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LE CORPS UTOPIOUE, Cet ouvragê, pub ie dans le cadre du

LES HETEROTOPIES Programme d'AicJe à la Publicêtron


postface de Daniel Defert 2Ol3 Carlos Drummond de Andrade
de lâ l\4edrathêque de la Maison
O CORPO UTOPICO, de France, beneficie du soutien
AS HETEROTOPIA.S du N4inistêre franÇals des Affaires
com posfácio de Daniel Defert Etrêngeres et Europeennes.
O Nouvelles Editions Lignes, 2OO9
O n-1 publications, 20l3

Edition bilingue: FranÇais

«Le corps utopiques» et «Les


- Portugais

hétérotopies» sont deux conférences


G-I
Libêté. É,gatÍté, Fratemité
RÉPUBLIQUE FRANÇAIsE

radiophoniques prononcées par Michel


Foucault, les 7 et 21 décembre 1966 sur uéoraruêoue
France-Culturê. Ces conférences ont fait Maísond,eFrànce
l'objet d'une édition audio sous le titre
«Utopies et hétérotopies» (lNA-lYemoires
vives, 2004). «Les hétérotopies» a fait Cet ouvrage a benéficie du soutien
l'objet d'une edition, dans une version des Programmes d'aide à la 7 LE CORPS UTOPIOUE
rãccourcie et remaniee, sous le titre «Dês publlcatiÕn de l'lnstitut franÇêts.
espaces autres», aux Editions Gallimard
(Dits et Ecrits, t. lV).
19 LES HÉTÉROTOPIES
Tout en adoptant les usages éditoriaux
et finlandais, n-l publications ne suit pas
f*ffiilXIs
forcément lês normes institutionnelles
lmprimé en São Paulo
33 POSTFACE
courantes dans lã mesure oü l'édition est
un travail de création qui doit interagír Novembre, 2013
;: avec la pluÍalité des langues et la
singularité dê chaque ouvrage publié.
G Ír_
ã Projet graphique: prôd.art.br
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Ê i:::,::l"jE.",ij;:iJ:;"['ií5;J1""'"' ffiffi
r La rêproduction partielle de cê livre sans
but lucratif êst autorisée - sous n'impôrte

i quelle forme, imprimée ou électronique


- à condition d'en mentionner la sourcê.
Pour une reproduction intégralê, priêre
d'entrer ên contact avec les éditeurs.
n -l pu b I icatio ns.org
LES HETEROTOPIES

ll y a donc des pays sans lieu et des histoires sans chrono-


1,,|,,t,'l tlcs cités, des planêtes, des continents, des univers, dont
ll rcr,rit bien impossible de relever la trace sur aucune carte ni
rl,rrrlrrrcun ciel, tout simplement parce qu'ils n'appartiennent
à,rrrrrrn espace. Sans doute ces cités, ces continents, ces pla-
ttr'rcs sont-ils nés, comme on dit, dans la tête des hommes,
,rr ) vrai dire, dans l'interstice de leurs mots, dans l'épaisseur
,1,' l,'rrrs récits, ou encore dans le lieu sans lieu de leurs rêves,
,l,rrrr lt' vide de leurs ccurs; bref, c'est la douceur des utopies.
I'rurrrlllt je crois qu'il y a - et ceci dans toute société - des uto-
ont un lieu précis et réel, un lieu qu'on peut situer sur
1,rrs rlrri
un('(:lrte; des utopies qui ont un temps déterminé, un temps
rlu ()n peut Êxer et mesurer selon le calendrier de tous les jours.
ll crt lrien probable que chaque groupe humain, quel qu'il soit,
rLlr.u[)€, dans l'espace qu'il occupe, oü il vit réellement, oü il
l,rv:rille, des lieux utopiques, et, dans le temps oü il s'affaire,
, l.r rn«lments uchroniques.
Voici dire. On ne vit pas dans un espace neutre
ce que je veux
r'r lrl:rnc; on ne yit
pas, on ne meurt pas, on n'aime pas dans le
rcrtrrrrgle d'une feuille de papier. On vit, on meurt, on aime
,l,rrrs trn espace quadrillé, découpé, bariolé, avec des zones claires
rr \()rrlbres, des diftrences de niveaux, des marches d'escalier,
rlt's cr€uX, des bosses, des régions dures et d'autres friables, péné-
t r.rl,lcs, poreuses. Il y a les régions de passage, les rues, les trains,
l( \ rnétros; il y a les régions ouvertes de la halte transitoire, les

L ES HETEROIOPIES
cafes, les cinémas, les plages, les hôtels, et puis il y a les régions Eh bien! je rêve d'une science - je dis bien une scieruce -
fermées du repos et du chez-soi. Or, parmi rous ces lieux qui se tlrri aurait pour objet ces espaces différents, ces autres lieux,
distinguent les uns des aurres, il y en a qui sont absorument diffé- ( ('s contestations mythiques et réelles de l'espace oü nous
rents: des lieux qui s'opposent à tous les aurres, qui sont destinés vivons. Cette science étudierait non pas les utopies, puisqu'il
en quelque sorte à les efhcer, à les neutraliser ou à les purifier. l;rtrt réserver ce nom à ce qui n'a vraiment aucun lieu, mais les
Ce sont en quelque sorte des contre-espaces. Ces contre-espaces, luttéro-topies, les espaces absolument autres; et forcément, la
ces utopies localisées, les enfants les connaissent parfaitement. st icnce en question s'appellerait, s'appellera, elle s'appelle déjà
Bien sür, c'est le fond du jardin, bien sür, c,esr le grenier, ou ,, I ' h étérotopologier.

