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Chapitre I : les fondements théoriques de la Responsabilité Sociale des

Entreprises

Certes, l’intégration du Maroc dans l’économie mondiale et l’entrée en vigueur des différents
accords commerciaux au courant des dernières années ont ouvert aux entreprises des
opportunités majeures pour explorer de nouveaux marchés. Cependant, les exigences que
portent ces accords posent des défis majeurs aussi bien pour le pays que pour ces entreprises.
Dès lors, la compétitivité, l’innovation, la qualité des produits, les exigences
environnementales et les droits des travailleurs sont les nouvelles logiques qui devraient
guider l’économie marocaine.

Face à ces contraintes, les entreprises marocaines sont censées réaliser davantage de
bénéfices, comme une priorité, pour pouvoir créer la valeur ajoutée nécessaire à la croissance
économique. Or, au-delà de son économique, l’entreprise est appelée à honorer d’autres
responsabilités qui se situent dans différents registres en l’occurrence sociales et
environnementales. C’est précisément sur ce terrain que la RSE joue un rôle articulateur.

En effet, l’adoption des critères de la RSE pour les entreprises marocaines représente un grand
investissement dans la mesure où cela permettrait à ces entreprises d’augmenter leur
compétitivité à long terme et de conquérir de nouveaux marchés, sans exclure la concurrence
locale avec les entreprises étrangères qui ont intégré la RSE dans leur gestion.

Cependant, la RSE, – appréhendée comme un engagement volontaire de l’entreprise, au-delà


des ses obligations économiques et légales, à l’égard de ses différentes parties prenantes pour
satisfaire leurs attentes –, a connue une évolution dans le temps pour donner ainsi lieu à des
significations diverses et hétérogènes, aussi bien au niveau de l’entreprise que entre les
chercheurs.

Afin d’expliciter les fondements théoriques du concept de la RSE et ses manifestations


pratiques, nous proposons dans une première section d’esquisser brièvement l’émergence
ainsi que la construction historique et l’évolution de la RSE. Ensuite, dans la deuxième
section, nous présenterons les théories des organisations qui abordent la RSE et qui place
l’entreprise au cœur d’un réseau de relations avec un ensemble de parties prenantes.

1
Section 1 : l’émergence du concept de la RSE

La définition de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) a connu de profondes


modifications au fil des années et elle continue d’évoluer au rythme de l’évolution de la
société et de ses aspirations.

1. Diversité des définitions de la responsabilité sociale des entreprises.

Jusqu’aujourd’hui, il n’existe pas de modèle universel ni de définition normalisée ou de


critères entièrement reconnus de la responsabilité sociale des entreprises. Toutefois, il est
généralement admis que la RSE ne relève ni du strict respect de la loi ni de la philanthropie.

En revanche, la plupart des définitions proposées ont un dénominateur commun : la RSE est
un concept en vertu duquel l’entreprise prend en compte les préoccupations sociales et
écologiques dans ses politiques et activités commerciales ou industrielles. Il s’agit d’un
dispositif qui permet d’améliorer l’impact que celles-ci peuvent avoir sur la société. C’est
pour cette raison qu’on évoque parfois la notion de triple résultat (triple bottom line) : une
bonne performance doit alors intégrer les trois dimensions économique, environnementale et
sociale. En effet, il n’est pas indifférent de noter que cette notion de triple résultat ne repose
pas sur une approche scientifique qui prouverait que l’une des trois performances entraîne les
deux autres. Il faut notamment garder à l’esprit que, jusqu’à présent, l’affirmation que la
performance sociale entraîne la performance économique relève de la foi plus que de la
science (Gond, 2001). En revanche, l’idée que l’entreprise a le devoir de satisfaire à la fois ses
actionnaires et ses salariés sans dégrader l’environnement, et ce tout en faisant respecter les
droits de l’Homme là où s’exerce son influence, est une idée qui fait florès (Férone et al.,
2001).

Cependant, à ce niveau d’analyse, il importe de mentionner que la dimension sociale de la


RSE est plus large de ce qui est entendu généralement par la gestion des ressources humaines
de l’entreprise. Alors que celle-ci ne prend en compte que les salariés de l’entreprise, la
dimension sociale de la RSE incluent également les salariés des filiales, des sous-traitants et
ceux des fournisseurs.

Les tenants de la théorie dite de « Stakeholders » (Freeman, 1984 et Carroll, 1991) vont
encore plus loin et imaginent que la responsabilité de l’entreprise doit s’exercer à l’égard
d’une multitude de parties prenantes au rang desquelles figurent en plus des actionnaires et
des salariés, l’Etat, les fournisseurs, les clients, les collectivités territoriales, les riverains des
sites sur lesquels est implantée l’entreprise, les ONG et même les concurrents.

Il est important de souligner qu’être socialement responsable ne signifie pas seulement être en
conformité avec la législation, mais aussi d’aller au-delà de la conformité et d’investir plus
dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes. La
conformité avec le cadre législatif, selon les pays, est nécessaire, mais la RSE se centre sur les
contributions additionnelles des entreprises aux attentes sociales.

La responsabilité sociale de l’entreprise « RSE » apparaît alors comme l’une des réponses aux
mouvements sociaux qui contestent de façon croissante les pouvoirs exagérés des
multinationales, que les décisions politiques de déréglementation et de privatisation n’ont fait
que renforcer depuis quelques années. La RSE apparaît comme une lutte contre les pratiques
de sous-traitance de Nike ou de Reebok, contre les négligences irresponsables de Shell ou de
Total-FinaElf, contre les licenciements abusifs de Danone ou Marks & Spencer, contre la

2
complicité des firmes pétrolières avec nombre de dictateurs ou de régimes corrompus, pour le
respect des droits des travailleurs.

Ainsi, le nombre de définitions produites par les organismes intéressés illustre tant de
diversité et de variété dans ce domaine. On trouvera ci-après quelques définitions de la RSE,
données par les principaux organismes internationaux :

L’une des définitions de la responsabilité sociale des entreprises est offerte par la Conférence
Board1 : « la responsabilité sociale des entreprises est l’ensemble des relations que la firme
entretient avec toutes les parties prenantes: les clients, les employés, la communauté, les
actionnaires, les gouvernements, les fournisseurs et les concurrents. Les éléments de la
responsabilité sociale incluent l’investissement dans la communauté, les relations avec les
employés, la création et le maintien de l’emploi, les préoccupations environnementales et la
performance financière »2. On constate donc que la Conférence Board a une vision réductrice
de la RSE, puisqu’elle ne fait référence ni aux droits de l’Homme, ni aux droits fondamentaux
au travail définis par l’Organisation internationale du travail (OIT).

