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Ecole Nationale de

Commerce et de Gestion de Fès

Le prix de transfert

Master spécialisé : Comptabilité, Contrôle, Audit

Réalisé par : CHEKHI Assia


EL JAOUHARY Hamza
OURAHAY Anass
EL HAJJAJI Asaad

2016-2017
Plan

Introduction
I. Définition de la notion du prix de transfert
II. Place des prix de transfert dans les groupes de sociétés
1. Le principe de pleine concurrence (Arm’s Lenght principle)
2. Le principe de la dépendance
3. Objectifs de prix de transfert
III. Méthodes de détermination des prix de transfert
1. Méthodes traditionnelles admises par l’OCDE
2. Méthodes récentes
3. Contraintes et opportunités de chaque méthode
IV. Prix de transfert dans la législation marocaine
1. Cadre légal et règlementaire
2. Loi de finances 2015 : Introduction de la procédure d’accord préalable

Conclusion
Introduction
Les transactions au sein des groupes doivent donner lieu à l’émission de factures. Le prix
auquel sont facturées les prestations intra-groupes est un "prix de cession interne" ou un "prix
de transfert".
Le prix de transfert assure donc la même fonction que les prix utilisés pour valoriser les
transactions d’une manière générale. De ce fait, il doit suivre la logique économique et être
identique indépendamment du lien de dépendance entre les sociétés du même groupe. En
d’autres termes, il doit être l’émanation du niveau du marché. Et c’est là, l’un des points
fondamentaux en matière de détermination des prix de transfert, à savoir "le principe du prix
de pleine concurrence" recommandé par l’Organisation de Coopération et de Développement
Economique (OCDE).

I. La notion de prix de transfert :


Dans les groupes, il existe de nombreuses relations et transactions entre leurs différents
membres. Les prix pratiqués pour les opérations effectuées entre les membres d’un groupe,
ne reflètent pas nécessairement le libre jeu des forces du marché.
La notion prix de transfert peut être définie comme suit : « les prix pratiqués pour toute
transaction réalisée entre sociétés affiliées, que le transfert soit commercial, financier ou
technique ».
Dans un contexte international, l’Organisation de Coopération et de Développement
Economiques définit les prix de transfert comme étant « un prix auquel une entreprise
réalise une transaction (vente de biens corporels, incorporels ou un service) avec des
entreprises associés ». On peut considérer deux entreprises comme associées si l’une
participe directement ou indirectement à la direction, le contrôle ou détienne une certaine
participation au capital.
Les prix de transfert peuvent être écartés de ceux qui seraient constatés entre entreprises
indépendantes, pour des transactions identiques sur le marché libre et qui correspondent à
des prix de pleine concurrence selon le principe Dealing at Arm’s Lengt.
II. Place des prix de transfert dans les groupes de sociétés
1. Le principe de pleine concurrence (Arm’s Lenght principle) :

Les groupes effectuent des opérations et des échanges intra-groupes et fixent leurs prix
de transfert. Les entreprises cherchent à résoudre la problématique de transfert de bénéfice
et de double imposition, le principe de pleine concurrence prend la relève.
Selon ce principe, chaque entreprise multinationale doit appliquer le prix de marché ou bien
le prix de pleine concurrence pour ses opérations intra-groupes.
Avec plus d’explication, la multinationale doit appliquer le prix de marché comme s’il réalise
la transaction avec des tiers sans lien de dépendance.
Selon le principe de pleine concurrence, les contrats intra-groupes doivent être identiques
au marché.
La majorité des réglementations impose ce principe pour les transactions intra-groupe mais
la difficulté de l’application de ce principe est de taille, un certain nombre de points de faible
peut être relevés :
- Un prix de marché peut être connu pour les produits grands publics et standards,
alors que la question se pose pour des pièces uniques et des machines industrielles
fabriquées par un seul fabricant sur le marché.
- Un prix de pleine concurrence change d’après le marché d’approvisionnement et on
ne peut pas fixer un prix universel.
- Comment on peut déterminer un prix de marché pour des biens immatériels qui
sont composés par des budgets de recherche et développement difficile à unifier ?

