Empalot en partie
démoli).

10

Guy JALABERT, L'explosion de l'usine AZF à Toulouse : ville et risque industriel, CIEU, Revue Mappemonde, 2002.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 36

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L'évolution des productions et le changement de statut en 1971 (la PNT devient la
SNPE, Société Nationale des Poudres et Explosifs) abandonne peu à peu la
fabrication des explosifs pour se consacrer à une chimie plus fine autour de trois
techniques : phosgénation, hydrogénation, nitration (50% de la production exportée,
notamment vers le Japon). Les principaux produits de cette gamme fabriqués sont :
l'UDMH et le MMH, entrant dans la composition du propergol pour la fusée Ariane
et expédiée vers Kourou en Guyane. 450 salariés travaillent sur le site. Le produit le
plus toxique, le phosgène est produit dans 5 ateliers séparés, stocké et confiné dans
des cuves métalliques enterrées, mais aussi transporté vers le site chimique d'une
autre usine située plus au sud.

TOLOCHIMIE fut fondée en 1961 et rattachée d'abord à Rhône Poulenc, puis devint
filiale de la SNPE (105 salariés), reçoit le phosgène, par un pipe-line muni de
compartiments isolables, qui traverse le petit bras de la Garonne en amont d'AZF
dans une double enveloppe protectrice, qui fort heureusement a résisté lors de
l'explosion d'AZF. Cette usine fabrique à partir du phosgène des vernis, des produits
pour la photographie, la protection des cultures et des éléments pour médicaments,
la SNPE ayant elle-même ouvert une unité pharmaceutique en 1998 (entrant, entre
autre, dans la composition du Viagra et des trithérapies).

L'usine AZF établissement de GRANDE PAROISSE, filiale de TOTAL FINA ELF. Le
choix du site au sud de la ville s'explique pour plusieurs raisons : la rétrocession de
terrains par la PNT qui réduit ses activités après la guerre ; l'arrivée du gaz souspyrénéen de Saint-Marcet, relayée plus tard par celui de Lacq ; la présence de la voie
ferrée Toulouse-Bayonne qui permet des embranchements directs et l'arrivée de
matières premières et l'expédition de produits finis ; la présence de l'eau en
abondance, l'usine jouxtant le bras inférieur de la Garonne (matière première,
produit de refroidissement, rejet éventuel de déchets), non sans risques en cas
d'inondations ; enfin disponibilité d'une main d'œuvre certes à former, mais
abondante.
Des années 20 au années 90, les productions ont fortement évolué, se sont
diversifiées : production d'ammoniaque et d'engrais du type nitrate d'ammoniaque,
d'urée, d'acide nitrique, ateliers de mélanine (entrant dans la production de peinture
et colles), d'acide cyanurique (détergents…).
De fait, l'établissement, à plusieurs reprises menacé de fermeture, a mal
subi la concurrence d'usines installées en Basse Seine près des sites pétroliers et celle
des pays de l'est et a vu ses effectifs fondre au fil du temps :
-

de 3800 salariés en 1960,
1150 en 1985,
515 en 1995,
450 en 2001.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 37

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Une partie plus importante des activités a été peu à peu, comme dans la plupart des
industries, sous-traitée à des entreprises extérieures (transports, manutentions,
surveillances), soit environ 200 personnes présentes sur le site en plus des personnels
AZF.
Le plan qui figure page suivante permet d’identifier les deux grandes zones de
production :
-

ZONE NORD
o Ammonitrate (nitrate d’ammonium agricole)
o NAI (nitrate d’ammonium industriel)

-

ZONE SUD
o Ammoniac (NH3)
o Acide nitrique
o Urée
o Mélamine
o ACD (Acide cyanurique et dérivés chlorés)
o RF (résines, colles et formols)
On comprend bien que l’usine de Toulouse est une usine « double » :
-

La partie nord et une partie de la zone Sud sont dédiées à la production d’engrais
azotés et de NAI (nitrate d’ammonium industriel permettant de fabriquer des
explosifs), elles sont sous le contrôle de GRANDE PAROISSE S.A.

-

Une partie de la zone sud est dédiée à la production de colles et de produits chlorés
(pastilles pour désinfecter les piscines à base de DCCNa, par exemple). Cette
partie est sous le contrôle direct d’ATOFINA :
A cet égard, Monsieur Eric DELAUNAY, ingénieur, déclare (D. 2125)
ƒ « Je suis entré dans le groupe ATOCHEM en 1992 et j’ai été affecté à l’usine de
Villers Saint Paul (60) » ;
ƒ « j’ai été affecté à l’usine de Toulouse en tant que chef de service des ateliers
ATOFINA du secteur sud regroupant ACD, RF et BCU ».
ƒ « mon service est composé de trois activités distinctes qui opèrent pour le compte de
deux divisions d’ATOFINA : l’atelier RF (résines formol) qui dépend de la division
RESINES – FORMOL qui regroupe 27 personnes et l’atelier ACD (Acide
cyanurique et dérivés chlorés) qui dépend de la division DCVS (Division chlore
vynil solvants) qui regroupent 27 personnes. »

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 38

– PLAN DE L’USINE AZF (2001) –
Sources : Rapport à M. Cochet, ministre de l’environnement, par M. Barthélémy et al. (27 octobre 2001)

§ 2 - Productions de l’usine : deux produits incompatibles entre eux :
nitrate d’ammonium vs DCCNa

Sources : document de référence enregistré par l’Autorité des marchés financiers
le 19 mai 2004 sous le numéro R.04 – 094, p. 21

A partir de produits de base (gaz, eau, ammoniac), l’usine produisait du nitrate
d’ammonium, dans les proportions suivantes :
o de 850 t/j en granulés pour les engrais,
o 400 t/j de granulés à usage industriel (principalement pour la fabrication de
nitrate fioul explosif employé dans les carrières et les travaux publics) et
o des solutions azotées (1000t/j).

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

I. 

NITRATE D’AMMONIUM (NA)  

A.

DIFFERENCES ENTRE AMMONITRATE ET NITRATE D’AMMONIUM

Le nitrate d'ammonium (NH4O3) est un produit chimique combinant dans la même
molécule un fort réducteur (NH4+) et un oxydant puissant (NO3 -).
A partir du nitrate d'ammonium, l'industriel peut fabriquer différentes sortes de produits
secondaires dont les procédés de fabrication et les caractéristiques d'usage sont très différents 11 :
-

le nitrate d'ammonium industriel (NAI) est un produit destiné à la
fabrication de nitrate fuel (« ANFO » : Ammonium nitrate fuel oil),
employé comme explosif notamment dans les mines et les carrières.
L'usine AZF fabriquait du NAI dont la teneur en azote est
supérieure à 34,6 %.
Le nitrate d'ammonium destiné à être utilisé comme explosif possède
une porosité importante facilitant l'absorption d'huile et le rendant
sensible à la détonation.

-

Les engrais à usage agricole (ou ammonitrate)
Les ammonitrates fabriqués à AZF étaient des ammonitrates à haute
dose car ils comprenaient au moins 33,5% d'azote.
D’après Louis MEDARD 12 , on a donné en 1946, en France, le nom
d’ammonitrate à des engrais azotés à base de nitrate d’ammonium
dont la définition a été précisée dans le règlement ministériel du
transport des matières dangereuses. Monsieur Louis MEDARD
souligne que :
Le choix de ce terme n’est pas des plus heureux, puisque le mot 
allemand  ‘ammonitrat’  désigne  le  nitrate  d’ammonium  lui‐
même. 
 
Les ammonitrates français sont à base de nitrate d’ammonium, 
mais présentent des propriétés différentes de celles du nitrates 
d’ammonium pur. 

11

12

Fiche technique, « La présentation des risques professionnels dans le stockage et l'emploi des engrais solides à base de nitrate
d'ammonium », Direction des exploitations de la politique sociale, Ministère de l'Agriculture.
Louis MEDARD, Les explosifs occasionnels, 2ème édition, p. 628 et s.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 41

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Les ammonitrates à haut dosage, comme ceux fabriqués à AZF, 
renferment  93  à  98,8  %  de  nitrate  d’ammonium  et  ont  une 
granulométrie  telle  que  10  %  au  plus  du  produit  passe  par  un 
tamis n° 31 et 5 % au plus du tamis n° 28 (tamis AFNOR). 

En raison des propriétés différentes entre le NAI et l’ammonitrate, ces deux
produits ne devaient pas être mélangés.
A cet égard, M. Jean-Jacques GAUTIER, inspecteur général de la SNPE (Société
nationale des poudres et explosifs), considère que la situation de danger préexistant dans
le hangar 221 et révélée le 21 septembre 2001 (D. 2857) se trouve établie dès lors que les faits
ci-après ne sont plus contestés :
« des  ammonitrates  (à  usage  d’engrais)  déclassés,  qui,  du  fait 
de leur état physique (porosité trop élevée notamment) avaient 
des propriétés explosives trop fortes, inacceptables vis‐à‐vis du 
seuil autorisé par une norme française ». 
 
« des  nitrates  d’ammonium  pour  fabrication  d’explosifs 
industriels  (nitrates  fuel)  déclassés  pour  diverses  raisons  et 
notamment du fait de leur porosité trop forte car conduisant à 
des explosifs industriels trop sensibles ». 
 
« Il  existe  toute  une  variété  physique  de  nitrates  industriels 
d’ammonium : plus ils sont poreux plus le caractère explosif est 
prononcé ». 
 
« Les  nitrates  d’ammonium  industriels  ayant  une  masse 
volumique  apparente  inférieure  à  0,7  ont  indéniablement    un 
caractère explosif très fort, reconnu si on leur fait subir un test 
du type « aptitude à la détonation »

B.

LES RISQUES D’EXPLOSION DU NITRATE D’AMMONIUM ET, A
FORTIORI, DE L’AMMONITRATE SONT CONNUS DEPUIS LA FIN DU
XIXEME SIECLE

Dans son ouvrage de référence 13 , M. Louis MEDARD commence son chapitre par la
mise en garde suivante :
Il importe de faire une distinction entre le nitrate d’ammonium 
pur  et  le  nitrate  impur,  parce  que  leurs  propriétés  explosives 
peuvent  être  très  différentes,  même  pour  des  teneurs  très 
faibles de certaines impuretés. 

13

Louis MEDARD, op. cit., p. 601, ch. 24 “les propriétés explosives du nitrate d’ammonium”.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 42

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Pour Louis MEDARD, le nitrate d’ammonium PUR constitue certes un explosif mais
faible et il justifie son analyse de la manière suivante :
D’un  point  de  vue  théorique  et  d’après  la  définition  des 
explosifs,  le  nitrate  d’ammonium  PUR  est  un  corps  explosif, 
car  il  est  susceptible  d’éprouver  des  réactions  exothermiques 
rapides avec émission d’une grande quantité de gaz chaud.  
 
Ce caractère explosif du nitrate d’ammonium PUR a été étudié 
vers  1870  par  BERTHELOT  qui  considérait  que  l’explosion 
franche de ce corps a lieu selon l’équation : 
 
NH4NO3 (cr IV) = N2 (g) + 2 H20 (g) + ½ O2 (g) 
 
D’après  cette  équation,  l’énergie  libérée  par  l’explosion  serait 
de  1 580  kJ/kg,  alors  que  les  explosifs  usuels  fournissent  de 
2 500 à 6 000 kJ/kg ; donc le nitrate d’ammonium PUR en tant 
qu’explosif n’a qu’une médiocre puissance. 

Et M. Louis MEDARD de conclure :
« Scientifiquement parlant, le nitrate d’ammonium PUR est un 
explosif  mais  du  point  de  vue  pratique,  comme  l’affirmait 
MUNROE en 1922 « nous sommes en droit de considérer que le 
nitrate d’ammonium quand il est dans un récipient  en bois (et 
en  papier  et  en  matière  plastique)  et  est  tenu  à  l’écart  des 
explosifs n’est pas explosif ». 
 
Plus récemment, CLANCEY a pu écrire que l’expérience semble 
justifier  amplement  la  conclusion  que  le  sel  PUR  peut,  à  bon 
droit,  être  considéré  comme  ne  présentant  pas  de  risques 
d’explosion  mais  qu’il  n’en  est  pas  de  même  de  certains 
mélanges ». 

Ainsi, on comprend mieux la position du groupe TOTAL depuis la catastrophe AZF : en
laboratoire, le nitrate d’ammonium PUR n’explose que dans certaines conditions restrictives
(confinement, choc thermique et/ou mécanique, …).
Mais entre une expérience de laboratoire et la réalité de terrain, la différence est
d’autant plus grande que l’ammonitrate contenu dans le hangar 221 n’était pas du nitrate
d’ammonium pur.
Loin de là.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 43

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Or le risque d’explosion « est considérablement accru en présence de produits tels que matière
organique (fuel, charbon, sucre, graisses, huiles, …), soufre élémentaire, réducteurs, métaux en poudre,
chlorates même en faible quantité, ceux-ci abaissent la température critique et accélèrent les vitesses de
réaction. Il est d'ailleurs souligné que la majorité des accidents graves recensés met en évidence une
contamination du nitrate d'ammonium incriminé » 14 .
La longue liste des accidents mettant en cause le nitrate d’ammonium IMPUR vient
corroborer cette thèse. La note de M. Jean-Jacques GAUTIER, inspecteur général de la SNPE
(Société nationale des poudres et explosifs) vient, encore, confirmer cette analyse (D. 2857) :
Le  nitrate  d’ammonium  dont  l’explosion  a  ravagé  le  sud  de 
l’agglomération toulousaine, il y a un peu plus d’un an, est un 
produit  bien  connu  des  poudriers  spécialistes  des  matières 
dangereuses. 

C.

NOMBREUX ACCIDENTS LIES AU NITRATE D’AMMONIUM IMPUR

Nous n’allons pas reprendre l’intégralité de la vingtaine de pages que M. Louis
MEDARD consacre aux « explosions accidentelles impliquant le nitrate d’ammonium » (§ 24.2). Tout
au plus, nous pouvons retenir ce propos introductif (p. 610) qui se trouve confirmé par un
rapide survol des grandes catastrophes (p. 611 à 631) :
« Ce  sont  des  accidents  dont  certains  eurent  l’ampleur  de 
catastrophe qui attirèrent l’attention sur les dangers du nitrate 
d’ammonium  et  des  mélanges  à  base  de  ce  nitrate.  Les  plus 
importants  de  ces  accidents  méritent  d’être  exposés  avec 
quelque détail, car leur étude met en évidence les circonstances 
dangereuses qu’il faut éviter.  
 
Dans presque tous les cas, il s’agissait de nitrate d’ammonium 
plus ou moins impur » 







14

L’explosion de Kriewald (1921)
L’explosion d’Oppau (1921)
L’explosion de Tessendorloo (1942)
Les explosions de Texas City (1947)
L’explosion de Brest (1947)
L’explosion de Tirennia (mer Rouge, 1954)
L’explosion de l’usine Cherokee (1973)

CNAMTS (Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés), Le stockage du nitrate d’ammonium et des
ammonitrates solides Prévention des risques professionnels, Recommandations n° R 428, adoptées par le Comité technique
national de la chimie, du caoutchouc et de la plasturgie le 21 novembre 2006.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 44

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Certes, le groupe TOTAL, comme il le fait depuis le début de la procédure
d’instruction, ne manquera pas d’exciper que ces explosions sont liées à l’utilisation d’explosif
contre un tas de nitrate d’ammonium ou sont le résultat d’un très fort incendie dans une
enceinte confinée.
M. Louis MEDARD ne dit pas autre chose lorsqu’il considère que le risque d’explosion
de l’ammonitrate est d’autant plus grand que les facteurs suivants se cumulent :
Masse importante de nitrate impur dans des conditions de confinement.
Le groupe TOTAL a beau jeu de constater que la condition relative au « confinement »
n’est pas établie à Toulouse. Bien au contraire. Ainsi, M. BIECHLIN insiste-t-il sur le fait que le
hangar 221 était ouvert aux quatre-vents et notamment au vent d’autan.
Ce faisant, M. BIECHLIN et le groupe TOTAL reconnaissent que le tas en vrac
d’ammonitrate ou de nitrate d’ammonium industriel déclassé et mélangé était soumis à un stress
hydrostatique qui venait accélérer la décomposition chimique du produit et le rendre plus
sensible aux corruptions extérieures.
Mais, en s’arque-boutant sur l’absence de confinement à Toulouse, M. BIECHLIN et le
groupe TOTAL ne contestent ni le caractère IMPUR ni l’importance de la masse de nitrate
contenue dans le hangar 221.
Or, M. Louis MEDARD consacre le § 24.3 de son livre aux « propriétés explosives du
nitrate d’ammonium IMPUR ». On peut ainsi y lire :
On conçoit donc que l’addition d’un assez faible pourcentage, 1 
ou  2  %  d’un  corps  combustible  au  nitrate  d’ammonium 
transforme  celui‐ci  (…)  en  un  mélange,  qui  sans  avoir  les 
qualités  que  l’on  demande  à  un  explosif  de  mine,  est 
suffisamment sensible pour qu’on puisse provoquer l’explosion 
par une action excitatrice modérée (p. 620). 
 
Toute  substance  combustible  mélangée  au  nitrate 
d’ammonium  le  sensibilise  plus  ou  moins ;  le  soufre,  qui  se 
désagrège  en  une  poussière  très  fine ;  des  métaux  en  poudre 
(…) enfin on a observé que les prills 15  de nitrate d’ammonium 
qui ont été traités par un agent dit « surfactif »  sont devenus 
plus  sensibles,  ce  que  l’on  constate  par  leur  diamètre  critique 
de détonation qui est devenu plus petit que celui des prills non 
traités ; même 0,03 à 0,05 % d’un tel additif rend aussi sensible 
qu’une addition de 1 à 1,5 % de mazout. (p. 622) 

15

Les produits obtenus par déshydratation et cristallisation simultanée de solutions concentrées, dans une tour
parcourue par des gaz secs ascendants, sont appelés techniquement des « prills ». Ils sont sphériques ou légèrement
ovoïdes
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 45

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Parmi tous les accidents survenus liés à l’utilisation de l’ammonitrate, l’un d’eux doit
retenir plus particulièrement l’attention.
En effet, dans une note en date du 4 juillet 1996, M. Henri FOURNET 16 (Direction
Industrielle Sécurité Environnement de GRANDE PAROISSE) attire l’attention des différents
responsables d’usine sur la « sécurité des ateliers de nitrate d’ammonium » dans les termes suivants :
Le  13  décembre  1994  à  6h°6,  l’explosion  de  l’unité 
d’ammonitrate de TERRA Inc à Port Neal (Iowa USA) fit 4 mors 
et 18 blessés provoquant des dégâts considérables, entraînant 
le  lâcher  d’environ  5 700  t.  d’ammoniac  et  100  m3  d’acide 
nitrique. 

A partir du rapport de la commission d’enquête, M. PEUDPIECE (GRANDE PAROISSE
Rouen) présente une synthèse des circonstances et des causes probables de cet accident aux
responsables de l’exploitation de production d’ammonitrate (27 juin 1996). Il insiste
particulièrement sur les dangers liés au confinement de l’ammonitrate.
M. FOURNET ajoute que
Ce  travail  doit  explorer  au  moins  huit  recommandations  du 
rapport  et  déboucher  sur  un  plan  d’actions  pouvant  couvrir 
différents  domaines  (moyens,  maîtrise  du  procédé,  procédure 
d’exploitation  et  d’intervention,  formation  du  personnel, 
spécifications  matières,  …)  dont  la  mise  en  œuvre  doit 
permettre de faire en sorte que ce type d’accident ne puisse se 
produire dans vos unités. 

Voilà une belle pétition de principe qui prévoit même la remise des plans d’actions pour
la mi-septembre 1996.
Mais la réalité est moins idyllique.
Si la connaissance du risque est patente, la prise en compte laisse à désirer.
En effet, cette lettre de 1996 est adressée de nouveau à M. BIECHLIN après sa prise en
fonction 20 octobre 1998 (soit deux ans plus tard). Cette réexpédition s’explique : M.
BIECHLIN n’était pas destinataire de cette information dans son ancienne usine qui ne
produisait pas d’ammonitrate.

16

Scellé 40 B, PV n° 2001/537/C/1/6
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 46

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Mais ce qui est intéressant c’est la mention manuscrite ajoutée sur la lettre par M.
FOURNET :
Pour  Toulouse,  un  plan  d’action  spécifique,  avec  HAZOP  à 
l’appui,  a  été  établie  (note  du  7/10/196)  qui  devrait  s’étaler 
sur l’année 97 mais a pris sans doute un peu de retard. 
 
 On en reparlera. 

En effet, le retard accumulé depuis 1996 a permis d’en reparler après le 21 septembre
2001.
Ce document démontre la parfaite connaissance des risques liés à l’ammonitrate et la
prise en compte pour le moins imparfaite de mesures à prendre pour éviter le risque
d’explosion.
Comme si, au fil du temps, sous la pression économique, le risque d’explosion de
l’ammonitrate avait été nié…
D.

VOLONTE DE NIER LE DANGER PRINCIPAL LIE AU CARACTERE EXPLOSIF

Dans le paragraphe consacré aux « dangers des ammonitrates » (§ 25.2.3, p. 631 et s.),
M. Louis MEDARD rappelle que « les accidents survenus de 1920 à 1947 ont rendu prudent et, dès
1948, la réglementation française a considéré que tout nitrate d’ammonium renfermant plus de 0,4 % de
matière combustible doit, en ce qui concerne le transport ou le stockage, être traité comme les explosifs
intentionnels »
Il appartient à M. Jean-Jacques GAUTIER, inspecteur général de la SNPE (D 2857) de
relever les indices marquant le déni de réalité de la part de GRANDE PAROISSE, déni de réalité
qui part de la base et remontera toute la chaine des responsabilités à l’intérieur du groupe
TOTAL :
Il existait donc une situation de danger révélé le 21 septembre 
2001  dans  le  dépôt  221,  à  savoir  la  présence  parmi  d’autres 
produits quasiment inertes, de véritables explosifs (des nitrates 
d’ammonium poreux essentiellement). 
 
Le  risque  ‘explosif’  des  nitrates  d’ammonium  poreux  n’avait 
manifestement pas été pris en compte ainsi qu’en témoigne la 
brochure  d’informations  des  populations  qui  ne  fait  état  que 
des risques majeurs « gaz toxique » et « incendie » (alors que le 
risque  « explosion »  existait  dans  le  rapport  « vivre  avec 
l’industrie en Midi‐Pyrénées – bilan 1993 » édité par la DRIRE. 
Pourquoi a‐t‐il disparu ?) 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 47

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Ceci est d’autant plus vrai que les nitrates d’ammonium poreux, 
également  fabriqués  par  GRANDE  PAROISSE  –  du  fait  de  leur 
grande  surface  de  combustions,  ces  NA  ont  une  plus  grande 
aptitude    à  détoner  et  conduisent  donc  à  des  explosifs  nitrate 
fuel également plus sensibles (ce qui est le but recherché de ces 
explosifs). 
 
D’après le rapport d’enquête interne, en date du 18 mars 2002, 
il y avait environ 90 tonnes de nitrate industriel (donc poreux) 
dans le 221 le 21 septembre 2001 (p. 27/35).  
 
Le coefficient d’équivalence tolite d’un tel produit étant de 0,5, 
on retrouve les effets de quelques dizaines de tonnes d’explosifs 
déterminés par les experts » 

E.

L’IMPORTANCE DES CONDITIONS DE STOCKAGE

Dans son ouvrage (p. 632, § 25.2.5), Monsieur Louis MEDARD insiste sur les
conditions de stockage des ammonitrates :
Si  les  ammonitrates  ne  peuvent  être  considérés  comme 
exempts  de  tout  danger,  il  est  cependant  facile,  moyennant 
l’observation  de  précautions  simples,  de  les  stocker,  les 
transporter,  les  manipuler  et  les  employer  en  sécurité ;  ces 
précautions  peuvent  se  résumer  à  travers  les  trois  règles 
suivantes : 
 
1. on  doit  garder  les  ammonitrates  à  l’écart  des  explosifs  et 
veiller  à  ne  pas  les  contaminer,  par  mélange  accidentel, 
avec  d’autres  matières,  spécialement  des  matières 
combustibles. 
2. On doit écarter les sources de chaleur des ammonitrates. 
3. On  doit  éviter  tout  effet  de  confinement  dans  le  stockage 
ou le transport. 
 
Les  mêmes  principes  président  à  la  sécurité  du  stockage  du 
nitrate  d’ammonium  pur  (magasins  à  nitrate  des  fabriques 
d’explosifs ou d’hémioxyde d’azote), ou de certains mélanges à 
base de nitrate et de sulfate d’ammonium. 
 
Le  bâtiment  servant  de  magasin  doit  être  un  bâtiment  sans 
étage,  ni  sous‐sol  ou  cave ;  les  matériaux  entrant  dans  sa 
construction doivent être peu combustibles ; cependant le toit, 
d’un  type  léger,  peut  être  soutenu  par  une  charpente  en  bois, 
mais  les  éléments  couvrants  doivent  être  incombustibles 
(ardoise, tuile, acier, fibrociment). 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 48

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Le  zinc  ou  l’acier  galvanisé  ainsi  que  le  cuivre  et  le  plomb 
doivent  être  proscrits  de  la  construction ;  le  sol  doit  être  en 
ciment  ou  matériau  incombustible,  les  joints  en  bitume  étant 
réduits le plus possible.  
 
Il  faut  proscrire  les  fosses,  les  caniveaux  et  les  égouts  à 
l’intérieur  du  magasin  afin  que,  en  cas  d’incendie,  du  nitrate 
fondu ne puisse s’y écouler. 
 
Il  est  particulièrement  important  qu’en  aucun  cas,  aucun 
liquide  combustible  ne  puisse  venir  au  contact  d’ammonitrate 
et, par le jeu de la capillarité, imprégner un volume important 
du produit. C’est pourquoi un magasin d’ammonitrate doit être 
éloigné  de  tout  réservoir  de  liquides  inflammables,  et  que  des 
dispositions  doivent  être  prises  (par  exemple :  muret  de 
rétention)  pour  qu’aucune  nappe  d’un  tel  liquide  ne  puisse 
entrer dans le magasin. 

A cette approche théorique, il convient d’ajouter l’expertise de Monsieur QUINCHON
missionné pour une étude de fonctionnement en 1997, par la société GRANDE PAROISSE.
En conclusion de son étude, Monsieur QUINCHON alertait la société GRANDE
PAROISSE, dès 1997, sur l’importance des dangers concernant les tas d’ammonitrates :
« … il faut signaler que son stockage nécessite des précautions 
particulières et une surveillance attentive pour éviter le risque 
d’explosion  en  cas  de  pollution  par  des  matières  organiques, 
d’où  l’impérieuse  nécessité  d’une  grande  propreté  des 
stockages  et  l’interdiction  de  toute  matière  combustible  au 
voisinage pour éviter la formation d’un mélange explosif.  
 
Le  respect  de  ces  précautions,  nécessaires  pour  les 
ammonitrates  à  usage  agricole,  est  encore  plus  important 
pour  le  nitrate  d’ammonium  industriel  dont  la  porosité  est 
volontairement plus élevée. » 

En analysant les conditions de stockage sur le site AZF, nous constaterons que si les
recommandations relatives à l’absence de confinement et de sources de chaleurs ont pu être
respectées, il n’en était pas de même en ce qui concerne :
-

le mélange du nitrate d’ammonium industriel (NAI) et de l’ammonitrate
(nitrate d’ammonium agricole) ;
la contamination de l’ammonitrate par des produits prohibés,
l'exposition à l’humidité et contamination du NA
la présence d’un toit en aluminium,
la présence de produits hydrocarbonés dans le hangar 221/225,
l'absence de protection de tubes fluorescents,
existence d’une fosse sous le hangar 221
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 49

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II. 

DCCNA (DICHLOROISOCYANURATE DE SODIUM) 
Le dichloroisocyanurates de sodium (DCCNa) est un solide
cristallin blanc, d’odeur chlorée. Il peut se trouver sous forme de
poudre, pastilles, granulées ou blocs. C’est un produit très soluble
dans l’eau au contact au contact de laquelle il s’hydrolyse.
La formule ci-contre démontre que la molécule de DCCNa
contient deux atomes de chlore et un atome de sodium. Dans la
fiche toxicologique du DCCNa (édition 1998), l’INRS relevait que :
En présence d’humidité, d’une petite quantité d’eau ou de sels 
hydratés  susceptibles  de  libérer  de  l’eau,  le 
dichloroisocyanurate  de  sodium  se  décompose :  il  peut  se 
former  du  chlore  et  du  trichlorure  d’azote  susceptible  de 
donner lieu à des explosions spontanées. 

III. 

A PROPOS DE L’INCOMPATIBILITE ENTRE LE NA ET LE DCCNA 

L’incompatibilité entre l’ammonitrate et le DCCNa est connue de tous les chimistes en
raison des propriétés chimiques de ces deux produits. En effet, le DCCNa est un comburant
puissant susceptible de s’enflammer ou d’exploser au contact de réducteurs 17 ou de matières
combustibles (huiles, graisses, sciure). Avec les dérivés azotés tels que l’ammoniaque et ses sels,
les ammoniums quaternaires, les amines, le DCCNa peut former du trichlorure d’azote.
Or, Louis MEDARD explique, dans son ouvrage de référence, que le trichlorure d’azote
est bien connu pour ses caractéristiques explosives :
« la  facilité  avec  laquelle    il  prend  naissance  par  l’action  du 
chlore ou de quelques autres agents chlorant sur les ions NH4+ 
ou les amines en milieu acide, explique les cas assez nombreux 
d’explosions  survenant  dans  les  caniveaux  d’usine  ou  qui 
recevaient  des  effluents  les  uns  chlorés,  les  autres 
ammoniacaux ». 

Ces propriétés chimiques connues nécessitaient des conditions spéciales de stockage et de
manipulations. Elles supposaient également que les personnels impliqués dans le stockage ou les
manipulations reçoivent une formation spécifique et soient informés de l’incompatibilité existant
entre deux produits fabriqués dans une même usine.

17

La molécule de nitrate d’ammonium est composée d’un fort réducteur (NH4+)
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 50

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Ainsi, la fiche toxicologique de l’INRS recommande :
- STOCKAGE :
o De stocker le DCCNa dans des locaux spéciaux, construits en matériaux non
combustibles et bien ventilés, à l’abri de l’humidité et de toute source d’ignition
ou de chaleur,
o D’éliminer de ces locaux les substances facilement oxydables, les matières
combustibles et les produits susceptibles de réagir,
o D’interdire de fumer,
o De prévoir des récipients fermés hermétiquement et correctement étiquetés et
de reproduire l’étiquetage en cas de fractionnement des emballages.
-

IV. 

MANIPULATION :
o Instruire les personnels des risques présentés par ces produits, des précautions à
observer et des mesures à prendre en cas d’accident,
o Prévoir une aspiration au poste de travail comportant une émission de poussières,

LES AUTRES PRODUCTIONS DE L’USINE 

A partir du gaz naturel fourni par GSO (filiale de ELF-AQUITAINE), l’usine produisait
des engrais et divers produits chimiques, notamment : de l’ammoniac (1150 t/j), de l’acide
nitrique (820 t/j), de l’urée (1200 t/j),
L’usine produisait également divers autres produits chimiques : de la mélamine (70 t/j
pour la fabrication de résines), du formol, des dérivés chlorés, des colles et résines et des
durcisseurs.
L’usine comportait des stockages importants de substances dangereuses dont la valeur
maximale autorisée était de :
- ammoniac : un réservoir de 5000 t et une sphère de 1000 t sous forme cryogénique
des stockages sous pression 315 t.
- chlore : 2 wagons de 56 t.
- nitrates d’ammonium : 15 000 t en vrac, 15 000 t en sacs et 1200 t de solution
chaude.
L’ammoniac est l’arbre qui cache la forêt. En effet, depuis la « grande fuite de 1998 »,
toute l’attention des responsables de la sécurité était tournée vers un rejet intempestif
d’ammoniac. De manière plus générale, les questions de sécurité se confondaient (ou étaient
absorbées) par les questions d’environnement. Fort d’une diminution drastique des rejets
atmosphériques ou dans Garonne, l’usine se vantait d’être, aux dires du directeur de la sécurité
du groupe TOTAL, l’une des plus sûres du groupe 18 !

18

Déclaration de M. TRAMIER (Directeur Environnement et sécurité industrielle du groupe TOTAL) devant la
commission d’enquête parlementaire - « En matière de sécurité, l'usine de Toulouse était l'une des usines les plus
performantes, en France, dans le secteur de la chimie. » (p. 441)
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 51

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§ 3 - Une usine peu rentable
Depuis de très nombreuses années, l’usine de Toulouse est en sursis.
Déjà dans les années 60, il était question de la « délocaliser » dans le sud du département
en raison de l’expansion de la ville de Toulouse.
Mais surtout, il est envisagé à plusieurs reprises de fermer purement et simplement
l’usine pour des raisons économiques : sa rentabilité est faible. Les salariés et les syndicats sont
inquiets et le risque de fermeture à un horizon plus ou moins proche (à partir de 2013) est dans
tous les esprits.
Le tableau ‘évolution des coûts de fabrication de l’ammonitrate 33,5’ (page suivante)
permet d’illustrer cette tension. En effet, dans les années 1994/1997, le coût de fabrication
de l’ammonitrate dans l’usine de Toulouse correspond au pire coût de production
constaté au niveau européenne par l’EFMA (EUROPEAN FERTILIZER MANUFUCTURER
ASSOCIATION, association européenne des fabricants de fertilisants).
A partir des années 98/99, en raison d’une politique d’économies, on constate une
diminution de l’ordre de 15 % du coût de production.
Malgré ces efforts, l’usine de Toulouse comme la société GRANDE PAROISSE, était
peu rentable, surtout comparée à d’autres activités du groupe pétrochimique auquel elle
appartient.
Si malgré cette faible rentabilité, l’usine n’a pas été fermée, il est souvent apporté deux
explications l’une politique, l’autre stratégique :
• l’importance relative pour l’économie locale (500 emplois directs et plus de 3000
indirects, dans les années 90 ; plus de 3 millions d’euros de taxes pour les
différentes collectivités) ;
• la fabrication de phosgène nécessaire à la SNPE pour les fabrications de produits
stratégiques (carburant de la fusée ARIANE).
Cette approche « macro-économique » pouvait être comprise tant que l’usine
appartenait directement ou indirectement à l’Etat français. A partir du rachat d’ELF par TOTAL
(1999), seule la vision micro-économique va prévaloir.
Chaque usine, en tant que telle, doit être un centre de profit et non un centre de coût et
la croissance de chaque usine doit participer activement à la création de valeurs pour les
actionnaires du groupe TOTAL. Les deux variables d’ajustement sont : les salariés et la gestion
des risques.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 52

 

 

 

 

 

 

 

 

EVOLUTION DE LA STRUCTURE DE COUTS 
 
 
AMMONITRATE 33,5 

 

 

 

 

Sources : Scellé Onze B/documents "Enquête EFMA" PV 2001/537/C/1/4 
 
en FRF 
 
 
 
 
 
 
EFMA 
Usine de Toulouse 
 
  Moyenne Meilleur Pire Résu Coût 1994 Coût 1995  Coût 1996 Coût 1997 Coût 1998 Coût 1999
Capacité (t/j)  1 255 
  
  
850 
850 
850 
850 
850 
850 
Production (kT/an) 
219  
  
  
165 
57 
186 
172 
178 
171 
Taux de marché  53% 
  
  
59% 
56% 
66% 
61% 
63% 
61% 
Age moyen (année) 
19  
  
  
  
  
  
  
  
35 
  
  
 
  
  
 
 
 
 
  
Coût variable (F/t) 
373 
210 
472 
404 
453 
407 
471 
389 
381 
  
  
 
  
  
 
 
 
 
  
Frais fixes (F/t) 
115 
52 
194 
235 
188 
176 
195 
204 
201 
  
  
 
  
  
 
 
 
 
  
TOTAL (F/t) 
487  
262 
667 
639 
641 
583 
666 
593 
582 
 
 
 
 

 

 
 

 

EFMA (European fertilizer manufucturers association)

On comprend mieux dès-lors les nombreux projets de vente du site :
• Monsieur COUTURIER, représentant de la DRIRE (D610) :
« D'une  manière  générale,  lors  de  mes  visites,  j'ai  eu  le 
sentiment  que  les  responsables  n'ont  pas  eu  les    moyens 
d'investir et d'assurer les charges de sécurité qui s'imposaient.  
 
Nous  avons  eu  des  discussions  à  ce  sujet  avec  Monsieur 
GELBER.  L'activité  "production  d'engrais"  ne  rapportant  pas 
suffisamment,  le groupe TOTAL avait voulu vendre ses usines 
dont  celle  de  GRANDE  PAROISSE,  il  y  a  un  an  ou  deux,  et  les 
acquéreurs intéressés n'avaient pas donné suite. » 

• Ces projets de vente sont confirmés par Monsieur GELBER (D 3459), ainsi
que par Monsieur MAILLOT (D 3209) et par Monsieur LIGER qui déclare
(D 1176) :
"La  société  a,  depuis  quelques  années,  à    mon  avis  privilégié 
certains secteurs plus rentables au détriment de certains autres 
et au détriment également de la sécurité...  
 
Par  la  suite,  la  politique  a  été  de  déléguer  et  donc  de  sous‐
traiter.  
 
Or,  le  personnel  de  sous‐traitance  s'implique  moins  dans  le 
fonctionnement global de l'usine...  
 
Depuis  quelques  années,  j'avais  noté  que  la  politique  était 
vraiment  à  l'économie  en  personnel  et  à  la  guerre  aux  coûts 
assez dure que je désapprouvais.  
 
D'ailleurs  j'ai  même  entendu  des  propos  tels  que  "on  n'arrive 
pas  à  nous  vendre",  cela  voulait  dire  que  nous  n'étions  pas 
assez rentables pour être vendus ». 

Dans un article paru en page 3 de l'édition de la Dépêche du Midi du 19 septembre
2003, Monsieur Max GIANOTTI, délégué syndical CGT d'AZF déclarait :
« Au mois de juin 2001, le Directeur Général de GRANDE PAROISSE 
était venu à Toulouse pour demander aux cadres de faire une 
économie de un million d'Euros sur l'entretien. Ca voulait dire 
qu'il  ne  fallait  plus  rien  dépenser  jusqu'à  la  fin  de  l'année, 
C'était irréalisable". 

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Il convient de souligner que le directeur générale de GRANDE PAROISSE est M. BESSON
qui est un salarié détaché de la société ATOFINA. Autrement dit, la décision de réaliser des
économies était imposée par la société mère ATOFINA en application d’une politique générale
de la société TOTAL.
En effet, comme nous le verrons en étudiant le groupe TOTAL (cf. IIEME PARTIE), la
société ATOFINA fut entre 2000 et 2004 la holding intermédiaire qui portait les intérêts du
groupe TOTAL dans le secteur de la chimie. Son PDG était M. François CORNELIS, par
ailleurs, vice-président du COMEX du groupe TOTAL 19 .
Le transfert d’informations et d’instruction entre le COMEX du groupe TOTAL et le
conseil d’administration d’ATOFINA en était d’autant plus facilité.

§ 4 – Usine exemplaire ou usine en sursis ?
I. 

UNE USINE SANS FRONTIERE MATERIELLE ENTRE LES ZONES NITRATES / ACD  

Un certain nombre d'éléments tirés du dossier d'instruction accrédite la thèse selon
laquelle l'organisation globale de l'usine était structurellement dangereuse.
• Il n'existait ainsi aucune séparation physique entre les secteurs
produisant ou stockant des produits incompatibles entre eux, ainsi
que l'établissent de nombreuses pièces de la procédure, et notamment la
déposition de M. PAILLAS (D2287) :
« Question  :  pouvait‐on  passer  d'un  secteur  à  l'autre  des 
produits librement ? 
« Réponse  :  çà  devait  pouvait  pouvoir  se  faire  librement  car  il 
n'y avait pas de barrières" 

• Il n'existait de même aucun contrôle des déplacements de personnel ou de
matières entre ces différents secteurs (de très nombreuses pièces de la procédure
évoquent le problème de la facilité d'accès au site, ainsi que de la liberté de
circulation à l'intérieur dudit site.

19

D’après le site de TOTAL « Le Comité Exécutif (COMEX) constitue l'instance de direction du Groupe. Il met en œuvre la
stratégie arrêtée par le Conseil d'administration et autorise les investissements correspondants ». Il est important de souligner
que cette structure prévue par aucun des textes légaux régissant le droit des sociétés, à vocation à déterminer la
stratégie du groupe, en faisant peu de cas des différents écrans des personnes morales.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 55

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(▲Plan tiré du rapport du CHCST ▲)
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 56

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II. 

DEUX POINTS SENSIBLES 

A.

LE 335 OU DEMI-GRAND OU « MELEM »

1°) 

Historique et description du 335 

Ce bâtiment situé près du laboratoire (repère Q8 du plan de masse) a 450 du hangar 221
est un ancien hall pilote, « en très bon état » selon la commission d’enquête interne (D 7140, p.
62/100) :
-

La toiture était en fibrociment
La structure est métallique (charpente et poteaux)
Le sol est en béton

Le 335 est équipé de moyens de lutte contre l’incendie (tuyauterie incendie, couverture
anti-feu).
La Commission d’enquête interne relève que « ce magasin demi grand n’est cité dans aucune
procédure du site ni cahier de charges pour une prestation concernant les DIB et DIS ». C’est un hangar de
2901 m2 au sol en plein cœur de l’usine mais qui semble « hors usine ». La société GRANDE
PAROISSE ne le connaît pas et en laisse l’utilisation – sans contrôle- aux différents sous-traitants
au premier rang desquels SURCA.
La sacherie plastique y était stockée en tas avant son évacuation vers l’entreprise de
retraitement FORINSERPLAST.
2°) 

Présence de produits chlorés dans le 335 

a)

Le circuit des produits chlorés et le bâtiment demi-grand
Dans son rapport (D 2278), l’inspection du travail relève que :
L'enquête  menée  au  service  des  produits  chlorés  permet  de 
constater  que  les  circuits  des  produits  de  fabrication  de  ce 
service,  des  rebuts,  des  retours  clients  ou  des  déchets,  sont 
conçus  pour  fonctionner  de  manière  étanche  par  rapport  aux 
circuits de produits de la partie nord de l'usine. 
 
Il est notamment prévu que les pièces souillées de chlore (bois, 
sacs) soient systématiquement rincées à l'eau ; des salariés de 
TMG sont chargés de cette opération. De ce fait, il ne pouvait 
en  principe  y  avoir  mélange  même  malencontreux  avec 
d'autres produits. 
 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 57

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Or, les mouvements de personnel étaient importants chez TMG, 
ainsi des intérimaires étaient‐ils recrutés pour toutes les tâches 
prévues  aux  produits  chlorés,  de  chargement, 
reconditionnement de sacs, lavage … 
 
Il est ressorti des témoignages qu'il n'y avait pas de procédure 
par Grande‐Paroisse de contrôle du respect des procédures et 
notamment  du  nettoyage  des  sacs  ou  big‐bags  souillés  de 
chlore  ;  ainsi  il  n'était  pas  prévu  de  contrôle  de  la  réalité  du 
lavage de ces sacs (aucun document à ce sujet n'a pu d'ailleurs 
nous  être  présenté)  ni  par  TMG  qui  était  chargée  de  faire  ce 
travail, ni par GRANDE PAROISSE. 
 
Ainsi, du fait d'une part de l'extension du ramassage des sacs y 
compris  au  secteur  des  chlorés,  d'autre  part,  en  l'absence  de 
vérification  des  procédures  de  lavage,  des  fonds  de  sacs  de 
produits  chlorés  étaient‐ils,  selon  les  témoignages  recueillis, 
retrouvés dans le bâtiment demi‐grand. 

Ces témoignages sont corroborés par les analyses chimiques réalisées sur le site.
M. Gabriel ULLMANN, expert judiciaire auprès de la cour d’appel de Grenoble, avait
été sollicité par GRANDE PAROISSE pour un audit aux fins d’obtenir la certification ISO 14001
auprès de l’AFAQ. Dans son témoignage (D.5378), il confirme la présence de produits chlorés :
La demande d'AZF de changer d'auditeur s'explique sans doute 
par deux faits : 
- Le  premier  est  bien  sûr  le  fait  que  le  dernier  audit  que  j'ai 
diligenté, ait conduit à la suspension du certificat. 
- Le second, est peut‐être lié au constat de négligence que j'ai 
relevé  oralement  quant  au  défaut  de  prévention  en 
matière  de  risques  industriels  potentiellement  
significatifs.  
 
QUESTION/  Pourquoi  des  remarques  verbales  et  dans  quelles 
circonstances  ?  Et  qu'entendez‐vous  par  risques  industriels 
potentiellement significatifs ? 
 
REPONSE/  Lors  de  mon  dernier  audit  en  février  2000,  j'ai 
constaté que l'emballage de produits chlorés stockés dans un 
hangar présentait de nombreuses traces d'humidité dues à la 
remontée  par  capillarité  des  eaux  pluviales  qui  avaient 
ruisselé à l'intérieur du hangar du fait du manque d'entretien 
de l'étanchéité des portes. 
 
Or, il est reconnu que ces produits doivent être stockés au sec 
car hygroscopiques, et pouvant dégager au contact de l'eau des 
vapeurs de chlore. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 58

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Ce  constat  exposé  oralement  sur  place  notamment  à  M. 
GERBER qui m'accompagnait puis rapporté à M. BIECHLIN, n'a 
toutefois  pas  fait  l'objet  de  mention  dans  mon  rapport  et  ceci 
intentionnellement  malgré  des  hésitations  de  ma  part,  du  fait 
que cela était hors périmètre de certification, donc d'audit. 

Au lieu de maintenir une stricte étanchéité entre les différents secteurs de l'usine, la
collecte des sacs usagés organise leur convergence vers l'atelier 335, dit demigrand.
La collecte des déchets s'effectue par bennes de couleurs différentes situées à proximité
les unes des autres. De nombreux salariés entendus dans le cadre de l'enquête se trompent sur la
signification des codages couleur.
L'atelier 335 ou demi-grand ne comporte aucun dispositif permettant de maintenir un
minimum de séparation entre les différents produits résiduels. Dans la journée, l'accès au
335 est libre.
Un tel état de fait ressort de l'audition de Monsieur NORAY (D2294) : « en fait durant la
journée le demi-grand n'était pas sécurisé, tout le monde pouvait y accéder ».
L'audition du M. PAILLAS (D2605) fournit un exemple de l'écart existant entre le réel
et le prescrit, du fait d'une pression à la performance :
« Le Juge : Pouvez‐vous dès lors préciser comment le sac a pu 
être  transporté  jusqu'au  bâtiment  335  dit  Demi  Grand,  selon 
vous ? 
 
Georges PAILLAS : Selon moi, mais ce n'est qu'une supposition 
de  ma  part,  il  s'agit  d'un  sac  qui  est  peut‐être  parti  de 
l'ensachage ou du chargement des camions, situés à proximité 
du  bâtiment  I0  dans  la  zone  de  fabrication  des  nitrates  ;  je 
précise ici que le bâtiment d'ensachage est bien le bâtiment I0 : 
lequel comportait le conditionnement des GRVS (pour le nitrate 
agricole et le nitrate industriel), le conditionnement des sacs de 
50  kilos  d'ammonitrate  et  le  conditionnement  du  nitrate 
industriel en sac divers c'est‐à‐dire 25, 35, 40 kilos, etc.… 
 
Un  gars,  je  veux  dire  un  cariste,  qui  conduisait  un  chariot 
élévateur  équipé  d'une  potence  spécialement  destinée  au 
transport  de  GRVS  à  une  anse  (un  gros  tube  métallique 
d'environ 15  à 20 centimètres  de diamètre) a pu percer le sac 
soit en le crevant avec cette potence soit en le frottant contre 
les parois du camion au moment du chargement. Je précise que 
les  chariots  élévateurs  équipés  de  fourches  n'avaient  pas  en 
principe  accès  au  poste  GRVS,  essentiellement  pour  éviter  le 
risque du percement d'un sac. 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 59

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Le Juge : Que se serait‐il passé alors ? 
 
Georges PAILLAS : Il aurait dû amener le sac au sas du bâtiment 
221,  le  percer  au  dessus  du  tas,  s'il  y  en  avait  un  ou  le  vider 
directement au sol s'il n'y en avait pas. 
Dans cette hypothèse, il aurait ainsi maintenu le sac suspendu 
à  la  potence  pendant  qu'il  le  perçait  à  l'aide  d'un  cutter,  les 
caristes avaient toujours un objet tranchant sur eux. 
Il  aurait  ensuite  déposé  le  sac  ainsi  dans  la  benne  bleue  que 
Faure  aurait  été  vidé  au  bâtiment  335  dit  Demi  Grand 
lorsqu'elle aurait été pleine. 
 
Le Juge : Aviez‐vous entendu parler d'un incident de ce genre 
le 21 septembre 2001 ou au cours des jours précédents ? 
 
Georges  PAILLAS  :  Non,  je  précise  qu'on  ne  parlait  pas  de  ce 
genre  d'incidents  qui  entraient  dans  le  cadre  normal  de 
l'activité de l'ensachage et chargement. 
Pour  moi  en  effet  si  un  cariste  a  agi  ainsi,  c'est  pour  se 
simplifier la tâche : s'il était en train de charger un camion, le 
fait  d'aller  transporter  le  sac  percé  jusqu'au  sas  du  bâtiment 
221 lui aurait fait perdre du temps, surtout dans l'hypothèse où 
plusieurs camions auraient été en attente de chargement". 

b)

présence irréfutable de DCCNA dans le hangar 335
Dans leur rapport (p. 151 et s.), les experts relèvent
Le  bâtiment  Demi‐Grand  (ou  335)  qui  autrefois  était 
rattaché  au  service  de  Recherches,  ne  dépendait  plus 
d’aucun  service.  Il  était  utilisé  par  une  entreprise 
extérieure.  Il  ne  bénéficiait  pas  d’une  attention 
particulière,  de  la  part  d’AZF.  Aucune  procédure  ne 
régissait son exploitation. 
 
Ce  bâtiment  était  utilisé  par  la  société  SURCA  pour 
l’entreposage de certains produits et de sacs ou GRVS (D5731), 
dans le cadre de la convention n°815313 du 31.03.1998 passée 
entre la société SURCA et la société GRANDE  PAROISSE, qui a été 
prorogée jusqu’au 31 mars 2002 par l’avenant n°C01313 signé 
par M. S. BIECHLIN (D2128).  
 
Ce document constituant le CAHIER DES CHARGES de la gestion 
des  Déchets  Industriels  Banals  (DIB),  dispose  au  paragraphe 
5.3.2 Revalorisation plastiques (sacs, bâches…) et GRVS :  

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 60

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« Des  bennes  spécifiques  de  15  m3,  de  couleur  bleue  seront 
installées  sur  les  aires  des  ateliers  I0  et  I8.  Le  plastique  et  les 
GRVS souillés sont valorisés par une société agréée gérée par le 
prestataire ».  
 
Ce cahier des charges ne comporte aucune disposition relative 
aux  emballages  spécifiques  des  produits  issus  des  ateliers 
ACD : acide cyanurique et les dérivés chlorés. 
 
Or  selon  M.  FAURÉ,  il  était  récupéré  dans  le  bâtiment  Demi‐
Grand  des  sacs  provenant  de  l’atelier  Mélamine,  de  l’atelier 
RF et de l’atelier ACD.  Gilles FAURÉ ajoute que « logiquement, 
les  sacs  provenant  de  ACD  étaient  préalablement  lavés  dans 
l’atelier par la société TMG ».  
 
La  présence,  dans  le  bâtiment  335,  de  sacs  provenant  de  tous 
les  ateliers  de  l’usine  et  notamment  de  l’atelier  ACD  est 
confirmée  par  les  inventaires  réalisés  tant  par  les 
fonctionnaires de police au mois de novembre 2001 que par la 
commission interne GRANDE PAROISSE au mois d’octobre 2001.  
 
Indépendamment de  GRVS d’acide cyanurique, plusieurs  GRVS 
de DCCNa ont été retrouvés dans le bâtiment Demi‐Grand  :  
 
- deux  GRVS  de  DCCNa  ont  été  retrouvés  par  la  commission 
interne  de  la  société  GRANDE  PAROISSE  (D5814).  Ces  GRVS 
contenaient  encore  des  granulés  de  produits 
chloroisocyanurés,  ce  qui  montre  que  ces  GRVS  n’ont  pas 
été lavés. Ils ne sont pas décrits comme étant déchirés.
- un  GRVS  a  été  trouvé  déchiré  par  les  fonctionnaires  de 

police  (scellé  n°  DEMI  GRAND  QUATORZE).  Ce  GRVS, 
dont  l’état  est  par  ailleurs  correct,  est  sale,  la  poche 
intérieure  est  couverte  d’une  poussière  blanche  à 
odeur  de  chlore,  ce  qui  montre  que  ce  GRVS  n’a  pas 
été lavé.
Selon les déclarations des  ouvriers amenés à travailler dans le 
bâtiment  Demi‐Grand,  les  sacs  plastiques  qu’ils  retrouvaient 
contenaient souvent des fonds de produits, le bâtiment n’était 
pas particulièrement propre et le sol  était souillé  de différents 
produits.  M.  Thierry  ALGANS  ouvrier  de  la  société 
FORINSERPLAST  dit  qu’il  y  a  senti  l’odeur  caractéristique  du 
chlore.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 61

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B.

LE HANGAR 221 OU « PARTIR POUR CAYENNE »

1°) 

Historique et descriptif du hangar 221 

a)

Historique

Construit avant 1917, les bâtiments 221, 223, et 225 appartenaient à la Poudrerie
nationale de Toulouse (PNT) et servaient de magasin à coton. Une voie ferrée passait sur
l'emplacement de l'actuel bâtiment 222. En 1924, l'Office National Industriel de l'Azote,
l'ONIA, est créé et acquiert une partie des terrains de la PNT dont l'ensemble des ces bâtiments.
Dans les années 40, les hangars 222 et 224 sont construits. Les bâtiments 221 à 225 sont reliés
et forment alors une seule entité. Ces bâtiments servent de stockage de nitrate de chaux. Dans
les années 60, le nitrate industriel y est ensaché et stocké. A partir de 1980, le magasin 221 est
utilisé pour le stockage du nitrate d'ammonium déclassé en vrac.
En 1996 et 1997, les bâtiments 221 et 222 font l'objet d'importantes modifications. Côté
ouest l'ancienne entrée est murée. Côté est, une rampe d'accès, un quai de chargement, un sas
d'accès aux bâtiments 223 à 225 et un box de réception du nitrate sont créés. La circulation des
chariots dans la partie ouest du 221 et dans le 222 (partie bitumée) est supprimée. Désormais,
les produits sont apportés dans le box et seul un engin de manutention habilité, un chouleur, les
prend du box et les dépose sur le tas.
b)

Descriptif du 221

Il s’agit d’un bâtiment tout en longueur orientés EST / OUEST dont les murs sont
constitués de galets liés à un mortier de chaux. Le plancher de la sacherie était surélevé d’au
moins 1 mètre (D. 7033) auquel il faut ajouter la croute d’ammonitrate accumulé au fil des
temps et d’une épaisseur de 10 à 30 cm.
Le bâtiment 221 se trouve à proximité :
-

d'un côté : des ateliers de fabrication :
.
.
.

-

des nitrates d'ammonium (N1b)
des ammonitrates (Nc1)
au-delà de ceux-ci au sud de l'atelier de stockage d'ammonitrates (I4)

de l'autre : des ateliers de conditionnement et d'expédition de ces produits :
.
.
.
.

I0 : conditionnement en sacs d'ammonitrates
I0 bis : conditionnement en sacs ou GRVS de nitrates d'ammonium
D2 bis : conditionnement en containers de nitrates
D1 bis : stockage de sacs et GRVS de produits
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 62

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L'ensemble du bâtiment 221 mesure : 100 m de long sur 17,5 m de large soit 1750 m²
environ (hauteur mini 7.4 m – hauteur maxi 11 m). Le bâtiment 221 est connu par le personnel
comme « Silo Nitrates Déclassés ». Il peut être décrit de la manière suivante :
-

un box de 20 m sur 15 m réalisé avec rampe d'accès en 1996, recevant le
nitrate d'ammonium "déclassé" (qu’il soit industriel ou agricole) avant qu'il
ne soit introduit dans la partie principale du bâtiment. Le box est délimité par
des murets de 1 mètre de haut à l'est et 2 mètres au sud. A gauche de celui-ci
un sas ne permettait l’accès qu’au bâtiment 223. Du box, des engins
spécialisés dits « chouleurs » transportent le nitrate déclassé vers leur lieu de
stockage dit « tas principal » situé plus à l’ouest. En raison du caractère
fortement corrosif de l’ammonitrate, ces engins devaient être équipés de
protection rendant impossible les fuites de produits carbonés.

-

Une partie principale de 80 m sur 15 m :
o La dalle : la dalle de l'ensemble des bâtiments 221 à 225 repose sur un
remblai de 80 cm. Les camions accédaient par cette rampe donnant sur le
« box » après passage d’un grand portail orienté vers l’Est.
o La présence de bitume : sur quelques mètres à l'ouest, indique l'ancienne
entrée du bâtiment 221 condamnée en 1996. Le dallage du bâtiment 222
sur lequel ne repose pas le tas de nitrate est recouvert de bitume.
o Du soufre en quantité très faible décelé dans et sous la dalle du 221 et dans
le remblai du 222 résulterait de la proximité d'un ancien parc à soufre.

-

Présence d'un RIA, Robinet d'Incendie Armé, pour la lutte contre l'incendie ou une
décomposition éventuelle de produit à l'usage du personnel proche (exploitants et
pompiers).

-

Absence de capteurs d'incendie ou de détecteurs de NOx.

-

Eclairage assuré par des bardages translucides en toiture et 15 appareils électriques
étanches sur le mur du 222.

-

l'ensemble des murs du 221 et du 222 était en béton. Seul le mur sud était construit
en brique et béton.

Il est précisé que le hangar est construit sur d’anciennes fosses chimiques remplies de
produits neutres. Or, dans son ouvrage de référence, M. MEDAR recommande d’éviter une
telle construction.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 63

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c)

Le Stockage

Dans le sas sont déversés les produits apportés par les différents intervenants de MIP,
SURCA et TMG. Il y a donc l’intervention de trois entreprises extérieures, sans coordination
entre elles et sans contrôle réel de GRANDE PAROISSE.
Lorsque le sas est plein, un salarié de TMG est chargé de transporter le produit placé
dans le sas à la partie arrière du bâtiment. Il ne vérifie pas la nature du produit.
Selon les éléments recueillis le tas situé à l'arrière mesurait une trentaine de mètres de
long sur 8 de large et 2,5 m de haut.
Les tas étaient manipulés par les divers intervenants avec des règles empiriques établies
au cours du temps.
Les différents témoignages des salariés de TMG, chargés d'amener dans le sas, à l'aide
d'un chargeur, les sacs de produits non conformes (retour de clients) ou ceux déchirés afin de les
y vider ("craquer"), il ressort qu'il n'y avait pas de règle bien établie :
-

les uns pouvaient, s'il y avait urgence par ailleurs, laisser les big-bags pleins dans
le sas à vider plus tard ;

-

les autres craquaient les sacs tout de suite, mais en laissant leur engin en marche
(alors même que l'état des engins utilisés – qui fonctionnaient au diesel – ne
garantissait pas l'absence de fuites d'huile).

Il pouvait y avoir des stockages de palettes dans un coin ou de sacs dans un autre …
Dans le bâtiment au-delà du sas, les salariés qui manipulaient le « gros tas » laissaient
toujours une croûte au bas du tas pour que cela constitue un revêtement plus lisse pour
ramasser le produit à charger.
Lorsqu'une opération de sortie de produit était effectuée, le chargement se faisait
toujours du bout du tas le plus près de la sortie vers le fond.
Cela signifie que le fond du tas pouvait séjourner longtemps dans le bâtiment.
Les différents témoignages entendus ne permettent pas de déterminer avec certitude à
quelle date le bâtiment a été vidé entièrement pour la dernière fois.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 64

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d)

Règles de prévention pour le stockage et la manipulation

Compte tenu de la nature des produits stockés, il résulte des différents textes applicables
que de nombreuses recommandations devaient être respectées :
-

éviter la présence de combustibles (papier, carton, bois, carburant, …),
éviter la présence de métaux finement divisés,
éviter le contact avec des produits chlorés,
utiliser du matériel antidéflagrant,
contrôler l'émission de NO2 (signe de décomposition),
stocker dans un local aéré (non confiné),
maintenir le sol en bon état,
utiliser du matériel de manutention spécialement équipé (dit à sécurité
renforcée, pour éviter les risques électriques et pertes de carburant (huile,
diesel)).

2°) 

Produits recensés dans le hangar 221 et l’inventaire « surréaliste » 

a)

Inventaire (très) approximatif

Devant la commission d’enquête parlementaire (t. 2, p. 255), reconnaît le caractère très
approximatif de ce stock.
M.  Serge  BIECHLIN  :  Au  niveau  des  entrées,  sûrement  pas.  En 
fait,  cela  était  considéré  par  nous  comme  un  stock 
intermédiaire. Par conséquent, les quantités qui "transitaient" 
par  ce  bâtiment  n'étaient  connues  que  lors  des  expéditions, 
car  c'est  alors  que  l'on  connaît  d'une  manière  convenable  les 
quantités de produits expédiés. 

Cette approximation est confirmée par différentes déclarations des intervenants
(appréciation visuelle de l’importance du tas, absence de pesée à l’entrée du 221) et par les
différents rapports (Barthélémy, Inspection du travail, CIDECOS).
b)

Existence d’une semelle

La présence d’une semelle de nitrate d’ammonium sur le sol du bâtiment 221 est
évoquée dans les rapports de la commission d’enquête GRANDE PAROISSE du mois d’octobre
2001 (D5813) : « Il s’est recouvert, dans la zone occupée par le tas, d’une « semelle » de nitrate
d’ammonium tassé, qui ne peut être ramassée lorsque le chouleur reprend le produit au sol.
Compte tenu de l’hygroscopie du nitrate d’ammonium et de l’absence de chauffage, des témoignages font état
de zones humides et même de flaques près de l’entrée par temps humide ».

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 65

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Dans le rapport de l’Inspection Générale de l’Environnement (D1748 et D1933), il est
même précisé : « D’après les témoignages et les documents fournis par GRANDE PAROISSE, le sol des
bâtiments 221 et 222 était recouvert d’une dalle de béton armé qui, au cours des années, a été attaquée par
le nitrate ».
Il n’y a pas eu de travaux de réfection de ce sol depuis 1930. Le sol était donc
en très mauvais état et présentait des irrégularités très prononcées. En fait, le béton armé
était comme décomposé. Et pour éviter de mettre des graviers, des morceaux de béton,
voire des morceaux de fer dans le chargement, les conducteurs du Chouleur avaient pris
l’habitude de maintenir une couche de 10 à 20 centimètres d’ammonitrates durcis. Les
personnes interrogées étaient au courant de cette pratique de recouvrement du sol.
Ces pratiques d’aplatissement de la couche de nitrate ont été aussi relevées dans le
rapport CIDECOS Conseil (désigné par le CHSCT de GRANDE PAROISSE Toulouse pour
assister la commission d'enquête qu'il a constituée (D2581).Dans leur rapport final, les experts
déterminent l’épaisseur moyenne de la semelle.
En considérant que : 
- la  zone  de  stockage  principale  représentait  une  surface  de 
1200 m2 (80 x 15 m), 
- la  masse  volumique  moyenne  de  la  couche  de  nitrate 
tapissant le sol était de 1200 kg/m3, 
- la  couche  de  nitrate  sur  le  sol  de  la  zone  de  stockage  avait 
une épaisseur de 10 cm, de 15 ou de 20 cm, 
la masse représentée par cette semelle de nitrate d’ammonium 
sur le sol du stockage principal bâtiment 221 s’établirait à : 
 
-  1200 x 1200 x 0,10 = 144 tonnes pour une semelle de 10 cm 
d’épaisseur, 
-  1200 x 1200 x 0,15 = 216 tonnes pour une semelle de 15 cm 
d’épaisseur, 
-  1200 x 1200 x 0,20 = 288 tonnes pour une semelle de 20 cm 
d’épaisseur. 

d)

Quelle était la quantité d’ammonitrate dans le hangar 221 le matin du 21 septembre 2001 ?

Des estimations de la quantité de produits entreposés dans le stockage principal du 221
ont été faites par l’Inspection Générale de l’Environnement (D1748 et D1933), par la
Commission interne de GP (D2212), par la Commission d’enquête du CHSCT de l’usine
(D2549) et par M. JB PEUDPIECE Ingénieur chimiste GP, membre de la Commission interne
GP (D4059).
Bien sûr, M. BIECHLIN, le directeur de l’usine (D4763) conteste les évaluations faites
par les experts de l’INERIS mandatés par l’IGE et selon ses dires, les calculs faits par l’INERIS
« sont approximatifs et contestables ».
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 66

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M. BIECHLIN fait remarquer que pour les stockages en vrac, l’industriel ne dispose pas
d’autres moyens d’évaluation qu’une estimation visuelle. Ce qui ne l’empêche pas d’ajouter
aussitôt que « l’évaluation des quantités stockées faite par sa société est précise et juste » (sic !).
Les experts n’ont pas manqué de relever les contradictions entre M. BIECHLIN et M. JB
PEUDPIECE (D4059). Or, M.JB PEUDPIECE estime que les chiffres qu’il donne sont entachés
d’une tolérance de + ou - 40 tonnes, soit grosso modo 10 %.
Quoi qu’il en soit, à cette masse de nitrate d’ammonium comprise entre 365 et 450
tonnes entreposées dans le stockage principal derrière le muret du bâtiment, il faut ajouter :
-

les nitrates présents dans le box et déposés le matin du 21 septembre 2001 qui,
comme nous l’avons vu, représentaient une masse d’environ 11,5 tonnes,
la masse de nitrate d’ammonium accumulée au cours du temps sur le sol du
bâtiment 221 et constituant la « semelle » et dont la masse n’est jamais
comptabilisée dans les différents bilans réalisés.

Rappelons que M. Jean-Claude PANEL a déclaré que depuis son arrivée en 1990, il a
toujours vu un sol damé sur l’intégralité du bâtiment et que cette couche durcie pouvait
aller de dix à trente centimètres jusqu’au sol (D210).
Les experts ont établi un tableau qui dresse la synthèse des évaluations massiques de
nitrates présents dans le bâtiment 221 sous forme de vrac ou damés faites par l’Inspection
Générale de l’Environnement (IGE), par la Commission interne de GP, la Commission
d’enquête du CHSCT de l’usine.
Evaluation 
Evaluation
 
Commission 
CHSCT 
interne GP 
Stockage principal bâtiment 221  min max moy min  max  moy 
 
A).Nitrates déclassés en vrac 
390 450 420 370  405  387 
365 
Moyenne M 0 
(420 + 387,5 + 365) : 3 = 390,8 
 
Estimations faites par nos soins 
b).Semelle de nitrates de 10 cm 
144 
Moyenne 1 : Total 1 (M0 + b) 
534,8 
c).Semelle de nitrates 15 cm 
216 
Moyenne 2 : Total 2 (M0 + c) : 
606,8 
d).Semelle de nitrates 20 cm 
288 
Moyenne 3 : Total 3 (M0 + d) 
678,8 
 
 
Box du 221 
Estimations faites par nos soins 
B) Stockage temporaire 
11,5 
f) Semelle moyenne de 5 cm 
17,1 
Total 4 (B + f) 
28,6 
Evaluation 
IGE 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 67

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Les experts concluent dans les termes suivants :
En  tout  état  de  cause,  ces  différents  calculs,  et  sans  tenir 
compte de la semelle de nitrates damés accumulés sur le sol du 
box du bâtiment 221 et sur le sol de la travée 222 car la base 
du  tas  empiétait  sur  cette  travée,  montre  que  la  masse  totale 
de  nitrates  déclassés  en  vrac  et  damés  sur  le  sol  du  stockage 
principal  du  bâtiment  221  était  de  546,3  tonnes,  ce  qui  est 
encore largement supérieur à la limite de 500 tonnes fixée par 
l’arrêté préfectoral du 18 octobre 2000. 
 
En définitive, il n’y avait aucune maîtrise des produits entrant 
dans  le  bâtiment  221  et  aucun  contrôle  de  son  stock  et  ce 
bâtiment 221 ne constituait pas une priorité du point de vue de 
la sécurité, aux yeux des responsables de l’usine. 

Cette absence de maîtrise des produits conjuguée à l’absence de contrôle des stocks
constituent un nouveau manquement. Il s’explique par le fait que le hangar 221 n’est pas un lieu
rentable pour l’usine. En trois années passées à Toulouse, M. BIECHLIN reconnait n’y avoir
jamais mis les pieds.
3°)  

Vent, eau et pollutions affectent la sécurité du hangar 221 

Outre la question de la quantité de l’ammonitrate, l’enquête a démontré que le hangar
221, contre toutes les règles de sécurité, était pollué :
-

-

par de l’humidité apportée par les vents et les remontées du sol en raison du
mauvais état de la dalle de béton ;
des produits organiques (dont on sait qu’une présence faible (0,1 %) modifie le
comportement de l’ammonitrate). Ces produits organiques sont de toutes
origines : lamelles de bois, hydrocarbures( une partie du sol 221 était recouvert
de bitume auquel vient s’ajouter les fuites de liquide de frein et du fuel des engins
intervenant dans le hangar)
présence de soufre, les « morceaux de souffre présents dans la dalle peuvent avoir
jusqu’à 10 mm de diamètre, il s’agit de soufre de couleur jaune caractéristique » (D 7140,
§ A4.21)

Dès lors, il faut conclure que l’ammonitrate ou le NAI entreposé dans le 221 n’était pas
pur et qu’il était contaminé par la plupart des produits pouvant en affecter les qualités
chimiques. Nous sommes en présence d’une « soupe chimique » dont personne ne connaît
exactement la composition.
L’existence d’un tel mélange est constitutive d’un manquement délibéré
aux règles de sécurité imposée par les arrêtés ministériel et préfectoral.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 68

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4°) 

Synthèse des critiques sur la gestion du 221 

Dans son rapport, M. Barthélémy relève que :
« Ce  bâtiment  était  adjacent  à  la  sacherie  bâtiment  123  124 
125 où des produits combustibles étaient stockés. 
 
« Cet ensemble de bâtiments n’était pas équipé de système de 
détection incendie.  
 
« Des  travaux  de  remise  à  niveau  de  l’infrastructure  du 
bâtiment avaient été réalisés ces dernières années. Le bâtiment 
221‐222 ne comportait pas de détecteurs d’oxydes d’azote ». 

Pourtant, dans une note du 6 juin 2001 relative à la rétention des eaux d’incendie
adressée par GRANDE PAROISSE à la DRIRE (en application de l’arrêté d’autorisation du 18
octobre 2000) il était indiqué sous la rubrique « amélioration » : « La présence de détecteurs NOx
permettrait de réduire les délais d’alerte et par conséquent la durée d’intervention et les quantités d’eau
d’extinction. ».
De tels dispositifs existaient sur d’autres stockages plus importants sur le site. Cette
situation était cohérente avec le fait que si l’on envisageait le risque d’incendie sur ce type de
stockage, le risque d’explosion était considéré par l’exploitant comme négligeable.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 69

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Dans son rapport, M. Barthélémy relève encore que :
L'exploitation  du  bâtiment  221‐222  était  essentiellement 
effectuée  par  des  entreprises  sous‐traitantes  qui  ne 
connaissaient  pas  la  procédure  décrivant  les  règles 
d'exploitation de ce bâtiment. Apparemment, elles ignoraient 
même l'existence d'une telle procédure. Cette procédure n'était 
pas  affichée  dans  le  bâtiment  221‐222.  Pour  la  consulter,  il 
fallait aller dans les locaux du service expédition. 
 
Le  travail  effectué  par  les  sous‐traitants  était  très  peu 
contrôlé.  En  effet,  d'après  les  témoignages,  peu  de  personnes 
de  GRANDE  PAROISSE  entrait  dans  le  bâtiment  221‐222  et 
s'intéressait  aux  produits  stockés.  Un  membre  du  service 
expédition  s'y  rendait  chaque  fin  de  mois  afin  d'évaluer  la 
quantité  de  produits  classés.  Mais  sinon,  nous  ignorons  la 
fréquence  de  passage  d'un  responsable  de  GRANDE  PAROISSE. 
Nous savons juste qu'il n'y avait pas de rondes régulières.  
D'autre  part,  le  service  expédition  ne  comptait  qu'un  chef  de 
quart.  Ainsi,  tous  les  après‐midi,  cette  fonction  était  assurée 
par  une  personne  du  service  incendie.  De  ce  fait,  la  moitié  du 
temps, il n'y avait personne qui consacrait 100% de son temps 
au  contrôle  et  à  la  bonne  marche  du  réseau  d'expédition.  Le 
bâtiment 221‐222, de par sa fonction et du fait qu'il n'avait pas 
de  personnel  à  demeure,  ne  devait  pas  être  considéré  comme 
prioritaire. 

Dans son rapport, le CIDECOS (D 2859) relève de très nombreuses irrégularités
relatives à l’exploitation du Hangar 221 :
Le suivi et le contrôle du stockage étaient approximatifs. 
Les  quantités  de  nitrate  d'ammonium  stockées  dans  le 
bâtiment  221/222  n'étaient  pas  connues  avec  précision.  Si  les 
sorties  (expéditions)  étaient  normalement  comptabilisées,  il 
n'en était pas de même pour les entrées. Le service responsable 
du stockage n'a pu fournir (…) aucun relevé écrit concernant les 
entrées et l'évolution du stock dans le bâtiment.  
 
Les  quantités  stockées  étaient  évaluées  de  manière 
approximative  à  partir  des  expéditions,  des  données  sur  la 
marche des unités de production et d'une estimation visuelle du 
volume  du  "tas"  se  trouvant  dans  le  bâtiment.  Il  a  ainsi  été 
impossible de reconstituer précisément l'historique du stockage 
et de connaître son état exact au jour de l'explosion.  

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)

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CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

 
L'organisation du stockage était insuffisamment rigoureuse. 
Quelle que soit la quantité entreposée, le nitrate d'ammonium 
constituait un tas unique. Alors que dès 1966, l'INRS préconisait 
de  répartir  ces  stockages  en  amas  de  50  tonnes  distants  de  2 
mètres au minimum les uns des autres 20 . 
 
La  procédure  d'exploitation  du  stockage  préconisait  des 
modalités d'entrée et de sortie de produits selon lesquelles les 
dernières quantités entrées étaient les premières à sortir (LIFO). 
 
D'où  un  temps  de  séjour  beaucoup  plus  long  et,  par 
conséquent,  des  risques  d'altération  plus  importants  des 
quantités stockées vers le fond (Ouest) du bâtiment. 
 
Les conditions matérielles de stockage étaient déficientes. 
 
En premier lieu, le tas de nitrate d'ammonium reposait sur une 
dalle en béton en très mauvais état.  
 
Cette dalle n'avait jamais été refaite depuis sa construction (le 
bâtiment  date  du  début  du  siècle  dernier,  mais  la  dalle  aurait 
été construite dans les années 40).  
 
La  partie  de  la  dalle  située  à  l'entrée  de  la  zone  de  stockage 
était  particulièrement  dégradée,  la  couche  de  béton  y  avait 
pratiquement disparu sous l'effet de la corrosion et de l'action 
des  engins  de  manutention,  le  ferraillage  du  béton  y  était 
apparent et les opérateurs devaient parfois "taper dessus" avec 
le godet des engins pour l'aplatir, ils retrouvaient parfois de la 
terre et des graviers à l'intérieur de ces godets. 
 
En second lieu, le bâtiment, constamment ouvert et exposé au 
vent  d'autan,  connaissait  fréquemment  des  conditions 
d'humidité  importante.  A  certains  moments,  le  sol  se  trouvait 
ainsi  rempli  de  flaques  d'eau  et  recouvert  par  endroits  d'une 
"boue" de nitrate de couleur marron foncé. 
 
En  troisième  lieu,  une  couche  résiduelle  de  produit  s'était 
formée au fil du temps sous le tas et constituait en permanence 
une sorte  de  revêtement supplémentaire sur une partie du sol 
du  bâtiment.  Cette  couche  de  "vieux"  nitrate  était 
alternativement  sèche  et  durcie  ou  ramollie  et  saturée 
d'humidité, venant à ce moment là combler les trous du sol. 

20

VALLAUD et DAMEL, L'hygiène et la sécurité dans la grande industrie chimique minérale, INRS, p. 164
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 71

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L'ensemble de ces éléments constituait à l'évidence un "milieu" 
défavorable  à  un  stockage  du  produit  en  sécurité  :  risque 
d'apparition  de  phénomènes  de  décomposition  de  "vieux" 
nitrate en présence de rouille, d'humidité, de divers réactifs se 
trouvant  dans  le  sol  (soufre,  etc..)  et  éventuellement  de 
polluants  provenant  des  engins  de  manutention  (graisse, 
huile) ou organiques, dans des zones de micro‐confinement. 
 
Le bâtiment présentait certaines non conformités au regard de 
l'arrêté préfectoral. 
 
Le  bâtiment  221/222  ne  comportait  aucun  dispositif  de 
détection  et  d'alarme  incendie  (pas  de  capteurs  d’incendie,  ni 
de  détecteurs  de  NOX),  alors  que  les  dépôts  de  nitrate 
d'ammonium  étaient  classés  comme  zones  de  risque  incendie 
par l'arrêté préfectoral et que celui‐ci stipulait que les locaux se 
trouvant dans ces zones devaient être équipés de tels dispositifs 
(ce  qui  était  le  cas  des  stockages  de  nitrate  d’ammonium 
commercialisables). 
 
Il comportait en outre un équipement électrique inadapté à un 
local  présentant  des  risques  d'explosion  :  éclairage  par  néons 
non antidéflagrants (placés sur la cloison séparant le bâtiment 
221/222 et le bâtiment 223). 
 
D'une  manière  générale,  le  stockage  du  bâtiment  221/222 
n'avait  pas  fait  l'objet  d'une  véritable  analyse  des  risques. 
L'étude de dangers du secteur Nitrates qui devait être remise à 
l'autorité  préfectorale  avant  la  fin  2001  n'était  pas  achevée. 
Une  analyse  des  risques  avait  été  récemment  réalisée  pour 
l'ensemble de ce secteur, mais celle‐ci ne prenait pas en compte 
le danger d'explosion dans le bâtiment 221/222 et ne prévoyait 
dès  lors  aucune  action  préventive  ou  précaution  particulière  à 
cet égard. 
 
Un  lot  d'ammonitrate  ayant  fait  l’objet  d’un  "test"  non 
concluant a été transféré dans le bâtiment la veille du jour de 
l'explosion. 
 
Il  s'agit  d'une  quantité  de  15  à  20  tonnes  d'ammonitrate  de 
qualité  habituelle,  mais  comportant  un  nouvel  enrobant,  le 
Fluidiram  930,  qui  faisait  l'objet  d’un  test  en  vue  de  son 
homologation.  Ce  lot  avait  été  stocké  en  vrac  pendant  5  mois 
environ  dans  un  autre  bâtiment  (I7  bis)  du  secteur  nitrates  de 
manière  à  tester  son  évolution  dans  le  temps.  Le  test  s'étant 
avéré  insatisfaisant,  le  produit  a  été  déclaré  non‐
commercialisable  et  il  a  été  décidé  de  le  transférer  dans  le 
bâtiment 221/ 222 le jeudi 20 septembre dans l’après‐midi.  

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 72

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Cette  opération,  qui  n'était  pas  une  opération  courante,  est  à 
interroger dans la mesure où le Fluidiram 930 est un enrobant 
essentiellement  composé  d'hydrocarbures  (80%)  et  que  les 
hydrocarbures  ont  la  propriété  de  rendre  le  nitrate 
d'ammonium  beaucoup  plus  sensible  en  terme  d'explosivité 21 . 
Cet apport de Fluidiram 930 a pu jouer un rôle dans l'explosion. 

Dans ces conditions, on comprend mieux les appréciations très sévères de M. JeanJacques GAUTIER, inspecteur général de la SNPE (D 2857) :
La cause première de l’accident du 21 septembre 2001 ne serait 
elle  pas  rechercher  avant  tout  au  niveau  de  l’organisation  et 
du  système  de  management  de  la  sécurité  de  l’entreprise : 
l’inventaire  exhaustif  des  dangers  n’avait  sans  doute  pas  été 
fait … et si cet inventaire n’avait pas été fait, il ne pouvait donc 
être pris en compte par les sous‐traitants » 

§ 5 - Présentation de M. BIECHLIN, directeur de l’usine
I. 

SUCCESSEUR DE M. SAINT‐PAUL 

En 1998, Monsieur Serge BIECHLIN succède à M. SAINT-PAUL qui avait lui-même
succédé à M. MARONI.
Au cours des années 80, Monsieur SAINT-PAUL avait dû se battre pour maintenir « bec
et ongle » le site de Toulouse.
Si les syndicalistes lui gardent une certaine rancune pour sa dureté dans les négociations
ou dans la gestion du site, ils s’accordent pour lui reconnaître que sa dureté a permis le maintien
du site, alors même que, depuis de nombreuses années, la rentabilité de l’usine de
Toulouse est faible ou inexistante.
II. 

PARCOURS PROFESSIONNEL 

Lors de son audition devant la Commission d’enquête parlementaire, M. BIECHLIN
déclare : « à titre personnel, j’ai déjà fait des études de dangers sur le nitrate d’ammonium dans d’autres
usines » 22 . En effet, au cours de l’instruction, il détaille son parcours universitaire et
professionnel (notamment D. 823)

21
22

Médard, Les explosifs occasionnels, 24.3.1
M. François LOOS et M. Jean-Yves LE DÉAUT, Rapport fait au nom de la commission d’enquête sur la sûreté des
installations industrielles et des centres de rechercher sur la protection des personnes et de l’environnement en cas d’accident
industriel majeur, Assemblée nationale, Rapport n° 3359 (2002), t. 2 p. 249.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 73

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

J'ai  été  assistant  à  la  faculté  de  Poitiers,  plus  précisément  à 
l'IUT de chimie.  
 
J'ai  été  embauché  comme  ingénieur  de  recherche  en  janvier 
1975  au  centre  de  recherche  de  CdF  CHIMIE  (Charbonnage  de 
France) à Mazingarke (62).  
 
En 1982, je suis devenu chef de l'usine à Vendin‐Le‐Veil (62) de 
la Société HUILE GOUDRONS ET DERIVES (HGD).  
 
En  janvier  1986,  je  suis  devenu  chef  du  groupe  AZOTE  à  la 
Société  PECRHIN  à  Ottmarsheim  (68).  Toutes  ces  sociétés 
appartiennent  au  groupe  qui  porte  actuellement  le  nom 
d'ATOFINA.  
 
En  septembre  1989,  je  suis  à  Mazingarke  comme  responsable 
du  développement  des  catalyseurs  du  Groupe  ORKEM.  En  juin 
1990,  je  suis  devenu  directeur  de  l'usine  GRANDE  PAROISSE  à 
Montoir de Bretagne (44).  
 
En  1994,  je  suis  devenu  directeur  des  usines  SOFERTI  OUEST 
(Brest,  Grand  Ville  et  Basse  Indre  (44)).  En  mars  1998,  je  suis 
devenu directeur de l'usine GRANDE PAROISSE à Toulouse. 
 
Je ne suis pas administrateur de la SA GRANDE  PAROISSE, je ne 
suis  que  salarié.  Je  n'ai  aucun  mandat  dans  les  sociétés  du 
groupe. J'appartiens à des associations professionnelles dans la 
région  comme  UIC,  Union  des  industries  chimiques  du  Midi‐
Pyrénées, je préside cette entité. 

III. 

RAISON D’ETRE DE M. BIECHLIN : INSTALLATION D’UN NOUVEL EQUIPEMENT 

Comme nous allons le démontrer plus amplement, il existe une confusion protection de
l’environnement et sécurité du site. Cette confusion permet d’affirmer que plus de 200 millions
de francs ont été consacrés à l’usine AZF dans les dix dernières années (dixit M. Thierry
DESMAREST, PDG de TOTAL devant la commission d’enquête parlementaire).
Or, la très grande majorité de ces sommes a été consacrées à la mise en place
d’équipements de dépollution. A tel point que M. SAINT-PAUL refusa de refaire le sol en béton
du hangar 221 pour des raisons économiques, selon les affirmations de M. PANEL.
Cet état d’esprit se retrouve dans la déclaration de M. Serge BIECHLIN (D. 823,
interrogatoire du 4 octobre 2001) lorsque celui-ci déclare :
Ma  conviction  est  que  nous  n’avons  pas  fait  d’erreur,  il  n’y  a 
pas  eu  de  rejet  toxique  ni  de  rejet  en  Garonne,  c’est  pour  la 
preuve du professionnalisme de mes personnels. 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 74

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Cette affirmation est contredite par l’arrêt de la cour d’appel de Toulouse en date du 31
juillet 2008 qui a condamné M. Serge Biechlin, à 8 000€ d'amende dans le cadre d'une affaire de
pollution de la Garonne. En effet, quelques jours après la catastrophe de l'usine AZF, le 21
septembre 2001, l'usine avait déversé 3,8 tonnes d'ammoniac dans la Garonne. Des rejets qui
avaient alors tué des milliers de poisson.
Par ailleurs, l’arrivée de M. BIECHLIN coïncide avec l’installation d’une nouvelle unité
de production qu’il faut maximiser.
IV. 

UN CLIMAT SOCIAL LOURD DE MENACE 

Comme nous allons l’examiner en détails en étudiant le sort des salariés et l’intervention
des syndicats, le climat social à l’usine AZF de Toulouse était lourd de menace :
-

en raison des difficultés structurelles de l’usine à être rentable, malgré
l’adjonction de productions d’ATOFINA (secteur Formol ACD) > l’hypothèse
d’une fermeture est dans tous les esprits ;
en raison des restructurations imposées par le groupe propriétaire (polyvalence
des salariés, externalisation, culte de la rentabilité, etc.)

V. 

UNE RELATION DIRECTE AVEC LE SIEGE 

A.

M. BIECHLIN PREND SES INSTRUCTIONS NON SEULEMENT AUPRES DU
SIEGE DE LA SA GRANDE PAROISSE MAIS EGALEMENT AUPRES DU SIEGE DE
LA SOCIETE-MERE

Lors de son audition par la Commission d’enquête parlementaire (t. 2, p. 253),
Monsieur BIECHLIN déclare :
chaque  fois  qu'un  événement  notable  a  lieu,  je  le  retransmets 
au  service  central  à  M.  FOURNET,  responsable  sécurité 
environnement du groupe GP.  Ce retour d'expérience remonte 
vers  le  service  hygiène,  sécurité,  environnement  (HSE)  du 
groupe  ATOFINA.  Puis,  nous  recevons,  tous  les  mois,  un 
document  reprenant  l'ensemble  des  événements  majeurs 
survenus dans le groupe, quel que soit leur localisation dans le 
monde. 

Ainsi donc, il existe un va-et-vient d’informations, d’instructions et d’échanges
d’expérience chapeautée par la direction Hygiène Sécurité et Environnement (HSE) du groupe.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 75

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B.

M. BIECHLIN SE PLAINT DE LA POLITIQUE QUE LUI IMPOSE LA SOCIETE
TOTAL

M. ULLMANN rapport (D 5378) que M. BIECHLIN se plaignait de la fusion TOTAL
FINA ELF. En effet, M. BIECHLIN ressentait une double frustration :
le  petit  avait  mangé  le  gros"  parlant  de  TOTAL  qui  avait 
absorbé  ELF,  et  par  ricochet  entrainant  des  manques  de 
moyens importants. 

Ainsi, il se confirme qu’il existait une politique générale d’économie en matière de
sécurité.
C.

M. BIECHLIN ENGAGE LA SOCIETE MERE A L’EGARD DES AUTORITES DE
CONTROLE.

Dans une lettre en date du 10 janvier 2001 adressée par M. BIECHLIN à la commission
de contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire 23 , le directeur de l’usine de Toulouse transmet les
formulaires E, G, 4.1. au titre de l’obligation de déclaration des activités en relation avec les
dispositions sur l’interdiction des armes chimiques.
Il prend le soin de préciser qu’il agit
Au  titre  des  activités  que  mon  établissement  exerce  pour  le 
compte  de  sa  société  d’appartenance  GRANDE  PAROISSE  et 
aussi au titre des activités pour le compte de la maison mère 
ATOFINA. 

Cette lettre est adressée en copie à
• M. FOURNET de la direction de la sécurité industrielle de la société GRANDE
PAROISSE et à
• M. CONRAD, de la direction de la sécurité industriel d’ATO
Cette lettre démontre une fois encore que le comportement de M. BIECHLIN engage
directement sa maison-mère puisqu’il est autorisé à remplir et à signer des formulaires en son
nom vis-à-vis des autorités de contrôle.
Il est temps à présent de préciser les relations entre la société GRANDE PAROISSE et le
groupe TOTAL auquel elle appartient et auprès duquel elle prend ses instructions.

23

Scellé n° 58 B, PV 2001/537/C/1/8
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 76

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SECTION 2 
LA SOCIETE GRANDE PAROISSE  
Après avoir étudié l’historique de cette société (§ 1), il sera démontré que la société
GRANDE PAROISSE connaissait des difficultés structurelles (§ 2) et qu’elle appartenait à un
groupe industriel qui la contrôlait corps et bien (§ 3).

§1 – Historique et principales activités de la société GRANDE PAROISSE
I. 

