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collection

COURS

Droit pénal

Des affaires

2 e édition

LMD

cours

& TD

Philippe Bonfils

Eudoxie Gallardo

collection COURS Droit pénal Des affaires 2 e édition LMD c ours & TD Philippe Bonfils
SOMMAIRE COURS
SOMMAIRE
COURS

Section 1 La notion de droit pénal des affaires

19

§1. La définition du droit pénal des affaires

20

§2. Le contenu du droit pénal des affaires

24

Section 2 Lévolution du droit pénal des affaires

25

§1. La genèse du droit pénal des affaires

25

§2. La physionomie contemporaine du droit pénal des affaires

27

PREMIÈRE PARTIE LA SPÉCIFICITÉ DU DROIT PÉNAL DES AFFAIRES

Chapitre 1 La spécificité du droit pénal des affaires au regard du droit pénal général

 

Section 1 La spécificité de linfraction en droit pénal des affaires

35

§1. La spécificité des sources en droit pénal des affaires

36

I. La diversité des sources du droit pénal des affaires

36

II. Laffaiblissement du principe de légalité criminelle

38

§2. La spécificité des éléments constitutifs de linfraction en droit pénal des affaires

40

I. La spécificité de lélément matériel

41

II. La spécificité de lélément moral

42

Section 2 La spécificité de la responsabilité en droit pénal des affaires

43

§1. La détermination de la personne responsable pénalement dans lentreprise

44

I. Le domaine de la responsabilité pénale du chef dentreprise

44

II. Les conditions de la responsabilité pénale du chef dentreprise

45

§2. La responsabilité pénale de lentreprise personne morale

46

I. Le domaine de la responsabilité pénale des personnes morales

48

II. La mise en œuvre de la responsabilité pénale des personnes morales

50

Section 3 La spécificité des sanctions en droit pénal des affaires

52

§1. Les sanctions répressives extra-pénales

52

I. La notion de sanction répressive extrapénale

53

II. Le régime des sanctions répressives extrapénales

53

§2. Les sanctions pénales

55

I. Les peines encourues

55

II. Les peines prononcées

56

Chapitre 2 La spécificité du droit pénal des affaires au regard de la procédure pénale

Section 1 La justice en droit pénal des affaires

59

§1. Les règles de compétence

60

I.

La spécialisation des juridictions

60

DROIT PÉNAL DES AFFAIRES

II.

Lindépendance du contentieux pénal

61

§2. Les règles de preuve

63

I. La révélation de linfraction

63

II. Létablissement de la preuve

64

Section 2 Laction publique en droit pénal des affaires

66

§1. Le déclenchement de laction publique

66

I. La participation des administrations à la mise en mouvement de laction publique

66

II. La participation des personnes morales agissant dans un intérêt collectif à la mise en mouvement de laction publique

67

§2. Lextinction de laction publique

68

I. La prescription en droit pénal des affaires

69

II. La transaction en droit pénal des affaires

71

DEUXIÈME PARTIE LE DROIT PÉNAL COMMUN DES AFFAIRES

Chapitre 1 Les infractions contre les biens

 

Section 1 Le vol

75

§1. Les éléments du vol

75

I. La chose susceptible dêtre volée

76

II. La matérialité du vol

77

III. Lélément moral du vol

78

§2. La répression du vol

78

I. Les peines applicables

79

II. Les modalités de la poursuite

80

Section 2 Lescroquerie

81

§1. Les éléments de lescroquerie

82

I. Les moyens de lescroquerie

82

II. La remise des biens

84

III. Lintention frauduleuse

85

§2. La répression de lescroquerie

85

I. Les modalités de poursuite

85

II. Les peines encourues

87

Section 3 Labus de confiance

89

§1. Les éléments de labus de confiance

89

I. La remise préalable dun bien

89

II. Le détournement du bien remis

92

III. Lintention frauduleuse

94

§2. La répression de labus de confiance

94

I. Le régime de labus de confiance

94

II. Les peines applicables à labus de confiance

96

Section 4 Le recel

98

§1. Les éléments du recel

98

I.

La chose recelée

98

Sommaire

II. La matérialité du recel

99

III. Lélément moral du recel

100

§2. La répression du recel

101

I. Le régime du recel

101

II. Les peines du recel

102

Section 5 Le blanchiment

103

§1. Les éléments du blanchiment

104

I. La condition préalable : le produit dune infraction

104

II. Les éléments constitutifs du blanchiment

104

§2. La répression du blanchiment

105

I. Le régime du blanchiment

105

II. Les peines du blanchiment

107

Chapitre 2 Les infractions contre létat, la nation et la paix publique

Section 1 Le faux (et lusage de faux)

109

§1. Les éléments constitutifs du faux

110

I. Lélément matériel du faux

110

II. Lélément moral du faux

112

III. Lusage de faux

113

§2. La répression du faux (et de lusage)

114

I. Le régime du faux et de lusage de faux

114

II. Les peines du faux et de lusage de faux

115

Section 2 La corruption

117

§1. Les éléments de la corruption

119

I. Les éléments génériques de la corruption

119

II. Les incriminations spécifiques de la corruption

121

§2. La répression de la corruption

124

I. Le régime de la corruption

124

II. Les peines de la corruption

125

Section 3 Le trafic dinfluence

128

§1. Les éléments du trafic dinfluence

128

I. Les éléments génériques du trafic dinfluence

128

II. Les incriminations spécifiques du trafic dinfluence

130

§2. La répression du trafic dinfluence

131

I. Le régime du trafic dinfluence

132

II. Les peines du trafic dinfluence

132

Section 4 La prise illégale dintérêts

133

§1. La prise illégale dintérêts de dépositaires de lautorité publique ou élus en fonction

