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Chapitre 8

Diagnostic et bilan d’extension


d’une tumeur du nasopharynx
F. Dubrulle

Le nasopharynx, encore appelé cavum ou


rhinopharynx, constitue la partie supérieure haute
du pharynx et des voies aérodigestives supérieures
(VADS). Il est situé juste sous la base du crâne et
constitue une zone de carrefour entre les fosses
nasales, les VADS, les espaces profonds de la face
et surtout la base du crâne et l’endocrâne.
La majeure partie des lésions tumorales du naso-
pharynx sont des tumeurs malignes ; il est donc
capital dans le bilan d’extension d’analyser fine-
ment cette zone de carrefour et les multiples
extensions possibles, en particulier aux foramens
de la base du crâne et aux espaces profonds.

Rappel anatomique Fig. 8-1. Coupe anatomique sagittale TSE T2 montrant la


position du nasopharynx (astérisque).
Le nasopharynx (fig. 8-1) a la forme d’un cube Sa limite supérieure est le corps du sphénoïde en haut (flèche)
ouvert vers l’avant, situé juste sous la base du se poursuivant par le clivus (tête de flèche). La limite virtuelle
inférieure (ligne rouge) entre le nasopharynx et l’oropharynx
crâne (sous le sphénoïde). Sa limite supérieure est est la ligne partant du palais osseux jusqu’au rebord supérieur
le corps du sphénoïde en haut, se poursuivant vers de l’arc antérieur de l’atlas.
l’arrière par le clivus puis par le rachis. Il est situé
en arrière des fosses nasales (les choanes). Il pour- des reliquats cellulaires de la notochorde, les mus-
suit vers le haut l’oropharynx, la limite virtuelle cles élévateur et tenseur du voile. Il réalise deux
entre naso- et oropharynx est le voile du palais, on reliefs muqueux (fig. 8-2) :
situe par convention sa limite inférieure à hauteur • en avant, le repli musculo-muqueux ou torus
du bord supérieur de l’arc antérieur de l’atlas [1]. tubaire situé juste en arrière de l’orifice de la
Le nasopharynx est recouvert d’une muqueuse de trompe d’Eustache = orifice tubaire ;
type épithéliale, qui délimite l’espace muqueux • à un niveau supérieur et postérieur, la fossette
pharyngé. de Rosenmüller ou récessus pharyngé latéral.
Cet espace muqueux contient la muqueuse, du La configuration du torus tubaire explique
tissu lymphoïde, des glandes salivaires accessoires, pourquoi, sur une coupe axiale, la fossette de

Imagerie en ORL
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116 Région cervicale et VADS

Rosenmüller apparaît postérieure alors que, sur déchiré avec le relief du canal carotidien se situe
une coupe frontale, elle apparaît supérieure par en interne par rapport à son insertion (fig. 8-2c).
rapport à l’orifice de la trompe d’Eustache [2]. Vers l’arrière, il s’attache sur le tubercule pharyn-
Le tissu lymphoïde est plus développé au niveau gien de l’occipital et se réfléchit plus bas sur les
du toit du cavum. Son volume est plus développé muscles prévertébraux. Il présente au niveau de
chez l’enfant puis il va décroître pour disparaître à sa partie postérolatérale une ouverture laissant le
partir de 30 ans. passage au muscle élévateur du voile et à la trompe
d’Eustache.
En profondeur, l’espace muqueux pharyngé est
limité par un fascia, le fascia pharyngo-basilaire On comprend donc que cette barrière, ce fascia
(fig. 8-2b), structure fibreuse solide qui a un pourtant solide, présente deux points faibles, qui
rôle capital pour maintenir ouvert vers l’avant cet vont être des voies d’extension privilégiées pour
espace et réaliser la séparation du nasopharynx les tumeurs [2, 4] :
avec les espaces profonds de la face [3]. Ce fascia • une extension possible vers la base du crâne et
pharyngo-basilaire s’insère sur la base du crâne ; l’endocrâne par le foramen lacerum, même si
vers l’avant il s’insère sur la ptérygoïde interne ; cet orifice est fermé par un fibrocartilage relati-
vers le haut il s’insère sur la face inférieure du vement résistant ;
rocher, en interne par rapport au foramen ovale, • une extension par l’orifice de la trompe
le laissant donc à l’extérieur. Par contre le foramen d’Eustache.