HISTORIQUE DE GRANDE PAROISSE JUSQU’EN 2002 24 

En 1919, la société AIR LIQUIDE fonde, avec la COMPAGNIE DE SAINT-GOBAIN, la Société
CHIMIQUE DE LA GRANDE PAROISSE (SCGP), du nom de la commune de Seine et Marne où
Georges Claude élabora un procédé de synthèse de l’ammoniac. La SCGP produit alors de
l’ammoniac et le transforme en fertilisants azotés.
Restée filiale d’AIR LIQUIDE jusqu’en 1987, SCGP se rapproche de la société CDF
CHIMIE AZF, héritière des activités fertilisantes des secteurs public (Houillères, ONIA) et privé
(GENERALE DES ENGRAIS), qui devient actionnaire à 70 % de la SCGP.
En 1990, CDF CHIMIE AZF, renommée SOFERTI SA, devient filiale à 100 % d’ELF
ATOCHEM, société détenue par ELF AQUITAINE contrôlée par l’Etat. En 1990, ELF
ATOCHEM achète à AIR LIQUIDE 7,7 % du capital de SCGP.
En décembre 1991, SOFERTI SA absorbe SCGP et prend le nom de GRANDE PAROISSE.
Les actions de la SCGP sont alors radiées de la cote officielle et les actions de GRANDE PAROISSE
sont admises sur le marché en échange des actions SCGP.
Face à une dégradation des conditions de marché, notamment due à la réforme de la
Politique Agricole Commune (PAC) et à des pertes importantes, GRANDE PAROISSE met en
œuvre un plan de restructuration en 1993, en fermant le site de Montoir-de-Bretagne et certains
ateliers dans les sites de Rouen, Brest et Granville. Le plan social concernait environ 750
employés.
Privatisée en mars 1994, ELF AQUITAINE s’est rapprochée de TOTALFINA en 1999,
entraînant le regroupement des activités chimiques du groupe (principalement ELF ATOCHEM
et les activités chimiques de TOTALFINA) au sein d’ATOFINA, devenue actionnaire à 80,89 %
de GRANDE PAROISSE.
La recapitalisation de la Société entamée en 2002 pour lui permettre de faire face aux
conséquences de la catastrophe de Toulouse a porté la participation d’ATOFINA à 99,84 %.

24

Extraits du document de référence enregistré par l’Autorité des marchés financiers le 19 mai 2004 sous le numéro
R.04 – 094,
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 77

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II. 

LES PRINCIPALES ACTIVITES DE GRANDE PAROISSE S.A. 

L’activité principale et historique de la société GRANDE PAROISSE et de ses filiales
consolidées ZUID CHEMIE (usine aux Pays-Bas), SOFERTI SNC (principalement 3 usines :
Bordeaux, Basse-Indre et Fenouillet en cours de fermeture[en 2004]) et PEC-RHIN (usine à
Ottmarsheim, filiale détenue à hauteur de 50 % par GRANDE PAROISSE et à hauteur de 50 % par
BASF, étant précisé que les statuts de Pec-Rhin prévoient un droit de préemption au profit de
chacun des actionnaires en cas de projet de cession par l’autre actionnaire de tout ou partie de sa
participation à un tiers) réside dans la production et la commercialisation de fertilisants pour le
marché de l’agriculture.
Les procédés de fabrication de ces fertilisants mettant en œuvre des matières premières
et des produits intermédiaires communs avec une grande partie de l’industrie chimique de base,
GRANDE PAROISSE est devenue un fournisseur important de produits industriels (nitrates
techniques, ammoniac, acide nitrique, urée, gaz carbonique, etc.) pour l’industrie française et
européenne.
Enfin, s’appuyant sur l’expérience acquise par ses équipes de recherche, de procédé et
de production, la Société propose une palette de produits innovants et de procédés de
fabrication.
Premier producteur français et second européen (source : statistiques Nitrex-Complex),
GRANDE PAROISSE se positionne comme un acteur de référence sur ce marché en proposant aux
distributeurs agricoles une gamme complète de fertilisants. Cette activité représente environ 74
% du chiffre d’affaires en 2003.
La part de marché historique de GRANDE PAROISSE en France est estimée à 25 %.
Fertilisants est un terme générique pour décrire l’ensemble des produits qui contribuent à la
nourriture et à la croissance d’une plante.
Parmi ces éléments nutritifs, on distingue les éléments principaux :
- N, pour azote (natrium),
- P, pour phosphore,
- K, pour potassium (kalium) et
- les éléments secondaires comme le soufre S, le calcium Ca ou le magnésium Mg.
On distingue deux types de fertilisants selon leur application agronomique : les
fertilisants simples (N,P ou K) et les fertilisants composés (NP, NK, NPK).
• Fertilisants azotés simples - Ce sont des produits qui ne contiennent que
l’élément fertilisant N et des quantités variables de charge minérale inerte et
d’autres éléments. On trouve dans cette catégorie les ammonitrates (AN) et les
calciums ammonitrates (CAN), l’urée et les solutions azotées (UAN). Ces
produits titrent entre 20 % et 46 % d’azote, d’origine ammoniacale, nitrique ou
uréique. L’AN qui titre 33,5 % d’azote est le fertilisant azoté simple solide le
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 78

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

plus utilisé en France et en Angleterre alors que le CAN est plus généralement
utilisé en Europe du nord. Des produits spécifiques ont été mis au point et
développés par GRANDE PAROISSE dans le domaine de la fertilisation foliaire du
blé – Nutriforce®- et de la fertilisation spécifique des prairies – Lika®.
• Fertilisants complexes (non produits à Toulouse) - Ce sont des produits qui
contiennent en proportion variable au moins deux des éléments principaux, un
ou plusieurs éléments secondaires et parfois des oligo-éléments. Cette catégorie
regroupe le mono et le di-ammonium phosphate (MAP et DAP), les formules
NP, PK et NPK. Les formules NxPyKz répondent à des applications très précises
et la gamme Tonigam® de GRANDE PAROISSE propose des fertilisants NPK
spécialement conçus pour répondre aux besoins spécifiques d’une plante dans
une région donnée.
Ainsi la gamme de produits de GRANDE PAROISSE est très variée : la Société produit
toutes les sortes de fertilisants azotés (AN, CAN, Urée, solutions azotées) ainsi que des
fertilisants complexes. 60 % du chiffre d’affaires est réalisé auprès de coopératives qui
distribuent les fertilisants, et 40 % auprès de distributeurs.
Par ailleurs, la Société assure un certain nombre de prestations de services sur ses sites
industriels pour d’autres sociétés (12,5 % du chiffre d’affaires en 2003).
Ainsi, GRANDE PAROISSE intervient dans trois domaines :
- les fertilisants agricoles ;
- les produits industriels et
- les procédés et l’ingénierie.
Malgré cette diversité d’intervention, la société GRANDE PAROISSE souffre
structurellement de difficultés financières comme en atteste l’étude des différents
conseil d’administration de la période 1999/2001.
En effet, le marché des fertilisants s’est caractérisé par une consommation en recul au
cours de la dernière décennie et, jusqu’en 1999, par une pression sur les prix et sur les marges
due à la surcapacité des producteurs et aux prix bas pratiqués par certains importateurs et en
particulier les pays d’Europe Centrale et de l’ex-Union soviétique.
Ainsi, la situation difficile du marché des fertilisants est également imputable à la
réforme de la PAC en 1993. Les principaux producteurs ont fermé une partie significative de
leurs usines pour résoudre le problème de déséquilibre entre l’offre et la demande.
Près de 25 % de l’ensemble des capacités de l’Europe de l’Ouest ont été alors
supprimées. A partir de 1999, des fermetures supplémentaires de capacités sont intervenues.
Elles représentent environ 5,4 millions de tonnes de produits dont 2,7 millions de tonnes
d’ammonitrates (source : EFMA) ;
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 79

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§ 2 – une société qui connait des difficultés
Les difficultés financières de la société GRANDE PAROISSE sont structurelles. En effet,
dans le procès-verbal de son Assemblée générale mixte du 10 juin 1999, on peut lire le rapport
de gestion émanant de son conseil d’administration :
« L'industrie  des  engrais  azotés  subit  une  nouvelle  crise  qui  a 
commencé en 1997, qui s'est aggravée en 1998 et se poursuit 
en 1999 ; les raisons sont : 
 
• augmentation de l'offre en Europe : 
¾ capacités  nouvelles  installées  après  le  cycle  haut  de  1995‐
96, 
¾ baisses  des  ventes  à  la  grande  exportation  (crise  Asie)  ‐ 
importations  russes,  directes  et  indirectes  (dévaluation  du 
rouble), 
¾ baisse de la consommation d'engrais en Europe au‐delà du 
prévisible (PAC, Environnement...). 
 
Dans  cet  environnement  de  crise  où  les  autres  majors 
européens dans les engrais ont annoncé des pertes, votre 
Société a assez bien résisté : 
 
• en engrais simples azotés nous avons maintenu nos ventes 
en  volume  pour  l'ammonitrate  33,5  ;  nous  avons 
légèrement augmenté nos ventes d'ammonitrate grâce aux 
spécialités magnésiennes et soufrées. 
 
• en solutions azotées la baisse de prix offerte dans les ports 
a  été  trop  importante  ;  elle  nous  a  conduits  à  réduire  nos 
ventes en volumes. 
 
La  marche  de  nos  usines  a  été,  comme  en  1997,  modulée  en 
fonction du ralentissement de la demande ; au global leur taux 
de marche a été voisin de 1997. 
 
Le  C.A.  est  en  baisse  de  6%  (soit  —314  MF)  ;  le  résultat 
d'exploitation est en recul de 41 MF (59 MF vs 100 MF) ; cette 
baisse a pu être limitée (au regard de celle du C.A.) grâce : 
 
‐  à  un  prix  de  gaz  provisoirement  plus  faible  au  second 
semestre ;  
‐  à une baisse des coûts de structure. 
 
Le résultat financier de l'exercice est maintenant voisin de zéro 
(en 1997 il était négatif de 42 MF) grâce à la restructuration de 
la  dette  faite  en  1997  ainsi  qu'au  maintien  d'une  trésorerie 
nette légèrement positive tout au long de l'année.  
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 80

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

La baisse du résultat net a donc été fortement atténuée par la 
bonne tenue du résultat financier ; le résultat consolidé est de 
55 MF contre 70 MF. 
 
Le résultat social de GRANDE PAROISSE est de 71,5 MF ». 

Ce sont les profits financiers et la baisse des coûts de structure qui permettent à la
société d’afficher un résultat positif.
Cette situation va se reproduire en 2000 et en 2001 avec une accentuation de la
concurrence internationale, une baisse de la consommation des fertilisants en Europe et une
diminution des débouchés dans le reste du monde, créant une situation de surcapacité de
production et une guerre des prix. Le conseil d’administration n’hésite pas à parler
d’environnement de crise et à signaler que les majors européens dans les fertilisants ont annoncé
des pertes importantes (Procès verbal de l’assemblée générale du 16 juin 2000).
Pour la société GRANDE PAROISSE, cela se traduit non seulement par une baisse de 12
% de son chiffre d’affaires, mais également de ses marges, se traduisant par un résultat
d’exploitation de – 221 millions de francs (alors qu’il était de + 59 millions en 1998).
Devant cette situation préoccupante, la société a engagé une restructuration importante,
comprenant des fermetures, une modernisation et une rationalisation de ses installations et la
suppression consécutive de 131 emplois dans le cadre d’un plan social.
Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi les salariés craignaient chaque année
de voir leur usine fermée en raison de ses piètres résultats. Cette crainte est devenue encore plus
prégnante après le rachat du groupe ELF par la société TOTAL S.A. (1999)
C’est donc dans ce contexte de crise que se trouvait l’usine de TOULOUSE en
septembre 2001 :
-

crise dans le secteur d’activité des engrais azotés ;

-

crise liée à la reprise de la société par le groupe TOTAL dans un contexte où le
nouveau propriétaire exigeait de ses filiales des remontées de dividende afin de
payer le (sur)coût de cette acquisition (cf. IIème PARTIE)

On comprend mieux pourquoi dans ces conditions financières en fort contraste par
rapport aux autres activités du groupe TOTAL, ce dernier a cherché à céder la société
GRANDE PAROISSE.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 81

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Ainsi dans un article publié dans Les Echos 25 , on peut lire plusieurs informations qui
confirment le caractère préoccupant et structurant des difficultés de GRANDE PAROISSE et la
recherche éperdue d’économies par tous les moyens, dans un contexte où le nouveau
propriétaire, le groupe TOTAL doit lui-même trouver 4 milliards d’euros d’économies après la
surenchère boursière qu’il a dû mettre sur la table pour prendre le contrôle du groupe ELF
(septembre 1999) :
Le  groupe  pétrolier  et  chimique  veut  rapprocher  sa  filiale 
d'engrais  d'un  autre  industriel  du  secteur,  pour  former  un 
grand  groupe  européen  des  fertilisants.  Des  discussions 
seraient en cours avec le finlandais Kemira.  
 
GRANDE  PAROISSE, la filiale d'engrais de l'ex‐Elf Atochem devenu 
AtoFina,  qui  contrôle  environ  40  %  du  marché  français  des 
fertilisants, est à la recherche d'un partenaire. « Nous voulons 
nouer  une  alliance  avec  un  autre  industriel  du  secteur,  par  le 
biais  d'une  coentreprise  par  exemple,  pour  créer  un  grand 
groupe  européen.  Des  négociations  en  ce  sens  ont  déjà 
commencé  »,  déclare  Jacques  DENIS,  secrétaire  général 
d'AtoFina.  
 
La  question  de  l'avenir  de  l'entreprise  d'engrais  au  sein  du 
groupe pétrolier était posée depuis plusieurs années.  
 
Aujourd'hui,  la  direction  a  donc  tranché  en  faveur  d'un 
désengagement  partiel  de  cette  filiale  _  l'hypothèse  d'une 
cession  pure  et  simple  semble  écartée  _  à  un  moment  où 
GRANDE  PAROISSE  (plus  de  2.000  salariés  dans  ses  8  usines 
françaises) sort affaiblie d'une année 1999 fort difficile.  
 
La  hausse  des  importations  d'engrais  à  prix  bradés  en 
provenance  d'Europe  centrale  et  l'augmentation  des  prix  du 
gaz  ont  en  effet  fait  plonger  ses  résultats  dans  le  rouge  l'an 
dernier.  Une  provision  pour  restructuration  de  86  millions  de 
francs  est  venue  encore  alourdir  la  perte  du  groupe  qui  s'est 
élevée  à 288,5 millions de francs,  pour un  chiffre d'affaires en 
baisse de 11,7 %, à 4,1 milliards de francs.  
 
Depuis le début  de l'année, la  situation s'est certes améliorée, 
grâce à une remontée de 50 % des prix des nitrates.  
 
Mais  cette  hausse  est  insuffisante  pour  assurer  la  rentabilité 
de  la  société,  puisqu'elle  ne  répercute  pas  l'intégralité  de 
l'augmentation  des  tarifs  du  gaz,  a  expliqué  François  Périer, 
président de GRANDE  PAROISSE, lors de l'assemblée générale qui 
s'est tenue hier.  

25

Les Echos n° 18174 du 16 Juin 2000 • page 15
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 82

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Face  à  cette  conjoncture  difficile,  un  plan  social  prévoyant  la 
suppression de 181 postes dans l'usine de Rouen, sur un effectif 
total de 2.669 personnes, est actuellement mis en œuvre.  
 
Mais il ne suffira pas à restaurer la rentabilité de l'entreprise 
et à adapter  son outil industriel à  un  marché  qui  se trouve en 
situation de surcapacité, estiment ses dirigeants.  
 

L’existence de pourparlers avancés en 2000, après le rachat d’ELF et de GRANDE
PAROISSE par TOTAL FINA est un élément important. En effet, lorsque l’on cède une
entreprise qui exploite des IPCE, il est prévu des audits environnementaux, qui viennent
compléter les audits réalisés par la DARAG lors de l’entrée en possession.
Ces audits environnementaux permettent à l’acquéreur potentiel d’avoir une vision
précise de la situation des biens achetés et d’exiger des garanties d’actifs et de passifs. C’est
également un moyen pour le groupe propriétaire pour examiner d’un regard neuf la situation
réelle d’exploitation de ses filiales.
Dès lors, cette volonté de céder la société GRANDE PAROISSE dans un
contexte économique difficile et aux termes d’un audit environnemental
approfondi permet de démontrer non seulement la mainmise du groupe TOTAL
sur cette filiale mais également sa connaissance de la situation de chacune des
usines à vendre, y compris celle de Toulouse.
Cette analyse se confirme lorsqu’on étudie les conditions d’appartenance de la société
GRANDE PAROISSE au groupe TOTAL.

§ 3- Une société qui appartient à un groupe puissant à la recherche de la
rentabilité
I. 

UN CONTROLE CAPITALISTIQUE : LA FORCE DE L’EVIDENCE 

ELF-ATOCHEM détenait 81 % du capital de la S.A. GRANDE PAROISSE. La société ELF
détenait 98 % du capital d’ELF ATOCHEM.
d’ELF.

Après la bataille boursière de l’été 1999, TOTAL S.A. détenait 99,46 % du capital

Dès lors, le groupe TOTAL détenait plus de 80 % du capital de la société GRANDE
PAROISSE.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 83

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Lors de l’assemblée générale de 2001, un actionnaire se plaint de l’hégémonisme du
groupe TOTAL dans les termes suivants :
"Comment  se  fait‐il  que  ce  soit  à  l'occasion  de  l'annonce  des 
résultats  de  TotalFinaElf,  au  demeurant  peu  affectés  par  la 
nouvelle  que  les  actionnaires  de  GRANDE  PAROISSE  soient 
informés  ?  Tout  se  passe  comme  si  le  calendrier  de 
l'information  des  actionnaires  de  GRANDE  PAROISSE  était  réglé 
par  la  politique  de  communication  de  TOTAL  et  non  par  les 
obligations qui s'imposent à une société cotée. 
 
Dans  votre  réponse  du  21  novembre  (point  2.3),  [le  conseil 
d’administration  indique]  que  "d'une  manière  générale,  le 
Groupe  a  une  approche  corporate  des  assurances,  c'est‐à‐dire 
qu'il  veille  à  ce  que  chaque  filiale  soit  assurée  en  fonction  des 
standards fixés par le Groupe. "De deux choses l'une : 
 
Ou bien les risques ont été lourdement sous‐estimés, et dans ce 
cas, qui est responsable de ces estimations totalement erronées 
(DARAG, courtiers, assureurs, dirigeants sociaux ou autres) ? 
Ou  bien  les  risques  ont  été  correctement  évalués  mais 
délibérément  acceptés  dans  le  cadre  d'une  décision  d'auto‐
assurance  ;  dans  ce  dernier  cas,  il  s'agit  d'une  décision  de 
gestion.  Par  qui  a‐t‐elle  été  prise  et  qui  doit  en  assumer  les 
responsabilité ?" 

A noter qu’à partir de 2002, afin de faciliter les flux financiers à l’intérieur du groupe
dans le contexte d’une indemnisation des victimes par la société GRANDE PAROISSE, la
participation d’ATO dans GRANDE PAROISSE passe de 81 % à 99,85 %, étant précisé qu’ATO
est elle-même détenue à 99 % par la société TOTAL et que son président, François CORNELIS,
est membre du COMEX du groupe TOTAL.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 84

II. 

LE  CONTROLE  DU  CONSEIL  D’ADMINISTRATION  DE  GRANDE  PAROISSE  PAR  LA  HOLDING  DU  GROUPE  CONSTITUE  UNE 
AUTRE EVIDENCE 

A.

DANS LE GROUPE ELF
Conseil d'administration 16 décembre 1997

ATOCHEM

Arsène SCHUN (1)

PDG

1

Jean‐Loui s  BESSON (2)

Admi ni strateur

1

Jean de RUSQUEC (3)

Admi ni strateur

1

Jacques  DUMAS 

Admi ni strateur

Jacques  JAISSON

Admi ni strateur

Bernard MOULINET

Admi ni strateur

René DELEUZE (4)

Admi ni strateur

ELF

Indépendant

1
1
représentant UNCAA

1
1
4

3

Le conseil d'administration est composé majoritairement (4/7)de membres du groupe ELF
Le président émane directement du groupe ELF.
(1) était directeur général adjoint d'ATO
(3) était directeur financier d'ATOCHEM
(5) Secrétaire général d'ELF ATOCHEM

(2) était réprésentant d'ELF dans plusieurs filiales à l'étranger (PRODUVEN, …)
(4) était entré en 1981 chez ELF, Directeur général adjoint d'ELF ATOCHEM
(6) Administrateur et vice‐président d'ELF ATOCHEM

Conseil d'administration 18 décembre 1998
Arsène SCHUN (1)

ATOCHEM

PDG

1

René DELEUZE (4)

Admi ni strateur

1

Jean de RUSQUEC (3)

Admi ni strateur

1

Jacques  DENIS (5)

Admi ni strateur

1

Jacques  JAISSON

Admi ni strateur

Bernard MOULINET

Admi ni strateur

Françoi s  PERIER (6)

Admi ni strateur

Pi erre MARTINET

Admi ni strateur

ELF

Indépendant
CIC
CIC
1

représentant UNCAA

1
1

CIC
1
5

3

Le conseil d'administration est composé majoritairement (5/8)de membres du groupe ELF
Le président émane directement du groupe ELF.
Le CIC (Comité d'Information et de coordination) réunit les principaux dirigeants du groupe ELF. Il se réunit au moins une fois par mois pour 
des échanges d'informations concernant la situation financière et les différentes activités du groupe ELF et pour discuter des sujets d'intérêts 
général, opérationnels ou fonctionnels.

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

B.

DANS LE GROUPE TOTAL

Conseil d'administration 7 mars 2000
Arsène SCHUN (1)
René DELEUZE (4)
Jacques DENIS (5)
Jean du RUSQUEC (3)
Jacques JAISSON
Pierre MARTINET
Bernard MOULINET
François PERIER (6)

ATOFINA
1
1
1
1

TOTAL Indépendant

1
1
1

représentant UNCAA

1
5
3
Le conseil d'administration est composé majoritairement (5/8)de membres du groupe TOTAL
Le président émane directement du groupe TOTAL

Conseil d'administration du 15 mars 2001
François PERIER (6)
PDG
Jean‐Louis BESSON (2)
Administrateur + DG
Arsène SCHUN (1)
Administrateur
René DELEUZE (4)
Administrateur
Jean du RUSQUEC (3)
Administrateur
Jacques JAISSON
Administrateur
Pierre MARTINET
Administrateur
Bernard MOULINET
Administrateur

ATOFINA

TOTAL Indépendant
1
1

1
1
1

1
1
représentant UNCAA
1
5
3
Le conseil d'administration est composé majoritairement (5/8)de membres du groupe TOTAL
Le président émane directement du groupe TOTAL.

(2) devient PDG de TOTAL PETROCHEMICAL France
(3) il devient conseiller du président du groupe TOTAL FINA ELF, notamment pour les affaires birmanes (Myanmar)
(5) il devient Secrétaire général de la branche chimie dans le groupe TOTAL FINA ELF
(6) il supervise les fonctions centrales (R/D, Etudes économiques, Coordination industrielle et sécurité environnement dans le groupe TOTAL ELF FINA

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 86

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Conseil d'administration 13 juin 2001 
Michel PERRATZI (7)     PDG 
Jean‐Louis BESSON 
Administrateur + 
  
(2) 
DG 
René DELEUZE (4) 
   Administrateur 
Jean du RUSQUEC (3)     Administrateur 
Jacques JAISSON 
   Administrateur 
Pierre MARTINET 
   Administrateur 
Bernard MOULINET 

  

Arsène SCHUN (1) 
  
  
  
 

  
 

 

  
  

  
  

  
  

ATOFINA 
  

  

  

  

  

TOTAL  Indépendant

  

  

  
  
  
  

  
  

  
  
  
  

  
  
  
  
  
  

  
  
  
  

représentant 
Administrateur 
  
  
  
  

UNCAA 
Administrateur 
  
  
  

  
  
 
 
 
 


Le conseil d'administration est composé majoritairement (5/8)de membres du groupe TOTAL 
Le président émane directement du groupe TOTAL 
 
 
 
 
 
 
 

(7) de 1992 jusqu'en 2000, il était le directeur général adjoint d'ELF ATOCHEM puis d’ATOFINA. 
Il supervisait pour le groupe quelques services fonctionnels dans l’ensemble de la branche chimie 
(achats, approvisionnement, direction internationale) 

 

 

 

 

Au § 3.1.3., de l’Assemblée générale ordinaire du 28 juin 2002, il est confirmé que le président et le directeur général de la société GRANDE
PAROISSE sont des salariés d’ATOFINA. Ils sont donc placés dans un état de subordination vis-à-vis de la maison-mère et ils doivent faire prévaloir
l’intérêt du groupe sur l’intérêt social de la filiale.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 87

III. 

UN CONTROLE RENFORCE PAR UN ENTRELACS DE LIENS CONTRACTUELS. 
Les principales relations contractuelles de la Société avec ATOFINA sont les suivantes :
• Contrat  de  plate  forme  avec  ATOFINA  pour  l'exploitation  des  unités 
industrielles de Toulouse 
ATOFINA est propriétaire d'installations de production de mélamine, de colles
urée formol, d'acide cyanurique et de dérivés chlorés sur le site (zone sud, là ou se
situait le hangar 335).
GRANDE PAROISSE était opératrice de ces installations sur lesquelles sont affectées
directement 114 personnes de son effectif toulousain.
Ce contrat est facturé sur la base d’une répartition de coûts. A la suite de la
catastrophe du 21 septembre 2001, le contrat a été dénoncé pour cause de force
majeure.
• Contrat commercial de vente d'urée 
GRANDE PAROISSE vend à ATOFINA environ 170 000 tonnes/an d’urée technique
pour les besoins de Villers St Paul et de Toulouse. Le prix de vente est
principalement fixé par référence au prix de l'urée sur le marché international.
Les ventes d’urée pour Toulouse (100 KT/an) ont cessé à partir du 21 septembre
2001 pour cause de force majeure. Un contrat a été signé le 30 novembre 2001
concernant les ventes à Villers Saint Paul (70 KT/an).
• Vente d'ammoniac 
GRANDE PAROISSE vend à ATOFINA l’intégralité de ses besoins d’ammoniac, soit
environ 50 KT/an, sur la base des cours internationaux (CIF NWE).
Les trois contrats ci-dessus ont représenté un chiffre d’affaires d’environ 50 millions
d’euro pour GRANDE PAROISSE en 2001.
• Contrats de prestations et de services 
ATOFINA fournit des prestations en matière financière et fiscale (gestion de
trésorerie, gestion des encours clients, expertise fiscale etc.). La rémunération de ces
prestations s'est élevée pour l'année 2001 à 454 K€ HT.
ATOFINA fournit par ailleurs des prestations ponctuelles diverses en matière de
propriété industrielle, de services informatiques, de gestion des marques et de
documentation. En 2001, l'ensemble de ces prestations a représenté pour la Société
un coût de 100 K€ HT.

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Enfin, ATOFINA a détaché le Directeur Général (M. BESSON) et le président de la
société GRANDE PAROISSE, étant précisé que M. BESSON semble être salarié du
groupe TOTAL..
• Gestion des contrats d’assurance 
Il résulte des documents sociaux que la gestion des contrats d’assurance était
soustraite au conseil d’administration pour être confiée à la direction générale de
GRANDE PAROISSE. Or, le directeur général était détaché d’ATOFINA et était
un salarié de la société TOTAL.
IV.  

LA  GESTION  DES  RISQUES  DANS  LA  SOCIETE  GRANDE  PAROISSE  EN 
CONFORMITE AVEC LES « OBJECTIFS GENERAUX DU GROUPE TOTAL »

Au § 4.8 ‘Politique en matière de qualité et environnement’, le rapport de gestion de
GRANDE PAROISSE pour 2001 précise :
"en  conformité  avec  l’Engagement  de  Progrès  des  Industries 
Chimiques  et  la  politique  Santé  Sécurité  Environnement  du 
groupe ATOFINA, GRANDE  PAROISSE met en place dans chacune 
de  ses  unités  industrielles  un  Système  de  Management 
Hygiène, Sécurité et Environnement.  
 
Cette action permet de mettre en évidence des synergies avec 
les actions relatives à la Qualité, déjà mises en place par le biais 
des certifications ISO 9000. 
 
La  mise  en  place  de  Systèmes  de  Management  harmonisés 
(plutôt  qu’intégrés)  avec  le  Système  de  Management  de  la 
Qualité est un objectif majeur de la Société.  
 
Ainsi, les plans d’actions des entités opérationnelles intègrent 
les  objectifs  généraux  du  groupe  TOTALFINAELF,  en  les 
déclinant de façon cohérente dans leurs composantes relatives 
à la santé, la sécurité et l’environnement".

Les objectifs généraux du groupe TOTALFINAELF et la politique ‘Santé Sécurité
Environnement’ du groupe ATOFINA doivent être respectés par la société GRANDE PAROISSE
en sa qualité de société filiale et obéissante du premier groupe industriel français.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 89

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Dans son rapport de gestion 2003 (p. 56), la société GRANDE PAROISSE confirme
encore cette évidence :
"La  conformité  aux  dispositions  législatives  et  réglementaires 
constitue  l’un  des  principes  directeurs  essentiels  de  la  Charte 
Sécurité,  Environnement  Qualité  de  TOTAL,  évidemment 
applicable à GRANDE PAROISSE".

V. 

PARALLELISME  DES  CIRCUITS  DE  DECISIONS  ENTRE  LA  SOCIETE  GRANDE 
PAROISSE ET LA SOCIETE ATO 

Le scellé n° 4IQ AQ/X/1/01 AQ 1N8 du 24 septembre 2001 (PV n° 01/537/C/1/5)
contient le manuel QUALITE de l’usine de Toulouse dans son édition 9.0 en date du 3 mai
1999. Ce document permet de mieux comprendre la dépendance de l’usine de TOULOUSE à
l’égard du siège de la société ATO, société mère de la société GRANDE PAROISSE.
Il permet de mettre en évidence les circuits de décision et notamment l’organisation
qualité ATO (A). De plus, en étudiant les chartes « Qualité » émanant d’ATO, de GRANDE
PAROISSE et de l’usine de Toulouse (B), il démontre l’existence d’une stricte hiérarchie à
l’intérieur de ce groupe de sociétés :
Page  10  –  "La  DSE  (direction  sécurité/environnement  d’Elf 
ATOCHEM)  publie  chaque  mois  un  rapport  concernant  les 
conséquences  pour  l’ensemble  du  groupe  ATO  des  évolutions 
de la réglementation.  
 
Ce rapport est envoyé au directeur d’usine.  
 
Le  manuel  qualité  inspection  et  la    documentation  associée 
précisent  par  ailleurs  les  engagements  vis‐à‐vis  de 
l’administration du service inspection technique de l’usine dans 
le cadre du suivi réglementaire des appareils soumis". 

Ce manuel confirme l’existence d’un manuel des Achats établi par la direction des achats
ELF ATOCHEM et imposé à toutes les filiales du groupe (§ 6 Achats).De même, en ce qui
concerne les « audits qualité internes » (§ 17), le manuel précise :
La  procédure  DIR/COM/2/09  décrit  le  fonctionnement  des 
audits  internes  du  site  de  Toulouse  en  conformité  avec  les 
directives  générales  d’ELF  ATOCHEM  concernant  la  formation 
des auditeurs. (...) 
(les  audits  complets  du  système  d’assurance)  sont  assurés  par 
des  auditeurs  ELF  ATOCHEM  extérieurs  au  site  (…)  à  cette 
occasion sont auditées les fonctions direction et service qualité. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 90

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

A.

ORGANISATION

D’après le manuel « QUALITE » (version 9.0 du 3 mai 1998), l'organisation de la qualité
dans toutes les filiales d’ATO peut être schématisée comme suit :

Les circuits de décision hors usine sont analogues entre GP et ATO : on
trouve dans les deux cas :
-

-

-

des divisions centrales, qui gèrent l'activité en tant que centre de profit et fixent :
o à l'usine des objectifs de fabrication, en tonnage et en qualité ;
o à la recherche, un programme et des priorités de développement ;
o à la direction industrielle, des priorités d'investissement et de
développement ;
o au procédé, des axes prioritaires d'étude.
des directions industrielles :
o elles assurent la coordination inter-établissements pour satisfaire les
objectifs commerciaux,
o elles veillent à la pertinence des choix techniques, en accord avec les
experts technologies/procédés des directions techniques, et
o elles suivent la gestion industrielle des usines (frais fixes, frais variables et
autres indicateurs de performance).
Les directions fonctionnelles, achats, logistique, sécurité/environnement, qualité :
o sont centralisées au niveau des établissements de Paris ;
o elles assurent la coordination entre établissements et filiales et
o fixent des lignes directrices dans leur domaine de compétence.

Dans chaque usine, l'Animateur qualité est rattaché directement au directeur de l'usine
(ses responsabilités sont définies dans le document DIR/COM/2/02).
Il travaille en concertation avec la direction qualité et trois coordinateurs qualité qui
assurent les interfaces avec les sièges :
-

un coordinateur qualité pour les activités GP (rattaché à la direction industrielle)
un coordinateur qualité pour les activités DCVS (rattaché à la division centrale)
un coordinateur qualité pour les activités D.RF (rattaché à la division centrale)
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 91

B.

LA REPRISE EN CASCADE DES ENGAGEMENTS « QUALITE » D’ATO A L’USINE EN PASSANT PAR LA SOCIETE GRANDE
PAROISSE
Qualité

ATO
Usine de Toulouse
GRANDE PAROISSE 
« objectif stratégique » tourné vers la « Objectif  essentiel »  tourné  vers  « objectif majeur » tourné vers la
satisfaction des clients
la  satisfaction  des  clients  « clé  de  satisfaction des clients
notre développement »  

Implication du personnel

Cohérence d’ensemble

Valeurs communes

Signataire

« ce sont les femmes et les hommes « notre 
organisation 
et  « L’adhésion de tous à la réalisation de
d’ATO qui assurent la qualité »
l’implication 
du 
personnel  nos objectifs (…) sensibiliser notre
contribuent  à  atteindre  cet  personnel à nos objectifs pour augmenter
les motivations de tous »
objectif » 
« le plan de progrès de chaque entité est « l’examen  critique  de  nos  « nous sommes engagés dans une
adapté à ses spécificités en respectant la processus  et  leur  optimisation  démarche de progrès impliquant chacun
cohérence avec les éléments de la nous permettent de bâtir les plans  d’entre nous et visant à améliorer la
politique Qualité (…) renforcer la de  progrès  destinés  à  renforcer  maitrise et la fiabilité de nos processus,
notre efficacité » 
cohésion de notre communauté ».
ainsi que la clarté de notre organisation
interne »
« toutes nos actions sont menées avec « ces  démarches  sont  menées  « poursuivre nos efforts d’amélioration
rigueur, pragmatisme et créativité pour avec  rigueur  et  pragmatisme,  nos  des consommations spécifiques.
améliorer nos performances et notre objectifs  sont  quantifiés  pour  « fiabiliser et faire fonctionner nos
compétitivité. Nos objectifs sont permettre de mesurer l’atteinte »  installations de manière optimale.
quantifiés et nos performances sont
« limiter les frais fixes de l’usine
constatées »
J. PUECHAL, PDG d’ATO
Jean‐Louis BESSON, DG de GRANDE  Serge BIECHLIN, directeur de
l’établissement
PAROISSE 

VI. 

M. THIERRY DESMAREST, PDG DE TOTAL, DECIDE DE L’ETAT DES STOCKS DES 
USINES DE GRANDE PAROISSE S.A. 

Après l’explosion, Thierry DESMAREST, PDG du Groupe TOTAL. Déclare, devant la
commission d’enquête parlementaire que des mesures immédiates sont prises et imposent
directement à toutes les usines GRANDE PAROISSE concernées de limiter leur stock
d’ammonitrate.
Cela démontre encore une fois, le pouvoir de décision de président de la
société holding sur les usines exploitées par ses filiales.

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

SECTION 3 
LE PERSONNEL DE L ‘USINE  
§1 – Evolution des effectifs de salariés et accidents de travail
A.

LES TROIS ORDRES DE SALARIES

Sur le site de l’usine AZF, comme sur les autres sites industriels du groupe TOTAL, il
existe trois ordres de salariés :

1°) 

-

ceux qui sont salariés du groupe industriel : ils bénéficient de toutes les
protections reconnues par le Code du travail et ils sont suffisamment
nombreux pour confier leur défense à des syndicats ;

-

ceux qui sont salariés des entreprises sous-traitantes : souvent isolés, loin
de leur siège et à demeure sur le site AZF depuis de nombreuses années
(comme M. FAURE), ils sont dans la situation ambigüe d’être placé sous
le rapport hiérarchique des salariés du groupe tout en dépendant d’une
entreprises extérieure ;

-

ceux qui sont intérimaires, qui ne font que passer (ou repasser).

Le personnel salarié du groupe TOTAL 

Le droit du travail considère l’emploi au niveau du groupe de sociétés.
En effet, l’article L 321-1-1 al. 3 du Code de travail prévoit une obligation de
reclassement imposée à « l’employeur » avant tout licenciement pour motif économique.
La jurisprudence a considéré que le reclassement interne des salariés devait s’entendre
bien sûr à l’intérieur de la société qui licencie mais également à l’intérieur du groupe auquel
appartient la société qui licencie 26 .
Par ailleurs, en présence d’un licenciement pour motif économique d’au moins 10
personnes, l’employeur doit mettre en place un plan de sauvegarde de l’emploi (article L 321-41 in fine).
Ici, le texte va encore plus loin en subordonnant la validité du plan de sauvegarde de
l’emploi « au regard des moyens dont dispose l’entreprise, ou, le cas échéant, l’unité économique et sociale
ou le groupe».
26

Cass. soc., 25 juin 1992 : Dr. soc. 1992, p. 826, concl. R. KESSOUS.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 94

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Derrière cette formulation, on peut distinguer la volonté de reconnaître que la notion
d’entreprise ne s’arrête pas aux seules formes juridiques admises mais peut s’étendre à une unité
économique et sociale, voire à un groupe. Mais, le point important à retenir est l’existence d’un
support légal qui implique directement le groupe.
2°) 

Le personnel salariés des sous‐traitants 

Le personnel des entreprises sous-traitants présente deux caractéristiques :
-

il est rarement formé au risque auquel son employeur l’expose ;
le personnel est instable et ne s’intègre pas dans le processus de
fabrication. Il reste à l’écart, exclu, souvent méprisé par l’encadrement
de l’EXPLOITANT.

Ainsi, M. FRIQUART, représentant des salariés de la SNPE n’hésite-t-il pas à déclarer
devant la commission d’enquête parlementaire (t. 2, p. 281) :
La  sous‐traitance  n'a  été  mise  en  place,  d'une  manière 
intensive, qu'il y a sept ou huit ans à l’établissement de la SNPE 
de Toulouse, principalement au niveau de l'entretien.  
 
Cela  apportait  un  certain  nombre  de  désagréments  pour  les 
gens  de  la  fabrication  dans  le  simple  exercice  de  leur  travail 
journalier,  dans  la  mesure  où  les  équipes  (…),  ne  sont  pas 
stables.  
 
En effet, les personnes amenées à intervenir en sous‐traitance 
peuvent  intervenir  sur  tous  les  ateliers  de  l'usine,  en  sachant 
que chaque atelier de la SNPE de Toulouse a ses spécificités.  
Une personne très performante, même en sous‐traitance, 
n'est pas forcément efficace dans son travail quotidien. 
 
Par  ailleurs,  le  personnel  sous‐traitant  dépend  de  son 
entreprise qui peut être amené à l'utiliser ailleurs, ce qui arrive 
assez  souvent,  pour  utiliser  au  mieux  les  compétences  de  ses 
personnels.  
 
En remplacement, l'entreprise envoie du personnel bien moins 
qualifié.  
 
Cela perturbe non seulement la productivité de l'établissement, 
mais  met  en  cause  également  la  sécurité,  de  sorte  que  les 
installations, revues de cette manière, doivent souvent l’être à 
nouveau ensuite par du personnel de la SNPE. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 95

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

On perturbe la fabrication, on met la sécurité en défaut et, paradoxalement, la SNPE
est obligée de maintenir son personnel propre pour contrôler le travail déjà
effectué.
 
 C'est  un  système  qui  a  besoin  d'être  revu  complètement  ou 
formalisé d'une autre manière. 

On relèvera au passage que la SNPE est obligée de maintenir son personnel pour
contrôler le travail effectué par les entreprises extérieures.
Aucun contrôle de ce type n’existait dans l’usine AZF appartenant au groupe TOTAL. Bien
au contraire. Cela est d’autant plus vrai en ce qui concerne les intérimaires pour lesquels, M.
FRIQUART remarque que « Les entreprises extérieures s'arrangent pour les faire passer pour des

employés de l'entreprise, avec l'accord des directions des entreprises. On touche là à un domaine qui frôle
l'illégalité ».
3°) 

Les intérimaires

• Caractéristiques essentielles de l’intérim 27 
Le Code du travail ne donne aucune définition du travail temporaire. Il définit
simplement l'entrepreneur de travail temporaire. Il s'agit de « toute personne physique
ou morale dont l'activité exclusive est de mettre à la disposition provisoire d'utilisateurs des
salariés qu'en fonction d'une qualification convenue elle embauche et rémunère à cet effet » (C.
trav., art. L. 124-1).
L’intérimaire est un salarié « hors sol » - Le contrat de travail temporaire liant
le salarié intérimaire à l'entreprise de travail temporaire doit également être écrit.
L'intérimaire est considéré comme salarié de l'entreprise de travail temporaire ;
aucun lien contractuel n'unit le travailleur temporaire à l'entreprise utilisatrice.
Limitations des cas de recours à l’intérim - Le contrat de travail temporaire ne
peut avoir ni pour objet ni pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à
l'activité normale et permanente de l'entreprise utilisatrice (C. trav., art. L. 124-2).
Un utilisateur ne peut donc faire appel à des salariés intérimaires que pour
l'exécution d'une tâche précise et temporaire dénommée « mission » et seulement
dans les cas énumérés à l'article L. 124-2-1. La méconnaissance des règles fixées
justifie la requalification du contrat de travail temporaire en contrat à durée
indéterminée. Ainsi en est-il lorsqu'un salarié intérimaire a été engagé, sans
discontinuer, par 27 contrats de mission temporaire, pour des durées et des périodes
de renouvellement identiques auprès du même utilisateur 28 .

27

28

Thierry TAURAN, Travail temporaire : éléments de jurisprudence, « Fiche pratique », La Semaine Juridique Social n°
15, 11 Avril 2007, 1237
Cass. soc., 13 déc. 2006, n° 05-44.580 : Juris-Data n° 2006-036475
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 96

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Les intérimaires ne sont ni électeurs, ni éligibles dans les entreprises
utilisatrices en vue de l'élection des représentants du personnel. Mais ils peuvent
confier aux délégués du personnel présents dans l'entreprise utilisatrice le soin
d'exposer leurs revendications. Les délégués du personnel peuvent consulter les
contrats de mise à disposition.
En ce qui concerne les accidents du travail, les salariés intérimaires relèvent
du régime général de la sécurité sociale. Afin de ne pas ignorer les risques spécifiques
à chaque entreprise utilisatrice, le coût des accidents du travail et des maladies
professionnelles est mis pour partie à la charge de l'utilisateur si, au moment de
l'accident, il est redevable des cotisations d'accidents du travail.
Le coût de l'accident du travail est partagé entre l'entreprise utilisatrice et
l'entreprise de travail temporaire (CSS, art. L. 241-5-1 ; art. R. 242-6-1).
• Un « turn‐over » important source d’une perte de mémoire 
Dans une note de service en date du 24 mai 1996, de Monsieur SAINT-PAUL,
directeur de l’usine GRANDE PAROISSE, la politique du groupe GP/ATO à l’égard
des intérimaires est clairement affirmée :
« Je  réitère  ce  que  j’ai  déjà  dit :  je  ne  veux  pas  d’intérimaires 
qui  restent  trop  longtemps  (maxi  1  an  y  c  périodes  où  ils  ne 
sont pas là. 
Il  faut  donc  remplacer  les  intérimaires  en  place  au bout  d’un 
an, si on a encore besoin d’eux ». 

Cette rotation importante des intérimaires est source d’une perte de mémoire dans
l’entreprise, d’autant plus qu’ils ne sont pas plus formés que le personnel des
entreprises extérieures.
Ainsi, Monsieur DUBOIS, intérimaire CTRA (D1032) déclare :
« Le  21/09/2001,  nous  étions  huit  en  tout,  moi  compris,  à 
savoir  deux  employés  de  la  société  et  six  intérimaires,  moi 
compris.  En  fait  l'équipe  était  toujours  composée  en  majorité 
d'intérimaires » 

Monsieur DAUSSAC, Transporteur indépendant (D1066) :
« J'ai remarqué le changement d'intérimaires et la dégradation 
de  la  propreté  au  niveau  du  chargement.  Au  niveau  de  la 
sauterelle  (tapis  roulant),  l'ammonitrate  s'amoncelait  en 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 97

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

petites tas. Ceci était dû au fait que les sacs parfois se crevaient 
et se répandaient au sol ». 
 
« Je  crois  que  cela  était  dû  au  changement  de  personnel,  il  y 
avait  beaucoup  de  turn‐over  et  sur  une  équipe  de  5,  il  n'était 
pas rare qu'il y ait 3 nouvelles têtes lors de mes passages ». 

D 1953, Audition du 10/04/2002 de Monsieur Marc BLANC, employé GP :
"Je crois préciser que la plupart des sous‐traitants étaient très 
respectueux des normes de sécurité. 
 
Cependant,  il  est  bien  évident  que  lorsque  le  besoin  se  faisait  
sentir  de  façon  impérieuse  de  faire  venir  des  intérimaires,  la 
sélection et la formation de ceux‐ci n'étaient pas parfaites. 
 
Parfois,  ils  arrivaient  de  l'extérieur  sans  avoir  été  avisés  des 
normes de sécurité et du danger existant. 
 
Il nous est arrivé d'être obligé de leur expliquer la différence de 
danger entre les couleurs de tuyaux ». 

• Les intérimaires « maillon faible de la sous‐traitance » 
Devant la commission d’enquête parlementaire (t. 2, p. 270), M. GAUBERT
développe l’idée que les intérimaires sont le « maillon faible de la sous-traitance ».
B.

COMMENT FAIRE BAISSER LE NOMBRE D’ACCIDENTS DU TRAVAIL ?

Dans des entretiens avec les représentants syndicaux des différentes usines du Pôle
chimique Sud de Toulouse, M. Patrick CHASKIEL 29 relève une diminution très importante du
nombre d’accidents mortels dans les années 70 et inexistants dans les années 90. La cause
principale serait imputable à l’automatisation des systèmes de production. « En revanche, note-t-il
dans le même article, des accidents moins dramatiques se produisent périodiquement – intoxication,
incendiées, petites explosions par exemple – et font l’objet d’une critique syndicale virulente mais ponctuelle
des conditions de sécurité ».
A cet égard, les syndicats dénoncent une politique de non déclaration des
accidents impulsés par la direction.

29

Patrick CHASKIEL, Syndicalisme et risques industriels, Avant et après la catastrophe de l’usine AZF de Toulouse, Elsevier,
Sociologie du travail, 49 (2007), p. 184.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 98

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Dans une note de service du 20 septembre 2001 (D1819), M. BIECHLIN rappelle les
bons résultats de l'entreprise :
« Depuis  1998  jusqu'en  juin  2001,  nous  avons  eu  en  tout  trois 
accidents avec arrêt et très peu de presqu'accidents. 
 
En  particulier  nous  étions  à  23  mois  sans  accident  début  juin 
2001,  malgré  les  extensions  de  capacité  d'ammoniac,  urée, 
acide nitrique, mélamine et les productions record demandées 
à ACD (Atelier chlore) et à RF (Atelier résines‐formol) ». 

Ce chiffre s'est trouvé confirmé par la suite (D2459) :
« A  fin  septembre  2000,  le  site  de  Toulouse  a  effectivement 
atteint  le  critère  fixé  par  ATOFINA  pour  l'attribution  du 
"Jupiter d'argent", soit 800 000 heures de travail sans accident 
de travail avec arrêt concernant le personnel organique ». 

Une telle statistique ne semble pas refléter la réalité.
Deux facteurs viennent modifier cette présentation idyllique :
1.

ces chiffres ne tiennent pas compte des accidents survenus à des sous-traitants.

2.

il existait des incitations financières venant contribuer à améliorer les statistiques.
Ainsi, M. TINELLI (D2515) fait état d'une prime annuelle en février de 1000
francs (150 €) délivrée individuellement si le salarié n'a pas déclaré d'accident de
travail dans l'année. Un tel état de fait se trouve confirmé par M. Christian
FUENTES (D2509).
Cette prime présentée comme une incitation forte aux salariés pour ne pas se
blesser peut dans la pratique se révéler être une incitation à ne pas déclarer
leurs accidents du travail éventuels.
Quelques témoignages s'avèrent troublants quant à une telle éventualité :
-

D 1714, Audition du 22 octobre 2001 de Monsieur David TAFILET,
calorifugeur AQUITAINE ISOL :
« J'étais  en  compagnie  de  mes  collègues  VIDAL  Raoul  et 
FAGANELLEO Sébastien, on avait commencé à décalorifuger la 
"Iuwa"  par  le  haut  et  en  voulant  enlever  la  laine  de  verre, 
devenue  compacte,  il  y  avait  à  l'intérieur  du  nitrate  liquide,  à 
une  très  haute  température  qui  nous  a  provoqué  des  brûlures 
cutanées et pulmonaires. 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 99

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Nous  nous  sommes  rendus  à  l'infirmerie  pour  recevoir  des 
soins. 
 
Notre  démarche  a  été  très  mal  interprétée  et  notre  hiérarchie 
nous a ordonné de quitter le site immédiatement. 
 
J'ai  bien  compris  qu'il  était  strictement  interdit  de  faire 
référence  à  un  accident  ou  de  se  faire  soigner  à  l'infirmerie 
d'AZF en spécifiant que les faits s'étaient déroulés sur le site.  
 
Après  les  remontrances  de  notre  hiérarchie,  nous  avons  été 
envoyés sur un autre chantier. 
 
Je  pense  personnellement  qu'il  n'existait  pas  un  réel  effort 
destiné à faire que le site soit sécurisé ». 

-

D 1047 – Audition du 3 octobre 2001 de Monsieur Frédéric JUBE,
intérimaire CTRA :
« En ce qui concerne les interventions mêmes, j'avoue que des 
fois je ne me sentais pas en sécurité essentiellement pour deux 
raisons : 
 
Premièrement  il  m'est  arrivé  de  remplacer  certaines  pièces 
dans lesquelles des produits étaient présents.  
 
Deuxièmement,  nous  n'étions  pas  informés  des  dangers 
potentiels des dangers où nous allions. Dans certains endroits, 
le  masque  et  l'équipement  étaient  obligatoires  (Secteur  Sud 
Chlore)  et  dans  d'autres  ils  étaient  conseillés  mais  on  nous  le 
disait  pas  dans  le  Secteur  Nord  notamment  on  était  très  peu 
informé des risques éventuels. 
 
En  plus,  beaucoup  de  réparations  de  barrières  ou  d'escalier 
ressemblaient plus à du rafistolage qu'à de la réparation.  
 
L'usine  était  ancienne.  Je  ne  me  suis  pas  senti  en  sécurité  et 
c'est  pour  cela  que  j'ai  voulu  quitter  le  site  malgré  un  travail 
intéressant. 
 
Une  fois,  une  canalisation  d'eau  a  explosé  dans  le  bâtiment 
chlore  alors  que  je  faisais  une  intervention,  on  ne  m'avait  pas 
équipé  de  masque  et  j'ai  respiré  un  peu  de  gaz  issu  d'un 
mélange d'eau et de poussière de chlore. Lorsque mon chef, M. 
PECOYOU  est  arrivé,  je  ne  me  suis  pas  senti  soutenu  ou 
conseillé sur la marche à suivre, il m'a seulement dit de rentrer 
chez  moi.  Je  ne  savais  pas  si  ce  que  j'avais  respiré  était 
dangereux  ou  pas.  J'ai  eu  le  sentiment  que  les  intérimaires 
employés à la maintenance ressemblaient un peu à de la chair 
à canon.  
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 100

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Comme  je  l'ai  dit  tout  à  l'heure,  on  allait  sur  des  sites  sans 
protection et sans être au courant des risques. Les anciens nous 
disaient simplement "Tu peux aller là sans masque, cela ne pue 
pas trop". Ce système de fonctionnement ne m'a pas plu et j'ai 
préféré quitter le site. J'ai eu peur pour ma santé ». 

§ 2 – Rôle des syndicats
D’après l’inspection du travail (D2258), les institutions représentatives (DP, CE,
CHSCT) qui existent peuvent habituellement remplir leurs missions. Les syndicats CGT,
CFDT, CGC et FO sont présents dans l’entreprise. « Habituellement le climat social est vivant ».
Le principal souci des syndicats est de résister à la politique de maximisation des profits
et d’économie sur la sécurité.
La maximisation des profits se traduit par :
-

L'automatisation croissante,
Les extensions de capacité d'ammoniac, urée, acide nitrique, mélamine et
Les productions record demandées à ACD (Atelier chlore) et à RF (Atelier
résines-formol)

La politique d’économie sur la sécurité se traduit notamment par :

I. 

-

L'externalisation des activités « connexes » (manutention, transport, emballage,
nettoyage, maintenance, entretien, réparation) par des entreprises à demeure ;

-

La multiplication des polyvalences des salariés sur des tâches mettant en cause le
maintien de la sécurité sur le site (par exemple, électricien-pompier).

LA SITUATION PARADOXALE DES SYNDICATS SUR UN SITE INDUSTRIEL 

Nombreuses sont les analyses sociologiques qui démontrent que le « syndicalisme est
traversé, sinon par une contradiction au moins par une tension entre son double rôle de partenaire social
institutionnel et de façonnage des valeurs sociétales » 30 .
Pour faire simple, les syndicats ouvriers sont plutôt productivistes et ont mis longtemps
pour intégrer le respect de l’environnement dans leur analyse, sinon dans leur revendication. En
revanche, de tout temps, les syndicats ont cherché à faire progresser la sécurité interne des sites
industriels afin de protéger les salariés.

30

HIMAN 2001.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 101

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Il s’est ainsi développé une dissociation entre l’intérieur et l’extérieur. Souvent, les
ouvriers, qui se battaient pour la survie de leur usine, avaient l’impression d’être mal compris
par l’extérieur.
Ainsi, « la mise en cause croissante des risques majeurs engendrés par ces usines, pousse le
syndicalisme à défendre la viabilité des emplois en se portant garant de la fiabilité des installations » 31 .
C’est la théorie du « contrôle ouvrier » qui a prévalu jusqu’au milieu des années 80.
Certains auteurs considèrent que cette professionnalisation des pratiques en matière de
sécurité a « enfermé » les organisations syndicales au sein des usines.
En conséquence, la faible prise en compte des questions environnementales a eu pour
effet d’amplifier cette tendance après la catastrophe au point de conclure : « le syndicalisme s’est
séparé des structures civiques associatives qu’elles soient environnementalistes ou de quartiers ».
Mais, pour l’auteur, ce défaut de communication n’est pas univoque et il est même
largement partagé par « des associations qui n’ont pas cherché à nouer des contacts avec les syndicats ».
Il est vrai que la politique de « laver son linge sale en famille » est ancienne et elle se
traduisait dans le passé par une défiance à l’égard des structures de contrôles. Monsieur Patrick
CHASKIEL relève-t-il que :
« l’annonce  par  la  direction,  prévenue  à  l’avance,  d’une 
inspection  de  la  DRIRE  entraîne  un  resserrement  des  rangs 
autour  des  installations  et  la  politique  ponctuellement 
ordonnée  de  réduction  des  rejets  ou  de  remise  en  ordre  des 
ateliers  est  sinon  acceptée,  du  moins  tolérée  par  les 
syndicalistes ». 

L’opposition entre le monde extérieur et les syndicats de salariés n’a jamais été aussi
franche qu’à l’automne 2001, au moment où se posait la question de la réouverture du site
industriel AZF et M. CHASKIEL de conclure en ces termes : « Le syndicalisme est placé dans une
situation paradoxale : une critique publique des « insuffisances » de la politique patronale dans le domaine
de la sécurité industrielle peut alimenter la mise en cause des usines à risques ».
Il convient de prendre acte de cette situation paradoxale pour apprécier le
comportement des syndicalistes locaux.
C’est, sans méconnaitre des liens noués par les syndicats avec les industriels ou avec le
groupe TOTAL FINA ELF, qu’il faut comprendre le positionnement des salariés directs de
GRANDE PAROISSE.

31

Patrick CHASKIEL, p. 182
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 102

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Toutefois, nous ne sommes pas là pour polémiquer en raison d’une différence
d’appréciation sur l’après explosion.
En revanche, les éléments objectifs du dossier ont révélé qu’avant l’explosion du 21
septembre 2001, les syndicats du site de Toulouse se plaignaient de voir la sécurité
sacrifiée sur l’autel de la rentabilité, notamment après le rachat du groupe ELF par la S.A.
TOTAL FINA (1999).
II. 

LE CHSCT 

A.

IMPORTANCE DU CHSCT

1°) 

Rappel du rôle du CHSCT 

• Principales missions  
L’article L 4612-1 du Nouveau code du travail définit les missions du comité
d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail a pour mission :
« 1°  De  contribuer  à  la  protection  de  la  santé  physique  et 
mentale et de la sécurité des travailleurs de l'établissement et 
de ceux mis à sa disposition par une entreprise extérieure 
 
« 2°  De  contribuer  à  l'amélioration  des  conditions  de  travail, 
notamment  en  vue  de  faciliter  l'accès  des  femmes  à  tous  les 
emplois et de répondre aux problèmes liés à la maternité ; 
 
« 3° De veiller à l'observation des prescriptions légales prises en 
ces matières. » 

A ce titre, le CHSCT procède à l'analyse des risques professionnels auxquels peuvent
être exposés les travailleurs de l'établissement ainsi qu'à l'analyse des conditions de
travail.
La loi ajoute que le CHSCT contribue à la promotion de la prévention des risques
professionnels dans l'établissement et suscite toute initiative qu'il estime utile dans
cette perspective.
La loi lui reconnait un droit d’inspection « à intervalles réguliers » et un droit
d’enquête « en matière d'accidents du travail ou de maladies professionnelles ou à caractère
professionnel ».

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 103

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

• Effectifs de l’entreprise : exclusions des travailleurs temporaires 
Dès lors qu'ils sont pris en compte dans l'effectif de l'entreprise utilisatrice, « les
travailleurs temporaires qui ne travaillent pas dans l'entreprise de travail temporaire sont
exclus de l'effectif de celle-ci pour la mise en place des CHSCT et pour la détermination du
nombre de représentants du personnel auxdits comités » 32 . Ils ne sont pas davantage
éligibles au CHSCT de l'entreprise de travail temporaire 33 .
2°) 

Conditions d’intervention du CHSCT sur le site de Toulouse 

Dans le rapport de l’Inspection du travail (D. 2258)

3°) 

-

Le CHSCT de l’usine de Toulouse se réunissait de manière régulière,

-

Toutefois, le CHSCT souffrait d’une réelle déficience : la faiblesse de la
représentation des cadres (ingénieurs) qui auraient pu donner une vision
d’ensemble des problèmes de production et/ou de sécurité,

-

Ainsi, il existait une asymétrie de l’information entre la direction de l’usine
qui, en lien permanent avec la société-mère, et les membres du CHSCT.

-

Si l’Inspection du travail relève la bonne volonté et le sérieux dans le
fonctionnement, elle n’en dénonce pas moins l’absence de cadre de travail et la
difficulté d’échanges et de relation avec la direction

-

La principale critique repose sur l’absence de contrôle des sous traitants ou de
relations avec les salariés exposés à des risques particuliers qui ont pourtant fait
l’objet d’une externalisation.

Quelques informations glanées au fil des CHSCT 

• CHSCT du 9 décembre 1992 
A partir du cas d’un salarié victime d’un accident de travail, les syndicats dénoncent
la politique menée depuis plusieurs années par laquelle la direction « invite » les
salariés à ne pas faire de déclaration d’accident. La direction se défend bien
mollement en prétextant que chaque salarié peut obtenir le triptyque « sur
demande ». Ce à quoi un syndicaliste réplique « vous incitez la personne à ne pas partir
en accident de travail afin de falsifier le taux de fréquence » (TF). La direction de l’usine
ne semble pas contester cette accusation en se limitant à constater que les accidents
en question sont de faible importance.

32
33

Cass. soc., 26 sept. 2002 : RJS 2003, n° 106. - Adde, Cass. soc., 17 nov. 1999 : RJS 2000, n° 127
Cass. soc., 6 déc. 2006 : RJS 2007, n° 505
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 104

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

• CHSCT du 23 décembre 1992 
Réunion du CHSCT après un accident de travail concernant un salarié d’une
entreprise extérieure dont le pronostic vital était engagé en raison de grosses lésions
du plancher de la voûte crânienne et de nombreuses lésions osseuses.
Un syndicaliste CFDT rappelle que « lors de la réunion avec les entreprises, il a été dit par
M. GELBER que pour toutes les personnes travaillant sur le site, l’accueil serait obligatoire ».
M. Saint-Paul ajoute « à ce jour, il n’y a pas de note d’application ». Il explique pourquoi
il a refusé que les représentants de l’entreprise extérieure se présentent devant le
CHSCT malgré la demande expresse des membres de ce dernier. Pour justifier sa
position, Monsieur SAINT PAUL précise « quand vous avez passé un contrat avec une
entreprise, vous êtes lié à cette entreprise ».
Interpellé par un membre du CHSCT qui lui demande si l’on ne peut pas suspendre
le contrat pour non respect des règles de sécurité qui s’imposent à l’entreprise
extérieure, le directeur de l’usine déclare « cela n’est pas simple, il vaut mieux faire
comprendre aux entreprises qu’elles doivent respecter un certain nombre de choses ».
• CHSCT du 16 septembre 1993 
La question de la « falsification » des taux de fréquence des accidents du travail
revient sur le devant de la scène en présence de Mme GRACIET, inspecteur du
travail.
Après un passage en revue de différents sujets, M. GELBER, responsable sécurité du
site, déclare : « c’est toujours le problème de sols des nitrates. Un nettoyage parfait est
impossible ».
A propos de la question anodine du secrétariat du CHSCT, Monsieur SAINT PAUL
déclare « je fais la chasse à tout type de gaspillage de quelque type que ce soit ».
La question du nettoyage des ateliers « Nitrates » revient encore à l’ordre du jour.
Monsieur SAINT PAUL traite le problème avec désinvolture. De même, la question
importante des étiquetages d’appareils et des fluides.
Monsieur FOUCAUD, responsable de la maintenance, syndicaliste CGC
(CONFEDERATION GENERALE DES CADRES) déclare que « l’organisation sur les nitrates
est structurée comme dans le reste de l’usine de manière à conjuguer Production-maintenanceSécurité-Environnement-Qualité. Je suis étonné par tant de choses liées à la maintenance qui ne
sont pas réglées au quotidien. ».
Au point XIV, l’intitulé ne manque pas d’interpeller le lecteur « N4A risque de
dépôts de nitrate et donc d’explosion ». Monsieur SAINT-PAUL explique que
l’adjonction de silicate constitue une technique « très classique » pour éviter les
explosions…
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 105

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

• CHSCT du 11 septembre 1996 
TF1 en baisse à 3,7 mais TF1 remontée à 82 après une baisse importante depuis 4
ans. Ce fait doit nous amener à réfléchir sur de nouvelles actions pour améliorer la
sécurité sur le site.
• Aucun procès‐verbal postérieur à 1999 ne semble disponible… 
Si ce n’est le PV du CHCST extraordinaire du 28 septembre 2001 qui tente
d’analyser « à chaud » l’explosion du 21 septembre 2001.
4°) 

Réserves sur l’influence réelle du CHSCT 

Dans le rapport d’enquête parlementaire, on peut lire des déclarations qui permettent de
mesurer la faible influence du CHCST dans la gestion du risque sur le site AZF.
p. 267, § 5 ‐ M. Jacques MIGNARD : « Il est exact que nous ne 
sommes  pas  suffisamment  consultés  au  niveau  des  nouveaux 
procédés  mis  en  œuvre,  des  études  de  risque  qui  sont 
élaborées.  
 
Dans  notre  maison,  l'habitude  voulait  que  les  obligations 
légales soient respectées, sans pour autant aller au‐delà. » 
 
p.  268,  §  2  –  M.  Georges  ARCIZET  :  « Lorsque  les  études  de 
danger  sont  faites,  nous  ne  sommes  pas  spécialement 
consultés  en  tant  qu'organisation,  mais  le  CHSCT  est  informé 
de ce qui se passe, notamment dans l'entreprise AZF. » 
 
p. 268, § 6 et 7 ‐ M. Jacques MIGNARD : « (…) il faut également 
dire  qu'il  y  ait  un  effort  de  formation  en  direction  du  CHSCT.  
(…) Au regard de tout ce que nous avons ces dernières années, 
c'est peut‐être au niveau  de la formation qu'il y a le plus  gros 
effort à faire, car nous ne sommes pas toujours en capacité de 
pouvoir  examiner,  en  toute  connaissance  de  cause,  le  texte 
qui nous est proposé ». 

En conclusion, on peut résumer la pratique sociale du groupe TOTAL de la manière
suivante : La direction de l’usine « informe » le CHCST mais ne le « consulte »
pas.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 106

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

B.

APRES L’EXPLOSION, LE CHSCT PRIVILEGIE LA PISTE DE L’ACTE DE
MALVEILLANCE, DANS UN PREMIER TEMPS

Dans un premier temps, le CHSCT confie au CIDECOS le soin d’auditer la situation de
l’usine afin de déterminer les causes probables de l’explosion.
Le rapport du CIDECOS (D 2859) relève les principaux manquements suivants
Le suivi et le contrôle du stockage étaient approximatifs. 
 
Les  quantités  stockées  étaient  évaluées  de  manière 
approximative.  
 
L'organisation du stockage était insuffisamment rigoureuse. 
 
Les conditions matérielles de stockage étaient déficientes. 
 
Le bâtiment présentait certaines non conformités au regard de 
l'arrêté préfectoral. 
 
D'une  manière  générale,  le  stockage  du  bâtiment  221/222 
n'avait pas fait l'objet d'une véritable analyse des risques.  

Malgré ces constats préoccupants, dans un premier temps, le CHSCT semble privilégier
la thèse de l’intervention extérieure (acte terroriste ou implication de l’usine voisine de la SNPE
dans une primo-explosion).
Sur le coup de l’émotion, le CHSCT souhaite protéger la mémoire des salariés qui furent
parmi les premières victimes de l’accident industriel.
C.

AU FINAL, LE CHSCT SE DECLARE CONVAINCU PAR LA PISTE DE
L’ACCIDENT CHIMIQUE INTERNE.

Il est particulièrement révélateur que les salariés associés à l’enquête interne et à
l’enquête judiciaire, dans un premier temps favorable à des explications extérieures des causes
de l’accident arrivent à conclure en juin 2007 dans les termes suivants :
En se constituant partie civile dès le 26 octobre 2001, le Comité 
d'Etablissement  de  Grande‐Paroisse  a  donné  à  des 
représentants  du  CE  et  de  la  Commission  d'Enquête  du  CHSCT 
la  possibilité  d'accéder  au  dossier  judiciaire.  La  lecture  de  ce 
dernier a permis d'une part, de confronter les travaux faits par 
le  CHSCT  à  ceux  des  différents  experts  et  d'autre  part,  de 
réfléchir  aux  conséquences  de  l'explosion  sur  l'environnement 
de l'usine. 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 107

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Le  rapport  final  du  CHSCT  de  GRANDE  PAROISSE  (AZF)  datant  du 
16  décembre  2003,  constatait  que  dans  la  recherche  de 
l'allumette aucune piste ne pouvait être fermée, et préconisait 
des  vérifications  électriques,  des  tests  sur  le  filtre  JF  302  N  et 
que les campagnes sismologiques soient menées à leur terme. 
 
Trois ans et demi après, des travaux ont été effectués par des 
experts  judiciaires  et  leur  rapport  final  confirme  la  piste 
chimique. A la lecture de ces expertises nous retenons que : 
 
- les  essais  sismiques  ont  bien  confirmé  à  10h17mn55sec,  un 
évènement  sismique  qui  correspond  à  l'explosion  du 
bâtiment 221 à GRANDE PAROISSE et non à la SNPE, 
- le  filtre  JF  302  N  en  haut  de  la  tour  de  granulation  a  été  le 
siège  d'une  explosion  de  faible  puissance  et  n'aurait  pas 
provoqué l'explosion du tas de nitrate d'ammonium, 
- tous  les  évènements  électriques  enregistrés  ont  été  datés  et 
sont postérieurs à l'heure de l'explosion, 
- certains témoignages n'ont pas été recoupés par les résultats 
des investigations. 
 
Les  recherches  sur  l'acte  volontaire  n'ont  abouti  à  aucun 
résultat.  Quand  bien  même  il  y  aurait  des  faiblesses  dans 
l'instruction menée dès les premières heures de la catastrophe 
(scène du crime non bouclée, manque d'enquêteurs spécialisés 
dans  les  catastrophes  industrielles,  imprécisions  sur  la 
localisation  exacte  des  personnes  décédées  au  moment  de 
l'explosion). 
 
Aujourd'hui, par élimination, l'hypothèse qui ne peut pas être 
écartée est celle de l'accident interne. 

IV. 

UN  CONFLIT  SYMPTOMATIQUE :  LA  DISPARITION  DES  POMPIERS  DU  SITE 
POUR DES RAISONS ECONOMIQUES 

L’ordonnance de renvoi devant le Tribunal correctionnel (p. 30) décrit la situation des
pompiers et précise leur effectif au mois de septembre 2001 :
 « un  chef  de  quart  pompier,  un  électricien  pompier  et  un 
surveillant  pompier  sont  postés  en  continu  en  5/8,  ce  qui 
représente un effectif théorique d’environ 20 personnes.  
 
Les surveillants affectés au poste de garde situé au niveau de la 
porte  A  assurent  le  contrôle  des  entrées  et  des  sorties  du 
personnel,  des  visiteurs  et  des  véhicule  qui  doivent  tous  être 
munis d’un badge d’accès. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 108

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

 Il  n’existe  pas  de  surveillance  particulière  des  bâtiments  de 
l’usine,  hormis  des  rondes  de  clôture  au  cours  desquelles  les 
agents ne pénètrent pas à l’intérieur des bâtiments ». 

Or, il convient de souligner que cette situation n’est que la résultante de nombreux
changements et d’adjonctions de fonctions de ces personnels.
En effet, comme le déclare Monsieur Jean-Jacques MAZET, ancien chef de quart
pompier au SIS d’AZF et désormais retraité, « dans les années 1970, nous étions un effectif de six
pompiers par quart de 12H00, ce qui fait 3 équipes de 6, soit une vingtaine de pompiers en comptabilisant
les chefs » (côte D 6126). Il précise ensuite qu’à « cette époque les pompiers exerçaient uniquement cette
fonction ».
Ainsi, Monsieur Jean-Jacques MAZET indique qu’il « existait un corps de gardes structuré qui
assurait pleinement les entrées-sorties et les surveillances du site ». Il évoque ainsi une trentaine de
personnes exerçant ces fonctions (côte D 6126).
Un premier constat s’impose, il était confié à 50 personnes, les missions que seules 20
personnes assuraient en septembre 2001.
Les missions de gardiennage-surveillance et celle de pompier étaient clairement
identifiées et séparées. Diminution du nombre, accumulation des fonctions, telles sont les
principaux constats qui ressortent de l’audition de M. MAZET :
« progressivement,  les  effectifs  ont  été  réduits  et  il  nous  [les 
pompiers]  a  été  attribué  des  fonctions  supplémentaires  ainsi 
qu’un régime de travail qui est passé du 2/12 au 3/8, ce qui est 
beaucoup plus astreignant ». 

Il est patent que la réorganisation du service SIS, l’attribution de missions
complémentaires entrainant de fait pour la réalisation de l’ensemble des missions confiées un
personnel plus réduit, les changements de rythmes et l’absence d’effectifs suffisant ont suscité de
nombreuses réserves des personnels relatives à la préservation des conditions de
sécurité et à la qualité des interventions.
A cet égard, il est à souligner qu’une réunion exceptionnelle du CHSCT de la société
GRANDE PAROISSE-ATO s’est tenue le 17 février 1994 lors de laquelle la réorganisation du
service SIS avec projet de rattachement des électriciens aux pompiers, a été évoquée et
lors de laquelle il a été expressément fait part de ces réserves.
Néanmoins, comme le souligne, en s’en offensant, Monsieur DAURIAC, membre du
CHSCT, lors de cette réunion, « pour des critères d’économie on va au détriment de la
sécurité des installations et du personnel ».

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 109

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Il ressort en effet parfaitement du compte rendu de cette réunion que ladite
réorganisation a pour objectif avoué de permettre d’améliorer la productivité du site et réaliser
des économies comme l’expose d’ailleurs clairement Monsieur SAINT-PAUL, Président du
CHSCT et Directeur de l’usine.
C’est dans ces conditions que la réorganisation se tiendra sans qu’il soit tenu compte des
observations et réserves des personnels.
Les personnels n’ayant pas été entendu et les difficultés pratiques liées à cette
réorganisation ne tardent pas à engendrer un conflit social entre la direction de l’usine et les
personnels notamment dans le courant de l’année 1995.
Au-delà, Monsieur Jean-Jacques MAZET, lors de son audition du 27 mai 2005 (côte D
6126), faisant état des fonctions supplémentaires assignées aux pompiers et de la composition
des nouvelles équipes avec un électricien de métier devant exercer également les fonctions de
pompier et garde, précise « en 1998, cette situation m’avait parue intenable. Il ne m’apparaissait plus
possible d’assumer correctement ces trois fonctions avec de plus, des effectifs réduits ».
C’est dans ces circonstances que les Sapeurs Pompiers de l’usine AZF ont décidé
d’adressé sous la signature de Monsieur MAZET, le 3 février 1998, à Madame Martine AUBRY,
Ministre de l’Emploi et de la Solidarité une correspondance pour la saisir de ces difficultés.
S’il est constant que le Chef de Cabinet du Ministre de l’Emploi et de la Solidarité a saisi
le Préfet du Département de Haute-Garonne de la situation afin qu’il le signale aux services
locaux compétents, il n’est reste pas moins que la situation s’est maintenue jusqu’en 2001 où
« les effectifs avaient été réduits à cinq équipes de trois pompiers » comme le souligne Monsieur
MAZET lors de son audition du 27 mai 2005 (côte D 6126).
Ce dossier démontre que la gestion de la sécurité est subordonnée depuis de nombreuses
années à l’impératif de rentabilité. La pression exercée par la direction de l’usine n’était que le
reflet d’une politique générale d’économie en matière de sécurité imposée par la société mère.
Ce qui était vrai au temps de la domination d’ELF le sera d’autant dans le cadre de la
gestion organisée du groupe TOTAL. En effet, après le rachat coup sur coup de FINA (1998)
puis d’ELF (1999), TOTAL doit réaliser plusieurs milliards d’économies.
Dès lors, la pression exercée par la société mère sur les directeurs d’usine sera d’autant
plus forte : augmenter toujours la production, réduire encore les coûts liés à la sécurité.
Cette politique se matérialise avec une particulière acuité en ce qui concerne le recours à
la sous-traitance dans le cadre de la stratégie d’externalisation des coûts et des risques
décidées et imposées par la société-mère.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 110

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SECTION 4 
LES SOUS‐TRAITANTS 
§ 1. Généralités relatives à la sous-traitance
La sous-traitance est une notion protéiforme, dont les contours diffèrent sensiblement
d’un secteur d’activité à un autre. Il est également difficile d’en donner une définition qui
distinguerait le juridique de l’économique.
I. 

DEFINITION(S) : « SOUS‐TRAITANTS » OU « ENTREPRISES EXTERIEURES » 

A.

LES DEFINITIONS OFFERTES PAR LA LEGISLATION FRANÇAISE

La loi n°75-1334 relative à la sous-traitance donne en son article premier la définition
suivante :
« La sous‐traitance est l'opération par laquelle un entrepreneur 
confie par un sous‐traité et sous sa responsabilité, à une autre 
personne appelée sous‐traitant l'exécution de tout ou partie du 
contrat  d'entreprise  ou  d'une  partie  du  marché  public  conclu 
avec le maître de l'ouvrage ».  

Cette loi concerne la sous-traitance en matière de « marchés », c'est-à-dire de contrats
d’entreprise, essentiellement de construction ; elle est difficilement applicable à tous les
domaines industriels.
Il ne semble pas exister d’autre définition légale de la sous-traitance.
Il est d’ailleurs à noter que le décret n°92-158 du 20 février 19 92 en matière de
prescriptions d’hygiène et de sécurité ne fait pas référence à la sous-traitance mais à
« l’intervention d’entreprises extérieures », ce qui permet d’élargir considérablement les
obligations de sécurité.
Le Code du Travail quant à lui fait quelques références aux « sous-traitants » sans en
définir la notion.
C’est donc vers les études de groupes de travail ou des autorités administratives qu’il
convient de se tourner.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 111

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

B.
LES DEFINITIONS DONNEES PAR LES AUTORITES/ GROUPES DE
TRAVAIL : LA RECONNAISSANCE DE L’ETAT DE DOMINATION DE
L’ENTREPRISE EXTERIEURE
La définition de la sous-traitance industrielle la plus répandue est celle donnée par
l’AFNOR. Cette dernière qualifie ainsi :
« les  opérations  concernant  pour  un  cycle  de  production 
déterminé,  à  l’une  ou  plusieurs  des  opérations  de  conception, 
d’élaboration,  de  fabrication,  de  mise  en  œuvre  de 
maintenance  du  produit  en  cause,  dont  une  entreprise  dite 
donneur  d’ordre,  confie  la  réalisation  à  une  entreprise  dite 
sous‐traitant  ou  preneur  d’ordre,  tenue  de  se  conformer 
exactement aux directives ou spécifications techniques arrêtées 
en dernier ressort par le donneur d’ordre ». 

Cette définition pose comme principe que le donneur d’ordres garde en dernier
ressort la responsabilité technique et commerciale des produits ou composants 34 .
Il faut donc distinguer les sous-traitants des équipementiers qui eux, sont en principe
responsables commercialement et techniquement de leurs produits.
Tous les spécialistes de la sous-traitance sont d’accord sur un point : cette technique
juridique crée un rapport de domination de l’entreprise extérieure à l’égard de l’entreprise
donneuse d’ordre qui recourt à cette technique principalement pour des raisons économiques.
Ainsi, C. ALTERSOHN 35 , spécialiste de la sous-traitance au Ministère de l'industrie, la
définit ainsi :
« il  s'agit  toujours  d'une  pratique  qui  permet  à  un  agent 
économique  de  se  décharger  sur  un  autre  de  tâches  qui  lui 
incombent juridiquement au titre d'obligations souscrites dans 
le cadre de sa propre activité » (p.16).  

Comme le souligne M. ALTERSOHN, la sous-traitance est basée sur des
« rapports de domination liés à la nature même de la relation 
de sous‐traitance, formée à la suite de choix entre faire et faire‐
faire qui sont souvent aléatoires » (p19). 

34
35

Enquête SESSI (Service des études et des statistiques industrielles, La sous-traitance dans l’industrie, n°117 août 1999.
C. ALTERSHON, De la sous-traitance au partenariat industriel, L’harmattan, Paris.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 112

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Dans une étude juridique concernant la « sous-traitance et les relations salariales » à propos
de deux secteurs industriels très différents (l'aérospatiale et le textile-habillement), Madame le
Conseiller Marie-Laure MORIN 36 montre que « l'asymétrie des relations entre donneurs d'ordre et
sous-traitants » s'exprime à deux niveaux :
-

Le premier niveau concerne le rapport économique dans lequel
les premiers mettent en concurrence les seconds dans le cadre
d'appels d'offre sans cesse renouvelés et qui consacrent une logique du
"moins-disant" (c'est-à-dire le sous-traitant le moins cher). Pour
éviter cependant une dégradation de la qualité requise des prestations, cette
logique purement marchande comporte aujourd'hui une contrainte qui
intervient comme instrument de sélection préalable, à savoir, pour toute
entreprise souhaitant concourir lors des appels d'offre, l'obligation d'avoir
adopté la "démarche qualité" et acquis la certification aux normes AFNOR
(ISO 9000).

-

En second lieu, interviennent des formes diversifiées de « sujétion
technique » qui imposent aux sous-traitants les exigences du donneur
d'ordre en matière de procédés techniques, qualité, délais et "partage des
risques". Il s'agit, en réalité, d'un transfert de risques vers les sous-traitants.
M. L. Morin montre en effet que « le risque de l'emploi devient l'affaire des soustraitants ». En d'autres termes, les donneurs ne s'estiment pas
responsables des problèmes d'emploi qui peuvent apparaître chez
leurs sous-traitants du fait des fluctuations de leur propre
activité. Ainsi, « le recours aux emplois temporaires ou aux prêts de main-d'œuvre
devient, pour les entreprises sous-traitantes, la seule stratégie possible pour faire face à
ces fluctuations sans mettre en péril leur survie économique et leur compétitivité face
aux autres sous-traitants » 37 .

Dans son étude, M.-L. Morin montre également comment la différenciation des niveaux
de salaire et des conventions collectives joue un rôle important dans l'essor du recours à la soustraitance, car elle permet, pou les donneurs d'ordre, un abaissement du coût du travail
sans que ce dernier ait dû être négocié avec les organisations syndicales dans leurs propres
établissements. C’est donc bien pour des raisons économiques qu’un groupe comme TOTAL
maintient le recours à la sous-traitance pour les activités qui ne sont pas dans son « core
business ».

36

37

Marie-Laure MORIN, La sous-traitance et les relations salariales, Rapport de recherche pour le Commissariat général
au plan, CEJEE, Toulouse, 1994.
Annie THEBAUD-MONY, L’industrie nucléaire : sous-traitance et servitudes, Editions Médicales & scientifiques
INSERM. Annie THEBAUD-MONY est sociologue, directrice de recherches à l'Institut national de la santé et de la
recherche médicale (Inserm), spécialiste des questions de santé au travail. Elle dirige le Groupement d'intérêt
scientifique sur les cancers professionnels (GISCOP 93) à l'université ParisCatastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 113

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Comme l’a déjà démontré B. RETTENBACH dès 1978, dans son ouvrage sur la
transformation des rapports entre emploi et droit du travail liée aux restructurations des
entreprises 38 , le recours systématique, délibéré, réfléchi et organisé à la sous-traitance participe
au démantèlement de fait des relations contractuelles – dans le cadre d'activités sous-traitées –
entre celui qui prescrit le travail et ceux qui l'exécutent.
Ce démantèlement divise aussi l'espace de compétence des représentants syndicaux – des
différentes entreprises -, même si les travailleurs salariés de ces entreprises participent tous au
même processus de production dont l'organisation du travail est déterminée par le donneur
d'ordre.
Les employeurs sous-traitants sont, pour leur part, prisonniers d'une double
contradiction :
-

l'une les oblige à gérer dans des délais de plus en plus étroits et à des prix de
plus en plus bas les exigences techniques et de qualité constamment
renforcées posées par les donneurs d'ordre ;

-

l'autre met en opposition l'ensemble des contraintes imposées par les
donneurs d'ordre et les conditions de travail, d'emploi et de rémunération de
leurs salariés.

Comme l’a démontré M. -L. Morin, le droit du travail n'a pas de prise sur ces rapports
de domination qu'instaurent les relations de sous-traitance. En effet, ils s'exercent non pas entre
un employeur et des salariés dans le cadre d'une relation contractuelle assortie de garanties, mais
dans un assujettissement total des salariés des entreprises sous-traitantes au jeu de la
concurrence, dans le cadre d'une relation marchande "client-fournisseur".
La sous-traitance d'un certain nombre de fonctions représente donc une organisation
sociale du travail qui permet aux entreprises donneuses d'ordre
-

de diminuer artificiellement la masse salariale (donc le coût affiché du
travail),

-

de s'affranchir du carcan de la relation salariale stable en s'appuyant
exclusivement sur la souplesse et les rapports de pouvoir des relations clientfournisseur.

Ceci permet à ces entreprises de transférer à d'autres acteurs la charge
financière et organisationnelle de la gestion des périodes non travaillées, de la formation, de la
sécurité et de la protection sociale (chômage, santé, vieillesse).

38

B. Rettenbach, Droit du travail et restructuration productives : les nouveaux contrats de travail, La documentation française,
1978.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 114

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Ceci leur permet également de déléguer à d'autres entreprises l'application pratique de
leurs exigences et des impératifs humains et organisationnels qu'elles supposent, en termes de
conditions d'emploi et de travail, de contraintes de temps, de productivité, sans avoir à en
supporter les conséquences, non seulement financières mais sociales, à savoir la négociation de
ces impératifs dans le cadre des institutions représentatives.
II. 

POURQUOI RECOURIR A LA SOUS‐TRAITANCE ? 

En France, en 1999 selon l’ADEME, le traitement des déchets industriels non dangereux
(DNIND) a été assuré pour 31 % par les entreprises qui les produisent, pour 63 % par des
prestataires privés et par 6 % par des collectivités locales 39 .
Ce qui permet à certains sociologues 40 de conclure :
« Nous assistons à une déstructuration du droit du travail. Les 
contraintes  qu’imposent  les  donneurs  d’ordre  sur  les  sous‐
traitants  rendent  difficiles  l’établissement  de  plans  de 
prévention.  Ce  sont  ces  contradictions  qui  génèrent  les 
accidents.  Je  suis  favorable  à  la  responsabilité  civile  et  pénale 
des  donneurs  d’ordre  à  l’égard  des  sous‐traitants  qui 
interviennent chez eux ». 

III. 

QUI DECIDE DE RECOURIR A LA SOUS‐TRAITANCE ? 

Le recours à la sous-traitance fait partie d’une politique décidée au plus haut niveau :
c’est la direction générale 41 qui préconise cette technique de gestion auprès des directeurs
d’usine.
Dans un groupe, la décision de recourir à une politique d’externalisation est prise par les
organes de direction du groupe 42 (pour le groupe TOTAL, il s’agit du COMEX ou du CODIR)
et est imposée en cascade dans les différentes sociétés composant le groupe.

39

40
41
42

Gérard, BERTOLINI, Le marché des déchets : structures et acteurs, croissance, concentration et recompositions, Annales des
Mines, n° 45, janvier 2007, p. 99 et s.
Annie THEBAUD-MONY, Travailler peut nuire gravement à la santé, La Découverte, 2008
B. QUELIN du groupe HEC et J. BARTHELEMY du groupe ESC, gestion des risques www.lesechos.fr
Rapport final Observatoire des Stratégies Industrielles – Mission Prospective – Ministère de l’économie et des
finances ; « Également connue sous les vocables anglais d’outsourcing ou de facility management, l’externalisation consiste, pour
une entreprise, à confier à un tiers, pendant une durée assez longue, la gestion et l’opération d’une ou plusieurs activités
nécessaires à son fonctionnement. Ces activités sont décrites en termes de résultats attendus, et la caractéristique essentielle d’une
opération d’externalisation est que le tiers est le seul responsable des moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés. À
titre d’exemple, les secteurs fréquemment externalisés sont la paye, les centres d’appel, la logistique, la gestion des commandes, la
facturation, la gestion administrative du personnel, la gestion du parc bureautique, etc. »
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 115

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IV. 

RISQUES IDENTIFIES LIES AU RECOURS A LA SOUS‐TRAITANCE 

Le secteur de la sous-traitance est considéré comme plus « accidentogène » que celui du
bâtiment 43 .
Selon une étude de l’AFIM (Association Française des Ingénieures et responsables de
Maintenance et après une analyse statistique, il apparaît que le taux de fréquence des accidents
dans les activités de maintenance est quasiment le double de la moyenne constatée par la CNAM
(Caisse Nationale d’Assurance Maladie) :

Le taux d’occurrence des maladies professionnelles est 10 fois supérieur à la
moyenne nationale ;

Le taux de mortalité est 0,18 pour 1000 (environ 120 décès par an) pour les salariés
de la maintenance contre 0,14 pour le BTP ;

L’occurrence de mortalité est 9 fois plus élevée que dans l’industrie ;

Le taux de fréquence des accidents de travail des techniciens de maintenance qui
interviennent comme sous-traitants dans une usine pourra être jusqu’à sept fois
supérieur à celui des salariés permanents du site de production. Ainsi, M. Claude
PICHOT, président de l’AFIM estime-t-il qu’il « existe des usines dangereuses qui
n’apparaissent pas comme telles puisque les donneurs d’ordre revendiquent un très faible taux
d’accident … parmi les salariés ».

Parmi les risques identifiés liés au recours systématique à des entreprises extérieures
pour réaliser des économies, on peut citer :

43

44
45

« Le désengagement du donneur d'ordre, la méconnaissance des réalités qu'elle induit, le défaut
d'intérêt commun générateur de conflictualité que l'on a pu constater ne sont pas des
phénomènes particuliers, ils sont en réalité inhérents à cette forme spécifique de division du
travail qu'est la relation de sous-traitance »44

le mauvais management de l'activité externalisée, le manque d'expérience du
prestataire, l'absence d'apprentissage organisationnel, la perte de savoir. 45

Rodolphe HEDERLE, Maintenance : la sous-traitance paye le prix du danger, Novethic, 20 avril 2007
« Sécurité et sous-traitance » mémoire de H. Ben Brahim et S. Michelin de l'Ecole des Mines de Paris
Manuel « stratégie de l'externalisation » Jérôme Barthélémy
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 116

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§ 2 - La sous-traitance sur le site AZF
I. 

LA MULTIPLICATION D’ACTEURS… 

A.

GENERALITES SUR LA SOUS-TRAITANCE SUR LE SITE AZF

Sur les 600 personnes travaillant sur le site AZF, plus du tiers étaient des sous-traitants
ou des intérimaires. M. Jacques MIGNARD, syndicaliste et chargé de la sécurité résume les
enseignements à tirer de sa douloureuse expérience 46 :
Nous avons un certain nombre de propositions à faire.  
 
D'abord,  au  niveau  de  la  sous‐traitance,  il  faudrait  en  limiter 
l'utilisation dans la mesure où quelque part, c'est une remise 
en cause de la sécurité.  
 
QUAND  LES  IMPERATIFS  ECONOMIQUES  PREVALENT  SUR  LA 
SECURITE, C'EST INACCEPTABLE.  
 
Il  faut  que  la  réglementation  oblige  l'industriel  à  respecter  un 
certain  nombre  de  choses.  Il  y  a  donc  une  obligation  à  ce 
niveau‐là. 