134

I. Les éléments constitutifs de la prise illégale dintérêts de dépositaires de lautorité publique ou élus

134

II. La répression de la prise illégale dintérêts de dépositaires de lautorité publique ou élus

136

DROIT PÉNAL DES AFFAIRES

§2. La prise illégale dintérêts danciens dépositaires de lautorité publique

138

I. Les éléments constitutifs de la prise illégale dintérêts danciens dépositaires de lautorité publique

138

II. La répression de la prise illégale dintérêts danciens dépositaires de lautorité publique 139

Section 5 Le favoritisme

140

§1. Les éléments du favoritisme

140

I. La matérialité du favoritisme

140

II. Lélément moral

du favoritisme

142

§2. La répression du favoritisme

143

I. Les peines du favoritisme

143

II. Les modalités de la répression du favoritisme

144

TROISIÈME PARTIE LE DROIT PÉNAL SPÉCIAL DES AFFAIRES

Chapitre 1 Les infractions relatives au fonctionnement interne de lentreprise

 

Section 1 Les infractions du droit des sociétés

149

§1. Les incriminations en matière de constitution des sociétés

150

I. Les incriminations relatives aux conditions de fond de la constitution des sociétés

151

II. Les incriminations relatives aux conditions de forme de la constitution des sociétés

153

§2. Les incriminations en matière de fonctionnement des sociétés

154

I. La protection pénale des porteurs de titre

154

II. La protection de la société contre les abus de gestion

156

III. La protection pénale du contrôle confié au commissaire aux comptes

165

IV. La protection pénale du capital social

167

§3. Les incriminations en matière de dissolution des sociétés

169

Section 2 Les infractions en droit des procédures collectives

171

§1. La banqueroute

172

I. Les éléments de la banqueroute

172

II. La répression de la banqueroute

177

§2. Les délits connexes de la banqueroute

180

I. Les infractions commises par le débiteur

180

II. Les infractions commises par les proches du débiteur

182

III. Les infractions commises par des tiers

182

IV. Les infractions commises par les créanciers

183

V. Les infractions commises par les organes de la procédure

183

Chapitre 2 Les infractions relatives aux relations externes de lentreprise

Section 1 Les infractions en droit de la concurrence

185

§1. Les pratiques anticoncurrentielles

186

I. Lincrimination des pratiques anticoncurrentielles

187

II. La répression des pratiques anticoncurrentielles

190

§2. Les concentrations économiques

192

I.

Le contrôle des concentrations économiques

192

Sommaire

 

II.

Les sanctions des concentrations économiques prohibées

194

§3. Les pratiques restrictives de concurrence

194

 

I. Les infractions relatives aux prix

195

II. Les infractions relatives aux modalités de vente

196

Section 2 Les infractions en droit de la consommation

197

§1. Les infractions en matière de pratiques commerciales

199

 

I. Les pratiques commerciales déloyales

199

II. Les autres pratiques commerciales illicites

206

§2. Les infractions en matière de crédit

212

 

I. La réglementation des crédits

212

II. Les infractions relatives au taux dintérêt

215

§3. Les infractions relatives à la sécurité et à la conformité des produits et services

216

 

I. La tromperie

216

II. La falsification

221

Section 3 Les infractions en droit boursier

222

§1. Les délits dinitié

224

 

I. Les conditions préalables des délits dinitié

225

II. Les éléments constitutifs des délits dinitié

228

III. La répression des délits dinitié

229

§2. Le délit de manipulation de cours

231

 

I. Les éléments constitutifs de la manipulation de cours

231

II. La répression de la manipulation de cours

232

§3. Le délit de diffusion de fausses informations

233

 

I. Les éléments constitutifs de la diffusion de fausses informations

233

II. La répression de la diffusion de fausses informations

234

TRAVAUX DIRIGÉS

TRAVAUX DIRIGÉS

Séance 1 Introduction : lévolution du droit pénal des affaires

243

1 er Exercice : Dissertation : Lautonomie du droit pénal des affaires

244

Séance 2 Le crime en col blanc

259

2 e Exercice : Dissertation : Le crime en col blanc

260

Séance 3 Les sources du droit pénal des affaires : le droit européen

267

3 e Exercice : Dissertation : Lémergence dun droit pénal européen des affaires

268

Séance 4 La responsabilité pénale du chef dentreprise

275

4 e Exercice : Cas pratique

276

Séance 5 La responsabilité pénale des personnes morales

287

5 e Exercice : Commentaire darrêt

288

Séance 6 Les infractions contre les biens

303

6 e Exercice : Commentaire darrêt

304

DROIT PÉNAL DES AFFAIRES

Séance 7 Les infractions de conséquence

315

7 e Exercice : Cas pratique

316

Séance 8 Les infractions contre létat, la nation, et la paix publique

327

8 e Exercice : Cas pratique

328

Séance 9 Labus de biens sociaux

337

9 e Exercice : Commentaire darrêt sur la prescription du délit dabus de bien sociaux

338

Séance 10 La banqueroute

349

10 e Exercice : Cas pratique

350

Séance 11 Les délits dinitiés et de manipulation de cours

363

11 e Exercice : Commentaire darrêt

364

Séance 12 Le droit pénal de la concurrence

377

12 e Exercice : Cas pratique

378

Séance 13 Droit pénal de la consommation

387

13 e Exercice : Cas pratique

388

Séance 14 Les procédures spéciales applicables aux infractions économiques et financières : la garde à vue

403

14 e Exercice : Commentaire darrêt

404

Séance 15 Prescription et action civile en droit pénal des affaires

415

15 e Exercice : Cas pratique

416

Séance 16 Cas pratique récapitulatif

427

16 e Exercice : cas pratique

428

INDEX

441

SÉANCE 16

Cas pratique récapitulatif

427

DROIT PÉNAL DES AFFAIRES

16 e Exercice cas pratique

Sofian Anane, doctorant en droit privé, laboratoire de droit privé et de sciences criminelles, Aix-Marseille Université