Fig. 8-2. (a) Coupe anatomique axiale montrant les


reliefs du nasopharynx : l’orifice de la trompe d’Eus-
tache (flèche), le torus tubaire (astérisque), la fossette
de Rosenmüller (tête de flèche) plus postérieure.
(b) Schématisation du fascia pharyngo-basilaire
(rouge), le muscle élévateur du voile (flèche) est situé
à l’intérieur du fascia, alors que le muscle tenseur
du voile (tête de flèche) est situé à l’extérieur du fas-
cia. (c) Schéma des projections du foramen déchiré
(flèche longue) et du foramen ovale (flèche courte)
par rapport au fascia pharyngo-basilaire (en vert), le
foramen déchiré se projette à l’intérieur alors que le
foramen ovale se projette à l’extérieur.

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Chapitre 8. Diagnostic et bilan d’extension d’une tumeur du nasopharynx 117

Latéralement par rapport au cavum, séparés par le Le délai moyen entre les premiers symptômes et
fascia pharyngo-basilaire se trouvent les espaces pro- la découverte de la tumeur est de huit à dix mois
fonds de la face : en avant l’espace parapharyngé environ.
(préstylien), plus postérieur, l’espace carotidien Le premier signe clinique ORL est le plus sou-
(rétrostylien). En arrière se situe l’espace rétro- vent une otalgie, une sensation d’oreille bou-
pharyngé qui est situé en avant du plan préverté- chée, une surdité de transmission, révélant une
bral ; cet espace rétropharyngé est en continuité, otite séreuse par défaut de drainage de la trompe
sans limite anatomique, avec l’espace carotidien. Il d’Eustache. Toute otite séreuse unilatérale de
contient principalement des ganglions constituant l’adulte doit donc faire réaliser une imagerie du
le premier relais lymphatique du cavum. cavum même si l’examen clinique du cavum est
normal.
Dans les cas de tumeurs évoluées, des signes
Tumeurs malignes neurologiques peuvent être au premier plan
du nasopharynx (céphalées, atteinte de nerfs crâniens en par-
ticulier du trijumeau et de ses branches),
Type histologique une obstruction nasale avec épistaxis, parfois
une adénopathie cervicale, est révélatrice d’une
Les tumeurs du cavum sont principalement des tumeur du cavum.
tumeurs malignes, essentiellement des carci-
nomes épidermoïdes plus ou moins différenciés.
Le plus fréquent est le carcinome indifférencié ou
Histoire naturelle
Undifferenciated Carcinoma of nasopharyngeal
Type (UCNT) représentant 98 % des tumeurs du Les tumeurs naissent le plus fréquemment du
cavum dans les populations d’Asie du Sud-Est, récessus latéral ou fossette de Rosenmüller avec
de Chine du Sud, de la région de Hong-Kong et un développement plus ou moins exophytique
du pourtour méditerranéen, associant des facteurs dans la lumière du cavum (fig. 8-3). La tumeur
génétiques, environnementaux et la présence du envahit ensuite rapidement la sous-muqueuse
virus Ebstein-Barr (EBV). Les patients présentant avec une infiltration précoce des muscles en
un UCNT ont des taux élevés d’anticorps anti- particulier du muscle élévateur du voile. Ce mus-
EBV [2, 5]. cle est responsable de l’ouverture de la trompe
D’autres types de tumeurs malignes peuvent être
retrouvés : des adénocarcinomes, des carcinomes
adénoïdes kystiques (cylindromes), différents
types de sarcomes et des lymphomes.
Les tumeurs bénignes sont plus exceptionnel-
les, il s’agit principalement d’hypertrophie des
formations lymphoïdes du toit du cavum chez
l’enfant et l’adolescent, ou du classique kyste
de Thornwald, formation kystique bien limitée,
médiane du toit du cavum correspondant à une
formation d’origine embryologique dérivant de
la notochorde.