Nous n’étudierons pas les différents secteurs affectés par la sous-traitance et nous nous
bornerons à étudier le cas particulier de la gestion des déchets, secteur pour lequel la
prolifération des intervenants n’a d’égal que leur absence de coordination ou de surveillance.
B.

(3+1) ACTEURS POUR TRAITER LES DECHETS

1°) 

SURCA 

Il résulte des déclarations de M. Thierry CLEMENT (D 2796) que la société SURCA
avait signé deux contrats.
• Premier contrat, Gestion des DIB (déchets industriels banals) 
SURCA assure le tri, le transport, les transfèrements des déchets industriels banals DIB- (bois, palettes, carton, ferrailles, papiers) mis dans des bennes blanches,
revalorisables pour les vendre.

46

Commission d’enquête parlementaire, t.2, p. 273.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 117

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Dans le cadre du même contrat, la société SURCA est également chargée, à l'atelier
de 335 (dit atelier mélamine) :

de gérer les résidus de MELEM provenant du bâtiment mélamine : le salarié
surveille le niveau de remplissage de la benne placée à l'atelier mélamine ;
lorsque la benne est pleine, le salarié de SURCA prévient l'entreprise de
transport chargée à sa demande, du transport de cette benne à l'atelier
« demi-grand ». Il s'agit de l'entreprise VEGEZZY qui est également chargée,
à la demande de la société SURCA, de transvaser le melem dans des bennes
de petite taille ; ce produit reste à l'intérieur du bâtiment demi-grand jusqu'à
ce que la Société SURCA décide de transporter ce produit aux Ciments
LAFARGE qui l'utilisent ;
de surveiller l'état de remplissage de la benne blanche (appartenant à sa
société) et placée à la mélamine et dans laquelle sont mises les « fines
d'ensachage » de mélamine et les produits provenant des GRVS crevés ; le
salarié est ensuite chargé d'amener ce produit au bâtiment dit de 'l'eau
lourde" (bâtiment 430).
De récupérer dans des bennes bleues situées aux aires I0 et I8 – lorsqu'elles
sont pleines – des sacs plastiques, en vue de leur recyclage et de leur
transport au bâtiment dit du "demi-grand" où ils sont entreposés en vrac au
sol.
¾ « L’objectif de ce contrat pour la société GRANDE PAROISSE était que la
société SURCA trouve la meilleure filière d’élimination de leurs déchets »,
c'est-à-dire « au coût le plus faible »

• Deuxième contrat – Gestion des DIS (Déchets industriels spéciaux) 
SURCA devait procéder, aux termes d’un deuxième contrat, à la récupération et au
vidage des bennes d’ammonitrate d’un point à un autre. Pour mener à bien cette
mission, SURCA avait équipé l’atelier nitrate de deux bennes oranges de nitrates
devant accueillir les produits déclassés de ces bennes.
• Troisième  « contrat »  implicite  et/ou  en  cours  de  négociation :  la 
récupération des sacs usagés 
Selon le rapport de l'Inspection du travail (D2258) :
« le contrat de SURCA prévoit le ramassage de sacs plastiques 
récupérés  dans  les  bennes  placées  aux  aires  I0  (nitrates)  et  I8 
(urée). 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 118

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Une  extension  du  contrat  entre  GP  et  SURCA  portant  sur  la 
récupération  des  sacs  aurait  été  conclue  tacitement  entre 
Monsieur  LEDOUSSAL  (responsable  environnement  à  GP)  et  la 
direction du SURCA mais n'a pas été formalisée dans le contrat 
;  c'est  ce  qu'ont  indiqué  Monsieur  FAURE  (salarié  SURCA 
occupé  sur  le  site)  et  Monsieur  ISSANDOU  (qui  fait  partie  de 
l'encadrement  de  SURCA)  lors  des  entretiens  que  nous  avons 
eus avec eux. Monsieur NORAY (agent de maîtrise des services 
généraux  à  GP)  d'une  part,  Monsieur  BIECHLIN  et  Monsieur 
PETRIKOWSKI (respectivement le directeur et le responsable de 
la maintenance de GP) d'autre part, m'ont indiqué le 4 janvier 
2002, ne pas être au courant. 
 
Monsieur  FAURE  dans  ce  cadre  a  été  chargé  depuis  quelques 
mois (avril 2001), outre la récupération des sacs vides aux aires 
I0 et I8 qu'il réalisait déjà, de récupérer les sacs vides sur tout le 
site. 
 
Des  bennes  de  couleur  sont  donc  installées  sur  les  différentes 
aires de l'usine et servent à récupérer les sacs plastiques vides ; 
lorsque les bennes sont pleines, Monsieur FAURE les ramène au 
bâtiment dit du demi‐grand et les vide du côté du bâtiment par 
rapport au mur d'entrée ; les sacs sont ainsi déposés par terre 
en vrac ». 

Monsieur CLEMENT (D2268) confirme le caractère implicite de cette extension.
Ainsi, un même salarié (M. Gilles FAURE) était chargé de la gestion des DIB et des DIS
de l’usine et du traitement d’un produit chimique. M. Gilles FAURE, simple conducteur de
poids lourds, n’a reçu aucune formation en chimie.
M. Thierry CLEMENT reconnaît que la gestion du hangar 221 était négligeable pour le
salarié car cela ne l’occupait que 15 à 30 minutes par jour.
La mission du salarié de SURCA était mécanique : si une benne orange était remplie,
il devait l’emmener, la peser et la vider dans le bâtiment 221. Ensuite, il devait remettre la
benne orange en place
A l’intérieur du hangar 221, le salarié SURCA devait s’arrêter au sas (cf. plan) mais il ne
devait « jamais entrer dans le bâtiment principal » du 221.
M. Thierry CLEMENT relève que le salarié de SURCA « n’était contrôlé par
personne. Il était libre d’entrer et de sortir les bennes employées à cet effet et de couleur orange ».
Pour ce sous-traitant, il n’existait aucune consigne particulière de sécurité de la part de
la société GRANDE PAROISSE concernant le hangar 221.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 119

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2°) 

TMG 

Cette entreprise est chargée dans le cadre de deux contrats distincts d'intervenir dans les
parties nord et sud de l'usine ; les effectifs (42 salariés au total) sont distincts selon les contrats :

3°) 

Dans la partie nord de l'usine
¾ effectuer des navettes entre I4, stockage en vrac d'ammonitrates et I0
qu'il faut approvisionner pour la mise en sacs en utilisant un chargeur
à godet,
¾ conditionner puis palettiser les produits aux bâtiments I0
(ammonitrates) et I0 bis (nitrate industriel), D1 bis et D2 bis, et
d'amener de I0 au 221 le produit déclassé par la fabrication (nitrates
industriels), ainsi que les sacs déchirés qu'il faut "craquer" dans le sas
du 221, ceci signifiant qu'il faut les déverser dans le sas,
¾ transporter dans le bâtiment 221 le produit situé dans le sas pour
l'emporter à l'arrière du bâtiment, et ce, à l'aide d'un chargeur à
godet qui appartient à GRANDE PAROISSE.

Dans la partie sud de l'usine
La société TMG intervient dans le secteur ACD pour tous les travaux
d'ensachage, palettisation.

MIP 

Cette entreprise intervient dans différents secteurs de fabrication de l'usine. Au secteur
nitrates, un salarié, Monsieur MANENT, procède aux nettoyages ponctuels nécessaires aux
ateliers de fabrication N1c et N9 et porte les déchets au bâtiment 221 : bourrages, dépôts de
poussières, débordements au niveau des tapis, des goulottes.
Dans la partie sud de l'usine d'autres salariés (2) travaillent, ils interviennent de la même
manière pour les travaux de nettoyage dans les ateliers RF, ACD, acide nitrique, ainsi qu'à
l'urée, à la mélamine et aux produits chlorés. Chargé de la revalorisation des plastiques usagés Recours à une benne bleue (autrefois verte D2796)
Le service « environnement » (M. GELBER) a décidé de centraliser le contenu des
bennes bleues dans le bâtiment demi-grand (ou 335 ou Mélem).
Ainsi, en ce qui concerne le hangar 221, pas moins de trois entreprises extérieures, sans
coordination entre elles, peuvent accéder à ce hangar et mélanger des produits qui ne doivent
pas l’être. Les échanges d’informations étaient réduits à zéro, le découpage systématique des
fonctions empêchait une vue d’ensemble et le repérage des risques ou de l’accumulation des
dangers. La solitude des salariés des entreprises sous-traitantes n’avait d’égal que l’ignorance
qu’ils avaient des produis manipulés.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 120

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3+1°)   FORINPLAST 

La société FORINPLAST était chargé pour récupérer les big-bags usagés.
Elle devait intervenir sur interpellation de M. FAURE (SURCA) qui jugeait opportun ou
non de vider le 335.
II. 

LA CONFUSION DES MISSIONS… 

La gestion des déchets conduits dans le bâtiment 335 en vue de leur « retriage » était
confiée à plusieurs sous-traitants sans aucune coordination entre eux, ni contrôle.
La multiplication des intervenants a entraîné une dilution des responsabilités.
Au delà de l’absence de coordination entre les intervenants sur le site, Monsieur
FAURE, salarié de la société SURCA, semble avoir une vision de la nature et de l’étendue de ses
fonctions différentes de celle de Monsieur NORAY, chargé de la gestion du contrat conclu entre
la GRANDE PAROISSE et la société SURCA.
Ainsi, Monsieur FAURE explique que
« c’est à l’intérieur du bâtiment 335 qu’il conduisait en vue de 
‘leur retriage’, d’une part les bennes de couleur bleue déposées 
initialement  à  proximité  des  bâtiments  I0  et  I8  après  qu’elles 
aient été remplies par les personnels de ces ateliers de sacs en 
plastique  vides  (GRVS  ou  Big‐Bag)  ayant  contenu  de 
l’ammonitrate ou du nitrate d’ammonium pour les premiers, de 
l’urée pour les seconds, d’autre part les bennes de couleur verte 
remplies  des  sacs  provenant  de  l’atelier  mélamine,  de  l’atelier 
RF  (Résines  formol)  et  de  l’atelier  ACD  (acides  chlorés,  acides 
non chlorés), ces derniers devant être préalablement lavés dans 
cet atelier par la société de sous‐traitance TMG » (ordonnance 
de renvoi page 156). 

Monsieur NORAY, chargé de la gestion du contrat conclu entre GRANDE PAROISSE et
la société SURCA, se déclare quant à lui
« surpris  par  la  découverte  du  sac  ayant  contenu  du  DCCNa 
dans le 335 et ignorer que Gilles FAURE y faisait le tri des sacs 
d’ACD,  mélamine  et  RF,  confirme  que  celui‐ci  ne  devait 
récupérer  que  ces  des  bâtiments  I0  et  I8  et  que  si  des 
discussions  étaient  en  cours  entre  Thierry  LEDOUSSAL  et  la 
société SURCA pour recycler les sacs de cet atelier, rien n’avait 
encore été arrêté et encore moins formalisé » (ordonnance de 
renvoi page 158). 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 121

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Il semble que personne ne savait précisément quels déchets il fallait retirer, qui devait les
retirer, à quel processus il fallait les soumettre, ni où il fallait les entreposer.
La surveillance et le contrôle du bâtiment 335 étaient également confus.
Ainsi, Monsieur FALOPPA, électricien-pompier, secrétaire du CHSCT de l’usine AZF
depuis 1996 explique que
« ce bâtiment  ne dépend d’aucun service et qu’il ne pouvait ni 
faire  l’objet  d’une  visite  ordinaire  car  il  était  utilisé  par  une 
entreprise  extérieure,  ni  d’une  visite  extraordinaire  car  aucun 
problème n’y était signalé » (ordonnance de renvoi page 181.) 

Monsieur Stanislas PETRIKOWSKI, responsable des Services Généraux Techniques et
de la maintenance des installations de l’usine AZF confirme que
« ce bâtiment ne fait l’objet d’aucune procédure  d’exploitation 
en expliquant ‘ne pas être concerné par son utilisation’ laquelle 
relève  selon  lui  de  la  société  SURCA  qui  ‘en  possède  des  clés 
pour l’ouvrir et le fermer’ » (ordonnance de renvoi page 181). 

Il ressort de ce qui précède que l’utilisation du bâtiment 335, la surveillance
et le contrôle de cette utilisation n’incombaient à personne et ce par confusion
(voire ignorance) des missions, des obligations et des responsabilités de chacun
des intervenants.
De même, dans son rapport, Monsieur François BARTHELEMY 47 relève dans l’analyse
de l’INERIS des informations pertinentes qui mettent encore une fois en avant la confusion des
missions et l’absence de réel contrôle de la part de l’exploitant.
 
(1) INTRODUCTION 
L’INERIS  a  procédé  à  l’analyse  des  2  manuels  de  sécurité 
respectivement intitulés : « Organisation et système de gestion 
de  la  sécurité  (SGS)  en  vue  de  la  prévention  des  accidents 
majeurs », datant du 28‐09‐1999 et non référencé, et « Manuel 
Sécurité  SGS  »  datant  du  27  octobre  2000,  référencé 
SEC/COM/1/01.  Nous  soulignons  que  cette  analyse  n’est  en 
aucun cas une évaluation du système de gestion de la sécurité 
en place sur le site « ATO GRANDE PAROISSE ‐ Usine de Toulouse » 
dans  la  mesure  où  les  informations  nécessaires  à  une  telle 
évaluation ne se trouvent pas réunis dans un manuel sécurité. 

47

François BARTHELEMY et al., Rapport de l’Inspection générale de l’environnement à Monsieur le ministre de
l’environnement, t. IIa.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 122

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

(…)  un manuel de sécurité est un reflet du système de gestion 
de la sécurité. En tant que tel, son analyse constitue un point de 
départ pour poser des hypothèses sur les forces et les faiblesses 
du SGS mis en œuvre. 
(…) 
 
(3.1)  
Politique de prévention des accidents majeurs  
La charte de l’Usine reste très générale. La politique se résume 
à  :  «  améliorer  les  performances  en  matière  de  sécurité  au 
travail  et  de  prévention  des  risques  majeurs.  Mettre  en  place 
un système de management de la sécurité » (Charte Usine) et « 
mettre  en  place  un  système  de  management  de  la  sécurité 
comprenant  :  l’identification  et  la  prévention  des  risques 
majeurs,  des  risques  pour  la  sécurité  et  la  santé  au  poste  de 
travail  »  (objectifs  de  progrès  de  l’usine).  Aucune  information 
sur le programme d’action correspondant à ces engagements 
n’est fournie. 
On remarquera que, d’une année sur l’autre, la politique reste 
inchangée et se résume invariablement à « mettre en place un 
système de management de la sécurité ». 
 
3.2 
ORGANISATION ET FORMATION 
3.2.1   Définition  des  fonctions  des  personnels  associés  à  la 
prévention et au traitement des accidents majeurs 
Le  second  manuel  sécurité  (2000)  présente  une  «  matrice  des 
attributions en matière de Système de gestion de la Sécurité » 
beaucoup  trop  générale  pour  être  opérationnelle.  Il  est 
expliqué que tout est défini dans les procédures d’organisation 
générales  et  détaillées  de  chaque  service  sans  plus  de 
commentaires. 
 
3.2.2   Les  besoins  de  formation,  l’organisation  de  la 
formation 
Les  principes  de  liaison  de  l’organisation  en  matière  de 
formation à la maîtrise des risques majeurs n’apparaissent pas. 
Il  est  simplement  mentionné  que  la  formation  au  poste  de 
travail intègre une instruction « sur les dangers particuliers aux 
produits  manipulés  et  sur  les  risques  particuliers  liés  aux 
procédés utilisés (dont les risques majeurs) » et une formation 
« aux  consignes  de sécurité  qui  en  découlent », « aux moyens 
de protections collectifs utilisés», « aux moyens de protections 
individuels ». 
 
Notons  que  les  manuels  "sécurité"  mentionnent  des  sessions 
de  formation  comme  «  gestes  et  postures  »  qui  n’ont  aucun 
rapport avec la problématique des risques majeurs. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 123

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3.2.3   L’identification  des  sociétés  extérieures  sous‐
traitantes 
Il  est  simplement  mentionné  dans  le  premier  manuel  (1999) 
que  «  la  sélection  préalable  des  entreprises  extérieures  est 
réalisée par le service demandeur en liaison, si besoin est, avec 
le  service  achat  selon  une  procédure  maîtrisée  »  et  dans  le 
second  manuel  (2000)  que  «  la  sélection  préalable  des 
entreprises extérieures est réalisée par le service demandeur en 
liaison,  si  besoin  est,  avec  le  service  achat  selon  la  procédure 
maîtrisée HA/COM/2/05 ». 
 
Les  critères  de  sélection  présentés  ne  sont  pas  liés  aux 
exigences de maîtrise des risques majeurs. Il s’agit de critères 
généraux de sélection : « homologation par le groupe, fiabilité 
de  l’entreprise,  notoriété  de  l’entreprise,  etc.  »  ou  de 
renouvellement  :  «  conformité  au  cahier  des  charges,  respect 
des  règles  de  sécurité  et  d’environnement  en  conformité  avec 
les  exigences  du  site,  performance  (respect  des  délais  et  des 
devis),  disponibilité  (souplesse  d’adaptation  aux  situations 
imprévues) ». 
 
 
3.3  
IDENTIFICATION  ET  EVALUATION  DES  RISQUES 
D’ACCIDENTS MAJEURS 
Les manuels "sécurité" mentionnent qu’il existe des documents 
opérationnels  tels  que  des  études  de  dangers,  des  dossiers  de 
sécurité  et  des  analyses  de  risques.  Aucune  information  n’est 
cependant donnée sur : ∙   
• la définition de l’accident majeur, 
• les procédures concernant leurs réalisations, 
• les méthodes et outils utilisés. 
(…) 
 
Dans ses manuels "sécurité", l’industriel a pris le parti de lister 
les  scénarios  d’accidents  majeurs identifiés, atelier  par atelier, 
à  la  suite  des  analyses  de  risques.  Il  aurait  été  intéressant  de 
voir  figurer  une  liste  de  fonctions,  équipements  et  opérations 
IPS identifiés  en rapport avec les  différents scénarios évoqués. 
De  même,  il  aurait  été  souhaitable  que  le  manuel  "sécurité" 
présente  la  démarche  utilisée  pour  l’identification  des 
fonctions,  équipements  et  opérations  IPS  sur  le  site  de 
Toulouse. 
 
Notons  que,  pour  ce  qui  concerne  les  risques  d’accidents 
majeurs  présentés  par  l’atelier  de  fabrication  de  nitrate 
d’ammonium  et  les  stockages  qui  lui  sont  associés,  aucun 
scénario  d’explosion  n’est  rapporté  dans  les  manuels 
"sécurité" analysés. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 124

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3.4 CONTROLE DE L’EXPLOITATION 
Les manuels "sécurité" ne font pas apparaître les liens logiques 
entre  les  conclusions  de  l’analyse  de  risques,  les  fonctions  IPS 
identifiées,  la  manière  dont  elles  sont  traitées  dans  les 
consignes d’exploitation ou modes opératoires.  
 
Aucune  information  n’est  fournie  sur  la  manière  dont  sont 
conçues, gérées et mises à jour les consignes d’exploitations et 
les  modes  opératoires  :  parmi  les  principaux  documents 
applicables au sein de l’établissement listés au chapitre 3.1 du 
second  manuel  "sécurité"  (2000),  on  relève  l’absence  d’un 
document  précisant  l’organisation  en  matière  d’élaboration 
des procédures concernant la maîtrise des procédés. 
 
3.5 
RETOUR D’EXPERIENCE 
Par  ailleurs,  on  remarque  une  confusion  entre  le  retour 
d’expérience  et  le  contrôle  du  système  de  gestion  de  la 
sécurité qui sont traités dans le même chapitre dans le second 
manuel "sécurité" (2000). 
 
On rappelle que les attendus en matière de contrôle concernent 
l’ensemble  des  dispositions  prises  pour  s’assurer  du  respect 
permanent des procédures élaborées dans le cadre du SGS. 
 
Les manuels "sécurité" mentionnent un certain nombre d’audits 
qui  est  réalisé  sur  le  site  (audits  de  chantier,  audits  à  thèmes, 
…) sans faire référence à un audit du système de gestion de la 
sécurité lui‐même. 
 
Enfin,  les  manuels  "sécurité"  n’indiquent  pas  comment  sont 
mesurées  les  performances  du  système  en  matière  de 
prévention  des  accidents  majeurs.  Il  aurait  été  souhaitable  de 
voir  apparaître  une  liste  d’indicateurs  suivis  dédiés  à  la 
prévention des accidents majeurs. 
 
4. CONCLUSION 
Il ressort principalement de cette analyse que : Les sept thèmes 
du  SGS  tels  que  définis  par  l’annexe  III  de  l’arrêté  du  10  mai 
2000  ont  été  pris  en  compte.  On  notera  néanmoins  une 
confusion entre retour d’expérience et contrôle du SGS.  
 
Les  deux  manuels  'sécurité'  "analysés"  ne  présentent  pas  un 
degré  de  précision  suffisant  pour  permettre  de  comprendre 
l’organisation de la maîtrise des risques majeurs sur le site de 
Toulouse : 
• Absence  de  programme  d’action  correspondant  aux 
engagements  de  l’Industriel  en  matière  de  prévention  des 
accidents majeurs, 
• Présentation  trop  générale  des  fonctions  du  personnel 
impliqué dans la maîtrise des risques majeurs, 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 125

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III. 

Absence de liens entre l’organisation de la formation et les 
exigences de la maîtrise des risques majeurs, 
Absence de liens entre les critères de sélection du personnel 
extérieur  et  les  exigences  de  la  maîtrise  des  risques 
majeurs, 
Absence  d’informations  sur  la  définition  de  l’accident 
majeur,  sur  les  procédures  concernant  la  réalisation  des 
analyses  de  risques,  les  méthodes  et  outils  utilisés  pour 
définir  les  IPS,  ainsi  que  sur  les  évaluations  des  risques 
d’agressions extérieures. 
Absence d’information sur la façon dont les conclusions des 
analyses  de  risques  sont  traités  dans  les  consignes 
d’exploitation. 
Absence de définition de ce qu’est une « modification ». 
Absence  d’information  sur  la  manière  dont  sont  conçus, 
gérés et mis à jour les documents du type POI.
Absence de critères caractérisant ce qu’est une anomalie à 
détecter dans le cadre de la gestion du retour d’expérience.

UNE EXTERNALISATION DELIBEREE DES RISQUES… 

Dans son rapport de gestion 2001, on peut lire sous la plume du conseil d’administration
de GRANDE PAROISSE (p. 30) :
CONDITIONS D’HYGIENE ET DE SECURITE 
La  politique  de  sécurité  engagée  par  GRANDE  PAROISSE  avait 
permis de maintenir le nombre d’accidents du travail avec arrêt 
à  un  niveau  bas  depuis  1998.  Six  accidents  avec  arrêt  ont  été 
enregistrés  sur  l’année  2000  pour  le  personnel  de  GRANDE 
PAROISSE  et  de  Soferti  SNC,  conduisant  à  un  taux  de  fréquence 
de  1,7.  Six  usines  sur  neuf  ont  enregistré  «  zéro  accident  avec 
arrêt ». 
 
La  catastrophe  de  Toulouse  a  fait  21  victimes  sur  le  site  et  de 
nombreux blessés. 
 
Hors  incidence  de  la  catastrophe  de  Toulouse,  en  prenant  en 
compte  conjointement  le  personnel  de  GRANDE  PAROISSE  et 
Soferti  SNC  ainsi  que  les  intérimaires,  conformément  aux 
règles  applicables  dans  le  groupe  TotalFinaElf,  9  accidents 
avec  arrêt  ont  été  enregistrés  en  2001,  contre  8  en  2000.  Le 
taux de fréquence des accidents avec arrêt s'établit ainsi à 2,7, 
le taux de fréquence des accidents déclarés à 13,7.  
 
Le  taux  de  fréquence  des  accidents  avec  arrêt  hors  Toulouse 
concernant  le  personnel  des  entreprises  extérieures  a  été  de 
10,9, contre 4,8 en 2000. 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 126

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IV. 

UNE  ABSENCE  DE  FORMATION  DES  SALARIES  ET  D’INFORMATION  DES 
ENTREPRISES 

Il  s’agit  d’une  évidence.  Il  suffit  pour  s’en  convaincre  de  lire  les  déclarations  de  M.  
Jacques MIGNARD, devant la Commission d’enquête parlementaire (p. 270‐ § 3) : 
 
«  Concernant la formation des sous‐traitants, notre règle était 
le  décret  du  20  février  1992.  Par  conséquent,  on  l'appliquait 
dans son intégralité.  
 
On faisait ce qu'on appelle le plan sécurité entreprise, l'accueil 
sécurité  à  l'arrivée  de  nouveaux  arrivants.  De  ce  côté,  on 
s'assurait qu'ils reçoivent le minimum d'information en matière 
de sécurité, sans pour autant que la loi ne nous y oblige. J'avais 
45 minutes pour expliquer le minimum. 
 
 Sans qu'il y ait pour cela obligation, je vérifiais leur formation 
préliminaire aux risques industriels, en particulier chimiques, et 
je leur donnais le minimum car ce n'était pas une formation, 
le rôle de formateur appartenant à leurs entreprises et non pas 
à nous ».

Cette absence de formation se retrouve dans le cadre de la procédure de traitement des
déchets (A) et dans l’absence de formation des salariés des sous-traitants (B).
A.

LA PROCEDURE DE TRAITEMENT
PARTICULIEREMENT COMPLEXE

1°) 

Description théorique 

DES

DECHETS

DU

SITE

Le bâtiment 221, siège de l’explosion recevait l’ensemble des nitrates d’ammonium
déclassé, c’est-à-dire défectueux et impropres à la commercialisation. Plusieurs sous-traitants
étaient chargés d’assurer la gestion des déchets : les sociétés SURCA, TMG, MIP et
FORINSERPLAST.
Un système de bennes de couleurs différentes a été mis en place sur le site de l’usine
AZF, sans que le remplissage de ces bennes par les divers utilisateurs du site ne fasse l’objet d’un
quelconque contrôle.
Aux termes du réquisitoire définitif (page 32), il ressort que le tri des déchets
intervenait à deux stades.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 127

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¾ Un premier tri était opéré entre :

les bennes vertes, pour les déchets non valorisables ;
et les bennes blanches pour les déchets valorisables.

¾ Un deuxième tri parmi les déchets entreposés dans les bennes blanches (c’est-àdire parmi les déchets valorisables) devait intervenir entre :

les bennes bleues ou blanches qui recevaient uniquement les plastiques et
GRVS ;
les bennes oranges recueillaient les ammonitrates en provenance de l’atelier
14 et à destination du bâtiment 221.

Par ailleurs, Monsieur FAURE a expliqué (page 156 de l’ordonnance de renvoi) que :

2°) 

les bennes de couleur bleue situées, à proximité des bâtiments I0 et I8 étaient
remplies par le personnel des ateliers I0 et I8, de sacs en plastique vides
(GRVS ou Big-bags) ayant contenu de l’ammonitrate ou du nitrate
d’ammonium pour les premiers, de l’urée pour les seconds ;

et les bennes de couleur verte étaient remplies des sacs provenant de l’atelier
mélamine, de l’atelier RF (Résines formol) et de l’atelier ACD (acides
chlorés, acides non chlorés), lesquels sacs devaient être préalablement lavés
dans cet atelier par la société TMG.

Description de la réalité rapportée par les différents utilisateurs 

Lors de son audition le 13.09.2002 (D2541), M. David LOISON déclare qu’il a effectué
la récupération des sacs pour la Société FORINSERPLAST pendant 7 à 8 mois. Il se rendait dans
le « bâtiment de la SURCA », entrait en reculant jusqu'à la pile de sacs vides. Le 19.09.01, il a
reculé jusqu'à une grille d'égout.
Les Big-bags étaient empilés d'une façon anarchique, ils avaient des anses
bleues ou blanches, la plupart avaient quatre anses et n'étaient jamais entièrement
vidés, et contenaient toujours un fond de matière.
Il arrivait qu'ils soient remplis à moitié de leur volume et dans ce cas-là, ils refusaient de
les prendre et ils les déposaient contre un mur près de l'entrée, en entrant à droite. Le
19.09.01, ils n'ont pas trouvé de tels sacs. Parfois, il y avait des odeurs très fortes qu'il ne
peut définir.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 128

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Lors de son audition le 17.09.2002 (D2542), M. Thierry ALGANS employé de la
société FORINSERPLAST dit qu’il y avait toutes sortes de sacs dans le bâtiment Demi-Grand et
il y a senti l’odeur caractéristique du chlore :
« Je  me  souviens  il  y  avait  ceux  marqués :  potassium, 
mélamine,  plusieurs  sortes  d’engrais,  et  des  dérivés  chlorés 
dont je ne me souviens pas la dénomination exacte. Question : 
Comment  pouvez‐vous  affirmer  qu’il  s’agissait  de  produits 
dérivés  du  chlore ?  Réponse :  Sans  être  spécialiste,  l’odeur 
caractéristique  de  chlore  était  tellement  forte  et  nous  piquait 
aux yeux, qu’il n’y a aucun doute à ce sujet ».  

Selon les dires de M. ALGANS, les emballages n’étaient ni triés, ni rangés, ni
ordonnés, ils étaient accumulés les uns sur les autres et globalement, le bâtiment n’était pas
particulièrement propre et le sol était souillé de différents produits. Lors des opérations de
reconstitution du 09.10.2002 (D2602), M. Thierry ALGANS a déclaré :
« Il  était  fréquent  qu’il  y  ait  des  sacs  avec  un  contenu  à 
l’intérieur mais pas dans des quantités aussi importantes.  
Parfois,  il  y  avait  du  produit  chloré.  Moi  je  ne  prenais  en 
principe  que  des  sacs  vides,  c’est  vrai  que  certains  se  vidaient 
mais nous on ne les vidait jamais ». 

Lors de son audition le 12.12.2001 (D2124), M. Gérard VILAIR, gérant de la société
FORINSERPLAST dit que sa société a un agrément pour le traitement régénération et recyclage
des thermoplastiques.
Sa société récupérait les Big-bags, sacs de la GRANDE PAROISSE. Cette sacherie pouvait
être salie, mais vide de tout produit. « Ceci sous réserve de l’usine qui nous assurait la garantie
que ces produits relevaient exclusivement de la classification DIB (Déchets industriels banals) ou DEIC
(Déchets emballages industriels et commerciaux) mais en aucun cas de DIS (Déchets industriels spéciaux) ».
M.VILAIR indique que les sacs contenant encore des produits ne sont pas récupérés et
dans la pratique, sa société récupérait toute la sacherie vide remise par la GRANDE PAROISSE.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 129

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B.

UNE ABSENCE DE FORMATION DES SOUS-TRAITANTS

Dans son rapport, l’OCDE (Organisation pour la Coopération et le Développement
Economique) insiste sur l’importance de la formation des personnels extérieurs à l’entreprise 48 :
E. FORMATION ET EDUCATION 
E.4.  La  direction  d'une  installation  dangereuse  devrait 
s'assurer que toutes les personnes qu'elle emploie, y compris 
le  personnel  temporaire  et  les  sous‐traitants,  reçoivent  une 
formation et des instructions appropriées concernant la façon 
de  manipuler  les  substances  dangereuses,  les  procédures  à 
suivre  pour  éviter  les  accidents  et  les  mesures  à  prendre  en 
cas d'accident, en vue de réduire au minimum les effets nocifs 
sur la santé des employés de l'installation et du public. 
 
Cette formation et ces instructions devraient être intégrées à la 
formation  professionnelle  générale  des  employés,  afin  qu'ils 
soient  capables  d'accomplir  leurs  tâches  aussi  bien  dans  des 
conditions normales que dans des conditions anormales. 
 
(i)  Les  spécialistes  de  l'hygiène  et  de  la  sécurité  du  travail, 
lorsqu'on en dispose, devraient jouer un rôle notable dans cette 
formation. 
(ii)  Les  membres  des  professions  sanitaires  et  médicales 
devraient être prêts à apporter leurs conseils et leur assistance 
en  ce  qui  concerne  l'incorporation  d'informations  sanitaires 
dans  la  formation  des  employés  des  installations  dangereuses 
en matière de sécurité. 
(iii) La formation des employés pourrait être assurée en partie 
par  les  pouvoirs  publics,  les  organisations  syndicales,  les 
associations professionnelles ou les institutions universitaires. 
(iv)  Les  programmes  de  formation  devraient  tenir  compte  du 
rôle des comités de sécurité et des représentants en matière de 
sécurité.  
 
E.5.  L'efficacité  des  programmes  de  formation  devrait  être 
vérifiée régulièrement. 

Force est de constater que cette recommandation ancienne de l’OCDE n’était pas
respectée tant à l’égard de M. FAURE (1°) que des autres intervenants sur le site (2°). A tel
point, que l’on peut considérer qu’il existait une inégalité flagrante entre les salariés de
GRANDE PAROISSE S.A. et ceux des entreprises sous-traitantes (3°).

48

OCDE, ORIENTATIONS CONCERNANT LES ASPECTS DES ACCIDENTS CHIMIQUES TOUCHANT A LA SANTE, Pour
l'établissement de programmes et de politiques relatifs à la prévention, à la préparation et à l'intervention en matière d'accidents
liés aux substances dangereuses, 1996, GD (96) 104
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 130

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1°) 

Absence de formation de M. Fauré 

Lors de son audition du 24 octobre 2002 (D 2621), Monsieur Gilles FAURE déclare :
« quand on a mis en place le système des bennes oranges, on 
m’a  donné  comme  consigne  de  vider  dans  le  sas  uniquement. 
Ce  sont  les  seules  instructions  que  j’ai  eu  concernant  le 
bâtiment 221 ». 

Il répondait à la question « avez-vous connaissance par votre société ou par AZF des consignes
écrites d’exploitation du bâtiment 221 ? »
2°) 

Absence de formation des autres intervenants sur le site 

Lors de son audition le 06.06.2002 (D2486), M. D. FACCHIN, chauffeur de la société
SURCA, qui a remplacé M. Gilles FAURÉ en septembre 2001, a été questionné sur les produits
qu’il manipulait.
Question :  Pour  ce  qui  est  des  produits  fabriqués,  avez‐vous 
reçu des informations les concernant et sur ce qu’il fallait éviter 
de  faire,  je  pense  notamment  à  des  mélanges  dangereux. 
Réponse : Non. 
Pour moi, l’Ammonitrate, c’était des billes blanches, il est bien 
évident  que  si  un  autre  produit  avait  le  même  aspect,  cela 
restait de l’Ammonitrate. 
Question :  En  ce  qui  concerne  les  Big  Bags  dont  vous  enleviez 
les  bennes,  saviez‐vous  ce  qu’ils  avaient  contenu ?  Réponse : 
Non,  je  le  supposais  en  fonction  des  zones  dans  lesquelles  je 
relevais les bennes. … 
Question :  Arrivait‐il  que  certains  de  ces  emballages 
contiennent encore des produits ? Réponse : Oui et non. En fait, 
je  n’en  ai  jamais  trouvé  qui  contenaient  une  quantité 
significative  de  produit,  par  contre  tous  en  recelaient  plus  ou 
moins. 

Lors de son audition le 12.05.2005 (D5861), à la même question qui lui est posée si des
sacs découverts contenaient encore des reliquats de produits, M. D. FACCHIN répond qu’une
ou deux fois, « les sacs étaient encore à moitié pleins avec une quantité de produits d’environ 500
kilogrammes ».
Lors de son audition le 06.06.2002 (D2488), M. Christophe PRIEUX, chauffeur de la
société SURCA, déclare qu’il a remplacé M. Gilles FAURÉ pendant deux des trois premières
semaines d’août 2001. Il indique qu’il n’a reçu aucune formation particulière.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 131

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Lors de son audition du 12.05.2005 (D5862), il déclare que lorsqu’il vidait dans le
bâtiment 221, comme il s’agissait de billes qui glissaient très facilement, il arrivait que le produit
empiète quelque peu sur le passage vers l’arrière du bâtiment. Au sujet des sacs vides dans le
bâtiment Demi-Grand, à la question : « Arrivait-il que ces sacs contiennent encore des reliquats
de produit ? », il répond : « un petit peu. Jamais plus de la valeur d’une boite de conserve. Je n’ai pas le
souvenir d’avoir vidé des big-bags dans le bâtiment Demi-Grand ».
3°) 

Une  inégalité  flagrante  entre  les  salariés  de  GRANDE  PAROISSE  S.A.  et  ceux  des 
entreprises sous‐traitantes. 

Aucune sélection des salariés, aucune formation liée à leur présence sur un site chimique
dangereux (SEVESO seuil « haut »), aucune habilitation des entreprises sous-traitantes. Tel peut
être le résumé de la situation sur le site de Toulouse.
Pourtant, si on compare la situation des salariés des sous-traitants avec celle des salariés
de GRANDE PAROISSE sa, le contraste est frappant. Peut être est-ce l’une des raisons pour
lesquelles le nombre d’accident chez les sous-traitants est quatre fois plus
important que chez GRANDE PAROISSE.
Lors de son audition (D. 2125), l’ingénieur DELAUNAY, chef du service des ateliers
ATOFINA (partie sud de la zone) déclare :
« en matière de sécurité, il y a des procédures générales site qui 
décrivent  les  grands  principes  avec  une  déclinaison  au  niveau 
de chaque service et atelier afin de tenir compte des spécificités 
propres. 
 
Avant  de  tenir  un  poste,  chaque  personne  doit  être  habilitée. 
Cette  habilitation  était  délivrée  après  acquisition  par  la 
personne  concernée  des  compétences  techniques    nécessaires 
au poste et l’intégration des procédures générales en termes de 
sécurité, environnement et autres spécificités. 
 
Il  y  avait  des  formations  centralisées  ou  internes  au  service 
pour les mesures et les points spécifiques à l’atelier. » 

Ce mécanisme ne concernait que le personnel de la société GRANDE PAROISSE à
l’exclusion des personnels des entreprises extérieures qui restaient livrés à eux-mêmes.
Par ailleurs, un autre élément est source d’insécurité. Un salarié comme M. FAURE,
présent à demeure sur le site d’AZF se sentait seul, oublié de son employeur légal (le soustraitant) et mal intégré dans les effectifs du personnel de GRANDE PAROISSE.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 132

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Cette solitude se doublait de difficulté de communication entre les dizaines d’entreprises
présentes sur le site, parfois en concurrence pour des activités similaires. Si la rentabilité
s’améliorait, les ratios de sécurités en souffrait.
L’ensemble de ces faits démontre à l’évidence un désengagement volontaire de la
part de l’exploitant et une absence de vérification de la situation des salariés des sous-traitants de
la part de l’exploitant
De nombreuses pièces font état de lacunes graves dans la formation des sous-traitants et
des intérimaires : formation inexistante pour certains intérimaires, dont beaucoup ignorent
complètement les couleurs de bennes ou la nature des produits qu'ils manipulaient ou les risques
qui y étaient liés.
L'audition de Monsieur PONS (D 2494) est significative, spécialement en considération
du fait qu'il n'existait aucune mesure structurelle ni aucun dispositif actif interdisant les transferts
de produits ou d'emballages entre les parties Nord et Sud de l'usine.
Dans un tel contexte, la fiabilité repose uniquement sur la formation des personnels et la
mise en place de procédures particulièrement contraignantes.
Or, Monsieur PONS déclare :
« Question  :  Avez‐vous  été  sensibilisé  par  de  quelconques 
restrictions de passage de produit entre la zone nord et la zone 
sud ? 
 
« Réponse : Sensibilisé, non. On a jamais eu de formation pour 
nous  dire  que  tel  produit  devait  rester  là  ou  ailleurs.  Mais  on 
savait  que  tout  le  secteur  engrais  c'était  du  nitrate,  de 
l'ammonitrate et de l'urée. 
 
« Question : Saviez‐vous avant l'explosion qu'il était dangereux 
de mélanger du chlore avec de l'ammonitrate ou du nitrate ? 
 
« Réponse : Non je l'ignorais ». 

On comprend mieux dans ces conditions pourquoi M. BIECHLIN est obligé de
reconnaître devant la commission d’enquête parlementaire (t. 2, p. 256) :
S'agissant  de  la  formation  des  personnels  intervenants,  nous 
n'avons pas la maîtrise de leur plan de formation.  
 
Il  est  donc  tout  à  fait  exact  que  je  ne  peux  pas  garantir  qu'ils 
font des formations nombreuses concernant nos produits. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 133

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IV. 

UNE  ABSENCE  DE  VERIFICATION    ET  DE  CONTROLE  DE  LA  PART  DE 
L’EXPLOITANT  

Là encore, les déclarations de M. Jacques MIGNARD devant la Commission d’enquête
parlementaire permettent de cadrer les débats (p. 270, § 8) :
«   nous  n'avions  aucune  possibilité  de  contrôler  si  les 
personnels sous‐traitants avaient reçu …

A.

UNE VISION MINIMALISTE DU RESPECT DES REGLES DE SECURITE

Lors de son audition le 24 octobre 2002 (D 2621), Monsieur Gilles FAURE déclare :
« je vide les bennes oranges dans le sas du bâtiment 221 sans que personne ne fasse un contrôle préalable du
contenu des bennes ».
Dans le rapport précité de l'Inspection du travail (D2258), il est ainsi indiqué : « Lors des
entretiens, il nous a été souvent expliqué par l'encadrement de GRANDE PAROISSE ce qui était attendu des
sous-traitants sur les différents secteurs à savoir le travail prescrit, mais il ressort que ledit encadrement
ignorait de fait la réalité du travail effectué par ces sous-traitants ».
Une telle vision minimaliste de la sécurité est également identifiée comme une cause
latente d'accident par Madame CARNINO qui insiste sur la nécessité de « ne pas se contenter du
management de la sûreté déterminé par la réglementation dont l'objectif n'est que d'être en conformité
avec la réglementation pour en arriver au stade où il est compris que la performance peut toujours être
améliorée. A ce stade, l'organisation toute entière apprend et la sûreté est appréhendée comme un
processus ».
B.

VIOLATION DU DECRET DU 20 FEVRIER 1992.

Le décret du 20 février 1992. a créé au Titre III du Livre II (2ème partie : Décret en
Conseil d’Etat) du Code du travail un Chapitre VII intitulé « Prescriptions particulières d’hygiène et
de sécurité applicables aux travaux effectués dans un établissement par une entreprise extérieure » 49 .
Les dispositions ainsi insérées dans le Code du travail prévoient de nombreuses
prescriptions particulières en la matière. Elles permettent notamment de préciser les
responsabilités entre l’entreprise donneuse d’ordre et les entreprises sous-traitantes.

49

Décret no 92-158 du 20 février 1992, JO 20 févier 1992
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 134

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A cet égard, l’article R.237-1 du Code du travail prévoit en son alinéa 1er que
« Lorsque une ou des entreprises, dites entreprises extérieures, 
font intervenir leur personnel aux fins d'exécuter une opération 
ou  de  participer  à  l'exécution  d'une  opération,  quelle  que  soit 
sa  nature,  industrielle  ou  non,  dans  un  établissement  d'une 
entreprise,  dite  utilisatrice,  ou  dans  ses  dépendances  ou 
chantiers,  le  chef  de  l'entreprise  utilisatrice  et  le  ou  les  chefs 
des  entreprises  extérieures  sont  tenus  de  se  conformer  aux 
dispositions  du  [Chapitre  VII  du  Livre  II  du  Titre  III  du  Code  du 
travail] ». 

Il est constant que les sociétés SURCA, MIP et TMG interviennent sur le site de l’usine
AZF et que chacun de ces sous-traitants effectue au moins 400 heures de travail sur 12 mois sur
ledit site.
En application du décret du 20 février 1992 portant « prescriptions particulières d’hygiène et
de sécurité applicables aux travaux effectués dans un établissement par une entreprise extérieure », les
dispositions des articles R237-1 et suivants du Code du travail sont applicables.
A cet égard, il ressort du rapport d’enquête de l’inspection du travail en date du 21 mars
2002 (côte D 2258) et particulièrement de l’un procès verbaux d’infractions y annexé ayant
même date, que lesdites dispositions n’ont pas été respectées.
Ainsi, il apparait que, en violation des dispositions de l’article R.237-6 du Code
du travail qui prévoit notamment en son alinéa 1er qu’il « est procédé, préalablement à l'exécution
de l'opération, à une inspection commune des lieux de travail, des installations qui s'y trouvent et des
matériels éventuellement mis à disposition de la ou des entreprises extérieures ». En effet, aucune
inspection commune n’est intervenue préalablement à l’exécution de des
prestations des sociétés SURCA, MIP et TMG au sein de l’usine AZF.
Par ailleurs, il ressort des constatations réalisées par l’inspection du travail qu’il n’a pas
non plus été réalisé de visite ou inspection commune des lieux durant l’exécution des opérations
de ces entreprises extérieures, à tout le moins, annuellement.
A cet égard, il est à noter que Monsieur CLEMENT, représentant de la société SURCA
sur le site de l’usine AZF et interlocuteur de la société GRANDE PAROISSE indique à
l’inspection du travail ne pas été convoqué pour une inspection des lieux d’intervention ni en
2000, ni en 2001.
Or, comme le prévoit l’alinéa 2 de l’article R.237-6 du Code du travail, c’est au cours
de cette inspection que « le chef de l'entreprise utilisatrice délimite le secteur de l'intervention des
entreprises extérieures, matérialise les zones de ce secteur qui peuvent présenter des dangers pour leur
personnel et indique les voies de circulation que pourront emprunter ce personnel ainsi que les véhicules et
engins de toute nature appartenant aux entreprises extérieures. Sont également définies les voies d'accès du
personnel de ces entreprises aux locaux et installations définis à l'article R. 237-16 ».
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 135

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Au-delà, même si une réunion s’est tenue entre la société GRANDE PAROISSE et les
sociétés extérieures les 21 et 22 mars 2001, il apparait que cette réunion n’a eu que pour objet
de faire un bilan de la sécurité et fournir des informations notamment sur la mise en place du
« service de gestion de la sécurité » en application de la directive SEVESO II.
L’inspection du travail, dans son rapport, souligne même que la transmission des
informations a été particulièrement imparfaite puisque dans les documents remis lors de
cette réunion, s’agissant des nitrates le risque explosion n’est pas identifié.
Dès lors, l’on peut s’interroger sur l’application de l’alinéa 3 de l’article R.237-6 du
Code du travail qui prévoit que le chef de l’entreprise utilisatrice « communique aux chefs des
entreprises extérieures ses consignes de sécurité applicables à l'opération qui concerneront les salariés de leurs
entreprises à l'occasion de leur travail ou de leurs déplacements ».
Que dire de l’application des dispositions de l’article R.237-7 du Code du travail qui
présuppose que cette inspection commune se soit tenue pour qu’ensuite il soit analysé en
commun les risques pouvant résulter de l’interférence entre les activités des différentes
entreprises, les installations et matériels.
Par ailleurs, l’article R.237-8 du Code du travail prévoit que
« un  plan  de  prévention  établi  par  écrit  est  arrêté,  avant  le 
commencement  des  travaux,  dès  lors  que  l'opération  à 
effectuer  par  la  ou  les  entreprises  extérieures,  y  compris  les 
entreprises  sous‐traitantes  auxquelles  celles‐ci  peuvent  faire 
appel, représente un nombre total d'heures de travail prévisible 
égal au moins à quatre cents heures de travail sur une période 
égale au plus à douze mois, que les travaux soient continus ou 
discontinus. 
 
Il  en  est  de  même  dès  l'instant  où,  en  cours  d'exécution  des 
travaux,  il  apparaît  que  le  nombre  d'heures  de  travail  doit 
atteindre  quatre  cents  heures.  Un  plan  de  prévention  est 
également  arrêté  et  établi  par  écrit,  avant  le  commencement 
des  travaux,  quelle  que  soit  la  durée  prévisible  de  l'opération, 
lorsque les travaux à effectuer pour réaliser l'opération sont au 
nombre  des  travaux  dangereux  figurant  sur  une  liste  fixée, 
respectivement, par arrêté du ministre chargé du travail et par 
arrêté du ministre chargé de l'agriculture ».  

Il ressort des investigations de l’inspection du travail, après examen des plans de
préventions établis par la société GRANDE PAROISE compte tenu de la venue des entreprises
extérieures ci-avant visées dans le bâtiment 221, qu’il n’existe aucun document unique
traitant de l’intervention des trois sous-traitants.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 136

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On comprend mieux dès le sentiment de confusion qui existe entre les différentes
entreprises extérieures ainsi que l’absence de coordination entre elles, sans parler du nécessaire
échange d’informations.
S’agissant de la société SURCA, il appert également qu’aucun plan de prévention écrit
n’a été établi ni pour l’année 2000, ni pour l’année 2001. Le seul document présenté à
l’inspection du travail est un plan de prévention annuel datant de… 1997 !
S’agissant de la société MIP, aucun plan de prévention annuel ou ponctuel écrit n’a été
présenté à l’inspection du travail pour le secteur des nitrates.
S’agissant de la société TMG, aucun plan pour 2001 n’a été établi par écrit pour les
activités effectuées par cette société dans le secteur des nitrates.
Là encore, il apparait une violation des prescriptions particulières d’hygiène et
de sécurité applicables aux travaux effectués dans un établissement par une
entreprise extérieure.
Ces infractions ont d’ailleurs été actées dans un procès verbal d’infraction en date du 21
mars 2002 établi par l’inspection du travail.
Au-delà, dans le cadre de ces prescriptions, il est également imposé au chef de
l’entreprise utilisatrice la coordination générale des mesures de prévention prises, la vérification
que les mesures décidées sont bien exécutées ainsi que la fixation de réunion périodique
permettant cette coordination et éventuellement l’adaptation des mesures décidées.
Or, il est établi dans le rapport de l’inspection du travail en date du 21 mars 2002 (page
29) que ces prescriptions n’ont pas été appliquées et particulièrement il ressort qu’aucune
procédure de contrôle pour vérifier la bonne application de mesures de sécurité
par les sous-traitants au bâtiment 221.
Pis, il apparait qu’une consigne existe pour ce bâtiment mais qu’elle n’a pas été
transmise aux entreprises extérieures !
Il est manifeste que la société GRANDE PAROISSE a violé les « prescriptions particulières
d’hygiène et de sécurité applicables aux travaux effectués dans un établissement par une entreprise
extérieure » mises à sa charge en recourant à la sous-traitance sans mettre une véritable
coordination générale des mesures de prévention prises et un contrôle systématique de la bonne
exécution des mesures décidées.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 137

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V. 

LE  MANAGEMENT  DE  LA  SECURITE  "A  MINIMA"  INDUIT  LA  PERTE  DE 
VISIBILITE GLOBALE EN MATIERE DE SECURITE A L'INTERIEUR DU SITE. 
Le rapport de l'Inspection du travail ne manque pas de relever :
« Une  perte  de  visibilité  s'est  installée  sur  l'écart  qui  existe 
entre  le  travail  prescrit  et  le  travail  réel  pour  la  partie  de 
l'activité s'étendant au–delà du "process". 
 
De plus, peu de dispositions sont prévues pour contrôler ce qui 
est fait notamment par les entreprises extérieures. 
 
Nous n'avons pas pu trouver ainsi : 
‐ l'existence d'une procédure de contrôle pour vérifier la bonne 
application de mesures de sécurité par les sous‐traitants au 
bâtiment  221  :  les  salariés  des  sous‐traitants  ne  peuvent 
nous  apporter  des  indications  sur  d'éventuels  contrôles 
effectués  par  GP.  Une  consigne  existe  pour  ce  bâtiment 
mais  il  ne  semble  pas  qu'elle  ait  été  transmise  aux 
entreprises extérieures : aucune n'en a connaissance. 
‐ Au secteur des chlorés, la procédure de lavage des sacs n'est  
pas  contrôlée  et  le  fait  que  le  travail  soit  bien  ou  mal  fait 
dépend de la motivation des salariés et de leur conscience 
du risque. 
‐ Au  bâtiment  demi‐grand  n'existe  aucune  consigne  pour  le 
bâtiment  ;  là  aussi  s'agissant  de  la  société  SURCA,  celle‐ci 
ne peut nous indiquer qu'il y ait eu définition et application 
d'une procédure de contrôle. 
‐ Par  ailleurs,  il  est  ressorti  que  les  salariés  des  sous‐traitants 
travaillaient de manière isolée ils étaient en quelque sorte 
livrés à eux‐mêmes. 
 
Des contacts avec GP avaient bien lieu – en tout cas pour TMG, 
particulièrement aux expéditions – pour les problèmes liés à la 
commercialisation des produits, volumes à ensacher, palettiser, 
à envoyer aux clients, mais non pas pour la sécurité ». 

Dans un tel contexte, il devient compréhensible que l'extension de la procédure de
récupération des sacs ait pu se faire de façon tacite :



sans étude préalable de danger et d'impact sur la sécurité,
sans analyse des procédures suivies tout au long de la chaine de traitement,
sans mise en place des mesures de réduction des risques évoqués par M.
REPUSSARD,
sans information ni formation des personnels.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 138

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VI. 

LA RESPONSABILITE DE L’EXPLOITANT EN RAISON DU COMPORTEMENT  DES 
ENTREPRISES EXTERIEURES 

A.

LE RAPPORT DU CIDECOS

Sous le titre, « la sous-traitance au centre des enjeux », le CIDECOS concluait son rapport
d’enquête en ces termes :
« Dans tous les cas de figure, la sous‐traitance apparaît comme 
un facteur déterminant de cet événement :  
 
‐ d'une  part,  parce  que  les  principaux  protagonistes  sont  des 
salariés d'entreprises sous‐traitantes ; 
‐ d'autre  part,  parce  que  cet  événement  illustre  à  grande 
échelle  les  problèmes  engendrés  par  la  relation  de  sous‐
traitance  dans  l’activité  d’un  site  industriel  tel  que  celui 
d’AZF  où  25  entreprises  sous‐traitantes  intervenaient  de 
manière permanente. 
 
On  peut  en  revanche  faire  plusieurs  constats  quant  aux  effets 
du rapport social de sous‐traitance sur la maîtrise de la sécurité 
sur le site. 
 
Le premier constat que l'on peut faire est que la sous‐traitance 
de l'exploitation du stockage de nitrate d'ammonium a eu pour 
conséquence un désengagement de l'employeur vis à vis de sa 
responsabilité de gestion du stockage, en particulier au niveau 
de l'entretien du bâtiment. Il est important de souligner ici que, 
ce  faisant,  l’employeur  s’est  également  désengagé  de  la 
connaissance de " ce qui se passait " dans le bâtiment.  
 
Tout  au  long  de  notre  intervention,  nous  avons  en  effet  été 
frappés par la méconnaissance de la réalité des conditions de 
stockage  existantes    à  tous  les  niveaux  de  l’entreprise 
donneuse d’ordre.  
 
Un seul exemple : le fait (en l’occurrence tout à fait important) 
que  le  bâtiment  comportait  un  équipement  électrique  n’était 
apparemment  connu  par  personne,  hormis  par  les  salariés,  là 
aussi sous‐traitants, chargés de son entretien périodique.  
 
L’entreprise,  ignorant  ou  n’ayant  pas  gardé  en  mémoire 
l’existence  d’une  installation  électrique  dans  le  bâtiment,  ne 
se préoccupait naturellement pas de sa conformité. 
 
 Il  en  allait  de  même  pour  l’état  du  sol  dont  le  moins  que  l’on 
puisse dire est qu’il était largement méconnu dans l’entreprise.  
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 139

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

 
Le désengagement produit par le recours à la sous‐traitance a 
ainsi  nourri  une  méconnaissance  de  la  réalité  qui  a  renforcé 
en  retour  ce  désengagement.  Ce  désengagement  et  cette 
méconnaissance  étaient  d’autant  plus  importants  que  les 
effectifs  organiques  du  secteur  "  expéditions  "  dont  dépendait 
le stockage avaient été réduits à leur plus simple expression en 
quantité  comme  en  qualité  et  ne  pouvaient  assurer  qu’une 
supervision très distante. 
 
Le  deuxième  constat  est  que  la  sous‐traitance  de  certaines 
activités  a  entraîné  un  défaut  de  maîtrise  collective  des 
processus mis en œuvre  sur le site, en particulier du processus 
de collecte, de tri et de gestion des déchets qui échappait pour 
une large part au contrôle de l’entreprise.  
 
Les  différentes  enquêtes  ont  révélé  une  série  d’anomalies  et 
de  confusions  dans  la  circulation  et  l’entreposage  des 
différents types de déchets (produits et emballages) gérés par 
les  différentes  entreprises  intervenantes  et  il  s’est  avéré 
impossible  d’établir  avec  exactitude  la  nature,  la  quantité,  la 
provenance  et  le  parcours  suivi  par  les  déchets  chimiques 
susceptibles d’avoir été transférés dans le bâtiment 221/222. Et 
cela  alors  que  les  incompatibilités  entre  certains  produits 
étaient connues, répertoriées dans les études de danger et les 
analyses  de  risques  et  que  des  procédures  avaient  été 
élaborées  et  mises  en  place  pour  éviter  tout  risque  de 
contamination croisée.  
 
Force est ici de constater que les difficultés de coopération et 
de  communication  entre  les  multiples  sous‐traitants  et  AZF 
ont  entraîné  une  opacité  réciproque  des  activités  tout  à  fait 
préjudiciable à la sécurité. 
 
Le  troisième  constat  est  que  l'implication  d'entreprises  sous‐
traitantes  dans  l'événement  a  été  un  obstacle  et  un  frein  à  la 
recherche  des  causes  de  l'explosion.  D'abord  parce  que  le 
« défaut  d’intérêt  commun »  entre  les  sous‐traitants  et 
l'entreprise  a  nourri  l’hypothèse  d’un  acte  "criminel"  perpétré 
par  des  salariés  sous‐traitants  à  la  suite  d’obscurs  différents 
avec le donneur d’ordre.  
 
Différents tout aussi réels qu’habituels dans une relation où les 
deux  parties,  tant  côté  salariés  que  côté  employeurs,  agissent 
dans deux logiques différentes et toujours difficiles à concilier. 
Quelques  conflits  survenus  dans  les  jours  précédents  ont  été 
ainsi  montés  en  épingle  pour  échafauder  le  scénario  d’une 
sorte  de  "  règlement  de  compte  "  de  certains  salariés  de  la 
sous‐traitance vis à vis de l’entreprise utilisatrice.  
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 140

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Scénario  que  la  direction  d’AZF  s’est  toujours  refusée  à 
décrédibiliser alors qu’elle n’a jamais hésité à le faire quand des 
salariés  de  la  sous‐traitance  témoignaient  de  la  réalité  des 
conditions de stockage évoquées plus haut.  
 
Ensuite  parce  que  les  entreprises  sous‐traitantes  n’ont  jamais 
été  associées  aux  enquêtes  du  donneur  d’ordre  sur  les  causes 
de  l’accident.  Cette  marginalisation,  ajoutée  à  la  précarité  de 
leur  situation  et  aux  suspicions  pesant  sur  eux,  a  eu  un  effet 
"désimplicateur" sur les salariés des entreprises sous‐traitantes 
par  rapport  à  la  recherche  des  causes  de  l’accident.  Et  ce 
d'autant plus que nombre d'entre eux n'étaient plus en activité 
sur le site après l'explosion.  
 
Or,  les salariés de la sous‐traitance étaient, de par leur activité, 
en  première  ligne  du  contexte  et  du  déroulement  de 
l’événement  et  constituaient  à  ce  titre  la  première  source 
d’information  pour  comprendre  et  analyser  l’évènement. 
Soulignons à ce propos au passage qu’il a fallu passer par eux 
pour obtenir certaines informations contenues dans ce rapport.  
 
Il ressort à notre avis clairement de ces constats que la relation 
de  sous‐traitance  a  fragilisé  la  maîtrise  de  la  sécurité  sur  le 
site. » 

B.

LA RESPONSABILITE DU DONNEUR DU FAIT DES ENTREPRISES
EXTERIEURES

1°) 

Rappel à l’ordre syndical 

Dans un tract diffusé le 20 septembre 2001 50 , la CFDT dénonce la situation dans les
termes suivants :
« TMG RAS LE BOL 
 
Changement de quart sans délais de prévenance 
Non respect du repos de onze heures 
Conditions de travail aggravées 
 
C’est  le  quotidien  des  salariés  depuis  que  le  chantier  des 
EXPEDITIONS a été repris  par TMG. La  tenue des réunions des 
délégués du personnel est plus qu’aléatoire. 
 
Les questions posées restent le plus souvent sans réponse. 

50

Scellés 70 B (PV 2001/537/C du 26 septembre 2001
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 141

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Devant  cet  état  de  fait,  la  CFDT  a  fait  intervenir  plusieurs  fois 
l’inspection du travail. Malgré les remarques appuyées de celle‐
ci,  la  direction  de  TMG  laisse  pourrir  la  situation,  préférant 
diviser les salariés. 
 
La  CFDT  a,  à  plusieurs  reprises,  rappelé  à  la  direction  de 
GRANDE  PAROISSE  ses  responsabilités  en  tant  que  donneur 
d’ordres.  La  politique  d’économie  à  outrance,  même  si  on 
peut  la  comprendre  ne  doit  pas  se  faire  sur  le  dos  des 
salariés. » 

Ce document confirme :
‐ l'existence d’une « politique d’économie à outrance » ;
‐ l’absence de contrôle par l’exploitant des sous-traitants, de leurs conditions
d’intervention et des conditions de travail des salariés concernés.
2°) 

Rappel au règlement 

Comme cela a été déjà démontré (cf. supra), la société GRANDE PAROISSE a
manifestement violé les prescriptions particulières d’hygiène et de sécurité applicables aux
travaux effectués dans un établissement par une entreprise extérieure, mises à sa charge par les
articles R. 237-1 et suivants du Code du Travail.
A cet égard, il est constant que l’inspection du travail a dressé le 21 mars 2002, procèsverbal d’infraction portant sur l’application de la règlementation en matière de sécurité
s’imposant en cas d’intervention d’entreprises extérieures.
Ainsi, il est établi que préalablement à l’explosion du 21 septembre 2001, la société
GRANDE PAROISSE ne respectait pas les obligations mises à sa charge et notamment :
-

-

réalisation, préalablement à l’exécution de l’opération, à une inspection
commune des lieux de travail, des installations qui s’y trouvent et des matériels
éventuellement mis à disposition de la ou des entreprises extérieures ;
établissement par écrit d’un plan de prévention arrêté avant le commencement
des travaux, dès lors que l'opération à effectuer par la ou les entreprises
extérieures, y compris les entreprises sous-traitantes auxquelles celles-ci peuvent
faire appel, représente un nombre total d'heures de travail prévisible égal au
moins à quatre cents heures de travail sur une période égale au plus à douze
mois, que les travaux soient continus ou discontinus ;
coordination générale des mesures de prévention prises ;
vérification que les mesures décidées sont bien exécutées ;
fixation de réunions périodiques permettant cette coordination et
éventuellement l’adaptation des mesures décidées.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 142

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

§ 3 - La preuve par l’absurde : l’industrie chimique et les pouvoirs publics
intègrent le retour d’expérience d’AZF dans la prévention des risques.
Comme souvent, « le seul mérite des grandes catastrophes est d'entrainer de profonds
changements réglementaires et des ruptures comportementales » 51 . Cette affirmation est
particulièrement vraie dans le dossier AZF.
Ainsi, l'industrie chimique a-t-elle signé un accord de branche sur la sécurité en date du 4
juillet 2002 sur la sécurité 52 (I). Cet accord prévoit un certain nombre de dispositions destinées
à renforcer et à améliorer la sécurité au travail et ainsi maîtriser les risques. Ces dispositions sont
transcrites et précisées dans le référentiel DT 78 sous la forme d’un questionnaire d’audit 53 .
Par ailleurs, il convient de prendre connaissance des attendus d’un arrêté du 27
septembre 2002 interdisant l’importation et la mise sur le marché de certains engrais NK,
contenant l’élément chlore sous forme de chlorure (II).
I‐  

L’ACCORD DE BRANCHE DU 4 JUILLET 2002 ET LE REFERENTIEL DT 78 

En analysant les dispositions contenues dans l’accord, on peut mieux comprendre les
erreurs accumulées et les nombreux manquements qui affectaient de manière négative la gestion
des risques industriels sur le site de Toulouse :

L’UIC (Union de l’industrie chimique) et les partenaires sociaux recommandent
d'associer les entreprises extérieures (et leurs salariés) aux travaux du CHSCT
(article 4 de l'accord) ;

le recours à des entreprises extérieures ne doit pas conduire à une « externalisation des
risques » (article 5 de l'accord). En conséquence l'entreprise extérieure doit avoir
« une connaissance suffisante des risques propres à l'entreprise utilisatrice ».
A ce titre, l'entreprise utilisatrice doit communiquer « les documents nécessaires à la
prévention des risques professionnels liés à cette intervention ».
L'accord de branche détaille les obligations réciproques : 

 

51
52
53

l'entreprise utilisatrice devra faire mention de ses risques spécifiques dans le contrat 
de prestation conclu avec l'entreprise extérieur, 

Michel QUERUEL, Les enseignements tirés des catastrophes, Les Echos, 17 mars 1999, p.56
Cet accord a été étendu par arrêté ministériel du 23 décembre 2003 (JO n°4 du 6 janvier 2004, p.437).
http://www.uic-idf.fr/technique/intervention/dt78.html
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 143

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l'entreprise extérieure s'engage : 
o à  informer  ses  salariés  de  ces  risques  des  modes  opératoires  à  retenir  du 
contenu du plan de prévention. A charge pour elle d'établir la traçabilité et 
l'adéquation de l'information et, 
o à mettre en place les actions de prévention appropriées au risque, 
o prendre en considération les objectifs d'hygiène et de sécurité de l'entreprise 
utilisatrice. 

 

L'article 6 de l'accord de branche instaure une procédure d'habilitation des
entreprises extérieures :

 

les  entreprises  extérieures  doivent  être  sélectionnées  sur  des  critères  objectifs 
liés à leur « compétence et à leurs aptitudes à intervenir dans des conditions de 
sécurité similaires à celles qui prévalent dans l'entreprise utilisatrice ». Parmi les 
critères objectifs devant être pris en compte par l'entreprise utilisatrice, citons : 
o la  compétence  technique  et  la  qualification  de  son  personnel 
intervenant, 
o l'aptitude à respecter la réglementation, 
o les  moyens  techniques  et  organisation  en  matière  d'hygiène  et 
de sécurité de protection de l'environnement, 
o l'expérience, 
o la formation régulière et adaptée du personnel 

les entreprises extérieures doivent communiquer aux entreprises utilisatrices un 
dossier de sécurité après étude sur le terrain. 
 
Pour  les  sites  "SEVESO‐seuil  haut"  les  entreprises  extérieures  devront  être 
habilitées par un organisme extérieur. 

 

L'article 7 de l'accord de branche détaille les obligations de formation et
d'information, notamment dans le cadre de la formation continue.
Le paragraphe III de l'article 7 prévoit que « tout personnel d'entreprise extérieure amené à
intervenir sur les sites industriels doit avoir reçu, sous la responsabilité de son employeur, une
sensibilisation / formation à la sécurité dont le niveau doit être adapté aux risques encourus ».

A travers toutes les recommandations et obligations découlant de la DT78, c'est
une critique sans fard de la gestion de la sécurité à l'usine AZF de Toulouse qui se
dessine.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 144

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

II. 

L’ARRETE DU 27 SEPTEMBRE 2002 

Dans une lettre au juge d’instruction (D 2979), Me TEISSONNIERE attire l’attention
sur les attendus d’un arrêté ministériel interdisant l'importation et la mise sur le marché
de certains engrais NK à forte teneur en azote et contenant du chlore 54 .
Considérant  que  la  réglementation  en  vigueur  limite  la  teneur 
en chlore des engrais simples à base de nitrate d'ammonium et 
à  forte  teneur  en  azote  (N  supérieur  à  28  %  en  masse)  à  un 
maximum de 0,02 % en masse ; 
 
Considérant  que  les  analyses  réalisées  par  la  DGCCRF  sur  ces 
engrais de mélange NK ont révélé des taux de non‐conformité 
très élevés avec des teneurs moyennes en chlore de 5 % ; 
 
Considérant  que  les  ions  chlorures  présents  dans  ces  engrais 
de  mélange  jouent  un  rôle  de  catalyseur  et  accélèrent 
considérablement  les  réactions  de  décomposition  du  nitrate 
et  de  l'ammonium  impliquées  dans  le  phénomène  de 
détonation ; 
 
Considérant  que,  dans  les  conditions  de  stockage  ou  de 
transport  inadaptées,  notamment  favorisant  une  reprise 
d'humidité, le chlore peut réagir avec le nitrate d'ammonium 
pour  former  à  température  ambiante  des  composés  azotés 
trichlorés aux propriétés potentiellement explosives ; 
 
Considérant  que  la  Commission  des  substances  explosives  a 
reconnu, lors de ses séances des 23 janvier et 28 mars 2001, le 
caractère  d'explosif  occasionnel  des  engrais  NK  (azote, 
potassium)  contenant  plus  de  90  %  de  nitrate  d'ammonium, 
soit  une  teneur  en  azote  supérieure  à  31,5  %,  avec  une  forte 
teneur  en  chlore  sous  forme  de  chlorure  de  potassium  (> 
0,02 % en masse) ; 
 
Considérant  que  ces  engrais  de  mélange  sont  actuellement 
importés  et  mis  sur  le  marché  sans  précaution  particulière, 
notamment en matière de transport et de stockage ; et qu'il en 
résulte un danger grave et immédiat, 
 
Arrêtent : Article 1 L'importation, la mise sur le marché à titre 
gratuit  ou  onéreux,  la  détention  en  vue  de  la  vente  ou  de  la 
distribution à titre gratuit d'engrais NK contenant plus de 28 % 
en  masse  d'azote  provenant  du  nitrate  d'ammonium  et  ayant 
une teneur en chlorure supérieure à 0,02 % est suspendue pour 
une durée d'un an. 

54

Arrêté du 27 septembre 2002, JORF n°229 du 1 octobre 2002 page 16106
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 145

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Chapitre II CONTEXTES JURIDIQUES ET TECHNOLOGIQUES
Comme l’explique M. MIRAILLES, syndicaliste de la SNPE interrogée par la
Commission d’enquête parlementaire (t. 2, p. 285)
CE  N'EST  PAS  LE  RISQUE  OU  LE  DANGER  QUI  EST 
PROBLEMATIQUE, C'EST LA MANIERE DONT IL EST GERE.  
 
Les produits chimiques ou certaines activités sont dangereux ou 
génèrent  des  dangers  et  des  risques.  Il  faut  maîtriser  ces 
risques.  
 
Cela pose la question de savoir comment on les met en œuvre 
et  quels  sont  les  moyens  que  l'on  donne  aux  personnes, 
chargées de les mettre en œuvre, pour maîtriser ces risques. 

En étudiant l’application de l’a réglementation des IPCE (Section 1), les arrêtés
préfectoraux (Section 2) et la normalisation (Section 3), nous allons voir que la gestion du risque
dans l’usine AZF était problématique. Cette méthode découlait de consignes, instructions,
recommandations émanant du groupe TOTAL (tout comme avant lui le groupe ELF) et avait
pour objectif de réaliser des économies en matière de sécurité, sans être en infraction, ou de
telle sorte que le coût de l’infraction soit largement couvert par le gain de productivité.

SECTION 1 ‐  
REGLEMENTATION DES IPCE  
L’usine AZF était soumise à la législation sur les installations classées pour la protection
de l’environnement (ICPE), sous le régime de l’autorisation. Elle était classée SEVESO II après
avoir été classée SEVESO I.
Afin de bien comprendre le contexte dans lequel est survenu l’accident de 2001 ainsi que
la portée des obligations qui incombaient à l’exploitant, il est nécessaire de rappeler l’essentiel
de la réglementation en matière d’installations classées.

§ 1 - Rappel de l’évolution de la réglementation des installations classées
A la suite de plusieurs incidents majeurs survenus en Europe, la Communauté
Economique Européenne a pris l’initiative d’adopter le 24 juin 1982 une directive sur les risques
d’accidents majeurs liés à certaines activités industrielles. Cette directive gardera le nom de
« SEVESO », en souvenir du village accidenté dans l’accident intervenu en Italie en 1976.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 146

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

En France, le régime des ICPE est issu d’une loi du 19 juillet 1976, aujourd’hui codifiée
aux articles L. 511-1 et suivants du Code de l’environnement, et de son décret d’application du
21 septembre 1977, modifié par la transposition en droit français de la directive européenne
SEVESO. Ces installations et activités sont inscrites dans une nomenclature et doivent obtenir
une autorisation préfectorale, ou être déclarées avant leur mise en service, suivant la gravité des
dangers ou inconvénients qu’elles peuvent présenter.
Selon l’article L. 511-1 du Code de l’environnement, sont des installations classées pour
la protection de l’environnement (ICPE) :
« les  usines,  ateliers,  dépôts,  chantiers  et,  d'une  manière 
générale,  les  installations  exploitées  ou  détenues  par  toute 
personne  physique  ou  morale,  publique  ou  privée,  qui  peut 
présenter  des  dangers  ou  des  inconvénients  soit  pour  la 
commodité  du  voisinage,  soit  pour  la  santé,  la  sécurité,  la 
salubrité  publique,  soit  pour  l'agriculture,  soit  pour  la 
protection  de  la  nature  et  de  l'environnement,  soit  pour  la 
conservation  des  sites  et  des  monuments  ainsi  que  des 
éléments du patrimoine archéologique ». 

La nomenclature des installations classées, prévue par l’article L. 511-2 du Code de
l’environnement était fixée, en application de l’article 40 du décret du 21 septembre 1977, par
le décret du 20 mai 1953 dans son annexe I. Celui-ci a été modifié à de nombreuses reprises, et
notamment depuis 1992, date à laquelle une profonde refonte de la nomenclature a été
entreprise en introduisant de nouvelles rubriques caractérisées par une numérotation à quatre
chiffres.
La nomenclature ICPE est le document de référence qui classe les installations selon des
régimes distincts.
A titre d’exemple, les rubriques 1000 et suivantes concernent le stockage des substances
dangereuses, la rubrique 1330 et suivantes visent plus particulièrement les engrais. La rubrique
1330-1 s’applique au stockage d’engrais non conformes à la norme en quantités importantes ; la
rubrique 1331 quant à elle concerne le stockage d’engrais conforme en quantité importante.
Les établissements sont soumis à des régimes différents :

certains établissements sont soumis au régime de la déclaration (D) prévu par
l’article L. 512-11 du Code de l’environnement,

d’autres sont soumis à un régime d’autorisation (A), parfois assorti de
servitude (AS), en fonction de seuils définis par décret (article R. 511-9 et R.
511-10 du Code de l’environnement).

L’usine AZF était classée « SEVESO seuil haut » (AS). A ce titre, certaines obligations lui
incombaient, qui ont évolué avec la modification du droit communautaire.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 147

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

I. 

LA DIRECTIVE SEVESO I 

La directive européenne 82/501/CEE du 24 juin 1982 porte sur la prévention des
accidents majeurs dans les installations industrielles. Elle prévoit la mise en place par les Etats
d'un dispositif de maîtrise des risques présentés par les industries telles que la chimie, les
raffineries, les stockages de produits toxiques ou de gaz liquéfiés susceptibles d'être à l'origine
d'incendies, d'explosions ou de relâchements de gaz toxiques.
En France, le dispositif législatif et réglementaire de l'environnement répondait aux
exigences de la directive. Ainsi ces exigences se retrouvaient déjà dans les dispositions de la loi
de 1976 et du décret de 1977 modifié relatifs aux installations classées pour la protection de
l'environnement. La tâche de transposition des textes a donc été d'autant facilitée. Par ailleurs,
la directive imposait aux Etats membres de mettre en place un contrôle des établissements à
risque, incluant le respect des exigences précédemment citées. Le système d'inspection des
installations classées répondait effectivement à ces exigences
Pour les installations présentant des risques d’accidents majeurs, la directive SEVESO I
du 24 juin 1982 exigeait des exploitants la réalisation d’études de dangers, l’organisation
d’inspections et l’information du public sur la conduite à tenir en cas d’accident.
Sur le site de l’usine AZF, cette réglementation touchait les ateliers utilisant du chlore,
de l’ammoniac et ses dérivés, de l’acide nitrique, des nitrates et ammonitrates.
Le bâtiment 221 n’était pas concerné par les obligations découlant de la directive
SEVESO 1 car le seuil de 2 500 tonnes de produit n’était pas atteint.
II. 

LA DIRECTIVE SEVESO II 

La directive n°96/82 CE a apporté certaines modifications d’importance dans la
réglementation des installations classées, qui se sont traduites par une transposition en droit
interne
A.

LES PRINCIPALES MODIFICATIONS APPORTEES PAR LA DIRECTIVE
SEVESO II

La directive SEVESO II du 9 décembre 1996, applicable à compter du 3 février
2001, prévoit en outre :
‐ la mise en place d’un système de gestion de la sécurité,
‐ un réexamen des études de dangers tous les 5 ans,
‐ la mise en place de plans d’urgence et
‐ la maîtrise de l’urbanisation.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 148

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Concrètement, la réglementation issue de cette directive a notablement modifié les
obligations qui incombaient à l’usine AZF. La nouvelle directive traite « d’établissements » et non
plus « d’installations ». Ce changement de terminologie signifie qu’il n’est plus nécessaire de faire
une distinction entre stockage et mise en œuvre dans un procédé de substances dangereuses.
Quel qu’en soit l’usage, c’est la présence de la substance dangereuse (visée dans l’annexe de la
directive) dans l’usine en quantité supérieure aux seuils qui détermine si l’établissement est
soumis aux dispositions de la directive.
De ce fait, les nouvelles obligations s’appliquaient pour l’ensemble du site
GRANDE PAROISSE, bâtiment 221 en ce compris.
La nouvelle directive donne également une définition de l’Exploitant, ce terme désignant
:
« toute  personne  physique  ou  morale  qui  exploite  ou  détient 
l'établissement  ou  l'installation,  ou,  si  cela  est  prévu  par  la 
législation  nationale,  toute  personne  qui  s'est  vu  déléguer  à 
l'égard  de  ce  fonctionnement  technique  un  pouvoir 
économique déterminant ». 

La notion d’exploitant, qui correspond à une approche plus économique que juridique,
permet de rechercher le pouvoir économique déterminant. Autrement dit, l’exploitant est la
personne qui profite in fine de l’installation. En l’occurrence, le tribunal doit adopter une
définition extensive de la notion d’exploitant et ne pas s’arrêter à la seule personne morale
propriétaire de l’installation.
Dans la suite des développements, lorsque le terme EXPLOITANT sera
utilisé, il conviendra de le comprendre dans sa version extensible, à savoir la
personne qui exerce un pouvoir économique déterminant, à savoir la S.A.
ATOFINA et au final, la S.A. TOTAL.
Avant d’examiner plus en avant le détail de la réglementation, il est intéressant de se
pencher sur la manière dont l’usine AZF appréhendait l’entrée en vigueur du nouveau dispositif
SEVESO II.
A la question :
« le  classement  du  site  en  SEVESO  II  a‐t‐il  entrainé  des 
modifications en ce qui concerne la prévention des risques et la 
sécurité ? »  

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 149

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Georges PAILLAS, chef d’atelier, répondra :
«  à ma connaissance aucun » (D 2287). 

A tout le moins, cette déclaration souligne que GRANDE PAROISSE n’avait pas
fondamentalement modifié sa politique de prévention des risques, et n’avait pas répercuté cette
nécessité à ses employés.
Pourtant, la transposition de la directive SEVESO II s’est traduite par l’adoption de
certains textes en droit interne, directement applicables à l’usine AZF de Toulouse.
B.

LA TRANSPOSITION DE LA DIRECTIVE EN DROIT FRANÇAIS

La transposition dans le droit français de la directive 96/82/CE du 9 décembre 1996
concernant la maîtrise de dangers liés aux accidents majeurs impliquant des substances ou des
préparations dangereuses a été rendue effective après la parution de plusieurs textes, et
notamment :
• Le décret n° 99-1220 du 28 décembre 1999 portant modification du décret
n° 53-578 du 20 mai 1953 relatif à la nomenclature des ICPE (JO du 31
décembre 2000).
• Le décret n° 2000-258 du 20 mars 2000 modifiant le décret n° 77-1133 du
21 septembre 1977 pris pour l’application de la loi n°78-663 du 19 juillet 1976
(JO du 22 mars 2000).
• L’arrêté ministériel du 10 mai 2000 relatif à la prévention des accidents
majeurs impliquant des substances ou des préparations dangereuses présentes
dans certaines catégories d’ICPE soumises à autorisation (JO du 20 juin 2000), et
sa circulaire d’application du 10 mai 2000.
Est également à noter que l’arrêté préfectoral du 18 octobre 2000, qui fait suite à
une demande d’extension de l’usine d’AZF, intègre et réactualise un certain nombre
d’obligations découlant de la directive SEVESO II 55 .
Concrètement, c’est donc l’arrêté du 10 mai 2000 et sa circulaire d’application qui
définissent les modalités d’application de la directive SEVESO II en France.

55

Afin de ne pas alourdir la présentation, les dispositions de cet arrêté préfectoral feront l’objet de développements
ultérieurs.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 150

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

§2 – L’arrêté ministériel du 10 mai 2000
C’est sur cet arrêté que repose principalement la transposition de la directive SEVESO
II. Ce texte dessine deux catégories d’établissements :
• les établissements visés aux § 1.2.1 et 1.2.2 de l’arrêté : les « seuils bas » de la
directive SEVESO ;
• Les établissements visés au §1.2.2 de l’arrêté : les « seuils hauts » de la directive,
ou les établissements dits « A.S », autorisation avec servitudes.
L’usine d’AZF appartient à cette dernière catégorie.
L’arrêté contient certaines dispositions applicables à tous les établissements visés ; il
s’agit notamment de l’obligation de recensement des substances ou préparations dangereuses
susceptibles d’être présentes dans l’établissement et relevant d’une rubrique figurant en annexe
de l’arrêté ou d’une rubrique A.S.
L’arrêté ministériel vise ensuite certaines obligations propres aux établissements visés
aux § 1.2.1 et 1.2.2 (les établissements « seuil bas »), avant de présenter les dispositions
applicables aux établissements « seuil haut», applicables à l’usine AZF.
Il sera pris le parti ici de délaisser les aspects trop généraux de la réglementation
applicable, pour se concentrer sur les principales dispositions techniques dont l’inobservation a
mis en valeur l’inertie de l’EXPLOITANT face à un risque identifié de longue date. Il s’agit
essentiellement d’obligations fortement corrélées, en matière de prévention des accidents
majeurs, et des études de dangers.
I –  

LA  POLITIQUE  DE  PREVENTION  DES  ACCIDENTS  MAJEURS  (PPAM)  ET  LE 
SYSTEME DE GESTION DES RISQUES (SGS) 

L’un des principaux apports de l’arrêté du 10 mai 2000 est de faire porter l’attention de
l’exploitant sur la prévention du risque. Au-delà des exigences réglementaires de nature
technique, ce texte met l’accent sur les dispositions de nature organisationnelle que doivent
prendre les exploitants en matière de prévention des accidents majeurs impliquant des
substances ou préparations dangereuses. Ces dispositions ont pour but tant de minimiser les
risques d’accidents que d’en limiter les conséquences.
Certains articles de l’arrêté visent plus particulièrement la PPAM et le SGS :
Art.  4.  ‐  Les  installations  doivent  être  conçues,  construites, 
exploitées  et  entretenues  en  vue  de  prévenir  les  accidents 
majeurs  impliquant  des  substances  ou  des  préparations 
dangereuses et de limiter leurs conséquences pour l'homme et 
l'environnement. 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 151

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

L'exploitant  définit  une  politique  de  prévention  des  accidents 
majeurs. L'exploitant définit les objectifs, les orientations et les 
moyens pour l'application de cette politique. 
 
Les moyens sont proportionnés aux risques d'accidents majeurs 
identifiés  dans  l'étude  des  dangers  définie  à  l'article  3‐5  du 
décret du 21 septembre 1977 susvisé. 
 
L'exploitant  assure  l'information  du  personnel  de 
l'établissement  sur  la  politique  de  prévention  des  accidents 
majeurs. 
 
Il  veille  à  tout  moment  à  son  application  et  met  en  place  des 
dispositions pour le contrôle de cette application. 
 
Art.  7.  ‐  L'exploitant  met  en  place  dans  l'établissement  un 
système  de  gestion  de  la  sécurité  applicable  à  toutes  les 
installations susceptibles de générer des  accidents majeurs. Le 
système de gestion de la sécurité est conforme aux dispositions 
mentionnées en annexe III au présent arrêté. 
 
L'exploitant  affecte  des  moyens  appropriés  au  système  de 
gestion de la sécurité. Il veille à son bon fonctionnement. 
 
L'exploitant  tient  à  la  disposition  de  l'inspection  des 
installations  classées  les  bilans  mentionnés  au  point  6  de 
l'annexe III au présent arrêté. 
 
L'exploitant  transmet  chaque  année  au  préfet  une  note 
synthétique  présentant  les  résultats  de  l'analyse  définie  au 
point 7‐3 de l'annexe III au présent arrêté. 

Pour les établissements comprenant au moins une installation figurant sur la liste prévue
à l’article 7.7 de la loi du 19 juillet 1976 (établissements AS), les dispositions
organisationnelles prennent la forme d’un Système de Gestion de la Sécurité (SGS).
Ce dernier doit être proportionné aux risques d’accidents majeurs susceptibles d’être générés
par les substances présentes dans ces installations.
:

L’article 2 de l’arrêté du 10 mai 2000 définit le système de gestion de la sécurité comme
« l’ensemble  des  dispositions  mises  en  œuvre  par  l’exploitant 
au  niveau  de  l’établissement,  relatives  à  l’organisation,  aux 
fonctions, aux procédures et aux ressources de tout ordre ayant 
pour  objet  la  prévention  et  le  traitement  des  accidents 
majeurs ». 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 152

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Le SGS doit mettre en œuvre un ensemble contrôlé d’actions planifiées ou
systématiques, fondées sur des procédures ou notes d’organisation écrites. Ces procédures à
caractère descriptif sont déclinées en procédures opératoires, instructions, consignes ou autres
documents.
Ce SGS doit être conforme à l’annexe III de l’arrêté, et l’exploitant doit tenir à la
disposition de l’inspection les bilans sur la gestion du retour d’expérience des accidents,
mentionnés au 6 de l’annexe III.
savoir :

Cette annexe mentionne sept éléments fondamentaux devant figurer dans les SGS, à

-

l’organisation et la formation du personnel,
l’identification et l’évaluation des risques d’accidents majeurs,
la maîtrise des procédés et la maitrise d’exploitation,
la gestion des modifications apportées aux installations,
la gestion des situations d’urgence,
la gestion du retour d’expérience,
le contrôle du système de gestion de la sécurité, audits et revues de direction.

Il ressort de cette brève présentation que le SGS doit s’inscrire dans le système de
gestion général de l’établissement ; il vise l’intégration du paramètre sécurité ou prévention
dans toutes les fonctions de l’établissement.
Face à ces prescriptions, l’EXPLOITANT de l’usine d’AZF a fait montre d’un
laxisme certain à l’égard de la gestion de son SGS.
L’INERIS, dans le cadre de l’un des documents techniques joints au rapport remis au
Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, a donné un avis sur
l’adéquation des « manuels sécurité » de l’établissement de Toulouse aux exigences
réglementaires de l’arrêté du 10 mai 2000.
Pour élaborer son avis, l’INERIS a procédé à l’analyse de deux manuels de sécurité
intitulés :
-

« organisation et système de gestion de la sécurité (SGS) en vue de la prévention des
accidents majeurs », datant du 28 septembre 1999

-

« Manuel sécurité SGS » datant du 27 octobre 2000, référencé SEC/COM/1/01.

L’INERIS a souligné que cette analyse n’était en aucun cas une évaluation du système de
gestion de la sécurité en place sur le site dans la mesure où les informations nécessaires à une
telle évaluation ne se retrouvent pas dans un manuel de sécurité.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 153

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L’INERIS souligne pourtant « Cependant, un manuel de sécurité est le reflet du SGS. En tant
que tel, son analyse constitue un point de départ pour poser des hypothèses sur les forces et les faiblesses du
SGS mis en œuvre ».
Le rapport note que sur le terrain réglementaire, les sept thèmes imposés par l’arrêté du
10 mai 2000 sont abordés. Mais une analyse plus détaillée a permis de mettre en lumière
certaines carences.
En ce qui concerne la PPAM, l’INERIS note que la charte de l’usine reste très
générale et qu’aucune information sur le programme d’actions correspondant aux
engagements pris n’est fournie.
En ce qui concerne la définition des fonctions des personnels associés à la prévention et
au traitement des accidents majeurs, l’INERIS relève que le second manuel de sécurité
datant de 2000, présente une « matrice des attributions en matière de système de
gestion de la sécurité » beaucoup trop générale pour être opérationnelle.
Egalement, est à relever la critique selon laquelle les critères de sélection des
entreprises extérieures ne sont pas liés aux exigences de maîtrise des risques
majeurs. Seuls des critères généraux de renouvellement ont été arrêtés.
L’INERIS a ainsi listé un certain nombre de carences dans les processus de gestion de la
sécurité sur l’usine d’AZF.
Les deux « manuels sécurité » analysés ne présentent pas un degré de précision
suffisant pour permettre de comprendre l’organisation de la maîtrise des risques
majeurs sur le site de Toulouse :
-

absence de programme d’action correspondant aux engagements de
l’industriel en matière de prévention des accidents majeurs,

-

Présentation trop générale des fonctions du personnel impliqué dans la
maîtrise des risques majeurs,

-

Absence de lien entre l’organisation de la formation et les exigences de la
maîtrise des risques majeurs,

-

Absence de lien entre critère de sélection du personnel extérieur et les
exigences de la maîtrise des risques majeurs,

-

absence d’information sur la définition de l’accident majeur, sur les
procédures concernant la réalisation des analyses des risques, les méthodes et
outils utilisés pour définir les IPS, ainsi que sur l’évaluation des risques
d’agressions extérieures,
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 154

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-

absence d’information sur la façon dont les conclusions des analyses de risque
sont traitées dans les consignes d’exploitation,

-

Absence de définition de ce qu’est une « modification »,

-

Absence d’information sur la manière dont sont conçus, gérés et mis à jour
les documents opérationnels du type POI,

-

Absence de critères caractérisant ce qu’est une anomalie à détecter dans le
cadre de la gestion du retour d’expérience.

