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Droit pénal spécial des personnes

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Cours de droit pénal spécial concernant les infractions contre les personnes
M1 droit privé fondamental
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Droit pénal spécial

INTRODUCTION :

I - Définition du droit pénal spécial
C’est l’étude analytique des diverses infractions envisagées séparément dans leur élément constitutifs particuliers et dans les modalités de leur répression. Le droit pénal spécial permet d’approcher le phénomène criminel au plus près. Intérêt notamment en perspective de l’opération de qualification juridique. Mais le droit pénal spécial reste une discipline qui suppose la rigueur de raisonnement et cette discipline, bien qu’elle soit classiquement divisée en deux grandes parties, comporte une cohérence interne car complémentarité entre les infractions car un même comportement peut les faire naitre.

II - Droit pénal spécial et autres disciplines pénales
Grande complémentarité avec le droit pénal général. On pourrait croire que le droit pénal spécial n’est qu’une illustration du droit pénal général. Historiquement, le rapport est inversé car le droit pénal spécial est né avant le droit pénal général. En effet, à l’aube des civilisations, il a fallu dresser une liste des agissements prohibés pour maintenir un certain ordre. Ce sont les infractions contre les personnes qui ont été définies en premières. De la qualification qui est faite en droit pénal spécial découlera la procédure pénale. Etroitement liés, droit pénal spécial et criminologie car les deux discipline se nourrissent ente elles. La criminologie se nourrit du droit pénal spécial pour essayer d’expliquer le comportement du délinquant et le droit pénal spécial e nourrit de la criminologie pour essayer d’adapter la sanction, le traitement du délinquant.

III - Droit pénal des personnes et droit pénal des biens
L’ancien Code pénal n’avait pas les mêmes priorités que le nouveau. Dans l’ancien, on rencontrait en 1er les infractions contre la chose publique, c'est-à-dire contre l’Etat. Ensuite arrivaient les infractions contre les personnes privées et les biens. Dans le nouveau Code pénal, le livre 2 est consacré aux infractions contre les personnes, livre 3 contre les biens et livre 4 infractions contre l’Etat. Livre 5 = « fourre-tout ».

Partie 1 : Les infractions contre les personnes
Ces infractions n’évoluent pas de la même manière que les autres infractions. Il y a une certaine stabilité des infractions contre les biens mais certaines évolutions constantes des infractions contre les personnes. C’est l’ensemble des infractions qui prennent en compte l’atteinte portée directement à la personne à l’exclusion des infractions dirigées vers un autre objet et qui peuvent rejaillir sur les personnes. Les infractions contre les personnes sont souvent assimilées aux violences contre les personnes. C’est un phénomène qui est très ancien. C’est un trouble social permanent et universel et la répression, même la plus sévère, n’a jamais fait disparaitre la violence. Pourtant, le législateur, de plus en plus, réagit souvent et ponctuellement à ces phénomènes violents et de nombreuses lois pénales nouvelles mais également des textes règlementaires sont intervenus pour essayer de combattre ces phénomènes. Outre les lois spécifiquement pénales, il y a également des modifications dans les lois de simplification du droit.

Toutes ces lois ont pour conséquence qu’on a un Code pénal assimilé à un mille-feuille. On se retrouve du coup avec un droit pénal assez désordonné, manquant de cohérence car multitudes d’infractions pouvant correspondre à une même infraction.

Chapitre 1 : Les atteintes intentionnelles à la vie des personnes
BECARIAT dans son Traité des délits et des peines de 1764 disait que « la vie est le plus grand de tous les biens ». Si l’on regarde le Code pénal, il ‘agit également d’un meurtre ou d’un homicide volontaire mais, dans le langage courant, il est très fréquent qu’on parle d’un crime, or c’est une qualification d’infraction. L’étymologie est intéressante si on prend le terme homicide qui vient du latin Homicidium hom caedere (tuer l’Homme). Il y a deux incriminations : générale : le meurtre et spéciale suivant le moyen utilisé.

Section 1 : Le meurtre
L’élément légal se trouve à l’article 221-1 : « le fait de donner volontairement la mort à autrui constitue un meurtre. Il est puni de 30 ans de réclusion criminelle ».

I - L’incrimination de meurtre
A) L’élément matériel du meurtre
C’est l’acte qui porte atteinte à la vie. Il a un aspect objectif et subjectif car cela veut dire qu’il y a un acte homicide et ensuite une victime de l’homicide.

1) L’acte homicide
Il s’agit d’une infraction de commission qui suppose un acte positif. L’homicide suppose une action et ne peut pas découler d’une abstention ou d’une omission. Formulation positive dans le Code pénal mais, surtout, de tout temps, c’est le problème du lien de causalité qui justifie cette solution. Il serait difficile d’établir la causalité entre l’abstention et la mort qui a été engendrée. La jurisprudence en a toujours jugé ainsi : CA de Poitiers, 1901, La séquestrée de Poitiers : une vieille dame a dépéri seule, privée de soins. La condamnation ne pouvait pas être un homicide car omission. C’est toujours le lien de causalité qui justifie le deuxième caractère de l’acte : l’acte d’homicide doit avoir une consistance matérielle. Il doit résulter d’une violence physique et non pas morale car il est difficile d’établir un lien de causalité entre ces violences morales et la mort consécutive. La violence physique peut avoir une consistance multiple : tous moyens peuvent être employés pour tuer la personne si ce n’est une réserve sur un moyen particulier (administration de substances mortifères) qui fait basculer de la qualification de meurtre à la qualification d’empoisonnement. On peut utiliser les forces de la nature en les provoquant intentionnellement. Cet acte matériel peut être unique, répété ou multiplié donc instantané ou étalé dans le temps.

2) La victime de l’homicide
a) Une personne vivante Cette condition peut poser problème au début et à la fin de la vie : - Au début : peut-il y avoir un meurtre sur une personne à naitre ? La jurisprudence actuelle le refuse. Hypothèse d’accident de la route

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entrainant le décès in utero du fœtus. La jurisprudence de la Cour de cassation refuse de retenir la qualification d’homicide car, pour la Cour de cassation, tant que l’enfant n’est pas né vivant, il n’y a pas de personne. la seule qualification sera violence volontaire sur la mère si la mère survit mais pas d’homicide sur l’enfant. A la fin de la vie : peut-il y avoir un meurtre sur une personne déjà morte ? Infraction impossible car, matériellement, on ne peut pas tuer une personne déjà morte. On pourrait retenir une atteinte à l’intégrité du cadavre (article 225-17 et 18). Ccass, 1986 : bagarre générale dans un bar, la personne rejoint son domicile et meurt. Un des adversaires force la porte et assène de très violents coups à la tête. Pour la Cour de cassation, intention d’homicide mais pas de résultat donc infraction tentée. La Cour de cassation a retenu la tentative de meurtre.

b) Une tierce personne Article 221-1 rajoute donner la mort à autrui. La victime doit donc être une personne autre que l’auteur car le Code pénal ne réprime pas le meurtre sur soi-même. Historiquement, dans notre ancien droit, on condamnait celui qui ‘était suicider pour des motifs religieux. Du coup, la sanction était la privation de sépulture. Au XIIIème siècle, on intente un procès au cadavre du suicidé et on prononce comme peine la confiscation de ses biens et la dépouille est abandonnée dans la rue. Ces peines ont été maintenues jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. On réprimait même la tentative de suicide. En 1729, un magistrat qui s’était raté a été condamné à mort. Suicide plus incriminé depuis la Révolution. Si le suicide n’est pas interdit, la provocation au suicide ou la publicité en faveur du suicide sont expressément réprimé (Article 223-13 et 14). Articles introduits par une affaire en 1987 car livre « mode d’emploi du suicide ». Cette infraction de provocation ou d’incitation au suicide suppose une provocation classique mais surtout, elle suppose de contraindre la future victime, elle suppose de faire naitre la volonté de se suicider grâce à ces actes. Cette infraction fait encourir 3 ans d’emprisonnement et 45 000€ d’amende. Hypothèses d’aides au suicide, en fin de vie notamment, ne sont pas passibles de qualification pénale en fonction des circonstances. Sous-entendu que l’acte mortel est commis par la victime. La jurisprudence a tendance à ne pas condamner pour l’aide au suicide lorsque c’est la victime qui a commis l’acte. Rares condamnations : - Ch. Crim., 1992 : une personne se jette par-dessus bord d’un navire et que l’équipage a récupéré. L’équipage l’a isolé dans une pièce sans surveillance et suicide de la personne : condamnation pour homicide involontaire pour le capitaine du bateau. - CA Nimes, 2008 : un individu fournit une arme à une personne suicidaire qui se suicide avec : homicide involontaire. L’assistance au suicide n’est pas autorisée mais pas réprimée car suicide n’est pas une infraction donc la complicité ne peut pas être incriminée. Aide au suicide différent de l’euthanasie. Parfois la jurisprudence est quand même une jurisprudence d’opportunité car pas satisfaisant d’un point de vue juridique mais on s’en contente d’un point de vue moral.

B) L’élément moral du meurtre
1) Contenu
Il faut une intention homicide (animus necandi). Autrement dit, celui qui agit est animé de l’intention de donner la mort, de nuire à l’extrême. C’est cette intention qui, pour un résultat égal, permet de distinguer le meurtre des violences intentionnelles ayant provoqué la mort sans intention de la donner (coups mortels). Dans les coups mortels, l’auteur commet intentionnellement des actes de violence, il a conscience que le décès peut peut-être en résulter mais ce n’est pas son objectif : problème de preuve.

De même, distinction avec l’homicide non-intentionnel où l’intention est totalement absente. Cette intention d’obtenir ce résultat n’est affecté par aucun autre élément, elle ne peut pas disparaitre dès lors qu’elle a été mise en évidence. L’erreur de fait ne permet pas de faire disparaitre cette intention. Pour la jurisprudence, il y a homicide volontaire sur la personne tuée finalement. Les mobiles sont indifférents et ils sont nombreux car ne fait pas disparaitre l’intention de tuer. Mais les mobiles sont tout de même pris en compte parfois au moment du prononcé de la peine, notamment par les jurés. Les mobiles peuvent aussi être pris en compte par la loi en tant que circonstances aggravantes. Enfin, le consentement de la victime n’a pas d’incidence sur l’intention. Avec cet élément, on aborde la question du meurtre sur demande qui reste un meurtre : question de l’euthanasie notamment. Il ne faut pas confondre l’euthanasie avec l’aide au suicide. Il n’y a pas de définition légale de l’euthanasie. Mais définition juridique : acte délibéré par lequel un tiers entraine directement la mort d’une personne, généralement sur sa demande, pour mettre fin à la maladie incurable et insupportable dont elle souffre. Cet acte n’a rien à voir non plus avec des pratiques médicales qui consistent à arrêter ou limiter des traitements en fin de vie. A l’échelle européenne, seuls 3 pays ont autorisé l’euthanasie (Benelux). Aucun autre ne l’autorise mais certains ne prohibent pas le suicide assisté comme la Suisse dans certains cantons. Considérations légales sur l’euthanasie : La définition de l’euthanasie correspond à un acte homicide intentionnel. La plupart du temps, cet acte aura la qualification d’empoisonnement. Le consentement de la victime étant indifférent. Cette pratique est prohibée par notre droit pénal. Ensuite, il y a les autres pratiques, notamment médicales, autorisées par la loi. Ces pratiques médicales de fin de vie sont autorisées expressément par une loi du 22 avril 2005. Cette loi est venue poser une autorisation de la loi pour éviter qu’il y ait une obstination déraisonnable. Cette loi distingue selon que la personne ou le patient est en fin de vie et est conscient ou inconscient. - Si la personne en fin de vie est consciente : et si elle demande un arrêt ou une limitation de traitement. On estime que cela s’impose au médecin. La parole du patient est alors souveraine. Mais le médecin a du pleinement informer son patient et le médecin devra inscrire cette volonté dans le dossier médical. Le médecin a néanmoins l’obligation de mettre en place des soins palliatifs. Cette loi se trouve dans le Code de la santé publique (L 1111-10). - Si la personne en fin de vie est inconsciente : dans cette hypothèse, le médecin, sur l’initiative de l’équipe médicale, de la famille, de la personne de confiance, peut décider d’arrêter ou de limiter les traitements. Après une procédure collégiale dans laquelle il y a les équipes médicales, la famille et le témoignage de la personne inconsciente via la personne de confiance ou dans les directives anticipées. Ces directives anticipées n’ont aucun caractère impératif pour le médecin et c’est le médecin qui est en charge du patient qui a la décision finale. Est également autorisé le traitement double effet qui permet, dans ces hypothèses d’arrêt de traitement, lorsque le médecin ne peut plus soulager la souffrance autrement qu’en appliquant un traitement qui peut avoir pour effet secondaire de précipiter la mort. Le médecin doit informer le patient si possible, la famille, les proches et la personne de confiance. Toujours inscription dans le dossier médical pour preuve. Avant la loi Leonetti, exposait les médecins à des sanctions pénales mais ce n’est pas de l’euthanasie car l’intention des médecins en injectant ce traitement est d’essayer d’apaiser les souffrances sans intention d’arrêter la vie. La dose doit respecter des protocoles. Si dose massive, on peut basculer dans l’euthanasie. Considérations jurisprudentielles : Il y a peu d’affaires mais le peu d’affaires sont médiatisées et relance le débat. - Lorsqu’une euthanasie est pratiquée par un membre de la famille ou un proche, on constate que, dans la jurisprudence, il y a une forte clémence. Les jurés d’assise sont très tolérants car les condamnations sont des condamnations à la peine minimale. La perpétuité est encourue mais souvent, peine plancher de 2 ans avec sursis. Des

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Cours d’assise estiment quelque fois qu’il n’y pas de culpabilité car contrainte morale très forte et donc acquittement. Mais généralement, appel du Parquet puis peine plancher appliquée. Par contre, lorsque l’acte euthanasique est pratiquée par un soignant, souvent par des actes répétés, la jurisprudence est beaucoup moins tolérante et condamnation pour assassinats (meurtres avec préméditation) à 12 ans de réclusion criminelle (Affaire Malèvre).

Affaire Vincent Humbert : totalement paralysé suite à un accident de voiture. Il a demandé à ce qu’on le laisse mourir. Sa mère avait injecté une dose massive de médicaments pour le faire mourir mais le corps médical a récupéré le fils mais dans un état aggravé. Le médecin a alors arrêté le respirateur et injecté une surdose de sodium. La mère a été poursuivie pour administration de substance nuisible et le médecin pour empoisonnement mais non-lieu général du Parquet général car contrainte morale subie par la mère et le médecin. Controverse car les éléments de la contrainte morale ne sont pas réunis. Décision d’opportunité juridiquement inacceptable mais moralement acceptable. CEDH, 29 avril 2002 : la CEDH a estimé que la ConvEDH, en son article 2, ne consacre pas un droit à la mort qui serait corolaire au droit à la vie. La CEDH a décidé que chaque Etat devait prendre une décision sur ce sujet lorsqu’une affaire est présentée à la Justice.

2) Preuve
La preuve de l’élément moral incombe au Ministère Public. Il n’y a pas de présomption d’innocence. La charge de la preuve est notamment difficile lorsque l’auteur nie l’intention. Mis à part de rares hypothèses d’aveu, on va déduire l’intention des moyens utilisés et des circonstances. On regarde concrètement comment l’acte homicide a été réalisé d’un point de vue matériel, la partie du corps visée. En fonction de toutes ces circonstances, on arrive, en principe, à déduire l’intention.

II - La sanction du meurtre
Qualification de nature criminelle, donc la tentative et la complicité sont toujours punissables. Les personnes morales : peines classiques si pas d’amendes sont prévues pour les personnes physiques donc peine principale de 1Million d’€ d’amende et peine complémentaire habituelle (Article 131-38 et 38).