Signes cliniques révélateurs


Fig. 8-3. Tumeur débutante du nasopharynx droit dans
Les signes cliniques révélant une tumeur du la région de la fossette de Rosenmüller. La tumeur est en
cavum sont souvent tardifs et discrets au début. signal T2 intermédiaire.

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d’Eustache, une otite séreuse s’installe donc rapi- que le scanner dans la détection des infiltrations
dement (fig. 8-4). périnerveuses débutantes et dans la détection
En profondeur, la tumeur va suivre les points de des modifications de la médullaire osseuse [3,
faiblesse du fascia puis s’étendre dans les espaces 4]. Par contre le scanner permet une détection
profonds. très précoce des petites érosions osseuses.
Des adénopathies sont retrouvées dans 90 % des Nous préconisons donc d’associer un scanner
cas, d’abord au niveau de l’espace rétropharyngé hélicoïdal en coupes fines, en haute résolution et
puis au niveau des seconds relais cervicaux, jugu- en constantes osseuses sur la base du crâne, à une
laires principalement. IRM de la base du crâne et du cou.
L’IRM devra être réalisée dans une antenne tête-
cou et inclure [9] :
Classification TNM [6, 7] • des séquences TSE T2 haute résolution, matrice
La classification TNM a évolué avec la parution élevée en axiale et coronale ;
en 2010 de la 7e édition de la classification UICC • une séquence SE T1 HR sans injection et sans
TNM des tumeurs malignes. Certains auteurs saturation de la graisse qui permettra, associée
pensent que le volume de la tumeur a un facteur au scanner, d’analyser les extensions osseuses :
pronostique non négligeable [7, 8] et que nous
devrions l’inclure dans notre description de la
tumeur ; elle sera vraisemblablement incluse dans Classification TNM (7e édition 2010)
les futures versions de la classification TNM.
T-Tumeur primaire
T1 Tumeur du nasopharynx (plus ou moins étendue
Bilan d’extension en imagerie à l’oropharynx et à la fosse nasale) sans extension
parapharyngée
But de l’imagerie T2 Tumeur avec extension parapharyngée
T3 Tumeur avec extension osseuse et/ou extension
Le but de l’imagerie est de décrire la tumeur du aux cavités sinusiennes
cavum et surtout ses extensions à la base du crâne T4 Tumeur avec extension intra crânienne et/ou
et aux espaces profonds. L’IRM est plus sensible extension aux nerfs crâniens, à la fosse infra temporale,
à l’hypopharynx, à l’orbite
N Ganglions régionaux
N0 pas d’adénopathies décelables
N1 ADP cervicales unilatérales de moins de 6 cm de
plus grand axe sans atteinte du territoire sus claviculaire
ou ganglions rétropharyngés bilatéraux
N2 ADP cervicales bilatérales de moins de 6 cm
de plus grand axe sans atteinte du territoire sus
claviculaire.
N3 • N3a ADP de plus de 6 cm
• N3b ADP sus claviculaires
Stade
Stade I T1 N0 M0
Stade II • T1 N1 M0
• T2 N0, N1 M0
Stade III • T1, T2 N2 M0
• T3 N0, N1, N2 M0
Fig. 8-4. Patient présentant une tumeur du nasopharynx Stade IV A T4 N0, N1, N2 M0
gauche (flèche) révélée par une otite séreuse (flèche) en Stade IV B tout T N3 M0
signal T2 intermédiaire, présentant une extension antérieure Stade IV C tout T tout N M1
à la choane gauche (tête de flèche).