L’Organisation des Nations Unies élargit le concept de la RSE en introduisant l’expression


« l’entreprise citoyenne du monde » qui recouvre à la fois les droits et les responsabilités des
sociétés transnationales dans le contexte international. Ces sociétés peuvent, en effet, faire
preuve d’un « bon civisme d’entreprise » en « embrassant et en mettant en application », dans
leurs pratiques commerciales propres comme dans leur soutien à des politiques publiques
appropriées, un certain nombre de valeurs et de principes universellement reconnus dans les
domaines des droits de l’Homme, des conditions de travail, de la protection de
l’environnement et de la lutte contre la corruption.

Plus simplement, dans son livre vert intitulé « Promouvoir un cadre européen pour la
responsabilité sociale des entreprises », la Commission Européenne définit la responsabilité
sociale des entreprises (RSE) comme « essentiellement un concept par lequel des entreprises
décident volontairement de contribuer à une meilleure société et un environnement plus sain »
mentionnant que « le concept de responsabilité sociale des entreprises signifie essentiellement
que celles-ci décident de leur propre initiative de contribuer à améliorer la société et rendre
plus propre l’environnement ». Le livre vert précise qu’afin d’être socialement responsable,
une entreprise doit « aller au-delà de la loi et investir davantage dans le capital humain,
l’environnement et les relations avec les intervenants».

Pour ce qui concerne l’Organisation de Coopération et de Développement Economique


(OCDE), « la responsabilité d’entreprise suppose la recherche d’une adéquation efficace entre
les entreprises et le corps social dans lequel elles opèrent. Les éléments fondamentaux de la
responsabilité de l’entreprise touchent à l’activité commerciale proprement dite » (OCDE,
2000).

L’OCDE estime « qu’on s’entend en général pour dire que les entreprises dans une économie
globale sont souvent appelées à jouer un plus grand rôle, au-delà de celui de création
d’emplois et de richesses et que la RSE est la contribution des entreprises au développement
de la durabilité: que le comportement des entreprises doit non seulement assurer des
1
Organisme canadien, sans but lucratif, qui regroupe des experts de l’organisation de conférences, mais aussi
des spécialistes reconnus pour la qualité de leurs recherches, de leurs publications et de leurs méthodes de
diffusion.
2
Assemblée Nationale du Québec (2002), « Responsabilité sociales des entreprises et investissement
responsable », p. 3. (http://www.assnat.qc.ca/fra/Publications/rapports/concfp1.htm).

3
dividendes aux actionnaires, des salaires aux employés et des produits et des services aux
consommateurs, mais il doit répondre aux préoccupations et aux valeurs de la société et de
l’environnement ».

En résumé, la RSE implique qu’une entreprise veille à ce que ses activités ne nuisent ni à
l’environnement ni à la société et qu’au contraire, elles puissent contribuer à les améliorer.
Pour se faire, l’entreprise doit traiter tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement (du
fabricant, au sous-traitant, du fournisseur au vendeur) et ce, dans les pays du Sud comme du
Nord, de manière responsable. Aussi variées que soient les définitions de la RSE, elles
présentent toutes les éléments suivants :

Engagement de l’entreprise : la responsabilité ou l’obligation des entreprises d’exercer leurs


activités commerciales de manière à apporter une valeur ajoutée à la société (c’est-à-dire
d’aller au-delà de leurs simples préoccupations économiques traditionnelles).

Comportement éthique : le comportement éthique est la volonté de l’entreprise de mener ses


activités dans le respect de critères éthiques. Cela dit, la notion d’éthique dans ces définitions
semble aller au-delà de ce qui est traditionnellement considéré comme «éthique» pour les
entreprises (c.-à-d. des pratiques commerciales justes et intègres) et englober ce que sont pour
la société des pratiques commerciales «acceptables».

Performance environnementale : même si le concept de RSE est vaste, les notions de gestion
et de performance environnementale sont souvent citées. Ceci dépend probablement du fait
que ces deux aspects sont plus faciles à mesurer.

Enfin, s’il est vrai que la RSE est une valeur universelle, il ne faut pas oublier qu’elle a des
spécificités locales et que, de ce fait, la RSE au Maroc n’aura certainement pas les mêmes
implications que celles qu’elle a en Europe ou ailleurs.

2. La construction historique de la responsabilité sociale de l’entreprise

Le concept de la RSE est apparu au cours des années cinquante. Son émergence est fortement
liée au rapide développement du volume et du pouvoir des entreprises Américaines, et au rôle
protagoniste que celles-ci commencèrent à accomplir dans une société qui affrontait des
problèmes sociaux urgents, tel que la pauvreté, le chômage, les relations entre les races et la
pollution. Même s’il est difficile de situer son origine exacte ; c’est aux Etats-Unis qu’on a
commencé à reconnaître que les entreprises privées, en plus de produire des biens et des
services, sont responsables des risques sanitaires et de la contamination de leurs salariés.

Malgré tous les travaux dont il fait l’objet, le concept de la RSE demeure large et instable. Il
est caractérisé par une communication importante et une compréhension vague. L’étude
d’Allouche, Huault et Schmidt (2004) permet d’illustrer cette imprécision en pointant les
nombreuses confusions qui entourent la définition du concept et que expriment différentes
approches véhiculées par différents acteurs que sont les chercheurs, les institutions et les
entreprises.

C’est en 1953 que Howard Bowen avait ouvert la réflexion sur la Responsabilité Sociale de
l’Entreprise et semble avoir joué un rôle majeur dans la construction d’un champ dédié à la
RSE. Son ouvrage « Social Responsibilities of the Businessman » est présenté comme un
ouvrage anticipant et structurant l’ensemble des approches théoriques en matière de RSE. Il
avait ouvert la réflexion sur la RSE en tant que conséquence de l’intégration des valeurs

4
recherchées globalement par les composantes de la société. Au-delà des objectifs
économiques poursuivis par les actionnaires et des obligations légales qui contraignent leurs
décisions, les intérêts de l’entreprise et les intérêts de la société convergent à terme. Mais, si
l’ouvrage est devenu l’une des quelques références bibliographiques obligées de tout travail
en matière de RSE, il est aujourd’hui difficilement accessible en Amérique du Nord et
quasiment introuvable en Europe (Acquier et Gond, 2005).

L’ouvrage de Bowen est un produit d’une période d’explosion des discours, où les
discussions autour des responsabilités sociales de l’entreprise sont devenues acceptables dans
les cercles dirigeants et même à la mode (Bowen, 1953). Il met l’accent sur les facteurs
expliquant l’émergence de la RSE et fournit par la suite une première définition :

« Pourquoi est-ce que les hommes d’affaires d’aujourd’hui se sentent concernés par leurs
responsabilités sociales ? […] Il est possible de diviser la réponse à cette question en trois
parties : (1) parce qu’ils ont été forcés à se sentir plus concernés ; (2) parce qu’ils ont été
persuadés de la nécessité de se sentir plus concernés et (3) parce que la séparation entre
propriété et contrôle a créé des conditions qui ont été favorables à la prise en compte de ces
responsabilités » (Bowen, 1953 p. 103).

