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Proposition de corrigé de l’examen d’essai – UE 112 Droit des Sociétés – Session 2009 - Page 1 sur 5

I - Cas pratiques

1er Dossier :

1 - Problème juridique : Conditions pour être associé de SARL ?

Principe juridique :
Il n’est pas nécessaire que les associés aient la capacité de faire le commerce ; la capacité civile de jouissance
suffit et les personnes qui seraient frappées d’une interdiction d’exercer le commerce peuvent entrer dans une
SARL en tant qu’associé. Il n’y a pas de limite d’âge. Il n’y a pas de problème d’incompatibilité et un
fonctionnaire, ou une personne exerçant une profession libérale, peut être associé.

En l’espèce, toutes les personnes pressenties peuvent être associées de la SARL ; notamment il n’y aura pas
de problème d’incapacité pour D.MERAND, mineur qui sera représenté par ses parents, ni de problème
d’incompatibilité pour C.MERAND, fonctionnaire, car les associés de SARL n’ont pas le statut de
commerçant.

2 - Problème juridique : Conditions pour être gérant de SARL ?

Principe juridique :
Le gérant de SARL doit obligatoirement être une personne physique. La capacité civile suffit. Il n’y a pas de
limite d’âge. Il peut être choisi parmi les associés ou en dehors d’eux. Le nombre des gérants est librement
fixé par les statuts. En revanche, il ne doit pas y avoir d’empêchement à exercer un mandat de gérance :
incompatibilité avec statut de fonctionnaire ou avec l’exercice d’une profession libérale... ; interdiction de
gérer ; déchéance.

En l’espèce, A. MERAND peut être gérant car il respecte toutes les conditions. En revanche, C. MERAND
est frappée d’une incompatibilité car elle est fonctionnaire (intendante de lycée).

3 - Problème juridique : Conditions de cumul mandat de gérant et contrat de travail dans une SARL ?

Principe juridique :
Le cumul du mandat de gérant et de contrat de travail dans la même société en SARL est possible :
- si le contrat de travail correspond à un emploi effectif ;
- s’il y a une nette distinction entre le mandat social de gérance qui consiste à assurer la direction générale
et les fonctions techniques liées au contrat de travail ; la rémunération doit être séparée ;
- si l’intéressé est placé dans un état de subordination ; cela implique notamment qu’il ne soit pas associé
majoritaire.

En cas de gérance collégiale, le caractère majoritaire s’apprécie en prenant en compte des parts sociales
détenues par tous les gérants.

En l’espèce, A. MERAND pourra cumuler son mandat de gérance avec un contrat de travail car les
conditions semblent a priori pouvoir être respectées. Concernant notamment la dernière condition, il sera
bien gérant minoritaire car il détiendra 15 000 euros du capital social qui doit a priori s’élever à 61 000
euros ; en effet, la gérance ne peut pas être collégiale, du moins avec C. MERAND (confère 2°).

4 - Problème juridique : Nature juridique des apports effectués par R. ARMAND ?

Principe juridique :
Un apport doit être effectué obligatoirement par chacun des associés. Les apports peuvent être effectués en
numéraire, en nature (bien meuble corporel ou incorporel, bien immeuble) ou encore en industrie (les statuts
prévoient alors les modalités de ces apports). En cas d’apport en nature, l’apport peut se faire en propriété ou
en jouissance.

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L’apport ne doit pas être fictif et doit procurer à la société un bien représentant une valeur certaine. Un
apport fictif est celui qui est dénué de toute valeur réelle ou dont la valeur est dérisoire. Un apport fictif est
nul et peut entraîner la nullité de la société (sauf pour les SARL et les sociétés par actions). Pour déterminer
si un apport est ou non fictif, il faut se placer au moment de la constitution de la société. Il convient de
distinguer le caractère fictif d’un apport de la surévaluation exagérée d’apport.

Concernant l’apport en nature, l’intervention d’un commissaire aux apports est obligatoire :
- si l’apport en nature a une valeur supérieure à 7 500 euros,
- et si de plus la valeur totale des apports en nature excède la moitié du capital social.
Lorsque ces deux conditions ne sont pas réunies, le recours à un commissaire aux apports est facultatif.
Dans tous les cas, les associés ne sont pas tenus de suivre l’évaluation du commissaire aux apports. S’ils ne
suivent pas sa proposition, ils seront pendant 5 ans solidairement responsables à l’égard des tiers de la valeur
qu’ils ont attribuée.

