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Exposé Science Po BERTRAND-TROUVÉ Maguelone

CARAYON Marianne
HE Fei

ACTEURS DE LA POLITIQUE INTERNATIONALE


Séance n°1 : L’État dans le système international

Introduction

« J’appelle système international l’ensemble constitué par des unités politiques qui
entretiennent les unes avec les autres des relations régulières et qui sont susceptibles
d’être impliquées dans une guerre générale ». Cette définition de Raymond ARON, politologue
français, de 1962 correspond à une définition classique du système international.

En effet, dans cette conception il apparaît clairement que c’est l’État-nation qui est la base du
système international, du fait qu’il est le seul à pouvoir mettre en œuvre une certaine diplomatie
avec les autres États, ce que Raymond ARON appelle les « relations régulières », et à déclencher
ou s’engager dans une guerre. En effet, un État-nation est un concept politique où l’État, le
territoire et le pouvoir institutionnel coïncident avec une nation, une population qui aurait un même
socle ethnique et culturel, et la diplomatie est une conduite de négociation ou reconnaissance
entre des personnes, des groupes ou des nations. Ainsi, si l’État n’était pas rattaché à une nation,
il ne pourrait pas avoir de relations diplomatiques. Quant à la guerre, elle se définit comme une
lutte armée entre États, montrant là encore que seul l’État correspond à l’ « unité politique » dont
parle Raymond ARON.
Cette approche n’est pas inédite. En effet, elle s’inspire de CLAUSEWITZ qui, dans son œuvre De
la guerre, exprime le fait que « la guerre est la politique continuée par d’autres moyens », et
par conséquent cantonne la politique au seul exercice qu’un État peut en faire. C’est une théorie
que beaucoup d’auteurs partagent, notamment Robert KEOHANE qui déclare que « la théorie
institutionnaliste suppose que les États sont les principaux acteurs de la scène
internationale et qu’ils agissent en fonction de leurs intérêts », en mettant en avant le rôle des
institutions internationales.
Ainsi, pour bon nombre d’auteurs d’inspiration réaliste, l’État est au cœur même du système
international.
En effet, si l’État peut connaître différentes définitions selon la nature de l’observateur, il n’en reste
pas moins qu’il est aujourd’hui la forme la plus aboutie que prennent les sociétés. De plus, ces
éléments constitutifs sont unanimement établis comme étant un pouvoir souverain, un territoire,
une population et la reconnaissance des autres États.
Ainsi, le sociologue va voir dans l’État une société politique qui résulte du fait qu’une collectivité
humaine s’est fixée sur un territoire déterminé, cette collectivité étant relativement homogène et
régie par un pouvoir institutionnel qui détient le monopole de la contrainte organisée, notamment
celui de la force armée.
Le juriste verra l’État comme une personne morale titulaire de la souveraineté, c’est-à-dire le
caractère suprême du pouvoir étatique qui est un droit originaire et suprême, en ce sens qu’il ne
dérive d’aucun autre droit et qu’il n’a pas d’égal dans l’ordre interne, ni de supérieur dans l’ordre
international.
Mais l’État peut également désigner l’ensemble des organes politiques, autrement dit les
gouvernants, par opposition aux gouvernés.
Enfin, depuis la création de concept d’État, un bon nombre d’auteurs ont eu l’occasion d’exprimer
leur conception de l’État. Ainsi, pour Karl MARX c’est un appareil oppressif au service de la classe
dominante, c’est-à-dire un instrument de la bourgeoisie en vue de l’exploitation du prolétariat. C’est
pourquoi l’instauration d’une société sans classes doit entraîner le dépérissement de l’État alors
que, pour HEGEL, l’État est la plus haute réalisation de l’idée divine sur terre. En effet, il le
considère comme la forme suprême de l’existence sociale et le produit final de l’évolution de
l’humanité, il revêt donc une réalité spirituelle.

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Ces deux exemples ne sont qu’une infime démonstration de l’hétérogénéité des points de vue qui
peuvent exister quant à la conception de l’État, État qui donc est le seul à pouvoir faire partie du
système politique selon Raymond ARON.
Mais Les théoriciens, qu’ils soient politologues, géographes, économiste ou juristes, ont des
conceptions très différentes de celui-ci. En effet, le système politique est surtout utilisé en théorie
des relations internationales, en géopolitique et en droit international pour désigner, principalement
les relations entretenues par les divers États entre eux qui sont, pour Mohammad-Reza DJALILI
et Philippe BRAILLARD, des acteurs privilégiés. Ces relations étant très changeantes au cours
de l’Histoire, cette dernière a vu de nombreux « systèmes internationaux » défiler, comme le
système de Westphalie après la guerre de Trente ans, un système bipolaire lors de la guerre
froide, ou depuis celle-ci un système multipolaire.

Ainsi, on remarque que le concept de système international émerge à la suite des traités de
Westphalie. En effet, ces traités sont la première forme de diplomatie que le monde ait connue.
Pour la première fois, les grands États d’Europe se retrouvent autour d’une table de négociation,
tout cela dans le respect de la souveraineté de chaque État. C’est ce qui définira, et définis encore
les relations internationales.
Trois traités de paix furent signés en 1648. Le premier fut la Paix de Münster, signé le 30 janvier
1648 entre l’Empire espagnol et les Provinces Unies, mettant ainsi fin à la guerre de Quatre-Vingts
Ans.
Le traité de Münster fut signé entre l’Empereur du Saint-Empire romain germanique et la France,
ainsi qu’entre leurs alliés respectifs. Il fut signé le 24 octobre 1648, tout comme le traité
d’Osnabrück, signé entre l’Empereur du Saint-Empire romain germanique et l’Empire suédois. Ces
deux derniers traités mettent fin à la guerre de Trente Ans, premier grand conflit des temps
modernes, qui opposa les grands États d’Europe de 1618 à 1648. Ce sont ces deux traités qui
vont marquer le début de l’ère westphalienne.
En effet, outre le fait qu’ils attribuent un certain nombre de territoire au Royaume de France et au
Royaume de Suède, laissant l’Allemagne dans une situation d’émiettement tel qu’elle n’aura plus
de rôle politique jusqu’à l’arrivée de BISMARCK, les traités de Westphalie vont également
introduire un certain nombre de concepts directeurs des relations internationales comme l’équilibre
des puissances, aucun État n’est supérieur à un autre, l’inviolabilité de la souveraineté nationale
comme dit précédemment, et le principe de non-ingérence dans les affaires d’autrui. Va donc
apparaître l’État moderne avec des frontières biens délimitées et respectées.
Ces concepts vont faire de la souveraineté absolue un principe fondamental de l’État en droit
international. De plus, c’est de ces concepts que l’idée de Nation va naître, du fait de
l’indépendance de chaque État sur son territoire.
On voit donc apparaître avec Westphalie la conception classique que l’on a des relations
internationales. C’est pourquoi on va parler de système westphalien.
Mais ce système va être mis à mal au fil de l’Histoire, et c’est finalement tout le système
international qui avait été mis en place à l’aune de ces traités qui va s’effondrer après la Seconde
Guerre Mondiale, avec l’avènement d’un nouveau monde du fait de la guerre froide : un monde
bipolaire.
En effet, après la Seconde Guerre Mondiale, l’Europe est affaiblit, et les deux grands gagnants de
la guerre vont se trouver être les États-Unis d’Amérique et l’Union des Républiques socialistes
soviétiques (URSS). On est alors face à deux superpuissances, nouveau concept né de la
puissance et du rayonnement des deux États. Ces superpuissances se caractérisent, pour
Philippe BRAILLARD et Mohammad-Reza DJALILI, par la capacité de destruction massive et
planétaire avec l’arme nucléaire, par le fait d’être potentiellement concernées par tout évènement
se produisant sur n’importe quel point du globe, et enfin, le fait d’être invincibles, hormis face à
l’autre superpuissance. On est donc bien face à un système dit bipolaire, rien n’est supérieur aux
deux puissances, et rien ne peut être fait sans qu’elles en soient affectées.
Les enjeux sont clairs, et chacun doit choisir son camp, bien que les nouveaux États décolonisés,
dit le tiers monde, eux se veulent neutres avec leur politique de non alignement sur les blocs.

