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Séance 2

Axe 1:

La qualité commerciale

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I- La qualité commerciale:
 Problème de législation:
• L’élaboration de la loi 15-95 formant Code de commerce (promulguée par
Dahir n° 1-96-83 du 15 rabii 1417 (B.O 3 octobre 1996)) s’est
heurté aux difficultés
de définir les éléments qui confèrent la qualité commerciale à la personne
qui exerce le commerce (entrepreneur) ou aux activités de son entreprise.
• La richesse des expériences législatives et doctrinales étrangères ne lui a
pas permis d’opter pour une conception homogène exclusive.
• Alors, il a décidé de suivre à la lettre, une fois encore, son homologue
français comme il l’avait fait en 1913.
 Résultat:
- Le législateur utilise désormais activité au lieu d’acte;
- La commercialité de certaines activités sans exiger les caractères
professionnel et habituel de l’exercice.
- Utilisation de la notion d’entreprise. (difficultés des entreprises)

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I- La qualité commerciale: -suite-

A- Énumération des activités commerciales :


L’étude des éléments constitutifs intrinsèques des activités commerciales ou
plus correctement des entreprises qui les exercent, revient dans une large
mesure à l’analyse des différentes activités énumérées par les articles 6 et
suivants du Code de Commerce.
• Une liste des actes de commerce par nature est présentée par les articles
6 et 7 du CC.
• Un certain nombre d’opérations préparent, accompagnent ou
couronnent les activités commerciales légalement indiquées. Il s’agit de
ce que préfère appeler la doctrine: les actes de commerce par accessoire.
• Enfin, certains actes sont commerciaux par eux même, abstraction faite
du contexte et de la nature de l’activité de l’entreprise. Il s’agit là des
actes de commerce par la forme.

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I- La qualité commerciale: -suite-

 L’article 6 énumère 18 activités commerciales terrestres:


1- l'achat de meubles corporels ou incorporels en vue de les revendre soit en nature soit
après les avoir travaillés et mis en œuvre ou en vue de les louer;
2- la location de meubles corporels ou incorporels en vue de leur sous-location;
3- l'achat d'immeubles en vue de les revendre en l'état ou après transformation;
4- la recherche et l'exploitation des mines et carrières;
5- l'activité industrielle ou artisanale;
6- le transport;
7- la banque, le crédit et les transactions financières;
8- les opérations d'assurances à primes fixes;
9- le courtage, la commission et toutes autres opérations d'entremise;
10- l'exploitation d'entrepôts et de magasins généraux;
11- l'imprimerie et l'édition quels qu'en soient la forme et le support;
12- le bâtiment et les travaux publics;
13- les bureaux et agences d'affaires, de voyages, d'information et de publicité;
14- la fourniture de produits et services;
15- l'organisation des spectacles publics:
16- la vente aux enchères publiques;
17- la distribution d'eau, d'électricité et de gaz;
18- les postes et télécommunications.
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I- La qualité commerciale: -suite-

 L’article 7 ajoute deux types d’activités commerciales maritimes et


aériennes.
1- toutes opérations portant sur les navires et les aéronefs et leurs accessoires;
2- toutes opérations se rattachant à l'exploitation des navires et aéronefs et au
commerce maritime et aérien.

 L’article 8 étend la qualité commerciale de toute autre activité pouvant


leur être assimilée:
«La qualité de commerçant s'acquiert également par l'exercice habituel ou
professionnel de toutes activités pouvant être assimilées aux activités
énumérées aux articles 6 et 7 ci-dessus».

 L’article 10 en fait de même pour tous les actes de commerce et les


faits et actes accomplis à l’occasion de l’exercice des activités visées,
sauf preuve contraire.

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I- La qualité commerciale: -suite-

 L’article 9, quant à lui, ajoute 2 actes commerciaux: la lettre de change


et le billet à ordre:
«Indépendamment des dispositions des articles 6 et 7 ci-dessus, sont réputés
actes de commerce :
- la lettre de change ;
- le billet à ordre signé même par un non-commerçant, lorsqu'il résulte d'une
transaction commerciale».

L’étude de ces articles permet d’établir une définition générale de


l’acte de commerce en distinguant entre:
 les actes de commerce par nature,
 les actes de commerce par la forme,
 les actes de commerce par accessoire.