mieux encore la tente d'Indiens dressée au milieu du grenier, I)e cette science qui est en train de naitre, il faut donner les
ou encore, c'est - le jeudi aprês-midi le grand lit des parenrs.
- totrt premiers rudiments. Premier principe: il n'y a probable-
C'est sur ce grand lit qu'on découvre l'océan, puisqu,on peut y rncnt pas une société qui ne se constitue son hétérotopie ou ses
nager entre les couvertures; et puis ce grand lit, c,est aussi le ciel, lrtrtérotopies. C'est là, sans doute, une constante de tout groupe
puisqu'on peut bondir sur les ressorts; c'est la forêt, puisqu,on lrrrrrrain. Mais à vrai dire, ces hétérotopies peuvent prendre, er
s'y cache; c'est la nuit, puisqu'on y devient fantôme entre les
lllcnnent toujours, des formes extraordinairement variées, et
draps; c'est le plaisir, enfin, puisque, à la rentrée des parents, on p<'rrt-être n'y a-t-il pas, sur toute la surface du globe ou dans
va être puni. torrte l'histoire du monde, une seule forme d'hétérotopie qui soit
Ces contre-espaces, à vrai dire, ce n'est pas la seule inyen_ r«'stée constante. On pourrait peut-être classer les sociétés, par
tion des enfants; je crois, tour simplement, parce que les enfants ,'xt'rnple, selon les hétérotopies qu'elles préêrent, selon les hété-
n'inventent jamais rien; ce sont les hommes, au contraire, qui r(lt()pies qu'elles constituent. Par exemple, les sociétés dites pri-
ont inventé les enfants, qui leur ont chuchoté leurs merveil- rnitives ont des lieux privilégiés ou sacrés ou interdits - comme
Ieux secrets; et ensuite, ces hommes, ces adultes s,étonnent, rr.rrrs-mêmes d'ailleurs; mais ces lieux privilégiés ou sacrés sonr
lorsque ces enfants, à leur tour, les leur cornent aux oreilles. La ,'rr général réservés aux individus «en crise biologiquer. Il y a des
société adulte a organisé elle-même, et bien avant les enfants, ses rrr:risons spéciales pour les adolescents au moment de la puberté;
propres contre-espaces, ses utopies situées, ces lieux réels hors de rl y rr des maisons spéciales réservées aux femmes à l'époque des
tous les lieux. Par exemple, il y a les jardins, les cimetiêres, il y a riglcs; d'autres pour les femmes en couches. Dans notre société,
les asiles, il y a les maisons closes, il y a les prisons, il y a les vil_ , «'s lrétérotopies pour les individus en crise biologique ont à peu
lages du Club Méditerranée, et bien d'autres.
1'ris disparu. Remarquez qu'au xix'siêcle encore, il y avait les

LES HETEROTOP]ES
I,ES HETEROTOP ES
22 collàges pour les garçons, il y avait le service militaire aussi,
qui .lt'puis une vingtaine d'années, la plupart des pays d'Europe ont
jouaient sans doute ce rôle: il fallait que les premiêres manifesta-
,'s.sayé de faire disparaitre les maisons de prostitution, avec un
tions de la sexualité virile aient rieu ailleurs. Et aprês rour, pour
'rrccês
mitigé, on le sait, puisque le téléphone a substitué un
les jeunes filles, je me demande si le voyage de noces
n'était pas rtlseau arachnéen et bien plus subtil à la vieille maison de nos
à la fois une sorte d'hétérotopie et d'hétérochronie: il
ne fallait ;ricux. En revanche, le cimetiêre, qui est pour nous, dans notre
pas que la défloration de ra jeune filre ait rieu dans ra maison
cxpérience actuelle, l'exemple le plus évident de l'hétérotopie
même oü elle était née, il failait que certe défloration ait lieu (lc cimetiêre est absolumentl'autre lieu), le cimetiêre n'a pas
en
quelque sorte nulle part.
toujours joué ce rôle dans la civilisation occidentale. Jusqu'au
Mais ces hétérotopies biologiques, ces hétérotopies de crise,
xviii"siêcle, il était au ccur de la cité, disposé là, au milieu de
disparaissent de plus en plus, er sonr remplacées par des hété-
l.r ville, tout à côté de l'église; et, à vrai dire, on ne lui atta-
rotopies de déviation: c'est-à-dire que les lieux que la société
,lrait aucune valeur solennelle. Sauf pour quelques individus, le
ménage dans ses marges, dans les plages vides qui I'entourenr,
sort commun des cadavres était tout simplement d'être jeté au
sont plutôt réservés aux individus dont le comportement esr
.lrarnier sans respecr pour la dépouille individuelle. Or, d'une
déviant par rappoft à la moyenne ou à l" .ro.-. exigée. De là
írrçon três curieuse, au moment même oü notre civilisation est
les maisons de repos, de là les cliniques psychiatriques,
de là ,lcvenue athée, ou, du moins, plus athée, c'est-à-dire à la fin du
également, bien sür, les prisons. Il faudrait ,"r, do,.rt. y joindre
xviii"siêcle, on s'est mis à individualiser les squelettes. Chacun
les maisons de retraite, puisque aprês tout |oisiveté dans
une ,r cu droit à sa petite boite et à sa petite décomposition person-
société aussi affairée que ra nôtre est comme une déviation
déviation d'ailleurs qui se trouve être une déviation biologique
- rrclles. D'un autre côté, tous ces squelettes, toutes ces petites
lroites, tous ces cercueils, toutes ces tombes, tous ces cimetiêres
quand elle est liée à la vieillesse, et c'est une déviation, ma foi,
ont été mis à part; on les a mis hors de la ville, à la limite de la
constante, pour tous ceux du moins qui n,ont pas la discrétion
t iré, comme si c'était en même temps un centre et un lieu d'in-
de mourir d'un infarctus dans res trois semaines qui suivent
leur íL'ction et, en quelque sorte, de contagion de la mort. Mais tout
mise à la retraite.
t t:ci ne s'est passé * il ne faut pas l'oublier
Second principe de la science hétérotopologique: au cours
- qu'au xix. siêcle, et
rrrême dans le cours du Second Empire. C'esr sous Napoléon
de son histoire, toute société peut parfaitement résorber et
faire I ll, en effet, que les grands cimetiêres parisiens ont été organi-
disparaitre une hétérotopie qu'elle avait constituée auparavant,
sl's à la limite des villes. Il faudrait aussi citer - et là on aurait
ou encore en organiser qui n'existaient pas encore. par exemple,
cn quelque sorre une surdétermination de l'hétérotopie - les

