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La réforme du droit Camerounais1 des

entreprises publiques et le droit des


sociétés commerciales de l’espace
OHADA

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Salifou Mouhouain2

Résumé
Le législateur de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires
(OHADA), qui accorde le statut de commerçant aux sociétés commerciales dans les-
quelles un État ou une personne morale de droit public est un associé, reconnaı̂t aux
États de leurs sièges sociaux la possibilité de les encadrer. Ceci explique l’adoption au
Cameroun de la loi no 2017/011 du 12 juillet 2017 portant Statut général des entreprises
publiques. Cette loi apporte des innovations qui dérogent à certains niveaux au droit
OHADA. Mais, dans ses innovations, l’on peut lire une volonté du législateur camerou-
nais de faire du droit des entreprises publiques un droit pouvant à la fois faire progresser
et régresser le droit des sociétés commerciales de l’espace OHADA. Ainsi, du côté
progressif, les innovations de la loi viennent relever l’équilibre au sein du conseil d’ad-
ministration. Par contre, du côté régressif, elles bouleversent la constitution de la société
anonyme et de son conseil d’administration.

Introduction
1. Alors que les entreprises publiques entrent déjà dans le champ d’application de
l’acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et GIE3, le législateur

1
La réflexion porte sur la loi no 2017/011 du 12 juillet 2017 portant statut général des entreprises
publiques.
2
Enseignant chercheur à l’Université de Yaoundé II au Cameroun, membre du Centre d’études
judiciaires de la Faculté des sciences juridiques et politiques, assistant de cours au Département de
droit des affaires, membre du comété de redaction de la revue Lenemro, Revue Trimestrielle de
droit economique.
3
Art. 1er acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et GIE (AUSCGIE) ; art. 10 loi no
2017/011 du 12 juillet 2017 portant statut général des entreprises publiques. Au-delà de l’acte
uniforme relatif au droit des sociétés, les entreprises publiques sont aussi soumises aux actes
uniformes OHADA portant droit commercial général (art. 1er), relatif au droit comptable et à
l’information financière et système comptable OHADA-SYSCOHADA-(art. 2), à l’organisation
des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution (art. 30), à l’organisation des
procédures collectives d’apurement du passif (art. 2), au droit de l’arbitrage (art. 2). Sur la ques-
tion, lire notamment, Boukari, S., L’application des textes OHADA aux entreprises publiques :
! Crown copyright 2019.
This article contains public sector information licensed under the Open Government Licence v3.0
(http://www.nationalarchives.gov.uk/doc/open-government-licence/version/3/)
Unif. L. Rev., Vol. 24, 2019, 214–233
doi:10.1093/ulr/unz003
Advance Access publication: 23 April 2019
Le droit des entreprises publiques et le droit des sociétés commmerciales 215

camerounais vient à nouveau se déployer dans ce domaine à travers la loi no 2017/


011 du 12 juillet 2017 portant statut général des entreprises publiques. Dès lors,
l’on s’interroge sur l’opportunité de l’adoption d’une telle loi. Cette interrogation
se justifie encore davantage par la soumission de l’entreprise publique aux exi-
gences du statut de commerçant au sens du droit privé4 et par le caractère de
législation nationale du droit OHADA5. En plus, ce droit n’admet pas de con-
currence dans son champ d’application6 et les dispositions de l’acte uniforme
relatif aux sociétés commerciales sont d’ordre public7.

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2. Toutefois, deux faits permettent d’élaguer l’interrogation sur l’opportunité
de l’adoption d’une telle loi. Le premier fait est l’admission par le législateur
OHADA de la cohabitation juridique entre son droit des sociétés commerciales
et le droit des entreprises publiques produit par les États parties8. Le second fait

l’exemple de l’AUSCGIE et GIE, thèse, Maastricht, 2015, p. 3 ; Pougoué, P.-G., « Les sociétés d’État à
l’épreuve du droit OHADA », Juridis Périodique, janv.-mars, 2006, p. 99.
4
Il s’agit de l’inscription au Registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM), du respect des
règles de la comptabilité privée, l’exercice de l’activité industrielle et commerciale, la responsabilité
civile et/ou pénale du personnel des entreprises publiques. Voir art. 3, 14, 27 et 120 loi no 2017/011.
Sur la question, lire Boukari, S., L’application des textes OHADA aux entreprises publiques :
l’exemple de l’AUSCGIE et GIE, thèse, préc., p. 7 ; Nguihé Kanté, P., « Réflexions sur le régime
de dissolution et de liquidation des entreprises publiques et parapubliques au Cameroun depuis
la réforme des procédures collectives OHADA », Afrilex no 04, Décembre 2004, p. 228 et sqq.
D’une manière générale sur les exigences du statut de commerçant, voir art. 13, 34 et sqq.
AUSCGIE. Lire notamment Viandier, A. et Vallansan, J., Acte de commerce, commerçants et activité
commerciale, 2e éd. PUF, 1992, pp. 181 et sqq., § 172 et sqq. ; Pedamon, M., Kenfack, H., Droit
commercial, commerçants et fonds de commerce, concurrence et contrats de commerce, 3e éd., Dalloz,
2011, pp. 439 et sqq., § 501 et sqq.
5
Le droit OHADA à travers son application immédiate acquiert automatiquement le statut de droit
positif dans l’ordre juridique des États parties et devient leur droit national dans la mesure où sa
réception n’est pas assise sur le principe du dualisme, mais plutôt sur le principe du monisme.
C’est ainsi que dans les pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, ı̂les
Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Mali,
Niger, Sénégal, Tchad, Togo, République démocratique du Congo, le législateur ne peut plus
légiférer dans les domaines encadrés déjà par le droit OHADA. Sur la question, Onana Etoundi,
F., « L’OHADA et la sécurité juridique et judiciaire, vecteur de développement », 22e Congrès
international des huissiers de justice, Madrid, 2-5 juin 2015, disponible sur le site http:/www.
ohada.com, consulté le 26 mars 2016 ; Nemedeu, R., « OHADA : de l’harmonisation à l’unification
du droit des affaires en Afrique », Disponsible sur le site de Juriscope: http://www.juriscope.
org/actu_juridiques/doctrine/OHADA/ohada_1.pdf; consulté le 25 février 2017 ; Cissé, A.,
« L’harmonisation du droit des affaires en Afrique : l’expérience de l’OHADA à l’épreuve de sa
première décennie », RIDE, 2004, pp. 198 et sqq. ; Pougoué, P.-G., « Doctrine OHADA et théorie
juridique », Rev. Ersuma, no spécial, 2011, pp. 15 et sqq.
6
Art. 10 Traité OHADA. Lire notamment Babongeno, U., « De la contrariété entre les actes uni-
formes et les constitutions des États membres de l’OHADA », http://www.ohada.doctrine.ohada_
d.09-44-pdf, Fone Mdontsa, A.-M., « Réflexion sur l’article 10 du Traité OHADA », RASJ, no 1,
2010, p. 59, § 35-36 ; Meyer, P., « La sécurité juridique et judicaire dans l’espace OHADA », Rev.
Penant, 2006, no 855, pp. 151 et sqq.
7
Art. 2 AUSCGIE. Sur la question, voir avis de la CCJA, no 001/2001/EP du 30 avril 2001, 4e question,
4e chambre ; CCJA, avis no 02/2000/EP du 26 avril 2000. Lire notamment Nguihé Kanté, P., « Le
caractère d’ordre public du droit uniforme des sociétés commerciales en Afrique », RTD com., no 01,
2010, pp. 1 et sqq.
8
Les articles 1er et 916 AUSCGIE en font écho et renseignent suffisamment sur la coexistence
juridique en matière de sociétés d’État. À cet effet, l’article 1er al. 3 AUSCGIE dispose : « [. . .]
les sociétés commerciales et les groupements d’intérêt économique demeurent soumis aux lois non
contraires au présent acte uniforme qui sont applicables dans l’État partie où se situe leur siège
social ». Quant à l’article 916 AUSCGIE, il dispose que « Le présent acte uniforme s’applique aux

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est la nature publique du capital social et des biens des entreprises publiques. En
plus, ces dernières sont placées sous la tutelle des pouvoirs publics9. Sur ces
raisons, l’on voit clairement justifiée l’adoption par le Cameroun de la loi no
2017/011 portant statut général des entreprises publiques. Dès lors, le législateur
camerounais ne défie ni l’autorité du législateur OHADA, ni ne met en péril l’un
de ses objectifs qui est la sécurité juridique10. D’ailleurs, cette cohabitation jur-
idique en matière d’encadrement des entreprises publiques au Cameroun ne date
pas d’aujourd’hui. Elle remonte aux années quatre-vingt-dix avec la loi no 99/015