Ces diverses remarques sont corroborées par la lecture du compte rendu rédigé à la suite
d’une réunion qui s’est tenue le 21 février 2001 avec un organisme d’audit (D 4763).
De son côté, la DRIRE a également eu à examiner le SGS de GRANDE PAROISSE au titre
d’une de ses visites annuelles imposée par la directive SEVESO II.
La dernière visite en date s’est tenue le 17 mai 2001.
A l’examen du manuel "sécurité" SGS référencé SEC/COM/1/01 du 27/10/2000
précité, la DRIRE a communiqué à GRANDE PAROISSE les observations suivantes :
-

concernant le plan d’urgence pour la protection de l’environnement, la
révision 4 datée du 10 juillet 2000 ne tient pas compte des nouvelles
valeurs de l’arrêté préfectoral. Par ailleurs, l’articulation de ce
document vis-à-vis des autres plans d’urgence POI et PPI n’apparait pas
clairement, notamment en ce qui concerne les rejets de gaz toxiques. Le
document est qualifié par GRANDE PAROISSE de procédure d’organisation et n’est
ni géré ni classé comme son POI. A ce sujet, la DRIRE observe que ce document
devrait faire partie d’un chapitre du POI ; de plus, après interrogation des
personnes de l’atelier ACD, le document n’a pas semblé très
opérationnel car peu connu.

-

la gestion du retour d’expérience d’incidents devrait intégrer le paragraphe
concernant la gestion de compte-rendu d’incidents (§ 7.1).

-

pour la partie « contrôle du système de gestion de la sécurité, audit et revue de
direction », les audits internes tels que décrits ne traitent pas de sujets
liés aux risques majeurs et à l’application du SGS.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 155

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D’une façon plus générale, s’agissant de la politique de prévention des accidents majeurs,
les documents présentés dans le manuel SGS (charte société, charte usine et objectifs de
progrès) ne sont pas axés sur la prévention des accidents majeurs ; ils restent trop
généraux.
Il ressort de l’analyse de ces divers documents que l’EXPLOITANT ne possédait pas,
au jour de l’explosion, d'une parfaite maîtrise de son système de gestion et de
prévention des risques majeurs.
Ces  imprécisions,  généralités  et  approximations  dans  le  système  de  gestion  de  la 
sécurité  n’ont  pas  permis  à  l’usine  d’AZF  d’intégrer  la  démarche  nécessaire  à  la 
prévention des risques. Cette attitude se prolonge dans la conduite des études de 
dangers. 

II ‐ 

LES ETUDES DE DANGERS 

Les études de danger sont un élément clé de la gestion des risques au sein des
installations classées. Elles permettent de justifier que le projet mené par l’industriel permet
d’atteindre, dans des conditions économiquement acceptables, un niveau de risque aussi bas que
possible, compte tenu des connaissances, des pratiques et de la vulnérabilité de l’environnement
de l’installation.
Selon l’arrêté du 10 mai 2000 :
 
Art.  8.  ‐  8.1.  Les  études  de  dangers  définies  à  l'article  3‐5  du 
décret  du  21  septembre  1977  susvisé  décrivent,  dans  un 
document  unique  à  l'établissement  ou  dans  plusieurs 
documents  se  rapportant  aux  différentes  installations 
concernées, les mesures d'ordre technique propres à réduire la 
probabilité  et  les  effets  des  accidents  majeurs  ainsi  que  les 
mesures  d'organisation  et  de  gestion  pertinentes  pour  la 
prévention de ces accidents et la réduction de leurs effets. 
 
8.2. Les études de dangers intègrent un document décrivant la 
politique  de  prévention  des  accidents  majeurs  mentionnée  à 
l'article 4 et un document décrivant de manière synthétique le 
système de gestion de la sécurité prévu à l'article 7. 

De façon générale, le contenu de l’étude de dangers doit être en relation avec
l’importance des risques engendrés par l’installation, compte tenu de son environnement et de
la vulnérabilité des intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et 511-1 du Code de
l’environnement.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 156

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La circulaire du 10 mai 2000 relative à la prévention des accidents majeurs impliquant
des substances ou préparations dangereuses (…) rappelle que les études de danger doivent
contenir plusieurs éléments :
-

la description de l’établissement et de son environnement,
l’analyse des risques,
l’analyse des accidents potentiels liés aux installations,
la justification des choix technologiques.

Parmi ces éléments, l’analyse des risques constitue le cœur des études de danger des
installations au sens de l’article 3-5° du décret du 21 septembre 1977. Elle est une démarche
d’identification et de réduction des risques réalisée sous la responsabilité de l’EXPLOITANT.
L’article 4 de l’arrêté du 10 mai 2000 est clair sur cette question :
Elle  décrit  les  scénarios  qui  conduisent  aux  phénomènes 
dangereux et accidents potentiels. Aucun scénario ne doit être 
exclu ou ignoré sans justification préalable. 

L’analyse des risques doit comprendre notamment :
-

l’identification systématique des substances ou des préparations dangereuses
présentes dans l’établissement ;
l’évaluation des dangers des substances ou des préparations recensées ;
en ce qui concerne les installations, notamment celles dans lesquelles sont
utilisées ou mises en œuvre les substances ou préparations dangereuses
recensées :
o l’identification systématique des dangers et l’analyse des phénomènes
liés aux conditions opératoires,
o l’évaluation des conditions d’occurrence des événements identifiés,
o l’évaluation des risques et la démonstration de la maîtrise de ceux-ci
compte tenu de la mise en œuvre des mesures de sécurité, d’ordre
technique mais aussi de nature organisationnelle.

En matière d’analyse des risques, une démarche entièrement rationnelle et
systématique doit prévaloir. Tout risque ne peut être écarté qu’à l’issue de la démonstration
selon laquelle ledit risque ne présente pas de danger, ou peut être aisément maîtrisé.
L’annexe IV de l’arrêté du 10 mai 2000 souligne le fait que « dans son étude de dangers,
l’exploitant précise les mesures de maîtrise des risques mises en œuvre et celles non retenues, ainsi que les
raisons de ce choix ».

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 157

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Seuls certains évènements externes susceptibles de provoquer des accidents majeurs
peuvent ne pas être pris en compte dans l’étude de dangers. Il s’agit par exemple, des chutes de
météorite, des séismes ou des crues d’une certaine importance, ou d’évènements climatiques
d’intensité supérieure à la normale prévisible.
Complétée par les aspects liés à l’accidentologie, l’analyse des risques doit permettre à
l’EXPLOITANT de définir des scénarios d’accident et d’en évaluer les conséquences.
L’analyse des accidents potentiels liés aux installations est également fondamentale.
L’analyse de différents scénarios permet de s’assurer que la conjonction de différents
évènements élémentaires a été prise en compte.
Enfin, compte tenu des caractéristiques de l’établissement et de son environnement, il
doit décrire la nature et l’extension des conséquences que pourrait avoir, à terme, un accident
éventuel pour les populations concernées et l’environnement, et donner des éléments
d’évaluation de la cinétique correspondante.
Tous ces points devraient permettre de mettre en adéquation les études de danger et le
plan d’opération interne à l’établissement (POI) appliqué en cas de sinistre.
La réalisation des études de danger à AZF est sans doute l’élément le plus révélateur de
la persistance de l’EXPLOITANT dans le déni du risque présenté par les produits
stockés dans ses locaux. Cette absence de prise en compte d’un risque largement connu et
prévisible résulte pour une grande part de choix arbitraires et irrationnels dans la conduite
des études de danger. Ou alors, bien pire, il s’agit d’un choix rationnel et particulièrement
inique, avec un grand cynisme, on privilégie la rentabilité sur la sécurité.
Pour bien appréhender le climat général dans lequel GRANDE PAROISSE abordait sa
gestion des risques, il est intéressant de se reporter à une lettre datée du 7 mai 2001, adressée à
M. BIECHLIN par M. Yvan VEROT, directeur du département Hygiène Sécurité
Environnement (HSE) de la société ATOFINA, en lien direct avec la direction HSE de TOTAL.
Cette correspondance faisait suite aux préoccupations de l’INERIS pour l’élaboration des
zones de sécurité en vue des études de maîtrise de l’urbanisation. En réponse au projet de
l’INERIS d’envisager le risque « d’ouverture instantanée, intégrale et inattendue des réservoirs ou
capacités de grand volume contenant du chlore et de l’ammoniac », Monsieur VEROT note :
« Vous  vous  souvenez  sans  doute  que  j’avais  marqué  les  plus 
grandes  réserves  sur  l’opportunité  de  participer  à  une  telle 
étude. Il est un grand principe, qui a été bafoué en la matière, 
et  qui  consiste  à  ne  jamais  laisser  le  soin  à  des  entités 
extérieures  de  réaliser  des  études  à  notre  place  sur  des  sujets 
délicats ».  

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 158

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Quant aux raisons de cette réticence, Monsieur VEROT s’explique 56 :
«  de telles hypothèses sont à considérer comme extrêmement 
improbables et proches de l’irréalisable (…).  
 
Si  l’INERIS  devait  persister  dans  sa  position,  vous  ne  pourrez 
que vous désolidariser de la démarche suivie (ce que l’on aurait 
pu faire au départ). Vous devrez également exiger, qu’au‐delà 
de  tout  a  priori  et  de  tout  dogmatisme,  l’INERIS  justifie  cette 
hypothèse  par  son  expertise  et  par  l’étude  d’antécédents  et 
qu’il met un tel évènement en perspective avec d’autres risques 
du  même  niveau  de  probabilité  et  susceptibles  de  frapper 
l’agglomération  toulousaine :  risques  naturels  et  risques  dus  à 
l’activité  humaine,  et  tout  particulièrement  chute  de  très  gros 
aéronefs… L’étude de type probabiliste s’impose.  
 
Au  premier  chef,  vous  devez  donc  faire  renoncer  l’INERIS  à 
tout  scénario  de  ruine  instantanée  de  stockage  de  grande 
capacité.  La  poursuite  de  votre  participation  volontaire  à 
l’étude doit être conditionnée à cette exigence ». 

Ces instructions adressées par la société mère à un directeur d’usine d’une société
présentée comme indépendante démontrent l’existence d’une politique de la gestion des risques
émanant de la société-mère guidée par l’opportunisme et non par la rationalité.
D’ailleurs GRANDE PAROISSE répercutera l’ordre reçu par une lettre adressée à :
l’INERIS le 28 mai 2001 (scellés, PV n° 2001/537/c/1/8).
« dans  cette  étude,  où  l’INERIS  est  considéré  comme  expert,  il 
ne  nous  appartient  pas  de  valider  vos  hypothèses.  D’autant 
plus que comme nous vous l’avons dit et écrit, les scénarios de 
rupture  instantanée  ne  sont  pas  à  prendre  en  compte  d’après 
notre  interprétation  du  guide  de  maîtrise  de  l’urbanisation 
(scénario C).   

L’examen des diverses pièces du dossier confirme cette volonté permanente de vouloir
conserver la maîtrise de la gestion des risques, tout en restant hermétique aux diverses
recommandations, études ou mises en garde quant à la dangerosité des installations.

56

Les caractères gras figurent sont reproduits de l’original
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 159

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III. 

L’ABSENCE DE REALISATION D’ETUDES DE DANGERS POUR LE BATIMENT 221 

Les divers échanges et correspondances avec la DRIRE soulignent la mauvaise volonté de
l’usine pour la réalisation de ces études de danger.
La DRIRE rappelle que dans le cas de quelques établissements complexes de la chimie
dont fait partie GRANDE PAROISSE, il est nécessaire d’avoir plusieurs études de dangers
répondant à l’article 8 de l’arrêté de 2000 (D 4754).
Dans le prolongement de l’arrêté ministériel du 10 mai 2000, l’arrêté préfectoral
d’octobre 2000 rappelle l’échéancier de la réalisation des études de dangers.
Compte tenu de l’importance du site de GRANDE PAROISSE, celle-ci avait été découpée
en secteurs. Dans son paragraphe 6.3.3, l’arrêté préfectoral prévoyait un calendrier de
transmission des études de danger. S’agissant des bâtiments de fabrication et de stockage
d’ammonitrate, dont le bâtiment 221, l’étude de danger devait être réalisée pour la fin de
l’année 2001. Elle n’était pas commencée au jour de l’explosion.
Mais  au‐delà  même  de  l’absence  de  réalisation,  c’est  la  méthode  générale  suivie 
par  GRANDE  PAROISSE,  sur  instruction  de  la  société‐mère,  qui  ne  respecte  pas  la 
réglementation en la matière. 

IV. 

L’ABSENCE DE COHERENCE DANS LA CONDUITE DES ETUDES DE DANGERS 

En matière d’élaboration des études de danger, les exploitants bénéficient d’une
importante documentation, relayée par l’appui pointilleux de la DRIRE. De plus les différents
textes en vigueur, dont la circulaire du 10 mai 2000, exposent très clairement le contenu et la
méthodologie attendus d’une étude de dangers et attirent l’attention de l’EXPLOITANT sur les
points fondamentaux de ces dernières. L’EXPLOITANT n’est donc pas démuni face à son
obligation de mener des études de danger.
Malgré ce contexte, il ressort de l’examen des différentes pièces du dossier que la
Société GRANDE PAROISSE s’est avant tout fondée sur un postulat d’absence de risque du
bâtiment 221.
Cela est d’autant plus contestable que :
- le risque d’explosion de l’ammonitrate était largement connu au moment des
faits,
- des études de dangers étaient réalisées pour certains bâtiments similaires mais
n’ont pas été transposées au bâtiment 221,
- Les études de dangers ont été élaborées au fur et à mesure par des choix
discrétionnaires et discutables dénués de justification.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 160

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A.

LE RISQUE D’EXPLOSION ETAIT LARGEMENT CONNU

La conduite de plusieurs travaux, à l’extérieur comme à l’intérieur de l’usine AZF, a
attiré l’attention sur l’explosivité des ammonitrates, de telle façon qu’il n’est en aucun cas
possible d’arguer de l’absence de connaissance sur le sujet.
Déjà en 1980, l’Union des Industries Chimiques attirait l’attention de ses adhérents sur
la nécessité de prendre en compte dans l’analyse préliminaire des risques celui de l’apparition et
de l’accumulation d’impuretés instables, et donne l’exemple du trichlorure d’azote (D 6882,
pages 580 à 586).
En 1997, Jean QUINCHON, ingénieur de l’armement, est chargé d’un audit sur le site
de l’usine AZF (D 3112).
Au sujet des ammonitrates, l’expert rapporte que :
«   le  nitrate  d’ammonium  n’est  pas  répertorié  dans  les  fiches 
toxicologiques de l’INRS.  
 
Cependant  il  faut  signaler  que  son  stockage  nécessite  des 
précautions  particulières  et  une  surveillance  attentive  pour 
éviter  le  risque  d’explosion  en  cas  de  pollution  par  des 
matières  organiques,  d’où  l’impérieuse  nécessité  d’une 
grande  propreté  des  stockages  et  l’interdiction  de  toute 
matière  combustible  au  voisinage,  pour  éviter  la  formation 
d’un mélange explosif.  
 
Le  respect  de  ces  précautions,  nécessaire  pour  les 
ammonitrates à usage agricole, est encore plus important pour 
le  nitrate  d’ammonium  industriel  dont  la  porosité  est 
volontairement plus élevée ». (p. 12) 

Cette analyse appelle quelques observations. D’abord, elle met en évidence le caractère
explosif des ammonitrates à usage agricole et du nitrate d’ammonium industriel.
Ensuite, elle attire l’attention sur l’impérieuse nécessité d’entretenir un stockage propre
du produit. Cette exigence sera d’ailleurs traduite par diverses dispositions de l’arrêté
préfectoral du 18 octobre 2000 applicables à GRANDE PAROISSE. Il sera revenu plus longuement
sur ce point lors de l’étude de ce texte, mais il est d’ores et déjà important de noter que les
différents témoignages concordent pour assurer de l’état de vétusté avancé du bâtiment 221 :
dalle de béton quasiment inexistante, divers détritus présents dans l’espace de stockage.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 161

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Autre mise en garde, les travaux menés sous l’égide du Conseil Supérieur des
Installations Classées pour prévenir les accidents majeurs dans les dépôts d’engrais relevant de la
rubrique 1331 auxquels participe Henri FOURNET, envisageaient le risque de contamination
des nitrates. Le compte rendu de la réunion du 25 avril 2001 à laquelle il assiste mentionne au
chapitre « détonation des nitrates » que :
« les participants se sont accordés à reconnaître que même si la 
qualité  des  ammonitrates  conformes  à  la  norme  rend  la 
probabilité  d’une  détonation  très  faible,  les  conditions  de 
stockage peuvent  favoriser dans certains cas ce phénomène ».  
 
« L’ensemble  des  appuis  techniques  (INERIS,  ISPN,  KREBS) 
s’accorde  à  indiquer  que  l’on  ne  peut  pas  occulter  le 
phénomène  d’explosion  des  ammonitrates  dans  les  études  de 
dangers,  même  si  la  probabilité  d’occurrence  est  très  faible, 
notamment pour les ammonitrates conformes à la norme NFU 
42001 » (D 4647).   

De même, le Conseil Supérieur des Installations classées, lors d’une séance du 13
septembre 2001 (D 4646) note que la prise en compte du phénomène de détonation des
ammonitrates ne peut être écartée, notamment en tant que scénario majorant.
C’est dire que l’EXPLOITANT avait une parfaite connaissance du danger représenté par
l’explosion des ammonitrates.
Enfin, le risque explosion et incendie était explicitement visé par l’arrêté
préfectoral du 18 octobre 2000.
En dessous de l’article 1er de l’arrêté, figure la liste des installations présentes au sein de
GRANDE PAROISSE. Le bâtiment 221 est mentionné en tant que service « ateliers
ammonitrates », et au titre des inconvénients remarqués, est inscrit « danger d’explosion et
d’incendie ».
C’est donc dire que le risque d’explosion, loin d’être méconnu, a été largement négligé
par GRANDE PAROISSE.
Au-delà de ce problème, les études de danger réalisées au sein de l’usine laissent
entrevoir une approche très arbitraire de la sécurité, et une absence de rationalité dans le choix
d’écarter l’étude de certains risques.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 162

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B.
DES ETUDES DE DANGERS EXISTAIENT POUR DES BATIMENTS
SIMILAIRES
Monsieur QUINCHON note, dans son rapport déjà mentionné que (D 3112) :
« il  faut  signaler  que  le  stockage  du  nitrate  d’ammonium  est 
l’objet  d’une  surveillance  continue  par  un  réseau  de  détection 
de NOX mis en place dans le cadre d’une étude de dangers. Le 
résultat  de  la  détection  est  reporté  directement  dans  le  local 
des  pompiers  professionnels  du  site,  e  qui  permet  de  réagir 
immédiatement en cas d’incendie, afin de le circonscrire le plus 
vite  possible  (le  risque  d’explosion  n’existant  que  si  le  nitrate 
d’ammonium a été pollué) (p.35).   

On peut être surpris d’une telle observation, en comparaison avec les affirmations des
différents intervenants sur le bâtiment 221 qui affirment que ce dernier ne contenait aucun
détecteur (D 215, D 365, D 1180). Sans doute une explication réside dans la politique
« sélective » de la gestion des risques par l’EXPLOITANT.
Divers témoignages et auditions révèlent que toute l’attention était portée vers certains
stockages importants, et notamment les silos I4, 10 et 17 (D2258). Mais y compris dans ce cas,
le risque explosion a été largement minimisé voire écarté.
Ainsi, une étude de dangers avait été faite sur le seul bâtiment I4 et n’était fondée que
sur le risque de décomposition du produit et la détonation par une onde de choc, en
l’occurrence l’intervention d’une charge explosive extérieure. Mais rien n’avait été fait pour le
bâtiment 221 (D 3349), alors que les deux stockages n’étaient pas fondamentalement différents.
Serge BIECHLIN soutiendra le bien fondé de ce choix en faisant valoir qu’il lui paraît
naturel de « focaliser » son attention sur les bâtiments présentant un stockage plus importants (D
4763). Tout comme, pour la navette CHALLENGER, il n’était pas normal de se focaliser sur
un joint de taille réduite.
La particularité du bâtiment 221 destiné à recevoir des produits déclassés arrivant de
plusieurs secteurs de l’usine, alors que le bâtiment I4 est destiné à recevoir des produits
conformes arrivant du seul atelier de fabrication des ammonitrates n’est donc prise en compte à
aucun moment dans la transposition de l’étude de danger applicable au second bâtiment vers le
premier.
Cette étude, qui retient uniquement comme source potentielle d’une détonation soit
l’initiation par une onde de choc, en l’occurrence l’intervention d’une charge explosive
extérieure, soit la décomposition thermique du produit initiée par un apport d’énergie
extérieure, en l’occurrence la survenance d’un incendie, ne peut donc appréhender le risque de
la mise en détonation des nitrates d’ammonium pouvant résulter de leur contact avec des
produits chimiques incompatibles fabriqués dans d’autres secteurs de l’usine.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 163

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C.

LES ETUDES DE DANGER ONT ETE BATIES SUR DES CHOIX DENUES DE
JUSTIFICATION

Dans une réunion du 11 mars 1999 portant sur les différents scénarios des ateliers
ammoniac, N4B et urée, seuls sont retenus les scénarios de :
-

ouverture de soupape PSV506A/B sur accumulateur NH3 V 106,
rupture canalisation NH3 liquide chaud sortie accumulateur V 106 entre
vanne de sécurité et clapet anti retour,
fuite de gaz de synthèse froid,
fuite solution K2CO3.

Deux autres scénarii ont été rejetés au motif que les participants ont considéré qu’il n’y
aurait que des conséquences matérielles limitées à l’atelier. Cette démarche dénuée de
rationalité va à l’encontre de la procédure rationnelle en matière d’élaboration de scénarios.
Le compte rendu mentionne également qu’à la suite de l’incident du 4/08/1997, les
études d’inflammation seront prises en compte dans l’étude de danger. Cette démarche va de
pair avec l’attitude générale de l’usine, à savoir ne prendre en compte un risque connu une fois
seulement qu’il s’est réalisé.
Quant à savoir pourquoi la gestion du risque est négligée par l’usine, il est
particulièrement instructif de se reporter aux justifications du personnel face à l’observation
selon laquelle le risque d’explosion était connu de longue date.
En réponse à la remarque selon laquelle le risque explosion était identifié par l’arrêté
d’octobre 2000, Monsieur MAILLOT se contentera de répondre que :
« jusqu’au 21 septembre 2001, l’accidentologie connue rendait 
le scénario d’une explosion de nitrate inenvisageable sur le site 
de  l’usine  AZF.  En  effet,  les  causes  répertoriées  d’accidents  ne 
pouvaient  se  réaliser  à  l’intérieur  de  l’usine  (…).  Le  scenario 
d’explosion  n’était  donc  pas  envisagé  par  nous  même »  (D 
3349).  

Cette réponse appelle trois observations :
-

de première part, cette déclaration est contradiction avec le retour
d’expérience résultant de l’accident TERRA (Iowa, USA, 1994) qui a fait
l’objet d’une sensibilisation particulière des personnels en charge de la
sécurité et qui démontre qu’un atelier de production d’ammonitrate peut
exploser, entraînant des décès et de très importants dégâts ;

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 164

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

-

de deuxième part, cette réponse confirme la volonté permanente de
l’EXPLOITANT de s’affranchir des dispositions réglementaires et
de s’ériger en juge de l’opportunité des textes applicables.

-

enfin et de troisième part, elle souligne un net dysfonctionnement dans
l’appréhension du risque : l’EXPLOITANT se concentrait sur certains
risques et en délaissait d’autres. En effet le raisonnement tenu revient à
affirmer que les causes identifiées de risque au sein de l’usine ne pouvaient
pas se produire. Ce qui signifie que les causes non répertoriées pouvaient, à
l’inverse, se produire…

De la même façon, dans une lettre du 1er décembre 1998, dont l’objet est « transposition
de la directive SEVESO II aux engrais », Monsieur FOURNET (direction HSE de la société
GRANDE PAROISSE) note :
« nous  avons  réagi  fortement  par  rapport  aux  préconisations 
de  la  circulaire  concernant  les  scénarios  à  retenir  pour 
l’élaboration  du  plan  d’urgence  externe  l’explosion  ou  la 
décomposition  de  la  plus  grande  cellule  de  stockage »  (scellé 
2001/537/c/1/6). 

C’est par des décisions opportunistes de la sorte que le risque "explosion" a été écarté.
Sans prétendre à l’exhaustivité, quelques exemples complémentaires sont encore
édifiants :
-

dans la fiche extraite du plan d’opération interne en date du 1er mars 2001, à
la rubrique « explosivité » figure la mention « sans objet ».

-

Le risque explosif des nitrates n’avait pas été inscrit dans la brochure
d’information des populations, qui ne fait état que des risques majeurs « gaz
toxique et incendie ».

-

Le risque d’explosion n’avait pas été envisagé et ne correspondait pas aux
études (D 4723).

-

Le POI n’a jamais été modifié pour prendre en compte le risque explosion.

Ces divers exemples sont en réalité diverses facettes d’une même réalité, à savoir la
continuelle prise de recul de l’usine par rapport à ses obligations, qui se traduit par une sous
évaluation du risque.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 165

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

SECTION 2 ‐ 
LES ARRETES PREFECTORAUX  
En complément à la réglementation sur les installations classées, l’usine AZF était
soumise à plusieurs arrêtés précis et techniques en matière de production, de stockage ou encore
de sécurité, de prévention et de formation du personnel.
Notamment, avait vocation à s’appliquer l’arrêté ministériel du 10 janvier 1994
concernant les engrais simples solides à base de nitrates (ammonitrates, sulfonitrates)
correspondant à la norme NFU 42001 (ou à la norme européenne équivalente) ou les engrais
composés à base de nitrate.
Il est à noter que cet arrêté, qui règlemente les nouveaux dépôts relevant de la rubrique
1331 de la nomenclature n’était pas applicable au bâtiment 221 classé 1330-1.
En revanche la DRIRE, suivant ses principes et méthodes habituelles de travail, a intégré
les principales dispositions dans l’arrêté préfectoral d’autorisation du 18 octobre 2000
(D 4497).
Ce dernier arrêté est d’une importance capitale. Son adoption, liée au projet de GRANDE
PAROISSE d’étendre une partie de production de son usine (ammoniac, urée et acide nitrique),
permet de bien comprendre les garanties que devait présenter l’usine au moment de son
extension. Il permettait d’actualiser les prescriptions réglementaires au regard des différentes
études remises par l’industriel (D4723).
En dehors des dispositions particulières liées à l’extension des capacités de production,
l’essentiel du projet d’arrêté reprenait les prescriptions de l’arrêté précédent, en
date du 12 février 1996. Le projet reprenait également les prescriptions résultant de l’entrée
en vigueur de l’arrêté ministériel du 10 mai 2000, lequel transposait la directive SEVESO II.
L’adoption de ce nouvel arrêté a eu pour effet d’imposer de nouvelles obligations à
GRANDE PAROISSE en termes de sécurité, de gestion des produits, ou plus généralement
d’aménagements de l’usine.
Interrogé sur les conséquences nouvelles pour GRANDE PAROISSE de l’entrée en vigueur
de ce nouvel arrêté préfectoral, M. COUTURIER, ingénieur divisionnaire à la DRIRE,
répond (D 4497) :
« Il  y  avait  de  nouvelles  contraintes  dans  le  domaine  de  la 
réduction des risques et des pollutions. Ces contraintes avaient 
pour conséquence pour l’exploitant d’investir dans ce domaine. 
L’arrêté préfectoral d’octobre 2000 formalisait également pour 
la  première  fois  les  prescriptions  contenues  par  la  directive 
SEVESO II.  
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 166

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Ces  prescriptions  s’appliquaient  malgré  tout  à  l’exploitant  au 
travers  de  l’arrêté  ministériel  du  10  mai  2000  qui  lui  était 
imposable. Les conséquences principales de la prise en compte 
dans  l’arrêté  préfectoral  de  la  directive  SEVESO  II  étaient  la 
mise  en  place  dans  l’usine  d’un  système  de  gestion  de  la 
sécurité  et  la  remise  à  jour  de  l’ensemble  des  études  de 
dangers concernant l’ensemble des bâtiments de l’usine ». 

L’arrêté préfectoral permettait d’intégrer certaines dispositions de transposition de la
directive SEVESO II, notamment en matière d’étude de dangers. Mais également, les
nombreuses prescriptions techniques de ce texte visaient plus généralement à améliorer la
sécurité dans son ensemble au sein de l’usine.
Les divers rapports, enquêtes et expertises ont démontré qu’en dépit de
l’entrée en vigueur de ce texte, l’EXPLOITANT a fait preuve d’une grande
constance dans l’inobservation des dispositions de l’arrêté préfectoral du 18
octobre 2000.
Au passage, il y a lieu de souligner que ces manquements délibérés à une
obligation particulière de sécurité résultant de la loi ou du règlement sont
largement postérieures à la prise de contrôle de la société Grande Paroisse par le
groupe TOTAL.
Parmi ces nombreux manquements à cet arrêté préfectoral, certains appellent une
attention toute particulière, ce sont :



le défaut de réalisation de l’étude de dangers (§1),
le défaut de mise en place de mesures de définition de zones de risque incendie et de
dispositif de détection incendie (§ 2),
Les manquements en matière de stockage
o le dépassement du volume de stockage des ammonitrates (§3),
o l’état du produit stocké (§ 4),
o l’état du bâtiment 221 (§ 5),
o la manutention (§ 6),
Les manquements relatifs à la formation du personnel (§ 7),
Les manquements relatifs aux installations électriques (§ 8),

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 167

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§ 1 - Le défaut de réalisation de l’étude de dangers
Selon l’article 9.3.3 de l’arrêté préfectoral du 18 octobre 2000, une étude de
dangers pour le secteur des ammonitrates devait être effectuée pour la fin de
l’année 2001.
Ainsi qu’il l’a été souligné, les études de dangers dans le cadre de la règlementation des
installations classées sont une pièce essentielle dans l’appréciation et la prévention des risques au
sein des établissements. Elles exposent les risques que peut présenter une installation, en
présentant les différentes scenarii susceptibles d’intervenir. Leur contenu doit être en
adéquation avec l’importance des risques engendrés par l’installation.
S’agissant de GRANDE PAROISSE et de son projet d’extension de la production de certains
secteurs, tel le secteur ammonitrate, la réalisation des études de dangers imposées par l’arrêté
préfectoral en 2000 aurait permis notamment d’intégrer le risque explosion, qui jusqu’alors
était totalement nié.
L’étude portant sur les ammonitrates aurait également permis de déterminer les travaux
d’aménagement à réaliser sur le hangar 221.
A la date du 21 septembre 2001, aucune étude n’avait été commencée (D 594) et
l’Administration n’a jamais eu connaissance d’un éventuel projet mené en ce sens (D 4723).
De son coté la SNPE qui était également soumise aux mêmes règles découlant de
SEVESO II avait déjà établi « sept études de dangers : quatre concernent le phosgène, une l'ammoniac,
une le chlore, une les stockages et une dernière les inondations » 57 .
Ce manquement à l’arrêté préfectoral n’est pas anodin : il s’inscrit dans une
ligne de conduite adoptée par l’EXPLOITANT visant à constamment minimiser les
risques présentés par ses bâtiments, tout en favorisant un projet d’extension de la
production suivant en cela les directives du groupe TOTAL.

57

Déclaration de M. Bernard FONTANA, directeur général adjoint du groupe SNPE, devant la Commission
d’enquête parlementaire, t. 2, p. 261
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 168

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§ 2 - Le défaut de mise en place de mesures de définition

de zones de risque incendie et de dispositif de détection incendie
L’arrêté du 18 octobre 2000 déclinait de nombreuses prescriptions techniques dont un
ensemble d’obligations en matière de prévention du risque incendie.
Il n’est pas inutile de rappeler que ce risque incendie, souligné par l’arrêté préfectoral,
était le seul réellement admis par GRANDE PAROISSE s’agissant des ammonitrates, ainsi que
l’atteste le POI organisé la veille de l’explosion.
Pourtant les enquêtes, expertises et témoignages, démontrent que même ce risque était
largement négligé par la direction de GRANDE PAROISSE.
De façon spécifique, le bâtiment 221 était soumis aux prescriptions techniques
particulières du paragraphe 10 visant le secteur « nitrates d’ammonium ». Cet article indique
que les bâtiments servant de stockage aux ammonitrates solides doivent être équipés de
détecteurs incendie et renvoie pour le reste aux paragraphes 6.8 et suivants, dont les principales
dispositions seront rappelées pour mémoire :
6.8.1  –  Définitions    ‐  Les  zones  de  risque  incendie  sont 
constituées  des  volumes  où,  en  raison  des  caractéristiques  et 
des  quantités  de  produits  présents,  même  occasionnellement, 
leur  prise  en  feu  est  susceptible  d’avoir  des  conséquences 
directes ou indirectes sur l’environnement, la sécurité publique 
ou  le  maintien  en  sécurité  des  installations  industrielles  de 
l’établissement. 
 
L’exploitant  déterminera  sous  sa  responsabilité  les  zones  de 
risque  incendie  de  l’établissement.  Il  tiendra  à  jour,  à  la 
disposition de l’inspection des installations classées un plan de 
ces zones.  
 
6.8.5 – Détection incendie‐ Les locaux comportant des zones de 
risque incendie sont équipés d’un réseau de détection incendie 
ou de tout autre système de surveillance approprié.  
 
Tout déclenchement du réseau de détection incendie entraînera 
une  alarme  sonore  et  lumineuse  soit  locale,  soit  transmise  de 
façon à provoquer une alerte immédiate au niveau d’un service 
spécialisé de l’établissement.  
 
6.8.6.1  En  complément  aux  dispositions  du  paragraphe  6.8.4, 
les zones de risque incendie comportent au moins :  
 
Des  robinets  d’incendie  armés  normalisés  permettant  de 
couvrir  l’ensemble  des  zones  installées  près  des  accès.  Les 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 169

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

robinets  d’incendie  armés  pourront  être  remplacés  par  des 
extincteurs à poudre sur roues de 50 Kg ou équivalents ; 
 
Des extincteurs à poudre (ou équivalent) permettant d’assurer 
une  capacité  d’extinction  égale  ou  supérieure  à  celle  d’un 
appareil de type 55 B pour 250 m2 de superficie à protéger ; 
 
Un  extincteur  à  poudre  sur  roue  de  50  kg  (ou  équivalent)  par 
1 000 m2 à protéger et par niveau d’au moins 250 m2. 

En dépit de la précision de
ces
dispositions,
GRANDE
PAROISSE n’a jamais mis en place
de système de détection incendie.
Ce phénomène semble en grande
partie lié à l’absence de prise en
considération généralisée de la
dangerosité du bâtiment 221 et
au souci constant de limiter les
dépenses en matière de sécurité.
Après
coup,
M.
BIECHLIN justifie cette décision
par le fait qu’aucun équipement
électrique ou source de chaleur
ne passait dans le 221.
Mais cette assertion est en
contradiction
avec
le
positionnement du 221 qui n’est
pas isolé, au milieu de nulle part
mais s’intègre dans un ensemble
du 221 au 225 qui comprenait des
produits
organiques
et
inflammables,
comme
le
démontre ce plan établi par
l’INERIS.
Ainsi, les témoignages ne manquent pas pour souligner l’absence de dispositif de
prévention contre l’incendie dans le bâtiment 221.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 170

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Lors d’une audition (D215), M. PALLUEL reconnaîtra que :
« la  zone  de  stockage  des  produits  déclassés  ne  comprend 
aucun détecteur ».  
« le  problème  d’installer  des  détecteurs  dans  cette  zone  de 
stockage n’a jamais été soulevé ».  

Cette constatation est corroborée lors de l’audition de M. Patrick CONDAT,
électricien :
« dans  le  hangar  221  il  n’y  avait  pas  de  système  de  sécurité 
particulier,  pas  d’alarme  incendie,  ni  de  détecteur  de 
température » (D 365).  

Monsieur Jean Jacques MAZET, pompier salarié de GRANDE PAROISSE, rapportera
également que :
« le bâtiment 221 et la sacherie étaient dépourvus de caméras 
de surveillance et d’alarme incendie » (D 1180).  

D’ailleurs conscient du défaut de conformité de l’installation aux prescriptions de
l’arrêté préfectoral et interrogé sur la question, l’ingénieur de la sécurité de l’environnement de
GRANDE PAROISSE espère trouver la parade. Pour Monsieur GELBER, la présence humaine
permanente à proximité du bâtiment 221 suffisait à constituer un moyen de surveillance
approprié, conforme à l’arrêté préfectoral !
On ne peut dans un premier temps qu’être surpris de cette initiative prise par
l’EXPLOITANT, qui aurait consisté à remplacer le dispositif imposé par le texte réglementaire
par un autre dispositif plus fantaisiste et aléatoire.
Puis au-delà de l’étonnement, surgit le doute : les témoignages concordent pour assurer
qu’il n’y avait plus de présence humaine permanente à proximité du bâtiment 221 (D 3459) que
de détecteur d’incendie.
D’ailleurs, à l’affirmation de Monsieur GELBER, Monsieur COUTURIER, représentant
la DRIRE, répond (D 4497) :
« C’est inexact. Il n’y avait pas à proximité de ce bâtiment une 
présence  humaine  permanente.  Cet  argument  qui  est  utilisé 
par  Monsieur  GELBER  pourrait  sinon  s’appliquer  à  tous  les 
autres bâtiments de l’usine. Je confirme que l’usine était tenue 
d’équiper  le  bâtiment  221  de  détecteurs  de  fumée  ou  de  NOX 
(…).  

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 171

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Je peux ajouter que l’usine aurait pu nous saisir d’une demande 
en  faisant  valoir  qu’une  présence  permanente,  24  heures  sur 
24,  dans  le  bâtiment,  comme  par  exemple  à  la  sacherie, 
pouvait se substituer à des détecteurs. Ca n’a pas été le cas. » 

Monsieur COUTURIER poursuit :
« Dans  une  étude  que  la  DRIRE  lui  avait  réclamée  sur  son 
propre  réseau  d’incendie,  GRANDE  PAROISSE  avait  conclu  à  la 
nécessité  de  mettre  en  œuvre  dans  le  bâtiment  221  des 
détecteurs NOX. (…). En effet, dans la perspective de l’entrée en 
vigueur  du  nouvel  arrêté  préfectoral,  nous  avons  demandé  à 
GRANDE  PAROISSE  d’étudier  et  de  quantifier  les  volumes  d’eau 
utilisés pour lutter contre les incendies. Je constate que GRANDE 
PAROISSE n’a pas suivi ses propres recommandations ». 
 
« De  façon  plus  générale,  nous  avions  remarqué  que  GRANDE 
PAROISSE  avait  tendance  à  minimiser  les  moyens  ou 
investissements que réclamait la DRIRE. Avant les faits, nous 
ne savions pas que le bâtiment 221 n’était pas équipé comme 
il aurait dû l’être, de détecteurs incendie.  

Malgré tout, dans une étude du mois de mai 2001 relative à la rétention des eaux
« d’extinction incendie », il est mentionné l’absence de détecteurs dans le bâtiment 221 et la
nécessité d’en mettre en place (D 2211). Force est de constater qu’aucune initiative n’a été prise
en ce sens.
Dans ces conditions, il ne paraît pas sérieusement contestable que l’EXPLOITANT a
manqué à son obligation de pourvoir le bâtiment 221 en équipements de détection d’incendie.

§ 3 - Le dépassement du volume de stockage des ammonitrates
L’article 1er de l’arrêté d’octobre 2000 listait les installations de l’usine visées par la
nomenclature des installations classées. Le bâtiment 221 était classé sous la rubrique 1330-1, qui
autorisait l’entreposage en vrac de 500 tonnes de nitrate.
Or, la masse totale des nitrates présente dans le bâtiment 221 le 21 septembre avant
l’explosion excédait largement celle de 500 tonnes imposée par l’arrêté. La masse de nitrates
déclassés était estimée à 563 tonnes environ selon le rapport de Jean Pierre COUDERC
du 28 mars 2003).
De plus, le stockage n’était constitué que d’un seul tas alors qu’il aurait dû comporter
des tas de 125 tonnes séparés les uns des autres par des passages libres de largeur d’au moins
deux mètres.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 172

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Pourtant, la réglementation en la matière n’était pas inconnue : une consigne
d’exploitation du 3 juillet 2001 rappelle que le stockage maximum autorisé est de 500 tonnes
(D 2211 annexe 3).
La recherche des circonstances dans lesquelles le stockage maximal autorisé a été dépassé
révèle de nombreux points d’ombre.
D’abord, les méthodes mêmes d’évaluation des stockages de produits font naître
quelques doutes quant au respect des consignes de sécurité. Monsieur SAINT PAUL, ancien
directeur de l’usine, reconnaît que :
« ce contrôle était effectué visuellement par le personnel expérimenté de l’usine » (D 4890).
Malgré toutes les compétences que peut posséder le personnel employé sur le site de
GRANDE PAROISSE, cette absence de rationalité dans la gestion de l’ammonitrate laisse perplexe
d’autant que la majorité des intervenants dans le bâtiment 221 n’était pas des salariés de
GRANDE PAROISSE mais des sous-traitants.
Pour aller plus loin dans la compréhension de cette violation ouverte des règles de
stockage, il est intéressant de se reporter aux témoignages de proches de Thierry LE DOUSSAL,
responsable du service environnement de l’usine.
Ce dernier avait fait part à sa femme des soucis que lui causait l’ampleur du tas
d’ammonitrates, qu’il jugeait excessif. Selon ses dires ; il s’agissait d’une véritable poudrière :
« il en faudrait peu pour que cela explose » (D 226).
Peu de temps avant l’accident, des membres de l’entourage de Monsieur LE DOUSSAL
confirment cette inquiétude. Elisabeth BOUSSEMART (D 6055) et Corine CAMPOURCY
ROLAND (D 6057) rapportent que quelques jours avant l’accident, Monsieur LE DOUSSAL,
d’habitude ouvert et jovial, était plutôt taciturne. Une réunion concernant la sécurité du secteur
nitrates était programmée le 17 septembre ; réunion que Thierry LE DOUSSAL prévoyait
houleuse en raison de l’attitude de sa hiérarchie. S’expliquant sur son inquiétude, il a même fait
part à son entourage de pressions de la part de sa hiérarchie face à une notion de rentabilité ou
de danger de sur-stockage.
Ces quelques témoignages recueillis laissent entendre que le dépassement du stockage
autorisé, bien plus qu’ignoré, était largement incité par la direction de l’usine pour des raisons
de rentabilité.
En tout état de cause, le dépassement du seuil de stockage contrevient aux dispositions
de l’arrêté préfectoral du 18 octobre 2000.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 173

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§ 4 - Les manquements en matière de stockage d’ammonitrate :
l’état du produit stocké
Au-delà du problème de dépassement des seuils de stockage, se posait le grave problème
de l’état du produit stocké.
Aux nitrates d’ammonium déclassés déposés dans le bâtiment étaient mêlés des produits
de nettoyage des ateliers I4 et I0. De plus, selon les témoignages, il y avait également parfois
dans le box du bâtiment 221 des morceaux de bois, des pièces métalliques, des vestiges de sacs
plastiques, du papier, ou encore des chiffons (D 362).
De façon plus générale, l’état du bâtiment 221 soulevait de sérieuses questions de
sécurité du stockage au regard des dispositions de l’arrêté préfectoral de 2000.

§ 5 - Les manquements en matière de stockage d’ammonitrate :
l’état du bâtiment 221
Au regard des particularités du stockage de l’ammonitrate, l’arrêté d’octobre 2000
prévoyait également certaines dispositions concernant les bâtiments destinés à recevoir ce
stockage.
Paragraphe 10.1 : Stockage d’ammonitrates solides  
 
Les  dépôts  seront  installés  dans  un  bâtiment  construit  en 
matériaux incombustibles ou en bois ignifugé (…)   
 
Le toit est recouvert de tuiles, de fibrociment ou de toute autre 
substance 
donnant 
des 
garanties 
équivalentes 
d’incombustibilité.  
 
Le sol est étanche et cimenté.  

Il est apparu au fil des investigations que le bâtiment 221 ne présentait aucune des
garanties exigées par l’arrêté préfectoral.
Le bâtiment 221 était notoirement insalubre ; tous les intervenants qui ont eu à
intervenir dans le bâtiment 221 s’accordent à reconnaître sa vétusté (D 10077, D 1078, D
1079).
La dalle en béton du bâtiment 221 était en mauvais état, fissurée et recouverte par
endroits de bitume (D2211).

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 174

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Monsieur Alain BARAFORT, ingénieur divisionnaire, relatait le 6 juillet 2004 que
l’enquête administrative démontrait que l’étanchéité de la dalle du bâtiment 221 n’était pas
parfaite et que l’entretien n’était pas conforme à la réglementation (D 4723).
Selon le rapport remis par Jean Pierre COUDERC, la semelle de nitrate sur le sol du
bâtiment était humide et polluée par des hydrocarbures et suis des moteurs diésels. Ces produits
n’étaient pas purs, contrairement aux dispositions de l’arrêté préfectoral d’octobre 2000.
Cet expert précise :
« Le  béton  constituant  le  sol  du  stockage  principal  était 
dégradé  et  c’est  pour  cette  raison  qu’une  couche  de  nitrates 
damés était laissée dessus. Dans le box, le sol en béton était en 
bon état recouvert d’une couche ou semelle de nitrates damés, 
voire  souillés  (…)  et  humide  le  jour  de  l’explosion  à  cause  du 
vent d’autan ».  

De la même façon, Roger JEANNOT a déposé un rapport spécialisé qui souligne (D
7081) que :
« il  est  constant,  tant  au  regard  des  constatations  des 
enquêteurs  que  des  experts  voire  même  des  écrits  du  conseil 
scientifique  de  la  société  GRANDE  PAROISSE  que  la  semelle  de 
nitrates était polluée ».   

De façon générale, les divers témoignages et expertises ont démontré une absence de
réfection du sol du bâtiment 221 depuis 1930 et son remplacement par une couche
d’ammonitrates tassés.
-

« Le bâtiment 221 faisait partie des plus vieilles constructions de l’usine. Cela datait de l’origine
c'est-à-dire au moins de 50 ans. Le sol s’affaissait à certains endroits. A l’origine, il y avait un
socle en béton mais au fil des années, toute la partie ouest s’est affaissée si bien que le sol était
constitué de produits écrasés et compactés » (D 238).

-

Monsieur Didier CAZENEUVE, ouvrier conducteur magasinier à TMG, rapporte (D
222) : « sur l’état du sol du bâtiment 221 (…) j’ai pu constater depuis toujours que le sol était
inexistant, pratiquement de la terre battue. La seule partie bétonnée était à l’entrée du 221 où les
produits étaient déposés en premier »
Monsieur CAZENEUVE rapportera également (D 337) que « le sol de la deuxième partie
était différent, le béton n’était pas apparent parce qu’il était complètement recouvert d’une couche
de nitrates, couche dont je ne peux vous préciser l’épaisseur. Par contre, il faut que je vous dise que
le nitrate bouffe tout. Des fois, en grattant la couche de nitrate on voyait qu’il n’y avait plus de
béton mais des gravats (…). Il m’est arrivé également de trouver le ferraillage de la chape du béton,
si c’était facile on sortait le fer pour le jeter, si ce n’était pas possible on laissait le fer là dans le tas
et je réaplanissais le sol en nivelant avec du nitrate ».
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 175

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

-

Selon Monsieur Jean Louis CRAMAUSSEL, employé TMG (D 362), « le sol du box était
en béton traité dont la surface était lisse, solide et boueuse par vent d’autan ou par temps humide.
Le reste du bâtiment qui se trouvait après les murets était par contre en très mauvais état. Le sol
était ondulé, avec des trous dans lesquels il pouvait y avoir des bouts de barres de fer de béton armé,
de la boue, des feuilles ou des papiers qui venaient de l’extérieur ».
Ce salarié, interrogé de nouveau, précisera, au sujet du bâtiment 221 (D 221) : « ce
bâtiment était dans un état déplorable, les divers produits entreposés avaient tout détruit (…). Le
sol était affaissé à certains endroits de 50 centimètres, il y avait des ornières de partout. Tous ces
problèmes concernant l’état du bâtiment ont été signalés à plusieurs reprises à la direction mais rien
n’a été fait, il n’y avait pas le budget nécessaire. J’ai parlé du sol, mais les murs du bâtiment
commençaient à se fissurer, ils étaient rongés par le nitrate ».

La direction de l’usine était informée de la nécessité de procéder à une réfection
d’ensemble du bâtiment. Dès 1995, les employés soulevaient la nécessité de refaire le sol ou de
prévoir un système de nettoyage. Une telle décision n’a jamais été prise, et ce pour des raisons
financières (D 210).
De fait, le travail d’entretien était axé sur le curatif et non sur le préventif (D. 1047).
Encore une fois, face aux exigences de sécurité, les préoccupations financières de GRANDE
PAROISSE resurgissent. Pourtant, les audits environnementaux diligentés au moment des
tentatives de cession ont ou auraient dû mettre en évidence ces manquements.

§ 6 - Les manquements en matière de stockage d’ammonitrate : la manutention
Au sujet de la manutention de l’ammonitrate, l’arrêté imposait une prudence
particulière quant à l’état des véhicules amenés à pénétrer dans les locaux de stockage.
10.1  Des  précautions  sont  prises  pour  qu’aucun  déversement 
de  liquides  inflammables  ou  de  substances  combustibles 
liquides  ou  solides  accidentellement  fondues  ne  puissent 
accéder jusqu’au dépôt. 
 
Les appareils mécaniques utilisés à l’intérieur du dépôt pour la 
manutention  des  nitrates  ne  devront  présenter  aucune  partie 
combustible :  ils  seront  disposés  de  façon  à  ne  créer  aucune 
possibilité de mélange d’huile ou de graisses ou de toute autre 
matière combustible avec les nitrates. 
 
La manutention de l’ammonitrate doit se faire uniquement par 
voie  mécanique  à  l’aide  d’une  chargeuse  articulée  à  moteur 
diesel à sécurité renforcée. Des carters efficaces étaient prévus 
pour  éviter  les  fuites  d’huiles  ou  de  graisses,  aucune  trace  de 
lubrifiant ne devra être apparente sur l’appareil. Les points de 
graissage seront protégés.  
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 176

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Malgré les prescriptions de l’arrêté préfectoral, qui indique que seule une chargeuse
articulée est habilitée à manutentionner l’ammonitrate, toutes sortes d’engins pénétraient dans
le box et le reste du bâtiment : pelle à chenille, camion benne (D 1087), pelle mécanique (D
362).
Tous ces véhicules étaient dans un état d’usure avancée, présentaient de nombreuses
fuites d’huile, mais n’étaient pas remplacés pour des raisons d’économie.
Le rapport d’étape de Messieurs PHILIPPOT et DESPRES signale que la totalité de ces
engins ne respecte aucune des spécifications de l’arrêté ministériel du 10 janvier 1994 (D 3134).
Dans ce document déposé le 12 février 2003, ces experts ont relevé que :
« Le  contexte  d’utilisation  au  sein  de  l’usine  AZF  est  singulier 
pour  l’extrême  agressivité  des  produits  manutentionnés. 
L’ambiance  créée  par  ces  produits  corrode  d’une  façon 
exceptionnelle toutes les parties métalliques des engins de telle 
sorte  que  leur  durée  de  vie  est  très  amoindrie  (4  ans 
maximum).  Ainsi  les  portées  de  joints  d’étanchéité  se 
dégradent  très  rapidement,  et  occasionnent  des  fuites  d’huile, 
tant  hydraulique  que  de  lubrification  (boîte  de  vitesse  et 
pont) ».  
 
« Sans  consigne  spécifique  au  sujet  des  fuites  d’huile,  la 
maintenance  a  eu  pour  mission,  non  pas  de  prévenir  lesdites 
fuites,  mais  de  faire  durer  le  matériel  avec  des  fuites 
existantes  permettant  ainsi  un  apport  d’hydrocarbures  au 
sol ». 

De la même façon, la DRIRE émet de sérieux doutes quant à la conformité du chouleur
qui véhiculait les ammonitrates déclassés à l’arrêté préfectoral du 18 octobre 2000 (D 2211).
Le témoignage de Monsieur CRAMAUSSEL (D 362) est également édifiant :
« en  ce  qui  concerne  l’ancien  tractopelle  qui  était  de  marque 
BM‐Volvo, il  était  en mauvais état. Il y avait des fuites d’huile 
importantes  aussi  bien  du  carter  moteur  que  des  différents 
circuits  hydrauliques.  Aucun  entretien  n’était  effectué  sur  cet 
engin. Il a fallu qu’il tombe en panne pour qu’il soit remplacé ».  

De la sorte, l’EXPLOITANT a délibérément manqué à ses obligations en matière de
manutention des stocks d’ammonitrate en laissant, pour des raisons d’économie, des
véhicules non conformes et perdant de l’huile pénétrer dans le bâtiment 221.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 177

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§ 7 - Les manquements relatifs à la formation du personnel
Face à l’utilisation massive de personnel sous-traitant sur le site de GRANDE PAROISSE, se
pose inexorablement la question de la formation assurée par l’usine à ses différents intervants.
Ici encore, l’arrêté du 18 octobre 2000 pose des obligations claires en matière d’information et
de formation du personnel, qui n’ont pas été respectées.
6.1.5 ‐  Formation et information du personnel  
 
L’exploitant doit veiller à la qualification professionnelle et à la 
formation « sécurité » de son personnel.  
 
L’exploitant  doit  veiller  à  la  formation  sécurité  de  son 
personnel sous traitant sur les risques propres de ses unités. 
 
Une  formation  adaptée  doit  être  assurée  par  le  personnel 
affecté  à  l’exploitation  et  à  l’entretien  ou  à  la  surveillance 
d’installations susceptibles, en cas d’incident, de porter atteinte 
à la santé et à la sécurité des personnes.  
 
Cette formation adaptée doit notamment comporter :  
 
- toutes  les  informations  utiles  sur  les  produits  manipulés, 
les  réactions  chimiques  et  opérations  de  fabrication  ou  de 
mélange mises en œuvre, 
- l’information  contenue  dans  les  fiches  de  données  de 
sécurité des divers produits régulièrement tenues à jour et 
conformes à la réglementation, 
- Les explications nécessaires pour la bonne compréhension 
de l’ensemble des consignes, 
- L’entretien  d’une  connaissance  précise  de  la  conduite  des 
unités  en  situation  dégradée  vis‐à‐vis  de  la  sécurité  et  de 
l’intervention sur celle‐ci. (…). 
 
Pour  ces  mêmes  installations,  une  formation  particulière  sera 
dispensée au personnel non affecté spécifiquement aux unités, 
mais  amené  à  intervenir  dans  celles‐ci,  que  ce  personnel  soit 
salarié ou non de l’exploitant.   
 
La  formation  reçue  (cours,  stages,  exercices, …)  par  le 
personnel  de  l’entreprise  et  par  le  personnel  intérimaire  fera 
l’objet de documents archivés  

De même, au titre du paragraphe 6.4.2, les consignes d’exploitation des unités,
stockages et/ou équipements divers constituant un risque pour la sécurité publique sont
obligatoirement établies par écrit et mises à la disposition des opérateurs concernés.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 178

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Or, d’après la DRIRE, la consigne d’exploitation de GRANDE PAROISSE, dont la dernière
révision datait du 15 juillet 2001, n’était pas connue des trois entreprises sous traitantes qui
intervenaient régulièrement sur le bâtiment (D 2211).
Plus largement, l’enquête a mis en valeur l’absence de formation des divers personnels
intervenant sur le site quant à la manipulation des produits, à leurs effets ou à leur dangerosité.
Le personnel n’était même pas toujours sensibilisé au danger de déplacement de produits
entre les différentes zones de l’usine (D 2494).
Il est en effet surprenant de lire les déclarations de Monsieur David FACHIN, employé
de la société SURCA (D 2486) :
« pour  ma  part  j’avais  des  bennes  à  vider  mais  je  ne 
reconnaitrais  pas  particulièrement  les  divers  produits  si  je  les 
voyais. Pour moi, l’ammonitrate c’était les billes blanches. Il est 
bien évident que si un autre produit avait le même aspect, pour 
moi  cela  restait  de  l’ammonitrate ».  Le  chef  d’équipe  de  la 
société  TNG  lui‐même,  Monsieur  Robert  PONS,  ne  savait  pas 
qu’il  ne  fallait  pas  mélanger  le  DCCNa  et  les  ammonitrates  (D 
2494). 

Un intérimaire s’est même étonné de ne pas recevoir de formation sécurité dans une
usine contenant des produits potentiellement dangereux. Ce n’est qu’après en avoir fait la
demande qu’il a bénéficié d’une brève formation sécurité (D 1048).
Il apparaît également que Gilles FAURE avait été abandonné sur place, sans encadrement
ni de la société SURCA ni de l’EXPLOITANT.
Il est inacceptable, au sein d’une usine comme celle d’AZF, qu’une direction accepte de
laisser opérer un personnel peu voire non formé aux précautions et connaissances minimales des
produits manipulés. Ici encore, l’EXPLOITANT a manqué aux obligations découlant de l’arrêté
préfectoral de 2000.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 179

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§ 8 - Les manquements relatifs aux installations électriques
L’arrêté préfectoral disposait que :
Matériels électriques : paragraphe 6.2.5.  
L’installation  électrique  des  ateliers  de  stockage  doit  en 
permanence rester conforme à la réglementation en vigueur et 
en  particulier  au  décret  88‐1056  du  14  novembre  1988  et  aux 
normes NFC 15.100, NFC 13.100 et NFC 13.200. La conformité 
des  installations  électriques  doit  être  contrôlée  au  moins  une 
fois par an par un expert compétent qui doit très explicitement 
mentionner  les  défectuosités  relevées  dans  un  rapport  de 
contrôle. Il doit être remédié à toute défectuosité relevée dans 
les plus brefs délais.  

En matière d’installations électriques, certains manquements ont été relevés à l’encontre
de l’EXPLOITANT. Dans le cadre de l’enquête menée au titre des ICPE, la DRIRE rapporte
que (D2211) :
« Lors  de  l’enquête,  nous  avons  demandé  à  l’exploitant  les 
extraits  des  rapports  relatifs  aux  contrôles  des  matériels 
électriques  des  bâtiments  221  à  225  par  un  organisme 
extérieur.  Le  rapport  de  l’APAVE  du  11  janvier  2000  relève 
notamment  les  observations  suivantes  pour  le  local  221‐222 : 
« fusibles  dissemblables  et  surcalibrés  –  quelques  câbles 
suspendus  non  fixés ».  Le  rapport  de  l’APAVE  de  l’année 
suivante en date du 5 juin 2001 relève les mêmes observations. 
Pour  les  bâtiments  223‐224‐225  attenants  aux  bâtiments  221 
et  222  de  nombreuses  observations  sont  aussi  formulées  sur 
l’état  du  matériel  électrique.  Il  faut  souligner  que  les 
observations  formulées  en  juin  2001  sont  identiques  à  celles 
formulées en janvier 2000 ». 
 
Il en résulte donc qu’il n’a pas été remédié aux défectuosités 
relevées  comme  le  prévoyait  le  paragraphe  6.2.5  de  l’arrêté 
préfectoral ».  

Face à la multitude de manquements constatés à l’égard du seul bâtiment 221, un constat
s’impose. La minimisation du risque et le souci constant de réaliser des économies ont poussé
l’EXPLOITANT à laisser les intervenants non formés à intervenir sur du matériel usé, dans des
conditions de stockage non conformes. Ce cumul de constat souligne, sinon une volonté
affirmée, du moins une constance négligence dans la gestion du risque présenté par les
ammonitrates.
Cette constatation sera davantage confirmée par l’examen du contexte extra juridique
des normes ISO auxquelles l’usine était soumise.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 180

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SECTION 3 ‐ 
NORMALISATION ISO : LEURRE OU REALITE ? 
Au-delà du cadre strictement juridique, l’usine AZF avait mis en place diverses
démarches afin d’obtenir les certifications ISO 9002 et 14 001, respectivement en matière de
qualité et d’environnement. Les certifications étaient assurées avant 2001 par l’Association
française pour le management et l’amélioration de la qualité (AFAQ).
Les deux certificats ISO 9002 délivrés par l’AFAQ à GRANDE PAROISSE Toulouse étaient
les suivants (D 1225) :
-

le n°2202/e, délivré le 2 mai 1997 pour la production et la livraison de
l’acide cyanurique, de mélamine, de résines formol, de formol, d’acide
trichloroisocyanurique, de sodium ;

-

Le n° 1396/e délivré le 2 septembre 1996 pour la production, la livraison et
la commercialisation d’acide nitrique, de nitrate d’ammonium industriel et
d’eau ammoniacale, production et livraison d’ammoniac, d’urée,
d’ammonitrates agricoles, de nitrate d’ammonium en solution chaude et de
solutions azotées, et enfin pour la production de dioxyde de carbone liquide.

L’AFAQ a également certifié l’usine en ISO 14001 le 8 septembre 1998.
A première vue, cette volonté laisserait presque entendre que l’EXPLOITANT,
impliqué dans une démarche de qualité et de souci de développement durable, n’aurait à se
reprocher aucun manquement à ses obligations légales concernant la sécurité et
l’environnement. Ce sera d’ailleurs l’une des premières lignes de défense de la direction au
lendemain de la catastrophe. Interrogé par un journaliste, le directeur de l’usine se défend : « ça
ne peut pas être un accident, nous sommes certifiés ISO 14000 ! » 58
Mais c’est d’abord oublier que peu de temps avant l’accident, divers
dysfonctionnements au sein de l’usine avaient conduit l’AFAQ à suspendre puis retirer
sa certification ISO 14001 (D 1225).
C’est ensuite procéder à une confusion des genres qu’il convient de dissiper. Derrière le
leurre de la norme ISO se cache une réalité tout autre. Loin de nier l’utilité des normes ISO,
chaque référentiel conserve son domaine propre : les certifications ISO ne constituent ni un
gage de sécurité, ni un rempart contre une quelconque responsabilité juridique.

58

Annie THEBAUD-MONY, Travailler peut nuire gravement à la santé, éd. La découverte/poche p. 40.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 181

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Tout au plus, les normes permettent de garantir l’adéquation des procédures de
l’entreprise à des normes reconnues comme acceptables. Bien plus, pour beaucoup
d’entreprises, l’obtention de la certification ISO – particulièrement en matière
d’environnement – relève davantage de procédés commerciaux pour donner une image de
marque, que d’une réelle participation citoyenne (§ 1).
Cette réalité bien appréhendée, l’exemple de l’usine AZF démontre que la certification
peut être maintenue, malgré certaines observations inquiétantes relevées par les auditeurs lors
des divers contrôles effectués sur place. C’est donc dire que la certification n’est pas en soi un
gage de sécurité. En ce sens, les rapports d’audit fournissent des indices précieux quant à la vie
quotidienne de l’entreprise et aux multiples dysfonctionnements dont elle fait l’objet (§ 2).
Enfin, ce qui est sans doute plus marquant encore, l’audition de M. Jean Luc
STRACZEK, responsable des branches environnement et sécurité pout l’Association française
pour le management et l’amélioration de la qualité (AFAQ), révèle que peu de temps avant
l’accident, l’usine de GRANDE PAROISSE avait perdu sa certification 14 001 (D 1226).
C’est dire que le leurre de la certification ne pouvait masquer plus longtemps les anomalies
constatées sur le site ; cette circonstance est de nature à jeter un trouble quant au respect de la
sécurité et de l’environnement sur le site d’AZF (§ 3).

§ 1 - Le respect des normes ISO n’est pas un gage de sécurité
I. 

CONTEXTE GENERAL DES NORMES ISO 

Plusieurs organisations internationales produisent des Normes internationales : la
Commission Electrotechnique Internationale (CEI), l’Organisation Internationale
de Normalisation, ou International Organization for Standadization (ISO) et l’Union
Internationale des Télécommunications (UIT). La CEI est responsable du domaine
électrotechnique et de l’évaluation de la conformité s’y rapportant, l’UIT est chargée des
télécommunications et l’ISO couvre presque tous les autres domaines techniques, un certain
nombre de secteurs de services, les systèmes de gestion et l’évaluation de la conformité.
Les défenseurs de cette uniformisation mettent en avant l’effet induit des normes : dans
un contexte de mondialisation croissante des marchés, ces dernières assureraient une égalité des
chances aux exportateurs et garantiraient que les importations répondent à des niveaux de
performance reconnus à l’échelle internationale. Les Normes Internationales, utilisées dans les
règlements techniques sur les produits, les méthodes de production et les services, joueraient un
rôle important dans le développement durable et faciliteraient le commerce en promouvant la
sécurité, la qualité et la compatibilité technique.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 182

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Les normes sont généralement classées en trois catégories :


les normes de produits se réfèrent aux caractéristiques liées à la qualité et à la
sécurité des produits.
Les normes de processus portent sur les conditions dans lesquelles les produits et
services doivent être produits, conditionnés ou perfectionnés.
Les normes de systèmes de gestion aident les organisations à gérer leurs opérations.
Elles sont souvent utilisées pour créer une structure, permettant ensuite à
l’organisation de satisfaire avec régularité, aux exigences spécifiées dans les normes
de produits et de processus.

Ainsi, les normes ISO 9001 (qualité) et l’ISO 14 001 (environnement) revêtent une
particularité : elles sont des « normes génériques de management » 59 . Cette expression
signifie que les mêmes normes peuvent être appliquées à tout organisme, grand ou petit,
fournisseur de produits ou de services quels qu’ils soient, dans tout secteur d’activité, que
l’organisme en question soit une entreprise commerciale ou une administration publique. L’ISO
9001 contient un ensemble générique d’exigences pour mettre en œuvre un système de
management qualité, tandis que l’ISO 14 001 fournit un système de management
environnemental.
Il s’agit donc d’une édiction de « bonnes pratiques », d’une systématisation ou d’une
rationalisation de méthodes de travail, davantage que l’édiction de procédures aptes à instaurer
une sécurité au sein de l’entreprise.
Interrogé sur ce point, M. GELBER (D 594) énonce que cette démarche :
« consiste  à  dire  comment  est  fabriqué  un  produit  répondant 
aux spécifications et à prouver que l’on fait bien ce que l’on a 
dit.  Il  s’agit  d’une  démarche  commerciale  qui  s’adresse  aux 
clients.  Les  mêmes  principes  ont  été  appliqués  à 
l’environnement  par  le  biais  de  la  norme  ISO  14001.  Cette 
démarche  est  également  volontaire  et  n’a  aucun  caractère 
obligatoire,  réglementaire.  Cette  démarche  est  faite  par 
rapport  au  public,  et  notamment  vis‐à‐vis  des  habitants  du 
voisinage, des associations écologiques et des élus ».  

En somme, la certification vise pour GRANDE PAROISSE bien davantage à (re)dorer son
image commerciale qu’à garantir la qualité de ses procédés.

59

Source : site officiel ISO
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 183

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II. 

LES NORMES ISO 9000 

Un certificat ISO 9001 accordé à une entreprise atteste que cette dernière délivre à sa
clientèle un produit « conforme » à un cahier des charges préalablement défini par elle-même. Le cahier
des charges se décompose en un certain nombre de procédures qui doivent décrire les
différentes étapes de la conception, de la fabrication, du contrôle, des essais du produit et, d’une
manière plus générale, du mode de fonctionnement et de coopération entre les services de
l’organisme pour accomplir tel ou tel acte de sa vie 60 .
Avant l’édiction du millésime 2000, il existait plusieurs normes ISO 9000 :
‐ la norme ISO 9001 gérait la vie de l’entreprise pour la conception, le
développement, la production et la délivrance du produit ;
‐ la norme ISO 9002 gérait la vie de l’entreprise pour la production et la
délivrance du produit ;
‐ la norme ISO 9003 gérait la vie de l’entreprise pour le contrôle et les essais
finaux uniquement.
Aujourd’hui, l’ensemble de ces normes est regroupé sous une seule norme, ISO 9001.
La famille ISO 9000 traite du « management de la qualité ». Ce terme recouvre ce que
l'organisme fait pour satisfaire :
‐ aux exigences qualité des clients,
‐ aux exigences réglementaires applicables,
‐ l’amélioration de la satisfaction des clients,
‐ l'amélioration continue de sa performance dans la réalisation de ces objectifs.
La qualité n’est donc pas synonyme de sécurité !
L’Afnor, qui édicte pour la France les différentes normes 9000, fixe un certain nombre
de thèmes qui doivent obligatoirement faire l’objet de procédures.
Concrètement, l’entreprise qui souhaite obtenir la certification doit dans un premier
temps recenser et rédiger l’ensemble des procédures décrivant son fonctionnement. Elle doit
ensuite faire appel à un organisme certificateur indépendant, lequel vérifie que les procédures
rédigées par l’entreprise auditée correspondent à celles mises en pratique. La certification
s’entend donc de la conformité des procédures d’une entreprise à un cahier des charges qu’elle
s’est fixée au préalable.
Les auditeurs, lorsqu’ils peuvent constater la conformité des procédures, délivrent un
certificat ISO pour deux ans.

60

O. DARMON, Effets pervers des certifications qualité ISO 9000.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 184

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III. 

L’ISO 14001 

La série des normes ISO 14 000 concerne le management environnemental. Elles
permettent aux entreprises et aux organismes d’acquérir des outils et d’intégrer des principes
environnementaux à leur système de gestion déjà en place. Ces outils de gestion de
l’environnement sont des outils de développement durable. Ils permettent de formaliser des
plans d’action pour une meilleure gestion des impacts liés à une activité, un service donné, un
produit utilisé.
La famille ISO 14000 traite du « management environnemental ». Ce terme
recouvre ce que l'organisme fait pour :
Réduire au minimum les effets dommageables de ses activités sur l'environnement et
améliorer en permanence sa performance environnementale.
Ici encore, la certification n’est que provisoire : l’organisme certifié fait l’objet d’audits
de contrôle réguliers, et le certificat doit être renouvelé tous les trois ans.
Ainsi qu’il l’a été relevé, la certification 14 001 d’AZF a perduré malgré certaines
anomalies relevées par les auditeurs au long de ces divers contrôles.

§ 2 - Le maintien de la certification de l’usine AZF
malgré de nombreuses réserves des auditeurs
Avant même le retrait de la certification ISO 14 001, le parcours de l’usine pour obtenir
ce certificat a été pour le moins tumultueux. L’audition de M. Jean Luc STRACZEK,
responsable des branches Environnement et Sécurité pour l’AFAQ, permet de retracer les
divers manquements qui ont conduit au retrait de certification de l’usine AZF (D 1226).
Dans un premier temps, l’AFAQ a réceptionné et étudié des documents concernant les
impacts environnementaux et leurs modes de gestion (D 5378). L’audit de certification s’est
déroulé du 22 au 24 juin 1998, sur le site de l’usine, en présence de deux certificateurs MM
Gabriel ULMANN et Christophe SCHMEIZKY. Ces derniers ont procédé à la visite des
installations en interrogeant le personnel exécutant et en examinant les documents sur place.
Il est important de souligner que « la démarche de certification étant une démarche volontaire
de la part de l’industriel, elle repose essentiellement sur la confiance. De plus, c’est l’audité qui a
connaissance de l’existence de ses installations et non l’auditeur. En conséquence, l’auditeur ne peut que s’en
remettre aux entrepôts et ateliers que lui propose de visiter l’audité, ce dernier le pilotant sur place et le
guidant dans les endroits à visiter » (D 5378). De la sorte, le hangar 221 n’a pas été visité par
les certificateurs parce que la société GRANDE PAROISSE ne l’a pas souhaité ou ne
l’a pas estimé utile...
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 185

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Le rapport d’audit établi le 17 juillet 1998, préconisait une certification de l’entreprise
mais sous réserve de procéder à un suivi annuel rapproché dans les six mois, sur le
constat de certains dysfonctionnements 61 .
En effet, au sein du rapport étaient consignées diverses « remarques » émises tant par les
auditeurs que par l’entreprise auditée. L’auditeur responsable avait également la possibilité
d’émettre certains « commentaires » sur ces remarques.
L’un des commentaires concernait un point faible de l’entreprise : il y est souligné
qu’il n’existe pas au sein de l’usine de cohérence d’ensemble des plans d’urgence.
A l’issue de ce rapport, la procédure a suivi son cours au sein de l’AFAQ et notamment
un passage devant un groupe d’évaluation du comité d’environnement. Ce dernier, ayant estimé
que l’analyse environnementale du site n’était pas complète, n’a pas pris de décision et a
demandé le renvoi vers le Comité d’environnement plénier. Ce comité, qui s’est réuni le 8
septembre 1998, a accordé la certification ISO 14 001 à l’usine de la société GRANDE PAROISSE
mais en imposant un audit de suivi rapproché soit environ dans les six mois de la décision.
Ce suivi a été effectué par M. ULMANN, qui au terme de son rapport d’audit de suivi, a
décidé de maintenir le certificat. Toutefois, le rapport note certains points faibles nouveaux.
Une des remarques nouvelles consignée dans le rapport d’audit de suivi portait sur le fait
que « l’identification des exigences légales applicables n’était pas complète », ce qui
signifie que l’usine ne rapportait pas la preuve que les différents textes applicables au sein de
l’entreprise étaient à disposition. Partant, l’usine ne pouvait pas rapporter la preuve qu’elle
respectait ses obligations légales et règlementaires. Il manquait, entre autres, certains
textes importants en matière de déchets et d’énergie, deux points particulièrement
sensibles comme on le sait.
Il est intéressant d’observer qu’une certification de type ISO 14 001 peut être
maintenue, alors même que l’organisme auditeur n’a pas la possibilité de s’assurer du respect
par l’usine de ses obligations légales et réglementaires. Cette circonstance est donc l’indice
d’une déconnection de la norme et du contexte juridique applicable à l’usine ; en d’autres
termes, la certification ISO 14 001 ne présume en rien du respect par l’usine de ses
différentes obligations légales et réglementaires 62 .

61

62

Après un audit final, il est d’usage de programmer un audit de suivi annuel lorsqu’aucun dysfonctionnement n’est
constaté.
D’ailleurs sur ce point, un rapport de synthèse rédigé à l’initiative du ministère de l’écologie et du développement
durable, et le European union network for implementation and enforcement of environmental law (IMPEL) met en évidence
que « la certification d’une entreprise à la norme ISO 14 000 ne garantit pas un comportement de conformité » ; Lessons
learnt from industrial accidents, p. 72.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 186

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Poursuivant, cette note constate également que certains rejets dans la Garonne,
notamment ceux azotés, restent importants (de l’ordre de 1700 kg par jour). A ces rejets
s’ajoutent des rejets azotés diffus en nappe de l’ordre de 350 kg par jour.
Malgré ces remarques, le groupe d’évaluation de l’AFAQ a maintenu la certification.
Ici encore, on ne peut être que surpris de voir que la certification est maintenue malgré
ces constatations. La seule raison invoquée pour ne pas procéder à un audit complémentaire, est
une « conjecture peu favorable », c'est-à-dire la restructuration attendue dans le cadre du
groupe TOTAL-FINA-ELF.
Cette restructuration, qui fait suite à une fusion-absorption du groupe ELF par TOTAL
après une bataille boursière (cf. IIème partie) semble préoccuper les dirigeants bien davantage que
le respect de la sécurité et l’environnement au sein de l’usine GRANDE PAROISSE.
Au bout d’une année, l’audit de suivi a été réalisé, mais compte tenu de la récurrence
des écarts non levés et des impacts non négligeables sur le milieu, l’auditeur M. ULMANN
propose un maintien de certification avec un audit de suivi rapproché.
En ce qui concerne les remarques relevées à cette occasion :
‐ de nouveau, l’auditeur note que l’usine de GRANDE PAROISSE ne semble
pas détenir tous les textes légaux ; il ne peut donc pas être vérifié sur
place la conformité à ces textes.
‐ Est pointée du doigt une erreur d’orientation de déchets, des déchets
industriels spéciaux ayant été mis à destination de décharge de déchets
ménagers.
‐ GRANDE PAROISSE ne fournit pas les ressources nécessaires au bon
fonctionnement du système mis en place en ce qui concerne
l’environnement. Ici encore, la seule défense de GRANDE PAROISSE se fonde
sur le contexte économique défavorable, c'est-à-dire les difficultés d’écouler
ses produits.
‐ Une autre remarque porte, de nouveau, sur le problème de pollution
azotée de la nappe dans le sol. GRANDE PAROISSE, consciente du
problème, note même des valeurs anormales de nitrates.
Dans sa note de commentaires M. ULMANN souligne que sont présents sur le site de
nombreux petits tas de produits azotés, ce qui présente des risques notamment en période
d’orage et ce par lessivage, voire par introduction d’eau dans le magasin d’expédition des
produits chlorés, avec risque de décomposition de ceux-ci.
Ces dysfonctionnements répétés vont mener à la suspension puis au retrait du certificat
ISO 14 001.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 187

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§ 3 - Le retrait de la certification 14 001 de l’usine peu de temps avant l’accident
Le groupe d’évaluation s’est de nouveau réuni le 29 février 2000. A l’issue de cette
réunion, deux remarques précédemment évoquées sont reclassées en non conformité, ce qui
entraîne une suspension de la certification.
Ces deux remarques portaient sur la pollution azotée et sur l’impossibilité de savoir si
l’usine GRANDE PAROISSE respectait ou non ses obligations légales (cette question revient pour la
troisième année consécutive, sans que GRANDE PAROISSE juge nécessaire d’y porter, au moins
une réponse).
La décision de suspension est notifiée à GRANDE PAROISSE le 8 mars 2000. A la suite
d’une contestation de la société, le groupe d’évaluation s’est de nouveau réuni le 11 avril 2000.
L’une des deux remarques, concernant l’absence des textes applicables, est repassée en simple
remarque, tandis que les rejets d’azote dans le sol et dans Garonne restent un motif de nonconformité. Il est aussi décidé de procéder de nouveau à un audit complémentaire.
M. BIECHLIN fait part à l’AFAQ de sa volonté de voir lever la non-conformité
concernant les rejets azotés. En raison de cette contestation, le dossier est transmis au comité
d’avis et d’appel, un comité interne à l’AFAQ. Ce comité décidera le 27 juin de maintenir la
non-conformité ainsi que l’audit complémentaire. Ce dernier sera regroupé avec l’audit de suivi
n°2, et se déroulera sur le site les 13 et 14 septembre 2000. A l’issue de cet audit, un rapport
préconise le maintien du certificat de non-conformité.
En marge de cet audit, M. ULMANN avait formulé certaines observations quant au
défaut de prévention en matière de risques industriels potentiellement
significatifs (D 5378). Ces remarques, qui portaient notamment sur l’humidité présente sur
les emballages de produits chlorés, n’ont pas été consignées par écrit malgré les hésitations des
auditeurs, car débordant du strict périmètre de leur mission. Néanmoins, ce constat a été
exposé oralement à M. GERBER puis transmis à M. BIECHLIN.
Cependant, à la suite d’éléments fournis par GRANDE PAROISSE, le groupe d’évaluation
du 7 novembre 2000 conclut au maintien du certificat ISO 14001.
Enfin, en mars 2001, soient quelques mois avant la fin du cycle de trois ans prévus,
l’AFAQ a formulé une proposition de renouvellement pour les trois ans à venir, avec un audit
de renouvellement. En date du 2 août 2001, M. GELBER répond qu’il ne souhaitait pas donner
suite à cette proposition, sans en indiquer les raisons.
A cette date, l’AFAQ a retiré la certification de cette entreprise. La procédure normale
veut que dans ce cas, l’entreprise retourne à l’AFAQ son original de certificat, chose que
GRANDE PAROISSE n’avait toujours pas faite au jour d’audition de M. STRACZEK.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 188

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

A la suite de ce retrait de certification, GRANDE PAROISSE s’est tournée vers un autre
organisme, le DNV.
Le choix du DNV n’est pas indifférent. En effet, la lecture du site internet de TOTAL
permet de constater que le DNV est l’organisme de certification choisi par le groupe
TOTAL et imposé à ses filiales 63 .
Au demeurant, on peut s’interroger sur l’indépendance d’un tel organisme. Cette
question n’est pas anodine comme le démontre le précédent des « relations incestueuses » entre
le groupe ENRON et son auditeur, ARTHUR ANDERSEN.
Il est pour le moins surprenant de lire dans les déclarations de M. BIECHLIN (D 823)
que « depuis 2001 nous avons choisi pour aller plus loin un nouvel organisme pour la norme 14 001, le
DNV, organisme d’origine norvégien. Cette démarche est un choix d’entreprise, et n’a aucun caractère
obligatoire ».
Ne s’agissait-il pas davantage de choisir un nouveau partenaire moins exigeant que
l’AFAQ ? M. ULMANN, responsable d’audit à l’AFAQ, estime qu’ « il serait intéressant de
comparer les offres commerciales des deux sociétés de certification. Dans l’hypothèse de tarifs équivalents, il
semblerait évident que la direction de G.P ne recherchait qu’un avis plus favorable débouchant sur
l’obtention de la certification » (D 5381).
La société DNV procèdera à un audit les 4 et 5 septembre 2001. M. GELBER présente
l’appel à cet organisme comme un simple « renouvellement » (D594), mais précise que les
certificateurs n’ont pas vérifié le bâtiment 221. En tout état de cause et selon les dires de M.
BIECHLIN, le certificat aurait été retiré à la suite de l’accident (D 823).
Il ressort de ce qui précède que derrière le vernis de la norme 14 001, l’historique de la
certification d’AZF est révélateur des multiples dysfonctionnements au sein de l’usine. Loin de
garantir le respect de la sécurité sur le site de GRANDE PAROISSE, le parcours de la
certification a au contraire mis en exergue divers manquement aux règles de
sécurité.

63

« Renforcer nos systèmes de management de la sécurité - Les systèmes de management de la sécurité (SMS)
s’appuient sur un ensemble de principes d’organisation et de bonnes pratiques de sécurité reconnus par l’industrie. Ils impliquent
de définir une politique et des objectifs de sécurité, de mettre en place les moyens pour les atteindre, de mesurer les résultats et
d’ajuster les plans d’action. Ils permettent ainsi un progrès permanent en matière de sécurité. Au sein du Groupe, chaque entité a
défini son propre système de management de la sécurité en fonction de ses spécificités : métier, niveau de risque des activités, taille
de ses sites, etc. Par ailleurs, les sites doivent être périodiquement audités au moyen de protocoles internationalement reconnus,
afin d’évaluer l’efficacité de leur organisation. Ainsi, l’International Safety Rating System (ISRS) de la société DNV sert à
l’évaluation des systèmes de management de la sécurité du Raffinage et de la Chimie (…). » http://www.total.com/fr/group/corporate_social_responsibility/securite_industrielle/securite_operations_insta
llations/management_securite
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 189

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Chapitre III Fonctionnement de l’usine
SECTION 1 ‐ ORGANISATION DE L’USINE 
§1 – Organigramme
Comme souvent dans l’industrie pétrochimique, l’organigramme de fonctionnement de
l’usine AZF de Toulouse est de type pyramidal.
M. Serge BIECHLIN, cadre expérimenté et dévoué au groupe industriel qui l’emploie
trente ans, est âgé de 55 ans.
Il est la personne principale qui fait l’interface entre les directions d’ATOFINA et/ou de
TOTAL dans le cadre de la mise en œuvre de la politique générale déterminée par le groupe. A
ce titre, il rend des comptes à ses interlocuteurs auprès de la société GRANDE PAROISSE mais
également au siège de la maison-mère.
Inversement, il est le capitaine du navire et toutes les responsabilités liées à l’exploitation
de l’usine passent entre ses mains.
En effet, l’organigramme tourne autour de M. BIECHLIN, source des décisions et
destinataire des informations concernant l’exploitation de l’usine. Il est aidé




Par un gestionnaire de l’exploitation (M. MAILLOT)
o Qui comprend notamment un responsable des Expéditions en la personne
de M. PANEL
ƒ Qui a confié l’exploitation du hangar 221 à un contremaitre M.
PAILHAS.
Par un responsable « Entretien Services généraux » (M. PETRIKOWSKI)
o Assisté de M. DEBIN
ƒ Secondé par M. FINAZZI
Par un responsable de la sécurité et de l’environnement (M. GELBER)
o Assisté sur la question de la qualité par Mme AUTISSIER
Par un DRH et directeur de la communication (M. GILDAS)
Par des services recherche et procédés auquel est rattaché le laboratoire de
l’usine
Par des services administratifs qui se décomposent
o Service « Achats – Sous-traitants » sous la responsabilité de M. Hoffmann
o Service « Compatibilité »
o Service « contrôle de gestion »
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 190

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§ 2 – La direction « HSE – Hygiène Sécurité et Environnement »
Dans sa note « RGU du 10 juin 1998 - Analyse et commentaires sur les résultats en matière de
sécurité au poste de travail », M. Yves VEROT, directeur de la Sécurité Environnement Industrie
d’ATO adresse une mise en garde à tous les directeurs d’établissements (qu’ils soient
établissements directs d’ATO ou qu’ils soient exploités à travers une autre personne morale,
filiale d’ATO).
Ce genre de document permet de démontrer que l’EXPLOITANT, au sens de la
directive SEVESO II, est bien la personne morale qui « exerce un pouvoir économique prépondérant ».
Dans sa note, Monsieur VEROT relève certains faits ce qui l’amène à émettre les
instructions suivantes applicables par les directeurs des usines concernées comme de simples
subordonnés de la maison-mère :
L'évolution  des  résultats  au  cours  de  la  période  récente  et  les 
accidents du mois écoulé conduisent au constat suivant : 
 
‐ tous les indicateurs sont en régression, 
‐ les  accidents  enregistrés  sont  particulièrement  préoccupants 
de par leur gravité potentielle. 
 
Quels  commentaires  peut‐on  effectuer  sur  cette  situation 
particulièrement insatisfaisante ? 
 
Pour le personnel organique, on enregistre : 
 
‐ de nombreux accidents de déplacement, 
‐ de  nombreux  accidents  dans  la  relation  à  l'équipement 
(appareils, circuits, …) et à l'outillage. 
 
Ce  constat  est  vrai  à  la  fois  pour  les  accidents  avec  et  sans 
arrêt. 
 
Il  apparait  clairement  que  le  comportement  et  la  réalisation 
des  tâches  n'intègrent  pas  suffisamment  les  préoccupations 
de sécurité : 
 
‐ défaut d'affichage clair de la priorité que l'on prétend donner 
à la sécurité ? 
‐ défaut d'implication individuelle et de la hiérarchie ? 
‐ manque d'intérêt au travail ? 
 
Ceci doit nous amener à nous interroger sur des points tels que: 
 
‐ formation initiale et maintient des connaissances ? 
‐ défaut de rigueur ? 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 191

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

‐ rajeunissement et perte de professionnalisme ? 
‐ éloignement vis‐à‐vis de l'équipement ? avec une vue de plus 
en  plus  théorique,  conceptuelle,  procédurière  des 
installations. 
‐ confiance  exagérée  dans  les  commandes  à  distance  et  les 
automatismes ? 
‐ déficit  d'implication  des  lignes  hiérarchiques  et  tout 
particulièrement de la maîtrise postée et de jour ? 
‐ déficit  dans  la  discipline  concernant  le  port  des  équipements 
individuels, dans la tenue des installations, dans les gestes 
et  les  attitudes  lors  des  déplacements  et  dans  les 
mouvements d'objets. 
 
Pour les entreprises extérieures 
 
La situation est tout particulièrement préoccupante du fait de 
la  gravité  potentielle  (heureusement  non  totalement  réalisée) 
des accidents enregistrés.  
 
On  retrouve  les  éléments  liés  aux  déplacements,  aux 
manipulations  d'objets  auxquels  s'ajoutent  l'exposition  aux 
produits du fait de la défaillance dans l'isolement des circuits et 
dans  les  opérations  de  vidange  et  de  purge  ainsi  que  des 
insuffisances  dans  la  définition  et  le  port  des  vêtements  et 
équipements de protection individuelle. 
 
Sont  également  à  noter  des  défauts  importants  dans  les 
renseignements  concernant  la  sécurité  portée  dans  les 
documents pour travaux. 
 
Par  ailleurs,  une  part  importante  des  accidents  concerne  les 
salariés sous emploi précaire, soit employés directement soit à 
travers des entreprises extérieures. 
 
Deux points me paraissent devoir être souligné sur ce sujet : 
 
‐ Il  y  a  une  contradiction  de  fond,  en  regard  de  la  sécurité, 
dans  le  recours  direct  à  des  ETT  pour  des  tâches 
d'exécution  pour  lesquelles,  en  général,  la  sécurité  est 
obtenue  par  le  bon  équipement  individuel,  le  bon 
comportement,  la  réalisation  des  bons  gestes  …  toutes 
choses  qui  s'obtiennent  par  …  l'expérience  …  qu'un 
intérimaire  ne  peut  détenir.  Une  bonne  formation  est 
donc indispensable. 
 
‐ nos  règles  de  sélection  des  entreprises  extérieures  nous 
conduisent  à  limiter  la  proportion  des  ETT.  Nous  ne 
pouvons  cependant  assurer  ce  contrôle  de  façon  efficace 
que  dans  un  rapport  direct  avec  l'entreprise.  Cela  est  très 
difficile lors de sous‐traitance en cascade. 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 192

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

 
Il apparait clairement qu'il nous faille rechercher : 
 
• une reconquête technique, 
• un retour sur le terrain, 
• un renforcement du professionnalisme. 
 
Les  progrès  que  nous  recherchons  s'effectueront  à  travers  le 
collectif  au  travail  sur  le  terrain.  Ce  sont  l'équipe  de  quart 
autour  du  chef  de  quart  et  les  équipes  de  maintenance 
associées qui sont porteuses de la performance.  
 
L'implication et le professionnalisme de la maîtrise de jour et la 
maîtrise poste constituent des éléments fondamentaux. 
 
DES‐I  [la  direction  Environnement  Sécurité  &  Industrie  qu’il 
dirige]  est résolument à vos côtés dans l'effort à accomplir. Elle 
demeure  à  votre  disposition  pour  toute  l'aide  que  nous 
pourrions vous apporter. 
 