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Mais ces États ne vont pas être assez puissants face aux superpuissances du fait de leur
désunion, et leur politique va donc échouer.
La chute du mur de Berlin en 1989, qui entraînera la chute de l’URSS en 1991, et donc laissera les
États-Unis comme seule superpuissance, va faire tomber ce système et la vision bipolaire que l’on
avait du monde. La chute de l’une des deux superpuissances rend sa rivale obsolète. Sans un
ennemi à sa hauteur, la superpuissance est fragile et instable, car la puissance se trouve dans la
puissance.
La guerre froide permettait un équilibre des forces. Ainsi, toute l’intervention des États-Unis se
retrouve injustifiée, moins soutenue, et plus contestée du fait de sa difficulté à faire face aux
nouveaux défis.
Avec l’effondrement de l’URSS, le reste du monde peut se développer, sans être sous l’ombre d’un
des deux blocs. On va alors voir se développer un monde multipolaire, avec des États qualifiés de
puissances, du fait de leur capacité à avoir un impact sur la scène internationale, mais pas de
superpuissances. Désormais, la puissance ne va plus être mesurée en terme de capacité à faire
ou non la guerre, mais en terme de capacité à imposer son idée aux autres acteurs du système
internationale.
Mais le XXème siècle et ses guerres mondiales n’ont pas eu pour seul effet de redéfinir la
conception de système international. Il va aussi voir apparaître sur la scène internationale des
intervenants, autres que des États.
Avec les traités de Westphalie, il était clair que du fait de leur indépendance et de l’égalité de leurs
puissances, les États étaient les seuls acteurs de la politique internationale. C’est ce qui a été
observé à la suite des traités. Cependant, les deux guerres mondiales du XXème siècle, et la
mondialisation qui va s’en suivre vont considérablement modifier les règles des relations
internationales telles qu’on les connaissait jusqu’alors.

Tout d’abord, à la suite des horreurs vues pendant les guerres mondiales, les États vont vouloir
s’unir, afin que de tels conflits ne se reproduisent pas. C’est ainsi que l’on voit d’abord apparaître la
Société des Nations (SDN), qui laissera sa place à l’Organisation des Nations Unies (ONU), mais
également l’Union Européenne. Si la Société des Nations souffrait du fait que les États voulaient
rester totalement indépendants et donc n’avaient que faire de ce que pouvait décider la SDN,
l’ONU elle connaîtra une volonté de la part des États de se soumettre aux décisions de
l’organisation. En ce sens, l’ONU peut alors apparaître comme un nouvel acteur des relations
internationales, tout comme l’Union Européenne à qui les États vont petit à petit lui accorder des
compétences dont ils se défont.
Cette union des États se fait autour du commerce du charbon et de l’acier en Europe, mais elle se
fait plus globalement au niveau du marché à l’échelle internationale. Après la Seconde Guerre
Mondiale, se développe rapidement le phénomène de mondialisation.
C’est cette mondialisation qui va transformer en grande partie le système international classique.
En effet, un certain nombre d’acteurs vont se développer, à tel point que la question se posera de
les considérer comme de nouveaux acteurs des relations internationales. Ainsi, dans le
développement du marché, les firmes transnationales vont prendre une importance capitale. Mais
Marcel MERLE ne va pas considérer ces firmes comme des acteurs des relations internationales,
ou du moins il va considérer qu’il est possible de ne pas les compter comme des acteurs de
premier plan. En effet, il va considérer qu’il est possible de voir les firmes transnationales comme
des acteurs de second plan, qui n’ont pas la possibilité d’agir contre les initiatives
gouvernementales. Il indique que l’on peut également choisir de les voir comme de simples
instruments, de simples outils dans les mains des États qui peuvent les utiliser dans leurs
stratégies.
Mais la mondialisation a également permis le développement des moyens de communication qui
vont rendre l’individu capable d’agir avec plus d’impact sur le monde qui l’entoure, voire au-delà de
ce qui l’entoure, notamment par le biais des ONG pour ce qui est des actions légitimes, mais
également au niveau du terrorisme ou des guérillas.
Cette multiplication des acteurs aurait tendance à concurrencer l’État.
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En effet, si d’autres acteurs apparaissent, c’est que l’État n’a pas su réagir. C’est alors que les
organisations gouvernementales constituées tout d’abord dans un souci de paix, vont apparaître
comme un moyen de s’imposer sur la scène internationale.
Ainsi, l’ordre purement étatique que nous connaissions jusque-là tend à évoluer dans le cadre des
organisations internationales comme l’ONU, voire des organisations supranationales comme
l’Union Européenne. On assisterait alors à une double réduction de l’État. D’autant plus qu’au plan
interne, il y aurait une multiplication des centres de pouvoir.
Il y a donc concurrence pour l’État tant au niveau interne qu’au niveau externe, où les marges de
décisions et la souveraineté des États se voient mis à mal par le souci de structuration de la
coopération et de nécessité d’assurer la sécurité.

Ce sont toutefois des dynamiques à nuancer, et il est nécessaire de s’interroger sur la


réalité de cette « crise de l’État ». Ainsi, dans ce « nouvel ordre international » difficile à
concrétiser, il devient indispensable de redéfinir le rôle de l’État, acteur incontournable des
relations internationales, et sa place dans ce système international.

