LA PROBLÉMATIQUE DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI

Jean Sénat Fleury

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LA PROBLÉMATIQUE DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI

LA PROBLÉMATIQUE

Ce livre est dédié à toutes les victimes des dérives du système judiciaire haïtien, mais aussi aux victimes dites «muettes», c’est-à-dire des milliers de compatriotes qui n’ont pas pu faire valoir leur droit en justice parce que découragés par les difficultés multiples, par la lenteur du système et sa complexité, par manque de temps ou d’argent afin de faire valoir leur droit a être bien défendu. Au Commissaire Laraque Exantus, mon condisciple à la Faculté et collègue de travail au Parquet de Saint-Marc enlevé de sa résidence en février 1994 et porté disparu depuis, je dédie cet ouvrage.

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DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI Table des Matières Note de l’auteur …..………………………………… 1 Introduction …………………………….....................2

Chapitre I. Indépendance Judiciaire et Accès à la Justice en Haïti ………..................................….......... 9 1) Les acteurs …………………………………… 9

2) L’interférence du pouvoir politique sur le judiciaire ..................................................................................15 3) Le Ministère de la Justice ……......……………. 19 4) Justice et Corruption …………......................... 20 5) Réprimer la Corruption …………....…………. 23 6) La mise en place d’un Observatoire national de lutte contre la corruption .........…….. 23 7) L’introduction d’un système de contrôle de l’appareil judiciaire .…...…….....................…. 24 8) Respect des règles de déontologie .......…………25 Chapitre II. Réformer la Justice ..…….....…………...26 1) L’indépendance institutionnelle des Juges ............28 2) Formation et Compétence ……………….....….28 3) L’indépendance judiciaire et l’autonomie professionnelle des Juges ………....................…..30 4) L’accessibilité de la Justice à tous les citoyens ............………………...................................…… 31

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. Chapitre III. Les Recommandations pour une Réforme Judiciaire en Haïti .....................…….... 35 1) Recommandations visant l’indépendance effective du pouvoir judiciaire …….................................. 35 Réformes à court terme ………………….... 35 Réformes à moyen terme …………………. 36 Réformes à long terme ....…………………. 38 2) Recommandations visant les garanties judiciaires des justiciables ............................…………….. 38 Réformes à court terme ...……………........ 38 Réformes à moyen terme ...…………......... 38 Réformes à long terme ...……………......... 39 3) Recommandations visant le renforcement de l’État de Droit en Haïti ............................................... 39 Par rapport à la Justice ..……………......... 40 Par rapport à l’insécurité …...………......... 41 Par rapport à la Police …...………………. 42 Justice et Droits Humains …...…………………... 43

Chapitre IV. La Réforme Judiciaire en Haïti : Un 47 Défi a Relevé …………...............................……. Réflexions ………...…………………………... 50 83 134

Notes …………………………………………... Bibliographie …………………………………. Index 139

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Note de l’auteur
Plusieurs réflexions dans cet ouvrage sont dans le livre que nous avons écrit et publié sous le titre : La Cour de Cassation Face à la Réforme Judiciaire en Haïti.1 Complétant cette recherche, cette nouvelle analyse sur la Réforme Judiciaire fait un diagnostic précis sur le caractère dysfonctionnel de l’appareil judiciaire haïtien tout en faisant état d’un ensemble de recommandations sur les fondements et les orientations pouvant servir d’éléments incontournables dans le processus d’une réforme. Puisse la publication du présent document de réflexion permettre aux lecteurs de mieux comprendre la problématique de la question et provoquer une prise de conscience citoyenne pour le renforcement de l’ordre démocratique en Haïti à travers une véritable réforme de la justice. Boston, le 10 septembre 2007

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LA PROBLÉMATIQUE

INTRODUCTION
La demande de la justice en Haïti est fortement entravée par l’état lamentable du système judiciaire. Les tribunaux insuffisants, les salaires bas, l’ingérence du pouvoir exécutif, le manque d’éducation et de formation et des lois fragiles et peu appliquées concourent à créer un système judiciaire dans lequel la population n’a pas confiance et qui ne remplit pas ses fonctions et n’assume pas ses responsabilités. Près des trois quarts de la population haïtienne se situent aujourd’hui en dehors du champ de la justice. Il se trouve que cette partie exclue correspond à la fois au monde rural et au secteur de l’urbanisation informelle née de l’exode rural. La partie rurale se trouve, presque complètement démunie de tout service de sécurité, les unités de police étant stationnées exclusivement dans les moyennes et petites agglomérations urbaines. En effet, il n’existe actuellement aucune présence d’un appareil judiciaire quelconque au niveau de la subdivision territoriale de base qu’est la section communale. Or, c’est pourtant à ce niveau que se joue l’essentiel de la vie quotidienne de la majorité des citoyens. Le même problème se pose d’ailleurs en ville pour les populations issues de l’exode rural qui s’entassent actuellement dans d’immenses zones d’habitat informel sans aucun service de justice, et cela malgré des conditions de proximité pourtant nettement favorables. La régulation de fait de ces deux grandes masses populaires s’exerce en grande partie sur la base d’un droit informel qui règle notamment les rapports matrimoniaux (le plaçage), l’exercice du droit de propriété et le rapport au foncier (rural et urbain) ; ces règles non codifiées entrent souvent en conflit 2

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI avec le droit officiel à base du code napoléonien qui obéit à une logique fondamentalement différente. Haïti est, en fait, un pays avec un double ordre juridique. Cela ne devait pas poser de problèmes si l’État haïtien se reconnaissait comme étant juridiquement plural. Mais, le système officiel ne reconnaît pas l’existence du droit coutumier ou informel et celui-ci est ignoré et, avec lui, une grande partie de la population, qui régit son fonctionnement social selon cet ensemble parallèle de normes. En Haïti, la tâche de l’identification même des citoyens se trouve en grande partie délaissée. On estime (rapport de la BID) à 40% la proportion de la population qui se retrouve actuellement avec un état civil soit non répertorié soit enregistré dans des conditions pratiques d’illégalité totale. Dans le pays profond, de façon traditionnelle, aucun service d’état civil digne de ce nom ne fonctionne. On est encore proche de la situation que décrivait en 1843 Victor Schœlcher dans le langage de l’époque : « Au milieu de l’immense désordre administratif de ce pays, où toutes les formes empruntées à la civilisation sont des simulacres, il n’y a pas même d’état civil, et hors des villes, vous mourez et l’on vous enterre sans que personne ne le sache que vos voisins.» Une grande partie du pays se trouve donc toujours dans une sorte d’anonymat civique qui l’empêche de bénéficier des prérogatives minimales attachées à tout individu du fait même d’exister : les droits de la personnalité, le nom, l’état, la capacité et le domicile. Tout l’appareil de la justice formelle en Haïti repose essentiellement à la fois sur l’utilisation de l’écriture et sur celle du français, alors que 60 % de la population est analphabète et qu’à peine 10% est susceptible d’utiliser le français. A tous les niveaux donc, pour le moment, ce double paramètre créole/parlé, français/écrit dans un pays où à peine 10% de la population parle le français, pèse considérablement sur la clarté et l’efficacité du fonctionnement judiciaire. 3

LA PROBLÉMATIQUE La justice étant un service public, son accès doit être garant à tous sans distinction. Cet accès se mesure en termes de distribution spatiale des tribunaux, de la distance à parcourir pour les atteindre, du coût des services disponibles ainsi que de la langue dans laquelle sont rendues les décisions de justice. Le nombre des citoyens qui peuvent aujourd’hui accéder à la justice est très réduit quand on tient compte de la distribution spatiale des tribunaux à travers le pays. Il suffit pour s’en convaincre de se référer à la répartition actuelle des tribunaux sur tout le territoire et du nombre de Juges actuellement en fonction par tête d’habitants. Cette situation a provoqué le développement du recours à «une justice privée» par la population. En effet, les victimes des violations flagrantes des libertés fondamentales, au lieu de recourir à des voies légales afin d’obtenir réparation, se contentent le plus souvent de recourir à une justice privée. Elles ont donc la tentation de se faire justice. Cette attitude revancharde est selon les victimes, plus rapide, directe et plus sûre. C’est comme si l’époque de la loi du talion n’a jamais été révolue en Haïti. Le fonctionnement de l’appareil ou du système judiciaire en Haïti a fait l’objet de plusieurs inventaires, diagnostics, études, analyses et rapports, tant d’experts internationaux que nationaux. Ces spécialistes, à chaque fois, recommandent des plans d’actions à court, moyen et long terme comportant des mesures pour soit reformer le système, soit améliorer son fonctionnement1. Il serait trop long d’énumérer tous ces travaux qui sont d’ailleurs bien connus. Qu’il suffise de mentionner en particulier les études de la Mission Civile Internationale en Haïti (MICIVIH), et notamment «Le Système Judiciaire en Haïti – Analyse des aspects pénaux et de procédure pénale», les rapports périodiques du Secrétaire Général des Nations Unis sur les activités de la MICIVIH en 1998 et de la Mission de police civile des Nations Unis en Haïti (MIPONUH) ainsi 4

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI que les rapports de M. Adama Dieng, expert indépendant de la Commission des Droits de l’Homme et de son homologue Louis Joinet. Il faut aussi mentionner les inventaires détaillés des tribunaux menés par la coopération américaine dès 1995, une étude préparée pour USAID en novembre 1997 : «Assesment of the Justice sector in Haïti», une évaluation de juillet 1998 des programmes administrés par l’USAID, et un rapport de décembre 1997 de L’Union Européenne. On doit mentionner les travaux réalisés par la Commission Justice en Haïti – Programme des Nations Unies pour le Développement, Bureau pour l’Amérique Latine et les Caraïbes, en octobre 1999. Cette mission composée à la fois sur le plan des différentes expériences juridiques internationales par des coopérations (Canada, Argentine, France) et celui des compétences professionnelles nationales (juristes, anthropologues, militants des droits de l’homme), a accompli un travail important de fond sur la problématique de la justice en Haïti. Du côté haïtien, deux commissions ont mené des travaux d’envergure portant sur la réforme judiciaire. Il s’agit de la Commission Nationale Vérité et Justice, dont le rapport de 1995 contient d’intéressantes recommandations pour la réforme des institutions judiciaires, et la Commission Préparatoire à la Réforme du Droit et de la Justice (CPRDJ) (1997-1999) qui a produit, outre plusieurs documents de travail, un Document de Politique Générale, un Plan stratégique et un Programme d’Actions à court terme. S’il est un mot qui est revenu presque en permanence et cela même au plus haut niveau, à propos de la justice, c’est bien celui «d’échec.» Les spécialistes haïtiens et étrangers sont unanimes à reconnaître le dysfonctionnement de l’appareil judiciaire haïtien. Le constat, déjà ancien, fait pratiquement l’unanimité aujourd’hui. Tous les débats tournent autour de la carte de la réforme. Mais, la grande 5

LA PROBLÉMATIQUE question demeure toujours à l’ordre du jour : Quel système de justice pour Haïti ? Pour réussir la réforme du système judiciaire haïtien, il faut d’abord penser à la réforme de l’État haïtien. La réforme de la justice peut difficilement être conçue indépendamment de la réforme de l’État dans ses rapports avec la société politique et la société civile2. La réforme de la justice implique de sérieuses transformations au sein de l’État et de la société. Une des valeurs fondamentales sur laquelle se fonde la théorie de l’État de droit est le respect de la loi d’abord par toutes les autorités de l’État qui à leur tour, auront pour responsabilité de la faire appliquer. Il en résulte que cette valeur constitue sans contestation aucune les théories sur lesquelles se fondent la Démocratie de l’État de droit. La réforme de la justice est inconcevable sans l’équilibre entre les pouvoirs qui est le corollaire du principe de la séparation des pouvoirs consacré par la Constitution de 1987. L’implantation de la réforme judiciaire pose donc un problème de taille. Il s’agit de respecter les normes juridiques pour éviter les abus de droit aux citoyens. Une réforme judiciaire revient également à prendre en compte la protection des fonctionnaires de justice. Il faut garantir à chaque fonctionnaire, dans l’exercice de sa fonction, une protection effective des forces de l’ordre. Donc des garanties : celle du recrutement, celle de ce qu’on appelle aujourd’hui la participation. C’est au moins, sous quelque forme que ce soit, reconnaître à un magistrat, non seulement un droit d’expression, mais un droit d’échanger sur la définition de sa mission, sur la noblesse de sa mission et donc quelque part, une façon aussi de le rassurer, et de lui donner une certaine dimension éthique ou morale. Le problème de l’avancement est crucial, car vous ne pouvez pas considérer que vous recrutez un fonctionnaire une fois pour toutes et que son avancement tiendra au bon vouloir de tel ou tel, ou qu’il sera figé parce que les structures 6

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI ne le permettent pas, parce que la fonctionnalité n’a pas été établie ainsi. Et puis, bien évidemment, plus en aval que la carrière, le problème du droit à la pension, le problème des garanties quant à la retraite. L’appareil judiciaire tel qu’il fonctionne actuellement ne peut garantir la protection d’un fonctionnaire dans l’exercice de sa fonction. La Magistrature est totalement dépendante du pouvoir exécutif via le Ministre de la Justice. Le problème s’accentue par la tendance qui a été toujours la nôtre d’avoir une justice contrôlée. Côtés salaires et avantages sociaux Le niveau de salaire et les avantages sociaux offerts aux magistrats de justice sont insignifiants en comparaison de l’importance de leur travail et des risques encourus3. Il est compréhensible que la malversation gangrène la machine. Les possibilités de corruption, c’est-à-dire d’application des décisions en fonction de pots-de-vin, de promesses de promotion ou d’autres formes de récompenses, se révèlent énormes. Mais, Il n’y a pas seulement la rémunération. Il y a également la perspective de faire carrière. L’avantage de la carrière, c’est premièrement celui d’une très grande attractivité. C’est très important pour avoir un appareil judiciaire solide et professionnel. Il est important, en offrant des perspectives de carrière, de pouvoir attirer de bons juristes dans le système. En Haïti, il n’existe pas un plan de carrière pour le fonctionnaire de justice. Du point de vue de la sécurité d’emploi, tous les fonctionnaires de justice sentant leurs droits lésés dans l’application des textes, devraient être en mesure de recourir aux offices d’un tribunal administratif fonctionnel. Le juge qui applique correctement la loi, mais en mécontentant ses supérieurs, ou autres personnes investies d’autorité, ne doit pas voir son poste menacé4. Pourtant, le juge est structurellement «une sorte de paria» au sein de l’appareil 7

LA PROBLÉMATIQUE judiciaire haïtien. Il peut être révoqué sans explication à tout moment par l’autorité publique. La réforme de la justice est également liée à l’établissement de l’État de droit. L’État de droit suppose une prise en compte des droits fondamentaux inhérents à la personne humaine : droit à la vie, à la santé, au travail, à la nourriture, à l’éducation, au logement et à la sécurité. Haïti est le premier pays classé dans l’hémisphère occidental où ces droits sont ignorés et bafoués. Face à ce constat, il n’y a aucun doute, qu’une réforme de l’appareil judiciaire haïtien devient une nécessité5. Mais, la question donc posée et, en général passée sous silence, est celle-ci : Est-il possible d’organiser le fonctionnement d’une société de droit, de participer à l’exercice normal des prérogatives du citoyen comme par exemple le vote et de faire prévaloir ses droits les plus élémentaires sans être en mesure de se définir en tant que personne existant légalement en tant qu’individu inséré dans le groupe par sa filiation? Ou encore, comment la population haïtienne au regard de l’analyse du système judiciaire en place peut-elle espérer avoir accès à la justice avec 80% de gens vivant au seuil de la pauvreté et un nombre de 60% analphabètes6? Comment peut-on, en effet, avoir des résultats quand l’État et les donateurs internationaux persistent à adapter les schémas d’un système de justice conçue pour un pays riche et développé à Haïti : un État pauvre, dépourvu de structures moyennes et d’infrastructures de base7? On a mis en place, après l’indépendance, un système de droit civil et pénal sur le modèle des traditions judiciaires françaises (le code napoléon) ; toutefois la majorité des Haïtiens pauvres, analphabètes, superstitieux, ne sont jamais adaptés pour vivre sous l’égide d’un tel régime juridique qui a fait fi de toutes les traditions historiques, culturelles et coutumières. La réforme judiciaire en Haïti, dans ce cas, ne voudrait-elle pas dire tout simplement penser à un autre système de justice 8

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI mieux adapté à la réalité historique, culturelle, sociale et économique du pays8?

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LA PROBLÉMATIQUE

Chapitre I Indépendance du Pouvoir Judiciaire et Accès à la Justice
L’une des principales conditions de l’accès de tous à la justice est l’existence d’un pouvoir judiciaire indépendant. En Haïti, l’appareil judiciaire traverse une grave crise et ne répond nullement aux revendications en matière de justice.1 On peut reprendre quelques extraits d’un rapport publié par la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme : “ Le système judiciaire haïtien est comme un marché où tout se vend et s’achète. Il faut payer pour envoyer quelqu’un en prison, de même il faut avoir de l’argent pour faire sortir quelqu’un de la prison.” De telles critiques – bien qu’exagérées – ne semblent pas dénuées de fondement quand on connaît l’influence de l’argent sur certaines décisions rendues par nos Cours et nos Tribunaux. En effet, la justice haïtienne, loin de regarder les justiciables avec le même œil du juste est souvent permissive et laxiste à l’égard de certains tout en étant intraitables visà-vis d’autres suivant que les justiciables sont influents ou pas ; politiquement riches ou pauvres, lettrés ou illettrés, citadins ou paysans. Conséquence : la justice est faible, lente, partisane et dépendante.2 Cette justice haïtienne dans son fonctionnement laisse transpirer les plus grandes iniquités de tout le corps social du pays. En effet, la première observation de celui qui se penche sur la problématique de la justice, c’est qu’il se voit en face d’un appareil complètement dysfonctionnel.3 10

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI Tous les acteurs de la justice qui concourent à la formation du système et à sa fonctionnalité sont défaillants.4 1. Le Citoyen Il y a chez lui une absence d’éducation civique jointe à l’ignorance des règles de son propre système.5 2. Le Policier Mal équipé, mal adapté, mal payé, le policier joue le rôle d’un acteur figurant. Il est à la fois, acteur et victime.6 3. Les Avocats Les Avocats sont des professionnels du droit membres d’un Barreau et qui interviennent devant les tribunaux pour prendre la défense des clients. Si la profession est dotée de juristes compétents, honnêtes, et respectueux des principes. Un certain nombre d’avocats quant à leur pratique, le dysfonctionnement est tel, qu’il engendre des équivalents fonctionnels reproducteurs de criminalité et de toute forme de dangerosité sociale. En effet, par devant les Tribunaux de la République, des gens sans formation académique, des citoyens détenteurs d’une simple attestation d’études secondaires plaident comme avocats7. Et après quelques années, le temps a comme légitimé cette forme d’expérience dans la médiocrité. C’est par une «pratique louche» qu’un petit nombre d’avocats se font un nom dans le système et monopolise la justice au détriment d’un grand nombre de leurs confrères non assez puissants pour jongler avec l’appareil judiciaire. On les appelle grands “avocats”, ces hommes d’affaires, parce qu’ils donnent satisfaction à leurs clients, grâce à un juge ami qu’ils gardent en poche, un greffier ou un huissier complice dans l’enregistrement des jugements “bidons”, pris par défaut, à partir des actes irréguliers “soufflés” à l’adversaire. Parfois ces “ grands avocats” n’ont qu’une connaissance approximative du droit. Aidés par des notaires, des arpenteurs excellant dans la fabrication de fausses pièces,

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LA PROBLÉMATIQUE ces professionnels s’imposent très vite sur le marché. D’un autre côté, l’appareil est bourré de citoyens appelés “mandataires,” ce sont souvent des «raketè», fonctionnant en dehors de toutes normes légales, semant la corruption, le vice au sein du système.8 4. Le Magistrat Le Magistrat est un fonctionnaire de l’État qui est chargé d’appliquer la loi dans un Tribunal. On le retrouve à la Cour de Cassation, à la Cour d’Appel, au Tribunal de Première Instance et au Tribunal de Paix. Il est l’objet de la plus grande critique dans le mauvais fonctionnement de la justice en Haïti. 1.1 Le Magistrat de la Justice de Paix Le Juge de Paix n’est soumis à aucun contrôle en Haïti. Il ne se sent astreint à aucun horaire de travail. Il arrive même qu’un juge abandonne son siège juste pour répondre à un rendez-vous de constat. C’est ainsi que la plupart des juges de Paix arrondissent leur fin de mois puisque le salaire de misère qu’ils reçoivent suffit à peine à payer les frais de loyer. Un grand nombre de Magistrats de la Justice de Paix sont recrutés sur des bases politiques et se trouvent dans la même situation que les membres du Parquet qui sont souvent les bénéficiaires d’une complaisance politique des grandes conjonctures. Ces professionnels de justice ne sont pas recrutés sur les bases générales de compétence, d’expérience, de discipline, d’intégrité, de respect des valeurs morales. Ils secrètent une justice en fonction des conditions de leur recrutement. 1.2 Dysfonctionnement des Parquets et des Tribunaux 12

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI de Simple Police Les Commissaires du Gouvernement et les Substituts abusant de leurs attributions conciliatoires, passent une grande partie de leurs temps à s’occuper d’affaires civiles, notamment des conflits terriens, des questions de loyers, des dettes et autres. Sans aucune justification légale, ils décernent des mandats de comparution dans le seul but de les convertir en mandats d’amener. Cette pratique encourage une certaine corruption autour des cas d’arrestation engendrés par cette véritable “valse” de mandats. Les Parquets n’ont aucune capacité réelle à jouer le rôle principal qui leur est dévolu par la loi, à savoir la poursuite des délits et des crimes. Les Commissaires et Substituts utilisent en matière pénale une technique pernicieuse pour se dégager de leurs responsabilités. Quand un prévenu est déféré au Parquet, sous la prévention d’un délit quelconque, ils s’empressent de produire un réquisitoire d’informer et défèrent ce prévenu au Cabinet d’Instruction alors qu’en pareil cas, une citation directe par devant le tribunal correctionnel devait être la voie à suivre. Il est alors aisé de comprendre que les cabinets d’instruction sont ainsi engorgés d’une série d’affaires qui rendent la tâche des magistrats instructeurs encore plus difficile. Cette même tendance à négocier les affaires se retrouve également par devant les tribunaux de paix, en leurs attributions de simple police. Les Juges de Paix s’évertuent pour la plupart à engager des processus de conciliation plutôt qu’à juger les affaires de simple police selon les prescriptions du Code d’instruction criminelle. En tant qu’auxili- aire du Commissaire du Gouvernement, le Juge de Paix est tenu de se cantonner dans les limites strictes de sa compétence. Il doit donc pouvoir qualifier avec exactitude les infractions, ne retenir que les contraventions et déférer au Parquet toutes celles qualifiées de délits ou de crimes. Certains Juges de 13

LA PROBLÉMATIQUE Paix, par contre, tranchent tous les faits, une fois qu’une entente monnayée peut être trouvée. Ces pratiques illégales aboutissent à un véritable dysfonctionnement de tout le système pénal. La justice est le plus souvent bafouée. Les justiciables n’ont aucune confiance dans les magistrats taxés, quelquefois à tort, de vendeurs de justice. La situation bien que différente, n’est pas meilleure au niveau des Cours et des Tribunaux. Dans les Tribunaux de Première Instance par exemple, les dossiers traînent, et dans certains cas quand les magistrats décident, c’est leur opinion personnelle qui passe au mépris de la règle de droit. 4.3 Les Juges correctionnels Lorsque les prévenus arrivent en état au Parquet et qu’ils sont déférés au tribunal correctionnel, la lenteur de ce tribunal devient en elle-même une criante injustice. Une enquête menée dans les différents tribunaux du pays, établit que la justice ne fonctionne pas du tout de manière satisfaisante. Précisons que cette lenteur se trouve considérablement aggravée par le formalisme outrancier de la procédure prévue par le code d’instruction criminelle. La plupart du temps, ce sont des dossiers vides que détient le Ministère Public qui a toutes les peines du monde à contrecarrer les assauts des avocats de la défense. Il en résulte que le plus souvent, même quand la culpabilité du prévenu saute littéralement aux yeux, l’absence totale de la moindre preuve met le juge dans l’obligation de le libérer. Ou bien, par peur des critiques, ce magistrat ferme les yeux et condamne. Dans les deux cas, le droit et la justice se trouvent alors bafoués. A l’échelle nationale, tant aux tribunaux de Paix qu’aux autres degrés de juridiction, la lenteur de la justice se caractérise par deux éléments principaux : Un laisser-aller et un laxisme qui déconcertent les 14

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI justiciables et les défenseurs publics. Des pratiques de négociations qui supplantent les règlements judiciaires des procès et qui sont une source de corruption. Le laxisme des tribunaux se rencontre aussi au niveau des délibérés. L’article 77 du décret du 22 août 1995 établit que : “les décisions des Juges de Paix sont rendues au plus tard dans les huit jours pour les affaires civiles et commerciales et dans les trois jours pour les affaires de simple police.” Cette disposition reste lettre morte. Le Juge de Paix peut garder un dossier à son délibéré pendant plusieurs mois avant de rendre une décision. La situation n’est pas meilleure dans les tribunaux supérieurs. Des mois et des mois peuvent se passer avant que le juge ne rende sa décision. Trop souvent, les parties sont obligées de reproduire l’affaire par suite d’une mutation. L’article 75 du décret du 22 août 1995 précise qu’aucun juge n’est admis à prendre des vacances de fin d’année judiciaire, s’il n’a rendu ses décisions dans toutes les affaires au délibéré. Et le texte d’ajouter que «faute par lui de le faire», il est réputé démissionnaire. Mais, combien de juges se conforment à cette disposition ? Quelles sanctions ont jamais été prises contre les magistrats violateurs de la dite disposition ? 4.4 Le Cabinet d’Instruction Le Cabinet d’Instruction peut être considéré comme la pierre angulaire du système pénal haïtien. Mais en raison de la pratique des Parquets, les Cabinets d’Instruction sont submergés d’affaires qui auraient dû se trouver au Correctionnel sur citation directe. De plus, la capacité du Juge d’Instruction à mener une enquête sérieuse est quasi nulle. Pas de moyens de communication, pas de staff de soutien, l’inexistence de matériels les plus élémentaires tels 15

LA PROBLÉMATIQUE que machines à écrire, photocopieuses.9 Au niveau du Cabinet d’Instruction, l’enquête dans la plupart des cas est déficiente et n’aboutit à aucun résultat. Comme conséquence, il y a une affluence de dossiers au niveau des cours et des tribunaux. La justice est paralysée, handicapée par des problèmes de toutes sortes : A.- Lenteur de la justice à tous les niveaux 1.- Au niveau pénal On constate une prolongation excessive des délais d’instruction et de jugement des prévenus en matière correctionnelle et des accusés en matière criminelle.10 Ce phénomène donne lieu à un engorgement des centres de détention du pays notamment du Pénitencier National à Port-au-Prince et des prisons dans les grandes villes : CapHaïtien, Gonaïves, Cayes, Jacmel , Jérémie, Port-de-Paix, Hinche, Saint-Marc.11 L’interférence du pouvoir politique sur le judiciaire L’un des plus grands obstacles rencontrés dans le fonctionnement de la justice en Haïti demeure l’interférence du pouvoir politique sur le judiciaire.12 En fonction de la hiérarchie du Parquet, le Ministre de la Justice peut donner des instructions et influer ainsi sur le cours normal des dossiers. L’exemple le plus récent a été l’intervention directe du Ministère de la Justice dans le dossier de la Scierie, une localité de la ville Saint-Marc où plusieurs personnes avaient trouvé la mort dans un conflit politique mettant face à face deux groupes armés : RAMICOSM et Bale Wouze.13 Le fait a conduit à la libération de l’ex-député Amanus Mayette bénéficiant d’une décision en «habeas corpus» du 16

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI Doyen du Tribunal de Première Instance de Saint-Marc Me. Ramon Guillaume. Trois jours avant cette décision, le Président de la Cour d’Appel des Gonaïves, Me Hugues Saint-Pierre, invité dans le cadre du dit dossier, a trouvé la mort au cours d’un tragique accident.14 Un autre exemple des entraves du pouvoir politique sur le judiciaire a été la lettre du ministre Bernard Gousse au Doyen du Tribunal Civil de Port-au-Prince, Jean-Joseph Lebrun. Le 30 décembre 2004, le ministre de la justice Bernard Gousse, dans une lettre, a officiellement intimé l’ordre de dessaisir les juges d’instruction Jean Sénat Fleury et Brédy Fabien de tous les dossiers que ces magistrats étaient en train de traiter.15 En effet, le ministre n’aura point admis que les juges d’instruction émettent des ordonnances de libération à l’endroit de certains prisonniers contre lesquels le gouvernement Boniface/Latortue reprochait des crimes contre la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat.16 Dans une interview diffusée sur les ondes de Radio Métropole le lundi 10 janvier 2005, le ministre a même prétendu, pour expliquer son ingérence, que les parents des justiciables emprisonnés se sont plaints de la lenteur du traitement des dossiers par les juges dessaisis. Deux ans auparavant, l’Amicale des Juristes, dirigée par René Julien, avait lancé un cri d’alarme sur la situation de la justice en Haïti. Le droit est en danger en Haïti, affirme haut et fort l’organisation qui appelle le personnel de justice, les étudiants en droit et les organisations de défense des droits humains à observer une journée de grève le mardi 7 mai 2002. “ L’Amicale des Juristes entend signifier son refus de fonctionner sous l’empire d’une justice profanée. L’association prône l’établissement d’un Etat de droit en Haïti pour stopper, dit-elle, cette descente aux enfers.” Cette initiative intervient à un moment où des personnalités évoluant dans le domaine judiciaire et celui du respect des 17

LA PROBLÉMATIQUE droits humains dénoncent l’emprise de l’exécutif sur le judiciaire. Ces personnalités dénoncent les intimidations dont a été l’objet le juge d’instruction Henry Kesner Noël dans le cadre de l’affaire Prosper Avril/massacre de Piâtre.17 Dans une intervention sur Radio Métropole, le jeudi 2 mai 2002, l’un des membres du conseil de défense de M. Avril, Maître Rigaud Duplan, a mis en doute les déclarations du Secrétaire d’État à la Sécurité Publique, Jean Gérard Dubreuil, selon lesquelles aucune pression n’a été exercée sur le juge d’instruction Henry Kesner Noël pour qu’il introduise le nom de Prosper Avril dans le dossier du massacre de Piâtre survenu le 12 mars 1990. Dans une correspondance adressée ce 2 mai au ministre de la justice, Jean-Baptiste Brown, Maître Rigaud Duplan, se référant aux révélations du juge Noël, a indiqué que M. Avril est un prisonnier du gouvernement Lavalas et réclame sa libération immédiate. Dans cette lettre, Maître Duplan souligne : “qu’à défaut de l’élargissement sans délai de son client, le dossier sera expédié à la Commission des Droits Humains de l’Organisation des États Américains (OEA), ce vendredi 3 mai à toutes fins utiles.” L’exemple le plus criant de l’interférence du pouvoir politique dans le judicaire haïtien a été cette décision de l’exécutif Boniface/Latortue de mettre à la retraite cinq juges de la Cour de Cassation.18 En effet, la décision de la mise à la retraite de cinq magistrats de la Cour Suprême a déclenché à l’époque un épineux conflit entre l’exécutif et le judiciaire. Magistrats, hommes de lois, membres de la société civile, Conseil des Sages…; ils ont été tous mobilisés pour réclamer le retrait des deux arrêtés présidentiels mettant à la retraite, de manière inconstitutionnelle, cinq juges de la Cour de Cassation et nommant cinq autres juges qui ont prêté serment au Palais National.19 Un acte jugé contraire aux prescrits des articles 174, 175 et 177 de la Constitution du 29 mars 1987. 18

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI Art. 174 : Les Juges de la Cour de Cassation et des Cours d’Appel sont nommés pour dix (10) ans. Ceux des Tribunaux de Première Instance le sont pour sept (7) ans. Leur mandat commence à courir à compter de leur prestation de serment. Art. 175 : Les Juges de la Cour de Cassation sont nommés par le Président de la République sur une liste de trois (3) personnes par siège soumise par le Sénat. Ceux de la Cour d’Appel et des Tribunaux de Première Instance le sont sur une liste soumise par l’assemblée départementale concernée ; les Juges de Paix sur une liste préparée par les assemblées communales. Art. 177 : Les Juges de la Cour de Cassation, ceux des Cours d’Appel et des Tribunaux de Première Instance sont inamovibles. Ils ne peuvent être destitués que pour forfaiture légalement prononcée ou suspendus qu’à la suite d’une inculpation. Ils ne peuvent être l’objet d’affectation nouvelle, sans leur consentement même en cas de promotion. Il ne peut être mis fin à leur service durant leur mandat qu’en cas d’incapacité physique ou mentale permanente dûment constatée. La question relative à la mise à la retraite des Juges de la Cour de Cassation se résume comme suit : L’exécutif coiffé par le président provisoire de Me Alexandre Boniface pouvait-il mettre à la retraite cinq Juges de la Cour et sans un parlement en place nommer cinq Magistrats pour occuper la fonction de Juge près de la plus haute instance judiciaire du pays ? Quid alors des articles 175 et 177 suscités ? Aux termes de l’article 177, les Juges inamovibles ne peuvent faire l’objet d’affectation nouvelle, sans leur consentement, même en cas de promotion. Il ne peut être mis fin à leur service durant leur mandat qu’en cas d’incapacité physique ou mentale permanente dûment constatée. Il en résulte que la carrière du Magistrat est exempte de toutes mesures de suspension, de mise en disponibilité, de déplacement, de 19

LA PROBLÉMATIQUE mise à la retraite ou de révocation décidée unilatéralement par le Pouvoir Exécutif. Sur ce point, l’article 20 du décret du 22 août 1995 sur l’organisation judiciaire prévoyant la possibilité de mettre à la retraite des Juges ayant 60 ans est contraire aux dispositions de la loi mère. Cet article porte une atteinte grave au principe de l’Indépendance de la fonction judiciaire. Aux termes de l’article 60 de la Constitution : “chaque pouvoir est indépendant des deux autres dans ses attributions qu’il exerce séparément.” De même, la Constitution a établi trois Pouvoirs indépendants sans reconnaître à aucun d’eux un droit spécial de surveillance ou de protection sur l’un ou l’autre. Ce qui revient à dire que la décision de l’Exécutif d’envoyer à la retraite cinq Juges de la Cour de Cassation pour sanctionner leur arrêt dans l’Affaire SIMEUS /CEP, loin de faire avancer le pays vers la démocratie, a ouvert plutôt la voie à l’arbitraire : une violation flagrante au principe de la séparation des pouvoirs cautionnée par le gouvernement Boniface /Latortue lequel, en choisissant d’ouvrir la porte du Palais National pour la prestation de serment des cinq Juges nommés, a commis à l’époque le plus grand outrage jamais infligé à la plus prestigieuse institution du pays : La Cour de Cassation.20 Au regard de ces exemples, il y a lieu de dire que chez nous, la justice fonctionne très mal et qu’il n’existe absolument aucune transparence dans son fonctionnement. La façon de sélectionner les juges, de les nommer, ne permet pas d’arriver à l’indépendance judiciaire.21 Sous la tutelle du Ministre de la Justice, la justice n’a de pouvoir que le nom. Chaque gouvernement travaille en vue d’avoir la main mise sur l’appareil judiciaire et fait ce que bon lui semble en dehors des normes établies tant par la Constitution que par les lois régissant la matière.