Au cours des années soixante de nombreuses recherches américaines viendront compléter


cette première définition. Pendant cette période, la RSE était fondée sur l’idée que les
hommes d’affaires prennent souvent des décisions qui dépassent les sphères strictement
économiques, techniques ou encore légales et ont une obligation envers les acteurs sociaux.

Le tableau suivant présente quelques exemples de définitions qui ont émergés pendant cette
période. Toutes ces définitions cherchaient à impliquer les managers au-delà de la
préoccupation économique :

Tableau 1 : Exemples de définitions de la RSE pendant les années soixante

Définition Source
« La responsabilité sociale de l’entreprise concerne les actions et les (Davis, 1960)
décisions que prennent les hommes d’affaires pour des raisons qui vont,
en partie, au-delà des intérêts purement techniques et économiques de
l’entreprise »
« En dernière analyse, la responsabilité sociale suppose une attitude (Frederick, 1960)
civique à l’égard des ressources économiques et humaines, et une
volonté d’utiliser ces ressources pour satisfaire des buts sociaux élevés
et pas simplement l’intérêt étroitement circonscrit d’une personne
privée ou d’une entreprise »
« L’idée de responsabilité sociale suppose que l’entreprise n’a pas (Mcguire, 1960)
seulement des obligations légales ou économiques, mais qu’elle a aussi
des responsabilités envers la société qui vont au-delà de ces
obligations »
« La responsabilité sociale renvoie à l’obligation pour une personne de (Davis & Bolstrom, 1966)
prendre en compte l’effet de ses décisions sur le système social pris
comme un tout. Les hommes d’affaires exercent leur responsabilité
lorsqu’ils considèrent les besoins et les intérêts de ceux qui peuvent être
affectés par leurs actions »
« Le concept de responsabilité sociale reconnaît l’intimité des relations (Walton, 1967)

5
entre l’entreprise et la société et affirme que ces relations doivent être
présentes à l’esprit des dirigeants de l’entreprise ainsi qu’à l’esprit de
ceux qui s’occupent des différents groupes auxquels elle est reliée et
qui poursuivent leurs propres buts »
Source : élaboration propre

Le thème de la responsabilité sociale de l’entreprise connaît ses analyses les plus poussées à
partir des années 70. Carroll (1979), à travers des travaux formels, propose un modèle
conceptuel reposant sur trois dimensions caractérisant la RSE : le niveau de la responsabilité
sociale, l’engagement pour des solutions sociales et les valeurs qui animent le sens de la
responsabilité sociale de l’entreprise (voir infra).

Par la suite, ce modèle repris et affiné par Wartick et Cochran (1985) en utilisant un cadre
d’analyse permettant de préciser la dimension de la gestion des problèmes sociaux. En effet
un des principaux reproches faits au modèle de Carroll était son manque d’opérationnalité car
il est perçu comme trop flou et ne permettant pas une application concrète. Wartick et
Cochran (1985) ont élargi ce propos en spécifiant que la RSE est l’interaction entre les
principes de responsabilité sociale, les processus mis en oeuvre pour développer l’aptitude
socialement responsable et les politiques générées par les solutions socialement responsables
adoptées. Ils soulignent par ailleurs que la RSE est une approche microéconomique de la
relation entre l’entreprise et son environnement.

Suite à ces évolutions, Wood (1991) identifia trois niveaux d’analyse complémentaires de la
RSE (société, entreprise et gestionnaire), qui font appel à trois principes correspondants de
responsabilité :

• Le niveau institutionnel parie sur le principe de légitimité, en vertu duquel l’entreprise,


qui tire son pouvoir et sa légitimité de la société, doit répondre aux attentes de la
société si elle souhaite préserver son statut et ses privilèges ;

• Au niveau organisationnel, c’est l’entreprise en tant qu’organisation spécifique qui est


interpellée au nom de sa responsabilité publique et dont on attend une gestion
responsable de ses activités et de l’impact de ses activités sur son environnement ;

• Enfin, au niveau individuel, c’est le principe de discrétion managériale qui entre en


jeu, et qui commande de la part des gestionnaires des décisions et des comportements
compatibles avec leur nature d’acteurs éthiques.

Cette configuration complexe de niveaux et de principes délimiterait le champ des


responsabilités de l’entreprise dans différents domaines; économique bien sûr, mais aussi
légal, éthique et discrétionnaire. L’influence de l’école de la théorie des parties prenantes
(stakeholders theory) a également été déterminante dans le débat sur la nature et les limites de
la RSE. L’idée que l’entreprise était non seulement redevable envers ses actionnaires, mais
qu’elle devait également tenir compte de l’ensemble des intervenants avec qui elle entretient
des liens (ou sur lesquels elle a un impact) s’est largement imposée (Freeman, 1984).

Selon Gendron (2000), les théories de l’éthique des affaires et de la responsabilité sociale des
entreprises se sont progressivement institutionnalisées pendant les années quatre-vingt. On
peut à présent établir un classement des auteurs en trois approches :

6
• le courant « Business Ethics » propose une réflexion moraliste axée sur les valeurs et
les jugements normatifs et insiste sur le fait que l’entreprise doit agir de manière
socialement responsable parce qu’il est de son devoir moral de le faire ; on attribue à
la firme un statut d’agent moral par analogie avec une personne humaine (Goodpaster
& Mathews, 1983). Mais cette morale est celle des intérêts bien compris de la firme ;

• le courant « Business and Society » se préoccupe de la cohésion sociale et analyse les


différentes modalités de l’interface entreprise/société. Cette approche contractuelle
met l’accent sur l’interdépendance existant entre l’entreprise et la société et avance
qu’à titre d’institution sociale l’entreprise doit servir la société aux risques de perdre sa
légitimité sociale. Selon Preston et Post (1975), l’entreprise et la société se structurent
mutuellement par le biais de leurs interactions constantes. Il en résulte un contrat
social entre l’entreprise et la société, d’où découle un contrôle social de la part de la
société qui peut toujours sanctionner une entreprise « désobéissante » (Carroll, 1979 ;
Preston et Post, 1975 ; Wartick et Cochran, 1985 ; Wood, 1991) ;

• le courant du « Social Issue Management » prétend fournir aux gestionnaires des


outils pour améliorer la performance des entreprises, en tenant comptes des
revendications sociales. Il propose une nouvelle approche de l’environnement qui
n’est plus seulement économique, mais aussi socio-politique. Cette approche utilitaire
(intégrant la théorie des parties prenantes) se contente simplement d’avancer que
Good Ethic is Good Business et s’apparente donc à une relecture des thèses
économiques classiques (Freeman, 1984 ; Clarkson, 1995).

En fait, comme le reconnaît également Gendron (2000), ces trois courants ne sont pas aussi
opposés et se confortent même mutuellement. Ils partagent l’idée que l’activité de l’entreprise
doit s’inscrire dans le cadre de l’intérêt général et que ce qui est bon pour l’entreprise est
également bon pour la société. Même si au fond, les pratiques gestionnaires en sont
généralement éloignées, le discours managérial est désormais fortement imprégné de cette
conception.