A) La sanction du meurtre simple
1) La peine principale
Article 221-1 : 30 ans de réclusion criminelle. La période de sûreté n’est pas automatique pour les meurtres simples mais peut être prononcée par la Cour d’assise si au moins 5 ans fermes.

2) Les peines complémentaires
Article 221-8 : s’applique à toutes les atteintes à la vie intentionnelles ou non. Ces peines sont complétées par les articles 221-9 et suivants ne concernant que les atteintes intentionnelles à la vie. Il y a inscription sur le fichier national automatisé englobant tous les auteurs d’infractions sexuelles ou violentes.

B) La sanction du meurtre aggravé
Article 221-2 à 221-4 : toutes les circonstances aggravantes du meurtre. En conséquence, elles augmentent la sanction en faisant encourir la réclusion criminelle à perpétuité à titre de peine principale et une période de sûreté de plein droit si la peine prononcée est égale ou supérieure à 10 ans. Les peines complémentaires sont les mêmes que précédemment.

1) Aggravations tenant aux personnes
a) Aggravations tenant à la qualité de la victime Objectif de protéger les victimes. - Meurtre commis sur un mineur de 15 ans : lorsqu’en plus ce meurtre est précédé, accompagné d’un viol ou d’actes de torture ou de barbarie, la période de sûreté peut alors être portée à 30 ans, voire sans durée précisée. C’est ce qu’on appelle la perpétuité réelle. - Meurtre sur un ascendant - Meurtre sur une personne particulièrement vulnérable : vulnérable du fait de son âge, d’une maladie, d’une infirmité, d’une déficience physique ou psychique, état de grossesse et circonstances apparentes ou connues de son auteur. - Meurtre commis sur un magistrat, juré, avocat, officier public ou ministériel, agents des forces de l’ordre et toute personne dépositaire de l’autorité publique, de même que les sapeurspompiers, les gardiens d’immeuble : dans l’exercice de leur fonction et si la qualité est apparente ou connue. LOPPSI 2 (2011) a prévu que lorsque ce meurtre est commis en bande organisée sur un magistrat ou sur une personne dépositaire de l’autorité publique : période de sûreté de 30 ans ou perpétuelle si la perpétuité a été prononcée contre l’auteur de ce meurtre. - Meurtre commis sur une personne chargée de mission de service public : enseignants, employés de transport public, professionnel de santé... toujours dans l’exercice des fonctions si apparente et connue. - Meurtre sur le conjoint : ou sur toute personne vivant habituellement avec les personnes mentionnées aux circonstances aggravantes précédentes. - Meurtre sur un témoin, la victime ou une partie civile - Meurtre à raison de l’appartenance, ou non, vraie ou supposée, de la victime à une ethnie, nation, race ou religion - Meurtre à raison de l’orientation sexuelle de la victime : meurtres homophobes - Meurtre contre une personne qui a refusé de contracter un mariage : loi de juillet 2010 pour lutter contre les mariages forcés. b) Aggravations tenant à la pluralité ou à la qualité des auteurs La pluralité : Le meurtre commis en bande organisé est une circonstance aggravante. La qualité : Lorsque le meurtre est commis par l’actuel conjoint, concubin, partenaire de la victime. Meurtre commis par l’ancien conjoint, concubin, partenaire de la victime en raison des relations ayant existée auparavant : ajoutée en 2006 car n’existait que pour les violences intentionnelles.

2) Aggravations tenant aux actes
a) Aggravations tenant à la pluralité d’actes infractionnels Hypothèses de concomitance : quand le meurtre précède, accompagne, suit un autre crime. Hypothèse de connexité : lorsque le meurtre a pour objet de préparer ou de faciliter un crime ou un délit.

b) Aggravations tenant à la préméditation ou au guet-apens

Article 221-3 : Préméditation : Le dessein formé avant l’action de donner intentionnellement la mort à autrui (article 13272). Cette préméditation qui soulève souvent débat ne se conçoit pas en principe dans la colère la réaction immédiate et spontanée mais elle émane d’une décision prise dans le calme de l’âme, réfléchie. On prend en compte des données psychologiques et temporelles. Il ne faut pas que ce soit impulsif et il faut un laps de temps avant le passage à l’acte. Le problème est que tendre un guetapens rentre dans la préméditation. Il n’y a pas de guet-apens sans préméditation mais il peut y avoir une préméditation sans guet-apens. Guet-apens : Introduit par la loi du 17 mai 2011, loi de simplification et d’amélioration de la qualité du droit. Nuance entre les deux : guet-apens existait déjà dans l’ancien Code pénal mais abandonné dans le nouveau Code pénal. La jurisprudence a toujours considéré que le guet-apens était une manifestation de la préméditation. Aujourd’hui, est devenue infraction à part entière par le biais du délit d’embuscade. La nuance c’est que le guet-apens est un procédé qui est celui de se mettre en embuscade pour commettre l’infraction. La préméditation, elle, est un état d’esprit et non un procédé. Le meurtre change d’appellation dans ces deux cas et devient un assassinat. En matière d’assassinat, il y a une règle à l’article 221-5-1 qui prévoit que le fait de faire à une personne des offres ou promesses pour qu’elle commette un assassinat (ou un empoisonnement) est puni lorsque ce crime n’a été ni tenté, ni commis de 10 ans d’emprisonnement et 15 000€ d’amende. Il s’agit, ici, de réprimer les agissements de l’auteur moral ou instigateur lorsque l’infraction projetée ne s’est pas réalisée et n’a même pas été tentée. En matière d’assassinat, les dispositions relatives au repenti sont applicable. Les repentis peuvent bénéficier d’une diminution ou d’une exemption de peine (221-5-3). Dispositions également applicables en matière d’empoisonnement.

Section 2 : L’empoisonnement
Pendant les débats sur le nouveau Code pénal, question de savoir si on gardait l’empoisonnement ou si on le fondait dans le meurtre. On s’est rendu compte que ce n’était pas un meurtre comme un autre. Et, pendant les débats, on s’est dit que l’infraction était redoutable par son procédé dissimulé. Infractions souvent commise par des familiers et imparable par la victime.

I - L’incrimination d’empoisonnement
Article 221-5 : « fait d’attenter à la vie d’autrui par l’emploi ou l’administration de substances de nature à entrainer la mort. Il est puni de 30 ans de réclusion criminelle ».

A) L’élément matériel de l’empoisonnement
1) Fait d’attenter à la vie d’autrui ...
Singularité de l’empoisonnement tient dans ce début de phrase. Cette formule témoigne aussi de la sévérité du législateur. La répression va être avancée par rapport au meurtre. Attenter ne veut pas dire donner donc l’empoisonnement est une infraction formelle et non pas matérielle comme le meurtre : elle est constituée indépendamment du résultat, donc quelles qu’en soient les suites. Faire absorber la substance consomme l’infraction, quelle qu’en soient les suites. La tentative d’empoisonnement est plus précoce qu’une tentative de meurtre : elle est caractérisée par le simple fait de présenter des produits empoissonnés à la victime à fin de consommation, ou de laisser à disposition de la victime dans un lieu où l’on sait qu’ils vont être consommés. Il n’y a pas tentative mais seulement acte préparatoire non punissable lorsque l’on ne fait qu’acquérir ou fabriquer la substance mortelle.

A l’opposé, le fait de donner un antidote après qu’elle est ingérer le produit n’a juridiquement aucun effet, l’infraction est déjà consommée. Il s’agit d’un repentir actif tardif sans incidence sur la qualification pénale mais qui pourra être pris en compte au moment du jugement pour atténuer la peine.

2) ... par l’emploi ou l’administration ...
Ces deux termes montrent que l’empoisonnement est une infraction de commission qui suppose donc une action. Empoisonnement non caractérisé si on laisse quelqu'un boire une boisson alcoolisée mais non-assistance à personne en danger. Cet emploi ou administration montre que l’acte matériel peut se réaliser par n’importe quel moyen, de n’importe quelle manière : - Ingestion - Inhalation - Inoculation - Imprégnation de la peau - Frottement - Piqure - Exposition à une matière quelconque Emploi ou administration peut découler d’un acte unique ou répété (empoisonnement à petit feu).

3) ... de substances de nature à entraîner la mort
La consistance est indifférente. On peut avoir une substance liquide, solide, gazeuse, à l’état naturel (virus) ou des radiations. Ce qui a le plus d’importance c’est que cette substance doit avoir un caractère mortifère qui peut être : - Intrinsèque à la substance : poisons quels que soient leur origine même s’il y a un antidote à ce poison, virus mortels y compris d’origine humaine et même s’il y a un traitement. C’est ce que la Cour de cassation a dit dans une affaire jugée en 1998 par la Chambre criminelle : VIH a un pouvoir mortel mais empoisonnement pas retenu dans l’hypothèse de contamination par le VIH. Ultérieurement, pour des affaires similaires, la Chambre criminelle (2006 et 2010) est restée plus en retrait sur la qualification de la substance. Elle considère que la substance est nuisible car ne crée par la mort tout de suite. - Extrinsèque à la substance : dans un usage normal, elle n’est pas mortelle. C’est l’usage anormal qui fait qu’elle devient mortelle. Hypothèses de surdosages de médicaments, mélange de substances. Lorsque la substance n’est pas mortelle, c’est une autre infraction qui sera retenue : administration de substances nuisibles que certains auteurs ont l’habitude d’appeler le « petit empoisonnement ». De manière plus générale, cette autre infraction est très complémentaire à l’empoisonnement car dès qu’il y a un doute sur un des éléments de l’empoisonnement, les Juges basculent sur l’infraction d’administration de substances nuisibles. Retenu pour cas de contamination par le VIH lors de rapports sexuels.

B) L’élément moral de l’empoisonnement
Pendant très longtemps, aucun problème sur cet élément moral car, pendant très longtemps, des comportements pas ambigus du tout pour l’empoisonnement. Individus qui administraient en connaissance de cause des substances mortelles avec pour objectif de se débarrasser de la personne. Remis en cause au début des années 2000 par l’affaire du sang contaminé.

1) L’interprétation traditionnelle

L’empoisonnement est un crime. C’est donc nécessairement une infraction intentionnelle. Ce n’est pas l’intention néanmoins qui caractérise l’homicide classique. L’empoisonnement est une infraction formelle : pour être constituée, elle ne suppose que l’administration d’un produit mortel en connaissance de cause, mais peu importe qu’il y ait mort ou pas. La mort n’étant pas un élément constitutif, il est apparu logique de ne pas requérir l’intention de tuer. L’élément moral de l’empoisonnement, dans l’interprétation traditionnelle, était de prouver qu’il y avait eu administration, en connaissance de cause, d’une substance que l’on sait être mortelle. Cette interprétation a été remise en cause par l’affaire du sang contaminé à la fin des 90’s.

2) La remise en cause de l’interprétation traditionnelle
D’abord remise en cause dans Ch. Crim., 1998 : affaire de contamination par le VIH à la suite de relations sexuelles non protégées. La Chambre d’accusation avait renvoyé en Cour d’assise pour empoisonnement mais la Chambre d’accusation pas claire sur les motifs de renvoi. C’est ce manque de clarté qui a entrainé la cassation. Les motifs de la Cour de cassation sont les suivants « la seule connaissance du pouvoir mortel de la substance administrées ne suffit pas à caractériser l’intention homicide ». Mais pas décision de principe donc on n’a pas pu en tirer grand-chose. Dans l’affaire du sang contaminé, la Cour de cassation a rendu sa décision le 18 juin 2003 (Ch. Crim.). Affaire à prendre avec des pincettes car décision très contestables. Dans cette décision, la Cour de cassation a décidé, en rejetant le pourvoi, que l’ « empoisonnement n’est pas caractérisé si l’auteur n’a pas agi avec intention de donner la mort car c’est un élément moral commun à l’empoisonnement et aux autres atteintes volontaires à la vie ». Or, dans cette affaire, on a estimé que les personnes qui ont mis en circulation le sang n’avaient pas l’intention de provoquer la mort de tous ces patients même s’ils avaient conscience du risque. Cette jurisprudence a, depuis, été confirmée par la Cour de cassation en 2006 et 2010 pour des cas de contamination par le VIH à la suite de relations sexuelles non protégées.

II - La sanction de l’empoisonnement
La peine principale est de 30 ans de réclusion criminelle. La sévérité est à rechercher dans la période de sûreté qui est obligatoire à la différence du meurtre simple. La peine peut être portée à la réclusion criminelle à perpétuité en cas de circonstances aggravantes (les mêmes que pour le meurtre). Les peines complémentaires sont les mêmes que pour le meurtre. De même pour les peines des personnes morales. Comme pour l’assassinat, l’instigateur d’un empoisonnement est puni de manière autonome (10 ans d’emprisonnement et 150 000€ d’amende). Comme pour l’assassinat, les repentis peuvent bénéficier d’exemption ou d’une atténuation de peine.

Chapitre 2 : Les atteintes intentionnelles à l’intégrité physique et psychique des personnes
Le Code pénal parle d’atteintes volontaires à l’intégrité de la personne. Dans cette dénomination, il y met une multitude d’infractions très diverses (harcèlement, menaces, violences de toutes sortes, stupéfiants…).

Section 1 - Les violences intentionnelles « classiques »
La notion de violences est vaste et vague. La violence, c’est toute forme d’atteinte, corporelle ou morale, qui exprime l’agressivité et la brutalité de l’Homme contre ses semblables. Le législateur a voulu cette définition vague. Le Code pénal de 1810 ne parle pas de violence mais de coups et blessures. En 1863, une loi a complété coups et blessures en ajoutant violence ou voie de fait. En 1981, on a enlevé blessures. Le nouveau Code a gardé seulement violence afin d’englober le plus de comportements possible.

I - L’incrimination de violences intentionnelles « classiques »
Cette incrimination a un élément légal qui est multiple, dispersé dans le Code. On trouve l’élément légal aux articles 222-7 et suivants mais aussi aux articles R624-1 et R625-1. Tous ces articles commencent de la même manière « les violences ayant entrainé… sont punis de… ». Les violences sont donc définies par référence à leur résultat, par référence à la gravité de ce résultat. Selon que ce résultat c’est la mort, une infirmité permanente, une ITT de plus ou de moins de 8 jours ou aucune ITT, la peine ne sera pas la même.

A) L’élément matériel des violences intentionnelles « classiques »
1) L’objet de l’acte violent
a) Caractères de l’acte violent C’est une infraction de commission. C’est une action et non une omission. La violence ne se conçoit pas dans l’abstention. 1901, affaire de la séquestré de Poitiers : problème de la preuve du lien de causalité justifiant cette solution. Même si le Code parle de violences au pluriel, l’acte de violence peut être unique pour caractériser l’infraction. Il n’est pas forcément répété. C’est une infraction de résultat : il faut donc que cet acte engendre effectivement une atteinte à l’intégrité de la victime, un acte dommageable pour la victime. b) Contenu de l’acte violent S’agissant du contenu, la largesse de la notion permet finalement d’aller d’un extrême à l’autre, de la simple atmosphère violente aux coups les plus graves. On a l’habitude de faire une distinction entre : - Les actes violents matérialisés par un contact avec la victime : il peut s’agir de coups de poing ou de pied, de morsure, de blessure avec une arme quelle qu’elle soit. Ce peut être le fait d’entrainer la victime dans une bousculade, de lui balancer des aliments solides ou liquides, de déverser le contenu d’un extincteur, cracher au visage, arracher les cheveux… - Les actes violents sans contact avec la victime : la jurisprudence a très rapidement admis qu’on puisse avoir une violence car pas lieu de distinguer là où la loi ne distingue pas. On appelle cela la jurisprudence dite du choc émotif : lorsque des actes sont réalisés sans atteindre matériellement la victime mais de nature à l’impressionner vivement. On veut dire qu’ils lui causent des troubles psychologiques médicalement constatables.  Altercation entre automobilistes. Course poursuite et à un feu, un automobiliste descend pour taper avec une barre de fer sur le coffre et la conductrice s’en va effrayée  acte de violence volontaire avec arme. Les Juges ont estimé que dans l’intention de l’autre automobiliste, volonté de causer des blessures à la personne, volonté de l’impressionner, de lui faire peur.  Le fait de tirer des coups de feu en l’air a été considéré comme caractérisant une violence volontaire.  Foncer sur une personne en voiture en l’évitant au dernier moment.  Le fait de s’approcher d’une personne avec une tronçonneuse en marche.