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DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI Le Ministère de la Justice L’absence de contrôle des tribunaux de paix et des parquets est l’une des lacunes séculaires du système judiciaire haïtien. Cette absence de contrôle conduit les magistrats à agir souvent au mépris des dispositions législatives et réglementaires. Ils n’ont de compte à rendre à personne. Cet état de fait a créé chez certains acteurs de la justice des comportements déviants, décrédibilisant l’appareil judiciaire. Pour surveiller le bon fonctionnement des Cours et des Tribunaux, il n’existe pas au sein du Ministère de la Justice une direction d’inspection judiciaire vraiment efficace. Le Ministère de la Justice se contente de nommer les inspecteurs, des jeunes fraîchement sortis de l’Université. En réalité ces jeunes, bien que très enthousiastes, ont peu de chance de réussir; car en plus de leur manque de formation pratique et d’expérience, ils risquent de n’être pas pris au sérieux par les autorités judiciaires. Pourquoi, alors, le Ministère ne penset-il pas plutôt aux anciens juges, aux anciens commissaires et greffiers pour devenir inspecteurs ?22 D’autre part, le Ministère continue à violer certaines règles administratives en révoquant arbitrairement des magistrats à partir d’informations à lui parvenues ? Souvent on révoque des magistrats honnêtes dont la seule faute est de choisir de respecter la loi plutôt que de faire la volonté d’un Ministre.23 On demande au juge d’être indépendant dans sa conscience quand le Ministère de la Justice le tient esclave par les faits. Quelle indépendance peut-on ainsi espérer ? JUSTICE ET CORRUPTION La corruption est apparemment un phénomène vieux comme le monde, mais elle n’avait pas été une préoccupation dominante de l’État. Ce phénomène est devenu, depuis près d’une décennie, un thème important dans les débats 21

LA PROBLÉMATIQUE politiques, socio-économiques et juridiques tant au niveau national qu’au niveau international et prend une dimension médiatique intense. Si la corruption n’est pas un phénomène nouveau, par contre, la nature, le degré et l’ampleur des mesures pour la saisir et en venir à bout sont à inventer. La corruption n’a pas une définition unique. La plus courante est celle de la Banque Mondiale (BID), qui dit que la corruption est « l’abus d’une charge publique en vue d’obtenir un avantage privé.» La définition donnée récemment par le Conseil de l’Europe (CE) en élargit la portée au secteur privé et à la société civile : elle comprend les commissions occultes et tous agissements ou autres qui impliquent des personnes investies de fonctions publiques ou privées, qui auront violé leurs devoirs découlant de leur qualité de fonctionnaire public, d’employé privé, d’agent indépendant ou d’une autre relation de ce genre, en vue d’obtenir des avantages illicites de quelque nature que ce soit, pour eux-mêmes ou pour autrui. La même définition est adoptée par l’Agence Canadienne de Développement International dans une étude : «la lutte contre la corruption – Guide d’introduction.» En effet, la corruption est la «politique du ventre» pour reprendre une expression camerounaise. C’est une pratique généralisée et répartie sur toutes les surfaces du globe. Elle fut et demeure de tout lieu et de tout temps. La corruption peut prendre diverses formes : pots-de-vin ou paiement de facilitation (dessous de table) ou cadeaux, escroquerie, concussion, trafic d’influence, fraude, népotisme, enrichissement illicite, détournement de fonds ou encore narcotrafic. Qu’elle soit majeure ou mineure, qu’elle soit active ou passive, qu’elle soit seulement électorale, petit business négocié au marché du coin, « affaire louche» contractée contre promesse de commission ou fortune colossale détournée via société, contraire à la morale, la corruption est néfaste pour un pays et sa pratique nuit à tous, 22

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI en particulier aux pauvres. Selon le vocabulaire juridique, la corruption constitue tout comportement pénalement incriminé par lequel sont sollicités, agréés ou reçus des offres, promesses, dons ou présents, à des fins d’accomplissement ou d’abstention des faveurs ou d’avantages particuliers. La lutte contre la corruption est de nos jours le credo des institutions internationales. Ces dernières années, des organisations comme le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale (BM), l’organisation des États Américains (OEA), Banque Interaméricaine du Développement (BID), l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), les Nations Unies, Transparency International (TI) ont intensifié leurs efforts dans cette lutte car elles se sont toutes rendues à l’évidence que les conséquences de la corruption sont désastreuses pour les pays en voie de développement. Etant aujourd’hui l’une des préoccupations d’envergure mondiale, la lutte contre la corruption est dans le collimateur des vingt-cinq (25) États signataires de la Convention Interaméricaine contre la corruption de l’Organisation des États américains (OEA). Entrée en vigueur le 6 mars 1997, trente (30) jours à compter de la date du dépôt du deuxième instrument de ratification. Elle est la première convention multilatérale qui ait été négociée dans le monde. Cette convention vise à renforcer la coopération entre les Etats du continent Américain dans le cadre de la lutte contre les actes de corruption. Adoptée il y a deux ans, et ratifiée par 38 des 140 Etats signataires dont (2) pays de l’Union Européenne, la Convention des Nations Unies contre la corruption dite Convention Mérida est entrée en vigueur le mercredi 14 décembre 2005. Selon Transparency International principale organisation non gouvernementale internationale se consacrant à la lutte contre la corruption, la convention 23

LA PROBLÉMATIQUE des Nations Unies est une étape très importante dans l’effort international pour combattre ce fléau. Pour la seconde fois un instrument multilatéral pose de manière contraignante le principe de la restitution des avoirs acquis illicitement et, prévoit également l’instauration d’un système efficace d’assistance juridique mutuelle.24 Le phénomène de la corruption en Haïti La corruption est un phénomène qui se rencontre aujourd’hui dans tous les secteurs de la vie civile en Haïti.25 Cependant, c’est au niveau de la justice que le phénomène est beaucoup plus perceptible et que les conséquences sont beaucoup plus ressenties.26 Le thème justice et corruption est un thème très sensible qui interpelle au delà de la seule justice, la société dans son ensemble. Les problèmes liés à la corruption sont multiples et se rencontrent au niveau de différents axes. L’environnement des magistrats Le magistrat est un être humain avec ses sensibilités. Placé dans un environnement politique, social, culturel et économique dans un pays en crise identitaire où tout se fonde sur la richesse matérielle, le magistrat placé dans un tel contexte social est beaucoup plus enclin à tirer les avantages de ses charges en accédant au cercle vicieux de la corruption.27 La mentalité des citoyens en Haïti est de considérer que dès lors qu’on se trouve en face d’une autorité, il est de bonne coutume de laisser un cadeau en guise de respect. Certains avocats utilisent parfois la même stratégie dans le système judiciaire haïtien : “donner une enveloppe au juge pour avoir sa faveur dans un jugement.” La corruption n’est pas seulement due à un fait économique. Elle résulte de l’absence de probité morale. La décadence morale est à l’origine de la corruption. Les revenus des juges haïtiens sont modestes, il faut en convenir. Mais cette faiblesse 24

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI ne saurait à elle seule expliquer l’ampleur du phénomène de la corruption qui est en train de gangrener la justice haïtienne et de lui faire perdre ses valeurs essentielles. Réprimer la corruption La corruption est un fléau qui touche tous les secteurs d’activités. Au niveau de la justice, elle prend des proportions exponentielles et constitue une menace grave contre l’instauration d’un Etat démocratique soucieux du respect des droits fondamentaux de la personne humaine.28 Aussi, les corrupteurs et les corrompus doivent être réprimés sans ménagement. Au besoin, les textes relatifs à la corruption doivent être revus et adaptés aux exigences actuelles.29 Il faudrait arriver à un changement de mentalité et faire comprendre aux populations que celui qui corrompt ne rend pas service au magistrat et à son pays.30 Une mauvaise justice ne profite à personne ; elle ouvre la voie à des situations de conflit et de vengeance.31 La lutte contre la corruption nécessite une cohorte de mesures qui doivent aller ensemble.32 Dans cette optique on peut adopter les stratégies suivantes : La Mise en place d’un observatoire national de lutte contre la corruption L’idée de créer un observatoire national de lutte contre la corruption procède, d’abord d’une prise de conscience de la corruption dont les effets pervers sont durement ressentis par tous les citoyens.33 Ensuite, de la quasi inopérationnalité du Conseil Supérieur de la Magistrature qui, à quelques exceptions près, n’a jamais eu à prendre de sanctions à l’encontre des Magistrats véreux et corrompus. Ce comportement du Conseil s’explique aisément dans la mesure où il est constitué de Magistrats. Or, l’on ne saurait 25

LA PROBLÉMATIQUE être juge et parti. La solidarité agissante favorise l’impunité. L’observatoire trouve donc sa justification de cette assertion. Pour garder sa neutralité, il doit être constitué de membres de la société civile dont la mission serait de recueillir toutes informations sur les faits de corruption et d’en référer à l’autorité compétente pour prise de sanction si le cas y échet. Cette structure pourra exister à l’échelon local, régional et national.34 L’observatoire de lutte contre la corruption dont la création est devenue aujourd’hui un impératif, doit être perçu comme un instrument efficace, qui utilisé à bon escient par les citoyens, peut simplement leur permettre de s’affranchir de la tutelle des agents publics aux conduites indécentes.35 L’introduction d’un système de contrôle populaire de l’appareil judiciaire Ce système de contrôle populaire consiste à publier et à commenter des décisions de justice par certains spécialistes. Des abus pourraient être dénoncés et l’opinion publique serait suffisamment informée de la pratique des acteurs du corps judiciaire.36 Un mandat précis pourrait être donné à ces spécialistes pour qu’ils aient accès aux pièces des dossiers devant les différentes juridictions. Faire une vaste campagne médiatique La campagne médiatique doit s’effectuer sur l’ensemble du territoire national. Les O.N.G. doivent s’impliquer activement dans ce processus. L’éducation, la formation, la sensibilisation et l’information des populations sont des préalables nécessaires en vue de l’éradication de la corruption au sein de la justice. Ce travail est ardu et nécessite l’implication de tous en vue d’un changement de comportement. Respect des règles de déontologie

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DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI Les normes édictées par les règles de déontologie doivent être scrupuleusement respectées et cela passe par une moralisation du corps judiciaire. Il faudrait faire appel au sens moral et civique des agents chargés de la distribution de la justice principalement le Magistrat. Le juge est dépositaire de pouvoirs énormes. Cela doit l’inciter à être juste. Rendre une saine justice devient alors pour lui une obligation de sa charge. Dans ses prises de décision, il ne doit obéir qu’à sa conscience et selon son intime conviction. Il ne doit céder à aucune pression extérieure d’où qu’elle vient. En effet, il est difficile de juger son semblable et la mission du juge est tout simplement un sacerdoce qu’il faut cependant assurer et assumer en toute conscience et connaissance de cause. Sa décision doit en toute hypothèse porter le sceau de la sincérité, de la rigueur, de l’intégrité et ne devant laisser transpirer le moindre signe d’un parti pris.

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LA PROBLÉMATIQUE

Chapitre II Réformer la Justice
Aujourd’hui des réflexions sont portées sur la défaillance de la justice haïtienne considérée comme une plaie lente à cicatriser et plus que jamais on se rend compte de la nécessité de la réformer pour permettre aux Haïtiens de vivre dans une société démocratique et juste et à Haïti de rentrer dans le concert des nations dites modernes.1 N’est-ce pas la justice qui élève une nation ? Mais qu’est-ce qu’une réforme judiciaire ? Si nous nous écartons d’une définition purement scolastique pour saisir l’expression dans une réalité vivante, nous disons qu’une réforme judiciaire est un ensemble de mesures adoptées dans le domaine de la justice, pour inquiéter ceux qui ne respectent pas la loi, sécuriser les honnêtes gens, garantir les droits de chacun. En ce sens, on pourrait dire qu’il n’y a pas à proprement parler, une réforme judiciaire réalisée une fois pour toutes. Le droit à la justice et les droits en justice constituent, à la vérité, une quête permanente dans un état démocratique qui cherche à les améliorer en tenant compte de l’évolution du corps social et des exigences de la modernité. Si l’on parle aujourd’hui de réforme, c’est sans doute pour attirer l’attention sur un état déplorable de la justice en Haïti et sur la nécessité pour tous les acteurs impliqués de réfléchir ensemble sur la problématique dans le but de sortir un plan durable de redressement. A ce titre, il faudrait s’entendre 28

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI sur une méthodologie de cette réforme judicaire, laquelle permettrait de savoir ce qu’il faut faire, comment et avec qui le faire ? Qu’est-ce qu’il faut faire ? Pour un plan de réforme de la justice en Haïti, il faut d’abord un chef de gouvernement qui décide effectivement de considérer la justice comme un des axes prioritaires de sa gouvernance, qui a la volonté de changer en profondeur le système judiciaire, qui a le courage de le faire, qui cherche les moyens (physiques, matériels, financiers) de transformer radicalement le système judiciaire national en décidant de corriger non seulement les malentendus historiques, mais de planifier un programme de réforme générale assorti d’une vision nationale où la justice jouera le rôle d’équilibre entre les grandes forces sociales, politiques et économiques de la nation.2 Pour entamer cette réforme le gouvernement a deux options : une option minimale et une option maximale. Si on veut faire une réforme judiciaire à partir d’un traitement minimal, il faut un pacte social pour distribuer équitablement les richesses de la nation. Demander aux magistrats et aux cadres de justice d’accepter leur maigre salaire mais à condition qu’ils ne voient pas que d’autres individus en raison d’influences politiques sont mieux traités dans la fonction publique. A la vérité, l’option minimale présente un inconvénient. La réforme pourrait ne pas trouver les meilleurs cadres pour la magistrature, attirés qu’ils seront vers la profession d’avocat, ou vers le “secteur international.” Un jeune juriste gagne aujourd’hui cinq à dix fois plus dans ce dernier secteur que ce à quoi il peut prétendre dans la magistrature (debout ou assise). C’est là un problème sérieux que le Ministère de la Justice doit discuter avec les partenaires internationaux dans l’éventualité d’une réforme à partir de l’option minimale. Il y a aussi une seconde option : celle qui consiste à attirer

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LA PROBLÉMATIQUE vers la magistrature les meilleurs cadres de la justice. Il est clair qu’il faut y mettre le prix. L’Etat pourrait dès lors réduire son personnel pléthorique et confier à un nombre de professionnels ayant une grande capacité de travail et un sens poussé de l’organisation ce que plusieurs faisaient plutôt mal que bien. Il faudrait les recruter, comme on fait dans le secteur privé : en fonction du mérite (formation académique, expérience, capacité de travail). Ils seraient assistés, par exemple, d’étudiants qui font leur spécialisation en magistrature spécialement entraînés pour étudier les dossiers, faire les recherches nécessaires et synthétiser les espèces qu’ils auront à soumettre au magistrat qui doit décider. Un plan de réforme du système judiciaire haïtien peut se dérouler autour des axes suivants : L’indépendance institutionnelle des juges La Constitution de 1987, après avoir consacré, l’article 59, la séparation des trois pouvoirs, met en place, aux articles 174 et suivants, un dispositif qui devrait permettre aux Magistrats du siège de s’affranchir de l’emprise séculaire de l’exécutif. Mais dans la pratique, la réalité est tout autre. Les conditions matérielles et psychologiques de cette indépendance ne sont nullement réunies. C’est au Ministère de la Justice qu’il faut s’adresser pour décrocher un poste dans la magistrature (debout ou assise). C’est aussi à ce Ministère que le magistrat doit faire des démarches pour obtenir une promotion, pour éviter une révocation, ou tout simplement pour se procurer des maigres moyens de fonctionnement. Les autorités du Ministère tiennent ainsi les ficelles de la magistrature et les tirent.3 Formation et compétence Une réforme judiciaire se fait avec des cadres formés et

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DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI compétents. Nous sommes ici au coeur de la formation juridique et professionnelle de base inculquée aux cadres de l’appareil judiciaire. L’École de la Magistrature prévue par la Constitution pour former les juges et les autres cadres de la justice n’a aucun encadrement du côté de l’exécutif.4 Mal vue par un ensemble d’avocats qui sont devenus plus tard Ministre de la Justice, elle est accusée d’avoir formé des magistrats corrompus et asservis. “Tout compte fait, des Haïtiens auraient pu former ces magistrats dans le cadre d’une spécialisation à la Faculté de Droit de l’Université d’État d’Haïti. Lorsque la Constitution parle de la création d’une École de la Magistrature (art.176), elle n’interdit pas l’intégration de cette institution à une structure déjà existante. Au contraire, ce serait plus facile, moins coûteux. Et cela nous éviterait certaines humiliations, dixit Henri Dorléans, ex-ministre de la justice.” Il faut le dire tout de suite : L’École de la magistrature n’est pas aimée parce que du côté de l’exécutif il n’y a pas une volonté de créer une justice forte, indépendante avec des magistrats honnêtes et compétents. Chaque gouvernement doit donc soigneusement prendre garde que jamais ne lui sorte de son contrôle un seul membre de l’appareil judiciaire. La question est donc maintenant : qu’est-ce qu’il faut faire pour renforcer l’indépendance des magistrats ? Dans leurs prises de décision les juges ne doivent subir aucune pression d’où qu’elle vienne. Ils ne doivent obéir qu’à leur seule conscience et leur intime conviction. Il ne doit pas y avoir d’interférence du pouvoir politique sur le judiciaire. La Constitution de notre pays parle de pouvoir judiciaire qui est indépendant des autres pouvoirs.5 La notion d’inamovibilité doit être strictement respectée car un juge qui a peur pour sa place ne rend pas justice. Il faut 31

LA PROBLÉMATIQUE protéger les agents chargés de la distribution de la justice par des textes réglementaires et les mettre ainsi à l’abri de l’arbitraire.6 Le Parlement et l’Exécutif ont adopté un certain nombre de lois et décrets qui subordonnent le Pouvoir Judiciaire aux Pouvoirs Exécutif et Législatif (décret du 22 août 1995). Il est recommandé la modification du décret du 22 août 1995 relatif aux critères de nomination des juges afin d’y ajouter des critères permettant de satisfaire aux exigences de moralité. Il est recommandé, la modification du même décret et l’amendement de la Constitution afin de garantir l’inamovibilité des juges dans le système. De plus, la révision de la loi sur le Conseil Supérieur de la Magistrature est recommandée afin de prévoir un statut conforme aux normes internationales.7 Entre autres, les textes suivants doivent être finalisés : • La loi sur le statut des Magistrats. • La loi sur le Conseil Supérieur de la Magistrature. • La loi sur l’École de la Magistrature. • La loi sur la déontologie du Magistrat. L’Indépendance judiciaire et l’autonomie professionnelle des juges L’adoption d’une loi garantissant l’indépendance des juges est nécessaire pour une saine administration de la justice.8 Cette indépendance ne peut être assurée qu’en respectant certains critères : a. réviser à la hausse les appointements du personnel judiciaire;9 b. élaborer et voter un code d’Ethique de la Magistrature; c. sécurité du poste; d. compétences adéquates et procédure de sélection et 32

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI nomination objective et transparente; e. procédures de la carrière judiciaire objective et transparente (procédures de promotion et de transfert); f. procédures administratives et judiciaires objectives et transparentes ; g. liberté d’expression et d’association des juges ; h. exécution effective et équitable des décisions de justice ; i. formation judiciaire et l’éducation juridique continue adéquates ; j. accès aux informations juridiques et judiciaires pour les juges ; Une documentation riche et variée doit être mise à la disposition de toutes les juridictions pour suppléer au manque de formation et de spécialisation des Magistrats. Pour répondre aux besoins du terrain les cadres judiciaires doivent être formés par des stages de perfectionnement. Ces formations doivent aboutir à la spécialisation car il convient d’épouser les rythmes des changements environnementaux, politiques, sociaux, économiques et culturels. Les magistrats doivent être formés par rapport aux préoccupations de l’heure.10 La formation devra aboutir à la spécialisation par rapport à des secteurs précis. Cela conduirait sans nul doute à rehausser la qualité des décisions judiciaires. Mettre les magistrats à l’abri du besoin Il est impérieux d’améliorer les conditions de vie et de travail des magistrats. Il va s’en dire qu’un magistrat qui se trouve dans le besoin est beaucoup plus facile à corrompre, car une personne qui a faim ne peut résister à la tentation. Le magistrat, celui-là qui est chargé de juger ses semblables doit être mis dans des conditions optimales et avoir l’estime de toutes les composantes de la société.

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LA PROBLÉMATIQUE L’accessibilité de la justice à tous les citoyens C’est l’un des grands principes de la justice en Haïti. La justice est un service public et les magistrats sont rémunérés par l’État. Il est impérieux que la justice soit perçue comme telle, tant par ceux qui sont formés et payés pour la rendre que par ceux qui la sollicitent. A ce titre, la justice devrait répondre à, au moins, trois exigences : accessibilité, accueil, satisfaction. Comme service public, la justice doit être accessible11. Or, en Haïti deux murs séparent la justice du justiciable : la distance et le coût. Savez-vous qu’un paysan qui habite à Gresseau, une localité dans les hauteurs de Montrouis, doit marcher pendant au moins cinq heures de temps avant d’atteindre le Tribunal de Paix le plus proche. Dans le cadre d’une réforme judiciaire, on pourrait envisager la possibilité d’avoir des juges itinérants qui se rendraient dans les différentes sections communales le jour du marché, ou encore explorer l’option d’amiables conciliateurs qui résideraient dans la section communale avec une compétence judiciaire. Quant au coût, il faut dire que la justice est presque gratuite. Mais seulement dans la loi. Demandez à un justiciable combien lui coûte le déplacement du juge de paix pour un constat, à un avocat combien il charge les clients pour un acte d’adoption ou combien coûte à un demandeur une action au tribunal ? On aura la conviction que seuls les riches peuvent avoir accès à la justice en Haïti. La justice doit être accueillante. Il faut, dans nos hôtels de justice un service d’accueil. On doit sentir la différence entre un hôtel de justice et un marché ou un moulin.10 La coopération canadienne, il faut le reconnaître, a largement contribué à rendre accueillant le service de justice en construisant les locaux de quatorze Tribunaux de Première Instance à travers le pays. Mais il faut penser à loger les Magistrats de Paix dans des locaux dignes de porter le nom 34

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de Tribunal.12 Il nous faudra résoudre le problème linguistique qui rend la justice peu accueillante pour le plus grand nombre. En effet, la majorité des procès correctionnels ou criminels se plaident en français, une langue que la plupart des gens jugés ne comprennent pas car illettrés ou peu instruits.13 Enfin, comme service public, la justice doit donner satisfaction au justiciable ou mieux celui-ci doit avoir le sentiment que le système a fait de son mieux. En Haïti, les grands principes de la justice ne sont pas appli qués judicieusement: a.- Le principe d’accès au droit L’accès au droit se définit par le droit de faire entendre sa cause et de voir son affaire examinée par un juge. Il concerne tout individu quels que soient sa nationalité, son âge, son sexe ou encore son niveau de vie. Il recouvre également le droit d’être assisté par un traducteur et de se faire représenter par le défenseur de son choix.14 b.- Le droit à un procès équitable Toute personne a le droit d’être jugée dans le respect des règles par un juge indépendant et impartial. Le procès doit respecter le principe du débat contradictoire et les droits de la défense. c.- Le principe de gratuité L’absence d’un système public d’assistance juridictionnelle disposant de ressources suffisantes ne permet pas de garantir que les inculpés, particulièrement ceux qui sont faibles économiquement de bénéficier d’un avocat à tous les stades de la procédure pénale ainsi que le prévoient pourtant la Constitution de 1987 et les normes internationales. Les avocats sont tentés, dans le but de gagner plus d’argent 35

LA PROBLÉMATIQUE possible, d’accepter un trop grand nombre de dossiers et ce, au détriment de leurs clients. Le manque d’avocats compétents, et le fait qu’ils ne sont pas correctement rémunérés pour assurer la défense d’accusés sont préjudiciables aux intérêts de la justice. L’article 24 du décret du 29 mars 1979 réglementant la profession d’Avocat prévoit simplement que l’avocat stagiaire “ peut être choisi d’office pour la défense des prévenus et des accusés ;” c’est donc une aide judiciaire ponctuelle qui ne va pas sans inconvénient. Certains critiques pensent qu’elle fragilise la défense en justice des démunis dans la mesure où l’avocat stagiaire est souvent peu expérimenté et ne pourra avoir comme prestation qu’une plaidoirie au rabais. Visitez les prisons d’Haïti où plus des trois quarts de détenus préventifs sont en situation irrégulière, interrogez la plupart des citoyens qui ne peuvent même oser saisir un tribunal et consultez enfin d’autres qui détiennent un jugement en leur faveur mais impossible de faire exécuter, et vous aurez une idée des frustrations que crée le système.16 Ici, nous disons, il ne suffit pas d’adopter des lois, faut-il aussi qu’elles soient appliquées. Pour restaurer la crédibilité de l’appareil judiciaire, pour rétablir et donner confiance aux citoyens haïtiens qui réclament à cor et à cri le démantèlement pur et simple de cet appareil qui est selon eux, trop corrompu et trop partisan pour rendre justice, il est essentiel de rendre la justice accessible à tous.17 Cette accessibilité ne peut être rendue possible que par : a. L’éducation de tous les justiciables ; b. L’assistance légale aux plus démunis ; c. La mise sur pied d’un système de justice rapide, simple, souple et efficace pour le peuple haïtien. C’est dans ce contexte qu’il faut encourager et favoriser les méthodes alternatives de résolution des conflits telles : la conciliation, la médiation, l’arbitrage pour alléger le travail de la justice étatique.18 36

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Chapitre III Les Recommandations pour une Réforme Judiciaire en Haïti
Deux commissions ont mené des travaux d’envergure portant sur la réforme judiciaire. Il s’agit de la Commission Nationale Vérité et Justice, dont le rapport de 1995 contient d’intéressantes recommandations pour la réforme des institutions judiciaires, et la Commission Préparatoire à la Réforme du Droit et de la Justice (CPRDJ) (1997-1999) qui a produit, outre plusieurs documents de travail, un Document de Politique Générale, un Plan stratégique et un Programme d’Actions à court terme. Le Document de Politique Générale de la CPRDJ fait l’analyse du contexte de la réforme judiciaire et des exigences de la société civile à l’égard de l’administration de la justice, et propose un nouveau modèle de justice et une stratégie d’intervention. Les recommandations que nous formulons ici ne sont pas tellement différentes de toutes celles mentionnées par les juristes haïtiens et étrangers qui sont unanimes à reconnaître le caractère dysfonctionnel de l’appareil judiciaire haïtien et delà, la nécessité de reformer cette justice. Les recommandations sont portées sur trois grands axes : Recommandations visant l’indépendance effective du Pouvoir Judiciaire a. Réformes à court terme • • Restaurer les bâtiments logeant les tribunaux de la République particulièrement les tribunaux de paix. Réviser à la hausse les appointements du 37

LA PROBLÉMATIQUE • • personnel judiciaire.1 Introduire l’enseignement de l’Ethique et de la responsabilité judiciaire à l’intention du personnel judiciaire tout entier. Pourvoir les tribunaux en mobiliers, en matériels et fournitures de bureaux indispensables à la bonne marche des institutions judiciaires.2

Notre système judiciaire manque cruellement d’équipements indispensables pour la bonne conduite des affaires. Il faudrait informatiser l’appareil judiciaire afin que certaines décisions ne soient pas manipulées.3 Egalement les juridictions doivent être pourvues d’une documentation riche et variée et à jour par rapport à l’actualité. Une inscription d’office devra être accordée au journal officiel. Ceci constitue un gage contre la corruption. Les magistrats n’ayant plus besoin de débourser pour se documenter. b. Réformes à moyen terme • Réviser le décret du 22 août 1995 sur l’organisation judiciaire en l’harmonisant avec la Constitution de 1987 et en y renforçant les conditions d’accès à la Magistrature. Réformer le Conseil Supérieur de la Magistrature de manière à ce que la nouvelle institution s’occupe de toutes les questions concernant les Magistrats du siège et du Parquet depuis le recrutement jusqu’à la retraite en passant par les promotions, les transferts, la discipline, l’invalidité. Le Conseil doit avoir son propre mode

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DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI de fonctionnement et un contrôle direct et réel sur l’administration du tribunal.4 Faire du Conseil Supérieur de la Magistrature l’organe d’administration et de gestion du Pouvoir Judiciaire constitue une condition nécessaire à l’indépendance de la Magistrature. Ainsi faudra-t-il : • Elaborer un nouveau cadre organique du Ministère de la Justice qui élimine ses pouvoirs d’intervention et de contrôle par rapport au Pouvoir Judiciaire.5 Réformer la Cour de Cassation en la recentrant sur ses fonctions juridictionnelles. Faire du Conseil Supérieur de la Magistrature l’organe de gestion du budget du Pouvoir Judiciaire.6 Elaborer un nouveau cadre organique du Conseil Supérieur de la Magistrature avec des fonctions élargies. Elaborer et voter la loi organique de l’École de la Magistrature en précisant les critères d’admission des candidats et des formateurs et en étendant les activités de formation de l’École aux greffiers et huissiers de justice. Elaborer et voter un Code d’Ethique de la Magistrature.

• • • •

a. Réformes à long terme Amender la Constitution pour réviser le statut général du Juge.7 39

LA PROBLÉMATIQUE 2. Recommandations visant les garanties judiciaires des justiciables. • • • • a. Réformes à court terme : Renforcer et rendre opérationnelle la législation sur l’assistance judiciaire ; Actualiser l’arrêté du 27 septembre 1985 sur le tarif judiciaire ; Etablir un programme de sensibilisation et d’éducation judiciaire à l’intention du grand public à travers le pays ; Organiser des séminaires de formation à l’intention des officiers du Parquet, Juges des référés, huissiers et policiers sur l’exécution des décisions de justice. b. Réformes à moyen terme • • Réformer la profession d’avocat en instituant de nouvelles conditions d’accès à la profession et le concours d’admission au barreau. Abroger la loi du 6 juin 1919, modifiée par celles des 29 juin 1942 et 14 juillet 1952 réglementant la corporation des fondés de pouvoir et des bacheliers en droit. Créer l’institution du juge de mise en état pour combattre la lenteur des procédures judiciaires. Créer l’institution du Juge de l’application des peines pour combler les lacunes du décret du 5 juin 1995 sur l’APENA. Réformer le contentieux administratif pour faciliter l’accès à la justice administrative et fixer la procédure de pourvoi en cassation en matière administrative et financière.

• • •

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DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI • Réformer la Cour de Cassation de la République ainsi que les Cours d’Appel, en les organisant en chambres ou sections spécialisées. c. Réformes à long terme • • • • • Augmenter la couverture juridictionnelle du territoire par la création de nouveaux Tribunaux.8 Réformer l’Etat Civil de manière à faciliter la détermination de l’identification des citoyens devant les tribunaux.9 Mettre en place le casier judiciaire des citoyens.10 Moderniser et simplifier les procédures judiciaires en matière civile, pénale, commerciale et administrative par une refonte des codes.11 Réorganiser le système judiciaire en optant soit pour le modèle du dualisme juridictionnel, soit pour celui du monisme juridictionnel.