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I- La qualité commerciale: -suite-
1- Les actes de commerce par nature:
Ce sont des actes dont la répétition transforme la personne qui les
accomplit en commerçant. L’article 6 CC énumère ces actes dits de
commerce par nature. L’article 7 complète la liste en ajoutant les actes de
commerce maritime: affrètements, assurances et achats et reventes de navires.

Classifications:
 Certains distinguent entre: les activités portant sur les biens corporels ou
incorporels, celles portant sur les services, celles qui portent indifféremment
sur les deux et enfin les activités maritimes et aériennes (a)
 D’autres préfèrent séparer les activités de distribution; des activités de
production, et des activités de service (b)

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I- La qualité commerciale: -suite-
1- Les actes de commerce par nature: Classification (a) :
 Les activités portant sur les biens: constituent l’objet d’un ensemble
important d’entreprises dans la vie économique du pays. Elles touchent les
grandes manipulations susceptibles d’affecter la propriété des meubles
corporels et incorporels et des immeubles dans une économie libérale.
1- Achat pour revendre (al 1 et 3 art 6 cc): circulation par transfert du droit de
propriété.
NB: la doctrine précise que rien n’est gratuit en matière commerciale, les échanges directs
de biens qui malgré l’absence du paiement du prix au sens usuel, peuvent être analysés
en 2 ventes successives où chaque bien est simultanément objet et prix de la vente.
2- Location de biens (al 2 art 6 cc): acte juridique qui ne transfert pas la
propriété du bien mais consiste en une cession temporaire de l’usage d’un
bien (meuble ou immeuble) par son propriétaire (le bailleur) ou son locataire (cas
de sous location) à un preneur moyennant un prix (loyer).
3- Production et transformation de biens (al 5 art 6 cc): Activités industrielles
et artisanales.

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I- La qualité commerciale: -suite-
1- Les actes de commerce par nature: Classification (a) : -suite-
 Les prestations de services: activités susceptibles d’accompagner les
activités de production, de transformation et de vente. On distingue:
1- Services traditionnels:
• Transport (al 6 art 6 cc),
• Fourniture (al 14 art 6 cc),
• Distribution (al 17 art 6 cc).
2- Services particuliers:
• Activités financières: banque (prêt, crédit, escompte… al.7), assurance à prime
fixe (al.8);
• Activités d’entremise: commission, courtage, bureau et agence d’affaire, de
voyage, d’information, de publicité… (al.9 et 13).
• Activités de communication: édition (al.11), poste et télécommunication
(al.18)…
• Organisation de spectacles publics: intellectuels, artistiques,
sportives…(al.15).
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I- La qualité commerciale: -suite-
1- Les actes de commerce par nature: Classification (a) : -suite-
 Les actes de commerce maritime et aérien: (art 7 cc)
Le cc étende la qualité du commerçant à :
 ceux qui exercent les opérations sur les navires et aéronefs, d’une part, et
 les opérations se rattachant à leurs exploitation et au commerce
maritime, d’autre part.
o Opérations visées: nombreuses et complexes:
L’achat pour revendre ou pour louer l’usage, avec ou sans transformation, la
construction et l’aménagement ou l’équipement, le remorquage, le
chargement et le déchargement, stationnement, manœuvres diverses, la vente
aux enchères, les visites payantes, l’hypothèque, le prêt du navire…etc.
La formulation générale de l’article 7 permet de commercialiser toutes les
opérations maritimes y compris la pêche côtière ou artisanale qui ne remplit
aucune condition humaine, sociale et économique permettant de les assujettir au
formalisme et rigueur du droit commercial.
Cependant: Commercialité de la navigation de plaisance exercée à titre privé ???

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I- La qualité commerciale: -suite-
1- Les actes de commerce par nature: Classification (b) :
 Les activités de distribution: sont les activités d’achat pour revendre
dans un but spéculatif de biens meubles corporels ou incorporels (les
créances, valeurs mobilières, droit de propriété littéraire ou artistique, brevets
d’invention, marques et autres droits de propriété industrielle) et également
des immeubles en l’état ou après leur transformation.

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I- La qualité commerciale: -suite-
1- Les actes de commerce par nature: Classification (b) : -suite-
 Les activités de production: sont les activités industrielles ou
artisanales, la recherche de l’exploitation des mines et carrières
(gisement de charbon, pétrole, minerais, carrière..); l’imprimerie et
l’édition; le bâtiment et les travaux publics: ex: les entreprises de
construction immobilière, construction de ponts…etc.