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du 22 décembre 199911. Depuis cette période, droit OHADA et droit camerounais
comme dans certains pays membres de l’espace OHADA12 se côtoient et s’ali-
mentent pour régir les sociétés d’État.
3. Cependant, contrairement à la loi antérieure13 et aux lois de certains États de
l’espace14, la loi no 2017/011 apporte des innovations entraı̂nant quasiment une

sociétés soumises à un régime particulier sous réserve des dispositions législatives ou règlemen-
taires auxquelles elles sont assujetties ». Voir Pougoué, P.-G., « Les sociétés d’État à l’épreuve du
droit OHADA », art., op. cit., p. 100.
9
Une entreprise publique est une personne morale ayant une activité industrielle et commerciale
placée sous la direction des pouvoirs publics dont le capital social, les biens et services produits
sont entièrement ou majoritairement la propriété de l’État ou d’une collectivité décentralisée. À ce
titre, il existe deux catégories d’entreprises publiques : les sociétés à capital public et les sociétés
d’économie mixte. Voir art. 2 al. 3 ; 4 et sqq. ; 13 et 114 loi no 2017/011. Lire notamment Chevallier,
F., Les établissements publics en France, coll. Notes et études documentaires, no 4507-4508, 9 mars
1979, pp. 12 et sqq. ; Nguihé Kanté, P., « Réflexions sur le régime de dissolution et de liquidation
des entreprises publiques et parapubliques au Cameroun depuis la réforme des procédures col-
lectives OHADA », art., op. cit., pp. 35 et sqq.
10
L’objectif OHADA de sécurité juridique apparaı̂t clairement dans le préambule de son Traité «
[. . .] conscients qu’il est essentiel que ce droit soit appliqué avec diligence dans les conditions
propres à garantir la sécurité juridique des activités économiques, afin de favoriser l’essor de
celles-ci et d’encourager l’investissement ». Cet objectif est encore réaffirmé à l’article 1er du
Traité qui traite de l’objet de l’OHADA. Voir Mouloul, A., Comprendre l’organisation pour l’har-
monisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), 2e éd., décembre 2008, http://www.ohada.
com., pp. 20 et sqq. ; Modi Koko Bebey, H. D., « L’harmonisation du droit des affaires en Afrique :
regard sous l’angle de la théorie générale du droit », http://www.ohada.com., consulté le 13 avril
2016, p. 3 ; Meyer, P., « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », art., op. cit., pp.
151 et sqq. ; Onana Etoundi, F., « L’OHADA et la sécurité juridique et judiciaire, vecteur de
développement », art., op. cit., pp. 1 et sqq.
11
L’on part de cette loi, parce qu’avant elle, il n’existait pas encore de droit OHADA. En effet, le droit
OHADA portant droit des sociétés commerciales est entré en vigueur le 17 avril 1997. Voir J.O.
OHADA, no 2, 01/10/ 1997, pp. 1 et sqq. Or, bien avant 1997, les sociétés d’État du Cameroun
étaient soumises à l’ordonnance no 95/003 du 17 août 1995 portant statut général des entreprises
du secteur public et parapublic. Sur l’évolution de l’encadrement juridique des entreprises pub-
liques au Cameroun avant 1995, lire Nguihé Kanté, P., « Réflexion sur le régime de dissolution et
liquidation des entreprise publiques et parapubliques au Cameroun depuis la réforme des procé-
dures collectives OHADA », art., op. cit., pp. 221 et sqq.
12
Il s’agit par exemple du Burkina Faso, des ı̂les Comores et de la Guinée Conakry. Toutefois, dans
un pays comme dans un autre, l’entreprise publique est qualifiée différemment ; tantôt de sociétés
d’État (Burkina Faso), de sociétés à capitaux publics et établissements publics (les ı̂les Comores) ou
d’organismes publics (Guinée Conakry).
13
La loi camerounaise no 99/016 du 22 décembre 1999 portant statut général des établissements
publics et des entreprises du secteur public et parapublic.
14
L’on pense aux décrets burkinabés no 2000-189/PRES/PM/MCIA du 17 mai 2000 portant statut
général des sociétés d’État et no 2007-724/PRES/PM/MEF/MCPEA du 7 novembre 2007 portant
modalités de désignation des membres des organes d’administration et de gestion des établisse-
ments publics et des sociétés à participation majoritaire de l’État ; la loi comorienne du 2 janvier

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Le droit des entreprises publiques et le droit des sociétés commmerciales 217

rupture avec le droit OHADA, droit commun des sociétés commerciales dans
l’espace OHADA. Cette rupture se situe au niveau de la constitution tant de la
société15 que du conseil d’administration16. Et pourtant, au regard des dispos-
itions de l’acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales et
GIE17 qui consacrent la coexistence juridique, il n’est pas question pour les
législateurs des États parties de soumettre les entreprises publiques à un régime
particulier18 conforme à l’adage specialia generalibus derogant, c’est-à-dire « le
droit spécial chasse le droit commun »19.

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4. Fort de ce constat, l’on se pose la question de savoir si, malgré leur caractère
dérogatoire, les innovations introduites par la réforme tant attendue pour faire
des entreprises publiques camerounaises des véritables exemples de gouvernance
efficace et moderne20 peuvent contribuer à rendre plus efficient le droit commun
des sociétés commerciales de l’espace OHADA. Autrement dit, le législateur
OHADA peut-il s’inspirer du droit camerounais des entreprises publiques pour
perfectionner certaines règles du droit commun des sociétés commerciales ?
Du côté théorique de l’interrogation sus évoquée, l’on aperçoit une nouvelle
conception de l’orientation du sens des rapports entre le droit OHADA et le droit
interne aux États parties. Si par principe, leurs rapports sont orientés dans un sens
décroissant du haut vers le bas, c’est-à-dire le droit OHADA inspire les droits
internes, il reste tout de même que ces rapports peuvent aussi être dans le sens

2006 portant règlementation générale des sociétés à capitaux publics et des établissements publics ;
la loi guinéenne L. no 2017/0056/AN modifiant certaines dispositions de la loi L. no 2016/075/AN
du 30 décembre 2016 portant gouvernance financière des sociétés et établissements publics en
République de Guinée.
15
Il s’agit des conditions de création telles que la souscription du capital et la tenue de l’assemblée.
Voir infra, § 19 et sqq.
16
Il s’agit essentiellement de la composition, de la représentation et de l’équilibre des pouvoirs au
sein du conseil d’administration. Voir infra, § 13 et sqq., 24 et sqq.
17
Art. 1er et 916 AUSCGIE. Voir supra, § 2.
18
C’est surtout dans l’encadrement des entreprises publiques qualifiées de sociétés à capitaux publics
(capital social détenu intégralement par l’État, une ou plusieurs collectivités décentralisées) que
cette dérogation est perceptible. Les entreprises publiques à société d’économie mixte (capital
détenu majoritairement par l’État, une ou plusieurs collectivités décentralisées) ne sont pas con-
cernées. Elles relèvent et restent dans le régime du droit commun des sociétés commerciales de
l’espace OHADA. Et pourtant, en parlant d’entreprises publiques, le législateur OHADA ne fait
aucune distinction entre celles qui sont à capitaux publics et celles qui sont d’économie mixte.
C’est dans cette voie que semble s’inscrire le législateur comorien. Il soumet toutes les entreprises
publiques de la création au fonctionnement aux règles du droit commun des sociétés commer-
ciales. Voir art. 76 loi camerounaise no 2017/011 ; art. 1er, 2 et 5, 21 et 27 loi guinéenne L. no 2016/
075/AN du 30 décembre 2016 ; art. 6 et sqq. Loi du 2 janvier 2006. Sur la question de la soumission
totale de toutes les entreprises publiques au droit OHADA, lire Pougoué, P.-G., « Les sociétés
d’État à l’épreuve du droit OHADA », art., op. cit., p. 100.
19
Grua, F. et Cayrol, N., Méthode des études de droit, 2e éd., Dalloz, 2011, p. 24 ; Grua, F., « Les
divisions du droit », RTD civ., 1993, chron., p. 62, § 9.
20
Les entreprises publiques camerounaises tout comme celles de certains pays industrialisés ont
connu des dysfonctionnements et des difficultés dont l’origine se trouvait dans les règles de la
bonne gouvernance. C’est ainsi que dès l’automne 2004, le Gouvernement canadien a entrepris
une réforme majeure de la gestion des sociétés d’État avec la loi sur la Caisse de dépôt et placement
au Québec. Sur la question, lire Moderniser la gouvernance des sociétés d’État, Énoncé de politique,
Bibliothèque nationale, Québec, 2006, pp. 9 et sqq.

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croissant du bas vers le haut, c’est-à-dire le droit interne enrichit le droit OHADA.
À titre illustratif, l’on peut convoquer le Code guinéen des activités auquel le
législateur s’était inspiré pour mettre en forme certaines règles juridiques relatives
aux sociétés commerciales21.
Du côté pratique, la question posée permet de comprendre que les rapports
entre le droit OHADA et le droit interne ne doivent plus seulement être perçus
sous l’angle de la conformité. Ils doivent aussi être saisis sous l’angle d’apport du

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droit interne au perfectionnement du droit OHADA.
5. Ainsi, l’ambition de cette étude ne peut être que modeste ; ce d’autant plus
que les analyses sur cette réforme en rapport avec le droit des sociétés commer-
ciales sont encore quasi absentes22. C’est pourquoi l’on entend livrer une simple
analyse de l’apport de cette réforme du droit camerounais des entreprises pub-
liques sur le droit commun des sociétés commerciales applicable dans l’espace
OHADA. Dès lors, notre réflexion sera construite autour de deux axes. Le premier
axe consistera à présenter le droit des entreprises publiques comme source d’enri-
chissement du droit des sociétés (I). À travers le second axe, il sera question de
présenter le droit des entreprises publiques comme source de bouleversement du
droit des sociétés commerciales (II).

I-Le droit des entreprises publiques, source


d’enrichissement du droit des sociétés commerciales
OHADA
6. Il peut paraı̂tre surprenant d’affirmer que le droit spécial enrichit le droit
commun dans la mesure où le principe voudrait que cela soit en sens inverse,
c’est-à-dire le droit commun vient combler les vides ou les lacunes du droit
spécial parce qu’il fait figure de deuxième jambe dont chaque domaine du
droit a besoin pour tenir debout23. Et pourtant, dans certaines situations, le
droit spécial peut provoquer la réactivation et contribuer à la restauration de
certaines règles du droit commun24. C’est le cas du droit camerounais des entre-
prises publiques. À la lecture de loi no 2017/011, l’on se rend compte qu’elle
révolutionne la représentation des actionnaires (A) et relève l’équilibre des pou-
voirs au sein du conseil d’administration (B).