 Frapper des coups de pieds répétés au plancher pour empêcher les voisins du dessous par vengeance.  Envoyer un colis d’excréments ou lettre anonyme menaçante  Jeter des pétards sur des individus ou des boules puantes. Le législateur a, parfois, réprimé au titre d’infraction autonome des violences sans contact. C’est le cas pour le harcèlement moral, le harcèlement conjugal. A cet égard, la loi de 2010 créant ce nouveau délit a également apporté une précision dans la définition des violences à l’article 322-14-3 qui réprime certaines violences volontaires : « y compris s’il s’agit de violences psychologiques ». Cette loi de 2010 consacre officiellement la jurisprudence du choc émotif. Il y a aussi l’incrimination de persécution téléphonique qui est une infraction de violence volontaire (article 222-16). En conclusion, on peut donc dire que ce terme de violence permet parfois au Juge de « jouer » sur les incriminations. C'est à dire qu’ils vont jouer sur les incriminations pour utiliser la qualification de violence à la place d’autres incrimination estimées trop sévères ou indulgentes par rapport au comportement jugé : - Une séquestration d’une heure fait encourir 20 ans de réclusion criminelle. Ils utilisent alors la notion de violence. - Pour certaines infractions au Code de la route qui ne seraient punissables que de contraventions paraissent parfois trop indulgentes au Juge. Les Juges estiment alors qu’ils peuvent retenir la violence volontaire. - Parfois, les Juges utilisent la qualification de violence lorsque des comportements étaient mal pris en compte par le Code pénal. Notamment pour l’esclavage moderne domestique. Il était très mal pris en compte avant une loi de 2003 donc les Juges utilisaient la notion de violence pour condamner les faits. En 2003 : 225-13 et 22514. En 2007 : infraction de traite des êtres humains (225-4-1). Les violences peuvent se révéler particulièrement graves au point de constituer une catégorie autonome : la catégorie des actes de torture et de barbarie. Le nouveau Code pénal en a fait une qualification autonome en raison de son extrême gravité. Selon les hypothèses, peuvent aussi être une circonstance aggravante (222-1). Ce sont des violences extrêmes, qui causent une douleur extrême, morale ou physique, à la victime et qui, très souvent, humilie la victime et traduisent la négation de l’espèce humaine.

2) Les sujets de l’acte violent
L’auteur peut commettre lui-même l’acte violent. Mais il peut aussi agir par l’intermédiaire d’une chose (animal), voire de tiers inconscients qui peuvent être des mineurs (circonstance aggravante de la violence) ou des tiers complètements inconnus. Concernant la victime, elle doit être vivante. Elle doit être une tierce personne car les violences sur soi-même ne sont pas réprimées sauf cas particulier : s’il s’agit d’auto mutilation pour échapper aux obligations militaires. Enfin, peu importe, comme dans le meurtre, qu’il y ait eu erreur sur la personne de la victime.

B) L’élément moral des violences intentionnelles « classiques »
Cet élément pose beaucoup plus de problèmes que pour les atteintes intentionnelles à la vie. Le Code pénal parle d’atteintes volontaire, il ne distingue pas l’intention et la volonté. Deux théories se sont développées : - Une théorie majoritaire en doctrine, en jurisprudence : elle provient de la jurisprudence de la Cour de cassation qui a précisé que « l’infraction de violence intentionnelle est constituée dès lors qu’il existe un acte volontaire de violences, quel que soit le mobile qui l’a

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inspiré et alors même que son auteur n’aurait pas voulu le dommage qui en ait résulté ». Cette théorie correspond à la lettre et à l’esprit du Code qui ne punit pas les violences ayant pour but mais celles ayant entrainé. Cela veut dire que même si l’auteur ignorait l’ampleur du résultat, même s’il ne l’a pas envisagé ou qu’il a dépassé ses « espérances », peu importe dès lors qu’il existe un acte initialement volontaire, c'est à dire accomplis en connaissance de cause, son auteur répondra des conséquences effectives de son geste. C’est une théorie très sévère et cette théorie connait une limite : le législateur n’entend cependant pas assimiler à un meurtrier celui qui a porté des coups à la victime qui en est morte alors qu’il ne voulait pas la tuer. Pour preuve, l’incrimination de coups mortels (222-7) : « violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner ». Ce comportement n’est pas assimilé à un homicide intentionnel en raison de l’élément moral qui est souvent débattu en Cour d’assise car intention sur les coups mais absence d’intention homicide. Ce sont les circonstances de faits qui font basculer d’un côté ou de l’autre (violence des coups, nature des coups, région du corps). Une théorie minoritaire en doctrine et en jurisprudence : elle estime notamment qu’en plus de l’acte volontairement réalisé (dol général), il faut établir un dol spécial qui est la volonté de faire mal, de nuire à la victime. Il faut donc avoir prévu le résultat, les conséquences. Il faut démontrer la connaissance de ce résultat. Plusieurs arguments pour assoir cette théorie :  Comment faire la distinction entre violence intentionnelle et non intentionnelle sans utiliser cette théorie ?  Cette deuxième théorie tient en plus compte de la nature de l’infraction (infraction de résultat). Ne pas prendre en compte la recherche de ce résultat dans l’intention de l’auteur méconnaitrait totalement la nature de l’infraction. Mais cette théorie présente également des inconvénients :  Difficulté probatoire dans cette théorie car il va falloir démontrer quel était le résultat précis recherché par l’auteur et démontrer que c’est bien celui qui s’est produit. Or, comment mesurer par avance les conséquences précises des coups portés.  Cette seconde théorie aboutit à prendre en compte, la plupart du temps, le mobile. Or le mobile est indifférent normalement pour qualifier l’élément moral.

Ch. Crim., 2001 : la Cour de cassation a retenu cette théorie. Une femme se fait opérer pour enlever des kists et seulement cela. Le chirurgien a décidé de lui ôter un ovaire et l’utérus. La femme part en dépression. La Cour d’appel a condamné le praticien pour violence volontaire sur le fondement de la première théorie. La Cour de cassation, de son côté, a estimé que la Cour d’appel n’avait pas caractérisé l’élément intentionnel et elle ne pouvait pas condamner pour violence volontaire donc application de la 2nde théorie. CA Toulouse, 2002 : un chirurgien-dentiste voulait faire une plaisanterie à une de ses confrères en envoyant une lettre pleine de talc (pour faire croire à de l’entrax). Employés de la Poste choqués par la décontamination. Le chirurgien-dentiste a été condamné pour violence volontaire. Mais relaxé en appel car Cour d’appel estime que l’élément moral est absent bien que le geste initial était bien conscient et volontaire mais pas d’intention de causer une atteinte corporelle à son confrère. Or, faire une blague, c’est le mobile et pas l’intention, mobile donc pris en compte ici.

C’est, pour autant, la première théorie qui domine en jurisprudence donc décisions parfois assez sévère, notamment lorsqu’il s’agit de comportement qualifiés d’infractions pour rire ou infractions de plaisanterie. Ch. Crim, 1961, affaire de la soufflette : sorte de bizutage d’un petit apprenti qui venait de rentrer dans l’entreprise. Mise en place d’un système placé sous son siège dans le vestiaire avec gonfleur à air comprimé qui s’activerait lorsqu’il s’assoit. Mais jeune homme gravement blessé. Condamnation pour violence volontaire. CA de Chambéry, 2010 : agrafeuse pneumatique sur l’entrejambe pour faire peur mais le coup est parti. Condamnation pour violence volontaire. Mais il y a des décisions isolées. En examen, rappeler les deux catégories.

C) Faits justificatifs de l’infraction
1) Faits justificatifs tirés de la coutume, de l’usage pour certains rites culturoreligieux
Le fait justificatif est retenu si la violence est légère, c'est à dire entraine des blessures qui restent légères. En conséquence, le circoncisions sont tolérées mais pas les excisions. Les faits d’excisions sont passibles de violences intentionnelles souvent aggravées (jeune âge de la victime, fait par les parents…).

2) Permission de la loi pour les violences dans le domaine sportif
Toutes les violences découlant des sports de contact sont justifiées par les règles du jeu, donc par le respect des règles du jeu.

3) Les « actes violents » découlant de l’acte de correction appartenant aux parents justifiés par les prérogatives d’autorité parentale
Permettent de tolérer des violences légères et bégnine sur leurs enfants. - Un père a été relaxé pour avoir secoué son fils en le prenant par le bras pour le forcer à aller chez sa mère : simples contusions pour l’enfant. - Père condamnée pour avoir cassé une dent à l’enfant avec une claque, pour des coups de guitare sur la tête de l’enfant, mettre la tête de l’enfant dans les toilettes puis tirer la chasse d’eau : violences volontaires.

4) Autorisation de la loi concernant le domaine médical
Tous les actes médicaux sont des atteintes intentionnelles. Toutes les atteintes au corps pratiquées dans le cadre médical sont autorisées par la loi et on trouve le texte autorisant cela à l’article 16-3 du Code civil : « il faut respecter le consentement du patient et la finalité médicale ». Avant que l’article 16-3 parle de finalité médicale, il parlait de finalité thérapeutique jusqu’en 2001. Ce qui semblait moins large car il fallait un intérêt thérapeutique donc excluait les actes médicaux de convenance. Il y a eu la question des stérilisations de convenance : jusqu’en 2001, pas permis car acte de convenance sans finalité thérapeutique. Ch. Crim., 1937, affaire des stérilisés de Bordeaux : plusieurs personnes avaient demandé une stérilisation de convenance mais cela s’était mal passé avec complications. La Cour de cassation a condamné les médecins pour violence volontaire.

5) L’ordre de la loi et le commandement de l’autorité légitime
Permettent de justifier les « violences » pouvant découler de l’intervention des forces de l’ordre dans le cadre du maintien de l’ordre public. Mais ces actes doivent s’avérer nécessaires et raisonnables.

II - La sanction des violences intentionnelles « classiques »
A) Dispositions communes
La peine est fixée en fonction du résultat mesuré par l’ITT engendrée. Cette ITT est mesurée médicalement. L’ITT n’est pas une incapacité de nature professionnelle, ce que l’on juge, c’est l’incapacité à avoir une activité physique normale. Il est possible d’avoir des violences intentionnelles sans ITT, pourvu qu’il y ait une atteinte corporelle ou morale médicalement constatée. Mais, ensuite, la peine dépend également d’éventuelles circonstances aggravantes, circonstance aggravantes qui sont les mêmes que pour l’homicide intentionnel (article 222-3). Mais, en plus, il y a des circonstances aggravantes supplémentaires : - Lorsque l’auteur était en état d’ivresse - Lorsqu’il est dépositaire de l’autorité publique - Si la violence est commise par plusieurs personnes agissant en qualité d’auteur ou de complice. - Usage d’une arme - Préméditation - Guet-apens. Il y a une nuance : la combinaison ou le cumul de certaines circonstances aggravantes peut accroitre la peine. Il n’existe pas de tentative de violence intentionnelle, y compris lorsqu’elles sont de nature criminelles. Il n’y en a pas en raison de la nature de l’infraction. En effet, la règle serait inapplicable pour des infractions qui dépendent du résultat pour être qualifiées de criminelles, délictuelles ou contraventionnelles. On ne peut donc pas les qualifier tant qu’il n’y a pas de résultat. En réalité, s’il n’y a pas de tentative, la jurisprudence fait autrement pour anticiper la répression en ce domaine. - Ces comportements préparatoires, très souvent, vont permettre d’y voir une violence sans contact. Or, dès lors qu’il y a choc émotif pour la victime, constitutif d’une violence intentionnelle consommée. - Il y a des infractions autonomes qui ont été créées à cette fin et elles permettent de prévenir des violences intentionnelles.  Délit de participation à une bande violente : bande arrêtée dans le Metro avec des battes de base Ball et armes par destinations : condamnation pour participation à une bande violente.  Dissimulation illicite du visage à l’occasion de manifestations sur la voie publique  Délit d’embuscade  L’enregistrement et la diffusion d’images violentes : on s’est rendu compte que le fait de filmer avec la perspective de diffuser est le générateur des faits de violences. La loi du 14 mars 2011 sur la sécurité intérieure (LOPSI 2) crée des peines planchers pour les violences intentionnelles. C’est notamment lorsque la peine encourue et de 7 ou 10 ans : peines planchers respectives de 18 mois ou 2 ans sauf décision spéciale motivée par le Tribunal. Pour les peines complémentaires (articles 222-44 et suivants) sont les mêmes que pour les atteintes à la vie. Il n’y a pas de particularités pour les personnes morales.

B) Peines applicables à chaque type de violences
1) Les violences intentionnelles criminelles
On y trouve, en premier lieu, les coups mortels ou violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner (article 222-7). Elles sont automatiquement criminelles : la peine de base est de 15 ans de réclusion criminelle.

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S’il y a une circonstance aggravante : 20 ans. Si on combine sur mineur et par ascendant ou une personne ayant autorité : 30 ans.

Sont criminelle les violences constituant des actes de torture et de barbarie : 15 ans pour la peine de base. Multiples aggravations et cumuls (article 222-2) qui font monter jusqu’à 30 ans. De manière surprenante, les violences ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente ne sont pas criminelles de par leur peine de base. Elles ne deviennent criminelles que par circonstances aggravantes.

2) Les violences intentionnelles délictuelles
Celles qui ont une peine de base délictuelle : c'est à dire celles ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente s’il n’y a pas de circonstances aggravantes : 10 ans d’emprisonnement et 150 000€ d’amende (article 222-9). Violences ayant entrainé une ITT de plus de 8 jours : 3 ans et 45 000€ d’amende. Les aggravations font monter la peine mais restent dans le domaine délictuel. - Une circonstance : 5 ans et 75 000€ - Deux circonstances : 7 ans et 100 000€ - Plus de deux circonstances : 10 ans et 150 000€ Cette catégorie (ITT de plus de 8 jours) a des circonstances aggravantes spécifiques, notamment des circonstances de lieu : - dans ou aux abords d’un établissement scolaire - dans un moyen de transport collectif ou dans des lieux destinés aux transports publics, - commises avec l’aide d’un mineur, - lorsqu’elles sont commises par des personnes dissimulant volontairement leur visage pour ne pas être identifiés

3) Les violences intentionnelles contraventionnelles
Il y en a de deux sortes : - Celles qui font encourir une contravention de 5ème classe (1 500€) prévue à l’article R625-1 : on trouve les violences ayant entrainé une ITT inférieur ou égale à 8 jours s’il n’y a pas de circonstances aggravantes. - Celles qui font encourir une contravention de 4ème classe (750€ d’amende) : lorsque ces violences n’ont entrainé aucune ITT et sans circonstances aggravantes. Prévues par l’article R624-1. Ce sont les violences dites légère. Sous l’ancien Code pénal, ce sont celles qu’on appelait les voies de fait.

