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Michel Lévêque

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Chapitre 3. Lʼère de la démocratie. (pages 51 à 99)


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1. Lʼidée démocratique.

Au XIXe siècle, la démocratie est surtout en rupture avec lʼordre et la société du


libéralisme.
1.1. Lʼégalité.
Lʼidée démocratique refuse les distinctions, les restrictions. Ainsi la démocratie revendique
lʼabolition du cens, le droit de vote pour tous, tout de suite. Le critère le moins
incontestable de la démocratisation au XIXe siècle des sociétés politiques est la
chronologie des dates auxquelles les différents pays adoptent le suffrage universel.
1.2. Souveraineté populaire.
Quand les libéraux parlent de souveraineté nationale, ils entendent que la nation, comme
entité collective, est bien souveraine, cette souveraineté nʼétant exercée, dans la pratique,
que par une minorité de citoyens. La souveraineté populaire implique que le peuple est
souverain, cʼest-à-dire la totalité des individus, y compris les masses populaires.
1.3. Les libertés.
Avec les libéraux, lʼexercice des libertés était reconnu à ceux qui en avaient déjà les
capacités intellectuelles ou économiques. Les démocrates effacent ces restrictions et
revendiquent la liberté pour tous.
1.4. Les conditions dʼexercice des libertés.
Les démocrates se préoccupent aussi des moyens dʼexercer cette liberté. Les libéraux se
content dʼinscrire un principe dans la loi; les démocrates veulent veiller à son application.
Dʼoù lʼintervention possible de lʼEtat dans les relations interindividuelles pour corriger les
inégalités.
1.5. Lʼégalité sociale.

2. Démocratie et forces sociales.


2.1. Les facteurs de changement et les nouveaux types sociaux.
La révolution technique suscite de nouvelles formes dʼactivité professionnelle, modifie les
conditions de travail et engendre des types sociaux nouveaux.
Un patronat différent du négociant-entrepreneur ou du manufacturier du XVIIIe siècle
émerge; plus étroitement lié à la banque. Ce patronat est important par son pouvoir
économique; mais il ne compte guère au niveau politique.
Les ouvriers dʼindustrie forment une classe nouvelle et importante numériquement,
composée de gens venus de la campagne pour trouver du travail en ville. Mais cette
classe ouvrière reste longtemps passive politiquement. Les élites de cette classe adhèrent
à des doctrines révolutionnaires qui ne croient pas en la démocratie politique
(anarchisme).
La société rurale demeure traditionnelle, respecte lʼordre établi. Elle est largement
conservatrice comme lʼillustrent les élections françaises de 1848, 1849 et 1871.
La démocratie trouve en fait son soutien dans ce quʼon appelle au XIXe siècle “la classe
moyenne” (au XXe siècle, le pluriel lʼa emporté). Par exemple, la révolution des transports
crée un nouveau type professionnel, le cheminot. Environ 500 000 en France. Ces
cheminots sont assurés de la stabilité de lʼemploi et peuvent obtenir une promotion
professionnelle: ce qui les distingue des prolétaires. De même le développement des
banques et des grands magasins favorisent le type professionnel de lʼemployé.
Le développement de lʼadministration dʼEtat au XIXe siècle aboutit à la constitution dʼune
petite bourgeoisie.
La diffusion du journalisme et de lʼinstruction concourent à façonner cette classe moyenne.
Comme au XIXe siècle lʼenseignement secondaire reste lʼapanage de la haute
R. Rémond, Le XIXe siècle: 1815-1914, Points-Seuil Histoire 5
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bourgeoisie, les employés et les petits fonctionnaires ont fait des études dans des cours
complémentaires qui prolongent lʼenseignement primaire. Le baccalauréat demeure la
barrière entre la bourgeoisie traditionnelle et les classes moyennes.
2.2. Les diverses sociétés juxtaposées.
Ces modifications nʼentraînent pas la disparition des types sociaux plus anciens, elles en
créent de nouveaux qui viennent sʼajouter.
Lʼapparition de cette société nouvelle, dont les traits constitutifs sont la ville, lʼindustrie, le
salariat, sʼopère lentement, à des rythmes inégaux selon que les pays sont à lʼouest, au
centre ou à lʼextrémité orientale de lʼEurope. Cʼest autour des années 1840-1860 que la
France change de physionomie.
La Révolution nʼa nulle part réussi à déraciner complètement la société aristocratique des
grands propriétaires résidant sur leurs terres ou les faisant administrer. En 1914, la
noblesse européenne tient encore une place sans commune mesure avec son importance
numérique.
La société bourgeoise a accédé au pouvoir avec le libéralisme. Elle doit sa réussite à son
travail acharné, à lʼargent quʼelle a su épargner et à son instruction. Sous la pression des
masses populaires, devant la menace que représente la démocratie, elle tend à se
rapprocher de lʼaristocratie.
La troisième composante, formée du petit peuple, de la bourgeoisie des classes
moyennes, des ouvriers et des paysans, est hétérogène, avec des intérêts divergents. Les
classes populaires inspirent aux classes dirigeantes du XIXe siècle une terreur dont nous
nʼavons plus idée.

