Vous êtes sur la page 1sur 6

Implanto 1 10DA

4eme année

DEPARTEMENT DE CHIRURGIE DENTAIRE

Module d1 lmplantologle - année


ème
4

Généralités et terminologie
implantaire
Pr farid DERRADJI

Durée du cours : lh

Date 24 Octobre 2016

Polycopié distribué aux étudiants

1
!. HISTORIQUE

lo nmplantation dans !'antiquité

L'homme a toujours eu l'instinct de ramasser une dent expulsée !ors d'un traumatisme pour la
remettre immédiatement dans son alvéole . Quand une dent est perdue, dentistes et médecins de
la bouche ont toujours tenté de !a remplacer sans grand succès, par des artific,�s prothétiques
variés, d'origine minérale, animale ou humaine.

En plus de sa fonction m2sticatoire, la denture a une importance esthétique évidente en


contribuant largement à l'harmonie du visage. Elle permet aussi la communication en permettant ou
en facilitant la phonation et la prononciation. Elle a un rôle essentiel dans !a vie socla!e moderne.
Dans les civilisations anciennes, la dent a une autre importance : eHe symbolise la force, la virilité,
elle représente une arme (réminiscence lointaine de l'homme préhistorïque). C'est pourquoi,. eHe
participe aux rites religieux, totémiques et ésotériques : avulsions! fractures.. tailles, limages,
incrustations... sont pratiquées lors de ces cérémonies. Ces pratiques prennent des formes
extrêmement variées selon les continents (Afrique, Australie, Amérique Centrale}, les ethnies et ·1e5
groupes sociaux:

- Incisives taillées en pointe, en crochet, face vestibulaire entamée, en dièdre ou en cupule,


angle mésial ou distal supprimé...
- limage en Amérique centrale
- proalvéolie au Sénégal et au Dahomey
- laquage en noir au Vietnam, ou en rouge en Chine et en Inde ......
Le plus be! exemple des rites religieux est fourni par !a dvmsation M3':/8, ::.ncienne ethnie
théocratique d'Amérique centrale (3000 ans B P) dont les prêtres sont chz.;gés de réaliser des
inclusions de pierres précieuses et d'or. Dans l'Egypte ancienne, {4000 ans B.P), on pense que
l'extraction dentaire était inconnue , mais on a découvert pour la première fois (1914 et 1948) dans
la bouche de certaines momies, des dents artificielies sculptées dans de l'ivoire ou dans du bois de
sycomore reliées par des füs d'or.il! Des traces de tentatives d'impiantatk,'."t� de d:::nts d'animaux
ou de dents sculptées dans de !'ivoire retrouvées sur des crânes exhumés.
Des examens radiographiques ont mis une évidence une bonne lntégrat!on osseuse àes
racines artificielles en ivoire !(civilisation Maya, 3000 B.P).

En Afrique du Nord, un crâne (Crâne de Faid Souar il ) plus ancien(7500 bp ! !) a été découvert par
G. Laplace en 1954 dans la région de Bir El Ater. Le maxillaire présentait une daS,ü de remplacement
endo osseuse de la 15

Jean Granat, grâce à une radiographie du maxi!iaire, pense que i'implantation aurait été
faite très peu de temps après la perte de la dent nature!ie, ie rebord alvéolaire ne montrant aucun
remaniement osseux, ni atrophie. D'autre part, la radiographie montre une telle contiguîté entre la
paroi alvéolaire radiculaire et la pseudo-racine, qu'ii n'exclut pas ia possibilité d'une cicatrisation
partielle par ostéogenèse autour de cette pseudo-racine.. L'implant aurait è:mt été fait d!.ii vivant
de l'individu ? Si cette restauration a bien été exécutée sur ce "Capsien-m;;,phrét- 1 n" vivant par un
confrère d'aiors, les tentatives de greffes osseuses ou d'implantologie amci\?.nt donc 7 500 ans!!.

2
2. Période médiévale (Europe de 1000 à 1800}

Plus tard, l'or a toujours été utilisé, en particulier par Abu!cassis {930-1013}, qui utmsait des
ligatures au fi! d'or pour relier des dents sculptées dans de !'os de bœuf ! !
Ambroise Paré (1510-1590) qui a été barbier, chirurgien du Roi et dentiste parle déjà de
transplantation et cite : « Une princesse qui s'était fait arracher une dent s'en fit remettre
une aussitôt d'une sienne demoiselle, laquelle reprit et .devint solide comme auparavant». !es
dents étaient prélevées sur des patients vivants des couches les p!us défavorisées.

3. Période fondamentale (en Amérique du Nord de 1856 à 1930)

- Première vraie implantation de dent naturelle dans le maxillaire après création d·'une alvéole avec
un trépan {Younger {1856 et 1875).

