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LE JARDIN

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PAR AO. nEGlVÏER

Professcui

au Collège royal de Cliarlemagne

OUVRAGE AJTORISÉ

par le Conseil toyal de i'inctruotion publique

A ras

LIBRAIliiIJ î>^ L^ ÛACHETTE

1 -2, m F. PIEHRE - SARRAZIN

Digitized by the Internet Archive

in 2010 with funding from

University of Ottawa

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LE JARDIN

RACINES GRECQUES

E E u rr is s

PAR CLAUDE LANCELOT

ET MISES EN VERS

PAR LOUIS ISAAC LE MAISTRE DE SACI

NOUÏELliE ÉDITION

CONTENANT EN OUTBE

Un Traité de la formation des mots grecs ; les Racines moins importantes

et les particules disposées dans un ordre plus commode; des remarques

entièrement neuves sur chaque racine, avec les principaux dérivés; et un nouveau Dictionnaire des mots français tirés du grec

PAK M. AD. REGNIER

rSOFE.SSEDK DE RBETOEIQCE AD COLEESS CBABITflîTaVS

et

AUTORISÉE

i-f , \

PAK LE CONSEIL ROYAL DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE

PARIS X/^}'^

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CHEZ L. HACHETTE

LIBRAIRE DE l'uNIVERSITE ROYALE DE FRANCE

RUE PIERRE-SARRAZIN , 12

1843

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AVERTISSEMENT

POUR LA SECONDE ÉDITION (1843).

Cette seconde édition est, pour le plan, entièrement cou-

forme à la première. Les notes qui sont placées au bas des dé-

cades ont été revues avec soin ; beaucoup de rapprochements

étymologiques ont été ajoutés à ceux qui s'y trouvaient déjà.

Le Traité de la formation des mots n'a subi que de légers

changements de détail. J'aurais voulu comparer, plus souvent que je ne l'ai fait, les règles de la formation des mots dans la

langue latine à celles que l'on suit dans la langue grecque;

j'avais aussi l'intention de parler de la formation des noms

propres , et , eu outre , de l'accentuation , considérée dans ses rapports avec la dérivation et la composition des mots.

Mais malheureusement le volume était déjà bieufort, et je

n'ai pu me permettre que des additions ou très-courtes ou

absolument indispensables-

EXPLICATION DES ABREVIATIONS.

ace, accusatif.

adj., adjectif.

grammairiens oît qui ne se trou- ve que chez les grammairiens.

adv., adverbe.

hist. nat., histoire naturelle.

anat., anatomie.

horlog., horlogerie.

anc, ancien, ancienne.

iiupurl'., imparlait.

antiq., aiiliquités.

indécl., iiuli'clinable.

aor., aoriste.

inf., inlinitif.

archit., arcliitecture.

insép., inséparable.

astron-, astronomie.

inus., inusité.

iotan., botanique.

mathcm., matliématiques.

chirurg., chirurgie.

méd. ou médcc, médecine.

comp., comparez.

miner., minéralogie.

D., dérivé.

moy., moyen.

dat., datif.

musig., musique.

DD., dérivés.

nc'olog., néologisme.

d. p., de plus.

par/., parfait.

Ecclés., dans les auteurs ecclésias-

partie, particule.

tiques.

pharm., pharmacie.

éd., éolien.

phir., pluriel.

ex., exemple, exemples.

poét., poétique.

/. ou fut., futur.

priv., privatif.

fém. ou fémin., féminin.

propr., proprement.

gén., génitif.

gf., quelquefois.

gcom., géométrie.

R., Racine.

gloss.,

mot qui ne se trouve que

Rem., Remarque.

dans des glossaires.

gramm., grammaire.

grammair., mot inventé par les

Rhét. ou Rhétor., rhétorique.

s.-ent., sous-entendu. I voy., voyez.

,

PREFACE.

" Comme la difficulté de la langue grecque consiste priu-

« cipalement dans la grande multitude de mots qu'elle ren-

« ferme, et qu'il ne faut pour les retenir que de la mémoire

« qui, pour l'ordinaire, ne manque pas aux jeunes gens, c'est

« une fort bonne méthode de leur faire apprendre les racines

« grecques mises en vers français , et de les leur faire citer à

« chaque mot qu'ils voient

« géra pas beaucoup, leur donnera une facilité incroyable

«pour rintelligence des auteurs, et leur tiendra lieu d'un

« long usage , qui ne s'acquiert qu'à force de travail et de

« temps. » C'est ainsi que s'exprime Rollin, dans ce livre si

riche en utiles conseils , dans ce monument de raison et de

goût qui est intitulé le Traité des études. La méthode qu'il

trouvait /oy^ bonne ., devons-nous la condamner aujourd'hui?

