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LE DÉSIR ET SON INTERPRÉTATION

Compte rendu de J.-B. Pontalis, agréé par le Dr Lacan


Jacques Lacan

Groupe d'études de psychologie | « Bulletin de psychologie »

2011/6 Numéro 516 | pages 541 à 557

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bulletin de psychologie / tome 64 (6) / 516 / novembre-décembre 2011 541

Le désir et son interprétation


LACAN Jacques

Compte rendu de J.-B. Pontalis, agréé par le Dr Lacan

LEÇONS DES 12, 19, 26 NOVEMBRE, 3, 10, Cet hédonisme restera toujours présent dans
17 DÉCEMBRE 1958, 7 JANVIER 1959 l’éthique des philosophes, malgré le paradoxe que
constitue toute prétendue convergence du plaisir et
Au centre de la psychanalyse, comme traitement du bien. Si on se réfère à Aristote, on voit qu’une
et comme théorie, nous trouvons le désir. C’est pareille convergence ne peut être effectivement
dans les mécanismes du désir que Freud a vu le réalisée qu’à l’intérieur d’une éthique du maître,

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ressort des symptômes, des inhibitions, de d’une εγχρατεια. Cette maîtrise s’exerce sur tout
l’angoisse ; et, sous le nom de libido, il a désigné ce qui est habitude ; elle est maniement et usage
l’énergie psychique du désir. Or cette libido, il est du moi. Aussi bien Aristote reconnaît-il que les
frappant de voir un auteur comme Fairbairn la désirs – επιθνμιαι – sont hors du champ de la
définir comme object-seeking, à la recherche de
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maîtrise : bestialité ou perversion. Le maître ne


l’objet et non plus du plaisir, pleasure-seeking. saurait être jugé là-dessus, en être tenu pour
Glissement significatif : dans toute la conceptuali- responsable 1.
sation actuelle, le mot même de désir est comme
voilé. Que gagne-t-on à le réintroduire ? Ouvrons le Vocabulaire philosophique de
Lalande : le désir y est défini négativement, par
Il suffira que nous parlions, par exemple, de désir soustraction des caractères reconnus à la volonté 2.
génital au lieu d’objet génital pour que l’idée d’une Définition intéressante pour nous, en ceci qu’elle
libido liée à l’objet, par une sorte d’harmonie préé- souligne la difficulté qu’il y a à situer le désir à
tablie, et vouée d’emblée à la réalisation de l’unité partir de références purement objectales. Indiscu-
de l’amour et du désir, devienne beaucoup moins tablement, la psychanalyse, avec les notions de
évidente. Autre exemple : le phénomène de trans- pulsion, de fantasme – sur lesquelles nous revien-
fert est aujourd’hui trop souvent masqué par une drons – apporte là des articulations plus précises.
référence molle au terme d’affectivité, qui ordonne
son imprécision en deux séries, positive et néga- *
tive, de sentiments ; mieux vaut parler de désir * *
sexuel, de désir agressif à l’endroit de l’analyste,
et s’apercevoir que ce n’est pas là tout le transfert. Le désir et son interprétation : le et désigne ici
plus qu’une juxtaposition ; un lien de cohérence.
Sur la nature du désir, si nous ne cherchions à Problème central à quoi nous conduit notre travail
rester au plus près de l’expérience analytique, il des années précédentes, s’il est vrai que la psycha-
conviendrait d’interroger les poètes. Ils témoignent, nalyse nous montre essentiellement la dépendance
en effet, du rapport profond entre le désir et le de l’homme par rapport au langage en tant qu’il est
langage, en même temps qu’ils montrent – ce qui
doit aussi retenir l’analyste – à quel point le rapport
poétique au désir s’accommode mal de la peinture 1. À l’opposé de cette tradition hédoniste des philoso-
de son objet : le désir est mieux évoqué par la phes, on ne trouverait guère que Spinoza : le désir est
poésie dite métaphysique (lire The ecstasy, de John l’essence même de l’homme. Lire Spinoza à la lumière
Donne) que dans la poésie figurative qui prétend de ce que l’expérience freudienne a apporté, touchant le
rapport de l’homme à lui-même, ne manquerait d’ailleurs
la représenter. pas d’intérêt.
Et les philosophes ? Nous rencontrons d’abord 2. « Le désir repose sur la tendance dont il est un cas
la tradition hédoniste qui admet – pour reprendre particulier et plus complexe. Il s’oppose d’autre part à la
volonté (ou à la volition) en ce que celle-ci suppose de
la distinction entre pleasure-seeking et object- plus 1o la coordination du moins momentanée des
seeking – une équivalence entre le plaisir et l’objet, tendances ; 2o l’opposition du sujet et de l’objet ; 3o la
ou du moins range le plaisir parmi les biens recher- conscience de sa propre efficacité ; 4o la pensée des
chés par le sujet, voire en fait le souverain bien. moyens par lesquels se réalisera la fin voulue. »
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pris dans le constituant de la chaîne signifiante, ce


qui a pour conséquence de provoquer un clivage
au sein de la psychologie. Il y a, en effet, tout un
champ de la psychologie qui recouvre l’étude d’une
sensibilité, fonction du maintien d’une totalité ou
d’une homéostase (données expérimentales de la
psycho-physique, psychologie de la forme). Certes,
au sein du couple stimulus réponse il existe bien
des signes, à savoir des substituts de stimuli
– stimuli que l’on peut d’ailleurs eux-mêmes
décrire comme des signes donnés à l’organisme
d’avoir à répondre, à se défendre. Mais, pour autant
que la subjectivité est prise dans le langage, c’est
la structure du signifiant qui s’impose à elle, et elle
n’est pas réductible au circuit stimulus-réponse.
Car un signifiant vaut non en tant qu’il représen-
terait autre chose, mais par rapport à un autre signi-
fiant qu’il n’est pas (ce que Saussure appelait sa
fonction diacritique). Rappelons que la chaîne
signifiante est cette structure basale qui soumet Schéma 3.

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toute manifestation de langage à une diachronie
réglant la succession des éléments différentiels ; et
ceci implique une synchronie, soit l’existence Premier schéma : (schéma 1) il introduit la topo-
d’une certaine batterie signifiante. logie du rapport du sujet au signifiant, réduite à ce
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qui est observable dans le fait linguistique. Celui-ci


Cela rappelé, nous proposons trois schémas qui suppose :
ne figurent pas les étapes réelles d’un développe- a) une succession diachronique orientée
ment mais un ordre logique. d’éléments discrets, ici symbolisée par la ligne
rompue d’un vecteur DS ;
b) le bouclage d’une signification par un effet
rétroactif des signifiants sur leurs antécédents dans
la chaîne ; cet effet est gouverné par l’intentionna-
lité d’un sujet – qu’on peut tenir pour surgie
premièrement de son besoin. C’est ce qui explique
le recoupement rétrograde (désigné par nous
comme un « point de capiton ») que l’intention
– représentée sur notre schéma par 1e vecteur
orienté ΔI – opère sur la chaîne signifiante.
Le schéma met en valeur la fonction des deux
points où se recoupent les vecteurs. C’est le lieu
Schéma 1. du code : système synchronique des signifiants qui
commande, pour le sujet, l’accès à la satisfaction
cherchée et impose donc, rétroactivement au
besoin, une structure rompue, celle de son passage
dans le « moulin à paroles ». En M est le lieu du
message : la signification s’y achève et s’y affirme,
par une anticipation du sujet dans son choix du
signifiant ; car le message prend forme à partir du
code, qui est en avant de lui. Le lieu du code est
dans l’Autre et d’abord dans l’Autre réel de la
première dépendance.
Le sujet, qui s’engage, pour la satisfaction de son
besoin, dans le défilé de la demande, procède d’un
état informulé Δ et obtient, à l’autre bout de la
chaîne intentionnelle, la première réalisation d’un
idéal I dont on ne peut pas dire, à ce moment, qu’il
Schéma 2. s’agisse encore d’un idéal du moi ; disons
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seulement que l’enfant y reçoit le premier seing de A { d. Ceci montre la vraie place de la prétendue
sa relation avec l’autre. Ce seing participe de la omnipotence archaïque qu’on impute généralement
structure du langage, bien avant que le sujet puisse à la pensée d’un sujet dans les langes... En fait, il
parler, puisque cette structure naît avec le seul jeu s’agit de l’omnipotence de l’Autre liée au signe où
d’alternances couplées qui la préfigure tout elle est attendue.
entière : c’est le ooo... aa... interprété en Fort ! Da ! Et ce signe apparaît au lieu du message comme
où Freud – dans le jeu vocal de son petit-fils – eut pur signifiant S ( A ) dans une situation bien
l’illumination de la racine de la compulsion de distincte de l’effet du signifié s ( A ) qui se produit
répétition. au lieu du message de l’autre chaîne D S par la
C’est donc dans la mesure même où la signifi- boucle de la phrase articulée. Il y a entre ces deux
cation s’unifie dans la boucle du MC. CM (trait points une distance qui permet à la commutation
plein) que l’effet de discontinuité signifiante du signifiant d’approfondir son effet en métaphore.
rétroagit vers l’issue originelle du besoin (traits
Autrement dit, la barre posée par Saussure
rompus de ΔC). CM s’offre à l’opération impliquée
dans le rapport S où il symbolise la
dans le principe de la commutativité des signi-
s
fiants ; mais son effet métaphorique – substitution relation du signifiant au signifié, s’incarne ici entre
d’un signifiant à un autre avec ses conséquences
le discours de l’Autre comme place de l’incons-
quant à la production du signifié – s’inscrit mal sur
cient et le discours concrètement modulé par
ce premier schéma.
l’intention du sujet. Ce qui franchit cette barre