L’objet des regroupements d’entreprises est l’optimisation fiscale et l’annulation de charge


importante, l’application de ce principe annule ces opérations entre filiale et les montages
ne servent plus à diminuer la charge fiscale. Par conséquence, le principe de pleine
concurrence ne favorise pas l’union et les opérations intragroupes.
2. Le principe de la dépendance :

C’est l’article 57 du CGI qui énonce le principe de pleine concurrence selon les lignes
directrices de l’OCDE en la matière et dispose que les transactions entre sociétés liées, c’est
à dire sous le contrôle ou la dépendance d’une société étrangère (ou d’une société locale
d’une filiale étrangère), ou encore que l’entreprise locale est placée sous la dépendance
commune d’une même entreprise étrangère. Le législateur ne définit pas ce qu’il entend par
la « dépendance » mais il est admis par la jurisprudence et par l’administration, dans son
interprétation officielle de la législation fiscale, que la dépendance est juridique ou de fait.

La dépendance juridique découle d’une participation de l’entreprise étrangère de 50% du


capital de la société locale, ou de la majorité absolue des droits de vote dans la société
locale. Ou bien si l’entreprise étrangère exerce dans l’entreprise locale, directement ou par
personnes interposées, des fonctions comportant un pouvoir de décision.
La dépendance de fait peut-être retenue quand la dépendance juridique fait défaut. Elle
peut résulter des conditions contractuelles, et souvent l’indicateur sera la dépendance
économique.

C’est à l’administration fiscale de prouver la dépendance, sauf à compter des exercices clos
de 2014, ou il est fait dispense à l’administration de prouver les liens de dépendance ou de
contrôle aux fins de l’application de l’article 57 du CGI quand le transfert de bénéfices est
réalisé au profit d’une entreprise établie ou constituée dans un Etat ou territoire non
coopératif au sens de l’article 238-0 A du CGI. Cette exception concerne également le cas où
le transfert est accompli au profit d’entreprises établies dans des pays considérés comme
étant à fiscalité privilégiée au sens de l’article 238 A du CGI.

L’article 57 s’applique donc si l’administration prouve que le prix pratiqué pour la transaction
transfrontalière n’est pas celui qu’aurait pratiqué une entreprise dans les mêmes conditions
avec une entreprise étrangère. L’administration sera en droit de redresser toute entreprise
qui ne contracte pas au prix de marché, et pourra réintégrer les recettes que la société a
artificiellement accordées à une entreprise à l’étranger (qui est souvent soumis à un taux
d’imposition sur les sociétés moindre). On parle alors d’évasion des capitaux, évasion fiscale.

3. Objectifs de prix de transfert

Au sein des multinationales et des entreprises regroupées, il est inévitable que les différents
divisions et entreprises de groupes réalisent des transactions intragroupes. Le coût d’échange
des biens et services est appelé prix de transfert. La présence des prix de transfert dans les
entreprises et compagnies multidivisionnelles est indispensable pour un certain nombre
d’objectifs que procure ainsi que pour un suivi de croissance des multinationales, nous
citerons ci-dessous les principaux objectifs des prix de transfert interne ou ce que nous
appelons les prix de cessions internes :

- L’utilisation efficace des prix de transfert permet une optimisation globale du bénéfice
groupe.
- La relation acheteur, vendeur favorise une maximisation du profit au sein du groupe.
- L’importance des prix de transfert se caractérise par l’obtention d’une évaluation financière
des différentes entreprises de groupes et la mesure de la performance globale.
- Une adéquation et un alignement entre les décisions stratégiques et économiques du groupe
avec les différentes filiales et ses décisions deviennent mesurables économiquement (la
répercussion de l’adéquation).
- La possibilité de se « jouer » avec la fiscalité grâce aux prix de cession interne permet de
transférer des profits réels à des sociétés localisées dans pays ou des régions où le
pourcentage de taxation des bénéfices est moins important.

En définitive, toute politique de prix de transfert et quel que soit la raison pour laquelle on
adopte ce mode de fixation de prix de cession, l’objectif reste le même c’est la maximisation
des profits du groupe.