N'est-il pas vrai , aujourd'hui comme alors , que cet exercice

donnera aux jeunes gens une grande facilité pour l'intelligence

des auteurs? C'est du moins l'avis de la plupart des profes-

seurs de l'Université ; car il y a bien peu de collèges où l'on ne

mette entre les mains des élèves le Jardin des racines grecques

de Claude Lancelot, mises en vers français par de Saci'.

Dans la grammaire grecque on étudie, d'une part, la

Cet exercice, qui ne les char-

(1) La première édition du Jardin des racines grecques est de 1657.

Doni Claude Lancelot, religieux bénédictin, de la maison de Port-Royal, naquit à Paris en 1615, et mourut eu exil a QuimperJé, le 15 avril 1695.

Ses principaux ouvrages sont la Nouvelle mélhode pour apprendre

la langue latine (connue sous le nom do Grammaire latine de

Port-l\oijal);\A Nouvelleméthode pour apprendre la langue grecque

(dite Grammaire grecque de Port-Royal); la Grammaire générale et

raisonnce, etc., etc. Louis Isaac le iMaistre, dit de Saci, frère du fa-

meux avocat Antoine le MaislJe et directeur des religieuses de Port-

1684. ¥.ï\ 1666, il fut en-

fermé à la Bastille. C'est dans sa prison ([u'il entreprit sa traductior. de

la Bible, qui ioccupa presque cuustaanncnt le rc.^le de sa vie.

Royal, nacjuitii Paris en 1613, et mourut en

VlII

PREFACE.

flexion des mots, c'est-à-dire la déclinaison et la conjugaison ;

d'autre part, les règles de la syntaxe, c'est-à-dire la manière

de lier et de combiner ensemble les diverses espèces de mots.

. Mais, pour bien savoir une langue, et surtout une langue syn- tliétique, il ne suffit pas de connaître les principes qui règlent

l'emploi des mots déjà formés, il faut savoir encore comment

les mots se forment au moyen de la dérivation et de la com-

position. La langue grecque est très-riche, et sa richesse tient,

en grande partie, à l'extrême facilité avec laquelle elle modifie le sens des mots sans les dénaturer, et en se contentant

d'ajouter aux radicaux des mots primitifs des lettres ou des

syllabes qui expriment des idées accessoires, des idées de

rapport', et qui servent à former les mots dérivés. Il n'est

donc pas nécessaire d'apprendre tous les mots grecs. Il suffit de connaître, d'une part, les mots primitifs les plus usités et les plus féconds en dérivés; d'autre part, la valeur des lettres for-

matives qui peuvent en modifier la signification. Quand on

sait Xj(o)), et la valeur des formatives ciç, cioç, -rrip, Tr'pto;, Tpov, etc., qui sont communes à un très-grand nombre de

mots, on n'a pas besoin d'apprendre les mots Xû-ciç, Xu-cioç,

Àu---/5p, Xu-xr'ptoç, ).u-Tpov , etc.

Nous n'avons conservé dans cette nouvelle édition qu'une

seule partie de l'ouvrage des savants solitaires de Port- Royal : les 2 1 G décades les racines sont traduites en 2 1 GO

vers qui, j'en conviens, ne méritent pas le nom de vers, mais que leur bizarrerie même et le retour fréquent des mêmes chevilles, des mêmes formules de remplissage, rendent fa-

On verra, dans le traité

de la formation des mots, qu'on ne donne plus aujourd'hui

au mot racines le sens qu'y attache Lancelot. II appelle ainsi

les mots primitifs, les mots d'où l'on tire des dérivés. Je con-

viens que, même en donnant ce sens au mot racines^ on

ne trouvera pas complète ni satisfaisante sous tous les rap-

ciles a apprendre et à

retenir.

ports la

liste

contenue

dans ses décades.