21
La loi guinéenne no 92-043 du 8 décembre 1992 portant sur le Code des activités économiques en
République de la Guinée Conakry a été intégrée dans l’acte uniforme relatif au droit des sociétés
commerciales par le législateur OHADA. Sur la question, lire Nemedeu, R., « OHADA : de l’har-
monisation à l’unification du droit des affaires en Afrique », art., op. cit., p. 5.
22
L’ancienne loi avait reçu des écrits pertinents et savants dans son rapport avec le droit OHADA des
sociétés commerciales. L’on peut citer Nguihé Kanté, P., « Réflexion sur le régime de dissolution et
liquidation des entreprise publiques et parapubliques au Cameroun depuis la réforme des procé-
dures collectives OHADA », art., op. cit., pp. 221 et sqq. ; Pougoué, P.-G., « Les sociétés d’État à
l’épreuve du droit OHADA », art., op. cit., pp. 99 et sqq.
23
Grua, F., « Les divisions du droit », art., op. cit., p. 62, § 10.
24
Mazeaud, D., « L’attraction du droit de la consommation », RTD com. 1998, chron., p. 102, § 21.

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Le droit des entreprises publiques et le droit des sociétés commmerciales 219

A. La représentation des actionnaires au conseil d’administration


révolutionnée
7. Le conseil d’administration est un organe stratégique en ce sens qu’il définit les
orientations de la société anonyme, l’administre et contrôle la gestion qu’en font les
dirigeants25. À ce titre, il est qualifié « de cerveau de la société anonyme »26.
Le législateur camerounais27 le consacre parmi les organes de gestion des
entreprises publiques. De la sorte, il insère leur mode d’administration dans

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celui des sociétés anonymes avec conseil d’administration28. Aussi, ce conseil
d’administration est-il investi des pouvoirs les plus larges pour gérer l’entre-
prise publique29 sous réserve des pouvoirs reconnus aux autres organes30
comme dans le cadre du droit commun des sociétés commerciales de
l’espace OHADA.
8. Cependant, contrairement au droit commun où l’on a deux modes de dés-
ignation des membres du conseil d’administration, en l’occurrence les statuts et
l’élection de l’assemblée générale31, le droit des entreprises publiques préconise
plutôt trois modes, à savoir le décret du Président de la République, les statuts et
l’assemblée générale. Toutefois, ces modes de désignation des membres du conseil
d’administration sont en fonction du type d’entreprises publiques. Ainsi, dans les
25
Civ. 4 juin 1946, JCP 1947, II, 3518, note Bastion, D. ; S. 1947, I, p. 153, note Barbry, P.. Lire aussi,
Nemedeu, R., note sous Tribunal régional hors classe de Dakar, ordonnance no 235, 1er mars 1998,
Aff. Club des actionnaires c/ Sonatel, Rev. droit des affaires OHADA, no 3, janvier-juin 2013, p. 17 ;
Le Bars, B., Les associations de défense d’actionnaires et d’investisseurs, thèse préf. Guyon, Y., LGDJ,
2004, p. 253, § 375.
26
Scholastique, E., « L’administrateur indépendant, quelle indépendance ? », Actes du colloque sur
La gouvernance d’entreprise, Cahiers de droit de l’entreprise, no 5, sept.-oct. 2005, p. 38.
27
Art. 15 loi camerounaise no 2017/011 du 12 juillet 2017. Au-delà de quelques nuances, c’est aussi le
cas au Burkina Faso, aux ı̂les Comores et en Guinée. Voir art. 11 et suivants décret burkinabé no
2000-189/PRES/PM/MCIA du 17 mai 2000 ; art. 7 et suivants loi comorienne du 2 janvier 2006 ;
art. 16 et suivants loi guinéenne L. no 2017/0056/AN modifiant certaines dispositions de la loi L. no
2016/075/AN du 30 décembre 2016.
28
Il existe deux modes d’administration des sociétés anonymes : le conseil d’administration et
l’administration générale. Toutefois, la société anonyme peut, en cours de vie sociale, changer à
tout moment son mode d’administration et de décision. Voir art. 390 et suivants, 414 AUSCGIE.
29
Les pouvoirs du conseil d’administration des entreprises publiques ne sont pas différents de ceux
reconnus aux conseils d’administration des sociétés anonymes du droit commun. D’ailleurs, ces
pouvoirs sont ceux fixés par l’acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales. Il s’agit,
d’une part, des pouvoirs spéciaux comme la mise en place des organes sociaux, la prise des mesures
nécessaires au bon fonctionnement des assemblées d’actionnaires ; et d’autre part, des pouvoirs
généraux comme l’orientation de l’activité de la société, l’évocation de toute question intéressant la
bonne marche de la société, la surveillance de la gestion de la société. Voir art. 57 loi no 2017/011
du 12 juillet 2017 ; art. 22 décret burkinabé no 2000-189/PRES/PM/MCIA du 17 mai 2000 ; art. 7
loi comorienne du 2 janvier 2006 ; art. 435 et suivants AUSCGIE. Sur les pouvoirs du conseil
d’administration, lire Merle, Ph., Droit commercial, sociétés commerciales, 15e éd., Dalloz, 2011, pp.
463 et sqq., § 395 et sqq. ; De Vendeuil, S., « NRE et nouveaux pouvoirs du conseil d’adminis-
tration », JCP E 2001, p. 1266 ; Lachat, D., « La répartition des pouvoirs de gestion et de contrôle
dans une société anonyme », Rev. Soc. 1981, p. 739.
30
Il s’agit de l’Assemblée générale des actionnaires et de la direction générale. Voir art. 16 et suivants,
69 et suivants loi no 2017/011 du 12 juillet 2017. C’est aussi le cas au Burkina Faso (art. 34 et sqq.,
45 et sqq. décret burkinabé no 2000-189/PRES/PM/MCIA du 17 juillet 2000), aux ı̂les Comores
(art. 9 et sqq. loi comorienne du 2 janvier 2006), en Guinée (art. 28 et sqq. loi guinéenne L. no 2017/
0056/AN modifiant certaines dispositions de la loi L. no 2016/075/AN du 30 décembre 2016).
31
Art. 419 AUSCGIE.

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220 Salifou Mouhouain

entreprises publiques où le capital social est entièrement détenu par l’État, ces
membres sont désignés par décret du Président de la République32. En revanche,
si le capital social est détenu uniquement par les personnes morales de droit
public ou partagé entre l’État et ses démembrements, les membres du conseil
d’administration résultent des statuts ou d’une élection à l’assemblée générale33.
Mais, malgré cette démarcation au niveau du mode de désignation, le législateur
camerounais reste en harmonie avec le législateur OHADA quant à la qualité des

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membres du conseil d’administration. C’est ainsi qu’ils peuvent être actionnaires
ou non34. Partant de cette analyse, l’on peut conclure que le droit camerounais des
entreprises publiques n’a rien apporté de nouveau sur la scène de la représenta-
tivité au sein du conseil d’administration.
9. Mais il serait un peu précipité d’avoir une telle conclusion. En effet, il ressort
de l’article 45 al. 1 de la loi no 2017/011 que les petits porteurs peuvent se
regrouper aux fins d’obtenir une représentation au conseil d’administration. Ce
qui n’est pas le cas en droit OHADA où la représentation au sein du « pivot central
de la société »35 est fonction de la nature de l’action36. Du coup, le législateur
camerounais se démarque et innove en matière de critère de représentation des
actionnaires au conseil d’administration. Désormais, hormis la nature de son
action, l’actionnaire pourra se faire représenter sur la base de son statut. Le
législateur camerounais vient de consacrer la distinction entre la catégorie d’ac-
tions et la catégorie d’actionnaires37.
10. Toutefois, la question de la prise en compte de la catégorie d’actionnaires
dans la représentation des actionnaires au sein du conseil d’administration n’est
32
Art. 43 loi camerounaise no 2017/011 du 12 juillet 2017.
33
Art. 44 et sqq. loi camerounaise no 2017/011 du 12 juillet 2017.
34
Au-delà de la présence de chaque catégorie d’action, le conseil d’administration comprend obli-
gatoirement un représentant des salariés. Voir art. 42 et 45 loi no 2017/011 du 12 juillet 2017 ; art.
11 décret burkinabé no 2000-189/PRS/PM/MCIA du 17 juillet 2000 ; art. 8 loi comorienne du 2
janvier 2006.
35
Caussain, J.-J., « L’influence mondiale et européenne », in La gouvernance d’entreprise, cahiers de
droit de l’entreprise, no 5, septembre-octobre 2005, p. 27.
36
Art. 424 AUSCGIE, « Les modalités de l’élection des administrateurs sont librement fixées par les
statuts qui peuvent prévoir une répartition des sièges en fonction des catégories d’actions.
Toutefois, sous réserve des dispositions du présent acte uniforme, cette répartition ne peut
priver les actionnaires de leur éligibilité au conseil, ni priver une catégorie d’actions de sa repré-
sentation au conseil ».
37
La représentation par catégorie d’actions signifie que la désignation des membres du conseil
d’administration est liée à la nature de l’action qu’ils détiennent. C’est ainsi que l’on aura un
membre représentant des actionnaires avec droit de vote double ; un autre pour les actionnaires
d’une catégorie déterminée, et enfin un autre pour les actionnaires à dividende prioritaire sans
droit de vote. Voir art. 55, 543 et sqq., 752 AUSCGIE. Lire notamment Jaufffet-Spinosi, C., « Les
actions à dividende prioritaire sans droit de vote », Rev. Soc. 1979, pp. 25 et sqq. Par contre, la
représentation par catégorie d’actionnaire signifie que le membre du conseil d’administration est
désigné sur la base du pouvoir ou du poids dans la société. C’est ainsi que l’on aura le représentant
des actionnaires minoritaires au conseil d’administration aux côtés de celui majoritaire. Car il
n’est un secret pour personne qu’il existe deux catégories d’actionnaires qui sont mises côte à côte
et pourtant elles n’ont pas les mêmes pouvoirs. D’un côté, l’on a l’actionnaire majoritaire qui a le
pouvoir de décider, et de l’autre, l’actionnaire minoritaire qui n’a aucun pouvoir. Sur la question,
voir Paris, 21 février 2003, Bull. Joly 2004, p. 262 ; Merle, Ph., Droit commercial, Sociétés commer-
ciales, op. cit., p. 709, § 570 ; Lucas, F.-X., Les transferts temporaires de valeurs mobilières. Pour une
fiducie de valeurs mobilières, Thèse, préf. Lorvellec, L., LGDJ, 1997, p. 169, § 334.