- Implantation d'implants: en porcelaine {Waisser (1885, Greenfield 1913), Harris (1887), en


platine et en or {Payne, Lewis, Bonwill), en caoutchouc, ivoire, platine iridié, vitalium ...

- Berr; en 1888 élabore les premiers principes de biocompatibi!ité et de stabilité primaire :


. nécessité d'une stabilité immédiate de l'implant
. utiiisation de métaux <( sûrs }> pour éviter toute transmission de maladie.

4. Début de l'implantologie moderne (1930-1970)

Période où tout va être tenté et expérimenté


- différentes techniques chirurgicales et prothétiques: insertion a.:da!e, latérale, el1fotii, non enfoui,
. ' .
visse, 1mpac.e
t' ...
- différentes formes d'implants (vis, aiguilles, lames, plaques ou barres ... )
- différents matériaux: porcelaine, vitalium, tantale, titane, céramique frittée, carbone vitrifié ..
Strock 1939: implant en vitalium
Période de tous les essais mais aussi de toutes les erreurs qui mènf;nt à de:: é ..necs à co1.1rt
et à moyen terme ! 90% d'échecs à 5 ans !! car les praticïens étaient à la recherche d'une interface
fibreuse péri implantaire pour simuler le ligament alvéole dentaire !

5. Période contemporain� Branemarkienne

Branemark (dcd le jour de la rédaction de ce document le 22/12/2014 !!) et sor. équipe émettent en
1969 une hypothèse allant à l'encontre des théories émises par la majorité des c,lnidens de l'époque,
le concept « d'ostéo-intégration »: jonction anatomique et fonctionnelle directe entre !'os vivant
remanié et la surface de !'implant mis en charge. Du point de vue structura!, la définition la pius
courante consiste à dire qu'elle correspond à une étroite contigüi'i:é entre l'os et î'imphmt. En r,.11.0 le
contact os-imp!ant est intime et la proximité des cellules osseuses ostéocytaires traduit bien
l'ostéocompafü>ilité du titane. A l'échelle de la microscopie éiectronique, il serait possible d'observer
er.tre l'os et !'implant une très fine zone intermédiaire acellulaire occupée r;;::;r des constituants de la
matrice extracellulaire. Il conduit une étude sur un large échantii!on compü�é d'édent.1s totaux:

Cinq à six implants posés entre les deux trous mentonniers

3
Prothèse mandibulaire en résine de dix à douze dents tr;;.msvissé,e sur (i,:>s piliers trans-
g!ngivaux en Ti.
Taux de s�a:ès élevé à !ong terme: 82% au maxmaire / 93% à !a rn�.mdfüus�
Depl!is, des millions d'implants sont posés chaque année à travers tous les contlnents grâce à cette
étude et aux recommandations (ou pré requis) qu'il a élaboré et qui sont:

... . )1�15�t�lif�ï1?�
Mi�� en nôürric_e déi iriJpl�'lt� :/d��x_'.t�hi�;:.§ttlkü}J����{i�;sèrl'fo�: ixÏJi; : ·
}

6. l'implantologie moderne

L'imp!antologie moderne repose sur les principes de Branemark et s�r îes no,.-ibr.::::uses innovations
qui sont apparues depuis

- Pose d'implants en deax temps ddrurgi...:aux : Implants vissés en deux pièces (implant et pilier
séparés) enfouis et mis en nourrice pendant 3 à 6 mois pour protéger !a dc.atrisation osseuse
de !'infla,nmatioi,, des contraintes biomécaniques et de !a migration 3picaie de l'attache
épithéliale.,·
·1 �::..-:

- !a pose d'impl.aats en un temps chi,urgical: le besoin de simp!ificatiC!i'1 cies'proèédurés dans les


cabinets et la diminution de la durée du traitement ex:lgée par les r,2.tients ont conduit à la pose des
implants en un seul temps : Implant en une partie (monobloc} non enfou! qul permet une
cicatrisation osseuse et muqueuse en même temps.

- Mise en charge précoce : Prothèse réalisée en occlusion entre 6 semaines ,�t 3 moïs alors que les
délais standards de mise en charge sont de 3 à 6 mois. Le prindpe repose ��i :

- un délai de cicatrisation osseuse raccourci grâce à l'état de sw"i:.:Œ.

4
- l'ostéointégration qu1 doit être obtenue à 6 semaines I eît';' r,;artk:tpe Zi la sti':::2-ifü:é secoridaire
des !mp!ants à l'exclusion de la rétention purement mécanique (Buser et alL, 1999).
- li ne doit pas y avoir de rotation !ors du vissage de !a prothèse {35 Ncm)
- pas de récession gingivale et de lyse osseuse àue aux charges ocdusales.

