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La transcription

La transcription est l’adaptation d’une œuvre musicale à un instrument ou voix humaine,


différents de l’original pour lequel elle a été écrite initialement.
Au tant que musiciens nous sommes régulièrement amenés à transcrire, à adapter ou à arranger.
Contrairement à l’arrangement, la transcription demande le moins de modifications mélodiques et
harmoniques possible par rapport à l’original. Lorsque l’on fait une transcription, nous sommes obligés
de prendre en compte :
• l’époque et l’esthétique du compositeur
• le contexte dans lequel l’œuvre a été écrite
• l’instrument d’origine avec ses spécificités, timbre, registre..
Tous ces éléments ne pourront pas être les mêmes, mais nous pouvons chercher à transmettre
l’essence-même de l’œuvre, les valeurs qu’elle comporte, avec les moyens de l’instrument (les
instruments) sur lequel l’on choisit à transcrire…

Pourquoi réécrire ce qui existe déjà? Pourquoi les compositeurs eux-mêmes, tels que Bach,
Mozart, Schumann, Mendelssohn, Liszt, Brahms, Busoni, Stravinsky et tant d'autres ont transcrit leurs
propres œuvres?

Il y a bien sûr diverses raisons. Si l’on transcrit c’est souvent pour faire revivre ou s’approprier
une pièce qui a été destinée à une autre formation. Ainsi le pianiste pourra jouer une œuvre pour violon
(Bach-Busoni, Bach-Brahms - la chaconne), ou faire revivre les moments forts d'un opéra (Liszt), ou
encore entendre une symphonie avant qu’elle soit présentée au grand public (Stravinsky- Derevyanko -
Symphony n.15, transcrits pour violon, cello, piano et percussion)...
Derrière l’une des raisons les plus importantes de transcrire se cache la didactique, la
transmission culturelle… Aussi bien que les compositeurs commencent par copier les maitres et
apprendre à écrire “dans le style de”, les jeunes interprètes doivent apprendre,parallèlement aux pièces
écrites spécialement pour leur instrument, l’héritage culturel et musical dans le sens large du terme. Au
travers des œuvres écrites pour d’autres instruments, à des moments où leur instrument n’existait peut-
être pas, un jeune musicien peut construire sa culture musicale, peut s’enrichir pour son répertoire
contemporain, peut se poser des questions fondamentales qui concernent chaque musicien. Comme ça,
un clarinettiste, par exemple, pourra jouer J.S. Bach, malgré le fait que son instrument n’existait pas à
l’époque de Bach. Au travers d’œuvres de Bach il pourra travailler :
• le son
• l’harmonie
• le contrepoint
• la conduite de la ligne musicale… etc etc...

Adapter une œuvre veut dire aussi se poser des questions proprement instrumentales, qui
peuvent nous permettre à “surmonter” notre niveau d’interprète. Quand je joue la Chaconne de Bach
au marimba, par exemple, je réfléchis à l’instrument pour lequel elle a été écrite, mais aussi à
l’instrument auquel je la transcrit. Je pense aussi aux transcriptions des grands compositeurs qui existent
déjà et qui nous montrent comment cette œuvre peut être vue différemment, tout en gardant sa
consistance initiale. Les questions du registre, le legato, la durée de la note, de l’accord, de la manière
d’arpéger se posent… Et les réponses sont différentes à chaque fois, avec chaque nouvelle lecture, avec
chaque novelle prise de partie d’interprétation...

La transcription permet aussi la rencontre inattendue entre les musiciens dont les instruments
n’appliquent pas de jouer ensemble souvent. Comme ça de nouvelles formations naissent, les musiciens
peuvent s’influencer, apprendre, s’enrichir grâce à la rencontre dans un nouvel univers pour les uns et
un champ connu pour les autres… De la même manière qu’un musicien de jazz qui va jouer et rejouer
les standards, les musiciens “classiques” peuvent imaginer toujours revoir d’une nouvelle manière leurs
“standards” classiques…
Au sein de ma classe de percussions, la transcription permettra aussi l’échange, les passerelles
entre mes élèves et les élèves des autres classes de l’établissement. La motivation et l’autonomie dans la
transcription sont des vecteurs importants, la prise de décision de la part d’un élève sera obligatoire et
son développement instrumental naitra naturellement…
La transcription peut aider aussi la popularisation des instruments peu connus, les instruments
contemporains aussi. Elle peut aider à accélérer le chemin entre la musique d’aujourd’hui et le public,
parfois trop méfiant au regard des nouveautés musicales…La transcription peut “convaincre”, rendre
légitime un musicien, qui peut,ensuite, proposer une nouvelle œuvre pour pouvoir amener celui qui
l’écoute dans de nouveaux champs d’exploitation musicale:)
Mais attention, la transcription peut être aussi de très mauvais gout. C’est pourquoi j’ai
commencé en disant que l’époque et l’esthétique du compositeur sont extrêmement importantes.
Une transcription réussite est celle qui nous fait oublier l’instrument que l’on utilise pour
jouer l’œuvre. D’ailleurs, cette dernière phrase est, pour moi, la réussite de chaque interprétation.