III. Les méthodes de détermination des prix de transfert


Les méthodes les plus utilisées pour la détermination des prix de transfert sont :
• La méthode du prix du marché,
• La méthode fondée sur le prix de revente,
• La méthode fondée sur le coût de revient.
Ces méthodes sont caractérisées par le fait qu’elles restent axées sur l’objet de la transaction,
notamment le prix. Elles n’abordent pas la question de la rentabilité de l’entreprise, ce qui est
plus logique car il s’agit d’une question de prix et non d’analyse financière.
Avec la consécration d’une attitude plus économique des administrations fiscales en matière
des prix de transfert, d’autres méthodes, dites "nouvelles", se basant sur la rentabilité
économique de l’entreprise et non sur la transaction elle-même, ont vu le jour.
Parallèlement, certaines administrations fiscales appliquent des méthodes forfaitaires qui
abandonnent toute notion de ‘comparable’, que ce soit au regard des transactions ou au
regard des entreprises, et ne prennent en compte que le revenu mondial et les différentes
fonctions assumées dans le groupe. Ces méthodes allouent le revenu mondial d’un groupe à
chacune des entités économiques en fonction des formules préétablies se basant
généralement sur une combinaison des coûts, des actifs, des salaires et du chiffre d’affaires.
Toutefois, ces méthodes ne sont pas appliquées en matière de prix de transfert, dans la
mesure où aucun pays ne les reconnaît comme fiables en la matière et qu’elles ne respectent
pas les droits des contribuables.
1- Les méthodes traditionnelles admises par l’OCDE
Le rapport de l’OCDE de 1979 propose trois méthodes principales :

1-1 - Méthode du prix comparable sur le marché libre


« La méthode du prix comparable sur le marché libre consiste à comparer le prix d’un bien ou
d’un service dans le cadre d’une transaction contrôlée, à celui d’un bien ou d’un service
transféré dans les conditions comparables [sur le marché libre] …Une transaction sur le
marché libre est comparable à une transaction contrôlée pour l’application de la méthode du
prix comparable sur le marché libre si l’une des conditions suivantes est remplie :
1- Aucune différence entre les transactions faisant l’objet de la comparaison ou entre les
entreprises effectuant ces transactions n’est susceptible d’avoir une incidence sensible sur le
prix du marché libre, où ;
2- Des correctifs suffisamment exacts peuvent être apportés pour supprimer les effets
matériels de ces différences ».
A travers cette définition, le prix de transfert, selon la méthode du prix du marché libre, est
fixé par référence aux opérations comparables réalisées entre un acheteur et un vendeur qui
ne font pas partie du même groupe.
Le rapport de l’OCDE, au niveau du chapitre I, reconnaît que malgré la libération progressive
des échanges internationaux, il n’existe que peu de cas où l’on puisse déterminer le prix de
pleine concurrence dans un pays à partir des prix en vigueur dans les pays voisins. La notion
de comparabilité est fonction de plusieurs paramètres, dont principalement :
a-1- Stades comparables du marché : Le produit comparé doit être replacé au même rang du
circuit économique (gros, demi-gros, détail).
a-2- Situations économiques comparables : Le prix du marché libre peut varier selon les
tendances du marché, même pour les transactions portant sur un même bien. Ainsi, il
faudrait analyser la situation économique du marché en intégrant des données telles que : la
localisation géographique du marché, sa dimension, le degré de la concurrence, l’existence
de biens de substitution…etc.
a-3- Marchandises comparables : Il est souvent difficile de trouver des produits comparables
sur le marché libre, compte tenu de tous les facteurs qui entrent en considération pour
déterminer le prix d’un produit. En effet, plusieurs facteurs exogènes peuvent être source de
différence de prix : caractéristiques physiques, notoriété de la marque, frais accessoires,
conditions de paiement …etc.
La difficulté de cette méthode réside dans la comparabilité des transactions avec le marché
libre, car, comme nous venons de le voir, de nombreux paramètres rentrent en ligne de
compte dans une transaction de sorte qu’il est quasiment impossible de se retrouver dans
une situation identique entre deux autres entités.
Cependant, tout groupe ayant des échanges en son sein doit tenter de mettre en place une
telle méthode pour cerner les caractéristiques de ses échanges, quitte à utiliser ensuite une
méthode plus facile d’application, s’il ne parvient pas à trouver des opérations comparables
sur le marché libre. Ainsi, et compte tenu de la difficulté liée au recours à la méthode de prix
comparables sur le marché libre ainsi que son inadaptation aux transactions portant sur des
produits élaborés, l’OCDE a prévu des méthodes alternatives.