Section 2 : Les violences intentionnelles particulières
I - L’administration de substances nuisibles
C’est ce que l’on appelle le « petit empoisonnement ». C’est une infraction complémentaire à l’empoisonnement. Elle est subsidiaire.

A) L’incrimination d’administration de substances nuisibles
Son élément légal se trouve à l’article 222-15. Il n’y a pas de définition spécifique, la définition se fait par renvoie aux violences intentionnelles car c’est une catégorie de violences intentionnelles qui est autonome en raison de son mode d’exécution.

1) L’élément matériel de l’administration de substances nuisibles

L’acte doit être commis contre une tierce personne. Cet acte s’exécute par une administration de substance comme dans l’empoisonnement. Cette infraction ne peut pas être commise par omission, par abstention. La différence principale avec l’empoisonnement est la substance. En effet, la substance utilisée doit être nuisible à la santé. Elle doit engendrer une atteinte à l’intégrité de la personne. Il s’agit donc de toute substance dangereuse pour la santé mais qui n’est pas, à priori, mortelle. - Un entraineur d’une équipe de foot amateur avait mis discrètement du valium dans les bouteilles d’eau minérale de l’équipe adverse - Un individu était parvenu à injecter des anxiolytiques dans des briques de lait destinées à son ex. - Une mère a donné à des enfants en bas âge des anxiolytiques à ses enfants en bas âge pour pouvoir se reposer. Cette substance s’oppose, en principe, aux substances mortifères qui, elles, font basculer dans l’empoisonnement mais nuance difficile car une substance initialement nuisible peut devenir mortelle par son utilisation (quantité) ou par les prédispositions de la victime. Le législateur tient compte de cette hypothèse où la mort s’en suivrait. Il renvoie à l’article 222-7 qui est celui qui réprime les coups mortels. On aura alors une administration de substance nuisible ayant entrainé ma mort sans intention de la donner. Autre différence fondamentale avec l’empoisonnement : cette infraction est une infraction matérielle et non pas une infraction formelle comme l’empoisonnement. Elle n’est constituée que par le résultat. Article 222-15 : « substance ayant porté atteinte » et non pas substance de nature à porter atteinte. L’infraction doit être réalisée pour être consommée.

2) L’élément moral de l’administration de substances nuisibles
La jurisprudence traditionnelle semble exiger de démontrer que l’auteur a agi avec l’intention de causer une atteinte à l’intégrité de sa victime avec la volonté de nuire à sa santé. Puisque cette infraction est une forme particulière de violence intentionnelle, la jurisprudence ne se prive pas d’appliquer la théorie majoritaire et donc de se contenter, parfois, d’un comportement intentionnel et d’une acceptation du résultat potentiel sans qu’il soit nécessaire de démontrer une intention de nuire à la santé. Ch. Crim, 2006 et Ch. Crim., 2010 : C’est ce raisonnement qui est actuellement suivi dans la jurisprudence qui se rapporte aux actes de contamination par voie sexuelle par le virus du SIDA.

B) La sanction de l’administration de substances nuisibles
Tout est fait par renvoi. Il n’y a pas de peine spécifique mais un renvoi aux peines prévues pour les violences intentionnelles classiques. Et donc tout dépend du résultat. Les peines complémentaires sont identiques et il n’y a rien de particulier pour les personnes morales. Ch. Crim., 2006 et Ch. Crim., 2010 : la contamination par un virus mortel : il ‘agit, pour les Juges, d’une infirmité permanente donc Cour d’assise car, derrière, souvent des circonstances aggravant, notamment la circonstance aggravante du partenaire. Si pas de circonstance aggravante : délictuel. 6 ans d’emprisonnement dans la première affaire et 3 ans dans la 2nde affaire.

II - Les violences sexuelles
Dans le Code pénal, on trouve une section autonome débutant par l’article 222-22 s’intitulant « des agressions sexuelles ». L’article donne une définition générale : « constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise ». Le Code pénal appréhende « la délinquance sexuelle » de manière autonome même si c’est une catégorie de violence. La meilleure preuve de cette indépendance sont les lois spécifiques nombreuses qui se sont succédées et la plupart des grandes lois pénales comportent, en général, une partie consacrée aux infractions sexuelles. La loi du 17 juin 1998 se rapportait aux infractions sexuelles en général et, depuis, ponctuellement, des lois un peu plus modestes mais toujours spécifiques : - Loi de 2006 sur les violences conjugales - Loi de février 2010 intégrant l’inceste dans le Code pénal - Loi de juillet 2010 relative aux violences faites aux femmes.

A) L’incrimination de viol
Cette infraction est définie à l’article 222-23 qui définit ainsi le viol : « il s’agit de tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est viol punit de 15 ans de réclusion criminelle ».

1) L’élément matériel du viol
a) La nature de l’acte L’élément légal montre que la nature de l’acte est vague et large qui a été peu à peu précisée par la jurisprudence. « Par pénétration sexuelle, on entend une pénétration par le sexe de l’auteur et/ou dans le sexe de la victime ». Cela veut dire que l’infraction est donc caractérisée - Lorsque l’auteur pénétré avec son sexe dans le sexe de la victime ou dans son anus ou dans sa bouche. - De même, si l’auteur pénètre dans le sexe de la victime avec autre chose que son sexe. En revanche, il n’y a pas viol lorsque l’auteur introduit un objet dans l’anus de sa victime. Mais il peut y avoir d’autres qualifications pénales, notamment acte de torture et de barbarie. C’est la pénétration qui consomme l’infraction. Par conséquent, avant la pénétration, il n’y a que tentative de viol s’il y a un commencement d’exécution caractérisé par des éléments matériels tout de même. Des éléments matériels qui peuvent être, par exemple, la présence de préservatifs ou la prise en compte des antécédents de l’auteur. b) Les procédés utilisés L’article 222-23 dit qu’il « faut que l’acte soit commis par violence, contrainte, menace ou surprise ». Tous les quatre témoignent de l’absence de consentement libre de la part de la victime. On dit qu’il s’agit d’une violation de la liberté sexuelle d’autrui. Cela signifie que l’absence de consentement de la victime est un élément constitutif de l’infraction de viol et il n’y a donc pas infraction lorsqu’il y a consentement libre de la victime. Ce consentement n’est pas un fait justificatif, il n’y a pas infraction car il manque un bout de l’élément matériel. En conséquence, la victime doit donc être vivante. S’il y a acte de pénétration sur un mort, il s’agira d’une atteinte à l’intégrité du cadavre. - La violence peut être physique, morale. Dans le cas de violence morale, on dit qu’elle regroupe la menace et la contrainte. Cette violence morale peut être directement faite sur la victime, mais la violence morale peut aussi être indirecte (menacer de tuer l’enfant de la victime). La contrainte morale peut aussi résulter de la différence d’âge entre une victime mineure et l’auteur, mais également lorsque l’auteur exerce une autorité de droit ou de fait sur la victime. - La surprise : c’est lorsque, par un moyen quelconque, l’auteur a extorqué le consentement de la victime. Il y a une supercherie et non pas un étonnement. On dit que le consentement a été surpris, sousentendu qu’il a été trompé, abusé.  On parle de viol par surprise lorsque l’auteur s’induit subrepticement dans le lit d’une personne qui attenait son compagnon  Quand le viol est perpétré en profitant de l’endormissement, de l’évanouissement ou de l’ivresse de la victime.  Lorsqu’un médecin trompe la confiance du patient. Pour le cas de l’inceste : Notre Code pénal, à la différence du Code civil, ne contenait pas la notion d’inceste. En réalité, ces faits étaient réprimés et constituaient même, la plupart du temps, une circonstance

aggravante. C’est notamment lorsque la personne exerçaient une autorité de fait ou de droit sur la victime. Face aux multiples affaires de viols incestueux, le législateur a considéré qu’il était nécessaire de l’intégrer au Code pénal par une loi du 8 février 2010 créant un article 222-31-1 qui précise que « les agressions sexuelles commises au sein de la famille sur la personne d’un mineur par un ascendant, un frère ou sœur ou toute personne, y compris concubins, membres de la famille qui a, sur la victime, une autorité de fait ou de droit sont qualifiées d’incestueuses ». Il ne s’agit pas de créer une infraction nouvelle mais un texte qui a valeur interprétative qui ne crée pas de nouvelle peine. Cela pour éviter le problème de droit transitoire. Interprétation beaucoup plus large que le Code civil. Pour le cas du viol entre époux : Initialement, la jurisprudence n’a pas retenu cette qualification car les Juges ont estimé pendant très longtemps que, par définition, il ne pouvait pas y avoir de viol entre époux car les relations sexuelles font partie du devoir du mariage. Au début des 90’s, la Cour de cassation dans Ch. Crim, 1990 et Ch. Crim., 1992 : la Cour de cassation a admis qu’il puisse y avoir des viols entre époux. Présomption de consentement aux relations sexuelles qui faisait que l’épouse avait beaucoup de mal à prouver qu’il n’y avait pas de consentement. Une loi de 2006 a précisément rappelé dans l’article 222-22 qu’il pouvait y avoir viol, y compris dans le mariage. Cette loi précisait que, dans ce cas, la présomption de consentement à l’acte sexuelle était une présomption simple. Cette dernière précision sur la présomption de consentement a été retirée par la loi de juillet 2010 pour faciliter la qualification. Mais on ne facilite pas car, dans le Code civil (article 215) prévoit le devoir de communauté de vie.

2) L’élément moral du viol
C’est donc une violence intentionnelle. Cela veut dire qu’il faut démontrer que l’auteur a été conscient d’imposer à sa victime des rapports sexuels non consentis. Souvent l’élément moral est difficile à établir car l’auteur évoque souvent une erreur de fait : il s’est mépris sur les intentions réelle de la victime, son refus a été mal interprété ou l’auteur a pu mal interpréter la passivité de la victime. Or la passivité n’est pas un consentement tacite. La passivité peut être aussi la crainte de subir des violences plus importantes. Appréciation souveraine des Juges du fond en fonction des circonstances, du passé, des antécédents de l’auteur.

B) La sanction du viol
Aggravation constante des sanctions mais également recherche d’une adaptation des sanctions pour permettre un meilleur traitement de ce type de délinquance d’où de multiples particularités.

1) Peines principales et complémentaires
La peine de base est de 15 ans de réclusion criminelle. Ensuite, il y a des aggravations mais, attention, il n’y a pas, comme pour les violences intentionnelles classiques, de cumul des circonstances aggravantes qui augmentent la peine. - Aggravation à 20 ans :  Si s’en est suivi une mutilation ou une infirmité permanente.  S’il s’agit d’un mineur de 15 ans ou une personne vulnérable  S’il s’agit d’un ascendant ou une personne qui a autorité qui est auteur. - Aggravation de 30 ans : si la mort s’en est suivie - Perpétuité : si le viol a été commis avec des actes de torture ou de barbarie. Concernant les peines complémentaires, on retrouve les mêmes que pour les violences intentionnelles : article 222-44. On retrouve plus particulièrement :

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Suivis socio-judiciaires avec injonction de soins Des peines complémentaires obligatoires sauf décision spéciale motivée les excluant :  Interdiction de séjour  Interdiction de rentrer en contact avec la victime ou avec certaines catégories de personnes.

2) Particularités de la répression
Parmi les dispositions spécifiques, - il y a notamment les délais de prescriptions : la prescription de l’action publique, pour une infraction sexuelle sur mineur, elle est portée à 20 ans pour les crimes et 10 ans pour les délits. Le point de départ de la prescription est reporté au jour de la majorité de la victime. - Il y a également des règles spécifiques pour l’application de la loi pénale dans l’espace. Il y a une compétence universelle élargie pour lutter contre le tourisme sexuel. - Il y a des particularités procédurales à tous les stades pour les infractions sexuelles. - Lorsque le viol ou l’agression sexuelle est commise sur un mineur par un titulaire de l’autorité parentale, le Juge pénal devra se prononcer sur le retrait total ou partiel de l’autorité parentale.

Section 3 : La prévention des violences intentionnelles
Elle est le fait de plusieurs infractions relativement récentes. La première d’entre elles ne date que de 2007. Elles ont pour finalité d’accroitre la prévention de ce que le législateur appelle la « délinquance violente » c'est à dire de ces phénomènes de violences intentionnelles, et notamment les violences intentionnelles perpétrées en groupe. Il est possible d’appréhender ces infractions de manière chronologique : chronologie du crime, autrement dit, c’est selon le moment où elles se rencontrent sur le « chemin du crime » (iter criminis).

I – Le délit de participation à une bande violente
Issu d’une loi du 2 mars 2010 renforçant la lutte contre les violences de groupe. Elle est introduite à l’article 222-14-2. Elle se situe donc à la fin de la liste des violences intentionnelles. « C’est le fait, pour une personne, de participer sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de dégradations ou destruction de biens ». Il s’agit ici d’appréhender de manière autonome le simple fait de participation à une bande violente. On a aussi appelé cela le « délit d’appartenance consciente à une bande violente ». Le législateur avait notamment en tête de prévenir le phénomène de délinquance urbaine en menaçant d’une sanction pénale avant même la commission effective de violence. Ce texte est critiqué en ce qu’il anticipe peut être trop les comportements au point de ne saisir qu’une simple résolution criminelle, or celle-ci n’est normalement pas punissable pénalement à moins d’être un minimum extériorisée. Cette infraction est destinée à compléter ce qu’on appelle l’association de malfaiteurs et notamment, elle va couvrir des hypothèses qui ne relèveraient pas de l’association de malfaiteur puisque l’association de malfaiteur suppose une peine encourue pour l’infraction projetée soit une peine supérieure à 5 ans d’emprisonnement. Le Conseil constitutionnel, 25 février 2010, n’a rien trouvé à redire sur cette infraction.

A) L’incrimination de participation à une bande violente
L’élément matériel

C’est une participation à un groupement ad hoc ou groupement existant pour préparer des actes de violence ou des dégradations de biens. Il s’agit d’une infraction obstacle qui permet de saisir des comportements qui ne constitueraient que des actes préparatoires et qui ne pourraient de toute façon être saisis par le jeu de la tentative. D’autant plus qu’il n’y a pas de tentatives dans les violences intentionnelles qui ne se caractérisent que dans le résultat. C’est donc un moyen de pallier cette carence. Mais l’infraction suppose un minimum de préparation caractérisée par des éléments matériels objectifs : une bande d’individu interpelée dans le métro avec des battes de baseball se rendant à la Défense. On a pu les interpeler car existence des armes par destination et autres projectiles a permis de caractériser l’infraction. L’élément moral : Il est double. Il faut -

Un dol général (participation en connaissance de cause) et un dol spécial (intention de perpétrer soi-même des violences contre les personnes ou des dégradations de biens).

B) La sanction de la participation à une bande violente
Peine délictuelle : 1 an et 15 000€ d’amende.

II – La dissimulation illicite du visage à l’occasion de manifestations sur la voie publique
Cette infraction est issue d’un décret du 19 juin 2009 dit décret anti-cagoules. Ce décret avait été pris à l’époque après de violents incidents ayant eu lieu en avril de la même année en Strasbourg lors du sommet de l’OTAN. Article R645-14 donne l’élément légal et c’est à nouveau une infraction ayant pour objectif la prévention des violences urbaines et des violences de groupe.