Je me permets de vous rappeler : 
 
‐ les  éléments  du  "plan  de  progrès  Sécurité‐Santé  au  poste  de 
travail" – note DES‐I 95‐744. 
‐ ma  note  n°98‐064  du  2  février  1998  qui  montrait 
"l'importance  qu'il  convenait  d'accorder  à  la  formation,  à 
l'entraînement  des  acteurs,  afin  que  s'effectue  réellement, 
au  plan  individuel,  une  appropriation  des  objectifs  et 
préoccupations en matière de sécurité". 
 
La  formation  renforcée  au  poste  de  travail,  le  retour 
d'expérience  au  niveau  des  ateliers  des  incidents  et  accidents 
constitue  certainement  les  éléments  de  base  de  l'amélioration 
recherchée. 

Ce document est d’une grande importance car :

d’une part, il établit que les questions de sécurité sont décidées au plus haut
niveau,
d’autre part, la direction du groupe avait une connaissance des dangers (soustraitance en cascade, défaut de formation des intérimaires, relâchement
général des consignes de sécurité, défaut de transmission des informations sur
certains dangers).

Un autre document permet de démontrer que la question de la sécurité était traitée par
la société mère du groupe, sans tenir compte de l’existence d’une ou plusieurs personnes
morales intermédiaires.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 193

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Dans une lettre du 19 octobre 1998 64 , M. TRAMIER (directeur Environnement et
Sécurité du Groupe) et le professeur AUBIER (médecin-conseil Groupe) invitent les directeurs
Environnement – Sécurité et les directeurs d’établissement à assister à une journée
d’informations le 24 mars 1999 sur le thème « Santé Environnement - Epidémiologie
environnementale ».
M. Serge BIECHLIN a rempli le bulletin réponse pour cette réunion qui était organisée
au siège du groupe à LA DEFENSE.

§ 3 – le rôle des ingénieurs
Il convient de relever que les ingénieurs ne sont pas recrutés par la société GRANDE
PAROISSE mais par la DRH de la société ATOFINA. Par ailleurs, leur évolution de carrière est
prise en compte au niveau global du groupe.
Ensuite, outre les fonctions de production propre à chaque atelier, les ingénieurs étaient
chargés de l’organisation d’un service et de la coordination de la sécurité pour ce service.
Là encore, la communication inter-service était faible, chacun refusant de savoir ce qui se
passait en dehors de son secteur.
Par ailleurs, il a été constaté lors d’exercice de sécurité, un certain laisser-aller et un
refus de se rendre au poste de contrôle pour les ingénieurs de permanence.
Un tel comportement entraînait une atmosphère générale de relâchement, les efforts se
concentrant avant tout sur la production.

§ 4 – le rôle des chefs de quart
En raison d’un fonctionnement permanent de l’usine, il existe une permanence des
équipes dans le cadre d’un aménagement horaire en 5/8.
Pour chaque quart, le chef de quart est le garant au sein de son équipe et hors présence
de la hiérarchie du respect des règles de l’art en matière de sécurité et environnement.
Or, pour des raisons d’économies, la direction de l’usine avait décidé de réduire le
nombre de chef de quart à un seul, pour le secteur concernant le hangar 221.

64

Scellé n° 16B – PV n° 2001/537/C/1/4
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 194

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SECTION 2 – RENTABILITE VS SECURITE 
§1 – La recherche de la rentabilité
I. 

L’EXEMPLE DU SECTEUR STOCKAGE / MANUTENTIONS / CONDITIONNEMENT 
/ EXPEDITIONS DES AMMONITRATES 

A.

PREMIER TEMPS : RESTRUCTURATION

Au début des années 90, le coût des expéditions d’Ammonitrates est parmi les plus
importants du groupe. Il est plus de deux fois plus importants que dans l’usine de
MAZINGARDE (89 FRF/t en 1990, contre 35 FRF/t).
Pour reprendre une note aux membres du CODIR de GRANDE PAROISSE S.A., « le secteur
des expéditions des ammonitrates de TOULOUSE souffre de graves handicaps structurels (...) Ces défauts
structurels contribuent à obérer la productivité et le coût des expéditions des ammonitrates de TOULOUSE
qui figurent parmi les plus mauvaises références de toutes les usines» du Groupe.
Le CODIR décide d’autoriser une restructuration des expéditions en investissant plus de
31 millions de francs « afin de diminuer fortement les frais fixes de l’ensemble du secteur
stockage/manutentions/conditionnement/expéditions des ammonitrates ». Les économies directes de
l’ordre de 4 millions de francs par an ne prennent pas en compte les effets induits dans les autres
services.
Ces économies concernent principalement :
‐ la suppression du personnel à I4 pour palettiser manuellement,
‐ le passage du rythme d’exploitation de 3*8 à 2*8 à I0,
‐ la diminution du coût de la sacherie,
‐ la réduction des prestations d’ensachage,
‐ la diminution des frais d’entretien.
Enfin, la note se termine ainsi :
« A  coté  de  ces  incidences  économiques,  la  réalisation  de  ce 
plan de restructuration permettra : 
‐ d'améliorer  la  qualité  des  palettes  livrées  et  des  services 
rendues  à  la  clientèle  (diminution  des  temps  d’attente  au 
chargement) ; 
‐ d’améliorer la fiabilité et la sécurité de l’ensemble du secteur 
stockage  /  manutentions  /  conditionnement  /  expéditions 
des ammonitrates » 

La question de la sécurité apparaît en dernier ressort et de manière complètement
accessoire.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 195

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

B.

DEUXIEME TEMPS : EXTERNALISATION

Il appartient à M. Stéphane CAINE (Veolia Environnement) de présenter les avantages
attendus d’une externalisation sur les sites industriels 65 :
L’externalisation,  une  pratique  qui  se  généralise  parce  que 
chacun des partenaires y est gagnant : l’industriel qui y trouve 
recentrage sur le cœur  de métier, productivité et réduction des 
coûts, le prestataire qui se voit accorder moyens et durée. 
 
De façon schématique, on sous‐traitait « ce que l’on ne voulait 
pas faire » ou « ce que l’on ne savait pas faire ». La réduction 
des coûts était l’objectif prioritaire et beaucoup d’entreprises 
ont obtenu des résultats très positifs dans ce domaine. 
 
Un  nombre  croissant  d’industriels  privilégient  désormais 
l’externalisation  en  matière  de  services.  Leur  principal  objectif 
est  en  général,  comme  par  le  passé,  la  recherche  de 
productivité.  En  effet,  les  achats  de  sous‐traitance  sont  déjà 
optimisés dans beaucoup d’entreprises et laissent de ce fait peu 
de  place à de nouvelles  réductions des coûts. Pour trouver de 
nouveaux  gisements  de  productivité,  il  faut  donc  réorganiser  
en profondeur les activités périphériques de l’entreprise (le non 
core  business),  lesquelles,  en  général,  sont  en  partie  sous‐
traitées auprès de nombreux prestataires et en partie réalisées 
en interne par l’industriel. 
 
Les risques sur un site industriel  se manifestent souvent aux 
interfaces  de  l’action  des  sous‐traitants  :  le  recours  à  un 
partenaire  pour  l’externalisation    sur  un  périmètre  d’activité 
significatif  limite  la  multiplication  d’entreprises  sous‐
traitantes au sein de l’usine et donc le « risque d’interface ». 

Sur le site AZF, l’externalisation prenait la forme ancienne d’un recours systématique à
la sous-traitance : plus de deux cents salariés avait été transférés auprès d’une trentaine
d’entreprises extérieures pour toutes les activités non productives.
Cette prolifération d’intervenants était source d’un risque d’interface qui s’est concrétisé
dans la gestion des déchets pour lesquels il existait 3 (+1) intervenants sans aucune coordination
entre les différentes entreprises extérieures impliquées.

65

Sébastien CAINE, Externalisation sur les sites industriels : concilier performances économiques et environnementales, Annales
des mines, octobre 2004, p. 63 et s.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 196

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Ainsi, le risque d’interface n’a-t-il pas été pris en compte par GRANDE PAROISSE et M.
BIECHLIN. De la même façon, l’exploitant entretenait une confusion entre environnement et
sécurité du site industriel.

§ 2 – La confusion entre environnement et sécurité
A la lecture des documents relatifs à la sécurité et à l’environnement, il apparaît
clairement que l’environnement constitue un soleil noir qui place dans l’ombre la question plus
fondamentale, plus couteuse et plus difficile de la sécurité.
En effet, le 28 mars 1998, une fuite importante d’ammoniac (NH3) attire l’attention des
responsables sur les risques liés à des stockages très importants dégageant une odeur très forte,
très désagréable et particulièrement irritant.
La politique en faveur de l’environnement va se concentrer, comme pour les autres sites
de GRANDE PAROISSE, sur la diminution de rejet gazeux.
Il faut savoir que l’usine AZF représentait 5 % des rejets poussières (avec l’urée) de
l’industrie chimique française et 95 % de Midi-Pyrénées.
Des efforts très importants vont être consentis pour limiter les rejets gazeux ou en
Garonne. Le tableau ci-dessous illustre le succès de cette politique de lutte contre la pollution.

▲Sources - Rapport de référence enregistré en date du 12 juin 2002 sous le numéro R. 02 – 149 ▲
auprès de la COB, conformément aux dispositions de son règlement n° 98-01, p. 45
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 197

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Cet effort conséquent permit à M. Thierry DESMAREST de déclarer devant la
commission d’enquête de l’Assemblée nationale (p. 441 § 4)
« A Toulouse, sur les dix dernières années, il y a eu 200 millions 
de francs d'investissement de sécurité ». 

Or, cette information est un habile habillage de la réalité car les 200 millions de FRF (30
millions d’euros) consacré à l’usine AZF de Toulouse ne portait pas sur la sécurité mais
principalement sur la diminution des rejets polluants.
Au demeurant, compte tenu de l’ampleur des sommes en jeu, les décisions
d’investissement ont été prises au plus haut niveau des groupes ELF puis TOTAL.

§ 3 – la recherche d’économie
I. 

LA POLYVALENCE SALARIALE 

L’exemple presque caricatural de cette polyvalence salariale concerne les « pompiersélectriciens ».
Pour des raisons d’économies revendiquées, la direction de l’usine AZF impose la
disparition des pompiers affectés à la sécurité du site et leur remplacement par des « pompiersélectriciens ».
Comme cela a déjà évoqué lors d’un CHSCT, cela implique qu’une personne sale doive
intervenir sur un blessé sans avoir le temps matériel de se changer.
Cela implique également un changement radical de mentalité : le respect des consignes
de sécurité passe au second plan derrière la recherche de la rentabilité.
C’est un peu le même but recherché avec les petits arrangements avec les règles de
sécurité qui ont pu être constatés.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 198

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

II. 

PETITS ARRANGEMENTS AVEC LES REGLES DE SECURITE 

La confrontation entre la sécurité et la rentabilité trouve à s’illustrer dans les exemples
relevés par M. Patrick CHASKIEL 66 :
« Dans  chaque  atelier,  les  petites  fuites  de  gaz  toxique  sont 
quotidiennes.  Elles  sont  généralement  attribuées  à  une 
mauvaise  qualité  des  tuyauteries,  régulièrement  corrodées  et, 
surtout, à la faiblesse des joints (…)  
 
Si  la  solution  devait  être  le  changement  des  segments  de 
tuyauteries défectueux, ce que demandaient périodiquement – 
sans  toujours  l’exiger  –  les  salariés  et  leurs  délégués,  ces 
modifications  impliqueraient  un  arrêt  répété  des  installations. 
Du  coup,  ce  sont  les  opérateurs  qui  interviennent  sur  le  tas, 
après  avoir  repéré  le  type  de  gaz  à  son  odeur  et  qui  prennent 
en  charge  la  localisation  de  la  fuite,  par  exemple  en  faisant 
fumer l’ammoniac avec du chlore. 
 
Cette  façon  de  faire :  trouver  une  réponse  immédiate  à  un 
mini‐incident n’est pas conforme aux procédures internes ou à 
la  réglementation,  de  même  elle  n’est  pas  sans  danger  mais 
elle  est  couramment  et  continuellement  pratiquée,  sous  une 
forme ou sous une autre » 

III. 

UN  DEFAUT  D’ENTRETIEN  GENERALISE  DES  ENGINS  INTERVENANT  SUR  LE 
SITE 

MM. les juges d’instruction Fernandez et Suc ont désigné MM. PHILIPPOT et
DESPRES en qualité d’expert afin d’examiner les différents véhicules et engins intervenant sur
le site de l’usine AZF. Les experts devaient notamment vérifier l’état de ces véhicules et leur
conformité avec les différents textes réglementaires applicables en l’espèce, notamment l’arrêté
du 10 janvier 1994 67 et l’arrêté préfectoral du 18 octobre 2000 (Cote DDD).

66
67

Patrick CHASKIEL, op. cit., p. 184.
Arrêté du 10 janvier 1994 concernant les engrais simples solides à base de nitrate (ammonitrates, sulfonitrates...)
correspondant aux spécifications de la norme NFU 42.001 (ou à la norme européenne équivalente) ou engrais
composés à base de nitrates (stockage de), NOR: ENVP9430015A, JORF n°78 du 2 avril 1994.
Article 18 – « Les appareils mécaniques (engins de manutention, bandes transporteuses) utilisés à l’intérieur du magasin de
stockage pour la manutention d’engrais ne devront présenter aucune zone chaude non protégée susceptible d’entrer en contact avec
les engrais (pot d’échappement, ...). Ils seront disposés de façon à ne créer aucune possibilité de mélange de toute matière
combustible avec les engrais azotés. (…) Les engins de manutention doivent être totalement nettoyés avant et après entretien et
réparation, et rangés après chaque séance de travail à l’extérieur du magasin de stockage. Les réparations seront effectuées à
l’extérieur du magasin de stockage ».
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 199

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

L’analyse des experts est sans appel et vient contredire la présentation réconfortante de
l’EXPLOITANT (Cote 3134, p. 26/32) :
Aucun  engin  [travaillant  dans  la  zone  de  l’usine  où 
l’ammonitrate  est  traité  (fabrication,  conditionnement, 
expédition,  rebuts)]  ne  présente  de  protection  empêchant  la 
graisse des articulations de tomber sur le sol. 
 
Seul le chargeur de pneus ne présente pas de fuites d’huile. 
 
Aucun engin  examiné ne respecte la totalité des spécifications 
de  l’arrêt  du  10  janvier  1994  et  ne  respecte  aucune  des 
spécifications de l’arrêté préfectoral du 16 octobre 2000. 
 
Au moins cinq engins présentent des fuites d’huile. 
 
Tous  ces  engins  ont  été  en  contact  avec  du  nitrate 
d’ammonium  qui  a  été  entreposé  dans  le  bâtiment  221 :  soit 
directement    par  une  évolution  de  ceux‐ci  dans  ce  bâtiment, 
soit les fuites de nitrate d’ammonium, inhérentes aux activités 
de manutention à l’atelier d’ensachage 

Dans leurs conclusions, les experts relèvent encore que :
« le  contexte  d’utilisation  au  sein  de  l’usine  AZF  est  singulier 
pour  l’extrême  agressivité  des  produits  manutentionnés. 
L’ambiance  créée  par  ces  produits  corrode  d’une  façon 
exceptionnelle toutes les parties métalliques des engins de telle 
sorte  que  leur  durée  de  vie  est  très  amoindrie  (4  ans 
maximum). 
 
Ainsi,  les  portées  des  joins  d’étanchéité  se  dégradent  très 
rapidement  et  occasionnent  des  fuites  d’huiles,  tant 
hydrauliques que de lubrification (boîte de vitesses et pont). 
 
Sans  consigne  spécifique  au  sujet  des  fuites  d’huile,  la 
maintenance  a  eu  pour  mission,  non  pas  de  prévenir  lesdites 
fuites, mais de faire durer le matériel avec des fuites existantes 
permettant ainsi un apport d’hydrocarbures au sol. 
 
Par ailleurs, les articulations graissées laissent tomber au sol la 
graisse usagée. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 200

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Cette  expertise  démontre  que  l’ammonitrate  du  hangar  221  était  doublement 
contaminé : 
 
‐ 
d’une part, par des hydrocarbures, 
‐ 
d’autre  part,  par  des  particules  métalliques  contenues  en  quantité 
anormales dans les huiles de vidange compte tenu du mauvais entretien ces engins. 
 
L’AMMONITRATE DU HANGAR 221 ETAIT LOIN D’ETRE PUR. 

IV. 

UNE GESTION IMPROVISEE DES RISQUES 

Dans une note très détaillée, Me Nicolas CHAMARET (conseil de M. Gérard
ANGLADE, Cote D 4698) liste les nombreux éléments du dossier d'instruction qui « viennent
établir une certaine accoutumance à l'improvisation, peu compatible avec la rigueur devant présider en
toutes circonstances à la manipulation des produits extrêmement dangereux ».
Il convient à cet égard de relever :
• la disparition du tas de 25 tonnes d'ammonitrate en cours d'expérimentation,
révélatrice d'un désordre notable à l'intérieur de l'usine dans la gestion des stocks
et les mouvements de produits.
• La disparition des 12 flacons de 1,7 Kg de chrome VI oxyde Rectapur (D2724 et
3026), alors que ce produit est particulièrement toxique et dangereux.
Le témoignage sur ce point de Monsieur Serge BIECHLIN s'avère édifiant
(D3026)
« Je ne suis pas d'accord avec le terme de "vol" et préfère parler 
de disparition. 
« Il  est  exact  en  effet  que  le  24  juillet  2001,  le  laboratoire  a 
passé  une  commande  de  12  flacons  de  1,7  Kg  chacun  de 
trioxyde de chrome destinés à doser le carbone organique dans 
la nitrate industriel … 
« Je vous produits la copie de la réception de cette commande 
en  date  du  07/08/2001  sur  laquelle  figure  la  signature  de 
l'intérimaire qui l'a réceptionnée ce jour là… 
« Il est exact cependant que ce produit n'a jamais été retrouvé 
en stock. 
« Ce  n'est  que  le  13/09/2001  que  Monsieur  HOFFMAN  a 
officiellement établi une note à destination de tous les chefs de 
service  de  l'usine  pour  les  informer  de  cette  disparition  et  les 
mettre  en  garde  contre  les  risques  de  ce  produit  qui  est  très 
toxique et dont la récupération est obligatoire pour être ensuite 
acheminée vers des sites de retraitement ». 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 201

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

• les conditions de traitement de la fuite d'acide sulfurique du 14 juillet 2001.
Une telle fuite était évidemment prévisible, un bac de rétention ayant été mis en
place. Toutefois, lorsque cet incident s'est produit, en l'absence de toute
procédure prédéfinie. Selon la procédure finalement mise en œuvre, rien ne
vient établir qu'une partie des résidus de traitement n'a pas été déposée dans
l'atelier 221.
• Le fait évoqué dans plusieurs pièces de la procédure, d'aller chercher librement
une centaine de sacs portant l'inscription « ammonitrate » à la sacherie (secteur
Nord), de les ramener dans la zone chlore du site, avec l'intention d'y utiliser
lesdits sacs pour l'emballage du DCCNA.
Une économie de 15 euros par sac se trouvait réalisée grâce à un tel procédé…
• D 0324 – Audition de Madame Françoise DONZEAU, attachée de clientèle
AZF:
"La politique générale de l'entreprise au siège est à la réduction de coût, moins de
personnels, plus de sous-traitants".
• D279 – Audition de Monsieur Juan IMABLE, manutentionnaire TMG :
"Je tiens à vous dire que de tout temps la direction d'AZF a tout fait pour augmenter la
productivité. A notre niveau on nous a imposé de charger les containers à 19,3 tonnes au
lieu de 18 T. Cela entraînait des problèmes de chargement et de sécurité".
• D405 – Audition de Monsieur LOPIS Jean, conducteur appareil chimique GP :
"J'étais amené à me déplacer dans tout le site de GRANDE PAROISSE avec un de mes
supérieurs car tous les bâtiments sont équipés d'arrivées d'eau, vannes automatiques ou
manuelles. Mais avec les restrictions budgétaires, une seule personne se déplace actuellement
généralement un chef".
• D1028 – Audition du 2 octobre 2001 de Monsieur Frédéric EYCHENNE,
dépanneur ascenseur Sté OTIS :
"Dans la petite maison de l'entrée à cette heure là, il n'y avait plus personne. Je n'ai
jamais vu un garde présent devant ou aux alentours de la barrière la nuit".
"Normalement je devais être accompagné, mais on me refusait cette assistance, sans motif".
"II y avait deux ou trois pompiers chargés de la sécurité dans le premier PC. Je n'ai jamais
vu un garde ou une personne dans ces allées désertes, le soir. Les personnes situées dans le
PC de la tour s'occupaient uniquement du fonctionnement de la tour". »
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 202

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

• D1437 - Audition du 8 octobre 2001 de Monsieur Pascal BECQUAR, chauffeur
SAMAT :
"J'ai remarqué que certains postes, comme celui du chargement de nitrate d'ammonium, me
paraissaient surchargés car le responsable était obligé de s'occuper de plusieurs postes à la
fois. Ce qui entraînait, pour nous transporteurs, des obligations d'attente".
Une telle politique semble ancienne, dans la mesure où Monsieur PANEL (D 210)
indique qu'il avait demandé le remplacement du bâtiment 221, ou à tout le moins, la réfection
de son sol en 1995, demande rejetée "pour des raisons financières".

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 203

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Chapitre IV UNE SOUS-EVALUATION VOLONTAIRE DES RISQUES :
LES DIFFICILES RELATIONS DE L’USINE AVEC LA DRIRE
Section 1 –  
L’INTERVENTION DE LA SOCIETE‐MERE  
DANS LA GESTION DE LA SECURITE DE L’USINE AZF 
Les relations entre l’EXPLOITANT et les autorités de contrôle étaient parfois difficiles.
Il n’en demeure pas moins que nombreux sont les documents qui établissent que :

Le siège de la société holding donnait des instructions au directeur d’un
établissement sans se soucier de l’écran de la personnalité morale. Ainsi, le directeur
Environnement Sécurité Industrie d’ATO exerce-t-il un véritable pouvoir
hiérarchique sur M. Serge BIECHLIN, pourtant apparemment salarié de la société
GRANDE PAROISSE ;

La volonté de minimiser la prise en compte des risques par les autorités de contrôle
émane du siège de la holding.

Dans une note en date du 4 avril 1995, M. Yvan VEROT, Direction Hygiène Sécurité
Environnement Industrie (ATO) 68 , donne des instructions à tous les directeurs d’usine pour
réagir aux exercices de contrôle de l’inspection des installations classées.
J'appelle  donc  votre  attention  sur  l'importance  qu'il  convient 
d'accorder à la préparation et au déroulement des inspections 
de l'Inspection des Installations Classées. 
 
Ces  inspections  devront  faire  l'objet  d'une  préparation 
soigneuse : 
 
‐ récolement préalable interne des arrêtés préfectoraux et des 
textes d'application directe (selon les dispositions internes, 
régulièrement  rappelées    et  tout  particulièrement  dans  le 
cadre  de  la  recherche  de  certification  ISO  14001,  les 
établissements sont appelés à procéder au récolement des 
dispositions qui régissent leurs activités), 
‐ détection des écarts, 
‐ application  et  justification  de  ces  écarts  et  éventuellement 
planning pour les résorber, 

68

DES-I/YV.BM n° 95.190.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 204

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

‐ préparation  des  documents  (consignes,  documents  de 
l'inspection,  études,  etc.…)  à  détenir  à  disposition  dans  le 
cadre de l'inspection DRIRE, 
‐ implication  préalable  des  différents  acteurs  susceptibles 
d'avoir  à  intervenir  ou  pouvant  être  interrogés  lors  de 
l'inspection. 
 
Par  ailleurs,  l'importance  accordée  désormais  au  récolement 
vient confirmer les recommandations formulées à de multiples 
reprises par DSE‐I et concernant : Le soin qu'il faut accorder –
au mot près‐ au contenu des arrêtés préfectoraux, lors de leur 
négociation avec la DRIRE, 
 
L'intérêt qu'il a à renégocier, ou à tout le moins faire connaître, 
à  l'Inspection  des  Installations  Classées,  les  points  des  arrêtés 
préfectoraux  sur  lesquels,  compte  tenu  d'analyses 
complémentaires,  dur  retour  d'expérience,  de  l'évolution  des 
équipements  …,  on  considère  ne  plus  pouvoir,  (ne  plus 
vouloir), suivre les prescriptions de l'arrêté. 
 
Je rappelle, de plus, qu'en application de la Directive 96/82/CE, 
les éléments concernant l'organisation et le Système de Gestion 
de  la  Sécurité  (SGS),  en  vue  de  la  prévention  des  risques 
majeurs  devront  être  justifiés  et  valorisés  dans  les  dossiers  de 
demande d'autorisation.  
 
La  conviction  de  l'Inspecteur  des  Installations  Classées  et  la 
confiance qu'il accorde en ce domaine à l'établissement et à la 
Société constitueront un élément important de la recevabilité. 

Dans une lettre de M. Yvan VEROT 69 , Direction Hygiène Sécurité Environnement
Industrie (ATOFINA) en date du 7 mai 2001, au ton souvent aussi autoritaire que directif, on
peut notamment lire :
J'accuse  réception  de  votre  fax  du  3  mai  dernier  concernant 
l'étude  INERIS  sur  les  zones  de  sécurité  pour  la  maîtrise  de 
l'urbanisation. 
 
Vous  vous  souvenez  sans  doute  que  j'avais  marqué  les  plus 
grandes  réserves  sur  l'opportunité  de  participer  à  une  telle 
étude.  Il est un grand principe, qui a été bafoué en la matière 
et  qui  consiste  à  ne  jamais  laisser  le  soin  à  des  entités 
extérieures  de  réaliser  des  études  à  notre  place  sur  des  sujets 
délicats. 

69

Scellé n° 10 B – PV n° 2001/537/C/1/4 - Note DSE-I/YV/N°01-134 - Lettre adressée à M. BIECHLIN (GPToulouse) avec copie: M. GELBER (GP–TOULOUSE), M. FOURNET (GP-PARIS) M. BERTHE (GPTOULOUSE) M. PY (DHSE.I)
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 205

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

La "règle" demande de réaliser ces études nous‐mêmes et de 
les  soumettre  ensuite  à  un  examen  critique  extérieur.  Nous 
pouvons, ce faisant, et sur des sujets qui relèvent du savoir  et 
des  compétences  de  notre  société  et  de  notre  profession, 
espérer  garder  la  maîtrise  sur  l'ensemble  du  dossier  :  logique, 
références, méthodes, critères, etc. 
 
Pour  des  considérations  locales  vous  avez  cru  bon  de  vous 
rallier  à  une  démarche  fortement  poussée  par  la  DRIRE  et,  de 
façon étonnante, admise sans réserve par d'autres industriels. 
 
(…) 
 
Nous  sommes  désormais  devant  les  difficultés  que  nous 
pouvions anticiper, pour lesquelles il y a, me semble‐t‐il peu de 
solution sauf … l'appel au bon sens … et qui surtout, de par les 
méthodes  utilisées,  les  références  invoquées,  les  scénarios 
envisagés, débordent du cadre strict de l'usine de Toulouse et 
auront  des  conséquences  pour  l'ensemble  de  la  profession 
c'est‐à‐dire l'UIC, le Syndicat des Halogènes et l'UNIFA. 
 
Si l'INERIS devait persister dans sa position vous ne pourrez que 
vous désolidariser de la démarche suivie (ce que l'on aurait pu 
faire au départ …).  
 
Vous  devrez  également  exiger,  qu'au‐delà  de  tout  a  priori  et 
tout  dogmatisme,  l'INERIS  justifie  cette  hypothèse  par  son 
expertise  et  par  l'étude  d'antécédents  et  qu'il  mette  un  tel 
évènement  en  perspective  avec  d'autres  risques  du  même 
niveau  de  probabilité  et  susceptibles  de  frapper 
l'agglomération toulousaine : risques naturels et risques dus à 
l'activité  humaine  et  tout  particulièrement  chute  de  très  gros 
aéronefs … L'étude de type probabiliste s'impose. 
 
Au premier chef vous devez donc faire renoncer l'INERIS à tout 
scénario  de  ruine  instantanée  de  stockage  de  grande 
capacité.  La  poursuite  de  votre  participation  volontaire  à 
l'étude doit être conditionnée à cette exigence. Souvenez‐vous 
que vous engagez la profession dans son ensemble. 
 
Dans sa note de présentation l'INERIS fait référence au "Guide 
de  Maîtrise  de  l'urbanisme".  Ce  guide  a  fait,  en  son  temps, 
l'objet  de  sévères  critiques  de  la  part  de  l'UIC  et  le  Ministère 
s'est rangé à nos arguments.  

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 206

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Il  me  semble  me  souvenir  que  M.  GELBER  dispose  des 
documents  correspondants.  Nous  pouvons  vous  les  fournir.  Il 
est, en tout état de cause, exclu que nous puissions souscrire à 
une  étude  qui  prendrait  sa  "légitimité"  et  son  fondement 
dans  ce  guide  qui  n'a,  par  ailleurs,  aucun  caractère 
réglementaire. 
 
Pour  les  autres  scénarios,  je  n'ai  pas  d'autre  recommandation 
que  celle  de  vérifier  que  l'INERIS  prend  bien  en  compte  les 
éléments  qui  figurent  dans  NOS  études  de  dangers  remises  à 
l'administration  et  les  IPS  correspondants  avec  les  mêmes 
temps de réponse. 
 
Je vous incite enfin à la prudence sur la demande d'information 
relative  à  la  "proportion  massique  maximale  de  l'élément 
chlore  parmi  les  produits  chlorés  …".  Le  chlore  une  fois  lié  à 
d'autres  atomes  n'est  plus  du  "chlore".  Si  les  préoccupations 
portent  sur  les  "chlorocyanuriques"  il  faudra  revenir  au 
comportement particulier de ces produits lorsqu'ils sont soumis 
au feu ou à l'action de l'eau. 

D’après cette lettre, les études de danger constituent des coréalisations entre GRANDE
PAROISSE et ATOFINA, ce qui démontre encore une fois que l’EXPLOITANT au sens de la
Directive SEVESO II n’est pas simplement le propriétaire direct de l’usine mais celui qui exerce
un pouvoir économique déterminant.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 207

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Section 2 –  
LES DIFFICILES RELATIONS AVEC LA DRIRE OU  
COMMENT LE RISQUE D’EXPLOSION A DISPARU DES SCENARII DE RISQUE 
§1 – La suspicion de la DRIRE née des incidents précédents.
Le 27 mars 1998 un grave incident affecte l’exploitation de l’usine AZF entre 4h50 et
6h25. En raison de l’ouverture du disque de rupture sur la conduite d’ammoniac liquide
provoque le lâcher de plus de 10 tonnes d’ammoniac dans l’atmosphère. L’air dans le quartier
d’Empalot devient irrespirable et irritant.
C’était l’incident le plus grave intervenu depuis le début des années 90.
Comme il se doit, M. BIECHLIN adresse à la DRIRE un « compte rendu d’incident ».
Ce document figure au scellé « DRIRE ONZE » (PV 2001/537/G/4) et comporte des
annotations manuscrites d’un certain « AB » :
Ce compte rendu n’est pas sérieux. 
 
Il minimise l’incident. 
 
GP ne précise qu’ils ont bipassé les sécurités. 
 
Pas de consignes précisant les opérations à effectuer après en 
sécurité  du  réservoir  (l’ingénieur  d’astreinte  n’a  pas  été  en 
mesure de nous indiquer s’il y en avait ou pas) (sic !) 
 
Aucun report et enregistrement en salle de contrôle 
 
Aucune  analyse  faite  des  (illisibles)  intempestives  des  vannes 
GESTRA 
 
Des  sécurités  régulées  auraient  dû  être  installés  sur  cette 
ligne ». 

On comprend mieux dans ces conditions pourquoi est obligé de poursuivre l’usine AZF.
Ainsi, dans la lettre du 7 mai 1998 (scellé DRIRE DEUX), M. C. DESMOULINS, directeur de
la DRIRE MIDI PYRENEES constate
Deux points importants de manquement aux règles de sécurité 
qui devaient être appliquées dans votre établissement : 
 
‐ le  personnel  de  conduite  ne  disposait  d’aucune  procédure 
écrite sur la conduite à tenir en cas de déclenchement des 
dispositifs de sécurité installé sur les vannes GESTRA ; 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 208

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

‐ durant  les  50  minutes  qui  se  sont  écoulées  entre  la 
découverte  et  la  décision  d’isoler  la  ligne,  aucune 
vérification  du  niveau  d’ammoniac  n’a  été  faite  afin  de 
confirmer l’hypothèse de la fuite. 

La lettre de la DRIRE continue une véritable mise en cause des règles de sécurité à
l’intérieur de cette usine en signalant « des défauts de conception générale des
installations ».
De la même façon, la DRIRE attirait l’attention de M. BIECHLIN sur le soin à apporter
« à la formation de l’ensemble des personnels de conduite tant sur le retour d’expérience de cet
accident que sur l’application des consignes qui en découleront ».

§2 – La difficile application de la directive SEVESO II
par l’exploitant de l’usine AZF
Dans sa lettre du 3 décembre 2001 à sa hiérarchie, Monsieur Patrick COUTURIER de la
DRIRE, indique que «le risque d’explosion était bien identifié dans l’étude de la DRIRE, mais
qu’un scénario avait été écarté, non seulement des conditions semble-t-il hypothétiques selon
lui, nécessaires au déclenchement d’une explosion, mais aussi du fait des dispositions prises par
l’exploitant en matière de prévention (exploitation, surveillance, etc.) » tout en regrettant que « les
dispositions de prévention du risque d’explosion, identifiées pour le silo 14, n’aient pas été appliquées au
bâtiment 221. »
Or, dans son audition devant la Commission d’enquête parlementaire, Monsieur
DESMAREST a très sérieusement déclaré :
« Les  produits  stockés  dans  le  hangar  221,  où  a  eu  lieu 
l’explosion,  n’étaient  pas  considérés  comme  particulièrement 
dangereux ». 

Dans une lettre du 22 octobre 1999 à MM. LEMAIRE, FOURNET et PEUDPIECE, M.
Serge BIECHLIN 70 , directeur de l’usine, fait le point sur « les écarts entre les plans HSE, demandes
initiales et propositions retenues ». Cette lettre montre la désinvolture et un cynisme certain
d’autant plus insupportable qu’elle traite de la question importante de la sécurité et de la
pollution.
Elle démontre également les écarts importants entre les budgets présentés à la DRIRE et
les réalisations réellement effectuées. Elle démontre un souci d’économies.

7070

Scellé n° 16 B, PV 2001/537/C/1/4
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 209

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

On peut notamment y lire :
Cuvette de rétention 
 
Prévision 940 + 1 400 
Réalisé 940 – reporté au‐delà de 2000 1400 kF 
 
Nous risquons, mais comme depuis toujours, une pollution de la 
Garonne. 
 
Nous risquons une mise en demeure bien qu’ayant proposé un 
échéancier que nous voulons rediscuter avec la DRIRE. 
 
Réglementation d’ordre général 
 
La dépense de 2 500 kF prévue en 2000 est reportée. 
 
En cas de fuite : pollution de la Garonne et mise en demeure. 
 
 
Etude des dangers 
 
Etude suite aux risques TERRA reportée (aux Calendes !) 
 
Vu l’état de l’installation si la dépense  ne se fait pas en 2000, 
elle ne se fera pas ! 
 
Risque : accident type TERRA  

Il faut rappeler ici ce qu’a été l’accident TERRA d’explosion de l’ammonitrate aux USA
qui a fait l’objet par M. PEUDPIECE 71 d’une présentation en juin 2006 à tous les responsables
de l’exploitation : le 13 décembre 1994 à 6h°6, l’explosion de l’unité d’ammonitrate de
TERRA Inc à Port Neal (Iowa USA) fit 4 mors et 18 blessés provoquant des dégâts
considérables, entraînant le lâcher d’environ 5 700 t. d’ammoniac et 100 m3 d’acide
nitrique.
La lettre de MM. Biechlin se poursuit sur le même ton :
Engagements usine 
 
a)  Réduction  des  rejets  nitratés :  dépense  reportée  au‐delà  de 
2000 – Report de notre engagement de progrès 
 
b)  Suppression  sphères  et  modifications  mise  au  stock  froid 
NH3 + rationalisation du circuit ammoniac 

71

Scellé 40 B, PV n° 2001/537/C/1/6
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 210

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Budget initial 1 500 + 3 000 + 1 000 
 
Budget retenu 0 
 
Il s’agit d’une mesure de mise aux normes HSE pour suivre les 
recommandations de la profession. 
 
Risques :  émission  d’ammoniac  suite  à  un  incident  ou  même 
« roll over » avec ruine du stockage froid 5000 t pendant toute 
la période du dépotage important d’ammoniac extérieur. 
 
Remarque : depuis toujours on « fait comme ça » mais on n’a 
de  recommandations  fermes  que  pour  cet  arrêt !!  Si  on  fait 
appel à un expert, il est évident que sa conclusion sera il faut 
faire… 
 
 
c)  Elimination  du  panache  tour  nitrate  –  Selon  l’option  choisie 
cela  coûtera  5 000  à  20 000  k,  essai  programmé 
prochainement. 
 
Affaire  à  suivre  impérativement  car  ce  panache  est  l’objet  de 
critiques  justifiées  de  la  DRIRE,  des  « experts »  locaux  et  de 
notre  environnement.  Je  rappelle  que  nous  représentons  5  % 
des  rejets  poussières  (avec  l’urée)  de  l’industrie  chimique 
française et 95 % de Midi‐Pyrénées !! 
 
 
Autres 
 
RAS.  La  réduction  de  montants  accordés  montre  que  nos 
objectifs  de  progrès  ne  pourront  être  pris  en  compte  dans  les 
prochaines années !! 
 
Etude pollution du sol par ESR : 100 kF reportés ! Dommage ! 
 
Transfert N9 disparu : 3 000 kF… le risque, lui subsiste. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 211

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Chapitre V –
LA JOURNEE DU 21 SEPTEMBRE 2001
SECTION 1 – VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2001 VERS 10H13 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 212

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§ 1 – Querelles entre ouvriers au sujet du drapeau US
Le matin même du 21 septembre 2001, quelques heures avant l’explosion mortelle,
plusieurs querelles entre les chauffeurs routiers et les chargeurs intérimaires semblent avoir eu
lieu, appartenant tous à des entreprises différentes et concurrentes.
La première est relatée par Monsieur Michel MARQUE, chef de quart au service
chargement.
Celui-ci expose qu’à l’occasion de la réparation provisoire d’un coffret électrique, il a
été amené à sollicité l’aide d’un intérimaire tunisien de la société TMG (Hassan JANDOUBI),
qui a tout simplement refusé, affichant, aux dires de Monsieur MARQUE, un sourire narquois.
Monsieur MARQUE a alors rapproché cet incident de celui qui s’était produit quelques
jours plus tôt, lorsque ce même intérimaire, pour une raison inconnue, avait réenclenché la mise
en marche du tapis roulant de chargement alors qu’un autre ouvrier de la société TMG,
Monsieur Daniel LCOSTE était en train d’y effectuer une brève opération de maintenance.
Enfin, cet intérimaire, accompagné de certains de ses collègues, aurait insulté Messieurs
Yann SIMON et Franck AVEZZANI, chauffeurs de la société CNC et badigeonné l’un de leur
camion de colle, au motif que ceux-ci arboraient dans la cabine de leur camion un drapeau
américain et des insignes proaméricaines en soutien aux Etats-Unis qui venaient d’être victimes
de l’attaque des Twin Towers.
Une enquête minutieuse de la SRPJ a permis d’exclure tout lien entre les événements du
« 11 septembre » et l’accident survenu à Toulouse.

§ 2 – Produit transporté par Monsieur FAURE
Il ressort du rapport du CIDECOS (cabinet conseil, chargé par le CHSCT de l’usine AZF
d’une mission d’assistance auprès de la commission d’enquête créée par ce dernier à la suite de
l’explosion), que :
« (Gilles  FAURES)  aurait,  le  18  septembre  2001,  découvert  un 
GRVS  contenant  environ  500  kg  de  nitrate  d’ammonium  dans 
une  benne  de  couleur  bleue  stationnée  dans  le  bâtiment  335, 
transféré son contenu dans une benne de couleur blanche, qu’il 
aurait  laissé  en  attente  dans  ce  bâtiment,  jusqu’au  21 
septembre 2001, date à laquelle il l’aurait transporté jusqu’au 
bâtiment  221  et  déversé  dans  le  sas  de  celui‐ci  avec 
l’autorisation du chef d’atelier du service expéditions. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 213

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L’ordonnance de renvoi conclut (page 135) que :
« En  émettant  l’hypothèse    selon  laquelle  la  benne  blanche 
aurait  en  réalité  contenu  des  produits  chlorés  en  entrant  en 
contact  avec  le  nitrate  d’ammonium  auraient  entraîné  une 
réaction  explosive,  le  document  souligne  que  celle‐ci  s’appuie 
sur le fait qu’un GRVS de produit chloré, le DCCNa crevé, vide et 
non  lavé  a  été  retrouvé  dans  le  bâtiment  335  et  qu’un  autre 
GRVS  contenant  de  l’acide  cyanurique  a  été  retrouvé  à 
proximité  de  ce  même  bâtiment  alors  que  ces  sacs  n’auraient 
jamais du s’y trouver selon les procédures en vigueur. 
 
Il  conclut  ainsi  à  un  défaut  de  maîtrise  quant  à  la  circulation 
des produits et es déchets, nourrissant la thèse d’une pollution 
accidentelle  du  nitrate  d’ammonium  stocké  au  bâtiment  221 
par un produit incompatible fabriqué sur le site ». 

Le rapport de l’inspection du travail confirme ces éléments (page 139 de l’ordonnance
de renvoi) :
« L’inspectrice du travail retient que celui‐ci (Monsieur FAURE) 
aurait retrouvé au bâtiment demi‐grand le 19 septembre 2001 
après le passage de la société FRINSERPLAST un GRVS crevé et 
à  moitié  plein  sans  qu’il  puisse  lui  préciser  si  cet  emballage 
provenait d’une benne bleue chargée le 17 septembre 2001 à I0 
qu’il  avait  vidée  ensuite  dans  ce  bâtiment  ou  s’il  se  trouvait 
parmi les autres sacs déjà présents. 
(…) 
L’inspectrice  indique  que  Gilles  FAURE  a  ensuite  transporté  le 
21  septembre  2001  vers  10h  cette  benne  dans  le  sas  du 
bâtiment  221  après  avoir  demandé  préalablement 
l’autorisation à Georges PAILLAS, chef d’atelier, sans la peser. 
 
Elle  émet  l’hypothèse  que  Gilles  FAURE  ait  pu  ramasser  des 
poussières sur le sol en même temps qu’il ramassait le contenu 
du  sac  et  que  parmi  ces  poussières  se  soit    trouvées  des 
particules de produits chlorés puisqu’elle précise que parmi les 
sacs  vides  repérés  après  les  faits  dans  le  bâtiment  335  se 
trouvaient  des  sacs  de  chaux  vive,  d’urée,  mélamine,  chlorure 
de potassium et un sac de DCCNa. 
 
Elle  ajoute  que  la  mise  en  contact  de  ces  composants  divers, 
particules  de  produits  chlorés,  mélem,  mélamine  a  pu 
provoquer  une  réaction  avec  les  nitrates  se  trouvant  dans  le 
bâtiment 221 (…) ». 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 214

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Monsieur Gilles FAURE a lui-même déclaré à la commission d’enquête interne,
« avoir  effectué  personnellement  deux  transports  de  produits 
vers le box du bâtiment 221 dans la matinée du 21 septembre 
2001,  c’est‐à‐dire  celui  d’une  benne  d’environ  10  tonnes 
d’ammonitrates déclassés en provenance du bâtiment I. et celui 
d’une  benne  provenant  du  bâtiment  335  constituée  avec  des 
produits  résultant  du  secouage  des  sacs  entreposés  dans  ce 
bâtiment,  devant  contenir  environ  500kg  d’ammonitrates,  ce 
dernier  transport  ayant  été  effectué  environ  un  quart  d’heure 
avant l’explosion ». 

§ 3 – Perceptions visuelle et sonore de l’explosion
Peu de personnes ont eu une perception visuelle directe de l’explosion.
Monsieur Christian FUENTES, salarié de la société TMG, qui, à 10h15 se trouve dans
l’axe de la voie A, à proximité de l’atelier RF, déclare avoir aperçu dans un premier temps une
colonne de fumée au dessus du bâtiment dit KG.
Il décrit cette fumée comme étant « grisâtre, non uniforme, dense, avec des nuances légèrement
ocres » ; elle ne lui apparaît « pas en mouvement, mais plutôt comme un trait vertical rectiligne ».
Il dit apercevoir « dans le même temps, un éclair à l’intérieur en direction verticale, bien intégré
dans la partie médiane de la colonne de fumée. Celle-ci va s’affaisser et former une énorme bulle dont la
largeur à la base apparait beaucoup plus importante que celle de la colonne ».
« Le témoin ressent alors un appel d’air qui lui donne l’impression d’attirer les organes de son corps
avant d’entendre une explosion très importante, voir arriver le souffle et un raz de marée de fumée cassant
tout sur son passage et observer quelques secondes après la chute d’une pluie de débris autour de lui ».
Monsieur Philippe GIL qui se trouve à proximité de Monsieur FUENTES déclare quant à
lui voir « dans la zone nord du site et sur la droite de la tour de prilling, un panache de fumée identique à
un cône renversé, partiellement constitué de vapeurs rousses, dont la base n’est pas au niveau du sol, mais
plutôt en altitude et précise ne pas avoir vu l’éclair ».
Plusieurs personnes situées sur le site ou à des distances variables du site de l’usine AZF
ont déclaré avoir entendu une détonation, alors que d’autres affirment en avoir ressenti deux.
De même, le temps qui s’est écoulé entre l’apparition de l’éclair et la détonation a été
perçu différemment par les divers témoins.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 215

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Ainsi, Monsieur FUENTES, salarié de la société TMG, qui se trouvait sur le site de
l’usine AZF à 10h15, sur l’axe A, à côté du bâtiment RF, évalue à « environ une ou deux secondes le
temps écoulé entre l’apparition de l’éclair et la détonation ».
Monsieur Philippe GIL, qui se trouve à côté de Monsieur FUENTES au moment de
l’explosion, déclare percevoir « un bruit anormal, suivi quatre ou cinq secondes après d’une explosion
avec un bruit beaucoup plus important que le premier ».
Monsieur Jean ROUCH, chef de quart responsable à la production de nitrates, se trouve
à l’intersection de l’allée centrale et à proximité du bâtiment N4A, lorsqu’il « entend une
explosion sur la droite qui lui fait tourner la tête dans cette direction. Il aperçoit ainsi une boule de feu assez
volumineuse au dessus du bâtiment I4 (…° Il précise n’avoir pas vu d’éclair ou de flash lumineux avant la
boule de feu ».
Plusieurs personnes situées sur le site AZF ou à l’extérieur ont déclaré avoir entendu
deux explosions séparées l’une de l’autre d’un laps de temps variant de deux/trois secondes à
douze/quinze secondes selon les témoignages.
Les enregistrements du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) utilisés pour
déterminer le nombre d’explosions qui se sont effectivement produites, concernaient d’une
part, les ondes sismiques et d’autre part les ondes acoustiques.
Après étude des ondes sismiques relevées, les techniciens ont conclu qu’il n’y avait pas
eu de « sources multiples à l’intérieur du signal détecté, c’est-à-dire des sources d’énergie comparable,
séparées par un intervalle de quelques secondes. Une étude fine de ces données dabs les 10 minutes précédant
l’explosion ne met en évidence aucun évènement situé au même endroit que l’explosion détectée ».
Ainsi que l’a relevé l’ordonnance de renvoi (page 60),
« (…) aucune explosion mettant en jeu une énergie supérieure à 
quelques  centaines  de  kilogrammes  d’équivalent  de  TNT  ne 
s’est  produite  dans  les  dix  minutes  précédant  l’évènement 
principal ». 

Les techniciens du CEA ont abouti à la même conclusion après étude des ondes
acoustiques relevées.
Le rapport d’expertise déposé le 25 juin 2003 par les experts Claude CALISTI, Jean-Luc
GERONIMI, Jean-Claude MARTIN, Dominique DEHARO et Daniel VAN SCHENDEL
conclue qu’« en rendant par la méthode appropriée les signaux enregistrés par ces deux appareils
comparables entre eux, ils portent alors tous deux la signature d’une seule et même explosion, en l’occurrence
celle du bâtiment 221 ».

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 216

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SECTION 2 – LE JOUR D’APRES 
§ 1 - Constatations
I. 

LE CRATERE 

Le cratère de l’explosion est positionné à l’emplacement d’un bâtiment destiné à
l’entreposage des nitrates déclassés, faisant partie d’un ensemble de hangars de construction
ancienne, devenu fameux sous le nom de « hangar 221 ».
Une fois dégagée, la forme et la profondeur du cratère faisaient l’objet de relevés
topographiques par géomètre. Sa surface était évaluée à environ 3000 m2, sa profondeur à
environ 10 mètres (soit l’équivalent d’un immeuble de 3 étages) dont 5 mètres en dessous du
niveau du sol et son volume approximatif à 8770 m3.
Les parois internes du cratère apparaissaient plus abruptes sur les faces nord et sud. Le
point Est formait une pente plus douce qu’à l’ouest. Au fond du cratère, au niveau approximatif
du centre géométrique, apparaissait un monticule arrondi ayant l’aspect d’un ilot.
Le SRPJ procédait aux constatations suivantes (D. 7033) :

aucun corps, trace de matériel ou de mécanisme explosif n’étaient découvert.
Les gravats, terres, boues ont fait l’objet d’analyse.

Les constatations sur les restes des dallages des bâtiments 221 et 222 faisaient
apparaître des résidus de nitrate sali, en poudre ou sous forme de blocs
stratifiés ainsi que des plaques bitumées.

Des traces de soufre dans les joints de dilatation de la dalle des bâtiments
221/222 étaient découverts et s’expliquaient par le fait que des grosses
quantités de ce produit, servant à la fabrication de l’acide sulfurique, étaient
autrefois stockées dans ce secteur.

Des recherches d’archives permettaient d’apprendre que le site avait été
bombardé par les alliés lors de la dernière guerre. L’intervention d’une
entreprise spécialisée dans la détection d’effets magnétiques souterrains
permettait de confirmer formellement l’absence de bombes ou de munitions.

La poursuite des fouilles permettait de découvrir à l’Est du cratère des cavités
autrefois anciennes fosses industrielles comblées par des déchets neutres et
d’établir que la dalle constituant le plancher supportant la croute de nitrate
était fortement dégradée par endroits, imprégnée de ce produit, qui servait
parfois à combler de gros « nids de poule ».
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 217

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L’ensemble de ces constations permet aux experts d’affirmer que l’explosion est
survenue à l’intérieur du hangar 221 et s’est propagée d’Est en Ouest (de Garonne vers la route
d‘Espagne).
II. 

UNE USINE SOUFFLEE MAIS UN SITE NON PROTEGE 

A.

DESCRIPTION DE L’USINE APRES L’EXPLOSION

Il ne reste pas grande chose de l’usine après l’explosion ni des constructions aux
alentours.
Il existe de très nombreuses images et films présents dans la procédure ou accessibles
auprès des grands médias. Il est renvoyé à ces images chocs pour comprendre les caractéristiques
de cette catastrophe industrielle qui reste la plus importante, à ce jour, en France.
B.

UNE SCENE DE CRIME NON PROTEGEE.

1°) 

L’apparition d’un détonateur pour explosif 

Le 14 octobre 2001, soit 23 jours après l’explosion, l’équipage de la CRS, chargé
d’assurer la surveillance et la protection du site AZF (33 ha), avisait le SRPJ de la « découverte
inopinée », près d’une allée à proximité du bâtiment 224, d’un exploseur à condensateur dans
son étui, sous une tôle parmi des gravats (D. 7033).
Un transport immédiat sur les lieux permettait au SRPJ de constater que cet appareil
n’était pas poussiéreux et qu’il était dépourvu de sa clé de mise à feu et de câbles électriques.
Aucune empreinte digitale n’était décelait sur l’appareil.
Finalement, cet appareil était identifié comme ayant été acquis par l’usine AZF en
octobre 1984 afin de réaliser des essais d’explosivité du nitrate durant la période 1990/92.
Outre la démonstration de la connaissance de l’explosivité de l’ammonitrate par la
société GRANDE PAROISSE, cette « découverte inopinée » d’un appareil sans poussière et sans
empreinte démontre que le site de l’explosion n’était pas protégé et qu’il était possible
d’influencer l’enquête dans le sens d’un acte volontaire pour déstabiliser la thèse d’un accident
industriel.
Or, telle était bien le but de la commission d’enquête interne diligentée par le groupe
TOTAL immédiatement après l’explosion : protéger le groupe industriel de toute mise en
cause.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 218

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2°) 

Les pérégrinations de la Commission d’enquête interne du groupe TOTAL. 

Malgré les engagements pris auprès des services de police, la Commission d’enquête
interne de TOTAL a pu accéder librement au site après l’explosion.
C’est elle qui a interrogé M. FAURE avant les enquêteurs.
C’est elle qui a procédé aux premiers repérages.
C’est elle qui a eu l’idée d’un mélange accidentel DCCNa et Ammonitrate.
C’est elle qui a visité le hangar 335 et procédé à une première série de constatations.
On comprend mieux dans ces conditions pourquoi le soupçon de manipulations de
preuves a pu venir à l’esprit de certains esprits.
Quoi qu’il en soit, il suffit de retenir qu’en contradiction avec les règles élémentaires
concernant le lieu d’un crime ou d’un délit, ce dernier n’a pas fait l’objet de « sanctuarisation
suffisante ».
3°) 

La « disparition » d’une tonne de cuivre après l’explosion 

Dans son rapport (D 7033), le SRPJ relève que :
Au  cours  des  investigations  conduisant  à  l’examen  des 
différents  transformateurs  HT  [Haute  Tension]  la  disparition 
d’une  partie  du  transformateur  T36  qui  alimentait  I0  et  qui 
était situé à l’Est de cet atelier (mars‐avril 2002)… 
 
La  partie  interne  du  transformateur  était  en  effet  absente,  la 
cuve  étant  dépourvue  de  son  couvercle  dont  la  découpe  et  le 
transport  nécessitaient  a  priori  l’utilisation  de  gros  outils 
mécaniques et d’un engin de chantier.  
 
La partie interne disparue, d’une masse estimée à environ une 
tonne,  était  constituée  principalement  de  CUIVRE,  laissant 
penser que le vol pouvait être lié à la valeur commerciale de ce 
métal.  
 
Les recherches entreprises auprès des récupérateurs locaux (…) 
demeuraient infructueuses. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 219

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Une telle négligence dans la surveillance de la scène de crime laisse pantois et fait peser
une lourde suspicion sur les interventions diverses pouvant venir contaminer le site pour
entraver l’enquête ou empêcher la découverte d’éléments compromettant pour l’usine AZF et
ses propriétaire directs ou indirects.
Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi l’Association de familles endeuillées
a tenté de démontrer que le délit d’entrave était constitué.

§2 – Une catastrophe humaine
L’audience permettra, le moment venu de faire entendre la voix des victimes. Nous nous
borderons dans le cadre de cette citation à reprendre les chiffres communiquées par TOTAL et
AON dans leur sinistre froideur 72 .
¾ 30 décès (420 ayant-droits) dont 21 sur site
¾ 16.000 dossiers corporels (blessés, troubles psychologiques)
¾ 4.000 dossiers de préjudices "atypiques" (pénibilité, privation de jouissance)
Il suffit de rappeler que certaines personnes continuent de souffrir, sept après
l’explosion.

§ 3 – Dégâts matériels
Les dégâts matériels sont à l’ampleur de la catastrophe : 69.000 dossiers matériels et
immatériels dont :




72

55.000 logements
4.500 entreprises
7.200 véhicules
400 bâtiments publics et parapublics (écoles, hôpitaux, etc.)

Gérard NAISSE et Jean MONEY, L’explosion AZF : la gestion des risques face au test ultime du réel, Rencontres AMRAE
Deauville 23/25 janvier 2008
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 220

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Sources : Gérard NAISSE et Jean MONEY, L’explosion AZF : la gestion des risques face au test ultime du réel, Rencontres AMRAE Deauville
23/25 janvier 2008. Gérard NAISS est le directeur appréciation des risques et assurances groupe (DARAG) de TOTAL, Jean MONEY est
le directeur général adjoint d’AON

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 221

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LIVRE SECOND  
PROCEDURES 
Chapitre Premier
BILAN D’UNE ENQUETE DE SIX ANNEES
Le caractère exceptionnel de cet accident industriel se répercute sur l’enquête. Dans la
note de synthèse établie par le SRPJ le 13 juillet 2006 (D 7033), il est précisé que :
-

1714 témoins ont été entendus,
3410 procès-verbaux ont été reçus par le SRPJ en complément des plus de 100
tomes de procédure et plus de 7000 cotes du dossier d’instruction.

Les défendeurs à la citation directe pourraient essayer de tirer argument de
ce volume impressionnant.
Toutefois, il résulte de cette même procédure que la société TOTAL participe depuis le
début à toute la procédure. Elle défraie également les avocats des cadres salariés impliqués dans
ce dossier.
Cette parfaite connaissance se retrouve dans les différents actes qui émaillent la
procédure :
-

Demandes d’actes,
Lettres d’observation ou d’orientation,
Mémoire en nullité sur certains actes de procédure,
Contre-expertise versée aux débats,
Témoignages sollicités,
Compte rendu de la commission d’enquête interne.

Par ailleurs, comme le remarque le juge d’instruction dans l’ordonnance de renvoi (p.
189 et s.), « devenue partie à la procédure depuis sa mise en examen le 31 mai 2006, [la société GRANDE
PAROISSE] est en réalité intervenante spontanée dans les investigations à partir de la survenance dont elle est
victime (sic !) sans se constituer pour autant dans les conditions de l’article 87 du code de procédure pénale »

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 222

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Et d’ajouter « à partir du 14 juin 2002, date de la mise en examen de ses salariés, elle ne cesse
d’afficher une position commune avec eux dans la contestation de toute responsabilité pénale, cette position
est notamment réaffirmée par ses organes de direction, ses cadres supérieurs et intermédiaires ainsi que par
certains de ses salariés ou anciens salariés réunis au sein de l’association « MEMOIRE & SOLIDARITES » qui se
constitue partie civile ».
Or, 2002, est la date à partir de laquelle la société TOTAL renforce son emprise sur la
société GRANDE PAROISSE en devenant ultra-majoritaire. En octobre 2004, le Groupe
TOTAL réorganise sa branche Chimie et GRANDE PAROISSE se trouve alors rattachée à TOTAL
S.A. au sein de la nouvelle Direction Générale Chimie.
En conséquence, on peut considérer que la société TOTAL et ses cadres dirigeants
connaissent l’intégralité du dossier et des arguments développés dans la présente citation et ici
pour la plupart de l’instruction pénale.
Dès lors, si les défendeurs tentaient de prétendre qu’ils ne pouvaient pas
organiser leur défense en raison du volume de l’instruction, cet argument
paraitrait peu raisonnable et devrait être rejeté.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 223

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SECTION 1 ‐  
LES PISTES ECARTEES 
§ 1 – Les pistes à base scientifique
Dans son rapport (D 7033), le SRPJ rappelle les principales « thèses d’ordre technique »
qui ont été présentées au cours de l’instruction. Parmi celles-ci, il convient de citer :
• Un objet (filtre IUWA) émanant de la tour de « prilling » (Atelier N1C) aurait
percuté à grande vitesse le tas d’ammonitrate du hangar 221 ;
• La tour de « prilling » qui surmontait l’atelier de fabrication constituait une
antenne ou un paratonnerre susceptible de capter l’énergie d’un éclair aperçu par
des témoins (thèse M. ROLLET) ;
• Les pompes de refoulement de nitrate de l’atelier N1C (pompes « schabaver »)
auraient été équipées de matériau composite à base de carbone à l’origine d’une
réaction chimique avec l’ammonitrate ;
• La piste du « gaz fuyard » à l’origine indéterminée (sic !) aurait pu avoir pénétré
dans le hangar 221 « via son portail toujours ouvert et se mêler au nitrate
industriel particulièrement poreux » ;
• La théorie des « monopoles magnétiques » qui aurait la « particularité de décomposer
à distance de petites quantités de nitrate, même placées dans une enceinte close et de
bloquer les puces d’ordinateurs durant plusieurs jours » ;
• L’hypothèse d’une chute de météorite a été évoquée mais une telle météorite n’a
laissé aucune trace de son passage dans notre atmosphère ;
• L’hypothèse de la chute d’une fusée amateur a été envisagée. En effet, un club
scientifique situé à Ramonville-Saint-Agne (sur l’autre versant des Coteaux de
Pech David) fabriquait et lançait des fusées amateurs mais ces « gadgets éducatifs
pour enfants » étaient composés de carton et n’avaient qu’une portée des plus
réduites.
Pour chacune de ces pistes, des vérifications tant matérielles que scientifiques ont été
opérées et ont conduit à toutes les rejeter.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 224

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

§ 2 – Les contrefeux de TOTAL
I. 

LA PISTE TERRORISTE  
Le point de départ de cette piste est double :

d’une part, le constat par le Dr Anne-Marie DUGUET, médecin légiste, que M.
Hassan JANBOUDI, décédé dans l’explosion, portait plusieurs sous-vêtements ce qui
a été interprété comme une « façon de s’habiller propre aux kamikazes islamiques » ;
d’autre part, l’existence d’un « blanc » des renseignements généraux.

Sur le premier point, une enquête approfondie a permis d’écarter toute suspicion de lien
quelconque avec le terrorisme international qui aurait fait de Toulouse une cible au moins aussi
importante que New York.
Il n’est pas besoin de s’appesantir sur cette piste qui a fait l’objet de très longues
recherches et investigations (notamment D 7033).
Plus intéressante est la piste des Renseignements généraux.
Tout d’abord parce que le fameux document s’est retrouvé dans la procédure d’une
manière non explicite.
Ensuite, il convient de souligner que ce document surgit dans la procédure à un moment
particulier. En effet, à partir de l’automne 2001, la France entre en campagne électorale pour
élire son prochain président de la République.
Toute la campagne du président sortant est basée sur l’insécurité réelle ou entretenue
ressentie par les Français. Le « blanc des RG » participe d’une grande manipulation médiatique
qui fera du thème de la sécurité le thème central de la campagne des présidentielles.
De plus, en créant un lien imaginaire avec la mouvance terroriste internationale, on
détourne l’attention et on laisse le champ libre à la commission d’enquête interne mise en place
par TOTAL.
Par ailleurs, certaines pistes fantaisistes ont donné prises à des poursuites pénales pour
dénonciation calomnieuse émanant de l’ancien conjoint d’une personne vivant à Toulouse avec
une personne originaire du Moyen-Orient.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 225

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Sur cette question, après une enquête minutieuse et pas moins de 58 commissionsrogatoires, la conclusion du SRPJ est sans appel :
« d’autres  informations  relatives  à  l’hypothèse  d’un  éventuel 
acte  terroriste  dont  certaines  apparaissent  parfois  fort 
éloignées de toute logique d’enquête étêtent toutefois vérifiées 
de manière systématique. 
 
Toutes s’avéraient sans fondement. 
 
A  l’issue  de  l’ensemble  des  investigations  entreprises  par  le 
service  soit  d’initiative,  soit  sur  demande  des  mis  en  examen 
tant au niveau des revendications fantaisistes qu’au niveau des 
individus présentés comme de potentiels islamistes, il en ressort 
l’absence  totale  d’éléments  pouvant  corroborer  le  scénario 
d’acte terroriste ». 

II. 

PRE‐EXPLOSION DE LA SNPE 
La thèse de la pré-explosion à la SNPE prend plusieurs formes :

d’une part, celle d’un arc électrique ou d’un courant de fuite de la centrale de
cogénération de la SNPE vers le site d’AZF (et donc traversant un bras de
Garonne !),
d’autre part, les thèses soutenues par le journal « VALEURS ACTUELLES ».

Les experts ont procédé à des vérifications qui concluent à un rejet pur et simple de cette
primo-explosion.
De plus aucune constatation matérielle sur le site de la SNPE, visitée le jour même de
l’explosion par le SRPJ et divers administrations publiques, ne vient corroborer cette thèse.
Sauf, bien sûr à subodorer un « complot d’Etat » liant le président de la République
(Jacques CHIRAC) et le premier ministre (Lionel JOSPIN), comme cela a pu être avancé par
certaines personnes toujours bien informées.
Mais là, on change de dimension et on quitte les pistes apparemment sérieuses pour
entrer dans le monde des élucubrations.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 226

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§3 – Les pistes farfelues ou les « X-files » d’AZF
Avec un sens de la synthèse non dénuée d’une forme d’ironie, le rapport du SRPJ
(D7033) résume les thèses les plus douteuses :
Au  cours  des  premières  investigations  avait  été  évoquée 
l’hypothèse  d’un  tir  de  roquette  ou  de  missile  depuis  les 
coteaux de Pech David.  
 
Ces thèses non étayées  étaient techniquement écartées par les 
experts. 

A titre anecdotique, on peut également signaler les thèses suivantes :



Vengeance contre la société ALCATEL par un pays du moyen orient en raison du
non respect d’un contrat (Thèse de M. MAYER) ;
Lien avec un trafic d’armes ;
La thèse de l’intervention d’un hélicoptère ;
Les thèses de plus en plus fumeuses d’un certain Pierre GRESILLAUD, expert
autoproclamé qui invoque, en dernier ressort, des « tirs d’essais de mini charges
nucléaires via de profonds forages » (sic !) ;
Sur certains forums, ne reculant pas devant le ridicule, certains esprits sont même
allés jusqu’à évoquer l’intervention … d’extra-terrestres.

Il n’y a pas lieu de commenter ces élucubrations.
La réalité est plus prosaïque et plus simple.
Dès le début, tant la Commission d’enquête interne de TOTAL que les experts
envisagent la piste d’un mélange chimique accidentel entre de l’ammonitrate et du DCCNa
(Cote D 6985 et § C-I-3-2-1) de l’ordonnance de renvoi).

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 227

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

SECTION 2 ‐  
L’ABSENCE DE DOUTES OU D’EXPLICATIONS ALTERNATIVES  
APRES LA CLOTURE DE L’INSTRUCTION 
§1.

Les causes de l’explosion du 21 septembre 2001 sont, à présent, déterminées

 

Les trois cents actes d'instruction diligentés depuis le 21 septembre 2001; les
évènements insolites ayant marqué le cours des investigations expertales sur le site AZF depuis
cette même date ont aujourd'hui pour vertu de conférer aux conclusions des experts judiciaires
la force d'une criante évidence : la catastrophe du 21 septembre 2001 est le résultat d'une
« banalisation du risque » et des « dangers liés aux nitrates d'ammonium » et de « négligences et
manquements en série » de la part de la Société GRANDE PAROISSE, ces manquements
caractérisant « une situation très éloignée de ce que devrait être dans une usine classée SEVESO II, un
système de gestion intégrée de la sécurité, adapté aux risques encourus ».
Les experts relevant expressément que :
 
« les  dysfonctionnements,  dérives  et  manquements 
réglementaires  ayant  permis  l'occurrence  de  l'explosion 
survenue  dans  le  bâtiment  221,  résultaient  de  la 
méconnaissance, par les principaux responsables du site AZF de 
Toulouse,  de  la  réelle  dangerosité  des  nitrates  d'ammonium 
entreposés dans le bâtiment, qui en fait, constituaient comme 
les faits l'ont confirmé, des explosifs potentiels" » 73 

Et encore que :
« Cette  explosion  accidentelle  aurait  été  évitée  si  les 
dispositions  réglementaires  élémentaires  en  vigueur 
concernant  l'élimination  des  déchets  chimiques  avaient  été 
observées  et  si  une  étude  préliminaire  des  risques  avait  été 
menée.  Le  défaut  d'entretien  du  bâtiment  221  et  l'absence  de 
procédure  de  gestion  du  bâtiment  335  ont  constitué  des 
circonstances aggravantes » 74 

Enfin, le collège d’experts concluait son rapport dans des termes ne souffrant plus
aucune contestation, à moins d’être d’une singulière mauvaise foi :
« Le  siège  de  l’explosion  se  trouve  sur  le  site  de  l’usine  AZF  à 
l’emplacement  du  bâtiment  221  où  étaient  entreposés  des 
nitrates  d'ammonium  déclassés.  La  masse  de  ces  produits 

73
74

pages 656 à 658 du rapport d'expertise final du 11 mai 2006
page 654 du rapport d'expertise final du 11 mai 2006
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 228

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

présente  dans  le  bâtiment,  y  compris  la  semelle  de  nitrates 
d’ammonium  damés  tapissant  le  sol,  s’établit  à  environ  563 
tonnes,  ce  qui  excède  largement  la  limite  de  500  tonnes  fixée 
par l’arrêté préfectoral du 18 octobre 2000 auquel était soumis 
l’établissement. 
 
La détonation, initiée au sein du tas du box du bâtiment, s'est 
propagée dans la matière entreposée dans le hangar 221 d'Est 
en  Ouest,  c'est‐à‐dire  du  tas  du  box  vers  le  tas  principal  de 
forme allongée, à une vitesse de l'ordre de 3500 m/s. 
 
Les  endommagements  relevés  sur  le  site  AZF,  sur  les  autres 
sites industriels y compris la SNPE, et la région toulousaine, ont 
été causés par l’explosion dans le bâtiment 221 d’une masse de 
300  tonnes  environ  de  nitrates  d’ammonium,  ayant  pour 
équivalence une masse d’explosif de 100 tonnes de TNT.  
 
Cette explosion unique s'est produite entre 08h17mn55, 440s et 
08h17mn55,  470s  en  temps  universel  (TU).  Aucun  événement 
énergétique  n’a été relevé, tant sur l’emprise du  site AZF  qu’à 
la  SNPE  ou  sur  les  installations  électriques  de  RTE  et  de  DGES 
avant cette heure origine de l’explosion. 
 
Cette  explosion  unique  a  généré  un  "double  bang" : 
propagation dans le sol d’une onde sismique (1er bang) et d’une 
onde dans l’air (2ème bang), le délai entre les deux augmentant 
quand on s’éloigne du bâtiment 221.  
 
L’effet  lumineux  très  intense  et  bref,  ou  flash,  observé  par  les 
témoins, est consécutif à l’interaction entre l’air, les effets et les 
produits  de  détonation  du  nitrate  d’ammonium  avec 
l’aluminium, constitutif de la toiture du bâtiment. Il constitue la 
première manifestation visible de l’explosion. 
 
Il  ressort  de  nos  investigations,  en  cohérence  avec  l’ensemble 
des  travaux  des  experts  adjoints  et  des  autres  experts,  que  la 
cause  de  l’explosion  est  accidentelle  et  liée  à  un  processus 
chimique  entre  deux  produits  fabriqués  sur  le  site  :  le  nitrate 
d'ammonium  (NH4NO3)  et  le  dichloroisocyanurate  de  sodium 
(DCCNa). La mise en contact de ces deux composés a permis la 
formation  de  trichlorure  d’azote  (NCl3).  C’est  ce  produit, 
assimilable  à  un  explosif  primaire,  qui  a  ensuite  entraîné  la 
détonation des nitrates d'ammonium stockés dans le bâtiment 
221.  
 
Plus  précisément,  ce  processus  chimique  a  été  initié  dans  la 
matinée  du  21  septembre  2001,  environ  20  minutes  avant 
l’explosion,  lors  du  déversement  sur  le  sol  humide  du  box  du 
bâtiment  221  d’une  masse  d’environ  500  kilogrammes  de 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 229

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

produits  constitués  majoritairement  de  NAI  et  de  quelques 
kilogrammes de DCCNa. 
 
La  perte  de  mémoire  des  dangers  liés  aux  nitrates 
d’ammonium,  dans  un  enchaînement  malheureusement 
classique, a entraîné une banalisation du risque et a conduit à 
des  négligences  et  manquements  en  série.  Les 
dysfonctionnements,  dérives  et  manquements  réglementaires 
ayant  permis  l’occurrence  de  l’explosion  survenue  dans  le 
bâtiment  221,  résultaient  de  la  méconnaissance,  par  les 
principaux  responsables  du  site  AZF  de  Toulouse,  de  la  réelle 
dangerosité  des  nitrates  d’ammonium  entreposés  dans  le 
bâtiment  qui,  en  fait,  constituaient  comme  les  faits  l’ont 
confirmé, des explosifs potentiels. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 230

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Chapitre Second
UNE INSTRUCTION (VOLONTAIREMENT ?) INCOMPLETE
Depuis le début de l’enquête, le groupe TOTAL est présent dans la procédure. Même
s’il n’est pas une « partie » au sens du droit pénal, il participe activement et volontairement à
l’enquête : création d’une commission d’enquête interne, nombreuses contre expertises
fournies par des laboratoires liés financièrement avec le groupe TOTAL, interventions publiques
des dirigeants du groupe ou de ses avocats.
Malgré les éléments qui permettaient de mettre en évidence les immixtions dans la
gestion, contrôle du risque et des normes de sécurité par les différentes sociétés-mères,
l’instruction a toujours refusé d’enquêter plus avant pour vérifier le degré d’implication de la
société TOTAL et des dirigeants.
Au prétexte que le groupe de sociétés n’existe pas en droit français, le juge d’instruction
et la Chambre d’instruction ont refusé une demande d’actes et des auditions de certains
responsables du groupe TOTAL.
En revanche, le juge d’instruction a fait droit à la très grande majorité des demandes
d’actes, des vérifications, des expertises présentées par le groupe TOTAL, à travers les avocats
de la société GRANDE PAROISSE ou des différents salariés poursuivis.
Les demandeurs considèrent que l’instruction s’est faite à décharge de la société TOTAL
et de ses dirigeants, au prétexte que TOTAL avait déjà payé les indemnisations.
Ils ressentent un profond sentiment d’inégalité dans l’accès au droit.
A travers la présente citation, ils souhaitent que la justice vérifie l’implication directe des
différentes sociétés du groupe TOTAL et de leurs dirigeants dans ce qui reste, à ce jour, la plus
grande catastrophe industrielle européenne.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 231

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

SECONDE PARTIE
DISCUSSION
LIVRE PREMIER 
OBSERVATIONS PRELIMINAIRES 
Il convient d’appréhender cette « monstruosité » juridique qu’est un groupe de sociétés
afin de comprendre que le droit est en retard sur une réalité économique qui pèse plusieurs

Chapitre Premier
GROUPE DE SOCIETES :
ENTRE REALITE ECONOMIQUE ET FICTIVITE JURIDIQUE
SECTION 1 
DE L’IMPORTANCE DU CONTROLE 
§1 – Approche générale
I. 

TENTATIVE DE DEFINITION DE LA NOTION DE « GROUPE » EN DROIT 

Dans son livre prophétique, Aspects juridiques du capitalisme moderne, le doyen RIPERT
relevait, déjà en 1951, que :
« 35‐   Les  sociétés  s’allient  entre  elles  par  le  jeu  de  la 
possession du capital. 
  Les  unions  de  sociétés  servent  à  réaliser  des  ententes 
industrielles.    Ces  unions  sont  parfois  si  étroites  que  les  deux 
sociétés fusionnent. C’est un mariage plus parfait que celui des 
êtres humains car les deux sociétés ne sont pas seulement dans 
une même chair, elles ne forment plus qu’un seul être. 
 
  Quant  aux  liens  de  filiation,  ils  sont  révélés  par  les  termes 
mêmes du langage juridique : la société mère a des filiales. Ce 
qu’il  faut  seulement  constater  c’est  la  nature  des  rapports 
entre les mères et leurs enfants. Le seul intérêt les dicte. » 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 232

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Cette affirmation est particulièrement exacte pour un groupe de sociétés dont la sociétémère (TOTAL SA) est cotée en bourse. Par tous les moyens, la société-mère (TOTAL SA) :

cherche à maximiser ses profits …
.
déjà par la consolidation des comptes,
.
ensuite par l’adoption d’un statut particulier dit du « bénéfice
mondial » (CGI, Annexe II, article 114) qui lui permet de
compenser les pertes d’une fille avec les bénéfices d’une autre. Au
cas particulier, cela allège considérablement le fardeau de la prise
en charge de l’indemnisation des divers préjudices nés de
l’explosion de l’usine AZF.

… tout en s’exonérant de ses responsabilités :
En effet, si l’appartenance au groupe est revendiquée haut et fort, notamment pour
les avantages fiscaux et financiers que cela procure, le droit français ne reconnaît pas
la personnalité morale à un groupe de sociétés et réaffirme que chaque société
dispose de sa propre autonomie et de son propre patrimoine.

Ici, la réalité économique ne se confond pas avec la réalité juridique 75 , sauf dans quelques
cas pathologiques de fictivité d’une filiale ou de confusion des patrimoines.
Comme le note, le professeur PAILLUSSEAU, « dans de très nombreuses situations, il peut y
avoir une contradiction fondamentale entre l’indépendance juridique de la société contrôlée
– qui ne peut être que formelle- et sa dépendance économique – qui peut être bien réelle- à l’égard
d’une autre société ou d’un groupe de sociétés ».
Mais, si le droit commercial, héritier du droit civil, se montre réticent dans la
reconnaissance d’un droit des groupes de sociétés, le droit pénal, qui dispose d’une large
autonomie d’appréciation, ne montre pas de telles frilosités et sait - si les juges veulent bien s’en
donner la peine - rechercher au-delà des apparences la réalité économique.
Si, en droit, il n’existe pas une conception unitaire du groupe de sociétés, il n’en
demeure pas moins que nombreux sont les textes relatifs à cette matière essentielle dans la vie
des affaires.
Sans vouloir être exhaustif, on peut notamment citer :
• en droit communautaire, il existe de très nombreuses directives faisant
références aux groupes de sociétés : en matière sociale, en matière d’OPA, en
matière d’assainissement et de liquidation des établissements de crédit ou des
compagnies d’assurance, en matière de groupes financiers, etc.
75

Jean PAILLUSSEAU, La notion de groupe de sociétés et d’entreprises en droit des activités économiques, Dalloz, 2003, 2346,
p.341 et s. : « le principe d’autonomie et d’indépendance des personnes morales est l’un des principes fondamentaux du droit
(…) ces notions sont « bousculées » par la réalité économique et sociale des groupes de sociétés ».
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 233

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

• en droit français :
‐ le droit des sociétés (participation, convention réglementée, contrôle,
informations des minoritaires, …) ;
‐ le droit boursier (OPA/OPE, franchissement de seuil) ;
‐ le droit de la concurrence, droit économique réaliste à la recherche des ententes
et des concentrations ;
‐ le droit comptable qui tente de refléter dans les comptes sociaux de la société
mère l’image fidèle d’une réalité économique mouvante ;
‐ le droit social, avec son comité de groupe et ses droits reconnus aux salariés du
groupe ;
‐ et bien sûr le droit fiscal : droit lui aussi autonome, comme le droit pénal, qui
cherche la réalité sous les apparences et n’hésite pas à se montrer clément
avec différents régimes fiscaux permettant aux groupes mondiaux
d’optimiser leur pression fiscale.
Retenons simplement un point particulièrement important, à mi-chemin entre
l’économie et le droit, la notion de base du droit des groupes des sociétés est celle de contrôle.
C’est ici que la définition d’un groupe de sociétés prend toute son importance :
« On  appelle  « groupe  de  sociétés »,  l’ensemble  constitué  par 
plusieurs sociétés ayant chacune leur existence juridique propre 
mais  unies  entre  elles  par  des  liens  divers  en  vertu  desquels 
l’une d’elle, dite société‐mère, qui tient tous les autres sous sa 
dépendance, exerce un contrôle sur l’ensemble et fait prévaloir 
une unité de décision » 76 . 

Le juge pénal retiendra de cette définition que la société mère peut jouer aussi bien :


le rôle de complice dans la réalisation d’une infraction commise par l’une de
ses filles ;
que celui de co-auteur,
ou de bénéficiaire ultime, en qualité de receleur des fruits de l’infraction.

Il pourra également donner tout sa force à la notion d’exploitant d’un ICPE au sens de la
directive SEVESO II.
Il est vrai que, pour le moment, le droit pénal a plutôt eu recours à la notion de groupe
de sociétés pour adoucir l’application de la loi pénale. Tel était évidemment le cas dans la
jurisprudence ROZEMBLUM 77 qui a reconnu que l’existence d’un groupe de sociétés peut être
un fait exonératoire de la responsabilité pénale.
76
77

Mémento Pratique Francis Lefebvre, Groupe des sociétés, 2006-2007, n° 10
Crim. 4 février 1985, Bull. Crim. n°54
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 234

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Par ailleurs, il convient de revenir aux sources de la responsabilité pénale des personnes
morales pour comprendre comment la responsabilité pénale de la SA TOTAL et de ses
dirigeants pourrait être retenue.
Ce sont des raisons d’ordre pratique qui ont conduit à instituer la responsabilité pénale
des personnes morales78 . Ainsi, Monsieur Robert BADINTER justifiait-il cette innovation en ces
termes :
« L’immunité actuelle des personnes morales est d’autant plus 
choquante qu’elle est souvent, par l’ampleur des moyens dont 
elles  disposent,  à  l’origine  d’atteintes  graves  à  la  santé 
publique,  à  l’environnement,  à  l’ordre  économique  ou  à  la 
législation sociale » 79 . 

Pour bien comprendre le mode de fonctionnement à l’intérieur d’un groupe de sociétés,
il convient d’étudier sa gouvernance (II) afin de vérifier si les filiales d’une réelle autonomie de
décision ne sont que les instruments d’une politique décidée ailleurs. Un détour par le droit
pénal de la concurrence nous permettra de démontrer que le droit pénal tient compte de la
réalité économique tout autant que des artifices du droit des sociétés (III).
II. 

L’IMPORTANCE DE LA GOUVERNANCE  

A.

RAPPEL DES THEORIES EN PRESENCE
• La gouvernance orientée "actionnaires" (‘shareholder’) - Selon ce
modèle, l'entreprise est un nœud de contrats dont l'objectif unique est de créer
de la valeur pour l'actionnaire. Le rôle des dirigeants est de maximiser cette
création de valeur au profit exclusif des actionnaires. Le conflit d'intérêts
principal est celui qui oppose les actionnaires et les dirigeants, ces derniers
pouvant avoir des intérêts divergents et ne pas agir au seul profit des
actionnaires. Dans cette perspective, le modèle de gouvernance idéal est celui qui
réduit les coûts d'agence (coûts de surveillance des dirigeants, coûts
d'information des actionnaires et coûts de sous-gouvernance sont notamment le
contrôle actionnarial, la composition du conseil d'administration, la
rémunération et la motivation du dirigeant.

78
79

Frédéric DESPORTES et Frédéric LE GUNEHEC, J.-Cl. Pénal, article 121-2 , n° 4
Exposé des motifs du projet de loi portant réforme du Code pénal, Doc. Sénat, 2ème session extr., 1986, n° 300.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 235

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• La gouvernance orientée "parties prenantes" (‘stackeholder’) - Le
modèle de gouvernance orienté "parties prenantes" est aussi appelé modèle
orienté "stakeholders". Il repose sur l'hypothèse que l'entreprise doit s'attacher à
défendre les intérêts de l'ensemble des parties prenantes de son organisation
(actionnaires mais aussi clients, salariés, fournisseurs, créanciers, …). Notons
que cette approche rencontre une difficulté opératoire importante relative à la
définition des parties prenantes pertinentes pour l'entreprise (Mitchell, Agle et
Wood, 1997). Théoriquement, le modèle "partie prenante" constitue une
version plus équilibrée. Il repose sur l'idée que l'efficacité des organisations
repose sur leur capacité à satisfaire les objectifs de l'ensemble de ses parties
prenantes. Il n'existe cependant pas de consensus académique sur ces questions.
Cette approche met en exergue la question des modalités d'arbitrage entre
parties prenantes en cas de conflits d'intérêts. Les thèmes clés de ce modèle de
gouvernance sont la création de valeur partenariale et la résolution de conflits
d'intérêts.
B.

LES GROUPES DE SOCIETES COMME LIEU DE ‘GOUVERNANCE HYBRIDE’

1°) 

Définition des groupes de gestion par leur gouvernance 

Dans les développements qui vont suivre, nous nous inspirons largement de la thèse de
sociologie industrielle présentée par Mme Aurélie CATEL-DUET80 et soutenue à l’Université
Pierre-Mendés-France de Grenoble le 11 octobre 2007.
Quelques chiffres permettent de percevoir l’ampleur du phénomène des groupes de
sociétés. On comptait 1306 groupes en 1980, ils sont 31000 en 2004 (INSEE, 2004).
Aujourd’hui, on estime que les sociétés contrôlées par un groupe emploient 56% des salariés de
l’ensemble des entreprises.
La proposition centrale de la thèse de Mme Aurélie CATEL-DUET peut se résumer
ainsi : les groupes de sociétés sont des structures de gouvernement opportunistes.
Cela signifie que la structure en groupe autorise les maisons mères à déployer et à
redéployer leurs prérogatives afin de tirer le meilleur parti des circonstances. Elle permet des
changements de stratégies et c’est à l’aube de cette caractéristique que la vie des groupes devient
compréhensible, que leurs actions deviennent intelligibles. Les acteurs pratiquent, sciemment
ou non, un jeu qui consiste à « glisser » entre le registre juridique et le registre organisationnel.

80

Aurélie CATEL DUET, Le gouvernement des groupes de sociétés : les relations entre propriété et pouvoir à l’épreuve des réalités
de l’entreprise contemporaine, Ecole Doctorale ‘Organisation Industrielle et Systèmes de Production’ (O.I.S.P.),
Doctorat de Sociologie Industrielle Université Pierre Mendès France de Grenoble Laboratoire CRISTO (Centre de
Recherche Innovation Socio-Technique et Organisations Industrielles)
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 236

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Pour arriver à cette conclusion, Mme Aurélie CATEL-DUET propose de résoudre le
paradoxe lié à la propriété et aux pouvoirs (a) afin de faire émerger la notion d’opportunité de
gestion (b).
a)

Une problématique : les relations entre propriété et pouvoir –

En première approche, le groupe peut être considéré comme un ensemble de sociétés,
constitué d’une maison mère et de filiales. Plus précisément, deux traits le caractérisent. En
premier lieu, il existe des liens patrimoniaux entre les entités membres. Ces liens sont
généralement quantifiés : une filiale est une entreprise dont plus de 50% du capital est détenu
par une autre entreprise, la maison mère.
Mais, en deuxième lieu, dans le droit français des sociétés, filiale et maison mère restent
des entités juridiquement distinctes. Le groupe ne bénéficie pas d’un statut juridique
d’ensemble. Cette structure repose donc sur un paradoxe, qui prend la forme d’un « problème
» pour les chercheurs en sciences sociales, celui d’une déconnexion entre propriété et
frontières juridiques.
Les liens de propriété rendent possible et légitime l’exercice d’un contrôle de la société
mère sur ses filiales, mais ce contrôle est limité par l’indépendance juridique des sociétés
filialisées.
On peut dès lors se demander comment les sociétés mères exercent leur pouvoir ?
L’étude des groupes ouvre donc un débat historique particulièrement nourri : celui de la
relation entre pouvoir et propriété. La notion de contrôle est structurante dans les approches
juridiques et économiques des groupes. Mais le principe d’indépendance juridique des sociétés
se confronte à l’existence bien réelle de liens capitalistiques entre entreprises. Pour les
économistes, « (…) le lien capitalistique est clairement le fondement du pouvoir des dirigeants » (F.
Morin, 1996, p.1255) ; à l’inverse « le groupe demeure aux yeux du juriste une somme d’entités devant
fonctionner comme si elles étaient indépendantes » (Couret, 2002, p.388).
Le concept de contrôle est donc difficile à manier du fait de son caractère binaire : le
groupe est, selon la perspective adoptée, soit un ensemble homogène dans lequel les intérêts se
fondent, soit un ensemble composite de sociétés, chacune d’entre elles bénéficiant d’autonomie.
Cette opposition quant à la définition du groupe témoigne en réalité de la dualité du rapport de
propriété, engendrant un rapport de détention et un rapport de pouvoir.
b)

L’opportunisme de gestion -.

Le déplacement de la notion de contrôle vers celle de pouvoir permet de penser les
individus et les structures dans lesquelles ils sont insérés, comme des acteurs, aux intérêts
quelquefois divergents, développant un jeu autour de leur rôle. Ce déplacement permet
d’appréhender la relation de groupe à travers le cadre spécifique d’un face à face entre
l’actionnaire qu’est la maison mère et le dirigeant de la filiale.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 237

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Or, c’est précisément à ce face à face problématique entre propriétaires et dirigeants de
la firme auquel nous renvoie le concept de gouvernement d’entreprise (corporate governance).
L’opportunisme de la structure en groupe se manifeste d’une première façon à travers
des dilemmes de gestion 81 , traduction concrète de la nature des groupes. On les retrouve
principalement dans quatre domaines :



l’échange économique (qui fixe les prix des échanges intragroupes : le marché ou la
société mère),
le statut du dirigeant de filiale (est-il réellement indépendant de la société mère ou
est-il, par ailleurs son salarié ou son administrateur ?),
la responsabilité juridique des entités (la maison mère peut faire du groupe une
simple « technique » de cloisonnement des risques) et
les conflits possibles entre société tête de groupe et filiales (les directions sont
tiraillées entre la tentation d’imposer les règles de fonctionnement et le souhait de
construire avec les filiales des compromis durables).

Ces dilemmes ont la particularité de concerner tous les groupes, quel que soient leur
secteur d’activité, leur histoire ou leur fonctionnement. Pour les groupes, toutes les branches de
ces alternatives sont possibles et plausibles, mais chacune présente des avantages et des
inconvénients et conduit à des résultats différents, voire contradictoires.
Deux conclusions importantes peuvent être tirées de l’étude de ces dilemmes :
• D’une part, au-delà de leur apparente diversité, ces quatre dilemmes relèvent, en
fait, d’un seul et même registre problématique. Ils sont la manifestation d’un
choix : faire du groupe un ensemble unifié ou, au contraire, laisser les
entités fonctionner de façon séparée.
C’est en cela qu’ils sont constitutifs de la nature des groupes, ne marquant
qu’une même alternative, déclinée dans différents secteurs et selon les
circonstances.
• D’autre part, la résolution de ces dilemmes n’est corrélée ni à la dominante
d’organisation du groupe (filiales autonomes ou filiales intégrées), ni aux
solutions adoptées pour les autres dilemmes.
Il en résulte que cette architecture en groupe peut finalement servir
une cause et son contraire, signe de son extrême ambivalence.