I. De la conception classique de l’État comme unité de base à la


mondialisation

L’État est tout d’abord l’acteur international principal et l’est demeuré jusqu’à ce jour. À la fin du
XXème siècle, les observateurs politiques ont pensé que l’on entrait dans une nouvelle ère, une
ère « post westphalienne » due à la fois à la mondialisation et à la fin de la guerre froide, qui est
marquée par le déclin de l’État, voire du rôle international de la puissance.
Pourtant, quelle que soit la réalité de son développement et l’importance de ses conséquences, la
mondialisation apporte des effets très ambigus (A). Ainsi, cette mondialisation apporte une certaine
remise en cause de l’État comme acteur principal du fait de l’émergence de « nouveaux acteurs »
sur la scène internationale (B). Cependant, ces « nouveaux acteurs » qui peuvent substituer l’État,
dans une certaine mesure, restent insuffisants pour le suppléer totalement dans le système
international (C).

A. Les effets de la mondialisation dans le système international

La mondialisation est entendue comme un mouvement progressif d’intégration du monde. À la


différence de l’internationalisation, qui s’appuie sur les États et peux les aider à se renforcer, la
mondialisation est en effet liée aux États par une sorte d’opposition ontologique. La mondialisation
vise à rendre les frontières plus perméables à ses flux et à amener à une certaine uniformisation
des cultures, alors que les États protègent souvent la spécificité de leur culture au sein de ses
frontières qui garantissent leur survie.

On peut tout d’abord constater l’aspect positif de la mondialisation. En effet, elle est un formidable
facteur de croissance et de création de richesses. Grâce au développement économique, elle
permet d’arrêter de concevoir le monde comme un espace fini à partager pour entrer dans une
conception de jeu à somme positive. Aucun État ne peut s’exclure de cette dynamique de
mondialisation si nécessaire à son développement et à sa survie.
Précisément, la mondialisation produit des effets correspondent aux développements dus à la
multiplication des relations et des échanges. De plus, parmi les causes et manifestations de la
mondialisation, se trouvent l’évolution technologique (communication, transports, industrie) et
culturelles (déclin des idéologies socialistes, néo-libéralisme). De plus, on voit l’émergence de
nouveaux pays industriels tel que les « petits dragons » du sud-est asiatique, l’Inde, la Chine etc.
La mondialisation a également comme effets positifs la hausse de la production et des échanges,
l’élévation des niveaux de vie etc.

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Pourtant, la mondialisation est évidemment liée à certains risques.


Ainsi, on observe un accroissement des inégalités : cf indice de Gini (0 = égalité parfaite ; 100 =
inégalité extrême) : Moyenne 40 ; Danemark : 24,7 ; Inde : 32,5 ; France : 32,7 ; États-Unis : 40,8 ;
Chine : 44,7, Brésil : 59,3, Namibie : 70,7 etc).
On remarque également une concurrence accrue entre les sites de production se traduisant
notamment par la délocalisation des emplois vers des pays où les salaires sont moins élevés.
De plus, la plus grande dépendance du marché mondial réduit la marge de manœuvre des
économies nationales et des gouvernements.
Les multinationales, toujours plus puissantes (global players) échappent de plus en plus au
contrôle politique et à la responsabilité sociale de leur pays d'origine. Les flux monétaires
deviennent incontrôlables sur les marchés financiers et peuvent déstabiliser les monnaies et
entraîner des crises économiques. On constate aussi une pollution accrue de l'environnement due
à l'industrialisation des pays en développement et des pays émergents. Enfin, la globalisation
implique une mondialisation du crime organisé (trafic de drogue et traite des êtres humains etc).

Finalement, la mondialisation, en tant que mouvement profond qui fait émerger un nouvel espace,
de nouvelles interdépendances et de nouveaux acteurs, met en jeu le rôle d’État devant ces
acteurs. Elle parait en effet, à première vue, fragiliser les fondements de l’État, à savoir son
territoire et sa souveraineté, ses prérogatives semblent fragilisées par la progression de la
mondialisation, pire encore, elle entraînerait son déclin.

B. La remise en cause du rôle de l’État face aux « nouveaux acteurs » du système


international

La mondialisation engendre tout d’abord l’apparition de nouveaux acteurs sur la scène


internationale, Le développement des concurrents de l’État peut représenter un risque
d’affaiblissement de l’intérêt général, ils sont aujourd’hui concurrencés de l’Etat dans différents
domaine. Ainsi, ils ont tendance à remettre en question les fondements de l’État. Ces acteurs ont
en effet la particularité de ne pas être internationaux mais transnationaux, c’est-à-dire ils
transgressent la frontière, le territoire, la nationalité et ne sont donc pas contrôlés par les États,
tout du moins plus difficilement

D’abord, l’émergence de nouveaux acteurs remet en cause la prétention des États à revendiquer
un droit exclusif à agir sur la scène internationale. Les FMN, les marchés financiers, les ONG ou la
société civile font concurrence aux États et en viennent à remettre en cause leur souveraineté. La
souveraineté des États est aussi particulièrement visible en ce qui concerne l’évolution de la
législation sous l’impulsion de la mondialisation. Cette dernière engendre en effet par essence une
multiplication de flux, et donc de normes les régissant. On a ainsi constaté un formidable
développement des règles internationales, qui en viennent peu à peu à empiéter sur les anciens
domaines de souveraineté des États et ajoutent aux législations nationales degré supérieur de
législation qui se doit de primer sur elles. L’Union Européenne apparaît comme le parangon du
développement de normes supranationales, des normes qui si elles aident les États à mieux
s’intégrer dans la mondialisation n’en diminuent pas moins leur souveraineté.

Cette remise en question du territoire et de la souveraineté engendre à son tour un affaiblissement


du lien entre le citoyen et son État. C’est ainsi que par exemple la nationalité paraît peser de moins
en moins par rapport au lieu de résidence. On trouve un exemple particulièrement symbolique à
cet égard dans le droit de vote aux élections municipales en France, qui a été accordé aux
étrangers résidant dans la commune. Participer à la vie politique ne demande plus alors de
manifester cette volonté d’adhérer à la nationalité française, à ce « plébiscite quotidien » qu’est la
Nation au sens d’Ernest RENAN.

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Ces profonds changements induits par la mondialisation ont amené un certain nombre d’auteurs
transnationalistes à parler d’une période de crise de l’État-nation, qui ne serait plus en mesure
d’assurer l’ordre international. Susan STRANGE montre ainsi comment l’émergence de ces
acteurs privés a fait perdre de son autonomie à l’Etat, qui ne serait plus autant à même qu’avant
d’accomplir ses quatre tâches existentielles que sont la garantie de la sécurité, de la justice, de la
liberté et de la richesse.