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– la TDM recherchera des irrégularités osseuses médiaire, supérieur au signal musculaire, en


ou de petites érosions de la corticale osseuse hyposignal T1, et présentent une prise de gado-
ainsi que des élargissements des foramens linium modérée (fig. 8-3) souvent bien mieux
déchirés ou ovales (cf. fig. 8-7a, p. 120), appréciée sur les séquences avec saturation de la
– la série T1 sans injection sans saturation graisse [1].
précisera une extension osseuse plus impor-
tante avec modification de l’hypersignal
normal de la spongieuse (remplacement Extension tumorale
de la graisse de la spongieuse normale- Les principales extensions tumorales à analyser
ment en hypersignal T1 par une infiltration découlent des voies de communication de cette
tumorale en hyposignal T1) (cf. fig. 8-11a, région carrefour de la base du crâne [10].
p. 123) ;
• des séquences SE T1 HR avec injection et Extension antérieure
saturation de la graisse axiale et coronale,
permettant d’analyser les extensions profon- Les tumeurs du cavum s’étendent fréquemment en
des en particulier périnerveuses, vers les fora- antérieur à la fosse nasale, celle-ci étant en conti-
mens et l’endocrâne. De même ces séquences nuité directe sans aucune barrière anatomique.
permettront d’analyser l’extension latérale À partir de cette extension à la fosse nasale, la
aux espaces parapharyngé et caroitidien voire tumeur peut gagner facilement la fosse ptérygopa-
même à la fosse infratemporale, en particulier latine par le foramen sphénopalatin (fig. 8-5). En
la région des ptérygoïdiens. L’épaisseur des IRM, il faudra rechercher cette extension au fora-
coupes doit être de 3 à 4 mm pour permettre men sphénopalatin. S’il y a infiltration tumorale,
une bonne résolution spatiale tout en gardant il y a alors remplacement du contingent graisseux
un rapport signal sur bruit suffisant ; normal par la tumeur (souvent bien analysé sur la
• une séquence ganglionnaire permettant d’ana- séquence TI sans injection).
lyser l’ensemble des chaînes ganglionnaires Le foramen sphénopalatin est un véritable carre-
cervicales. four (fig. 8-6), la tumeur peut alors s’étendre :
Les tumeurs du cavum en particulier l’UCNT • au foramen rond en suivant le nerf maxillaire
se présentent le plus souvent en signal T2 inter- (V2) ;
• à la fissure orbitaire inférieure (fig. 8-6c) puis à
l’apex orbitaire ; la tumeur peut ensuite se déve-
lopper dans l’orbite et même atteindre la fissure
orbitaire supérieure et l’endocrâne ;
• à la fosse infratemporale (fig. 8-6d), en particu-
lier à la région des ptérygoïdiens avec souvent
lyse de la ptérygoïde, puis extension périner-
veuse le long du nerf mandibulaire (V3) vers le
foramen ovale puis l’endocrâne.

Extension latérale
Extension postérolatérale
La tumeur peut s’étendre vers le foramen lacerum,
même quand elle est encore contenue par le fascia
pharyngo-basilaire. Le foramen lacerum est fermé
par un fibrocartilage assez résistant. Si la tumeur
Fig. 8-5. Tumeur du nasopharynx gauche présentant une
extension à la fissure sphénopalatine (= fente ptérygopala- le rompt, elle peut ensuite se développer en intra-
tine) visible sur cette coupe axiale TSE T2 (flèche). crânien (fig. 8-7).

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Fig. 8-6. Patient présentant une tumeur du cavum.


Sur les coupes SE T1 avec injection et saturation de la graisse, on visualise un franchissement du fascia pharyngo-basilaire au
niveau de l’orifice de la trompe d’Eustache droite, point de faiblesse du fascia (a, flèche), une extension à la fissure sphénopalatine
(b, flèche). Cette fissure représente un véritable carrefour de la base du crâne. Par cette zone la tumeur peut gagner la fissure
orbitaire inférieure (c, flèche), la FIT (d, flèche) et le canal ptérygoïdien avec extension périnerveuse le long du nerf ptérygoïdien ou
vidien (d, tête de flèche).

Fig. 8-7. Patient porteur d’un pacemaker. Le bilan d’extension réalisé en TDM montre une tumeur avec infiltration du foramen
lacerum = déchiré (a). Notez l’élargissement du foramen déchiré en constantes osseuses (b).