3. Le débat autour de la responsabilité sociale de l’entreprise

Le débat sur la responsabilité sociale de l’entreprise occupe une place très importante dans les
travaux universitaires de ces dernières années. Pour les tenant d’une conception strictement
économique de l’entreprise, la principale responsabilité de l’entreprise consiste à améliorer la
productivité et à maximiser le profit. Dans un tel contexte, la prise en compte de
préoccupations sociales seront perçu comme déplacé. Pour d’autres, la responsabilité de
l’entreprises est bien plus large, l’entreprise est insérée dans la société et donc elle ne peut pas
rester à la marge de ce qui se passe autour d’elle. Aussi la RSE constitue un facteur de
différenciation. Dans cette optique, les recherches se multiplient mais il reste encore une
confusion en ce qui concerne le contenu exact du concept.

3.1. La position emblématique (radicale) de Milton Friedman

M. Friedman, chef de file de l’Ecole de Chicago, est aussi connu pour sa position dans le
débat sur la RSE : il s’agit d’une position radicale, qui est en cohérence avec la pensée
économique libérale, selon laquelle l’entreprise ne devrait pas fausser le libre jeu du marché
par des interventions dans le domaine de la RSE.

7
M. Friedman (1962) constate qu’un large public admis l’idée selon laquelle les dirigeants
d’entreprises ou syndicaux ont une « responsabilité sociale » allant au-delà du fait de servir
les intérêts de leurs actionnaires ou de leurs membres3. Cette conception traduit selon lui une
méconnaissance fondamentale du caractère et de la nature d’une économie libre. Dans une
telle économie, il y a une et une seule responsabilité sociale pour les entreprises : c’est
d’utiliser leurs ressources et de s’impliquer dans des activités destinées à accroître leurs
profits pour autant qu’elles respectent les règles du jeu, autrement dit, qu’elles s’impliquent
dans la compétition ouverte et libre, en évitant la tromperie ou la fraude. De même, la
« responsabilité sociale » des leaders syndicaux est de servir les intérêts des membres de leur
syndicat. Ainsi, selon cette conception, il relève de la responsabilité du reste de la société
d’établir un cadre législatif de tel façon qu’un individu poursuivant son intérêt individuel sera,
comme le disait Adam Smith, « conduit par une main invisible à servir une fin qui n’entrait
pas dans ses intentions. Le fait qu’elle n’entrait pas dans ses intentions ne conduit d’ailleurs
nullement au pire pour la société. En poursuivant son propre intérêt, il promeut souvent celui
de la société plus effectivement que lorsqu’il cherche réellement à le promouvoir. Je n’ai
jamais vu beaucoup de bien fait par ceux qui disaient servir le bien commun »4.

M. Friedman (1970) émet pour sa part ce sévère avertissement : « peu d’évolutions pourraient
menacer aussi gravement les fondements mêmes de notre société libre que la reconnaissance
par les dirigeants d’entreprises d’une responsabilité autre que celle de gagner le plus
d’argent possible pour leurs actionnaires. C’est une doctrine fondamentalement subversive»5.

Friedman (1970) justifie cette condamnation par une interrogation qui reste à ses yeux sans
réponse : si les hommes d’affaires ont une autre responsabilité que celle de faire des profits
pour leurs actionnaires, comment peuvent-ils la connaître ? Comment des individus isolés
peuvent-ils savoir ce qu’est l’intérêt social ? Peuvent-ils décider s’il est justifié de s’imposer à
eux-mêmes ou à leurs actionnaires de supporter une charge pour servir cet intérêt social ?
Est-il tolérable que ces fonctions publiques de taxation, de dépense et de contrôle soient
exercées par ceux qui sont à un moment donné en charge d’entreprises particulières, choisis
pour ces postes par des groupes totalement privés ?

En défendant cette conception selon laquelle la RSE n’existe pas en tant que telle, Friedman
(1972) renvoie à F. Hayek et à A. Smith, et à toute la tradition de la pensée libérale, celle de
la main invisible et de l’ordre spontané du marché. Car l’entreprise est la propriété de ses
actionnaires qui décident en dernier ressort. Si la firme fait une contribution sociale, cela
empêche l’actionnaire individuel de décider lui-même comment il doit agencer de ses fonds.
De telles contributions devraient être faites par les individus qui sont les ultimes détenteurs de
la propriété dans la société6.

Cette position est apparue à beaucoup d’auteurs comme une position dogmatique. Elle a été
largement critiquée.

3
Friedman M. (1962), Capitalism and Freedom, University of Chicago Press, Chicago.
4

Smith A (1776), «Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », 1ère éd. 1776, trad. fr,
Flammarion, Paris, 1991, cité in Lépineux (2003) p.74
5

Friedman M. (1970), « The Social Responsibility of Business is to Increase its Profits », The New York Times
Magazine, September 13.
6
L’auteur a également exprimé ses vues sur le sujet dans Friedman M. (1972), « Milton Friedman Responds, a
Business and Society Interview », Business and Society, Spring, N°1, pp. 5-17.

8
Les détracteurs du courant de pensée défendu par Friedman (Freeman 1984 ; Donaldson et
Preston, 1995) considèrent que la satisfaction de différentes parties prenantes garantit le bon
fonctionnement de l’entreprise et donc sa performance. Selon eux, et notamment
Freeman (1999), « si les organisations veulent être efficaces, elles vont porter attention à tous
les partenaires et seulement à ceux-là qui peuvent affecter ou être affectés par les
réalisations de l’entreprise. » (p 234). Selon cette thèse l’entreprise n’est pas seulement
responsable de ses actes devant les actionnaires, mais aussi devant tous les « porteurs
d’enjeux », stakeholders, dont la contribution est nécessaire pour le succès de l’entreprise.

3.2. L’argumentation en faveur de la RSE

Selon une littérature de plus en plus nombreuse, il y aurait une argumentation convaincante en
faveur de la responsabilité sociale des entreprises. Une des bases fondamentales de cette
argumentation est que les entreprises ne peuvent demeurer à l’écart de ce qui se passe autour
d’elles. Elles constituent plutôt une partie intégrante des sociétés et des communautés dans
lesquelles elles font affaires et ne peuvent continuer à produire de la richesse si la société qui
les entoure décline.

De plus, une stratégie cohérente de RSE fondée sur l’intégrité des valeurs saines et une
approche à long terme peut présenter des avantages commerciaux manifestes. Au nombre de
ceux-ci, notons un meilleur alignement des objectifs de l’entreprise avec ceux de la société, le
maintien de la réputation de l’entreprise, le maintien de sa marge de manœuvre et la réduction
de son exposition aux risques et aux coûts connexes.

L’argumentation en faveur de la RSE repose en effet sur une relation positive entre la RSE et
le rendement économique. Dans cette optique, les entreprises socialement responsables
auraient moins de conflits avec les différents groupes d’intérêt, améliorant ainsi leur
réputation et les relations avec leurs clients, fournisseurs, banques, personnel de l’entreprise,
investisseurs... Cette amélioration des relations et de l’image de marque de l’entreprise
pourrait se traduire par une croissance des bénéfices et des rendements économiques de
l’entreprise.