Unif. L. Rev., Vol. 24, 2019, 214–233


Le droit des entreprises publiques et le droit des sociétés commmerciales 221

pas nouvelle dans l’espace OHADA. Elle se pose et elle s’est déjà posée devant le
juge38. Seulement, tout en reconnaissant la possibilité aux actionnaires de se
regrouper au sein d’une association pour défendre leurs droits, le juge ne tire
pas toutes les conclusions de sa décision. Il refuse d’affirmer que le principe
d’égalité des actionnaires dans le conseil d’administration ne se limite pas
« seulement à éviter qu’un actionnaire soit désavantagé par rapport aux autres
actionnaires, et ce, relativement à leurs droits » et qu’il va au-delà pour s’intéresser

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à la qualité d’actionnaire dans la société. Cette position du juge peut se com-
prendre dans la mesure où le droit des sociétés commerciales qu’il applique pour
régler le litige n’a pas encore consacré la représentation catégorielle des action-
naires au sein du conseil d’administration. C’est plutôt la représentation par
catégorie d’actions qui est prévue. C’est dire que cette décision du juge est à
bon droit. Fort de cela, il est clair que le législateur camerounais déroge aux
règles du droit des sociétés commerciales applicables dans l’espace OHADA.
11. Néanmoins, cette dérogation peut se justifier au regard, d’une part, de la
réalité de l’égalité des actionnaires aujourd’hui dans les sociétés anonymes39, et
d’autre part, du pouvoir du conseil d’administration qui est, théoriquement, le
lieu d’impulsion de toutes actions et, en pratique, le lieu d’évaluation des diri-
geants40. Ceci amène à dire que si tous les actionnaires ne sont pas représentés au
sein du conseil d’administration, il est possible que l’intérêt social41 soit mis en
péril. Ainsi, pour éviter une telle situation, le représentant des actionnaires min-
oritaires doit être admis au sein du conseil d’administration. De ce fait, les
actionnaires minoritaires se sentiront acteurs de la gouvernance de la société et
accroı̂tront leur rôle dans la vie de la société. De même, n’entreront-ils plus dans
38
Il s’agit du juge régional sénégalais hors classe de Dakar qui était saisi pour connaı̂tre un litige
relatif à la désignation du représentant du groupe des petits porteurs au sein du conseil d’admin-
istration de la société Sonatel. Voir Tribunal régional hors classe de Dakar, ordonnance no 235, 1er
mars 1998, Aff. Club des actionnaires c/ Sonatel, Rev. Droit des affaires OHADA, no 3, janvier –juin
2013, p. 11 note Nemedeu, R., p. 10.
39
L’égalité prônée des actionnaires est un mythe voire un dogme dans les sociétés anonymes.
L’actionnaire majoritaire a le pouvoir de décider tandis que l’actionnaire minoritaire n’a aucun
pouvoir. Sur la question, lire Didier, P., « L’égalité des actionnaires, mythe ou réalité ? », JCP E, no
5, 1995 ; Jauffret-Spinosi, C., « Les assemblées générales d’actionnaires dans les sociétés anonymes,
réalité ou fiction ? », Études offertes à Rodière, R., Dalloz, 1980, pp. 125 et sqq. ; Mestre, J., « L’égalité
en droit des sociétés (aspects juridiques de droit privé) », Rev. Soc. 1989, p. 99.
40
Voir supra, § 7.
41
La doctrine semble partagée sur l’appréhension de l’intérêt social. Pour certains, il est celui de
l’entreprise, c’est-à-dire qu’il renvoie à la satisfaction des intérêts catégoriels qui s’abordent et se
rencontrent dans l’entreprise : l’intérêt des salariés, des fournisseurs, des banques, des fournisseurs,
des clients, du fisc, des créanciers etc. Pour d’autres, il est l’intérêt des actionnaires, c’est-à-dire la
recherche du profit social et son partage entre les actionnaires. Cette dernière nous paraı̂t adaptée
avec la qualification d’associé, les personnes s’engageant en société. Elle emporte notre conviction.
D’ailleurs, le législateur nous conforte dans cette position lorsqu’il affirme que l’intérêt social est
« l’intérêt commun des associés ». Ainsi, si certains associés se réservent le profit en excluant les
autres, ils ne seront plus « associés », mais « dissociés ». Sur la question, voir art. 4 al. 2 AUSCGIE.
Com. 13 nov. 2007, Rev. Soc. 2008, p. 113, note Pariente, M. ; Dr. Soc. 2008, no 32, obs. Hovasse, H. ;
Schmidt, D., Les conflits d’intérêts dans la société anonyme, Joly éditions, 2004, pp. 11 et sqq., § 11 ;
Mouthieu Njandeu, M.-A., L’intérêt social en droit des sociétés, thèse, Yaoundé II, 2006 ; Constantin,
A., « L’intérêt social : quel intérêt ? », Mélanges B. Mercadal, éd. Francis Lefebvre, 2002, pp. 315 et
sqq.; Martin, D., « L’intérêt des actionnaires se confond-il avec l’intérêt social ? », Mélanges Schmidt,
D., Joly éditions, 2005, p. 359.

Rev. dr. unif., Vol. 24, 2019, 214–233


222 Salifou Mouhouain

la société pour aussitôt en sortir. Certes, il est possible que l’admission d’un
représentant des minoritaires rende difficile la prise de décision en ce sens que
le conseil d’administration peut devenir une assemblée délibérante où s’affrontent
les intérêts particuliers42. Mais la sanction de l’abus de minorité43 dissipe cette
inquiétude. Alors l’action de l’administrateur représentant les minoritaires au
conseil d’administration ne pourra aller que dans le sens de l’intérêt commun
des associés, c’est-à-dire au profit de la société44. Il n’y existe donc aucun danger

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sur le fonctionnement et l’unicité du conseil d’administration quant à la consé-
cration de la représentation catégorielle45.
12. En France, le législateur du droit privé des sociétés commerciales46
reconnaı̂t aux actionnaires la possibilité de se mettre ensemble au sein d’une
association. Certes, il n’identifie pas explicitement la catégorie d’actionnaires
pouvant se mettre en association et l’organe au sein duquel ce représentant
peut agir ; mais à travers certaines indications47, il est plausible que cela soit au
profit des actionnaires minoritaires et des instances décisionnelles de la société.
Partant de cette analyse, l’on voit que le législateur camerounais n’est pas le
premier à reconnaı̂tre la nécessité pour les actionnaires minoritaires d’avoir un
représentant au sein des instances décisionnelles de la société, même s’il s’intéresse
uniquement au conseil d’administration. Par cet acte, le législateur camerounais
vient de mettre un terme au débat doctrinal48 sur la représentation catégorielle
42
Le Bars, B., Les associations de défense d’actionnaires et d’investisseurs, thèse, op. cit., p. 319, § 461 ;
Guyon, Y., « Faut-il introduire en France la théorie de la "corporate governance" ? » Petites affiches,
no 55, 7 mai 1997, p. 29, § 5.
43
L’abus de minorité est le fait pour l’actionnaire minoritaire de provoquer une situation incom-
patible avec l’intérêt général de la société dans l’unique dessein de favoriser son intérêt égoı̈ste au
détriment de celui des autres actionnaires. Ceci veut dire que le comportement d’un associé est
qualifié d’abus de minorité lorsque sa décision est prise dans l’unique dessein et contrarie l’intérêt
social. Voir art. 139 AUSCGIE ; CA Paris, 26 juin 1990, JCP E I 1990, 15915, note Germain, M.
GERMAIN. Com. 5 mai 1998, JurisData no 1998-001542 ; JCP E 1998, p. 1303, obs. Viandier, A. et
Caussain, J.-J. ; Bull. Joly Sociétés 1998, § 245, p. 755 note Godon, L. Com. 18 juin 2002, Bull. Joly
Sociétés 2002, § 256, p. 1197, note Godon, L. ; Merle, Ph., Droit commercial, sociétés commerciales,
op. cit., pp. 718 et sqq., § 578 et sqq.
44
L’intérêt de tout associé étant de retirer sa part légitime de l’enrichissement social, l’intérêt
commun des associés réside dans la réalisation et le partage entre eux des profits de la société.
En réalité, ils attendent tous que la société réalise des profits et ceux-ci soient partagés à proportion
de ce qui revient à chacun. Lire Schmidt, D., Les conflits d’intérêts dans la société anonymes, op. cit.,
p. 2, § 4.
45
Il convient de relever que ce sont souvent les arguments avancés pour écarter l’intervention du
représentant des actionnaires minoritaires au sein du Conseil d’administration. Sur la question,
lire Le Bars, B., thèse, préc., p. 316, § 459.
46
Il s’agit du législateur français.
47
Le législateur évoque la nature du titre (titres nominatifs), l’ancienneté (deux ans), le pourcentage
du pouvoir politique (au moins 5 % des droits de vote), l’objet de l’association (représenter les
intérêts de ses membres), le lieu d’action de l’association (au sein de la société). Voir art. L. 225-120
C. com.
48
Selon une certaine doctrine, la représentation catégorielle est peu démocratique parce qu’un élu,
quel qu’il soit, est le représentant de l’intérêt général (Guyon,Y., « Faut-il introduire en France la
théorie de la "corporate governance" ? » Petites affiches, no 55, 7 mai 1997, p. 29, § 5). Cette
conception de la démocratie nous paraı̂t être formelle, car au fond, l’élu représente avant tout
une circonscription ; il est le représentant d’une localité. D’ailleurs, au niveau des élus, l’on a des
sénateurs qui représentent les collectivités territoriales décentralisées et doivent défendre les intér-
êts de ces collectivités. L’administrateur représentant des minoritaires n’est donc pas loin de ce

Unif. L. Rev., Vol. 24, 2019, 214–233


Le droit des entreprises publiques et le droit des sociétés commmerciales 223

des actionnaires au sein du conseil d’administration. Dans cette perspective, il


enrichit le droit des sociétés commerciales de l’espace OHADA avec une autre
conception de la représentation des actionnaires au sein du conseil d’adminis-
tration des sociétés anonymes. Ceci ne pourra que relever l’équilibre des pouvoirs
des dirigeants dans le conseil d’administration.