Il y manque

peu de mots importants, mais beaucoup de dérivés y figu-

rent comme primitifs, et pourraient facilement se rame-

ner a des mots plus simples et de formation antérieure. La plupart des erreurs de ce genre ont été corrigées dans les

remarques que nous avons mises au bas des pages. Nous y

avons aussi rectitié , précisé et complété, lorsqu'il en était

besoin , le sens des mots dont la traduction laissait quelque

chose à désirer.

PREFACE.

, ,

JX

Mais notre objet principal dans ces remarques, c'est de

rapprocher des primitifs les dérivés les plus importants, c'est de réunir tous les mots qui appartiennent à une même fa-

mille, qui sortent d'une racine commune, et de montrer

comment la signification d'un thème verbal ou nominal peut

se modifier au moyen des lettres formatives qui s'y ajoutent,

quelquefois aussi par les altérations qui affectent l'intérieur

du radical.

OntrOlivera donc réunis, dans le Jardin des racines grec-

ques el dans les notes qui l'accompagnent, tous les faits rela-

tifs à la formation et à la dérivation des mots grecs. Mais

comme dans ces faits il n'y a presque jamais rien de fortuit

ni de capricieux , et que le développement de la langue grec- que est très-régulier, il m'a semblé qu'auprès des exemples,

c'est-à-dire de la pratique, devait se trouver la théorie; qu'il

ne suffisait pas de donner des listes de mots tout formés

mais qu'il fallait montrer encore comment on les forme. C'est le but que je me suis proposé dans le traité qui précède les décades , et qui renferme les règles de la formation des

mots simples et des mots composés. J'ai apporté le plus

grand soin à ce travail , et , tout en me renfermant dans le domaine de la langue grecque, j'ai fait tous mes efforts pour

éclairer cette partie si intéressante de la grammaire, des

lumières de jour en jour plus vives que répand sur la gram-

maire générale et sur les diverses grammaires particulières,

l'étude comparative de la famille des idiomes indo-européens,

dont la langue grecque est une des branches les plus belles

et les plus fécondes. J'ai trouvé de grands secours, pour la

composition de ce traité , qui du reste est presque entière- ment neuf, dans le dictionnaire publié à Berlin, en 1836,

par M. Wilh. Pape (l) , les mots grecs sont rangés, non

d'après leurs lettres initiales, mais d'après leurs lettres finales

et leurs désinences.

Outre le Jardin des racines , l'ouvrage de Lancelot renfer-

mait encore une liste des primitifs moins importants , un traité des particules , et un recueil alphabétique des mots

français tirés du grec. Je savais

par expérience que ces

listes de primitifs et de mots indéclinables n'étaient à peu

(1) Etymologisches Wœrterbuch der griechisclien Sprache, zur Ueber-

siclit (1er Wortbildiins nach den Endsylben geordnet , von D' wilhelm

Pape, Obeilehrer am Beriinisclien Gymnasium zum grauen Kloster.

X

PREFACE.

près d'aucune utilité pour les élèves , et qu'ils ne les consul- taient presque jamais, parce qu'ils ti-ouvaient , sur tous les

mots qui y sont contenus , des explications beaucoup plus

sûres et plus satisfaisantes dans leurs dictionnaires. Cepen-

dant je n'ai pas cru devoir les supprimer entièrement ; j'en ai extrait tous les mots qui pouvaient avoir quelque impor-

tance, et je les ai disposés, en y ajoutant un certain nombre

de mots omis, au bas des décades auxquelles ils se rattachent alphabétiquement. Quant au recueil des mots français tirés du grec, je l'ai

remplacé par un petit dictionnaire , où je me suis interdit

toutes ces conjectures, toutes ces étymologies impossibles ou hasardées qui tiennent tant de place dans la liste donnée par Lancelot. Il ne renferme que des mots réellement em-

pruntés du grec , et parmi le grand nombre de termes , soit

techniques, soit usuels, que j'ai réunis, on n'en trouvera au-

cun dont rétymoloyie ne soit ou certaine ou du moins très-

vraisemblable.

On voit par ce qui précède que cette nouvelle édition des Racines grecques se divise en trois parties. La première

donne les règles de la dérivation et de la composition des

mots grecs; la seconde, où les primitifs sont rapprochés de

leurs dérives les plus usités, présente les faits auxquels ces

règles peuvent s'appliquer; la troisième contient les mots

français tirés du grec , c'est-à-dire les preuves de l'éternelle

fécondité de cette langue, qui semble se survivre à elle-

rséme.

