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Cour de Cassation, Chambre criminelle, du 3 mai

1972, 71-90.134, Publié au bulletin

Résumé

condamnations prévues par l’article 6  du décret du


Le président-directeur général en titre d’une société 8 août 1935, s’est immiscé en fait dans les fonctions de
qui a aidé, assisté ou facilité les actes par lesquels un direction de la société, se rend complice de l’infraction
individu, frappé de l’incapacité de diriger, administrer commise par ledit individu.
ou gérer une société découlant d’une des

Chronologie de l'affaire

CA Grenoble CASS
25 novembre 1970 > Rejet
2 mai 1972

Sur la décision

Référence :Cass. crim., 3 mai 1972, n° 71-90.134, Bull. crim., N. 153 P. 383
Juridiction :Cour de cassation
Numéro(s) de pourvoi : 71-90134
Importance :Publié au bulletin
Publication :Bulletin Criminel Cour de Cassation Chambre criminelle N. 153 P. 383
Décision précédente :Cour d'appel de Grenoble, 26 novembre 1970
Identifiant Légifrance :JURITEXT000007056649

Sur les personnes

Président :PDT M. Rolland


Rapporteur :RPR M. Pucheus
Avocat général :AV.GEN. M. Boucheron
Parties :Cie Des Hauts-Fourneaux de Chasse

Texte intégral

9 janvier 1966 avait mis la societe dans la dependance


Rejet et amnistie sur le pourvoi x… (marcel), contre un exclusive de jacques x…, du fait que la survie de la
arret de la cour d’appel de grenoble du societe dependait de l’exportation de 3.000 tonnes par
26 novembre 1970 qui, pour abus de biens sociaux et mois ;
complicite d’infraction a la legislation sur
l’assainissement des professions commerciales, l’a Que les clauses du contrat presentaient un caractere
condamne a six mois d’emprisonnement avec sursis, leonin et que c’est par le biais de ce contrat que
2 000  francs d’amende et a des reparations civiles marcel x…, qui ne pouvait ignorer en le consentant
envers la compagnie des hauts-fourneaux de chasse, qu’il exposait l’actif de la societe des hauts-fourneaux
partie civile. La cour, vu les memoires produits en de chasse a des risques de pertes, a realise au profit
demande et en defense ; de jacques x… le detournement d’une partie de l’actif
social, se rendant ainsi coupable du delit d’abus de
Sur le premier moyen de cassation, pris de la violation biens sociaux ;
de l’article 15-6° de la loi du 24  juillet  1967, article
7  de la loi du 20  avril  1810, pour defaut et « alors que la cour a omis d’examiner si les clauses du
contradiction de motifs, manque de base legale, "en ce contrat incrimine n’etaient pas comparables a celles
que l’arret attaque a decide que le contrat du passees par l’ancienne direction pour ses ventes a
l’etranger, afin d’ecouler le surplus de sa production de tous les elements constitutifs du delit d’abus de
et si, etant donne la situation de la societe, ce contrat biens sociaux dont ils ont declare coupable x… marcel ;
n’etait pas le seul moyen pour elle d’eviter le risque
plus grand d’un arret brusque de sa production, et Qu’ainsi, loin de violer les textes vises aux moyens, ils
qu’il ne resulte pas des constations de l’arret que en ont, au contraire, fait l’exacte application ;
marcel x…, en signant le contrat, ait agi avec
D’ou il suit que le moyen ne saurait etre accueilli ;
l’intention frauduleuse de favoriser les interets de
jacques x… au detriment de la societe des hauts-
Sur le troisieme moyen de cassation, pris de la
fourneaux de chasse, dont il etait le president » ; violation de l’article 1382 du code civil, article 7 de la
Attendu qu’il appert des enonciations de l’arret loi du 20 avril 1810, pour defaut de motifs et manque
de base legale, "en ce que l’arret attaque a declare
attaque et de celles des jugements dont il a adopte les
motifs non contraires que, le 9 janvier 1966, la societe marcel x… responsable du dommage subi par la
societe a la suite du contrat du 9  janvier  1966  et l’a
anonyme denommee compagnie des hauts-fourneaux
condamne a payer la somme de 667.270,17  francs,
de chasse, representee par son president-directeur
general x… marcel, a consenti a la societe anonyme representant les sommes que jacques x… restait devoir
pour payement des livraisons, pour le motif que le
jacques x…, representee par x… jacques, un contrat
aux termes duquel la premiere de ces societes contrat constituant un abus de biens sociaux, le
demandeur devait repondre de toutes les
concedait a la seconde la representation exclusive de
ses productions a l’etranger ; consequences dommageables de ce contrat ;