3. Recommandations visant le renforcement de l’État de Droit en Haïti En Haïti, nous n’avons pas appris à respecter la loi : Constitution et loi, on s’en réfère que pour justifier une prise de position ou une décision souvent illégale. Notre société est basée sur des personnalités (politiques ou économiques) mais pas sur des lois et des institutions. Et pourtant dans un État de droit, il n’y a d’autorité qu’en vertu d’une loi. Le pouvoir et l’autorité, se transforment, dans un État de droit en compétence que seule la loi donne.12 En effet, nous donner des lois et nous résigner à les respecter, c’est là le plus grand hic de la réforme judiciaire. C’est aussi la condition sine qua non de cette réforme. C’est

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LA PROBLÉMATIQUE le respect de la loi qui permettra à la justice d’occuper la place qui est la sienne condition et qui nous dirigera vers l’établissement de l’État de droit.13 Deux points importants sont à considérer pour renforcer l’État de Droit en Haïti : la question de la sécurité publique et de la justice. Pour une bonne gestion de la sécurité, il faut : a. Une réforme en profondeur, non partisane qui tienne compte des aspirations du peuple haïtien. b. Mettre en place des structures judiciaires (justice, police) qui servent mieux les intérêts du peuple. c. Garantir la sécurité individuelle de tout justiciable. d. Exécuter le plan national de désarmement. A ce niveau, nous formulons les propositions suivantes : 2. Par rapport à la Justice a. b. c. d. e. f. g. h. 42 Contrôler la qualité de la justice. Assurer l’indépendance judiciaire (salaire raisonnable, sécurité d’emploi et de carrière) pour les fonctionnaires de justice. Éduquer la population, informer le justiciable sur ses droits et devoirs. Convaincre les justiciables de l’efficacité du système judiciaire et faire la promotion des changements apportés. Assurer la formation adéquate des juges. Refondre les codes et les lois. Etablir des procédures uniformes à suivre dans chaque domaine. Renforcer la capacité de l’Inspection Judiciaire.

DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI i. Rendre accessible les informations juridiques et judiciaires aux juges et au public par le biais de séminaires, de conférences, des débats, des émissions à la radio et à la télévision. j. Pénaliser l’impunité, l’arbitraire, l’abus de pouvoir, la corruption des juges, des policiers et de leurs complices.14 k. Résoudre le crucial problème de la détention arbitraire et prolongée.15 1. Par rapport à l’insécurité L’insécurité est de plus en plus un problème crucial en Haïti. Elle se manifeste sous forme d’actes de violence tels : assassinat politique, attentat, vols à main armée, vandalisme, tortures, extorsions, kidnapping etc. D’après les rapports et les enquêtes sur le terrain, les facteurs influant l’insécurité sont les suivants : a. Système de justice non fonctionnel. b. Existence de nombreuses bandes criminelles très opérationnelles. c. Emergence de groupes de déportés en provenance des Etats-Unis d’Amérique. d. Circulation massive d’armes illégales. e. La justice parallèle. f. Les abus de droit. g. L’instabilité politique. h. La corruption. i. Le manque de confiance dans le système judiciaire. j. Violations répétées des droits humains. k. Commerce illicite de la drogue. l. Les problèmes socio-économiques. Pour combattre l’insécurité, il faut : 1. Quadriller les secteurs cibles et mettre sur pied un 43

LA PROBLÉMATIQUE système voisin secours afin de mieux cibler les auteurs des crimes. Mettre en œuvre un programme de sensibilisation, d’information, de responsabilisation et de mobilisation. Inculquer les notions de police communautaire à la police nationale. Développer un programme de réinsertion au travail pour les anciens militaires et les déportés dans le domaine de l’environnement, dans les chantiers de construction, des réseaux routiers et de la communication. Etablir un système de communication interne et externe efficace permettant l’exécution rapide des prises de décisions.

2. 3. 4.

5.

3. Par rapport à la Police a) Mettre en place d’une infrastructure de contrôle judiciaire de la police.16 b) Assurer la formation adéquate des policiers. c) Responsabiliser les policiers. d) Faciliter la bonne entente et la communication entre la police et les citoyens.17 e) Etablir un programme de prévention. f) Changer l’image négative reflétée par la police. g) Informer le public à travers les écoles et les médias du rôle de la police au service de la population.18 h) Instaurer la crédibilité de la police en pénalisant les abus de pouvoir ou d’autorité.19 i) Instituer une commission de sécurité pour veiller à la sécurité de la population. j) Instaurer une commission de déontologie avec la présence des membres de la société civile pour surveiller le comportement de la police.20

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DE LA RÉFORME JUDICIAIRE EN HAÏTI 4. Par rapport aux Droits Humains L’une des préoccupations les plus sérieuses en Haïti est la nécessité de renforcer l’État de droit dans le pays.21 En effet, Haïti reste plongée dans une grave crise des droits humains malgré la présence d’une force de maintien de la paix (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti – MINUSTAH). Malgré une approche plus consciente de la question, il reste certain que beaucoup d’actes arbitraires sont commis et les auteurs continuent à circuler en toute impunité. Les mauvais traitements, les exécutions extrajudiciaires, les homicides délibérés et arbitraires de civils, les viols, les menaces de mort et les actes de kidnapping sont monnaie courante et les victimes ont droit rarement à une protection policière et judiciaire.22 La prolifération des armes a aggravé cette violence. Le désarmement est donc devenu le principal problème et le plus urgent auquel le gouvernement doit s’attaquer pour apporter une solution.23 Justice et Droits Humains Dans le cadre d’une réforme judiciaire, le gouvernement doit : 1.- Condamner toutes les atteintes aux droits humains et manifester sa totale opposition à ces actes. Faire clairement savoir à tous les agents gouvernementaux et non gouvernementaux que les atteintes aux droits humains ne seront tolérées en aucune circonstance. Montrer sa volonté de faire respecter les droits humains en Haïti et de coopérer avec la communauté internationale pour y parvenir.24 2.- Mettre en oeuvre un programme exhaustif de désarmement, de démobilisation et de réinsertion. Prendre immédiatement des mesures efficaces pour élaborer, mettre 45

LA PROBLÉMATIQUE en oeuvre et surveiller un programme exhaustif et durable de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR). A chaque étape, s’appuyer sur l’aide et les compétences de la communauté internationale. Appliquer le programme de DDR de la même manière à tous les groupes armés et à tous les civils possédant des armes. Créer une commission indépendante composée de représentants de la société civile dont les représentants des médias, pour inspecter et contrôler le processus de DDR et informer régulièrement le public sur son avancement. 3.- Mettre un terme aux arrestations arbitraires et prendre des mesures efficaces pour mettre fin à la pratique généralisée de la détention arbitraire.25 4.- Garantir à tous les prisonniers un procès équitable dans les plus brefs délais, avec le respect total des droits de la défense, notamment le droit d’interjeter appel devant un organe judiciaire supérieur et indépendant.26 5.- Prendre des mesures immédiates pour mettre un terme à la torture et aux mauvais traitements, y compris aux manques de soins médicaux pour les prisonniers, ainsi qu’aux conditions de détentions mettant en danger la vie des détenus.27 6.- Prendre des mesures immédiates pour empêcher les exécutions extrajudiciaires, conformément aux principes des Nations Unies relatifs à la prévention efficace des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et aux moyens d’enquêter efficacement sur ces exécutions.28 7.- Toutes les plaintes et les informations faisant état d’atteintes aux droits humains doivent faire l’objet, dans les plus brefs délais, d’une enquête impartiale et efficace menée par un organe indépendant des responsables présumés et disposant de pouvoirs et de moyens suffisants pour le faire. Les méthodes et les conclusions de l’enquête doivent être rendues publiques. Les plaignants, les témoins et les 46

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autres personnes menacées doivent être protégés de toutes intimidations et de toutes représailles. 8.- Les responsables d’atteintes aux droits humains doivent être traduits en justice. Ce principe doit s’appliquer à tous les auteurs présumés de tels actes, quel que soit le temps qui s’est écoulé depuis le crime. Les procès doivent être équitables et conformes aux normes internationales. Les responsables de ces actes ne doivent pas pouvoir bénéficier des mesures juridiques leur permettant d’échapper à des poursuites judiciaires ou à une condamnation. 9.- Veiller à ce que l’interdiction de la torture, des exécutions extrajudiciaires et des autres violations des droits humains soient intégrées à la formation de tous les responsables de justice : juges, policiers, gardiens de prison. Cette formation doit s’appuyer sur les normes internationales relatives au traitement des prisonniers et à l’usage de la force des armes à feu par les responsables de l’application des lois, notamment les normes des Nations Unies.29 10.- Les victimes d’atteintes aux droits humains et leurs ayants droits doivent pouvoir obtenir des réparations équitables et suffisantes de l’État, notamment une indemnisation financière.30 11.- Contribuer à reconstruire et à renforcer le système judiciaire et juridique.31 Les derniers événements politiques ont grandement affaibli le système judiciaire haïtien. L’École de la Magistrature, l’unique établissement spécialisé dans la formation des juges a cessé son programme de formation. Or, la protection durable des droits humains nécessite l’existence d’un système juridique efficace, renforcé d’un système judiciaire 47

LA PROBLÉMATIQUE indépendant, impartial et accessible disposant de moyens suffisants. La communauté internationale doit donc aider le gouvernement haïtien à reconstruire un système juridique et judiciaire efficace. Toutefois, les initiatives dans ce domaine doivent s’accompagner de la détermination de l’État à traduire en justice les responsables d’atteintes aux droits humains. La réforme de la justice est liée à l’établissement de l’État de droit L’État de droit suppose également une prise en compte des droits fondamentaux à la personne humaine : droit à la vie, à la santé, au travail, au logement, à la nourriture, à l’éducation et à la sécurité. Le Gouvernement doit accentuer la bataille contre la misère. Il doit promouvoir des changements dans la gouvernance de l’État pour rendre les administrations publiques, l’appareil juridique et les services publics plus efficients, plus responsables et ayant plus de comptes à rendre aux citoyens. Il faut déconcentrer les administrations et décentraliser les décisions pour rendre les institutions plus proches de leurs mandants. Le Gouvernement doit en urgence monter une stratégie de réduction de pauvreté en offrant plus d’opportunités aux démunis. Cela signifie des emplois, du crédit, des routes, de l’électricité, de l’eau, des conditions sanitaires décentes, des logements sociaux, des écoles, des soins de santé et surtout un cadre sécuritaire aux citoyen.32

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Chapitre IV La Réforme Judiciaire en Haïti : Un Défi a Relevé
L’absence de valeurs morales au sein de la communauté haïtienne affecte profondément notre justice qui évolue sous l’emprise des lois inadaptées avec certains Magistrats auxquels toutes les vertus morales font défaut. La dignité, le sens de l’équité, le sentiment de responsabilité individuelle, le respect du droit humain constituent autant de valeurs morales inhérentes à une distribution de la justice. Aussi, souhaitons-nous ardemment que les critères de compétence et d’honnêteté soient les premiers requis pour l’admission des cadres dans les magistratures assise et debout. Dans le cadre d’une réforme de la justice haïtienne, nous pensons que les premières étapes à franchir, c’est d’améliorer les conditions de fonctionnement pour doter notre appareil judiciaire de ressources matérielles adéquates et de ressources humaines réellement qualifiées. Après de nombreuses années, les revendications n’ont pas changé et les urgences restent les mêmes : tout d’abord, un salaire décent et l’ensemble des problèmes matériels et techniques liés en général à la gestion de l’appareil judiciaire, à l’informatisation des greffes, à la spécialisation des magistrats dans des domaines spécifiques, à la refonte des codes et lois, pour la plupart trop désuets et enfin, à la situation des bâtiments logeant les Tribunaux, les Cours et les Parquets dont l’état de délabrement, pour certains, est catastrophique. Aussi, pour établir l’État de droit en Haïti, une réforme en profondeur de notre système de justice devient une nécessité.

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REFLEXIONS Une telle réforme requiert un plan d’action visant à : • Créer un corps spécialisé contre la fraude financière pour prévenir et punir la corruption qui ronge la haute administration publique, les entreprises publiques et privées, sapant ainsi la légitimité de l’autorité de l’État face à la délinquance et à l’insécurité publique.1 • Réorganiser l’Administration Publique pour assurer la mise en œuvre des réformes préconisées.2 • Instaurer le Service National Citoyen administré par un comité interministériel. Sans la volonté politique de changement à garantir les droits constitutionnels de chacun, l’État sombrera sous les coups de la grande Délinquance Financière emportant les derniers remparts contre la brutalité et les exactions de la contrebande, des gangs armés et l’anarchie d’un système bancaire atrophié, étouffant toute éclosion d’entreprise.3 Le Gouvernement doit investir les fonds adéquats pour arriver à réformer la Justice, une première étape vers la modernisation de l’État4. Pour cela, il faut : • Recruter et former trente mille gents destinés aux effectifs du système judiciaire et des forces de sécurité. Allouer un important budget aux besoins de restructuration et de fonctionnement du système judiciaire et des forces de police et de sécurité. Affecter une allocation spéciale à la mise en état des ressources immobilières et de l’équipement des tribunaux, parquets, commissariats et pénitenciers. Revaloriser les rémunérations des fonctionnaires

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REFLEXIONS avec une prime de risque ainsi qu’une assurancevie et une garantie hypothécaire proportionnelle au salaire individuel après dix-huit mois en poste dans les services de maintien d’ordre, de sécurité publique et de justice. Doter la justice d’hommes compétents, intègres et courageux.5 Renforcer le service d’inspection tant au niveau du Ministère de la Justice et de la police. Mettre en place la Commission de Réforme de la Justice avec la priorité sur le long terme.6 Restructurer l’École de la Magistrature pour la rendre efficace et fonctionnelle.7 Doter enfin le Pouvoir judiciaire de son indépendance effective.8

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REFLEXIONS

RÉFLEXIONS
Les réflexions formulées ici proviennent de mes collègues juristes, magistrats et militants des Droits de l’Homme : Mes Gérard Gourgue, Jean Vandal, Camille Leblanc, Enerlio Gassant, Stanley Gaston, Antoine O. Vilaire, Eddy Nelson, Gladys Legros, Sabine Boucher, Ketsia Charles, Heidi Fortuné, Renan Hédouville, Henry Dorléans, Jean Marie Robert Paulvin, André Michelle Civil, Jean-Claude Bajeux, Jean Lhérisson, Père Jan Hanssens, Juan Gabriel Valdès, Danielle Saada, Louis Joinet. Je tiens donc à leur adresser vivement mes remerciements pour leur contribution à ce chapitre. Ils ont tous livré leur pensée que nous rapportons sur la problématique de la justice en Haïti. La réforme de la justice en Haïti est intimement liée à une réforme de la mentalité de l’Haïtien. Il faut que l’on apprenne à respecter le statut du Magistrat. Je préconise en ce sens, un véritable encadrement des juges dans le système.
Eddy Nelson1

Pour qu’il y ait un État de droit en Haïti, il faut que soient soumis au droit, à la fois, les particuliers et les pouvoirs publics, c’est-à-dire l’État lui-même. L’État doit accepter l’idée suivant laquelle il est soumis à la règle de droit qu’il a lui-même édictée et est appelé à faire respecter. L’édification de cet État de droit suppose également une administration judiciaire performante aux structures adaptées aux enjeux du pays : la lutte contre l’impunité et pour le respect de la personne humaine.
Gladys Legros2

En Haïti, la justice fonctionne très mal et il n’existe absolument aucune transparence dans le fonctionnement

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REFLEXIONS de cette justice. La façon de sélectionner les juges, de les nommer, ne permet pas d’arriver à l’indépendance judiciaire. Honnêtement, je crois que la justice haïtienne, pour mériter le nom de pouvoir, doit travailler dans le sens de l’indépendance institutionnelle et décisionnelle.
Ernélio Gassant3

En Haïti, le système judiciaire est dysfonctionnel pour la simple raison que l’État n’investit pas dans le système. De plus, la justice est politisée. Elle est prise en otage par des politiciens qui s’en servent pour régler “leurs affaires personnelles et mesquines.” Ces messieurs ont le droit de nommer, de révoquer, ou de déplacer les juges comme bon leur semble. En dehors des difficultés techniques et administratives, on doit noter le côté encadrement. Les conditions matérielles misérables dans lesquelles évolue le personnel judiciaire haïtien traduisent la négation de pouvoir et en même temps l’impossibilité d’application des normes d’une justice intègre. Comme solution aux problèmes confrontés par la justice de mon pays, je suggérerais qu’on dresse un état des lieux de la justice. Tous les acteurs impliqués doivent réfléchir ensemble sur la problématique de la réforme pour sortir un plan durable de redressement de cette justice.
Sabine Boucher4

Une réforme judiciaire en Haïti suppose une prise de conscience au niveau de la population en générale pour résoudre les problèmes de la justice et faciliter du même coup un pouvoir judiciaire indépendant. Il faut une meilleure collaboration entre tous les personnels du droit et c’est donc un impératif de l’heure car la justice est le fondement de toute société moderne et démocratique. Sans une justice saine, équitable et impartiale, il n’y aura ni démocratie, ni

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REFLEXIONS respect des droits de l’homme, ni développement durable en Haïti.
Renan Hédouville5

En matière de justice en Haïti, les pratiques du système considéré dans son ensemble sont très loin du niveau acceptable. C’est un système à reprendre dans ses structures, dans la redéfinition des valeurs. Penser de manière réaliste et pragmatique, il revient à préconiser une révolution. A mon avis, aucune réforme partielle ne saurait donner le résultat escompté. Ce qu’il convient de déplorer surtout, c’est que les notions de droit et de justice soient galvaudées à un point tel que le système profite davantage aux individus dont le sens des valeurs a subi une extraordinaire atténuation.
Stanley Gaston6

En Haïti, la justice est dysfonctionnelle. Le juge haïtien dans sa grande majorité est au-dessus de la tâche, il est inexpérimenté. Il lui manque la connaissance des hommes et des choses. Il faut remarquer que ce sont de jeunes magistrats qui composent l’appareil judiciaire en première instance. Ces magistrats sont en quête de promotion. La justice dans ce cas devient fragile. Ils ont en plus des besoins primaires, d’où le fléau de la corruption au sein du système. Au pénal, c’est désastreux. On tient séance au Pénitencier National et les Magistrats soutiennent que ces séances sont publiques. On délocalise la justice en éparpillant les tribunaux. On crée des annexes de parquet dans certaines communes comme celle de l’Arcahaie. Le Parquet compte un pléthore de substituts qui ne font rien et le rendement est le même avec un nombre impressionnant de personnes en détention préventive. Le rendement du Cabinet d’Instruction laisse à désirer. Les grands procès ne

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REFLEXIONS se font pas. On est loin de l’époque des grands magistrats comme (Etzer Vilaire, Adrien Douyon, Rodolphe Bareau, Ireck Chatelain, Ismard Raymond, Félix Kavanagh etc.). On ne juge que des gens modestes qui deviennent des prévenus et des inculpés inaperçus. La situation n’est pas sans remède, mais je suis très pessimiste.
Jean Vandal7

S’il faut donner une opinion valable, objective et indépendante sur l’état actuel de la justice haïtienne, au regard de son fonctionnement, de ses responsabilités et de son indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif, il y a lieu de dégager des points de repère qui permettent une analyse sereine de la question. Lorsque nous considérons au point de vue de mon expérience personnelle l’état actuel des choses, n’y a-t-il pas lieu de s’écrier à la lumière de Cicéron : “O tempora ! O mores !” Dans le climat de déliquescence morale et de décomposition dans lequel a évolué la société haïtienne au lendemain du 7 février 1986, il y a lieu d’affirmer que la justice dans son état actuel a subi les effets néfastes et dévastateurs qui ont marqué cette longue et douloureuse transition “qui n’en finit pas.” Au cours des années 46, on pouvait dire qu’il y avait des juges à Berlin tels un Doyen Léon Pierre, un Commissaire du Gouvernement comme Grévy Jean, des juges de la trempe de Salomon Kavanagh et j’en passe. En ce temps-là, l’exécutif avait au moins une certaine pudeur de ne pas s’immiscer de manière grotesque et intempestive dans les décisions judiciaires. La justice jouissait d’une certaine indépendance. Mais, telle n’est

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REFLEXIONS pas la réalité que nous connaissons de nos jours. La justice haïtienne est devenue une justice affairiste qui cautionne les grandes injustices et inégalités sociales du pays.
Gérard Gourgue8

Au regard du fonctionnement actuel de la justice haïtienne, on peut dire que le système a perdu tous les acquis obtenus à l’époque où j’étais ministre de la justice en l’an 2000. Le schéma de modernité bâti sur un plan d’actions de trois axes a été vite oublié et on s’est dirigé rapidement vers un renforcement du contrôle de l’exécutif sur le judiciaire. Je cite : 1) la dépolitisation du système ; 2) la modernisation des instruments juridiques ; 3) l’amélioration des conditions de distribution de la justice. Perdant tout de son indépendance, l’appareil judiciaire devient de jour en jour plus politisé. A titre d’exemple, l’actuel exécutif via le ministère de la Justice crée au sein du tribunal de première instance de Port-au-Prince, un petit noyau de juges mieux rémunérés à qui on demande de faire n’importe quoi. Ces juges dans le souci de protéger leurs intérêts mesquins, rendent des décisions non pas en vertu de la loi ou de leur conscience mais sous la dictée du pouvoir central provoquant ainsi deux réactions graves dans la conscience collective : • • Le rejet de ces magistrats par la population et des professionnels du droit qui leur reprochent leur partialité. Le fait que l’on ne sent pas que la loi est en train d’être appliquée provoque une attitude de suspicion du public à l’endroit des dits magistrats qui n’inspirent aucune confiance dans la distribution de la justice. Ce sont des juges

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REFLEXIONS politiques, dit-on dans les couloirs du palais de justice et non des professionnels jugeant avec équité. Résultat : au lieu de sortir de la dépolitisation, on renforce la main mise de l’exécutif sur le judiciaire. Sur la modernisation des instruments juridiques rien n’a été fait. Le ministère de la justice n’a fait que reprendre certains projets qui ont été préparés pour les proposer au législatif mais on a l’impression que le parlement n’a saisi ni le sens ni la dynamique proposée. L’École de la Magistrature créée pour la formation des cadres juridiques a fermé son programme de formation initiale et continue depuis trois ans environ. Aucun progrès n’a été réalisé par la commission chargée de la refonte des codes... Justice pour toute, la coopération internationale n’est ni intéressée ni encouragée à aider dans le domaine de l’assistance judiciaire. Sur le troisième point qui est la création des moyens pour une meilleure distribution de la justice, nous constatons que l’ancien budget n’avait rien proposé. Nous attendons avec impatience les propositions du nouveau budget en fait d’innovation. En attendant, ce sont les mêmes doléances que des Commissaires du Gouvernement, des Juges de Paix, des Doyens, des Juges d’Instruction et des Présidents des Cours rapportent au Ministère : pas de papier à en-tête, pas de machine à taper, pas de registre etc. Conclusion : l’appareil judiciaire traité en parents pauvres

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REFLEXIONS est en train de sombrer lentement dans un total clientélisme.
Camille Leblanc9

Haïti a eu, à partir de l’année 1995, la meilleure chance d’amorcer une véritable réforme de son système judiciaire. Malheureusement, cette réforme n’était voulue, paraît-il, que des seuls bailleurs de fonds internationaux. Côté haïtien : pas de plan de réforme, pas de volonté politique, pas de gestion de la coopération internationale en la matière. Résultat : chaque bailleur de fonds définit sa réforme et exécute sa partition sans intermédiaire gouvernemental ; beaucoup d’argent dépensé et pas de réforme. Nous ne devons pas faire une réforme judiciaire pour les bailleurs de fonds. La réforme est un impératif catégorique des temps présents si l’on veut promouvoir l’État de droit et le développement économique et social du pays. Cessons nos colloques à l’Hôtel Montana, à El Rancho ou à l’École de la Magistrature, comme si toute la réforme judiciaire était, dans une rencontre de discussions, un déjeuner et des résolutions vite oubliées. Assez de palabres ! Des actes enfin ! Nous avons déjà laissé passer de très bonnes occasions. Mais il n’est pas toujours trop tard pour commencer. La réforme judiciaire est comme un bébé. Il faut lui donner les soins nécessaires à sa croissance et lui éviter ce qui est nuisible. Le reste vient tout seul.
Henri Dorléans10

La problématique de la justice haïtienne ne saurait être mieux comprise si l’on ne fait pas un départ entre l’inadéquation de la structure mise en place par l’État et la lenteur de la justice liée à un problème d’administration judiciaire.

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REFLEXIONS Il convient de faire remarquer que vingt-cinq ans auparavant la justice était distribuée dans une certaine mesure. Mais en ces derniers temps, le délai prévu pour un jugement selon les conventions internationales ratifiées par Haïti n’est pas respecté. Et cela, en toute matière. Ce problème de lenteur est l’un des plus grands défis à résoudre dans le système judiciaire haïtien. Nous pensons qu’au début du XXIe siècle, le tribunal de première instance de Port-au-Prince avec les mêmes structures par exemple ne peut pas desservir tous les justiciables dans le département de l’Ouest. Cette remarque vaut également pour tous les autres tribunaux dans tous les autres départements. Aussi, pensons-nous que toute tentative de réformer la justice haïtienne, avec l’objectif de la rendre plus performante, est vouée d’avance à l’échec si les structures de distribution de justice ne sont pas adaptées à la demande croissante de justice.
Jean Marie Robert Paulvin11

A chaque fois qu’on parle de matière judiciaire, on voit le fonctionnement des tribunaux. En Haïti, les tribunaux destinés à rendre justice confrontent toutes sortes de problèmes. D’une part, le nombre des juridictions à tous les niveaux de la hiérarchie judiciaire n’est pas suffisant pour répondre aux exigences de la société, d’autre part, les individus placés pour les faire fonctionner, n’ont pas la capacité suffisante. De plus, les principes régissant les différentes étapes de la procédure sont en majeur partie hors d’usage. Face à ces diverses difficultés, il serait nécessaire que les responsables de l’État adoptent de nouvelles prescriptions légales régularisant l’ensemble de ces domaines.
André Michelle Civil12

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REFLEXIONS Le système judiciaire en Haïti est dysfonctionnel. La magistrature n’est plus une noble profession. Dans tous les médias, on ne fait qu’avilir l’image du magistrat et aucune volonté n’est manifestée du côté des autorités pour remettre la justice sur son piédestal. La question à se poser : l’exécutif acceptera-t-il de divorcer d’avec les anciennes traditions d’exercer son contrôle sur la justice en particulier sur la nomination des Magistrats du corps judiciaire ? Acceptera-t-il réellement de doter la justice de son indépendance ? Aura-t-on les conditions statutaires de l’indépendance de la Magistrature ? Les conditions statutaires de l’indépendance de la Magistrature renvoient aussi bien aux principes qu’aux critères qui participent à définir la situation du juge. Entendons par là, les conditions quant à la nomination, la compétence et la stabilité dans l’exercice de la fonction des juges. Mon souhait pour la justice de mon pays, c’est qu’elle puisse se relever de tous les déboires. Que le justiciable puisse avoir confiance en sa justice.
Ketsia Charles13

Les bouleversements politiques et sociaux que connaît Haïti depuis longtemps ont grandement affaibli les institutions traditionnelles du pays. La plus touchée, demeure sans conteste, notre institution judiciaire et une réforme s’avère inévitable dans ce domaine. On ne saurait prétendre réformer la justice simplement par l’élaboration de belles lois régissant son fonctionnement. Il faut miser sur des ressources humaines aptes à répondre aux exigences effectives d’une nouvelle orientation de notre justice dans le sens d’une vision rationnelle de la réalité sociale haïtienne. Une restructuration en profondeur de notre justice devra 60

REFLEXIONS nécessairement passer par une revalorisation de notre système judiciaire trop longtemps figé sur le plan pratique. 1.- Au niveau du statut des magistrats et du personnel judiciaire : • • Prévoir les nominations des Juges de paix pour un mandat déterminé. Elaborer une loi portant statut de la magistrature et du personnel judiciaire, leur offrant des garanties, notamment la stabilité, la mobilité de la carrière (sécurité, rémunération, condition de service, système de promotion etc.). Modifier le décret du 22 août 1995 sur l’organisation judiciaire de façon à garantir l’indépendance, l’objectivité, l’impartialité et la stabilité des membres de la magistrature. Doter l’École de la Magistrature créée par la Constitution haïtienne (art. 176) d’un statut garantissant son rôle dans le recrutement et éventuellement l’avancement des Magistrats.

2.- Au niveau de la législation pénale • • • • L’abolition de la prison pour tous les cas de contravention. Repenser le principe de la liberté provisoire en proposant des alternatives à ce recours (mécanisme de caution et du cautionnement). Simplifier et moderniser les textes (formulation, langue). La vulgarisation des lois en vigueur, des lois usuelles en créole et en français dans les conseils communautaires, les gaguères, les Casecs, les conseils municipaux, les écoles, les églises et les universités est indispensable pour une justice viable en Haïti. 61

REFLEXIONS • Contrôler judicieusement le flux des mandats d’amener et d’arrêt.