NB: Les activités agricoles échappent à la commercialité car l’agriculteur tire sa


production du sol et non de son industrie. Il ne fait pas d’achat pour la revente.
Toutefois, s’il achète des animaux pour les revendre après les avoir engraissés
(élevage industriel) ou transforme des produits agricoles qu’ils livrent aux
consommateurs (huile, farine, beurre etc.), son activité serait commerciale.

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I- La qualité commerciale: -suite-
1- Les actes de commerce par nature: Classification (b) : -suite-
 Les activités de service: activités où le commerçant offre à ses
clients l’usage temporaire de certaines choses, ou l’exécution à leur
profit de certains travaux. Elles peuvent être des activités de
transport; de location de meubles; spectacles publics; activités
financières ou d’intermédiaires.

NB: Les activités dites libérales échappent, à leur tour à la commercialité.


Selon les définitions qu’en donnent les organisations professionnelles,
elles consistent en des services personnels de caractère principalement
intellectuel rémunérés par des honoraires.
Exemples: médecins, avocats, notaires, huissiers, experts comptables,
architectes…

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I- La qualité commerciale:
Extension de la liste légale
La liste des activités commerciales présentées par les articles 6 et 7 n’a
pas un caractère limitatif, les articles 8 à 11 permettent de l’étendre au
maximum sans nul besoin d’intervention législative, permettant ainsi à la
jurisprudence et à la doctrine de suivre l’évolution concrète de la vie des
affaires et de faire intégrer toute nouvelle activité commerciale.

- L’art 8 permet le critère d’assimilation de toutes autres activités;


- L’art 9 édicte la commercialité indiscutable de certains actes quelque
soit le statut des personnes.

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I- La qualité commerciale: Extension de la liste légale –suite-
 Assimilation de certaines activités :
- L’art 8 dispose «La qualité de commerçant s'acquiert également par
l'exercice habituel ou professionnel de toutes activités pouvant être
assimilées aux activités énumérées aux articles 6 et 7 ci-dessus».
La règle posée par cet article à une nature générale et abstraite
incontestable car elle tend à corriger les inconvénients d’une
énumération d’activités précises, définies par une permission de
l’interprétation extensive.

Explication:
La position adoptée se fonde sur le fait que les activités commerciales
évoluent de manière continue, rapide et dynamique ce qui est
incompatible avec l’idée de les fixer une fois pour toute par un texte
légal à une date déterminée.

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I- La qualité commerciale: Extension de la liste légale –suite-
2- Les actes de commerce par accessoire:
L’art 10: «Sont également réputés actes de commerce, les faits et actes accomplis
par le commerçant à l'occasion de son commerce, sauf preuve contraire».
Explication: Il s’agit d’actes, à l’origine, de nature civile et qui
deviennent commerciaux parce qu’ils sont accomplis par un commerçant
dans le cadre de l’exercice de sa profession commerciale (acheter, louer un
bien, donner ou recevoir un gage, prêter ou emprunter, endommager les biens
d’autrui ou lui causer des coups ou blessures, etc).
Règle applicable: L’accessoire suit le principal.

 Est-il évident de faire le lien entre activité commerciale et contractuelle ?


Solution: Le code a posé une présomption simple, ie, tous les actes effectués par
un commerçant sont commerciaux par accessoire sauf preuve contraire, qui peut
être apportée par tout moyen. Ce sera à celui qui entend démontrer le caractère
civil d’un prêt, par exemple, d’établir qu’il n’a pas été souscrit pour les besoins
de son commerce.

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I- La qualité commerciale: Extension de la liste légale -suite-
3- Les actes de commerce par la forme:
Il s’agit d’actes qui n’ont aucune influence sur le statut de la personne qui
les accomplit. Ils sont toujours de nature commerciale en raison de leur
forme quelque soit la qualité de la personne qui les accomplit. Ces actes
relèvent du droit commercial.
 Il y a deux types d’actes de commerce par la forme à savoir :
o Les effets de commerce: la lettre de change; et le billet à ordre et le
chèque lorsqu'ils résultent d’une transaction commerciale;
Application des règles de droit cambiaire.