1-2- Méthode du coût de revient majoré


Le rapport de l’OCDE précise que « cette méthode consiste tout d’abord à déterminer, pour
les biens ou services transférés à un acheteur apparenté, les coûts supportés par le fournisseur
dans le cadre d’une transaction entre entreprises associées. On ajoute ensuite une marge sur
le prix de revient approprié à ces coûts, de façon à obtenir un bénéfice approprié compte tenu
des fonctions exercées et des conditions du marché. On obtient ainsi un prix pouvant être
considéré comme le prix de pleine concurrence pour la transaction initiale entre entreprises
associées »
Nous comprenons que cette méthode est fondée sur le prix de revient du fournisseur
apparenté majoré d’un taux pertinent de marge brute. Le taux de marge cité à ce niveau est
un taux pertinent dans la mesure où il est égal à celui que le vendeur dégage lorsqu’il réalise
des transactions comparables avec des parties indépendantes.
Cette méthode est applicable principalement aux ventes de produits semi-finis pour lesquels
les fabricants apparentés agissent comme des sous-traitants ou des façonniers, et dont la
seule donnée connue est le prix de revient. Cependant, elle cumule deux types de difficultés :
la détermination des coûts du vendeur et l’estimation du taux normal de marge du revendeur.

1-3- Méthode du prix de revente


Cette méthode consiste à reconstituer le prix d’achat normal d’une filiale à partir de son prix
de vente à un client indépendant diminué de la marge lui permettant de réaliser un bénéfice
suffisant pour imputer ses propres frais d’exploitation.
En effet, le rapport de l’OCDE précise que « Avec la méthode du prix de revente, le point de
départ est le prix auquel un produit acheté à une entreprise associée est revendu à une
entreprise indépendante, on défalque ensuite de ce prix une marge appropriée représentant
le montant sur lequel le revendeur couvrirait ses frais de vente et autres dépenses
d’exploitation et, à la lumière des fonctions assumées (en tenant compte des actifs utilisés et
des risques encourus) réaliserait un bénéfice convenable. Le prix obtenu après défalcation de
la marge brute peut être considéré, après correction des autres coûts liés à l’achat du produit,
comme un prix de pleine concurrence pour un transfert initial de propriété entre entreprises
associées ».
De cette définition, nous retenons que la méthode du prix de revente fait appel à deux critères
qui font référence au marché libre, à savoir : la marge de revente et le bénéfice convenable.
Cependant, elle pose le problème de répartition des gains liés à la qualité de la gestion qui
peut avoir un impact direct sur la rentabilité.
Afin d’illustrer cette situation, prenons l’exemple d’une filiale qui achète un produit auprès de
sa société mère à 160 DH et le vend à 210 DH. Ses frais d’exploitation sont estimés à 20 DH.
Admettons également que l’administration fiscale considère que le bénéfice normal sur le prix
de vente doit être de 5%, elle procéderait à l’ajustement suivant :

Prix de vente à un client indépendant 210 DH


Bénéfice (4,7%) 10 DH
Frais 20 DH
Prix d’achat normal 180 DH

D’après cette méthode, le prix d’achat normal est arrêté à 180 DH tandis que le prix d’achat
payé par la société est de 160 DH, d’où un transfert de bénéfice vers l’étranger de 20 DH (la
différence : 180-160).
L’application de cette méthode suppose que les marges bénéficiaires sont correctement
appréciées en tenant compte notamment des coûts et risques assumés par le vendeur.
L’exclusivité de commercialisation du produit sera également prise en compte, en mesurant
l’ampleur de la concurrence et du territoire concédé.
Cette méthode est à recommander pour les activités où l’essentiel de la marge est lié a un
savoir-faire de distribution, aux activités où le marketing est essentiel, ou aux produits de luxe.
Enfin, ces trois méthodes que l’on vient de présenter, malgré les difficultés éventuelles de
mise en place, sont celles que préconise l’OCDE. Cependant, ce dernier reconnaît que « du fait
de la complexité des situations dans lesquelles se trouvent concrètement les entreprises »,
l’application de ces méthodes « peut soulever un grand nombre de difficultés pratiques ».
Dans des situations exceptionnelles, il est prévu la possibilité de recourir à d’autres méthodes.