'

ogSHHXH

TRAITE

de' LA

FORMATION DES MOTS

DANS LA LANGUE GRECQUE.

CHAPITRE I.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

§

1.

RADICAL , DÉSINENCES.

Les mots variables , c'est-à-dire les mots qui se déclinent ou se conju-

guent , se composent de deux parties, dont l'une ne change pas , et dont

l'autre subit diverses modifications.

Par exemple, dans les cas du singulier du substantif cplô^ (pour <pXôy-ç)

flamme , gén. cp^oy-oç , de [la) flamme, dat. çXoy-î, à {la) flamme , ace. cplôy-oi. , flamme , on trouve: 1° la syllabe invariable «pXoy , qui exprime

d'une manière absolue et abstraite l'idée de flamme; T une terminaison

qui marque le rôle que cette idée joue dans la proposition. Cette terminai-

son varie selon les rapports divers que l'on veut exprimer : ç, o?, i, a

De même, les diverses personnes du présent de l'indicatif de Xu-w , ( r)

délie, Xû-£t;, {tu) délies, XO-et , {il) délie, etc., nous offrent : la sjii.i .- invariable Xu, qui exprime d'une manière absolue et abstraite l'idée de <,\ -

lier ; 2° une terminaison qui varie selon les rapports divers qui modilicat

cette idéb : w, ei;, ei, etc. La partie invariable d'un substantif ou d'un verbe se nomme radical

ou thème ou /orme absolue; la partie finale et variable se nonmie dési-

nence.

On appelle ^xion ou inflexion la manière de décliner ou de conjuguer un mot , c'est-à-dire de varier ses désinences selon les rapports divers que

l'on veut exprimer. Le mot inflexion désigne aussi les différentes formes

que prend un nom quand on le décline , un verbe quand ou le conjugue-

ail

DE LA. FORMATION DES MOTS

Ainsi (p)-0Y-ô;, <p>0Y-i, çXôy-a, etc., sont des inflexions de çX6y(î)> W-etç,

),0-ei, ),û-o[X£v, etc., sont des inflexions de Xû(w).

Nous ne donnerons pas dans ce traité les règles de la flexion des noms

et des verljes; mais, comme on le verra par ce q,ui va suivre, il était néces- saire d'entrer dans ces détails, pour bien distinguer les procédés de la flexion de ceux de la dérivation.

§ 2.

RACINE, SUFFIXES.

Des analogies du genre de celles que nous venons de remarquer entre

les inflexions ou formes diverses d'un môme mol, existent aussi entre les

mots divers d'une môme famille.

Par exemple, les mots Xû-atç, délivrance , l\)-'côç, dclivré, Xu-tix6;, qui a la vertu de délivrer, Xû-Tpov, moyen de délivrance, rançon, se res-

semblent beaucoup entre eux, tant pour le sens que pour la forme. Tous expriment l'idée de délier, délivrer, diversement modifii'e : dans tous

aussi se retrouve la syllabe Xu , suivie de terminaisons diverses. Cette syl-

labe commune s'appelle racine (1).

Au est donc la racine des mots Iv-uiç, Xv-t6ç , etc. Cette racine exprime

l'idée abstraite et absolue de délivrer. Pour ajouter à cette idée principale

et fondamentale les idées accessoires d'action , d'action subie par un su-

jet , d'aptitude , de moyen, on a ajouté à la syllabe Xu , les terminaisons

ffi;, tô;, Ttxoç , xpov. Ces terminaisons se composent : 1" des désinences

de cas ç et v; 2" des lettres formatives dt , xo , tixo, xpo. De même pour

donner à la racine çiX un sens verbal , nous y ajoutons la terminaison éw. Cette terminaison se compose 1 " de la désinence verbale w , 'f de la lettre

formative £• Ces lettres formatives (<Tt, io, xi/.o, rpo, e, etc.) s'appellent suffixes (2). La formation des mots à l'aide dessuflixes, ou , pour ceux qui n'ont pas de sulïixes, à l'aide desimpies désinences, se nomme dérivation.