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Extension latérale braux. Des formes très évoluées peuvent même


L’extension latérale aux espaces parapharyngés donner une lyse vertébrale (fig. 8-11a).
se fait soit de manière directe lorsque la tumeur Par cette voie postérieure la tumeur peut donner
parvient à rompre le fascia pharyngo-basilaire, une infiltration plus latérale au foramen jugu-
soit de manière indirecte par l’orifice de la trompe laire et au canal de l’hypoglosse (fig. 8-11b),
d’Eustache qui est un point de faiblesse du fascia. avec une extension possible mais peu fréquente
La tumeur peut ensuite se développer encore plus à la fosse postérieure. Cette infiltration posté-
latéralement vers la fosse infratemporale et l’es- rieure peut se révéler par une paralysie du nerf
pace masticateur en donnant une infiltration des hypoglosse (XII).
muscles ptérygoïdiens. De cette région la tumeur
peut ensuite donner une extension périnerveuse Extension inférieure
le long du nerf mandibulaire (V3) pour gagner le Certaines tumeurs du cavum présentent une
foramen ovale puis l’endocrâne (fig. 8-8 et 8-9). extension inférieure à la muqueuse de l’oropha-
rynx, atteignant la loge amygdalienne. Cette
Extension postérieure extension peut parfois se faire uniquement en
La tumeur du cavum peut infiltrer l’espace rétro- sous-muqueux, elle est donc indétectable par
pharyngé (fig. 8-10) puis les muscles préverté- endoscopie et n’est détectée que par l’imagerie.

Fig. 8-8. Patient présentant une extension


latérale directe avec franchissement du fas-
cia pharyngo-basilaire, extension à l’espace
parapharyngé préstylien (a) puis à la FIT avec
infiltration des ptérygoïdiens (b). L’extension
périnerveuse le long du V3 atteignant le
foramen ovale (flèche) et le sinus caverneux
(tête de flèche) est très bien détectée par
la séquence T1 coronale avec injection et
saturation de la graisse (c).

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Fig. 8-9. Patient présentant une tumeur évoluée


du cavum avec extension postérieure à l’espace
rétropharyngé et aux muscles prévertébraux (a),
mais également une extension latérale à l’espace
carotidien (rétrostylien) englobant la carotide
interne (b), une extension à la FIT (c, flèche) avec
extension intracrânienne au sinus caverneux par
le foramen ovale par extension périnerveuse le
long du V3 (c, tête de flèche).

Fig. 8-10. Patient présentant une tumeur du cavum avec une extension postérieure à l’espace rétropharyngé (a, flèche
oblique) et à l’espace carotidien (rétrostylien) (a, flèche horizontale) avec présence d’une adénopathie rétropharyngée gauche
(b, flèche). Notez l’extension inférieure à l’oropharynx (b, tête de flèche).

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Fig. 8-11. Patient présentant une tumeur du cavum avec extension postérieure et infiltration de la médullaire du clivus, bien
visible sur les coupes T1 avant injection et sans saturation de la graisse (a, têtes de flèches) ; la tumeur s’étend plus latérale-
ment au foramen jugulaire et au canal de l’hypoglosse (XII) (b).

Fig. 8-12. Patient présentant une tumeur du cavum avec extension supérieure directe et infiltration tumorale du corps du
sphénoïde. Le scanner détecte de petites érosions osseuses de la corticale (a) mais l’IRM, en particulier la séquence T1 sans
injection ni saturation de la graisse, montre une infiltration de la médullaire du sphénoïde beaucoup plus importante (b).