Par ailleurs, quelques études confirment que les consommateurs se montrent en faveur des
produits offerts par des entreprises qui les perçoivent comme socialement responsables (Sen
et Bhattacharya, 2001) ce qui implique que la RSE est actuellement un facteur de
différenciation.

En conséquence, les dirigeants d’entreprises affrontent une double pression compétitive :


d’un côté, ils doivent réaliser un niveau de bénéfices pour satisfaire les actionnaires. De
l’autre côté, ils doivent affronter la pression des parties prenantes pour améliorer la qualité des
produits, des conditions du travail et aussi veuillez au respect de l’environnement naturel, etc.

Ceci se traduit par la nécessité d’adopter des décisions qui rendent compatible tant la
réalisation des objectifs économiques que sociaux et environnementaux. Donc, les dirigeants
doivent essayer de faire de la RSE une arme stratégique afin de maintenir ou améliorer la
compétitivité.

9
Section 2 : L’apport des théories des organisations à la RSE

Les changements constants de l’environnement économique mondial envisagent de nouveaux


défis pour les entreprises. La gestion de la connaissance, l’économie de l’information ainsi
que l’incorporation des biens intangibles à la valorisation de la firme, produisent un
changement important dans les modes de gestion de l’entreprise. Ceci conduit cette dernière à
une approche intégrée qui vise la construction des relations « durables » avec la société en
prenant en compte les intérêts des différentes parties prenantes.

Il convient ainsi dans cette section d’analyser les approches d’entreprises qui incorporent
dans leur structure la RSE, et défendent les avantages à long terme, pour que les entreprises
puissent introduire différentes actions en faveur de la RSE à savoir la théorie des parties
prenantes et le modèle de performance sociale de Carroll ainsi que Le modèle de Quazi &
O’Brien qui teste la validité empirique de la RSE dans des contextes culturels différents.

1. La théorie des parties prenantes (Stakeholdres theory)

Le concept de « partie prenante » est omniprésent dans la littérature relative à la RSE. Il


inscrit l’entreprise au centre d’un ensemble de relations avec des « partenaires » qui ne sont
plus uniquement les actionnaires mais des acteurs intéressés par les activités et les décisions
de l’entreprise. Le terme «stakeholder», souvent attribué à tort à Freeman (1984), a été utilisé
pour la première fois en 1963 au cours d’un mémorandum du Standford Research Institute
(SRI) afin de définir « those groups without whose support the organization would cease to
exist» (Standford Mémo, 1963 cité par Freeman, 1984). La liste d’origine regroupait les
actionnaires, les salariés, les consommateurs, les fournisseurs, les prêteurs et la société dans
son ensemble.

Cependant, la réflexion actuelle sur la théorie des parties prenantes doit beaucoup au travail
de Freeman. Dans son livre de 1984, Srategic Management: A Stakeholder Approach,
Freeman structura les concepts développés par les auteurs depuis les années trente. Cet auteur
établit l’idée fondamentale selon laquelle les entreprises opérant dans un environnement plus
complexe doivent couvrir les objectifs qui affectent plusieurs groupes d’intérêt ou
Stakeholders. C’est pourquoi, les relations soutenables avec la société supposent des réponses
aux exigences de « tout groupe ou individu qui peut influencer ou être influencé par la
réalisation des objectifs de la firme »7. C’est ainsi qu’on assiste à la naissance d’un modèle
explicatif de la philosophie de la RSE, qui projette que les entreprises contribuent au bien-être
de la société parce qu’ils ont des responsabilités qui vont au-delà de la seule maximisation des
bénéfices à court terme.

Cette approche considère une conception de l’activité de l’entreprise grâce à laquelle les
entreprises créent de la valeur pour l’actionnaire à travers un gouvernement adéquat des
relations avec l’ensemble des Stakeholders. Ceci ne discute pas la primauté du capital comme
input fondamental de l’entreprise, mais il met en évidence l’intégration de l’entreprise dans
la société.

Les deux dernières décennies ont été caractérisées par un accroissement de la spécialisation de
la part des groupes d’intérêt qui représentent tous les acteurs sociaux, consommateurs,
employés, fournisseurs, gouvernements, concurrents, défenseurs de l’environnement,
organisations à but non lucratif, institutions financières, etc. c’est pourquoi, on constate que la
7
Définition du concept de partie prenante selon Freeman.

10
société actuelle a acquis un caractère pluraliste ; elle est composée par une multitude de
groupes avec des intérêts particuliers.

Le contrecoup du modèle Friedmanien, « entreprise par et pour les bénéfices; entreprise par
et pour les actionnaires » (Friedman, 1970), est implicite dans ce nouveau paradigme dans
lequel on s’occupe des demandes de tous les Stakeholders, et elle ne cherche pas à maximiser
le bénéfice à court terme, sinon la construction de relations sociales durables et solides.

Certes les pratiques se rattachant à la RSE ont pour paradigme, le modèle des parties
prenantes (socio-économique) , visent à amender, dépasser le modèle actionnarial (classique)
et cherchent ainsi à redéfinir l’identité des entreprises (Dupuis et Le Bas, 2005).

Néanmoins, il convient de souligner que le modèle socio-économique coïncide avec le modèle


classique en ce qui concerne la réalisation de bénéfices car c’est l’une des responsabilités de
l’entreprise: l’entreprise a besoin de générer des bénéfices pour survivre, c’est pourquoi, nous
pouvons assurer que dans le modèle socio-économique, « responsabilité et rentabilité sont
inséparables », ainsi ce modèle suppose que l’entreprise doit se fixer des objectifs de type
économique et bien sûr, d’autres de type social. Ce n’est pas les premiers plutôt importants
que les secondes, non plus il ne doit pas pourvoir les objectifs sociaux aux dépens d’avoir des
pertes continues.

Ce modèle résout d’une manière satisfaisante la dichotomie que quelques auteurs


maintiennent : « la RSE implique un coût », l’entreprise peut obtenir sa première
responsabilité ( l’efficience économique) en s’occupant et en répondant aux demandes de la
société, parce que la relation sera fonder sur l’identification avec les valeurs et les croyances
des Stakeholders; ainsi, l’entreprise réunie les moyens pour obtenir l’information sur ces
publics, elle la distribue, et elle ajuste les actions en réponse à cette information. Ce triple
travail (obtenir, disperser l’information sur le marché et répondre à ce lui-même) est
dénommé « l’orientation du marché » (Kohli et Jaworski, 1993).

De la même forme, les entreprises peuvent établir une image corporative unique, contribuant à
la résolution des problèmes sociaux.