LES HEIEROÍOPIÉS
L.ES HETÉRoToP ES
cimetiêres pour tuberculeux; je pense à ce merveilleux cimetiêre crr cemiroir. Le jardin, depuis le fond de I'Antiquité, est un
de Menton, dans lequel ont été couchés les grands ruberculeux licu d'utopie. On a peut-être l'impression que les romans se
qui étaient venus, à la fin du xix"siêcle, se reposer et mourir sur siruent facilement dans des jardins: c'est en fait que les romans
la Côte d'Azur: autre hétérotopie. sont sans doute nés de l'institution même des jardins. L'activité
En général, l'hétérotopie a pour rêgle de juxtaposer en un lieu 11)rnanesque est une activité jardiniêre.
réel plusieurs espâces qui, normalement, seraient, devraient être Il trouve que les hétérotopies sont liées le plus souvent
se
incompatibles. Le théâtre, qui est une hétérotopie, fait succéder ) cles découpages singuliers du temps. Elles sont parentes, si
sur le rectangle de la scêne toute une série de lieux étrangers. Le v,rus voulez, des hétérochronies. Bien sür, le cimetiêre est le lieu
cinéma est une grande scêne rectangulaire, au fond de laquelle, .l'un temps qui ne s'écoule plus. D'une façon générale, dans
sur un espace à deux dimensions, l'on projette un espace à nou_ trne société comme la nôtre, on peut dire qu'il y a des hétéro-
yeau à trois dimensions. Mais peut-être le plus
ancien exemple ropies qui sont les hétérotopies du temps quand il s'accumule à
d'hétéroropie serait-il le jardin, création millénaire qui avait cer- I'infini: les musées et les bibliothêques, par exemple. Aux xvii'
tainement en orient une signiâcation magique. Le traditionnel ct xviii' siêcles, les musées et les bibliothêques étaient des insti-
jardin persan est un rectangle qui est divisé en quatre parties, tutions singuliêres; ils étaient l'expression du goüt de chacun.
qui représentent les quâtre éléments dont le monde est com- l'.n revanche, l'idée de tout accumuler, l'idée, en quelque sorte,
posé, et au milieu duquel, au point de jonction de ces quarre d'arrêter le temps, ou plutôt de le laisser se déposer à l'infini
rectangles, se trouvait un espace sacré: une fontaine, un temple. clans un certain espace privilégié, l'idée de constituer l'archive
Et, autour de ce centre, toute la végétation du monde, toute la générale d'une culture, la volonté d'enfermer dans un lieu tous
végétation exemplaire et parfaite du monde devait se trouver les temps, toutes les époques, toutes les formes et tous les goüts,
réunie. Or, si l'on songe que les tapis orientaux étaient, à l,ori_ l'idée de constituer un espace de tous les temps, comme si cet
gine, des reproductions de jardins au sens srrict, des njardins cspace pouvait être lui-même définitivement hors du temps,
-
d'hiver, -, on comprend la valeur légendaire des tapis volanrs, c'est là une idée tout à fait moderne: le musée et la bibliothêque
des tapis qui parcouraient le monde. Le jardin est un tapis oü sont des hétérotopies propres à notre culture.
le monde tout entier vient accomplir sa perfection ,y*bà[q,r. Il y a en revanche des hétérotopies qui sont liées au temps,
et le tapis est un jardin mobile à travers l,espace. Était_il parc non pas sur le mode de l'éternité, mais sur le mode de la fête: des
ou tapis ce jardin que décrit le conteur des Miile et (Jne Nuits? hétérotopies non pas éternitaires mais chroniques. Le théâtre,
on voit que toutes les beautés du monde viennent se recueillir bien sür, mais aussi les foires, ces merveilleux emplacements

LES HETEROTOP]ES
LES HETEROTOP ES
vides au bord des villes, quelquefois même
aux centres des villes, I'cspace environnant. En général, on n'entre pas dans une hété-
et qui se peuplent une ou deux fois par an
de baraques , d,éta- rotopie comme dans un moulin, ou bien on y entre parce qu'on y
lages, d'objets hétéroclites, de lutteuri d. f.--es_serpenrs er de est contraint (les prisons, évidemment), ou bien lorsque l'on s'est
diseuses de bonne avenrure. ll y a, plus récemment dans l,his_ soumis à des rites, à une purification. Il y a même des hétérotopies
toire de notre civilisation, les villages de vacances; je
pense sur_ qui sont entiêrement consacrées à cette purification. Puriâcation
tout à ces merveilleux villages polynésiens qui,
sur les bords de la rni-religieuse et mi-hygiénique, comme dans les hammams des
Méditerranée, ofFrenr trois petites ,.mai.r.,
de nudité primitive rnusulmans, ou comme dans le sauna des Scandinaves, purifi-
et éternelle aux habitants de nos villes. Les
paillotes d. Dj.rba, cation seulement hygiénique, mais qui entraine avec elle toutes
par exemple, sont parentes, en un sens, des
bibliotheq,r., .t d., sortes de valeurs religieuses ou naturalistes.
musées, puisque ce sont des hétérotopies
d,éternité _ on invite Il y a d'autres hétérotopies, au contraire, qui ne sont pas fer-
les hommes à renouer avec la plr, tradition de l,huma_ mées sur le monde extérieur, mais qui sont pure et simple ouver-
".r.Lrr.re
nité - et en même remps, elles sont Ia négation de toute biblilo- ture. Tout le monde peut y entrer, mais, à vrai dire, une fois
thêque et de tout musée, puisqu,il ,. ,,"gi
agit pas, à rravers elles, qu'on y est entré, on s'aperçoit que c'est une illusion et qu'on
d'accumuler le temps mais, au contraire, àe
l,effa.er et de reve_ n'est entré nulle part. L'hétérotopie est un lieu ouvert, mais qui
nir à la nudité, à l'innocence du premier péché. Il
y a aussi, il y a cette propriété de vous maintenir au dehors. Par exemple, en
auait, plutôt, parmi ces hétérotopies de la
Ête, ces hétérotopies Amérique du Sud, dans les maisons du xviii' siêcle, il y avait
chroniques, Ia ftte de rous les soirs dans les
maisons closes d,au_ toujours, ménagée à côté de la porte d'entrée, mais aaantla
trefois, la-ftte qui commençait à six heures
du soir, comme dans porte d'entrée, une petite chambre qui ouvrait directement sur
La Filb Elisa.
le monde extérieur et qui était destinée aux visiteurs de passage;
Enfin, d'autres hétérotopies sont liées, non pas
à la ftte, mais c'est-à-dire que n'importe qui, à n'importe quelle heure du iour
eu passage, à la transformation, au labeur
d,une régénéradon. et de la nuit, pouvait entrer dans cette chambre, pouvait s'y
C'étaient, au xix"siêcle, les collêges et les casernes,
gui devaient reposer, pouvait y faire ce qu'il voulait, pouvait partir le lende-
faire d'enfants des adultes, de villageois
des citoyens, et de naifs main matin sans être vu ni reconnu per personne; mais, dans
des déniaisés. Il y a surrout, de nos jours, les prisons. la mesure oü cette chambre n'ouvrait d'aucune maniêre sur la
Enfin, je voudrais proposer comme cinquiême
principe de maison elle-même, l'individu qui y était reçu ne pouvait jamais
l'hétérotopologie, ce fait: que les hétérotopies
onr ro,.rjor.rr, r.r' pénétrer à l'intérieur de la demeure familiale même. Cette
systême d'ouverrure et de fermeture qui
1., irol. par rapport à chambre était une sorte d'hétérotopie entiêrement extérieure.