81

Un dilemme se définit comme une alternative, un choix entre deux décisions.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 238

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C’est pour cette raison que l’observateur peut être déstabilisé face à certaines
décisions prises au sein des groupes car aucune « logique » n’y est a priori
respectée : ils se sont affranchis des déterminations qui pourraient peser sur eux
du fait des choix passés.
2°) 

L’espace de la gouvernance ou les six niveaux des prérogatives de la maison‐mère. 

L’opportunisme du groupe est rendu possible par une structure autorisant une
pratique souple de l’exercice du pouvoir. En effet, la domination capitalistique que les
sociétés mères ont sur leurs filiales leur permet d’exercer les pouvoirs attenants à leur rôle
d’actionnaire.
Mais, dans le cas des groupes, les actionnaires ne se privent pas non plus d’utiliser des
prérogatives proprement managériales.
Et du fait de cette confusion entre deux pouvoirs, la latitude d’action des sociétés mères
est très étendue. Elles déploient au maximum la palette de leurs interventions en utilisant tout
l’éventail de la gouvernance. Elles organisent ce que Mme Aurélie CATEL-DUET un pouvoir
hybride, sous la forme d’un continuum les différents niveaux de contrôle que les sociétés têtes
de groupe s’octroient sur leurs filiales.
Mais les actionnaires ne s’en tiennent pas là : ils s’attribuent la possibilité de jouer de
leurs pouvoirs. Ils le font de deux façons. Ils s’autorisent, tout d’abord, à avoir des positions
discontinues sur le continuum de la gouvernance : ils interviennent dans certains
domaines, en laissent d’autres à la discrétion des filiales. Cette situation est une manifestation
des tensions contradictoires qui traversent les groupes et des logiques d’hybridation qui y
règnent. Ils pratiquent aussi de fréquents changements de stratégies. Cela signifie qu’ils
n’hésitent pas à utiliser leurs prérogatives managériales mais qu’ils savent aussi revenir à leurs
stricts droits d’actionnaires. Ils jouent ainsi sur des registres d’action variés, en alternant leur
positionnement vis-à-vis des filiales.
En s’octroyant la possibilité de rendre réversibles leurs décisions, les sociétés mères se
donnent les moyens d’ajuster leur stratégie, au plus près des évolutions
économiques, techniques ou culturelles.
Ces changements ne sont donc pas signes d’incohérence de la part des groupes, mais
témoignages de leur capacité à répondre à un contexte d’incertitude, lequel ne paralyse pas les
directions de groupe, bien au contraire. Elles agissent et prennent quotidiennement des
décisions mais l’inflexion est possible selon leur évaluation des changements.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 239

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Les actionnaires peuvent donc à la fois fixer les règles du jeu et les
redistribuer : c’est cette capacité que d’appeler Mme Aurélie CATEL-DUET la métagouvernance. C’est, en effet, à eux que revient la faculté de paramétrage du système ; le
pouvoir est donc bien du côté des sociétés mères actionnaires et c’est ce qui rend
possible l’opportunisme de la structure en groupe.
Pour savoir à quel type de gouvernance appartient un groupe de sociétés à un instant
donné, il convient d’étudier six niveaux d’engagement de la maison mère au sein de ses filiales :
• Premier niveau ‐ le contrôle capitalistique ‐  
En exerçant ce type de contrôle, le droit de vote permet, par exemple, à la société
dominante d’approuver les comptes annuels de la filiale, de nommer et de révoquer
le conseil d’administration… Concernant le droit à l’information, il se traduit par
l’obligation pour la filiale d’effectuer un reporting comptable et financier à sa société
mère. Enfin, les droits aux dividendes sont un des aspects des droits financiers de
l’actionnaire.
• Deuxième niveau ‐ l’initiative stratégique ‐ 
C’est une étape supplémentaire qui marque un investissement plus intense et plus
large de la maison mère dans la vie de sa filiale. A ce deuxième niveau d’engagement,
la société dominante se donne la possibilité de « choisir les domaines d’activité dans
lesquels l’entreprise entend être présente et d’allouer des ressources de façon à ce qu’elle s’y
maintienne et s’y développe » (Détrie, 1993, p.9). L’intérêt de la maison mère porte
alors sur les exercices de planification, stratégique ou budgétaire, mais aussi sur les
investissements des filiales, en décidant de l’allocation des ressources, en
hiérarchisant les choix d’investissement… La société dominante va aussi être
attentive aux frontières du groupe : elle va définir l’offre des entités, ses
frontières géographiques, les marchés visés…
• Troisième niveau – l’octroi à la société‐mère d’un ‘droit de préemption’.  
La société tête de groupe se donne la possibilité d’intervenir et d’arbitrer, de façon
prioritaire, pour prendre des décisions concernant la vie de sa filiale. C’est
particulièrement vrai concernant les prix de cession interne que la maison mère «
régule » largement. C’est aussi valable pour l’organisation des relations des
sociétés liées avec des partenaires extérieurs (recours à la sous-traitance
notamment).
Par ailleurs, les filiales sont en effet tenues de respecter, au minimum, les «
recommandations » et les procédures élaborées par le groupe, au
maximum, les choix déjà effectués par la société mère. Le fait d’être propriétaire
donne donc à la maison mère des « avantages » : elle peut prescrire à sa filiale ses
choix, ceux qu’elle considère comme étant avantageux pour le groupe.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 240

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• Quatrième niveau ‐ la création d’espaces communs. 
En matière économique et fiscale, cela va, par exemple, se traduire par l’adoption de
conventions d’intégration fiscale, de conventions de trésorerie. Concernant le
marché du travail, la maison mère va mettre en place des procédures communes de
recrutement, organiser et encourager la mobilité intra groupe.
Cette stratégie d’intégration par la création de « différents dénominateurs »
communs n’est pas un effet du droit car celui-ci ne reconnaît aucune unité au
groupe, mais se trouve être le fruit d’une véritable initiative managériale.
• Cinquième niveau – Le contrôle de type managérial 
Poussant plus loin, il arrive que l’intervention de la société mère s’apparente à un
contrôle de type managérial. En effet, lorsque cette dernière gère les systèmes
d’informations afin de maîtriser la production et la transmission d’informations,
établit le planning des réunions pour coordonner plus finement l’activité ou encore
dote les filiales de dispositifs qualité pour satisfaire ses clients, son action est de ce
type.
Son objectif est alors de construire une coordination administrative, avec les outils et
les dispositifs de gestion qui l’accompagnent.
• Sixième niveau ‐ l’intégration organisationnelle.  
A ce stade, on peut considérer que la maison mère agit avec sa filiale comme s’il
s’agissait d’un département intégré à l’entreprise, faisant fi de l’indépendance
juridique de la société.
Son rôle tend alors à se confondre avec celui de la structure dirigeante. Deux indices
sont apparus emblématiques d’une telle situation : la subordination des
directions de filiales et la mise en correspondance des structures
organisationnelles des sociétés mères et des filiales. Certains groupes
adoptent, en effet, des organigrammes similaires et mettent en place des services
centraux communs, « amputant » véritablement les filiales de leurs prérogatives
entrepreneuriales.
C’est grâce à une analyse économique de ce type que le droit pénal des concentrations
reconnaît la responsabilité pénale d’une société du fait de sa filiale.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 241

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III. 

LE DROIT PENAL DES CONCENTRATIONS NE SE LAISSENT PAS ABUSER PAR LE 
PRINCIPE DE LA PERSONNALITE MORALE D’UNE FILIALE QUI FERAIT ECRAN A 
LA RESPONSABILITE DE LA SOCIETE MERE 

Le groupe TOTAL détenait 99 % d’ATOFINA qui détenait, au moment des faits, 80%
du capital de la SA GRANDE PAROISSE. Par ailleurs, les conseils d’administration d’ATOFINA
comme ceux de GRANDE PAROISSE étaient majoritairement dominés par des représentants
du groupe TOTAL (cf. Tableau, Première Partie)
La recherche des responsabilités en matière de pratiques anticoncurrentielles commises
au sein de groupe de sociétés a conduit la CJCE à déterminer des critères jurisprudentiels, repris
en droit interne, permettant éventuellement de faire remonter les responsabilités de telles
pratiques à la société mère.
L’imputabilité des pratiques anticoncurrentielles au sein d’un groupe dépendra ainsi de
l’autonomie dont dispose chaque entité, peu important à cet égard le fait que chacune d’elle
dispose d’une personnalité juridique propre.
A–

PRESENTATION DE LA JURISPRUDENCE APPLICABLE

1°)  

En droit communautaire 

Dès 1972, la CJCE a retenu, que « la séparation formelle entre les sociétés, résultant de leur
personnalité juridique distincte, ne pourrait s’opposer à l’unité de leur comportement sur le marché aux fins
de l’application des règles de concurrence » 82 , pour imputer à une société mère la pratique
anticoncurrentielle adoptée par sa filiale.
Ainsi, la personnalité juridique distincte de la filiale est sans incidence sur l’imputabilité
de ses agissements anticoncurrentiels à la société mère dès lors que la fille n’est pas autonome
sur le marché et qu’elle applique pour l’essentiel les instructions qui lui sont dictées par la
société mère 83 .
Le Tribunal de Première Instance des Communautés Européennes (TPICE) a ainsi fait
application des ces critères dans le cadre de plusieurs décisions récentes rendues en 2005 et
2006. Ainsi, le 15 juin 2005, le TPICE a jugé que la commission européenne pouvait
légitimement présumer qu’une filiale à 100% appliquait « pour l’essentiel les instructions qui lui
étaient données par sa société mère, sans devoir vérifier si la société mère avait effectivement exercé ce
pouvoir » 84 .

82
83

84

CJCE, 14 juillet 1972, Imperial Chemical Industries Ltd c/ Commission, Aff. 48/69 : Rec. CJCE 1972, p. 619)
CJCE 21 février 1973, Europemballage corporation et Continental Can Company c/ Commission, Aff. 6/72 : Rec CJCE
1973, p. 215
TPICE, 15 juin 2005, Aff. Tokai Carbon Co. Ldt, Intech EDM BV, Intech EDM AG, SGL Carbon AG c/ Commission.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 242

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Par jugement du 27 septembre 2006, le TPICE 85 a jugé, dans ses considérants 82 et 83 :
« (…)  que,  bien  qu’une  filiale  dispose  de  la  personnalité 
juridique,  cela  ne  suffit  pas  à  écarter  la  possibilité  que  son 
comportement  soit  imputable  à  la  société  mère,  notamment 
lorsque  la  filiale  ne  détermine  pas  de  façon  autonome  son 
comportement sur le marché, mais applique pour l’essentiel les 
instructions qui lui sont données par la société mère. 
 
En  outre,  (…)  il  ressort  de  la  jurisprudence  de  la  Cour  et  du 
Tribunal  que  la  Commission  peut,  dans  ce  contexte, 
raisonnablement présumer qu’une filiale à 100% d’une société 
mère  applique  pour  l’essentiel  les  instructions  qui  lui  sont 
données par celle‐ci et que cette présomption implique que la 
Commission  n’est  pas  tenue  de  vérifier  si  la  société  mère  a 
effectivement exercé ce pouvoir (…) ». 

Par jugement du même jour, le TPICE 86 rappelait :
« la  jurisprudence  établie  selon  laquelle  le  comportement 
anticoncurrentiel  d’une  entreprise  peut  être  imputé  à  une 
autre,  lorsqu’elle  n’a  pas  déterminé  son  comportement  sur  le 
marché de façon autonome, mais a appliqué pour l’essentiel les 
directives émises par cette dernière, eu égard en particulier aux 
liens économiques et juridiques qui les unissaient 87 . 

Les critères de la détention du capital et de l’absence d’autonomie de la filiale par
rapport à la société mère ont une nouvelle fois été repris par le TPICE dans son jugement du 26
avril 2007 rendu dans le cadre de l’affaire Bolloré 88 , qui a été l’occasion de préciser que :
« (la) présence massive de membres de la direction Bolloré à 
la  tête  de  Copigraph  atteste  de  l’importance  de  l’implication 
de Bolloré dans la gestion de sa filiale. Elle a nécessairement 
placé  Bolloré  en  situation  d’influencer  de  manière 
déterminante  la  politique  commerciale  de  Copigraph  sur  le 
marché ». 

85

86

87

88

TPICE, 27 septembre 2006, Aff. T-330/01 – Akzo Nobel NV ; Id : TPICE, 27 septembre 2006, Aff. T-43/02 –
Jungbunzlauer AG
TPICE, 27 septembre 2006, Aff. T-314/01 – Coöperatieve Verkoop-en Productievereniging van Aardappelmeel en Derivaten
Avebe BA.
CJCE 28 juin 2005, Dansk Rorindustrie e.a./ Commission, C 189/02 P, C 202/02 P, C 205/02 P, C 208/02 P, C
213/02 P, Rec. P. I-5425 ; et du 16 novembre 2000, Metsä-Serla Oyj e.a./ Commission, c 294/98 P, Rec. P. I-10065
TPICE, 26 avril 2007 Aff. Jointes T-109/02, T-118/02, T122/02, T-125/02, T-126/02, T-128/02, T-129/02, T131/02 et T-136/02 – Bolloré SA.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 243

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

 
2°)  

En droit interne 

Le Conseil de la concurrence a rappelé dans sa décision du 31 mars 2003, relative à des
pratiques sur le marché de la distribution des carburants sur autoroute 89 , que :
« selon une jurisprudence constante (notamment de la Cour de 
cassation,  4  juin  1996),  les  pratiques  mises  en  œuvre  par  une 
société filiale sont imputables à celle‐ci pour autant qu’elle soit 
en  mesure  de  définir  sa  propre  stratégie  commerciale, 
financière  et  technique,  et  de  s’affranchir  du  contrôle 
hiérarchique du siège de la société dont elle dépend ». 

Dans sa décision du 9 mars 2006, relative à des pratiques mises en œuvres dans le secteur
des appareils de chauffage, sanitaires, plomberie, climatisation, le Conseil de la Concurrence
confirme que :
« lorsqu’elles  sont  mises  en  place  par  une  société  filiale,  les 
pratiques anticoncurrentielles sont imputables à cette dernière 
pour  autant  qu’elle  dispose  d’une  autonomie  de  décision  par 
rapport à la société mère » 90 . 

B - TRANSPOSITION DE CES CRITERES A LA SA GRANDE PAROISSE ET AU
GROUPE TOTAL
Il a été précédemment démontré que la politique en matière de santé-sécuritéenvironnement du site AZF n’a pas été déterminée au niveau de la SA GRANDE PAROISSE
mais a été largement influencée, voire imposée par le groupe TOTAL, qui n’a cessé de donner
des instructions et de contrôler les procédures et décisions mises en place au sein de la SA
GRANDE PAROISSE.
On constate en effet une immixtion des différentes directions fonctionnelles (HSE,
DARAG, etc.) de la société mère, la SA TOTAL, dans la gestion et notamment au niveau de
l’organisation et du système de management de la sécurité de la SA GRANDE PAROISSE.
Ainsi, lors de l’assemblée générale de 2001, un actionnaire se plaignait de l’hégémonie
du groupe TOTAL dans les termes suivants :
« Tout  se  passe  comme  si  le  calendrier  de  l’information  des 
actionnaires de GRANDE  PAROISSE était réglé par la politique 
de  communication  de  TOTAL  et  non  par  les  obligations  qui 
s’imposent à une société cotée. 

89
90

Décision n° 03-D-17 : BOCC 2003, p. 655
Décision n° 06-D-03 bis : BOCC 26 janvier 2007.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 244

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Dans  votre  réponse  du  21  novembre  (point  2.3),  [le  conseil 
d’administration  indique]  que  ‘d’une  manière  générale,  le 
Groupe a une approche corporate des assurances, c’est‐à‐dire 
qu’il veille à ce que chaque filiale soit assurée en fonction des 
standards fixés par le Groupe’ De deux choses l’une : 
 
‐ Ou bien les risques ont été lourdement sous‐estimés, et dans 
ce  cas,  qui  est  responsable  de  ces  estimations  totalement 
erronées ? 
 
‐ Ou  bien  les  risques  ont  été  correctement  évalués  mais 
délibérément acceptés dans le cadre d’une décision d’auto 
assurance ;  dans  ce  dernier  cas,  il  s’agit  d’une  décision  de 
gestion. Par qui a‐t‐elle été prise et qui doit en assumer la 
responsabilité ? » 

Par ailleurs, pour reprendre les termes du jugement du TPICE du 26 avril 2007, la
présence massive et permanente de membres de la direction de TOTAL-ELF à la tête de la SA
GRANDE PAROISSE (cf. 1ère partie) atteste de l’importance de l’implication de TOTAL dans la
gestion de sa filiale. Cette présence massive a nécessairement placé TOTAL en situation
d’influencer de manière déterminante la politique, notamment en termes de sécurité, de la SA
GRANDE PAROISSE.
Ce contrôle du conseil d’administration était renforcé par le fait que le président et le
directeur général de la S.A. GRANDE PAROISSE étaient des salariés du groupe TOTAL.
La responsabilité de la holding TOTAL SA du fait des manquements commis par sa
filiale, la SA GRANDE PAROISSE, trouve son fondement dans le cadre de la responsabilité du
fait d’autrui.
M. le professeur Georges DECOCQ91 , expose, dans une note relative à « la responsabilité
en droit des pratiques anticoncurrentielles des sociétés-mères du fait de leurs filiales », que :
« c’est  parce  que  la  mère  a  la  volonté  d’exercer  ces  dits 
pouvoirs  et  qu’elle  les  a  utilisés  en  fait,  qu’elle  est  tenue  en 
contrepartie par les actes de l’auteur matériel de la pratique.  
 
La  jurisprudence  conditionne  la  responsabilité  à  l’existence  de 
la  volonté  de  la  mère.  C’est  la  volonté  d’exercer  certaines 
prérogatives  permettant  de  contrôler  l’action  du  tiers  qui 
fonde la responsabilité. (…)  
 
Cette  volonté  est  présumée  par  le  contrôle  à  plus  de  50% 
parce que c’est l’ordre naturel des choses ». 

91

Chronique droit communautaire de la concurrence – Revue de jurisprudence commerciale n°4 juillet-août 2007, page 281 et suivantes.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 245

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

L’auteur conclut que :
« En  définitive,  c’est  parce  qu’une  personne  est  libre,  qu’elle 
dispose  d’une  faculté  de  décision,  qu’elle  doit  assumer  les 
conséquences  de  son  choix :  la  personne  n’est  responsable 
qu’autant qu’elle est libre. (…) 
 
Chaque  personne  est  responsable  de  ses  propres  choix  et 
irresponsable  lorsqu’elle  n’est  qu’un  agent  d’exécution  de  la 
volonté d’autrui. C’est pourquoi les mères doivent assumer les 
choix  qu’elles  imposent  à  leurs  filles  et  que  les  filles  aliénées 
sont irresponsables. Loin d’être une exception à la personnalité 
des  peines,  cette  jurisprudence  vise  à  déterminer  le  véritable 
auteur de la  pratique anticoncurrentielle : l’entité dont le libre 
arbitre est à l’origine de la pratique anticoncurrentielle ». 

Plusieurs éléments du dossier démontrent que la SA GRANDE PAROISSE n’était pas
libre de ses choix notamment en matière de santé-sécurité-environnement :
¾ TOTAL détenait 80% du capital de la SA GRANDE PAROISSE et exerçait
effectivement son pouvoir de décision et de contrôle sur sa filiale ;
¾ Le groupe TOTAL (via la société pivot ATOFINA) a détaché dans GRANDE
PAROISSE le Directeur Général, Monsieur BESSON, par ailleurs salarié de la
société TOTAL ;
¾ M. François PERIER, président de la S.A. GRANDE PAROISSE était chargé de la
coordination industrielle, de la sécurité et de l’environnement au sein du groupe
TOTAL ;
¾ De nombreux contrats commerciaux ont été conclus entre la SA GRANDE
PAROISSE et TOTAL (fourniture, vente, prestation de services …), conduisant
à un encadrement commercial et technique de l’activité de la SA GRANDE
PAROISSE ;
¾ La gestion des contrats d’assurance était confiée à la direction générale de
GRANDE PAROISSE, présidée par Monsieur BESSON (salariés TOTAL) et les
contrats étaient gérés par la DARAG après enquête sur le site (5 visites entre
1999 et 2001) ;
¾ On peut lire dans le rapport de gestion 2003 de la SA GRANDE PAROISSE que « la
conformité aux dispositions législatives et règlementaires constitue l’un des principes
directeurs essentiels de la charte Sécurité, Environnement, Qualité de
TOTAL, évidemment applicable à GRANDE PAROISSE » ;
¾ Le manuel Qualité de l’usine de Toulouse dispose en page 10 que « la DES
(Direction Sécurité Environnement d’Elf Atochem) publie chaque mois un rapport
concernant les conséquences pour l’ensemble du groupe ATO des évolutions de
la règlementation. Ce rapport est envoyé au directeur d’usine ». Le même manuel
précise encore que « la procédure DIR/COM/2/09 décrit le fonctionnement des audits
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 246

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

internes du site de Toulouse en conformité avec les directives générales d’Elf
Atochem concernant la formation des auditeurs (…). Les audits complets du système
d’assurance sont assurés par des auditeurs Elf Atochem extérieurs au site » ;
¾ Le rapport de gestion 2001 de la SA GRANDE PAROISSE retient, pour le calcul des
accidents du travail des données, « conformément aux règles applicables dans
le groupe TotalFinaElf » ;
¾ Monsieur VEROT, Directeur du Département HYGIENE SECURITE
ENVIRONNEMENT INDUSTRIE de la société ATOFINA prend partie dans la fixation
du système de sécurité de la SA GRANDE PAROISSE (par exemple : note du 4 avril
1995, note RGU du 10 juin 1998 et lettre du 7 mai 2001 adressé à Monsieur
BIECHLIN) ;
¾ Les cadres de l’usine AZF n’étaient pas choisis par Monsieur BIECHLIN,
directeur, mais par la DRH d’ATOFINA ;
¾ La transaction conclue entre le groupe TOTAL et certaines victimes de
l’explosion du 21 septembre 2001 comporte une clause au terme de laquelle la
victime indemnisée (par le groupe TOTAL) renonce à toute instance et action
tant à l’encontre de GRANDE PAROISSE SA que des sociétés composant le groupe
TOTAL FINA ELF
Il résulte de ce qui précède que la SA TOTAL doit assumer la responsabilité des
manquements de la SA GRANDE PAROISSE, lesquels ont été la conséquence des instructions
données par la SA TOTAL.

§ 2 – Etude au cas particulier à l’intérieur du groupe TOTAL :
détermination d’un « groupe intégré »
Nous reprenons les six critères de Mme CATEL-DUET (I à VI) afin de déterminer la
nature du groupe TOTAL pour arriver à la conclusion que derrière une apparente
décentralisation, il existe une influence déterminante de la société TOTAL sur ses filiales et
notamment la société GRANDE PAROISSE (VII).
I. 

CONTROLE CAPITALISTIQUE 

Il n’est pas besoin de s’appesantir longuement sur cette évidence : TOTAL détenait
directement ou indirectement 99 % d’ATOFINA S.A. et plus de 80 % de GRANDE PAROISSE
S.A. La S.A. TOTAL est donc un actionnaire ultra-majoritaire, ne dépendant d’aucun
actionnaire minoritaire puisque la majorité absolue de 66,66 % des voix est dépassée, lui
permettant ainsi de décider de la vie et de la mort des filiales lors des assemblées générales
extraordinaires.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 247

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

II. 

INITIATIVE STRATEGIQUE 

Dans le cadre de la fusion TOTAL FINA ELF, il est apparu que la vision stratégique du
groupe pour la chimie n'était pas partagée en interne par tous les dirigeants de l'activité,
notamment par M. PUECHAL, PDG et créateur d’ATOCHEM 92 .
Ainsi, TOTAL S.A. pèse-t-elle de tout son poids d’actionnaire ultra-majoritaire
d’ATOFINA pour écarter l’ancien président et surtout pour imposer sa stratégie qui se traduit
par :
‐ un démantèlement d’ATOFINA (disparition en 2004)
‐ le spin off permettant la création d’ARKEMA qui rapporte, après l’introduction en
bourse plus de 4 milliards d’euro au groupe TOTAL (cf. infra)
‐ l’intégration de la pétrochimie directement à la S.A TOTAL sans holding
intermédiaire.
Ces faits caractérisent, de manière presque caricaturale, le droit d’initiative stratégique
qui appartient à la société-mère d’un groupe intégré en lui permettant de disposer des actifs de
ses filiales en fonction de la stratégie propre au groupe.
C’est TOTAL S.A. qui délimite les frontières des différentes filiales, qui calibre les
investissements des filiales, alloue les ressources et hiérarchise les choix de positionnement sur
les marchés.
III. 

DROIT DE PREEMPTION 

Plusieurs éléments démontrent l’existence d’un droit de préemption de la S.A. TOTAL
dans la vie de ses filiales afin d’arbitrer les relations entre elles dans l’intérêt du groupe :

existence d’un entrelacs de relations contractuelles entre ATOFINA et GRANDE
PAROISSE (gestion de la zone sud de l’usine de Toulouse), approvisionnement
privilégié entre GRANDE PAROISSE et GSO (Gaz du Sud Ouest) ;

politique intégrée en matière d’environnement et de sécurité.
Ainsi, sur le site internet de TOTAL, on peut lire :
Chaque  nouveau  projet  ou  modification  significative 
d’installations  existantes  fait  l’objet  d’une  analyse  des  risques 
qui est ensuite périodiquement réévaluée.  

92

D. GALLOIS, Le président d’ELF-ATOCHEM appelle TOTAL à faire évoluer son projet de fusion, Le Monde 4/09/1999.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 248

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TOTAL  s’est  doté,  fin  2004,  d’une  méthodologie  unique  qui 
décrit  les  principes  d’analyse  des  risques  technologiques, 
formulée  par  une  directive  sécurité.  Elle  s’applique aux  divers 
types  d’installations  exploitées,  dans  tous  les  pays  et  par  les 
différentes  branches.  Une  meilleure  connaissance  des  risques 
d’un site permet de définir des programmes d’amélioration de 
la sécurité et de mettre en place des mesures de prévention et 
de  protection  pour  réduire  les  probabilités  d’occurrence 
d’accidents, ou la gravité de leurs conséquences. 
 
Bilan du plan d’investissements 
Total  a  adopté  début  2002  un  plan  de  renforcement  de  la 
sécurité  doté  d’une  enveloppe  d’investissements  de  500 
millions d’euros sur quatre ans.  
 
Ces  moyens  supplémentaires  ont  été  utilisés  essentiellement 
par  la  Chimie  et  le  Raffinage  &  Marketing,  et  consacrés  aux 
deux tiers à nos installations industrielles situées en France, où 
nous comptons historiquement un grand nombre d’usines et de 
raffineries.  
 
La modernisation des salles de contrôle et l’amélioration de la 
sécurité  des  stockages  de  produits  dangereux,  toxiques  ou 
inflammables,  ont  été  les  principales  cibles  de  ces 
investissements. 

De même, dans son rapport de gestion 2003 (p. 56), la société GRANDE PAROISSE
confirme encore cette évidence :
La  conformité  aux  dispositions  législatives  et  réglementaires 
constitue  l’un  des  principes  directeurs  essentiels  de  la  Charte 
Sécurité,  Environnement  Qualité  de  TOTAL,  évidemment 
applicable à GRANDE PAROISSE.

IV 

CREATION D’ESPACES COMMUNS 
Il existe de nombreux « espaces communs » :

les comptes consolidées qui permettent aux auditeurs de la société mère
d’appréhender la situation globale du groupe et de toutes ses filiales) ;
l’option du « bénéfice mondial » (CGI, Annexe II, article 114) pour compenser les
bénéfices d’une filiale rentable par les pertes éventuelles d’une filiale moins rentable.

Outre ces « espaces communs », nous évoquerons également la gestion des ressources
humaines à l’intérieur du groupe TOTAL (A), la recherche et le développement (B).
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 249

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A.

LA DRH : UNE DIRECTION IMPORTANTE POUR L’AVENIR DES CADRES

L’encadrement réunit près de 29.000 personnes sur 133.000 (chiffres 2003), dont
environ 400 cadres dirigeants et top managers.
Les parcours sont souvent atypiques et font fi des frontières, de toutes les frontières : les
géographiques, les fonctionnelles, les branches d’activités, les filiales. La mission de la DRH
centrale en relation avec les DRH plus localisé est de favoriser les « carrières longues » dans une
« logique de développement des compétences » 93 .
Ainsi, il n’est pas rare de voir des personnes changées facilement de fonction ou de lieu
de situation tout en restant dans le groupe :

Michel HOUCAR – case de départ « métiers et techniques du forage » ; case
d’arrivée « direction de la communication » après avoir été à la direction financière,
responsable de la filiale en Iran dans le secteur gazier ;
Isabelle GAILDRAUD, avant d’être responsable de l’expatriation et de la mobilité au
sein de la DRH centrale, est passée tour à tour de la direction financière de la
communication à la direction du recrutement.

Au niveau de l’usine de Toulouse, il est remarquable de constater que les cadres de
l’usine (ingénieur) n’étaient pas choisis par M. BIECHLIN, directeur mais par la DRH
d’ATOFINA.
Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi le groupe TOTAL a signé plusieurs
accords avec des syndicats européens 94 couvrant l’intégralité de ses filiales
européennes.
L’article 1er de la plateforme sociale prend soin de préciser que « le présent accord
s’applique à toutes les entités juridiquement autonomes du groupe TOTAL visées par l’article 1er de l’accord
relatif au comité européen de TOTAL du 20 mars 2001 dès lors qu’elle sont dotées d’une instance de
représentation du personnel ».

93
94

Philippe DELAROCHE, TOTAL retient ses cadres en les faisant bouger, L’expansion, Juillet-août 2003, n° 677, p. 146.
Plate forme sociale – Groupe TOTAL (Accord européen avec l’EMCEF et le CEC/FECCIA), 22 novembre 2004 ;
Accord européen sur l’égalité des chances Groupe TOTAL, 21 novembre 2005.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 250

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B.

LA RECHERCHE ET LE DEVELOPPEMENT : UN FEDERALISME SOUS
SURVEILLANCE

Il existe des espaces communs en matière de recherche et de développement. Ainsi,
Claude JABLON, directeur scientifique du groupe TOTAL, déclare-t-il :
« Le  groupe  est  divisé  en  trois  branches  :  Exploration‐
production,  Raffinage‐marketing  et  Chimie.  Cette  dernière 
regroupe d’ailleurs de nombreuses entreprises très différentes. 
Chacune de ces branches a sa propre division recherche qui a la 
responsabilité des programmes, des laboratoires de recherches, 
des budgets. Il y a aussi une direction scientifique globale, que 
je  dirige,  qui  anime  des  réseaux  d’´echanges  entre  les 
branches, par exemple en génie des procédés. C’est aussi elle 
qui  s’occupe  de  la  coopération  avec  la  recherche 
académique » 95 . 

Là encore, il convient de conclure à l’existence d’espaces communs à l’ensemble des
« entités » du groupe TOTAL.
V.  

CONTROLE DE TYPE MANAGERIAL 

A.

LA STRATEGIE SOCIETALE DU GROUPE TOTAL

Après les traumatismes liés à l’ERIKA (1999) et à AZF (2001), TOTAL a cherché à
redorer son blason. Elle a donc investi, à grand renfort de publicité, dans une stratégie sociétale
au nom du « développement durable ».
De nombreux engagement ont pris corps dans des chartes et des comités qui sont autant
de moyen pour la société TOTAL d’exercer un contrôle managérial sur ses filiales.
B.

GESTION DES CRISES
Le groupe TOTAL a l’expérience de gestion des crises…

Il a donc développé tout un savoir faire qui permet de démontrer l’existence d’un
contrôle de type managérial en ce sens que l’évaluation du niveau de gravité et les réactions à
prendre sont définies par la S.A. TOTAL qui garde le contrôle de la gestion de la crise comme
l’illustre les quatre documents ci-après.

95

Claude JABLON , Recherche, thèses, mathématiques :l’exemple du groupe Total,, SMF Gazette, Juillet 2003, n° 97 , p. 83
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 251

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Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 253

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Ces schémas démontré à l’évidence la construction pyramidale du groupe (comme pour
la plupart des groupes pétrochimiques) : c’est la société holding (TOTAL S.A.) qui est la tête
pensante et « ordonnante » du groupe, les filiales sont autant de mains qui exécutent les
directives déterminées au plus haut niveau.
On peut également constater que l’existence de personnalités morales apparemment
distinctes ne constitue pas un obstacle. Les salariés considèrent avant tout comme des salariés du
groupe TOTAL.
Si la République est décentralisée, elle n’en est pas moins « une et indivisible ». Il en va
de même pour le groupe TOTAL. Il existe une multitude de filiales spécialisées qui obéissent
« comme un seul homme » aux directives, instructions, impulsions, pressions émanant de la
S.A. TOTAL.
VI. 

INTEGRATION  ORGANISATIONNELLE :  UNE  VERITABLE  MISE  EN 
CORRESPONDANCE  DES  STRUCTURES  ORGANISATIONNELLES OU  LE 
CLONAGE DES DIRECTIONS DE TOTAL S.A. DANS LES DIFFERENTES FILIALES. 
L’intégration organisationnelle peut prendre deux formes :

D’une part, l’intégration de la direction Environnement, sécurité et
industrie, qui fera l’objet d’une étude spécifique dans la Section 2 (Cf.
Section 2, infra) ;

D'autre part, l’existence d’un lien de subordination entre les directeurs de
site (comme M. BIECHLIN) à l’égard non seulement de la société
propriétaire du site mais également à l’égard de la direction de la sociétémère de la société propriétaire du site.

Il est à cet égard révélateur de constater que l’organigramme de la société TOTAL S.A.
se duplique en miroir à tous les échelons du groupe que ce soit chez ATOFINA ou chez
GRANDE PAROISSE.
On retrouve les mêmes directions fonctionnelles qui se répondent une à une et les
mêmes centres de décisions (conseil d’administration) qui donnent une illusion d’indépendance
dans la prise de décisions stratégiques de la filiale.
Mais ce ‘voile d’ignorance’ tombe dès lors que l’on constate que l’ultra-contrôle du capital
se double d’un contrôle des organes de décisions par la société TOTAL S.A.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 254

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VII. 

CONCLUSION :  LA  SOCIETE  TOTAL  S.A.  DETIENT  UNE  INFLUENCE 
DETERMINANTE  DANS  LA  GESTION  DE  LA  SOCIETE  GRANDE  PAROISSE  S.A. 
DANS LE CADRE D’UN GROUPE INTEGRE 

Comme nous venons de le démontrer le groupe TOTAL est un groupe intégré dont la
S.A. TOTAL est la tête et les différentes filiales, les jambes.
Dans un groupe intégré, les organes de la société mère (COMEX et CODIR de TOTAL
S.A.) :


Fixent les objectifs communs et la stratégie du groupe,
Coordonnent les prises de décisions et leur mise en œuvre au sein du groupe
(notamment par les sociétés « pivot » en charge d’une branche d’activité
comme ATOFINA pour la ‘CHIMIE’),
Définissent la contribution des filiales au but et leur rôle stratégique,
Emettent des instructions pour le groupe (incitations à mettre en œuvre des
moyens nécessaires à la réalisation des objectifs et à la mise en œuvre de la
stratégie.

Lors de l’élaboration des directives pour le groupe, les instances concernées du groupe
sont tenues de laisser aux filiales une latitude suffisante pour la mise en œuvre des mesures
opérationnelles concrètes.
Les filiales sont tenues d’appliquer les directives du groupe dans leur domaine de
responsabilité en prenant des mesures opérationnelles appropriées, sans pouvoir déroger à la
stratégie adoptée par la société-mère.
On concède aux directions des filiales une forme d’autonomie afin d’atteindre les
objectifs fixés par la société-mère.
Nous allons voir que ce contrôle de la société GRANDE PAROISSE par la société
TOTAL est d’autant plus important dans le cadre de la gestion des risques et de la sécurité.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 255

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SECTION 2 
LA GESTION DU RISQUE INDUSTRIEL DANS UN GROUPE 
Dans un entretien avec le Directeur de la « Sécurité Industrielle » du groupe TOTAL,
disponible sur le site internet de TOTAL (17 mai 2005), Jean-Marc Jaubert précise
La  sécurité  industrielle,  c’est  notre  aptitude  à  maîtriser  les 
risques  dus  à  nos  propres  opérations  ou  ceux  que  notre 
environnement  peut  nous  faire  subir.  La  sécurité  industrielle 
n’est  pas  une  aversion  aux  risques,  c’est  la  volonté  de  les 
identifier  lucidement  dans  nos  activités  industrielles,  de  les 
évaluer  de  manière  qualitative  voire  quantitative  et  de  les 
gérer.  Concrètement,  nous  nous  demandons  régulièrement 
comment  évoluent  les  risques  sur  nos  installations  et  où  nous 
en sommes de nos plans d’actions pour les faire diminuer. 
 
2004  a  été  la  troisième  année  d’application  du  plan  de 
renforcement de la sécurité pour la période 2002‐2005. Ce plan 
s’appuie  sur  deux  axes  de  travail,  accompagnés  d’objectifs 
concrets  :  Le  premier  axe  concerne  la  baisse  de  fréquence  des 
accidents  du  travail.  Notre  objectif  est  de  diminuer  de  60  % 
entre 2002 et 2005 la fréquence des accidents déclarés.  

Ainsi, il se confirme que la gestion de la sécurité est du ressort de la société-mère du
groupe, la S.A. TOTAL qui a mis en place un plan « de renforcement de la sécurité » qu’elle
a imposé à ses filiales par capillarité : chaque holding intermédiaire (ATOFINA pour la chimie)
était chargée d’adapter, de transposer et de surveiller l’application des directives de la sociétémère dans les différentes sociétés filles ou petites-filles.
Pour s’en convaincre, si besoin était, il suffit d’étudier la direction Sécurité
Environnement de la S.A. TOTAL (I), la direction équivalente dans ATOFINA (II) et pour
conclure, il sera démontré la dépendance de la direction « Sécurité et Environnement » de
GRANDE PAROISSE S.A. à l’égard des directions des sociétés mères (III).

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 256

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

I. 

LA DIRECTION « HYGIENE, SECURITE ET ENVIRONNEMENT (HSE) » DE TOTAL 
S.A. 
Ce schéma est particulièrement révélateur. Il démontre que :
‐ au dessus des filiales, il existe dans la société TOTAL, en soumission directe au
Comité exécutif, une direction du groupe chargée de la sécurité et de
l’environnement ;
‐ peu importe la situation dans les filiales, les personnes concernées dialoguent
directement entre elles et/ou avec les organes de direction de la S.A. TOTAL.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 257

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II. 

LA DIRECTION « H.S.E. » DE ATOFINA S.A. 

Dans le cadre du contrôle qu’elle exerce sur ses filiales en France et à l’étranger,
ATOFINA éditait un « tableau de bord » 96 :
-

des accidents mortels (fatalities),
des TF1 (taux de fréquence des accidents avec arrêts, LTIF : lost time injury
frequency rate) ;
des TF2 (taux de fréquence des accidents déclarés, TRIF : total recordable injury
frequency rate)
TG (taux de gravité accidents avec arrêts, LTIS : lost time injury severity)

Ces documents étaient établis par la DHSE d’ATOFINA et communiqués à la DSER de
TOTAL.
Ils permettaient à la société mère d’avoir une vue d’ensemble de l’accidentologie dans
les différentes filiales et lui permettaient, notamment, de répondre aux audits de la DARAG de
TOTAL (direction des assurances).
Ces informations étaient également consolidées et reprises dans les documents publiés
par le groupe TOTAL. C’est à partir de ces chiffres communiquées que nous avons établi le
caractère « accidentogène » du groupe TOTAL.
Les chiffres ainsi recensés97 sont particulièrement éloquents :

TF1 
TF2 
TF3 

Période mars 1999/mars 2000 
GP 
EE 
Ecart 
1,40 
18,30 
13,07 
16,30 
36,61 
2,25 
58,60 
120,81 
2,06 

TF1 = taux d'accident avec arrêts 
TF2 = taux d'accidents déclarés à la SS 
TF3 = taux soins infirmerie 

Période avril 2000/Mars 2001 
GP 
EE 
Ecart 
6,46 
14,30 
36,61 
2,56 
50,00 
178,73 
3,57 
GP = GRANDE PAROISSE 
EE = entreprises extérieures 

Ainsi, les salariés des entreprises extérieures subissent-ils 13 fois plus
d’accidents avec arrêt de travail que les salariés de GRANDE PAROISSE et entre 2,5 et
3,5 fois plus d’accidents déclarés ou nécessitant des soins en infirmerie.

96
97

Scellé 2 B, PV 2001/537/C/1/8
Scellés Deux B,PV n° 2001/537/C1/4
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 258

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Ces chiffres corroborent l’information selon laquelle le recours systématique à des
entreprises extérieures permet à l’EXPLOITANT de diminuer ses coûts de fonctionnement et
de transférer le risque lié à la sécurité des intervenants sur le site industriel.
Dans le même ordre d’idée et toujours dans un souci d’économies et afin d’accroitre la
« compétitivité » (c’est le titre même du document), un document édité par DIR/COM
d’ATOFINA prévoit pour 2003 de « préparer une sous-traitance de la fonction pompier en tenant
compte des départs à venir ». La cible de cette action étant « pas d’embauche ». La question de la
sécurité liée à la mise en place de cette sous-traitance n’est même pas évoquée…
On peut en conclure que les directions « sécurité industrielle » de TOTAL, d’ATO et
de GRANDE PAROISSE privilégiaient la sécurité de la production sur la sécurité des
salariés.
Par ailleurs, il est intéressant de relever les propos de M. BIECHLIN devant la
commission d’enquête parlementaire (t. 2, p. 258) qui démontre qu’il existe une seule entité à
laquelle il doit rendre des comptes et prendre ses instructions. Ainsi, il déclare que les
expertises et les scenarii sont mis au point au niveau du groupe :
Très  souvent,  l'expertise  vraie  est  au  sein  de  notre  propre 
groupe ATOFINA. Au centre technique de Lyon, nous avons un 
certain nombre d'experts vraiment reconnus.  
 
Donc différents scénarios sont étudiés chez nous. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 259

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

III. 

LA DEPENDANCE DE GRANDE PAROISSE S.A D’ATOFINA ET DE TOTAL 

Par simple recoupement entre les différentes déclarations des dirigeants du groupe
TOTAL, il est possible de déterminer les modalités de prises de décisions relatives aux
INVESTISSEMENTS dans le groupe TOTAL-FINA-ELF/
Organe décisionnaire
COMEX
TOTAL S.A
CODIR
ATOFINA S.A.
CODIR
GRANDE PAROISSE S.A.
D.G.
GRANDE PAROISSE S.A.
Directeur de l’usine
GRANDE PAROISSE
COMEX – Comité exécutif
CODIR – Comité directeur
DG – Directeur général

Montant de
l’investissement
En FRF
En €
>
de 50
millions

>
7,622
millions

« gros investissement » (sans
précision de montant)
< 10
< 1,5
millions
millions
1à2
150 à 300
millions
k€
400 000

60.979

Sources
Déclarations de Serge TCHURUK
(PDG 1992) devant le tribunal
correctionnel d’Aix-en-Provence
dans le dossier de LA MEDE
Déclarations de Serge BIECHLIN
(D. 823)
Déclarations de Serge BIECHLIN
(D. 4763)

Cet élément permet de confirmer la dépendance de GRANDE PAROISSE à l’égard du
groupe TOTAL.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 260

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Chapitre II
EXTENSION DE LA RESPONSABILITE PENALE
DANS UN GROUPE DE SOCIETES
Section 1 
COMPLICITE OU CO‐ACTION 
Conformément à l’article 121-1 du Code Pénal, « nul n’est pénalement responsable que de
son propre fait ». La responsabilité pénale est une responsabilité de fait personnel, ce qui exclut
implicitement les concepts de responsabilité collective ou de responsabilité du fait d’autrui.
Cette affirmation ne pose pas de difficulté lorsque l’infraction ne peut être imputée qu’à
un seul individu. En revanche, lorsque plusieurs personnes ont participé à l’infraction, les choses
sont moins simples. Il existe diverses hypothèses de participation collective à l’infraction. Seront
ici présentées les différentes solutions selon que l’infraction a été commise au sein d’un groupe
informel, selon que la participation s’est réalisée par concertation, ou par représentation.

Sous Section 1 –  
Infraction au sein d’un groupe informel 
Outre l’aggravation de la peine encourue, dans les cas prévus par la loi, au motif que
l’infraction a été commise en réunion ou en bande organisée, le caractère collectif de l’action
peut avoir des conséquences sur la culpabilité de chacun des protagonistes.
La question de la participation d’un groupe informel à une infraction non intentionnelle
est plus délicate.
L’hypothèse est celle par exemple, de deux chasseurs qui, croyant viser un animal, font
feu et blessent par balle une troisième personne sans qu’il soit possible de déterminer l’origine
de la balle. Dans cette hypothèse, chacun d’entre eux a commis une imprudence fautive. Mais il
est également certain que seule la faute de l’un d’entre eux a causé le dommage. Or, il n’existe
pas de tentative punissable en ce qui concerne les infractions involontaires et la question de la
complicité des infractions non intentionnelles est controversée (cf. infra). Néanmoins, la Cour
de cassation a retenu la responsabilité pénale des deux individus, considérant « qu’ils ont créé, par
leur commune imprudence, un risque grave qui s’est réalisé »98 .
Il résulte des faits déjà rappelés que tant la société GRANDE PAROISSE et M. Serge
BIECHLIN, que la société TOTAL et M. Thierry DESMAREST ont créé, par leur commune
négligence, un risque grave qui s’est réalisé.

98

Cass. Crim, 19 mai 1978, Bull. Crim. N°158
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 261

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

La Cour de Cassation a retenu la même solution dans une affaire mettant en cause des
jeunes gens qui, munis d’une fronde, avaient tiré des clous dont l’un avait atteint une troisième
personne sans qu’il soit possible de déterminer lequel des deux avait commis le dommage. Ici
encore, la Chambre Criminelle a considéré qu’en se livrant à un « jeu dangereux », les deux
jeunes gens « s’étaient rendus coupables d’une commune imprudence » et « avaient créé un risque grave ».
Au cas particulier, l’imprudence de MM. BIECHLIN et DESMAREST a consisté à ne pas
faire procéder à un audit environnemental détaillé, compte tenu pour l’un, de son arrivée dans
une usine inconnu, pour l’autre, de la reprise d’un groupe de sociétés dans lequel il n’avait
qu’une visibilité faible du respect (ou non) des lois et règlements applicables à des IPCE.

Sous Section 2  –  
Participation par concertation 
La concertation peut se définir comme le fait de s’entendre en vue de commettre une
infraction. Elle se présente sous plusieurs formes : parfois, la loi réprime la simple appartenance
à un groupe de personnes réunies en vue de commettre une infraction (ex : participation à un
complot, art 412-2 du CP) ; d’autre fois, elle pose la réunion comme une circonstance
aggravante d’une infraction principale (ex : le vol commis en réunion, art. 311-4 ou en bande
organisée, art. 311-9 CP).
A titre principal, la question de la concertation intéresse essentiellement la co-activité
(§1) et la complicité (§2).

§ 1 – Co-activité
Le coauteur est, comme l’auteur matériel, celui qui a personnellement accompli les actes
matériels constitutifs d’une infraction. Parce qu’il les a accomplis avec un ou plusieurs autres
individus, eux aussi auteurs matériels de l’infraction, on le désigne sous le nom de « coauteur ».
La distinction entre la situation du coauteur et du complice n’est pas toujours aisée. Une
illustration permet de mieux saisir la différence : celui qui, avec un autre, soustrait la chose
d’autrui, est coauteur d’un vol, tandis que celui qui ne fait qu’aider ou assister l’auteur de la
soustraction est en principe un complice.
La différence entre les deux tient surtout aux conséquences juridiques attachées à
chacune des qualifications. Le coauteur est auteur à part entière ; sa responsabilité est purement
personnelle et ne dépend en aucune façon de celle des autres coauteurs. De la sorte, il sera
poursuivi pour des faits punissables à son égard, quand bien même il ne le serait pas à l’égard de
l’autre coauteur pour une cause personnelle (ex : immunité familiale). Enfin, la peine qui peut
être prononcée contre lui est tout à fait indépendante de celle qui pourrait l’être contre son
coauteur.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 262

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

§ 2 - Complicité
L’étude de la complicité exige d’en présenter les conditions d’application (I), avant d’en
examiner les effets (II).
I. 

CONDITIONS DE LA COMPLICITE 

A.

ELEMENT MATERIEL DE LA COMPLICITE

Il ressort de l’article 121-7 du Code pénal, complété pour les contraventions, par
l’article R. 610-2 du même code, que deux conditions sont nécessaires à l’établissement de la
complicité. D’une part, une infraction principale doit avoir été commise ; d’autre part, le
complice doit avoir commis certains actes, limitativement énumérés par la loi.
1°) 

La nécessité d’un acte principal punissable 

Suivant la théorie de l’emprunt de criminalité, la condamnation en tant que complice
suppose nécessairement qu’une infraction principale ait été commise. Deux remarques sont à
soulever : d’une part, l’acte principal doit être une infraction ; d’autre part, il n’y a pas de
complicité punissable lorsqu’un individu provoque un tiers à commettre une infraction mais que
celle-ci n’est ni commise ni même tentée.
a)

Nature de l’infraction punissable :

La complicité par instigation est toujours incriminée, qu’il s’agisse d’un crime, d’un
délit ou d’une contravention, le second alinéa de l’article 121-7 visant de façon générale les
« infractions » sans autre précision.
En revanche, la complicité par aide ou assistance n’est en principe incriminée qu’en
ce qui concerne les crimes ou les délits.
S’agissant des contraventions, cette forme de complicité n’est réprimée qu’autant
qu’un texte spécial le prévoit (ex : tapage nocturne, art. R 623-2 CP).
Il convient de préciser que les instigations peuvent prendre plusieurs formes et ne sont
pas nécessairement des notes de services. La pression sociale ou sociétale peut être plus diffuse
en usant de la vieille technique de la carotte et du bâton : la carotte c’est l’intéressement, tout
amélioration de la rentabilité profite aux salariés-actionnaires ; le bâton, c’est la notation des
salariés par les chefs d’équipe et par la hiérarchie, ce qui peut avoir une influence sur l’évolution
de la carrière.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 263

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

b)

Caractères de l’infraction punissable :

L’acte principal doit être punissable ; il n’est pas nécessaire qu’il soit effectivement puni.
De là, plusieurs conséquences doivent être tirées : la question se pose notamment de savoir
quelle conséquence tirer de la relaxe de l’auteur principal. Quand l’acte est légitimé par un fait
justificatif, la solution ne fait aucun doute. Les causes objectives d’irresponsabilité pénale ont
pour conséquence de faire disparaître l’élément légal de l’infraction. Mais lorsqu’il s’agit d’une
cause subjective, telle que la démence ou la contrainte, la doctrine estime que cette cause
purement personnelle à l’auteur laisse subsister le caractère infractionnel de l’infraction, de
sorte que la relaxe de l’auteur n’empêche pas d’engager des poursuites à l’égard du complice.
2°) 

L’acte de complicité 

Aux termes de l’article 121-7 du Code Pénal, la complicité peut prendre deux formes :
par aide/assistance ou par instigation.
a)

Complicité par aide ou assistance

La complicité peut se qualifier par l’aide (matérielle) ou l’assistance (physique) apportée
à l’auteur principal de l’infraction. Il convient de préciser qu’il y a complicité même si l’aide ou
assistance a été inefficace. Par ailleurs, l’aide ou assistance doit répondre à trois exigences :
• tout d’abord l’acte doit être consommé, puisqu’il n’existe pas de tentative de
complicité,
• ensuite, l’aide ou assistance doit consister en un acte positif. En principe, une
attitude purement passive au moment de l’action principale ne peut caractériser
la complicité par aide ou assistance 99 , sauf si l’agent, en raison de sa profession ou
de son statut, avait l’obligation de s’opposer à l’infraction et qu’il a eu la volonté
de la laisser commettre.
• Enfin, l’acte doit être antérieur ou concomitant à l’infraction. Toutefois la
Cour de cassation accepte de retenir la complicité en cas d’intervention
postérieure à l’infraction, lorsque cette participation procède d’un accord conclu
entre l’auteur et le complice antérieurement à l’accomplissement de l’acte
principal
b)

La complicité par instigation :

Prévue par l’article 121-7 alinéa 2, elle peut prendre deux formes : la provocation ou la
fourniture d’instructions. Ces dernières doivent être consommées, consister en un acte positif,
et être antérieures ou concomitantes à l’infraction.

99

Cass. Crim. 15 janvier 1948, Bull Crim. n°10
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 264

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Par instigation, il faut comprendre non seulement les instructions émanant du siège (cf.
lettre de M. VEROT, par exemple) mais aussi la « pression sociale » découlant d’ordre diffus,
d’informations orientées, de communication ciblées qui permettaient à la S.A. TOTAL
d’insister sur la nécessité de produire toujours plus.
B.

ELEMENT INTELLECTUEL DE LA COMPLICITE

L’intention requise pour établir la complicité peut être définie comme la connaissance du
caractère délictueux des actes de l’auteur et la volonté de s’associer à leur commission. Il n’est
en revanche pas nécessaire que le complice ait lui-même partagé la volonté criminelle de
l’auteur 100 .
La question de la complicité des infractions non intentionnelles est controversée en
doctrine. Dans la mesure où la complicité suppose une entente frauduleuse entre le complice et
l’auteur. Toutefois, la Cour de Cassation a admis la condamnation du chef de complicité de délit
de risque causé à autrui à l’égard d’une personne qui avait enjoint à son chauffeur de passer une
intersection malgré un feu rouge 101 .
En ce sens, il faudrait distinguer entre la simple imprudence, pour laquelle la complicité
n’est pas concevable, et l’imprudence délibérée qui, par la conscience qu’a la personne
d’exposer autrui à un risque, présente des similitudes avec l’intention.
II.  

REPRESSION DE LA COMPLICITE 

L’article 121-6 du Code pénal prévoit que « sera puni comme auteur le complice de
l’infraction au sens de l’article 121-7 ». Le complice encourt donc les mêmes peines que s’il avait
été l’auteur principal de l’infraction. S’agissant des conséquences de la rédaction de cet article, il
faut noter que :

100
101

-

les circonstances réelles applicables à l’auteur principal sont applicables au
complice, contrairement aux circonstances purement personnelles (récidive).
Les circonstances mixtes, quant à elles, sont appliquées à la répression du
complice.

-

Lorsqu’une incrimination subordonne la répression à une certaine qualité de
l’auteur principal, le complice non revêtu de cette qualité peut également être
puni.

Cass crim, 23 janvier 1997
Cass. Crim. 6 juin 2000, bull crim n°213
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 265

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

§ 3 - La responsabilité par représentation
Pour compléter l’éventail des hypothèses de responsabilité collective en droit pénal, il
convient de mentionner la responsabilité pénale des personnes morales, prévue à l’article 121-2
du Code pénal.
Brièvement, la responsabilité des personnes morales peut être recherchée à une double
condition :
-

une infraction commise par un organe ou représentant de la personne morale
pour le compte de la personne morale.

-

Une décision est particulièrement intéressante en ce domaine, en ce qu’elle
admet une présomption d’imputation de l’infraction à l’organe ou représentant
de la société.

Lors d’une mission d’inspection, un salarié avait fait une chute mortelle en empruntant
une plate forme hors service dont la dangerosité n’avait pas été signalée et qui, du fait de sa
corrosion, avait cédé sous son poids. La personne morale fut poursuivie et condamnée sur le
fondement des articles 211-6 et 121-2 du Code pénal. Il est particulièrement intéressant de
noter dans l’arrêt que la société n’avait pas fait procéder, « sans doute par souci d’économie, en tout
cas sans raison légitime, au démontage et à l’enlèvement de la plate forme litigieuse devenue au fil du temps
de plus en plus vétuste et dangereuse » 102 .
La difficulté principale tenait ici à l’imputation de l’infraction aux organes ou
représentant de la personne morale, selon les exigences mêmes de l’article 121-2 du Code
pénal. Précisément, le pourvoi reprochait aux juges du fond de ne pas avoir recherché « l’organe
ou le représentant de la société qui aurait commis une faute susceptible d’engager la
responsabilité pénale de la personne morale ». L’arrêt de rejet balaie cet argument, en énonçant
que « la demanderesse ne saurait faire ce grief de ce que les juges du fond l’aient déclarée coupable du délit
d’homicide involontaire sans préciser l’identité de l’auteur des manquements constitutifs du délit, dès lors
que cette infraction n’a pu être commise, pour le compte de la société, que par ses organes ou
représentants ».
L’innovation est de taille, car ici la Cour de cassation accepte de procéder à un
raisonnement de l’évidence, participant de la « normalisation de la responsabilité pénale des personnes
morales » 103 .

102

Cass. Crim du 21 juin 2006, Bull. Crim n°188, D.2007.617, note Saint Pau, ibid. 2007 pan. 402 ; JCP 2006 II.
10199 note Dreyer
103
E. DREYER, obs. JCP 2006 II 10199.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 266

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Par ailleurs, il convient de souligner que l’expression « organes ou représentants » ne
signifie pas simplement les organes sociaux mais bien plutôt tout organe qui dispose d’un
pouvoir de décision et de contraintes sur la bonne marche de la personne morale.
Autrement le COMEX (comité exécutif) de TOTAL doit être considéré comme un
organe au sens du texte susvisé.
Bien plus, si le conseil d’administration d’une filiale peut être la conscience de cette
personne morale, le COMEX qui gouverne au destiné du groupe doit être considéré, en quelque
sorte, comme le « surmoi » de la personne morale. Lorsque le COMEX donne une orientation
ou définit une politique générale, tous les membres du groupe (personnes morales et physiques)
doivent tout mettre en œuvre pour réaliser le « plan quinquennal ».

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 267

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Section 2  
APPLICATION DE LA JURISPRUDENCE GALLIMARD 
Dans un arrêt en date 22 mars 2006 104 , confirmé par la Cour de cassation 105 , la Cour
d’appel de Paris a reconnu la culpabilité du PDG d’une société-mère ainsi que celle de la
société-mère dans les agissements d’une des filiales du groupe.
Une société NOUVEAUX LOISIRS, filiale spécialisée des EDITIONS GALLIMARD SA,
édite des guides touristiques. Ces salariés, soumis à de véritables liens de subordination, sont
présentés comme des auteurs d’une œuvre collective, ce qui permet d’éluder d’importantes
cotisations sociales et de se dispenser de respecter le Code du travail.
Les sociétés NOUVEAUX LOISIRS, Editions GALLIMARD ainsi que M. Antoine
GALLIMARD, Président directeur général des deux sociétés, sont poursuivis des chefs
d’exécution d’un travail dissimulé.
Sur appel d’un jugement ayant reconnu leur responsabilité pénale des dirigeants du
« groupe GALLIMARD », la Cour d’appel confirme la décision des premiers juges.
Les attendus de principe sont d’une parfaite limpidité et peuvent être transposés à notre
cas d’espèce :
« il résulte qu’Antoine GALLIMARD, qui dirige personnellement 
le  groupe  portant  son  nom  et  dont  la  société  NOUVEAUX 
LOISIRS n’est qu’une filiale spécialisée ne pouvait pas ignorer la 
politique  d’emploi  dont  les  situations  des  six  salariés  n’étaient 
que la mise en œuvre » ; 
 
« il  est,  dès  lors,  indifférent  qu’il  n’ait  pas  lui  même 
matériellement  accompli  les  actions  ponctuelles  de  gestion  de 
ces situations qui n’ont été que la mise en œuvre de ses choix 
de portée générale et permanente (…) » ; 
 
« il s’ensuit que l’élément intentionnel de l’infraction de travail 
dissimulée  est  bien  réalisé  en  la  personne  d’Antoine 
GALLIMARD,  qui  doit  être  déclaré  coupable,  ainsi  que  la 
personne morale dont il est à la fois l’organe et le représentant 
légale en sa qualité de PDG, pour le compte et au bénéfice de 
laquelle les faits ont été commis ». 

104

105

Cour d’Appel de Paris, 12ème ch. Section A, 22 mars 2006, Gallimard c./le syndicat des correcteurs, Jurisdata n°
306 170.
Cass. crim. 20 février 2007, pourvoi n° 06-83.062
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 268

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

SECTION 3 –  
LA SOCIETE TOTAL EST L’EXPLOITANT DE L’USINE AZF  
AU SENS DE LA DIRECTIVE SEVESO II 
L’Article 3 – 3 de la directive SEVESO II 106 définit l’exploitant d’une installation classée
de la manière suivante :
«exploitant»  :  toute  personne  physique  ou  morale  qui  exploite  ou 
détient  l'établissement  ou  l'installation,  ou,  si  cela  est  prévu  par  la 
législation nationale, toute personne qui s'est vue déléguer à l'égard 
de ce fonctionnement technique un pouvoir économique déterminant. 

Compte tenu de l’organisation interne du groupe TOTAL, la société TOTAL exerce un
pouvoir économique déterminant sur les choix stratégiques et de gestion de sa filiale, la société
GRANDE PAROISSE.
De même, il a été démontré que les choix techniques, notamment en matière de sécurité
et d’environnement, sont décidés dans le cadre d’une direction « HSE » qui diffuse et adapte ses
recommandations, instructions, directives et règles aux différentes filiales du groupe, eu égard à
leur activité.
Par ailleurs, la surveillance des relations entre le directeur d’une usine d’une filiale et les
DRIRE territorialement compétentes est assurée par la direction « HSE » du groupe,
notamment dans la présentation (ou le retrait) des scenarii de catastrophe présentés dans les PPI.
En conséquence, la société TOTAL doit être regardée comme étant
l’EXPLOITANT au sens de la directive SEVESO.
Force est alors de constater qu’elle a manqué à des obligations légales et réglementaires
de prudence ou de sécurité comme cela a déjà été démontré pour sa filiale, la société GRANDE
PAROISSE.
Cette analyse se trouve renforcée par l’article L 160-1 alinéa 2 du Code de
l’environnement relatif au délit environnement, lequel précise :
L'exploitant s'entend de toute personne physique ou morale, publique 
ou privée, qui exerce ou contrôle effectivement, à titre professionnel, 
une activité économique lucrative ou non lucrative.  

106

Directive 96/82/CE du Conseil du 9 décembre 1996 concernant la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs
impliquant des substances dangereuses Journal officiel n° L 010 du 14/01/1997 p. 0013 - 0033
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 269

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

LIVRE DEUXIEME 
RECEVABILITE DES PARTIES CIVILES 
Chapitre Premier –
PRECISIONS RELATIVES
A L’AUTORITE DE LA CHOSE JUGEE DE L’ORDONNANCE
DE RENVOI ET DES TRANSACTIONS AYANT PU ETRE
SIGNEES PAR CERTAINS DEMANDEURS
SECTION 1 –  
ABSENCE D’AUTORITE DE LA CHOSE JUGEE DE L’ORDONNANCE DE RENVOI 
Les avocats du groupe TOTAL, pris en ces différentes entités (GRANDE PAROISSE) ou
salariés (M. BIECHLIN), ont déjà fait savoir qu’ils contestaient toute idée de citation directe à
l’encontre de la société-mère du groupe TOTAL au prétexte principal qu’il existerait des
décisions de non-lieu ou de refus d’instruire revêtues de l’autorité de la chose jugée.
Au surplus, ils n’hésitent pas à signaler que le temps dont dispose le tribunal pour
conduire le procès « serait absorbée par l’accessoire et l’inutile au détriment de l’examen des faits » dont
le tribunal est saisi (Lettre de Me SOULEZ-LARIVIERE en date du 25 juillet 2008).
Bien au contraire, et la présente citation permet de le démontrer, l’action des parties
civiles s’intègre dans la recherche de la vérité et demande un examen minutieux des faits, de
tous les faits, à l’origine de l’explosion. Loin d’être accessoire ou inutile, la recherche de
l’implication de la société TOTAL et de ses dirigeants participe à la double finalité de ce procès :
et comprendre et condamner.
Au demeurant, l’argument de droit avancé par le conseil des défendeurs ne résiste pas à
l’examen pour la simple raison que l’ordonnance de renvoi n’est pas revêtue de
l’autorité de la chose jugée (§2). En effet, il convient de distinguer cette dernière et les
décisions rendues par une juridiction de jugement (§1).

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 270

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

§1.

Autorité des décisions de jugement

Il y a chose jugée au pénal lorsque les faits reprochés ont donné lieu à une poursuite qui a
été terminée par une décision définitive sur le fond, c'est-à-dire contre laquelle il n’y a plus de voie
de recours 107 .
Les décisions rendues par les juridictions de jugement ont autorité de la chose jugée, quel
que soit le sens dans lequel elles ont été rendues (condamnation, absolution, acquittement ou
relaxe).
Pour que cette autorité joue, il est nécessaire qu’on se trouve en présence d’une triple
identité, la même qui est exigée pour l’autorité de la chose jugée des décisions civiles : identité
d’objet, identité de parties et identité de cause.
L’identité de parties n’existe qu’entre le Parquet et la personne condamnée (ou
acquittée). En revanche, pour toute autre personne, coauteur, complice, tiers, les juges qui ont
à connaître de leur affaire sont entièrement libres aussi bien de condamner alors que l’auteur
principal a été acquitté ou relaxé, que l’inverse. 108 .
Par identité de cause, il faut comprendre poursuite pour les « mêmes faits », étant
précisé qu’il convient de distinguer entre « faits « matériels » 109 et faits « juridiques » 110 .

§2. Les décisions des juridictions d’instruction sont de simples décisions
préparatoires, non revêtues de l’autorité de la chose jugée à titre principal.
I. 

EN PRESENCE D’UNE ORDONNANCE DE NON‐LIEU 

Il convient de distinguer les motivations de l’ordonnance de non-lieu car l’autorité de la
chose jugée attachée d’un non-lieu prononcé pour des motifs de fait est moindre que celle
accordée (2°) au non-lieu motivé en droit (1°).
A.

NON-LIEU MOTIVE EN DROIT

C’est seulement en présence d’une motivation exclusivement en droit, qu’il est possible
de considérer que l’ordonnance de non-lieu est revêtue de l’autorité de la chose jugée « absolue
et définitive ». En conséquence, les faits examinés ne peuvent donner lieu à aucune information
nouvelle, même sous d’autres qualifications, ni poursuites par citation directe, quand bien
même ultérieurement seraient découvertes des charges nouvelles.
107
108
109
110

B. BOULOC et H. MATSOPOULOU, Droit pénal et procédure pénale, Dalloz-Sirey, 15ème édition, n° 280.
Ibidem, n° 885
Crim. 19 mars 1983, Bull. crim. n° 149, JCP 1985, II, 20385 note W. JEANDIER, D. 1984, note CHAPAR
Crim. 22 juin 1994, Bull. crim. n° 248.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 271

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Ainsi, les obstacles juridiques à la poursuite pénale sont :

l’impossibilité d’une incrimination pénale, en raison soit de l’absence d’éléments
constitutifs de l’infraction, soit de l’existence de faits justificatifs d’une cause
d’irresponsabilité pénale ou d’une immunité ;
l'existence d’une amnistie, d’une prescription.

Or, le non-lieu qui a été prononcé concernant le délit d’entrave (D. 7474) n’était pas
motivé en droit mais par une libre appréciation du juge d’instruction. Ainsi, le magistrat
instructeur considère (p. 220 de l’ordonnance) :
« Bien que les pièces en original des inventaires n'aient pu être 
retrouvées malgré les perquisitions effectuées aux domiciles de 
Jean‐Claude  PANEL,  de  membre  de  la  Commission  d'enquête 
interne  et  au  siège  de  la  SA  GRANDE  PAROISSE  où  ils 
apparaissent  pourtant  sous  les  nomenclatures  DG8  et  DG9,  la 
première  correspondant  selon  Bernard  PEUDPIECE  à 
l'inventaire  de  Jean‐Claude  PANEL  sur  lequel  la  mention 
"chlorure  de  potassium"  a  été  rectifiée  en  "carbonate  de 
potassium", la seconde à celui sur lequel figure la présence d'un 
sac  de  DCCNa,  aucune  conséquence  ne  peut  davantage  être 
tirée de cette bizarrerie pour l'application du même article. 
 
Il ne résulte  pas  en  effet  de l'examen  des  copies de ces pièces 
qu'elles  aient  été  intentionnellement  modifiées  de  telle  sorte 
que la mention de l'existence d'un  sac  de DCCNa soit occultée 
d'une manière ou d'une autre. 
 
S'il  apparaît  manifestement  que  les  intéressés  n'ont  pas, 
malgré  leurs  engagements  pris  en  ce  sens,  informé  les 
enquêteurs de la découverte de ce sac le 3 octobre 2001, le fait 
que  ce  dernier  ait  encore  été  présent  dans  le  bâtiment  335 
lorsqu'ils  s'y  rendent  le  21  novembre  2001  démontre  à 
l'évidence qu'il n'a pas été retiré des lieux. 
 
Aucun doute ne peut par ailleurs exister sur le fait qu'il s'agisse 
du  même  sac  puisque  celui‐ci  a  été  photographié  par  Joseph 
DOMENECH  et  Jean‐Claude  MOTTE    dès  sa  découverte  le  3 
octobre  2001,  que  des  photographies  le  représentant  ont  été 
retrouvées sur la clé USB de Jean‐Claude MOTTE le 10 mai 2006 
et que l'expertise confiée à Gérard LAGARDE du Laboratoire de 
Police Scientifique de Lyon a établi que le sac découvert par les 
enquêteurs, objet du scellé n°14 Demi‐Grand, correspondait bel 
et  bien  à  celui  apparaissant  sur  ces  photographies  (D2121 
D2735 D 7141 / D150 D7145 / D213). 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 272

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Bien qu'il soit constant en revanche que ce sac ait été déplacé 
par des salariés de la SA GRANDE PAROISSE et des membres de 
la  Commission  d'enquête  interne  depuis  sa  dernière 
manipulation  par  Gilles  FAURE  dans  le  bâtiment  335,  il 
n'apparait  pas  davantage  que  cette  opération  soit  susceptible 
d'être  incriminée  par  les  dispositions  de  l'article  434‐4  précité 
dans  la  mesure  d'une  part,  où  le  caractère  anormal  de  sa 
présence dans les lieux peut avoir légitimement échappé à son 
premier  inventeur,  d'autre  part,  où  sa  position  exacte  dans  le 
bâtiment  n'est  pas  un  élément  déterminant  en  soi,  l'essentiel 
étant qu'il y soit demeuré ». 

Au surplus, aucune décision du juge d’instruction concernant la société TOTAL ou l’un
de ses dirigeants ou de ses filiales n’a été rendue à notre connaissance.
B.

NON-LIEU MOTIVE EN FAIT

Lorsque le non-lieu est motivé par la constatation par le juge d’instruction qu’il n’existe
pas de charges suffisantes contre une personne d’avoir commis l’infraction, objet de
l’information, l’autorité de la chose jugée n’est que provisoire.
Selon l’article 188 du Code de procédure pénale, la personne mise en examen ne peut
plus être recherchée en raison des mêmes faits, à moins qu’il ne survienne de nouvelles charges.
Depuis l’arrêt BOTRANS 111 et en présence d’une plainte contre personne non
dénommée, la Cour de cassation considère qu’une citation directe est recevable à condition que
la personne visée par la citation n’ait pas été l’objet de l’instruction.
La jurisprudence récente précise que la citation directe peut concerner une personne
entendue comme témoin ou ayant fait l’objet, de la part du magistrat instructeur de diverses
vérifications 112 .
On le voit, même en présence d’une ordonnance de non-lieu, l’autorité de la chose
jugée est relative. Cette relativité devient encore plus évidente en présence d’une ordonnance
de renvoi.

111

112

Crim. 24 avril 1961, Bull. crim. n° 222, D. 1961, 733 note BOUZAT, W. JEANDIDIER et J. BELOT, Les grandes
décisions de la jurisprudence, procédure pénale, PUF Thémis, 1986, n° 44.
Crim. 23 mai 1995, Bull. crim. n° 190 – Crim. 22 janvier 1997, Bull. Crim. n° 26 – Crim. 31 mars 1998, Bull.
crim. n° 122.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 273

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

II. 

EN PRESENCE D’UNE ORDONNANCE DE RENVOI 

La seule autorité attachée à l’ordonnance de renvoi concerne la saisine obligatoire de la
juridiction de jugement.
En revanche, l’ordonnance de renvoi ne lie en aucune manière les juges du
fond qui restent entièrement libres de leur appréciation de la recevabilité des actions
publique et civile, de la qualification et évidement de la culpabilité113 .

113

Crim. 3 octobre 2001, Jurisdata, 2001-011735
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 274

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

SECTION 2 –  
DISSOCIATION DU DROIT D’ENGAGER DES POURSUITES  
ET DU DROIT A REPARATION 
La plupart des demandeurs a signé une transaction avec le groupe TOTAL qui prévoit
une clause du type :
« [la  victime]  renonce  à  toute  instance  et  action  ayant  pour 
objet  le  préjudice  qu’elle  a  subi  consécutivement  au 
phénomène  d’explosion,  à  ses  suites  et  à  ses  conséquences, 
tant  à  l’encontre  de  GRANDE  PAROISSE  S.A.,  que  des  sociétés 
composant le Groupe TOTAL (anciennement dénommée TOTAL 
FINA  ELF)  –  notamment  les  sociétés  anonymes  ATOFINA  et 
TOTAL  (anciennement  dénommé  TOTAL  FINA  ELF)  –  qu’à 
l’encontre des préposés, dirigeants et administrateurs, passés , 
présents  et  à  venir  desdites  sociétés  ainsi  qu’à  l’encontre  des 
assureurs de l’ensemble des personnes physiques et morales à 
qui profitent la renonciation ». 

Dès lors la question se pose de l’autorité de la chose jugée de cette transaction (article
2048 du Code civil). C’est en tout cas l’argument de procédure que les défendeurs pourraient
invoquer pour priver les demandeurs de leur intérêt à agir.
Il sera répondu en trois étapes :


certains demandeurs n’ont pas signé cette transaction, ils ne sont pas concerné par
cette éventuelle restriction (§ 3) ;
il suffit de revenir aux sources de l’action publique (§1) …
… pour comprendre qu’il convient de dissocier droit d’engager des poursuites du
droit à réparation (§2)

§1 – Rappel concernant l’action publique
L’article 1er du Code de procédure pénale dispose
L'action  publique  pour  l'application  des  peines  est  mise  en 
mouvement  et  exercée  par  les  magistrats  ou  par  les 
fonctionnaires auxquels elle est confiée par la loi. 
 
Cette  action  peut  aussi  être  mise  en  mouvement  par  la  partie 
lésée, dans les conditions déterminées par le présent code. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 275

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Dans son étude au Jurisclasseur 114 , M. le conseiller POISOT rappelle
L'infraction,  violation  d'une  règle  de  conduite  que  la  société 
considère,  sous  menace  d'une  sanction  pénale,  comme 
nécessaire à son existence, sa cohésion et son équilibre, est, par 
définition, génératrice d'un trouble social. 
 
L'action  publique,  définie  (CPP,  art.  1)  sous  la  dénomination 
d'action publique « pour l'application des peines », a pour objet 
de faire réprimer la perturbation ainsi causée à l'ordre social ; 
elle est portée au nom de la société devant le juge répressif. 
 
Elle tend à faire constater par le juge la réalité du fait reproché 
et  la  culpabilité  de  son  auteur,  et  à  faire  prononcer  en 
conséquence contre ce dernier les peines et mesures de sûreté, 
de protection et de réparation sociales prévues par la loi. 

Et le haut magistrat d’ajouter pour bien distinguer l’action publique de l’action civile :
L'action civile, prévue à l'article 2 du Code de procédure pénale, 
permet  à  ceux  à  qui  l'infraction  a  causé  un  tel  préjudice,  d'en 
obtenir réparation, par la reconnaissance de la culpabilité de 
l'auteur  des  faits,  assortie  ou  non  de  mesures  de 
dédommagement, consistant communément en un versement 
d'une somme d'argent par le délinquant à la victime. 

De ce simple rappel découle un principe important : il existe une autonomie du droit
pour les parties civile de mettre l’action publique en mouvement.

§2 – Dissociation du droit d’engager des poursuites et du droit à réparation.
La finalité de la constitution de partie civile, par voie d'action ou de la citation directe est
d'assurer la mise en mouvement de l'action publique.
La partie lésée, pour être recevable à exercer cette action, n'est pas tenue d'y adjoindre
une demande en réparation d'un préjudice.
Ainsi, selon la Cour de cassation, la constitution de partie civile a « pour objet essentiel
la mise en mouvement de l'action publique en vue d'établir la culpabilité de l'auteur
présumé d'une infraction » et se révèle être « une prérogative attachée à la personne et
pouvant tendre seulement à la défense de son honneur et de sa considération, indépendamment de toute
réparation du dommage par voie de l'action civile » 115 .

114
115

Jean-Luc POISOT, Action publique, in Jurisclasseur « Procédure pénale », fascicule 1
Cass. crim., 19 oct. 1982 : Bull. crim., n° 222
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 276

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Si la dissociation opérée par la jurisprudence entre constitution de partie civile et
exercice de l'action civile n'est explicitement opérée par aucun texte du Code de procédure
pénale, elle est, en revanche, expressément affirmée par l'article 152, alinéa 2, de la loi du 25
février 1985 (dans sa rédaction antérieure à la loi de sauvegarde) qui reconnaît au débiteur
dessaisi par un jugement ouvrant ou prononçant la liquidation judiciaire, le droit de se constituer
partie civile « dans le but d'établir la culpabilité de l'auteur d'une infraction, s'il limite son action à
l'action publique sans solliciter de réparation civile ».
Ainsi, il est admis que la victime d'une infraction, même si elle n'entend pas
demander réparation d'un préjudice, peut, malgré tout, se constituer partie civile
devant le juge d'instruction afin de « corroborer l'action publique » et de « faire établir
l'existence d'une infraction » 116 .
C’est bien dans ce contexte que s’inscrit la présente citation. En effet, les demandeurs ne
présentent aucune demande en réparation.
De même, la faculté de se constituer partie civile subsiste, lorsque la partie
lésée se trouve dépourvue de tout droit à obtenir réparation d'un préjudice devant
les juridictions pénales ou lorsque celles-ci sont incompétentes pour statuer sur l'action civile 117 .
Ainsi, quand bien même certains demandeurs auraient ils été indemnisé par le groupe
TOTAL et auraient ils accepter de renoncer à leur droit à réparation, le droit d’engager des
poursuites pénales subsiste.
Or, ce droit d’ordre étant d’ordre public, il est impossible d’y renoncer sans remettre
en cause une prérogative attachée à la personne des victimes qui souhaitent que toute la vérité
soit faite sur cette affaire, sans laisser de zone d’ombre ou d’immunité de fait liée à des montages
aussi astucieux que couteux.

§3 – Demandeurs n’ayant pas signé de transaction avec TOTAL.
Ils conservent l’intégralité de leurs droits et réservent, d’ores et déjà, la possibilité de
réclamer l’indemnisation de leurs préjudices dans le cadre de l’audience civile à venir.

116
117

Cass., crim., 8 juin 1971 : Bull. crim., n° 182. - 10 févr. 1987 : Bull. crim., n° 64
Se trouvent notamment dans cette situation : la victime d'un accident aérien soumise à des règles dérogeant au droit
commun relatives à la responsabilité du transporteur (Cass., crim., 10 mai 1977 : Bull. crim., n° 165), la victime d'un
accident du travail dont l'action en réparation est régie par l'article L. 451-1 du Code la sécurité sociale, la victime
dessaisie de ses droits et actions par l'ouverture d'une procédure collective (Cass. crim., 11 févr. 1992 : Bull. crim., n°
67), la victime d'une infraction commise dans le service par un fonctionnaire (Cass. crim., 22 janv. 1953 : Bull. crim.,
n° 21), l'élève victime de violences de la part d'un membre de l'enseignement, dont l'action en réparation doit être,
en application de la loi du 5 avril 1937, exercée par son représentant contre l'État (Cass. crim., 24 mai 1973 : Bull.
crim., n° 238 ; JCP G 1974, II, 17855, note DUPEYRON. - 31 janv. 1995 : Bull. crim., n° 38), le cas échéant, devant
une juridiction pénale, accessoirement à l'action publique (Cass. crim., 30 nov. 1994 : Bull. crim., n° 387).
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 277

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Chapitre II –
ETUDE DE LA RECEVABILITE
DES DIFFERENTS DEMANDEURS
SECTION 1 –  
RECEVABILITE DES PERSONNES PHYSIQUES 
Chacun des requérants de la présente citation directe doit être considérée comme une
« partie lésée » au sens de l’article 1er du Code de partie civile.
Suivant les cas, ils souffrent de l’un ou l’autre des préjudices suivants :



corporel,
matériel,
moral,
spécifique.

En raison de la confrontation directe à la mort (la leur, ou celle d’un proche), ces
personnes ont souffert à des titres divers de stress post-traumatique.
D’après la cellule de veille sanitaire, il y aurait encore plusieurs milliers de personnes
souffrant de névroses traumatiques consécutives à la catastrophe AZF.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 278

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SECTION 2 –  
RECEVABILITE DE  
L’ASSOCIATION DES SINISTRES DU 21 SEPTEMBRE 2001 
L’article 2 des statuts de l’association dispose que
« cette  association  a  pour  but  la  défense  des  intérêts  des 
victimes  de  l’explosion  et  des  suites  de  l’explosion  du  21 
septembre 2001 à Toulouse » 

L’article 2-15 du Code de procédure pénale dispose
Toute  association  régulièrement  déclarée  ayant  pour  objet 
statutaire la défense des victimes d'un accident survenu dans 
les transports collectifs ou dans un lieu ou local ouvert au public 
ou  dans  une  propriété  privée  à  usage  d'habitation  ou  à  usage 
professionnel  et  regroupant  plusieurs  de  ces  victimes  peut,  si 
elle  a  été  agréée  à  cette  fin,  exercer  les  droits  reconnus  à  la 
partie  civile  en  ce  qui  concerne  cet  accident  lorsque  l'action 
publique a été mise en mouvement par le ministère public ou la 
partie lésée. 

Il est constant que l’association des sinistrés du 21 septembre 2001 est une association
ayant reçue l’agrément du Ministère de la Justice, le 7 décembre 2001 (Pièce n° 2).
L’association a été déclarée à la préfecture de la Haute-Garonne le 2 mai 2002.
Cette déclaration a été publiée au Journal Officiel (Association) le 1er juin 2002, sous le
n° 599.
Son président a été autorisé à agir au nom et pour le compte de l’association dans le
cadre de la présente citation directe par décision unanime du conseil d’administration.
Dès lors que l’action publique initiée par les personnes physiques aura été mise en
mouvement, l’association des sinistrés du 21 septembre 2001 entend exercer l’intégralité des
droits reconnus par la loi.
Par ailleurs, nous avons connaissance d’autres associations ou syndicats qui pourraient se
constituer partie civile lors de l’audience du 10 novembre 2008.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 279

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Chapitre III –
RESPECT DES DROIT DE LA DEFENSE
Section 1 –  
ABSENCE DE VIOLATION DU SECRET DE L’INSTRUCTION DANS LA COMMUNICATION 
DES CD‐ROMS CONCERNANT UNE INSTRUCTION CLOTUREE 
L’article 11 du Code de Procédure pénale pose le principe selon lequel « la procédure au
cours de l’enquête et de l’instruction est secrète. »
Il est largement admis tant par la jurisprudence que par la doctrine que le secret de
l’instruction cesse en principe avec la clôture de l’instruction
Ainsi la jurisprudence 118 considère,
« aucun  texte  n’interdit  d’annexer  dans  une  procédure  pénale 
les  éléments  d’une  autre  procédure  pénale  dont  la  production 
peut  être  de  nature  à  éclairer  le  juge  et  à  contribuer  à  la 
manifestation de la vérité ».  

.
Cette jurisprudence s’inscrit dans le mouvement plus large de la liberté de preuve en
matière pénale 119 .

SECTION 2 –  
NECESSITE DE JOINDRE L’INCIDENT AU FOND – DEMANDE DE JONCTION 
L’article 387 du Code de procédure pénale énonce que :
Lorsque le tribunal est saisi de plusieurs procédures visant des 
faits connexes, il peut en ordonner la jonction  soit d'office, soit 
sur  réquisition  du  ministère  public,  ou  à  la  requête  d'une  des 
parties. 

118
119

Cass. Crim. 11 mars 1964, D. 1964, Somm. 87, Gaz. Pal 1964.2.57
J. GOULESQUE, La communication des pièces des dossiers répressifs : Rev. sc. crim. 1969, p. 215 s. et 1970, p. 161 s. .
LESCLOUS et C. MARSAT, Quand et comment peut-on avoir, en matière pénale, accès au dossier ?; Dr. pén. 1996,
chron. 33 ;. - G. RICHIER, De la production des dossiers d'instruction devant le juge civil : Rev. sc. crim. 1938, p. 31 ;
de LECOURT, La communication des dossiers répressifs par le procureur général : RD pén. crim., 1963-64, p. 171 s. - J.J. DAIGRE, La production forcée de pièces dans le procès civil, in Publications de la Faculté de droit et des sciences
sociales de Poitiers, T. 8, 1979, p. 85).
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 280

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Il résulte de la simple lecture de la présente citation (et du bon sens) que la procédure
ouverte par la citation à l’encontre de la société TOTAL et de certains de ses dirigeants est
intimement liée à la procédure à l’encontre de M. Serge BIECHLIN et la société GRANDE
PAROISSE.
Dans ces conditions, en raison de la très forte connexité entre ces deux procédures et de
la nécessité d’éclairer les faits de l’une par la connaissance des faits de l’autre, il parait
indispensable de joindre la présence procédure à celle concernant M. Serge BIECHLIN et la
société GRANDE PAROISSE et qui a fait l’objet d’une ordonnance de renvoi en date du 9 juillet
2007 et signée par M. PERRIQUET, juge d’instruction (D 7474, N° Parquet 10000/01, N°
instruction 9/02/132, procédure correctionnelle).

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 281

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Chapitre IV –
EN CE QUI CONCERNE LA CONSIGNATION
Section 1 –  
PRESENCE DE PARTIES CIVILES AYANT PRESENTE UNE DEMANDE D’AIDE 
JURIDICTIONNELLE 
Le bénéfice de l'aide juridictionnelle emporte dispense de la consignation due en cas de
citation directe par application de l'article 392, alinéa 1er du Code de procédure pénale 120
Madame Bernadette GASC a présenté une demande d’aide juridictionnelle début
septembre 2008. Son dossier est cours d’instruction. Le bureau d’aide juridictionnelle est
informé de la date de l’audience de consignation. Une décision est attendue dès avant cette
audience.

Section 2 –  
DISPENSE DE CONSIGNATION EU EGARD AUX FAITS DE L’ESPECE ET A LA 
DISPROPORTION DE FORTUNE ENTRE LES PARTIES. 
L’article 392-1 du Code de procédure pénale précise que
Lorsque  l'action  de  la  partie  civile  n'est  pas  jointe  à  celle  du 
ministère public, le tribunal correctionnel fixe, en fonction des 
ressources  de  la  partie  civile,  le  montant  de  la  consignation 
que  celle‐ci  doit,  si  elle  n'a  pas  obtenu  l'aide  juridictionnelle, 
déposer  au  greffe  et  le  délai  dans  lequel  elle  devra  être  faite 
sous peine de non‐recevabilité de la citation directe.  
 
Cette  consignation  garantit  le  paiement  de  l'amende  civile 
susceptible d'être prononcée en application du second alinéa.». 

La présente affaire oppose des personnes physiques, durement affectés dans leur chair ou
dans leur cœur par l’explosion de l’usine AZF et qui souhaite obtenir toute la vérité, rien que la
vérité.
Par ailleurs, ces personnes physiques ont des revenus faibles ou moyens. Sur une seule
année, M. Thierry DESMAREST gagne plus que l’ensemble des demandeurs réunis.

120

CA Toulouse, 3° ch. corr., 15 janv. 2004 : Juris-Data n° 2004-234577. – CA Toulouse, 3° ch. corr., 3 avr. 2003 :
Juris-Data n° 2003-210176
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 282

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Si on compare la disparité de fortune entre les parties civiles et la société TOTAL qui
affiche un bénéfice annuel de 12 milliards d’euro, on comprend bien que la fixation d’une
consignation destinée à décourager ces parties civiles s’assimilerait à un déni de justice.
C’est la raison pour laquelle, les parties civiles insusceptibles de bénéficier de l’aide
juridictionnelle, sollicitent un traitement égalitaire et une dispense de consignation.
A titre extraordinaire et dans la perspective du très grand nombre de parties civiles
devant se constituer pour l’audience du 10 novembre 2008, le montant de la consignation devra
être fixé à 1 € (un euro) par partie civile.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 283

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LIVRE TROISIEME 
RESPONSABILITE PENALE AVEREE  
DE GRANDE PAROISSE S.A. ET DE M. BIECHLIN 
Chapitre préliminaire –
RAPPEL CONCERNANT LES DELITS NON INTENTIONNELS
En matière de délit non intentionnel, l’article 121-3 du code pénal dispose que :
Il  n'y  a  point  de  crime  ou  de  délit  sans  intention  de  le 
commettre. 
 
Toutefois, lorsque la loi le prévoit, il y a délit en cas de mise en 
danger délibérée de la personne d'autrui. 
 
Il y a également délit, lorsque la loi le prévoit, en cas de faute 
d'imprudence,  de  négligence  ou  de  manquement  à  une 
obligation de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le 
règlement, s'il est établi que l'auteur des faits n'a pas accompli 
les  diligences  normales  compte  tenu,  le  cas  échéant,  de  la 
nature de ses missions ou de ses fonctions, de ses compétences 
ainsi que du pouvoir et des moyens dont il disposait. 
 