A) L’incrimination
Article R645-14 : « c’est le fait, pour une personne, au sein ou aux abords immédiat d’une manifestation sur la voie publique, de dissimuler volontairement son visage afin de ne pas être identifiés dans des circonstances faisant craindre des atteintes à l’ordre public ». L’élément matériel : Il suppose la présence de l’auteur lors de rassemblements sur la voie publique. Ce qui veut donc dire qu’un comportement même passif est suffisant si les circonstances de ce rassemblement font craindre des débordements, c'est à dire des atteintes à l’ordre public. Ce sont des circonstances de fait objectives qui seront nécessaires et, si une violence se produit, cette infraction sera écartée et on basculera dans l’infraction matérielle correspondante : violence intentionnelle aggravée car la dissimulation du visage est une circonstance aggravante. L’élément moral : Suppose : Un dol général : intention de cacher son visage Et un dol spécial : dans le but d’empêcher son identification

Important car l’article R645-14 prévoit un fait justificatif : c’est lorsque les faits se déroulent dans le cadre de manifestations conformes aux usages locaux ou lorsqu’il existe un motif légitime de dissimuler son visage : - Carnavals - Conditions atmosphériques - Raisons médicales - Risque de gaz lacrymogènes.

B) La sanction
C’est une contravention de 5ème classe : 1 500€ d’amende encourue. CE, 23 février 2011 : saisi car on contestait le caractère règlementaire de l’infraction. Le CE a jugé que le texte était légal et le pouvoir exécutif compétent car exercice de ses prérogatives de police générale. De même, texte conforme à la ConvEDH car pas « d’atteinte disproportionnée à la liberté de manifester ».

III – Le délit d’embuscade
Créé par une loi du 5 mars 2007. Elle est intégrée à l’article 222-15-1 à la suite des violences intentionnelles.

A) L’incrimination
« Fait d’attendre un certain temps et dans un lieu déterminé un représentant des forces de l’ordre, un pompier ou agent de transport dans le but, caractérisé par un ou plusieurs faits matériels, de commettre, à l’occasion de l’exercice de ses fonctions, des violences avec usage ou menace d’une arme ». L’élément matériel : Assez vague et pas encore de jurisprudence. Les victimes potentielles sont déterminées ainsi que les violences envisagées qui sont des violences intentionnelles aggravées par une arme. Cela ne couvre donc pas d’autres objectifs, et notamment l’objectif d’homicide. Cela ne couvre pas non plus les infractions contre les biens. Enfin, l’infraction est une infraction formelle qui n’est donc plus caractérisée si les violences ont été réalisées mais constitue une circonstance aggravante. Ch. Crim., 2008 et 2009 : des personnes ont été interpelées alors qu’elles avaient appelés les forces de l’ordre et les pompiers pour des faits imaginaires et qu’elles étaient dissimulés avec des cailloux en main attendant les forces de l’ordre et les pompiers. L’élément moral : Dol général : il faut être en embuscade en connaissance de cause Et dol spécial : dans l’objectif de perpétrer des actes violents sur ces personnes.

B) Sanction
Peine principale : 5 ans et 75 000€ d’amende avec une aggravation lorsque les faits sont commis en réunion : 7 ans et 100 000€ d’amende.

IV – L’enregistrement et la diffusion d’images de violences
Créés par la loi du 5 mars 2007 créant l’article 222-33-3. Le législateur a voulu, ici, prévenir des comportements que l’on a vu apparaitre à Londres  Happy Slapping. C’est l’idée qu’en réalité, la motivation de l’infraction n’est pas la violence par elle-même mais l’obtention d’images. Autrement dit, l’enregistrement est considéré comme étant le fait générateur d’infractions violentes qui ne se seraient pas produites s’il n’y avait pas eu possibilité de filmer. Le droit commun existant permettait pourtant de saisir ces comportements. Ils tombaient sous la complicité. Le législateur a créé un cas de complicité spécifique (enregistrement) et une nouvelle infraction (diffusion d’images violentes).

A) Les incriminations
L’enregistrement d’images violentes se définit ainsi : article 222-33-3 : « est constitutif d’un acte de complicité des atteintes volontaires à l’intégrité de la personne le fait d’enregistrer sciemment

et par quelque moyen que ce soit, sur tout support que ce soit, des images relatives à la commission de ces infractions ». Ne concerne néanmoins que les violences graves, criminelles ou correctionnelles, les infractions sexuelles. Mais sont exclues les violences contraventionnelles, l’homicide intentionnel et les infractions contre les biens. Ce que l’on filme, c’est le moment d’accomplissement de la violence. Cet enregistrement est fait sciemment, c'est à dire non pas par inadvertance. Mais sciemment sans qu’il n’y ait forcément d’entente préalable avec ceux qui pratiquent la violence. Fait justificatif : infraction pas caractérisée si elle s’inscrit dans l’exercice normal de la profession ou si elle est faite pour servir de preuve.

B) La sanction
De l’enregistrement : Auteur de l’enregistrement est complice de la violence, il encoure les mêmes peines que l’auteur de la violence. De la diffusion d’images violentes : Infraction autonome punie de 5 ans d’emprisonnement et 75 000€ d’amende.

Chapitre 3 : Les atteintes non-intentionnelles à la vie des personnes
On aborde un contentieux de masse car les qualifications sont ici très fréquentes. En effet, il s’agit de saisir des comportements imprudents qui se rencontrent dans la vie courante mais qui ne sont pas aussi nuisibles que pour des infractions intentionnelles car cette intention de nuire à autrui est absente. L’acte qui est à l’origine de l’atteinte peut tout de même procéder de la volonté. Le Code pénal parle d’atteintes volontaires ou involontaires. Il va finalement assimiler une multitude de comportements qui partent d’une simple maladresse ou de la bêtise, qui finalement pourrait être facilement réparée par la voie civile, jusqu’à des comportements qui traduisent une prise de risque consciente ou manifeste et qui nécessitent une répression, une réaction pénale. Beaucoup d’auteurs disent qu’il faudrait faire une différence entre ces comportements et que certains n’ont rien à faire devant la juridiction pénale. On peut faire la différence entre celui qui, par inadvertance, renverse un objet lourd sur la personne qui est à côté et, de l’autre côté, un chauffard qui traverse un village à 150km/h et qui renverse un piéton. Pour autant, ces comportements constituent pénalement des atteintes non intentionnelles à la vie de la personne.

Section 1 : L’homicide par imprudence
Article 221-6 du Code pénal : « le fait de causer, dans les conditions et selon les distinctions de l’article 121-3, par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement, la mort d’autrui constitue un homicide involontaire punit de 3 ans d’emprisonnement et de 45 000€ d’amende ».

I - L’incrimination d’homicide par imprudence
A) L’élément matériel de l’homicide par imprudence
L’auteur doit avoir causé la mort d’une personne. Il faut donc un acte homicide et une victime de l’homicide.

1) L’acte homicide
a) Définition des actes homicides par imprudence

Définition générale : Il semble que le législateur ne vise que cinq comportements. Mais, en réalité, les termes utilisés sont très larges et peuvent donc englober une multitude de comportements. Ces termes sont finalement très proches les uns des autres et ils sont souvent réduits, ramenés à une seule notion : l’imprudence : - Tout acte différent de celui qu’aurait eu le bon père de famille placé dans la même situation. - Ou tout comportement, quel qu’il soit, qui a, involontairement, causé la mort de la victime dans les conditions définies par la loi. On retire de ces définitions que cet acte peut aussi bien positif (une action) que négatif (une omission ou une abstention). L’autre différence est que cet acte n’est pas forcément un acte de violence comme pour le meurtre. Ce peut être toute sorte de situation. Définitions particulières : On peut regrouper les termes de l’article 221-6 en trois catégories : - Maladresse et imprudence : font penser à des actes de commission, des actes positifs :  des professionnels mettant en œuvre des techniques mal maitrisées  des automobilistes roulant trop vite sur une route mouillée - L’inattention et la négligence : cela se rattache plus à des actes d’abstention, d’omission  défaut d’information  absence de mesures de sécurité  retard d’intervention - Manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement : pas vraiment un comportement spécifique. Cela peut être plutôt le résultat possible de l’un des quatre autres car le plus souvent, on manque à une telle obligation par l’effet d’une imprudence, d’une maladresse… Il s’agit, ici, d’agir au mépris d’obligations instaurées pour sauvegarder la vie ou l’intégrité des personnes, qu’il s’agisse d’obligations légales ou règlementaires.  Obligations issues du Code de la route, du Code de travail, du Code de la consommation… Condition d’appréciation / d’interprétation de l’acte homicide : Pour se rendre compte que l’article 221-6 renvoie à l’article 121-3 pour apprécier ces comportements. Tous ces comportements doivent être appréciés en tenant compte « de la nature des missions ou des fonctions de l’auteur, de ses compétences ainsi que du pouvoir ou des moyens dont il disposait ». Cela veut dire qu’on va se demander si l’auteur des faits a, ou non, accomplis les diligences normales compte tenu de ces critères. - Si oui : il n’y a pas imprudence - Si non : il y a imprudence. Ch. Crim., 2001, Affaire du Drac : une classe était partie sur les berges du Drac pour étudier la faune animale. Au moment où ils étaient sur les berges, il y a eu un lâcher d’eau d’un barrage en amont entrainant la mort d’enfants et d’accompagnateurs. L’institutrice avait été mise en cause et sa responsabilité pénale n’a pas été retenue : CA Lyon, 2001 ; « les reproches d’impréparation faits à l’institutrice étaient injustifiés » car on lui reprochait de ne pas avoir fait d’études des lieux : cela ne fait pas partis des diligences de sa mission donc on a estimé qu’elle n’avait pas commis d’imprudence. b) Caractère homicide de l’acte

Cela veut dire que cette imprudence a causé le décès d’autrui. La mort d’autrui est un élément constitutif de l’infraction. Il est donc surtout question, ici, du lien de causalité entre l’imprudence et la mort. Ce lien de causalité peut soulever beaucoup plus de problèmes que dans l’homicide intentionnel car il y a très souvent des ruptures dans l’enchainement causal. Depuis la loi du 10 juillet 2000 (loi Fauchon), le lien de causalité s’établit en respectant deux étapes successives : Les Juges doivent d’abord s’interroger sur la certitude de ce lien : Est-ce que la causalité est certaine entre l’imprudence et la mort ? Il doit y avoir un lien de causalité effectif car, en matière pénale, on ne peut pas condamner sur le fondement de simples probabilités ou possibilités. Le doute profite à l’accusé. En droit pénal, la causalité est ou n’est pas et l’on ne peut pas transposer les solutions civiles relatives à la perte de chance. L’imprudence n’est pas pénalement répréhensive s’il elle n’a engendré qu’une simple perte de chance de survie. Il faut qu’il y ait défaillance provoquant l’issue fatale. De même, une rupture dans l’enchaînement causal ne fait pas forcément disparaitre le lien de causalité. Exemple d’un agriculteur ayant moissonné avec une machine défectueuse par grande sécheresse avec alerte météo pour le vent. Un feu s’en est suivi avec intervention des pompiers et mort de deux pompiers. La défense dit qu’un élément naturel est venu rompre l’enchaînement causal. Mais cet élément naturel ne pouvait pas, à lui seul, créer le dommage donc le décès est bien causé par l’imprudence de l’agriculteur. Si le lien de causalité est certain, le Juge doit voir s’il s’agit d’une causalité directe ou indirecte. Auteur direct ou indirect ? Article 121-3 évoque ces causalités directes ou indirectes : - Causalité directe : il y a un auteur direct. L’article 121-3 ne définit pas cet auteur direct. La circulaire d’application de 2000 : « est auteur direct celui qui a frappé ou heurté la victime, ou initié, ou contrôlé le mouvement d’un objet qui aura heurté ou frappé la victime ». La jurisprudence ne retient pas une définition aussi restrictive et a une vision plus élargie de l’auteur direct. Pour la jurisprudence, la causalité directe c’est rechercher quel est le fait essentiel et déterminant dans le processus qui a conduit à la mort de la victime, voir le facteur déclenchant. Autrement dit, on voit que la jurisprudence retient une conception intermédiaire qui n’exige pas forcément un contact physique entre la victime et l’auteur direct. Les Juges retiennent donc ce qu’ils appellent la cause unique ou exclusive mais, parfois outre cette cause unique ou exclusive, ils retiennent aussi, en cas d’enchainement causal, la cause immédiate ou déterminante.  Affaire de l’avalanche des Ores (2002) : des enfants partent en randonnée en raquette avec un guide, un accompagnateur de moyenne montagne et le professeur de gym. Eut égard les conditions atmosphériques, une partie a fait demi-tour et l’autre partie est partie avec le guide. Ceux-ci sont pris dans une avalanche : 11 décès d’enfants. On a donc jugé le guide, l’accompagnateur, le prof et le directeur du camp de vacances. Le guide a été jugé comme auteur direct et sa responsabilité a été retenue. Les autres ont été qualifiés d’auteurs indirects et ont été relaxés car pas de faute qualifiée retenue.  Affaire de la dameuse (2004) : les dameuses avaient l’habitude de traverser des pistes de ski de fond et de passer au bas des pistes de luge sans signalisation. Un enfant qui faisait de la luge s’est pris la dameuse et est décédé. Ont été poursuivis pour homicide involontaire le conducteur, le maire de la commune et le directeur de la station.

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Auteur direct : conducteur de la dameuse. Auteurs indirects mais avec responsabilité retenue : les deux autres. La jurisprudence a parfois quelques hésitations. Causalité indirecte : auteur indirect. Elle est définie par l’article 1213 : « c’est celui qui n’a pas causé directement le dommage mais qui a créé ou contribué à créer la situation qui a permis la réalisation du dommage ou qui n’a pas pris les mesures permettant de l’éviter ». Sont finalement des auteurs indirects ceux qui, notamment, agissent par l’intermédiaire d’autrui en exerçant une autorité donc ceux qui n’ont pas accomplis eux même l’acte dommageable.  Est auteur indirect le maire d’une commune qui n’a pas interdit l’accès à un stade de foot alors que les cages n’avaient pas encore été fixées au sol. Un enfant s’est pris la cage sur la gueule.  Egalement pour un maire qui n’avait pas sécurisé un chantier communal et un enfant est tombé dans une buse en béton et il est décédé.  De même pour le président d’une association de chasse et la personne morale de l’association ont été déclarés auteurs indirects à la suite d’un accident qui s’est produit lors d’une battue : l’un des chasseurs n’avait pas été placé correctement et a tiré à l’horizontal sur un de ses compagnons de chasse qui est décédé. Chasseur est auteur direct.  Ch. Crim, janvier 2011 : décision permettant un parallèle avec la responsabilité civile du fait de choses. Un camion transportant une nacelle a perdu cette nacelle dans un virage et le bras articulé est allé de l’autre côté de la route. Une voiture l’a heurté et est décédé. Chauffeur : auteur direct car bras de la nacelle mal fixé. Le loueur de la nacelle : auteur indirect commettant une faute caractérisé car au courant d’un problème de la nacelle et l’a pas fait réparé. Parallèle avec la responsabilité civile : notion de garde de la structure et de garde du comportement. Si causalité de structure : incombe à l’auteur indirect. Si causalité de comportement : renvoie à l’auteur direct.

L’intérêt de cette distinction entre auteur direct et indirect concerne la nature de la faute qui sera retenue ensuite. - Pour l’auteur direct : une faute simple d’imprudence sera suffisante pour engager sa responsabilité. - Pour auteurs indirects : on demande une faute plus grave car, dans l’enchainement causal, on est loin. On l’appelle la faute qualifiée comportant deux degrés de gravité distincts.