LEs HETÉRoToPIES
LES HETÊROTOPIES
i

On pourrait lui comparer l,hétérotopie


des motels américains,
oü l'on entre avec sa yoiture et sa Í r,ri('nt attachées, et sans doute ces valeurs étaient-elles dues au
maitresse, et oü Ia sexualité
illégale se trouye à la fois abritée lrrcstige propre des hétérotopies. C'est ainsi qu'aux xvii'et xviii"
et cachée, tenue à l,écart, sans
rri't lcs, les sociétés puritaines anglaises ont essayé de fonder en
être pour eurânr laissée à l,air libre.
Ârrr('rique des sociétés absolument parfaites; c'est ainsi qu'à la
Enfin, il y a des hétérotopies qui semblen
ouvertes, mais oü lrrr rlu xix'siêcle et au début encore du xx" siêcle, dans les colo-
seuls entrent véritablement ceux
qr'ri sont déjà initiés. On croit
qu'on accêde à ce qu'il y a de plus simple, rrit's françaises, Lyautey et ses successeurs ont rêvé de sociétés
de plus ofFerr, er en lri('rarchisées et militaires. Sans doute la plus extraordinaire de
fait on esr au ccur d, mystêr.i .,.r,
du'-oins de cette façonJà ( cs tentatiyes futelle celle des jésuites au Paraguay. Au Paraguay,
qu'Aragon entrait autrefois dans les
maisons closes: «Encore
aujourd'ltui, ce n'e§t pa§ sans une certaine ..'n effet, les jésuites avaient fondé une colonie merveilleuse, dans
émotion coilégienne que
je jianchis ces seuib d'excitabirité l.r,luelle, la vie tout entiêre réglementée, le régime du commu-
particuriêre. J'y poursiis h grnnd
désir abstrait qui parfois se dégage rrisme le plus parfait régnait, puisque les terres et les uoupeaux
da qorlquu Jígures q)rai;oi
jamais aimées. (Jreferueur se ,rppartenaient à tout le monde. Seul un petit jardin était attribué
déploie. pn, on instantje ne
côté social des lieux. L,exprexion ?ense au i chaque famille, les maisons étaient disposées en rangs réguliers
maison de tolérance n) p,rut ,,
prono ncer sérieusement. lc long de deux rues qui se coupaient à angle droit. Au fond de
»
C'est là sans doute qu,on rejoint la place centrale du village, il y avait l'église; sur l'un des côtés,
ce qu,il y a de plus essen_
tiel dans les hétérotopies. EIIes sont la lc collêge; sur l'autre, la prison. Les jésuites réglementaient du
.àrt.rtrtio, de tous les soir au matin et du matin au soir, méticuleusement, toute la
autres espaces, une contestation
qu,elles peuyent exercer de
vie des colons. L'angélus sonnait à cinq heures du matin pour le
deux maniêres: ou bien, comm. d"rx
ces maisons closes dont
parlait Aragon, en créant une irusion réveil; puis il marquait le début du travail; à midi, la cloche
qui dénonce tout re reste lappelait les gens, hommes et femmes, qui avaient travaillé dans
de la réalité comme illusion, ou bien,
au contraire, en créanr
lcs champs; à six heures, on se réunissait pour diner; et à minuit,
réellement un aurre espace réel aussi
parfait, aussi médculeux,
aussi arrangé que le nôtre esr désordonné, la cloche sonnait à nouveau, c'était celle qu'on appelait la clo-
mal agencé et brouil- che du «réveil conjugalr, car les jésuites, qui tenaient à ce que
lon: c'est ainsi qu'ont fonctionné, au
moins dans le projet des tirâient allêgrement tous les soirs sur
hommes, pendant un certain temps lcs colons se reproduisent,
- au xviii. siêcle surtout la cloche pour que la population puisse proliftrer, ce qu'elle Êt
- les colonies. Bien sür, ces colonies avaient une grande utilité
économique, mais il y avait des valeurs cl'ailleurs, puisque de 130.000 qu'ils étaient au début de la colo-
imaginaires qui leur nisation jésuite, les Indiens étaient devenus 400.000 au milieu