En l’espèce, R. ARMAND doit d’une part effectuer un apport en numéraire d’un montant de 5 000 euros.
D’autre part, il veut effectuer l’apport d’un brevet, qui constitue un apport en nature d’un bien meuble
incorporel ; cependant le brevet est périmé car au bout de 20 ans, un brevet tombe dans le domaine public
(confère annexe) ; en conséquence cet apport serait fictif et donc frappé de nullité ; en revanche il
n’entraînerait pas de risque de nullité de la société car il s’agit d’une SARL.

5 - Problème juridique : Validité clause renonciation à dividende ?

Principe juridique :
Une clause privant un associé de tout droit aux bénéfices (dividendes) ou exonérant un associé de toute
obligation aux pertes constitue une clause léonine réputée non écrite : la clause léonine n’est pas frappée de
nullité et il n’est donc pas nécessaire de saisir la justice pour faire constater la nullité ; en effet, elle est
simplement réputée non écrite c’est-à-dire qu’elle est considérée comme n’étant pas transcrite dans les
statuts.

En l’espèce, la clause privant A. MERAND de ses droits à dividendes serait une clause léonine réputée non
écrite.

2ème Dossier :

1 - Problème juridique : Pouvoirs des gérants dans leurs rapports avec les associés ?

Principe juridique :
Les statuts peuvent déterminer les pouvoirs des gérants et peuvent les limiter notamment en imposant que les
actes passés par le gérant pour le compte de la société soient, à partir d’un certain montant, autorisés par les
associés.
Si les statuts ne comportent aucune disposition statutaire, les gérants peuvent accomplir les actes de gestion
dans l’intérêt de la société.
Si le gérant outrepasse ses pouvoirs, en ne respectant pas une clause limitative des statuts, ou encore si l’acte
est contraire à l’intérêt de la société, le gérant engage sa responsabilité à l’égard de la société et des associés :
réparation du préjudice (dommages-intérêts), révocation pour juste motif.
En cas de pluralité de gérants, si les statuts n’ont rien prévu, chaque gérant peut agir comme s’il était seul et
il y a responsabilité solidaire (sauf veto opposé par un gérant à un acte passé par un autre gérant).

En l’espèce, une clause prévoit que tout acte engageant la SNC pour un montant égal ou supérieur à 5 000
euros, doit être autorisé à la majorité des associés. L’acte passé par madame LAURENT dépassant cette
limitation statutaire, elle aurait dû consulter ses co-associés : en conséquence, madame LAURENT engage sa
responsabilité civile en cas de préjudice ; de plus, elle pourrait faire l’objet d’une révocation pour juste motif.

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De même, l’acte passé par monsieur LAURENT n’étant pas accompli dans l’intérêt de la société (il ne
semble présenter aucune utilité pour la société), monsieur LAURENT a également outrepassé ses pouvoirs,
ce qui constitue une faute de gestion susceptible d’engager sa responsabilité civile en cas de préjudice et
pouvant entraîner sa révocation pour juste motif.

Enfin, les statuts n’ayant rien prévu quant à une répartition des pouvoirs entre les gérants, chacun d’entre eux
pourra être poursuivi pour le tout en cas de préjudice (responsabilité solidaire).

2 - Problème juridique : Validité à l’égard des tiers des actes passés par les gérants ?

Principe juridique :
Le gérant engage la SNC à l’égard des tiers par les actes qui entrent dans l’objet social. Le contrat passé en
dehors de l’objet social est nul et la société n’est pas engagée. Les clauses statutaires limitant les pouvoirs du
gérant sont inopposables aux tiers.
En cas de pluralité de gérants, ceux-ci peuvent séparément engager la société par les actes entrant dans
l’objet social. Même si un gérant s’oppose à un acte passé par un autre gérant, cette opposition est sans effet
à l’égard des tiers, à moins de prouver que ceux-ci ont eu connaissance de cette opposition.