Cette RSE sera réfléchie comme un recours irremplaçable et inimitable qui constituera la base
d’un avantage compétitif en termes d’économies de coûts et de différenciation (Muñoz,
2004). En outre, dans une tentative d’établir une relation soutenable avec les parties prenantes
(stakeholders), les entreprises forment des alliances avec eux et elles tiennent en compte
l’information que ceux-ci possèdent sur des aspects comme le design de produits, services
après-vente, attention à l’employé, etc. (Hartman et Stafford, 1997).

Le tableau 2 montre d’une manière résumée les principales caractéristiques différenciant entre
le modèle classique et la nouvelle vision de l’entreprise du point de vue du modèle socio-
économique.

Tableau 2 : Les caractéristiques différenciant le modèle classique du modèle


socio-économique

11
Modèle classique Modèle socio-économique

Production Qualité de vie, conservation des ressources et


harmonie avec la nature

Décisions du marché Contrôle de qualité dans les décisions du


marché

Rémunération économique des facteurs Rémunération équilibrée de l’économique et


du social des facteurs

Intérêts individuels Intérêts de la communauté : les personnes qui


travaillent dans le système sont
interdépendants et nécessitent une coopération

L’entreprise est premièrement un système L’entreprise est premièrement un système


fermé ouvert

Moindre intervention de l’Etat Intervention active de l’Etat.

Source: Davis, K.; Frederick, W.; Blomstrom, R. (1988)

Ce changement dans la vision et la mission des organisations est favorisé par un


ensemble de variables internes et externes au monde de l’entreprise. On peut citer comme
possibles déclencheurs de cette situation des aspects comme la privatisation des économies, la
globalisation des marchés, les nouvelles technologies de l’information, le développement des
structures organisationnelles ou les changements dans les régulations (Muñoz, 2004).

2. LE MODÈLE DE PERFORMANCE SOCIALE DE CARROLL

Un des principaux tenants du courant de pensée socio-économique est Carroll (1979),


qui dessina un outil afin d’intégrer toutes les dimensions comprises dans le concept de la RSE
à la gestion d’entreprise. Le modèle dénommé « Organizational Social Performance Model »
présente trois dimensions: l’attitude de l’entreprise vis-à-vis de la RSE, les niveaux de
responsabilité assumés par l’entreprise et les activités sociaux affectées, telles qu’elles sont
détaillées dans le tableau 3.

Tableau 3 : Les dimensions du modèle organisationnel de performance sociale

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Dimension I Dimension II Dimension III
Attitude vis-à-vis de la RSE Catégories de la RSE Finalités sociales affectées

Réactive Economique Consommation

Défensive Légale Environnementale

Accommodante Ethique Sécurité / Produit

Proactive Discrétionnaire Sécurité


Travail
Actionnaires
Source : Carroll (1979)

Ce modèle définit trois dimensions pour analyser le rapprochement des entreprises au


concept de la RSE : quelles sont ses motivations ? Quels sont ses devoirs ? Et sur quels
aspects sociaux peuvent-elles agir pour obtenir une bonne performance sociale ?

La première dimension, se présentant dans l’attitude de l’entreprise vis-à-vis de la


RSE, recueille les distinctes philosophies que peut adopter une organisation quand elle est
affrontée à la RSE, elle répondra aux questions sociales. Cette dimension est liée à la nature
de la réactivité organisationnelle, soit le processus de réponse de l’entreprise face aux
responsabilités sociales et aux différents « enjeux sociaux » qui va de la réaction à
la pro-action, tout en passant par des phases de défense et d’accommodation.

Une philosophie « réactive » implique la réaction devant toute force externe (par
exemple, nouvelles régulations ou lois), qui « oblige » l’entreprise à opérer une politique ou
une conduite acheminée afin d’améliorer ses résultats sociaux.

La philosophie « défensive » suppose le rapprochement de l’entreprise au concept de


la RSE et aux conduites sociales comme une mesure de « fuite », à cause des pressions qu’elle
reçoit, et que l’entreprise considère comme externe à l’organisation.

La philosophie « accommodante » est celle qu’adoptent les entreprises quand elles


décident d’agir sur le champs de la RSE parce qu’elles savent, qu’en réalisant des actions
correctes (même si les résultats de ces conduites ne sont pas analysés), elles le font de forme
volontaire avant de se voir forcées à cela sans qu’il n’y est de procès de délibération préalable.

Finalement, une philosophie « proactive » essaie de prédire les stratégies qui relèvent
du champ de la RSE, de façon à ce que l’entreprise fonce dans des politiques sociales, de
gouvernement corporatif ou écologique qui sont considérées généralement acceptées comme
des actions RSE dans la société.

Une deuxième dimension du modèle se rapporte aux responsabilités auxquelles


l’entreprise doit s’affronter dans un ordre d’importance d’un point de vue opérationnel d’une
organisation.

13
La première responsabilité d’une entreprise est être rentable économiquement, c’est à
dire rémunérer ses propriétaires en d’autres termes qu’elle assure la survie de
l’investissement.

En deuxième lieu, l’entreprise doit exercer son activité en toute conformité avec les
régulations légales qui l’affectent ; c’est-à-dire qu’elle doit accomplir ses responsabilités
économiques dans un cadre légal, conformément à la législation en vigueur.

En troisième lieu, les responsabilités éthiques impliquent que l’activité de l’entreprise


doit être exécutée en harmonisation avec les attentes de la société et avec une conduite
correcte. Dans un monde de plus en plus globalisé, se comporter d’une manière éthique
implique pour une organisation aller au-delà de l’engagement légal établi dans chaque pays où
elle opère, agir en parfait accord avec la législation la plus restrictive à laquelle elle s’affronte,
et même poser des standards éthiques qui la dépasse.

Finalement, il existe une responsabilité vis-à-vis de la société que l’entreprise doit


prendre sous une forme volontaire dont les conduites impliquent l’amélioration du bien-être
de la société dans laquelle elle opère ; c’est le cas de la philanthropie pour ses travailleurs. Les
entreprises qui prennent cette responsabilité en considération, estiment que les collaborateurs
constituent une partie intégrante de la société, et de cette manière ils contribuent à l’améliorer.

La troisième dimension du modèle se réfère aux activités sur lesquelles l’organisation


peut agir d’une manière socialement responsable. Les activités détectées par Carroll (1979)
découlent de l’analyse des activités de l’entreprise et des groupes d’intérêt qu’ils se voient
affectés par la réalisation des objectifs de cette dernière : la liste peut varier d’un type
d’organisation à une autre, en fonction du secteur productif dans lequel se trouve. Cette liste
est dynamique, bien que quelques activités sont communes pour toutes les entreprises, et elle
se nourrit tout au long du temps. Les autres activités peuvent être dépassées par la société, et
d’autres qui n’ont pas pu être retenues à un moment donné peuvent surgir pour s’incorporer à
la liste.

De l’analyse de ce modèle, au moins au niveau de sa troisième dimension, on estime


qu’il est intimement lié au modèle de Stakeholders, et il permet à une organisation de se
rapprocher au concept de RSE à travers différentes approches et d’évaluer comment il s’est
incorporé à la culture de l’entreprise et comment il peut projeter des politiques d’amélioration.