LES HETÉRoToPIES

LES HETEROTOPIES
L

-...,,---,.*,-;.**e.,aidl-ag{Etg!]{l::.4}-]:5Jsii.í:..,.a|,,-,,,.,-=&.,]r::..,:'..,l

du xviii'siêcle. on avait là r'exemple d'une


société entiêrement
fermée sur elle-même, qui n,était rattachée
par rien au reste du
monde, sauf par le commerce et res bénéficies
.orrider"br", qr.
faisait la Société de
Jésus.
Avec la colonie, on e uÍre hétérotopie
qui est en quelque sorte
assez naive pour vouloir réaliser
une illusion. Avec Ia maison
close, on a en revanche une hétérotopie
qui esrassez subtile ou
habile pour vouloir dissiper la réalké"*.1,
seule force des illu_
sions. Et si l'on songe que le bateau,
le grand bateau du xix.
siêcle, est un morceau d,espace flottant,
un lieu sans lieu, yiyant
par lui-même, fermé sur soi, libre en
un sens, mais livré fata-
lement à l'infini de la-mer et qui,
de port en porr, de quartier
à filles en quartier à filles, de úordée
.r, borde., ,, jrrq.r,"*
colonies chercher ce qu,elles recêlent
de plus précieux .., ..,
jardins orientaux qu'on évoquait
tout à l,À.,rr., o., .ornpr..rJ
pourquoi le bateau a été pour notre civilisation _
et ceci á.p,ri,
le xvi'siêcle au moins à la fois le
- plus grand instrurnenr éco_
nomleue er norre plus grande réserve
d,imagination. Le navire,
c'est l'hétérotopie par excellence.
Les civilisations sans bateaux
sont comme les enfants dont les perents
n,auraient pas un grand
lit sur lequel on puisse jouer; Ieurs rêves alors
se ,"rirr.rr] I,.r_
pionnage y remplace l'aventure, er la
hideur des polices la beauté
ensoleillée des corsaires.

LES HÉTÉRoToPIES
AS HETEROTOPIAS

Há países sem lugar e histórias sem cronologia; cidades, pla-


nctáls, continentes, universos, cujos vestígios seria impossível ras-
rrcar em qualquer mapa ou qualquer céu, muito simplesmente
l,orque náo pertencem â espeço algum. Sem dúvida, essas cida-
,lcs, esses continentes, esses planetas nasceram, como se costuma
,lizcr, na cabeça dos homens, ou, ne verdade, no interstício de
,rr,rs palavras, na espessura de suas narratiyas, ou ainda, no lugar
rcrn lugar de seus sonhos, no vazio de seus coraçóes; numa pala-
vrn, é o doce gosto das utopias. No entanto, acredito que há - e
crrr toda sociedade - utopias que têm um lugar preciso e real, um
lrrgar que podemos situar no mapa; utopias que têm um tempo
rlcterminado, um tempo que podemos fixar e medir conforme
,, calendário de todos os dias. É b.rn provável que cada grupo
hrrmano, qualquer que seja, demarque, no espaço que ocupa, onde
rcrrlmente vive, onde trabalha, lugares utópicos, e, no tempo em
(lue se agita, momentos ucrônicos.
Vejamos o que quero dizer. Náo se vive em um espaço neu-
tro e branco; náo se vive, náo se morre, náo se ama no retângulo
.lc uma folha de papel. Vive-se, morre-se, ema-se em um espaço
,lradriculado, recortado, mâtizâdo, com zonas claras e som-
l,ras, diferenças de níveis, degraus de escada, váos, relevos, regi-
,,cs duras e outras quebradiças, penetráveis, porosas. Há regióes
,lc passagem, ruas, trens, metrôs; há regióes abertas de parada
rrnnsitória, cafés, cinemas, praias, hotéis, e há regióes fechadas
,kr repouso e da moradia. Ora, entre todos esses lugares que se

AS HETEROTOPIA§
distinguem uns dos outros, há os que sáo absolutamente diferen- vrv('rrlos. Essa ciência estudaria náo as utopias, pois é preciso
tes: lugares que se opóem a todos os outros, destinados, de certo r('\('rvar esse nome parâ o que verdadeiramente náo tem lugar
modo, a apagáJos, neutralizálos ou puriÊcálos. Sáo como que ,rllirrrn, mas as hetero-topias, espeços absolutamente outros; e,
contraespaços. As crianças conhecem perfeitamente esses contra- ftrrlosamente, a ciência em questáo se chamaria, se chamará, já
espaços, essas utopias localizadas. É o fundo do jardim, com cer- ,. . hamâ "heterotopologia".
teza, é com certeza o celeiro, ou melhor ainda, a tenda de índios É preciso fornecer os primeiríssimos rudimentos dessa ciência
erguida no meio do celeiro, ou é entáo na quinta-feira à tarde rpre está em vias de nascer. Primeiro princípio: náo há, prova-
-
- a grande cama dos pais. É nessa grande carne que se descobre vclrnente, nenhuma sociedade que náo constitua sua heterotopia
o oceano, pois nela pode nadar entre as cobertas; depois, essa
se ou suas heterotopias. Esta é, sem dúvida, uma constante de todo
grande cama é também o céu, pois se pode saltar sobre as molas; gqlupo humano. Na verdade, porém, essas heterotopias podem
é a floresta, pois pode-se nela esconder-se; é a noite, pois ali se .rssumir, e assumem sempre, formas extraordinariamente variadas,
pode virar fanasma entre os lençóis; é, enfim, o pÍazer,pois no c talvez náo haja, em toda a superficie do globo ou em toda a his-