Certains acteurs nouveaux manifestent une démocratisation du système international.


Ici on présente l’exemple de l’accès des collectivités territoriales à l’ordre international pour
connaître les nouveaux acteurs manifestant une démocratisation de l’ordre international.
Depuis de nombreuses années en France, on parle de régionalisation et de décentralisation.
Chaque gouvernement a souhaité rapprocher les prises de décision du citoyen et a élaboré des
règles plus ou moins complexes afin de transférer au « local » des responsabilités détenues par le
pouvoir central.
Nous avons des Régions disposant d’un budget, votant les niveaux d’imposition, disposant de
compétences reconnues, jusqu'à présent d’une compétence générale qui veulent de plus en plus
jouer un rôle moteur dans le domaine économique et politique. Il suffit de voir quelques thèmes de
campagne de nos dernières élections régionales pour constater que la région se veut, avec
l’accord du gouvernement, un pôle moteur de coordination de l’action économique, de l’innovation
et de la recherche, mais aussi un contrepouvoir ou un régulateur.
Les conséquences en sont considérables et en évolution permanente. Multipliant les relations avec
les Régions ou pays étrangers afin de promouvoir la Région, elles développent une véritable
politique économique et de promotion développant des orientations non concertées au risque
d’aller à contrecourant des intérêts généraux, des priorités ou des alliances de la France. C’est
ainsi, sans stratégie concertée商et sans coordination au plus haut niveau que la Bourgogne a
développé des « initiatives visant un développement économique et social durable à travers le
monde », créant des liens permanents avec des collectivités locales en Allemagne, en République
tchèque, en Pologne, en Afrique du Sud, au Chili, au Maroc, en Chine, à Madagascar…
Les régions sont conduites à exercer un lobbying intensif sur les centres de décision (Bruxelles
particulièrement) mais aussi à travers des implantations dans les grandes capitales ou à travers
des voyages ou salons internationaux.
Par exemple, la création du R20 qui regroupe les plus importantes régions des cinq continents
parmi lesquelles l’Île de France, le pays basque espagnol, l’Écosse, le Québec, la Californie, la
région brésilienne de Sao Paulo, celle de Jiangsu en Chine ou de Gyeonggi en Corée du Sud lors
su sommet sur le climat de Copenhague, alors que les pourparlers entre États s’enlisent. Ce R20 a
un réel désir de peser sur les relations internationales.

D’autres acteurs révèlent la résurgence de nouvelles féodalités. On ce sens on peut prendre deux
exemples : celui des multinationales et de la primauté des intérêts particuliers et celui des sociétés
militaires privées et la privatisation de l’usage de la force.

• Multinationales et primauté des intérêts particuliers


La première de ces forces transnationales est constituée par les firmes multinationales (FMN),
pour lesquelles le civisme n’est pas une valeur primordiale. Leurs dirigeants et leurs actionnaires
détiennent un pouvoir qui se rie de celui de l’État .
Son développement depuis une cinquantaine d’années a souvent été perçu comme une preuve de
l’affaiblissement des États-nations. Parce que les multinationales induisent en effet un
développement parallèle des Investissements Directs à l’Etranger (IDE) pour appuyer leur
expansion, ce qui a tendance à mettre les Etats réception en concurrence les uns des autres.
Ces développements à l’international ont permis aux FMN de mondialiser leur activité, destiné à
faire progressivement diminuer pour certaines d’entre elles le lien originel qui les liait à leur
territoire d’origine.

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Alors qu’en 1923 le Président de General Motors pouvait affirmer que « ce qui est bon pour GM
est bon pour les États-Unis » aujourd’hui plus de la moitié de la production de GM est située en
dehors des États-Unis.
Plus encore, avec la progression de la mondialisation c’est même leur nationalité que les FMN
sont prêtes à donner au plus offrant, ou plutôt au moins disant au niveau social ou fiscal.
Les FMN font en effet jouer le jeu de la concurrence jusqu’au niveau de leur siège social, ils
cherchent toujours à s’implanter dans le pays qui est possible de leur fournir le meilleur rapport
qualité / prix entre la fiscalité et les infrastructures dont elles ont besoin, ce qui explique par
exemple pourquoi une entreprise comme EADS soit basée en Hollande. Les FMN
instrumentalisent ainsi l’État réception de ces IDE aussi bien que l’État d’où il les émet, accroissant
la concurrence entre des États qui perdent leur autonomie de décision. Du point de vue de
SAMUELSON, pour qui « l’entreprise globale est une mauvaise entreprise pour les
travailleurs nationaux », on peut néanmoins évoquer avec Susan STRANGE la nécessité pour
les États de négocier avec elles.

• Sociétés militaires privées et privatisation de l’usage de la force


Si la détention du monopole de l’usage légitime de la force est consubstantielle à la notion d’État,
l’existence de forces militaires distinctes du pouvoir politique apparait dès la Haute Antiquité et se
perpétue tout au long de l’Histoire.
Toutefois le phénomène s’affaiblit avec les guerres totales du XX° siècle mais réapparait d’abord
avec les crises de la décolonisation puis se développe après la fin de la guerre froide.
Il prend alors deux formes bien distinctes mais qui expriment, l’une et l’autre, un certain déclin de
l’État.
La première est celle des milices, groupes paramilitaires armés, à finalités idéologiques ou
politiques visant à l’exercice du pouvoir au sein d’ensembles où l’autorité de l’Etat a du mal à
s’imposer (Liban, Afrique, Balkans...).
La seconde concerne les sociétés militaires privées qui tendent à exercer des activités relatives à
la défense que les grands États, pour diverses raisons, désirent externaliser. Elles se situent dans
trois principaux secteurs, la participation directe au combat étant en principe exclue : celui de
toutes les formes de sécurité / sûreté, celui, très diversifié de la logistique, du soutien opérationnel,
du renseignement etc et celui du conseil, ingénierie, formation. Entre ces deux derniers, on
pourrait situer le cas particulier de grandes entreprises liées aux industries d’armement et
chargées de la commercialisation et du service après-vente (assistance technique, formation…)
des matériels militaires. L’essor rapide de ces SMP, notamment dans les pays anglo-saxons
semble lié d’une part à l’évolution de la conflictualité et des stratégies après la fin de la guerre
froide et d’autre part à une évolution socioculturelle favorable au néo-libéralisme. Toutefois on
commence à s’interroger sur la pertinence du phénomène, l’intérêt économique des entreprises
pouvant s’opposer à l’intérêt politique des États en faveur de la paix.