N.B. Selon le principe : la liberté c’est la généralité et l’emprisonnement l’exception, un individu bien connu, ayant un domicile fixe, accusé d’un fait qui n’est pas un crime de sang, doit avoir la chance de bénéficier d’une liberté conditionnelle moyennant une somme d’argent déposée pendant que son dossier suit son cours au cabinet d’instruction.
Antoine O. Vilaire14

Quand on parle de dysfonctionnement du système judiciaire haïtien, tout le monde pointe du doigt les magistrats. La justice est un tout cohérent composé de divers éléments entre autres : Juges et officiers du Parquet, avocats, greffiers, huissiers, policiers, experts et personnes de soutien. La magistrature en est l’une de ses composantes, c’est même la plus importante. Ailleurs, dans les grands pays, elle est administrée par le ministre de la Justice et le président de la Cour Suprême. Mais, chez nous, elle est vouée à ellemême. On demande aux magistrats de garantir le droit des justiciables pendant que eux-mêmes n’ont pas de garantie, ils ne disposent pas de moyen pour mener à bien leur mission. Ils sont mal rémunérés et n’ont aucune sécurité que ce soit sociale ou environnementale. Quand les organisations des droits humains disent dans leurs rapports que les Magistrats sont responsables de la surpopulation carcérale et en général du cancer qui ronge le système, cela nous fait rire. En quoi les Magistrats peuvent-ils être responsables de la mauvaise administration d’une institution ? L’article 136 de la Constitution stipule clairement que le “président de la république veille à la stabilité des institutions et assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics”? Les 62

REFLEXIONS Magistrats sont traités en parents pauvres par rapport aux parlementaires et aux membres de l’exécutif. On n’a qu’à jeter un coup d’oeil sur le budget alloué à la justice. Du côté des sénateurs, des députés et du gouvernement c’est l’accalmie... On ne les entend pas se plaindre. Les temps sont durs mais pas pour tout le monde. Nous crions haut et fort que les Magistrats ne sont pas responsables des malheurs de la magistrature. Les juges de paix qui n’ont pas le niveau requis, les commissaires du gouvernement incompétents et corrompus sont nommés par qui ? La refonte des codes devrait être la charge de qui ? La restauration des tribunaux, la formation continue, la spécialisation dans des domaines spécifiques, les moyens matériels et techniques, l’École de la Magistrature sont sous la responsabilité de qui ? Les postes vacants doivent être comblés par qui ? Un magistrat qui rentre chez lui en transport commun après une audience criminelle, la faute incombe à qui ? Les maisons de justice où sont entassés les Magistrats ne sont pas informatisées, électrifiées ni même sécurisées, qui est responsable de ces irrégularités ? Et pour finir, le budget de la République, impliquant par ricochet celui de la magistrature est élaboré, proposé, discuté et voté par qui ? Nous laissons à chacun le soin de répondre. Si malgré tout, on persiste à croire que les Magistrats sont responsables des malheurs de la magistrature ; de deux choses l’une, soit qu’on soit faible d’esprit, soit qu’on soit de mauvaise foi. Les Magistrats ne doivent pas être pris comme boucs émissaires. Le traitement qu’on leur inflige ne fait pas honneur au pays. Les séminaires organisés, de temps à autre, par le ministère de la justice, parrainés dans la majorité des cas par la communauté internationale ne résoudront pas les problèmes. La magistrature suppose une infrastructure adéquate et des stratégies bien définies. La question de salaire raisonnable est 63

REFLEXIONS d’ordre primordial. Les diatribes lancées à tout bout de champ ne changeront pas la situation tant qu’on n’aura pas mis les fonctionnaires de justice dans une situation confortable de bien-être, d’indépendance et une atmosphère de confiance, voire de non-ingérence où ils seront à l’abri de toute tentation et de toute corruption. On est toujours prêt à condamner la magistrature mais on ferme les yeux sur les causes de son dysfonctionnement. Le gouvernement, les organisations des droits humains, la communauté internationale ne perdent pas leur temps à réfléchir sur les problèmes que confrontent les Magistrats dans leur vécu quotidien. Le cri pressant que nous lançons est : Aidez-les, ils aideront Haïti. On doit savoir qu’une société qui ne respecte pas ses Juges et ne fait pas foi en son système judiciaire, travaille à son autodestruction. Si la magistrature est un commerce rentable pour certains, pour d’autres, elle est une profession noble, respectable, honorable. Pour exister et être respectée, la magistrature doit être prise en charge.
Heidi Fortuné15

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REFLEXIONS

Haïti : réforme de la justice et crise de la sécurité
Briefing Amérique latine/Caraïbes N°14. International Crisis SYNTHÈSE Le crime organisé et la violence criminelle menacent de submerger Haïti. Le système judiciaire haïtien est faible et est complètement dépassé par la vague croissante d’enlèvements, de trafic de drogue et de personnes, d’agressions et de viols qui frappe le pays. Il faut agir de toute urgence pour que les efforts de ces trois dernières années visant à mettre en place un État de droit et une démocratie stable en Haïti portent leurs fruits. Avant tout, le gouvernement haïtien doit faire preuve de véritable volonté politique. Mais la communauté internationale elle aussi doit jouer un rôle important de soutien. Le besoin le plus urgent concerne la création de deux tribunaux spéciaux : une chambre criminelle qui jugerait des principaux actes criminels commis en Haïti et un tribunal hybride haïtiano-international pour juger des cas de crime organisé transnational auxquels le pays ne peut faire face seul. La criminalité a explosé depuis le pillage voire, dans de nombreux cas, la destruction de prisons et de tribunaux lors des événements qui ont abouti au départ du président Aristide en mars 2004. La justice est entravée par l’incompétence et la corruption, qui s’explique en partie par des salaires, une infrastructure et un soutien logistique inadaptés. Le Code civil, à peine modifié depuis que Napoléon l’a importé dans ce qui était alors une colonie française, est archaïque ; les juges ne sont pas indépendants, le traitement des dossiers laisse à désirer et les indigents bénéficient rarement des services d’un avocat. L’État n’est capable de garantir ni la 65

REFLEXIONS sécurité de ses citoyens ni les droits des défendeurs. Lorsque des suspects sont arrêtés, le système est quasiment incapable de mener leurs procès à bien. La surpopulation des prisons est en augmentation et la criminalité urbaine croît de jour en jour alors que les procédures judiciaires avancent à un rythme d’escargot. En conséquence, les cas de détention préventive sont très nombreux (quelque 96 pour cent des détenus au pénitencier national n’ont pas été jugés), les procès pas toujours équitables et la population n’a quasiment aucune confiance dans la justice pénale. Dans la période optimiste qui a suivi le retour d’exil d’Aristide – qui avait été élu démocratiquement – en 1994, les bailleurs de fonds avaient donné plus de 43 millions de dollars pour la réforme de la justice en Haïti. Lorsque Aristide a été réélu en 2000, les donateurs ont quasiment mis fin à leur soutien parce qu’ils étaient convaincus que le gouvernement n’avait pas la volonté politique suffisante pour mener à bien les réformes nécessaires. L’aide a recommencé à affluer depuis le départ d’Aristide en 2004 mais les obstacles restent les mêmes. La mission des Nations unies en Haïti, la MINUSTAH, et le nouveau gouvernement Préval souhaitent mettre en place un nouveau système judiciaire mais la corruption reste omniprésente et gangrène même les services de police et la justice elle-même. Le crime organisé est bien enraciné dans le pays et les gangs urbains n’ont pas été démantelés. Les Haïtiens aussi bien que les acteurs internationaux doivent porter un regard lucide sur les échecs du passé et élaborer, financer et mettre en œuvre une stratégie globale pour créer un État de droit en Haïti. Pour réussir, la réforme de la police devra aller de pair avec une réforme des tribunaux. La mise en place d’un système de justice pénale durable exigera d’une part des actions à court terme pour faire face à la vague criminelle qui s’est abattue sur le pays, et 66

REFLEXIONS d’autre part un effort parallèle de renforcement des capacités institutionnelles sur le long terme. Sur le court terme, c’est-à-dire en 2007, le Gouvernement et le Parlement doivent : adopter un code d’éthique destinés aux magistrats et créer un conseil de la magistrature indépendant chargé de mettre en œuvre ce code et de l’opposer aux juges corrompus ; • créer une chambre criminelle spécialisée dans la poursuite des actes criminels les plus graves, dont les juges, procureurs et avocats auront été soumis à une enquête de sécurité afin de s’assurer de leur probité, et autoriser la négociation de peine en prévoyant les mesures de contrôle appropriées ; • assurer la protection des témoins ainsi que le versement de salaires plus élevés pour les juges. Dans le même temps, les donateurs et la MINUSTAH devraient coordonner leurs actions avec la stratégie nationale du ministère de la Justice ; ils devraient par ailleurs envoyer sur place des formateurs et apporter un financement pour l’infrastructure, la protection des témoins, les capacités médico-légales et l’aide juridique. • Sur le plus long terme, le Gouvernement et le Parlement doivent : • • modifier la Constitution afin de mettre en place des procédures plus rationnelles et plus efficaces pour la nomination des hauts magistrats ; moderniser le Code d’instruction criminelle, créer une commission permanente chargée d’examiner les cas de détention préventive prolongée et étendre l’usage de procédures accélérées pour la poursuite des délits mineurs ; rassembler un soutien pour la réforme de la justice au 67

REFLEXIONS sein de la société civile. De leur côté, les donateurs et la MINUSTAH devraient veiller à ce que leurs programmes soient prolongés d’au moins cinq ans et, avec le gouvernement et les autres membres du marché commun de la Communauté caribéenne (CARICOM), créer un tribunal hybride composé de juges haïtiens et d’autres nationalités de la région pour juger les cas de criminalité transnationale. L’urgente nÉcessitÉ de rÉformer la justice haïtienne Juan Gabriel Valdés, Diplomate chilien et représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour Haïti. À ce titre, il est le chef de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Danielle Saada, Magistrate française et chef de la section Justice de la MINUSTAH
Édition du samedi 13 et du dimanche 14 mai 2006 (http://www.ledevoir. com/2006/05/13/)

A la MINUSTAH, nous sommes convaincus que les acteurs principaux de l’indispensable réforme en profondeur de la justice haïtienne seront les Haïtiens eux-mêmes. La société civile et la population haïtienne doivent être partie prenante dans le changement du système judiciaire de leur pays. Déjà engagée dans le processus de réforme de la police, la MINUSTAH est à l’écoute des préoccupations exprimées par les organisations de la société civile haïtienne telles le “Forum citoyen,” qui a déjà fait une proposition de pacte pour la réforme de la justice. Au coeur du drame haïtien Les ONG haïtiennes dénoncent depuis longtemps de nombreux problèmes et obstacles: défaut total d’organisation et de moyens, manque de coordination entre les multiples 68

REFLEXIONS acteurs de la justice, absence d’assistance judiciaire pour les plus démunis, ingérence constante du pouvoir exécutif, instrumentalisation de l’institution judiciaire contre des adversaires politiques, procédures illégales, détentions abusives, etc. Ces organisations haïtiennes considèrent que la priorité des priorités de leur prochain gouvernement devra être la réforme de la justice et l’établissement d’un État de droit. Partageant cette analyse, nous sommes aussi persuadés qu’au coeur du drame haïtien se trouve en effet le problème récurrent de la dégradation générale des institutions judiciaires, dénominateur commun des fléaux endémiques dont souffre Haïti (insécurité, violence, criminalité, impunité, violations des droits humains, etc.). En Haïti, l’impunité est quasi totale pour de nombreux criminels en liberté tandis que, dans les prisons, croupissent des innocents ou des suspects abusivement maintenus en détention préventive. De nos échanges avec la communauté haïtienne, il ressort que les principes suivants doivent être respectés:
- L’autorité de la justice vis-à-vis des pouvoirs politique et économique. Il faut accorder aux juges un salaire décent et des conditions de travail cohérentes, à la justice un budget suffisant pour son fonctionnement, et il faut garantir l’indépendance de la magistrature. - Une véritable coopération entre la police et la justice est nécessaire. Il ne peut y avoir de jugement crédible sans une enquête correcte. La réforme de la justice et la réforme de la police doivent aller de pair. Rien ne sert d’avoir de bonnes enquêtes si l’analyse des faits et des preuves n’aboutit pas à un jugement motivé. Et un jugement non motivé, en l’absence de preuves récoltées, n’est pas plus acceptable. De nos discussions avec les experts et les ONG d’Haïti, il apparaît que les réformes urgentes à envisager sont les

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REFLEXIONS
suivantes: Mettre en place une commission de réforme—chargée, entre autres, d’actualiser les codes et les lois, dont certains sont vieux de deux siècles, désuets, inadaptés, non conformes ni aux standards internationaux ni aux conventions internationales pourtant adoptées et ratifiées par Haïti—et en particulier revoir le régime des peines de substitution aux peines de prison (contrôles judiciaires, sursis, travaux d’intérêt général). - Restructurer l’École de la Magistrature pour la rendre à nouveau efficace et fonctionnelle et permettre aux magistrats de suivre une formation après leur sélection par voie de concours. Ceci commande l’instauration d’un concours de recrutement et la mise en place de cursus de formations initiales et continues. - Combattre la corruption dans le système judiciaire en instaurant une véritable inspection judiciaire qui contrôlera les magistrats et assurera leur certification. - Créer un poste de Secrétaire d’État pour les droits humains au sein du ministère de la Justice pour montrer l’importance d’une culture des droits de l’homme qui fait encore défaut en Haïti. - Favoriser l’accès à la justice en créant un programme d’aide judiciaire gratuite en faveur des personnes démunies à travers les barreaux de chaque tribunal de première instance et en créant une justice de proximité (juges de paix itinérants). - Créer des chambres spécialisées pour traiter tout ce qui concerne le crime organisé avec un personnel judiciaire formé à cet effet, bénéficiant de toute la protection nécessaire, conscient de sa tâche et rendant des décisions motivées dans les délais impartis par la loi. Ces chambres spécialisées pourraient être instaurées à titre de projet-pilote pendant une période spéciale de 12 mois et auraient l’effet d’entraînement pour les autres

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REFLEXIONS
chambres des tribunaux de première instance. La lutte contre la violence ne peut se faire sans combattre la corruption. Et la lutte contre la corruption ne pourra se faire sans une aide de la communauté internationale contre le crime organisé. L’ampleur de la tâche à accomplir est considérable et il y a urgence. Appuis nécessaires

Le Canada, les États-Unis, la France et l’Union européenne ont apporté des contributions financières à la réforme de la justice haïtienne. La communauté internationale doit continuer à soutenir ce processus. Et les Nations Unies peuvent apporter leur appui technique. Ainsi, les experts en matière de police judiciaire de la police de l’ONU (UNPOL) pourraient soutenir l’Inspection de la police et la Direction criminelle de la police judiciaire (DCPJ) haïtienne pour les aider à constituer des dossiers d’enquête et à rassembler les preuves permettant de poursuivre ou d’incriminer les criminels et les gangs. La MINUSTAH est prête à soutenir toute véritable réforme de la justice en Haïti en fonction du mandat que le Conseil de sécurité lui accordera dans ce domaine. La communauté internationale doit agir ensemble en Haïti, de manière coordonnée et cohérente. La réforme de la justice haïtienne est une priorité pour tous. Il faut soutenir l’espoir et la soif de changement exprimée par les Haïtiens devant les urnes. L’extraordinaire sursaut démocratique dont a fait preuve le peuple d’Haïti lors des élections présidentielles et la mobilisation des foules pour exprimer et clamer leur besoin de changement ne doivent

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REFLEXIONS pas rester sans lendemain. Ce message des Haïtiens, toutes classes confondues, doit être entendu. Nous devons y répondre. Il faut donc plus que jamais des moyens ainsi qu’une mobilisation politique et financière pour que soient soutenues rapidement des réformes aussi vitales que celles de la justice. Le système judiciaire haïtien est affaibli, privé de moyens de fonctionnement et miné par la corruption. L’absence de suivi dans les procédures policières et judiciaires constitue un handicap majeur à la bonne marche de cette justice. En Haïti, le problème fondamental est que les procédures ne sont pas suivies. Les procédures policières et judiciaires traînent en longueur. L’impunité, la détention abusive ou préventive prolongée, l’absence d’organisation et de moyens, de coordination entre les acteurs judiciaires, d’assistance judiciaire pour les démunis, l’ingérence traditionnelle du pouvoir exécutif dans les affaires de la justice et l’instrumentalisation du pouvoir judiciaire à des fins politiques, sont autant de maux qui ravagent le système montrant l’urgente nécessité de réformer la justice haïtienne. Pour remédier à cette situation, la MINUSTAH réaffirme l’engagement à fournir “ aide et conseils aux autorités haïtiennes en vue du contrôle, de la réorganisation et du renforcement du secteur de la justice.” Il s’agit d’une mission d’assistance et non de substitution aux autorités, précise la responsable de la Section Justice au sein de la mission onusienne, faisant allusion au refus exprimé par des juristes haïtiens face à l’idée d’introduire des magistrats francophones dans le système judiciaire haïtien. L’enjeu c’est de mettre en place un État de droit en Haïti afin que les règles soient respectées de tous et par tous.
Danielle Saada17 Juan Gabriel Valdès

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REFLEXIONS La première des violations des droits humains de la grande majorité du peuple haïtien est la pauvreté. En outre, les graves violations, répétées et impunies, des droits civils et politiques, source d’insécurité, y compris juridique non seulement oppriment les personnes mais encore dissuadent les entreprises tant haïtiennes qu’étrangères d’investir, les poussant même à déserter Haïti. Il est certain qu’on ne peut pas établir l’État de droit du jour au lendemain, car cela suppose un appareil de justice qui fonctionne. Il revient au gouvernement haïtien à montrer, par des initiatives fortes, sa volonté affichée de lutter résolument contre l’impunité en aidant la justice à remplir sa mission. Il faut soutenir les acteurs du futur, c’est-à-dire les magistrats, les policiers, les fonctionnaires. Ils ont été complètement laminés, marginalisés ou exilés. Il faut leur redonner force et courage. Sans la manifestation d’une telle volonté, toute coopération – fût-elle “rénovée ”- perdrait toute crédibilité.
M. Louis Joinet18

Mon Gouvernement accordera une attention spéciale à la mise en oeuvre de la réforme de la justice sans laquelle un État de droit ne verra jamais le jour en Haïti. Il accordera aussi une attention particulière à la réforme de la Fonction publique qui sera garante d’un État bon gestionnaire. ... Une police efficace n’a de sens que si le système judiciaire est en mesure de répondre adéquatement aux besoins. En fait, c’est toute la problématique de la chaîne pénale qui est en jeu. Mon gouvernement préconise une approche intégrée Justice/Police pour doter le pays d’un système capable de garantir la sécurité des citoyens, de lutter

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REFLEXIONS efficacement contre la contrebande, les narcotrafiquants et les bandes criminelles. La police doit aussi assurer le contrôle des frontières et l’immigration, défis considérables avec un littoral aussi grand que le nôtre. Le Conseil Supérieur de la Police Nationale dont je suis le Président statutaire sera responsable de l’ensemble du programme Sécurité et Justice, y inclus la gestion de l’appui provenant de la MINUSTAH.
Jacques Edouard Alexis19

La réforme de la justice, c’est la réforme de l’État et de ses pratiques. Ce n’est pas seulement une réforme technocratique et technique. La réforme de la justice est une réforme sociale et politique, que toute la société demande, mais qui ne peut pas se faire dans la précipitation. Pour réaliser la réforme, les autorités de l’État ont chacune un rôle spécifique à jouer, tout au long de leurs mandats, en respectant le rythme propre à la démocratie. De plus, la participation citoyenne est incontournable, si l’on veut une réforme effective, efficace et socialement acceptée. Cette participation doit intervenir : A l’occasion de la définition des objectifs de la nation dans le domaine de la justice. Lors de l’établissement des procédés de l’État (les citoyens et les pouvoirs publics) pour réaliser les objectifs de la nation. Lors de l’élaboration de la loi pour fonder les objectifs et les procédés de la politique de la justice. Comme principe même de réforme légitime rationnelle et efficace, il est essentiel que les pouvoirs publics et la société civile définissent les mécanismes de participation à l’élaboration de la politique de justice :

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REFLEXIONS La communication entre l’État et la société civile organisée, y compris les partis politiques, permettra la démocratisation des débats. L’inclusion des citoyennes et des citoyens est capitale pour la légitimité, la rationalité et l’efficacité mêmes de la réforme de la justice. L’information disponible, transparente, précise et objective permet la participation égale et rationnelle des acteurs du dialogue politique : chaque acteur doit informer les autres de ses propositions, de ses actions. Un agenda de la réforme clair et public est essentiel pour assurer cette communication et cette participation.
Le Comité Coordonnateur du Forum Citoyen Pour la Réforme de la Justice : Jean-Claude Bajeux20 - Jean Lhérisson21 - Père Jan Hanssens22

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REFLEXIONS

Brigades de Paix Internationale – Haïti (Bulletin N0 9 - Février 1998)

SOIF DE JUSTICE OÙ EN EST LA RÉFORME JUDICIAIRE ?

L’exigence de justice a constitué depuis toujours une revendication fondamentale du peuple haïtien, qu’il s’agisse des organisations populaires et paysannes, des milieux intellectuels etc. Les citoyens haïtiens expriment leurs attentes pressantes pour l’établissement d’un État de droit indispensable à la régulation sociale et à l’apaisement civil. Cet État de droit ne peut être construit sur l’impunité, mais doit nécessairement reposer sur la confiance des citoyens dans la régularité du fonctionnement des institutions démocratiques, et notamment de la justice. Quels sont les progrès réalisés, les structures mises en place, les lois votées, les réformes engagées par l’État démocratique haïtien ? Où en est-on “de l’avènement en Haïti d’une justice qualitative, moderne, efficace, équitable et démocratique, véritable instrument de régulation sociale et économique au service de l’ensemble de notre peuple,” appelée de ses vœux par le Ministre de la Justice, actuellement démissionnaire, Max Antoine24? Une justice en crise Le constat est amer selon Maître Jean Sénat Fleury, magistrat et enseignant à l’École Nationale de la Magistrature : “La justice haïtienne est en crise, et son image auprès des justiciables s’est dégradée au fil des ans. 95 % des Haïtiens n’ont pas confiance dans cette justice. Le désengagement de la justice en Haïti se fait ressentir de plus 76

REFLEXIONS en plus aujourd’hui où l’on assiste à une véritable explosion d’infractions impunies : vols, meurtres, assassinats, enrichissements illicites… A force de tolérer l’injustice, nous sommes devenus à la limite d’une société de non droit.” Ce constat est repris tant par les médias que par les organisations populaires et professionnelles. Selon un rapport polémique du Ministère de la Justice : “La justice haïtienne est décriée parce qu’elle est inaccessible aux masses et ce, par son organisation, son fonctionnement, son coût. Tout l’appareil policier et judiciaire en tant que système semble tourner contre le peuple (…) La justice haïtienne se distingue par son inefficacité systémique si bien caractérisée par le problème de l’impunité. Celle-ci semble être érigée en système. La doctrine de réconciliation nationale évacue la justice et érige l’impunité en devoir et vertu.” Un effort de développement sans précédent Depuis le retour à l’ordre constitutionnel, de nouvelles structures ont pourtant été mises en place. Le Ministère de la Justice est devenu une des institutions les plus importantes du gouvernement, une nouvelle force de police a été créée, une École de la Magistrature mise sur pied, et l’Administration Pénitentiaire a été réorganisée. La coopération internationale contribue de manière significative à ces efforts. Ainsi, en 1997, quatorze nouveaux Palais de Justice ont été inaugurés dans tout le pays, avec des tribunaux civils adjoints dotés, grâce à l’aide du gouvernement canadien, de tout le matériel de bureau nécessaire à leur bon fonctionnement. Des tribunaux de Paix fonctionnent dans des lieux qui en étaient jusqu’alors dépourvus. Avec la création de l’Office de Protection du Citoyen, inauguré le 4 novembre dernier, et qui a déjà reçu de nombreuses plaintes, les Haïtiens disposent d’un recours face aux abus de l’Administration.25 Enfin, le Ministère a 77

REFLEXIONS commencé à nommer de nouveaux officiers d’Etat-Civil afin de faire appliquer le décret pris par l’ancien Président Aristide concernant la gratuité des actes civils.26 Les ambitions d’une réforme attendue La Commission gouvernementale qui travaillait sur la Réforme du Droit et de la Justice a remis son rapport au Ministre de la Justice le 10 décembre dernier. Ce rapport, qui devait être distribué pour avis et suggestions à toutes les organisations et secteurs concernés, est jusqu’à ce jour resté confidentiel. Selon Florence Elie, présidente de la Commission (également en charge du procès de Raboteau) : “C’est vraiment un travail d’autopsie des problèmes de la société… La réforme, c’est une nouvelle justice qui a pris en compte les infrastructures, et les rapports entre l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire afin de dégager une approche exhaustive, cohérente, globale. Notre plan d’action est double, un premier cycle de cinq ans, un deuxième de même durée pour consolider les acquis…”27 Les objectifs de cette réforme ont été fixés par le Ministre en 1996 : “La réforme judiciaire doit chercher à opérer un rapprochement entre les citoyens et la justice. Les responsables de la réforme ont dès lors le devoir d’explorer tous les moyens pour rapprocher la justice des justiciables, et pour trouver de nouvelles formes de participation.” Parmi les moyens proposés dans les travaux de réflexion et de recherche préparatoires, on insiste, au niveau des structures, sur la modernisation des institutions, sur l’indépendance du pouvoir judiciaire, et sur la formation continue des magistrats et auxiliaires de justice au sein de l’École de la Magistrature. Sont parallèlement proposés la refonte des codes et des 78

REFLEXIONS lois haïtiennes (dans les deux langues officielles d’Haïti (français et créole), la mise en place d’une assistance légale gratuite pour les personnes ou les groupes les plus démunis, afin qu’ils puissent être accompagnés devant les tribunaux, et la vulgarisation de l’information juridique en créole. Le développement des modes de règlement non judiciaires des différends (conciliation, médiation), l’augmentation du nombre des Juges et Commissaires du gouvernement (procureurs), et l’établissement d’un code de déontologie du personnel judiciaire sont également préconisés. Enfin, le rôle de la Police Nationale dans sa fonction d’auxiliaire de justice doit être précisé et formalisé. Selon Max Antoine, il s’agit là “ d’un plan d’action qui saura répondre aux aspirations profondes du peuple haïtien pour qui conjuguer Droit et Justice veut dire paix sociale, sécurité des biens et des personnes, respect des droits et libertés, de même que prospérité économique.” L’enjeu est de taille, et l’année 1997 s’est plus terminée sur de belles déclarations que sur des avancées concrètes dans la mise en place d’une nouvelle justice équitable et démocratique. Une pratique contradictoire Le 18 décembre 1997, le Sénat a adopté le projet de loicadre sur la Réforme de la Justice déposé au Parlement le 3 octobre 1996.28 Le premier article de cette loi-cadre porte sur la nécessité de l’indépendance du pouvoir judiciaire. En effet, en Haïti, le pouvoir judiciaire a toujours été maintenu dans un état d’assujettissement au pouvoir exécutif. C’est l’Exécutif qui jusqu’à présent nomme, révoque ou déplace les magistrats de façon discrétionnaire, en contradiction avec les dispositions de la Constitution de 1987. Celle-ci instaure (sur le papier) la séparation des pouvoirs. 79

REFLEXIONS Le deuxième article porte sur la réorganisation du Conseil Supérieur de la Magistrature, resté jusqu’ici très effacé dans sa mission “d’offrir aux magistrats les garanties nécessaires d’indépendance et d’impartialité.” Mais, comme le constate le juge Jean Sénat Fleury dans un article publié dans le quotidien le Matin : “Est-il suffisant de parler de réforme, sans une volonté politique ? Rendra-t-on vraiment fonctionnel le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), à qui doit revenir la tâche d’assister le Président dans les nominations des Magistrats ? Alors, l’Exécutif suivra-t-il les avis du CSM, formé de personnalités éminentes reconnues au sein du monde judiciaire (…) ? Suivra-t-on à la lettre les procédures disciplinaires de mise en suspension… ? C’est bien là qu’apparaissent les limites d’une réforme judiciaire qui ne porterait que sur une révision des lois, et sans remettre en question leur environnement politique et social. Une réforme judiciaire, ce n’est pas seulement mobiliser des moyens, mais aussi modifier des comportements.” La nécessité d’une véritable concertation Dans ses recommandations sur les réformes des institutions judiciaires, la Commission Nationale de Vérité et de Justice avait établi une liste de priorités absolues, sans lesquelles aucun progrès n’est possible. Elle citait notamment “ l’établissement d’un processus de questionnement sur la conception, l’organisation et le fonctionnement du système judiciaire, le soutien à la participation des associations, l’éducation publique aux droits de l’homme, la diffusion large d’une version vulgarisée du plan d’ensemble de la réforme judiciaire…” Or, jusqu’à présent il semble que la réforme se prépare essentiellement dans le vase clos du Ministère, avec un afflux d’intervenants étrangers dont les intérêts ne sont pas nécessairement compatibles avec les objectifs poursuivis par Haïti.29 Elle se prépare surtout sans la réelle participation à 80

REFLEXIONS la réflexion de l’ensemble du monde judiciaire haïtien, ainsi que des organisations et secteurs intéressés.30 Soif de justice Il est sans doute encore trop tôt pour porter un jugement sur la réforme en cours. Ce qui est évident, c’est que la soif de justice du peuple haïtien reste entière. Beaucoup de gens continuent à penser qu’il ne peut y avoir de véritable réforme sans un plan global qui tienne en compte des revendications de la population et ait le soutien de l’ensemble de la société civile. A l’heure où l’on attend toujours de connaître la date du procès du massacre de Raboteau (les faits remontent à avril 1994), les associations de droits humains et de défense des victimes du coup d’État sont plus que jamais mobilisées pour réclamer une véritable justice équitable et démocratique.31 Que ce soit aux Gonaïves, la ville de l’Indépendance, ou à la capitale, les actions de dénonciation continuent. Tous les mercredis, de 11 heures à midi, des dizaines de personnes défilent pour obtenir réparation, en s’inspirant du mouvement argentin des Mères de la Place de Mai. Diverses organisations mènent des actions conjuguées pour aboutir au retour des archives du FRAPH, saisies par les forces armées des ÉtatsUnis en 1994. Dans le même temps les Juges de Paix et Commissaires du Gouvernement entrent en grève pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur le fonctionnement défaillant de l’institution judiciaire. “ Le juge, écrit Me. Fleury, figure de proue de la nouvelle démocratie haïtienne, est en crise. Les symptômes de la crise sont bien connus : suspensions arbitraires, absence d’indépendance des magistrats, mauvais traitements, salaires dérisoires…” Ces Magistrats dénoncent le fait que la police, considérée 81

REFLEXIONS comme auxiliaire de la justice, soit mieux équipée et mieux payée. Souvent considérés comme corrompus ou magouilleurs, les juges sont sortis de leur silence pour dénoncer les contraintes et les difficultés de leur travail. “Plus la justice fonctionne mal, plus elle sert de bouc émissaire.” (Chroniques de Jean Sénat Fleury, le Matin, nov. 97). L’année 1998 verra-t-elle l’avènement de cette justice équitable et démocratique à laquelle aspire la société civile haïtienne ? Verra-t-elle la fin de l’impunité et l’instauration d’un véritable État de droit ? De tous côtés percent des signes de plus en plus criants de frustration, d’insatisfaction et de désespoir. Dans le même temps, la crise politique ouverte en juin 1997 tient le pays tout entier en otage, paralysant le bon fonctionnement des institutions. Les responsables politiques haïtiens ne peuvent pourtant qu’être conscients que : “La Justice pour un, c’est la Paix pour tous.”

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NOTES Le Nouvelliste, 10 août 2007 La Réforme de la Justice soumise à l’examen du Parlement Il n’y a pas que des organisations des droits humains, les paysans, les ouvriers… à se plaindre du mauvais fonctionnement de la justice haïtienne. Les coutumes désuètes et certaines pratiques qui ne font pas honneur aux toges poussent l’administration Préval/Alexis à soumettre à l’examen du Parlement des textes nécessaires à la réforme de la justice. L’acceptation par le Sénat de deux des trois projets de loi sur la réforme de la justice haïtienne, a fait jubiler Ban Ki-moon. Un grand pas vers la réforme de la justice, dit en souriant le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies, aux côtés du président René Préval qui a claironné, il y a de cela sept ans, que cette justice est “ pourrie.” Ce vote – une première victoire pour l’administration Préval/ Alexis -, rend aussi confiant le sénateur Youri Latortue dans le processus devant aboutir à la réforme judiciaire. “Depuis 1994 aucune loi sur la réforme de la justice haïtienne n’a été votée au Parlement,” souligne le président de la commission Justice et Sécurité du Sénat. L’un des deux projets de lois ratifiés par les sénateurs prévoit la création du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, “ l’organe d’administration, de discipline et de délibération de ce pouvoir.” L’une des principales missions de ce conseil est de formuler un avis concernant les nominations de magistrats du siège et met à jour le tableau de cheminement annuel de tout magistrat. Ce conseil qui devra être composé, entre autres, du président de la Cour de Cassation, d’un juge de la même Cour, du Commissaire de Gouvernement près de la Cour de Cassation, d’un Juge de la Cour d’Appel, d’une 83

NOTES personnalité de la société civile et d’un bâtonnier, dispose d’un pouvoir général d’information et de recommandation sur l’état de la magistrature. Si ce projet de loi est voté par la Chambre des députés, les huit membres du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire seront nommés par arrêté présidentiel sur présentation par le ministre de la Justice et de la Sécurité Publique. Cette réforme prônée par le gouvernement de coalition de Jacques-Edouard Alexis envisage l’indépendance économique du pouvoir judiciaire qui devra “ gérer et administrer le budget de fonctionnement alloué aux Cours et Tribunaux.” Pour y parvenir, le projet de loi dans l’attente du vote de la Chambre des députés prévoit la mise en place d’un secrétariat technique pour “ gérer les ressources matérielles et financières du pouvoir judiciaire ; concourir à l’élaboration du projet de budget du pouvoir judiciaire ; exécuter le budget du pouvoir judiciaire ; signer les chèques…” Le salaire de misère des juges a toujours été évoqué comme étant l’une des causes de la corruption dans l’appareil judiciaire. Les juges de paix, surtout présents dans les villes et les bourgs de l’arrière-pays sont les plus mal lotis. Ils doivent trouver le moyen de vivre avec moins de 200 dollars américains le mois. “Pas toujours facile de tenir tête aux notables locaux, habitués à faire la pluie et le beau temps au sein de populations analphabètes,” considère Syfia International. A la longue, souligne l’agence, beaucoup se font conciliants et exigent une “compensation” pour lancer une enquête ou émettre un mandat. “Toute personne estimant avoir été victime du comportement d’un magistrat susceptible d’engager sa responsabilité disciplinaire,” selon l’article 22 du projet de loi, pourra saisir le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire. Une plainte motivée, avec accusé de réception, sera déposée auprès du ministère de la Justice et de la Sécurité Publique par le biais des parquets dans un délai ne dépassant pas soixantedouze heures. Le ministère, précise le document, transmet 84

NOTES la plainte au Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire et en informe, par voie de notification, le plaignant. Si, passé un délai de quinze jours francs après le dépôt de sa plainte, le plaignant n’a pas reçu notification de cette transmission, il peut alors saisir directement le Conseil. “En cas d’urgence et quel que soit le mode de saisine, indique l’article 34 du projet de loi, sur proposition du ministère de la Justice et de la Sécurité Publique, le Conseil Supérieur du pouvoir judiciaire peut interdire l’exercice de ses fonctions au juge faisant l’objet de poursuites disciplinaires jusqu’à ce qu’il ait été définitivement statué sur son cas.” Le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, selon le projet de loi voté par les sénateurs, dispose d’un pouvoir général d’information sur toutes les questions relatives à la justice, notamment celles qui ont trait à son indépendance et à son mode de fonctionnement.
Gonaïbo73@yahoo.fr

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Note de l’auteur
1. Cet ouvrage imprimé en France et publié en mars 2006, pose déjà la problématique de la réforme judiciaire en Haïti. L’analyse a été faite après l’arrêté du 9 décembre 2005 du gouvernement Boniface/Latortue, renvoyant arbitrairement à la retraite cinq juges de la Cour de Cassation remplacés par cinq autres Magistrats qui ont prêté serment au Palais National.