En l’espèce, l’acte passé par la gérante madame LAURENT entre dans l’objet social et il engage la SNC qui
devra donc régler les 6 000 euros même si le montant dépasse la limite statutaire.
En revanche, l’acte passé par le gérant monsieur LAURENT n’entrant pas dans la limite de l’objet social
(acquisition d’un lot de vêtements de sport pour homme), la SNC n’est pas engagée.

3 - Problème juridique : Quelles sont les conditions de la cession de parts sociales de SNC ?

Principe juridique :
Les parts sociales de SNC ne peuvent être cédées qu’avec l’accord unanime de tous les associés. Toute
clause contraire est réputée non écrite. L’associé cédant prend part au vote.
En cas de refus d’agrément du cessionnaire, l’associé cédant ne peut pas effectuer la cession et il reste
prisonnier de ses titres car les associés ne sont pas tenus de racheter les parts ou de les faire racheter par la
SNC. La cession doit être constatée par écrit. La cession doit être notifiée à la SNC par signification par acte
d’huissier ou par acceptation de la société dans un acte authentique ou encore par le dépôt d’un original de
l’acte de cession au siège social contre remise d’une attestation par le gérant. Enfin, la cession doit faire
l’objet d’une publicité au RCS. Si la cession entraîne le départ d’un associé et l’entrée d’un nouvel associé,
il faut de plus une insertion dans un JAL, une inscription modificative au RCS et une insertion au BODACC.

En l’espèce, les formalités ci-dessus doivent être respectées. La clause des statuts prévoyant la cession des
parts à la majorité simple est réputée non écrite et la cession ne pourra pas se faire si monsieur LAURENT
persiste dans son opposition à la cession.

4 - Problème juridique : Quelle est l’étendue de l’obligation au passif du cessionnaire ?

Principe juridique :
Le cessionnaire répond des dettes sociales existant au moment de son entrée dans la SNC et pas seulement
du passif postérieur à la cession.
Le cessionnaire peut demander au cédant l’insertion d’une clause de « garantie de passif » par laquelle le
cédant d’une part certifie l’exactitude du bilan ayant permis de fixer le prix de cession des parts sociales, et
d’autre part s’engage à prendre à sa charge le passif inconnu lors de la cession et qui apparaîtrait
ultérieurement.

En l’espèce, à défaut de clause de garantie de passif, monsieur BERTON sera tenu de la totalité du passif
éventuel de la SNC tant antérieur que postérieur à son entrée dans la SNC.

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5 - Problème juridique : A quelles conditions doit-il y avoir un commissaire aux comptes dans une SNC ?

Principe juridique :
La SNC n’est pas tenue de faire contrôler sa gestion par un CAC titulaire et un CAC suppléant sauf lorsque,
à la clôture d’un exercice, elle dépasse deux des trois seuils réglementaires suivants :
- total du bilan : 1,55 million d’euros
- CAHT : 3,1 million d’euros
- Effectif : 50 salariés.

Cette obligation disparaît si la SNC ne répond plus à ces conditions à la clôture des deux exercices précédant
l’expiration du mandant du CAC (6 ans).
Une clause des statuts peut prévoir la désignation obligatoire d’un CAC.

En l’espèce, s’agissant d’une très petite entreprise dont l’effectif est de 2 salariés et le CAHT est de 155 000
euros, il n’y a aucune obligation légale à nommer un CAC dans la SNC TITOM.

3ème Dossier :

1 - Problème juridique : Procédure des conventions réglementées ?

Principe juridique :
Les conventions réglementées doivent respecter une procédure d’autorisation :
- information du conseil d’administration par l’intéressé ;
- demande d’autorisation préalable au CA, l’intéressé ne prenant pas part au vote s’il est membre du CA ;
- avis au CAC par le président du CA ;
- rapport spécial du CAC ;
- vote de l’AGO ; l’intéressé, s’il est actionnaire, ne participe pas au vote et ses actions ne sont pas prises
en compte pour le calcul du quorum et de la majorité.

En cas d’absence de consultation du CA (ou si la convention est conclue malgré un refus), la nullité de la
convention peut être demandée au tribunal pendant 3 ans si la convention a des conséquences dommageables
pour la société. Cette nullité peut cependant être couverte par un vote ultérieur de l’assemblée générale.