retorno dos pais, se será punido. triria do mundo, uma única forma de heterotopia que tenha per-
Na verdade, esses contraespâços náo sáo apenas invençáo das r r r rrnecido constante. Poder-se-ia talvez classifi car as sociedades,
crianças; acredito nisso muito simplesmente porque as crianças 1,,rr exemplo, segundo as heterotopias que elas preferem, segundo
jamais inventam coisa alguma; sáo os homens, ao contrário, que .rsheterotopias que elas constituem. As sociedades chamadas
inventaram as crianças, que lhes cochicharam seus maravilhosos primitivas, por exemplo, têm lugares privilegiados ou sagrados
segredos; e, em seguida, esses homens, esses adultos se espan- ,,tr proibidos - como nós mesmos, aliás; mas estes lugares pri-
tam quando as crianças, por sua vez, buzinam aos seus ouvidos. vilegiados ou sagrados sáo, em geral, reservados aos indivíduos
A soçiedade adulta organizou, e muito antes das crianças, "cm crise biológica". Há no
casas especiais para os adolescentes
seus
próprios contraespaços, suas utopias situadas, esses lugares reais uromento da puberdade; há casas especiais reservadas às mulhe-
fora de todos os lugares. Há, por exemplo, os jardins, os cemité- lcs na época das regras; outras para as mulheres em trabalho de
rios, os asilos, as casâs de tolerância, há as prisóes, as colônias de parto. Em nossa sociedade, as heterotopias pâra os indivíduos
ftrias do Clube Mediterrâneo, e rantos outros. t'rn crise biológica pouco a pouco desapareceram. Observemos
Pois bem, sonho com uma ciência digo mesmo uma ciên- no século XIX havia colégios para os rapazes, havia
.1ue ainda
-
cia - que teria por objeto esses espaços diferentes, esses outros também o serviço militar que, sem dúvida, desempenhavam esse
lugares, essas contestaçóes míticas e reais do espaço em que papel: era preciso que as primeiras manifestaçóes da sexualidade

AS HETEROTOPIAS AS HETEROTOPIAS
viril ocorressem em oano lugar, E, para as jovens, pergunto-me r' p,rr:r nós, em nossa experiência atual, o mais evidente exem-
se,afinal, a viagem de núpcias náo constituía, ao mesmo tempo, 1,1,,.1,rlreterotopia (o cemitério é absolutamente o outro-lugar),
uma espécie de heterotopia e de heterocronia: era preciso que a rÍ'rf r sempre desempenhou este papel na civilizaçío ocidental.
defloraçáo da jovem náo ocorresse ne mesme casa onde ela nas- Àr,' .r século XVIII, ele ficava no centro da cidade, disposto lá
cerâ, era preciso que esta deforaçáo ocorresse, de certo modo, rr,, nrcio, bem ao lado da igreja; naverdade, náo se lhe atribuía
em ?drte algurna. rr,'rrlrum valor solene. À exceçáo de alguns indivíduos, o des-
Mas essas heterotopias biológicas, essas heterotopias de crise, rrro comum dos cadáveres era muito simplesmente serem joga-
desaparecem cadavez mais e sáo substituídas por heterotopias de ,1,,, rrrl vala, sem respeito ao despojo individual. Ora, é curioso
desvio: isto significa que os lugares que a sociedade dispóe em suas rlu(', Íro mesmo momento em que nossa civilizaçáo tornou-se
margens, nas paragens vazias que a rodeiam, sáo antes reservados ,rrt'i;r, ou ao menos, ma.is dteid, isto é, no final do século XVIII,
aos indivíduos cujo comportamento é desviante relativamente à r,rrreçou-se a individualizar os esqueletos. Cada qual Passou a
média ou à norma exigida. Daí as casas de repouso, as clínicas ru direito ao seu caixáo e à sua pequena decomposiçáo pessoais.
psiquiátricas, daí também, com certeza, as prisóes. Seria preciso lror outro lado, todos esses esqueletos, todas esses caixóes, todos
acrescentar-lhes, sem dúvida, es casas de recolhimento, pois, aÊ- ,'rres sepulcros, todas essas tumbas, todos esses cemitérios foram

lx)stos à parte, fora da cidade, no seu limite,


nal, a ociosidade em uma sociedade táo atarefada quanto e nosse como se se trâtasse
é como um desvio - desvio aliás, que acaba por ser um desvio .r() rnesmo tempo de um centro e um lugar de infecçáo e, em
biológico quando ligado à velhice e, creia-se, desvio consrenre t crt<l sentido, de contágio da morte. Mas - náo se pode esque-
para todos aqueles, pelo menos, que náo têm a discriçáo de mor- r cr tudo isso só ocorreu no século XIX, mais precisamente,
-
rer de infarto nas três semanas após a aposentadoria. rr,, decurso do Segundo Império. Com efeito, é sob o reinado
Segundo princípio da ciência heterotopológica: no curso de .1.' Napoleáo III que os grandes cemitérios parisienses foram
sua história, toda sociedade pode perfeiremente diluir e fazer ,,r'ganizados no limite das cidades. Seria preciso citar também
desaparecer uma heterotopia que constituíre outrore, ou entáo, (', neste caso, teríamos, de certo modo' uma sobredetermina-
organ\zar uma que náo existisse ainda. Por exemplo, há cerca de ,,,r.r da heterotopia - os cemitérios para tuberculosos; náo penso
vinte anos, a maioria dos países da Europa tentou fazer desapare- r,.r.1uele maravilhoso cemitério de Menton onde foram sepulta-
cer es casas de prostituiçáo, com sucesso reduzido, como se sabe, ,1.,s os grandes tuberculosos que, no final do século XIX, tinham
pois o telefone substituiu a velha casa de nossos avós por uma virrdo se repousar e morrer na Côte dAzur. outra heterotopia.
teia Êna e bem mais sutil. Em contrapartida, o cemitério, que

AS HETEROTOPIAS AS HÉTEROTOPIAS
Em geral, a heterotopia tem como regra justapor em um ()corre que as heterotopias sáo frequentemente ligadas a
lugar real vários espaços que, normâlmente, seriam ou deveriam r('(ortes singulares do tempo. Sáo parentes, se quisermos, das
ser incompatíveis. O teatro, que é uma heterotopia, perfaz no lr,'tcrocronias. Sem dúvida, o cemitério é o lugar de um tempo
retângulo da cena toda uma série de lugares estranhos. O cinema rgrrc náo escoa mais. De modo geral, em uma sociedade como
fundo da qual, sobre um espâço
é uma grande cena retangular, no ,r nossa, pode-se dizer que há heterotopias que sáo heterotopias
de duas dimensóes, projeta-se um novo espaço de três dimen- rLr tempo quando ele se acumula ao infinito: os museus e as
sóes. Porém, o mais antigo exemplo de heterotopia seria talvez lribliotecas, por exemplo. Nos séculos XVII e XVIII, os museus
o jardim, criaçáo milenar que dnha certamente no Oriente uma ,' ;rs bibliotecâs eraminstituiçóes singulares; eram a expressáo do
11rsto de cada um. Em contrapartida, a ideia de tudo
significaçáo mágica. O tradicional jardim persa é um retângulo acumular,
dividido em quatro partes que representam os quatro elemen- ,r icleia de, em certo sentido' parar o tempo, ou antes, deixá-lo
tos de que o mundo é composto, no meio do qual, no ponto de ,lcpositar-se ao infinito em certo espaço privilegiado, a ideia de
junçáo dos quatro retângulos, encontrave-se urn espâço sagrado: , ,rnstituir o arquivo geral de uma cultura, a vontade de encerrar