Introduction
1. Le Gouvernement du Canada et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ont entamé depuis mars 2006 une collaboration dans le cadre du programme d’appui à la réforme de la justice haïtienne. Le programme doit permettre des actions dans les domaines du soutien institutionnel, du renforcement de la chaîne pénale, du système pénitentiaire, des réformes législatives, et de la formation. Financée pour une période initiale de trois ans, le programme avec un budget total estimé à US $ 11,6 millions, est pour l’instant couvert à la hauteur de 5.655.000 $ US (5.000.000 $ CA du Canada et 1.500.000 $ US du PNUD. On doit féliciter que le Gouvernement et les pays donateurs ont convenu de la nécessité de réformer le système judiciaire haïtien. On fait toutefois observer que les nombreuses initiatives prises dans ce domaine n’ont pas grandement amélioré le fonctionnement de la justice dans la pratique. On estime qu’outre les besoins concrets en matière de financement, de formation et d’évaluation ; une plus grande cohérence et une meilleure coordination sont nécessaires entre la MINUSTAH et L’ÉTAT HAITIEN pour que cette réforme puisse donner naissance à un système judiciaire fort et indépendant, apte à défendre les droits fondamentaux et à protéger les personnes vulnérables. Il est toujours impératif de ne pas reproduire les erreurs du passé. Tout programme de coopération et de réforme doit intégrer dès le départ des

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dispositions permettant de lutter contre la politisation, la corruption, la mauvaise gestion et les accusations de violations des droits humains qui ont caractérisé les acteurs tant dans la justice que dans la police et de traduire ceux qui sont responsables en justice. Par ailleurs, les réformes du système judiciaire, de la police et des prisons doivent être considérées comme des processus interdépendants et synchronisés. L’expérience a montré que si la formation et l’assistance dont ont bénéficié les forces de police n’ont pas eu l’efficacité escomptée, cela est dû au fait que la justice et la police n’ont pas progressé au même rythme. Les recommandations suivantes peuvent être faites à la communauté internationale : a) S’engager à soutenir Haïti de façon durable en respectant les engagements pris par des donateurs internationaux pour attribuer les ressources financières à la réalisation des objectifs de l’éradication de la pauvreté, la mortalité infantile, l’éducation de base et l’aménagement de l’environnement ; b) aider le pays à travailler pour devenir un État de droit et à consolider ses institutions ; c) Redéfinir le déploiement du personnel de la MINUSTAH en remplaçant une partie des troupes militaires par des techniciens (ingénieurs, médecins, agronomes, juristes, policiers, économistes, formateurs etc.) pour aider à construire le pays sur le plan structurel et infrastructurel; d) faire en sorte que ce mandat redéfini de la MINUSTAH soit régulièrement renouvelé, afin d’apporter la continuité nécessaire à la stabilisation du pays et aux efforts consentis par la communauté internationale pour un avenir meilleur aux Haïtiens. Il est important de briser le cycle de la multiplication des missions internationales de courte durée afin de permettre à Haïti d’élaborer une solution permanente aux crises qui accablent le pays de manière chronique, qu’elles soient financières ou qu’elles touchent aux droits humains. L’enjeu pour la MINUSTAH, en ce qui concerne le renforcement institutionnel de la justice, est de définir et d’unifier une stratégie d’intervention et une méthode commune à tout le système, en dépassant les visions d’urgence qui ont caractérisé l’approche utilisée jusqu’à présent et en assurant une conduite unique de la stratégie d’ensemble – priorité au développement institutionnel. – Pour cela, nous considérons que le

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PNUD devrait faciliter la planification stratégique, la coordination, le suivi et l’évaluation des activités ainsi que la mise en œuvre de certaines activités d’appui. Quel que soit l’acteur du système des Nations Unies chargé de mener un projet en particulier (PNUD, MINUSTAH, l’UNICEF, l’UNESCO, FAO), la mise en place du plan d’appui aux institutions doit obéir à une impulsion unique et centrale. Cela permettra d’éviter la mise en place de méthodes différentes au sein du même système, et de donner au plan une cohérence interne et une efficacité accrue. L’approche stratégique unifiée donne tout leur sens aux différents projets. Enfin cette même approche devrait concerner le système de justice dans son ensemble en intégrant tous ses éléments et en évitant la « sectorisation» (police-justice-prison) sans communication entre les éléments. 2. La réforme de la justice dans un pays qui construit son État de droit ne soulève pas seulement des problèmes techniques. Il s’agit, en fait, de la construction de la démocratie elle-même. D’une part, la démocratie ne se construit pas seulement avec les hommes et les femmes «politiques» ou avec les fonctionnaires mais avec tous les citoyens, de même que la justice ne se construit ou ne se réforme pas seulement avec les opérateurs du système mais aussi et surtout avec ceux qui devraient en être les bénéficiaires. Un processus de réforme doit donc être ouvert et participatif. D’autre part, une réforme qui n’est pas appuyée par une véritable réflexion interne est à l’avance vouée à l’échec. 3. Le Juge est structurellement «une sorte de paria» (Jean Joseph Exumé) au sein de la société haïtienne, si chacun peut le terroriser à loisir en le menaçant impunément lui ou sa famille, si ses compétences sont ouvertement doublées dans la pratique par le Commissaire du Gouvernement, s’il peut être révoqué sans explication à tout moment par l’autorité politique, on doit admettre qu’il est difficile de lui imputer à lui seul la responsabilité de la faillite générale du système et de penser que sa seule formation au code napoléonien suffira à résoudre la question. Au moment où l’État lui-même souffre d’un manque d’autorité, d’où le juge, qui en est l’émanation, pourrait-il retirer la sienne ? Aussi, il est indispensable de donner aux magistrats le statut social qu’ils méritent et des appointements dignes qui correspondent à leurs responsabilités et aussi à leurs risques. 4. Pendant les cinq dernières années, plusieurs Magistrats ont dénoncé les pressions qu’ils avaient subies de la part des membres du pouvoir

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exécutif au niveau local ou central. Certains ont été démis de leurs fonctions ou ont dû s’exiler parce qu’ils avaient refusé de céder à ces pressions. 5. Pour une réforme du système judiciaire haïtien une vision de long terme du développement national est incontournable mais des dispositions urgentes à court terme s’imposent telles : a) la stabilisation de la situation socio-politique à partir d’une politique de réconciliation nationale, et d’un dialogue national mettant l’emphase sur la construction de la paix et du développement. b) la recherche d’un consensus sur un ensemble de questions fondamentales telles la scolarisation universelle, la lutte contre la pauvreté, les politiques environnementales, la réduction des inégalités, la justice sociale, la nécessité de l’État de droit. Le tout avec comme objectif d’assurer une éducation primaire à tous, réduire la pauvreté par la relance de l’économie et enfin assurer un environnement durable. 6. Selon les données de la direction de la Planification du Ministère de l’Education Nationale, il existait en 2005 un total de 17812 écoles dans le pays. De ce nombre, on distingue seulement 1431établissements publics, soit 8% du total, qui accueillent 531974 élèves ou environ 20% de l’effectif national de 2, 672, 801 élèves. En d’autres mots, 92% des établissements scolaires du pays sont des écoles privées que fréquente 44% des élèves. (AHE : Colloque sur l’économie de l’éducation, mars 2005.) 7. La population haïtienne compte environ 8,5 millions de personnes dont la moitié est âgée de moins de 21 ans et 60% vivent actuellement en milieu rural. Le taux de croissance annuel de cette population est stable et avoisine les 2.5%. Marquées par une transition et une instabilité politique vieille de deux décades, les conditions de vie des ménages ne se sont pas améliorées depuis 1990. En effet, 75% de la population haïtienne gagnent un revenu de moins de 100 gourdes par jour équivalent à environ 2.5 dollars américains alors que plus de la moitié d’entre elle, soit environ 4.5 millions d’habitants vivent avec moins de 45 gourdes par jour équivalent à environ un dollar américain. D’un niveau moyen de 500 dollars en 1990, le PIB par habitant a chuté de 28% en 1997 et en 2003 il se trouvait à 382 dollars représentant 67% de

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son niveau en 1990. Ce qui explique que le revenu journalier par habitant lui aussi ait connu une chute dramatique passant de son niveau moyen de 1.36 dollars américains par jour en 1990 à 90 centimes américains en 2003. Haïti est le pays le plus pauvre des Amériques. En matière de droit humain il est 150e sur 173. Environ 40% des foyers se trouvent en état d’insécurité alimentaire et 70% de la population adulte est en chômage. L’espérance de vie à la naissance est inférieure à cinquante ans et la mortalité infantile était de 79 pour mille en 2002. Près des deux tiers de la population vit en dessous du seuil national de pauvreté. (PNUD, Situation Economique et Sociale d’Haïti en 2004, P-au-P. Août 2005.) 8. Cette réflexion renvoie aux institutions en charge de distribuer la justice et de réprimer les infractions en Haïti, justice et police, qui semblent aujourd’hui totalement dépassées face à de nouveaux problèmes. Ces institutions ne disposent ni des outils légaux ni des hommes pouvant leur permettre d’affronter ces nouveaux périls. Deux pistes s’offrent alors à nous : a) L’indispensable, incontournable, réforme judiciaire. Toutefois, faute notamment d’une compréhension de nature anthropologique de l’institution judiciaire, on voit jour après jour la justice haïtienne se décrédibiliser sans que les professionnels de la justice puissent y mettre un frein. b) L’indispensable, incontournable, professionnalisation de la police qui en douze ans d’existence a connu des déboires de toutes sortes. Il est possible que l’une et l’autre de ces réformes passent par la formation d’une nouvelle génération de professionnels capables de porter un projet.

Chapitre I. Indépendance du Pouvoir Judiciaire et Accès à la Justice
1. Réforme de la justice, l’actualité du thème n’est pas à souligner. Pas une réunion professionnelle, pas une tribune journalistique où il ne soit question de réformer la justice haïtienne au regard de son caractère dysfonctionnel. Au delà de l’insatisfaction des justiciables, - parmi les nombreuses exigences d’Haïti, la réforme du système judiciaire demeure l’une des premières revendications populaires - le trouble s’est traduit par divers mouvements de protestations des professionnels de la justice :

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avocats, greffiers, personnels pénitentiaires et, le fait est suffisamment rare pour n’être pas passé inaperçu, les magistrats haïtiens eux-mêmes réunis au sein de (l’Association Nationale des Magistrats Haïtiens) l’ANAMAH ont exprimé leurs doléances et ont adhéré à une idée de réforme. 2. Malgré le souci des Constituants de 1987, on ne peut pas considérer qu’en Haïti le pouvoir judiciaire soit indépendant. On observe en effet une dépendance quasi-totale de la Justice vis-à-vis du pouvoir exécutif, situation pouvant s’avérer être en faveur d’un certain contrôle de la part du pouvoir exécutif. L’exécutif intervenant non seulement dans la nomination des magistrats mais également, et ce sans limites, dans leur destitution, il en résulte un renforcement de l’autorité de l’exécutif sur le judiciaire. 3. Le mot «Justice» n’est pas entendu dans son sens org anique, c’està-dire d’institution organisée, de corps réunissant les magistrats et les auxiliaires de Justice, mais dans son sens juridictionnel, celui que l’on utilise dans l’expression «rendre la justice» pour parler de la recherche d’une solution juste. Le mot Justice est employé pour désigner l’ensemble des institutions permettant de rendre la justice, c’est-à-dire de juger de simples particuliers entre eux ou des particuliers de l’État. Il est important de poser le principe suivant lequel toute solution juridique doit pouvoir faire l’objet d’une vérification de sa régularité par un juge. Ce contrôle éventuel, potentiel, constitue une garantie essentielle du respect des libertés publiques et privées. En Haïti, la première observation de celui qui se penche sur la problématique de la justice, c’est qu’il se voit en face d’un système d’iniquité généralisée. 4. Si peu de gens aujourd’hui en Haïti, contestent la nécessité d’arriver à établir un système de justice cohérent et efficace, en disant que tous les acteurs qui concourent à la formation du système et à sa fonctionnalité sont défaillants, nous avons relevé un certain nombre d’obstacles qui, en pratique, empêchent la mise en œuvre d’un processus de réforme de l’appareil judiciaire haïtien. Comment tenter de lever ces obstacles ? C’est l’objet de la stratégie à long terme que propose le Programme des Nations Unies pour le Développement dans une étude réalisée en octobre

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1999 sur la justice en Haïti en tenant compte du fait que certains, parmi ces obstacles, sont plus importants et ont une forte puissance inhibante. Telles sont par exemple sur le plan structurel, la dualité de cette société et la situation conflictuelle permanente où se trouvent les protagonistes. A ce genre de situation il faut opposer des mesures concrètes qui, sans chercher à changer la culture de tout un peuple, comme le rêvent trop souvent les partisans des solutions autoritaires, permettraient au contraire d’essayer de la réconcilier avec elle-même en la sortant peu à peu des inhibitions et de l’éternelle dynamique : oppression- fuite. En revanche, sur le plan conjoncturel, dans un domaine où des habitudes lourdes ne se sont pas encore fortement enracinées, il convient d’analyser le phénomène de la faiblesse de l’État et de la nation en suscitant le concours des alliés citoyens. Tout ceci nous conduit à mettre au départ de cette stratégie le besoin fondamental du pays non pas d’institutions, même améliorées, que de citoyens actifs. Cet État que chacun attend ne se bâtira pas, en effet, comme il l’a fait jusqu’à présent, à partir de sujets passifs et apeurés mais à partir des acteurs de la société civile tout entière seule capable d’ébranler les blocages actuels. Pour effectuer les choix indispensables, il a été analysé le comportement d’un ensemble d’acteurs du système : le citoyen, le policier, les avocats, les mandataires, les notaires, les arpenteurs, les greffiers, les huissiers, le magistrat (pp. 11-12). Mais, en faisant cette étude de comportement, nous avons été conscients de n’avoir pas pris en compte l’ensemble des acteurs impliqués dans le système. 5. Par l’expression «éducation civique,» il faut entendre l’obligation pour l’État de contribuer à la formation de son peuple, de ses citoyens. Aussi, entend-t-on par l’éducation civique, une vision élargie et pratique de l’éducation. Dans le cadre de la promotion de la loi, l’éducation civique contribue à la participation des citoyens au gouvernement, l’un des panneaux indicateurs les plus fondamentaux de la Démocratie. Cette participation constitue le rôle clef des citoyens dans une démocratie. En effet, au nom de l’Education Civique, les citoyens et citoyennes comprendront qu’il ne s’agit pas seulement d’un droit mais aussi un devoir de participer à la prise des décisions devant engager la nation. En Haïti, il y a chez le citoyen une absence d’éducation civique jointe à l’ignorance des règles du système judiciaire. Le vocable «nul n’est censé ignorer la loi,» on le trouve uniquement dans les ouvrages. L’État

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haïtien ne fait aucune campagne véritable pour enseigner les gens sur leurs droits et leurs devoirs. 6. La façon d’agir de manière violente du policier découle d’un sentiment d’abus des dirigeants qui n’établissent pas des conditions de travail permettant aux agents de la police d’accomplir leur tâche avec efficacité et professionnalisme. Mal équipé, mal adapté, mal payé, le policier haïtien joue le rôle d’un acteur figurant. Il est à la fois, acteur et victime. 7. Le décret du 29 mars 1979 règlemente la profession d’avocat qui s’exerce dans le cadre d’une organisation corporative, appelée Ordre du Barreau, jouissant de la personnalité civile et ayant sur ses membres un droit de surveillance et de discipline. Le décret prévoit qu’il y aura, dans chaque juridiction d’un Tribunal Civil, un Ordre des avocats. Les Barreaux sont autonomes. Le titre d’avocat est attribué au licencié en droit assermenté, inscrit au tableau d’un Ordre ou sur la liste des stagiaires d’un Barreau. Le stage est d’une durée de deux années consécutives et au terme du stage un certificat d’aptitude professionnelle est délivré qui permet à son détenteur de solliciter son inscription au tableau des avocats militants. 8. L’expression «mandataires» désigne ces individus qui, à l’aide d’une attestation fabriquée par un notaire corrompu, aidés par des agents de la police et de la justice, envahissent les propriétés privées d’honnêtes gens. L’appareil de justice en Haïti est bourré de ces citoyens appelés mandataires, ce sont des «raketè» fonctionnant en-dehors de toute normes légales qui germent la corruption, le vice au sein du système. 9. L’appareil judiciaire manque cruellement d’équipements indispensables pour la bonne marche de la justice. Du point de vue institutionnel, la justice haïtienne fait face à de nombreux problèmes. Les plus cruciaux sont : la carence qualitative et quantitative en ressources humaines, le manque de ressources financières, l’état de dénuement des bâtiments logeant la plupart des Cours et Tribunaux de la République, le manque de matériels et de moyens efficaces pour mener des enquêtes. Ces problèmes constituent autant d’obstacles au bon fonctionnement de l’appareil judiciaire et nécessitent une prise en compte urgente dans le cadre de tout projet sérieux de réforme de la justice. 10. L’article 9-3 du Pacte International relatif aux droits civils et

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politiques dispose que la détention provisoire ne doit pas être la règle mais l’exception. Toutefois, en Haïti, les retards dans la procédure d’instruction contribuent à allonger la durée de la détention. Le délai de trois mois prévu par le Code d’Instruction Criminelle «CIC» pour instruire une affaire est le plus souvent prolongé. Les individus placés en détention provisoire peuvent y rester une année ou plus avant d’être jugés. Il incombe à l’État de veiller à ce que l’ensemble de la procédure se déroule sans retard excessif. Pour cela, il faut penser à augmenter le nombre de juges statuant sur la détention et leur doter des moyens pour accomplir leur mission (des ressources matérielles et financières, des garanties d’enquêtes etc.). 11. Au 7 février 2007, la population carcérale du pays était de cinq mille trente (5030) détenus. Seulement sept cent quatre-vingt-douze (792) d’entre eux étaient condamnés. Soit environ 15%. Au 27 avril 2007, ce nombre est passé à cinq mille six cent quarante-sept (5647), soit une augmentation de 10,92 %. Ce qui se traduit, en termes clairs, par une augmentation d’environ 617 détenus en moins de trois mois. “Nous avons une augmentation de plus de 200 détenus par mois. Si la tendance persiste, d’ici à décembre 2007, la population carcérale haïtienne dépassera largement le chiffre de sept mille,” a prédit le Commissaire Prévillon Célestin. Avant le 29 février 2004, l’État haïtien disposait de 21 établissements pénitentiaires fonctionnels à travers le pays. A la suite des événements de 2004, trois d’entre eux – ceux des Gonaïves, de Petit-Goâve et d’Aquin – ont été détruits ou saccagés par des rebelles. Le Fort National, prison pour femmes et mineurs a été désaffecté dans la même période. Actuellement, l’État dispose d’environ 86 cm2 pour chaque détenu, alors que, selon les normes internationales, un détenu devrait avoir à sa disposition une surface totale de 4 m2. 12. En Haïti, les exemples sont nombreux de l’interférence du pouvoir politique sur le judiciaire ou des entraves des enquêtes en cours par l’exécutif. Dans l’instruction de l’affaire Jean Dominique abattu dans la cour de sa station Radio Haïti Inter le 3 avril 2000, Reporters Sans Frontières dans une lettre a illustré à sa façon des entraves du politique sur le judiciaire.

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« En effet, dans cette lettre adressée le 24 janvier 2002 au président Jean-Bertrand Aristide, Reporters Sans Frontières a protesté contre le non renouvellement du mandat du juge Claudy Gassant en charge du dossier d’instruction sur le meurtre de Jean Dominique. «L’assassinat de Jean Dominique et les multiples entraves au bon déroulement de l’enquête sont un symbole de l’impunité qui règne en Haïti, a dénoncé Robert Ménard, secrétaire général de RSF.» Selon des informations recueillies par RSF, Claudy Gassant dont le mandat arrivait à terme le 4 janvier 2002 a été remplacé sur décision présidentielle par les juges Josua Agnant, Bernard Sainvil et Joachim Saint-Clair, le 23 janvier 2002. Le bon déroulement de l’enquête a été en permanence contrarié. Par ailleurs, plusieurs témoins de l’assassinat de Jean Dominique sont morts dans des circonstances suspectes, qui mettent directement en cause la police et les autorités haïtiennes. Le juge instructeur également a dû mener son enquête sous la pression permanente d’intimidations policières. La dernière d’une longue liste remonte au 21décembre 2001, lorsqu’un véhicule de la sécurité du palais présidentiel a délibérément embouti la voiture du juge. Les policiers étaient ensuite descendus de leur véhicule et avaient mis en joue le magistrat. Dans un rapport publié le 2 avril 2001, RSF a dénoncé le fait que l’enquête a failli être étouffée à plusieurs reprises. En juin 2000, Jean Wilner Lalanne, soupçonné d’avoir servi d’intermédiaire entre les commanditaires et les exécutants, était mort dans des circonstances douteuses après son arrestation. En janvier 2001, le juge s’était heurté à l’opposition du Sénat lorsqu’il avait demandé à entendre le sénateur Dany Toussaint comme témoin…» 13. Le groupe Rassemblement des Militants Conséquents Saint-Marcois (RAMICOSM), basé à la Scierie, dirigeait l’opposition contre le régime Neptune/Aristide en 2004 tandis que le groupe Bale Wouze appuyait la politique Lavalas dans le Bas-Artibonite. 14. Me. Hugues Saint-Pierre, Président de la Cour d’Appel des Gonaïves et Doyen de la Faculté de droit de cette ville, a été heurté par une camionnette chemin faisant pour aller rencontrer les autorités du Ministère. Le Ministre de la Justice Raymond Magloire, invité dans le cadre du dit dossier par la Commission Sécurité et Justice du Sénat, n’a pas nié les faits de l’invitation du magistrat mais a déclaré n’en avoir pas été mis au courant. Un membre de son cabinet, dit-il, avait pris l’initiative de la convocation. 15. Teneur de la lettre du ministre de la Justice Me Bernard H. Gousse au Doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince Jean-

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Joseph Lebrun :»Le Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique vous présente ses compliments et vous informe que compte tenu des plaintes formulées par beaucoup de parents de justiciables, relativement à la lenteur constatée dans le traitement des dossiers soumis aux cabinets d’instruction des juges Jean Sénat Fleury et Brédy Fabien, il est important de confier ces dossiers à d’autres juges en vue de normaliser le fonctionnement de cette instance judiciaire. Aussi, le Ministre vous saurait-il gré de reprendre dans le plus bref des délais, tous ces dossiers des mains des juges sus indiqués et de les soumettre à d’autres magistrats.» N.B. Aux termes de la Constitution haïtienne le Conseil Supérieur de la Magistrature est seul habilité à engager des poursuites disciplinaires contre un juge. 16. Référence à l’Affaire Gérard Jean Juste. 17. Magistrat instructeur chargé d’enquêter sur le dossier du massacre de Piâtre survenu le 12 mars 1990, Henry Kesner Noël a dénoncé à l’époque des pressions exercées sur sa personne par le Secrétaire d’État à la Sécurité Publique, Jean Gérard Dubreuil pour qu’il introduise le nom de Prosper Avril dans le dossier du dit massacre. Forcé de quitter le pays pour des raisons de sécurité, le magistrat Noël s’est réfugié aux EtatsUnis d’Amérique où il vit avec sa famille depuis tantôt cinq ans. 18. Le président Boniface Alexandre a, par arrêté en date du 9 décembre 2005, décidé de mettre à la retraite les juges Raoul Lyncée, Luc S. Fougère, Louis Alix Germain, Michel D. Donatien et Djacaman Charles pour incapacité physique et mentale. 19. Les Juges Georges Moïse, Henry Michel Auguste, Jules Cantave, Jean Metsguerre Théodore et Bien-Aimé Jean ont prêté serment au salon jaune du palais national dans la soirée du mercredi 15 décembre 2005. Au terme d’une courte procédure initiée par le ministère public près de la Cour Me Emmanuel Dutreuil et la lecture de l’arrêté de nomination par le greffier Billon André, le président de l’audience Me Charles Danastor a invité les juges désignés à prêter serment. 20. La Cour de Cassation est la Juridiction Suprême. Elle dit le dernier mot du droit. Elle se prononce sur les conflits d’attributions. Elle connaît

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des faits et du droit dans tous les cas de décisions rendues par les Tribunaux Militaires. La Cour de Cassation ne connaît pas du fond des affaires. Néanmoins, en toutes matières autres que celles soumises au jury lorsque sur un second recours, même sur une exception, une affaire se présentera entre les mêmes parties, la Cour de Cassation admettant le pourvoi, ne prononcera point de renvoi et statuera sur le fond, sections réunies. La Cour de Cassation à l’occasion d’un litige et sur le renvoi qui lui en est fait, se prononce en Sections Réunies sur l’Inconstitutionnalité des Lois. (Art. 183 de la Constitution). La Cour de Cassation, en cas de désaccord entre le Pouvoir Législatif et le Pouvoir Exécutif, statue en Sections Réunies, toutes affaires cessantes, si toutefois la Commission de Conciliation n’arrive pas à trouver une solution, la décision sera finale et s’imposera aux hautes parties. La Cour de Cassation se divise en deux sections qui siègent séparément ou en audience solennelle. Elles se réunissent également en Assemblée Générale ou en Conseil Supérieur de la Magistrature, dans les cas prévus par la loi. Ce dernier rôle n’a d’ailleurs pas encore été défini. En sa compétence ordinaire, la Cour de Cassation connaît notamment des pourvois formés contre les ordonnances de référé, les arrêts des cours d’appel et les jugements rendus en toute matière, en dernier ressort par les tribunaux de première instance en leurs attributions d’appel des sentences de justice de paix. Le Président de la Cour de Cassation est le Président de la Commission de Conciliation. Le Président de la Cour de Cassation est le second personnage de l’État. C’est lui qui remplace le Président de la République en cas d’absence. (Article 149 de la Constitution). 21. A Genève, Louise Arbour, Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme, a exprimé son inquiétude sur le limogeage des cinq juges de la Cour de Cassation, estimant “ qu’à défaut de preuves contraires non produites à ce jour, les autorités haïtiennes semblent bien avoir porté atteinte à l’Indépendance du pouvoir judiciaire.” Voir les articles 175, 176 et 177 de la Constitution du 29 mars 1987 sur le pouvoir judiciaire et le principe de l’indépendance de la magistrature.

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22. Il faut reconnaître que le simple renforcement des services de l’inspection judiciaire rattachée au Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique ne ferait que renforcer les rapports de dépendance du judiciaire par l’exécutif. Cela ne veut pas dire pour autant qu’un système régissant la discipline des magistrats ne soit pas nécessaire. Au contraire, s’il est nécessaire de prévoir une procédure équitable pour l’application des sanctions disciplinaires, ceci devait être prévu dans un contexte garantissant la non-ingérence de l’exécutif. Il s’agit donc nécessaire de mettre sur pied un Conseil Supérieur de la Magistrature afin d’assurer une nette séparation entre le judiciaire et l’exécutif, et en lui attribuant, dans le cadre prévu par la Constitution, les fonctions de sélection, de formation et de discipline pour les magistrats du siège et du parquet. Il serait souhaitable que le Conseil comprenne une représentation de tous les niveaux de la magistrature tout en faisant preuve d’ouverture vers la société civile qui pourrait, comme certaines expériences l’ont démontré, en faire également partie. 23. Référence à la décision du 25 juin 2001 du ministre de la Justice Gary Lissade révoquant le Juge d’Instruction Jean Sénat Fleury dans l’Affaire Belvil. «Le 1er juin 2001, accompagné du Substitut Commissaire du Gouvernement Elco Saint Armand, du Commissaire de Police de Portau-Prince Samson Auguste, d’une dizaine de policiers, je m’étais rendu en qualité de Juge d’Instruction à Belvil pour perquisitionner dans une maison appartenant à Jacques Beaudouin Kétant où 41 kilogrammes de cocaïne et une importante somme d’argent avaient été trouvés au cours d’une descente des lieux. La nommée Wista Louis, recherchée par la police pour trafic de drogue, habitait dans la dite maison après que des scellés avaient été brisés. Cette opération avait donné lieu à un véritable scandale dans le milieu judiciaire haïtien. La perquisition a été jugée illégale par le Ministre de la Justice Gary Lissade. Quelques jours après, le Ministre dans une conférence de presse avait annoncé que le Juge d’Instruction Jean Sénat Fleury, le Substitut Elco Saint Armand et consorts s’étaient rendus chez “des gens vivant paisiblement à Belvil” pour voler des bijoux, des tableaux, des souliers et ont exigé un pot-de-vin de 1,5 millions de

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dollars. Le ministre au mépris des règles constitutionnelles (des articles 175 et 177) m’avait adressé une lettre de révocation.» Voir rapport de l’École de Droit de l’Université de Miami rédigé par Brian Concannon Jr., Directeur de l’Institut pour la Justice et la Démocratie en Haïti (IJDH). Dans le rapport, il est dit : «Au début du mois de juin 2001, le juge Fleury avait été pris dans un feu croisé «du prensip et de la pratik,» lors d’une opération de fouille de la maison d’un présumé trafiquant de drogue, client du ministre de la justice d’alors Louis Gary Lissade. La fouille était légale mais avait provoqué la colère du Ministre. Le juge fut donc accusé de vol et suspendu illégalement. Quelques mois plus tard – trop lentement mais sûrement- le système démocratique s’est corrigé lui-même-. Le Ministre Lissade était révoqué et le Juge Fleury rétabli dans ses fonctions.» N. B. Le 17 juin 2003, la DEA (Drug Enforcement Administration) a procédé à l’arrestation de Jacques Kétant, extradé d’Haïti à la demande du département américain de la lutte contre la drogue, il a été condamné à 27 ans de prison par un Tribunal Fédéral de Miami (Floride). Il a reconnu avoir introduit plus de 30 tonnes de cocaïne aux États-Unis sur une période de 12 ans. Ses deux complices, Wista Louis, 47 ans, et son mari Emmanuel Thibaud, ont été condamnés la première à 16 ans de prison et le deuxième à 12 ans et 6 mois pour trafic de drogue à Miami. 24. www.fsa.ulaval.ca/personne/vernag/eh/f/ethique/lectures/sommetcorruption.htm 25. Première République noire indépendante, Haïti est perçue selon le rapport 2004 sur l’indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International (TI) comme l’un des pays les plus corrompus de la planète (155e sur 159e). 26. L’État de droit s’épanouit dans un environnement de paix, d’équité, de justice. Malheureusement, notre système judiciaire est malade, très malade. Rongé par l’impunité et la corruption. Souvent, observonsnous, le système ne rend pas justice à qui justice est due. (Jean-Bertrand Aristide, Shalom 2004, Imprimerie Henry Deschamps, p.170). 27. Pour Haïti, une étape préliminaire en vue de diminuer l’ampleur de la corruption dans le fonctionnement de la justice sera de traiter avec les avocats et les juges dont certains insistent pour le maintien des méthodes corrompues et informelles de pratique et d’application des

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lois dont ils profitent. Les règles et les pénalités sévères, ainsi que des critères de qualification doivent être appliqués à ce groupe d’acteurs importants. L’élaboration de lois appropriées dans tous les domaines : commercial, civil, droit pénal, immigration et autres et leur mise en vigueur constitueront une partie de la première étape et au delà. S’il existe un domaine ou un groupe de professionnels aura besoin de courage, d’intégrité, de qualification et de compétence, d’un sentiment de devoirs nationaux et d’humilité pour le développement et la mise en vigueur de normes légales, c’est bien dans le secteur de la justice en Haïti. Les personnes sondées dans le cadre de notre étude déclarent que « les Haïtiens recherchent un vrai système judiciaire.» Pour honorer leurs souhaits et faire des avancées rapides en faveur d’autres exigences fonctionnelles de développement, des institutions pour l’intégration du système à travers un système judiciaire efficace et transparent doivent être traitées de manière sérieuse. C’est un domaine que les agences de développement et les leaders devront appuyer et aider à développer avec ferveur et que les citoyens doivent encourager en adaptant leur propre comportement. (Tatiana K. Wah, A la recherche d’un consensus après 200 ans d’indépendance : La structure du système social Haïtien et les défis du développement, imprimé par New Era Publishing, p. 261). 28. Haïti est secouée de façon inquiétante par le mal de la corruption qui sape tous les fondements de la nation. Si inquiétante, que des institutions nationales dont la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA), l’Unité Centrale de Renseignement Financier (UCREF), la Commission d’Enquête Administrative (CEA), l’Inspection Générale Financière (IGF), l’Unité de Lutte conte la Corruption (ULCC) et la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP) se sont données pour but de lutter contre la corruption dans l’administration publique haïtienne, selon leur mission chacune à sa manière. 29. La bataille contre la corruption a été l’un des thèmes clés dans le discours du 18 mai 2007 prononcé par le Président de la République René Garcia Préval à l’occasion de la fête du drapeau. Devant la tribune de l’ONU lors de la 62ème assemblée nationale des Nations Unies tenue à New York, le président René Préval dans son discours de circonstance du 26 septembre 2007 a repris presque dans les mêmes thèmes la détermination de l’actuel gouvernement à combattre le fléau :» Nous construisons les moyens, en Haïti, pour faire face à la corruption et nous avons commencé à travailler à consolider les structures de l’État et à envisager les réformes légales et réglementaires à mettre en place pour que le mal endémique disparaisse de nos pratiques institutionnelles, en

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politique comme en affaire.» Aussi, s’avère-t-il nécessaire pour l’université, les sociologues, les dirigeants, les juristes, les politologues et les parlementaires en particulier, à se pencher sur la question. Au Parlement, des textes relatifs à la corruption doivent être revus et adaptés aux exigences actuelles. 30. Sur le plan économique, le fléau de la corruption représente un frein au développement et à la stabilité du pays. Globalement, elle touche les fonds qui devaient être utilisés pour l’enseignement, l’investissement, les infrastructures publiques et qui sont souvent détournés à des fins privées. En d’autres termes, elle empêche les pays en développement dont Haïti d’attirer les investissements étrangers et crée des distorsions dans la répartition des capitaux. En outre, elle est préjudiciable à la société, en particulier au plus vulnérable, les pauvres. S’érigeant en système, elle décourage l’investissement étranger direct et crée une instabilité politique criante qui a des répercussions graves sur la crédibilité de l’État vis-à-vis de la communauté internationale. 31. Dans le domaine juridique, la corruption menace l’indépendance du pouvoir judiciaire dans son impartialité et son équité, sape la démocratie et l’État de droit, qui sont les principaux préalables à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté. Celle-ci constitue un blocage à l’aboutissement d’un procès équitable, encourage l’impunité, et porte atteinte à la légitimité des pouvoirs publics, la bonne gouvernance. Etant à la base d’une mauvaise justice, elle engendre des situations de conflit et de vengeance au sein de la société. 32. Relevant du domaine public, la corruption est une dérogation à la loi pénale, elle est prévue et punie aux articles 137,138, 139,140, 141, 142, 143, 144 et suivants du code pénal haïtien. L’article 137 punit la corruption en ces termes : «Tout fonctionnaire public de l’ordre administratif, judiciaire ou militaire, tout agent ou préposé d’une administration publique qui aura agréé des offres ou promesses pour faire un acte de sa fonction ou de son emploi, même juste, mais non sujet à salaire, sera punie de la dégradation civique et condamné à une amende double de la valeur de la promesse agréée ou des choses reçues sans que ladite amende puisse être inférieure à cinquante piastres.» Haïti a ratifié le 19 décembre 2000 la convention interaméricaine contre la corruption, publiée dans le moniteur du 18 juillet 2002 # 57. Cette convention fait depuis partie intégrante de notre législation. Le gouvernement de transition Boniface Alexandre a créé par arrêté

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en date du 8 septembre 2004 une Unité dénommée « Unité de lutte contre la corruption (ULCC) « appelée à combattre la corruption et ses manifestations sous les formes au sein de l’administration publique haïtienne. Aussi, toutes les lois étant là, il revient simplement à mettre en place les structures pour l’application de ces mesures. 33. Moralement, le système de corruption dénature le rapport éthique de réciprocité, constitue une atteinte directe au noyau intangible des droits de l’homme ; en raison de son caractère endémique engendré par la réception perverse de la violation du principe d’égalité, elle mine le principe de confiance constitutif de l’État de droit. (Marco Borghi, professeur de droit à l’Université de Fribourg, Suisse). 34. La société civile est considérée comme le pilier de la démocratie. Elle joue un rôle efficace dans la lutte contre l’impunité et la défense des libertés individuelles. Le seul espoir de faire aboutir les revendications sociales réside dans le nombre, dans la quantité de personnes qui peuvent être mobilisées autour d’une idée, d’une défense. Aussi, la presse, les associations de défense des droits de la personne, les intellectuels, les groupements volontaires, les divers experts de la vie nationale, l’ordre des avocats, l’association nationale des magistrats etc. constituent-ils des groupes de pressions dans l’élaboration d’un renforcement structurel de la justice. Cette société civile doit être perçue comme celle formulant des propositions ou même des exigences à l’Etat en vue d’une transformation profonde de la société. Elle est donc un acteur très significatif dans le processus de réforme de notre appareil de justice. 35. Voir arrêté du 13 octobre 1983 fixant les procédures et les modalités de nomination des agents de la fonction publique et la loi du 19 septembre 1982 établissant le statut général de la fonction publique. 36. Pour que la population soit confiante de la volonté ou de la capacité de l’État de sanctionner des abus, il est important que les autorités rendent publics les résultats des enquêtes. Par des communiqués de presse, on devait signaler les suspensions, révocations bref, les sanctions prises contre les fonctionnaires de justice sans distinction. Cette méthode permettra au public de s’édifier des abus qui ont été sanctionnés et quant aux auteurs, de prendre conscience de leurs actes. Ainsi, la population sera confiante de la volonté et de la capacité de l’État à réprimer des cas de violations commises par des acteurs du corps judiciaire.