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Deuxième schéma : (schéma 2) Il introduit comme effet symptomatique est de l’ordre de la
l’inconscient qui consiste essentiellement en ceci, métaphore : vecteur S ( A ), s ( A ).
qu’une demande peut persister dans le sujet, dans
On saisit, en outre, sur ce schéma, ce que
sa succession articulée, sans qu’une intention
comporte toute prévalence du discours de l’Autre
consciente la soutienne. Dès lors, l’inconscient fait
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sur l’intentionnalité issue du besoin. Elle y imprime


subsister dans le sujet le discours de l’Autre comme
cette atomisation en éléments discrets – ici symbo-
tel, à savoir un discours qui n’est pas structuré
lisée par une ligne rompue – qui donne au sujet
différemment que celui du sujet, et donc redouble
d’abord informe du besoin, par la voie de sa formu-
la structure du premier schéma.
lation même, cette structure anorganique que
La chaîne signifiante D S (première ligne trans- Freud, dans sa deuxième topique, assigne au Ça.
versale) est, jusqu’au lieu du code A, représentée
Le champ est alors ouvert à des effets propre-
comme continue – bien que constituée d’éléments
ment métonymiques qui peuvent se porter sur ses
discrets –du fait du monolithisme de l’exigence
besoins élémentaires.
constituée dans le sujet en unité de signification
(phrase). Troisième schéma : (schéma 3) Il complète la
La chaîne signifiante D’S’ représentée en poin- topologie destinée à situer la fonction du désir par
tillé jusqu’en A { d est inconsciente. La rencontre rapport à l’inconscient et du sujet défini comme le
de la demande du sujet avec cette chaîne s’accom- sujet qui parle.
plit en un lieu du code redoublé qui, ici, désigne Ici, le discours de l’Autre fonctionne comme
ce que le sujet ne sait pas, à savoir l’Autre dans le inconscient du sujet ; on peut lui reconnaître une
caprice de son bon vouloir, où s’amorce une réfé- intentionnalité, dont on voit l’effet dans une sorte
rence au désir ; d’où le symbole A { d. Notre de réponse anticipée à la moindre interrogation du
formule que le désir de l’homme est le désir de sujet concernant la réalisation de son désir : témoin
l’Autre vise cette origine où le désir se constitue cette formulation redoutable du Ché vuoi (que nous
comme désir d’un désir. avons extraite du roman de Cazotte, Le diable
Ce désir du sujet doit être rejoint comme marge amoureux), réponse à l’incantation du héros.
de ce que fait surgir la demande en ce qu’elle En outre, ce schéma ajoute, au précédent, le
modifie le besoin. Or, la demande, par là même report, sur le réseau constitué par le croisement des
qu’elle fait passer l’Autre à la puissance du deux chaînes signifiantes avec l’intentionnalité qui
symbole, profile, au-delà de toute satisfaction, la les recoupe, de repères imaginaires où le sujet
présence de l’Autre et l’amour comme don de cette s’identifie.
présence. Aussi, le désir est ce qui s’organise dans À l’étage inférieur, nous voyons la projection du
la rétroaction de cette demande sur le besoin. Il va point m qui désigne le moi du sujet, pour autant
d’abord s’identifier avec l’énigme que propose au qu’à partir du stade du miroir il se constitue à un
sujet la décision de l’Autre dans le signifiant S ( A ) niveau variable en s’accommodant à une identifi-
par quoi il répond à sa demande. cation à un autre imaginaire i ( a ) ; celle-ci trouve
Aussi le lieu du code de cette chaîne est l’arbi- elle-même sa place dans l’identification primaire I,
traire de l’Autre réel où le désir est implicite : qui résulte, chez le sujet, de sa dépendance à l’égard
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de l’autre en ce qui concerne ses demandes Ajoutons que le je auquel nous nous référons
originelles. n’est pas seulement la particule qui désigne, dans
le discours, le sujet comme porteur du message 3.
Nous inscrivons une seconde voie de retour à
partir de A, qui consolide l’effet de l’autre sur la Des formules comme « je dis et je le répète »
parole du sujet en tant qu’il est constitué par le trahissent l’apparentement profond du je, ici en
message s ( A ) qui lui en revient. (L’an dernier, question, avec le sujet de la parole. On peut aussi
nous avons analysé cette interférence des deux évoquer l’impératif du « lève toi et marche » pour
voies, en partant du mot d’esprit, pour, ensuite, mettre en évidence que le je peut être le plus
l’étendre à toutes les formations de l’inconscient : présent sous une forme occultée, puisque nulle
c’est là le circuit privilégié pour y saisir les effets part, sans doute, le locuteur ne s’affirme plus
de la métonymie). qu’au vocatif où seul, pourtant, est produit
l’allocutaire 4.
On notera – toujours à cet étage – que le circuit Cette année, nous allons tenter de situer la fonc-
imaginaire A m i ( a ) s ( A ) occulte, en le contra- tion du désir, et ceci sur le trajet où le je se constitue
riant, le segment initial de l’identification primaire. dans une réponse qui reste question ; en effet le
Aussi indiquons-nous celui-ci en traits rompus sur Ché vuoi ? de l’Autre désigne une réponse anti-
notre schéma ; le trait plein à partir du point i ( a ) cipée – une réponse avant la question – à un niveau
symbolise le fait de la subduction secondaire de où le sujet se trouve confronté, pourrait-on dire, à
cette identification par le moi idéal. C’est par cette l’érection de son propre vœu.

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voie que l’identification primaire s’élève à la fonc-
Il y a un point problématique où le sujet répond
tion d’idéal du moi.
à un appel de l’être et du vouloir, sous une forme
D’autre part, le trajet en traits rompus au delà de opaque, après qu’il n’ait pu dire ce qu’il souhaite
A de la ligne D S pleine jusque là, symbolise le ni ce qu’il veut : c’est le désir. Nous le situons en
un point d, homologue – quant à sa rétrogradation
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surmoi pour autant qu’il est le corrélatif refoulant


de cet idéal du moi : à savoir le passage dans sur la ligne intentionnelle – du point m de l’étage
l’inconscient d’un discours impératif qui, pour inférieur. Son corrélatif imaginaire – qui règle son
garder sa présentation catégorique, nous est décou- niveau, permet son « accommodation » – est le
vert par l’analyse sous un aspect irresponsable. fantasme dont nous montrerons qu’il se définit
comme rapport d’une éclipse (ou d’un fading) du
On peut enfin remarquer que la seconde topique sujet avec un objet dont la fonction symbolique est
de Freud correspond à ce que désignent ici les caractérisée par cet aspect partiel. (Nous désignons
trajets en traits rompus. Comme ils représentent la donc ce rapport par S/ { a).
rétroaction du fait de l’inconscient sur la structure
La méconnaissance et l’aliénation dénoncées
du sujet, on peut avancer l’hypothèse qu’ils ne
dans le moi par toute pensée analytique authentique
pouvaient être décrits qu’après qu’eussent été suffi-
se retrouvent donc, ici, renforcées. La situation du
samment explorés les effets structuraux de
désir est d’autant moins repérable dans la chaîne
l’inconscient, dans leur aspect de signification,
signifiante que les points de code et de message
autrement dit dans leurs effets symptomatiques ;
restent en principe inconnus sur la courbe inten-
ceux-ci se placent sur les trajets rompus de l’étage
tionnelle de l’inconscient – à savoir sur ce vaste
supérieur du schéma.
point d’interrogation qu’elle dessine sur notre
L’étage supérieur comporte une homologie de graphe, et dont le fantasme (S/ { a) représente la
structure avec l’étage inférieur ; mais il y est lié butée énigmatique. Seule une reconstitution
par un rapport que l’on peut dire d’occultation
complémentaire (manifeste dans le schéma par
l’opposition – entre les deux étages – vecteur à
3. Autrement dit, un signifiant que les linguistes défi-
vecteur des traits pleins et rompus). nissent par la classe du shifter, à savoir une forme de
Cet étage représente le lieu de l’inconscient et, symbole où prévaut, au dépens de toute référence lexi-
cable, une référence à l’énonciation du message et à ses
comme tel, il ne peut s’ouvrir à l’autre réel que coordonnées (attribution, date). Le terme, apporté par
dans le transfert. Il est aussi le lieu où le sujet peut Jespersen, a été mis en œuvre par Roman Jakobson.
se poser en tant que je. (Voir la formule de Freud 4. Peut-on, de cette duplicité – manifeste dans « je dis
Wo Es war, soll Ich werden : comment je pour- et je le répète » – faire le critère d’une intégration à la
rait-il advenir – werden – là où c’était, si ce n’était parole ? le champ entier de l’action humaine en serait dès
là sa place de toujours ?) L’analyse montre que le lors marquée. Bornons-nous à rappeler qu’il n’est sans
doute pas de geste qui n’invoque sa place dans un rituel,
sujet en tant qu’il parle ne s’inscrit pas dans les à savoir une articulation symbolique ; et soulignons la
limites de la conscience de soi ; il ne saurait être portée de ce moment où l’action, « prenant acte » d’elle-
défini, comme dans le cogito philosophique, même, s’inscrit manifestement dans un contexte
comme corrélatif de l’objet. symbolique.
bulletin de psychologie 545

interprétative de la chaîne signifiante, qui se répète psychischen Geschehens (1911) 5. Un patient, en


dans l’inconscient, permet de définir au point du deuil de son père qu’il a soigné pendant une longue
code la relation S/ { D, qui lie ce même moment maladie, rêve à plusieurs reprises que son père est
d’éclipse du sujet avec une demande orale, anale, de nouveau en vie, et lui parle comme à l’ordinaire.
etc. – avatars de la demande que la doctrine géné- Seulement le rêveur a le sentiment douloureux que
tique décrit comme phases du développement son père était mort et ne le savait pas.
libidinal. Il n’est pas question, pour Freud, d’interpréter un
De même, le point de message fait apparaître tel rêve comme il arrive qu’on le fasse aujourd’hui
dans l’Autre un défaut de signifiant à révéler l’être par le wishfull thinking (prendre ses désirs pour des
dont il a pourtant fait surgir la question ; aussi réalités, ici désir de retrouver le père). Le texte du
symbolisons-nous ce point par S (A). rêve ne devient intelligible, écrit Freud, que si on
y ajoute selon son vœu (après son père était mort) ;
Devant ce manque à être, le sujet est sans recours et ce que le père ne savait pas, c’est ce vœu. Le
(Helflos écrit Freud), et c’est dans cette Helflosig- rêve devient : il souhaitait que son père fût mort et
keit, que nous traduisons par détresse, que Freud son père ne savait pas qu’il le souhaitait.
fait consister essentiellement l’expérience du
trauma. On sait que dans la conception freudienne Il y a donc là soustraction. Mais il faut dire plus ;
– c’est ce qui la différencie des expériences exis- car, remarque Freud, le sujet avait bien souvent
tentialistes de l’angoisse comme présence du souhaité, pendant qu’il soignait son père, la mort
néant –, l’angoisse est à situer dans le moi : c’est de celui-ci. Si le rêve soustrait à un texte quelque