3. Les étapes de la marche des sociétés vers la démocratie politique et


sociale: les institutions et la vie politique.

3.1. Les régimes politiques.


La démocratie nʼest pas un commencement: entre elle et lʼAncien Régime, il y a eu lʼâge
libéral, sauf en Europe orientale.
Lʼétablissement du suffrage universel sʼest fait presque partout par étapes, plus ou moins
nombreuses, plus ou moins espacées. Le suffrage universel a été précédé dʼune
expérience plus ou moins longue du suffrage restreint. Les Etats-Unis sont les premiers,
dans les années 1820-30. La France vient en seconde position, en 1848 (pour les
hommes seulement, 1944 pour les femmes aussi). Dans les autres pays comme la
Grande-Bretagne, la réforme est plus lente, avec des transitions (1832, 1867, 1884-5,
1918).
Pour être pleinement démocratique, le vote doit aussi être pleinement libre: aucune
pression sur les électeurs, une consultation sincère, un dépouillement honnête. Cʼest en
1914 que lʼenveloppe et lʼisoloir apparaissent en France.
La démocratie implique aussi que tout citoyen puisse se porter candidat.
Il faut également assurer lʼégalité réelle, dʼoù lʼinstitution de lʼindemnité parlementaire
(1848 en France, 1911 en Grande-Bretagne).
Quand la démocratie arrive au pouvoir, elle hérite le plus souvent du bicaméralisme des
régimes libéraux. Progressivement, la base électorale de la chambre haute est alors
élargie et les sièges inamovibles, supprimés.
La répartition des compétences entre les deux chambres évolue aussi, en faveur de la
chambre basse, démocratiquement élue; comme en Grande-Bretagne après la crise de
1910-11.
La démocratie parlementaire nʼest pas, au XIXe siècle, la seule expression de la
démocratie. Les démocrates sont plutôt favorables à la démocratie directe et autoritaire.
Du fait du rôle grandissant des consultations électorales, les partis politiques modernes
apparaissent. Intermédiaires entre les individus et les institutions, ils sélectionnent des
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candidats, proposent des programmes. Durant lʼâge libéral, les partis ne sont guère que
des clubs. Avec le suffrage universel et la démocratie, ils changent de taille et de nature.
Ils sʼinstitutionnalisent aussi: dʼintermittents, ils deviennent permanents. Ils commencent
également à remplir des fonctions autres que purement électorales: ils deviennent des
centres de réflexion, formulent une doctrine, assurent lʼéducation politique. On passe des
partis de notables à des partis de militants. Les partis de masse datent du début du XXe
siècle, les premiers étant les partis ouvriers.
3.2. Les prolongements de lʼidée démocratique.
A lʼexpérience, il apparaît que le jeu normal des institutions démocratiques appelle
dʼautres institutions.
Ainsi, lʼextension du droit de vote à tous rend souhaitable une instruction primaire
généralisée et une diffusion de lʼinformation.
Lʼuniversalité comporte à la fois le caractère obligatoire de lʼenseignement et la gratuité.
Le but de lʼenseignement primaire est de donner les rudiments nécessaires pour faire de
chaque homme un citoyen avisé. Il sʼagit aussi de soustraire lʼenseignement à lʼinfluence
des adversaires de la démocratie.
Avant 1914, lʼinformation, cʼest la presse. La liberté de la presse est progressivement
adoptée par les pays européens: en 1881 pour la France. Lʼinstruction obligatoire crée de
nouveaux lecteurs pour la presse, dʼautant plus que celle-ci abaisse ses prix dans la
seconde moitié du XIXe siècle.
Les lois militaires évoluent progressivement vers la disparition des clauses dʼexemption.
Sur le plan fiscal, la démocratisation passe par lʼimpôt sur le revenu, ce qui suppose une
déclaration des contribuables et sa vérification.

R. Rémond, Le XIXe siècle: 1815-1914, Points-Seuil Histoire 7