« Charles est, depuis sa plus tendre enfance, un grand amateur dart ancien. Rien déton- nant donc à ce quil soit devenu commissaire-priseur. Professionnel passionné et reconnu par ses pairs, Charles est sans cesse à la recherche dœuvres rares afin de faire briller le blason de son hôtel de ventes. Un jour, son ami Antoine, galeriste et peintre à ses heures perdues, lui annonce quil vient de faire une découverte intéressante : un marchand offi- ciant dans lombre revend à prix dor de somptueuses œuvres de Gustav Klimt, signées, authentifiées mais inconnues du grand public. Charles, séduit par cette trouvaille accepte sans hésiter de voir trois œuvres afin den faire lacquisition. La rencontre se passe en toute discrétion dans un atelier sous-terrain du centre ville mis à disposition par Antoine et à une heure très tardive. Habitué à la discrétion du monde de lart, Charles ne sen offusque pas. Il se sent même privilégié dêtre ainsi le premier à découvrir ce qui pourrait faire lobjet de la vente du siècle. Laffaire est conclue. Six mois plus tard, et après de multiples vérifications quant à lauthenticité des tableaux, il organise la vente de ces trois œuvres, réunissant les plus grands noms du monde de lart. Malheureusement, le lendemain de cet événement lon apprend que ces œuvres ont été dérobées dans une maison quelque part dans la campagne bordelaise. Charles est alors conspué de toutes parts et perd une grande partie de ses clients. Le temps que la tempête se calme, il décide de prendre quelques jours de vacances chez son ami Paul Martin. Ce dernier dirige une grande entreprise de parfumerie florissante, la société anonyme (S. A. ) « Marlin ». Face à la prospérité de ses affaires, Paul décide dengager une nouvelle directrice de la communication. Peinant à trouver le candidat idéal, il se souvient que son épouse Florence a, elle même, étudié la communication dans une grande université américaine et lui propose donc le poste envisagé. Florence accepte avec joie mais trop habituée à loisiveté luxueuse dans laquelle elle évolue depuis maintenant plus de dix ans, finit par délaisser ses obligations professionnelles au profit de diverses activités entre amies grâce aux avantages que lui fournissent son statut de directrice de la communication de la société : luxueuse voiture de fonction, lèche-vitrine, déjeuners dans des établissements gastronomiques, etc. Nosant pas affronter son épouse au risque de la vexer, Paul laisse perdurer cette situation, et continue de lui verser son salaire. Alors que la communication de la société bat de laile, Paul exhorte son épouse à changer dattitude. Un soir, Paul croise, par hasard, le chemin dArthur, un ancien camarade duniversité, devenu depuis, journaliste financier pour un grand mensuel économique. En lhonneur du bon vieux temps, ils se réunissent autour dun verre. Alors quArthur donne son opinion sur les grands problèmes économiques du moment, il explique quun certain nombre de sociétés sont en train dexploser sur les marchés financiers et que sil y avait un moment idéal pour investir son argent dans leurs activités, cétait bien celui-ci. Prenant bonne note de ce conseil, dès le lendemain, Paul procède à ces investissements qui lui rapporteront

428

Cas pratique récapitulatif

des sommes astronomiques. Il en profitera pour donner une partie de cet argent à sa fille Mathilde, afin que celle-ci puisse lancer sa maison dédition littéraire. Lépoux de Mathilde, Benjamin, jeune directeur dune société daudit financier, développe chaque mois un peu plus ses bénéfices. Il reçoit ainsi de la part dun fidèle client une somme rondelette en provenance directe dun compte bancaire domicilié aux îles Caïman. Ne souhaitant pas trop se poser de questions sur la provenance de cet argent, Benjamin décide de lutiliser pour offrir à Mathilde une immense maison en Normandie. Les excès de Florence se multiplient et contraignent Paul à envisager de se séparer de sa société. Avant de prendre cette décision irrévocable, il emprunte de largent auprès de son banquier à un taux exorbitant afin de couvrir les centaines de milliers deuros de dettes contractées par la société Marlin. Le banquier, peu enclin à procéder ainsi accepte néan- moins, touché par la détresse de Paul. » Étudiez les différentes infractions commises et la situation de leurs auteurs.

***

Proposition de corrigé

Le cas pratique présenté contient de nombreuses situations pouvant recevoir des quali- fications pénales. Il sagira ainsi de faire preuve de pragmatisme et de traiter dans un premier temps lachat des tableaux par Charles (I), dans un second temps, les actes accomplis par Paul et par son entourage (II) et enfin leffet de la fusion- absoprtion de la société Marlin avec le groupe L. P. V. sur les infractions précédemment commises (III).

I. Le cas de Charles

Charles, commissaire-priseur, a été mis en contact avec un marchant dart qui souhaite lui vendre trois œuvres inconnues du célèbre peintre Gustav Klimt. Il achète ces œuvres, aidé de son ami Antoine, et au moment de leur vente, lon découvre quelles ont été volées dans une maison. Lachat et la revente de ces œuvres par Charles (A), mais également laide apportée par Antoine au cours de la transaction (B) doivent être envi- sagés.

A. Lachat des œuvres de Gustav Klimt par Charles

En sappropriant ces tableaux Charles a-t-il adopté un comportement susceptible de recevoir une qualification pénale ? Pour répondre à cette question, il faut examiner les faits à laune du délit de vol, une fois lexistence de ce délit démontrée (1), lon découvre le recel qui peut être reproché à Charles et au marchand dart (2).

1. La caractérisation du délit de vol

Larticle 311-1 du Code pénal définit le vol comme la soustraction frauduleuse de la chose dautrui. Cette définition pose comme préalable que lobjet du délit soit une chose appartenant à une autre personne que celui qui commet linfraction.

429

DROIT PÉNAL DES AFFAIRES

Quen est-il en lespèce ? Les tableaux sont des choses corporelles qui entrent donc bien dans la qualification prévue par le Code pénal. Par ailleurs, ces tableaux sont bien la propriété dautrui. En effet, il est précisé dans les faits que les œuvres ont été déro- bées dans une maison située dans la campagne bordelaise. En labsence de tout élément permettant détablir que les œuvres ont été abandonnées par leur légitime propriétaire ou confiée au marchand dart par celui-ci, la soustraction ne peut quavoir été commise de manière frauduleuse. Les tableaux de Gustave Klimt ont donc bien été volés. Pour autant, le rôle de Charles dans la réalisation des faits nest pas celui dauteur. En effet, ce nest pas lui qui a subtilisé les tableaux dans la maison à laquelle ils apparte- naient, il ne fait que tirer profit du vol en achetant ces tableaux afin de les revendre.