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un signal qui, déjà, constitue une certaine réponse, chose qui n’est nullement dérobé à la conscience
est communication et apporte un secours. On peut du sujet, c’est donc le phénomène de soustraction
penser, comme la clinique le montre, que le désir en lui-même (Unterdrückung) qui prend valeur
joue un rôle homologue. positive. Interpréter ne revient donc pas ici à resti-
tuer un désir prétendu inconscient qu’on ferait tenir
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C’est une telle distance au manque qu’essaie de dans « selon son vœu ». En fait « selon son vœu »,
mesurer le fantasme. Organiser, dans sa fuite méto- isolé, ne veut rien dire. Ce qui est en cause, c’est
nymique, l’être qu’appelle le langage, telle est, à proprement parler une élision de signifiant : c’est
selon nous, l’essence du désir. elle qui produit un effet de signifié, ce que nous
C’est ici que le phallus prend fonction de signi- avons appelé un effet de métaphore.
fiant – et s’en trouve opéré d’autant dans sa fonc- Prenons maintenant l’exemple des « rêves
tion organique. Il est, dirons-nous, spécialement d’enfants », ces rêves qui donneraient un premier
affecté à la désignation des rapports du sujet au état du désir dans le rêve. Le rêve ne connaissant
signifiant, ou encore chargé de représenter la alors pas de déformation (Entstellung), le désir irait
métonymie du sujet dans l’être, c’est-à-dire là tout droit. Qu’on veuille bien se référer au rêve
d’incarner la réponse au Ché vuoi par quoi l’Autre célèbre de la petite Anna Freud (Freud, 1901/1950,
inconscient interpelle le sujet. Il en résulte que le ch. III, p. 100) en réaction contre « la police sani-
phallus apparaît toujours plus absent à la réalité taire de la maison ». On peut parler, à son propos,
du sujet, à mesure que cette réponse s’articule : de nudité du désir, mais il faut ajouter que le mode
castration chez l’homme, penis neid chez la de révélation est ici inséparable de la nudité elle-
femme, où l’analyse – Freud l’a souligné dans un même. Le rêve d’Anna est articulé à haute voix
de ses derniers écrits (1937/1938-1939, p. 37) – pendant le sommeil ; les images du rêve trouvent
trouve ensemble son terme et son manque de un affixe symbolique dans ces mots où nous voyons
terme. le signifiant se présenter à l’état floculé, dans une
séquence où le choix des nominations n’est pas
Qu’est-ce que le désir du rêve ? À tout le moins,
indifférent ; il représente, en effet, tout ce qui a été
il est double. D’abord, il est désir de dormir, de
interdit à la petite Anna, commun dénominateur qui
maintenir le sommeil. Il est, d’autre part, mais en
introduit une unité dans la diversité, en même
même temps – peut-être est-ce par l’intermédiaire
temps que la diversité désigne ici l’unité. En note,
de ce second désir que le premier s’accomplit – ce
Freud cite un proverbe apporté par Ferenczi : « le
en quoi le sujet du Wunsch se satisfait. Se satisfait
cochon rêve de glands, l’oie de maïs » : il y a ici
de quoi ? de l’être – avec toute l’ambiguïté que
unité élective de la satisfaction du besoin. Alors
comporte pareille formulation. En effet, le rêve
n’apporte qu’une satisfaction « verbale », le
Wunsch se contente ici d’apparences mais, d’un 5. « Formulations concernant les deux principes du
autre côté, c’est bien quelque chose de l’ordre de fonctionnement mental », article non traduit en français.
l’être qui est en jeu. G. W. VIII, p. 229-238. S.E. XII, p. 255. Le rêve figure
dans les éditions de la Traumdeutung postérieures à 1911.
Prenons un rêve que Freud rapporte dans les Trad. fr. Meyerson p. 318, d’abord en note, puis incor-
Formulierungen über die zwei Prinzipien des poré au texte.
546 bulletin de psychologie

que dans le rêve d’Anna – et c’est ce qui fait sa sujet idéal au réel, c’est, à l’inverse, le réel qui se
valeur exemplaire aux yeux de Freud – le signifiant trouve pris dans les « prépositions » (Vorstellung :
est présent ; le rêve se présente littéralement représentation, littéralement position-devant) du
comme un message : Anna Freud s’annonce, sujet qui ont une organisation signifiante.
produit sa séquence, on s’attend presque à ce
Revenons maintenant au rêve d’Anna. On voit qu’il
qu’elle achève en disant : terminé !
ne dit nullement la satisfaction pure et simple d’un
Il convient ici de distinguer entre la directive du besoin. Il nous introduit à cette autre scène (Andere
plaisir et celle du désir. On connaît l’usage que fait Schauplatz) qu’évoque Freud et dont il nous dit
Freud de la notion de Vorstellung (représentation) qu’elle n’est pas à chercher dans un lieu neurologique,
dans ses premiers schémas. Lorsque le processus mais dans la structure du signifiant lui-même. Dès que
primaire est seul en jeu il aboutit à l’hallucination le signifiant est donné, et que le sujet est défini comme
par un procès de régression topique. ce qui va entrer dans le signifiant, nous avons une
topologie dont il faut et il suffit que nous la conce-
Si l’issue vers la motilité ne se réalise pas, il y
vions comme constituée par deux chaînes superpo-
a régression et apparaît en P une satisfaction hallu-
sées. Au niveau du rêve d’Anna il est vrai qu’il y a
cinatoire qui est une Vorstellung. Ce qui est ici
ambiguïté, justifiant jusqu’à un certain point la diffé-
défini, c’est donc tout autre chose que le besoin qui
rence faite par Freud avec le rêve de l’adulte. Où
exige, lui, pour être satisfait, le processus secon-
inscrire ce que dit Anna ? sur la chaîne supérieure ou
daire. Où situer l’instinct à partir d’une telle
inférieure de notre schéma ? Nous avons noté que la
bipartition ?

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première est en pointillé – ce qui met en évidence la
En effet, les recherches modernes sur l’instinct discontinuité du signifiant ; la seconde est continue :
montrent comment une structure – pas absolument elle se situe au niveau de la demande, et ce qui s’y
préformée, mais capable d’engendrer sa propre inscrit participe de l’unité de la phrase (les linguistes
chaîne – dessine, dans le réel, des chemins vers des ont parlé d’holophrase. C’est, par exemple, l’interjec-
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objets qui n’ont pas encore été éprouvés : ce que tion : du pain ! au secours ! Le besoin s’y exprime de
l’éthologie appelle le stade appétitif puis le méca- façon déformée mais monolithique). Quand la foule
nisme de déclenchement spécialisé (IRM, innate crie : du pain ! tout le poids du message porte sur
realising mechanism). l’émetteur ; le cri à lui seul suffit à le constituer, même
La conduite hallucinée liée au processus primaire s’il est à cent bouches, en un sujet unique. Ce n’est
se distingue radicalement d’une telle conduite déjà plus ce qui se passe dans le rêve d’Anna : le sujet
d’autoguidage. Métaphoriquement, on peut se n’y est pas constitué dans et par la phrase.
représenter la conception de Freud ainsi : une Il faut distinguer entre le procès de l’énoncé
lampe s’allume dans la machine quand la bille (ligne inférieure) et celui de l’énonciation (ligne
tombe dans le bon trou, à savoir celui où elle est supérieure). Ce sont là deux lignes, non deux fonc-
déjà tombée ; l’allumage de cette lampe donne droit tions, mais cette duplicité se retrouve dans toute
à une prime, et c’est cela le principe de plaisir. opération de langage. Il faut qu’un pas soit franchi,
Mais, pour que la prime soit honorée, il faut une pour que la distinction du je en tant que sujet de
certaine réserve de sous dans la machine, et c’est l’énoncé et du je en tant que sujet de l’énonciation
là qu’intervient le processus secondaire. En effet, soit faite ; elle ne l’est pas d’emblée. Que l’on
la lampe qui s’allume peut illuminer un objet déjà songe, par exemple, à cette étape dégagée par le
éprouvé, non en montrer le chemin. Cette recherche test de Binet : « j’ai trois frères, Paul, Ernest et
appartient au processus secondaire – qui, en ce moi ». Il faut un certain temps avant que l’enfant
sens, joue le rôle du comportement instinctuel, mais ne s’aperçoive qu’il y a dans une telle formule
s’en distingue en ceci qu’il constitue une mise à quelque chose qui ne va pas. Le sujet humain,
l’épreuve de la réalité de cette satisfaction déjà quand il opère avec le langage, se compte.
éprouvée. La lettre 52 à Fliess est particulièrement
Dans le rêve d’Anna, l’énonciation se présente
démonstrative : Freud y fait l’hypothèse d’une
comme un empilement, une succession de méta-
succession d’inscriptions (Niederschrift) qui
phores ; mais le je qui s’énonce, en se nommant au
constitue une véritable topologie des signifiants. Il
début de la séquence, n’est pas encore authentifié.
n’y a rien là qui ressemble à un comportement
instinctuel dirigeant l’organisme dans les voies de Dans le rêve de l’adulte, c’est un fait que le désir
la réussite. Bien plus, la réalité n’est « saisie » prend une forme plus compliquée et que l’interpré-
(begreifen) que par la voie d’une critique récur- tation en est plus difficile. La réponse de Freud est
rente des signifiants évoqués dans le processus ici sans ambiguïté : cela vient de la censure.
primaire, en les connotant d’indices de réalité qui L’enfant a affaire à l’interdit, a dit que non et tout
sont,eux-mêmes, des signifiants. Loin qu’il s’agisse le procès de l’éducation vise à le constituer de telle
de « prises de vrai » (Wahrnemung : perception, sorte que la vérité du désir devient, à elle seule,
littéralement prise de vrai) capables de conduire le une offense à l’autorité de la loi, et que la censure
bulletin de psychologie 547

va s’exercer aussi sur cette vérité. Ce qui est alors de sujet. Nous trouvons ici une trace de ce qui relie
visé, c’est le procès de l’énonciation. Seulement, essentiellement la négation à l’énonciation.
pour que la censure puisse s’exercer, il faut bien Ces remarques hâtives ne sont destinées qu’à
supposer quelque pré-connaisance du procès de montrer comment la négation, dans sa racine
l’énoncé. Il y a là un paradoxe qui a été souvent linguistique, est quelque chose qui émigre de
noté à propos de la censure, une contradiction l’énonciation vers l’énoncé. C’est un tel glissement
interne, qui est celle du non dit au niveau de l’énon- qu’impliquent les vues de Freud sur la Verneinung.
ciation (« celui qui dira telle chose aura affaire à Freud part de ce paradoxe qui comporte toute néga-
moi », moyen pour moi de dire cette chose). tion dans l’énoncé, puisqu’elle pose quelque chose
Pour surmonter ce paradoxe, il faut comprendre pour le poser en même temps comme non existant.
que le refoulement est lié à la nécessité d’un effa- Dans la constitution du sujet, la découverte que
cement du sujet dans le procès de l’énonciation. l’autre ne sait rien de ses pensées – découverte faite
Par quelles voies ceci est-il possible ? On peut se sur le fond qu’il les connait toutes puisqu’elle sont
représenter les choses ainsi : toute parole, en tant structuralement le discours de l’Autre – est une
que le sujet y est impliqué, est discours de l’Autre, acquisition décisive. C’est par cette voie que le
part de A. C’est ainsi que l’enfant ne doute pas sujet va développer l’exigence contradictoire du
d’abord qu’on ne connaisse ses pensées ; la pensée non-dit et trouver le chemin par où il a à effectuer
est de l’ordre du non dit, mais le non dit suppose ce non-dit dans son être ; devenir un sujet qui a la
une énonciation primordiale. Cette croyance dimension de l’inconscient. C’est là le pas que,

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subsiste aussi longtemps que les deux lignes ne sont dans la connaissance de l’homme, nous fait faire
pas maintenues à une certaine distance. Puis la psychanalyse par rapport à la tradition philoso-
l’enfant s’aperçoit que l’adulte ne sait pas ses phique, pour qui le sujet est essentiellement défini
pensées, et c’est là la voie du refoulement. À comme le corrélatif de l’objet de connaissance,
l’exemple de cet Autre, le sujet s’efface ; en lui sujet-ombre, doublure des objets – et on oublie le
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s’introduit le procès du refoulé. sujet qui parle.