Que, d’autre part, l’administrateur judiciaire n’est pas


Attendu que les juges du fond, apres avoir relate les
seulement un controleur, l’accord donne par lui aux
circonstances dans lesquelles x… jacques a pris le
controle de la compagnie des hauts-fourneaux de livraisons ne pouvait ni attenuer, ni faire disparaitre la
chasse et a fait nommer son cousin x… marcel responsabilite du directeur general de la societe, que
d’ailleurs il n’avait jamais approuve le contrat qu’il
president-directeur general et son epouse
administrateur de cette societe, constatent que ce avait finalement declare nul et non opposable a la
contrat, conclu clandestinement, contrairement aux masse, qu’enfin il avait tout mis en oeuvre pour limiter
prescriptions de l’article 40  de la loi du les dommages subis par la societe et prendre toutes
garanties utiles en vue d’assurer le payement des
24  juillet  1867, comportait des avantages
considerables pour la societe jacques x…, mais sommes dues ;
exposait, en revanche, la compagnie des hauts- « alors que marcel x… n’etait responsable que s’il
fourneaux a des risques de pertes qui se sont d’ailleurs existe un rapport de cause a effet entre le contrat et le
realises puisque, apres avoir ete declaree en
dommage et que celui-ci ne peut lui etre impute s’il est
reglement judiciaire le 19 fevrier 1966, cette derniere du aux decisions d’un tiers ;
firme a du cesser toute activite au mois de juillet
suivant et, qu’a cette date, la societe jacques x… lui Que le demandeur a fait valoir que le non-payement
etait redevable d’une somme totale de des sommes dues en execution du contrat avait pour
667.270,17  francs correspondant au montant des cause la decision prise par l’administrateur judiciaire
livraisons restees impayees ; de le considerer comme nul et non opposable a la
masse et d’en arreter l’execution – sans d’ailleurs faire
Attendu que les enonciations des juges du fond prononcer cette nullite en justice – decision prise alors
precisent encore que si la preuve n’a pas ete qu’il venait d’autoriser une livraison tres importante a
rapportee que x… marcel ait retire un profit
la societe anonyme jacques x… et que le non-payement
pecuniaire direct de ses agissements, il est constant, a, d’autre part, pour cause la carence de
cependant, qu’il avait un interet personnel a ce que la l’administrateur judiciaire qui, non seulement, n’a rien
societe controlee par son cousin x… jacques fut
fait pour poursuivre le debiteur, mais s’est abstenu, au
favorisee ; moment de la cession a agid des actions dont jacques
Que, non seulement, il etait, lui, marcel x…, le x… etait proprietaire par l’intermediaire de la societe
representant « du groupe x… », porte par ce groupe a dismob, d’exiger que la somme, due en payement de
la presidence du conseil d’administration des hauts- ces actions, soit cantonnee au profit de la societe des
hauts-fourneaux de chasse ;
fourneaux de chasse, mais encore que, du fait des
avances qu’il avait consenties a jacques x…, a un
« et alors que les motifs de l’arret sont trop vagues
moment ou celui-ci se trouvait en difficulte, il etait lie pour permettre a la cour de cassation d’exercer son
a son cousin par des interets financiers ; controle et de verifier si ces faits ont ete examines par
Attendu, enfin, que les juges du fond constatent que les juges du fond » ;
x… marcel, homme d’affaires qui se pretend averti, ne Attendu que, statuant sur les conclusions de la
pouvait pas ignorer, en soignant le contrat, qu’il
compagnie des hauts fourneaux de chasse, partie
exposait l’actif social des hauts-fourneaux a des civile, l’arret attaque a condamne le demandeur a
risques de pertes en raison de la disproportion entre payer a cette societe la somme de 667.270,17  francs,
les avantages accordes a la societe jacques x… et representant le montant des livraisons faites a la