uma fonte, um templo. E, em torno do centro, toda a rregeta- totlos os tempos em um lugar, todas as épocas, todas as formas e
çáo do mundo, toda a vegetaçáo exemplar e perfeita do mundo rrdos os gostos, a ideia de constituir um esPâço de todos os tem-
devia estar reunida. Ora, se considerarmos que os tâpetes orien- lx)s, como se este próprio espaço pudesse estar deÊnitivamente
tais eram, na origem, reproduçóes de jardins - no sentido estrito l,,rrr do tempo, essa é uma ideia totalmente moderna: o museu e
de ".iardins de inverno" - compreenderemos o valor lendário dos .r biblioteca sáo heterotopias próprias à nossa cultura.
tepetes voadores, tepetes que percorriam o mundo. O jardim é Em contrapartida, há heterotopias que sáo ligadas ao temPo,
um tâpete onde o mundo inteiro vem consumar sua perfeiçáo rr;ro ao modo da eternidade, mas ao modo da festa: heterotopias
simbólica e o tapete é um jardim móvel através do espaço. Era rrro eternitárias, mas crônicas. O teatro, seguramente, mas tam-
parque ou tapete aquele jardim descrito pelo narrador des Mil lrrlrn as feiras, estes maravilhosos sítios vazios à margem das cida-
e Uma Noites? Vê-se que todas as belezas do mundo acabam ,lcs, por vezes mesmo no centro delas, e que se poYoam uma ou
por se juntar nesse espelho. O jardim, desde os recônditos da por ano com barracas, exposiçóes, objetos heteróclitos,
,ltrrrs vezes
Antiguidade, é um lugar de utopia. Temos a impressáo talvez de lrrtadores, mulheres-serpentes e profetisas da boa fortuna. Mais
que os romanos se situam facilmente em jardins: é fato que os r('centemente, na história da nossa civilizaçâo, há colônias de
romanos nasceram, sem dúvida, da própria instituiçáo dos jar- Irlrias; penso, principalmente, nas maravilhosas colônias polinésias
dins. A atividade romanesca é uma atividade jardineira. ,1trc oferecem, às margens do Mediterrâneo, três curtas semanas

AS HETEROTOPIAS AS HETEROTOPIAS
de nudez primitiva e eterne aos habitantes de nossas cidades. As r,rulrls dos escandinavos, purificaçáo s«rmente higiênica, mas que
cabanas de Djerba, por exemplo, sáo parentes, em certo sentido, r ,il todo tipo de valores religiosos ou naturalistas.
r'cga consigo
das bibliotecas e dos museus, pois sáo utopias de eternidade
- os I {á outras heterotopias que, ao contrário, náo sáo fechadas ao

homens sáo convidados e reatar com a mais antiga tradiçáo da rrrrndo exterior, mes constituem pura e simples abertura. Todo
humanidade - e, ao mesmo tempo, sáo a negaçáo de qualquer rrrrrrdo pode entrar, mas, na verdade, uma vez que se entrou, per-
biblioteca e dê qualquer museu, pois náo se rrate mais, arrayés , clx'-se trâtar-se de uma ilusáo e que se entrou em parte alguma.
delas, de acumular o tempo mes, ao contrário, de apagáJo e vol- A lrcterotopia é um livro aberto, que tem, contudo, a propriedade
ver à nudez e à inocência do primeiro pecado. Há também, ou .lc nos manter de fora. Por exemplo, nas casâs do século XVIII
antes, hauia, entre as heterotopias da festa, as heterotopias crôni- rr,r América do Sul, havia sempre, disposto ao lado da porta de
cas, a festa de todas as noites nas casas de tolerância de outrora, rrrrrada, mas antes da porta de entrada, um pequeno eposento
festa que começava às seis horas da tarde, como em La Fille Elisat. ,lirctamente aberto ao mundo exterior e que era destinado aos
Outras heterotopias, enfim, sáo ligadas náo à festa, mas à pas- visitantes de passagem; ou seja, qualquer um, a qualquer hora
sagem, à transformaçáo, ao labor de uma regeneraçáo. No século ,[r dia ou da noite, podia entrar nesse aposento, podia lá descan-
XIX havia os colégios e as cesernas que deviam fazsr de crianças, partir no dia seguinte pela
r.rr, podia fazer o que quisesse, podia
adultos, de camponeses, citadinos, e de ingênuos, espertos. Em rrr,rnhá sem ser visto nem reconhecido por ninguém; porém, na
nossos dias, há, sobretudo, as prisóes. rrrcdida em que esse aposento náo se abria, de modo algum, para
Por Êm, gostaria de propor como quinro princípio da hete- ,r própria casa, o indivíduo ali recebido jamais podia penetrar
rotopologia, o seguinte fato: as heterotopias possuem sempre um rro interior da própria moradia familiar. Esse aposento era uma
sistema de abertura e de fechamento que as isola em relaçáo ao cspécie de heterotopia inteiramente exterior. Poderia ser com-
espeço circunda,nte. Em geral, náo se entrâ em uma heterotopia
1,,rrado à heterotopia dos motéis americanos, onde se entra com
coÍho em ,r., -àirrho, entra-se porque se é obrigado (as prisóes, , carro e a amente, e onde a sexualidade ilegal está ao mesmo
evidentemente), ou entre-se quando se foi submetido a riros, a rcrnpo abrigada e escondida, manddâ afastada sem, no entento,
uma purificaçáo. Há aré mesmo heterotopias inteiramente con- rlcixar de estar ao ar livre.
sagradas a esta purificaçáo. Purificaçáo meio-religiosa e meio- Enfim, há heterotopias que parecem abertas, nas quais, entre-
-higiênica, como nos hammam? dos mulçumanos, ou como nas r:rnto, só entrâm verdadeiramente os já iniciados. Acredita-se
(lue se teve acesso ao que há de mais simples, de mais exposto,
I Tírulo do romance de Edmond de Goncourt, século XIX (N. daT,).
2 Hamu, apécie de banho a vapor mais conhecido como "banho turco,, (N. da T.) ,1uando, de fato, se está no coraçáo do mistério; é desta maneira,