2) La victime de l’homicide
a) Une personne vivante Une personne vivante car, d’abord, on ne peut pas transposer le raisonnement tenu pour l’homicide intentionnel à propos de l’infraction impossible. La tentative d’homicide ne peut pas être retenue car il n’y a pas de tentative pour les infractions non intentionnelles. On ne peut pas tenter

d’obtenir un résultat que l’on n’a pas prévu. Mais il est quand même possible, parfois, de faire tomber ces comportements dans une infraction autonome qui permet de réprimer une imprudence non suivie d’effets, d’un dommage grâce à une infraction qui est la mise en danger d’autrui. Parfois, les circonstances sont telles que la mort de la personne peut être imputée à plusieurs évènements distincts sans que l’on sache quel est celui qui à l’origine du décès. Exemple type : piéton sur l’autoroute renversée par un premier véhicule puis plusieurs véhicules lui passent dessus, question de savoir à quel moment il est mort. La jurisprudence qualifie les personnes responsables de coauteurs « dès lors que leurs différentes fautes sont à l’origine du décès supposé et que elles participent d’une même action dangereuse ». b) La personne d’autrui Cela veut donc dire que la victime doit être quelqu'un d’autre que l’auteur. Cela veut dire aussi qu’il faut que la victime soit une personne, mais une personne au sens juridique : il ne peut donc pas y avoir d’homicide non intentionnel sur un enfant à naitre si cet enfant ne nait pas vivant. La jurisprudence pose donc la question de la protection pénale de l’enfant à naitre avec une jurisprudence de la Cour de cassation qui est très stricte. On l’a vu apparaitre dans : Ch. Crim., 1999 : deux patientes sont entrées à l’hôpital, une pour la visite du 6ème mois et la 2nde pour enlever le stérilet. Pas d’examen clinique préalable. Le médecin s’est trompé et a fait une mauvaise opération ayant entrainé la mort in utero de l’enfant. La Cour de cassation refuse de qualifier cela d’homicide intentionnel car enfant pas né vivant ensuite donc pas d’infraction contre une personne au sens juridique. Mais décision pas claire sur l’exigence de viabilité. Ass. Pl., 29 juin 2001 : accident de la route dans lequel une femme enceinte a perdu son enfant qui est mort-né, pas survécu aux blessures subis au moment de l’accident. Attendu de principe : « le principe de la légalité des délits et des peines qui impose une interprétation stricte de la loi pénale s’oppose à ce que l’incrimination de l’article 221-6 soit étendue au cas de l’enfant à naitre dont le régime juridique relève de textes particuliers ». On a tiré de cette décision qu’il faut que l’enfant naisse vivant pour que les qualifications pénales s’appliquent et il en irait de même pour des actes intentionnels car l’attendu est très vaste. Ch. Crim, 2003 : accident de la circulation, une femme enceinte de 8 mois a dû être prise en charge. Enfant nait vivant mais décède une heure plus tard des suites des lésions de l’accident. L’enfant étant né vivant, on a condamné le responsable de l’accident pour homicide par imprudence sur la personne de l’enfant. Ch. Crim., 2007 : accident : l’enfant est né vivant mais gravement ou lourdement handicapé du fait de l’accident. Il s’agit de violences non intentionnelles causant une infirmité permanente. Ch. Crim, 18 mai 2010 : problème à l’accouchement. Médecin condamné pour homicide intentionnelle pour mort postérieurement à la naissance car le médecin a prescrit un médicament censé reporté la naissance. Pour le responsable, quel qu’il soit, il vaut mieux finalement que l’enfant soit mort-né plutôt qu’il survive et meurt quelques temps plus tard ou bien reste handicapé à vie. Problème de la discordance apparente avec le droit civil : on y établit un acte d’enfant sans vie à l’état civil mais n’est pas un acte d’état civil car on ne reconnait pas l’existence d’une personne. Cela permet juste aux parents de voir cet enfant inscrit sur le livret de famille avec juste un prénom, entraine le droit à des funérailles, des droits sociaux (congés maternité). Mais, même pour le droit civil, on ne reconnait pas une personne au sens juridique, au sens civil. CEDH, 8 juillet 2004 : CEDH saisie sur l’affaire de 1999 : « le point de départ du droit à la vie relève de l’appréciation des Etats. La Cour est convaincue qu’il n’est ni souhaitable ni possible de répondre dans l’abstrait à la question de savoir si l’enfant à naitre est une personne au sens de l’article 2. Le seul dénominateur commun est l’appartenance à l’espèce humaine mais l’absence de consensus dans les pays membres et les divergences culturelles font qu’il n’est pas opportun pour la Cour de fixer une règle uniforme et renvoie donc aux législations nationales ». Globalement, en Europe, la plupart des pays appliquent la même solution que la nôtre sauf Italie et Espagne où il y a une infraction spécifique en cas de dommage causé à un fœtus. L’Italie a aussi une infraction prévue pour celui causant par imprudence une interruption de grossesse. La position de la Cour de cassation a manifestement fait dire à beaucoup que le Juge renvoyait la décision au législateur. Celui-ci s’est notamment interrogé pendant les travaux préparatoires des lois de bio éthiques (2004) avec la possibilité soit de créer une nouvelle infraction qui serait un délit d’interruption involontaire de grossesse en prenant soin d’y exclure la mère, soit

de compléter l’article 221-6 en précisant que les mêmes peines étaient applicables en cas de mort de l’enfant conçu. On y a renoncé à chaque fois car les enjeux ont très importants car, derrière, il y a la question du statut juridique de l’embryon dès la conception. Le législateur ne veut pas trancher cette question : - Car il a peur de remettre en cause la législation sur l’IVG de 1975 en affirmant clairement que l’enfant à naitre est une personne juridique. Grave erreur d’appréciation car la loi Veil ne dit pas que l’embryon n’est pas une personne. C’est une loi d’exception qui autorise à ce qu’on sacrifie l’intérêt de l’enfant à naitre au profit de l’intérêt de la mère. Donc modifier la législation sur le statut de l’embryon ne modifierait pas la loi Veil. - La recherche médicale sur les embryons : elle est, par principe, interdite mais autorisée à titre dérogatoire. Or, perspectives de recherche extraordinaires donc si on dit que l’embryon est une personne juridique, le législateur craint que ces recherches soient rendues impossibles.

B) L’élément moral des homicides par imprudence
1) Contenu
Il s’agit, ici, de définir la faute d’imprudence non plus par référence à l’attitude matérielle mais à l’attitude psychologique de l’auteur. Pour faire apparaitre la différence essentielle avec un homicide intentionnel, il convient de bien distinguer ce qui relève de l’intention et ce qui relève de la volonté. Il faut distinguer : - La faute caractérisée par rapport à l’acte qui peut découler d’un comportement volontaire ou involontaire. - Ensuite, la faute caractérisée par rapport à ses conséquences est, pour un homicide non intentionnel, toujours involontaire au regard du résultat. La mort n’a pas été voulue et c’est le critère de distinction avec l’homicide intentionnel. L’imprudence est donc un relâchement de vigilance qui était imposé par la situation. Mais il y a une échelle de gravité dans la faute d’imprudence qui est posée par l’article 121-3 et qui est la conséquence de la distinction causalité directe/causalité indirecte. - L’auteur direct d’une infraction non intentionnel est condamnable dès lors qu’il a commis une quelconque faute d’imprudence, même la plus légère. La faute simple d’imprudence est donc suffisante pour engager la responsabilité pénale de l’auteur direct (étourderie, imprévoyance, tout ce qui caractérise une défaillance ordinaire). - Les auteurs indirects : quant à eux, ne peuvent engager leur responsabilité pénale que s’ils ont commis des fautes qualifiées (article 121-3) c'est à dire des fautes plus graves qu’une faute simple. L’article 121-3 définit deux catégories de fautes qualifiées : Faute délibérée : 121-3 alinéa 4 : « violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence et de sécurité prévue par la loi ou le règlement ». Il s’agit d’une imprudence consciente, un non-respect d’une norme légale ou règlementaire (au sens constitutionnel) qui impose des règles particulières de prudence et de sécurité en connaissance de cause. Cela veut dire que le texte doit poser des règles spécifiques pour des situations spécifiques. Ce n’est pas une obligation générale de prudence et de sécurité incombant par exemple à tout employeur. L’obligation particulière est celle qui impose un modèle de conduite circonstancié. - Dans le Code du travail, des textes prévoient l’obligation d’étayer et de blinder les parois lorsqu’on creuse un tunnel ou une tranchée. - Toujours dans le Code du travail, pour les travaux faits en hauteur audelà de 6 mètres, l’employeur doit fournir une nacelle ou un échafaudage, on ne peut plus utiliser d’échelle.

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A contrario, pas d’obligation particulière pour une institutrice qui a laissé sortir un élève aux toilettes, élève étant décédé aux toilettes. Qualité d’auteur indirecte donc il fallait une faute qualifiée délibérée or il n’y en a pas ici car le Code de l’éducation n’impose pas de contrainte particulière dans ces situations.

Mais la faute délibéré n’est pas la plus retenue en jurisprudence car assez difficile à établir car elle suppose une règle particulière violée. Et il n’y en a pas toujours. Faute caractérisée : Ce qui ne peut pas être saisi par la faute délibéré sera généralement saisi par cette catégorie de fautes. Cette faute constitue le degré intermédiaire entre la faute simple et la faute délibérée. Article 121-3 alinéa 4 : « faute qui expose autrui à un risque d’une particulière gravité que l’auteur ne pouvait ignorer ». C’est toujours une imprudence consciente car son auteur ne peut ignorer l’ampleur des risques qu’il engendre par son comportement. Mais la conscience, ici, ne porte plus sur la violation d’une obligation particulière mais elle porte sur le risque créé. La conséquence est que cette faute se rencontre fréquemment dans des domaines, dans des activités qui sont, par nature, des activités à risque (conduite automobile, pratique médicale…) et cette faute s’entend finalement de toute défaillance générant un risque particulièrement grave pour autrui. A été retenue à l’encontre d’un gérant de société sous-traitante de la SNCF pour l’entretien des wagons. Accident au moment de l’entretien où ouvrier a eu la tête écrasée entre deux tampons. Le gérant relaxé pour inobservation de la règlementation du travail mais n’a pas pris suffisamment de mesures pour vérifier que les voies étaient libres et pour assurer une bonne communication entre les ouvriers. La Cour de cassation reproche très souvent à l’auteur de la faute caractérisée de ne pas avoir « anticipé les situations à risque ». De surcroit, les risques sont parfois tels que l’auteur ne peut prétendre les avoir ignorés, notamment surtout lorsque l’auteur a la qualité de professionnel : sa compétence lui imposait nécessairement de connaitre ces risques. La jurisprudence a néanmoins tendance à retenir de préférence, dans ces situations où il y a risque, la responsabilité pénale des personnes morales plutôt que celle des personnes physiques : article 121-3 exclue de toutes ces distinctions les personnes morales. La conséquence c’est, qu’alors même que l’organe ou le représentant de la personne morale (auteur indirect) ne commettrait qu’une faute simple et donc n’engagerait pas sa responsabilité pénale, la personne morale se voit tout de même imputer l’infraction car pas ces distinctions de l’article 121-3 imputables à la personne morale. Du coup, très souvent, le maire est relaxé mais la commune est condamnée. La jurisprudence actuelle fait même émerger une présomption d’imputation à la personne morale (Ch. Crim., 2006 et 2007) dès lors que l’accident trouve son origine dans un manquement à la sécurité, manquement découlant nécessairement d’un organe ou d’un représentant de la personne morale qu’il n’est même pas nécessaire d’identifier. Cette jurisprudence a même été confortée à la suite d’une décision de la Cour de cassation saisie d’une QPC qu’elle n’a pas jugé utile de renvoyer au Conseil constitutionnel : Ccass, QPC, 11 juin 2010 : la Cour de cassation a estimé que cette jurisprudence découlait d’une interprétation faite par la Cour des conditions de la responsabilité pénale des personnes morale, règles suffisamment claires sur lesquelles seule la Cour de cassation a un droit de regard.

2) Preuve
Qu’il s’agisse d’une faute simple ou qualifié, il convient de rappeler qu’il n’existe pas de présomption de faute d’imprudence. Elle doit donc être prouvée dans tous ses éléments par le Ministère public. Cette preuve n’est pas forcément facile à établir, notamment du fait des différentes fautes. On remarque très souvent que, finalement, cette preuve e déduira assez facilement lorsqu’il y aura violation d’une disposition légale ou règlementaire. Lorsqu’il ne s’agit que d’une faute simple, la jurisprudence conserve les solutions qu’elle avait dégagées sous l’empire de l’ancien Code pénal. Solutions qui consistaient à conclure à l’existence d’une faute du seul constat du résultat et de la causalité. La conséquence est qu’il est finalement bien difficile, en ce domaine, de démontrer que le bon père de famille aurait agi de même en pareils circonstances à moins de bénéficier de la force majeure.

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Un accident de la route provoqué par l’éclatement d’un pneu sur un véhicule parfaitement entretenu et sur une route normale. Les Juges ont estimé que, dans cette circonstance : l’éclatement d’un pneu est, par sa nature soudain et instantané provoquant la surspirse du conducteur est donc fondé à se prévaloir de la force majeure. Lorsque le conducteur avance une défaillance physique inconnue précédemment : la jurisprudence accepte la force majeur car imprévisible et irrésistible pour le conducteur.

Exonération également lorsqu’il y a faute de la victime constituant l’unique cause de dommage. Les Juges ont eu tendance à exonérer les responsables de toute responsabilité. A propos d’une attaque de chien : la victime est rentrée au domicile de propriétaire en escaladant le portail verrouillé malgré une pancarte avertissant la présence du chien et, de surcroit, avec à la main un objet d’allure agressive. Les Juges ont estimé que les responsables n’étaient pas responsable, ils « n’ont manqué à aucune précaution ».

II - La sanction de l’homicide par imprudence
Il y a une sanction qu’on pourrait appeler de droit commun s‘appliquant sans distinction à tout hypothèse d’homicide par imprudence. A côté de cette sanction de droit commun, il y a des sanctions spécifiques qui ont été mises en place par le législateur et qui ne s’appliqueront que pour des homicides par imprudence qui se rapportent à des circonstances particulières. C’est pour apporter une réponse à certains types de délinquance (accidents de la route, agressions par des chiens dangereux).

A) La sanction de droit commun
La peine principale, de base est de 3 ans d’emprisonnement et 45 000€ d’amende. Lorsqu’il y a eu une violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement, il y a une circonstance aggravante : la peine principale passe à 5 ans et 75 000€ d’amende. Critique qui consiste à rappeler que cette circonstance aggravante est contraire aux principes généraux du droit pénal, et notamment au principe qui veut que le même évènement ne peut pas être utilisé à la fois comme un élément constitutif et une circonstance aggravante d’un même évènement. Le législateur n’a que faire de ce principe général (loi de 2000). Toujours en vertu de ces principes généraux, il faut rappeler, à propos des concours d’infractions et de l’hypothèse dans laquelle l’imprudence constitue à la fois un homicide et une violation d’une obligation sanctionnée par une contravention (violation du Code de la route par exemple), la jurisprudence a retenu le prononcé d’une double culpabilité sur les deux infractions. S’agissant des peines complémentaires, elles sont prévues aux articles 221-8 et suivants et notamment, parmi ces peines complémentaires, il y a : - Les interdictions professionnelles - Interdictions de détention d’armes - Suspension ou annulation du permis de conduire - Obligations d’accomplir un stage, notamment de sensibilisation au danger des stupéfiants entre autres. - Peines d’affichage et diffusion de la décision. S’agissant des personnes morales, les peines sont prévues à l’article 221-7 : amende au quintuple et peines complémentaires habituelles. Sachant que ces personnes morales sont trè souvent condamnées de préférence aux personnes physiques.

B) Les sanctions particulières
Ce ne sont pas des circonstances aggravantes. Le législateur a plutôt voulu traiter de manière autonome certains comportements. Il n’a pas voulu les fondre dans les homicides par imprudence en général pour essayer de sensibiliser à un type de délinquance et il s’agit,

symboliquement, de la traiter à part en prévoyant des peines de base accrues par rapport à un homicide de droit commun et en prévoyant même des circonstances aggravantes autonomes.