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NOTES Chapitre II. Réformer la Justice
1. S’il est un mot qui est revenu presque en permanence et cela même au plus haut niveau, à propos de la justice, c’est bien celui «d’échec.» Les spécialistes haïtiens et étrangers sont unanimes à reconnaître le dysfonctionnement de l’appareil judiciaire haïtien. La réforme de la justice et la réforme de la police doivent aller de pair, a déclaré le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis lors de sa déclaration de Politique Générale en juin 2006. « … L’objectif dans le domaine de la Sécurité et de la Justice est clair. Il nous faut reconquérir notre pleine souveraineté. Pour atteindre ce résultat, nous devons faire la Paix entre nous. Le Gouvernement y consacrera tous les efforts voulus pour finalement conquérir cette culture de paix qui est à la fois la source et le garant des droits et devoirs du citoyen, et qui est au cœur du nouveau système de valeurs et de comportements qu’exige notre décision d’un nouveau départ vers une démocratie durable et soutenue. Cependant, il ne pourra pas y arriver seul ; il fera appel à toutes les composantes de la société et persévérera dans la pratique du dialogue et de la concertation qui a marqué nos approches depuis les élections du 7 février dernier. Ainsi, la participation de la population contribuera à l’instauration de cette culture de paix. Il nous faudra pendant un temps encore utiliser l’appui des pays amis pour garantir la stabilité de l’État et la sécurité des personnes. Cet appui devra nous permettre de professionnaliser la Police Nationale d’Haïti, d’atteindre un niveau d’effectifs qualifiés suffisants et de la doter des moyens nécessaires à l’exercice de ses fonctions. Une police n’est efficace que si l’organisation de la justice est en mesure de répondre adéquatement aux besoins. En fait, c’est toute la problématique de la chaîne pénale qui est en jeu. Le Gouvernement préconise une approche intégrée Justice/Police pour doter le pays d’un système judiciaire responsable, professionnel, capable de redonner confiance et de garantir la sécurité des citoyens, de lutter efficacement contre la contrebande, les narcotrafiquants et les bandes criminalisées. La police doit aussi assurer le contrôle des frontières et l’immigration, défis considérables avec un littoral aussi grand que le nôtre et une frontière terrestre si difficilement accessible en raison de son relief accidenté.

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Le Conseil Supérieur de la Police Nationale dont je suis le Président statutaire sera responsable de l’ensemble du programme Sécurité et Justice, y inclus la gestion de l’appui provenant de la MINUSTAH.» Cependant, la question que l’on se pose : Jacques Edouard Alexis parviendra-t-il à effectuer la réforme judiciaire telle que promise dans sa déclaration de Politique Générale ? Le Premier Ministre semble déterminé, mais le système doit affronter les obstacles de la corruption, du manque de moyens, de la lenteur administrative dans le traitement des dossiers judiciaires et surtout les problèmes liés à la formation des magistrats et à l’éducation des justiciables. Il suffit d’entendre les revendications et de lire les bilans des trois dernières années – tous les tribunaux confondus-. Les faits sautent rapidement aux yeux : 80 % de détenus sont en détention provisoire, les enquêtes au niveau des Cabinets d’instruction traînent en longueur, la grande majorité des décisions de nos Cours et Tribunaux sont incohérentes. Bref, l’appareil judiciaire haïtien est en mal de confiance aux yeux des justiciables. Le constat, déjà ancien, fait pratiquement l’unanimité aujourd’hui. Tous les débats tournent autour de la carte de la réforme. Acceptant l’idée selon laquelle il ne pourrait pas avoir de démocratie sans justice, le Gouvernement Préval/Alexis a fait de la carte judiciaire l’une de ses priorités. En effet, plusieurs projets de lois ont été déposés pour vote devant le parlement. Le Gouvernement a décidé de mener une lutte sans merci contre le fléau de la drogue et la corruption. Bref, contre l’insécurité. Mais, la même question demeure toujours à l’ordre du jour : le Gouvernement a-t-il réellement compris la problématique de la réforme judiciaire en Haïti ? 2. En Haïti, la réforme du système judiciaire est incontournable, quand le système judiciaire n’est pas tout simplement à reconstruire. 3. Le Pouvoir judiciaire fait face à des difficultés de fonctionnement. Le mode de nomination des magistrats et leur avancement, la protection légale des juges de Paix et des officiers du Parquet, le dysfonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature et l’absence d’autonomie budgétaire constituent des entraves à l’exercice du Pouvoir Judiciaire et

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renforcent son emprise par l’exécutif au niveau organisationnel. Les problèmes de nomination et de révocation des juges, la détermination des congés et vacances des Tribunaux et Cours, la question de carrière et les règles internes du Ministère de la Justice, sont autant d’indices déterminant l’emprise séculaire de l’Exécutif sur le Judiciaire au niveau institutionnel. 4. Une École de la Magistrature est créée par l’article 176 de la Constitution du 29 mars 1987. L’École a débuté en 1995 comme centre de formation, appuyée largement par la coopération internationale, pour des formations «d’urgence « de courte durée pour les juges et commissaires du gouvernement. Bien que ne jouissant pas encore d’un statut, trois promotions régulières environ (139) magistrats sont diplômés au cours des programmes de formation initiale et des centaines de cadres de la justice ont bénéficié des stages de formation à l’EMA. 5. La Constitution haïtienne contient les principes démocratiques de séparation du pouvoir et de la primauté du droit pour tout le peuple haïtien, y compris le principe de l’indépendance judiciaire. Cependant les gouvernements haïtiens dans leur pratique n’ont jamais respecté la lettre ou l’esprit de la Constitution. Le système judiciaire a presque toujours été assujetti aux caprices administratifs, budgétaires et personnels d’un exécutif excessivement dominant. (Indépendance judiciaire en Haïti, juin 2002, Bernard Gousse). 6. Voir les articles 174, 175, 176 et 177 de la Constitution haïtienne du 29 mars 1987 définissant le pouvoir judiciaire et traitant le principe de l’inamovibilité des magistrats. Aux termes de l’article 177, les juges inamovibles ne peuvent faire l’objet d’affectation nouvelle, sans leur consentement, même en cas de promotion. Il ne peut être mis fin à leur service durant leur mandat qu’en cas d’incapacité physique ou mentale permanente dument constatée. Il en résulte que la carrière du Magistrat est exempte de toutes mesures de suspension, de mise en disponibilité, de déplacement, de mise à la retraite ou de révocation décidée unilatéralement par le Pouvoir Exécutif. Sur ce point, l’article 20 du décret du 22 août 1995 sur l’organisation judiciaire prévoyant la possibilité de mettre à la retraite des juges ayant 60 ans est contraire aux dispositions de la loi mère. L’article en question porte une atteinte grave au principe de l’Indépendance de la fonction judiciaire.

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7. La loi du 17 août 1998 concernant la réforme judiciaire met au tout premier rang de ses objectifs la réorganisation du Conseil Supérieur de la Magistrature en tant que direction du pouvoir judiciaire et garant de l’indépendance de la magistrature. Ce même élément est repris parmi « les grands choix» du Plan d’action gouvernemental de mai 1999, tant il est évident que le pouvoir judiciaire souffre actuellement, de façon formelle et informelle, de la tutelle pesante et parfois autoritaire de l’exécutif. Ainsi, une réforme de la justice devrait inévitablement passer par l’institutionnalisation de l’indépendance du pouvoir judiciaire par rapport au pouvoir exécutif à travers l’établissement d’une administration de la justice réellement autonome, conformément aux vœux de la Constitution de 1987. Encore une fois, cette réforme ne devrait pas ignorer l’existence du droit coutumier. Bref, les dirigeants haïtiens devraient penser à élaborer un plan de réforme de notre système judiciaire conforme à nos valeurs historiques culturelles et ancestrales. Donc, l’on aura beau augmenter le nombre des tribunaux, multiplier le nombre des juges et quadrupler leurs salaires, sans l’indépendance du pouvoir judiciaire et sans l’harmonisation des deux composantes du droit haïtien, toute tentative de réforme judiciaire sera viciée et incomplète. (Voir la nouvelle loi en cours sur le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire). 8. L’inexistence d’un pouvoir judiciaire réellement indépendant s’est caractérisée par la concentration des fonctions au niveau du Ministère de la Justice. La mise en place d’un Conseil Supérieur de la Magistrature doit permettre à celui-ci de se recentrer sur ses fonctions administratives et d’intervenir de manière plus rationnelle dans la gestion des tribunaux de paix et des parquets. Aussi, l’adoption d’une loi garantissant l’indépendance des juges s’avère-t-il nécessaire pour une saine administration de la justice. 9. De nos jours, la nécessité de réviser la grille des salaires des Magistrats Haïtiens et de leur attribuer des avantages sociaux s’impose. Cette conception permettrait au juge en ne recevant plus un salaire de misère de s’abstenir aux offres de pots-de-vin qui sont des formes d’interférence très courantes dans un processus d’élaboration de jugements. Ici, pour répéter Madame Mirlande Manigat :»Il faut mettre les magistrats à l’abri de leurs propres passions excitées par les besoins matériels de la vie.»

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10. La formation du personnel judiciaire a été un domaine prioritaire d’intervention dès le début de l’appui international en 1995, surtout de la part des États-Unis et de la France, qui maintiennent un intérêt marqué pour ce domaine. Les États-Unis, en plus des travaux de rénovation des locaux de l’École de la Magistrature, ont pris en charge une part importante des frais de fonctionnement de l’École au départ et au cours des années suivantes. Ils ont participé au début à la gestion de l’École, à la conception des programmes de formation et ont fourni des enseignants ainsi qu’une contribution financière importante pour les frais des élèves et les indemnités des formateurs haïtiens. La formation est le domaine prioritaire d’intervention de la France dans le secteur de la justice en Haïti. Elle a apporté un appui important à l’École notamment à travers la fourniture de matériels informatiques, pédagogiques et de bureau ainsi que d’ouvrages juridiques, le détachement d’un magistrat français et une contribution à la formation des élèves (perdiem des élèves magistrats, indemnités pour les tuteurs et formateurs). Dans le but de former des formateurs, la France s’est aussi chargée de la formation en France de juristes haïtiens à l’École de la Magistrature de Bordeaux et à l’Institut International des droits de l’Homme de Strasbourg ainsi que de greffiers à l’École des greffes de Dijon. Elle a également organisé plusieurs stages de formation de juges de paix. Le Canada a appuyé quelques sessions de formation et a appuyé la mise en place d’un centre de documentation. Il a fourni des matériels informatiques et de bureau ainsi que des ouvrages juridiques. La MICIVIH dans le temps a aussi appuyé l’École de la Magistrature par sa participation régulière aux sessions de formation, notamment en matière de droits humains ; et l’UNICEF a organisé plusieurs séminaires dans le cadre de la protection des Droits de l’Enfant. Malheureusement les autorités haïtiennes n’ont pas compris la nécessité de ces programmes de perfectionnement à l’endroit des magistrats et des cadres de la justice. Depuis tantôt trois années, l’École de la Magistrature a fermé ses portes en matière de formation. 11. Le principal critère pour évaluer un système judiciaire est de savoir qui il concerne. En Haïti, la justice formelle ignore de façon structurelle

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plus des deux tiers de la population. En effet, il n’existe actuellement aucune présence d’un appareil judiciaire quelconque au niveau de la subdivision territoriale de base qu’est la section communale. Or, c’est pourtant à ce niveau que se joue l’essentiel de la vie quotidienne de la majorité des citoyens. Dès lors, on ne peut plus parler d’un dysfonctionnement mais d’un problème central de la justice en Haïti, à savoir son absence de fait pour une grande majorité de la population. Le contact tenu avec l’appareil formel existant au niveau des centres communaux ne saurait en aucun cas, ni à présent, ni même s’il venait à être amélioré dans l’avenir, combler ce vide institutionnel qui ne fait qu’aggraver la déstructuration progressive de la société traditionnelle. Le même problème se pose d’ailleurs en ville pour les populations issues de l’exode rural qui s’entassent actuellement dans d’immenses zones d’habitat informel sans aucun service de justice, et cela malgré des conditions de proximité pourtant nettement plus favorables. Il n’existe ainsi qu’un seul tribunal de paix pour les trois cent mille (300.000) habitants de Cité Soleil et les limites territoriales de sa compétence ne sont pas clairement fixées. Rendre la justice accessible à tous, deux voies sont possibles pour améliorer la situation actuelle en tenant compte des moyens limités dont on dispose : soit on cherche à atteindre un niveau performant dans la qualité du service rendu à la clientèle des justiciables (estimée à 25 % de la population), soit on cherche à assurer un service moins sophistiqué mais étendu à l’ensemble des citoyens. Si les disponibilités existantes ne permettent pas de répondre simultanément à ces deux objectifs, on recommande d’opter pour la solution qui permettra d’assurer, pour le mieux, la présence du judiciaire auprès de chaque citoyen, quels que soient son niveau économique ou sa culture. Ceci rejoint les objectifs généraux que le Programme Régional de Justice du PNUD s’est fixé pour l’Amérique Latine et les Caraïbes. Ce choix tient à la nécessité de mettre fin peu à peu aux pratiques qui maintiennent en permanence une dualité hostile au sein de la société haïtienne. Si un tel objectif semble dépasser la dimension de la seule justice, celle-ci n’en constitue pas moins un moyen privilégié de l’atteindre, en raison notamment de l’impact symbolique de telles mesures. 12. Souvent le public assimile les Cours et Tribunaux en Haïti à autant de boutiques dans lesquelles la justice est vendue aux plus offrants. Ainsi, le citoyen qui cherche à s’offrir les services de la justice peut se

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croire être dans un marché en mettant les pieds dans un Tribunal de Paix. Envahi par toute une «équipe de Atoufè»: Fondés de Pouvoir, huissiers exploitants, mandataires forains... Il n’a pas d’autre choix que de laisser rapidement les lieux pour éviter d’être étranglé. 13. Tout l’appareil de la justice formelle en Haïti re pose essentiellement à la fois sur l’utilisation de l’écriture et sur celle du français, alors que 60 % de la population est analphabète et qu’à peine 10% est susceptible d’utiliser le français. Malgré les efforts réalisés depuis l’introduction du créole dans la Constitution de 1987, la frontière du mode d’expression et de la langue contribue à éloigner la majorité de la population de l’appareil de justice. 14. Près des trois quarts de la population haïtienne se situent aujourd’hui en dehors du champ de la justice officielle. Il se trouve que cette partie exclue correspond à la fois au monde rural et au secteur de l’urbanisation informelle née de l’exode rural. La partie rurale se trouve, presque complètement démunie de tout service de sécurité, les unités de police étant stationnées exclusivement dans les moyennes et petites agglomérations urbaines. La régulation de fait de ces deux grandes masses populaires s’exerce en grande partie sur la base d’un droit informel qui règle notamment les rapports matrimoniaux (le plaçage), l’exercice du droit de propriété et le rapport au foncier (rural et urbain) ; ces règles non codifiées entrent souvent en conflit avec le droit officiel à base de code napoléonien qui obéit à une logique fondamentalement différente. Haïti est, en fait, un pays avec un double ordre juridique. Cela ne devait pas poser de problèmes si l’État haïtien se reconnaissait comme étant juridiquement plural. Or, le système officiel ne reconnaît pas l’existence du droit coutumier ou informel et celui-ci est ignoré et, avec lui, une grande partie de la population, qui régit son fonctionnement social selon cet ensemble parallèle de normes. Le droit officiel n’ayant guère évolué depuis cent cinquante ans, il s’est trouvé peu à peu, en raison de la complexité parfois contradictoire de ses propres textes, dans l’incapacité pratique de résoudre les litiges qui encombrent désormais ses tribunaux et les condamnent à la paralysie. Faute de structures judiciaires de proximité, la population se trouve ainsi dans l’incapacité de résoudre l’essentiel de ses conflits spécifiques. En l’absence, pour le moment, d’une police rurale, cette conflictualité risque de dégénérer à tout moment vers des solutions violentes.

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Normalement, la plupart de ces litiges relèvent du tribunal de paix le plus proche (la commune ou le quartier). Néanmoins, les problèmes de fonctionnement auxquels ceux-ci sont confrontés (dus en particulier au manque de moyens affectés), de même que leur éloignement, restreignent considérablement leur capacité de répondre effectivement à la demande de plus en plus pressante de la part de la population. 15. L’aide juridique ou judiciaire est une institution qui permet à des personnes démunies de ressources suffisantes d’être dispensées à payer les frais et les honoraires des auxiliaires de justice dont le concours est nécessaire pour obtenir certains conseils en marge de tout procès ou, le cas échéant, pour plaider devant les tribunaux : cette aide n’existe pas en Haïti de façon institutionnelle et permanente. L’aide judiciaire institutionnelle n’est pas encore instituée permettant aux démunis de bénéficier d’une assistance de l’État pour tout ou partie des frais d’un procès. 16. Le fait de jeter vos opposants politiques dans une prison en Haïti ne les réduit pas au silence seulement, il peut tout aussi bien les tuer. En janvier 2005, le 3ème Circuit de la Cour d’Appel Fédérale des ÉtatsUnis a déclaré qu’il n’y a eu aucun doute que les conditions dans les prisons en Haïti “ sont vraiment misérables et inhumaines.” La tuberculose et d’autres maladies sont endémiques, les soins de santé et la nourriture insuffisants. Certaines cellules sont si remplies que les prisonniers dorment à tour de rôle sur le plancher. La misère est intentionnelle ! En novembre 2005, le fonctionnaire du Programme des Nations Unies pour le Développement en charge du travail dans les prisons haïtiennes a démissionné face au refus du gouvernement haïtien d’accepter l’aide internationale pour améliorer les conditions carcérales. Le meurtre peut-être intentionnel aussi : “ Le 1er décembre 2004, alors que Colin Powell était en visite au Palais National d’Haïti, la police ripostait à une protestation non armée dans la prison avec des rafales nourries d’armes automatiques dans les cellules. Le Gouvernement parle de dix prisonniers tués alors que des groupes indépendants de droits humains et des journalistes font état d’un nombre beaucoup plus élevé.” 17. Il suffit pour s’en convaincre de se référer à la répartition actuelle des tribunaux sur tout le territoire et du nombre de Juges actuellement en fonction par tête d’habitants.

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18. La promotion d’un système de « justice aux pieds nus « et son acceptation par les tribunaux et l’administration pourrait entraîner une réduction du niveau des conflits grâce à des mécanismes simples, de proximité, gérés par la population elle-même et, cela, à un coût réduit ou quasi inexistant. Ces constatations s’appuient sur des pratiques et des expériences très intéressantes : Au niveau du système juridique formel, et notamment au niveau des commissaires du gouvernement et de leurs substituts et à celui des juges de paix, la loi prévoit le recours à la conciliation. Cependant, celle-ci figure parmi les nombreuses autres prérogatives de ce juge écartelé entre des responsabilités multiples et est par ailleurs officier de police judiciaire. Ceux qui sont en contact avec le milieu rural et le connaissent soulignent tous l’existence de mécanismes régulateurs de cette nature. Dans la pratique, c’est souvent un personnage reconnu par le groupe pour son autorité morale qui joue ce rôle, mais c’est peut-être aussi le hougan (vaudou), le prêtre (catholique), le pasteur (protestant) ou le «chef lakou.» C’est en appuyant sur de tels mécanismes que, au cours des années 19972002 des tentatives très encourageantes de systématisation de pratiques de résolution alternative des conflits ont été réalisées par : a.- Le Projet SOSYETE (financé par l’USAID), dans le cadre de ses interventions auprès des communautés de base. b.- La MICIVIH, dans le cadre de son appui à l’action des juges de paix de l’Artibonite. c.- L’INARA (Institut National de la Réforme Agraire), dans le cadre des conflits terriens. d.- Les Brigades Internationales de la Paix (PBI), qui ont réalisé des actions de formation pour le compte de la MICIVIH et ont rédigé un guide conseil de la conciliation. Ces expériences démontrent que cette ligne d’action est prometteuse et fait partie du nombre réduit d’initiatives ayant abouti à des résultats satisfaisants. En s’appuyant sur ces acquis, il s’agit de reprendre progressivement ces expériences pilotes à travers le pays avec comme objectifs :

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• • • Promouvoir le règlement des conflits à travers la négociation en utilisant la conciliation et la médiation comme techniques. Appuyer les organisations de la société civile en les aidant à identifier les sources de conflits et à les gérer à travers des techniques de médiation et de négociation. Appuyer les institutions de l’État qui travaillent dans le secteur foncier et familial afin, soit de mettre en place des programmes de résolution des conflits, soit de renforcer les mécanismes déjà existants. Promouvoir, auprès des juges de paix et des commissaires du gouvernement, l’utilisation de la conciliation dans le cadre légal actuel. Promouvoir la formation de médiateurs, membres de la société civile, et qui, dans leurs villages ou communautés, pourront fournir leurs services bénévolement. Favoriser l’adoption de dispositions législatives et/ou de directives émanant du Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique, concernant la façon d’utiliser la médiation pénale. Développer une recherche sur la portée et le contenu du droit coutumier haïtien et ses modes de conciliation. (Lire Barthélemy Gérard. Le pays en dehors, essai sur l’univers rural en Haïti, 2e éd. Éditions Henri Deschamps, Port-au-Prince, 1989).

• • • •

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NOTES Chapitre III. Les Recommandations Pour une Réforme Judiciaire en Haïti
1. La réforme de la justice en Haïti ne soulève pas seulement des problèmes techniques. Il faut se pencher aussi sur la question d’encadrement à donner aux cadres de la justice particulièrement la question de salaire. Le salaire de misère des juges a toujours été évoqué comme étant l’une des causes de la corruption dans l’appareil judiciaire. Les juges de paix, surtout présents dans les villes et les bourgs de l’arrière-pays doivent trouver le moyen de vivre avec moins de 200 dollars américains le mois. Le salaire moyen du juge haïtien est d’environ 15.000 milles gourdes par mois soit environ $400 dollars américains, ce qui est très inférieur à un salaire décent et favorise directement la corruption. L’absence de juges professionnels et véritablement indépendants a un effet catastrophique sur le système. Tout en favorisant la corruption, cette situation encourage aussi les responsables d’atteintes aux droits humains qui disposent d’argent ou d’autres moyens d’influence à considérer qu’ils peuvent agir en toute impunité. La très faible rémunération des juges, outre le fait qu’elle les rend plus vulnérables à la corruption, rabaisse leur statut social ; il leur est plus difficile d’exercer leurs fonctions sans crainte car il est aisé de les intimider ou de les influencer. Une rémunération correcte doit être garante pour les juges. N.B. Juge de paix suppléant à Montrouis de 1987 à 1991, je recevais de l’État haïtien comme appointement mensuel un chèque d’un montant de 864 gourdes soit moins de 40 dollars américains à l’époque. 2. La stratégie d’intervention de la communauté internationale a consisté dès 1995 à consacrer l’essentiel de ses efforts d’appui au fonctionnement urgent du système judiciaire existant afin de combattre l’impunité et de maintenir l’ordre et la sécurité, les questions de réforme institutionnelle et des textes étant reportées sur le moyen et le long terme. Les besoins prioritaires identifiés au tout début, dans ce domaine, ont été essentiellement des besoins matériels (rénovation et construction des tribunaux) et des besoins de formation du personnel judiciaire (juges de paix, juges d’instruction et commissaires du gouvernement). Les Tribunaux et parquets ont reçu des appuis très importants de la communauté internationale pour la rénovation et la construction des bâtiments ainsi que pour leur fonctionnement. Les Tribunaux de paix ont été l’objet d’une attention particulière de la part des États-Unis

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qui en dressèrent un inventaire complet et procédèrent à de nombreux travaux de rénovation et de construction. La France a aussi financé la rénovation de plusieurs tribunaux de paix ainsi que la construction de trois d’entre eux. Au moyen d’un emprunt de la Banque Interaméricaine de Développement, l’État haïtien a construit 14 tribunaux de paix. Les quatorze tribunaux de première instance et parquets hors de Portau-Prince ainsi que le tribunal pour enfants de Port-au-Prince ont été entièrement rénovés ou construits à neuf avec l’appui du Canada. Divers projets et programmes d’appui au fonctionnement des tribunaux et parquets ont été mis sur pied notamment par les États-Unis et le Canada. L’appui des États-Unis a consisté en : une assistance logistique aux tribunaux de paix et des actions de formation continue en juridiction auprès des juges de ces tribunaux fournie par des tuteurs expérimentés (23 tribunaux de paix et 2 tribunaux de première instance) ; la mise en place de registres de dossiers dans 83 tribunaux de paix et 2 tribunaux terriens ; un appui à 10 parquets par le biais de la fourniture de matériel de bureau et la mise en place d’un système d’enregistrement, de traitement et de suivi des dossiers (chaîne pénale) ainsi qu’un appui à la mise en place du Bureau de contrôle des détentions préventives (BUCODEP) au Pénitencier national. Pour sa part le Canada a procédé à la formation du personnel des 14 tribunaux de première instance qu’il a rénovés ou construits et meublés ainsi qu’à la mise en place de systèmes de gestion, notamment un système d’enregistrement, de traitement et de suivi des dossiers (chaîne civile). La France a aussi fourni un appui matériel aux cabinets d’instruction (guide du juge, chemises pour dossier d’instruction, registres, meubles de bureau, ouvrages juridiques). (Sources : Etudes réalisées par le Programme des Nations Unies pour le Développement, Bureau pour l’Amérique Latine et les Caraïbes – JUSTICE EN HAÏTI - Rapport octobre 1999, pp. 25-26). Aujourd’hui, la communauté internationale a ralenti ses efforts d’appui au fonctionnement du système judiciaire haïtien, il revient donc à l’État de continuer ces différents projets afin de renforcer l’offre de justice. A ce titre, on doit saluer le projet d’installation du Parquet de Port-auPrince dans un nouveau local à l’Avenue John Brown (Lalue) ainsi que des travaux de rénovation au Palais de Justice en vue de donner à chaque magistrat instructeur un cabinet de travail. 3. Il est bien regrettable de constater que dans bon nombre de nos tribunaux on continue de gérer les dossiers sur des feuilles volantes.

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Il revient à l’État haïtien de continuer les travaux de la mise en place de systèmes de gestion des tribunaux, notamment le système de l’enregistrement, de traitement et de suivi des dossiers entrepris par la coopération canadienne d’appui à la justice en Haïti. Il est une nécessité d’informatiser l’appareil judiciaire afin que certaines décisions ne soient manipulées ou égarées. 4. Créé en 1920, le Conseil Supérieur de la Magistrature est, pour le moment, une émanation de la Cour de Cassation. Déjà en 1999, cette instance avait fait l’objet de nouvelles réflexions, notamment de la part du Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique qui, dans le document de politique générale élaboré par la CPRDJ, considère que, dans le cadre de la Constitution de 1987, «il devient possible de créer un nouveau Conseil Supérieur de la Magistrature» en ajoutant :»La rénovation du Conseil devait contribuer au renforcement de l’indépendance de la magistrature en replaçant le pouvoir du contrôle et des sanctions disciplinaires au sein même de l’institution» (page 41). Il s’avère donc nécessaire de mettre sur pied ce nouveau Conseil Supérieur de la Magistrature afin d’assurer une nette séparation entre le judiciaire et l’exécutif, et en lui attribuant, dans le cadre prévu par la Constitution, les fonctions de sélection, de formation et de discipline pour les magistrats du siège et du parquet. Aussi importante que l’existence même d’un Conseil de la Magistrature détaché du pouvoir exécutif figure sa composition. En effet, il serait efficient que le Conseil comprenne une représentation de tous les niveaux de la magistrature tout en faisant preuve d’ouverture vers la société civile qui pourrait, comme certaines expériences l’ont démontré, en faire également partie. N.B. L’un des deux projets de lois ratifiés par les sénateurs le 9 août 2007 sur la réforme de la justice prévoit la création du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, «l’organe d’administration, de discipline et de délibération de ce pouvoir.» L’une des principales missions des huit membres de ce Conseil est de formuler «un avis concernant les nominations des magistrats du siège et met à jour le tableau de cheminement annuel de tout magistrat.» Ce Conseil qui devra être composé, entre autres, du président de la Cour de Cassation, d’un juge de la Cour d’Appel, d’une personnalité de la société civile et d’un bâtonnier, dispose d’un pouvoir général d’information et de recommandation sur l’état de la magistrature. 5. Le décret du 30 mars 1984 portant révision de la Loi organique du Ministère de la Justice prévoit que le Ministère de la Justice placé sous l’autorité d’un Ministre, a pour attributions spécifiques d’organiser

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l’institution judiciaire, de contrôler les activités des Cours, Tribunaux et Parquets, et le fonctionnement des offices Ministériels. Selon le décret, l’Administration Centrale du Ministère comprend la Direction Générale, la Direction Administrative et la Direction des Affaires Judiciaires. Les directions sont divisées en services et les services en sections. Un règlement intérieur définit les objectifs, les responsabilités et les tâches des différentes directions et des différents services. «Le rôle institutionnel du Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique n’est pas facile à gérer. Le Ministère est souvent perçu comme le responsable politique de toutes les affaires judiciaires. Il se trouve pris en otage par une logique jacobine et centralisatrice mais sans les pouvoirs de fait correspondants (voir décret du 30 mars 1984). L’appui de la coopération internationale – sauf à quelques exceptionss’est en général fondé, sans beaucoup de résultats, sur l’espoir de trouver dans le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique l’institution qui assurerait le leadership qu’elle estimait nécessaire. Or, cette stratégie s’est avérée inadéquate dans les principes et relativement peu efficace dans les faits, car construire un pouvoir judiciaire indépendant du pouvoir exécutif suppose, comme condition préalable, que l’exécutif se dépouille lui-même de ses prérogatives. De plus, l’aide internationale a négligé les autres acteurs du système de justice et, ce faisant, a renforcé l’exécutif comme le seul et unique interlocuteur en matière de réforme de la justice. Le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique reste néanmoins un acteur incontournable et décisif. En effet, il est, entre autres, responsable de l’administration des tribunaux et des parquets. De plus, il est responsable du bon fonctionnement de la police et des prisons. C’est ici que se révèle l’importance de l’enjeu. Le renforcement d’un pouvoir judiciaire indépendant relève autant d’une nette séparation entre l’exécutif et le judiciaire que d’une bonne administration des tribunaux, des parquets et des prisons. Tout projet qui vise à appuyer le Conseil Supérieur de la Magistrature ou le Conseil Supérieur du Pouvoir Supérieur doit viser la modernisation et l’amélioration de l’administration pour rendre l’exercice de la justice plus efficace. Appuyer le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique non pas à

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renforcer en elle-même et pour elle-même sa propre structure d’offre de justice, mais à jouer plus efficacement son rôle d’écoute des demandes de justice pour les intégrer progressivement dans ses comportements et sa propre structure.» (Fiche de projet 7, Programme des Nations Unies pour le Développement, Bureau pour l’Amérique Latine et les Caraïbes – JUSTICE EN HAÏTI Rapport octobre 1999, p. 99). 6. Le budget attribué à la justice n’est pas administré de manière autonome par le système judiciaire, mais directement par le Ministère de la Justice chargé selon le décret de 1995 modifiant la loi du 18 septembre 1985 de l’administration de la justice. Au niveau du budget, il faut que le judiciaire soit autonome. La gestion des tribunaux ne doit pas relever du Ministère de la Justice mais d’une entité administrative contrôlée par le Conseil Supérieur de la Magistrature ou le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire. 7. Vu les articles 175, 176, et 177 de la Constitution du 29 mars 1987 définissant le pouvoir judiciaire, la Justice est nettement sous l’emprise de l’exécutif notamment eu égard à la question de nomination des juges. A ce sujet, une technicienne en administration judiciaire, Jumelle, Michèle César, écrit fort bien à propos dans une analyse : «Il est étonnant de constater que les constituants de 1987 ne soient pas arrivés à se débarrasser de la pesanteur d’une certaine habitude de pensée qui assujettit immanquablement le Pouvoir Judiciaire à l’exécutif, le rôle attribué au Sénat de la République et aux Collectivités Territoriales dans la procédure de désignation des Magistrats ne trouvant son aboutissement que dans la décision finale, suprême et unilatérale de nomination du Président de la République.» (Jumelle, Michèle César, La réforme de la Justice Haïtienne dans la Revue Juridique de l’Université Quisqueya, Vol. II no 1 janvier-juin 2000). 8. L’organisation judiciaire d’Haïti est issue de l’organisation judiciaire napoléonienne et en a conservé à ce jour plusieurs aspects. La Constitution de la République d’Haïti du 29 mars 1987, le décret présidentiel du 22 août 1995 modifiant la loi du 18 septembre 1985 relative à l’organisation judiciaire et la loi sur la réforme judiciaire du 8 mai 1998, sont les principaux textes récents qui conditionnent l’organisation de l’appareil judiciaire et l’administration de la justice en Haïti. Le Corps Judiciaire haïtien compte environ 650 magistrats. Les

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principaux acteurs du système judiciaire sont les juges, les commissaires du gouvernement et substituts, les greffiers et huissiers audienciers qui constituent le Corps Judiciaire. L’appareil judiciaire haïtien est constitué par les Tribunaux de Paix, les Tribunaux de Première Instance, les Cours d’Appel, la Cour de Cassation et des Tribunaux Spéciaux. Le Tribunal de Paix représente le dernier échelon de la hiérarchie judicaire. Il est chargé de régler les affaires de peu de valeur. Il existe environ 185 Tribunaux de Paix à travers le pays. L’article 81 du décret du 22 août 1995 précise qu’il y a au moins un Tribunal de Paix dans chacune des communes et chacun est composé d’un juge, d’un suppléant et d’un greffier. Le Tribunal de Première Instance a la plénitude de juridiction, c’està-dire, qu’il est compétent pour connaître de toutes les affaires civiles, commerciales et maritimes dès lors qu’une loi spéciale n’en attribue pas la connaissance à un Tribunal Spécial. Il existe dix-huit (18) Tribunaux de Première Instance repartis dans les dix (10) départements : Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Les Cayes, Gonaïves, Petit-Goâve, Jacmel, Saint-Marc, Aquin, Fort-Liberté, Hinche, Mirebalais, Grande-Rivière du Nord, Anse-A-Veau, Jérémie, Port-dePaix, Miragoâne, Croix-des-Bouquets, Coteaux. Les Cours d’Appel constituent une juridiction de Droit Commun et de second degré. Elles statuent en fait et en droit. Elles peuvent entendre les affaires civiles, pénales et commerciales. Il existe cinq (5) Cours d’Appel dans le pays. Leurs sièges sont à Portau-Prince, Cap-Haïtien, Gonaïves, Cayes, Hinche. Une Cour de Cassation installée au Palais de Justice de Port-au-Prince joue le rôle de Cour Suprême du pays. Elle est chargée de veiller à la stricte observation de la loi. Vu le nombre de Tribunaux pour l’ensemble de la population estimée à près de 8.5 millions d’habitants, force est de reconnaître que la justice formelle ignore de façon structurelle plus des deux tiers de la population.