À partir de la définition de ces dimensions et les considérations qu’elles impliquent,


Carroll (1991) établit une définition quadripartite de la RSE qui tente de situer les
engagements légaux et économiques des entreprises, en les mettant en rapport avec un
nombre important de préoccupations sociales. La définition proposée par cet auteur inclut de
forme pyramidale les quatre types de responsabilité, tel qu’il se montre dans la Figure 1 :

Figure 1 : Pyramide de la RSE

14
Responsabilités
philanthropiques (ou
discrétionnaires)
La société ne possède pas
de message clair, le
comportement est laissé à
l’appréciation de chacun.

Responsabilités éthiques
Il s’agit de responsabilités supplémentaires (non
codifiées dans des lois). Ces responsabilités sont
attendues par la société et visent à respecter les droits
des parties prenantes.

Responsabilités juridiques
La société fixe le cadre légal dans lequel l’entreprise opère. Il est de sa
responsabilité d’obéir à ces lois (éthique imposée et codifiée).

Responsabilités économiques
L’entreprise est une institution dont l’objectif est de produire les biens et services que la
société désire et de les vendre avec profit (besoin d’assurer sa survie et de récompenser
ses investisseurs).

Source : Les composantes de la RSE (Mercier, 2004).

De plus, il distingue les aspects suivants du concept, par ordre de primauté:

• Responsabilité économique: c’est la responsabilité fondamentale de l’entreprise.


Avant tout, l’entreprise est l’unité économique basique de notre société, et par
conséquent, elle est responsable de la production des biens et des services requis par
cette même société. Les entreprises doivent être orientées vers la production des biens
et services que la société désire, afin de les vendre à cette dernière à un prix juste (un
prix que la société considère comme représentant la valeur des biens et services
distribués et qu’il permet aux entreprises de dégager des bénéfices adéquats, et une
récompense de ses investisseurs). Il s’agit donc, d’une responsabilité requise par la
société.

• Responsabilité légale: elle implique l’accomplissement de tous les lois et régulations.


Ainsi, de la même manière que la société permet aux entreprises d’assumer son rôle
productif, des lois et des règlements ont été créés, sous lesquels les entreprises –une
partie intégrante de cette société- s’attendent développer leurs activités correctement
dans le cadre des assignations légales pertinentes.

• Responsabilité éthique : elle inclut les conduites et les activités qui même si elles ne
sont pas codifiées sous forme de lois, la société espère que les entreprises les exécutent
avec rigueur. Ce compartiment est l’un des plus difficiles qu’affrontent les entreprises,

15
étant donné qu’en définitive, les responsabilités éthiques qui constituent cette aire sont
désirées par la société, malgré qu’elles émanent de sa bonne volonté.

• Responsabilité discrétionnaire, volontaire ou philanthropique: la décision d’assumer


des responsabilités de ce type est poussée exclusivement par le désir de contribuer
volontairement à la résolution de quelques problèmes sociaux, sans s’occuper des
réglementations d’aucun type, ni à aucun ordre formel de caractère éthique. Il s’agit
d’une responsabilité désirable par une partie de la société.

En définitive, la RSE recouvre « (...) les perspectives économiques, légaux, éthiques et


volontaires de la société en ce qui concerne les organisations à un moment donné » (Carroll,
1991, p.45). Ces composants ne sont pas autonomes mais ils sont en relation et ils créent
certaines tensions aux managers quand ils essaient de les obtenir tous simultanément. Par
conséquent, la séparation a seulement une intention conceptuelle, puisqu’en réalité les
managers sont constamment amenés à prendre des décisions et s’impliquer en actions qu’ils
soient rentables, conforme à la loi et à l’éthique.

Cette définition de la RSE à partir de quatre niveaux de responsabilité est partagée


aussi par d’autres auteurs, entre autres Fraedrich et Ferrell (2000) qui distinguent entre
responsabilités économiques, légales, éthiques et philanthropiques. Selon ces auteurs, ces
quatre catégories de responsabilités résument aux grands traits les attentes de la société envers
l’entreprise. Néanmoins, il est nécessaire de marquer que chaque catégorie de responsabilité
représente seulement une partie de la RSE. C’est pourquoi, nous pouvons décrire la RSE non
comme un procès statique à part, mais comme un concept dynamique qui inclut tous ces
considérations de type économique, légal, éthique et discrétionnaire.

3. LE MODÈLE BIDIMENSIONNEL DE QUAZI ET O’BRIEN

Le modèle de Quazi & O’Brien (2000) est issu d’une étude comparative qui teste la
validité empirique de la RSE dans deux contextes culturels différents : l’Australie et le
Bangladesh. Les résultats indiquent que la RSE est un phénomène bidimensionnel universel et
que les différences culturelles dans lesquelles les managers opèrent ont très peu d’impact dans
les perceptions que les managers ont des questions éthiques.

Selon Quazi et O’Brien (2000), la vision corporative au sujet de la RSE répond à un


cadre bidimensionnel. Ces deux dimensions sont: celle de la portée de la responsabilité
sociale (réduite ou ample) et les résultats dérivés du compromis social des affaires (coûts ou
bénéfices). Sur la base de ces dimensions, le modèle est représenté graphiquement à travers
deux axes cartésiens, comme il est présenté à la figure 2.

L’axe horizontal va depuis une vision réduite jusqu’à une vision ample de la
responsabilité sociale. L’extrémité de la droite représente ces entreprises qui adoptent une
vision réduite de la responsabilité sociale ; étant donné qu’elles la perçoivent au sens
classique. Elles considèrent que sa fonction est celle de fournir des biens et services qui
conduisent à la maximisation du bénéfice toute en respectant « les règles du jeu » (régulation).
Le but étant la maximisation du bénéfice à court terme. Au contraire, l’extrémité gauche
représente les entreprises qui considèrent la responsabilité sociale au sens le plus ample, qui
va au-delà de la régulation et qui essaient de servir à quelques attentes de la société en termes
de protection environnementale, développement de la communauté, conservation des
ressources et philanthropie.

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L’axe vertical représente deux extrémités en ce qui concerne la perception des
conséquences de l’action sociale de la part des entreprises, à savoir, le coût de l’implication
sociale et les bénéfices du compromis social. Le côté négatif de l’axe représente les
entreprises préoccupées par les coûts de la conduite sociale, c’est la principale considération
qui tient en compte des dépenses à court terme dérivant de l’exercice de la responsabilité
sociale. Le côté positif de l’axe vertical représente les entreprises qui évaluent les bénéfices à
long terme résultant de la conduite sociale, et perçoivent que la plus-value potentielle dérivée
de ladite conduite dépasse dans le long terme les coûts engagés pour mener cette même
conduite.

Ainsi, le modèle proposé par Quazi et O’Brien (2000) définit quatre approches de la
RSE, chacune peut être dénommée comme suit:

• Approche classique: elle s’accorde avec la vision primaire de la responsabilité sociale.