(i) Nous ne donnons pas ici iiu mot Racine le même sens que Lancclot dans son .ftinlin des Rticiiies grecques. Lancelot entend \^aT Racines les niuts

jiii/nil//'s , les mots qui forment des dérivés. Pour nous la raciue n'est pas un

mot, mais seulement la partie fondamentale d'un mot, et cotte partie fonda-

mentale se trouve tout aussi bien dans les mots dérivés que dans les mots

primitifs. Ainsi Laucclot considère comme racine le mot Xû(0 ; et nous, la

.syllabe Xu, que nous retrouvons dans Xû-aiç, Xy-TÔç , Xu-xiy.ô; , XO-xpov, etc.

[?.) De .ÇH//r.i"H,s-, fl, (//«, participe du verbe latin sujjigere (sul/-/îgeie), qui

.sigoilie attuclier sous, à lu suite ou à lu fin de. On ne donne pas ordinairement

ce nom de suffixes aux lettres ou syllabes qui servent â la formation des

verbes. Mais, comme elles jouent absolument le même rôle que les lettres

ou syllabes qui servent à la formation des mots déclinables, il nous a semblé <|uc le nom de suffixes leur convenait aussi bien qu'à celles-ci.

DANS LA LANGUE GRECQUE.

§ 3.

,

XIII

En quoi diffèrent le radical et la racine.

Dans le verbe çt).Efo , aimer, la

racine est où, , le radical est çiXe ; dans

oîXr)7'.ç , affection, la racine est çtX, le radical est cfù.r^ni ; dans XÛTpov

ronçon, la racine est ),u, le radical est ).uxpo.

La Racine est donc la partie du mot qui reste après la suppression de

tout ce qui sert soit à la dérivation, soit à la llexion (c'est-à-dire, principa-

lement des suffixes et des désinences) , et après qu'on a effacé toutes les

altérations qu'une racine peut subir pour passer à l'élat de mot. Par exemple, pour trouver la racine de loi.ii.e6.vM, je prends, nous supprimons :

la désinence de conjugaison w ; le suffixe verbal av. Cette suppression

laite, il nous reste laii-S, où nous avons encore à faire disparaître une autre altération, dont il sera parlé plus bas, et qui consiste dans l'insertion d'une

nasale {\l) devant la dernière consonne de la racine. Le ja retranché, nous

avons la véritable racine Xaê , que nous trouvons , sous sa forme simple

et primitive, dans l'aoriste second £-).ag-ov. Cette même racine laê , nous

la trouvons dans le futur lr,'\ioy.<xi {lrfj-Goij.a.i) , après avoir supprimé la dé-

sinence du futur (70[xai, et fait disparaître l'altération qui consiste , comme nous le verrons plus bas , à allonger la voyelle du radical , c'est-à-dire à

changer a en y;.

Le Radical est la partie du mot qui reste après la suppression de tout ce qui sert à la llexion du mot , c'est-à-dire des désinences de déclinaison

ou de conjugaison, des augments, des redoublements.

Dans les noms , il faut chercher le radical au génitif singulier (voy. la

Grammaire grecque de M. Burnouf , § 180, I , Rem. 1"), parce qu'au nomi- natif la fin du radical se trouve souvent altérée d'une manière plus ou

moins sensible. Ainsi le radical de (A£),a;, noir, génitif [jL£).av-o; , est [jLsXav ; le radical à'ilnU, espérance, gén. ilrdZ-oz, est èlmci.

Parmi les verbes , les uns ont un seul et même radical pour tous les temps ; dans d'autres , le radical varie selon les temps. Le verbe W-w, par

exemple, a pour radical Xu à tous ses temps (s-Xu-ov, Xû-o-to, l-X-j-aa, Xs-Xy- xa, èXs-X'j-xeiv, etc.).

AafiSàv-w, au contraire , a trois radicaux divers : l'un pour l'aoriste se-

cond, qui est Xa6 (£-Xa6-ov) ; un autre pour le présent et l'imparfait, qui est

Xapiêav (Xa(ji.6àv-M , £-Xâ|j:6av-ov) , un troisième pour le futur et le parfait,

Xr,g (},r,<\io\i.'Xf. est poiu- Xr,g-f70[Aat ; dans £ÎXri9a, £i tient la place du redou- blement, et Xr,ya se compose de Xr,ê, -et de la désinence du parfait, qui est

a précédé d'une aspiration : cette aspiration combinée avec le p qui la

précède nous donne un ç, c'est-à-dire bh).

La racine , au contraire , est la même pour tous les temps du verbe. Les

formes ÈXa6ov, XafAêavw, Xyn|/o[i.at ont toutes trois pour racine Xaê.