o Les actes accomplis par les sociétés commerciales dans le cadre de leur
objet social. 6 formes de sociétés:
- Article 1 de la loi n° 17-95 sur la SA modifiée en 2016 par la loi 78-12;
- Article 2 de la loi n° 5-96: la Société en Nom Collectif (SNC), la Société en
Commandite Simple (SCS), la Société en Commandite par Actions (SCA), la
Société à Responsabilité Limitée (SARL) + la Société en Participation (SP)
mais seulement lorsque son objet est commercial.
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I- La qualité commerciale: Extension de la liste légale -suite-

 Les actes de commerce mixte:


Ce sont des actes qui ont une nature civile du côté de la partie civile et une
nature commerciale du côté de commerçant.
En effet, beaucoup d’actes de commerce interviennent entre commerçants et
non commerçants, mais il est exclu d’appliquer le régime des premiers au
seconds, d’où cette dualité. Par conséquent, le non commerçant peut se
prévaloir contre l’autre de sa commercialité, tandis que la partie commerçante
ne peut se prévaloir contre elle que du droit civil.
• L’article 4 CC «lorsque l'acte est commercial pour un contractant et civil pour
l'autre, les règles du droit commercial s'appliquent à la partie pour qui l'acte est
commercial; elles ne peuvent être opposées à la partie pour qui l'acte est civil,
sauf disposition spéciale contraire».
Exemple: la vente d’une récolte est civile pour l’agriculteur et commerciale pour
le revendeur. En cas de litige, le revendeur ne pourra poursuivre
l’agriculteur que devant la juridiction civile, alors que ce dernier a le
choix entre le tribunal civil et le tribunal de commerce.
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I- La qualité commerciale:
Limites de la liste légale des activités commerciales
NB: Malgré la portée très large de la conception légale, certaines activités échappe
encore à la sphère commerciale:
1- Prestations assurées par le service public:
Service public= intérêt général ≠ profit privé échappe à la commercialité.
Cependant, certaines activités des administrations et ses démembrements,
présentent les caractères et les éléments propres à l’activité commerciale sans
remplir correctement la mission du service public et sans permettre aux
entreprises privées et aux particuliers de contribuer au développement des
richesses et de l’emploi.
Création des EPIC (OCP, ONCF, ONE…) ou des sociétés nationales (RAM SA, OCP
SA), ou encore la concession (gestion déléguée: distribution eau et électricité,
assainissement…etc).

NB: La jurisprudence retient la notion de clientèle pour décider que dans tous les cas où
le cocontractant se comporte comme un usager du service public, l’activité demeure
non commerciale. Dans le cas contraire, elle est commerciale (ex: contrat IAM).
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I- La qualité commerciale:
Limites de la liste légale des activités commerciales –suite-
2- Associations et activités agricoles:
 Les associations de droit privé exercent parfois de véritables activités
commerciales sans qu’elles soient soumises au droit commercial. (dahir 1958)
Explication: défaillance de certaines conditions requises pour l’acquisition de la
qualité du commerçant.

 L’activité agricole: exploitation de la terre aspect immobilier dominant.


ie, les produits ne proviennent ni d’un achat pour revendre ou louer l’usage,
ni d’une fabrication, transformation, production industrielle ou artisanale;
mais directement fournis par la nature.
Restriction: lorsque l’activité agricole devient une simple composante de
l’activité de l’entreprise, l’application de la théorie d’activité assimilée ou de
l’accessoire devient possible. (ex: industrie agro-alimentaire).
En pratique: la plupart des sociétés agricoles sont commerciales par la
forme; donc, seul l’agriculture traditionnelle échappe au droit commercial.
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I- La qualité commerciale:
Limites de la liste légale des activités commerciales –suite-
3- Professions libérales:
Médecins, avocats, experts comptables, architectes, notaires… exercent un
art destiné à satisfaire un besoin d’assistance humaine. Ils ne spéculent pas
sur ces besoins. Ils présentent des prestations intellectuelles, humanitaires
sociaux… et recevaient en contrepartie des honoraires.

Aujourd’hui, ces activités ne peuvent plus être correctement exercées sans


groupement (Entreprise) de compétences multidisciplinaires et sans utilisation
d’équipements parfois hautement sophistiqués (agence architectes, fiduciaires,
cliniques médicales, laboratoires d’analyses…).

La jurisprudence réagit en appliquant la théorie des actes de commerce


par accessoire quand les éléments matériels dominent la prestation libérale
proprement dite.

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Merci de votre
attention

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