B. L’équilibre des pouvoirs des dirigeants au conseil

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d’administration relevé
13. Au regard du droit commun des sociétés commerciales applicable dans
l’espace OHADA, il est difficile de dire qu’il existe un équilibre des pouvoirs au
sein du conseil d’administration. Deux explications peuvent être données. La
première explication est la consécration de deux modes d’admission de la société
anonyme49 avec possibilité pour la société de les changer à tout moment50. La
seconde explication tient à la reconnaissance dans une société avec conseil d’ad-
ministration de la fonction du président-directeur général51. À cela, il faut ajouter
l’abandon à la discrétion du conseil d’administration52 de la nomination et la
durée du mandat du directeur général53. Sur ces faits, il ressort clairement la
possibilité d’avoir entre les mains d’une seule personne la gestion de cet organe
d’évaluation des dirigeants. Ce qui semble contraire aux principes de la corporate
governance54. En effet, ces principes, qui ont pour objectif d’éviter les conflits
d’intérêts au sein de la société55, préconisent un gouvernement d’entreprise
dont la matrice est l’équilibre des pouvoirs entre executive et non executive dir-
ectors au sein du conseil d’administration et la distinction des fonctions de chair-
man of board de celles de chief executive officer56.
14. Dans le cadre de la gouvernance des entreprises publiques, c’est l’option
choisie par le législateur camerounais57.

statut. Dès lors, l’admission du représentant des minoritaires ne peut être considérée comme
contraire à la démocratie.
49
Le conseil d’administration et l’administration générale. Voir supra, § 7.
50
Le changement du mode d’administration peut être fonction du nombre d’actionnaires. Lire art.
414 et 494 AUSCGIE.
51
Art. 462 et sqq. AUSCGIE.
52
Art. 485 et 486 AUSCGIE.
53
C’est l’option choisie par le législateur comorien, c’est-à-dire laisser la désignation du directeur
général à la discrétion du conseil d’administration. Voir art. 9 loi du 2 janvier 2006.
54
Il s’agit des règles de bonne pratique de direction et de gestion des sociétés. Sur la question du
concept de la corporate governance, lire Baron, C., « La gouvernance : débat autour d’un concept
polysémique », Rev. Droit et société, no 54, 2003, pp. 336 et sqq.
55
Chaput, Y., « Le monde idéal : les principes de la gouvernance d’entreprise », in La gouvernance
d’entreprise, cahiers de droit de l’entreprise, no 5, septembre-octobre 2005, pp. 26 et sqq.
56
Caussain, J.-J., « L’influence mondiale et européenne », art., op. cit., p. 28.
57
Il semble suivre les pas de ses homologues français et américains. Sur la question, lire Tunc, A. « La
révolution américaine : présentation et application des "principles of corporate governance" », in
ADANA, « Vers un nouvel équilibre des pouvoirs dans les sociétés cotées », Colloque du 15 juin
1995, Petites affiches du 27 sept. 1995 ; Moderniser la gouvernance des sociétés d’État, op. cit., p. 16.

Rev. dr. unif., Vol. 24, 2019, 214–233


224 Salifou Mouhouain

Premièrement, il consacre un seul mode d’administration des entreprises pub-


liques, en l’occurrence celui du conseil d’administration58. Ainsi, les entreprises
publiques avec administrateur général sont exclues de la catégorie des sociétés
d’État au Cameroun. L’éventualité de voir la gestion des entreprises publiques
laissée entre les mains d’une seule personne comme dans les sociétés anonymes est
écartée.
Deuxièmement, il instaure la séparation des fonctions au sein du conseil d’ad-

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ministration des entreprises publiques et renforce la place du directeur général
parmi les organes de gestion59. Cela apparaı̂t clairement aux niveaux de l’organ-
isation de son mode de désignation et de la durée de son mandat.
15. S’agissant du mode de désignation du directeur général, malgré son silence
sur le statut du directeur60, le législateur camerounais est un peu plus explicite que
celui OHADA61. C’est ce qui ressort de l’article 70 al. 1 de la loi no 2017/011 qui
dispose « Le directeur général et, s’il y a lieu, le directeur général adjoint, sont
nommés à la majorité des deux tiers (2/3) par le conseil d’administration sur
proposition de l’actionnaire majoritaire ou unique ». De cette disposition, l’on
s’aperçoit que la nomination du directeur général n’est pas laissée totalement à la
discrétion du conseil d’administration, encore moins à la merci du président du
conseil62. On peut regretter que la proposition revienne uniquement à l’action-
naire majoritaire. Quoiqu’il en soit, la nomination du directeur général doit être
le résultat d’un vote obéissant à un quorum63. Ainsi, si le majoritaire ou le pré-
sident venait à nommer le directeur général sans passer par un vote ou sans
respecter le quorum requis, son acte sera frappé de nullité absolue et l’on revient

58
C’est le cas des législateurs burkinabés, des ı̂les Comores et de la Guinée. Voir supra, § 7.
59
Selon l’article 15 de la loi no 2017/011, « Les organes de gestion d’une entreprise publique sont :
l’Assemblée générale des actionnaires, le conseil d’administration et la direction générale ». Le
directeur général assure la direction de la société, la représente dans ses rapports avec les tiers. Sur
les fonctions du directeur général, lire art. 72 al. 1 loi no 2017/011 ; art. 487 AUSCGIE ; Merle, Ph.,
Droit commercial, sociétés commerciales, op. cit., p. 527, § 433 et sqq. ; Cozian, M. et Viandier, A.,
Droit des sociétés, op. cit., p. 245, § 681.
60
Le législateur ne semble pas préciser le statut du directeur général. Finalement, l’on ne sait pas si la
personne désignée directeur général est un actionnaire ou non ; une personne physique ou une
personne morale ; un fonctionnaire ou non. Mais, avec la reconnaissance, d’une part, de la forme
de société anonyme aux entreprises publiques, et d’autre part, du statut varié de son personnel, il
est possible de voir qui peut être directeur général. Dès lors, l’ambiguı̈té sur la qualité du directeur
général peut être levée. Toutefois, pour les besoins de clarté juridique, il est souhaitable que le
législateur camerounais puisse préciser clairement le statut du directeur général afin de lever toute
équivoque. Voir art. 25 et 72 loi no 2017/011. Au Burkina Faso, ce n’est pas le cas. Là-bas, le
directeur général a le statut de personne physique. Voir art. 34 décret no 2000-189/PRES/PM/MCI
du 17 mai 2000.
61
Le législateur OHADA indique seulement que le Conseil d’administration nomme, parmi ses
membres ou en dehors d’eux, un directeur général qui doit être une personne physique. Voir
art. 485 al. 1 AUSCGIE. Lire notamment Cozian, M. et Viandier, A., Droit des sociétés, op. cit., p.
136, § 372 ; Dom, J.-P., « Contrat de travail du directeur général au sein d’un groupe », Bull. Joly
sociétés 1996, § 163.
62
C’est le cas aux ı̂les Comores. Ici, le directeur général est nommé par le président du conseil
d’administration après délibération du conseil. Voir art. 9 loi du 2 janvier 2006.
63
En droits burkinabé et guinéen, c’est le Président de la République qui nomme le directeur général
en Conseil des Ministres. Voir art. 35 décret no 2000-189/PRS/PM/MCI A du 17 mai 2000 ; art. 29
loi L. 2017/056/AN du 8 décembre 2017.