Dans  le  cas  prévu  par  l'alinéa  qui  précède,  les  personnes 
physiques  qui  n'ont  pas  causé  directement  le  dommage,  mais 
qui ont créé  ou contribué à créer la situation qui a permis la 
réalisation  du  dommage  ou  qui  n'ont  pas  pris  les  mesures 
permettant  de  l'éviter,  sont  responsables  pénalement  s'il  est 
établi qu'elles ont : 
‐ soit  violé  de  façon  manifestement  délibérée  une  obligation 
particulière  de  prudence  ou  de  sécurité  prévue  par  la  loi 
ou le règlement,  
‐ soit  commis  une  faute  caractérisée  et  qui  exposait  autrui  à 
un risque d'une particulière gravité qu'elles ne pouvaient 
ignorer. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 284

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SECTION 1 –  
DISTINCTION ENTRE LES PERSONNES MORALES ET LES PERSONNES PHYSIQUES 
Conformément aux intentions du législateur, la Cour de cassation a clairement dissocié
le régime de responsabilité pénale des personnes morales et celui des personnes physiques qui en
sont les organes ou les représentants.
Ainsi, le président COTTE 121 remarque-t-il :
Pour  les  [personnes  morales],  une  faute  quelconque,  même 
ténue, reste génératrice de responsabilité pénale, alors même 
que  les  organes  ou  représentants  qui  l'ont  commise  pour  son 
compte échappent à la répression parce que le lien causal avec 
le  dommage  est  indirect  et  que  le  comportement  qui  leur  est 
reproché  ne  revêt  pas  le  caractère  de  gravité  requis  par 
l'article 121‐3, alinéa 4, du Code pénal. 

C’est la raison pour laquelle en matière de délit d’imprudence, la Cour de cassation
rappelle-t-elle systématiquement que
« Le délit n’est caractérisé à l’encontre d’une personne physique que si à la fois :


le dommage trouve son origine dans une faute d’imprudence ou un manquement à
une obligation de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement ; ET
la personne physique a créé ou contribué à créer la situation qui a permis la
réalisation du dommage ou n’a pas pris les mesures permettant de l’éviter ; ET
cette personne a violé de façon manifestement délibérée une obligation particulière
de prudence ou de sécurité ou a commis une faute caractérisée qui exposait autrui
au risque d‘une particulière gravité qu’elle ne pouvait ignorer. »

Nous allons étudier tour à tour chacun de ces éléments constitutifs, étant précisé que la
responsabilité pénale de la personne morale n’est pas nécessairement subordonnée à la
responsabilité pénale de ses organes ou représentants 122 .

121
122

Bruno COTTE, La loi Fauchon, cinq ans de mise en œuvre jurisprudentielle, Droit pénal n° 4, Avril 2006, étude 6
Cass. Crim. 8 septembre 2004 et Cass. Crim. 14 septembre 2004, Dr. pénal, janvier 2005; p. 25, Note Michel
VERON
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 285

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SECTION 2 –  
CAUSALITE ENTRE LA FAUTE ET LE DOMMAGE 
§ 1 – Causalité adéquate et équivalence des conditions
I.  

CAUSALITE ADEQUATE 

La causalité adéquate s’oppose à la causalité immédiate. Elle ne retient, parmi différents
facteurs, que celui qui contenait en lui-même, de manière prévisible, la probabilité du résultat.
II.  

EQUIVALENCE DES CONDITIONS 

Dans la théorie de l'équivalence des conditions, sont considérés comme générateurs de
responsabilité, toutes les actions et omissions sans lesquelles l'accident n'aurait pu se produire,
même si elles ne le rendaient pas raisonnablement prévisible, ainsi que tous les faits qui ont été
l'occasion du dommage, même s'ils n'ont pas joué un rôle d'impulsion dans le processus qui l'a
produit.
En application de cette théorie, au sein d'un enchaînement complexe d'événements, la
défaillance initiale peut être regardée comme une cause certaine, lorsqu'elle contenait en ellemême la probabilité de l'issue finale ou lorsqu'elle a contribué à provoquer les fautes ultérieures.
L'existence d'un lien de causalité certain, quoiqu'indirect, a ainsi été retenue dans les
hypothèses suivantes :
-

l'usager d'un scooter de mer ayant, à la suite d'une manœuvre de dépassement
imprudente, provoqué la mort de la passagère d'un autre engin du même type, le
loueur professionnel qui avait confié cet engin à un client qu'il savait dépourvu du
permis imposé par la réglementation et totalement ignorant des règles de base de la
navigation maritime, a créé la situation qui a permis la réalisation du dommage 123 ;
¾ la société‐mère qui a insisté auprès de salariés de sa 
filiale  pour  que  le  risque  d’explosion  du  stockage 
d’ammonitrate ne devienne pas l’objet d’un scenario 
des  études  de  danger  a  créé  une  situation  qui  a 
permis la réalisation du dommage 

123

Cass. crim., 5 oct. 2004, n° 04-81.024 : Bull. crim. 2004, n° 236.Note 17 Cass. crim., 15 oct. 2002, n° 0183.351
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 286

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

-

un avion s'étant écrasé en mer à la suite d'une panne de moteur à laquelle
l'équipage, insuffisamment formé à l'exploitation de ce nouvel appareil, n'avait pas
su remédier, l'instructeur qui avait déclaré apte au pilotage un commandant de bord
dont il connaissait l'insuffisance professionnelle et, de surcroît, sans lui fournir un
manuel d'exploitation approprié, était l'auteur indirect des homicides
involontaires 124 .
¾ Une société‐mère qui connaissait le recours systématique à 
des  entreprises  extérieures  pour  les  activités  non 
directement  productives,  pour  l’avoir  imposé  à  toutes  ses 
filiales afin de réaliser des économies, et qui savait ou aurait 
dû  savoir  que  les  contraintes  financières  pesant  sur  les 
entreprises extérieures rendaient impossible ou improbable 
la  formation  adéquate  des  personnels  en  contact  avec  des 
produits  chimiques  dangereux,  tout  en  sachant  que  le 
manuel  de  sécurité,  avalisé  par  la  société  mère,  était 
impropre à faire face à un risque concernant le stockage de 
l’ammonitrate,  doit  être  regardée  comme  l’auteur  indirect 
des différents dommages subis par les victimes. 

§ 2 – Causalité directe : consécration de la causalité adéquate
Le rapport présenté par M. Fauchon au nom de la Commission des lois du Sénat admet
en réalité deux conceptions concurrentes et sensiblement différentes de la causalité directe. On
peut lire, en effet, dans ce rapport, page 20 : « des exemples et analyses précédemment cités, il est
possible de retenir que la cause directe est le plus souvent immédiate même si ce n'est pas toujours le cas, que
cette cause directe est celle qui entraîne normalement ou nécessairement le dommage, celle dont le dommage
est la conséquence quasiment automatique et donc prévisible ».
Les auteurs de la réforme n'ont donc pas tranché entre la cause immédiate – qui se
définit par la proximité, dans le temps et l'espace, entre le fait générateur et le dommage – et la
causalité adéquate, qui ne retient, parmi différents facteurs, que celui qui contenait en luimême, de manière prévisible, la probabilité du résultat.
La circulaire d'application, du 11 octobre 2000 (CRIM-00-9/F1) optait pour la causalité
immédiate : « il n'y aura causalité directe » énonçait-elle « que lorsque la personne en cause aura, soit
elle-même frappé ou heurté la victime, soit initié ou contrôlé le mouvement d'un objet qui aura heurté ou
frappé la victime ».

124

Cass. crim., 15 oct. 2002, n° 01-83.351 : Juris-Data n° 2002-015971 ; Bull. crim. 2002, n° 186 ; Dr. pén. 2003,
comm. 4
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 287

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Toutefois, la jurisprudence devait admettre l’application de la causalité adéquate. En
effet, 'une cause immédiate peut être qualifiée de directe lorsqu'elle est adéquate.
Elle l'exprime en parlant de faute « essentielle et déterminante » 125 .
C'est à ce titre, par exemple, qu'a été regardée comme une conséquence directe de
l'excès de vitesse commis par le conducteur d'un poids lourd, une série de collisions entre
plusieurs automobilistes aveuglés par un nuage de poudre provenant de sacs, mal arrimés dans la
remorque, qui avaient été éventrés lorsque le camionneur avait perdu le contrôle de son
véhicule 126 .
¾ L’importance  des  dégâts  résultant  de  l’explosion  de  l’usine  AZF  est 
imputable  aux  nombreux  manquements  aux  règles  de  sécurité  constatés 
(notamment  sur‐stockage  de  l’ammonitrate,  présence  de  produits 
augmentant  la  porosité  donc  l’explosivité  de  l’ammonitrate,  défaut  de 
surveillance du tas, absence d’entretien du hangar 221.  
 

§ 3 – Causalité indirecte : consécration de l’équivalence des conditions
Comme le remarque M. le Président de la Chambre criminelle, Bruno COTTE 127 :
Les  erreurs  d'organisation,  les  insuffisances  d'investissement, 
les  défaillances  de  contrôles,  imputables  aux  personnes 
[physiques]  investies  de  pouvoirs  de  direction,  ne  sont  jamais 
considérées  par  la  jurisprudence  comme  la  cause  directe  des 
dommages  dont  le  fait  générateur  immédiat  est  un  incident 
technique  ou  encore  la  maladresse  ou  l'inattention  d'un 
préposé.  Il  apparaît  donc  que,  conformément  aux  vœux  du 
législateur,  les  décideurs,  publics  et  privés,  ne  voient  leur 
responsabilité pénale engagée que pour des fautes qualifiées. 

125

126
127

Cass. crim., 29 oct. 2002 : Bull. crim. 2002, n° 196. – Cass. crim., 5 avr. 2005, n° 04-85.503 : Juris-Data
n° 2005-028302 ; Dr. pén. 2005, comm. 103,
Cass. crim., 29 avr. 2003, n° 01-88.592 : Juris-Data n° 2003-019347
Bruno COTTE, La loi Fauchon, cinq ans de mise en œuvre jurisprudentielle, Droit pénal n° 4, Avril 2006, étude 6
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 288

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

SECTION 3 –  
QUALIFICATIONS DE LA FAUTE 
Pour les personnes morales, il suffira d’établir une faute quelconque pour engager leur
responsabilité.
Il n’en va pas de même pour les personnes physiques pour lesquelles les fautes doivent
être caractérisées (§ 2) ou délibérées (§ 3). Il convient tout d’abord de présenter les différentes
catégories de fautes pouvant être retenues tant à l’encontre d’une personne physique que d’une
personne morale (§ 1).
On rejoint ici l’analyse du professeur DREYER128 selon lequel :
Les rapports entre ces fautes peuvent davantage être évoqués 
à  travers  l'image  de  cercles  concentriques.  Le  plus  petit,  au 
centre,  définit  le  périmètre  de  la  faute  délibérée  telle  que 
l'entend le législateur. Autour, le cercle de la faute caractérisée 
accueille,  non  seulement  la  faute  caractérisée  au  sens  strict, 
mais aussi la faute délibérée imparfaite, celle dont le caractère 
délibéré  est  certain  mais  qui  procède  d'un  manquement  de 
portée trop générale pour donner lieu à une sanction aggravée. 
Enfin,  dans  un  troisième  cercle,  on  trouve  les  fautes  simples, 
c'est‐à‐dire  toutes  celles  qui  ne  sont  ni  caractérisées,  ni 
délibérées, et qui constituent le lot commun des « imprudences, 
négligences ou manquements à une obligation de prudence ou 
de sécurité prévue par la loi ou le règlement ». 

§ 1 – Caractéristiques des fautes
• Par « Imprudence »,  
Il faut comprendre la méconnaissance des règles de prudence ayant pour effet la prise
de risques dangereux ou le défaut de précautions nécessaires malgré l'éventualité
prévisible des conséquences dommageables, compte tenu du comportement normal
des hommes 129 .
 
¾ Connaissant  les  propriétés  de  l’ammonitrate  et  du  DCCNa,  il  était 
particulièrement  imprudent  de  prévoir  la  fabrication  de  ces 
produits  antagonistes  sans  s’assurer  d’un  minimum  de  formation 
de toutes les personnes pouvant entrer en contact avec eux. 

128
129

Emmanuel Dreyer, Faute caractérisée en matière d'hygiène et de sécurité du travail, JCP (G), II 10079
Jurisclasseur Pénal, Fasc. unique : ATTEINTES INVOLONTAIRES À LA VIE
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 289

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

• Par « Négligence »,  
Il faut comprendre les omissions fautives : on néglige de prendre les précautions
nécessaires par paresse, impéritie ou indiscipline. Même lorsque les prévenus ne sont
pas en charge d'une personne, la jurisprudence leur impute à faute un défaut de
surveillance ou d'intervention lorsqu'il contribue à causer un dommage corporel : a
ainsi été approuvée la qualification d'homicide involontaire retenue contre l'équipage
d'un bateau pour ne pas avoir surveillé un de ses membres, dépressif, qui s'est
suicidé 130 .
Deux décisions jurisprudentielles permettront d’illustrer la responsabilité du chef
d’entreprise :
• Un salarié de la Société d'entretien des îles (SETIL) étant décédé après une
électrocution, alors qu'il utilisait une perceuse électrique, la partie inférieure de
son corps étant immergée, M., directeur de la SETIL, et A., chef du service
maintenance sous l'autorité duquel s'exécutaient les travaux, ont été renvoyés
devant le tribunal correctionnel du chef d'homicide involontaire pour n'avoir pas
pris les mesures relatives à la sécurité du travail en infraction avec la délibération
91-013/AT du 17 janvier 1991 et la loi 86-845 du 17 juillet 1986.
Pour retenir la culpabilité des prévenus, l'arrêt attaqué ne relève que le chef
d’entreprise :
‐ ne s'est jamais intéressé aux conditions de travail des salariés,
‐ n'a pas mis en place un service de prévention des accidents, et
‐ n'a pas mis à disposition un outillage adapté.
Les juges retiennent que sa négligence et son incurie sont en relation directe avec
le décès et ajoutent qu'A., qui connaissait les modalités d'exécution des travaux
dans une ambiance humide n'a pas réagi, qu'il a pris le risque d'un accident en ne
mettant pas à disposition le matériel adéquat ; les juges en déduisent que sa
négligence et son laxisme sont en relation directe avec le décès de la victime.
Si c'est à tort que les juges n’énoncent que les fautes de M. et d'A. sont les causes
directes de l'accident, l'arrêt n'encourt pas pour autant la censure, dès lors qu'il
résulte de ses constatations que les prévenus, qui ont contribué à créer la
situation ayant permis la réalisation du dommage et qui n'ont pas
pris les mesures permettant de l'éviter, ont commis chacun une faute
caractérisée exposant autrui à un risque d'une particulière gravité qu'ils ne
pouvaient ignorer, au sens de l'article 121-3, alinéa 4, du Code pénal 131 .

130

131

Cass. crim., 5 déc. 1992. Gaz. Pal. 1992, 2, chron. dr. crim., p. 486 ; Rev. sc. crim. 1993, p. 326, obs. G.
Levasseur.
Cass. crim., 13 sept. 2005 : Juris-Data n° 2005-030215
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 290

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

• S'est rendu coupable d'homicide involontaire le chef d'entreprise qui a
poursuivi l'exploitation illicite, dans un dépôt d'hydrocarbures, d'un produit
dangereux non autorisé dont l'inflammation a provoqué l'incendie mortel 132 .

§ 2 – Faute caractérisée
Contrairement à la faute manifestement délibérée (cf. § 3), la faute caractérisée ne
présente pas le caractère d'un manquement volontaire à une règle écrite de discipline sociale.
Elle constitue « une défaillance inadmissible [dans une] situation qui mérite une attention soutenue, en
raison des dangers ou des risques qu'elle génère » 133 . Cela suppose une faute d’une certaine intensité
(I) et la conscience d’un risque (II).
I.  

L'INTENSITE DE LA FAUTE 

A.

APPRECIATION IN CONCRETO

Comme le prévoit l'article 121-3, alinéa 3, du Code pénal, le juge doit tenir compte « de
la nature de ses missions ou de ses fonctions, de ses compétences ainsi que du pouvoir et des moyens dont il
disposait ». Ainsi, les fautes suivantes ont été sanctionnées par la jurisprudence :

132
133
134

135
136

un professeur d'éducation physique, qui organise, pour un groupe de vingt et un
enfants sans expérience de la navigation, une sortie d'initiation à la voile, avec la
seule assistance d'un professeur de biologie, dépourvu de toute qualification en la
matière, commet une faute caractérisée qui est à l'origine du retard à porter secours
à l'un des enfants qui avait chaviré et qui s'est noyé 134
le maire qui, connaissant la configuration des lieux, n'a pas réglementé la circulation
des dameuses en dehors des pistes de ski alpin et a ainsi contribué à créer la situation
à l'origine du décès d'un enfant déchiqueté par l'un de ces engins qui traversait une
piste de luge 135 ;
le maire qui s'abstient de faire vérifier le respect des règles de sécurité relatives à la
mise en place d'un podium destiné à accueillir un bal communal avec projection de
mousse, et qui contribue ainsi à la situation à l'origine de l'électrocution de trois
personnes par contact avec des rambardes métalliques non reliées à la terre136 .

Cass. crim., 5 févr. 2002 : Juris-Data n° 2002-013978 ; Rev. sc. crim. 2002, p. 585, obs. Y. MAYAUD
Y. MAYAUD, Retour sur la culpabilité non intentionnelle en droit pénal : D. 2000, chron. p. 603.
Cass. crim., 4 oct. 2005, n° 04-84.199, F-P+F : Juris-Data n° 2005-030417 ; Bull. crim. 2005, n° 251 ; Dr. pén.
2006, comm. 2 ; Rev. sc. crim. 2006, p. 64, obs. Y. MAYAUD
Cass. crim., 18 mars 2003 : Bull. crim. 2003, n° 71.
Cass. crim., 11 juin 2003 : n° 02-82.622, préc.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 291

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B.

LA FAUTE CARACTERISEE PEUT RESULTER
D'IMPRUDENCES OU DE NEGLIGENCES »

D'UNE

« SERIE

Dans son article, le président COTTE ajoute qu’
Une faute caractérisée peut résulter de l'accumulation, par une 
même  personne,  de  négligences  ou  d'imprudences  dont 
chacune,  prise  isolément,  n'aurait  peut‐être  pas  été  regardée 
comme  suffisamment  grave  pour  être  génératrice  de 
responsabilité pénale. 

Ce mode de raisonnement a d'abord été implicitement admis par la jurisprudence.
Par exemple, dans une affaire où une explosion avait été provoquée par une fuite de
gaz, il a été jugé que, si aucun manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée
par la loi ou le règlement ne pouvait être reproché au chauffagiste, en revanche, celui-ci avait
commis une faute caractérisée en installant un réseau d'alimentation en gaz qui présentait, à la
jonction du détendeur et du chauffe-eau, des fuites dont la détection était rendue difficile par le
scellement du premier à une distance trop courte du mur et en procédant, ultérieurement, à des
vérifications techniquement insuffisantes de l'étanchéité de cette installation 137 .
Plus récemment, la chambre criminelle a expressément consacré l'idée que la faute
caractérisée pouvait consister en un ensemble de défaillances à la charge d'une
même personne. À la suite du naufrage d'un navire ayant provoqué la mort d'une grande
partie de l'équipage, les armateurs ont été déclarés coupables d'homicides involontaires au motif
qu'ils s'étaient lancés tardivement dans cette activité dont ils n'avaient aucune expérience, qu'ils
avaient acquis à un prix dérisoire un bateau vétuste sans l'avoir examiné eux-mêmes, qu'ils en
avaient confié le commandement à un capitaine français proche de la retraite, dont les modestes
exigences salariales révélaient l'affaiblissement, qu'ils avaient embauché à bas prix un équipage
hétérogène d'Ukrainiens et de Sénégalais, qu'ils n'avaient pris aucune mesure lorsque leur avait
été signalé le défaut d'étanchéité des ballasts et qu'ils n'avaient pas réagi aux derniers messages
particulièrement alarmants envoyés par le capitaine peu avant le naufrage.
La Cour de cassation a estimé que la Cour d'appel avait justifié sa décision en retenant :
« une série de négligences et d'imprudences, qui entretiennent 
chacune un lien de causalité certain avec le dommage et dont 
l'accumulation  permet  d'établir  l'existence  d'une  faute 
caractérisée  d'une  particulière  gravité  dont  ils  ne  pouvaient 
ignorer les conséquences » 138 . 

137
138

Cass. crim., 3 nov. 2004, n° 04-80.011 : Juris-Data n° 2004-026006
Cass. crim., 10 janv. 2006, n° 04-86.428 : Juris-Data n° 2006-032023
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 292

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

II.  

LA CONSCIENCE DU RISQUE 

Pour être condamné, l’article L. 121-3 du Code pénal prévoit que le prévenu a exposé
autrui «à un risque d'une particulière gravité qu'il ne pouvait ignorer». Cette formule contient une
ambiguïté car elle peut être entendue de deux manières :

soit la connaissance du risque est exigée de l'intéressé en raison de la nature de ses
activités ou de sa fonction,
soit elle doit être spécifiquement démontrée par des signalements ou des
avertissements.

La jurisprudence ne tranche pas en faveur de l’une ou l’autre et utilise aussi bien l’une
que l’autre en fonction des circonstances.
En matière d'accidents du travail, une décision doit être signalée : le salarié d'une
entreprise de fabrication de peintures industrielles avait eu le bras entraîné et arraché par l'arbre
d'un appareil mélangeur sur lequel il effectuait une intervention. La Cour d'appel avait jugé
qu'en omettant de faire équiper cette machine d'un dispositif de protection interdisant, en cours
de fonctionnement, l'accès aux parties mobiles, l'employeur avait commis une faute caractérisée
qui exposait objectivement les opérateurs à un risque particulièrement grave, mais qu'il n'était
pas établi, néanmoins, que le prévenu connaissait ce risque. La Chambre criminelle a estimé que
les juges du fond n'avaient pu, sans se contredire, constater que l'intéressé avait commis une
faute caractérisée en ne veillant pas personnellement au respect de la réglementation relative à la
sécurité des machines dangereuses et le relaxer au motif qu'il pouvait ignorer le risque découlant
de ce manquement 139 .
En dehors du domaine de l'hygiène et de la sécurité du travail, la jurisprudence s'attache
à caractériser une conscience concrète de l'existence et de la gravité du risque créé. La qualité de
professionnel ou de profane du prévenu influence cette recherche.
L'obligation de compétence qui pèse sur le professionnel postule la
compréhension et l'anticipation de l'ensemble des dangers inhérents à son
activité.
¾ La  connaissance  des  dangers  résulte  tant  du  rapport 
GUINCHON  (1997)  commandité  par  la  société  GRANDE 
PAROISSE et servant (ou devant servir) de base à toute étude 
de  danger  concernant  cette  usine.  De  plus,  M.  BIECHLIN 
reconnaît  en  toute  impunité  ne  pas  respecter  l’arrêté 
préfectoral car il n’estime pas utile de le faire.  

139

Cass. crim., 11 févr. 2003 : Bull. crim. 2003, n° 28
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 293

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

§ 3 – Fautes délibérées
I. 

FAUTE DELIBEREE 

A.

LES CONTRAINTES DE MISE EN ŒUVRE DE LA FAUTE DELIBEREE

La faute délibérée correspond à la violation, en pleine connaissance de cause, d'une
obligation précise de prudence ou de sécurité définie par un texte de nature législative ou
réglementaire effectivement en vigueur.
Le propre de la faute délibérée est bien, en effet, de manifester une « adhésion
intellectuelle à sa réalisation » 140 . On ne reproche pas à l'agent d'avoir ignoré l'obligation qui
s'imposait à lui ; on ne prétend pas qu'il aurait dû connaître le texte lui servant de base : on
admet qu'il savait et qu'il a agi « quand même » en étant convaincu que le dommage ne
surviendrait pas ou qu'il parviendrait à l'éviter 141 .
La seule différence par rapport à l'intention tient au fait que le dommage n'a pas été
recherché par l'agent.
À été reconnu coupable d'une faute de cette nature :

140
141
142
143

un médecin anesthésiste qui, à l'occasion d'endoscopies réalisées dans un cabinet
médical, a infecté six patients en leur injectant, au moyen des deux mêmes
seringues, un produit dont la réglementation ne permet l'administration que dans des
établissements disposant d'un matériel d'assistance respiratoire et de réanimation, et
qui n'a pas procédé à la surveillance post-interventionnelle continue imposée par un
décret du 2 décembre 1994 142 .
Le chef des services techniques d'une ville, qui fait monter un portique de grande
hauteur, dans la précipitation, sans prévoir l'utilisation d'une nacelle ou
d'échafaudages, a violé de façon manifestement délibérée les dispositions du décret
du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail dans la fonction publique
territoriale, et doit être déclaré coupable d'homicide involontaire à la suite de la
chute mortelle d'un employé municipal qui travaillait sur une échelle à 6 mètres de
hauteur 143 .

Y. MAYAUD, Violences involontaires et responsabilité pénale : Dalloz, 2003, p. 140, n° 51.103
Ph. CONTE et P. MAISTRE du CHAMBON, Droit pénal général : A. Colin, 7e éd., 2004, p. 225, n° 391
Cass. crim., 11 sept. 2001, Bull. crim. 2001, n° 176
Cass. crim., 3 déc. 2002, n° 01-85.109 : Juris-Data n° 2002-017078 ; Bull. crim. 2002, n° 219
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 294

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

B.

L'APPLICATION SUPPLETIVE DE LA FAUTE CARACTERISEE
Suivant le président COTTE :
Lorsque les conditions de la faute délibérée ne sont pas réunies, 
les  juges  doivent  examiner  l'éventualité  d'un  manquement 
caractérisé à des obligations non écrites de prudence. Il arrive 
que des prescriptions textuelles, qui, pour divers motifs, ne sont 
pas  applicables  en  tant  que  telles,  soient  considérées  comme 
exprimant  des  exigences  de  précaution  et  de  diligence,  au 
regard desquelles s'apprécie la faute caractérisée. 

Et de citer, l'inobservation, dans un territoire d'outre-mer, d'un arrêté ministériel, qui
n'a pas fait l'objet d'une promulgation et d'une publication locale régulières, ne saurait être
qualifiée de manquement délibéré.
En revanche, la méconnaissance des obligations générales de prudence, dont
ce texte non transposé en Polynésie est l'expression, peut constituer une faute
caractérisée exposant autrui à un risque d'une particulière gravité que le prévenu
ne pouvait ignorer 144 .
Dans une autre espèce, la Cour de cassation a considéré qu’un chef d’entreprise commet
une faute caractérisée lorsqu’il se rend coupable de négligence dans l’exercice de ses fonctions.
Ainsi, la responsabilité pénale d’un PDG d’une société anonyme a été retenue suite à la
découverte du corps d’un de ses salariés au fond d’une cuve, contenant des boues acides,
« compte tenu de l’absence de dispositif de fermeture interdisant l’accès à la cuve, [de] l’omission
d’indications affichées sur les conditions d’intervention dans ladite cuve, et [de] mesure de sécurité en
méconnaissance des articles L. 230-2 et L 233-2 du Code du travail ». La Cour d’appel conclut que
« l’ensemble de ces manquements a concouru à la réalisation de l’accident » et la Chambre criminelle 145
approuve l’arrêt soumis à sa censure. Il est à noter que la « conscience du risque auquel autrui était
exposé » fut déduit des faits eux-mêmes et notamment des fonctions exercées par les prévenus 146 .
Ces fautes « caractérisées » étaient, et doivent rester, d'une nature différente de la faute
délibérée car elles se commettent de manière inconsciente 147 . On ne peut reprocher à leur
auteur d'avoir pris un risque en violant consciemment une obligation à sa charge. Ce risque n'a
pas été perçu par lui : il ne l'a pas accepté parce qu'il n'a pas cherché à agir de la sorte.

144
145
146

147

Cass. crim., 15 oct. 2002, n° 01-83.351 :
Cass. crim. 16 janvier 2001, Bull. crim. n° 15, Rev. Sc. Crim. Juillet 2001, p. 576, obs. MAYAUD
Dans le même sens, Cass. crim. 11 février 2003, Bull. crim. n° 28, Rev. Sc. Crim. octobre 2003, p. 801, obs. G.
Giudicelli-DELAGE.
J.-H. ROBERT, Droit pénal général : PUF, 6e éd., 2005, p. 340
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 295

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Le seul reproche que l'on peut lui adresser est donc d'avoir, sans s'en
rendre compte, exposé autrui à un risque dont il aurait dû être conscient et qu'il
aurait dû circonscrire 148 .
C'est le sens de la formule négative : exposer autrui à un risque que les personnes
physiques, auteurs du fait ou de l'abstention dommageable, « ne pouvaient ignorer ». Cette
formule ne signifie pas que l'agent savait mais qu'il aurait dû savoir parce que ce risque
était, pour lui, prévisible 149 .
C.

LE DOMAINE LIMITE DE LA FAUTE DELIBEREE
Selon Monsieur l’Avocat général COMMARET 150 :
 « L'évidence  commande  de  constater  que  l'usage  [de  la  faute 
délibérée]  est  parcimonieux,  à  la  mesure  des  difficultés  à 
prouver la réunion de l'ensemble des conditions strictes posées 
par la loi ». 

Le domaine d'élection de cette faute est celui des accidents dont sont victimes les
salariés, compte tenu du caractère précis et exhaustif des règles d'hygiène et de sécurité du
travail).
Néanmoins, même dans le domaine de la sécurité du travail, il n'est pas rare que la faute
caractérisée soit substituée à la violation manifestement délibérée d'une obligation textuelle, y
compris d'office par la Cour de cassation.
A cet égard, il y a lieu de rappeler quelques principes propres à la responsabilité pénale
d’un chef d’entreprise en matière de conditions d’hygiène et de sécurité :

148

149

150

151

152

L’entreprise est une conception économique qui ne s’arrête pas aux contours de la
personne morale qui en est le support 151 ;
Le « chef » d’entreprise est le détenteur de l’autorité au sein de l’entreprise 152 . Il
peut déléguer cette autorité. Toutefois, « en frappant haut dans la hiérarchie, le juge

V. Cass. crim., 16 janv. 2001, n° 00-82.402 : Juris-Data n° 2001-008599 ; Bull. crim. 2001, n° 15 ; JCP G 2001,
IV, 1837 ; Rev. sc. crim. 2001, p. 579, obs. Y. MAYAUD
V. Cass. crim., 2 déc. 2003, n° 02-85.254 : Juris-Data n° 2003-021563 ; JCP G 2004, II, 10044, note
P. MISTRETTA
D. COMMARET, La responsabilité des décideurs en matière de délits non intentionnels depuis la loi du 10 juillet 2000 : Gaz.
Pal. 10-11 sept. 2004, p. 3
Marie-Angèle HERMITTE, Pratiques restrictives, Jurisclasseur « Europe traité », fasc. 1420, n° 49 « en droit
communautaire, est une entreprise « tout organisme exerçant une activité économique, indépendamment du statut juridique de
cette entité et de son mode de financement ». C'est donc la seule nature de l'activité exercée qui constitue, in fine, l'élément
discriminant, tous les autres éléments étant indifférents ».
A. COEURET, Pouvoir et responsabilité en droit pénal social, Dr. Soc. 1975, p. 398.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 296

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

II.  

pénal a le plus de chance d’obtenir l’observation scrupuleuse des prescriptions légales » 153 .
Ainsi, « le chef d’entreprise peut être poursuivi pour des infractions de fonction. (…) le
dirigeant doit en répondre car il disposait nécessairement des moyens pour éviter qu’ils ne se
produisent » 154 .
De manière constante, la Cour de cassation considère le chef d’entreprise comme le
garant de la bonne application de la loi. Ainsi, « dans les industries réglementées, la
responsabilité pénale en cas d’infraction remonte essentiellement au chef
d’entreprise à qui sont personnellement imposés les conditions et le mode
d’exploitation de leur industrie » 155 .

FAUTE DELIBEREE IMPARFAITE 

Selon le professeur DREYER, il existe une « faute délibérée « imparfaite » – parce qu'elle ne
procède pas de la violation d'une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le
règlement – n'a pas été prise en compte » 156 . Une illustration jurisprudentielle permettra de cerner
le contour de la faute délibérée imparfaite :
Une entreprise de gros œuvre avait accepté de participer à la réfection d'un immeuble
dont elle devait commencer par démolir la toiture. Elle s'était par ailleurs engagée à dresser un
échafaudage et à le laisser en place jusqu'à l'achèvement du chantier pour permettre aux autres
corps d'état d'intervenir en toute sécurité. Or, cet échafaudage n'a jamais été installé. Bien
après, le président-directeur général de cette société prétendra que, le projet ayant pris du
retard, il n'avait pas cru nécessaire de respecter ses propres délais. Il prétendra même qu'un tel
échafaudage était finalement incompatible avec les travaux de démolition en cours. Au lieu de
suspendre les travaux, le coordonnateur prit l'initiative d'autoriser les salariés d'une autre
entreprise à changer l'encadrement des fenêtres du second étage en utilisant des harnais de
sécurité. Mais, ces harnais sont contraignants et rarement à la disposition d'un personnel qui n'en
a, en principe, pas besoin dès lors qu'il dispose d'une protection collective suffisante. L'un de ces
salariés, non harnaché, se tua en tombant. Des poursuites ont alors été engagées notamment
contre le dirigeant de l'entreprise qui n'avait pas mis en place l'échafaudage convenu. En
première instance et en appel, il fut déclaré coupable d'homicide involontaire à raison d'une
faute caractérisée. C'est cette qualification qu'approuve la Cour de cassation en relevant que le
prévenu « a contribué à créer la situation ayant permis la réalisation du dommage et n'a pas pris les
mesures permettant de l'éviter » alors que sa faute « exposait autrui à un risque d'une particulière gravité
qu'il ne pouvait ignorer » 157 .

153

154

155
156

157

Jacques-Henri Robert, Les personnes physiques pénalement responsables des infractions commises à l’occasion du
fonctionnement de l’entreprise, JCP (CI) 1975 II 11716, n° 31.
Emmanuel DREYER, L’imputation des infractions en droit pénal du travail, Rev. Sc. Crim. octobre/novembre 2004, p.
813 et s.
Cass. Crim. 13 mai 1969, JCP 1970 II, 16296, note R. de LESTANG.
Emmanuel DREYER, Faute caractérisée en matière d'hygiène et de sécurité du travail, JCP (G) n° 20, 17 Mai 2006, II
10079
Cass. crim. 31 janvier 2006, Jurisdata n° 2006-032540
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Chapitre premier
HOMICIDE PAR IMPRUDENCE
L’Article 221-6 du Code pénal dispose que :
« Le fait de causer, dans les conditions et selon les distinctions 
prévues  à  l'article 121‐3,  par  maladresse,  imprudence, 
inattention,  négligence  ou  manquement  à  une  obligation  de 
sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement, la 
mort  d'autrui  constitue  un  homicide  involontaire  puni  de  trois 
ans d'emprisonnement et de 45000 euros d'amende. 
 
« En cas de violation manifestement délibérée d'une obligation 
particulière de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le 
règlement,  les  peines  encourues  sont  portées  à  cinq  ans 
d'emprisonnement et à 75000 euros d'amende. » 

Section 1 –  
LES MANQUEMENTS GENERATEURS DE RESPONSABILITE 
§ 1 – Négligences
I –  

NEGLIGENCES DE MONSIEUR BIECHLIN 

A.

ABSENCE DE VISITE DU HANGAR 221 PAR MONSIEUR BIECHLIN

Le réquisitoire définitif (page 224) expose que le 28 novembre 2002, Serge BIECHLIN
« maintenait que le bâtiment 221 ne contenait pas de déchets »
Parallèlement, Monsieur BIECHLIN reconnaît n’y avoir jamais mis les pieds en trois
années passées à Toulouse.
Or, il est avéré que l’ammonitrate entreposé dans le hangar 221 était pollué par des
produits incompatibles.
Les nitrates d’ammonium déclassés étaient mélangés avec des produits de nettoyage des
ateliers I4 et I0.
Certains témoignages font état de la présence dans le hangar 221 de morceaux de bois,
de pièces métalliques, de restes de sacs plastiques, de papier ou encore de chiffons (D 362).
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B.

MAUVAISE ORGANISATION DANS LA GESTION DES DECHETS

Lors de son audition du 24 octobre 2002, répondant à la question de savoir s’il avait eu
connaissance par sa société (Société SURCA) ou par AZF des consignes écrites d’exploitation du
bâtiment 221, Monsieur FAURE a déclaré « quand on a mis en place le système des bennes oranges, on
ma donné comme consigne de vider dans le sas uniquement. Ce sont les seules instructions que j’ai eu
concernant le bâtiment 221 ».
Le système mis en place tenant à l’affectation des différents déchets dans des bennes de
couleurs distinctes (bennes blanches pour les déchets industriels banals revalorisables ; bennes
bleues pour la collecte des sacs plastiques en vue de leur recyclage ; bennes oranges devant
recueillir les produits nitrates déclassés) ne prévoyait pas de contrôle du contenu de chaque
benne et notamment des bennes oranges avant déversement dans le sas du hangar 221.
L’absence de contrôle de la circulation des déchets a conduit à la réalisation du risque, à
savoir la mise en présence de deux produits incompatibles.
C.

ABSENCE DE CONTROLE DES SOUS-TRAITANTS

Quatre entreprises étaient amenées à intervenir sur le site d’AZF : les sociétés SURCA,
TMG, MIP et FORINPLAST.
Aucun contrôle ni coordination n’était organisé entre elles.
Monsieur BARTHELEMY relève ainsi dans son rapport que « le travail effectué par les soustraitants étaient très peu contrôlé ».
Chaque sous-traitant intervenait sur le site, sans vraiment connaître les limites et effets
de son intervention.
Ils ignoraient la dangerosité des produits manipulés et les incompatibilités qui les
affectaient.
Aucune méthode, aucune procédure ne leur a été communiquée.
Le rapport de l’Inspection du Travail indiquait en effet que « lors des entretiens, il nous a été
souvent expliqué par l’encadrement de GRANDE PAROISSE ce qui était attendu des sous-traitants sur les
différents secteurs à savoir le travail prescrit, mais il ressort que ledit encadrement ignorait de fait la réalité
du travail effectué par ces sous-traitants ».

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 299

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D.

MAUVAISES CONDITIONS DE STOCKAGE DANS LE HANGAR 221

La masse totale de nitrates déclassés entreposé dans le hangar 221 a été évaluée à 546,3
tonnes, alors que la limite autorisée par l’arrêté préfectoral était de 500 tonnes.
Le stockage n’était constitué que d’un seul tas alors qu’il aurait du comporter des tas de
125 tonnes séparés les uns des autres par des passages libres de largeur d’au moins deux mètres.
Aucun contrôle des produits entrant dans le hangar 221, pas plus que des stocks n’était
effectué.
Monsieur BIECHLIN a d’ailleurs reconnu que le contrôle des volumes entreposés dans le
hangar 221 n’était que visuel.
Aucune pesée des produits entrant et sortant n’était effectuée.
La dalle de béton sur laquelle était déversé le nitrate d’ammonium, datant des années 30
et n’ayant jamais fait l’objet de travaux de réfection, était en très mauvais état.
Le rapport de l’Inspection Générale de l’Environnement précise que « d’après les
témoignages et les documents fournis par GRANDE PAROISSE, le sol des bâtiments 221 et 222 était recouvert
d’une dalle de béton armé qui, au cours des années, a été attaquée par le nitrate ».
En outre, le hangar a été construit sur d’anciennes fosses chimiques remplies de produits
neutres, alors que Monsieur MEDAR recommande d’éviter comme fondement d’un tel ouvrage
destiné au stockage de l’ammonitrate.
II –  

NEGLIGENCES DE LA SA GRANDE PAROISSE 

A.

AVOIR INSTALLE SUR UN MEME SITE INDUSTRIEL DEUX PRODUITS
INCOMPATIBLES (NH4 ET DCCNA) SANS PRENDRE DE PRECAUTIONS
SUFFISANTES
L’inspection du travail relève dans son rapport que :
« L’enquête  menée  au  service  des  produits  chlorés  permet  de 
constater  que  les  circuits  des  produits  de  fabrication  de  ce 
service,  des  rebuts,  des  retours  clients  et  des  déchets,  sont 
conçus  pour  fonctionner  de  manière  étanche  par  rapport  aux 
circuits de produits de la partie nord de l’usine. 
 
Il est notamment prévu que les pièces souillées de chlore (bois, 
sacs) soient systématiquement rincées à l’eau ; des salariés de 
TMG sont chargés de cette opération.  
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De  ce  fait,  il  ne  pouvait  en  principe  y  avoir  mélange  même 
malencontreux avec d’autres produits. 
 
Or,  les  mouvements  de  personnels  étaient  importants  chez 
TMG, ainsi des intérimaires étaient‐ils recrutés pour toutes les 
tâches  prévues  aux  produits  chlorés,  de  chargement, 
reconditionnement de sacs, lavage … 
 
Il est ressorti des témoignages qu’il n’y avait pas de procédure 
par  GRANDE  PAROISSE  de  contrôle  du  respect  des  procédures  et 
notamment  du  nettoyage  des  sacs  ou  big  bags  souillés  de 
chlore ;  ainsi,  il  n’était  pas  prévu  de  contrôle  de  la  réalité  du 
lavage de ces sacs (aucun document à ce sujet n’a pu d’ailleurs 
nous  être  présenté),  ni  par  TMG  qui  était  chargée  de  faire  ce 
travail, ni par GRANDE PAROISSE ? 
 
Ainsi, du faut d’une part de l’extension du ramassage des sacs y 
compris  au  secteur  des  chlorés,  d’autre  part,  en  l’absence  de 
vérification  des  procédures  de  lavage,  des  fonds  de  sacs  de 
produits  chlorés  étaient‐ils,  selon  les  témoignages  recueillis 
retrouvés dans le bâtiment demi‐grand ». 

Monsieur Gabriel ULLAMNN, expert judiciaire auprès de la Cour d’appel de Grenoble
sollicité par la GRANDE PAROISSE a procédé au « constat de négligence (…) quant au défaut de
prévention en matière de risques industriels potentiellement significatifs ».
Les différents secteurs de l’usine communiquent entre eux, la sectorisation des
productions et des matières n’est apparente, dans la mesure où tous les sacs usagés convergent
vers l’atelier 335 et où les codes couleurs des bennes destinées à collecter les sacs et les déchets
sont confondus par les intervenants sur le site.
Aucun dispositif permettant de maintenir un minimum de séparation entre les différents
produits résiduels n’est mis en place.
L’ordonnance de renvoi (page 193) résume ainsi parfaitement la situation à l’égard de la
SA GRANDE PAROISSE quant à la gestion des déchets :
« S’agissant de la gestion des déchets industriels banals dont la 
SA  GRANDE  PAROISSE  devait  assumer  l’entière  responsabilité  sur 
le  site  de  l’usine,  l’absence  de  dispositif  d’encadrement  et  de 
contrôle efficace des activités sous traitées à la société SURCA a 
abouti au croisement d’emballage ayant contenu  des produits 
incompatibles entre eux et à la mise en contact des résidus de 
ces produits encore présents dans ces sacs. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 301

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En  ne  se  donnant  pas  les  moyens  de  veiller  à  la  stricte 
application  de  la  convention  intervenue  le  31  mars  1998  et 
prorogée  par  avenant  jusqu’au  31  mars  2002  aux  termes  de 
laquelle seuls pouvaient être déposés dans le bâtiment 335 les 
sacs provenant des bâtiments nitrates et urées, en l’occurrence 
en  ayant  permis  depuis  plusieurs  mois  une  extension  de  ce 
contrat selon les déclarations de ses responsables concernés, la 
SA  GRANDE  PAROISSE  a  ainsi    commis  un  manquement  à  une 
obligation  de  prudence  et  de  sécurité  dans  l’application  de 
cette convention dont elle a elle‐même fait valoir l’importance. 
 
S’agissant  de  la  gestion  des  déchets  industriels  spéciaux,  le 
déversement  de  résidus  de  produits  encore  présents  dans  les 
emballages à l’intérieur d’un contenant dont la destination ne 
permettait  pas  leur  élimination  selon  la  procédure  interne  à 
l’usine, et en tout état de cause par la SA GRANDE  PAROISSE elle‐
même, est à l’origine de leur transport vers le bâtiment 221. 

B.

AVOIR PRATIQUE UNE POLITIQUE GENERALE D’ECONOMIE EN
MATIERE DE SECURITE CONDUISANT A UN ACCROISSEMENT DES
RISQUES

Comme cela a été amplement démontré, l’externalisation de certaines tâches dont
dépendait la sécurité du site AZF, l’absence de coordination des différents intervenants,
l’absence de prise en charge desdits intervenants extérieurs (absence de formation et
d’information) ont conduit, dans un objectif de rentabilité, à minimiser les procédures de
nature à assurer la sécurité du site, dans le cadre d’un plan de gestion des risques.

§2 – Manquements à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi
ou le règlement
I. 

VIOLATION DE L’ARRETE DU 20 MAI 2000 

Aux termes de l’arrêté ministériel du 10 mai 2000, qui assure la transposition de la
directive SEVESO II, « l’exploitant met en place dans l’établissement, un système de gestion de la sécurité
applicable à toutes les installations susceptibles de générer des accidents majeurs » (article 7).
Or, l’INERIS, dans son rapport remis au Ministère de l’aménagement du Territoire et de
l’Environnement observe notamment que la charte de l’usine reste générale et qu’aucune
information sur le programme d’actions correspondant aux engagements pris n’est fournie et
que les critères de sélection des entreprises extérieures ne sont pas liés aux exigences de la
maîtrise des risques majeurs.

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Force est de constater qu’il n’existe aucune étude de dangers décrivant les
mesures d’ordre technique propres à réduire la probabilité et les effets des accidents majeurs
ainsi que les mesures d’organisation et de gestions pertinentes pour la prévention de ces
accidents et la réduction de leurs effets.
Or, la réglementation applicable ne prévoyait pas de marge de manœuvre pour
l’exploitant d’un site tel qu’AZF.
L’exploitant avait l’obligation de mener à bien les études de dangers et d’envisager
chaque cause de risque identifiée et l’explosion en faisait partie.
Or, pour des raisons inexpliquées, la société GRANDE PAROISSE et Monsieur
BIECHLIN ont décidé d’exclure ce risque d’explosion de leurs études, sans apporter aucune
justification cohérente à ce choix, si ce n’est des raisons économiques.
II. 

MANQUEMENT A L’ARRETE PREFECTORAL DU 18 OCTOBRE 2000 

L’arrêté préfectoral d’autorisation du 18 octobre 2000 répondait au projet de la SA
GRANDE PAROISSE d’étendre une partie des productions de son usine (ammoniac, urée et acide
nitrique).
Au moment de son extension, l’usine devait répondre à de nouvelles exigences en
termes de sécurité, de gestion des produits et plus généralement, d’aménagement de l’usine.
Monsieur COUTURIER, ingénieur divisionnaire de la DRIRE expose, au sujet de ce nouvel
arrêté :
« Il  y  avait  de  nouvelles  contraintes  dans  le  domaine  de  la 
réduction des risques et des pollutions. Ces contraintes avaient 
pour conséquence pour l’exploitant d’investir dans ce domaine. 
L’arrêté préfectoral d’octobre 2000 formalisait également pour 
la  première  fois  les  prescriptions  contenues  dans  la  directive 
SEVESO II ». 

Or force est de constater que :
• L’étude de dangers qui devait être effectuée pour la fin de l’année 2001 n’était
même pas au stade du projet au jour de l’explosion ;
• Les zones de risque incendie n’étaient pas définies ;
• Le dispositif de détection incendie (alarmes, détecteurs de température n’était
pas mis en place ;
• Le volume effectif entreposé dans le hangar 2121 dépassait largement la limite
autorisée ;
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• L’état du bâtiment 221 ne répondait en aucun point aux exigences de l’arrêté
préfectoral du 18 octobre 2000 en matière de stockage d’ammonitrates solides ;
• Les véhicules amenés à entrer dans le hangar 221 ne répondaient pas plus aux
exigences dudit arrêté préfectoral ;
• L’installation électrique du hangar 221 n’était pas conforme.
Aux termes de l’ordonnance de renvoi (page 194),
« (...) la SA GRANDE  PAROISSE n’a pas respecté ici les dispositions 
de  l’article  6.1.5  des  prescriptions  techniques  annexées  à 
l’arrêté  du  18  octobre  2000  aux  termes  desquelles  elle  devait 
veiller à la formation sécurité du personnel sous‐traitant sur les 
risques propres de ses unités ». 

III. 

MANQUEMENTS AUX OBLIGATIONS DECOULANT DE LA LEGISLATION IPCE 

Comme il l’a été précédemment exposé, les deux manuels de sécurité analysés par
l’INERIS ne présentent pas un degré de précision suffisant pour permettre de comprendre
l’organisation de la maîtrise des risques majeurs sur le site de Toulouse :
• Absence de programme d’action correspondant aux engagements de l’industriel
en matière de prévention des accidents majeurs,
• Présentation trop générale des fonctions du personnel impliqué dans la maîtrise
des risques majeurs,
• Absence de lien entre l’organisation de la formation et les exigences dans la
maîtrise des risques majeurs,
• Absence d’information sur la définition de l’accident majeur, sur les procédures
concernant la réalisation des analyses de risques, les méthodes et outils utilisés
pour définir les IPS, ainsi que sur l’évaluation des risques d’agressions extérieurs,
• Absence d’information sur la façon dont les conclusions des analyses de risque
sont traitées dans les consignes d’exploitation, absence de définition de ce qu’est
une « modification »,
• Absence d’information sur la matière dont son conçus, gérés et mis à jour les
documents opérationnels du type POI,
• Absence de critères caractérisant ce qu’est une anomalie à détecter dans le cadre
de la gestion du retour d’expérience.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 304

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IV. 

AVOIR NIE LE RISQUE D’EXPLOSION DU HANGAR 221 EN CONNAISSANCE DE 
CAUSE 

Il ressort des pièces du dossier que la dangerosité des produits manipulés dans l’usine et
le risque lié à la coexistence sur un même site de deux produits incompatibles étaient connus
depuis longue date.
Le risque d’explosion était connu et a été consciemment ignoré par la SA GRANDE
PAROISSE et Monsieur BICHLIN.
Ce risque était d’autant plus grand que le nitrate entreposé sur le site d’AZF dans des
conditions de confinement non conformes n’était pas pur.

§ 3 - Infractions à la législation du travail
I. 

MANQUEMENTS AUX OBLIGATIONS DECOULANT DU DECRET DU 20 FEVRIER 
1992 
L’article R. 237-2 du Code du travail résultant du décret du 20 février 1992 dispose :
« Le  chef  de  l’entreprise  utilisatrice  assure  la  coordination 
générale  des  mesures  de  préventions  qu’il  prend  et  de  celles 
que prennent l’ensemble des chefs des entreprises intervenant 
dans  son  établissement.  Chaque  chef  d’entreprise  est 
responsable  de  l’application  des  mesures  de  prévention 
nécessaires à la protection de son personnel. 
Cette coordination générale a pour objet de prévenir les risques 
liés  à  l’interférence  entre  les  activités,  les  installations  et 
matériels  des  différentes  entreprises  présentes  sur  un  même 
lieu de travail (…) ». 

La coordination générale de l’intervention du personnel de chaque société extérieure
n’était aucunement assurée par la SA GRANDE PAROISSE.
Aucune prévention des risques liés à l’interférence entre les activités de chacune des
sociétés sous-traitantes sur le site d’AZF n’a été organisée par la SA GRANDE PAROISSE : aucun
plan de prévention n’a été établi par écrit avant le commencement de l’intervention des soustraitants sur le site ; il n’y a eu aucune vérification de ce que les mesures de sécurité étaient bien
respectées par les intervenants extérieurs (et pour cause, aucune mesure de sécurité n’avaient
été préalablement arrêtées ; aucune réunion périodique de coordination n’était organisée avec
les entreprises sous-traitantes …).

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II. 

 ABSENCE DE FORMATION DES PERSONNELS DES ENTREPRISES EXTERIEURES 
Comme le relève l’ordonnance de renvoi (page 199) :
« L’absence  de  traçabilité  des  produits  apportés  au  bâtiment 
221  sans  interrogation  sur  la  composition  de  ces  produits, 
l’absence de mise en place et de contrôle des procédures à faire 
respecter  par  les  sous‐traitants,  l’absence  de  directives  à 
respecter  pour  le  stockage  des  nitrates  au  bâtiment  221 
constituent  des  manquements  à  l’obligation  d’évaluation  des 
risques et une infraction aux dispositions de l’articleR‐231‐54‐1 
du Code du travail ». 

Ainsi, l’article 6-1-5 de l’arrêté préfectoral du 18 octobre 2000 dispose-t-il :
« Formation et information du personnel (…) : 
 
L’exploitant doit veiller à la formation sécurité de son personnel 
sous traitant sur les risques propres de ses unités ». 

Cette obligation de formation et d’information qui pèse sur l’exploitant s’applique aussi
bien au personnel salarié de l’exploitant qu’au personnel non salarié.
L’ordonnance de renvoi (page 194) retient ainsi que :
« L’absence  de  formation  appropriée,  notamment  sur  les 
caractéristiques  et  la  dangerosité  des  produits  aux  personnels 
des  sociétés  sous‐traitantes  de  la  SA  GRANDE  PAROISSE  chargés 
de  leur  manipulation  est  à  l’origine  de  la  confusion  constatée 
chez  ces  derniers  entre  les  produits  nitratés  et  les  produits 
chlorés. 
 
Cette confusion est même à l’origine de la mise en contact du 
nitrate  d’ammonium  et  du  DCCNa  dans  les  bâtiments  335  et 
221 ». 

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SECTION 2 –  
LIEN DE CAUSALITE ENTRE LES FAUTES ET LES DECES 
§1 – Les fautes de Monsieur BIECHLIN ont contribué à créer la situation qui a
permis la réalisation du dommage
Monsieur BIECHLIN, qui n’a pas causé directement l’explosion, a cependant créé ou
contribué à créer la situation qui a permis la réalisation du dommage, en ne prenant pas les
décisions relatives à la gestion des risques, qui auraient permis d’éviter l’explosion du 21
septembre 2001.
Il a ainsi été décidé de manière totalement inappropriée que :
• les sous-traitants gèreraient les déchets sous leur propre responsabilité, sans
formation ni contrôle ;
• les bâtiments du site AZF étaient parfaitement conformes aux normes, alors
que comme on l’a déjà vu, le bâtiment 221 n’était pas constitué de matériaux
adaptés au stockage des nitrates déclassés, les normes de sécurité en matière
de détection incendie, d’électricité n’étaient pas respectées, la dalle sur
laquelle ces nitrates étaient entreposés n’était pas conforme ….
La mise en conformité des bâtiments de l’usine et la mise en place d’une analyse de
gestion des risques ont été volontairement et délibérément éludées par Monsieur BIECHLIN, à
qui incombait pourtant, en sa qualité de directeur de l’usine, la responsabilité de cette gestion.
Outre le fait que Monsieur BIECHLIN a contribué à créer la situation qui a permis la
réalisation du dommage, il a en outre violé de façon manifestement délibérée une obligation
particulière de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement (I) et en tout état de
cause commis des fautes caractérisées qui exposaient autrui à un risque d’une particulière gravité
(II).
I. 

MONSIEUR  BIECHLIN  A  VIOLE  DE  FAÇON  MANIFESTEMENT  DELIBEREE  UNE 
OBLIGATION PARTICULIERE DE PRUDENCE OU DE SECURITE PREVUE PAR LA 
LOI OU LE REGLEMENT 
L’ordonnance de renvoi (page 195) expose que :
« Serge  BIECHLIN  revendique  totalement  (ses  prérogatives)et 
considère  que  les  pouvoirs  dont  il  est  délégataire  sur  le  site 
ainsi  que  son  expérience  professionnelle  lui  ont  permis  de 
mettre  en  œuvre  un  politique  de  sécurité  conforme  aux 
exigences  des  règles  de  l’art  en  matière  de  fabrication  et  de 
stockage des nitrates ainsi qu’aux dispositions administratives. 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 307

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Serge BIECHLIN ne remet à aucun moment en cause les termes 
de  cette  délégation  à  l’origine  des  responsabilités  qui  lui  sont 
confiées notamment pour le recrutement et le licenciement du 
personnel,  le  respect  de  la  règlementation  applicable  pour  la 
prévention  des  accidents  ainsi  que  les  dépenses 
d’investissement  et  d’entretien  pour  lesquelles  il  ne  conteste 
pas davantage avoir disposé de tous les moyens nécessaires ». 

cause.

En d’autres termes, Monsieur BIECHLIN reconnait avoir agit en parfaite connaissance de

Toutefois, il ressort des manquements précédemment listés que Monsieur BIECHLIN
s’est rendu coupable de violation à l’obligation particulière de prudence et de sécurité qui pesait
sur lui en toute connaissance de cause.
II. 

MONSIEUR  BIECHLIN  A  COMMIS  DES  FAUTES  CARACTERISEES  QUI 
EXPOSAIENT AUTRUI A UN RISQUE D’UNE PARTICULIERE GRAVITE 

«La faute caractérisée qui, contrairement à la faute manifestement délibérée, ne présente pas le
caractère d’un manquement volontaire à une règle écrite de discipline sociale, constitue une défaillance
inadmissible dans une situation qui mérite une attention soutenue en raison des dangers ou des risques
qu’elle génère et doit être examinée en fonction de son intensité et de la connaissance du risque ».
L’ordonnance de renvoi (page 198) poursuit ainsi :
« Le fait d’avoir dirigé avec une délégation de pouvoirs étendue le site de l’usine AZF depuis trois
ans et demi au moment de la survenance des faits en ne prenant personnellement aucune disposition
susceptibles d’empêcher les manquements relevés à charge contre la SA GRANDE PAROISSE peut donc être
retenu contre Monsieur BIECHLIN. »
Peut ainsi être retenu à charge contre Monsieur BIECHLIN, le fait de ne pas veiller :
• à la mise en place et à l’application d’une véritable procédure de prévention des
risques dans le bâtiment 221 ;
• à ce qu’une telle procédure soit portée à la connaissance du personnel
utilisateur ;
• à la conformité du bâtiment 221 ;
• à la conformité de sa dalle en béton ;
• à ce que le personnel reçoive une formation adaptée aux particularités des
produits qu’il pouvait manipuler à l’intérieur ;
• à l’application des règles de gestion des déchets sur le site.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 308

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§ 2 – GRANDE PAROISSE a contribué à la réalisation
et à l’importance de la catastrophe
Comme il a déjà été démontré que la société GRANDE PAROISSE n’est qu’un
département de la SA TOTAL ou que le véritable EXPLOITANT de l’usine de TOULOUSE
était la S.A. TOTAL ou encore que la société GRANDE PAROISSE et son directeur (Serge
BIECHLIN) n’ont fait qu’appliquer des directives, des consignes et/ou une politique générale
émanant de la S.A. TOTAL, cette dernière pourra être poursuivie du même chef d’accusation.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 309

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Chapitre II
COUPS ET BLESSURES INVOLONTAIRES…
Lorsque les violences involontaires n’ont pas entraîné la mort de la victime, le Code
Pénal aménage une graduation dans les sanctions, corrélée à la gravité des blessures subies. Dans
ce cadre, l’incapacité totale de travail est le premier critère de qualification permettant de situer
les violences involontaires sur une échelle de la gravité.
Ainsi, le Code pénal retient des qualifications différentes selon que cette incapacité existe
ou non (article R. 622-1 du Code pénal), qu’elle est d’une durée inférieure ou égale à trois mois
(article R. 625-2 du Code pénal) ou supérieure à trois mois (article 222-19, al. 1er).
Les démonstrations retenues pour l’homicide involontaire peuvent être
transposées en ce qui concerne les coups et blessures involontaires.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 310

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Chapitre 3 DESTRUCTION INVOLONTAIRE
DES BIENS APPARTENANT A AUTRUI
L’Article 322-5 du Code pénal dispose que
La  destruction,  la  dégradation  ou  la  détérioration  involontaire 
d'un  bien  appartenant  à  autrui  par  l'effet  d'une  explosion  ou 
d'un incendie provoqués par manquement à une obligation de 
sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement est 
punie d'un an d'emprisonnement et de 15000 euros d'amende.  
 
En  cas  de  violation  manifestement  délibérée  d'une  obligation 
particulière  de  sécurité  ou  de  prudence  prévue  par  la  loi  ou  le 
règlement,  les  peines  encourues  sont  portées  à  deux  ans 
d'emprisonnement et à 30000 euros d'amende.  
 
Si  cet  incendie  est  intervenu  dans  des  conditions  de  nature  à 
exposer  les  personnes  à  un  dommage  corporel  ou  à  créer  un 
dommage  irréversible  à  l'environnement,  les  peines  sont 
portées  à  trois  ans  d'emprisonnement  et  à  45  000  Euros 
d'amende dans le cas prévu par le premier alinéa, et à cinq ans 
d'emprisonnement  et  à  100  000  Euros  d'amende  dans  le  cas 
prévu par le deuxième alinéa.  
 
Si  l'incendie  a  provoqué  pour  autrui  une  incapacité  totale  de 
travail  pendant  au  moins  huit  jours,  les  peines  sont  portées  à 
cinq ans d'emprisonnement et à 75 000 Euros d'amende dans le 
cas  prévu  par  le  premier  alinéa,  et  à  sept  ans 
d'emprisonnement  et  à  100  000  Euros  d'amende  dans  le  cas 
prévu par le deuxième alinéa.  
 
S'il a provoqué la mort d'une ou plusieurs personnes, les peines 
sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 100 000 Euros 
d'amende dans le cas prévu par le premier alinéa, et à dix ans 
d'emprisonnement  et  à  150  000  Euros  d'amende  dans  le  cas 
prévu par le deuxième alinéa 

L’infraction prévue et réprimée à l’article 322-5 du code pénal est constituée dès lors
qu’il y a destruction, dégradation ou détérioration involontaire d’un bien quel qu’il soit
(mobilier ou immobilier) appartenant à autrui.
L'infraction est consommée lorsque le bien visé a été effectivement détruit ou détérioré
par l'effet de l'explosion ou de l’incendie.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 311

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

La technique de l'énumération limitative des fautes d'imprudence ou de négligence au
profit d'une formulation synthétique visant un « manquement à une obligation de sécurité ou de
prudence imposée par la loi ou le règlement » traduit la volonté d’élargir le domaine de
l’incrimination, tout comme la circonstance aggravante tenant au cas de « violation manifestement
délibérée d’une obligation particulière de sécurité ou de prudence prévue par la loi ou le règlement ».
Le manquement délibéré à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi
ou les règlements a été clairement établie dans les développements précédents, dans la mesure
ou non seulement la SA GRANDE PAROISSE et Monsieur BIECHLIN mais également la société
TOTAL et M. DESMAREST connaissaient ou auraient dû connaître les dangers que comportait
l’omission des précautions qui s’imposaient dans la gestion des risques sur le site d’AZF.
La violation des obligations de sécurités tant légales que règlementaires intervenues en
toute connaissance de cause a été manifestement délibérée.
Par arrêt du 17 juin 2008 (n° 07-88.462), la chambre criminelle de la Cour de cassation
a partiellement rejeté le pourvoi formé par Monsieur Jacques X, déclaré coupable pour
homicide involontaire et destruction involontaire d’un bien appartenant à autrui. La Cour
d’appel a donc justement condamné le prévenu pour destruction involontaire des biens d’autrui,
« aux motifs que l'article 322‐5 du code pénal réprime, en son 
alinéa  1er,  la  destruction,  la  dégradation  ou  la  détérioration 
involontaire  d'un  bien  appartenant  à  autrui  par  l'effet  d'une 
explosion  ou  d'un  incendie  provoqués  par  manquement  à  une 
obligation  de  sécurité  et  de  prudence  imposée  par  la  loi  ou  le 
règlement ; qu'aux termes de l'ordonnance de renvoi devant le 
tribunal  correctionnel,  rendue  par  le  juge  d'instruction  le  28 
novembre 2005, c'est bien un manquement à une obligation de 
sécurité  et  de  prudence  imposée  par  la  loi  ou  le  règlement 
ayant  entraîné  la  destruction,  la  dégradation  ou  la 
détérioration  involontaire  d'un  bien  appartenant  à  autrui  qui 
est  reproché  au  prévenu  ;  que  l'explosion  survenue  le  23 
octobre  2002  a  entraîné  des  destructions  et  dégradations 
involontaires  de  biens  mobiliers  et  immobiliers  appartenant  à 
autrui  ;  que  le  dommage  trouve  son  origine  dans  les  fautes 
retenues plus haut (défaut d'entretien des canalisations de gaz, 
défaut de formation et d'organisation de la sécurité), lesquelles 
sont constitutives de manquements aux obligations de sécurité 
et de prudence imposée par la loi ou le règlement ; que le délit 
de  destruction  ou  dégradation  involontaire  de  biens  mobiliers 
et  immobiliers  appartenant  à  autrui  est,  dans  ces  conditions, 
pleinement caractérisé ». 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 312

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

LIVRE QUATRIEME 
EXTENSION DE LA RESPONSABILITE PENALE  
DE GRANDE PAROISSE S.A. A LA SOCIETE TOTAL S.A.  
ET DU DIRECTEUR DE L’USINE  
AU PRESIDENT DU « GROUPE TOTAL » 
Dans le Chapitre Premier, il sera démontré qu’en raison de son organisation interne, le
groupe TOTAL est un groupe intégré dont la S.A. TOTAL est la tête pensante et les
différentes filiales, les jambes chargées de l’exécution de la politique mise au point au plus haut
niveau.
Cela emporte trois conséquences :

La S.A. GRANDE PAROISSE doit être considérée comme une filiale captive de
la société TOTAL qui abuse de la personnalité morale pour dissimuler la
réalité économique : GRANDE PAROISSE n’est que le département ‘produits
fertilisants’ de la S.A. TOTAL ;

au sens de la directive SEVESO II, la S.A. TOTAL était le co-exploitant de
l’usine de TOULOUSE. A ce titre, elle doit répondre directement des
manquements constatés à la législation des IPCE ;

Enfin, la S.A. TOTAL a imposé aux différentes entités de son groupe une
politique générale qui a contribué à créer la situation ayant permis la
réalisation du dommage et elle n’a pas pris les mesures permettant de
l'éviter.

Pour assurer son contrôle sur ses filiales et l’application de la politique générale mise au
point par les organes décisionnaires, cela nécessite la participation de plusieurs personnes
physiques qui interviennent aux différents niveaux de la hiérarchie de la société. Ces personnes
physiques qui ont contribué à la création de la situation de danger pour permettre à la S.A.
TOTAL d’assouvir sa quête sans fin de profits doivent être poursuivies en qualité de coauteur ou
de complice (Chapitre II).

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 313

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Chapitre 1
LA SOCIETE TOTAL S.A. ET LE GROUPE TOTAL
SECTION 1 –  
PRESENTATION DU GROUPE 
§1- Une société-mère (TOTAL S.A.)
qui détient une influence déterminante dans la gestion de ses filles
I. 

CREATION DU GROUPE TOTAL FINA ELF 

A.

HISTORIQUE

Pour gagner la bataille de la marne (1914), la France avait dû se fournir auprès des
compagnies pétrolières américaines. Afin d’assurer l’indépendance énergétique de la nation, les
pouvoirs publics créent, sous l’impulsion du Président Poincaré, la COMPAGNIE FRANÇAISE DES
PETROLES (CFP). La CFP se voit attribuer les 23,75 % détenus par la DEUSTCHE BANK dans la
TURKISH PETROLEUM COMPANY, ce qui lui donne accès au marché du Moyen-Orient aux cotés
des majors américaines et britanniques.
La création de ce qui deviendra, à la fin des années 70, le groupe ELF peut être attribuée
au général du Gaulle qui, après la deuxième guerre mondiale, souhaite aller plus loin dans
l’indépendance énergétique en explorant des gisements hors les zones d’influence des
compagnies anglo-américaines. La France profite alors de ses colonies pour exploiter le Gabon,
puis tardivement l’Algérie.
« Gestion prudente d'une rente et diplomatie d'un côté, aventure et audace de l'autre, le Quai
d'Orsay contre les services secrets, tels sont les deux tempéraments. A l'époque, une formule illustre cette
opposition : « Victor de Metz, le patron de la CFP, dort avec son livre de comptes sous l'oreiller, alors qu'en
face son homologue Pierre Guillaumat ne sait pas où il se trouve. » 158
Chacun des deux groupes se développe de son côté et se rencontre pour gérer une
activité commune. C’est ainsi qu’en 1971, est créée la société ATO (Aquitaine Total Organico)
détenue à 50 / 50 par ELF et par TOTAL.
A la fin des années 90, le groupe ELF est plus important que celui de TOTAL. Si un
rapprochement devait s’opérer tout laisse penser que le groupe ELF absorberait TOTAL.

158

Dominique Gallois,, Les destins croisés d’ELF et de TOTAL, Le Monde, 29 octobre 1999.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 314

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Le nouveau PDG de TOTAL, Thierry DESMAREST, ne l’entendait pas de cette oreille.
Fort du soutien des pouvoirs publics 159 , désirant faire oublier les « affaires » politico-financières
liées au groupe ELF, soutenu activement par ses banquiers, TOTAL se lance coup sur coup dans
une double bataille boursière qui lui permet de devenir, à l’automne 1999, le quatrième
pétrolier mondial, la première capitalisation boursière française avec 90 milliards d'euros et 129
950 employés.
B.

UNE DOUBLE BATAILLE BOURSIERE

Sur le plan international, la pression est forte, à la fin des années 90, pour constituer un
groupe pétrolier français/européen d'envergure mondiale. En effet, la baisse du prix du baril,
qui touche son plus bas en 1998, affecte les marges des pétroliers. La pression des pays
producteurs sur les niveaux d'investissement des pays exploitant devient critique pour préserver
les profits de la branche Amont (exploration et production de pétrole et gaz). Enfin et surtout,
des opérations de fusion/acquisitions de grande ampleur ont lieu en 1998 : BP rachète Amoco
(55 mds d'€), Exxon absorbe Mobil (77 mds d'€), BP Amoco rachète Arco (25 mds d'€). La
concentration du secteur pétrolier conduit à la domination de trois majors ; les autres
entreprises risquent de se faire marginaliser.
La création d’un champion européen se fait en deux étapes : d’abord TOTAL prend le
contrôle du belge PETROFINA (1°) et ensuite, celui d’ELF (2°)
1°) 

TOTAL ravit PETROFINA à la barbe d’ELF (1998) 

PETROFINA était l’un des fleurons de l’industrie belge, riche d’un réseau de
distribution et d’un savoir faire reconnu dans la pétrochimie. Dirigée par François CORNELIS,
elle regroupait dans son capital les principaux financiers du royaume, au premier rang desquels
figurait Albert FRERE.
Fin 1998, plusieurs groupes pétroliers européens (l’italien AGIP et les français ELF et
TOTAL) sont approchés afin d’atteindre une « taille critique » face à la concurrence mondiale.
TOTAL l’emporte en offrant aux actionnaires une substantielle plus value :
PETROFINA est valorisée 3.247 FRF alors que le dernier cours enregistré à la bourse de
Bruxelles, avant suspension, était de 2.375 FRF.

159

Le gouvernement français a joué un rôle très important dans l'opération. En effet, le gouvernement français
possédait une golden share dans Elf depuis sa privatisation de 1994, qui stipulait : « l'accord du ministre français de l'économie est
nécessaire si une personne directement ou par un intermédiaire, veut disposer de plus de 10%, 20% ou 33,33% des droits de vote de la
compagnie ». Mais le gouvernement était favorable à la constitution d'un « champion national » (voire européen) du pétrole et
ne cherchait pas à faire jouer son droit de veto, d'autant qu'il conservait sa golden share dans le nouvel ensemble.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 315

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

L’opération est réalisée sous la forme d’une OPE (Offre publique d’échange) qui permet
d’échanger 2 actions PETROFINA contre 9 actions de TOTAL.
Au terme de l’opération (2 décembre 1998), TOTAL FINA devient le cinquième
pétrolier mondial, Albert FRERE le premier actionnaire de TOTAL FINA (avec 8,8 % du
capital) et François CORNELIS vice-président du comité exécutif (COMEX) prend en main le
secteur de la chimie.
2°) 

Après une surenchère de 4 milliards d’euro, TOTAL prend le contrôle d’ELF (1999) 

Durant l’été 1999, une bataille boursière oppose ELF et TOTAL :
-

-

5 juillet 1999 : TOTAL FINA lance une OPE sur ELF ;
20 juillet 1999 : ELF contre-attaque en lançant une OPE sur TOTAL. ELF tente
de séduire les actionnaires par le versement d’un dividende exceptionnel. D’un
point de vue industriel, ELF propose de se séparer de l’activité « chimie » en
l’introduisant en bourse pour créer le cinquième chimiste mondial. De son côté,
TOTALFINA refuse de dissocier la pétrochimie du raffinage ;
6 septembre 1999 : TOTAL relève son offre de 4 milliards d’euro de telle sorte
que les actionnaires d’ELF se voient échanger 13 actions ELF contre 19 TOTAL
FINA.

Le 14 septembre 1999, après un week-end de négociations, ELF rend les armes et
accepte de devenir une filiale détenue à 99,64 % par TOTAL FINA. « Officiellement, il n'y a ni
vainqueur ni vaincu. En fait, TotalFina met la main sur Elf. » 160 .
A partir de cette date, la structure des deux groupes commence à fusionner suivant un
principe d’égalité, « TOTAL ne vient pas en conquérant », répète M. DESMAREST. Plusieurs
dizaines de groupes de travail sont mis en place pour préparer la fusion et chercher les
« synergies », autrement dit les économies à réaliser nécessaires pour financer la bataille
boursière. Dans le secteur de la chimie, ces synergies prendront une double forme : disparition
de 4.000 emplois, économie sur la sécurité.
Le 10 février 2000, la Commission européenne autorise la fusion sous quelques réserves
(céder 66 stations services implantées sur les autoroutes, céder ELF-Antargaz, deuxième acteur
sur le marché des gaz de pétrole liquéfiés (GPL), cession de certaines activités sur 2 aéroports de
province).
Au cours de l’année 2000, TOTAL FINA ELF devient un groupe intégré répondant à
une direction unique qui fixe la stratégie et les budgets pour l’atteindre, étant précisé que
l’organisation du groupe ELF, lui aussi très hiérarchisé, facilite le rapprochement ou la fusion
des différentes activités.
160

Dominique GALLOIS, Totalfina et Elf-Aquitaine orchestrent amicalement leur fusion, Le Monde 14 septembre 1999.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 316

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

De plus, il est important de signaler que l’activité azote fertilisante n’est qu’une activité
résiduelle pour le groupe TOTAL qui s’en désintéresse car elle n’est pas un centre de profit.
Ainsi, si la chimie connait une progression des résultats la plus forte parmi les majors 161 (+ 18 %
de progression des résultats 162 2000/1999), cela n’est imputable qu’à la croissance des
productions de polymères et des Intermédiaires et Spécialités (peintures, résines, adhésifs,
métallisation). Dans le même temps, l’activité engrais connaît des difficultés comme cela a déjà
été indiqué lors de l’étude de la société GRANDE PAROISSE 163 .
TOTAL FINA ELF résume en une formule la stratégie imposée aux filiales de la chimie :
associer croissance sélective et amélioration de la rentabilité.
II. 

COMPOSITION DU GROUPE TOTAL FINA ELF 

L’ensemble des manquements aux règles de sécurité s’étalant sur une période de 1995 à
2001, il convient de rappeler les modalités de prise de décisions dans le groupe ELF (A) puis
d’étudier comment TOTAL S.A. contrôlait ses filiales (B).
A.

RAPPEL CONCERNANT LA PRISE DE DECISIONS DANS LE GROUPE ELF

Il résulte de sa propre notice publiée dans le WHO’S WHO que M. Bruno
WEYMULLER a exercé les fonctions de directeur financier du groupe ELF dans la SA ELF entre
1994 et 2000. A cette époque, la structure du groupe ELF était la suivante :

161
162
163

Communication financière TotalFinaElf, n° LB 2633, p. 24
BP + 11 %, Shell – 8 %, ExxonMobil – 14 %
Partie I – Livre I – Chapitre 1 – Section 2
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 317

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

La direction financière est l’une des directions centrales qui chapeaute les différentes
directions opérationnelles (Exploration-Production / Raffinage-Distribution / Chimie). C’est
donc au niveau de la direction financière que remontent les décisions d’investissement en
matière de sécurité. A noter qu’apparemment, il n’existe pas à l’époque de direction des risques
dans le groupe ELF.
La SA GRANDE PAROISSE est une sous-filiale du groupe ELF détenue à plus de 80 % par
la SA ATOCHEM qui est elle-même détenue à 99 % par ELF SA (Rapport d’activité pour 1999,
p. 87).
En l’an 2000, le PDG de SA GRANDE PAROISSE était M. François PERIER qui était
également membre du Comité d’information et de coordination d’ELF.
De même, au moment de l’explosion, la direction générale de la SA GRANDE
PAROISSE est elle assurée par M. Michel PERRATZI qui est également administrateurdirecteur général adjoint de la SA ATOFINA et membre du Comité d’Information et de
Coordination 164 du groupe ELF.
Depuis le 22 mars 2004, M. Hugues WOESTELANDT est devenu Président directeur
général de la SA GRANDE PAROISSE alors qu’il est également membre du CODIR de la SA
TOTAL.
Par ailleurs, il y a lieu de remarquer que la majorité des membres du conseil
d’administration de la SA GRANDE PAROISSE appartient aux différentes sociétés formant le
groupe ELF, de telle sorte que le contrôle capitalistique est complété par un contrôle de la
direction opérationnelle.
Ainsi, les décisions de cette filiale sont-elles captives et ne constituent qu’une mise en
œuvre de choix de portée générale et permanente décidée par les organes de direction du
groupe ELF.
Après la fusion avec TOTALFINA (2000), cette situation ne sera pas changée.

164

Le Comité d’Information et de Coordination (CIC) réunit les principaux dirigeants du Groupe ELF. Il se réunit une
fois par mois, pour des échanges d’informations concernant la situation financière et les différentes activités du
groupe. L’équivalent du CIC dans le groupe TOTAL est le CODIR (comité dirigeant).
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 318

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

B.

MODALITES DE CONTROLE ET DE PRISE DE POSITION DANS LE GROUPE
TOTAL
Les activités exercées par le Groupe dans le monde se répartissent en trois secteurs :
• Le secteur Amont englobe les activités d’exploration, de développement et de
production, ainsi que les activités exercées par le Groupe dans le charbon, le gaz
et l’électricité.
• Le secteur Aval comprend la vente de pratiquement tout le pétrole brut
produit, l’achat de l’essentiel du pétrole brut nécessaire à l’approvisionnement
des raffineries du Groupe, l’exploitation des raffineries, la commercialisation des
produits pétroliers à travers le réseau et le hors réseau, et conduit les activités de
trading de produits.
• Le secteur Chimie inclut la Chimie de base et les Grands polymères, liés aux
activités de raffinage du Groupe, les Intermédiaires et les Polymères de
performance, ainsi que la Chimie de spécialités, qui comprend le caoutchouc, les
résines, les adhésifs et la métallisation. On peut noter que Total n’a plus qu’une
participation au sein de Sanofi et s’est donc désengagée du secteur de la santé.

Par ailleurs, ces trois secteurs d’activité bénéficient des services suivant les Directions
Fonctionnelles de la Holding qui les chapeautent, à savoir :
-

la finance,
le juridique,
la stratégie et
l’évaluation des risques,
les ressources humaines et la communication.

Le management de la holding TOTAL S.A. est assuré par le Comité Exécutif
(COMEX) et le Comité Directeur (CODIR).
Le COMEX arrête les décisions d’importance stratégique et autorise les investissements
correspondants. Il prépare les décisions qui sont du ressort du Conseil d’Administration de
TOTALFINAELF.
Le CODIR rassemble aux cotés des membres du COMEX 20 dirigeants des différentes
Directions Fonctionnelles et Opérationnelles. Il assure, quant à lui, la coordination des
différentes entités du Groupe, le suivi des résultats d’exploitation des Directions
Opérationnelles et l’examen des rapports d’activité des Directions Fonctionnelles.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 319

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

La hiérarchie entre les différents comités est la suivante :

TOTAL S.A. 
Holding du groupe
Conseil d’administration
(5 membres)
À
Comité Exécutif (COMEX)
(7 membres)
À
Comité Directeur (CODIR)
(27 membres)

À

ATOFINA S.A. 
À

GRANDE PAROISSE S.A. 
M. Bruno WEYMULLER, ancien directeur financier du groupe ELF, est devenu le
Directeur de la stratégie et de l’évaluation des risques (depuis 2000) du groupe
TOTALFINAELF (TEF), devenu TOTAL en 2003. Il est membre du COMEX.
Comme il résulte de l’organigramme du groupe TOTAL, c’est à cette direction de la
stratégie et de l’évaluation des risques qu’est rattachée la Direction Environnement et
Sécurité industrielle.
Il est important de relever que :
• la décision du groupe TOTALFINAELF, de se doter d’une direction de la
sécurité industrielle placée sous la direction de M. Pierre GUYONNET, date
du 9 janvier 2002 et ne s’explique que par la prise en compte du « retour
d’expérience » résultant de l’explosion du 21 septembre 2001 ;
• cette direction de la sécurité industrielle n’est qu’une émanation d’une direction
plus vaste confiée à M. Bruno WEYMULLER, ancien directeur financier.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 320

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Ainsi, pour le groupe TOTAL, la question de la sécurité industrielle n’estelle qu’un des paramètres financiers pris devant être pris en compte pour
déterminer le résultat largement positif du groupe.
Ce rattachement de la direction de la sécurité à l’ancien directeur financier
du groupe ELF est révélateur d’un état d’esprit : ce n’est pas la sécurité que
recherche le groupe TOTAL, mais uniquement la rentabilité.
Par ailleurs, il est constant que c’est la société TOTAL S.A. qui détermine la politique
des risques pour l’ensemble des entités du groupe TOTAL. En effet, dans le rapport d’activité
2003 (p. 62 et s.), M. Pierre GUYONNET, directeur de la Sécurité Industrielle et membre du
CODIR de TOTAL S.A. déclare :
« des  politiques  visant  à  maîtriser  les  risques  existaient  dans 
nos trois compagnies d’origine ; elles ont été harmonisées à la 
suite  de  la  fusion,  en  conservant  les  meilleures,  celles  qui 
permettent  de  protéger  plus  efficacement  les  hommes  et  les 
installations.  
 
Cela  s’est  traduit  par  la  signature  en  2001  de  la  charte  de  la 
Sécurité Environnement Qualité ». 
 
Après AZF, « nous nous sommes fixés des objectifs ambitieux à 
l’échelle  du  groupe,  tant  en  matière  d’amélioration  de  la 
maîtrise des risques technologiques que de sécurité au poste de 
travail. 
 
Nous  visons  ainsi  une  réduction  du  taux  de  fréquence  des 
accidents de travail de plus de 60 % sur quatre ans entre 2002 
et 2005. 
 
« Sur  le  plan  de  notre  organisation,  des  systèmes  de 
management de la sécurité sont mis en place dans l’ensemble 
des  entités  du  Groupe,  en  convergeant  vers  un  référentiel 
commun  reconnu  internationalement,  l’International  Safety 
Rating  System  (ISRS)  ou  des  versions  adaptées  de  ce 
référentiel ». 

Il faut donc déduire de ces déclarations, de la charte et de la pratique constatée que la
politique en matière de sécurité est déterminée par le CODIR de TOTAL S.A. et mis
en application par chaque filiale composant le groupe sous le contrôle de M. François PERIER
qui cumule sa responsabilité de branche pour TOTAL avec le président du conseil
d’administration de GRANDE PAROISSE.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 321

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Le procès-verbal de l’assemblée générale de la société GRANDE PAROISSE en date du 16
juin 2000 contient une précision intéressante :
Un actionnaire demande quel est l'avenir de la société au sein 
de la nouvelle structure TOTAL FINA ELF. Le président passe la 
parole à un représentant de l'actionnaire ATO FINA qui indique 
que : 
 
- la  société  GRANDE  PAROISSE  fait  partie  de  la  Division 
Fertilisants, elle même faisant partie de la branche Chimie 
de Base d'ATOFINA ; 
- les résultats et la situation concurrentielle actuels militent en 
faveur  de  nouvelles  alliances  :  en  rapprochant  la  société 
d'un  industriel  européen,  de  vastes  économies  d'échelle 
vont pouvoir être réalisées. 
 
Le  Président  indique  que  la  société  détient  des  atouts 
exceptionnels notamment par l'implantation de ses trois usines 
principales  au  cœur  des  marchés  agricoles  ;  ces  atouts  seront 
importants  pour  ce  rapprochement  européen  que  notre 
actionnaire principal nous a demandé d'étudier. 

Dans la « novlangue » propre au monde des affaires, il faut traduire deux passages :
-

« nouvelles alliances », cela signifie que le nouveau propriétaire (TOTAL)
envisage de céder cet actif non stratégique. Cette hypothèse ne peut pas
être suivie d’effet en raison d’une absence de groupe intéressée et de
l’importance du passif.

-

« vastes économies d’échelle », cela signifie que les investissements seront
avant tout tournés vers la production, la sécurité, qui constituent un coût
et non un profit, doivent passer au deuxième rang dans les prises des
décisions.

Cette prise de parole du représentant du nouveau propriétaire lors de l’assemblée
générale démontre, à l’évidence, que :
-

la stratégie de la société GRANDE PAROISSE est décidée par la S.A.
TOTAL et ses dirigeants ;

-

les dirigeants de la société GRANDE PAROISSE sont de simples exécutants
de décisions prises ailleurs, ils sont chargés d’en vérifier l’application et
de privilégier avant tout l’intérêt du groupe sur celui de la filiale.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 322

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

§2- A propos des captives de réassurance et de la centralisation
des assurances du groupe TOTAL
I. 

PRECISIONS SUR LA TECHNIQUE DES « CAPTIVES DE REASSURANCE » 

La société dite « captive d'assurance » est une société qui est constituée et gérée par une
société commerciale aux fins de s'auto-assurer même si son objet peut être limité au
courtage, à l'assurance ou à la réassurance. C'est souvent une filiale à 100 % d'une société
industrielle ou de services.
Le terme captif est employé pour désigner les sociétés filiales ayant vocation à offrir
leurs services exclusivement à la société mère.
Le recours à une captive d'assurance est une des méthodes permettant d'optimiser la
protection de l'entreprise et la fiscalité de cette dernière.
En effet, le plus souvent, la captive est située dans un paradis fiscal (Bermudes, Irlande,
Luxembourg).
L’intérêt pour le groupe est triple :
-

il est son propre assureur, ce qui lui permet d’assurer des risques
spécifiques sans avoir à révéler des secrets industriels ;
il accepte de surpayer des primes importantes pour des usines situés dans
un pays de l’OCDE car ces primes sont déduites de son résultat, ce qui
allège d’autant sa charge d’impôt (évasion fiscale) ;
cela lui permet d’isoler, hors de son pays d’implantation principale, des
sommes importantes qu’il peut placer ou lui permettre de financer des
opérations de développements susceptibles d’être critiquées.

Les captives d'assurances ont vu le jour aux Etats-Unis à partir des années 1970 en
réaction aux difficultés rencontrées par les compagnies pétrolières pour couvrir leur
responsabilité civile.
Son origine pourrait sans doute remonter à l'accident de forage de Santa-Barbara
(Californie) survenu en 1969. Les assureurs avaient estimé le risque maximum à 150 millions de
dollars sans avoir songé qu'il pouvait y avoir un cumul de réclamations en cas de sinistre. Cellesci se sont portées à la suite de l'accident à un montant de 500 millions de dollars.
Par la suite, certains assureurs ont refusé de garantir le risque de pollution ou le risque
de responsabilité civile des compagnies pétrolières d'autant que les exigences gouvernementales
qui accordent les licences d'exploitation exigent en contrepartie un engagement de
responsabilité illimitée.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 323

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

C'est pour cette raison que plusieurs groupes pétroliers se sont regroupés pour former
en 1972 une captive mutuelle, la OIL INSURANCE Ltd.
Le groupe français TOTAL, membre de la OIL INSURANCE Ltd, devait cependant
supporter des franchises de plusieurs millions de dollars par sinistre, ce qui aurait pu
compromettre l'équilibre financier de certaines filiales.
TOTAL a donc lui aussi décidé de fonder en 1973 sa propre captive d'assurance, la
OMNIUM INSURANCE & REINSURANCE Co Ltd, enregistrée aux Bermudes. C'est l'une des
premières captives françaises et elle fonctionne toujours aujourd'hui.
De son côté, le groupe ELF Aquitaine crée également en 1979 sa propre captive
d’assurance, domiciliée aux Bermudes : ALPHEGA INSURANCE Ltd. Les deux structures ont
fusionné en 2000.
Par ailleurs, il est intéressant de relever que, pour l’agence de notation Standard &
Poor’s, la catastrophe AZF n’a eu qu’un impact limité dans les comptes de OMNIUM INSURANCE
& REINSURANCE Co :
S&P RATES OMNIUM INSURANCE `AA'; OUTLOOK STABLE 
Business Editors 
LONDON‐‐(BUSINESS WIRE)‐‐Standard & Poor's 
 
Nov. 27, 2001‐‐ Standard & Poor's today assigned its double‐'A' 
counterparty  credit  and  insurer  financial  strength  ratings  to 
Omnium  Insurance  and  Reinsurance  Co.  Ltd.  (Omnium),  the 
wholly  owned,  Bermuda‐based  reinsurance  affiliate  of  the 
French  oil  and  gas  company,  TotalFinaElf  S.A.  (TotalFinaElf; 
AA/Stable/A‐1+). The outlook is stable. 
 
The  ratings  on  Omnium  are  significantly  influenced  by  the 
ratings  on  its  parent,  TotalFinaElf.  This  is  due  to  Omnium's 
worldwide  function  as  an  integral  part  of  the  TotalFinaElf 
group's overall risk management strategy.  
 