« Je ne dis pas que » : c’est la phrase que Freud L’expérience analytique ne définit pas l’objet
met à la racine de la Verneinung, de la dénégation, dans sa généralité comme corrélatif du sujet, mais
quand le sujet se constitue comme inconscient. La dans ses singularités comme ce qui supporte le sujet
fonction du ne dans je ne dis pas met en évidence au moment où il a à faire face à son existence (au
la propriété la plus radicale du signifiant qui se sens radical d’ec-sister dans le langage), au
présente comme pouvant être effacé et qui, dans cette moment où lui, comme sujet, doit s’effacer derrière
opération d’effacement, subsiste : la trace du pas de un signifiant. En ce point panique, c’est à l’objet
Vendredi dont Robinson, en l’effaçant, fait une croix. de désir qu’il se raccroche. « Si l’on arrivait à
savoir ce que l’Avare a perdu quand on lui a volé
Les logiciens, pour être trop psychologues, ont sa cassette, on apprendrait beaucoup » écrit quelque
manqué quelque chose dans la négation. C’est part Simone Weil. Mais peut-être l’Avare est-il un
Pichon, qui était un excellent observateur, qui a personnage trop ridicule pour nous servir
proposé, touchant la négation, une distinction utile d’exemple. Souvenons-nous plutôt de ce passage
entre le forclusif et le discordantiel. Dire : « il n’y a du film La règle du jeu où Dalio, qui collectionne
personne ici », c’est une forclusion ; il est exclu qu’il les boîtes à musique, montre sa dernière trouvaille :
y ait ici quelqu’un. Notons qu’en français il y a il rougit, il s’efface, il disparaît. Ce qui est ici
toujours deux termes : ne-personne ou ne-rien ou supporté par l’objet de son désir, c’est ce qu’il ne
ne-point, etc. Quand au ne livré à lui-même, tout peut dévoiler, fut-ce à lui-même, c’est ce quelque
seul, il exprime la discordance ; à savoir quelque chose qui est au bord même du plus grand secret.
chose qui se situe entre le procès de l’énonciation À un certain moment le sujet se trouve engagé à
et celui de l’énoncé. Soit l’emploi de ce ne qu’on articuler son vœu en tant que secret. Comment peut
appelle à tort explétif ; par exemple : je crains qu’il s’exprimer un tel vœu ?
ne vienne. Le Français saisit là le ne dans le moment
« Être une belle fille / blonde et populaire / qui
où il glisse de l’énonciation vers l’énoncé, du je ne
mette de la joie dans l’air / et lorsqu’elle sourit /
dis pas que je sois ta femme au je ne suis pas ta
donne de l’appétit / aux ouvriers / de Saint-Denis » 6.
femme. En anglais, la négation ne peut pas s’appli-
quer de façon pure et simple au verbe de l’énoncé. Sans doute est-ce là la forme pure du souhaité ;
On ne dit pas : I eat not mais I don’t ou I won’t eat. il se présente à l’infinitif, placé devant le sujet et
Ici l’énoncé est amené à emprunter une forme le déterminant rétroactivement (peut-être faut-il
calquée sur celle de l’auxiliaire, qui est typiquement comprendre aussi la phrase célèbre de la fin de la
ce qui, dans l’énoncé, est capable d’introduire la
dimension du sujet. I won’t go, je n’irai pas,
n’implique pas seulement un fait mais ma résolution 6. Lise Deharme. Le poème s’intitule Vœux secrets.
548 bulletin de psychologie

Traumdeutung sur le désir indestructible qui douleur. Douleur de quoi ? qu’il était mort. Et de
modèle le présent à l’image du passé ; en fait, le l’autre côté, il ne savait pas. Quoi ? qu’il était mort.
désir serait devant le sujet, produisant toujours
rétroactivement les mêmes effets).
douleur il ne savait pas
*
* * qu’il était mort qu’il était mort
selon son vœu)
Où placer le désir ? entre ce point sur lequel nous
avons insisté en parlant de l’aliénation du sujet dans
l’appel du besoin, et cet au-delà où va s’introduire,
comme essentielle, ce que nous avons appelé la De ce selon son vœu, nous pouvons faire plus
dimension du non-dit. d’un usage. Nous pouvons désigner par là ce que
le sujet a expressément voulu tandis qu’il soignait
Revenons au rêve de l’apparition du père mort.
son père. Ou bien le désir infantile de la mort du
Nous pouvons l’inscrire ainsi sur notre schéma 4.
père (ce désir infantile dont Freud nous dit qu’il
est le capitaliste du rêve et trouve dans le désir
actuel son entrepreneur) ; mais, à ce niveau
œdipien, l’interdiction véhiculée par le père fournit
au sujet un appui, un alibi, une sorte de prétexte

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moral à ne pas affirmer son désir. Et interpréter le
rêve à ce niveau ne permettrait-il pas au sujet de
s’identifier à l’agresseur, ce qui serait une forme
de défense ?
N’oublions pas que le sujet a vu mourir son père
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après une longue maladie pleine de tourments ; il


a connu une douleur proche de cette douleur de
l’existence, quand plus rien ne l’habite que l’exis-
tence elle-même, et que tout, dans l’excès de la
souffrance, tend à abolir ce terme indéracinable
qu’est le désir de vivre. La douleur de son père, le
sujet la savait, mais ce qu’il ne sait pas, c’est que
cette douleur en tant que telle, il est en train de
l’assumer, d’où le son absurde du rêve (absurde
Schéma 4. note Freud, qui est l’élément expressif d’une répu-
diation violente du sens désigné). Le sujet peut voir
que son père ne savait pas son vœu qu’il meure
Le il ne savait pas se rapporte à la constitution pour en finir avec ses souffrances ; il peut voir ou
du sujet : il a à se constituer lui-même comme ne non (tout dépend du point de l’analyse) qu’il a
sachant pas ; c’est là son issue pour que ce qui est toujours souhaité que son père, comme rival,
non-dit prenne effectivement valeur de non-dit. Le meure. Mais ce qu’il ne voit pas, c’est qu’en assu-
il était mort est de l’ordre de l’énoncé ; mais, mant la douleur de son père, il vise à maintenir
notons-le, il suppose une énonciation sous-jacente. devant lui une ignorance qui lui est nécessaire : il
(On sait que, pour tout être qui ne parle pas, « il n’y a rien, au dernier terme de l’existence, que la
était mort » ne signifie rien : témoin l’indifférence douleur d’exister. Le sujet rejette sur l’autre sa
immédiate que portent la plupart des animaux aux propre ignorance. Le désir de mort est ici désir de
cadavres de leurs semblables). Il suppose que le ne pas s’éveiller au message : par la mort de son
sujet ec-siste dans le signifiant et ne peut plus se père, il est désormais affronté à sa propre mort, ce
concevoir que comme rejaillissant toujours dans dont, jusque là, la présence du père le protégeait.
l’existence. Plutôt assumer la douleur d’exister (voir le μη
Ce rêve est celui d’un fils qui est là, devant son ϕνϖαι d’Œdipe à Colone, ne pas être né ! seule
père, pénétré de la plus profonde douleur. En face exclamation que puisse proférer celui dont le seul
de lui nous avons le père qui ne sait pas qu’il est crime est d’avoir existé dans son désir) comme
mort, ou plus exactement, car l’imparfait a ici toute étant celle de l’autre que de voir se dénuder ce
son importance, il ne le savait pas (notons en dernier mystère : au moment de la mort du père, le
passant qu’un sujet qui nous rapporte l’énoncé d’un vœu de la castration du père fait retour sur le fils.
rêve le fait pour que nous en cherchions le sens, Le sujet consent à souffrir à la place de l’autre ;
donc c’est bien une énonciation qu’il nous mais derrière cette souffrance, ce qui se maintient,
présente). Dans ce rêve, nous avons un affect, la c’est un leurre : le meurtre du père comme fixation
bulletin de psychologie 549

imaginaire. Tout ce qui peut ici se définir comme manque et est contraint de tenir compte de ce
désir déterminable est en défaut par rapport à la désir ? C’est cela qui nous importe, comme condi-
béance qu’ouvre la mort du père, et qui est ce que tion de toute la problématique du désir.
le sujet entend ignorer ; le contenu du selon son Pour faire face à cette suspension du désir, le sujet
vœu – par exemple le désir agressif – apparaît alors a devant lui plus d’une astuce, portant essentielle-
comme protection. Le selon désigne la nécessité ment sur la manipulation de l’objet a. L’interposi-
qui défend au sujet d’échapper à cette concaténa- tion du signifiant rend impossible un rapport immé-
tion de l’existence, en tant qu’elle est déterminée diat à l’objet qui se trouve pris dans la dialectique
par la nature du signifiant. du sujet et du signifiant (qu’on se souvienne du petit
Aussi est-ce autour d’un selon, autour de l’élision Hans qui, à propos de chaque objet, se demande :
d’un pur et simple signifiant que le rêve gravite. a-t-il ou non un phallus ?) L’objet humain subit une
La Verdrängung n’est pas ici refoulement de sorte de volatilisation, par comparaison avec la
quelque chose qui se nie ou se comprenne, mais spécificité, au moins relative, de l’activité instinc-
élision d’une clausule, de ce qui signe l’accord ou tuelle. Ceci se vérifie dans le déplacement qui est le
la discordance entre l’énonciation et le signifiant. moyen, pour le sujet, de maintenir le fragile équi-
C’est pourquoi nous risquons toujours de donner à libre de son désir (alors que, pour l’animal, il s’agit
la question que pose selon son vœu quelque réponse seulement d’un déplacement d’objet en objet) : la
précipitée, qui négligerait cette donnée fondamen- satisfaction est empêchée en même temps qu’un
tale qui fait de l’objet de tout désir le support d’une objet de désir est conservé. En ce sens, la cassette

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métonymie essentielle. de l’Avare prend une valeur emblématique : le désir
On aperçoit aussi la fonction de la castration pour subsiste dans une rétention de l’objet, qui ne donne
le désir humain. Le désir est aliéné dans un signe, pas d’autre jouissance que d’être support de désir,
une promesse, une anticipation qui comporte son gage, voire son otage. Par cette valorisation qui
comme telle une perte possible. Bien des expé- est aussi volatilisation, l’objet s’arrache au champ
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riences en témoignent – singulièrement au détour pur et simple du besoin.


de la puberté (le sujet a-t-il ou non « l’arme Comme solution, « ready made » et fictive, à la
absolue » ? et faute de l’avoir, le voici entraîné dans problématique du désir, on pourrait décrire l’iden-
une série d’identifications et d’alibis) ; ou dans ces tification à l’image du père, perçu comme Gestalt.
cas où le sujet, quoiqu’à portée de l’atteindre, L’identification n’est alors qu’un cas particulier de
redoute la satisfaction de son désir : on le voit alors l’affrontement ($ { a) un moyen pour le sujet de
successivement éviter ce qui a toujours été son plus se retenir dans une forme narcissique, par l’effet
prégnant désir ; non qu’il y ait alors simplement de cette crainte qui le maintient au bord de son
crainte du caprice de l’Autre, mais plutôt que propre désir.
l’Autre ne marque ce caprice de signes ; or il n’y Si nous revenons maintenant, une dernière fois,
a pas de signe suffisant de la bonne volonté du au rêve du père mort nous le voyons s’articuler
sujet, sinon la totalité des signes où il subsiste, pas ainsi : le il ne le savait pas (ligne supérieure du
d’autre signe du sujet en définitive que le signe de schéma) constitue une référence essentiellement
son abolition de sujet. C’est cela que nous dési- subjective ; sont là manifestes la profondeur, la
gnons par S (A /). Comme Freud évoque l’ombilic dimension du sujet. Le sujet, qui dit que l’Autre ne
du rêve, nous pourrions parler d’ombilication du sait pas, se pose, lui, comme sachant. L’Autre, dans
sujet autour de son vouloir. Pour nous, l’incons- sa propre position subjective, est ici en défaut. Sa
cient freudien désigne le rapport du sujet au signi- moins-value ne tient pas a ce qu’il soit mort – car
fiant qui s’organise et s’articule à sa place. le simple énoncé de il est mort le fait subsister –
Nous avons eu déjà l’occasion de citer, à propos mais qu’il l’ignore ; bien plus, il ne faut pas le lui
du désir, le terme d’aphanisis (disparition, dire. Ainsi l’ignorance est-elle mise sur l’Autre
évanouissement) proposé par Jones et si curieuse- alors qu’est en cause, comme nous l’avons noté
ment délaissé par l’analyse. Jones pensait que dans plus haut, l’ignorance du sujet lui-même touchant
le complexe de castration était en jeu la crainte la signification de son rêve, et surtout la nature de
d’être privé de son désir. Le terme d’aphanisis lui la douleur à laquelle il participe, cette douleur de
permettait de placer sous un dénominateur commun l’existence comme telle quand tout désir s’en
les rapports de l’homme et de la femme à leur efface. Si le sujet assume cette douleur, mais en la
désir ; c’était là manquer, selon nous – comme nous motivant absurdement de l’ignorance de l’Autre,
l’avons marqué l’année dernière –, ce qu’ils ont c’est bien qu’il se refuse à la prendre sur lui parce
d’irréductiblement différent, du fait de leur asymé- que, dans l’agonie de son père, il a vécu quelque
trie par rapport au signifiant phallus. Quoi qu’il en chose qui le menaçait lui-même. Il interpose donc,
soit, la possibilité de l’aphanasis ne nous oblige- entre lui et cette sorte d’abîme qui s’ouvre chaque
t-elle pas à concevoir un sujet qui ec-siste en dehors fois qu’il est confronté avec le dernier terme de son
de son désir, qui a peur que « l’élan vital » ne lui existence, une image qui sert de support à son désir
550 bulletin de psychologie