2. La révélation du recel de vol

Larticle 321-1 du Code pénal présente deux manières de commettre le délit de recel dune infraction. Dabord par le fait de dissimuler, détenir ou transmettre une chose, ou de faire office dintermédiaire afin de la transmettre, en sachant que cette chose provient dun crime ou dun délit. Ensuite, par le fait, en connaissance de cause, de bénéficier, par tout moyen, du produit dun crime ou dun délit. Charles, en achetant les tableaux de Klimt au marchand dart et en ayant pour projet de les revendre, est sur le point de réaliser un profit à partir de ces œuvres, objet dun délit de vol. Pour autant, les faits précisent que la vente ne peut avoir lieu dans la mesure où lorigine des œuvres est révélée avant celle-ci. Charles se sera donc contenté de les acheter, et les aura conservés six mois en attendant une vente qui naura pas lieu. Le bénéfice au sens de larticle 321-1, alinéa 2 du Code pénal est-il en lespèce caracté- risé ? La chambre criminelle de la cour de cassation répond à cette question dans un arrêt du 2 avril 1998 (nº 97-80. 726), dans lequel elle retient dans la définition du recel la conservation dans une annexe, par le conservateur dun musée, dobjets anciens quil savait volés par dautres, et lachat pour les conserver ou les revendre, de vases et de poteries antiques, quil savait provenir de fouilles irrégulières et de vols dans des tombes. En lespèce, Charles a conservé les tableaux plus de six mois durant lesquels il les a fait expertiser à maintes reprises afin de les revendre. Il a donc matériellement commis le délit de recel de vol. Dun point de vue intellectuel en revanche, le texte exige que lauteur du recel sache que la provenance des objets est irrégulière. Il faut donc démontrer que Charles savait que les tableaux de Klimt avaient une origine frauduleuse pour pouvoir lui reprocher le délit de recel. En lespèce, les faits établissent que Charles était surpris par les conditions dans lesquelles il a eu accès aux tableaux : de nuit, dans un local en sous-sol. Il ne sen est pas pour autant offusqué en raison de la traditionnelle discrétion du monde de lart. En tant que commissaire priseur expérimenté, Charles connaît parfaitement les circuits légaux de transferts dœuvres dart, il semble donc peu probable quil nait pas eu la présence desprit de vérifier lorigine des œuvres qui lui ont été présentées. Il aura donc du mal à établir sa bonne foi en la matière et prouver quil nétait pas au courant

430

Cas pratique récapitulatif

que ces œuvres avaient une origine illicite. Pour autant, sur ce point, la jurisprudence de la chambre criminelle est claire, et considère que lexistence de doutes sur la prove- nance des acquisitions du prévenu nimplique pas quil ait eu connaissance de leur origine frauduleuse (v. not. crim. 16 nov. 1983, inédit). Mais, à propos dun antiquaire, la haute juridiction a encore pu juger quen sa qualité de professionnel, un prévenu ne pouvait douter de lorigine frauduleuse douvrages de grande valeur, dès lors que celui qui les lui proposait, « simple chineur », navait aucune raison professionnelle de détenir des objets aussi rares (crim. 5 mai 1993, nº 91-83. 101). De plus, et la jurispru- dence de la cour de cassation est constante sur ce point, le receleur na pas à connaître la qualification exacte de linfraction dorigine, les circonstances de celle-ci, ni même lidentité de lauteur (v. par ex. Crim. 6 oct. 2004, nº 03-85. 810). Si les faits de recel de vol sont retenus contre lui, Charles encourra la peine de cinq ans demprisonnement et de 375 000 euros damende. Cest encore la situation dAntoine, lami de Charles, qui a prêté son atelier au vendeur des œuvres dart volées afin que la rencontre avec Charles ait lieu en toute discrétion.

B. La mise à disposition de latelier par Antoine

Le fait, pour Antoine, de mettre à disposition son atelier pour permettre lachat dœuvres dart volées est-il susceptible de recevoir une qualification pénale ? Si lon peut exclure a priori la qualification de complice du vol initial, on ne peut ignorer quAntoine a apporté son aide à la vente des tableaux volés de Gustav Klimt. Cette aide sest manifestée par la mise à disposition de son atelier. En apportant cette aide, il a concouru à linfraction commise par le marchand dart. Pour identifier avec précision le rôle dAntoine au regard du comportement du marchand dart (2) il convient, en premier lieu, de qualifier celui-ci (1).

1. La qualification des faits commis par le marchand dart

Rien ne permet daffirmer avec certitude que le marchand dart est le voleur des tableaux. Le délit de vol initial ne peut donc lui être imputé. En revanche, en tentant de revendre des œuvres dart volées à Charles, il sinscrit dans liter criminis en tant que receleur. Larticle 321-1, alinéa premier, du Code pénal désigne comme receleur toute personne qui dissimule, détient ou transmet une chose, ou fait office dintermédiaire afin de la transmettre, en sachant que cette chose provient dun crime ou dun délit Là encore, linfraction principale demeure le vol initial, et le marchand dart, sil nest pas lauteur de linfraction dorigine, fait office dintermédiaire afin de revendre les tableaux de Gustav Klimt. Son comportement entre donc bien dans la matérialité prévue par le texte. Du point de vue de lélément intentionnel, comme cela a été établi à légard de Charles, ni le texte ni la jurisprudence nexigent que lauteur du recel ait connaissance de la qualification exacte de linfraction principale ou de lidentité de son auteur. En revanche, il conviendra de caractériser à légard du marchand dart un dol spécial consistant en la connaissance de lorigine frauduleuse des biens (crim. 30 octobre 1978, Bull. crim.,

431

DROIT PÉNAL DES AFFAIRES

nº 291). Sur ce point, et comme pour Charles, la qualité de professionnel de lart accentue la sévérité des juridictions en matière de connaissance de lorigine frauduleuse des biens (v. crim. 5 mai 1993, préc. cité). Si lintention ne se présume pas à partir de simples doutes (crim. 16 nov. 1983, préc. cité), le statut de marchand dart du vendeur des œuvres volées rendra la possibilité pour lui de se dégager de sa responsabilité pénale plus difficile. Pour de tels faits, le marchand dart encourt une peine de 5 ans demprisonnement et de 375 000 euros damende.