AS HETEROTOPIAS
AS HETEROTOPIAS
r.t*ii?--!!f . ri r'-!aI.i

pelo menos, que AÍagon3 entrava outrora nas casas de tolerân- ,,,rrr .sociedades hierarquizadx e militares. Sem dúvida, a mais
cia: "Hoje ainda, náo é sem certa emoçáo colegial que atrâyesso rxrr.:x)rdinária dessas tentatiyas foi a dos jesuítas no Paraguai.
estes limiares de excitabilidade pârticular. Neles persigo o grande t ,,rn efeito, no Paraguai, os jesuítas fundaram uma colônia mara-
desejo abstrato que às yezes se depreende de certas âguras que vrllrosa onde a vida por inteiro era regulamentada, onde reinava o
jamais amei. Um fervor se emana. Nem por um instante penso rr'1,,irne mais perfeito do comunismo, pois as terras e os rebanhos
no lado social desses lugares. A expressáo casa dr tolerância nâo jardim era atribuído
1rt'r'tcnciam a todos. Apenas um pequeno
pode ser pronunciada seriamente." ,r t;rda família, as casas eram dispostas em fileiras ao longo de
É aí, sem dúvida, que encontramos o que de mais essencial ,ltrrrs ruas que se cruzevam em ângulo reto. Ao fundo da praça
existe nas heterotopias. Elas sáo a contestaçáo de todos os outros r crrtral do vilarejo havia uma igreja; em um lado, o colégio; no
espaços, uma contestaçáo que pode ser exercida de duas maneiras: .utro, a prisáo. Do entardecer ao amanhecer, do amanhecer ao
ou como nas câsâs de tolerância de que Aragon falava, criando ,'rrrrrrdecer, os jesuítas regulamentavam meticulosamente toda
uma ilusáo que denuncia todo o resto da realidade como ilu- ,r vida dos colonos. O toque do angelus soava às cinco horas da
sáo, ou, ao contrário, criando outro espaço real táo perfeito, táo rrr,rnhá, para o despertar; depois, marcaya-se o início do trabalho;
meticuloso, táo bem disposto quanto o nosso é desordenado, mal ,r,, rneio-dia, o sino chamava as pessoas, homens e mulheres que
posto e desarranjado; é como este último que funcionaram, ao rr:rbalhavam nos campos; às seis horas, reuniáo pâre o jantar; e,
menos no projeto dos homens, durante algum tempo - princi- i rrrcia-noite, o sino soava de novo e era entáo o que se denomi-
palmente no século XVIII - as colônias. Seguramente, as colônias rr,rvrr sino do "despertar conjugal", pois os jesuítas, empenhados
tinham uma grande utilidade econômica, mas existiam valores (1r('cstavam em que os colonos se reproduzissem, todas as noites
imaginários que lhes eram agregados e, sem dúvida, estes valores l,.r,lrrlavam alegremente o sino pâra que a populaçáo pudesse pro-
eram devidos ao prestígio próprio das heterotopias. Foi assim Irít'rrrr, o que, aliás, ela fez, pois de 130.000 que erâm no começo
que, nos séculos XVII e XVIII, as sociedades puritanas inglesas ,l.r colonizaçáo jesuíta, os índios tornaram-se 400.000 no meio
tentaram fundar na América sociedades absolutamente perfeitas; ,1., século XVIII. Temos aí o exemplo de uma sociedade intei-
foi assim que no final do século XIX e ainda no começo do século r,unente fechada em si mesma, sem laço algum que a ligasse ao
)O(, nas colônias francesas, Lyauteya e seus sucessores sonharam r('sto do mundo, salvo o comércio e os consideráveis benefícios
llitos pela Companhia de Jesus.
3 Louis fuagon (1897-1982), escritor francês, um dos iniciadores do surrealismo (N. da T.).
4 louis Huben Lyautey Gonalve (1854-1934), militar francês com atuaçâo principalmente ns colônir Com a colônia, temos uma heterotopia que, de certo modo,
(N. daT,).
r: irrgênua demais para querer realizar uma ilusáo. Com a casa de

AS HETEROTOPIAS
AS HETEROTOPIAS
tolerância, temos, em contrapartida, uma heterotopia que é sutil
ou hábil demais para querer dissipar a realidade com a força únicr
das ilusóes. E se considerarmos que o barco, o grande barco do
século XIX, é um pedaço de espaço flutuanre, lugar sem lugar,
com vida própria, fechado em si, livre em certo sentido, mas
fatalmente ligado ao infinito do mar e que, de porto em porto,
de zona em zona, de costa a costa, vai até as colônias procurar
o que de mais precioso elas escondem naqueles jardins orientais
que evocávamos há pouco, compreenderemos porque o barco
foi, para nossa civilizaçâo - pelo menos desde o século XVI * ao
mesmo tempo, o maior instrumento econômico e nossa maior
reserva de imaginaçáo. O navio é a heterotopia por excelência.
Civilizaçóes sem barcos sáo como criânçes cujos pais náo tivessem
uma grande cama na qual pudessem brincar; seus sonhos entáo
se desvanecem, a espionagem substitui a aventura, e a truculência
dos policiais, abeleza ensolarada dos corsários.

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