Unif. L. Rev., Vol. 24, 2019, 214–233


Le droit des entreprises publiques et le droit des sociétés commmerciales 225

au statu quo ante64. Dès lors, le législateur camerounais se démarque du législateur


OHADA dans la séparation des fonctions de directeur et du président. Il refuse de
voir inféodé au président du conseil le directeur général ou de voir entre les mains
d’une seule personne l’administration de la société. Étant indépendant, l’on est
certain que le directeur général pourra assurer sans difficulté ses fonctions. Il ne
suivra plus le sort du président65 et ce dernier pourra surveiller sans faiblesse
l’action du directeur général66. C’est ainsi que pourraient être évités les conflits

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d’intérêts entre ces deux managers. En réalité, ces conflits sont susceptibles de
nuire à la qualité de leurs décisions et aux intérêts de la société. Ainsi le président
tiendra la société et le directeur la dirigera67.
16. Quant à la durée du mandat du directeur général, ce n’est pas au conseil
d’administration de la déterminer comme en droit privé des sociétés commer-
ciales de l’espace OHADA68. Pour les entreprises publiques, le législateur camer-
ounais opte pour sa détermination. À cet effet, il souligne que « Le directeur
général et le directeur général adjoint sont nommés pour un mandat de trois
(3) ans éventuellement renouvelable deux (2) fois. Dans tous les cas, les mandats
cumulés du directeur général ou directeur général adjoint ne peuvent excéder neuf
(9) ans »69 . Avec cette détermination, ce législateur vient lever toute équivoque et
clarifier le temps de vie d’une personne au poste de directeur général dans une
entreprise publique. Il se démarque ainsi non seulement du législateur OHADA
mais aussi des législateurs de certains pays membres de l’espace OHADA70.
Par ailleurs, la durée du mandat ne semble pas être liée au statut d’adminis-
trateur71. Or, c’est le cas pour le président du conseil d’administration72. Par ce
64
C’est vrai que le législateur camerounais ne le dit pas. Mais, l’on pense qu’avec l’exigence du
quorum, il est clair que tout acte pris en violation de cette exigence pourra être frappé de nullité
absolue comme c’est le cas en droit OHADA. D’ailleurs, rien n’est dit concernant la suite en cas
d’insuffisance du quorum comme en droit OHADA. Voir art. 244 et 557-1 AUSCGIE. Lire aussi
Merle, Ph., Droit commercial, sociétés commerciales, op. cit., p. 686, § 552-5.
65
CA Colmar, 6 juin 1975, D., 1975, Somm., p. 119.
66
Merle, Ph., Droit commercial, sociétés commerciales, op. cit., p. 521, § 430.
67
L’on reprend l’idée d’un auteur qui pense que diriger l’État est différent de le tenir. Aussi,
souligne-t-il que « Diriger l’État est la mission des politiques [. . .]. Tenir l’État est le métier des
fonctionnaires [. . .] ». Voir Picq, J., « L’administration comme pouvoir », Rev. Esprit, octobre
1997, p. 127 et sqq.
68
Le législateur OHADA souligne que « Le conseil d’administration détermine librement la durée
des fonctions du directeur général. Le mandat du directeur général est renouvelable ». Voir art. 486
AUSCGIE.
69
Art. 70 al. 2 loi no 2017/011. Ce n’est pas le cas au Burkina Faso où le directeur général a un mandat
de trois (3) ans renouvelable par tacite reconduction. Ceci veut dire que son mandat est illimité.
Voir art. 24 décret no 2007-724/PRES/PM/MEF/MCPEA du 7 novembre 2007 portant sur les
modalités de désignation des membres des organes d’administration et de gestion des établisse-
ments publics et des sociétés à participation majoritaire de l’État.
70
Les ı̂les Comores (art. 9 et 10) et la Guinée (art. 29). Dans ces deux États, aucune durée du mandat
du directeur n’est donnée.
71
Le directeur général peut être administrateur ou non. Sur la question de la liaison du sort du
directeur général et à celui du président du conseil, lire Cozian, M. et Viandier, A., op. cit., p. 245, §
680.
72
Le mandat du président est lié à celui de son statut d’administrateur, c’est-à-dire six (6) ans. Voir
art. 52 loi no 2017/011. C’est aussi le cas au Burkina Faso. Ici, le mandat du président du Conseil
d’administration ne peut excéder six (6) ans. Voir art. 20 décret no 2000-189/PRES/PM/MCIA du

Rev. dr. unif., Vol. 24, 2019, 214–233


226 Salifou Mouhouain

décalage de la durée du mandat du directeur général de celle du mandat du


président, il est clair que la révocation, la démission ou le décès de l’un n’aura
aucun impact sur l’autre. Le directeur général pourra survivre à l’arrêt du mandat
du président du conseil d’administration même si, à l’image du président, il est
révocable, sans indemnité, sauf abus de droit. Toutefois, sa révocation doit être
fondée, c’est-à-dire qu’il faut une faute du directeur général73. Cela signifie qu’il
ne peut être révoqué ad nutum comme en droit burkinabé des entreprises pub-
liques74 et en droit commun des sociétés commerciales75. Quoiqu’il en soit, cette

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innovation marque la volonté du législateur camerounais de donner au directeur
général plus de marge de manœuvre pour bien gérer au quotidien la société et de
la représenter auprès des tiers sans être trop influencé par le président du conseil
d’administration. C’est ainsi qu’il existera un équilibre de pouvoir et de respons-
abilités au sein du conseil d’administration entre le directeur général et le pré-
sident du conseil d’administration. Ainsi, comme en matière de représentation
des actionnaires au sein du conseil d’administration, le législateur camerounais
vient d’innover. Une nouvelle conception de l’équilibre des pouvoirs des diri-
geants dans le conseil d’administration voit le jour en droit des sociétés commer-
ciales de l’espace OHADA. Dès lors, le droit interne d’un État partie peut être
appelé au perfectionnement du droit OHADA comme lors de sa mise en forme76.
Cependant, à certains niveaux, les innovations du droit camerounais des entre-
prises publiques viennent bouleverser le droit des sociétés commerciales de
l’espace OHADA.

II/ Le droit des entreprises publiques, source de


bouleversement du droit des sociétés commerciales
17. Le droit des entreprises publiques n’alimente pas sur toute la ligne le droit
privé des sociétés commerciales de l’espace OHADA. En fait, au-delà de ce poncif,
le droit des entreprises publiques bouscule certaines règles du droit des sociétés
commerciales au point de brouiller la constitution de la société anonyme (A) et de
déstructurer la constitution de leur conseil d’administration (B).

17 mai 2000 ; art. 42 décret no 2007-724/PRES/PM/MEF/MCPEA du 7 novembre 2007 portant sur


les modalités de désignation des membres des organes d’administration et de gestion des établisse-
ments publics et des sociétés à participation majoritaire de l’État. Par contre, en Guinée, tel ne
semble pas être le cas. Là-bas, le législateur refuse de déterminer non seulement le statut du
président du conseil d’administration (est-il un administrateur ou pas ?) mais aussi la durée de
son mandat. Il abandonne plutôt au pouvoir réglementaire ce rôle. Voir art. 26 loi no 2017/056/AN
du 8 juillet 2017.
73
Art. 57 et 73 al. b) loi camerounaise no 2017/011.
74
Art. 35 al. 2 décret burkinabé no 2000-189/PRES/PM/MCIA du 17 mai 2000.
75
Art. 484 et 492 AUSCGIE. Sur la question de la révocabilité ad nutum, lire Akam Akam, A., « La
responsabilité civile des dirigeants sociaux en droit OHADA », RIDE, no 2, 2007, pp. 221 et sqq.
76
Voir supra, § 4.

Unif. L. Rev., Vol. 24, 2019, 214–233


Le droit des entreprises publiques et le droit des sociétés commmerciales 227

A. Les règles de constitution de la société anonyme brouillées


18. Selon l’acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et GIE, la
constitution de la société anonyme obéit aux règles communes et spécifiques
propres à chaque catégorie de société anonyme77. Ces règles concernent le capital
social, le statut et l’assemblée générale constitutive78.
19. Malheureusement, à la lecture de la loi no 2017/011, une seule condition de
constitution de l’entreprise publique émerge en l’occurrence le statut79. Les

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autres, notamment la souscription du capital social et la tenue de l’assemblée
générale constitutive, semblent être immergées. Nulle part, le législateur camer-
ounais ne les évoque.
20. Par rapport au capital social des entreprises publiques, c’est le mutisme tant
sur son montant que sur sa réalisation.
Sur le montant du capital social, le législateur camerounais80 l’évoque,
reconnaı̂t même son augmentation et son amortissement81 uniquement en
cours de vie de l’entreprise publique. Par ailleurs, il ne donne aucune indication
pouvant amener à dire que l’acte82 qui crée l’entreprise peut établir le montant de
son capital social ou encore que le montant du capital social est celui des sociétés
anonymes du droit OHADA. C’est dire que le montant du capital n’entre pas dans
les conditions de constitution des entreprises publiques. Par conséquent, ces
dernières peuvent se constituer sans préciser le montant de leur capital social83.
De la sorte, la constitution des entreprises publiques se rapproche de celle des
sociétés de personne dans laquelle le capital social est moins important84.
Toutefois, une telle conclusion serait un peu hâtive parce que la relation entre
le droit des entreprises publiques et le droit OHADA des sociétés commerciales
est à l’image de celle du droit spécial et du droit commun, c’est-à-dire en cas de

77
Le législateur OHADA consacre deux types de sociétés anonymes : sans apport en nature et avec
apport en nature. Mais, à y regarder de près, c’est la distinction consacrée par la doctrine en
l’occurrence la société anonyme sans appel public de la société anonyme par appel public à
l’épargne. Voir art. 390 et sqq. AUSCGIE. Lire notamment Cozian, M. et Viandier, A., Droit des
sociétés, op. cit., p. 219, § 604 ; Merle, Ph., Droit commercial, sociétés commerciales, op. cit., pp. 296 et
sqq., § 257 et sqq.
78
Art. 387 et sqq., 395 et sqq. ; 404 et sqq. AUSCGIE.
79
Art. 17, 18, 28 et 57 al. 2 loi no 2017/011. C’est aussi le cas aux ı̂les Comores (art. 6 loi du 2 janvier
2006) et en Guinée (art. 9 loi no 2017/056/AN du 8 décembre 2017).
80
Art. 20 loi no 2017/011. C’est aussi l’option choisie par ses homologues burkinabés (art. 5 décret no
2000-189 du 17 mai 2000) et guinéens (art. 1er et 5 loi 2017/056).
81
Art. 22 et 23 loi no 2017/011.
82
L’on pense par exemple au décret.
83
C’est surtout au niveau de la constitution des entreprises publiques ayant l’État comme seul
actionnaire. Car, pour les autres entreprises publiques, il est dit que leur constitution obéit aux
règles du droit commun. Ceci amène à dire que cette condition n’est pas totalement exclue de la
constitution des entreprises publiques. Voir art. 29 et 30 loi no 2017/011.
84
Le principe voudrait que toute société ait un capital social indiqué dans ses statuts (art. 17 et 61
AUSCGIE). Cependant, compte tenu de la présence de l’apport en énergie difficilement évaluable
dans les sociétés de personnes (sociétés en nom collectif, commandite simple, à responsabilité
limitée dans une moindre mesure), ce principe peut se voir limité. En réalité, ces sociétés peuvent
être créées sans captal social. Cela ne veut pas dire que la société est constituée sans apports. Il s’agit
simplement de la constitution de la société sans argent au préalable.