§

4.

Dans un certain nombre de mots grecs , c'est-à-dire dans tous ceux qui

XIV

DE LA FORMATION DES MOTS

se composent seulement d'une racine et d'une désinence, sans insertion de

suffixe et sans aucune des modifications qui sont les signes et les moyens

de la dérivation, le radical est en même temps la racine du mot.

Ainsi, par exemple, l\j-(»,je délie, se compose : de la racine ),'j, ?," de la désinence de conjugaison w, qui s'attache immédiatement à cette racine :

la

syllabe ),u sera donc à la fois le radical et la racine de ce verbe. Le substantif TtTuÇ {tivùx-z) , pli , gén. 7rTvx-ô?,se compose: delà

racine TTTu/ , de la désinence du nominatif;, qui s'attaclic immédiate-

ment à .a racine : urux sera donc à la fois le radical et la racine de ce

nom.

Mais dans le substantif ç),6| {tçlôy-z), flamme, gén. çÀoy-ôi;, qui se com- pose aussi d'une racine et d'une désinence de cas, sans insertion de suffixe, le radical fçAoy) diflère de la racine (cp)£Y) > pa'ce que cette dernière, pour

passer à l'état de mot déclinable , a subi une des altérations qui caracté- risent la dérivation (s s'est changé en o ; voy. plus bas, § 15, p).

§ 5.

Remarques générales.

I. En grec et dans toute la famille de langues à laquelle le grec appar-

tient, les racines principales et primitives sont monosyllabiques et ont des voyelles brèves. Il y a des formes qu'on donne pour des racines, bien

qu'elles se composent de deux ou plusieurs syllabes, ou qu'elles renferment

des voyelles longues ; mais ce sont, selon toute apparence, des formes al-

térées et dérivées, et presque toujours on ])eut les ramener à quelque autre

racine, ayant les caractères dont nous venons de parler.

Il suit de ; 1" que, dans les verbes, pour trouver la racine sous sa

forme la plus pure et la plus primitive , il faut remonter au temps le plus

sim|tle et le plus lé^er quant à la forme , et ce temps est ordinairement

l'aoriste second , quelquefois le parfait premier, d'autres fois le parfait se-

cond; 2" que, parmi tous les mots d'une même famille, c'est-à-dire formés

de la même racine , ceux-là seuls peuvent avoir gardé leur racine exempte

de toute altération , qui lui ont conservé ce caractère, dont nous avons parlé, de monosyllabe ayant une voyelle brève (1). Ainsi nous ne chercherons pas la forme pure de la racine du verbe Xa|j.-

éavo), je prends, dans le présent /.ajjiê-àv-w, ni dans le futur Ar/|(0(i.ai {lr,ê-

cro[j.ai) , mais dans l'aoriste second ê-).ag-ov. De même, si nous voulons

trouver la racine conunune aux mots çeÛY-a), je fuis , çeux-toç, évité,

9£'j?£t(i) (ç£u-/c-(7£Îw), avoir envie de fuir, <peû?i(io; (cp£Û)t-ffi[z.o;), qu'on doit

fuir, <p\}-(-ri , fuite , cç,\)y-â(i, fugitif , çÛY-ôriv, en fuyant, etc., nous ne la chercherons pas dans les quatre premiers de ces mots , mais dans les trois

derniers, et dans l'aoriste second du verbe çcOy-w, qui est I-çuy-ov.

(i) Nous disons peuvent avoir gardé, ])arce que la racine se trouve souvent

altérée sans cesser d'être un monosyllabe bref : j>ar exemple, par le cLiange-

ment d'e en o, etc., et par des modifications qui affectent les consonnes.

DA.JNS LA LAINGUE GRECQUE.

XV

Nota. Ce fait, nous devions l'établir, parce qu'il pourra plus d'une fois faciliter nos recherches dans la suite de ce traité ; mais nous ne nous pro-

posons pas de ramener tous les mots que nous analyserons à cet état de

simplicité primitive : cela pourrait souvent nous engager dans des discus-

sions trop longues et trop subtiles pour un traité de ce genre.

II. Les racines et les radicaux n'ont pas dans les langues une existence indépendante. Ces éléments des mots ne sont pas des mots, et on ne les

et de radicaux. Mais on les

obtient au moyen d'une abstraction très-logique et très-naturelle. Il est

certain que