Enfin, certaines défaillances de l’État peuvent affaiblir le système international.


La constitution prématurée de nouveaux États dont les éléments constitutifs sont insuffisamment
stabilisés est souvent la cause de leur défaillance. En effet la faiblesse, voire la fragilité de certains
de ces nouveaux États, incapables d’assurer leurs fonctions d’organisation et de pacification de la
société entraine paradoxalement des difficultés pour l’action internationale. Par exemples, pour le
maintien de la paix : la Somalie, pour l’aide internationale : Haïti.

L’Etat paraît donc contesté de toute part par la mondialisation. Par le haut (les marchés mondiaux
de capitaux, les interdépendances issues de la mondialisation), par le bas (l’émergence d’une
société civile) ou par les côtés (l’importance des FMN), de nouveaux acteurs transnationaux
engendrent un État « malmené » selon le mot de J.F. DAGUZAN, suite à la perte de son
autonomie et à sa mise en concurrence permanente avec ses rivaux. Plus profondément, l’État-
nation est malmené par la mondialisation car elle tend à le fragiliser dans ses fondements, à savoir
le territoire, la souveraineté et le lien avec ses citoyens.

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La mondialisation paraît donc bien avoir engendré une « perte de pouvoir » (leak of power) de
l’État selon les mots de John GRAY, au point qu’il puisse paraître malmené. Pour autant la
mondialisation, loin d’annoncer la fin de l’État, paraîtrait plutôt en reformuler le rôle.

C. L’insuffisance des « substituts » de l’État au sein du système international

Si l’on s’inscrit dans la perpective des doctrines multilatéralistes, le déclin progressif du rôle des
États sur le plan international doit s’accompagner d’une montée en puissance des instances d’une
gouvernance collective, symbole de l’existence d’une véritable société internationale.

Or, ce n’est pas du tout d’actualité et dans les deux cas beaucoup reste à faire.

En effet, même s’il faut nuancer en fonction des cas d’espèces, la gouvernance internationale se
caractérise souvent par la lenteur des décisions et l’inefficacité de leur exécution.

Effectivement, l’exigence fréquente de la règle d’unanimité ou de majorité qualifiée, impose de
longs pourparlers diplomatiques avant toute prise de décision et leur aboutissement est le résultat
de compromis multiples peu favorables à la clarté de l’action à mener, d’où une difficulté de la
prise de décision.

Également, certains substituts de l’État sont particulièrement insuffisants dans le système
international, c’est le cas des juridictions internationales, où la prééminence de la souveraineté
étatique s’exprime clairement.

Ainsi, par exemple, tout arrêt de la Cour de justice internationale présente certes une force
obligatoire mais ne possède pas de caractère exécutoire. Autrement dit, un État ne peut se voir
imposer une décision de la Cour de justice internationale sans son accord. C’est d’ailleurs le
même problème au sein de la commission d’arbitrage.

Ainsi, dans un tel système, il n’y a pas de dispositif centralisé des voies d’exécution, ni juge qui
pourrait ordonner l’exécution automatique, ni force publique pour y procéder sur sa réquisition.

Cependant, la Charte des Nations Unies stipule dans son article 94 que si une partie à un litige ne
satisfait pas aux obligations qui lui incombent, l’autre partie peut recourir au conseil de sécurité de
l’ONU qui décidera des recommandations ou mesures à prendre. Pour prendre un exemple
concret, l’URSS n’a jamais accepté de se présenter devant la Cour internationale de justice.

En l’absence de consentement des parties à un litige international, des contestations portant sur le
droit peuvent rester sans solution, chaque partie conservant sa propre position.

De ce fait, malgré la volonté de développer une véritable justice internationale, les États auront
toujours le dernier mot en la matière.

Également, autre exemple, la prééminence de la souveraineté étatique se retrouve sur les
questions autour de la non-prolifération des armes nucléaires qui apparaissent comme
prépondérantes dans les relations internationales au nom de la paix à l’échelle mondiale. Ainsi, le
traité d’interdiction complète des essais nucléaires prévoit l’interdiction complète de toute
explosion expérimentale dans tous milieux et empêche la mise au point de nouvelles armes
nucléaires de destruction massive, et complète le mécanisme de vérification. Dans ce traité, 44
États sont désignés, or, seuls 26 l’ont ratifié. De plus, on peut noter que 3 puissances nucléaires
majeures n’ont pas voulu ratifier ce traité (Russie, Chine, États-Unis) ce qui enlève au traité le
pouvoir de réguler effectivement les relations internationales sur cette question.

De même, les exemples de l’Inde et du Pakistan ont souligné les limites du système international
et de son droit international. En effet, en 1998, ces deux États ont procédé à des expérimentations
nucléaires au nom de leur sécurité nationale. Les deux États n’ont pas violé le droit international
puisqu’ils n’étaient pas liés par le traité d’interdiction complète des essais nucléaires.
Là encore, l’acteur de l’État garde toute son importance car sans son accord et sans sa volonté de
participer au développement du droit international, le système international serait dénué de sens,
voire n’existerait même pas.

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Exposé Science Po BERTRAND-TROUVÉ Maguelone
CARAYON Marianne
HE Fei

Souvent évoquée comme un fait, le terme de « communauté internationale » renvoie à un principe


de solidarité qui anime les acteurs du paysage planétaire, lorsqu’ils décident de prendre en charge
de manière commune le devenir du monde.

Cette « utopie nécessaire », pour reprendre les termes de l’universitaire Pierre De SÉNARCLENS
traduit en quelque sorte une exigence morale, en ce qu’elle suppose l’existence de dispositions
communes, de valeurs fortes et structurantes partagées par le plus grand nombre.
Le combat pour la paix ou pour les droits de l’homme constitue, entre autres, l’un de ces moments
où la communauté internationale tend à s’exprimer de manière unie. Malheureusement, la
« communauté internationale » ne présente guère de réalité concrète, ses positions et son
existence même restant largement dans l’ordre du discours : elle ne fait souvent que traduire les
points de vue des puissances internationales qui prétendent parler en son nom, c’est-à-dire des
États.

Ces insuffisances des substituts de l’État face aux effets pervers de la mondialisation ont conduit à
s’interroger sur le prétendu déclin de la puissance étatique dans le domaine international.

Finalement, il semblerait que la souveraineté étatique et, plus largement, l’État, non plus comme
unité de base, mais comme acteur prépondérant du système international, garde toute sa
prééminence.

II. De la mondialisation à la pérennité de la puissance étatique

Face aux mondialistes affirmant le déclin de l’État, il faut noter une résurgence de l’État face à un
système international incertain, notamment lors de périodes de crise et d’insécurité (A), mais
également un renforcement de l’État par le bais des « nouveaux acteurs » présents sur la scène
internationale (B). Finalement, il s’agit bien moins de parler d’un déclin de l’État que de parler de
son adaptation face aux nouveaux défis du système international actuel (C).