- Mise en charge immédiate (MCS} : A!ors que pour la mise en charge standard, tout mouvement est
nocif et interfère avec l'ostéointégration, la restauration prothétique est réalisée entre 48 et 72
heures après la pose d'implants dans la mise en d1arge immédiate!! eiie est dit€ :
. MCl fonctionnelle si elle est en occlusion .
. MCI non fonctionnelle (ou temporisation immédiate) si pas de contacts ocdusaux
Son Principe repose sur :
- un seuil de tolérance des micromouvements variable en fonction de !'état de surface et de
la forme de l'implant:
- la stabilité prlmake sup à 35 ou égaie à 35 N

- Les biomatériaux : Les matérïaux utilisés en implanto!ogle doivent être biocompatfüles. La


biocompatibilité correspond à l'ensemble des interrelations entre le matériau et le milieu
environnant et leurs conséquences biologiques locales ou générales, immédiates ou différées,
réversibles ou définltives. Les biomatériaux utilisés sont les céramiques techniques (plâtre de Paris,
TCP, alumine, hydroxy apatite de Ca, l'oxyde de zirconium... ) Les amages métalliques (Cr Co fvio,
alllage ïitane ...} Composites (carbone Epoxy, carbone céramique, carbone/carbone}

- les états de surface

Dès la mise en place chirurgicale d'un implant, une série de réactions a Heu à ;;;, s:;rface de !'imp!ant
qui est exposé aux différents ions et cellules. les molécules qui vont s'adsmter à la surface de
l'implant dépendront donc de la nature de la surface et de ses propriétés chimiques. Toutes !es
études montrent qu'une surface rugueuse a un rôle prépondérant dans !a réponse des tissus
biologiques.

- La connectique :

Dans les systèmes à connexion externe, il existe trois types d'interfaces: l'hexagone, /::,çtogone et ies
créneaux. Les systèmes à connexion interne présentent plusie1.1rs types d'interfaces : Héxagone,
Octogone, Cone morse, Créneaux, Cylindres à cames.

� la géométrie : implant cylindrique, col évasé, Col or, Implant cyiindrn t\)rtique ,Col zircone,
Implants courts...

- !..es reconstrrn:tlcms osseuses : concepts R.O.G, greffes, Ostéogénèse et techniques expioitant !es
cellules souches (facteurs de crolssance ....),gr�ffes et aménagement mucco-gingivaux,
augmentation de crête, comblement de sinus et souleve de sinus, expansion de crête, distraction
osseuse, osteo-tenseurs matriciels

- Apport de !'Imagerie ( RVG, Oentascanner, cone beam) Sea� 3D.. A.;-;j;:3: informatique,
Positionnement robotisé, Ces 10 dernières années ont vu aussl apparai·�n= de nouveaux concepts,

5
�Autres n�uv�at1x ?mt�@!es � !es nanotechnologies, utiiisaîion iles i;r;1p!ants et. des minlvis au
service de l'orthodontie, chirnrg1e ultrasonique connue également sous îe nom de piézo-chirnrgie,
qui transformeront durabiement et en profondeur notre pratique quotidienne.

CONCLUSION

Toutes ces innovations ne peuvent être considérées comme acquises que lorsqu'eHes auront affronté
!'épreuve du temps et des processus biologiques pour assurer fiabilité, prévisibilité et reproductibilité
et réaliser des taux de succès élevés à long terme.

BIBLIOGRAPHIE

1. GAUTHIER Robert; Histoire de i'implantologle; robert.gautitier.pagesperso-


orange.fr/histoire.htm

2. GRANAT. L'implantologie aurait-elle 7000 ans? L'Information Dentaire, 22: 1959-1961.

3. GP.ANAT 1, J.L. HEIM; Prothèse dentaire préhistorique ostéo implantée

4. AOUDIA-CHOUAKR! louiza (MNHN, UMR 5198 du CNRS}; Fanny BOCQtJENTlN {ArScAn,


Ethnologie Préhistorique} Cahier des thèmes transversaux A,ScAn (vol. IX) 2007 -2008

5. M. DAVARPANAH,Serge Szmukler- Monder . Manuel d'implantologie clinique: Concf';;ts,


protocoles et innovations récentes .

6. OUVRARD H. Évolution de l'imp!antologie à travers les âgss. Actu Odcmto Sü:irnatol 1987

7. MCKINNEY RV. Endosteal dentat implants. Saint Louis: Mosby Vear Book, 1991. supplément
: 407-412.

8. CHABOU-DERRADJI M. Evolution des concepts esthétiques sur dents ant{:rbures. tr1èse


doctorat en chirurgie dentaire , Montrouge 1980.