Les entreprises n’aspirent pas un autre objectif qui ne soit pas la maximisation du
bénéfice et elles considèrent que l’implication sociale génère un coût net et aucun
bénéfice réel.

• Approche socio-économique: représente une vision réduite de la responsabilité


sociale, mais l’entreprise accepte d’adopter quelques comportements socialement
responsable en proportionnant quelques bénéfices nets dans la perspective ; par
exemple, éviter une législation coûteuse, construire des bonnes relations avec les
clients et les fournisseurs, ou bien établir des réseaux de collaboration. Dans ce
contexte, la responsabilité sociale peut être justifiée, même quand la direction
maintient une vision réduite au sujet de la RSE. Il s’agit, donc, d’une vision socio-
économique, selon laquelle, les entreprises peuvent développer simultanément une
double fonction de maximisation du bénéfice et des services aux demandes sociales.

• Approche philanthropique: dessine une vision ample de la responsabilité sociale, selon


laquelle les entreprises sont disposées à faire des donations, perçues comme étant un
coût net pour l’entreprise. Cette attitude peut découler d’une conduite altruiste ou
éthique, qui pousse les entreprises à faire quelque chose pour la société.

• Approche moderne: il s’agit d’une perspective selon laquelle l’entreprise maintient


une relation ample avec la société et réalise des bénéfices nets à long et à court terme
dérivés de l’implication sociale de la firme. Nous sommes devant une vision moderne
de la responsabilité sociale qui inclut une perspective de groupes d’intérêt.

Selon cette vision ample de la RSE, l’entreprise doit être capable, en premier lieu de
créer de la valeur pour ses clients et ses actionnaires dans une perspective de long terme. Dans
ce sens, on peut dire que les organisations exercent leurs RSE quand elles prêtent attention
aux attentes des différents groupes d’intérêt (Stakeholders: employés, associés, clients,
communautés locales, environnement, actionnaires, fournisseurs, ...), avec l’intention finale
de contribuer à un développement social tout en maintenant un environnement soutenable et
économiquement viable (Pueyo, 2002).

Donc, l’entreprise doit se reconnaître immergée dans la société et prendre part à ses
préoccupations et valeurs. Il convient de souligner, alors, la nécessité d’intégrer la RSE dans
la gestion économique de l’organisation: « les entreprises doivent intégrer dans leurs
opérations les conséquences économiques, sociales et environnementales » (CE, 2002, p.6).

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Intégrer le social et l’économique dans la gestion s’érige donc comme principal
orienteur de la RSE dans le milieu entreprenarial. Néanmoins, en ce qui concerne la RSE, le
concept d’intégration peut avoir au moins deux sens clairement différenciés, tels qu’ils sont
définis par Araque et Montero (2003) : en premier lieu, intégrer peut signifier incorporer, unir
et compléter. En deuxième lieu, fusionner, unir et faire un. C’est pourquoi, assurer que la RSE
doit s’intégrer dans la gestion de l’entreprise, peut impliquer, au moins une de ces deux
choses:

• La RSE doit être gérée conjointement avec l’activité économique de l’entreprise, à la


manière d’une politique complémentaire ;

• La RSE doit fusionner avec la gestion économique, sociale et environnementale, en


guidant les décisions de la firme. Dans ce cas, la gestion acquiert l’adjective
« socialement responsable ».

Dans le premier cas, la RSE est conçue comme un ensemble de conduites parfaitement
identifiables et séparables d’autres décisions économiques, de telle manière que le RSE
devient une politique intégrée. Mais ceci projettera certains problèmes, par exemple, si une
entreprise intègre quelques devoirs et d’autres non, doit-elle se considérer comme étant
« moins socialement responsable » ?

Par contre, dans le deuxième cas, la RSE devient le fil conducteur de la gestion de
l’entreprise, et des décisions prises par elle. Dans ce cas, n’importe quelle décision stratégique
serait fondée sur les conséquences prévisibles pour la société, réfléchie au sens le plus ample.

Ce nouveau concept d’entreprise, qui est appuyé et poussé par des initiatives
institutionnelles et codes privés entre autres, doit définir ses objectifs en incorporant les
conduites qui leur permet d’atteindre celui dénommé « triple bottom line ».

Atteindre cet objectif implique, en premier lieu, formuler des stratégies qui permettent
d’obtenir quelques résultats économiques en accord avec la viabilité financière, mais ceci ne
peut se faire que grâce aux conduites qui soient soutenables d’un point de vue social et
environnemental. Pour cela, l’organisation doit informer tous les agents sociaux impliqués.
Ainsi, les champs de la RSE sont essentiellement trois : l’économique, le social et
l’environnemental. Dans chacun des cas, on peut trouver différentes formes de conduites
sociales de l’entreprise; elles sont toutes des conséquences positives pour l’environnement
social, mais d’origine et d’intensité distinctes. Il ne s’agit pas de chercher la complémentarité
des politiques, mais que l’économique acquiert une dimension sociale

Alors, qu’est ce qui motive les entreprises à adopter volontairement une approche
intégrée de la RSE ? La référence à ce modèle à notre avis permet de répondre à cette
question et dépend de la vision de chaque firme en rapport avec la RSE.

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Conclusion du chapitre

À travers cette brève revue de littérature, on constate l’ampleur des différentes approches au
sujet de la RSE, ainsi que les différentes significations implicites et explicites du terme.

Néanmoins, nous considérons qu’il est possible d’extraire une conclusion claire: La RSE est
un concept dynamique que peut différer dans le temps, d’une culture à une autre, et même
d’une entreprise à une autre. En outre, La RSE peut être liée à un ample éventail d’objectifs,
au-delà de la simple maximisation de bénéfices, tels que la satisfaction des nécessités sociales
des parties prenantes (Stakeholders), les nécessités propres à l’entreprise et les nécessités de la
société dans son ensemble. Ceci implique que l’entreprise doit être en alerte et examiner
continuellement les tendances en matière de RSE si elle désire être compétitive.

La réflexion autour de la RSE s’inscrit entre deux conceptions opposées. D’un côté, l’école de
Chicago représentée par Friedman repousse toute idée de RSE. De l’autre côté, les tenantes du
courant « Business Ethics »affirment l’existence d’une responsabilité morale des entreprises à
l’égard de la société et postulent que l’entreprise a le devoir moral d’agir de manière
socialement responsable. Malgré ses lacunes, cette seconde approche a généré un important
mouvement autour de « l’éthique des affaires ».

Entre ces deux conceptions, on trouve divers théories des organisations qui se distinguent par
le degré d’intégration de l’entreprise dans la société et qui repose sur l’hypothèse d’une
convergence plus ou moins forte entre l’intérêt de l’entreprise et l’intérêt général (Capron et
Quairel, 2004) et qui place l’entreprise au cœur d’un réseau de relations avec un ensemble de
parties prenantes. Le chapitre suivant aborde les outils de la RSE international et national
adoptés par les différents organismes qui poussent en avant le sujet de la RSE.

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