A. La résurgence de l’État face à un système international incertain

Au-delà de toutes ses implications directes, la mondialisation ne saurait rendre caduques


l'intégralité des fonctions de l'État. Ce serait limiter son intervention à ses relations avec les
entreprises nationales.


L'État doit évidemment faire plus que cela : il s'agit de reproduire ce que l'on a pu appeler
« compromis institutionnalisés » entre les divers groupes sociaux.
La mondialisation ne supprime pas cette fonction mais elle en modifie les conditions d'exercice,
dans la mesure où elle engendre un fractionnement social aussi bien que territorial.

On peut reprendre ici la proposition de MICHALET pour qui l'État, dans ces conditions, « doit se
borner à revêtir l'uniforme du gendarme et du militaire, l'habit de l'ambassadeur et la robe
du juge. Peut-être pourra-t-on lui permettre de veiller aux «  grands équilibres », mais sous
la surveillance étroite d'institutions financières supranationales (...) Les fonctions imparties
à l'État s'alignent progressivement sur celles qui lui étaient reconnues avant la
« révolution » keynésienne : la loi et l'ordre ».
La perte de cohérence entre État, appareil productif, monnaie, société est donc aggravée par les
mécanismes de dislocation sociale, et ces difficultés conduisent en un sens à une demande d'État
plus forte, qui peut prendre les formes extrêmes d'un national- protectionnisme dans ses
différentes variantes, mais brise en tout cas le type de consensus social relativement
homogénéisateur des années de croissance.
L'État doit à la fois prévoir des filets de sécurité pour les exclus, tout en maintenant un ordre social
dont la légitimité est mise à mal par le chômage et l'insécurité sociale. C'est ce qui permet de
comprendre les difficultés de l'instauration de régimes réellement démocratiques dans la plupart
des pays du Sud ou de l'Est, même si les formes ouvertes de dictature sont en régression.

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Exposé Science Po BERTRAND-TROUVÉ Maguelone
CARAYON Marianne
HE Fei

De plus, pour reprendre les réflexions de Samy COHEN, La mondialisation est perçue
différemment par chaque pays : avantage pour les uns ; source de problèmes sans issue, à court
et moyen termes, pour les autres.

Affirmer, face à la criminalité et au terrorisme transnational, que l’État n’est plus en mesure
d’assumer ses responsabilités est également excessif. Tout dépend de quel État il s’agit et de
quelle menace on parle.
Ainsi, Samy COHEN et Robert COOPER distinguent trois grands types d’État :

• les États «pré-modernes », qui n’ont pas accédé à une vie d’État-nation doté de 

frontières fixes, d’un gouvernement doté du monopole de la violence légitime et capable de
déployer une véritable politique étrangère. On range dans cette catégorie la Somalie et
l’Afghanistan ;

• les États « modernes » (la Chine, le Pakistan, le Brésil, etc) très attachés à leurs intérêts
nationaux, pour lesquels l’idée de souveraineté et de frontières joue un rôle important ;

• les États « post-modernes », c’est-à-dire les démocraties de type occidental qui ont rejeté
l’usage de la force pour régler leur différends et dont la sécurité repose en grande partie sur la
transparence de leur politique étrangère et l’interdépendance de leur économie.

Les États « pré-modernes » sont les plus démunis face aux conséquences de la mondialisation,
notamment les trafics illicites, le développement de flux migratoires non contrôlés, etc.

Ces États faillis, pays pauvres ou en guerre civile sont privés d’autorité ou de gouvernement
central légitime capable d’agir efficacement. 

Tout autre est la situation des États dits « post-modernes » qui ont fait le pari de l’ouverture des
frontières. Considérés comme les plus vulnérables aux défis transnationaux, ceux sont eux qui,
paradoxalement, résistent le mieux aux « attaques » contre leur souveraineté. 

Ce sont eux qui ont organisé la libéralisation des échanges et l’ouverture des frontières et qui en
ont le plus profité. L’Europe a permis à des États dont l’influence économique était déclinante de
s’imposer à l’extérieur comme des puissances commerciales mondiales.

La mondialisation n’est pas, au demeurant, synonyme de retrait complet des États.

Ceux-ci conservent la possibilité d’intervenir dans des domaines essentiels tels que la recherche,
l’éducation, les orientations budgétaires, la fiscalité, l’investissement et l’industrie. 

Le pouvoir des firmes multinationales, ces « nouveaux maîtres du monde », doit être également
relativisé. De nombreuses études le montrent : contrairement à une idée répandue, ces
entreprises ne s’implantent pas systématiquement là où la main-d’œuvre est la moins chère.
Les investissements directs s’orientent vers les principaux pôles de l’économie mondiale (États-
Unis, Union européenne et Japon) et les pays émergents.

Bien d’autres paramètres interviennent dans leurs décisions : la stabilité politique et juridique, la
capacité de se développer dans un système qui garantisse la sécurité des personnes et des
transactions, la qualité des infrastructures ; bref, autant de caractéristiques d’États solides, stables
et bien organisés. Les entreprises localisant leurs activités aux quatre coins de la planète et qu’on
ne peut définir par un pays d’origine se comptent sur les doigts d’une main.
L’État post-moderne ne détient plus, depuis des lustres, le monopole des relations extérieures,
mais on ne saurait, pour autant, le définir comme un « acteur parmi les autres ».

C’est un acteur majeur du système international qui garde encore, outre la fonction traditionnelle
de sécurité, de précieuses prérogatives : adaptation à l’environnement international, incarnation de
l’identité nationale, préservation des équilibres géopolitiques, défense des valeurs communes.

Son rôle dans la régulation des conflits internationaux et des échanges économiques demeure
primordial.

En dépit de la montée en puissance des acteurs transnationaux, les États post-modernes
demeurent les principaux fournisseurs des moyens en matière sécuritaire.
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Exposé Science Po BERTRAND-TROUVÉ Maguelone
CARAYON Marianne
HE Fei

Seuls ou collectivement, ce sont les États qui ont la charge de protéger leurs citoyens et d’assurer
leur sécurité.

Affirmer que les États ont « perdu le monopole de la violence légitime » relève d’un discours
convenu. Dans les démocraties, cette légitimité n’est pas contestée.

C’est dans les États dits « faillis », en proie à l’anarchie interne, secoués par la guerre civile, dont
les gouvernements sont contestés et combattus par une fraction de la population, que la notion de
perte du monopole de la violence légitime revêt un sens (cas de la Sierra Leone, du Liberia, de
l’Afghanistan, de la région des Grands Lacs en Afrique sub-saharienne etc).