2- Les méthodes récentes


Les méthodes récentes en matière de détermination des prix de transfert reposent sur la
notion de partage des bénéfices nés des transactions entre les parties prenantes. Dans cette
catégorie nous retrouvons :

2-1- La méthode de répartition des bénéfices


Le rapport de l’OCDE, dans son chapitre III précise que « Cette méthode consiste tout d’abord
pour les entreprises associées à identifier le montant global des bénéfices provenant des
transactions contrôlées qu’elles effectuent. Ces bénéfices sont ensuite partagés entre les
entreprises associées en fonction d’une base économiquement valable qui se rapproche du
partage des bénéfices qui auraient été anticipés et reflétés dans un accord réalisé en pleine
concurrence. La contribution de chaque entreprise est fondée sur une analyse fonctionnelle…
».
Quoique que différente des méthodes traditionnelles, cette méthode demeure fondée sur le
principe de pleine concurrence dans la mesure où elle reflète les conditions relatives à deux
entreprises indépendantes confrontées à des circonstances identiques.
Cette méthode est recommandée notamment lorsque les activités des entreprises liées sont
hautement intégrées, ce qui rend difficile toute tentative d’évaluer les transactions
séparément.

2-2- La méthode de répartition de la marge nette


La méthode de répartition de la marge nette ou « méthode transactionnelle de la marge nette
» consiste à déterminer la marge bénéficiaire nette que réalise un contribuable au titre d’une
transaction contrôlée.
Cette méthode s’applique de manière similaire à celles du prix de revient majoré et du prix de
revente, la marge nette obtenue par le contribuable au titre d’une transaction contrôlée
devrait théoriquement être déterminée par référence à la marge nette que le même
contribuable réalise au titre des transactions comparables sur le marché libre. A cet effet, la
marge nette qui aurait été obtenue au titre de transactions comparables par une entreprise
indépendante peut donner des indications.
Nous venons de voir que, selon le rapport de l’OCDE, les méthodes traditionnelles fondées sur
les transactions sont préférables aux méthodes transactionnelles de bénéfice qui doivent être
utilisées exceptionnellement et avec beaucoup de prudence. Toute la difficulté est, bien
entendu, l’obtention d’informations fiables sur le marché. En effet, c’est en ayant le maximum
d’informations que les groupes pourront choisir la méthode la plus adaptée.

3- Avantages et inconvénients de chaque méthode :


Le tableau suivant récapitule les principaux avantages et inconvénients de chacune des
méthodes :

Méthode Avantages Inconvénients


Méthode du prix du marché Recrée au sein du groupe Exige une connaissance
l’esprit dynamique qui quotidienne du prix du
existe sur le marché. marché et un suivi lourd.
Méthode du prix de revient Les informations sont en Déconnecter la filiale de la
majoré : cost+ grande partie présentes au réalité du marché.
sein du groupe.
Prix de vente Les informations sont en Difficultés liées au calcul des
grande partie présentes au marges qui doivent être
sein du groupe. comparées dans le détail,
aux marges du marché.
Méthode de répartition des fondée sur un mode logique Le calcul basé sur le résultat
bénéfices de répartition lié aux global peut conduire à une
fonctions de chacune des répartition subjective.
parties prenantes de toutes
les transactions réalisées.
Méthode de répartition de Les marges nettes sont Difficultés liées à l’obtention
la marge nette moins sensibles aux des éléments détaillés pour
différences affectant les permettre la comparabilité
transactions que ne l’est le entre la marge nette d’une
prix. entreprise indépendante et
celle d’une entreprise liée.

IV. Prix de transfert dans la législation marocaine

Les prix de transfert peuvent être définis d’une manière générale, comme les prix associés aux
transferts de biens, de services ou d’incorporels entre sociétés d’un même groupe, situées dans
des pays différents. Ils peuvent être utilisés comme un levier permettant d’affecter à telle ou
telle entité du groupe une part plus ou moins grande du résultat fiscal d’ensemble et par
conséquent de soumettre ces résultats à des taux d’imposition différents.