1) La sanction en cas d’accident résultant de la conduite d’un véhicule terrestre à moteur
Article 221-6-1 : article créé par une loi de 2003 qui est l’une des lois sur la sécurité routière. Elle prévoit que « lorsque l’infraction est commise par le conducteur d’un VTM, la peine principale est de 5 ans et 75 000€ d’amende ». Cette peine peut être aggravée par des circonstances aggravantes spécifiques. - En présence de l’une de ces circonstances : 7 ans et 100 000€ d’amende. - Si 2 ou plus : 10 ans d’emprisonnement et 150 000€ d’amende. Ces circonstances aggravantes spécifiques sont : - Lorsqu’il y a violation manifestement délibérée d’une obligation particulière … autre que celles prévues ci-après. - Si le conducteur était en état d’ivresse ou s’il a refusé de se soumettre au dépistage. - Si le conducteur était sous l’empire de stupéfiants ou s’il a refusé de se soumettre au dépistage. - S’il n’était pas titulaire du permis (ou suspendu ou annulé) - Si excès de vitesse supérieur ou égal à 50 km/h - Si, sachant qu’il venait de causer un accident, il ne s’est pas arrêté et a tenté d’échapper à la responsabilité pénale ou civile : article 43410 : « fait pour tout conducteur d’un véhicule ou engin terrestre, fluvial ou maritime, sachant qu’il vient de causer ou d’occasionner un accident, de ne pas s’arrêter et de tenter ainsi d’échapper à la responsabilité pénale ou civile qu’il peut encourir ». L’élément matériel du délit de fuite suppose un accident corporel ou matériel causé par une personne qui conduisait un VTM, une bicyclette ou un bateau. Sont donc exclus les trains et aussi un cavalier. Il faut également une absence d’arrêt du conducteur. Autrement dit, l’arrêt doit être immédiat et volontaire sur le lieu de l’accident. S’agissant de l’élément moral, suppose : - Un dol général : refus de s’arrêter en connaissance de cause (conscience qu’il y a eu un accident). - Un dol spécial : la raison de l’absence d’arrêt. Ce dol spécial est que le refus d’arrêt doit être motivé par la volonté d’échapper à sa responsabilité. A contrario, si on ne s’arrête pas : - Car passager gravement blessé et on veut directement l’amener à l’hôpital : pas de délit de fuite. - Si l’arrêt représenterait un danger pour soi : pas de délit de fuite selon la jurisprudence. Un repentir actif tardif consistant, dans notre situation, à faire demi-tour pour revenir sur le lieu de l’accident ou consistant à aller directement à la gendarmerie est sans effet. On estimera dans ces cas-là que l’attitude de l’individu pourra jouer sur le prononcé de la peine. Cette infraction a une sanction spécifique (3 ans d’emprisonnement et 75 000€ d’amende) mais il est très fréquent qu’elle soit absorbée par une sanction plus grave, notamment en cas d’homicide par imprudence. Très souvent, cette infraction de délit de fuite se trouve en concours avec une autre qu’on appelle l’omission de porter secours. Infraction autonome : article 223-6 alinéa 2 : « quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnel, soit en provoquant un secours ». Dans le langage courant, on parle de délit de non-assistance à personne en danger. Elément matériel :

-

Il doit y avoir un péril concernant une personne (pas un bien) Il doit menacer l’intégrité physique (pas l’intégrité morale) Ce péril peut avoir une cause naturelle ou provenir de la maladie de la victime, d’une intention de suicide, Peut provenir d’un accident et donc découler d’une faute, y compris d’une faute de la victime. Si la victime commet une faute et se retrouve en situation de péril, celui qui a subit la faute de la victime devra secours. De même si la faute n’est même plus une faute d’imprudence.

Si faute intentionnelle à l’origine du péril. Est-ce qu’on peut retenir contre celui qui agresse intentionnellement une personne une omission de porter secours ensuite ? La jurisprudence n’est pas tranchée. La Cour de cassation a eu l’occasion de retenir cette qualification en plus de la qualification d’omission de porter secours car le résultat des violences peut rarement être prévu et, de ce fait, il peut arriver qu’elle dépasse la gravité prévue. Cela n’a aucune conséquence sur la peine mais double déclaration de culpabilité. Il faut que le péril soit immédiat ou instantané. Il n’y aurait pas d’infraction si le péril s’est déjà réalisé. Il n’y aurait pas non plus d’infraction si le péril est trop éloigné dans le temps : si le péril n’est qu’une simple vraisemblance, une simple probabilité. Mais il n’est pas néanmoins nécessaire d’attendre de voir si le dommage qui était redouté s’est finalement produit puisque la jurisprudence estime qu’il s’agit d’une infraction formelle, ce qui veut dire que l’auteur est punissable même si le péril ne s’est finalement pas réalisé. L’élément matériel suppose également une absence d’assistance (infraction d’omission). L’assistance peut prendre deux formes : - Action personnelle - Provocation des secours Il ne s’agit pas d’un véritable choix entre les deux formes puisque les Juges vont apprécier l’efficacité des moyens mis en œuvre et ils rechercheront celui qui était le plus adapté à la situation mais également aux moyens du secouriste. Cela veut donc dire que, parfois, le fait d’appeler les secours n’empêchera pas une condamnation sur cette infraction car jugé inefficace : Lorsque cela ne présente pas de danger et dès lors que le secouriste a manifestement les moyens d’agir, c’est l’action personnelle qui doit être privilégiée. L’élément moral nous indique que l’abstention doit être volontaire. Cela veut dire que c’est consciemment, en toute connaissance du péril que l’on refuse d’agir. Il faut que le péril soit donc suffisamment apparent. L’omission de porter secours est passible de 5 ans d’emprisonnement et 50 000€ d’amende. Concernant les peines complémentaires en cas d’homicide dans le cadre d’un accident de la route, elles s’ajoutent à celles de droit commun avec, en plus, - une suspension du permis pouvant aller jusqu’à 10 ans et sans sursis, - l’immobilisation du véhicule, l’interdiction de conduire des véhicules sans permis, - stage de sensibilisation à la sécurité routière - la LOPSI 2 du 14 mars 2011 renforce ces peines complémentaires en prévoyant une confiscation obligatoire du véhicule sauf décision spéciale motivée et interdiction de conduire un véhicule non équipé d’un dispositif anti-démarrage par éthylotest pendant 5 ans à l’issue de la suspension de permis. Problème particulier concernant la responsabilité pénale des personnes qui ont servi de l’alcool ou mis à la disposition d’individus de l’alcool en sachant qu’ils allaient reprendre le volant. Avant le nouveau Code, une jurisprudence ancienne retenait une complicité par aide ou assistance pour le délit de conduite en état d’ivresse. En revanche, s’il y a eu accident, s’il y a eu des victimes, il n’est pas possible de retenir une complicité s’il y a eu homicide ou violence par imprudence en cas d’accident de la route.

Depuis la loi de 2000 et la théorie de la causalité directe et indirecte, les juridictions retiennent la qualité d’auteur indirecte à la charge de celui qui a fourni l’alcool ou les stupéfiants car, par son comportement, il a contribué à créer la situation permettant la réalisation du dommage. Si c’est la victime qui a fourni l’alcool, tout de même auteur indirect car il n’a pas pris les précautions nécessaires pour empêcher le dommage. Ch. Crim., 2010 : Cour de cassation a retenu par deux fois la qualité d’auteur indirect à l’égard d’individu ayant fourni de l’alcool. Ch. Crim., décembre 2010 : auteur indirect car n’a pas empêcher la personne de reprendre son véhicule à la suite d’un repas arrosé.

2) La sanction résultant d’agressions commises par un chien
C’est lorsqu’on a un homicide non intentionnel découlant de l’agression d’un chien. Nouveau texte introduit par une loi de 2008. C’est l’article 221-6-2 qui prévoit la même peine de base que dans le cas précédent avec les mêmes cas d’aggravation. Le législateur a souhaité répondre à des comportements particulièrement irresponsables qui se sont multipliés de la part de propriétaires de chiens dangereux. Ch. Crim., une mère d’un enfant de deux mois a laissé sans surveillance son enfant avec son chien après avoir absorbé de l’alcool la laissant dans un sommeil profond en sachant que le chien était dangereux pour l’enfant. Cette peine principale subit des aggravations avec des circonstances aggravantes spécifiques. Globalement, ces circonstances s’entendent du non-respect d’obligations particulières incombant aux propriétaires de chiens dangereux : - Absence de déclaration du chien - Absence de stage - Absence de muselière ou de laisse - Absence de vaccination - Lorsque le propriétaire du chien est en état d’ivresse ou sous l’empire de stupéfiants. Les peines complémentaires sont identiques à celles de la sanction de droit commun. On peut dire que le législateur a, avec le Nouveau Code pénal, eu la volonté d’agir plus en amont pour prévenir de tels dommages en réprimant l’imprudence avant même qu’elle n’engendre une atteinte effective à la personne. Pour cela, il a créé une nouvelle infraction que l’on peut qualifier d’infraction de prévention : mise en danger d’autrui.

Section 2 : La prévention des atteintes non-intentionnelles à la personne
Sous l’ancien Code pénal, l’imprudence ne pouvait être réprimée que si elle engendrait un dommage. Or, le développement technique en général, les activités courantes ont fait naitre des comportements parfois excessivement imprudents, voir irresponsables susceptibles de causer de graves dommages et qui, en l’absence de résultat, ne pouvaient pas être saisis par le droit pénal. Notamment, on ne pouvait pas les saisir en invoquant la tentative car comportements imprudents, non intentionnels. Le nouveau Code pénal a pris en compte ces comportements qui traduisent un mépris inadmissible de la vie d’autrui. D’ailleurs, une infraction spécifique a été créée et on dit que cette infraction spécifique constitue même une des principales innovations majeures du nouveau Code. Les débats parlementaires ayant présidés à l’élaboration du nouveau Code envisageaient principalement deux domaines d’application pour cette nouvelle infraction : la sécurité du travail et la sécurité routière. Le législateur n’a pas voulu, initialement, tomber dans une répression systématique et punir tout comportement qui ne relevait que d’une contravention par un nouveau délit. En outre, cela aurait singulièrement encombré les juridictions correctionnelles. La conséquence est que le législateur a adopté un texte d’incrimination particulièrement complexe avec de multiples éléments constitutifs pour limiter les cas d’application de cette infraction. Il n’est pas arrivé néanmoins à

limiter l’application aux deux domaines envisagés puisque la jurisprudence montre des applications très diverses de cette infraction (en matière de pratique sportive, de pratiques médicales, dans les loisirs). Il serait possible de poursuivre sur ce fondement beaucoup plus souvent mais, en pratique, c’est que la mise en danger fait monter au Tribunal correctionnel et impose une procédure plus lourde que le traitement de simples contraventions, donc il y a peu de poursuite pour la mise en danger d’autrui. Il semble que le législateur veut assouplir les conditions de cette infraction : Proposition de loi déposée au Sénat en Janvier 2011 : On souhaiterait adoucir la condition de l’obligation violée (obligation de prudence ou de sécurité) et il serait admis que l’on ne fasse plus référence à cette obligation et l’on ne ferait référence seulement à un comportement imprudent qui aurait entrainé des conséquences graves pour autrui. Cette infraction est située dans un chapitre autonome consacrée à « La mise en danger de la personne » qui arrive juste après les chapitres consacrés aux atteintes à la vie et l’intégrité des personnes. Ce chapitre regroupe plusieurs infractions ayant toutes le même point commun : Réprimer des comportements à risque pour autrui. La mise en danger d’autrui est l’infraction générique, principale. L’introduction de cette infraction dans le nouveau Code correspond à l’émergence du principe de précaution. Ce principe de précaution fait, d’après certains auteurs, son entrée dans le CP avec modération car il est incompatible avec les règles pénales en général car il soulève la notion de risque hypothétique et cela veut dire qu’il y a une distance trop importante entre un comportement potentiellement dangereux et le résultat causé par ce comportement qui consiste en des atteintes difficilement mesurables qui ne correspond pas au résultat pénal habituel. Il faut donc qu’à minima le risque soit avéré et seul un risque avéré peut être pris en compte par le droit pénal. C’est ce que le législateur a tenté de faire avec l’infraction de mise en danger.

I - L’incrimination de mise en danger d’autrui
Cette incrimination se trouve à l’Art. 223-1 du CP : « La mise en danger d’autrui est le fait d’exposer directement autrui à un risque immédiat de mort ou de blessure de nature à entrainer une mutilation ou une infirmité permanente par la violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement (…). » Il y a une multitude de détails.

A) L’élément matériel de la mise en danger d’autrui
1) Les caractères de l’obligation violée
a) Obligation particulière de sécurité et de prudence Il s’agit d’une obligation qui a pour objectif de sauvegarder la vie ou l’intégrité physique des personnes.  C’est un manquement à une règle qui met en péril l’existence de la personne. /!\ Il ne s’agit pas des règles générales de prudence ou de sécurité qui renvoient à un devoir général nous incombant à tous c'est à dire le devoir général d’être prudent et diligent. Il s’agit d’une obligation particulière que l’on a coutume de définir, selon les termes du professeur Puech : Il s’agit d’une obligation qui impose un modèle de conduite circonstancié précisant exactement l’attitude à avoir dans une situation déterminée. Dans le Code de la route : Certaines obligations du Code de la route ne sont pas des obligations particulières telles que celle qui impose à tout conducteur d’être en état d’effectuer les manœuvres nécessaires qui est une obligation générale.

Les limitations de vitesse : La Cour de cassation ne se prononce pas sur la question de savoir si c’est une obligation particulière ou générale. S’agissant des limitations générales  Tendance à dire que c’est une obligation générale. - Mais les limitations de vitesse pour jeune conducteur, par temps de pluie, poids lourd constituent plutôt des obligations particulières. - Utiliser les feux de détresse en cas d’immobilisation du véhicule sur la chaussée : Obligation particulière. - Interdiction de conduire avec un téléphone : Obligation particulière. Dans le Code du travail : Travaux en hauteur Travaux dans des tranchées

L’activité médicale est par nature une activité à risque avec le Code de la déontologie et le Code de la santé publique. - Déontologie médicale : Plusieurs décisions montrent que les dispositions d’ordre déontologiques ne sont pas à priori particulières. Elles prescrivent au médecin des comportements généraux. - Code de la santé publique : Il contient une multitude d’obligations particulières. D’autres textes de nature réglementaires qui sont notamment les règles de bonnes pratiques cliniques et biologiques prescrivent des obligations particulières de prudence et de sécurité. b) Obligation imposée par la loi ou le règlement On parle du règlement au sens constitutionnel c'est à dire que cela va du décret jusqu’aux arrêtés ministériels, préfectoraux, municipaux. Il y a une multitude d’arrêtés municipaux ; Les arrêtés ministériels sont à la source des règles de bonne pratique dans le domaine médical. Sont exclues les obligations découlant des règlements intérieurs (d’entreprise, de copropriété) de même que les circulaires. Les obligations particulières peuvent aussi bien interdire que prescrire un comportement déterminé. L’infraction de mise en danger a alors une nature hybride car peut être une infraction de commission ou une infraction d’omission.