et qui est la rivalité avec son père. En faisant revivre ce qui est de l’ordre du désir s’y formule dans le
celle-ci imaginairement, il trouve une mince passe- registre de la demande.
relle, grâce à quoi il n’est pas directement englouti. Dans sa relation à l’Autre, le sujet cherche à se
Son triomphe est de savoir alors que l’Autre ne sait faire reconnaître au delà de sa demande, en un point
pas. Mais, en fait, la mort du père est ressentie où son être tente de s’affirmer, au-delà de l’imagi-
comme la disparition d’un bouclier face au maître naire où lui-même se maintient d’une façon qui
absolu, la mort. participe des artifices de la défense. La place pour
Le sujet, en tant qu’il doit approcher l’objet le la réponse, à ce niveau, nous la désignons par S
plus élaboré (ce qu’on désigne fort mal par le () : l’Autre est ici marqué par le signifiant, aboli
concept d’oblativité), se trouve dans une sorte dans le discours.
d’impasse. Car il ne saurait atteindre cet objet qu’en L’analyse de On bat un enfant 7 éclaire cette sorte
risquant sa propre élision dans la nuit du trauma- de choix crucial à opérer entre la demande et le
tisme, ou en étant subsumé sous un certain signi- désir. Le premier temps du fantasme, c’est l’injure
fiant qui est le phallus. Dans toute assomption de narcissique, la déchéance totale : le sujet haï est
la position génitale, quelque chose se produit qui offert en victime au caprice paternel qui vise, en
a son incidence imaginaire : la castration. Si tout lui, l’au-delà de toute demande. Le deuxième temps
le dialogue entre Freud et Jones, autour de la phase – reconstruit, non rencontré par l’analyste – c’est
phallique, parait voué au malentendu, c’est que le le masochisme primordial, moment où le sujet va
phallus n’y est pas nettement conçu comme sous- chercher sa réalisation dans la dialectique signi-

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trait à la communauté imaginaire et isolé dans cette fiante. Quelque chose s’ouvre en lui, qui lui fait
fonction privilégiée qui en fait le signifiant du sujet. percevoir que c’est dans cette possibilité d’annula-
Nous distinguons deux plans. L’un immédiat, qui tion subjective que réside son être, que c’est en la
est celui de l’appel (du pain ! au secours !) : le sujet frôlant au plus près qu’il rejoint la dimension dans
est identique, pour un moment, à son besoin, c’est laquelle il subsiste comme être qui peut émettre un
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le nouveau quésitif de la demande (qu’on trouve vœu. Quelle est l’essence du fantasme masochiste ?
d’abord articulé dans le rapport de l’enfant à sa à la limite être traité comme une chose qui se
mère). L’autre est le niveau votif, où le sujet, tout marchande, se vend, être annulé jusque dans toute
au cours de sa vie, a à se retrouver, à travers tout espèce de possibilité votive de se saisir autonome.
ce qui a échappé à la forme de langage, au fur et Enfin, dans le troisième temps, ce qui bat, c’est On,
à mesure qu’elle se développait en transformant, un sujet neutralisé, et ce qui est battu, ce sont beau-
en rejetant ce qui, du besoin, tendait à s’exprimer. coup d’enfants. Aussi, nulle part, le sujet – auteur
C’est cette articulation au second degré qui est de fantasme – ne se situe sans équivoque.
cherchée dans l’analyse. Quand nous parlons de Dans le fantasme sadique, l’affect accentué porte
stades oral, anal, nous marquons que le sujet est sur l’image du partenaire, sur l’attente de celui qui
dans un certain rapport avec sa demande. Nous ne va être battu et ne sait pas comment il va l’être.
faisons pas simplement reconnaissance du carac- Mais le sujet dans son désir ne se situe pas plus
tère anal de la demande, nous confrontons le sujet facilement. Il est entre les deux – celui qui bat et
à la structure de sa demande. À ce niveau votif, le battu ; s’il y a donc quelque chose à quoi il soit
celui des souhaits inconscients, nous lui apprenons identique, c’est à l’instrument du sévice. C’est sous
à parler, à se reconnaître dans ce qui correspond au ce signifiant, ici tout à fait dévoilé dans sa nature
code à ce niveau. Mais nous ne lui donnons pas, de signifiant, qu’il peut s’abolir en tant qu’il se
pour autant, les réponses. Si nous soutenons l’inter- saisit dans son être essentiel, son désir.
prétation entièrement dans ce registre de la recon-
naissance des supports signifiants cachés dans sa
N.B. Les différents symboles utilisés trouvent
demande, nous risquons de produire l’effacement
leur explication dans les cours du commentaire des
de la fonction du sujet comme tel dans la révélation
schémas.
de ce vocabulaire inconscient. C’est bien ce qui se
passe dans une certaine analyse des résistances : à
le ramener sans cesse au niveau de la demande, on LEÇONS DES 14, 21, 28 JANVIER, 4, 11 FÉVRIER 1959
réduit son désir.
Nous allons maintenant aborder la question de
Jusqu’à un certain état du développement, le l’interprétation, et nous le ferons par la voie du
vocabulaire de la demande peut passer par des rela- rêve. Partons des remarques de Freud sur la
tions qui comportent un objet amovible (nourriture,
excrément). Mais le phallus n’est plus cet objet
amovible. Et, dans l’achèvement génital, la réali- 7. Freud, 1919/1933. Voir le commentaire qui en a été
sation du désir est ce qui ne peut pas se demander. donné par J. Lacan au cours du séminaire 1957-1958 dans
L’essence de la névrose – ou de tout ce qui apparaît notre compte rendu publié dans le Bulletin de
comme névrotique chez un sujet – est peut-être que psychologie.
bulletin de psychologie 551

signification du doute dans les récits de rêve (début une chaîne signifiante morcelée avec ses éléments
du chapitre VII de la Traumdeutung) : ce qui est interprétables. À la limite, chacun des éléments
dénoncé par le sujet à propos de son rêve – concer- d’une phrase peut-être décomposé et trouver sa
nant l’incertitude, l’ambiguïté, le degré de réalité place sur une nouvelle chaîne signifiante, qui
de celui-ci –, bref, tout ce qui est inscrit en marge croise celle où il était primitivement. Or, le
fait partie du texte du rêve, en énonce les pensées morcellement au niveau de l’énonciation, en tant
latentes. Freud fait, par exemple, du sentiment de qu’assomption d’un rêve, est de même nature que
doute qu’éprouve le sujet quand il rapporte son cette décomposition signifiante qui peut aller
rêve, un des éléments sans lesquels le rêve ne jusqu’à une sorte d’épellement. C’est plus exem-
saurait être interprété. plaire avec le rêve qu’avec n’importe quel autre
discours : il nous offre la possibilité de voir se
Qu’implique effectivement une telle règle de
décrocher, de la signification actuelle, ce qui est
conduite ? On peut d’abord se poser la question :
intéressé de signifiant dans l’énonciation ; nous
que faisons-nous quand nous communiquons un
avons alors accès à ce qui s’est passé d’essentiel
rêve, que ce soit dans ou hors l’analyse ? nous
pour le sujet autour de certains signifiants main-
faisons quelque chose qui n’est pas unique dans sa
tenus dans le refoulement.
classe, mais rentre dans les énoncés du discours
indirect, dans les énoncés qui concernent les énon- La doctrine, la pratique freudiennes l’ensei-
ciations d’autres sujets (on m’a raconté... un tel a gnent : le désir est lié au retour de ces signifiants.
attesté que...). Quand nous énonçons un de nos Ils n’apparaissent que dans la mesure où le sujet

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rêves, nous le dotons d’un point d’interrogation essaie de se reconquérir dans son originalité, d’être
particulier : quelque chose est sous ce rêve, dont au-delà de ce que la demande en lui a figé. Autre-
ce rêve est le signifiant. La formule du rêve est ment dit, ce qui s’articule dans les signifiants
donc celle de l’énigme. Il s’agit de l’énonciation refoulés qui font retour reste une demande : autre
d’un énoncé qui a lui-même un indice d’énoncia- chose est le désir – que nous devons restaurer dans
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tion E (eE). Qu’on se réfère ici à l’attitude ambigüe le discours du sujet – qui est ce par quoi le sujet se
du petit enfant qui commence à vous raconter ses situe en fonction de cette demande, par la média-
rêves ; très souvent, on ne sait pas s’il les a vrai- tion du fantasme où il suspend son rapport à l’être.
ment rêvés ou s’il fabule comme si, dans sa confi- C’est – nous avons insisté sur ce point fonda-
dence, il jouait avec vous le jeu fascinant d’une mental – dans l’intervalle entre le langage pure-
question. ment et simplement quésitif, et la recherche du sujet
pour répondre à la question de ce qu’il veut, que
Autre remarque, qui complète la précédente : se situent le désir et son corrélatif, le fantasme. Ce
l’énoncé d’un rêve nous est donné comme un tout. fantasme, foncièrement énigmatique, demande à
On dit : j’ai fait un rêve et on le distingue franche- être interprété.
ment du rêve qui a suivi. Il y a là un effet rétroactif
du discours car, généralement, rien ne fait appa- Cette question de l’interprétation, nous allons
raître, dans le cours du rêve, un tel découpage. l’éclairer par un exemple. Il s’agit d’un rêve dont
Ella Sharpe (1937) a donné une analyse précise et
Nous placerons donc le rêve, en tant qu’énoncé très fine, en ne perdant pas de vue que le rêve joue
global, récit du sujet, sur la ligne inférieure du son rôle dans le dialogue analytique (il est fait
schéma. Il s’inscrit là, dans la forme habituelle du pour l’analyse, souvent pour l’analyste). En voici
langage, comme une chaîne signifiante fermée, par le texte 8. « J’ai rêvé que je faisais un voyage avec
rapport à quoi le sujet a à se situer ; aussi est-ce au ma femme autour du monde et nous arrivions en
moment où le sujet communiquera son rêve à autrui Tchécoslovaquie où toutes sortes de choses
qu’il manifestera ces différences d’accent (incerti- avaient lieu. Je rencontrais une femme sur une
tude, ambiguïté, etc.), qui signifient que le vécu du route qui, maintenant, me rappelle une route que
rêve est plus ou moins assumé. Ces différents je vous ai décrite dans les deux autres rêves
modes d’assomption renvoient à la ligne d’énon-
ciation, la ligne supérieure. Celle-ci, rappelons-le,
est morcelée, discontinue, elle représente l’articu- 8. L’analyse du rêve et de la séance où il est apporté
lation du discours directement en prise sur le signi- fait l’objet du chapitre V du petit livre d’Ella Sharpe écrit
fiant, alors que la ligne inférieure est celle de la à des fins d’enseignement : Dream analysis (Hogarth
press). Nous ne pouvons reproduire tout ce chapitre ici
rétroaction du code sur le message, rétroaction qui dont le texte entier serait pourtant nécessaire à la compré-
a pour effet de donner à chaque instant son sens à hension des observations critiques de J. Lacan. Sans
la phrase, la constituant comme un tout, une unité reprendre, dans leur détail et leur minutie, ces critiques,
d’ampleur variable. nous en indiquons l’orientation et cherchons à en dégager
les conclusions. Aussi bien le but de notre compte rendu
On sait que la règle de libre association a fina- n’est-il pas de reproduire dans chacun de leurs détours
lement sa raison d’être en ceci qu’elle met en les leçons de J. Lacan, mais d’en retrouver le fil
valeur ce qu’il y a d’inclus dans tout discours : conducteur.
552 bulletin de psychologie