2. La qualification des faits commis par Antoine

Antoine na ni volé les tableaux, ni tiré un profit de leur achat par Antoine ou le marchand dart. Son rôle dans les faits sest limité à prêter son atelier afin que la tran- saction entre son ami et le vendeur puisse avoir lieu. Cette aide peut-elle recevoir une qualification pénale ? Larticle 121-7 du Code pénal envisage la complicité dune infraction en facilitant sciem- ment la commission de celle-ci par son aide ou son assistance. Matériellement, laide ou lassistance doit se manifester par un acte antérieur ou conco- mitant à linfraction principale. En lespèce, Antoine a prêté son atelier au moment où le recel a été commis, car il a servi de théâtre. La concomitance à linfraction principale est donc incontestable. Du point de vue de lélément moral, il faut démontrer à légard de lagent concerné la conscience et la volonté dapporter son aide ou son assistance à la commission dune infraction et la matérialité de lacte, ici, laide ou lassistance. En lespèce, Antoine a volontairement prêté son local afin de permettre à la vente de se réaliser. Toutefois, cela ne démontre pas à son encontre la conscience et la volonté de prêter son concours à une opération de recel. Pour retenir lélément intellectuel, il faut démontrer quAntoine savait que le marchand dart était en train de commettre une infraction et quil ly aidait. Il fallait donc quil sache, par voie de conséquence, que les tableaux avaient une origine frauduleuse. La jurisprudence de la chambre criminelle est très claire sur ce point, la complicité par aide et assistance nest punissable que si cette aide a été apportée sciemment à lauteur principal dans les faits qui ont facilité la préparation ou la consommation de linfraction (v. not. crim. 19 juin 2001, Bull. crim. nº 148). Donc Antoine devait, en prêtant son atelier, savoir quil apportait son aide à la réalisation de linfraction commise par le marchand dart. Le même problème délément intentionnel qui se posait à légard des deux autres protagonistes se pose à propos des deux autres protagonistes : Antoine, en tant que professionnel et connaisseur du monde de lart (les faits établissent quil dispose dune galerie et pratique la peinture), se verra confronté à la sévérité des juridictions pénales sil souhaite prouver quil nétait pas au courant de lorigine frauduleuse des tableaux. En vertu de larticle 121-6 du Code pénal qui dispose que le complice de linfraction est puni comme auteur, Antoine encourt les mêmes peines que le marchand dart et que Charles cest-à-dire 5 ans demprisonnement et de 375 000 euros damende.

432

Cas pratique récapitulatif

Charles et le marchand dart peuvent se voir appliquer la qualification de recel de vol et Antoine pourra être considéré comme complice du recel commis par le marchand dart.

II. Le cas de Paul et de son entourage

Paul, au cours de la gestion de la S. A. « Marlin » accomplit un certain nombre dactes susceptibles de recevoir une qualification pénale (A). À côté des faits commis par Paul, son épouse, sa fille et son gendre commettent également diverses infractions (B).

A. La situation pénale de Paul

Paul nomme comme directrice de la communication son épouse, Florence. Celle-ci naccomplit pas ses obligations professionnelles et Paul, au courant de cette situation néfaste pour lentreprise continue de lui verser son salaire (1). Par la suite, Paul, judi- cieusement conseillé par un ami opère un investissement qui lui rapporte beaucoup dargent (2). Enfin, alors que les finances de lentreprise sont en danger et que la situa- tion judiciaire celle-ci daggrave, Paul emprunte de largent auprès de son banquier pour en conserver la réputation (3).

1. Labus de biens sociaux commis par le versement dun salaire sans contrepartie pour la société

Larticle L. 242-6, 3º du Code de commerce prévoit le délit dabus de biens ou de crédit sociaux des sociétés anonymes. Cette infraction est définie comme le fait, pour le prési- dent les administrateurs ou les directeurs généraux dune telle société de faire, de mauvaise foi, des biens ou du crédit de la société, un usage quils savent contraire à lintérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entre- prise dans laquelle ils sont intéressés directement ou indirectement. Lélément matériel du délit consiste pour le dirigeant à utiliser malhonnêtement les « biens » de la société à des fins contraires à son intérêt. Si le texte ne définit pas la notion de « biens sociaux », il faut néanmoins entendre tout élément du patrimoine social, au titre duquel figurent notamment les fonds sociaux. Lacte dusage envisagé par le texte peut être un acte de disposition, ou dadministration, peu importe quil sagisse dune action ou dune abstention. En lespèce Paul verse un salaire à Florence tous les mois. Celle-ci, censée occuper un poste de directrice de la communication nexerce pas ses fonctions et délaisse donc la mission qui lui a été confiée. En lui fournissant de largent pris sur les comptes sociaux chaque mois, sans aucune contrepartie pour lentreprise, Paul a sans aucun doute fait un usage des biens sociaux contraire à lintérêt de celle-ci. Les faits établissent dailleurs que la communication de la société Marlin rencontre de graves difficultés. Le préjudice pour la société Marlin ne fait alors plus aucun doute. Lélément intentionnel du délit dabus de biens sociaux nécessite la preuve de la mauvaise foi du dirigeant. Le texte exige un usage des biens « à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société dans laquelle [le dirigeant est intéressé], directement

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ou indirectement ». Pour autant, il ne faut pas lire dans cette exigence une obligation pour le dirigeant de retirer un profit de la situation. La jurisprudence entend largement cette condition et admet depuis longtemps, et de manière constante que lintérêt personnel ne soit pas seulement matériel ou patrimonial mais aussi moral (crim. 16 février 1971, Bull. crim., nº 53). En lespèce Paul en laissant perdurer cette situation défavorable pour la société, ne retire certes aucun profit personnel. En revanche, il cherche à éviter daffronter son épouse et donc sinscrit dans une recherche de relations apaisées avec celle-ci. Lintérêt moral ne fait alors pas défaut. Le délit dabus de biens sociaux est donc caractérisé à lencontre de Paul et celui-ci encourt pour de tels faits une peine de 5 ans demprisonnement et ou une amende de 375 000 euros damende. Conformément à la jurisprudence constante en la matière, le point de départ du délai de prescription (trois ans en vertu de larticle 8 du Code de procédure pénale) commencera à courir à compter du jour où linfraction est apparue dans des conditions permettant lexercice de laction civile.