Rev. dr. unif., Vol. 24, 2019, 214–233


228 Salifou Mouhouain

vides et de silences des règles spéciales sur une matière, ce sont les règles générales
qui doivent être utilisées85. De ce point de vue, l’on peut dire que les vides laissés
par le législateur camerounais sont comblés automatiquement par les dispositions
du droit commun des sociétés commerciales. Ainsi, le montant du capital social
des entreprises publiques renvoie à celui défini et déterminé dans les textes
OHADA86.
Mais, au regard du droit burkinabé87, l’on constate que cette affirmation mérite

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d’être relativisée. Ici, comme dans le cadre des règles du droit OHADA des
sociétés commerciales, le législateur souligne que le décret créant la société
d’État doit énoncer « [. . .] le montant du capital [. . .] ». Ainsi, l’on comprend
que la détermination et l’indication du montant du capital social font partie des
conditions de la constitution des entreprises publiques. Ceci veut dire que rien
n’empêchait le législateur camerounais de faire autant en précisant que l’acte de
création d’une entreprise publique doit indiquer le montant du capital social. Il
est donc souhaitable qu’il s’en inspire du droit burkinabé afin de rendre complet
et achevé le droit camerounais des entreprises publiques.
Quant à la réalisation du capital social, l’on ne voit nulle part la mention de la
souscription ou de la libération du capital social de l’entreprise publique. Or, une
société anonyme ne peut être constituée sans souscription ou avec une souscrip-
tion partielle du capital. Le capital social est un élément essentiel pour la consti-
tution de la société anonyme dans la mesure où il est la garantie des créanciers88.
Le Burkina Faso89 l’a compris. En effet, il ressort que le décret créant la société
d’État doit non seulement énoncer « les modalités de libération des actions », mais
aussi indiquer que « les actions représentatives d’apports en nature sont entière-
ment libérées lors de leur création » et que « les actions en numéraire sont libérées
au quart (1/4) au moins à la souscription ». Ainsi, le droit burkinabé s’inscrit en
droite ligne avec le droit OHADA dans la mesure où il consacre explicitement la
réalisation du capital comme une condition de constitution d’une entreprise
publique ayant pour État un actionnaire unique. En effet, le législateur OHADA90

85
En réalité entre les deux droits, il existe le plus souvent toute une gradation de lois de moins en
moins communes et de plus en plus spéciales. Lire Grua, F., « Les divisions du droit », art., op. cit.,
p. 61, § 9.
86
Il se chiffre à dix millions (10 000 000) de francs CFA. Voir 387 AUSCGIE. Ce montant peut
connaı̂tre une hausse à cent millions (100 000 000) de francs CFA si la société anonyme fait appel
public à l’épargne. Voir art. 824 AUSCGIE. Toutefois, il convient de relever que ce sont des
minima en dessous desquels une société ne peut aller si elle veut rester dans la catégorie des
sociétés anonymes. Ceci signifie qu’ils peuvent être rehaussés jusqu’à n millions.
87
Art. 5 décret no 2000-189/PRES/PM/MCIA du 17 mai 2000. Par contre, aux ı̂les Comores, ce sont
les règles du statut qui s’appliquent tandis qu’en Guinée, rien n’est dit. C’est le black out total,
comme au Cameroun.
88
Cozian, M. et Viandier, A., Droit des sociétés, op. cit., pp. 109 et sqq., § 316 et sqq.
89
Art. 5 et 10 décret 2000-189 du 17 mai 2000.
90
Il souligne que le capital de la société anonyme doit être entièrement souscrit avant la date de la
signature des statuts. Par ailleurs, il ajoute que les actions représentant des apports en numéraire
sont libérées, lors de la souscription du capital, d’un quart au moins de leur valeur nominale. Voir
art. 388 et 389 AUSCGIE. Lire notamment Merle, Ph., Droit commercial, sociétés commerciales, op.
cit., pp. 296 et sqq., § 258 et sqq.

Unif. L. Rev., Vol. 24, 2019, 214–233


Le droit des entreprises publiques et le droit des sociétés commmerciales 229

ne tient pas compte de la forme de l’actionnariat lorsqu’il évoque la condition de


libération du capital social dans la signature des statuts. La société anonyme
unipersonnelle et celle pluripersonnelle sont toutes concernées. C’est ce qui dev-
rait aussi être pour les entreprises publiques. Malheureusement, aucune indica-
tion ne permet de dire que le capital social des entreprises publiques
pluripersonnelles ou unipersonnelles est souscrit totalement avant la signature
de l’acte le créant91 ou qu’il est libéré au moins d’un quart des apports en numér-

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aire. En refusant de légiférer sur la réalisation du capital social des entreprises
publiques, le législateur camerounais produit un droit des sociétés d’État non
seulement incomplet et inachevé, mais aussi dérogatoire au droit commun des
sociétés commerciales. Il est souhaitable pour les besoins de sécurité juridique et
d’efficacité du droit des entreprises publiques que le législateur camerounais
légifère comme son homologue burkinabé ou alors précise d’une manière expli-
cite que la réalisation du capital social relève du droit OHADA, droit commun des
sociétés commerciales92.
21. Relativement à l’assemblée générale constitutive, rien n’est dit à propos93.
Ce mutisme peut s’expliquer par le fait que le législateur camerounais évoque déjà
le statut dans les conditions de constitution des entreprises publiques. En réalité,
d’après le législateur OHADA, la signature du statut suffit à la constitution de la
société94. Du coup, la tenue de l’assemblée constitutive ne devient plus une con-
dition essentielle pour la constitution de la société anonyme. Alors, son étude
dans les conditions de constitution des entreprises publiques peut s’avérer
inopportune.
Toutefois, cette position mérite d’être relativisée. À la lecture des dispositions de
l’acte uniforme, l’on constate que l’assemblée générale constitutive fait partie des
conditions de constitution de certaines sociétés anonymes, en l’occurrence la
société faisant appel public à l’épargne et celle avec apports en nature et/ou stipu-
lation d’avantages particuliers95. Cela signifie que ces deux catégories de sociétés
anonymes ne sauraient se dire constituées sans la tenue de l’assemblée constitu-
tive. Dès lors, l’étude de l’assemblée constitutive dans les conditions de constitu-
tion d’une société anonyme trouve tout son fondement. Et comme les entreprises
publiques sont des sociétés anonymes, il est clair que cette exigence leur est
imposable. Certes, il existe une sorte d’imprécision sur la catégorie de la société
anonyme à laquelle appartiennent les entreprises publiques96, il reste qu’avec la

91
Cet acte peut être le décret ou les statuts.
92
C’est le cas pour les entreprises publiques pluripersonnelles où le législateur renvoie clairement au
droit commun les règles de leur constitution. Voir art. 29 et 30 loi no 2017/011.
93
C’est aussi le cas des législateurs du Burkina Faso, des ı̂les Comores et de la Guinée.
94
Art. 101 AUSCGIE « Toute société est constituée à compter de la signature de ses statuts, ou le cas
échéant, de leur adoption par l’assemblée générale constitutive ».
95
Art. 106, 404 et 827-6 et sqq. AUSCGIE.
96
C’est aussi le cas des législateurs comoriens et guinéens. Par contre, au Burkina Faso, les choses
semblent un peu plus claires. Le législateur burkinabé reconnaı̂t au niveau de la constitution des
sociétés d’État des actions représentatives d’apport en nature aux côtés de celles en numéraire.
Voir art. 10 décret no 2000-189/PRS/PM/MCIA du 17 mai 2000.

Rev. dr. unif., Vol. 24, 2019, 214–233


230 Salifou Mouhouain

reconnaissance aux entreprises publiques d’être unipersonnelles ou pluriper-


sonnelles97, c’est-à-dire avoir un actionnariat diversifié ou fermé98, l’exigence
de la tenue de l’assemblée constitutive peut être justifiée99. Or, en oubliant de
mentionner la tenue de cette assemblée comme condition de naissance de
l’entreprise publique, le législateur camerounais bouscule les règles relatives
à la constitution de la société anonyme au point de déstructurer la constitution
du conseil d’administration.