récents au cours desquels j’avais un jeu sexuel Sur un point au moins – qui sous-tend toute
avec une femme en face d’une autre femme. C’est l’analyse d’Ella Sharpe – son interprétation paraît
ainsi que cela se passait dans ce rêve. Cette fois-ci, franchement théorique : dire que, pour l’incons-
ma femme était là pendant que l’événement sexuel cient du sujet, son pénis est associé à des fantasmes
se passait. La femme que je rencontrais était d’agression et assimilé à « a biting and boring
d’apparence très passionnée et ceci me rappelle thing » – cela est plus proche des vues de Melanie
une femme que j’ai vue hier au restaurant. Elle Klein que du matériel. D’une façon générale, rien
était brune et avait des lèvres très pleines, très ne permet de faire intervenir, de façon aussi précise
rouges, et d’un aspect passionné et il était évident et active que le soutient l’analyste, l’idée d’une
que si je lui avais donné le moindre encourage- intention agressive avec crainte de rétorsion. Cette
ment elle aurait répondu. Elle est probablement à idée gauchit l’interprétation des données
l’origine du rêve. Dans le rêve, la femme voulait recueillies.
avoir avec moi un rapport sexuel et elle prenait Par exemple : le patient 10 commence sa séance
l’initiative, ce qui, comme vous le savez, est une en remarquant une petite toux qu’il a depuis
chose qui m’aide beaucoup. Si la femme fait cela, quelque temps avant d’entrer dans le cabinet de
je suis très aidé. Dans le rêve la femme est effec- l’analyste ; il s’interroge sur sa raison d’être 11. Ella
tivement placée au-dessus de moi ; cela vient juste Sharpe souligne bien que cette petite toux a fonc-
de me venir à l’esprit. Elle avait évidemment tion de message mais néglige, selon nous, qu’il
l’intention de mettre mon pénis dans son corps. Je s’agit même d’une question au second degré sur
pouvais dire cela d’après les manœuvres qu’elle

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l’événement, d’un message de message : nous
faisait. Je n’étais pas d’accord mais elle était si dirons – dans notre propre cadre de références –
désappointée que je pensais que je devais la que le sujet se demande quel est ce signifiant de
masturber. Cela sonne très mal de se servir de ce l’Autre en lui. Il commence par répondre : « c’est
verbe transitivement. On peut dire : je me mastur- le genre de choses que l’on ferait si l’on entrait
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bais, c’est correct, mais c’est incorrect d’user du dans une pièce où des amants sont ensemble » ; la
verbe de façon transitive 9 ». petite toux sert de signal. Il évoque un souvenir à
Notons d’abord que la première indication ce propos. Ella Sharpe, dans le bilan qu’elle dresse
donnée par le sujet va dans le sens d’une rectifica- des idées concernant le sens de la toux, note :
tion de l’articulation signifiante. Et toute l’analyse pensées d’amants qui sont ensemble. En fait, ce
du rêve repose, selon nous, sur le rétablissement de n’est pas tout à fait ce que dit le patient ; il arrive
l’intransitivité d’un verbe. Mais Ella Sharpe oriente bien en tiers mais s’arrange pour que ce ne soit pas
son interprétation sur le thème d’un vœu d’omni- de façon trop gênante : il s’annonce. Les amants
potence du sujet, qu’il n’oserait affirmer par crainte sont ensemble tant que le tiers est dehors ; ils
d’une rétorsion agressive ; elle se situe délibéré- cessent de l’être quand le tiers est dedans.
ment dans le cadre d’une situation imaginaire Second élément relevé par Ella Sharpe en rapport
duelle. Le patient aurait réussi à éluder, après une avec la toux : rejet d’une fantaisie sexuelle concer-
analyse déjà longue, toute expression d’hostilité nant l’analyste 12. En fait, le sujet ne se place pas
envers un père mort alors qu’il avait trois ans, et dans une position de pure et simple négation ;
dont il ne sait rien, sinon qu’il est mort, comme s’il l’intervention de l’analyste entraîne toute une
ne voulait pas se souvenir qu’il avait vécu. séquence d’aveux. Plutôt que rejet, il y a admission
L’analyste croit trouver une confirmation d’une détournée de l’idée suivante : si vous êtes en train
interprétation ainsi orientée en plusieurs de ses de faire quelque chose qui vous amuse et que ça
effets (l’expression, longtemps attendue, d’un vœu ne vous plairait pas que ce soit vu, il est temps d’y
libidinal, une manifestation corporelle – énuré- mettre un terme.
tique – qui dénote que la situation infantile de riva-
lité avec le père a été touchée, une conduite fran-
chement agressive à l’égard d’un partenaire de
tennis qui se moque de lui, etc.). 10. Voir la brillante description que fait Ella Sharpe
Les éléments – tous très finement notés par Ella de sa présentation excessivement contrôlée, dans Dream
Sharpe – fondent-ils une pareille interprétation ? analysis, p. 129-130.
11. L’analyste, qui a vu dans cette toux très discrète
Ne pouvons-nous, en reprenant le relevé très précis une manifestation de l’inconscient, se garde de le faire
qui nous est rapporté, et avec tout l’avantage que remarquer à son patient.
donne notre position seconde, approcher la vérité 12. L’analyste demande : « Pourquoi tousser avant
de plus près ? Essayons. d’entrer ici ? » Réponse du patient : « C’est absurde parce
que naturellement je n’aurais pas été prié de monter dans
votre bureau s’il y avait quelqu’un ici et puis je ne pense
pas du tout à vous de cette façon. Il n’y a aucune raison
9. « One can say “I masturbated” and that is correct de tousser que je puisse voir ». Puis viennent les asso-
but it is wrong to use the word transitively ». ciations suivantes et le récit du rêve.
bulletin de psychologie 553

C’est ce que met en évidence le troisième rapporté à l’analyse (et à l’analyste) ? que, si le
élément, le fantasme que le patient rapporte ainsi : sujet était à la place de l’autre, il songerait d’abord
« J’étais dans une pièce où je n’aurais pas dû être à ne pas y être ou, plus exactement, à être pris pour
et je pensais que quelqu’un pourrait penser que j’y un autre que lui-même. Mais le souvenir nous fait
étais ; alors, pour éviter que quelqu’un n’entre et faire un pas de plus : le chien n’y apparaît pas
ne me découvre, j’aboierais comme un chien. Ceci comme un être fantasmatique mais réel, un compa-
déguiserait ma présence. Le quelqu’un dirait alors : gnon proche du sujet, assimilé à lui. Ici l’autre
« Oh ! c’est seulement un chien qu’il y a ici ». Ella – l’animal réel – montre au sujet quelque chose :
Sharpe résume : être là où il ne devrait pas être et se masturber ; mais le sujet disparaîtrait de honte
aboyer comme un chien pour dépister (« to put si un tiers entrait. Autrement dit, le sens de ce
people off the scent »). C’est là encore, à notre sens, souvenir pourrait s’expliciter ainsi : je regarde cet
infléchir les choses. D’une part un élément essen- autre que je suis (le chien) comme modèle, idéal
tiel est éludé : la référence à la subjectivité de du moi faisant ce que je ne fais pas, mais ceci sous
l’autre (« Je pense que quelqu’un peut penser ») ; réserve que l’Autre n’entre pas. L’écart entre
or cette référence est constante. D’autre part, s’il l’autre – qui ne parle pas, qu’on imagine – et
est vrai que le patient s’imagine être là où il ne l’Autre à qui on a à parler est ici manifeste. Les
devrait pas être, le sens du fantasme est de montrer choses rapportées à la situation analytique se ramè-
qu’il n’est pas là où il est ; et ceci va constituer, neraient alors à ceci : tant que je ne suis pas encore
nous le verrons, la structure même de toute affir- chez mon analyste, je peux l’imaginer me montrant
mation subjective de la part de ce patient. Il n’est à se masturber mais je tousse pour l’avertir de