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En effet, il n’existe actuellement aucune présence d’un appareil judiciaire quelconque au niveau de la subdivision territoriale de base qu’est la section communale. Dès lors, il devient impérieux à l’État d’augmenter la couverture juridictionnelle du territoire par la création de nouveaux tribunaux de façon à répondre à la demande de justice des citoyens. (Voir projet étude du Ministère de la Justice dans le cadre de l’activation d’un projet de justice itinérante). 9. L’État civil étant pratiquement le premier et souvent le seul service rendu par l’État à chaque citoyen pris individuellement, aucun rapport de confiance ne peut s’établir de façon durable entre les deux protagonistes tant que l’État ne fournira pas la preuve tangible de sa volonté de reconnaître à chacun sa qualité entière de citoyen. La demande de reconnaissance de la qualité et donc de la capacité citoyenne est à la base de toute rénovation. L’État doit donc garantir un statut commun de citoyenneté à toute la population. Pour cela, il est nécessaire d’arriver au plus vite à la rénovation de l’État civil. S’il est certain que l’État s’inscrit par là dans le processus de sa propre transformation en s’élargissant aux dimensions de toute une communauté nationale, il demeure qu’il se situe dans la situation d’institution prestataire de services. Il s’agit en effet pour lui d’assumer à travers son administration une mission d’intégration socioculturelle qui ne peut éviter le préalable de la reconnaissance citoyenne. La recherche de la plus grande intégration suppose donc un effort d’implication, sur une base locale, de l’ensemble des membres de la société pour le lancement d’une véritable campagne de renforcement de l’État civil. En d’autres termes, l’intégration citoyenne doit prendre la forme d’un processus mobilisateur. Le processus de constitution de la citoyenneté au travers duquel on devient sujet de droit gagne à impliquer l’ensemble des membres de la communauté sur une base locale et décentralisée. (Voir dans Justice en Haïti, le sous-titre : un état civil défaillant pour 40% de la population. Rapport publié en octobre 1999, page 33, par la mission des Nations Unies pour le Développement, Projet pour l’Amérique Latine et les Caraïbes). 10. Casier Judiciaire. Référence au projet de la mise en place d’un laboratoire d’analyse scientifique à Port-au-Prince. 11. Constatant que des projets de réformes sont en cours d’élaboration, on remarque que la plupart des nouveaux textes, particulièrement la loi sur le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, ont été adopté sans

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concertation, sans étude d’impact et sans qu’aucun moyen significatif n’ait envisagé pour sa mise en œuvre. On s’inquiète de ce que l’urgence et la pression médiatique commandent le plus souvent l’adoption des réformes. Or, toute réforme sans réflexion collective et sans consensus risque de se révéler illégitime et, de là, inefficace. Illégitime parce que le seul accord du Gouvernement et du Parlement ne suffit malheureusement pas pour pouvoir affirmer qu’un niveau de consensus suffisant est atteint. L’absence de réflexion et de consensus risque aussi de rendre inefficace les actions concrètes à entreprendre car la réforme de la justice doit suivre un chemin complexe où, même si plusieurs acteurs finissent par s’engager, certains autres peuvent y faire obstacle. C’est dans ce contexte que l’on peut considérer comme indispensable la création d’une Commission Nationale de Réforme de la Justice, de préférence placée au niveau Présidentiel, et dont la mission principale doit être de générer ce consensus dans le domaine de la réforme de la justice. Elle devra donc à la fois permettre d’exprimer les intérêts de tous les acteurs, de garantir une participation efficace et constructive de ceuxci et, enfin, de se constituer en lieu de concertation. Ce processus permet non seulement de reconnaître l’existence et le rôle des différents acteurs de justice mais surtout de faire du mode d’élaboration du code et de la loi un processus exemplaire du renouvellement du jeu démocratique. La Commission devrait donc piloter la conception de l’ensemble de la réforme. On doit à partir du travail déjà réalisé par la Commission préparatoire à la Réforme de la Justice et le Plan d’action gouvernemental (PAG) de mai 1999, mettre en place cette Commission de réforme chargée d’actualiser les codes et les lois. La réorganisation de la justice des mineurs, du code rural, l’adaptation du code pénal, du code d’instruction criminelle, du code civil, du code de procédure civile, du code du travail, du code de commerce, du code fiscal etc. à la réalité sociale et économique du pays sont parmi les priorités. L’enjeu, c’est la modernisation de la justice en Haïti. N.B. Ce projet de refonte de codes et de lois ne devrait pas ignorer l’existence du droit coutumier. Bref, les dirigeants haïtiens devraient

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penser à élaborer un plan de réforme de notre système judiciaire conforme à nos valeurs historiques, culturelles et ancestrales. 12. L’État de droit prévaut là où le Gouvernement lui-même est tenu de respecter la loi, tous les membres de la société sont traités de la même façon selon la loi ; la dignité de chaque individu est reconnue et protégée par la loi et la justice est accessible à tous. En conséquence, l’État de droit exige un système judiciaire indépendant dans lequel les tribunaux peuvent interpréter et appliquer les lois et règlements de façon impartiale, prévisible, efficace et transparente. L’application de la loi assure à son tour un climat institutionnel stable dans lequel les conséquences à long terme des décisions économiques peuvent être évaluées. 13. «Le Gouvernement accorde une attention particulière à la mise en œuvre de la réforme de la justice sans laquelle un État de droit ne verra jamais le jour en Haïti. Il insistera également sur la mise en œuvre de la réforme de la Fonction publique, garante d’un État bon gestionnaire.» (Le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis, Déclaration de Politique Générale, juin 2006, p. 4). N.B. Sans un remaniement fondamental du système judiciaire, on ne peut garantir le respect des droits humains, et l’État de droit restera une utopie. 14. Voir différents textes relatifs au principe de la protection des Droits Humains en vigueur en Haïti: Constitution haïtienne du 29 mars 1987 éd. Henri Deschamps, P.au.P., mars 1993, 211 pages. (Moniteur du 28 avril 1987 #36). Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies dans sa résolution 217 A (III) du 10 décembre 1948). Pacte International Relatif aux Droits Civils et Politiques adopté le 16 décembre 1966, entré en vigueur le 23 mars 1976. Convention Américaine relative aux Droits de l’Homme ou Pacte de San José de Costa Rica du 22 novembre 1969, entrée en vigueur le 18 juillet 1978. Code de Conduite pour les Responsables de l’Application des Lois (Nations Unies 17 décembre 1979 résolution 34/169). Décret du 12 septembre 1995 créant un office dénommé : Office de la

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Protection du Citoyen et de la Citoyenne (Moniteur du lundi 16 octobre 1995 #82 A). 15. Au regard des fonctions du maintien de l’ordre de l’institution policière les personnes arrêtées sont détenues dans un commissariat ou un sous commissariat après leur arrestation. En vertu de la législation haïtienne, cette détention ne doit pas dépasser quarante-huit heures avant que le détenu soit transféré dans une prison civile (art. 26 de la Constitution); pourtant dans la réalité des faits, la personne peut être gardée pendant plusieurs jours dans les cellules des commissariats de police. En Haïti, ces personnes placées en détention dans ces postes de police sont dans des cellules aux dimensions réduites, privées d’installations élémentaires et nécessaires tels que : lits, ventilateurs, toilettes. Les prévenus doivent utiliser des « pots » qui restent souvent des heures et même des jours avant d’être vidés. Il faut souligner, qu’en plus, les citoyens en détention sont victimes des comportements anormaux des agents de la force publique qui les brutalisent en foulant aux pieds leurs droits fondamentaux. L’examen des conditions de détention provisoire fait apparaître clairement le dysfonctionnement de l’appareil judiciaire haïtien. La plupart des détenus sont en attente de jugement. Certains n’ont même jamais rencontré un juge depuis leur incarcération. L’illégalité de la détention, sa durée indéterminée et l’incertitude des accusés sur leur sort aggravent la rigueur de l’emprisonnement. Le nombre élevé de prisonniers contribue à détériorer leurs conditions physiques et psychologiques. Parfois, les détenus s’entassent dans des cellules où il leur est impossible de s’allonger. Ils doivent s’adapter à un environnement nouveau et souvent dangereux. Le surpeuplement et la saleté facilitent la transmission de maladies infectieuses. L’article 9-3 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dispose que la détention provisoire ne doit pas être la règle mais l’exception. Aussi, face aux abus de droit constatés sur la personne des détenus, il importe que des actions concrètes soient envisagées pour résoudre l’épineux problème de la détention arbitraire et prolongée.

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16. La force de police haïtienne a fait des efforts considérables pour former son personnel, se déployer – particulièrement dans les zones urbaines- dans un pays aux moyens de communication difficiles, s’engager dans l’organisation de services opérationnels spéciaux, se doter d’une administration acceptable et, enfin, s’acheminer sur la voie du contrôle interne à travers l’Inspection Générale. Tous les interlocuteurs s’accordent à dire que la police est pratiquement la seule institution ayant accompli de sérieux progrès au cours des dernières années. Quoi qu’il en soit, elle se trouve toujours isolée dans le contexte institutionnel haïtien. En effet, la démarche consistant à renforcer l’organisation de la police sans la concevoir comme faisant partie du système d’administration de la justice dans son ensemble et sans renforcer en même temps l’appareil judiciaire avec –au moins- les mêmes moyens, conduit à l’incapacité du système judiciaire de contrôler la légalité de l’activité de la police (de la détention, de l’enquête, etc.). Le renforcement isolé de la police réaffirme la perception sociale de l’État comme structure potentiellement violente et expose cette nouvelle institution à un renouvellement de la méfiance traditionnelle de la population envers les institutions étatiques. Ces raisons précitées confirment l’idée que la réforme, ou plutôt, dans le cas haïtien, la création de la police, ne doit pas être conçue comme un problème isolé du reste du schéma institutionnel, mais qu’elle doit faire partie d’une stratégie générale de transformation du système de justice. Il est souhaitable d’envisager une approche novatrice de la réforme de ce secteur, de façon à rééquilibrer le cadre institutionnel et à éviter des dérives involontaires. Aussi, il faut renforcer le principe du contrôle judiciaire pour empêcher ou punir les abus de droits des agents de la police sur les citoyens. Rappelons que la Constitution de 1987 dispose à l’article 274 que : «les agents de la force publique dans l’exercice de leurs fonctions sont soumis à la responsabilité civile et pénale.» Le même principe est repris par l’article 29 du code de discipline de la PNH. 17. La nouvelle force de police a été mise en place, dans l’urgence, sous la forte pression de la communauté internationale et en raison de la hâte du gouvernement de combler le vide institutionnel provoqué par la disparition de l’armée. C’est sans doute pour cette raison que la discussion sociale à cet égard n’a pas eu lieu et que l’actuelle organisation policière

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n’a pas encore établi de véritable communication avec la population. Quel modèle de police pour Haïti et pour les Haïtiens ? La question reste toujours d’actualité. 18. Référence à l’importance de la campagne d’éducation civique pour informer le public du rôle de la police au service de la population. 19. S’il est vrai que bien des choses se sont améliorées avec la présence du nouveau directeur Mario Andrésol à la tête de la PNH, il n’en reste pas moins que les mauvais traitements infligés par des policiers restent encore trop nombreux. Dans la pratique et selon la tradition, le policier réagit toujours comme s’il était au-dessus des lois et en tous cas largement au-dessus de l’appareil de justice sur qui, pourtant, est reportée la responsabilité de cette impunité. Les rapports d’enquêtes réalisées tendent souvent à justifier l’action policière et à innocenter les policiers des accusations de la population. La sanction contre certains agents pour les abus commis, dans les rares cas, reste par ailleurs le plus souvent pour la police une affaire interne. De toutes ces considérations, il est indispensable que l’État s’engage à renforcer ses moyens d’action de sorte que les pratiques arbitraires et quotidiennes ne se renouvellent plus. L’État haïtien doit s’engager à travers la direction d’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) à ce que des enquêtes rapides et efficaces entraînent l’appréhension des policiers coupables des violations des droits de l’homme. Pour que la population soit confiante de la volonté ou de la capacité de l’État de sanctionner des abus, il est important de rendre publics les résultats des sanctions. 20. Une société civile organisée peut apporter son soutien dans la lutte contre les actes qui violent les droits des citoyens. En s’engageant activement, cette société civile organisée peut devenir un organe de dénonciation d’abus à une échelle tant nationale qu’internationale. En somme, cette société civile sera un véritable front social en vue de faire échec aux actes arbitraires des agents de l’État. 21. Plusieurs études ont été réalisées sur le renforcement de l’État de droit en Haïti. Voir dans la Bibliographie la liste des colloques, des rapports, des ouvrages écrits sur la question. 22. Les derniers rapports et statistiques font état d’une nette amélioration dans le domaine du respect des droits humains en Haïti. La question de rétablir la sécurité a été une première bataille gagnée par l’actuel gouvernement. En effet, le projet de restructuration du

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Parquet de Port-au-Prince logé dans un local rénové à l’Avenue John Brown et le renforcement de la capacité d’intervention de la police surtout dans les zones métropolitaines de Port-au-Prince sont des signes d’encouragement. 23. Voir l’arrêté présidentiel du 3 février 2005 du gouvernement Boniface/Latortue créant la Commission nationale de désarmement. N.B. Des recherches menées en 2004 et 2005 par le programme Small Arms Survey, basé à Genève, montrent que, en Haïti, prés de 170.000 armes se trouvent entre les mains des particuliers, de divers groupes armés et des bandes criminelles, de services de sécurité et des responsables de l’application des lois. Selon le rapport de Small Arms Survey, il n’existe pas à ce jour de registre complet, précis et actualisé des armes à feu ; il existait bien un registre national, mais il a été abandonné, bien que des permis de port d’armes aient été accordés début 2005. Les chiffres officiels donnés dans le rapport indiquent que, en 2001, la police nationale avait enregistré 20300 armes possédées légalement par les civils. 24. Le respect des droits fondamentaux constitue un idéal auquel les nations, les gouvernements aspirent. Mais, l’histoire montre que ces droits ne sont pas définitivement acquis ; et qu’il y a souvent eu des avancées et des reculs de l’humanité en ce domaine. Haïti s’est dotée d’un outil tendant vers un idéal dans le cadre des droits humains par la Constitution du 29 mars 1987 qui est inévitablement, l’acte juridique de la plus haute valeur. Cette Constitution instaure des obligations pour les gouvernants comme pour les gouvernés et dont le respect doit être immédiat et incontestable. Cependant, les violations des Droits de l’Homme surviennent de temps à autre. L’excès de zèle des responsables de certaines institutions, l’inclination de certains individus, leur conception de l’autorité, les conduit souvent à vouloir fouler aux pieds les droits fondamentaux du citoyen par des actes arbitraires, contraires aux dispositions constitutionnelles. A cet égard, même l’appareil judiciaire, autorité compétente pour réprimer ces actes et porter secours aux victimes se révèle inapte à reformer ces violations. Il est donc du devoir de l’État de renforcer l’appareil de justice pour frapper les auteurs des violations et montrer ainsi sa volonté de faire respecter les Droits Humains. 25. L’article 24-3 de la Constitution concernant la liberté d’un individu édicte clairement que : « La responsabilité est personnelle. Nul ne peut

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être arrêté à la place d’un autre.» Ce principe est d’ordre constitutionnel mais dans la réalité haïtienne, le respect strict de l’esprit et de la lettre de la Constitution n’est pas pris en considération. En recherchant un individu soupçonné d’avoir commis une infraction punie par la loi, les auteurs des actes arbitraires ont toujours tendance à arrêter sans autorisation judiciaire un membre influent de la famille, un ami proche jusqu’à ce que celui à qui le fait a été imputé ait décidé de se livrer. L’État doit intervenir énergiquement pour mettre un terme aux arrestations arbitraires et prendre des mesures efficaces pour mettre fin à la pratique de la détention préventive. Ainsi, les garanties suivantes doivent être appliquées : a.- Toutes les détentions doivent être enregistrées et contrôlées. b.- Les détenus doivent êtres présentés rapidement à un juge – La Constitution haïtienne de 1987 dispose que les détenus doivent être entendus par un juge dans les quarante-huit heures de leur arrestation ou libérés. c.- Les détenus doivent avoir la possibilité de consulter un avocat et un médecin de leur choix dès leur arrestation. d.- Tous les détenus doivent avoir la possibilité de contester la légalité de leur détention. e.- Les juges doivent s’assurer que les détenus n’ont pas été torturés ou maltraités et doivent engager des poursuites en cas de tortures ou de mauvais traitements présumés. f.- Il faut mettre en place un système de visites d’inspections régulières, indépendantes et sans aucune restriction de tous les lieux de détention, y compris des prisons placées sous les auspices de l’Administration Pénitentiaire Nationale (APENA) et des postes de police. Ces visites pourraient être menées par des organisations non gouvernementales, qui devaient être autorisées à se rendre dans tous les lieux de détention sans restriction. 26. Le respect de la présomption d’innocence en Haïti n’est pas pris en considération. Parfois, le prévenu au visage tuméfié est présenté à la presse de façon à ce qu’il soit déjà condamné par la société avant même que la justice ne se soit prononcée. Or, selon la Déclaration Universelle

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des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 et le Pacte International relatif aux droits civils et politiques ratifiés par Haïti aux articles respectifs 11-1 et 14 : «Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.» Ainsi, les violations de ce principe, le non respect du secret de l’instruction à travers les réactions de la Police et de la Presse, peuvent constituer de fortes influences non seulement sur la population mais également sur le magistrat. L’État doit donc veiller à ce que les procès soient conformes aux normes internationales reconnues relatives à l’équité des procès, notamment à l’article 14 du PIDCP, auquel Haïti est partie. 27. Les dispositions fondamentales protégeant les droits des détenus figurent dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 incorporée dans le droit haïtien. Par ces dispositions, on cherche à favoriser le respect et la dignité de tous les êtres humains y compris des individus accusés d’infraction. Or, les atteintes à ces normes sont légions. Les conditions de détention au Pénitencier National et dans d’autres établissements pénitentiaires, les instructions judiciaires trop longues sont autant de facteurs qui contribuent le plus à des injustices dans les prisons. Au regard du système pénitentiaire haïtien, si de légères améliorations se produisent, il n’en demeure pas moins que les conditions dans les prisons sont bien encore en dessous des règles minima pour le traitement des détenus. Les prisonniers soumis à la torture et aux mauvais traitements de la part des autres détenus et/ou des gardiens de prison ne sont point considérés comme des citoyens ayant des droits. L’État doit établir des garanties pour empêcher que ces atteintes aux droits humains ne se reproduisent à l’avenir notamment en permettant à tous les détenus immédiatement et sans restriction de consulter un avocat, de voir leur famille et de recevoir des soins médicaux. 28. Pour combattre les exécutions extrajudiciaires, l’État doit : a.- condamner publiquement et énergiquement les exécutions extrajudiciaires ; b.- interdire explicitement ces infractions dans la législation et veiller à ce qu’elles soient punies par des peines appropriées tenant compte de la gravité du crime ;

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c.- veiller à ce que les responsables de l’application des lois n’utilisent la force que quand c’est strictement nécessaire et seulement dans la mesure requise par les circonstances ; la force meurtrière ne doit pas être utilisée sauf en cas de nécessité absolue pour protéger la vie ; d.- veiller à ce que les responsables des forces de sécurité exercent un contrôle hiérarchique strict pour que des agents placés sous leur commandement ne commettent pas d’exécutions extrajudiciaires. 29. Des séances de formation en Droit de l’Homme des agents des différentes fonctions publiques à l’échelon national devraient être organisées. L’École de la Magistrature restructurée pourrait accueillie ces séances. 30. Voir l’article 27-1 de la Constitution haïtienne du 29 mars 1987 sur la responsabilité pénale et civile des Agents de l’État. 31. La pensée ici est que la réforme de la Justice en Haïti ne peut se concevoir en dehors de la réforme de l’État. Pour une réforme réelle de la justice en Haïti, on doit aller vers la refondation même de l’État haïtien. «La modernisation de l’État, l’une des pièces maîtresses de l’action du Gouvernement, comporte trois dimensions : la refondation de l’État, l’appui à la consolidation des institutions démocratiques, le déploiement de l’État sur l’ensemble du territoire national. Elles contribueront à la normalisation politico-institutionnelle et à l’instauration du nouvel État.» (Le Premier Ministre haïtien Jacques Edouard Alexis, Déclaration de Politique Générale, juin 2006, p.4) 32. «… La quatrième condition, et non la moindre, est celle que les Haïtiens et les Haïtiennes réclament aujourd’hui avec le plus d’insistance. Ils veulent que l’État prenne ses responsabilités pour assurer le maintien de l’ordre et de la sécurité ainsi que la protection des personnes et des biens : en un mot, ils veulent que l’autorité de l’État soit restaurée, le Gouvernement mènera une lutte de tous les instants contre toutes formes de criminalité, et il s’engage à réduire significativement l’insécurité dans nos villes et dans nos campagnes en améliorant la présence de nos forces policières sur le territoire national et en facilitant la mise en œuvre d’un réel programme de désarmement, de mobilisation et de réinsertion. Il demeure entendu, par ailleurs, que la sécurité ne peut être effective, ni durable sans une réelle élévation du niveau de vie et un meilleur accès à une justice équitable.» (Le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis, Déclaration de Politique Générale, juin 2006).

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NOTES Chapitre IV. La Réforme Judiciaire en Haïti : un défi a relevé
1. Notre étude constate que le système judiciaire haïtien n’est pas en mesure de poursuivre, d’instruire et de juger dans de bonnes conditions la délinquance financière. Dans les rares affaires pénales financières, l’accusation, donc la société, est en état d’infériorité face aux bataillons d’avocats d’une entreprise, face aux experts-comptables : le parquet oppose un substitut bien seul qui, parfois, n’a même pas suivi l’instruction. La faiblesse du nombre des experts et des assistants de justice ne permet pas à la justice financière de fonctionner rapidement et efficacement : les magistrats et les services d’enquêtes sont dépourvus des moyens les plus essentiels pour remplir leurs fonctions. Face à ce vide, il est recommandé de combler les besoins de formation des professionnels de justice tout en souhaitant également l’amélioration de la transparence des circuits financiers. La situation actuelle favorise l’impunité et porte atteinte à l’ordre public économique et entraîne une grande inégalité des citoyens devant la loi. A cet égard, il nous faut : - gérer le problème de compétence des magistrats sur les questions économiques ; - une administration de la justice capable de répondre dans des temps raisonnables aux dossiers dont elle est saisie ; - des moyens pour une gestion modernisée des enquêtes financières. Il faut renforcer la capacité des institutions nationales dont la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA), l’Unité Centrale de Renseignement Financier (UCREF), l’Inspection Générale Financière (IGF), l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) et la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP). 2. Voir la loi du 6 septembre 1982 définissant l’administration publique nationale. (Moniteur du 28 octobre 1982 #75) et la loi du 19 septembre 1982 établissant le statut général de la fonction publique haïtienne (Moniteur du 11 novembre 1982 #78). Voir Constitution haïtienne de 1987, chapitre de l’Administration Publique. 3. La réforme du pouvoir judiciaire est indispensable pour faire face aux

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phénomènes de globalisation et d’intégration de l’économie mondiale. En cette période de profondes mutations, l’ordre légal est indispensable. Par exemple, l’un des défis auxquels se trouvent confrontés les pays en voie de développement est la mise en place d’un système judiciaire moderne et efficace, susceptible de favoriser l’éclosion d’une atmosphère de sécurité et de confiance pour tous leurs citoyens. Haïti ne fait point exception à la règle. Sans un système judiciaire efficace, sans des lois claires et précises, sans des procédures flexibles favorisant la croissance des activités économiques et financières, le développement du pays ne sera qu’une utopie. D’ailleurs, les décisions d’investissement sont prises, de nos jours, sur la base de considérations économiques. Les investisseurs veulent s’assurer que le pays dispose d’un pouvoir judiciaire indépendant, que c’est le droit et non l’arbitraire qui régit les relations sociales et économiques. En plus, la modernisation du système judiciaire vise la satisfaction des principales revendications de la population. Il s’agit bien entendu, de l’établissement d’un système garantissant la distribution d’une justice saine, objective, impartiale et célère. Seul un pouvoir judiciaire indépendant et une administration judiciaire autonome peuvent promouvoir pareille justice. (Voir Problématique de la Réforme Judiciaire en Haïti. Philippe Vixamar, mars 1996). 4. Lire la Déclaration de Politique Générale du Premier Ministre Jacques Édouard Alexis sur la Modernisation de l’État, juin 2006, p. 4 :» La construction d’un pays moderne suppose la modernisation de l’État luimême. Cette transformation fera de notre État : • Un État stratège, c’est-à-dire un État capable de jouer efficacement son rôle normatif d’orientation et d’impulsion du développement économique et social de la nation et de fournir les services essentiels aux citoyens. Un État décentralisé au sein duquel les Collectivités territoriales seront en mesure de jouer un rôle actif dans le développement de leurs régions respectives. Un État de droit qui assure en tout temps et en toutes circonstances le respect de la règle de droit et la protection des citoyens et citoyennes, sans discrimination, contre toutes formes d’arbitraire. Un État bon gestionnaire qui appliquera les politiques publiques avec rigueur, efficacité et efficience.»

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5. La création d’une École de la Magistrature en Haïti (EMA) en 1996 a donné naissance à un noyau de jeunes magistrats compétents et courageux déterminés à mener la bataille pour le changement de l’appareil judiciaire haïtien. Cependant, le manque d’encadrement et le sabotage du système par certaines autorités politiques “anti-changement», ont presque annulé les élans de ces professionnels. 6. Dans l’immédiat il convient, pour démarrer le processus de Réforme de la Justice en Haïti, de chercher à valoriser en priorité ce qui a été fait en tenant compte des leçons tirées de l’expérience de ces dernières années et de placer cette stratégie dans la perspective du long terme. Toutes les analyses effectuées concernant la dimension systémique du problème de la justice débouchent obligatoirement sur des changements structurels et doivent donc se situer dans la perspective de la longue durée. Sur ce point, elles rentrent apparemment en contradiction avec la précarité propre à toute intervention sous forme de Mission des Nations Unies. Le fait qu’une Mission se caractérise généralement par sa durée limitée et par des objectifs définis en fonction d’une conjoncture particulière la rend à priori impropre à soutenir des programmes à long terme. Or, il semble que là résident certaines des causes de l’incapacité des interventions à obtenir des résultats notamment en matière de renforcement institutionnel. La nature des problèmes à résoudre nous oblige à chercher les moyens d’une articulation entre les contraintes liées à la durée généralement courte et au mandat limité des interventions extérieures, en particulier en ce qui concerne une Mission des Nations Unies, et des objectifs à long terme, seule condition d’une prise en charge réelle et durable des résultats. Cette option de fond commande donc d’inscrire le travail de renforcement institutionnel intensifié dans une stratégie d’ensemble définie sur la base de la politique publique conçue pour ce secteur. Il demeure entendu que cela ne peut se faire que dans le cadre d’un État qui effectue des choix stratégiques et tactiques et qui intègre l’apport international dans sa stratégie de mise en œuvre de la politique nationale. Il s’en suit que les projets doivent être conçus, mis en place et évalués conjointement avec les acteurs locaux, sociaux et institutionnels. L’aide internationale doit dès lors se couler dans le moule de l’accompagnement technique et intégrer une dynamique où tous les acteurs locaux se conjuguent avec l’appui des institutions internationales.

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Il faut pour cela se donner du temps. Comme le suggère le Conseil Économique et Social des Nations Unies dans son rapport sur Haïti (juillet 1999), il serait préférable d’abandonner l’aspect urgence et réhabilitation pour celui de long terme et de construction. Autant, sur le court terme, on est obligé de travailler dans le contexte existant, notamment celui des acteurs en place, autant, si l’on se donne un délai de dix ans, on doit chercher à déboucher sur d’autres partenaires. Cela suppose évidemment un projet de société intégrant le projet et non plus seulement un simple projet de l’État. Or, un tel projet ne peut exister que s’il rassemble Il faut tenir compte de la faiblesse actuelle de l’État. Pour cela il convient : a. de ne pas trop miser sur les seuls aspects institutionnels, législatifs et réglementaires pour résoudre les difficultés. Le risque serait alors, soit de ne pas aboutir, soit d’aboutir à des textes destinés à rester inappliqués ; b. de ne pas surévaluer la capacité de l’État à se reformer lui-même ; c. de le renforcer grâce à l’appui des citoyens et des structures intermédiaires ; d. de ne pas accentuer les déséquilibres actuels entre les institutions ellesmêmes : police, justice et prison. (Voir document préparé par le Conseil Économique et Social des Nations Unies sur Haïti, juillet 1999). 7. Vote de la loi sur le Statut de l’École de la Magistrature déposée devant le Parlement. 8. La réforme judiciaire vise en définitive à accroître l’Indépendance, l’efficacité et l’équité du système juridique ainsi que l’accès à la justice ; il est impératif que les tribunaux se comportent avec compétence et probité sur le plan opérationnel et administratif pour que la justice égale pour tous soit une réalité partout. En Haïti, on doit renforcer le pouvoir judiciaire comme un des pouvoirs de l’État, nettement séparé des pouvoirs exécutif et législatif.