Ainsi, globalement, il y a une résurgence de l’État lorsque le système international faillit ou n’est
plus suffisant. C’est le cas lors de graves crises, notamment financières, et c’est le cas lorsqu’il y a
un climat d’insécurité.

L’exemple américain confirme ce postulat. Après la guerre de sécession, l’identité nationale
américaine a pris l’ascendant sur d’autres identités et le nationalisme américain s’est développé au
siècle suivant. Dans les années 1960, les identités infranationales ont commencé à concurrencer
l’identité nationale et à miner sa position dominante. Ce sont finalement les événements tragiques
du 11 septembre 2001 qui ont remis cette identité américaine comme dominante.
De même, les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et, plus largement contre la liberté
d’expression, valeur fondamentale française, a contribué à un mouvement de ralliement, voire de
patriotisme français. 


Ce sentiment d’appartenance à l’État est donc d’autant plus fort lorsque le système international
est incertain.
De plus, loin de faire reculer l’État, certains « nouveaux acteurs » ont tendance à le fortifier.

B. Le renforcement de l’État par les « nouveaux acteurs » du système international

Si l’État est en résurgence dans un système international incertain, c’est non seulement du fait de
sa résistance et de sa capacité à être la meilleure réponse aux graves crises qui traversent le
système international, mais c’est également dû au fait que certains acteurs transnationaux fortifient
l’État, au lieu de le faire reculer comme certains l’ont pensé.

En effet, il a apparaît clairement que les nouveaux acteurs qui se sont créés dans les relations
internationales ces dernières décennies se sont créés à partir, et en réponse au modèle étatique.
Que serait l’ONU, l’Union européenne ou le MERCOSUR sans État ? Avec qui traiteraient les
firmes transnationales si l’État disparaissait ? Sur qui les individus, les guérillas ou les ONG
tenteraient de faire pression s’il n’y avait plus d’État à qui se référer ?
Ces acteurs transnationaux ont vocation à compléter l’action de l’État là où celle-ci est défaillante,
mais pas à l’évincer des relations internationales.
On remarque d’ailleurs que lorsqu’il y a un danger tel que le terrorisme, les réactions vont dans le
sens d’un retour à l’État. En effet, dans ce cadre-là, Marie-Claude SMOUTS nous dit dans son
ouvrage Dictionnaire des relations internationales en 2003 que « le recours à la puissance
publique apparaît comme le seul rempart contre la menace diffuse ».
L’État garde donc cette prérogative dans l’opinion publique, qui est celle de la sécurité apportée
par l’État à sa population.
Cependant, si cette fonction n’est pas remise en cause et est plus ou moins réalisée, certains
domaines sont laissés hors du champ d’action des États.
C’est alors qu’interviennent les ONG afin de sensibiliser les gouvernements et les opinions, et
donc l’État, à la gravité des problèmes délaissés par l’ensemble de la communauté internationale.
Ces ONG vont donc pousser l’État à intervenir là où il ne le fait pas, elles le forcent à rompre avec
ses habitudes.

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Exposé Science Po BERTRAND-TROUVÉ Maguelone
CARAYON Marianne
HE Fei

Mais cette pression que les ONG mettent sur les États n’est efficace que si ceux-ci y sont attentifs.
En effet, certaines revendications des ONG sont laissées de côté, et par conséquent aucune
action n’est envisagée.
On comprend donc que les ONG n’ont pas vocation à agir, mais seulement à essayer de réveiller
les États pour qu’ils agissent. Leur action est donc extrêmement limitée, elle dépend en effet de
l’État à qui elles vont s’adresser, et de l’accueil que ce dernier va leur réserver.
C’est une influence plutôt aléatoire de la part des ONG, mais qui renforcent l’État dans le sens où
si les ONG échouent à influencer la politique d’un État, rien ne sera fait.
On voit donc l’importance des États ici, car sans eux, les ONG n’ont aucune utilité, n’ayant
personne à informer. Elles ne font que proposer des solutions aux États, mais ceux-ci, étant
souverains, sont totalement libres de les adopter ou non. Ainsi, on va voir que certaines ONG ont
plus de poids que d’autres, et sont plus ou moins bien vu selon l’État à qui elles d’adressent. Les
États sont donc tout à fait en capacité de résister aux ONG, les mettant dans une situation de force
par rapport à ces dernières, plutôt que l’inverse.
Ainsi, les ONG renforcent plutôt le rôle de l’État, étant dépendantes d’eux.
Cet État n’est donc pas affaiblit par ce type d’acteur, tout comme il ne l’est pas par les
mouvements altermondialistes qui prônent au contraire plus d’État. En effet, s’ils manifestent
contre l’État et son inaction, ils ne veulent pas moins conserver cette structure. C’est contre l’État
d’aujourd’hui que manifestent ces mouvements, mais pas contre l’État en tant que tel.
Il en est de même pour les acteurs illégitimes comme les guérillas. Ces acteurs ne souhaitent pas
voir l’État disparaître, au contraire, ils veulent avoir un État pour eux, en créer un qui correspondra
à leurs attentes, et leur façon de voir le monde.
Enfin, si les grandes entreprises font pression sur les États pour avoir de meilleures conditions
sociales et fiscales, c’est bien que l’État est important et peut influer sur les choix de ces grandes
entreprises. En effet, si ces dernières ne peuvent s’implanter nulle part, elles ne peuvent
prospérer. Et c’est à l’aide publique qu’elles vont faire appel quand elles sont en difficulté, soit du
fait de la dégradation des conditions économiques, soit du fait d’une concurrence étrangère trop
forte. On est donc là encore devant une certaine dépendance des entreprises face aux État.

L’État se voit donc renforcé et non diminué par certains « nouveaux acteurs » des relations
internationales. Cela n’empêche pas qu’il doit tout de même effectuer des changements pour
pouvoir faire face au système international tel qu’il est aujourd’hui.

C. La nécessaire adaptation de l’État face aux nouveaux défis de l’actuel système


international

Le constat de la pérennité de la présence de l’État dans l’ordre international ne doit cependant pas
faire oublier que la survie des institutions passe par l’évolution.

De ce point de vue, il convient de retenir des théories sur la crise de l’État que celui-ci ne peut y
échapper qu’en se transformant.

Cela suppose trois grandes lignes d’action.


Il faut d’abord dépasser les formes traditionnelles des revendications étatiques, caractéristiques de
l’ordre westphalien, souvent perturbé par les aspirations nationalistes. Il faut ensuite, et ce doit être
l’objectif central, adapter les modes d’exercice de la souveraineté de l’État aux conditions
nouvelles de fonctionnement des sociétés provoquées par les mutations technologiques et
culturelles.