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B. Les règles de constitution du conseil d’administration
déstructurées
22. L’instauration du conseil d’administration dans une société obéit à deux règles :
le nombre d’actionnaires dans une société et le nombre de membres devant
composer le conseil d’administration. C’est ce qui est consacré par le droit
OHADA100. Et comme les entreprises publiques sont soumises au droit
OHADA, il est clair que la constitution de leur conseil d’administration ne
peut être assise que sur ces règles.
23. Malheureusement, à la lecture de la loi no 2017/011, l’on constate que la
constitution des conseils d’administration des entreprises publiques ne reflète pas
celle préconisée par les règles du droit OHADA.
24. Par rapport au nombre d’actionnaires, le législateur camerounais ne semble
pas le mentionner comme l’élément déterminant l’instauration du conseil d’ad-
ministration au sein des entreprises publiques. Cela ne veut pas dire qu’il ignore
totalement l’actionnariat dans la constitution des entreprises publiques. Il
l’évoque seulement pour mettre en lumière les types d’entreprises publiques
pouvant être constitués101. À voir juste, l’instauration du conseil d’administration

97
Il s’agit des entreprises publiques créées par d’autres entreprises publiques ou des collectivités
territoriales décentralisées ou encore des entreprises publiques constituées conjointement par
l’État et un ou plusieurs de ses démembrements. Voir art. 29 et 30 loi no 2017/011.
98
L’actionnariat diversifié renvoie aux sociétés faisant appel public à l’épargne tandis que celui fermé
peut renvoyer aux sociétés anonymes unipersonnelles. Quelques indications peuvent être fournies :
la mise sous forme nominative des actions non intégralement libérées, la présence du bulletin de
souscription établi par les fondateurs pour la souscription des actions signé et daté par les
souscripteurs ou leurs mandataires, etc. Sur la question, voir art. 389 al. 3 ; 390 et 830
AUSCGIE ; Merle, Ph., Droit commercial, sociétés commerciales, op. cit., p. 293, § 255 ;
Ndjamono Onguila, F., « Les critères fondamentaux de la société anonyme en droit OHADA »,
Cahiers de droit, mars 2012, no 53 (01), p. 55.
99
C’est surtout pour le cas des entreprises unipersonnelles où il est dit que les statuts sont approuvés
par décret et que ce décret tient lieu de statut. Certes, il ressort que la constitution définitive de la
société à capital public se fait selon les règles du droit commun, il reste que les statuts étant déjà
validés par décret, la tenue de l’assemblée constitutive n’aura plus sa raison d’être puisqu’elle est là
pour valider les statuts. Or, pour les entreprises publiques pluripersonnelles, le problème de la
tenue d’une assemblée constitutive ne se pose pas en ce sens que leur constitution est soumise au
droit commun. Voir art. 28, 29 et 30 loi no 2017/11. Aux ı̂les Comores, cela est aussi possible parce
que le législateur abandonne la constitution des entreprises publiques au droit commun. Voir art.
6 loi du 2 janvier 2006.
100
Art. 416 et 459 AUSCGIE.
101
Art. 43, 45 et 46 loi no 2017/011.

Unif. L. Rev., Vol. 24, 2019, 214–233


Le droit des entreprises publiques et le droit des sociétés commmerciales 231

au sein des entreprises publiques est une décision discrétionnaire. Elle n’est pas
fonction du nombre d’actionnaires de l’entreprise publique. Pour preuve, les
entreprises publiques à actionnaire unique ont des conseils d’administration au
même titre que celles à actionnaires multiples102. Or le législateur OHADA pré-
conise l’instauration de l’organe de conseil en fonction de l’actionnariat de la
société anonyme103. Cet alignement de la constitution du conseil d’administra-
tion sur le nombre d’actionnaires s’explique par le fait que le nombre élevé

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d’actionnaires traduit un actionnariat dispersé. C’est ainsi qu’il devient difficile
de voir chez ces actionnaires un affectio societatis, c’est-à-dire un amour pour la
société104, une collaboration active, intéressée et égalitaire des associés, des rap-
ports de fraternité qui vont au-delà ce que l’on exige des cocontractants105. Ils
sont plutôt animés par l’affectio financiatis, c’est-à-dire un intérêt plus à la valeur
patrimoniale de l’action qu’aux prérogatives extrapatrimoniales106. Partant de
cette analyse, l’on peut dire que l’institution du conseil d’administration dans
les entreprises publiques à actionnariat multiple est justifiée. Par contre, dans les
entreprises publiques à actionnariat unique ou double, elle paraı̂t inopportune. La
raison est simple. Ces entreprises publiques ne sont pas différentes des sociétés
anonymes fermées que l’on assimile souvent aux sociétés de personnes dans la
mesure où leur constitution se fait dans l’intimité et leur actionnariat est con-
centré voire identifié107. Pour cette forme de société, l’institution du conseil d’ad-
ministration peut paraı̂tre inutile.
Quant au nombre des membres du conseil d’administration, le législateur ne le
fixe pas en fonction de la forme ou de la taille de l’entreprise publique. En réalité,
les entreprises publiques unipersonnelles et celles pluripersonnelles ont le même
nombre de membres au conseil d’administration qui se situe entre cinq (5) au
moins et douze (12) membres au plus108. Or, en droit OHADA, la taille de
l’entreprise peut influencer sur le nombre des membres du conseil d’administra-
tion. C’est ainsi que le nombre de membres du conseil d’administration peut
passer de douze (12) à vingt-quatre (24)109. Le législateur guinéen des entreprises

102
Voir supra, § 23.
103
Les sociétés anonymes comprenant un nombre d’actionnaires égal ou inférieur à trois (3) ont la
faculté de ne pas constituer un Conseil d’administration et peuvent désigner un administrateur
général qui assume, sous sa responsabilité, les fonctions d’administration et de direction de la
société. Voir art. 494 AUSCGIE.
104
Merle, Ph., Droit commercial, sociétés commerciales, op. cit., p. 73, § 43.
105
Ledan, J., L’investisseur en droit privé et droit fiscal français, Thèse, préface de Causse, H., PUAM,
Marseille, 2009, p. 155, § 224.
106
C’est le cas des sociétés anonymes faisant appel public à l’épargne qui ont l’obligation d’avoir un
conseil d’administration. Voir art. 828 et 829-1 AUSCGIE. Sur la question, lire Lucas, F.-X., Les
transferts temporaires de valeurs mobilières. Pour une fiducie de valeurs mobilières, Thèse, op. cit.,
p. 191, § 373.
107
Voir supra, § 23.
108
Art. 42 loi no 2017/011.
109
Art. 418 AUSCGIE.

Rev. dr. unif., Vol. 24, 2019, 214–233


232 Salifou Mouhouain

publiques s’inscrit aussi dans cette voie de la prise en compte de la taille de la


société pour la fixation du nombre des membres du conseil d’administration110.
25. Au-delà de l’indifférence sur la taille de l’entreprise publique, contrairement
aux législateurs de certains États membres de l’OHADA111, le législateur camer-
ounais apporte du sien dans la fixation du seuil des membres du conseil d’ad-
ministration. Ainsi, au lieu de trois (3) membres au moins comme l’indique le
législateur OHADA112, il est passé à cinq (5) sans véritablement justifier cette
hausse113. Et pourtant, dans le passé, il s’était inscrit dans cette voie en préconi-

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sant le seuil des membres du conseil d’administration à trois (3)114.
Quoiqu’il en soit, la fixation du nombre des membres du conseil d’administra-
tion à cinq (5) minimum pour une entreprise publique unipersonnelle paraı̂t
illogique et inadapté. Cela s’explique par le fait que le droit OHADA ne permet
pas à une personne morale d’avoir plus d’un représentant au conseil d’adminis-
tration115. C’est dire que l’État, étant le seul actionnaire, ne pourra pas être
représenté dans le conseil d’administration par plus d’une personne. Du coup,
l’on aura un conseil d’administration à un seul membre. En revanche, le max-
imum fixé à douze (12) peut se justifier au regard de la diversité d’un État116. Ceci
permet de maintenir le lien entre les entreprises publiques et l’État, c’est-à-dire
entre ses entreprises et ses citoyens. Le législateur comorien est allé dans ce sens
d’une manière explicite en affirmant que « La représentation de l’État au sein du
conseil d’administration tiendra compte de la représentativité de chaque ı̂le
autonome »117.

Conclusion
26. Aux termes de cette réflexion, le constat est clair. L’application totale et
parfaite du droit OHADA dans son espace reste encore un chantier auquel les
États parties semblent moins engagés. Cette réflexion l’a démontré. En réalité,
quel que soit le côté de son apport, le droit camerounais des entreprises publiques
à travers la loi no 2017/011 déroge au droit des sociétés commerciales de l’espace
110
Le nombre des membres du Conseil d’administration peut connaı̂tre une hausse et passer de trois
(3) à sept (7), à neuf (9) et jusqu’à onze (11) lorsque la taille de l’entreprise le justifie. Voir art. 22
loi 2017/056/AN du 8 décembre 2017.
111
En droit burkinabé, le nombre est de neuf (9) maximum (art. 11 décret 2000-189 du 17 mai 2000)
tandis qu’en droit comorien, c’est cinq (5) maximum (art. 8 loi du 2 janvier 2006).
112
Le nombre des membres du conseil d’administration est fixé entre trois (3) au moins et douze (12)
au plus. Art. 416 AUSCGIE. C’est aussi le cas en droit guinéen, le nombre est entre trois (3) et sept
(7). Voir art. 22 loi no 2017/056 du 8 décembre 2017.
113
Aux ı̂les Comores, par exemple, le législateur justifie son option de cinq (5) membres au moins au
conseil d’administration. Il est dit que l’on a deux (2) représentants par ı̂les autonomes dont un
(1) de l’exécutif de l’Union et un (1) de l’exécutif de l’ı̂le autonome ; deux (2) représentants
parlementaires de l’Assemblée de l’Union ; un (1) représentant des travailleurs. Voir art. 8 loi du 2
janvier 2006.
114
Art. 36 al. 2 loi no 99/015.
115
Art. 421, 422 et 423 AUSCGIE.
116
La diversification de l’État résulte de ses différentes composantes sociologiques, linguistiques etc.
Voir Boukari, S., thèse, op. cit., p. 44.
117
Art. 28 loi du 2 janvier 2006.

Unif. L. Rev., Vol. 24, 2019, 214–233


Le droit des entreprises publiques et le droit des sociétés commmerciales 233

OHADA. Certes, l’on peut y voir dans cette loi une volonté du législateur camer-
ounais d’aligner la gestion des entreprises publiques sur les principes de la
corporate governance afin de les rendre plus performantes. Il n’en demeure pas
moins qu’elle devrait être dans une logique de complètement du droit OHADA.
Dès lors, l’on se pose la question de savoir si les États parties au Traité OHADA
ont juste échangé leur consentement sans jamais faire rencontrer leur volonté.

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