2. Le recel de délit dinitiés commis à la suite des informations divulguées par Arthur

Paul rencontre par hasard un vieil ami duniversité, Arthur, journaliste économique, qui lui fait quelques confessions sur de fructueux investissements à opérer auprès de certaines sociétés dont les titres sont sur le point de prendre de la valeur en bourse. Paul suit ce conseil et en récolte beaucoup dargent dont il fait profiter à la fois sa société et sa fille. Afin de savoir si cela constitue une infraction pénale (b), il faut qualifier les faits commis par Arthur, lami de Paul (a).

a. La divulgation dinformations boursières par Arthur

Arthur en donnant à Paul des informations qui ne semblent pas être accessibles au grand public se place dans une situation de délit dinitiés. Larticle L. 465-1, alinéa 2 du Code monétaire et financier réprime le fait « pour toute

personne disposant dans lexercice de sa profession ou de ses fonctions dune informa- tion privilégiée sur les perspectives ou la situation dun émetteur ou de ses titres admis

aux négociations sur un marché réglementé [ de la communiquer à un tiers en

dehors du cadre normal de sa profession ou de ses fonctions ». Le délit dinitiés suppose une double condition préalable. Dabord ce texte vise en réalité ceux quil est convenu dappeler les « initiés de deuxième rang » qui ont, à loccasion de lexercice de leurs fonctions, accès à des informations boursières et qui les divulguent hors du cadre professionnel. Ensuite, le délit suppose que soit divulguée une information particulière. La jurisprudence est venue préciser quil fallait entendre « tout renseigne- ment revêtant un caractère précis, particulier et certain ». De plus, cette information doit encore concerner les perspectives ou la situation dun émetteur dont les titres sont négociés sur un marché règlementé. En lespèce, la première des conditions est remplie. Arthur a obtenu une information concernant des sociétés au cours de lexercice de ses fonctions de journaliste écono- mique. En effet, la jurisprudence a une vision très large des personnes concernées par

]

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Cas pratique récapitulatif

cette catégorie dinitiés et a déjà admis quun journaliste financier y soit rattaché (TGI Paris, 12 mai 1976, JCP 1976. II. 18496, note Tunc). Quant à la seconde condition préalable du délit il faut démontrer que linformation qua reçue Paul est bien une information particulière et utilisable. Les critères dappréciation de linformation ont été donnés dans un arrêt de la chambre criminelle rendu le 26 juin 1995 (Bull. crim. nº 233) : celle-ci doit sapprécier de manière objective en fonction de son seul contenu et non de celui qui lutilise. Il est dès lors difficile de savoir si Paul a bien reçu une information privilégiée au sens du texte. En effet, les faits nétablissent pas précisément si linformation dépassait le simple « conseil » dinvestissement. Davantage de précisions sont données par larticle 7 (a) du Règlement (UE) nº 596/2014 du Parlement européen et du Conseil du 16 avril 2014 qui définit linformation privilégiée comme « une information à caractère précis qui na pas été rendue publique, qui concerne, directement ou indirectement, un ou plusieurs émetteurs, ou un ou plusieurs instruments financiers, et qui, si elle était rendue publique, serait susceptible dinfluencer de façon sensible le cours des instruments financiers concernés ou le cours dinstruments financiers dérivés qui leur sont liés ». En lespèce les propos dArthur concernaient bien des sociétés précises et si ces informations avaient été rendues publiques elles auraient influencé le cours des titres en question. On peut donc considérer que Paul a reçu une information privilégiée au sens du Code monétaire et financier. La matérialité du délit dinitiés au sens du deuxième alinéa de larticle L. 465-2 du Code monétaire et financier suppose la communication dinformations privilégiées. Linitié ne réalise pas lui-même lopération mais manque à son devoir de confidentialité en donnant les informations à autrui. Peu importe que le récipiendaire de linformation lutilise ou non. En lespèce Arthur a bien transmis une information privilégiée à Paul. Il a divulgué le fait que certaines sociétés étaient sur le point de voir leurs titres prendre de la valeur sur le marché boursier, information qui nétait pas encore publique au moment où il en a fait part à Paul. Les délits dinitiés sont des infractions intentionnelles. En lespèce Arthur a bien eu lintention de révéler ces informations à Paul car les faits établissent quil lui donne un conseil. Il savait donc exactement ce quil faisait. Par conséquent, tous les éléments du délit dinitiés de larticle L. 465-1, alinéa 2 du Code monétaire et financier, sont remplis à légard dArthur. Celui-ci encourt une peine de deux ans demprisonnement et d1 500 000 euros damende.

b. Lutilisation des informations boursières par Paul

Le fait pour Paul davoir utilisé ces informations issues dun délit dinitiés lexpose-t-il à des poursuites pénales ? En tirant profit dun délit Paul a vraisemblablement commis un recel, en vertu de la définition donnée par larticle 321-1 du Code pénal. En matière de délits dinitiés si le recel est punissable, lutilisation de cette incrimination a perdu une bonne partie de son intérêt depuis que la loi nº 2001-1062 du 15 novembre 2001 a inséré un alinéa 3 à larticle L. 465-1 du Code monétaire et financier, visant à

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réprimer une troisième catégorie dinitiés. Est ici visé le fait « pour toute personne », autre que celles des initiés du premier et du second cercle possédant en connaissance de cause des informations privilégiées sur la situation ou les perspectives dun émetteur dont les titres sont négociés sur un marché réglementé ou sur les perspectives dévolu- tion dun instrument financier, de tenter de réaliser ou de permettre de réaliser directe- ment ou indirectement, une opération ou de communiquer à un tiers des informations, avant que le public en ait connaissance. Cette troisième catégorie dinitiés érige en infraction autonome ce qui, traditionnelle- ment serait réprimé sous la qualification de recel dinitiés. Ainsi en lespèce Paul, nappartenant ni au premier cercle dinitiés, ni au second, entre bien dans ce troisième cercle que le législateur a volontairement voulu large. Disposant de linformation divul- guée par Arthur, il a bien réalisé une opération avant que le public en ait connaissance. Ainsi, Paul pourra-t-il également être poursuivi pour délit dinitiés. La peine encourue pour les faits le concernant est dun an demprisonnement et 150 000 euros damende.