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pas besoin de souligner ce que ce fantasme a, du reprendre une position normale dès que je suis là.
point de vue de la réalité, d’absurde (se mettre à Nous avons donc là une série associative qui
aboyer comme un chien dans une chambre ne paraît s’articule ainsi : la toux destinée à avertir un couple,
pas être la meilleure façon d’échapper à l’atten- qui pourrait être en train de s’aimer, qu’il est temps
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tion...) : aussi bien ne sommes-nous pas là dans le de se séparer, l’aboiement (fantasme) par quoi le
compréhensible mais dans l’imaginaire. Ce qui sujet s’absente de là où il est, se signale comme
importe ici, c’est que le sujet – comme avec sa étant autre ; enfin, avec le souvenir du chien, la
toux – se fait autre, mais il ne se demande pas cette question : qu’est-ce qui serait arrivé si on les avait
fois quel est ce signifiant de l’Autre en lui ; il se surpris tous les deux ? C’est la structure qui est ici
protège à l’aide d’un signifiant : il se chasse du importante à mettre en relief. Car l’identification
domaine de la parole, il se fait animal ; il n’y a plus du sujet, en un sens, est partout : il est aussi bien
personne. Pour autant que je suis en présence de celui qui est dehors et qui s’annonce, que celui qui
l’autre, je ne suis personne. Voilà, littéralement, ce est dedans et se trouve pris dans la relation imagi-
que nous annonce le sujet dans son fantasme ; c’est naire du couple avec ce qu’elle comporte de
la Personne d’Ulysse face au Cyclope. commune fascination. Ou bien le couple reste
Venons-en au quatrième élément : un souvenir conjoint et le tiers ne doit pas être là ou bien le
qui surgit tout de suite après l’aveu du fantasme : tiers se montre et les autres se séparent.
« un chien se frottant contre ma jambe, se mastur- La question posée est alors la suivante : quel est
bant réellement lui-même. J’ai honte de vous le donc l’objet qui est là, à l’intérieur de la pièce, pour
dire parce que je ne l’ai pas arrêté. Je l’ai laissé que le sujet, qui est à l’extérieur, s’annonce par
faire et quelqu’un aurait pu entrer » (ici, toux). cette toux compulsive, d’une façon qui l’aliène et
Devons-nous nous contenter d’inscrire ce souvenir qu’il ne comprend pas ? Le sujet, avec la série asso-
dans la séquence des associations ? Cette ligne ciative que nous venons de rappeler, accomplit une
associative, rappelons-le, correspond au rectangle première boucle ; après quoi il fait une petite toux
en pointillé de l’étage supérieur du schéma : les – comme un signe de ponctuation – puis énonce
éléments signifiants rompus passent comme dans son rêve (rapporté plus haut). Nous allons voir
le discours normal (ligne transversale de l’étage maintenant que, dans le rêve, la relation du désir
inférieur) par les deux points repères du message au fantasme se manifeste avec une accentuation
et du code, mais, le message et le code sont, ici, opposée à celle que nous avons dégagée du
d’une tout autre nature 13. Le sujet, nous l’avons fantasme de l’aboiement (où le sujet s’annonce lui-
vu, pose, dès le début de la séance, la question du même comme autre, comme sujet barré, marqué du
signifiant de l’Autre S ( A ) qui est en lui ; c’est à signifiant).
partir de là qu’il rencontre la question de son désir
Que nous donnent les associations du rêve ?
et son fantasme. Que montre ce fantasme une fois
Après sa remarque sur l’usage transitif incorrect du
verbe to masturbate, le sujet poursuit : « Le rêve
reste très présent à mon esprit. Il n’y avait pas
13. Voir, dans le compte rendu des premières leçons, d’orgasme. Je me souviens que son vagin serrait
notre commentaire du troisième schéma. mon doigt. Je vois le devant de ses parties génitales,
554 bulletin de psychologie

la fin de la vulve. Quelque chose de grand, de d’engloutissement comme nous y invite Ella
projeté en avant qui pendait vers le bas comme un Sharpe ; nous avons dit qu’elle interprète le rêve
pli sur un chaperon. C’était comme un chaperon et comme une fantaisie masturbatoire de toute puis-
c’était de cela que la femme se servait dans ses sance d’un sujet qui redoute « l’énorme caverne
manœuvres pour obtenir mon pénis. Le vagin maternelle », où il projetterait ses propres
semblait serrer mon doigt tout autour. Le chaperon fantasmes agressifs. Nous ne pensons pas qu’il
semblait étrange » 14. Suit l’évocation d’une faille dissoudre l’élément prévalent d’un doigt mis
caverne à la campagne où le sujet allait, étant à la place du pénis et gainé, ganté – dans une série
enfant, avec sa mère : « Elle a un dessus qui fait de significations préformées. Il a sa valeur spéci-
saillie et ressemble tout à fait à une énorme fique que nous n’effacerons pas en invoquant cet
lèvre » 15. À ce propos une nouvelle association intérieur du ventre de la mère, dont on parle tant
surgit : « Il existe une plaisanterie sur les lèvres [au dans les fantasmes. Il a une valeur signifiante.
sens génital du terme] qui courent transversale- Encore une fois, le sujet nous en avertit par ses
ment et non longitudinalement mais je ne me associations mêmes, nous désignant la fonction du
souviens pas de la façon dont cette plaisanterie était fantasme en tant qu’il sert au sujet à accommoder
tournée ; il s’agissait d’une comparaison entre son désir.
l’écriture chinoise et la nôtre qui partent de diffé- Ella Sharpe fait état d’une appréhension qui a
rents côtés ou du haut vers le bas. Bien sûr les traversé, dans la suite de l’analyse, l’esprit du sujet.
lèvres sont côté contre côté tandis que les parois Il devait se rendre à une cérémonie à laquelle assis-
vaginales sont en avant et en arrière, c’est-à-dire

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teraient le Roi et la Reine ; il est hanté par l’idée
l’une longitudinale, l’autre transversale » 16. d’avoir une panne de voiture juste au moment de
Association très remarquable en ceci que le l’arrivée du couple royal et de bloquer leur
patient fait ici spontanément recours au symbole passage... L’analyste voit là, une fois encore, une
– à cet ordre éminemment symbolique qu’est l’écri- des manifestations de l’omnipotence du sujet, cette
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ture chinoise – comme pour nous avertir que le omnipotence qu’il redouterait, et formule à ce
signifiant est en jeu dans les éléments imaginaires propos l’hypothèse de quelque scène primitive 17.
très frappants qu’il apporte. La pensée analytique Mais ce qui doit nous retenir, par référence aux
aurait tendance à se maintenir au niveau de ces autres associations, c’est dans l’arrêt du couple
éléments ; sur l’assimilation de la bouche et du parental (à rapprocher du parent composite, indivis,
vagin, sur tout ce qui peut évoquer la relation primi- décrit par Melanie Klein), le désir de séparer en
tive de dévoration, d’engloutissement par la mère, eux les principes mâle et femelle.
nous ne manquons pas de témoignages psycholo- Le désir est ici visé par une appréhension fonciè-
giques ou ethnologiques. Mais il y a, dans le rement masturbatoire qui ne sépare pas dans le sujet
discours du sujet, quelque chose de plus – qui offre les deux faces de la masculinité et de la féminité.
déjà une structure très précise et qu’il ne convient On en arrive au paradoxe suivant : pour autant qu’il
pas de résorber dans le thème général est impuissant, il est mâle (ceci ne va pas sans
compensation sur le plan de la puissance ambi-
tieuse) mais, pour autant qu’il est libéré, il se fémi-
14. « The dream is in my mind vividly. There was no nise. D’autres associations évoquent le souvenir du
orgasm. I remember her vagina gripped my finger. I see sujet attaché par des courroies dans sa voiture
the front of her genitals, the end of the vulva. Something
large and projecting hung downwards like a fold on a
hood. Hoodlike it was, and it was this that the woman 17. Nous ne donnons pas ici tout le matériel qui auto-
use of in manœuvring to get my penis. The vagina seemed rise, selon elle, l’analyste à axer son interprétation sur le
toclose round my finger. The hood seemed strange. » thème de la toute puissance. Ce qui nous frapperait plutôt
15. « It has an overhanging to which looks very much c’est le côté réduit, minimisé du sujet qui se fait bien
like a huge lip. » petit. L’analyste trouve, par exemple, une confirmation
16. « There is some joke about the labia running de l’omnipotence souhaitée et plus ou moins assumée par
crosswise and not longitudinally, but I don’t remember le sujet dans le caractère énorme du rêve. Au fait, c’est
how the joke was arranged, some comparison between le sujet qui nous dit qu’il a fait un rêve énorme, qu’il y
Chinese writing and our own, starting from different a eu tout un tour du monde, etc., mais, en fin de compte,
sides, or from bottom to top. Of course the labia are side la montagne accouche d’une souris. L’omnipotence est
by side and the vagina walls are back and front, that is toujours du côté de l’Autre, de la parole. C’est précisé-
one longitudinal and the other crosswise. » ment à l’endroit de la parole que le sujet est en difficulté ;
Le sujet fait ici très certainement allusion à l’un de ces c’est un avocat plein de talent qui a été pris de phobies
jokes qui appartiennent au patrimoine culturel anglais dès qu’il a commencé son activité professionnelle ; Ella
sous le nom de limeriks. En voici un exemple, qui n’est Sharpe note finement que son échec ne vient pas de ce
pas sans évoquer celui auquel se réfère le patient : qu’il n’ose travailler avec succès mais « il doit s’arrêter
« There was a young lady from China / Who mistook for de travailler parce qu’il ne serait que trop successfull » ;
her mouth her vagina / Her clitoris huge / She covered il s’arrête devant le risque immédiat de mise en relief de
with rouge / And lipsticked her labia minor. » ses possibilités.
bulletin de psychologie 555

d’enfant, ligoté dans son lit. Dans la mesure où il avec une enveloppe faite pour autre chose (une
est lié, il peut jouir de son fantasme et y participer capote de voiture), la légère modification que le
par cette activité déplacée qu’est l’urination sujet apporte à une citation qu’il fait du The book
compulsionnelle (fréquemment en rapport avec la of Common prayer 20 – l’ensemble du matériel met
proximité du coït parental). De sorte que le sujet toujours en évidence que le sujet tend à montrer
n’est jamais là où on l’attend. On pense ici – en lui qu’il n’est jamais là où on l’attend, là où on pour-
donnant une portée différente – au terme d’apha- rait s’en emparer, l’obtenir (to get).
nisis introduit par Jones 18. De sa présentation à son Il est bien évident que cette visée est en rapport
discours, en passant par la petite toux et le fantasme avec la castration 21. Mais nous ne sommes pas
connexe, tout chez ce sujet gravite autour du « faire autorisés à postuler une intention agressive primi-
disparaître » : il ne peut rien avancer que, par tivement retournée, comme le fait Ella Sharpe, qui
quelque côté, il n’en subtilise l’essentiel. localise le phallus dans une rivalité très précoce
Le rêve nous permet ici de préciser. L’image de avec le père. On serait presque tenté, devant une
cette sorte de fourreau, de gaine, employée dans interprétation ainsi orientée, de poser la question
l’articulation signifiante du rêve, est assez étrange qui peut paraître exorbitante : où est l’élément de
pour qu’on ne soit pas conduit (comme le fait un contre-transfert ?
peu hâtivement Ella Sharpe, en utilisant des Tout de suite après avoir parlé du père mort – de
données, certes fournies par l’expérience, mais dont ce père qu’elle parvient à grand peine à réveiller
la fonction doit toujours être strictement repérée dans la mémoire de son patient – l’analyste