The  ratings  on  Omnium  are  further  based  on  stand‐alone 
characteristics,  including  an  extremely  strong  risk‐adjusted 
capital  base  and  high‐quality  retrocession  program,  and  very 
strong  operating  performance,  but  offset  by  a  group‐
dependent business position. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 324

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Major rating factors: 
- Strong  parent.  As  the  reinsurance  affiliate  of  TotalFinaElf, 
Omnium  benefits  from  the  support  of  a  financially  strong 
parent.  Following  TotalFina  S.A.'s  acquisition  of  Elf 
Aquitaine  (Elf;  AA/Stable/A‐1+)  in  2000,  the  majority  of 
Elf's  insurance  and  reinsurance  activities  has  been 
integrated  into  Omnium.  More  than  97%  of  Omnium's 
business is derived from its parent. 
- Extremely strong capitalization. Omnium has capital in excess 
of $282 million, producing a risk‐adjusted capital adequacy 
ratio  of  more  than  500%,  based  on  Standard  &  Poor's 
model. 
 
- High‐quality  retrocession.  Omnium  has  a  thorough  and 
comprehensive  program  in  place,  with  high‐quality 
retrocessionaires.  The  company's  underwriting  capacity 
has  a  strong,  although  necessary,  dependence  on  this 
program,  as  shown  by  the  recent  major  losses  resulting 
from  the  explosion  at  the  group's  AZF  subsidiary  in 
Toulouse. 
 
- Very strong operating performance. Omnium has a consistent 
record  of  very  strong  profitability,  with  an  average 
combined ratio of 58% over the past five years, mainly due 
to  low  loss  levels.  This  is  expected  to  deteriorate 
temporarily to around 71% in 2001, principally as a result 
of the Toulouse losses. 
 
- Good  business  position.  The  business  position  is  good,  but 
almost  exclusively  limited  to  reinsuring  risks  emanating 
from the TotalFinaElf group. OUTLOOK: STABLE 
 
Risk‐adjusted capital adequacy is expected to remain in excess 
of 450%. The quality of the retrocession program is expected to 
remain  very  strong.  Omnium  is  expected  to  maintain  its  very 
strong operating performance, with the combined ratio in 2002 
returning to around the historic average of 58%, in the absence 
of further major claims. 
 
Gross  premiums  written  are  expected  to  increase  by  more 
than  70%  in  2001  to  about  $166  million,  mainly  due  to  the 
integration  of  the  former  Elf  business.  Omnium's  volume  of 
third‐party  business  written  is  expected  not  to  exceed  10%  of 
net  premiums  written  and  to  be  confined  to  business  that 
might  have  an  impact  on  the  parent's  commercial 
relationships. 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 325

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

 
Dans le groupe TOTAL; il est important de comprendre le rôle essential joué par
OMNIUM : 165
« Après  l'incendie  de  sa  raffinerie  de  la  Mède,  près  de 
Marseille, en novembre dernier, TOTAL a mis à contribution son 
système  d'auto‐  assurance,  connu  sous  le  terme  technique  de 
captive de réassurance .Celle du pétrolier, OMNIUM  INSURANCE  & 
REINSURANCE,  est  basée  aux  Bermudes,  et  assure  la 
coordination de toutes ses polices d'assurance sur l'ensemble 
du globe. Le coût total du sinistre de l'étang de Berre a pu être 
évalué  à quelque 3 milliards de francs. Même si la  compagnie 
se  refusait  à  toute  confirmation,  ses  montages  d'auto‐
assurance  et  de  réassurance  lui  auront  sans  doute  permis 
d'éviter une hausse ultérieure des primes ». 

II. 

LE ROLE DE LA DARAG DANS LE GROUPE TOTAL 

A.

LE ROLE DE LA DARAG AVANT LE 21 SEPTEMBRE 2001

Dans le groupe TOTAL, la fonction assurance est répartie entre OMNIUM et la
DARAG (direction Assurances Groupe) qui surveille l’ensemble des filiales du groupe. Ainsi,
dans GRANDE PAROISSE, lors de l’assemblée générale du 28 juin 2002, la direction répond aux
questions posées par des actionnaires minoritaires de la manière suivante
Les  contrats  d’assurance  ne  sont  pas  des  conventions 
réglementées  car  ils  sont  conclus  entre  les  compagnies 
d’assurances et GRANDE  PAROISSE dans le cadre d’avenants aux 
polices GROUPE qui permettent d’obtenir des assurances à des 
conditions très favorables. 
 
La relation avec la DARAG « se justifie par le fait que le recours 
à  une  politique  centralisée  en  matière  d’assurance  est  une 
pratique usuelle dans les grands groupes industriels ayant pour 
avant de permettre à chacune des sociétés du groupe et donc 
GRANDE  PAROISSE,  d’obtenir  une  couverture  des  risques  plus 
importante  que  si  elles  avaient  directement  contracté  à  titre 
individuel. 
 
Le recours à une politique centralisée en matière d’assurances 
étant une pratique usuelle dans les grands groupes industriels, 
GRANDE PAROISSE considère que le mandat donné à la DARAG en 
vue  de  la  mise  en  place  de  sa  négociation  des  polices 
d’assurance  est  une  opération  courante  au  sens  de  l’article 
225‐56 du code de commerce. 

165

Jacques Attali, L’envol des captives, L’Expansion, 30 mars 1993.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 326

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Les  contrats  d’assurance  n’avaient  pas  été  soumis  à 
l’approbation du conseil d’administration de GRANDE  PAROISSE 
(sic !)  pour  la  raison  suivante :  d’une  manière  générale,  le 
risque  « assurances »  relève  dans  la  pratique  et  de  façon 
usuelle de la direction générale. Etant donné que les membres 
du  conseil  d’administration  étaient  tenus  informés  des 
questions d’assurance et de la couverture des risques, soit par 
la direction générale,  soit  pour certains dans le cadre de leurs 
missions  techniques  au  sein  de  GRANDE  PAROISSE  et  qu’ils 
savaient que des mesures efficaces étaient mises en place, une 
délibération du conseil ne paraissait pas nécessaire à ce sujet 
(re‐sic !) 

Rappel : le directeur général de GRANDE PAROISSE était M. BESSON, par ailleurs salarié
de TOTAL. Donc la question des assurances se négocie entre TOTAL S.A. et la S.A.
TOTAL, sans information des organes de contrôle de la société GRANDE PAROISSE !
C’est dans ces conditions que l’on peut considérer que, sur la question des assurances, la
société GRANDE PAROISSE était dépossédée de son pouvoir de décisions au profit d’une direction
fonctionnelle du groupe TOTAL.
Or, la DARAG avait pour mission de connaître les dangers de toutes les usines du
groupe afin de procéder à la cotation des primes.
B.

LE ROLE DE LA DARAG DANS LA GESTION DU SINISTRE : LA
DEPENDANCE DE GRANDE PAROISSE A L’EGARD DE TOTAL

1°) 

Etendu du sinistre 

Quelques chiffres permettent d’apprécier l’étendu du sinistre et les conséquences en
termes de gestion que cela a entraîné pour le groupe TOTAL :
¾ 16.000 dossiers corporels (blessés, troubles psychologiques)
¾ 4.000 dossiers de préjudices "atypiques" (pénibilité, privation de jouissance)
¾ 69.000 dossiers matériels et immatériels dont :

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 327

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

2°) 

Moyens mis en œuvre pour faire face 

Devant un tel nombre de dossiers à traiter, la DARAG du groupe TOTAL a pris le
contrôle de l’indemnisation autour d’une équipe dédiée de 10 personnes dont 4 prestataires. La
DARAG cumulait les missions suivantes :
• Coordination générale
• Pilotage des réclamations (liaisons Expert/Avocat/Courtier, coordination
Direction Juridique GRANDE PAROISSE et Groupe TOTAL)
• Pilotage des règlements (liaison GRANDE PAROISSE/Courtier)
• Interfaces CNSV
• Liaison (ré)assureurs/appel de fonds via le Courtier de réassurance
3°) 

La DARAG et la direction juridique de TOTAL prennent les décisions qui s’imposent 
à GRANDE PAROISSE 

Dans leur exposé, MM. NAISSE et MONEY précisent que les décisions sont prises lors
de « Réunion plénière chez Total, Direction Assurances, Direction Juridique et avocats ».
Après l’épuisement des garanties contractuelles, le groupe TOTAL a placé sur le marché
international des assurances un « layered » programme de 850 M€. L’ensemble du dispositif ad
hoc mis en place est piloté par la DARAG.
C’est ainsi qu’il est créé un outil de gestion des dossiers à partir d’un logiciel EQUAD
« enrichi et amélioré par une équipe d’informaticiens recrutés par TOTAL sur la base d’un cahier des
charges GP/DARAG ».
Afin d’assurer un cadre juridique, la société GRANDE PAROISSE confie un mandat
pour la gestion du sinistre, les transferts financiers (les fonds proviennent de TOTAL et non de
GP) ; les règlements des victimes, l’archivage et le reporting mensuel.
Par ailleurs, MM. NAISE et MOINEY insistent sur l’importance de la « cohésion des
acteurs sous une seule direction » (la DARAG)
III. 

IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DES DANGERS SUR LE SITE 

Lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire, M. Thierry
DESMAREST, président de la S.A. TOTAL a déclaré :
« Le  site  de  TOULOUSE  a  été  visité  à  5  reprises  par  nos 
assureurs au cours des dix dernières années. » 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 328

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

La groupe TOTAL avait fait procéder à plusieurs reprises à des inspections du site, et se
trouvait en conséquence pleinement informé de la situation réelle de celui-ci en termes de
sécurité.
L’attention de l’exploitant sur les dangers liés au stockage avait été attirée, dès 1997, par
M. QUICHON dans son rapport.
Dans l’appréciation des risques en vue de les assurer, il est bien évident que la DARAG
savait ou aurait dû savoir qu’il existait une zone particulièrement sensible sur le site de
TOULOUSE.
De même, dans le cadre des négociations entre le groupe TOTAL et la DRIRE, les
différents représentants du groupe, quel que soit leur niveau hiérarchique, ont tout fait pour que
le risque d’explosion de l’ammonitrate soit écarté des scenarii.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 329

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Section 2 –  
DEMONSTRATION DE L’EXISTENCE  
D’UNE POLITIQUE DELIBEREE D’ECONOMIES  
Sous Section 1 –  
Après la fusion, vient le temps de la restructuration 
§1 – L’emploi, variable d’ajustement
« La réorganisation d'ATOFINA aura entraîné, fin 2004, la suppression de 2 000 emplois depuis
la fusion de Total avec Elf et Fina, en 2000 », affirme Alain GERBEAUD, délégué syndical CGT
d'ATOFINA 166 .
Sur 12 000 personnes employées il y a quatre ans par ATOFINA, il en restera moins de
10 000, a expliqué M. GERBEAUD, jeudi 19 février 2004, à l'issue du comité central
d'entreprise (CCE) où la direction du groupe a annoncé son projet de réorganisation, en même
temps que la suppression de 132 emplois, dont 95 au siège social parisien et 37 au centre
technique de Lyon.
L’activité chimie est dans le collimateur de la direction de TOTAL. En effet, la chimie
est l'activité du groupe qui emploie le plus de salariés. Avec 20 000 salariés sur une centaine de
sites dans le monde, dont près de 12 000 dans 40 unités en France, sur des sites historiques, tels
Jarrie (Isère), Carling (Meurthe-et-Moselle), Lacq (Pyrénées-Atlantiques) Saint-Auban (AlpesMaritimes)..., la chimie présente aussi la moins bonne rentabilité, soit 10 % « seulement » de
retour sur capitaux employés, la moitié de la performance globale du groupe.
De plus, elle représente une part minime et décroissante des investissements totaux du
groupe (1,5 milliards d'euros sur 9,8 milliards en 2001, soit 15,3 %, et 13 % prévus en 2002).

166

Le Monde, 21 février 2004
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 330

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

§2 – Afin d’obtenir du cash,
TOTAL se sépare d’une partie de son activité «Chimie »
I. 

PETIT RAPPEL HISTORIQUE SUR LA CREATION D’ATO 

L’Institut d’histoire du temps présent s’est intéressé aux destins croisés entre ELF et
TOTAL. Dans cet article fort bien documenté, on peut trouver le récit de la création d’ATO.
On s’aperçoit alors que les relations dans la chimie entre les deux groupes sont anciennes. Nous
reprenons pour mémoire quelques extraits significatifs 167 qui permettent de démontrer que la
société ATO n’a jamais eu d’autonomie jusqu’au spin off de 2004. Bien au contraire, elle est
créée, son périmètre évolue, sa stratégie change au gré des choix stratégiques des sociétés ELF
et TOTAL.
A

UNE VOCATION PARTAGEE DANS LA PETROCHIMIE : ATO

Dès les années 1960, la CFR (ancêtre de TOTAL) et la SNPA (ancêtre d’ELF) ont
développé des activités dans la chimie. Le contexte est alors très favorable. La demande de
produits chimiques, à commencer par les matières plastiques, connaît une croissance soutenue.
Certes, les entreprises chimiques françaises, dont les origines remontent au XIXe siècle,
proposent de nombreux plastiques, mais elles utilisent comme matière première la houille. Or,
à partir des hydrocarbures, gaz naturel et pétrole, il est possible de fabriquer de nombreux
plastiques avec des procédés très compétitifs.
Au sein de la SNPA, la chimie s’est développée à partir de l’exploitation du gaz de Lacq.
Associée aux Houillères du Bassin de Lorraine, la SNPA commercialise du polyéthylène au début
des années 1960. Quelques années plus tard, la SNPA concourt avec les principaux chimistes de
la région lyonnaise à la construction et au lancement du vapocraqueur de Feyzin.
De son côté, la CFR s’intéresse à la chimie des plastiques dès la fin des années 1950.
Entre 1958 et 1960, un petit vapocraqueur a été construit à Gonfreville. Avec la firme Veba
Hüls, la CFR produit les grands intermédiaires et du Pehd (polyéthylène haute densité). Les
activités chimiques de la CFR sont réunies au sein de la société des Polyoléfines. À la fin des
années 1960, René Granier de Lilliac, alors à la tête de la CFR, souhaite que son entreprise
s’engage plus en aval dans la chimie. La CFR dispose de moyens financiers à la hauteur de ces
ambitions.
La SNPA, dont la filiale chimique a pris le nom d’Aquitaine-Organico, après le rachat
d’Organico à Péchiney, envisage aussi d’accroître ses activités et souhaiterait augmenter ses
capacités de craquage.

167

Alain BELTRAN et Sophie CHAUVEAU, Destins croisés. Aperçus de l’histoire du groupe Elf-Aquitaine et de la CFP-Total,
http://www.ihtp.cnrs.fr/spip.php?article312&lang=fr, CNRS Institut d’histoire du temps présent.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 331

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

L’observation de l’évolution des entreprises chimiques en France et des restructurations
en cours (création de CDF Chimie, rapprochement entre Ugine et Kuhlmann...) conduit la
SNPA et la CFR à rechercher une solution commune.
Dès 1968, les deux sociétés discutent des modalités de la réunion de leurs capacités en
pétrochimie et en chimie. Cette mise en commun est justifiée par de nombreuses
complémentarités. Du côté de la SNPA, l’expérience acquise, la présence de personnes
qualifiées et les stratégies commerciales sont mises en avant. La CFR fait valoir ses ressources en
capitaux et en matières premières. Au printemps 1969, les deux sociétés s’entendent pour créer
un GIE, qui devient très vite une société à part entière sous le nom d’ATO. La nouvelle société
est dirigée selon un système paritaire. La réunion des deux pétroliers français est plutôt bien
accueillie par les pouvoirs publics, qui y voient la possibilité de constituer un groupe chimique à
vocation européenne.
La plate-forme pétrochimique de Gonfreville est la première réalisation d’ATO. En face
de la raffinerie de la CFR est construit un vapocraqueur puis différentes unités pour les grands
intermédiaires que sont l’éthylène, le styrène et le propylène. Gonfreville démarre réellement à
partir de 1972. Mais ATO dispose aussi d’autres sites plus anciens : Marseille, Serquigny, Balan,
Lannemezan et Lacq.
Dès ses premières années d’existence, ATO doit affronter de nombreuses difficultés.
Le premier choc pétrolier entraîne une hausse brutale des coûts de production de la
pétrochimie qui utilise le pétrole comme matière première et comme source d’énergie. La
récession économique et en particulier le recul de l’activité dans le bâtiment provoquent une
rétraction des marchés pour les pétrochimistes. Dans ces conditions, il est délicat de répercuter
sur les prix les hausses des coûts de production. Des investissements de productivité et des
efforts de recherche permettent à ATO de conserver une position leader dans la chimie
française, par exemple en lançant les premiers copolymères ou en concevant un procédé
nouveau de polymérisation pour le polypropylène. Mais les investissements nouveaux sont
étudiés avec prudence : ainsi ATO ne s’engage pas dans la construction du deuxième
vapocraqueur de Feyzin. La situation financière d’ATO apparaît, malgré tout, à la fin des années
1970 beaucoup plus saine que celle de ses concurrents, Rhône-Poulenc et Péchiney Ugine
Kuhlmann.
B.

NAISSANCE DE DEUX ENTREPRISES DANS LA CHIMIE

Au cours des années 1970, chaque pétrolier poursuit de son côté la diversification de ses
actifs dans la chimie. L’ERAP fait l’acquisition de M&T, aux États-Unis, spécialisé dans les
additifs pour les plastiques, de Rousselot, le principal fabricant français de colles et de gélatines,
et de CECA, entreprise spécialiste des adhésifs.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 332

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Ainsi s’affirme une volonté de s’implanter dans la chimie fine et de spécialités. Ces
activités sont moins sensibles à la conjoncture. Elles permettent de conquérir des marchés à
l’étranger et peuvent être le support d’une internationalisation plus vaste des activités
chimiques. Pour sa part, la CFR achète en 1974 Hutchinson. Cette firme ancienne fabrique de
nombreux produits à partir du caoutchouc naturel et du caoutchouc synthétique.
Sous la marque « L’Aigle », Hutchinson commercialise des vêtements et des chaussures
imperméabilisés. Hutchinson a aussi des activités dans le pneumatique et s’est diversifié très tôt
dans de nombreux produits destinés à l’automobile et à l’aviation. Comme la SNEA, la CFR
s’implante dans la chimie de spécialités. Ces diversifications parallèles aident à mieux supporter
le caractère cyclique de l’activité en chimie de base.
À la fin des années 1970, les relations entre les deux pétroliers au sein d’ATO
deviennent plus difficiles. La gestion paritaire d’ATO gêne parfois la prise de décision. Ainsi, les
conditions du rachat des activités dans la pétrochimie et dans la chlorochimie du groupe RhônePoulenc suscitent de nombreux débats. La SNEA considère que ces activités sont très
complémentaires de la société ATO et renforceront ses positions en chimie de base. De son
côté, la CFR s’inquiète du prix à payer. Il est vrai que chaque groupe a une culture propre. La
SNEA hésite sans doute un peu plus à s’opposer aux désirs des pouvoirs publics. L’accord se fait
néanmoins.
En 1979, une société nouvelle voit le jour. Chloé réunit à parité la SNEA et la CFR,
Rhône-Poulenc conservant une part du capital de la nouvelle firme chimique. En 1980, le
second choc pétrolier affaiblit considérablement la chimie française. Le changement de majorité
en 1981 s’accompagne d’une nouvelle politique industrielle, beaucoup plus volontariste. Le
gouvernement socialiste entend procéder à de nombreuses nationalisations et envisage de
restructurer plusieurs secteurs d’activités dont la chimie. Les entreprises les plus solides sont
invitées à reprendre les activités des firmes en difficulté. Après de nombreux arbitrages
ministériels, il est décidé qu’ATO devra reprendre la majorité des activités de Péchiney Ugine
Kuhlmann. Cette solution n’enchante personne. La SNEA accepte de recevoir les sites et les
actifs de PUK dans la chimie des halogènes et des produits fluorés, mais à condition que l’État
fasse aussi un effort, qui serait de prendre en charge le passif de PUK.
La CFR (ancêtre de TOTAL) est plus hostile encore à cette dévolution et,
faute d’un compromis satisfaisant, choisit de se retirer de la société ATO à la fin de
l’année 1982.
À l’automne de la même année, ATOCHEM, la nouvelle société regroupant la chimie de
la SNEA voit le jour. Elle réunit les anciennes activités de la société ATO et de Chloé,
auxquelles s’ajoutent celles de M&T. ATOCHEM devient dès lors une grande entreprise
chimique présente dans la chimie lourde et dans la chimie fine et de spécialités. De son côté,
après avoir quitté ATO, la chimie de TOTAL se réduit à la société Hutchinson et à une activité
dans les engrais. TOTAL ne se désengage pourtant pas de la chimie.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 333

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

En 1989, l’entreprise, par le biais de sa filiale TOTAL CHIMIE joue un rôle important dans
la seconde restructuration du secteur. Ce sont en fait les actifs du groupe Orkem (ex CDFChimie) que TOTAL CHIMIE reçoit à l’issue d’un arbitrage des pouvoirs publics. La mise en
commun des atouts de certains groupes chimiques et leur adossement aux groupes pétroliers
apparaît comme une réponse crédible à la mondialisation du marché. Les groupes ELF et
TOTAL sont dans cette perspective les principaux acteurs de la restructuration. Tandis que ELF
reprend les activités de NORSOLOR (spécialités), la pétrochimie (avec le site de Carling Saint
Avold) et les engrais de GRANDE PAROISSE, TOTAL reçoit plusieurs activités de spécialités et
conforte sa position dans les résines et les revêtements. Bien que séparées, les deux entreprises
chimiques présentent dès lors des profils similaires et ne se distinguent que par leur taille.
Cette proximité facilitera la fusion qui interviendra à partir de l’an 2000.
C.

CREATION D’ATOFINA

ATOFINA est une holding opérationnelle qui sert de relais entre la société TOTAL et les
différentes sociétés chargées de produire telle ou telle spécialité.
ATOFINA est une société « holding intermédiaire » qui permet à un groupe pétrolier de
centraliser et d’optimiser les décisions de la branche « CHIMIE » en conformité avec les intérêts
du groupe.
En créant un étage supplémentaire dans la succession des détentions capitalistiques, on
vise un double objectif :
-

d’une part, isoler les risques loin de la société-mère, même si les
décisions qui sont prises ne sont qu’une simple transposition au secteur de
la chimie des décisions plus générales et stratégiques décidées par la
société TOTAL et ses organes de direction.
Même si, au final, c’est la société TOTAL qui paye, le groupe prend bien
soin de n’accorder son soutien à GRANDE PAROISSE qu’à travers des
lettres d’intention émanant d’ATOFINA.
Ainsi, ATOFINA a confirmé à GRANDE PAROISSE par lettre, en date du
25 avril 2002 et du 16 avril 2003, que « dans la mesure où elle serait reconnue
responsable du sinistre et où les garanties offertes par les polices de responsabilité
civile seraient insuffisantes pour couvrir la totalité des indemnités allouées aux tiers
ayant subi des dommages du fait de ce sinistre, ou réclamées par leurs assureurs,
ATOFINA serait disposée à fournir à GRANDE PAROISSE, si nécessaire, les moyens
financiers lui permettant de faire face à des recours non couverts par ses polices de
responsabilité civile. Ce soutien financier serait, le cas échéant, étendu au
financement du plan de restructuration du site de Toulouse. »
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 334

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

De même, GRANDE PAROISSE a obtenu d’ATOFINA, par lettre, en date
du 11 mars 2004, la confirmation de son soutien dans les termes cidessous : « En complément des lettres adressées le 25 avril 2002 et le 16 avril
2003 par ATOFINA à GRANDE PAROISSE, je vous confirme par la présente
qu’ATOFINA serait en outre disposée à fournir à GRANDE PAROISSE, si nécessaire,
les moyens financiers lui permettant de financer son activité durant l’exercice
2004. »
-

d’autre part, offrir des postes à des cadres supérieurs émanant des
groupes absorbés. Ainsi, la présidence d’ATOFINA est-elle confiée à M.
CORNELIS, l’ancien PDG de FINA.

ATOFINA ne devait pas survivre longtemps. Une fois, la mise au pas des filiales achevée,
ATOFINA était appelée à disparaitre.
II. 

LA DISPARITION D’ATO 

A.

RAPPEL SUR LES PRINCIPES D’UNE OPERATION DE SPIN OFF (SCISSION)

Une opération de spin off ne concerne pas tout le groupe mais uniquement une filiale ou
une branche d'activité. Cette filiale (ou branche d'activité) est séparée du groupe. Les actions de
la filiale sont remises aux actionnaires actuels du groupe sous la forme d'une distribution de
dividendes. Tous les actionnaires du groupe initial reçoivent des actions de la filiale
nouvellement séparée du groupe 168 . L'opération spin off peut ne concerner qu'une fraction des
actions. La Société mère peut ainsi diminuer son pourcentage de contrôle et d'intérêt sans pour
autant se détacher complètement de sa filiale.
Parmi les principales motivations à la mise en œuvre d'une opération de spin off, on peut
citer notamment :



168

se désengager d'une filiale contrôlée à 100 % qui ne correspond plus aux objectifs
stratégiques du groupe ;
renforcer la valorisation de la filiale ;
créer la possibilité d'acquisition par échange d'action directement au niveau de la
filiale en vue d'une stratégie de croissance externe ;
donner la possibilité aux actionnaires qui le souhaitent de recevoir des liquidités
(en vendant des actions de la filiale) tout en maintenant un même niveau de
contrôle au sein de la société mère.

Olivier MEIER et Guillaume SCHIER, Entreprises multinationales, stratégie, restructuration gouvernance, Dunod, 2005,
p. 233.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 335

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

La réalisation d'une opération de spin off présente de nombreux avantages. En particulier,
il s'agit d'une opération relativement neutre fiscalement, alors que le choix de la cession pure et
simple de la filiale engendre des coûts fiscaux importants au niveau de la société mère (taxation
des plus-values résultantes de la vente des titres de participation de la filiale).
Cette opération est en outre censée créer de la valeur pour les actionnaires en recentrant
la société mère sur son cœur d'activité et en donnant des marges de manœuvre nouvelles à la
filiale scindée.
B.

OPERATION DE SPIN OFF D’ATOFINA ET CREATION D’ARKEMA

Dans le cadre de la préparation du spin-off, TOTAL isole les activités liées à la
chlorochimie, les produits intermédiaires et ceux de performance. Cette entité de 5 milliards
d'euros de chiffre d'affaires représente le tiers des ventes de la branche chimie de TOTAL.
ARKEMA est une entreprise chimique française créée en octobre 2004 par le groupe
pétrolier français TOTAL pour y isoler une partie de ses activités chimiques (produits
vinyliques, chimie industrielle et produits de performance) dans le cadre d'une stratégie de
recentrage du groupe TOTAL sur l'énergie. ARKEMA est une entreprise cotée sur le marché
depuis mai 2006 par le biais d'un spin-off. Elle est actuellement présidée par Thierry Le Hénaff.
Son chiffre d'affaires 2005 a été de 5,7 milliards d'euros. Le groupe emploie 18 400
personnes dans 40 pays. Il possède 90 sites de production et 6 centres de recherche, dont 4 en
France. Il occupe une position parmi les leaders mondiaux dans le domaine des composés
fluorés, de l'eau oxygénée, des peroxydes et des acryliques. Dans les produits de performance,
cette entreprise fabrique un polymère d'origine végétal, le Rilsan (Polyamide 11).
Aujourd’hui, l’actionnariat d’ARKEMA se compose de la manière suivante :
-

Greenlight Capital
Dodge & Cox
Actionnaires Individuels
Barclays
TOTAL
Groupe Bruxelles Lambert
ADR
Dresdner Kleinwort Securities
Compagnie Nationale à Portefeuille
Salariés

10,60 %
10,06 %
9,10 %
4,82 %
4,12 %
3,90 %
3,60 %
1,95 %
1,30 %
1,00 %

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 336

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

III. 

L’IMPOSSIBILITE DE POURSUIVRE ATOFINA OU ARKEMA 

A.

ARKEMA EST UNE SOCIETE NOUVELLE NON CONCERNEE PAR LES
FAUTES AYANT PU ETRE COMMISES PAR ATOFINA

Comme indiqué ci-dessus, la société ARKEMA est une création ex-nihilo du groupe
TOTAL qui lui a apporté une partie de la branche activité chimie dans la perspective d’une
introduction en bourse.
Cette opération est intervenue entre 2004 et 2006 soit postérieurement à 2001.
Dès lors, il est impossible de poursuivre la société ARKEMA.
B.

ATOFINA A DISPARU PAR ABSORPTION AU PROFIT DU GROUPE TOTAL

Dans le même temps, la holding intermédiaire qu’était ATOFINA a disparu pour
permettre à la société TOTAL de détenir directement le contrôle des sociétés de la branche
chimie restée dans son giron.
En raison de cette fusion-absorption, la personnalité morale d’ATOFINA a disparu.

§ 3 – Malgré le « spin off » d’ATOFINA,
GRANDE PAROISSE reste dans le giron du groupe TOTAL
En octobre 2004, le Groupe réorganise sa branche Chimie et la société GRANDE
PAROISSE se trouve alors directement rattachée à TOTAL S.A. au sein de la nouvelle Direction
Générale Chimie.
En mai 2007, Grande-Paroisse donne naissance à GPN. GPN est une société du groupe
TOTAL.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 337

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Sous section 2 –   
Mise en évidence d’une politique d’économies sur la sécurité 
§1 – Un nombre anormal d’accidents importants pour le groupe TOTAL
Pendant la période 2001-2004, la société TOTAL S.A. a été le groupe pétrochimique
qui a procédé à la plus forte distribution de dividendes de l’ensemble des « majors »

Dans le même temps, le groupe TOTAL a connu 61 accidents mortels alors que sur la
même période, EXXON et BP ne connaissaient aucun accident mortel (sources : les sites
officiels des différentes compagnies citées).
Bien pire, il résulte de la lecture du tableau figurant page suivante que, sur la période
2001/2007 :
-

le nombre d’accidents par millions d’heures travaillées est trois fois plus
important dans le groupe TOTAL que dans les groupes EXXON et BP ;

-

le nombre d’accidents avec arrêt de travail par millions d’heures travaillées est 5
à 8 fois plus nombreux dans le groupe TOTAL que dans les groupes EXXON et
BP.

Quant aux accidents mortels, sur la période 2001/2007, le groupe TOTAL arrive
encore en tête avec 79 décès par rapport à 65 pour le groupe BP et 47 pour le groupe EXXON.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 338

PRINCIPALES DONNES FINANCIERES DES MAJORS DE LA PETROCHIMIE 
(les résultats financiers apparaissent dans l'unité de compte du pays)
Rang 
mondial
1er
2ème
3ème
4ème
4ème

Chiffre 
d'affaire en 
millions
Exxon
Shell
BP
Chevron
Total 
Bénéfices 
en millions
Exxon
Shell
BP
Chevron
Total 
Effectifs
Exxon
Shell
BP
Chevron
Total 

2001

2002

2003

2004

$         212 800 $         204 500 $         246 700 $         291 252
$         218 287 $         263 889 $         337 522
$         180 186 $         236 045 $         194 849
$         119 575 $         150 865
       105 318 €        102 540 €        104 652 €        116 842 €
2001

2002

2003

2004

$           15 300 $           11 500 $           21 500 $           25 330
$           27 795 $           33 215 $           43 512
$             6 845 $           12 618 $           17 262
$             7 230 $           13 328
            7 658 €             5 941 €             7 025 €           10 868 €
2001
2002
2003
2004
        92 500 
        88 300 
        85 900 
      111 000 
      102 000 
      114 000 
      116 300 
      103 700 
      102 900 
        66 038 
        61 533 
        56 534 
       110 743 
       111 401 

2005

2006

2007

$         358 467
$         306 731
$         245 466
$         193 641
       137 607 €

$         365 467
$         318 845
$         274 316
$         204 892
       153 802 €

$         390 328
$         355 782
$         291 438
$         214 091
       158 752 €

2005

2006

2007

$           59 432
$           54 109
$           22 632
$           14 099
          12 273 €
2005
         83 700 
       109 000 
         96 200 
         14 099 
       112 877 

$           67 402
$           55 856
$           22 298
$           17 138
          11 768 €
2006
        92 500 
        67 000 
        97 000 
        17 138 
          95 070 

$           70 474
$           59 085
$           21 169
$           18 688
          13 181 €

ACCIDENTOLOGIE COMPAREE DES MAJORS DE LA PETROCHIMIE 

Accidents  
Classement 
Rang 
par million 
2003 2004 2005 2006 2007 Moyenne par nombre 
mondial
d'heures 
d'accident
travaillées 
1er
Exxon
2,6 2,4 2,5 2,3 2,3
2,42
3ème
2ème
Shell
2,6 2,6 2,5 2,3 2,2
2,44
2ème
3ème
BP
2,5
2 2,1 2,1
2
2,14
4ème
données non disponibles
4ème
Chevron
4ème
TOTAL
9,5 7,4 6,2 5,1 4,2
6,48
1er 
Accidents 
avec arrêt de 
Classement 
Rang 
travail  par 
2003 2004 2005 2006 2007 Moyenne par nombre 
mondial
million 
d'accident
d'heures 
travaillées
1er
Exxon
0,85 0,75 0,7 0,84 0,7
0,768
4ème
2ème
Shell
1
1 0,9 0,8 0,7
0,88
3èm
0,45
5ème
3ème
BP
0,5 0,4 0,6 0,4 0,35
0,895
2ème
4ème
Chevron
1,26 1,07 0,84 0,41
4ème
TOTAL
5 3,9 3,6
3 2,4
3,58
1er 
Classement 
Rang  Accidents 
par nombre 
2001
2002 2003 2004 2005 2006 Cumul
mondial mortels
d'accidents 
mortels
6
8 10
47
5ème
1er
Exxon
23
2ème
Shell
8
5
2
3
2
2
22
3èm
7
65
2ème
3ème
BP
20 11 27
6 12
63
3ème
4ème Chevron
16 12 17
4ème
TOTAL
61
18
79
1er 

NB : ces chiffres ne reprennent pas les accidents survenus dans les entreprises extérieures

Si l’on rapproche ces chiffres objectifs des résultats, on constate que :
-

le groupe TOTAL est le n° 4 mondial en chiffre d’affaires, mais, systématique,
n° 1 en nombre d’accidents mortels ou en nombre d’accidents par
millions d’heures travaillées.

-

Si l’on rapprochait le nombre d’accidents mortels de la taille, TOTAL aurait dû
connaître 6 accidents mortels en 2006 lorsqu'EXXON en connaissait 10 avec un
chiffre d’affaires de 1,5 fois supérieur. Or, TOTAL a supporté plus 18 accidents
mortels en 2006, soit trois fois le ratio proportionnel.

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Contrairement aux discours officiels et aux plaquettes sur papier glacé destinés à rassurer
les actionnaires, il résulte de ces chiffres objectifs que la sécurité n’est pas la préoccupation
première de groupe TOTAL. On peut même en inférer une politique générale de maximisation
des profits au détriment des investissements en matière de sécurité.
Bien sûr, le groupe TOTAL investit pour la sécurité mais sélectionne en fonction des
secteurs très rentables (AMONT ou AVAL) et néglige les secteurs à la traine ou en perte de
vitesse (la CHIMIE, spécialement la chimie des azotes et fertilisants).
Nous aurions pu étudier de nombreux accidents impliquant le groupe TOTAL
(notamment le dernier survenu sur les bords de Loire), mais nous limiterons notre étude à deux
sinistres particulièrement révélateurs du cynisme de la société TOTAL et de ses dirigeants :
-

la MEDE, et
l’Erika

§2 – Etude des précédents
I. 

LA MEDE (1992) 

A.

RAPPEL DU CONTEXTE

Le 9 novembre 1992, à 5 h 20, la rupture d'une canalisation située à 8,5 m de hauteur a
laissé échapper un nuage gazeux d'hydrocarbure qui s'est enflammé dans l'unité de
transformation des distillats en carburants de la Raffinerie TOTAL de La Mède.
Six techniciens ont trouvé la mort, tandis que deux autres étaient grièvement blessés.
Ces employés se trouvaient dans une salle de commande mise en service en 1953, non
conçue pour résister à une explosion.
Neuf cadres de TOTAL et deux fonctionnaires ont été poursuivis dix ans après les faits
devant le Tribunal Correctionnel d'Aix en Provence, notamment pour les délits d'homicide
involontaire et de blessures involontaires.
Il leur est reproché des fautes de maladresse, d'imprudence, d'inattention, de négligence
ou de manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le
règlement à l'origine de la mort d'autrui (art.221-6 du Code pénal), ou de blessures
involontaires (art. 222-19 du Code pénal) ainsi qu'une mise en danger d'autrui (art. 223-1 du
Code pénal).

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 341

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

L'instruction a mis en évidence des défaillances dans le contrôle et
l'entretien des installations industrielles de la raffinerie, dont certaines étaient
vétustes et non conformes aux normes.
La corrosion interne d'une conduite de dérivation de 36 ans d'âge, qui s'est rompue sur
70 cm, peut-elle être considérée comme "imprévisible", dans la mesure où elle n'avait pas fait
l'objet de contrôles appropriés ?
L'expert a relevé que « cette portion de canalisation horizontale a cédé suite à un amincissement
régulier, prévisible, parfaitement repérable ».
Il est reproché également aux responsables de la raffinerie un « manque de coopération » à
la suite de l'explosion et notamment d'avoir diffusé un document interne afin d'inciter les salariés
à la prudence dans leurs réponses aux enquêteurs.
Le chef d'entreprise est reconnu coupable du délit d'homicide involontaire prévu par
l'article 221-6 du Code pénal, lorsqu'il est constaté que la mort d'un ouvrier et les blessures
subies par d'autres ont été causées par l'inobservation de la réglementation relative à la sécurité
des travailleurs 169 .
« La responsabilité du groupe TOTAL FINA ELF n'a pas été directement mise en cause par la justice
(…) Ce que le Procureur Colette Michel a vivement regretté à l'audience, déplorant que la loi qui permet
d'attaquer au pénal une personne morale n'ait été votée qu'en 1994 » 170 .
Les conclusions de l'expertise judiciaire ont fondé l'essentiel des poursuites.
Les experts avaient notamment regretté « les choix de la direction de Total,
privilégiant, à leurs yeux, la rentabilité au détriment de la sécurité » 171 .
Madame le Procureur de la République d'Aix-en-Provence, Colette Michel, a requis,
jeudi 31 janvier, deux ans de prison avec sursis et 4 500 € d'amende à l'encontre de quatre
dirigeants du groupe TOTAL (devenue TOTALFINAELF) poursuivis pour homicides et
blessures involontaires. Yves A, à l'époque directeur général du groupe TOTAL SA, Volodia
PEWZNER, ex-directeur des opérations, René PEYRONNEL, directeur de la Raffinerie de
Provence de La Mède (Bouches-du-Rhône), et son prédécesseur, Jean-Philippe CARUETTE,
sont « soupçonnés d'avoir mené une politique économique peu soucieuse de la sécurité des
personnels ».

169
170
171

Cass. Crim., 27 février 1973; Bull. Crim. n°97; Dalloz 1973, Somm, 48.
La Tribune, 4 février 2002
Le Monde, 3 février 2002
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 342

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Selon le Ministère Public, leurs fautes ont indirectement participé à l'aggravation du
sinistre consécutif à une série d'explosions qui, le 9 novembre 1992, avaient provoqué la mort
de six employés de la raffinerie172 .
Les arguments du Parquet ont porté leur fruit puisque le Tribunal d’Aix-en-Provence n’a
pas hésité : l'ancien directeur de la raffinerie, René PEYRONNEL, ainsi que l'ancien PDG de
Total Raffinage Distribution, Yves NANOT ont été reconnus coupables d'homicides et
blessures involontaires et ont été condamnés à 18 mois avec sursis et 4.500 euros
d'amende. Le précédent directeur du site, Jean-Philippe CARUETTE, a été condamné à 12
mois avec sursis et également à 4.500 euros d'amende. La même peine de prison, assortie d'une
amende de 2.500 euros, a été prononcée à l'encontre des chefs successifs du service inspection,
Albert COURTAULT et Pierre BELLONCLE. Les anciens inspecteurs du matériel Max
GIANETTI et Christian ROUX ont été condamnés à 4 mois de prison avec sursis et 1.500 euros
d'amende 173 .
B.

ANALYSE DE LA DECISION DU TRIBUNAL CORRECTIONNEL D’AIX-ENPROVENCE DU 24 AVRIL 2002

Le tribunal commence par résumer la position du collège d’experts qui « distingue
plusieurs causes ayant contribué à la survenance et à l’aggravation de ce sinistre ». Il est intéressant de
relever que les experts distinguent la survenance et l’aggravation. Or, cette dichotomie pourra
être reprise dans le présent dossier tant il est vrai que les manquements répétés et permanents
aux règles de sécurité en ce qui concerne le hangar 221 ont contribué à l’aggravation du sinistre,
indépendamment de la détermination avec certitude de l’origine de l’explosion.
Parmi les causes relevées par les experts, il convient de citer :
-

-

172
173

le défaut de surveillance préventive des canalisations, 
la vétusté des automatismes du système de conduite, 
l’obsolescence de la salle de contrôle n’offrant aucune résistance 
au  feu  et  une  surpression  accidentelle  engendrée  par  une 
explosion extérieure, 
une  politique  délibérée  de  réduction  des  effectifs  au  détriment 
de la sécurité, 
une insuffisance des détecteurs de gaz, 
le  choix  de  l’allongement  du  cycle  de  marché  de  3  à  4  années 
malgré l’absence d’autorisation administrative, 
le  fonctionnement  au  maximum  de  leur  possibilité  des 
installations  malgré  l’absence  connue  de  fiabilité  (p.  37  du 
jugement). 

Le Monde, 2 février 2002
La Tribune, 25 avril 2002
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 343

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Le tribunal retient par ailleurs que les « carences de service de l’inspection, qui n’a pas décelé
l’usure à certains points de canalisation s’expliquent par la méthode retenue pour s’assurer de la fiabilité des
canalisations.
Jugement LA MEDE 1992
Jusqu'en 1986, l'inspection élaborait son programme de contrôle d'épaisseur
des tuyauteries, en s'appuyant sur un programme informatique mis en place en
1974 qui permettait de calculer la vitesse de corrosion entre deux dates de
mesure.
Le programme informatique permettait de sélectionner les points à vérifier
précisément en fonction de la vitesse de corrosion ; qu'en 1986, cette politique
a été modifiée afin d'assurer une fréquence accrue des mesures de contrôle.
Les points à mesurer sur chaque tuyauterie ont été sélectionnés en retenant
alors les endroits sensibles.
Mais cette méthode de vérification est fortement critiquée par les experts qui
font observer que tous les points de mesure situés dans la zone du BY-PASS
avaient été exclus du champ de contrôle alors qu'il s'agissait d'un bout mort,
connu pour être un lieu privilégié de corrosion potentielle restée sans
surveillance depuis 1980.
Cette méthode, ayant préconisé l'exclusion du BY-PASS de tout contrôle,
repose sur des constatations dans le temps ne revêtant pas toujours une rigueur
suffisante puisque concernant ce BY-PASS :
-

les points 21, 22 et 23 sont restés sans contrôle pendant 19 ans, entre
1956 et 1975 ;
les points 21 et 22 ont fait l'objet de deux contrôles échelonnés sur 5
ans,
le point 23 n'a été contrôlé qu'une fois en 1975 ;
le point 20 est resté sans contrôle pendant 12 ans entre 1956 et
1968 ;

De même, il a été constaté des anomalies lors de la transcription des résultats
des relevés de mesures sur les canalisations du craqueur 3 et du GAZ PLANT.
Les résultats des mesures n'ont pas été transcrits régulièrement par le service
inspection puisqu'ils sont restés stockés depuis 1989 dans un classeur retrouvé
dans le bureau de l'inspecteur GIANNETTI.
Cette carence de l'inspection concernant le BY-PASS est ancienne puisque les
épaisseurs résiduelles de paroi étaient descendues au dessous des limites de
sécurité.

Points communs 
avec AZF 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le  hangar  221,  lieu  de 
stockage 
de 
résidus 
d’ammonitrates 
était 
connu pour être un lieu de 
danger 
(Cf. 
rapport 
QUINCHON, 1997) 
 
 
 
 
 
 
 
A part une visite rapide du 
CHSCT  (2000),  le  hangar 
221  n’a  fait  l’objet 
d’aucune visite de sécurité 
de  la  part  des  différents 
services  de  sécurité  (ceux 
de  l’usine,  ceux  de 
GRANDE  PAROISSE,  ceux 
d’ATOFINA  et  encore, 
moins ceux de TOTAL S.A. 
 
Ce  qui  montre  bien  une 
carence  totale  dans  la 
surveillance.  
 
 
 
 
 
 

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 344

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

La  création  d’une  semelle 
d’ammonitrate  infectée 
par 
des 
produits 
incompatibles 
et 
dépassant  la  quantité 
autorisée  par  l’arrêté 
préfectoral  est  à  l’origine 
Le rapport de la DRIRE daté du 16 novembre 1993 a constaté qu'aucune
de 
l’importance 
de 
explication ne permettait d'indiquer pourquoi l'ingénierie voulait une l’explosion  et  des  dégâts 
régulation fine de la température sur un plateau de la distillation.
consécutifs 
 
 
Il précise que cette disposition n'existait pas sur des unités équivalentes.
 
 
Ces difficultés d'amorçage de l'échangeur par thermosiphon (problèmes de  
variation de température entre la rentrée et la sortie de l'échangeur) ont  
entrainé la mise en place d'un BY-PASS avec une vanne de régulation qui fut  
 
fermée par la suite.
 
 
Le rapport poursuit en évoquant deux hypothèses de corrosion et notamment la  
formation d'un type de corrosion lié à un phénomène électrochimique. Il s'en Dans les différents scenarii 
déduit que cet élément de la canalisation qui s'assimile à un bras mort servant  de  base  à  l’étude 
danger  nécessité  par 
présentait des caractéristiques particulières qui justifiaient un suivi régulier de de 
l’enquête  publique,  le 
sa corrosion. Pourtant, il a été exclu de tout contrôle pendant 12 ans. Il ne risque  d’explosion  du  tas 
peut être invoqué dans ces conditions un caractère imprévisible de l'usure de ce d’ammonitrate 
n’est 
jamais 
évoqué. 
Il 
est 
tout 
BY-PASS à l'origine de l'accident.
simplement nié. 
 
Par contre les carences ainsi relevées caractérisent la violation manifestement  
délibérée de l'obligation de prudence ou de sécurité prévue par la  
 
règlementation applicable à la Raffinerie.
 
Cette inadaptation de la salle de contrôle était parfaitement connue par les  Le  refus  d’installer  des 
Directeurs de la Raffinerie et par le Président directeur général de la SA détecteurs et des capteurs 
TOTAL RAFFINERIE DISTRIBUTION (TRD) S.A.
s’expliquent  pour  des 
raisons d’économie. 
Elle n'était pas conforme aux conditions définies par le groupe TOTAL selon  
De  même  le  refus  de 
des directives établies en 1972, préconisant des normes susceptibles de garantir procéder  à  une  remise  à 
la sécurité du personnel y travaillant.
niveau  d’un  bâtiment  de 
plus  de  cinquante  ans  et 
Par une instruction technique B 201.6 de Janvier 1961 le groupe TOTAL dont  tout  le  monde 
imposait la réalisation d'un toit en béton armé et interdisait une surface vitrée connaissait  le  caractère 
effondré du sol. 
comme c'était le cas en l'espèce. Une note manuscrite émanant d'un cadre du  
groupe TOTAL proposait la suppression d'une salle de contrôle construite en  
1953 qui ne répondait pas aux normes actuelles en raison de la proximité liée Le refus de refaire le sol en 
béton 
s’explique, 
là 
à une explosion.
encore,  par  des  raisons 
d’économies  comme  en 
Le compte rendu du Comité technique du 16 juin 1992 préconisait des témoignent 
plusieurs 
personnes. 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 345

La brèche s'était ainsi formée dans un bras mort où l'action conjuguée de
dépôts et de condensats aqueux, riches en chlorures et en dérivés soufrés avait
provoqué une corrosion caverneuse à action dissolvante.

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

aménagements à réaliser sur les capteurs de l'ensemble D5 Craqueur afin de
pouvoir passer en instrumentation numérique. Il est alors confirmé l'accord
pour financer cet investissement, car il est relevé que la suppression de la salle
de contrôle est inévitable et sera imposée ;
Le Comité technique du 17 septembre 1991 reprend ces mêmes arguments ;
qu'il est manifeste en conséquence que l'inadaptation de la salle de contrôle
aux normes de sécurité puisqu'elle n'assurait aucunement la survie du
personnel dans le cas d'une explosion, était parfaitement connue des Directeurs
de la Raffinerie de la MEDE et de Yves NANOT.
Le financement important que nécessitait la construction d'une nouvelle salle
dépendait de leur détermination. Pourtant ce projet indispensable pour assurer
la sécurité du personnel sera régulièrement reporté.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Cette carence de l'équipe dirigeante en cette matière a été mise en exergue à
l'occasion du Comité Central d'entreprise du 14 mai 1992.
Il était observé que le défi actuel auquel toute entreprise était confrontée était
de faire mieux avec moins d'argent, tout en ne sacrifiant pas la
sécurité des personnes.
Il était répondu à cette déclaration de principe par un représentant syndical
que les moyens donnés n'étaient pas suffisants ; que des choix étaient faits au
détriment de la sécurité ; que c'est bien la sécurité qui fut sacrifié par l'équipe
dirigeante en ne procédant pas à la réalisation d'une nouvelle salle de contrôle
pouvant garantir l'intégrité physique du personnel.
Elle en avait les moyens à une période où les résultats du groupe étaient ‘les
meilleurs que la société n'ait jamais réalisés’ selon le rapport annuel publiant
les résultats de l'année 1991.
Ainsi, consciemment, Yves NANOT (PDG de Total Raffinerie Distribution
S.A.), mais aussi R. PEYRONNEL et Jean-Philippe CARUETTE en
n'intervenant pas pour imposer dans les meilleurs délais cette restructuration
de la salle de contrôle et des systèmes d'automatisme alors utilisés, ont exposé
le personnel de la Raffinerie à un risque d'une particulière gravité.
Ce manquement à une obligation essentielle, celle d'assurer la sécurité de cette
exploitation caractérise cette faute particulièrement grave telle que définie par
les dispositions de la Loi du 1er juillet 2000.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 346

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

ARRET DE LA COUR D'APPEL
Madame Mireille SEYMAND, dont l'époux avait trouvé la mort
dans l'explosion, indiquait que depuis juillet 1993, son mari
paraissait inquiet de ses conditions de travail, particulièrement du
non professionnalisme des intervenants extérieurs à la Raffinerie
(sous-traitance) chargés des travaux auparavant effectués par des
techniciens de TOTAL.

Point commun avec AZF 

Elle se souvenait qu'il avait aussi évoqué une série d'incidents ayant
débuté en Septembre 92 notamment 2 ou 3 arrêts "en catastrophe"
du Craqueur 3 lequel aurait dû faire l'objet d'un arrêt technique en
mars 92, repoussé de semestre en semestre. Elle se rappelait aussi
d'un appel téléphonique courant octobre 1992 où il lui disait qu'ils
avaient frôlé la catastrophe au Craqueur 3 suite à une fuite de gaz
non décelée par les détecteurs.
Il était procédé à la suite de ces déclarations à des recherches sur les
registres de quart placés sous scellés. Des incidents y étaient
consignés aux dates des 2, 4, 18 et 21 septembre, 2, 11, 13, et 22
octobre 1992. Le dernier ayant entraîné l'arrêt du Craqueur 3
jusqu'au 29 octobre 1992.
Pareillement, M. BARRACO Noël, dans une longue audition du 8
octobre 1999 confirmait les propos précédents sur le recours
insatisfaisant en compétence à la sous-traitance,
entrainant une dégradation dans la maintenance de
l'outil.
Il évoquait les incessantes fuites diverses et particulièrement de gaz,
les plus dangereuses, les alarmes qui ne fonctionnaient pas et les
catastrophes évitées uniquement "parce que le vent avait permis de
sentir l'odeur du gaz". Il décrivait aussi les multiples incidents
survenus les 23 avril, 4 septembre et 30 octobre 1992 précisant que
ces fuites de gaz étaient dues à la corrosion des canalisations en
raison de la vétusté du matériel.
Toutes ces anomalies étaient signalées aux Chef de quart de l'unité
qui informait l'Ingénieur lequel informait le Directeur.
Il précisait que les opérateurs qui travaillaient dans la salle de
contrôle savaient que cette salle n'était pas adaptée en cas
d'explosion et que les automatismes ne pouvaient pas marcher "car
ils étaient trop vieux". De même, les alarmes et détecteurs du GazPlant étaient archaïques et toujours en panne.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 347

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Il concluait en disant "nous allions travailler avec la peur de
l'explosion, on nous disait que si l'entreprise n'était pas
rentable, on allait fermer".
C) La Direction du Groupe TOTAL SA
CARUETTE Jean-Philippe
Mis en examen le 30 juin 1999 (D 1210), Directeur de la Division
Environnement au niveau du Groupe TOTAL SA, il avait été
Directeur de la Raffinerie de Provence de 1984 à 1988. A ce titre,
il connaissait évidemment l'état général de vétusté de l'usine et
particulièrement de la salle de contrôle. Il indiquait qu'il
participait en effet à une réunion mensuelle avec tous les chefs de
sécurité et qu'il connaissait la politique menée dans ce domaine.
TCHURUK Serge
Mis en examen le 20 octobre 1999, Président de la SA TOTAL,
maison mère de plusieurs centaines de filiales dans le monde.
Il indiquait que son rôle était de coordonner les actions de cet
ensemble, de faire jouer les synergies entre les différentes branches et
d'exercer le contrôle que toute maison mère exerce sur ces filiales.
Monsieur NANOT, Président directeur général de TRD, bénéficiait
d'une délégation de pouvoirs avec tous pouvoirs et tous devoirs pour
gérer les actifs industriels, les ressources humaines et tout ce qui
touchait à l'exploitation. Cependant tout investissement d'un
montant supérieur à 50 millions de Francs faisait l'objet
d'une discussion au sein du Comex, comité exécutif.
Pour le reste, il indiquait tout ignorer de ce qui se passait à la
Raffinerie de Provence et au siège TRD. Ce n'était pas dans les
missions du Président de TOTAL.
Il ressortait donc clairement des conclusions accablantes du rapport
d'expertise, des témoignages recueillis et de l'instruction que la cause
directe du sinistre était la rupture du BY-PASS résultant d'un
défaut d'entretien manifeste des canalisations dû aux carences graves
du Service Inspection sous la responsabilité du Directeur de l'usine et
que les carences générales en matière de sécurité des
équipements, causes indirectes du sinistre par
l'aggravation de l'explosion ainsi que de ses
conséquences, étaient connues de la hiérarchie de
TOTAL ainsi que de l'Administration.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 348

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

La sécurité n'était pas assurée au sein de la Raffinerie et aucune
politique efficace n'avait été mise en œuvre pour y remédier.
Il ressort donc clairement de ces auditions et de l'exploitation des
documents saisis lors des perquisitions que la situation
concernant l'état de délabrement important des
canalisations et des installations, la dangerosité et la
non-conformité de la salle de contrôle, l'allongement du
cycle effectué sans le retour de l'autorisation
administrative et malgré cet état de vétusté, et plus
généralement tous les problèmes concernant la sécurité
et la productivité étaient connus et gérés par la Siège en
l'espèce TRD (Total Raffinage Distribution) et que
certaines décisions engageant notamment la production
et un budget important étaient prises au niveau du
groupe TOTAL SA.
En outre, dans leur rapport, les experts avaient mis en
exergue la politique économique du Groupe TOTAL,
consistant à diminuer les effectifs (les salariés parlent
d'un véritable chantage à la fermeture) en poussant à
leur extrême limite les moyens matériels d'exploitation
mais en sachant que ceci pouvaient se faire au
détriment de la sécurité. "Ces choix sont une prise de risques
qui ont contribué à l'apparition du sinistre".
Ainsi dans une revue interne au Groupe TOTAL on relève :

résultat 1991 : 5800 MF pour 4100 MF en 90,
dans le rapport annuel de 1991, "le résultat de 1991 est
meilleur que la Société n'ait jamais réalisé (Scellé n°83).

De même dans une allocution du 4 juin 1992, M. R. NANOT,
Président directeur général de TOTAL France Raffinage Distribution
SA souligne devant l'Assemblée générale "le résultat de l'exercice 91
(1,9 milliards de F) est le meilleur que notre Société ait jamais
réalisé".
Ces résultats sont expliqués par un fonctionnement maximum des
raffineries. Ainsi, dans une note du 16 mai 1991 de M. SIGAUD à
M. de la BALARDIERE, il est dit "je vous confirme que toutes les
unités de raffinage habituellement génératrices de marge ont
fonctionné au maximum de leurs possibilités au cours de ces deux
années".
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 349

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Dans un document Axes Fiabilité et objectif de Progrès du 28 août
1991 (annexe 8/D388) on relève dans la rubrique réduction des
coûts p.14 : effectifs : "la décroissance des effectifs est continue
depuis 10 ans, l'objectif prévu au 30/12/92 est de 386 personnes
+ 40 cadres".
L'option de la réduction des coûts au détriment
potentiel de la sécurité est bien un problème qui se pose.
Ainsi dans une note manuscrite de M. GIRAUD à M. PEZNER du
5.9.90 on relève : "le fait que la Raffinerie de Provence manque de
fiabilité ne doit pas être un obstacle à l'allongement des cycles".
Dans le compte rendu du Comité technique du 16 juin 1992
(annexe 11 D406) au chapitre investissements majeurs, on peut lire
: "l'instrumentation de ces unités est ancienne, les postes de conduite
sont installés dans une salle de contrôle vétuste et ne satisfaisant
plus aux normes de sécurité" puis au chapitre 2 annexe 4 : "les
traitements élevés réalisés depuis 2 ans en toute saison ont poussé
l'unité à ses extrêmes limites qui se traduit par :

II. 

un fonctionnement de certains équipements au-delà de leurs
conditions normales de dimensionnement pouvant affecter
la fiabilité d'exploitation,
des difficultés chroniques pour contrôler les conditions
opératoires entraînant des instabilités préjudiciables à une
bonne sécurité d'exploitation".

NAUFRAGE DE L’ERIKA (12 DECEMBRE 1999) 

Le 12 décembre 1999, à 6 h, après une nuit de tempête pendant laquelle des fissures de
plus en plus importantes sont apparues, un SOS qui mobilise les secours est envoyé par
l’équipage de l’Erika.
Alors, entre 8 h et 11 h, les 26 marins sont hélitreuillés, et sont tous sauvés bien qu'à 8 h
15 le navire se soit brisé en deux. L’arrière du bateau sera remorquée 18 Km plus loin afin de
limiter la catastrophe ce qui n’empêchera pas cependant le déversement de 5 à 7 000 tonnes de
fioul dans l’océan.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 350

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Par jugement en date du 16 JANVIER 2008, le TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE
DE PARIS 174 a condamné la société TOTAL des chefs de POLLUTION des eaux ou voies
navigables françaises, le long du littoral atlantique suite à un accident de mer le 12 décembre
1999, dans la ZEE ou ZEP par un navire citerne étranger d’une jauge brute égale ou supérieure
à 150 tonneaux.
Dans sa décision, le tribunal considère que
Si  la  prise  de  risque  inhérente  au  transport  maritime,  par 
nature,  admissible,  elle  cesse  de  l’être  et  devient  une  faute 
d’imprudence,  lorsque  les  périls  résultant  des  conditions  de 
navigation  d’un  pétrolier,  fût‐il  muni  de  tous  ses  certificats, 
s’ajoutent d’autres dangers, tels que ceux liés à l’âge du navire, 
à  la  discontinuité  de  sa  gestion  technique  et  de  son  entretien, 
au mode d’affrètement habituellement choisi et à la nature du 
produit  transporté,  qui  sont  décrits  comme  autant  de 
circonstances  clairement  identifiées,  dès  l’époque  de 
l’acceptation de l’ERIKA à l’affrètement par le service de vetting 
de la société devenue TOTAL S.A., pour avoir chacune de réelles 
incidences sur la sécurité. 
 
Considérées  ensemble,  elles  auraient  dû  être  regardées 
définitivement  comme  rédhibitoires  pour  l’acheminement  de 
cargaisons  aussi  polluantes  que  des  produits  pétroliers,  dits 
produits noirs, tel que du fuel oil n° 2. 

On retrouve ici encore la logique économique propre à TOTAL : pour transporter des
produits de deuxième main, peu rentable et qui représentent plus une charge qu’un gain, il suffit
de prendre le premier « rafiot » venu pour supporter cette corvée. Il faut trouver le plus moyen
de transport le plus économique, peu importe la sécurité…
Il résulte de cette accumulation d’accidents de première ampleur que dans le groupe
TOTAL, la sécurité était placée, de facto, à un rang inférieur à la maximisation des profits.
Ainsi, ces accumulations anormales d’accidents industriels de première ampleur doivent
amener à s’interroger et à sanctionner sur la gestion du groupe TOTAL qui néglige la sécurité et ignore
l’environnement au nom de profits toujours accrus.
Cette politique générale décidée par la SA TOTAL s’imposait également à toutes les
filiales et en premier lieu à la société GRANDE PAROISSE.

174

T.Cor., 11ème chambre 4ème section, Paris 16 janvier 2008, RG. 9934895010
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 351

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

§3 – Les choix de TOTAL pèsent sur la gestion de l’usine AZF de Toulouse
M. Gabriel ULLMANN, expert judiciaire auprès de la Cour d’appel de Grenoble, avait
été sollicité par GRANDE PAROISSE pour un audit aux fins d’obtenir la certification ISO 14001
auprès de l’AFAQ. Dans son témoignage (D.5378), il confirme que, depuis le rachat d’ELF par
TOTAL, M. BIECHLIN se plaignait d’une politique d’économie en matière de sécurité.
QUESTION/ Vous nous avez fait part de confidences de la part 
de  M.  BIECHLIN  en  ce  qui  concerne  l'ambiance  interne  de 
l'usine,  lors  de  différents  échanges  plutôt  conviviaux.  Quels 
étaient ces propos ? 
 
REPONSE/ Les propos récurrents de M. BIECHLIN tant en tête à 
tête  que  lors  des  déjeuners  pris  en  commun  étaient  de  deux 
ordres : 
 
le conflit régulier avec la C.G.T. considérée par lui extrémiste et 
peu  réaliste  dans  ses  revendications  de  tous ordres 
et 

dénonçant  la  mauvaise  ambiance  qu'elle générait  selon 
lui au sein du personnel. 
 
La  double  frustration  selon  ses  propres  termes,  que  le  petit 
avait  mangé  le  gros"  parlant  de  TOTAL  qui  avait  absorbé  ELF, 
et  par  ricochet  entrainant  des  manques  de  moyens 
importants. 
 
QUESTION/ Voulez‐vous dire que TOTAL n'aurait pas, selon M. 
BIECHLIN donné les moyens financiers à AZF pour assurer une 
bonne gestion humaine, et peut‐être sur le process, du site ? 
 
REPONSE/  Je  ressentais  bien  une  frustration  des  cadres 
rencontrés  lors  des  audits.  Cela  pouvait  avoir  une  mauvaise 
influence  sur  la  gestion  des    ressources  humaines.  Quant  au 
reste  j'ai  pu  constater  que  des  investissements  avaient  été 
réalisés  mais  qui  demeuraient  toujours  en  deçà  des  besoins 
au  regard  de  l'ancienneté,  de  la  taille  et  de  la  nature  des 
activités du site. 

Il faut bien reconnaître que cette politique systématique a porté ses fruits.
En 2005, les profits du groupe pétrolier Total s'élevaient à 12 milliards d'euros, soit une
progression de 31 % par rapport à 2004. C'est un record absolu pour une entreprise française.
Le chiffre d'affaires du groupe Total s'établit pour l'année 2005 à 143,16 milliards d'euros, soit
une hausse de 17 % par rapport à 2004.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 352

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Cette progression du résultat concerne tous les secteurs : + 40 % pour les activités dites
d'amont (production-vente de pétrole) et + 28 % pour les activités de raffinage. Concernant la
chimie qui intègre pour la dernière année les résultats d'Arkema - les activités chimiques de l'exgroupe Elf quitteront le périmètre de Total en juin à la suite d'une introduction en Bourse - le
groupe Total affiche dans ce secteur 957 millions de profit, soit une hausse de 25 % par rapport
à 2004.
Les grands chiffres de l'année 2005 révèlent un haut niveau d'investissement : 13,9
milliards de dollars (11 milliards d'euros) dans vingt grands projets d'exploration, plus quelques
acquisitions d'entreprises aux activités complémentaires (1,8 milliard de dollars).
Mais les actionnaires ne sont pas oubliés dans la mesure où, en 2005, ils se répartiront
une manne de 6,9 milliards d'euros.
Compte tenu de cette politique délibérée mise en place par la société TOTAL SA dans
les différentes sociétés composant son groupe et de la stratégie agressive en termes de retour sur
investissement, il faut conclure que les manquements constatés dans l’usine AZF
appartenant à GRANDE PAROISSE SA ne sont que la mise en œuvre d’une
stratégie et d’une politique générale déterminées à l’échelle du groupe TOTAL.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 353

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

SECTION 3 
LA RESPONSABILITE PENALE DE TOTAL S.A. 

§1 – En qualité d’exploitant
Nous avons déjà démontré la direction HSE (Hygiène Sécurité Environnement) est l’une
des directions les mieux intégrées du groupe TOTAL. Il existe un mécanisme de va-et-vient
entre les informations qui remontent des filiales et les instructions qui redescendent de la
holding.
Compte du contrôle capitaliste et managérial ainsi exercé par la société mère sur les
différentes usines (sans parler de la revendication de l’appartenance à un groupe unitaire), la
S.A. TOTAL doit être regardée comme un exploitant au sens de la Directive SEVESO II.
Cela signifie que les manquements aux règles de sécurité découlant de ce texte ou des
textes de transposition au droit français lui sont directement imputables (Cf. PARTIE I, LIVRE I,
Chapitre II).

§ 2 – En qualité de co-auteur ou complice
Il a été démontré que :
‐ le groupe TOTAL constitue un groupe de sociétés intégrées, répondant aux
instructions, recommandations, consignes et directives émanant de la S.A.
TOTAL, notamment au travers des organes de décisions (COMEX) et de
direction (CODIR) du groupe ;
‐ au sein du groupe TOTAL, il existe une politique générale favorisant la
recherche de rentabilité au détriment du respect des règles de sécurité, ce qui
se traduit par des résultats supérieurs à ceux des autres « majors » du pétrole
et par un taux d’accidents mortels disproportionnés.
‐ les manquements aux lois et règlements constatés à l’encontre de la société
GRANDE PAROISSE ne sont le résultat que de l’application de cette
politique générale, rendue possible par le contrôle strict de cette filiale tant
par les organes que par les différentes directions fonctionnelles du groupe.
En conséquence, la catastrophe AZF est le fruit de manquement à des obligations de
prudence ou de sécurité imposée par la société TOTAL à sa filiale GRANDE PAROISSE, ce qui
permet de qualifier la société TOTAL de co-auteur, ou pour le moins de complice.
Il a d’ailleurs été démontré que la société TOTAL détenait un intérêt direct au respect
de cette politique générale et de consignes en découlant. En effet, cela lui permettait de réaliser
des économies substantielles.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 354

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Comme la responsabilité pénale de la société GRANDE PAROISSE est avérée et comme
cette responsabilité ne découle que de l’application d’une politique générale imposée par le
groupe TOTAL à ses différentes filiales, ce dernier a engagé sa responsabilité pénale en créant
ou en contribuant à la création de la situation qui a permis la catastrophe.

§ 3 - Rappels relatifs à l’incrimination du recel
L’article 321-1 du Code pénal dispose que
« Le recel est le fait de dissimuler, de détenir ou de transmettre 
une  chose,  ou  de  faire  office  d'intermédiaire  afin  de  la 
transmettre, en sachant que cette chose provient d'un crime ou 
d'un délit. 
 
Constitue également un recel le fait, en connaissance de cause, 
de  bénéficier,  par  tout  moyen,  du  produit  d'un  crime  ou  d'un 
délit. 
 
Le  recel  est  puni  de  cinq  ans  d'emprisonnement  et  de  375000 
euros d'amende. » 

L’article 321-12 du Code pénal dispose quant à lui que :
 
« Les  personnes  morales  peuvent  être  déclarées  responsables 
pénalement, dans les conditions prévues par l'article 121‐2, des 
infractions définies aux articles 321‐1 à 321‐4, 321‐7 et 321‐8. 
 
Les peines encourues par les personnes morales sont : 
1° L'amende, suivant les modalités prévues par l'article 131‐38 ; 
2° Dans les cas prévus par les articles 321‐1 à 321‐4, les peines 
mentionnées à l'article 131‐39 ; 
3° Dans les cas prévus par les articles 321‐7 et 321‐8, les peines 
mentionnées aux 2°, 4°, 5°, 6°, 7°, 8° et 9° de l'article 131‐39. 
 
L'interdiction  mentionnée  au  1°  de  l'article  131‐37  porte  sur 
l'activité dans l'exercice ou à l'occasion de laquelle l'infraction a 
été commise. » 

Pour que l’infraction de recel soit constituée, il faut que soient constatés l’acte matériel
du recel, l’objet du recel et l’élément intentionnel de son auteur, étant rappelé que le recel de
choses est un délit distinct de l’infraction qui est à sa source.
L’article 321-1 du Code pénal prévoit cinq hypothèses de recel : la dissimulation, la
détention, la transmission, l’intervention en qualité d’intermédiaire et le fait de bénéficier du
produit de l’infraction d’origine.
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 355

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Nous serions, en l’espèce dans cette dernière hypothèse.
Les délits commis par la SA GRANDE PAROISSE et Monsieur BIECHLIN, en
l’occurrence homicide par imprudence et coups et blessures involontaires, constituent la source
du délit de recel commis par la SA TOTAL.
La politique d’économie conduite par la société TOTAL au sein notamment de sa filiale,
la SA GRANDE PAROISSE, a contraint cette dernière à suspendre des mises en conformités
pourtant nécessaires, à recourir à la sous-traitance et à l’externalisation de nombreuses taches
relevant notamment du domaine de la sécurité.
La SA TOTAL a ainsi bénéficié des contraintes budgétaires imposées à sa filiale, la SA
GRANDE PAROISSE et a tiré profit du produit de l’infraction, à savoir les économies
substantielles que la SA GRAND EPAROISSE a été contrainte de réaliser sur le budget sécurité.
Compte tenu de son implication (voire de son monopole) dans le processus décisionnel,
il est clairement établi que la SA TOTAL ne pouvait ignorer le fait même de recel et l’origine de
la chose.
*

*

*

L’ensemble de ces faits a été commis :

soit par des représentants de la société TOTAL (PDG, administrateur(s),
membre(s) des COMEX ou CODIR) ;
soit par des représentants de la société (directeur de la « sécurité
industrielle », directeur financier, etc.).

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 356

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Chapitre 2
LES PERSONNES PHYSIQUES MEMBRES
DU GROUPE TOTAL
Dans un communiqué de presse du 4 février 2000, le groupe TOTAL présente son
organisation de la branche CHIMIE :
 
Les  activités  chimiques  de  Totalfina  Elf  constituent  une  des 
quatre  branches  d'activité  du  Groupe,  aux  côtés  de 
l'Exploration/Production,  du  Trading/Gaz‐Electricité  et  du 
Raffinage/Marketing.  
Ces  activités  chimiques  seront  placées  sous  l'autorité  de 
François CORNELIS, nommé Directeur Général Chimie.  
 
François PERIER deviendra Directeur Général Adjoint Chimie et 
Membre du Comité Exécutif du Groupe le 31 mars prochain, au 
départ de Jacques PUECHAL.  
 
Les  activités  chimiques  continueront  à  être  gérées  sur  le  plan 
mondial  par  lignes  de  produits  et  filiales  spécialisées.  Elles 
seront supervisées par un Comité de Direction Chimie qui, sous 
l'autorité  du  Directeur  Général  Chimie,  en  assurera  une 
direction collégiale.  
 
Le Comité de Direction Chimie comprendra :  
 
• François CORNELIS, Directeur Général Chimie,  
 
• François PERIER, qui supervisera : 
‐ les  fonctions  centrales  :  Recherche‐Développement  et 
Technique,  Plan  Etudes  Economiques,  Informatique, 
Coordination Industrielle et Sécurité Environnement 
‐ les activités engrais et chlorochimie, y compris PVC.  
 
• Jean‐Pierre  SEEUWS,  qui  deviendra  Délégué  Général  Chimie 
aux Etats‐Unis et CEO de Fina Inc. et de Elf Atochem North 
America.  
 
• Axel de BROQUEVILLE, qui supervisera : 
‐  la pétrochimie : aromatiques et vapocraqueurs, 
‐ ‐ les polyoléfines et le polystyrène.  
 
• Jean‐Bernard LARTIGUE, qui supervisera : 
‐ les  activités  intermédiaires  et  chimie  fine  (fluorés  et 
oxygénés,  thiochimie  et  chimie  fine),  les  polymères 
techniques, 
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 357

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

‐ les activités Hutchinson dont il deviendra Président.  
 
• Michel PERRATZI, assisté par Philippe Goebel, supervisera : 
‐  les  activités  acryliques  et  PMMA,  spécialités  industrielles 
dont  la  chimie  de  métallisation  (Atotech),  polymères 
fonctionnels et films complexes. Au départ de M. Perratzi le 
31 décembre 2000, Philippe Goebel assurera la supervision 
de ce secteur.  
 
• Hugues  WOESTELANDT,  qui  supervisera  :  les  résines, 
peintures et adhésifs.  
 
• Jacques  DENIS,  qui  occupera  le  poste  de  Secrétaire  Général 
de la Branche (budget, contrôle de gestion, comptabilité, 
activités  financières,  questions  juridiques,  achats)  et 
assurera la coordination entre Paris et Bruxelles sur le plan 
des services communs.  
 
• François  ROCQUET,  qui  deviendra  Directeur  Ressources 
Humaines et Communication.  
 
Au  31  mars  prochain,  François  CORNELIS  sera  nommé 
Président d'Elf Atochem qui prendra le nom d'Atofina, François 
PERIER  étant  Directeur  Général  et  présidant  le  Comité  Central 
d'Entreprise.  

Le même communiqué de presse présente les biographies des principaux dirigeants.
Dans un premier, nous avions envisagée de poursuivre les personnes physiques :

ayant participé à la définition de la politique générale du groupe au sein du
COMEX du groupe TOTAL (principalement M. CORNELIS),
ayant mis en œuvre cette politique générale du groupe au sein de la société
GRANDE PAROISSE (MM. CORNELIS, PERIER (PDG de GRANDE PAROISSE),
de RUSQUEC (administrateur de GRANDE PAROISSE et conseiller du
président de TOTAL) et Denis (secrétaire général d’ATOFINA),

L’ensemble des personnes détenait une compétence particulière pour être diplômé des
meilleures écoles de chimie d’Europe et/ou pour avoir travaillé toute leur carrière dans un
groupe pétrochimique les ayant rendus sensible aux contraintes réglementaires propres à cette
activité.
Toutefois dans un souci de bonne administration de la justice, nous avons limité les
poursuites au seul Thierry DESMAREST, PDG du groupe TOTAL. Nous nous réservons de
citer les personnes ci-dessus désignés en qualité de témoins.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 358

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

SECTION 1 –  
MONSIEUR THIERRY DESMAREST, PDG DE TOTAL  
§1 - Eléments biographiques
Né le 18 décembre 1945, Monsieur Thierry DESMAREST est ancien de l'Ecole
Polytechnique (« X ») de 1964 à 1966. Il est ingénieur de l'Ecole Nationale Supérieure des
Mines (1967-1970).
Sa carrière débute en 1971 dans la fonction publique en tant qu'ingénieur à la Direction
des Mines de Nouvelle-Calédonie. Ce séjour de 4 ans se terminera par son arrivée dans les
cabinets ministères :

conseiller technique auprès du cabinet du Ministre de l'Industrie de 1975 à
1978,
conseiller technique au sein du cabinet du Ministre de l'Economie de 1978 à
1980.

Après l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, il rentre au sein du groupe TOTAL et
prend les rênes de TOTAL ALGERIE, poste sensible.
En 1983, il devient Directeur Amérique Latine et Afrique de l’Ouest de TOTAL
EXPLORATION PRODUCTION, et accroît son pouvoir au sein de TOTAL.
De 1988 à 1989, il s'occupe des Amériques, de la France et de l'Extrême Orient au sein
de TOTAL EXPLORATION PRODUCTION.
En 1989, après presque 10 années, il est nommé Directeur général de TOTAL
EXPLORATION PRODUCTION et devient membre exécutif de TOTAL la même année.
Après avoir été nommé directeur général de l'Amont en janvier 1995, il prend les rênes
de TOTAL à Serge Tchuruk en juin 1995.

§ 2 – Fautes reprochées
En sa qualité de PDG de la S.A. TOTAL, Monsieur Thierry DESMAREST :

a violé de façon manifestement délibérée une obligation particulière de
prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement (I) ;
a commis une faute caractérisée qui exposait autrui à un risque d’une
particulière gravité qu’il ne pouvait ignorer (II).
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 359

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

I. 

VIOLATION  MANIFESTEMENT  DELIBEREE  D’UNE  OBLIGATION  PARTICULIERE 
DE PRUDENCE OU DE SECURITE PREVUE PAR LA LOI OU LE REGLEMENT 

Comme il l'a déjà été démontré en raison de sa structure intégrée, la société anonyme
TOTAL doit être regardée comme le véritable EXPLOITANT de l’usine AZF de Toulouse en
sens des directives SEVESO.
Or, il a été démontré également que la société TOTAL a commis plusieurs
imprudences, négligences et manquements à une obligation de prudence ou de sécurité prévue
par la loi ou le règlement.
Compte tenu de sa fonction de président directeur général, de sa compétence (ingénieur
des mines), de ses connaissances professionnelles et de l’accumulation des fautes constatées à
l’encontre de la société TOTAL, il résulte de ces faisceaux d’indices que Monsieur Thierry
DESMAREST a participé ou a laissé se perpétrer les manquements susvisés en connaissance de
cause, ce qui caractérise la violation manifestement délibérée.
II. 

FAUTE CARACTERISEE 

En application de la jurisprudence GALLIMARD 175 , il résulte que M. Thierry
DESMAREST qui dirige personnellement le groupe TOTAL depuis plus d’une dizaine d’années
et dont la société GRANDE PAROISSE n’est qu’une filiale spécialisée, ne pouvait pas ignorer la
politique d’économie réalisée sur la sécurité dont les manquements constatés au cours de
l’instruction n’étaient que la mise en œuvre.
Il est, dès lors, indifférent qu’il n’ait pas lui même matériellement accompli les actions
ponctuelles de gestion de ces situations qui n’ont été que la mise en œuvre de ses choix de
portée générale et permanente, comme cela résulte des précédents déjà constatés (ERIKA,
Raffinerie de la MEDE) et mettant en évidence l’indifférence coupable des dirigeants du groupe
TOTAL sur les questions de sécurité afin de poursuivre une maximisation des bénéfices.
L’ensemble de ces faits démontre l’existence d’une faute caractérisée de la part de M.
Thierry DESMAREST.

175

Cour d’appel de Paris 22 mars 2006, Jurisdata n° 306170 « « il résulte qu’Antoine GALLIMARD, qui dirige
personnellement le groupe portant son nom et dont la société NOUVEAUX LOISIRS n’est qu’une filiale spécialisée ne pouvait pas
ignorer la politique d’emploi dont les situations des six salariés n’étaient que la mise en œuvre ; « il est, dès lors, indifférent qu’il
n’ait pas lui même matériellement accompli les actions ponctuelles de gestion de ces situations qui n’ont été que la mise en œuvre
de ses choix de portée générale et permanente (…) « il s’ensuit que l’élément intentionnel de l’infraction de travail dissimulé est
bien réalisé en la personne d’Antoine GALLIMARD, qui doit être déclaré coupable, ainsi que la personne morale dont il est à la
fois l’organe et le représentant légale en sa qualité de PDG, pour le compte et au bénéfice de laquelle les faits ont été commis ».
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 360

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SECTION 2 ‐  
DIRIGEANTS DU GROUPE DEVANT ETRE ENTENDUS EN QUALITE DE TEMOINS 
§1 – M. François CORNELIS
Monsieur François CORNELIS est né en 1949 en Belgique.
Il est ingénieur Civil de l'Université Catholique de Louvain.
Il démarre sa carrière chez PetroFina en 1973.
Après avoir été ingénieur Système au centre informatique de 1974 à 1978, il devient
directeur SUPPLY AND SHIPPING de la filiale anglaise de PetroFina puis vice-président d'American
PetroFina à Dallas en 1983.
En 1986, il est nommé directeur général et administrateur de PetroFina, puis président
et administrateur délégué en 1990 et vice-président du Conseil d'Administration en 1991.
Après le rapprochement avec TOTAL en 1999, il devient vice-président du Comité
Exécutif de TOTALFINA et directeur général Pétrochimie, Peintures et Activités.
A partir de la fusion avec ELF (1999), la recherche d’économies (4 milliards d’€uro) est
devenue un enjeu stratégique de la branche chimie. En ces qualités, il participe à l’élaboration
de la politique du groupe TOTAL au sein du COMEX et veille à son application dans les
différentes filiales composant la branche chimie.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 361

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

§ 2 - Monsieur François PERIER
Monsieur François Périer est né en 1952,
Paris.

Il est diplômé de l'Ecole Polytechnique et de l'Ecole Nationale Supérieure des Mines de
Il est entré chez ELF AQUITAINE en 1983.

Après avoir occupé diverses fonctions opérationnelles dans des sites industriels d'ELF
ATOCHEM, il a été nommé Directeur Economie, plan et Stratégie d'ELF ATOCHEM,
puis Directeur de la Division Intermédiaires Organiques de Synthèse.
Il est nommé en 1995 Directeur Général Adjoint d’ELF ATOCHEM en charge des
activités Pétrochimie, Chlorochimie, Engrais et des zones Europe du Nord, Europe Centrale et
Asie du Sud-Est.
Enfin, depuis le 30 septembre 1999, M. François Périer est Administrateur et Viceprésident d'ELF ATOCHEM.
De part ses fonctions, il connaissait l’incompatibilité entre l’ammonitrate et le DCCNa.
De plus, il est chargé des économies et de la stratégie du groupe ELF ATOCHEM. Il était
également membre du conseil d’administration de la société GRANDE PAROISSE.

§ 4 - Monsieur Jean du RUSQUEC
Monsieur Jean de L'ESTANG du RUSQUEC est né le 4 mai 1949 à Paris.
Il est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, Licence en droit, Diplôme de
lettres classiques.
Après son diplôme de l'Ecole nationale d'administration (ENA) (promotion Léon Blum,
1973-75), il est :



Administrateur civil au Ministère de l'Equipement (1975-79) et à la Direction du
Trésor (1979-87),
Conseiller technique au cabinet de Camille Cabana (ministre délégué, chargé de
la Privatisation) (1986),
Directeur général adjoint à la Bankers Trust France SA (1987-89),
Directeur des acquisitions, du raffinage et de la distribution à Elf Aquitaine
(1989-93),
Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 362

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres



Directeur financier (1993-2002) d'ELF ATOCHEM devenue (2000)
ATOFINA,
Chargé de communication Myanmar (Birmanie) au groupe Total,
Conseiller à la présidence de Total (depuis 2004).

Au moment des faits, il est administrateur de la société GRANDE PAROISSE S.A.
De part sa mission (directeur financier d’ELF ATOCHEM), il a participé à l’élaboration
de la politique générale du groupe et a veillé à son application dans la branche chimie en
générale et dans la société GRANDE PAROISSE en particulier.

§ 5 - Monsieur Jacques DENIS
Monsieur Jacques Denis est né en 1949.
Il est diplômé de l'ESCP (Ecole supérieure de commerce de Paris).
Il n’est pas chimiste de formation mais il a débuté sa carrière en 1974 à la Direction
Financière de la SOCIETE NATIONALE DES PETROLES D'AQUITAINE (SNPA), ancêtre d’ELFAQUITAINE dont il accompagne tous les développements durant 30 ans.
De 1978 à 1980, il est Directeur Financier d'ELF AQUITAINE Inc. aux Etats-Unis.
Il rejoint ensuite la Direction Financière d'ELF ATOCHEM et en devient en 1988
Directeur Financier.
Début 1993, il est nommé Président d'ATOTECH, avant d'occuper à partir de mai 1997
le poste de Secrétaire Général d'ELF ATOCHEM et de devenir membre du Comité de
Direction Générale.
En tant que secrétaire général d’ATOFINA et administrateur de la société GRANDE
PAROISSE, il était chargé du budget, du contrôle de gestion, de la comptabilité, des
activités financières et des questions juridiques.
Il avait donc la mise en application de la politique générale déterminée par le groupe
dans la branche chimie.
*

*

*

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 363

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

PAR CES MOTIFS
Vu les articles 387 et suivants, 550 et suivants du Code de procédure pénale
Vu les articles L. 121-3, L. 221-6, L. 222-19 alinéa 1er, L. 322-5 et R. 625-2 du Code pénal,
A TITRE LIMINAIRE
JOINDRE la présente procédure avec la procédure AZF (ordonnance de renvoi en date du 9 juillet 2007
et signée par M. PERRIQUET, juge d’instruction, D 7474, N° Parquet 10000/01, N° instruction
9/02/132, procédure correctionnelle).
CONSTATER QUE Mme Bernadette GASC bénéficie de l’aide juridictionnelle et qu’à ce titre, elle est
dispensée de consignation ;
DECLARER
Monsieur Frédéric ARROU, Monsieur Jean-François GRELIER, Madame Geneviève
DOUCET, Monsieur Alain DE LARMINAT, Madame Sophie VITTECOQ, Madame Bianca DE
LARMINAT , Madame Claudine MOLIN 25, rue Fourcade 31100 TOULOUSE exerçant la
profession d’inspectrice des douanes, Monsieur Brice MOLIN, Madame Laetitia MOREL,
Madame Bernadette ZANINOTTO, Madame Christèle DELORME Monsieur Jean-Marc
DARNATIGUES Madame Evelyne DROUARD Madame Thérèse URRACA, Monsieur Philippe
PAGES, Monsieur Michel LASSERRE, Madame Bernadette GASC, Monsieur Yamani
NANOUS, Monsieur Mohamed TOUNA, Monsieur Jean-Jacques PERILHOU, Madame Zohra
REZIGA, Madame Fouzia DAGDAGUE, Madame Naïma DJEZZAR, Madame Touda
OUMMAD, Madame Jacqueline LARRUE, Monsieur Mohamed HELHAL, Monsieur Brahim
OUMMAD, Monsieur Hassan NAROUS, Monsieur Mohamed ANNAMOUS, Madame
Véronique DUCOULOMBIER, Monsieur Joseph DUCOULOMBIER, Monsieur Mohamed EL
MORABET, Monsieur Yao Gnane SETIAO, Madame Mang Yene SETIAO, Monsieur Saïd
NEGRACHE, Monsieur Moktar BEN LAHCEN, Madame Berthe RATSIMBA, Madame
Florence POURAILLY, Madame Janine BOST, Monsieur Lionel MAYORGAS, Madame
Véronique MAFFRE, Madame Martine GUIRAUD, Madame Corinne BAROUDI, Madame
Marie HUMBERT, Monsieur Emmanuel BODIN, Monsieur Max DELORT, Monsieur Fabien
FOURGEAUD, Madame Patricia SAMSON, Madame Nathalie LACOSTE, Madame Danielle
Marcelle CHARLES, Monsieur Georges ABELLAN, Monsieur Claude CAUCHOIS, Monsieur
Robert ROIG, Monsieur Serge LAURENS, Monsieur Michel CHARLES, Monsieur Ali Amoud
MOUSTAPHA, Monsieur Aka Basile ESSOH
RECEVABLES ET BIEN FONDES EN LEUR CONSTITUTION DE PARTIE CIVILE à l’encontre
de la société TOTAL et de Monsieur Thierry DESMAREST.
LES DISPENSER du paiement de la consignation prévue à l’article 392 du code de procédure pénale ou à
défaut la fixer à la somme symbolique de 1 € par partie civile.

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 364

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AU FOND
IL EST DEMANDE AU TRIBUNAL DE :
FAIRE APPLICATION DE LA LOI PENALE à l'égard de la SA TOTAL et de Monsieur Thierry DESMAREST
en les déclarants coupables du délit d’homicide involontaire en vertu de l’article 221-6 du Code pénal.
FAIRE APPLICATION DE LA LOI PENALE à l'égard de la SA TOTAL et de Monsieur Thierry DESMAREST
en les déclarants coupables du fait de causer à autrui, par maladresse, imprudence, inattention,
négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le
règlement, une incapacité totale de travail pendant plus de trois mois, en vertu de l’article 222-19 alinéa
1er et 121-3 du Code pénal.
FAIRE APPLICATION DE LA LOI PENALE à l'égard de la SA TOTAL et de Monsieur Thierry DESMAREST
en les déclarants coupables du délit de dégradation involontaire des biens appartenant à autrui, en vertu
de l’article 322-5 du Code pénal du Code pénal.
FAIRE APPLICATION DE LA LOI PENALE à l'égard de la SA TOTAL et de Monsieur Thierry DESMAREST
en les déclarants coupables du fait de causer à autrui, par maladresse, imprudence, inattention,
négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le
règlement, une incapacité totale de travail d’une durée inférieure ou égale à trois mois, en vertu des
articles R. 625-2 et 121-3 du Code pénal.
EN TOUT ETAT DE CAUSE
Condamner la SA TOTAL et Monsieur DESMAREST à payer à chacune de parties civiles la somme de
5.000 €, au titre de l’article 475-1 du Code de procédure pénale.

SOUS TOUTES RESERVES

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 365

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PIECES COMMUNIQUEES
Pièce n°1

9 CD contenant l’intégralité de la procédure d’instruction

Pièce n° 2

Agrément de l’association des sinistrés du 21 septembre 2001

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 366

CITATION DIRECTE| TOTAL S.A. et autres

Pièce n° 2

Catastrophe industrielle AZF (21 septembre 2001)| Page | 367