3. Lemprunt de Paul auprès de la banque

Alors que la SA Marlin se trouve dans une situation financière critique, Paul tente une dernière fois de la sauver et emprunte auprès de sa banque une somme à un taux dintérêt exorbitant afin de conserver une vitre de solvabilité. En période de difficultés de nombreuses infractions peuvent être commises au sein dune entreprise. Cest notamment le cas de la banqueroute prévue par larticle L. 654- 1 du Code de commerce. Deux conditions préalables sont à remplir. La première tient à lauteur du délit : en vertu du 2º du texte précité, peut être banqueroutier tout dirigeant dune entreprise. La deuxième condition préalable tient à louverture dune procédure collective. En effet, larticle L 654-2 du Code de commerce exige du juge pénal quil constate non seulement louverture dune procédure collective, mais encore la date de cessation des paiements de la société. En lespèce Paul, en tant que dirigeant de la SA Marlin peut être qualifié de banquerou- tier. Toutefois, les faits ne font apparaître aucune date de cessation des paiements ni aucun jugement douverture dune procédure de redressement ou de liquidation judi- ciaire. Les conditions préalables nétant pas toutes remplies, Paul ne peut être inquiété pour cet emprunt.

B. La situation pénale de lentourage de Paul

Florence, lépouse de Paul, qui bénéficie dun salaire sans occuper son poste, fait appel à William Teller pour remplir sa mission de gestion de la communication de lentreprise Marlin. Pour le remercier daccepter elle lui offre un accès aux collections et aux évène- ments de la marque (1). Mathilde, la fille de Paul, se voit offrir par son père une somme dargent confortable issue du profit réalisé par celui-ci sur les conseils dArthur, son ami journaliste financier (2), et enfin Benjamin, le mari de Mathilde, reçoit de largent venu dun compte domicilié outre-mer et lutilise afin doffrir à son épouse une maison

(3).

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Cas pratique récapitulatif

1. La situation de Florence

Florence refuse de remplir sa mission de directrice de communication de la société Marlin. Elle perçoit son salaire mais utilise son temps de travail et le matériel mis à sa disposition dans ce cadre pour se détendre avec des amies. Ce comportement peut senvisager dabord à travers le prisme du recel (a) mais également à travers celui de labus de confiance (b).

a. Le recel dabus de biens sociaux

En vertu de larticle 321-1, alinéa 2, du Code pénal, Florence bénéficie du produit dun délit. Linfraction principale a bien été caractérisée à légard de Paul, qui commet un abus de biens sociaux en versant à son épouse son salaire, sans contrepartie pour lentreprise. Le recel sera caractérisé à lencontre de Florence si lon démontre quelle savait que le versement de son salaire constituait une infraction pénale. Les faits établissent que la société Marlin avait, à lorigine, été fondée par Paul et Florence. Ainsi, celle-ci peut diffi- cilement invoquer sa bonne foi et prétendre nêtre pas au courant des actes de gestion dun chef dentreprise qui peuvent lui faire encourir des sanctions pénales. Elle avait nécessairement conscience de ne pas exercer son emploi et savait que son salaire lui était versé à partir des fonds de la société. Par conséquent, lon pourra reprocher à Florence un recel dabus de biens sociaux. Elle encourt pour de tels faits une peine de cinq ans demprisonnement et 375 000 euros damende.

b. Labus de confiance

Larticle 314-1 du Code pénal définit labus de confiance comme le fait par une personne de détourner, au préjudice dautrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et quelle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou den faire un usage déterminé. Labus de confiance suppose la remise préalable dun bien, de fonds ou de valeurs. Le détournement peut avoir lieu par défaut daffectation ou de destination et le préjudice causé à la victime. Enfin, le délit est nécessairement intentionnel. En lespèce, les faits font apparaître que Florence utilise tous les avantages matériels de la société Marlin, et notamment une voiture de fonctions à des fins autres que profes- sionnelles. Elle détourne donc les biens qui lui ont été confiés dans un but déterminé, celui de lexercice de sa fonction de directrice de communication de la société. Dans un arrêt du 13 février 1984 (Bull. crim. nº 49), la chambre criminelle a ainsi pu juger que labus de confiance était caractérisé par lutilisation dun véhicule de fonctions à des fins personnelles. Par ailleurs et plus récemment, un arrêt de la chambre criminelle est venu offrir une conception nouvelle de lincrimination dabus de confiance. La haute cour a considéré que lutilisation, par un salarié, de son temps de travail, à des fins autres que celles pour lesquelles il perçoit une rémunération de son employeur, constitue un abus de confiance (crim. 19 juin 2013 (Bull. crim. nº 145). Cette décision originale vient assimiler

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le temps de travail à un service pour admettre que le salarié puisse le détourner dans le cadre de ce délit. En lespèce cette solution est également applicable à la situation de Florence qui utilise tout son temps de travail à des fins autres que celles pour lesquelles elle est rému- nérée. Du point de vue de lélément intentionnel du délit, Florence ne pourra invoquer sa bonne foi, dans la mesure où elle refuse, malgré les sollicitations de Paul dexercer ses fonc- tions. Elle a, par ailleurs, pleinement conscience dutiliser tant la voiture de fonction que son temps de travail à des fins éloignées de ce que Paul attend dune directrice de la communication. Enfin, le préjudice causé à la société ne sera pas difficile à caractériser, car les salaires et la mise à dispositions des avantages de Florence ne reçoivent aucune contrepartie pour lactivité de lentreprise qui subit donc un préjudice. Florence encourt ainsi une peine de trois ans demprisonnement et 375 000 euros damende.