En l’espèce, le contrat de bail est une convention réglementée et la procédure d’autorisation a été respectée.
En revanche, en ce qui concerne l’avenant au contrat de bail, la procédure d’autorisation n’a pas été
respectée car la simple information des actionnaires lors de l’AGO annuelle ne suffit pas à couvrir la nullité
d’une convention réglementée (confère Cassation commerciale 25 mars 2003).

2 - Problème juridique : A quelles conditions y a-t-il convention réglementée ?

Principe juridique :
Les conventions réglementées sont les conventions qui ne sont ni libres (c’est-à-dire portant sur des
opérations courantes conclues à des conditions normales) ni interdites.
Sont visées les conventions intervenant directement ou par personne interposée entre la SA et un de ses
dirigeants, ou un de ses actionnaires détenant plus de 10 % du capital social, ou encore une entreprise dans
laquelle un dirigeant de la SA concernée par la convention est également propriétaire ou associé indéfiniment
responsable, ou encore dirigeant. Dans ce cas, la procédure rappelée dans le principe de la réponse à la
question n° 1 du dossier n° 3 doit être respectée.

En l’espèce, la convention portant sur une concession de marque étant passée entre la SA CHAT-BLOG et
une SARL dont monsieur CHATTARD est non seulement associé mais gérant, constitue une convention
réglementée. Monsieur CHATTARD devra donc respecter la procédure d’autorisation des conventions
réglementées.

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3 - Problème juridique : Conditions pour être à la fois salarié et administrateur dans une SA ?

Principe juridique :
Pour pouvoir être administrateur un certain nombre de conditions doivent être respectées et notamment :
capacité civile, pas d’incompatibilité ni d’interdiction, ni de déchéance, ne pas avoir atteint la limite d’âge
statutaire ou légale (1/3 maximum des administrateurs peut avoir dépassé l’âge de 70 ans).
De plus, les statuts peuvent exiger que l’administrateur soit actionnaire de la SA et possède un nombre
minimal d’actions (depuis le 1er janvier 2009).
Enfin, le cumul de la qualité de salarié avec celle d’administrateur est possible si le contrat de travail est
antérieur à la nomination en tant qu’administrateur.
De plus, le contrat de travail doit correspondre à un emploi effectif, distinct, et il doit exister un état de
subordination ; enfin, le nombre d’administrateurs liés à la société par un contrat de travail ne doit pas
dépasser le tiers des administrateurs.

Lorsqu’à la suite d’une démission, ou d’un décès …., le nombre d’administrateurs est devenu inférieur au
minimum légal de 3, la cooptation est interdite et il faut convoquer immédiatement l’AGO en vue de
procéder à la désignation d’un nouvel administrateur.

En l’espèce, monsieur CHATTARD pourra effectivement proposer monsieur KARRIER comme


administrateur à condition :

- que le nombre d’administrateurs titulaires d’un contrat de travail ne dépasse pas le 1/3 des
administrateurs, ce qui sera le cas si monsieur BARING démissionne de son poste de DRH ;
- qu’une AGO soit convoquée et procède à sa nomination en tant qu’administrateur.

4 - Problème juridique : Effets de la démission en tant que salarié sur le statut d’administrateur ? Règles de
cumul ?

Principe juridique :
En cas de rupture du contrat de travail (licenciement, démission …), l’administrateur conserve son mandat
social.
Par ailleurs, en principe une personne physique ne peut pas appartenir simultanément à plus de 5 conseils
d’administration ou de surveillance de SA ayant leur siège sur le territoire français. En cas de non respect de
cette règle de cumul, la personne doit se démettre de l’un de ses mandats dans les 3 mois de sa nomination ;
si elle ne le fait pas, elle sera réputée démissionnaire d’office.

En l’espèce, monsieur BARING peut démissionner de son poste de DRH tout en conservant son siège
d’administrateur. Par ailleurs, en étant également dirigeant dans trois autres SA, il respectera les règles de
cumul de mandat puisqu’il occupera 4 sièges alors que 5 sont autorisés.

II - Q.C.M.

1) d ; 2) b ; 3) b ; 4) c ; 5) d ; 6) d ; 7) b ; 8) a ; 9) a ; 10) b ; 11) c ; 12) b