Au Maroc, les prix de transfert font quasi-systématiquement l’objet d’un redressement lors des
contrôles fiscaux de sociétés ou succursales membres de groupes multinationaux. De fait, on
observe que l’administration fiscale a tendance à rehausser les bases taxables des contribuables
pour des montants significatifs. Le paiement de « management fees », le versement de
redevances ou encore le niveau des prix d’achat de marchandises sont ainsi fréquemment remis
en cause par l’administration fiscale dans le cadre des procédures de vérification de
comptabilité.

1. Cadre légal et règlementaire


Les règles applicables au Maroc en matière de prix de transfert sont contenues dans le Code
Général des Impôts (CGI). L’article 213 II du CGI prévoit ainsi que lorsqu’une entreprise a
directement ou indirectement des liens de dépendance avec des entreprises situées au Maroc ou
hors du Maroc, les bénéfices indirectement transférés, soit par voie de majoration ou de
diminution des prix d’achat ou de vente, soit par tout autre moyen, sont rapportés au résultat
fiscal et/ou au chiffre d’affaires déclarés.

En vue de cette rectification, les bénéfices indirectement transférés sont déterminés par
comparaison avec ceux des entreprises similaires ou par voie d’appréciation directe sur la base
d’informations dont dispose l’Administration.

Le dispositif « prix de transfert » au Maroc présente donc des particularités en comparaison


d’autres législations ou réglementations comparables, en ce sens qu’il vise tout autant les
transactions réalisées entre entreprises marocaines dépendantes que les transactions réalisées
entre entreprises étrangères et marocaines dépendantes.

L’article 214 III du CGI dispose quant à lui que l’Administration peut demander à
l’entreprise imposable au Maroc communication des informations et documents relatifs :
- à la nature des relations liant l’entreprise imposable au Maroc à celle située hors du Maroc ;
- à la nature des services rendus ou des produits commercialisés ;
- à la méthode de détermination des prix des opérations réalisées entre lesdites entreprises et
les éléments qui la justifient ;
- aux régimes et aux taux d’imposition des entreprises situées hors du Maroc.
La Note Circulaire n°717 publiée le 24 mai 2011 par la Direction Générale des Impôts
précise que les transferts indirects de bénéfices entre sociétés dépendantes peuvent résulter de
pratiques variées, telles que :

- la majoration des prix d'achat de biens et services importés ou acquis localement ;


- la minoration des prix de vente des biens et services exportés ou vendus localement ;
- la pratique de taux d'intérêts réduits ou majorés ;
- la pratique des prix excessifs pour les redevances et autres rémunérations ;
- la prise en charge des frais de gestion excessifs ou fictifs.

2. Loi de finances 2015 : Introduction de la procédure d’accord


préalable
La notion de prix de transfert a à nouveau fait l’objet d’une attention particulière de la part du
législateur à l’occasion de la dernière Loi de finances. En effet, l’article 6 de la Loi de finances
pour 2015 a introduit la possibilité pour le contribuable d’engager avec l’administration des
impôts une « Procédure d’accord préalable sur les prix de transfert ». En d’autres termes, il
est désormais possible de solliciter de manière officielle un rescrit sur cette question de la part
des autorités fiscales marocaines.

L'accord préalable peut être défini comme un accord conclu entre le contribuable et la ou les
autorité(s) fiscale(s) compétente(s), permettant à une entreprise multinationale, par la
détermination concertée d'une méthode de prix de transfert, de s'assurer que les prix pratiqués
dans ses relations industrielles, commerciales et financières intragroupe sont conformes au
principe de pleine concurrence.

En théorie, un accord préalable peut porter soit sur l'ensemble des transactions entre les
entreprises liées, soit, à la demande du contribuable, ne concerne qu'un segment d'activité, une
fonction, voire un seul produit ou type de transaction.

Au cas particulier, le texte de loi dispose que : « les entreprises ayant directement ou
indirectement des liens de dépendance avec des entreprises situées hors du Maroc, peuvent
demander à l’administration fiscale de conclure un accord préalable sur la méthode de
détermination des prix des opérations mentionnées à l’article 214–III ci-dessus pour une durée
ne dépassant pas quatre exercices ».