2. La situation de Mathilde

Mathilde reçoit une somme dargent à la suite de linvestissement en bourse de Paul. Or, il a été précédemment établi que cet investissement en bourse était constitutif dun délit dinitiés. En profitant de cet argent pour lancer son entreprise Mathilde commet-elle une infrac- tion pénale ? Cest encore larticle 321-1, 2º du Code pénal qui sapplique ici. Linfraction principale est caractérisée par le délit dinitiés de Paul. Matériellement, Mathilde bénéficie du produit dun délit. Du point de vie intentionnel en revanche, le texte exige que lauteur du recel ait conscience de lorigine frauduleuse du produit dont il bénéficie. Il semble difficile détablir que Mathilde avait connaissance de la commission, par son père, dun abus de biens sociaux, à la suite de la conversation avec son ami. Les faits nétablissent aucun élément de conscience ou de connaissance de la situation par Mathilde. Il sera donc impossible de lui imputer le délit de recel dabus de biens sociaux.

3. La situation de Benjamin

Benjamin, époux de Mathilde reçoit une somme en provenance des îles Caïmans de la part dun fidèle client. Il réinvestit cette somme dans lachat dune maison. On pense ici à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct dun crime ou dun délit, telle que décrite par larticle 324-1 alinéa 2 du Code pénal qui définit lune des deux formes du délit de blanchiment. Cette forme de blanchiment concerne particulièrement les agents immobiliers, banquiers, notaires ou avocats qui sont amenés à recevoir diverses sommes dargent de la part de leurs clients.

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Cas pratique récapitulatif

En lespèce Benjamin, est directeur dune société daudit financier. En investissant largent reçu dans un achat immobilier il a apporté son concours à une opération de placement dun produit issu dun crime ou dun délit. Toutefois, larticle 324-1 du Code pénal suppose lintention de lauteur du blanchiment. Il faudra donc démontrer à lencontre de Benjamin quil savait que largent reçu provenait dun crime ou dun délit. Rien ne permet de létablir en létat, et alors même que le client est présenté comme fidèle auprès de la société que dirige Benjamin. Tout au plus pourrait-on arguer dun défaut de vigilance de sa part. Mais là encore, cet argument ne suffirait pas à établir quil était au courant de la provenance de largent. Le fait que cet argent provienne dun paradis fiscal nimplique-t-il pas une provenance illicite ? Sil est de notoriété publique que largent placé dans les paradis fiscaux résulte bien souvent dopérations occultes et illégales, comme des fraudes fiscales, les faits ne fournissent, là encore pas suffisamment déléments sur ce point. Ainsi il nest pas possible de reprocher à Benjamin, au vu des éléments fournis par les faits, le délit de blanchiment.

Conseils de lecture

Manuels généraux :

C.

AMBROISE-CASTEROT, Droit pénal spécial et des affaires, Lextenso, 4 e éd. , 2014. A. LEPAGE,

P.

MAISTRE du CHAMBON, R. SALOMON, Droit pénal des affaires, LexisNexis, 4 e éd. , 2015.

M.

VERON, Droit pénal des affaires, Dalloz, 10 e éd. , 2013.

Encyclopédies :

S. FOURNIER, vº Complicité, Rép. pén. Dalloz.

M.-P. LUCAS de LEYSSAC, vº vol, Rép. pén. Dalloz.

P.

MAISTRE du CHAMBON, vº Recel, Rép. pén. Dalloz.

C.

MASCALA, vº Abus de confiance, Rép. pén. Dalloz ; vº Escroquerie, Rép. pen. Dalloz.

D.

REBUT, vº Abus de biens sociaux, Rép. pén. Dalloz.

M.

SEGONDS, vº Blanchiment, Rép. pén. Dalloz.

439

collection

COURS

Droit pénal Des affaires

Le droit pénal des affaires est d’une importance essentielle, tant pour les acteurs de la vie des affaires que pour l’économie dans son ensemble, car il permet d’assurer le respect d’une moralité du droit des affaires et de l’activité économique. Aussi, la dépénalisation contemporaine du droit des affaires reste somme toute très limitée et le risque pénal est toujours aussi présent dans l’entreprise. Ce manuel, qui expose le cours et présente des exercices pratiques corrigés, envisage d’abord la spécificité du droit pénal des affaires, avant d’aborder le droit pénal commun

des affaires et le droit pénal spécial des affaires. Sont ainsi présentées les règles générales du droit pénal des affaires (responsabilité pénale du chef d’entreprise et des personnes

et les principales infractions d’affaire (vol, escroquerie,

morales, règles de prescription

abus de confiance, recel, blanchiment, faux, corruption, trafic d’influence, prise illégale d’intérêts, favoritisme, droit pénal des sociétés, droit pénal des procédures collectives, droit pénal de la concurrence, droit pénal de la consommation, droit pénal boursier).

Destiné avant tout aux étudiants, cet ouvrage pourra intéresser aussi les professionnels, juristes ou entrepreneurs.

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Philippe BonfiLS est agrégé des facultés de droit, professeur à Aix-Marseille Université, doyen de la faculté de droit et de science politique et avocat au Barreau de Marseille. Eudoxie GALLArDo est maître de conférences à Aix-Marseille Université et directrice adjointe de l’institut de Sciences Pénales et de Criminologie.

La partie travaux dirigés est réalisée, sous la direction de Philippe BonfiLS et Eudoxie GALLArDo, par des spécialistes du droit pénal des affaires, universitaires et/ou praticiens (professeurs et maîtres de conférences, docteurs en droit, doctorants en droit, magistrat, avocats) : Carole AiGoUy, Sofian AnAnE, Chloé CArDiLLo, Loïc EyriGnAC, Sébastien fUCini, Ludivine GréGoirE, yannick JoSEPh-rAtinEAU, trystran LAUrAirE, Gaëlle Le CorroLLEr, Marie-Ève Morin, Philippe PAyAn, Jean-Baptiste PErriEr, Laura PiGnAtEL, Anne PonSEiLLE, Sacha rAoULt et Adrien roUx.

Laura PiGnAtEL, Anne PonSEiLLE, Sacha rAoULt et Adrien roUx. www.lextenso-editions.fr 36 € iSBn 978-2-275-05304-2

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