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RÉLEXIONS
1. Eddy Nelson est avocat militant au Barreau de Port-au-Prince. 2. Gladys Legros est avocat militant au Barreau de Port-au-Prince. 3. Ernélio Gassant est avocat militant au Barreau de Port-au-Prince. 4. Sabine Boucher Magistrate est diplômée de l’École de la Magistrature. 5. Renan Hédouville est avocat et il est également le Secrétaire Général du CARLI (Comité des Avocats pour le Respect des Libertés Individuelles). 6. Stanley Gaston, avocat est le Président de l’Union des Jeunes Avocats Haïtiens. 7. Jean Vandal est ancien Ministre de la Justice et actuellement avocat militant au Barreau de Port-au-Prince. 8. Gérard Gourgue est ancien Ministre de la Justice et ancien Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Barreau de Port-au-Prince. 9. Camille Leblanc est ancien Ministre de la Justice et actuellement avocat militant au Barreau de Port-au-Prince. 10. Henri Dorléans est professeur d’Université et ancien Ministre de la Justice. Il est l’auteur du livre : La Réforme Judiciaire : une question de méthode et de sens de responsabilités. 11. Jean Marie Robert Paulvin est avocat militant au Barreau de Port-au-Prince. 12. André Michelle Civil est avocat militant au Barreau de Port-auPrince. 13. Ketsia Charles Magistrate est diplômée de l’École de la Magistrature. 14. Antoine O. Vilaire est avocat militant au Barreau de Port-au-Prince. 15. Heidi Fortuné est Magistrat instructeur au Cap-Haitien et chroniqueur juridique au journal le Matin. 16. Juan Gabriel Valdès, Diplomate chilien et représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU pour Haïti. A ce titre, il est le chef de la Mission des Nations Unis pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH). 17. Danielle Saada, Magistrate française et chef de la section Justice de la MINUSTAH. (Conférence de presse du jeudi 5 0ctobre 2006). 18. M. Louis Joinet est expert indépendant de l’ONU sur la coopération technique et la situation des Droits de l’Homme en Haïti.

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19. Déclaration de Politique Générale du Premier Ministre Haïtien Jacques Edouard Alexis, le 6 juin 2006. 20. Jean-Claude Bajeux est le directeur du Centre Œcuménique des Droits Humains. 21. Jean Lhérisson est le directeur du Centre Haïti Solidarité Internationale. 22. Père Jan Hanssens est le président de la Commission Episcopale Justice et Paix. 23. Max Antoine est ancien Ministre de la Justice en 1997. 24. L’article 207 de la Constitution du 29 mars 1987 crée un office de la Protection du Citoyen dont le but est de protéger tout individu contre toutes les formes d’abus de l’administration publique. L’Office est dirigé par un citoyen qui porte le titre de Protecteur du Citoyen. Il est choisi par consensus entre le Président de la République, le Président du Sénat et le Président de la Chambre des Députés. Il est investi d’un mandat de sept ans, non renouvelable. Un décret du 12 septembre 1995 définit l’organisation, les attributions et le fonctionnement de l’Office. 25. Le décret de 1995 sur la gratuité des actes de l’état civil a failli engendrer un blocage de tout le système. Le texte avait prévu la délivrance gratuite des expéditions d’actes de naissance. Or, il se trouve que lors de la publication de ce décret, non seulement il n’existait pas de registres – puisque l’État n’en avait pas fourni depuis longtemps – mais même les formulaires pour les expéditions, vendus par la Direction des Impôts, n’étaient pas disponibles. Le décret de 1995 est resté lettre morte. 26. La Commission Préparatoire à la Réforme du Droit et de la Justice (CPRDJ) (1997-1999) a produit plusieurs documents de travail, un Document de politique générale, un Plan stratégique et un Programme d’actions à court terme. Le Document de politique générale de la CPRJ fait l’analyse du contexte de la réforme judiciaire et des exigences de la société civile à l’égard de l’administration de la justice, et propose un nouveau modèle de justice et une stratégie d’intervention. Les conclusions des travaux de la Commission non seulement ont été entérinées officiellement mais le Plan d’action gouvernementale (PAG) de mai 1999 a spécifiquement prévu, en priorité, au titre de la justice sociale : «L’enchantement, après validation, du processus de mise en application des propositions de la Commission de Réforme du Droit et de la Justice.»Cette déclaration permet de s’appuyer sur une identification

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des besoins exprimés officiellement dans le cadre d’une politique d’ensemble. C’est donc à partir du «Document de politique générale», établi dès juillet 1998, et du Plan stratégique qui en découle qu’il est possible de saisir les priorités officielles pour tenter d’y répondre dans le cadre d’une stratégie à long terme de l’aide internationale. 27. Le 18 décembre 1997, le Sénat a adopté le projet de loi-cadre sur la Réforme de la Justice déposé au Parlement le 3 octobre 1996. La loi devient définitive en 1998. Cette loi du 8 mai 1998, publiée dans le moniteur le 17 août 1998, concernant la réforme judiciaire met au tout premier rang de ses objectifs la réorganisation du Conseil Supérieur de la Magistrature en tant que direction du pouvoir judiciaire et que garant de l’indépendance de la magistrature. Ce même élément est repris parmi «les grands choix» du Plan d’action gouvernementale de mai 1999, tant il est évident que le pouvoir judiciaire souffre actuellement, de façon formelle et informelle, de la tutelle pesante et parfois autoritaire de l’exécutif. L’ensemble de l’organisation judiciaire de type napoléonien se repartit tout d’abord en une organisation hiérarchique des échelons juridictionnels. C’est ainsi que la promotion des subalternes dépend, suite à une concentration progressive du pouvoir vers le sommet, du contrôle de l’exécutif. - Le Pouvoir du Ministre de révocation/nomination des Juges de Paix a été maintenu par la Constitution de 1987. - Les Commissaires du Gouvernement et leurs Substituts sont les agents du pouvoir exécutif auprès des tribunaux (Art. 23 du décret du 25 août 1995). - Les Juges de Paix sont les auxiliaires du parquet et se trouvent ainsi dans l’orbite du pouvoir. Il est évident qu’une telle situation doit être reconsidérée si l’on veut donner son indépendance au judiciaire. 28. Le dispositif d’observation rattaché à une Mission internationale pouvait éventuellement entraîner une série d’effets pervers pouvant provoquer des résultats inverses de ceux escomptés et même compromettre les dynamiques locales. En effet, si l’on n’y prend garde, la présence d’une Mission est susceptible de renforcer dans les mentalités des postures d’assistés et d’ancrer dans l’imaginaire collectif le modèle du gendarme étranger.

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Une certaine inertie des appareils administratifs peut dès lors tendre à forcer les membres de la Mission à accomplir une tache de suppléance. Loin de produire des effets positifs, pareille attitude ne peut que contribuer au défaitisme, au déplacement des responsabilités et constituer un obstacle à la dynamique de pression exercée sur l’État pour l’aider à remplir pleinement ses fonctions. S’il y a lieu de faire une étude détaillée sur la problématique de la justice en Haïti, il faut faire appel en tout premier lieu aux compétences nationales (juristes, sociologues, anthropologues, militants des droits humains etc.) qui, encadrés par des compétences étrangères, peuvent faire mieux comprendre le problème posé par la coexistence de deux droits en Haïti : «un droit formel et un droit informel» qui est rarement soulevé même dans le contexte actuel marqué par une volonté de réforme. Réforme conçue par la partie libérale de l’élite qui a du mal à concevoir autrement que de façon anecdotique cette autre réalité. Or souvent, les divergences entre les deux sont fortes. Pour suggérer brièvement l’importance de celles-ci on citera ces quelques lignes de l’anthropologue André Marcel d’Ans (1987) à propos des questions foncières en Haïti :»La coexistence de deux modalités de propriété révèle en fait – tout comme d’ailleurs c’était le cas au Moyen Age – un état de tension entre deux conceptions reposant sur des principes antagoniques :

- D’une part, un système de propriété «moderne» ou l’individu étant sujet de droit sui juris, la terre est essentiellement devenue une valeur d’échange. Dans ce système, formalisé par le Code Civil, « nul n’est tenu de demeurer dans l’indivision.» - Et d’autre part un système lignager ou les droits sur la terre matérialisent l’appartenance à une «société de parents» pour laquelle la terre, représentant l’élément concret de la cohésion sociale, est par définition inaliénable.»
Face au droit fort et autoritaire de l’élite s’appuyant sur les codes napoléoniens, l’autre pôle a ainsi mis en place ses propres règles et ses propres solutions dans le cadre de pratiques qui, bien que non codifiées, n’en constituent pas moins un véritable droit coutumier ou informel, parallèle au code officiel qui les a toujours ignorées. Au départ, comme le note de façon assez surprenante un des grands juristes haïtiens du 19ème

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Siècle, Linstant Pradines :»On adopta en 1825 le code Napoléon, avec les modifications politiques qui réclament nos mœurs et nos institutions, modifications du reste peu nombreuses.» Apparemment, en matière d’héritage, de statut matrimonial, de droit de la famille et de propriété foncière, le fossé devient plus important et n’a cessé de s’élargir puisqu’on a abouti, par exemple face au mariage, à un état matrimonial spécial, dit le plaçage, qui est celui de plus de 65% des couples à l’heure actuelle dans les bidonvilles et les campagnes. Comme le constate Me. Exumé, ancien ministre de la justice en 1995, il existe bien en Haïti :»un droit informel qui est peut être plus puissant que le droit formel.» Il serait difficile pour l’expert étranger de comprendre comment s’effectue encore, dans la pratique, la régulation sociale en Haïti. Le poids de la sorcellerie, de l’auto-justice dans la vie courante des paysans voire même dans le quotidien de certains citadins. Ce que l’on appelle la justice populaire ou «une justice du pauvre». Un spécialiste haïtien Emerson Douyon, psychiatre de l’Université de Laval (Québec), décrit ainsi ce mécanisme en 1984 :»d’autre part, il existe une justice parallèle ou populaire, rappelant par certains côtés la justice coutumière africaine. Justice expéditive, sans appel, soumise à la loi du Talion, conforme au modèle de persécution… Attaque et défense, magie et contre magie, font partie de ce modèle de méfiance et de persécution omniprésent dans le système magique. «Défaire» pour un autre client ce que le client précédent vous avait demandé de «faire», renvoie à la nécessité de renforcer toujours la «garde» pour une protection maximum. Jouer sur les deux tableaux à la fois, travailler pour la poursuite ou pour la défense de façon alternative, fait partie des règles du jeu de la consultation dans la relation entre le client et son hougan.» La problématique de la réforme de la justice en Haïti se situe donc autour de cette brûlante question à savoir :»Comment concilier ces deux types de droit, le droit formel et le droit informel en Haïti»? Il demeure entendu que la réponse à une pareille question ne peut se trouver qu’avec l’apport d’un État qui effectue des choix stratégiques et tactiques et qui intègre l’apport international dans sa stratégie de mise en œuvre de la politique nationale. Il s’en suit que les projets doivent être conçus, mis en place et évalués en tout premier lieu avec les acteurs

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locaux, sociaux et institutionnels et non avec un afflux d’intervenants étrangers dont les intérêts ne sont pas nécessairement compatibles avec les objectifs poursuivis par l’État haïtien. 29. Trop souvent les tentatives de réforme sont parties de la prise en compte de la seule offre de services que propose l’État. Cette approche unilatérale et exclusive qui part de l’examen des contraintes liées au seul fonctionnement de l’institution judiciaire ne prend pas en compte les citoyens en tant qu’acteurs de justice. Aussi, la justice est-elle toujours restée une affaire exclusive de l’État. Or, elle ne peut se rénover que si elle commence par reconnaître l’existence de forces au sein de la société civile avec qui s’associer pour mener à bien le processus de réforme. La véritable décentralisation, dont la justice peut devenir un exemple, repose par exemple sur la prise en compte de l’initiative de tels acteurs sociaux. Cette fonction est normalement dévolue à une Commission Nationale de Réforme de la Justice, qui pour mieux piloter l’ensemble de la réforme doit pouvoir constituer le lieu de concertation entre les différents acteurs concernés. Ce processus permet non seulement de reconnaître l’existence et le rôle des différents acteurs de justice mais surtout de faire du mode d’élaboration du code et de la loi un processus exemplaire du renouvellement du jeu démocratique. 30. Le 22 avril 1994, trois ans après le coup d’état qui a renversé le président Jean Bertrand Aristide, l’armée haïtienne et les paramilitaires du FRAPH (Front pour l’Avancement et le Progrès d’Haïti) ont entouré le quartier de Raboteau aux Gonaïves dans le Nord d’Haïti. Pendant ce qu’on appelle maintenant le massacre de Raboteau, soldats et forces du FRAPH ont pillé les maisons et tiré sur les habitants qui essayaient de s’enfuir. Ils ont battu et torturé des centaines de personnes, ont poursuivi ceux cherchant de l’aide auprès des hôpitaux jusqu’à Portau-Prince. Alors que la mort de seulement 8 personnes a été documentée, on estime que ce jour-là, il y a pu avoir plus de quinze personnes tuées, mais on ne saura jamais exactement le nombre total. L’armée a interdit aux parents des victimes de venir récupérer les corps qui ensuite ont été rapidement brûlés ou enterrés par les soldats, dévorés par des cochons ou des chiens ou encore emportés par la mer. Le documentaire Pote Mak Sonje présente la manière avec laquelle une communauté s’est mobilisée pour aboutir au procès capital de Raboteau. Narré par certains survivants du massacre de Raboteau, Pote Mak Sonje : le Procès de Raboteau confronte leurs témoignages chargés d’émotions avec les moments clés de ce procès. (Documentaire tourné

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NOTES
en février, 2003, Réalisations Harriet Hirston). Plusieurs militaires cantonnés aux Gonaïves à l’époque des faits ont été jugés, reconnus coupables, ils ont été condamnés par le tribunal criminel siégeant avec assistance de jury. Tous les membres du Haut-État Major de l’Armée d’Haïti en fuite ont été jugés et condamnés par contumace. Mais, la Cour de Cassation dans un arrêt du 3 mai 2005 a annulé le jugement rendu le 10 novembre 2000 par le Tribunal Criminel des Gonaïves au motif que ce dernier, “siégeant avec assistance du jury était incompétent rationae materiae pour connaître des crimes et délits reprochés aux accusés.” Selon les arguments avancés par la Cour de Cassation le 3 mai 2005, le Tribunal Criminel des Gonaïves, siégeant avec assistance d’un jury, n’était pas compétent pour juger l’affaire, ce qui entraîne la nullité de la décision. La Cour de Cassation a cité à l’appui la loi du 29 mars 1928. [Art 3 de la loi du 29 mars 1928 : Dans les cas de connexité prévus en l’article 110 du code d’instruction criminelle, aussi bien que dans les cas où les infractions auraient été commises par le même individu, si l’une d’entre elles est qualifiée crime, le juge d’instruction statuant sur le tout par une seule décision renverra la cause par-devant le tribunal criminel qui jugera sans l’assistance du jury]. Amnesty International considère que les arguments présentés par la Cour de Cassation pour justifier l’annulation des peines sont contraires à la Constitution haïtienne et que la Cour de Cassation, en appuyant sa décision sur la loi du 29 mars 1928, nie la primauté de la Constitution. Dans son rapport présenté le 9 janvier 2006 devant la Commission des Droits de l’Homme (Soixante-deuxième session – Point 19 de l’ordre du jour provisoire), l’Expert indépendant des Nations Unies pour Haïti, Louis Joinet a critiqué la décision en ses termes :»Selon l’article 50 de la Constitution, «Le jury est établi en matière criminelle pour les crimes de sang.» La chambre d’instruction rendit donc à l’époque une ordonnance de renvoi devant le tribunal criminel siégeant «avec jury», validée par la Cour d’Appel puis – ce point est important – par un arrêt de la Cour de Cassation devenu définitif, rendu à l’époque «sur les conclusions conformes» du Commissaire près de la Cour Boniface Alexandre, devenu par la suite Président de la Cour de Cassation et actuel Président provisoire de la République. Mais saisie en 2005 d’un nouveau pourvoi, la Cour Suprême – se contredisant la Constitution n’expliquant pas «ce qu’il faut entendre par crime de sang» (sic), les premiers juges auraient dû appliquer une loi de 1928 (pourtant antérieure à la Constitution !) qui dispose que, hormis les

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cas de meurtre, parricide ou emprisonnement, s’il existe des infractions connexes, l’affaire doit être renvoyée «sans jury». (A noter que des infractions connexes avaient pourtant été retenues dans le premier arrêt !) Tel est le raisonnement qui a conduit la Cour à considérer que, ces criminels ayant été condamnés à l’époque sans hésitation – a rendu un arrêt contraire. Motif : par un tribunal incompétent, leur libération s’imposait immédiatement. On aura compris que le premier arrêt validant la compétence «avec jury», outre qu’il était respectueux de la Constitution, avait acquis l’autorité de la chose jugée puisqu’il s’agissait de la même affaire, impliquant les mêmes personnes, pour des faits de même nature également assortis d’infractions connexes avec unité de temps et de lieu et que, les voies de recours ayant été épuisées à l’époque, l’arrêt était définitif.» N.B. Chargé d’instruire un ensemble de dossiers ayant fait l’objet de grande publicité, j’ai eu ce privilège comme juge d’instruction de mener l’investigation ou de poser des actes au sujet de plusieurs cas couramment appelés “dossiers sensibles” en Haïti notamment : l’Affaire Raboteau, les dossiers de Jean Léopold Dominique, de Jean-Marie Vincent, de Piâtre, de Mireille Durocher Bertin, de Gérard Jean Juste, des déchets toxiques aux Gonaïves, des cas de drogue etc. Mais, trop occupé dans le temps par le nombre important de dossiers à traiter – plus de deux cents cas inventoriés parfois dans le registre, - je pouvais difficilement réaliser à cette époque que tous les travaux d’enquête accomplis au prix de durs sacrifices, d’humiliations, au péril même de ma personne et de ma famille étaient comme “ yon lave men siye atè.” L’appareil judiciaire haïtien comme un monstre dévorait toutes mes ordonnances. Voir l’Arrêt Ordonnance rendue par la Cour d’Appel de Port-au-Prince dans le dossier de l’assassinat du père Jean Marie Vincent. « L’Arrêt Ordonnance de la Cour d’Appel de Port-au-Prince sur le dossier relatif à l’assassinat du père Jean-Marie Vincent constitue une preuve supplémentaire de l’incapacité de l’appareil judiciaire à répondre aux revendications de justice du peuple haïtien. Il constitue un témoignage éloquent du manque de sérieux qui caractérise le traitement des dossiers criminels au niveau de la justice. Le système étale au grand jour son inefficacité et son efficience.

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L’Ordonnance du Juge Jean Sénat Fleury renvoyant par devant le Tribunal Criminel avec l’assistance de Jury onze (11) présumés assassins (auteurs, commanditaires, complices) de Jean-Marie Vincent a été infirmée parce que le Greffier du Juge d’Instruction n’a pas signé l’Ordonnance. Pourquoi ne l’a-t-il pas signée ? Est-ce une négligence ou un acte délibéré ? Personne ne le saura. Mais neuf (9) années d’enquêtes réalisées par quatre (4) Juges d’Instruction sont réduites à néant par le seul fait que le Greffier n’a pas signé l’Ordonnance de clôture. Quelle Justice ? Rapport Réseau National de Défense des Droits Humains – RNDDH, 6 juillet 2005.

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BIBLIOGRAHIE

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Actualiser l’arrêté sur le tarif judiciaire, 38 Accès aux informations juridiques et judiciaires pour les juges, 31 Abroger la loi réglementant la corporation des fondés de pouvoir, 38 Agence Canadienne de Développement, 20 Alexis, Jacques Edouard, 70, 81 Allouer un important budget aux besoins de restructuration de la justice, 48 Amender la Constitution, 38 Amicale des Juristes, 16 Antoine Max, 76 Argentine, 5 Arpenteurs, 11 Assesment of the Justice sector in Haiti, 5 Assurer l’indépendance judiciaire, 40 Assurer la formation adéquate des juges, 40 Autorité de l’État, 6 Avocat, 9 Avril, Prosper, 16 Bajeux, Jean-Claude, 72 Bale Wouze, 15 Ban Ki-moon, 80 Banque Interaméricaine de Développement, 20 Barreau, Roldophe, 52 BID, 3, 20 Boniface, Alexandre, 17 Boniface/Latortue, 15, 17 Boucher, Sabine, 51 Brigade de Paix International, 74 Brown, Jean-Baptiste, 16 Cabinet d’Instruction, 14

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Canada, 5, 68 CARICOM, 65 Chatelain, Ireck, 52 Chambre des Députés, 80 Charles, Ketsia, 57 Chroniques de Jean Sénat Fleury, 79 Circulation massive d’armes illégales, 41 Citoyen, 10 Civil, André Michelle, 57 Code napoléonien, 3 Combattre la corruption, 67 Commerce illicite de la drogue, 41 Commission Justice en Haïti, Programme des Nations Unies pour le Développement, 5 Commission Justice et Sécurité du Sénat, 80 Commission Nationale de Vérité et Justice, 5,77, 35 Commission Préparatoire à la Réforme du droit et de la Justice, 5, 75, 35 Comité de Forum Citoyen pour la réforme de la justice, 72 Condamner les atteintes aux droits humains, 43 Conciliation, 34, 76, Conseil de l’Europe, 20 Conseil Supérieur du pouvoir judiciaire, 80, 81, Conseil Supérieur de la Magistrature, 77 Constitution haïtienne, 6, 28, 29, 33, 76 Contribuer à reconstruire et à renforcer le système judiciaire, 45 Conseil des Sages, 17 Convention interaméricaine contre la corruption, 21 Convention Mérida, 22 Corruption, 41 Côtés salaires et avantages sociaux, 7 Cour de Cassation, 1, 80 Création de nouveaux tribunaux, 39 Créer l’institution du juge de la mise en état, 38 Créer l’institution du juge de l’application des peines, 38 Créer un corps spécial contre la fraude financière, 47 Créer un poste de Secrétaire d’État pour les droits humains, 67 DCPJ, 68 DDR, 44 Démocratie de l’État de droit, 6

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Dieng, Adama, 4 Dimension éthique ou morale, 6 Donner une enveloppe au juge, 22 Dorléans, Henri, 56 Doter la justice d’hommes compétents, 48 Doter le pouvoir judiciaire de son indépendance, 49 Douyon, Adrien, 52 Droit à la pension, 6 Droits Fondamentaux, 7 Dubreuil, Jean-Gérard, 16 Duplan, Rigaud, 16 Dysfonctionnement des parquets et des tribunaux de simple police, 11 École de la Magistrature, 73, 75 Éduquer la population, 40 El Rancho, 55 Élaborer et voter un code d’éthique de la magistrature, 30 Élaborer un nouveau cadre organique du Ministère de la Justice, 37 Élaborer un nouveau cadre organique du Conseil Supérieur de la Magistrature, 37 Élaborer et voter la loi organique de l’École de la magistrature, 37 Elaborer et voter un code d’éthique de la Magistrature, 37 Elie, Florence, 75 EMA, 58 Émergence de groupes des déportés aux États-Unis, 41 Empêcher les exécutions extra judiciaires, 44 Établir un programme de sensibilisation et d’éducation pour les justiciables, 38 Établir des procédures uniformes, 40 Etats-Unis, 68 Exécuter le plan national de désarmement, 40 Exécution effective et équitable des décisions de justice, 30 Existence des bandes criminelles, 41 Fabien, Brédy, 15 Faire du Conseil Supérieur de la Magistrature l’organe de gestion du pouvoir judiciaire, 37 Faire carrière, 6 Faire la promotion des changements, 40 Faire une vaste campagne médiatique, 24 Formation et Compétence, 28

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Formation judiciaire et l’éducation juridique continue adéquate, 30 Fonds Monétaire International, 21 Fortuné, Heidi, 61 Forum Citoyen, 65 France, 5, 68 FRAPH, 78 Garantir la sécurité individuelle de tout justiciable, 40 Garantir à tous les prisonniers un procès équitable, 44 Garanties quant à la retraite, 6 Gassant, Ernélio, 51 Gaston, Stanley, 52 Gilles, Claude, 82 Gourgue, Gérard, 53 Gousse, Bernard, 15 Greffiers, 10 Guillaume, Ramon, 15 Haïti : réforme de la justice et crise de la sécurité, 62 Hédouville, Renan, 51 Hôtel Montana, 55 Huissiers, 10 Indépendance du Pouvoir Judiciaire et Accès à la Justice, 9 Informer le public, 42 Instaurer le service national citoyen, 48 Instaurer la crédibilité de la police, 42 Instituer une commission de sécurité, 42 Instaurer une commission de déontologie, 42 Introduire l’enseignement de l’éthique, 36 Jean, Grévy, 53 Joinet, Louis, 4, 70 Julien, René, 16 Justice et corruption, 20 Justice et Droits Humains, 43 Kavanagh, Salomon, 53 Kavanagh, Félix, 52 L’accessibilité de la justice, 31 L’Affaire Siméus/CEP, 18

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La justice parallèle, 41 La justice doit être accueillante, 32 La loi sur le statut des magistrats, 30 La loi sur l’École de la Magistrature, 30 La loi sur la déontologie du Magistrat, 30 La Magistrature est totalement dépendante du pouvoir exécutif, 6 La médiation, 34, 76, La mise sur pied d’un système de justice rapide, 34 La mise en place d’un observatoire national de lutte contre la corruption, 23 La nécessité d’une véritable concertation, 77 La notion d’inamovibilité, 29 La prolifération des armes, 43 La question de la sécurité publique et de la justice, 40 L’arbitrage, 34 L’article réglementant la profession d’avocat, 33 L’assistance légale aux démunis, 34 La Réforme Judiciaire : un défi a relevé, 47 La Scierie, 15 Latortue, Youri, 80 Leblanc, Camille, 55 Lebrun, Jean-Joseph, 15 Le cabinet d’instruction, 14 Le caractère dysfonctionnel de la justice haïtienne, 35 Le citoyen, 10 Le droit à un procès équitable, 33 L’État sombrera sous le coup de la grande délinquance financière, 48 Legros, Gladys, 50 Le Magistrat, 10 Le manque de confiance dans le système judiciaire, 41 Le manque d’éducation et de formation, 2 Le Matin, 77 Le Nouvelliste, 80 Le phénomène de la corruption en Haïti, 22 Le juge est une sorte de paria, 7 Le juge de Paix, 10 Les juges correctionnels, 13 Les juges de la Cour de Cassation, 17 Lenteur de la justice à tous les nouveaux, 14 Le Policier, 10 Le principe de gratuité, 33

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Le principe d’accès au droit, Le problème de l’avancement, 6 La réforme de la justice est liée à l’établissement de l’État de droit, 46 Le rôle de la Police Nationale comme auxiliaire de justice, 76 Les problèmes socio économiques, 41 L’École de la Magistrature, 28 L’éducation de tous les justiciables, 34 Les abus de droit, 41 Liberté d’association des juges, 30 L’indépendance institutionnelle des juges, 28 L’indépendance judiciaire et l’autonomie professionnelle des juges, 30 L’ingérence du pouvoir exécutif, 2 L’instabilité politique, 41 L’introduction d’un système de contrôle populaire de l’appareil judiciaire, 24 L’interférence du pouvoir politique sur le judiciaire, 15 Les abus de droit, Les Avocats, 9 Les Juges correctionnels, 12 Lhérisson, Jean, 72 L’urgente nécessité de réformer la justice haïtienne, 65 Magistrats, 11 Massacre de Piâtre, 16 Mayette, Amanus, 15 Mettre les Magistrats à l’abri du besoin, 31 Mettre en place la Commission de la réforme, 49 Mettre en place le casier judiciaire, 39 Mettre en place les structures judiciaires, 40 Mettre en œuvre un programme exhaustif de désarmement, 43 Mettre un terme aux arrestations arbitraires, 44 Mettre un terme à la torture et aux mauvais traitements, 44 Michel, Donatien, MICIVIH, 4 Ministre de la Justice, 7, 28 Ministère de la Justice, 28 74, 81 MINUSTAH, 4, 61, 64, 65, 66, 67, 68 MIPONUH, 4 Moderniser et simplifier les procédures judiciaires, 39 Modernisation de l’État, 48 Modification du décret du 22 août 1995, 29

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Nécessité d’une réforme, 7 Nelson, Eddy, 50 Noël, Henry Kesner, 16 Note de l’auteur, 1 Notaires, 10 OCDE, 21 OEA, 21 Office de Protection du citoyen, 74 Offrir aux magistrats les garanties d’indépendance, 77 ONU, 68 Organiser des séminaires, 38 Parlement, 80 Par rapport à l’insécurité, 41 Par rapport à la Justice, 40 Par rapport à la Police, 42 Par rapport aux Droits Humains, 43 Paulvin, Jean-Marie Robert, 56 Pénaliser l’impunité, l’arbitraire, l’abus de pouvoir, la corruption, 41, 42 Pénitencier National, 52 Penser à un autre système de justice, 8 Père Jans, Hanssens, 72 Pierre, Léon, 53 Pour combattre l’insécurité, il faut, 42 Pour une bonne gestion de la sécurité, 40 Pouvoir judiciaire, 29 Pouvoir les tribunaux en mobiliers, 36 Pouvoir Judiciaire et le principe de l’indépendance de la Magistrature, 76 Préval, René, 80 Préval/Alexis, 80 Principe de la séparation des pouvoirs, 6 Procédures de la carrière judiciaire, 30 Raboteau, 75, 78 Radio Métropole, 16 RAMICOSM, 15 Recommandations visant l’indépendance effective du Pouvoir Judiciaire,

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35 Recommandations visant les garanties judiciaires des justiciables, 38 Recommandations visant le renforcement de l’État de droit en Haïti, 39 Recommandations pour une réforme judiciaire en Haïti, 35 Réflexions, 50 Refondre les codes et les lois, 40 Réforme de la Justice est intimement liée à l’établissement de l’État de droit, 7 Réformer la Cour de Cassation, 37, 39 Réformer le Contentieux administratif, 38 Réformer le Conseil Supérieur de la Magistrature, 36 Réformer la profession d’avocat, 38 Réforme de l’État haïtien, 5, 6 Réforme du système Judiciaire haïtien, 5, 8 Réformer la Justice, 6, 26, Réformer l’État Civil, 39 Règles de déontologie, 25 Renforcer la capacité d’intervention de l’inspection judiciaire, 41 Réorganiser l’administration publique, 48 Rendre accessible les informations judiciaires aux juges et au public, 41 Renforcer et rendre opérationnelle la législation sur l’assistance judicaire, 38 Réorganiser le système judiciaire, 39 Réparation pour les victimes d’atteintes aux droits humains, 45 Réprimer la corruption, 23 Résoudre le problème de la détention arbitraire et prolongée, 41 Respect de la loi, 6, 40 Respect des règles de déontologie, 25 Restaurer les bâtiments des tribunaux, 35 Restructurer l’École de la Magistrature, 49, 67 Revaloriser les rémunérations, 36 Réviser le décret du 22 août 1995, 36 Réviser à la hausse les appointements, 30 Réviser la loi sur le Conseil Supérieur de la Magistrature, 30 Saada, Danielle, 69 Saint-Pierre, Hugues, 15 Salaires bas, 2 Sans la volonté politique de changement, 48 Schœlcher, Victor, 3 Sécurité du poste, 30

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Séminaire de formation, Société civile, 81 Soif de Justice, 73, 78 Système de justice non fonctionnel, 41 Théorie de l’État de droit, 6 Traduire en justice les responsables d’atteintes aux droits humains, 45 Tribunaux insuffisants, 2 Transparency international, 21 Une justice en crise, 73 Une justice privée, 4 Union Européenne, 5, 68 UNPOL, 68 USAID, 5 Valdès, Juan Gabriel, 68 Vandal, Jean, 52 Vilaire, Antoine O., 59 Violations répétées des droits humains, 41 Visitez les prisons, 33 Voter un code d’éthique de la Magistrature, 37

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L’Auteur
Né le 10 septembre 1962, Jean Sénat Fleury est diplômé de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de Port-au-Prince. Ancien Stagiaire de l’École Nationale de la Magistrature (Paris et Bordeaux), il a occupé différentes fonctions au sein de l’appareil judiciaire haïtien. Ancien Instructeur à l’académie de Police Nationale (1995) et ancien formateur et Directeur des Etudes à l’École de la Magistrature (2002), Jean Sénat Fleury a travaillé pendant dix-huit ans comme Juge en Haïti. Magistrat instructeur, Juge Fleury a instruit le dossier du massacre de Raboteau aux Gonaïves et a investigué sur plusieurs dossiers importants (assassinat du journaliste Jean Léopold Dominique, du père Jean-Marie Vincent, de Mireille Durocher Bertin, des accusations du gouvernement Boniface-Latortue contre le père Gérard Jean Juste et il a été juge chargé d’instruire des cas de drogue....). Il est actuellement avocat militant au Barreau de Port-auPrince.

L’indépendance de la fonction judiciaire est essentielle à la démocratie. Si les détenteurs du pouvoir politique peuvent en user pour régler des problèmes de justice, celle-ci n’y survit pas. Dès lors que les dirigeants peuvent imposer leur volonté aux juges ou arbitrairement les révoquer, la démocratie disparaît purement et, on se retrouve dans un État hors norme, un régime de non droit. Jean Sénat Fleury, La Cour de Cassation Face à la Réforme Judiciaire en Haïti, Imp. Rivet P.E. – Limoges, mars 2006. 157

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