Extension supérieure sinus caverneux et une prise de contraste de la


méninge de la fosse temporale.
Une extension supérieure avec lyse directe du cli-
vus et du corps du sphénoïde est également pos- Les tumeurs évoluées présentent le plus souvent
sible, la tumeur pouvant ensuite se développer en des extensions multiples associant les différentes
intracrânien (fig. 8-12). voies d’extension.
On constate donc que l’extension intracrânienne
Adénopathies
est possible par différentes voies : par le biais du
foramen lacerum, par le foramen ovale, par lyse Les adénopathies sont très fréquentes dans les
directe de la base du crâne. Plusieurs études ont tumeurs du cavum. C’est un des motifs fréquents
montré l’intérêt de l’IRM pour détecter cette de révélation clinique de la tumeur.
extension souvent périnerveuse, ces études mon- Le premier relais ganglionnaire est constitué par
trant que cette extension existe dans environ 30 % les ganglions rétropharyngés ; ceux-ci sont pré-
des cas ; rappelons qu’une extension intracrâ- sents dans 65 % des tumeurs du cavum et sont
nienne d’une tumeur du cavum fait passer cette donc à bien connaître et à rechercher en image-
tumeur à un stade IV [2, 10]. rie (fig. 8-13 et 8-14). Les séquences T2 et T1
L’extension intracrânienne reste le plus souvent avec injection permettent de détecter facilement
extracérébrale, se traduisant par une atteinte du ces ganglions rétropharyngés ; ils sont considérés

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Fig. 8-13. Ganglions rétropharyngés bilatéraux.

comme pathologiques si leur plus petit diamètre


est supérieur à 8 mm [11].
Le deuxième relais est constitué par les ganglions
cervicaux, en particulier jugulaires hauts qui sont
fréquemment envahis (75 % des cas), parfois
directement sans ganglions rétropharyngés déce-
lables. Une atteinte bilatérale doit être soigneuse-
ment recherchée en imagerie (fig. 8-14) puisqu’elle
modifie le stade de la tumeur.
La nouvelle classification TNM de 2010 prend
désormais en compte les adénopathies rétropha-
ryngées bilatérales [6].
Fig. 8-14. Patient présentant des adénopathies cervi-
cales bilatérales nécrotiques (a) révélant une tumeur
Métastase évoluée du cavum avec extension latérale aux espaces
parapharyngés (b).
Les tumeurs du nasopharynx sont les tumeurs de
la tête et du cou donnant le plus de métastases
à distance. Leur fréquence varie entre 5 et 41 % • soit la tumeur du cavum est suspectée par
selon les études [2]. Les patients présentant des l’examen clinique ou l’anamnèse (otite séreuse
adénopathies basses surtout sus-claviculaires, et + ADP cervicales) ; dans ce cas la supériorité
les patients présentant des extensions importantes de l’IRM a été montrée par plusieurs équipes
aux espaces profonds, en particulier parapharyn- pour faire le bilan d’extension, en particulier
gés, sont ceux présentant le risque le plus élevé de pour analyser les extensions périnerveuses et les
métastases à distance. Les sites les plus fréquents extensions à la médullaire osseuse. Nous avons
de métastases sont l’os (20 %), le poumon (13 %), vu l’intérêt d’y associer un scanner sans injec-
le foie (9 %) [14]. tion en constantes osseuses sur la base du crâne.
Le bilan d’extension ganglionnaire sera réalisé
Stratégie diagnostique en IRM ;
• soit le patient présente des ADP cervicales iso-
Deux cas de figures peuvent se présenter au radio- lées sans tumeur des VADS connue ; il faudra
logue : donc analyser l’ensemble des VADS en imagerie,

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Chapitre 8. Diagnostic et bilan d’extension d’une tumeur du nasopharynx 125

cavum, oropharynx, larynx et hypopharynx. La


plupart des équipes préfèrent dans ce cas réali-
ser un scanner hélicoïdal de l’ensemble du cou
(de la base du crâne jusqu’à l’orifice cervicomé-
diastinal) avec injection de produit de contraste.
Si une tumeur du nasopharynx est suspectée,
il faudra réaliser l’IRM dans un second temps
pour ne pas méconnaître une extension à la base
du crâne et sous-estimer le staging tumoral. Il
n’est pas nécessaire de refaire une étude gan-
glionnaire dans ce cas, le scanner l’ayant déjà
réalisée.
Un scanner thoraco-abdominal avec injection
à la recherche de localisations secondaires sera Fig. 8-15. Hypertrophie simple des formations lymphoïdes
demandé systématiquement dès que la tumeur du cavum avec aspect strié (flèche).
sera de stade T2b et/ou N3. Cependant de nom-
breuses équipes réalisent cet examen de plus en
plus systématiquement [5].