Il s’agit donc là d’une procédure unilatérale, par opposition aux procédures bilatérales, qui
impliquent l’accord des autorités fiscales de l'Etat où est établie l'entreprise située hors du
Maroc.

Cette nouvelle opportunité semble répondre à un double objectif. En approuvant la politique de


prix de transfert appliquée par les filiales marocaines des grands groupes multinationaux, l’Etat
espère s’assurer un revenu taxable, et ce pour quatre exercices.

Pour autant, la signature d’un accord préalable avec l’administration des impôts ne saurait être
vue comme une garantie absolue contre tout redressement fiscal. En effet, une remise en cause
a posteriori peut être opérée en cas de non-respect des termes du contrat.
Ainsi, l’accord est considéré comme nul et de nul effet depuis sa date d’entrée en vigueur dans
les cas suivants : « présentation erronée des faits, dissimulation d’informations, erreurs ou
omissions imputables à l’entreprise, non-respect de la méthode convenue et des obligations
contenues dans l’accord par l’entreprise ou usage de manœuvres frauduleuses. »

Les modalités de conclusion dudit accord seront fixées par voie réglementaire. Il est toutefois
possible d’anticiper la forme que prendra la procédure en observant ce qui se fait dans d’autres
pays.

En pratique, le processus comporte généralement plusieurs étapes :

1. les demandes d’accord préalable sont introduites à l’initiative du contribuable auprès de


l’autorité fiscale compétente, quelques mois avant l'ouverture de l'exercice au titre duquel ces
accords préalables ont vocation à s'appliquer pour la première fois ;

2. une réunion préliminaire peut se tenir pour s’accorder sur l'opportunité de la demande et les
conditions dans lesquelles l'accord peut être demandé et instruit (« discussion paper ») ;

3. l’Administration prend ensuite position sur la méthode de détermination des prix de transfert
par le contribuable, et l’en informe par écrit ;

4. une fois l’accord préalable conclu, il est de rigueur que le contribuable se voit demander de
produire un rapport annuel afin de vérifier la conformité des méthodes pratiquées aux termes
de l'accord.

Conclusion

Au Maroc, comme dans beaucoup d’autres pays ailleurs, il n’existe pas un droit spécifique aux
groupes. L’absence de la reconnaissance de l’intérêt du groupe se traduit par des conséquences
qui peuvent être lourdes pour les sociétés le constituant. En effet, cette situation met les
différentes entreprises appartenant à un groupe dans l’obligation de traiter entre elles aux
mêmes conditions qu’avec les entreprises extérieures au groupe, en respectant au mieux le
principe de pleine concurrence édicté par l’OCDE en matière de détermination des prix de
transfert. »

Dans les groupes marocains, l’intérêt du groupe prend souvent le pas sur l’autonomie des
filiales, et les prix de transfert peuvent devenir un moyen « d’ajustement » des résultats
contrôlés, pour des motivations fiscales, stratégiques ou autres.

Dans la pratique des prix de transfert au sein des groupes internationaux, le risque fiscal est
omniprésent. Chaque Etat est partagé entre réduire la fraude sur son territoire et attirer les
capitaux et les entreprises susceptibles d’investir et de s’installer. Parallèlement, les législations
tendent à protéger les petits investisseurs et les salariés contre les agissements abusifs de
certains groupes. Enfin, les organisations internationales réfléchissent à une reconnaissance de
l’existence des groupes et à la mise en place des règles particulières visant à protéger les intérêts
des minoritaires, des salariés et des créanciers. »
Bibliographie

• Principes de l’OCDE applicables en matière de prix de transfert à l’intention des entreprises


multinationales et des administrations fiscales (édition 2010) ;
• Gianmarco MONSELLATO et Patrick RASSAT : « les prix de transfert » - édition Maxima –
2010 ;
• Site internet de l’OCDE : www.oecd.org/daf/fa_price/tr_price/trans_fr.htm
• Site internet du Ministère des finances : www.finance.gov.ma
• Code général de l'impôt
• la loi française