Il faut enfin modifier les structures de la gouvernance internationale pour tenir compte à la fois de
l’irréalisme des aspirations à une démocratie planétaire unifiée et de la nécessité de faire
progresser les actions économiques, sociales et environnementales indispensables à l’avenir de
l’humanité.

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Exposé Science Po BERTRAND-TROUVÉ Maguelone
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HE Fei

Quant à l’encadrement des revendications identitaires, malgré l’existence de facteurs favorables


aux rapprochements des cultures et des pratiques sociales, le déclin des formes anachroniques de
la « paix par l’empire » a conduit à une multiplication de revendications identitaires de plus en plus
étroites qui sont à l’origine d’une dangereuse tendance à la prolifération étatique, source
d’affaiblissement de l’État, et de conflits. Aux exemples nés de la fin des empires coloniaux,
s’ajoutent aujourd’hui ceux qui résultent de l’éclatement de l’empire soviétique : Bosnie, Kosovo,
Géorgie etc.
La nécessité de contrôler cette évolution pour impérieuse qu’elle soit, n’est pas facile à mettre en
œuvre. L’orientation générale reposerait sur le recours au cadre confédéral qui maintient un lien
entre des entités dotées d’une très large autonomie : auto-administration en matière culturelle,
sociale, administration locale etc, l’instance commune qui n’a pas le statut d’État exerce en
coopération des compétences prédéfinies en matière économique, diplomatique et militaire.
L’adoption de ce type de structure conditionnerait éventuellement l’aide au développement.

Quant à la régulation de ce que l’on peut appeler « l’obsession des frontières », Michel FOUCHER
(L’obsession des frontières, Perrin, 2007) insiste sur l’importance géopolitique des délimitations
territoriales, symbole de la permanence des revendications nationales, voire nationalistes.
Il souligne l’opposition actuelle entre deux tendances contradictoires :

L’obsolescence de la notion de frontière dans la perspective à la fois du mouvement « sans-
frontiériste » humanitaire et de la globalisation technico-économique.

La résistance d’une nécessité ontologique de se définir par rapport à l’autre qui explique que,
malgré la lourde symbolique de la chute du rideau de fer et de la rupture du mur de Berlin, 26.000
km de nouvelles frontières ont été instituées depuis 1991, 24 000 autres ont été démarquées et, si
tous les programmes annoncés aboutissent, 18 000 km de séparations physiques seront édifiées.

C’est donc cette contradiction qu’il conviendra de dépasser pour rendre compatibles le besoin
humain de libre circulation des personnes, des idées et des biens et la nécessité inéluctable de
tenir compte des réalités de l’implantation géographiques des communautés nationales. Pour se
faire, deux voies paraissent ouvertes :

D’une part poursuivre la très ancienne politique de délimitation et de garantie internationales des
frontières en favorisant, dans toute la mesure du possible, l’action des organisations
internationales par rapport à celles des seuls états concernés.
D’autre part privilégier, au niveau de la concrétisation des frontières, l’établissement de règles
juridiques établies de façon consensuelle et bien contrôlées, à la clôture unilatérale par voie de
murs et de check-points.

Il faut également préciser les nouvelles fonctions de l’État.

Comme, au plan interne, l’évolution du concept de souveraineté démocratique transforme


progressivement les fonctions de l’Etat en les rendant moins unilatérales en termes de moyens
d’action et plus modestes en termes de finalités, on retrouve le même mouvement sur le plan
international du fait des mutations de la souveraineté face aux développements de
l’interdépendance planétaire. Le « retour de l’Etat » dans les relations internationales implique
donc une adaptation des modèles d’action selon trois formes :

• L’État stratège : Ce nouveau mode d’exercice de la souveraineté de l’Etat sous entend


information, réactivité et anticipation; c’est une fonction « cybernétique » au sens étymologique :
L’orientation se fait en fonction de la situation. 


• L’État régulateur : Dans le même esprit, c’est l’évolution de la fonction normative vers une
fonction de régulation tenant davantage compte des réactions du milieu : concertation et
contractualisation en sont les maîtres mots. 


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Exposé Science Po BERTRAND-TROUVÉ Maguelone
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• L’État stabilisateur : c’est la fonction d’arbitrage visant à un équilibre des puissances, source de
paix. Une importance particulière doit être à donner dans le contrôle des conflits d’intérêts
pouvant altérer les fonctions d’expertise. L’exemple des agences nationales de santé est à
améliorer et devrait exister dans tous les domaines d’activité.

L’adaptation de l’État face aux nouvelles nécessités du système international actuel passe
également par une restructuration de l’organisation interétatique de l’ordre international.

Par exemple, redéfinir les organes de la gouvernance mondiale comme le Conseil de Sécurité de
l’ONU, le G8, le G20 etc. 

Mais également, faciliter la reconstruction des États défaillants : perfectionner les actions civilo-
militaires dans le cadre des opérations de maintien/rétablissement de la paix, rendre plus efficace
l’aide internationale au développement etc.

Conclusion

Nous avons donc pu voir que la conception de l’État avait évolué depuis les traités de Westphalie,
l’obligeant à une adaptation. Ainsi, pour BARNETT et SIKKINK, la mondialisation oblige à une
redéfinition des relations internationales, qui se rapproche de l’étude de la « société globale », qui
va mettre à mal la conception classique de l’État.
Cette difficulté de l’État face à un nouvel ordre mondial amène de nouveaux acteurs à se montrer
sur la scène internationale. Cependant, ces nouveaux acteurs n’ont pas forcément l’expérience et
le poids nécessaire pour remplacer l’État comme acteur privilégié des relations internationales.
Ainsi, on peut penser que contrairement aux prédictions de certains experts, la prééminence des
États sur la scène internationale n’est pas remise en cause. En effet, si aujourd’hui aucun État
n’est capable de venir à bout, seul, de problèmes comme l’environnement, les épidémies ou la
criminalité internationale, cela a toujours été le cas pour ce type de problèmes dits « globaux ».
L’État-nation en tant que forme d’organisation politique n’est donc pas, pour autant, voué à
disparaître. Pour l’universitaire britannique Barry BUZAN : « L’État est irréversible ». Bertrand
BADIE ajoute, quant à lui, que le débat ne serait pas celui de la disparition de l’État, mais de sa
dénaturation.
Quoi qu’il en soit, l’État serait donc toujours l’acteur de référence des relations internationales, et le
resterait dans un futur prévisible. Il n’existe, en effet, aucun moyen de revenir en arrière.

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Exposé Science Po BERTRAND-TROUVÉ Maguelone
CARAYON Marianne
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