Diagnostic différentiel
Hypertrophie simple des
formations adénoïdes du cavum
Elle pose le plus souvent peu de problèmes dia-
gnostiques. Contrairement aux lésions tumorales,
les végétations ne déforment pas les contours du
nasopharynx, les reliefs naturels sont comblés mais
respectés, il n’y a pas d’infiltration profonde, le
fascia pharyngo-basilaire et les espaces parapha-
ryngés ne sont pas refoulés. En TDM ces végé-
tations sont hypodenses avec souvent un aspect
de trappage aérique ; en IRM on note un aspect
discrètement strié (fig. 8-15) avec une prise de
contraste homogène [11].

Formations kystiques du cavum


Le kyste de Thornwaldt (fig. 8-16), classique et
fréquent, de position strictement médiane, cor-
respond à une rétention liquidienne par ferme-
ture de la bourse de Luschka [11]. Son contenu
est strictement liquidien sans rehaussement
interne. En IRM son signal peut varier en fonc-
tion du contenu plus ou moins protidique ; en Fig. 8-16. Kyste de Thornwaldt en hypersignal T1 spon-
cas de contenu riche en protéines, on notera un tané (a), en hypersignal T2 strictement médian (b).

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126 Région cervicale et VADS

hypersignal T1 spontané parfois associé à une [4] Chong VF, Mukherji SK, Ng SH, Ginsberg LE,
diminution du signal T2 ou à un signal T2 plus Wee JT, Sham JS, O’Sullivan B. Nasopharyngeal
carcinoma : review of how imaging affects staging.
hétérogène. J Comput Assist Tomogr 1999 ; 23 : 984-93.
Les kystes adénoïdiens sont de petites structures [5] Chong VF, Khoo JB, Fan YF. Imaging of the naso-
kystiques enchâssées dans les végétations, de pharynx and skull base. Neuroimaging Clin N Am
contours bien limités, en hypersignal T2 et sou- 2004 ; 14 : 695-719.
[6] Sobin L, Gospodarowicz M, Wittekind C (eds).
vent en discret hypersignal T1 spontané sans UJCC - TNM Classification of malignant tumors,
rehaussement pathologique. 7th edition. New York : Wiley & Sons ; 2010.
Il faudra éliminer toute prise de contraste tissulaire [7] Chong VFH, Zhou JY, Khoo JBK, Huang J,
Lim TK. Nasopharyngeal Carcinoma Tumor Volume
intrakystique car certaines tumeurs malignes peu-
Measurement. Radiology 2004 ; 231 : 914-21.
vent se présenter sous une forme pseudokystique. [8] Mukherji SK, Schmalfuss IM, Castelijns J,
Mancuso AA. Clinical applications of tumor volume
measurements for predicting outcome in patients
Pseudotumeurs du cavum with squamous cell carcinoma of the upper aero-
et de la base du crâne digestive tract. AJNR Am J Neuroradiol 2004 ;
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Les pseudotumeurs inflammatoires de la base du [9] Lau KY, Kan WK, Sze WM, Lee AW, Chan JK,
crâne sont rares. En imagerie, elles peuvent mimer Yau TK et al. Magnetic resonance for T-staging of
une tumeur maligne du cavum avec une infiltra- nasopharyngeal carcinoma, the most informative
pair of sequences. Jpn J Clin Oncol 2004 ; 34 :
tion mal limitée, prenant le produit de contraste, 171-5.
envahissant les espaces profonds et présentant des [10] Rohl JL, Sung MW, Kim KH, Choi BY, Oh SH,
extensions périnerveuses. Seules les biopsies per- Rhee CS, Ha JW. Nasopharyngeal carcinoma with
mettent d’éliminer une tumeur maligne. Les pseu- skull base invasion : a necessity of staging subdivi-
dotumeurs réagissent souvent initialement assez sion. Am J Otolaryngol 2004 ; 25 : 26-32.
[11] Cohen F, Monnet O, Casalonga F, Jacquier A,
bien aux corticoïdes mais récidivent fréquemment. Vidal V, Bartoli JM, Moulin G. Cancer du naso-
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