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par rapport au sujet) à interpréter l’organe génital remarque qu’elle connaît une difficulté analogue à
féminin, ici prolabé, comme le phallus de la mère son égard : « il n’a pas de pensées à mon propos ».
et, de là, (crainte de la rétorsion) le phallus du sujet Elle compare alors l’analyse à une partie d’échecs
comme organe de destruction. Le fantasme fait de qui tirerait en longueur, jusqu’à ce que l’analyste
la gaine féminine retournée le signifiant phallique. cesse d’incarner le père vengeur qui s’emploie à le
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En fait, le sujet ne met pas le pénis dans le fourreau, coincer ne lui laissant d’autre issue que la mort. À
mais le doigt ; il réinvagine ce qui est là dévaginé, première lecture, cette comparaison, d’ailleurs clas-
tout se passe comme si se produisait là presque un sique, avec le jeu d’échecs séduit : on peut tenir
geste d’escamoteur. D’autant que, beaucoup plus chacune des pièces du jeu comme un élément signi-
que d’un acte de copulation, il s’agit d’exhibition fiant, spécifié par son mouvement ; la partie
(devant un tiers) 19. Assurément, c’est le sujet lui- progresse avec la réduction du nombre de ces signi-
même qui est escamoté ; et ce qui est en jeu – le fiants. Pourquoi ne pas définir le progrès d’une
rêve le désigne – c’est le phallus. analyse ainsi : ne laisser en jeu qu’un nombre de
« To get my penis », rapporte le sujet, obtenir le signifiants assez petit pour que la position du sujet
pénis, mais l’imputation du partenaire ne signifie puisse y être définie ? Mais Ella Sharpe ne mécon-
pas qu’à la question : où est le pénis ? le sujet naît-elle pas ici sa propre intention, qui est de
puisse donner une réponse univoque. En fait, le to coincer, répondant d’ailleurs en ceci à une diffi-
get my penis est quelque chose qui se dérobe, non culté de son patient qui ne parvient pas, nous dit-on,
simplement par la volonté du sujet mais en vertu à coincer – c’est-à-dire entraîner dans un angle
de quelque accident structural qui donne son style d’où il ne pourrait répliquer – son adversaire dans
à toute la suite des associations : l’évocation de un autre jeu, le tennis ?
cette femme qui imite si parfaitement les hommes,
celle du personnage qui lui propose, avec un rare
bagout, de faire une enveloppe pour son sac de golf
20. Le sujet cite : « Whe have left undone those things
we ought to have done ». (Nous avons laissé non-faites
ces choses que nous devions faire) ; le texte de la prière
18. On sait que Jones a cru rencontrer chez ses se poursuit ainsi : « et nous avons fait ces choses que
patients, à l’approche du complexe de castration, la peur nous ne devions pas faire ». Ceci, le sujet ne le cite pas,
de l’aphanisis, de la disparition du désir. La castration il n’éprouve nullement le besoin de s’en confesser. C’est
symboliserait cette disparition. Pour nous, les choses se de ne pas faire les choses qu’il s’agit pour lui, non de les
présentent à l’inverse : c’est parce qu’il y a le jeu de faire (par crainte de trop bien réussir). En revanche il
signifiants impliqués dans la castration que la crainte de ajoute au texte : « and there is no good thing in us ». Ce
la disparition possible du désir peut naître. Dans notre « good thing », ce bon objet, est bien ce qui est ici en
perspective, cette crainte, qu’on rencontre effectivement question.
chez les névrosés, doit être mise en rapport avec une 21. Voir sa compulsion infantile à couper les lanières
insuffisante formation du complexe de castration, voire de cuir des sandales de sa sœur. Il est d’ailleurs difficile
avec sa partielle forclusion. de décider s’il s’agit là (comme dans le cas des coupeurs
19. On pense à ce tour dit du sac à l’œuf dans lequel de tresses) d’une rétorsion – application de la castration
le prestidigitateur fait apparaître l’œuf au moment où on à un autre sujet – ou d’une sorte de dévaluation, de
ne l’attend pas et le montre disparu quand on croirait le domestication de la castration : après tout, ce n’est pas si
voir. dangereux que ça !
556 bulletin de psychologie

Ella Sharpe se garde, à juste titre, de laisser théorie kleinienne constitue un exemple frappant à
paraître tout ce qu’il peut y avoir d’agressif dans cet égard. On sait que, pour Melanie Klein, le
le jeu analytique ; elle souligne que la prétention phallus, très précocement dans l’expérience de
du sujet à vouloir être aidé signifie un vœu l’enfant – fille ou garçon –, apparaît comme le
contraire : rester à l’abri (comme il était, enfant, substitut du sein maternel. L’enfant convoiterait les
plus ou moins ligoté dans son lit) avec sa capote bons et mauvais objets à l’intérieur du corps de sa
(hood) de voiture sur lui. Mais elle méconnaît, en mère. Mais pourquoi ce privilège accordé à l’objet
cette occasion, le rapport du sujet au signifiant phallus ? nous le comprenons mal. C’est toujours
phallique. le contenu imaginaire qui est promu dans les saisis-
Nous dirons, pour rester dans la métaphore des sants comptes rendus kleiniens, mais le rapport du
échecs, que le sujet ne veut pas perdre sa dame. symbole et de l’image y reste mal éclairci. Qu’y
Ce qu’Ella Sharpe vise, avec l’idée de toute puis- voyons-nous ? L’expérience du rapport à la mère
sance, et qui est le phallus que le sujet entend est entièrement centrée sur l’appréhension de
préserver à tout prix, il faut qu’il le maintienne hors l’unité ou de la totalité. Tout le progrès de l’enfant
du jeu parce que, dans le jeu, il pourrait le perdre est décrit comme allant du morcellement à l’unité,
– ce qui dans le rêve est représenté par le person- par la médiation du corps maternel, qui représente
nage tiers (qui semble n’être qu’un témoin) qu’est à la fois l’ensemble de tous les objets morcelés
sa femme 22. Le sujet se refuse à faire le sacrifice dans une sorte, non de chaos, mais de désordre
de sa dame – avec ce que cela implique dans sa primitif, et la première forme d’une identification
idéale, d’une expérience de l’unité.

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relation à l’analyste qui est une femme. Par sa toux
discrète, il avertit son analyste, si par hasard elle En fait, il y a là, dans ce rapport de l’enfant au
avait, comme il est montré dans le rêve, retourné, corps de la mère, non deux mais quatre termes. En
si l’on ose dire, son sac, de le rentrer avant que lui effet, ce rapport sert de cadre à la relation spécu-
n’entre : à voir qu’il n’y a qu’un sac, il a tout à laire de l’enfant à son propre corps (ce que nous
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perdre. Aussi s’expliquerait toute la prudence dont avons décrit sous le nom de stade du miroir).
le sujet fait preuve : il se maintiendrait serré, ligoté D’autre part cette relation est, elle-même, dépen-
(dans sa voiture d’enfant ou autre part) pour que dante d’une autre, plus large et plus obscure, entre
puisse être ailleurs le signifiant phallus, où il voit les tendances primitives, issues de l’appel des
l’image d’une toute puissance rêvée. besoins, et le corps maternel en tant qu’objet de
Les effets sur le comportement du sujet de l’identification primitive. C’est au sein de ce
l’interprétation d’Ella Sharpe ne confirment-ils pas premier rapport à quatre termes
notre hypothèse ? Que fait le patient après qu’elle
lui ait souligné l’apparition chez lui d’un vœu libi- i (a) a
{
dinal ? Il mouille son lit et il prend à la gorge un S I
de ses partenaires de tennis, qui se moque de son
jeu, pour lui faire passer le goût de la moquerie... que vont se faire les premières adéquations du sujet
Il est difficile de voir dans de telles réactions les à sa propre identité : il constitue le lieu des anoma-
preuves d’une interprétation adéquate ; mais elles lies psychotiques ou parapsychotiques.
sont significatives. En effet, dans cette urination Dans son rapport à l’objet primitif – le sein
compulsionnelle, il n’y a pas mise en action géni- maternel – le sujet prend conscience de soi comme
tale du pénis mais de l’organe réel (voir énurésie privé 23 ; il fait l’expérience d’un semblable qui
infantile) ; d’autre part, coincer son partenaire à la usurpe sa place. Faut-il, dès ce niveau, postuler une
gorge ne revient pas à le coincer dans le jeu : l’autre appréhension, par le sujet, de l’ordre symbolique ?
comme lieu des conventions du jeu, lieu de la loi, le sujet pourrait concevoir l’objet, le sein maternel,
est absolument manqué. non seulement comme étant là ou non (d’où frus-
Notre réflexion sur ce rêve peut nous être une tration et une sorte d’auto-destruction passion-
occasion de préciser ce que nous entendons par le nelle), mais comme inscrit dans un rapport avec
caractère signifiant du phallus – sans quoi on ne quelque chose d’autre qui pourrait lui être avanta-
peut donner sa véritable position à sa fonction. La geusement substitué. C’est ce second parti que
prend apparemment Melanie Klein, en marquant la

22. Voir le lapsus infime du récit du rêve : « I was


taking journey with my wife around the world », là où on
attendrait, selon l’usage de la langue anglaise : around 23. Voir saint Augustin : « J’ai vu de mes yeux et
the world with my wife. L’accent d’omnipotence est mis connu un tout petit en proie à la jalousie. Il ne parlait pas
par l’analyste sur around the world. Nous le placerons encore et déjà il contemplait d’un regard amer son frère
plutôt sur with my wife. Le sujet ne veut pas perdre sa de lait ». Nous avons là, dans un raccourci admirable,
dame à la façon de ces joueurs d’échecs qui s’imaginent l’image du semblable dans son rapport avec la mère,
à tort que ce serait là perdre la partie. comme totalité que le sujet a fini par assumer.
bulletin de psychologie 557

prévalence du phallus. Mais elle n’en voit pas le S { a. Et c’est comme sujet barré qu’il est possible
rapport avec l’activité métaphorique de substitution de lui donner pour signifiant le phallus.
signifiante, ressort de tout progrès symbolique : Ce phallus, il l’est et il ne l’est pas. Cet intervalle
c’est pour autant que l’objet est substituable à la – être et ne pas l’être – la langue permet de l’aper-
totalité (visée) du corps de la mère, et pour autant cevoir dans une formule où glisse le verbe être : il
que l’image de l’autre est substituable au sujet que n’est pas sans l’avoir. C’est autour de cette
nous entrons dans l’activité symbolique, qui fait de assomption subjective entre l’être et l’avoir que
l’être humain un sujet parlant, ce qui définit tout joue la réalité de la castration. En effet, le phallus
son rapport ultérieur à l’objet : le rapport foncière- a une fonction d’équivalence dans le rapport à
ment angoissé (puisque le sujet s’y avère, à la l’objet : c’est en proportion d’un certain renonce-
limite, anéanti) du désir. ment au phallus que le sujet entre en possession de
Pour nous, le phallus a un rapport avec l’être du la pluralité des objets qui caractérise le monde
sujet, ici défini non comme sujet de la connais- humain. Dans une formule analogue, on pourrait
sance, support noétique de tous les objets, mais dire que la femme est sans l’avoir (ce qui se traduit
comme sujet parlant assumant son identité. Quel psychologiquement par le penis neid). C’est ce dont
est donc ce rapport ? en un sens toute notre le patient d’Ella Sharpe ne consent pas à s’aperce-
réflexion sur le désir et son interprétation vise à le voir : il « met à l’abri » le signifiant phallus (dans
définir. En effet, c’est le sujet du désir, soit le sujet le rêve, c’est la femme). Sans doute y a-t-il plus
profondément mis en question dans son rapport à névrosant que la peur de perdre le phallus, c’est ne

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l’objet, que nous définissons comme sujet barré pas vouloir que l’Autre soit châtré.
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RÉFÉRENCES

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fr., La science des rêves, Paris, Presses universitaires de psychanalyse, 6, 3-4, 1933, p. 219-297.
France, 1950. FREUD (Sigmund).– Die endliche und die unendliche
FREUD (Sigmund).– Formulierungen über die zwei analyse [1937], trad. fr. dans Revue française de psycha-
Prinzipien des psychischen Geschehens [1911], Gesam- nalyse, 1938-1939, no 1, p. 3-38.
melte Werke, vol. VIII, p. 230-238, Standard édition SHARPE (Ella).– Dream Analysis, Londres, Hogarth
vol. XII, p. 218-226. Press, 1937.
FREUD (Sigmund).– Ein Kind wird geschlagen [1919],
trad. fr., On bat un enfant. Contribution à l’étude de la