l’interet qu’il pouvait presenter pour la societe
societe jacques x… demeurees impayees ;
concedante ;
Attendu qu’au soutien de leur decision, les juges du
Que sa mauvaise foi est donc etablie ;
fond enoncent que le fait generateur du prejudice subi
par la partie civile se trouve dans le contrat de
Attendu qu’en l’etat de ces constatations et
enonciations, les juges du fond ont releve l’existence representation exclusive concedee a la societe jacques
x…, cette concession constituant en elle-meme le delit
d’abus de biens sociaux dont les consequences Attendu qu’il appert de l’arret attaque qu’en raison du
dommageables pour la compagnie des hauts-fourneaux controle que lui assurait sur la societe la possession de
de chasse doivent etre reparees ; la majorite des actions et de la part preponderante
qu’il a prise dans les principales orientations de la
Que le demandeur ne peut se prevaloir, pour politique industrielle et commerciale de l’entreprise,
s’exonerer de sa responsabilite civile, de la x… jacques a exerce, en fait, sous le couvert de son
circonstance alleguee par lui que ce prejudice frere marcel, les fonctions de president-directeur
resulterait, non pas du delit lui-meme, mais de la general de la compagnie des hauts-fourneaux de
defaillance du debiteur, celle-ci etant la consequence chasse, alors que, du fait d’une condamnation
de la decision prise par l’administrateur au reglement contradictoire prononcee contre lui, le 28  juin  1965,
judiciaire d’arreter l’execution du contrat apres que, par le tribunal correctionnel de lyon, pour abus de
cependant, il ait donne son approbation a une derniere confiance, a six mois d’emprisonnement, il etait frappe
et importante livraison ; de plein droit, en vertu des articles 6 et 8 du decret-loi
du 8  aout  1935, de l’interdiction de diriger,
Attendu que, par ces enonciations qui etablissent que administrer ou gerer une societe a un titre
le prejudice invoque par la partie civile trouve
quelconque ;
directement sa source dans le delit d’abus de biens
sociaux dont le demandeur a ete declare coupable, la Qu’il s’est ainsi rendu coupable de l’infraction prevue
cour d’appel a justifie sa decision ; et reprimee par ces textes ;
Qu’ainsi le moyen ne saurait etre admis ; Que x… marcel qui l’a aide, par sa docilite, a exercer
de telles fonctions, s’est donc rendu lui-meme
Sur le deuxieme moyen de cassation, pris de la coupable de complicite de ce delit ;
violation de l’article 1 er de la loi du 30  aout  1947,
article 7  de la loi du 20  avril  1810, pour defaut et Attendu qu’en l’etat de ces constatations et
contradiction de motifs, manque de base legale, "en ce enonciations, la cour d’appel a donne une base legale
que l’arret attaque a decide que jacques x… avait a sa decision ;
exerce, avec la complicite de marcel x…, la profession
de directeur general de la societe des hauts-fourneaux Que le moyen doit donc etre ecarte ;
de chasse, et que, par suite, marcel x… avait ete
Et attendu que l’arret est regulier en la forme ;
complice de l’infraction a la legislation sur
l’assainissement des professions commerciales, pour le Rejette le pourvoi ;
motif que plusieurs faits precis demontraient
l’intervention directe de jacques x… dans la gestion de Et attendu que, par l’effet du present arret, les
l’affaire ; condamnations penales prononcees contre le
demandeur sont devenues definitives ;
« alors que l’exercice de la profession de president-
directeur general supposait la maitrise totale de Que les faits ayant ete commis anterieurement au
l’entreprise et l’intervention constante de jacques x… 20  juin  1969, elles entrent dans les previsions de
dans sa gestion, et que les faits retenus par l’arret ne l’article 8 de la loi du 30 juin 1969 ;
suffisent pas a demontrer que jacques x… avait assure
lui-meme la direction de l’affaire » ; Declare les infractions amnistiees.