2) Les caractères du risque engendré
Professeur Rassa « Quand on étudie le risque dans la mise en danger d’autrui, on est en plein droit fiction ». C’’est du droit fiction car on va devoir évaluer un dommage qui ne s’est pas produit, qui est resté à l’état de probabilité. Un risque direct et immédiat : La violation de l’obligation entraine, en elle-même, une probabilité très importante d’accidents : C’est intrinsèque à ce comportement indépendamment de toute autre circonstance. Ex : On considère que traverser un carrefour non dégagé en grillant des feux rouges sans pouvoir avoir une vue d’ensemble c’est un comportement intrinsèquement créant un risque direct et immédiat. Rouler plus vite que la vitesse autorisée est-il créateur d’un risque direct et immédiat ? Non, les juges imposent de démontrer l’existence d’autres facteurs de risques tel les conditions de trafic, la météo, l’état du véhicule et du chauffeur. Ex : CA Paris, 1995 : A contrario, le fait de rouler à 180 km/h de nuit en ville en slalomant entre les véhicules constitue une mise en danger d’autrui. Il existe des contradictions dans cette jurisprudence. Cass. Crim, 11 Février 1998, l’affaire du Titanic : Un capitaine de navire de croisière a été condamné pour mise en danger de la vie d’autrui car il a laissé embarqué un nombre de passagers plus importants que le maximum autorisé et donc que le nombre de places sur les canaux de sauvetages.

La croisière s’est déroulée par beau temps mais au retour la police a constaté l’infraction. Le capitaine a essayé de se défendre en disant qu’il n’y avait pas eu de pb particulier, que les conditions météo étaient bonnes et bon état du navire. Les juges du fonds ont estimé qu’il y avait un risque immédiat de mort présent tout au long de la traversé en raison de la possibilité d’une avarie. Si le risque s’est réalisé, il ne s’agit plus de mise en danger. La mise en danger est une infraction formelle et se caractérise sans résultat, elle disparait si le risque se réalise et est remplacée par l’infraction matérielle correspondante : Soit homicide non intentionnel soit violences non intentionnelles et ces infractions seront aggravées par la violation de l’obligation particulière de prudence ou de sécurité. Sur une même victime on ne peut pas avoir de cumul : Mise en danger + Violences non intentionnelles. Parfois, il peut y avoir potentiellement plusieurs victimes : Une ayant subi le risque et les autres seulement exposés au risque : Là il peut y avoir cumul. Un risque causé à autrui : S’agissant du risque causé à autrui, il n’est pas nécessaire qu’autrui soit une personne identifiée ou identifiable car peu importe qu’un tiers ait été effectivement en danger au moment de la violation de l’obligation pourvu que ce tiers ait pu exister et que l’auteur de l’infraction n’est pas eu les moyens de savoir s’il existait ou non. Ex : - Pas de mise en danger si un conducteur peut s’assurer de l’absence de tout véhicule et de tout piéton au moment où il grille un feu rouge. - Mise en danger d’autrui pour des surfeurs hors-piste ayant déclenché une avalanche sans avoir la possibilité de savoir si des personnes étaient en contrebas. Ce sont les éléments matériels sur le terrain qui vont permettre de savoir s’il y avait une victime potentiel. Le risque de mort ou de blessures graves : C’est lorsque des conséquences graves peuvent survenir pour la personne c'est à dire lorsque son intégrité physique est particulièrement menacée soit la mort, soit une infirmité permanente ou une mutilation. Ce caractère du risque n’est pas souvent discuté en jurisprudence car l’ensemble des circonstances déjà mises en évidence permet de caractériser cette gravité.

B) L’élément moral
1) Contenu
L’Art. 223-1 du CP parle de violation manifestement délibérée. Dans les travaux préparatoires il a été mis en avant que l’adverbe « manifestement » est sans réelle incidence. Dans son élément moral, cette infraction est hybride car elle a un peu d’intention et beaucoup de non intention. Elle suppose chez l’auteur plus qu’une simple inattention ou négligence mais moins que l’intention de provoquer la mort ou les blessures. Il faut donc démontrer que c’est consciemment que la personne a décidé de ne pas respecter l’obligation et non par inadvertance. Ex : Accident de chasse sans dommage corporel mais dommage matériel. Un chasseur a été condamné pour mise en danger après avoir tiré sur un animal à moins de 150m d’une habitation, sa balle étant partie se loger dans la carrosserie du véhicule du propriétaire qui était garé dans le jardin où jouer les enfants. Les Juges du fonds l’ont condamné pour mise en danger d’autrui car un arrêté préfectoral précisait que l’on ne pouvait pas chasser en deçà d’une certaine distance des habitations. La Cour de cassation a censuré les Juges du fonds car elle a estimé qu’aucun élément moral n’était établi le tir ayant été fait à 7m de moins par rapport à la distance réglementaire, il ne s’est pas rendu compte qu’il violait l’arrêté.

Est-ce que cet agissement conscient doit également être appliqué pour ce qui concerne le risque ? Faut-il agir également avec l’intention de causer un risque ou seulement l’intention de violer l’obligation ? Cette infraction constitue un dol éventuel qui suppose seulement que l’auteur ait accepté la possible réalisation d’un dommage mais ne l’a aucunement souhaité, au contraire, il a espéré qu’il ne se produise pas. La jurisprudence se limite donc à la démonstration d’une intention limitée à la violation de l’obligation particulière de prudence ou de sécurité. Cette démonstration sera parfois difficile car elle relève du for intérieur.

2) Preuve
Mis à part les hypothèses où l’on aura un aveu de l’auteur de l’infraction, il n’y a pas de présomption possible, contrairement à ce qui est précisé par la circulaire d’application du nouveau CP. La circulaire précise que certains comportements supposeront, intrinsèquement, l’existence d’une faute délibérée. Elle met en avant plusieurs comportements types notamment de l’exemple du dépassement en haut d’une cote, sans visibilité et sur une ligne blanche ne peut être fait sans inattention (mais il suffit de chercher quelque chose dans la boite à gant pour créer une inattention  Pose des soucis). Tout comportement est nécessairement équivoque et la jurisprudence doit donc se référer : - Aux circonstances de fait, - Eventuellement à la réitération du comportement - Voire à la préméditation du comportement, - Aux témoignages - Et aux informations préalables données à l’auteur - Voire à la qualité de professionnel de l’auteur. Ex : Celui qui traverse une ville en grillant tous les feux rouge : On peut penser que ce n’est pas le fait d’une inattention. Ex : Une exploitante agricole qui a déjà été condamné pour les mêmes faits qui sont la divagation d’animaux car elle clôturait mal ses champs. Cela se reproduit sur une route mal éclairé de nuit, le conducteur meurt et l’autre l’évite. Homicide non intentionnel sur le 1er et mise en danger sur l’autre : Le fait qu’elle ait déjà été condamné prouve que c’est délibérément qu’elle a violait l’obligation. Ex : Lorsque des skieurs hors-piste franchissent des barrières de sécurité, des chaînes, des panneaux interdisant le ski hors-piste on estime que c’est en connaissance de cause. Ex : S’agissant de la qualité de professionnel : Le capitaine de navire avait les capacités et compétences, dans l’affaire du Titanic, pour se rendre compte que le nombre de passagers était trop important. Que se passe-t-il lorsque l’individu est en état d’ivresse ou sous l’effet de stupéfiants ? - Conducteur en état d’ivresse prenant l’autoroute à contresens : condamné pour mise en danger d’autrui. - Tribunal Correctionnel de Rochefort, 1997 : Conducteur d’un train ivre oubliant de s’arrêter en gare avec la complicité du contrôleur.  La théorie de la faute antérieure impose ici de ne pas prendre en compte l’absence de lucidité, la violation est bien délibérée.

II - La sanction de la mise en danger d’autrui
A) Peines principales et complémentaires
 Peine principal pour les personnes physiques : 1 an et 15 000€ d’amende.  Peines complémentaires prévues Art.223-18 CP : o Interdiction de possession d’arme o Interdiction d’exercice d’activités sociales ou professionnelles o Interdiction/ Annulation de permis de conduire ou de chasse o Stage de sensibilisation aux dangers des stupéfiants

o o

Stage de responsabilité parentale Affichage de la décision

Ex : 500€ d’amende pour chacun des skieurs hors-piste, publication dans un journal local et interdiction de se présenter dans tout domaine skiable pendant 1 an. La peine est illégale car il n’y a pas d’interdiction de séjour dans les peines complémentaires et l’interdiction de séjour ne concerne pas les loisirs.  Personnes morales : 15 000 x 5 € d’amende et peines complémentaires habituelles.

B) Particularités de la répression
1) La complicité
La mise en danger d’autrui est un comportement imprudent, on la classe parmi les infractions non intentionnelles, il n’y a pas de complicité dans les infractions non intentionnelles. Mais elle comporte tout de même un peu d’intention dans le caractère conscient de la violation de l’obligation. Si l’on regarde la circulaire d’application du nouveau CP, elle prévoyait la complicité notamment elle citait comme exemple le chef d’entreprise ordonnant çà son chauffeur de faire plus de livraison de son temps de conduite : Pour les rédacteurs le chef d’entreprise devait être condamné en tant que complice. La jurisprudence a fait sienne cette interprétation. Cass. Crim, 6 Juin 2000 : La Cour de cassation retient la complicité de mise en danger pour le Maire d’une commune qui avait ordonné à son chauffeur de ne pas respecter le Code de la rote pour pouvoir arriver à temps à la gare pour prendre son train. Complicité également pour le contrôleur du train qui s’était enivré avec le conducteur. On peut se demander : Ceux qui servent de l’alcool à des personnes reprenant le volant et arrêtés pour conduite en état d’ivresse sans avoir causé d’accident : peut-on les condamner pour complicité de mise en danger d’autrui ?

2) Le conflit de qualification
Il y a un fait unique qui peut violer plusieurs textes : - Obligation particulière : Contravention - Délit de mise en danger  C’est le concours idéal ou le cumul d’infraction. La circulaire considère que l’on peut prononcer une double déclaration de culpabilité. Il y a peu d’incidence sur la peine car généralement la contravention est moindre que l’amende prévue par la mise en danger. Cela n’a pas été tranché en jurisprudence : Les Juges du fonds sont divisés. Cette infraction permet de prévenir, de dissuader d’avoir des comportements imprudents : Homicide ou violences par imprudence.

Chapitre 4 : Les atteintes non-intentionnelles à l’intégrité physique et psychique des personnes

On parle de violences involontaires et également de coups et blessures par imprudence. Ces infractions sont multiples mais leurs éléments constitutifs sont très proches de l’infraction d’homicide par imprudence. Elles s’en distinguent par leur résultat moindre et donc par leur sanction moindre.

Section 1 : L’incrimination de violences non-intentionnelles
L’élément légal se trouve dans plusieurs articles. - Articles 222-19 et 222-20 - Articles R622-1, R625-2 et R625-3 Elles sont donc définies en fonction du résultat. Comme l’homicide par imprudence et comme les violences intentionnelles, le résultat est un élément constitutif à part entière qui va permettre la classification de ces violences. L’élément matériel : L’acte à l’origine de ces violences c’est, d’après les articles pré cités, la même liste que pour l’homicide non-intentionnel. On retrouve donc les termes de maladresse, d’imprudence, de négligence, d’inattention et également le manquement à une obligation de prudence et de sécurité imposée par la loi ou le règlement. La victime de ces violences doit être une tierce personne vivante. La causalité : La causalité entre le comportement et le dommage s’apprécie dans les mêmes conditions que celles de l’homicide non-intentionnel, c'est à dire par référence à l’article 121-3 et donc avec ce raisonnement en deux temps (causalité certaine, directe ou indirecte) avec les mêmes conséquences sur la nature de la faute. Il faudra démontrer que soit la faute simple d’imprudence est suffisante et qu’elle existe, soit démonstration d’une faute qualifiée. L’élément moral : Il s’agit donc ici d’établir une faute d’imprudence. Ce qui veut dire que l’acte qui en est à l’origine ne sera pas forcément involontaire mais son résultat, lui, n’aura pas été voulu ou recherché. C’est ce qui permet, en principe, de faire la différence avec les violences intentionnelles.

Section 2 : La sanction des violences non-intentionnelles
Comme dans l’homicide par imprudence, il y a deux catégories de sanctions - Sanction de droit commun - Sanctions particulières couvrant des domaines bien particuliers. Les personnes morales encourent les peines classiques, aussi quant aux peines principales (amende multipliée par 5) que quant aux peines complémentaires (article 131-39). Le Code pénal fixe un seuil de gravité qui n’est pas le même que pour les violences intentionnelles. Ce n’est plus 8 jours mais 3 mois : on l’a repoussé en raison, principalement, de l’absence d’intention qui fait que la sanction ne mérite d’être aggravée que si le dommage, les blessures sont importantes au point d’engendrer 3 mois d’ITT.

I - Violences non-intentionnelles engendrant une ITT supérieure à 3 mois
A) La sanction de droit commun
Article 222-19 : « la peine principale de base est de nature délictuelle et elle est de 2 ans d’emprisonnement et 30 000€ d’amende. Cette peine est aggravée en cas de violations manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité. La peine encourue est alors de 3 ans et 45 000€ d’amende ».

Lorsqu’une même faute d’imprudence entraine des blessures de gravités différentes pour les victimes, elles donnent lieu à autant de déclarations de culpabilité, qu’il s’agisse de violences délictuelles ou contraventionnelles. C’est le cas notamment lorsqu’il y a des sorties de route dans des compétitions automobiles (Ch. Crim., 2005). Pour les peines complémentaires, il s’agit des peines prévues aux articles 222-44 et suivants. En plus, la peine de l’article 222-46 qui prévoit la « peine d’affichage ou de diffusion de la décision ».

B) Les sanctions particulières
Ces sanctions particulières, on les retrouve dans le même domaine que pour l’homicide non intentionnel : articles 222-19-1 et 222-19-2 : c’est lorsque l’infraction a été commise à l’occasion de la conduite d’un VTM ou à la suite d’une agression commise par un chien. La peine principale de base est la même dans les deux cas : 3 ans et 45 000€ d’amende avec une aggravation selon les mêmes critères que l’homicide non intentionnel : - Une circonstance aggravante particulière : 5 ans et 75 000€ d’amende - Deux ou plus : 7 ans et 100 000€ d’amende. Concernant les peines complémentaires, ce sont les mêmes qu’en cas d’homicide nonintentionnel.

II - Violences non-intentionnelles engendrant une ITT inférieure ou égale à 3 mois
A) La sanction de droit commun
Article R625-2 : « une peine de base de nature contraventionnelle : contravention de 5ème classe : 1 500€ » avec comme peines complémentaires celles prévues à l’article R625-4 : - Suspension de permis - Interdiction de port d’arme - Confiscations d’arme ou de chose en lien avec l’infraction - TIG. Aggravation si violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité : article 222-20 : « un an d’emprisonnement et 15 000€ d’amende » et on retombe sur les peines complémentaires des articles 222-44 et suivants.

B) Les sanctions particulières
Articles 222-20-1 et 222-20-2 : lorsque cette infraction a été commise à l’occasion de la conduite d’un VTM ou à la suite d’une agression commise par un chien, la peine de base est délictuelle : 2 ans et 30 000€ d’amende. Aggravations spécifiques : - Une circonstance : 3 ans et 45 000€ d’amende - Deux ou plus : 5 ans et 75 000€ d’amende. Peines complémentaires précisées dans l’homicide non intentionnel.

III - Violences non-intentionnelles n’engendrant aucune ITT
Pas de sanction de droit commun ou de sanction spécifiques. Deux sanctions prévues : - Article R622-1 : « la peine de base est une contravention de 2ème classe (150€) avec comme peine complémentaire la confiscation de la chose ayant servi à l’infraction ». - Aggravation en cas de violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence et de sécurité : article R625-3 :

« contravention de 5ème classe ». Les peines complémentaires sont celles de l’article R625-4. Si ces infractions contre les personnes sont certes appréhendées de manière autonome par le Code pénal dans son Livre 2, elles doivent parfois être abordées dans le cadre du Livre 3 car elles sont parfois, en réalité, des infractions moyens pour commettre des infractions contre les biens qui sont, en réalité, les infractions fins.

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